( 13 septembre, 2013 )

«Ces nouvelles m’affligent.»

«Ces nouvelles m’affligent.» dans TEMOIGNAGES 1813-20131

Une lettre de l’archichancelier Cambacérès adressée à l’Empereur.

13 septembre 1813

Sire, Deux dépêches du duc de Bassano [Maret], écrites de Dresde le 8, m’apprennent les événements de Silésie et l’échec qu’a éprouvé le prince de La Moskowa [maréchal Ney], du côté de Berlin [la défaite de Dennewitz]. Ces nouvelles m’affligent. Toutefois, j’espère que le génie de V.M. réparera ces pertes et rendra les chances de la guerre plus heureuses pour nous qu’elles ne l’ont été dans les premiers jours de ce mois. Le duc de Bassano, après m’avoir instruit de ce qui s’est passé en Silésie, me fait entendre qu’au lieu de publier sa lettre sous son nom, il serait mieux d’en insérer un extrait au Moniteur, à l’article Partis, en disant qu’on peut regarder les faits comme certains. Je compte profiter de cette indication, et j’en ai prévenu S.M. l’Impératrice à qui j’ai rendu compte du contenu de la dépêche de M. de Bassano. Pour ce qui est des détails relatifs au prince de La Moskowa, comme ils se trouvaient dans une dépêche chiffrée, et que le ministre me les donne confidentiellement, je n’en ai parlé et n’en parlerai à qui que ce soit. Le ministre de la Guerre, qui a reçu aussi une lettre, fera de même de son côté, en sorte que jusqu’à nouvel ordre, nous garderons sur cet article le silence le plus absolu. Mais tout se sait, et j’ai déjà eu l’honneur de dire à V.M. qu’on m’avait appris par la voie du commerce, que nous avions été repoussés du côté de Berlin.

S.M.l’Impératrice n’a point encore pris un dernier parti, relativement au Te Deum. Demain, dans petit conseil, convoqué par les ordres de S.M. la question sera examinée sous ses différents rapports. Elle se complique davantage à raison du temps qui s’est écoulé depuis la victoire de Dresde et des événements moins heureux qui l’ont suivie.

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, avril 1808-Avril 1814. Présentation et notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973, Lettre n°1269, pp.1049-1050).

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( 8 septembre, 2013 )

8 septembre 1813…

8 septembre 1813... dans TEMOIGNAGES general-mouton

Voici une nouvelle lettre du général Mouton à son épouse, Félicité. Rappelons que depuis le 3 septembre, le comte de Lobau est à la tête du 1er corps, après la déroute du général Vandamme à Kulm (30 août).

Raechnitz, près Dresde, le 8 septembre 1813.

Ma chère Cité [Félicité], l’Empereur a passé hier la revue du corps d’armée qui m’est confié et quoiqu’il ait été malheureux sous le général Vandamme, S.M. a daigné le traiter avec beaucoup de bienveillance. Je t’avoue que cela m’a fait grand plaisir. Perrin a été nommé adjudant, commandant à cette revue sur ma demande, et d’après l’idée que m’en avait donné le grand écuyer [général de Caulaincourt] qui est toujours un excellent homme. Sois tranquille sur mon sort, ma bien-aimée Cité. Quelque part que je me trouve, je ferai mon devoir et partout je t’aimerai par inclination ; tu m’es chère au plus haut point.

Tu rirais aux éclats si tu voyais mon ménage. Hier soir, nous étions à peu près onze à table et nous avions, je crois, trois assiettes ; comme grand personnage j’avais la mienne et je crois même en avoir changé.

Bonjour, mon enfant, je t’aime beaucoup, ta fille presque autant et toutes deux je vous embrasse très tendrement.

LOBAU

« Lettres d’un lion. Correspondance inédite du général Mouton, comte de Lobau (1812-1815). [Publiée et annotée par Emmanuel de Waresquiel] », Nouveau Monde Éditions, 2005, p.160.

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( 6 septembre, 2013 )

«Venez à ma rencontre…»

«Venez à ma rencontre…» dans TEMOIGNAGES maret

Lettre de Napoléon à Maret, duc de Bassano, Ministre des Relations Extérieures et se trouvant à Dresde.

Bautzen, 6 septembre 1813

Monsieur le duc de Bassano, je serai à Dresde avant sept heures du soir. Venez à ma rencontre sur la route. Dites au général Durosnel de faire partir 300 gardes d’honneur qui viendront au-devant de moi sur la grande route, jusqu’à ce qu’ils me rencontrent.

(« Lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Honoré Champion, Libraire, 1898, lettre n°1231, pp.500-501).

 

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( 4 septembre, 2013 )

« Je suis resté ici pour réorganiser le 1er corps d’armée et en prendre le commandement… »

Une nouvelle lettre du général Mouton, comte de Lobau, à son épouse. Il vient d’être nommé (3 septembre) à la tête du 1er corps d’armée.

Dresde, faubourg de la rive droite, le 4 septembre 1813.

Ma chère Cite [Félicité], l’Empereur est parti hier pour aller du côté de la Silésie. Où se trouve l’Empereur, nous sommes presque certains des succès, mais malheureusement il n’en est pas de même ailleurs. Il ne fait pas également beau partout. Il faudrait que S.M. pût être partout. Moi, je suis resté ici pour réorganiser le 1er corps d’armée et en prendre le commandement, le général Vandamme qui le commandait précédemment ayant été pris en Bohême dans un fort engagement dont les résultats n’ont pas été heureux. L’Empereur ne donne par là une grande preuve de confiance, mais une tâche énorme. J’emploierai tous mes moyens pour bien servir S.M. et remplir mes devoirs. Il est des circonstances où je regarderai comme un crime la moindre hésitation. Je connais assez ton âme, ma tendre et bonne amie, pour être persuadé que tu partageras mon opinion. Ce changement ne va pas me permettre de te donner souvent de mes nouvelles, mais je te promets de ne négliger aucune occasion de le faire.

Bonjour, ma chère, je t’embrasse de toute mon âme ainsi que ta fille.

LOBAU.

Je suis encore ici et je m’attends à chaque instant à recevoir l’ordre d’en partir. Le duc de Bassano sort de chez moi et je vais dîner avec lui. Bonjour mon cher enfant.

« Lettres d’un lion. Correspondance inédite du général Mouton, comte de Lobau (1812-1815). [Publiées et annotées par Emmanuel de Waresquiel], Nouveau Monde Éditions, 2005, pp.158-159). 

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( 1 septembre, 2013 )

Des nouvelles attendues…Quelles nouvelles reçues ?

Des nouvelles attendues…Quelles nouvelles reçues ? dans TEMOIGNAGES 1813-20131

Extraits de lettres de Cambacérès adressées à Napoléon.

30 août 1813

Sire,

La lettre que V.M. à la date du 24, après m’avoir appris remportée en Silésie, m’annonçait qu’elle était en grandes manœuvres. C’était assez pour me faire juger que nous touchions à des événements encore plus importants. En effet, le duc de Valmy [maréchal Kellermann] m’instruit par une dépêche télégraphique arrivée aujourd’hui avant midi, que V.M. lui a ordonné d’informer S.M. l’Impératrice de la grande victoire remportée à Dresde le 26, sur les Autrichiens, les Russes et les Prussiens, commandés par les empereurs d’Autriche, de Russie et par le Roi de Prusse. Je me suis empressé d’annoncer cette brillante nouvelle à S.M. à qui j’ai transmis la dépêche du duc de Valmy. Ma lettre a dû être expédiée par une estafette extraordinaire, suivant m’avis que j’en ai donné au comte de Valette [Directeur général des Postes]. Sans donner à cet événement une publication authentique, qu’il convient de réserver pour l’arrivée des communications directes que nous aurons cette nuit, ou demain, j’en ai fait part à tous ceux que j’ai eu  occasion de voir, et avec qui j’ai des rapports habituels d’affaire, notamment les ministres de la Guerre, de la Police, en sorte que la nouvelle a été bientôt connue, et n’a pas manqué d’exciter une grande joie. On est avide des détails et ce sentiment est bien naturel…

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31 août 1813

Sire,

Les détails sur la victoire remportée à Dresde le 26 par Votre Majesté sont vivement désirés. Je les attendais aujourd’hui, ils ne me sont point encore parvenus. Il est vraisemblable que duc de Bassano [Maret] ne les avait point lorsqu’il m’a écrit. Ce ministre, dans sa lettre du 26, dit seulement que les ennemis ont été attaqués et repoussés sur tous les points. Dans la même dépêche, le duc de Bassano m’apprend les avantages signalés remportés à Jauer par le comte de Lauriston, sur les armées russe et prussienne. Nous n’en avions encore rien.  […] S.M. l’Impératrice était encore à Cherbourg le 29. Le voyage de S.M. en Normandie a produit un excellent effet…

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1er septembre 1813

Sire,

J’ai été bienheureux de renvoyer la lettre que V.M. a daigné m’écrire de Dresde, le 27. Il me tardait d’avoir des nouvelles directes de V.M. et de savoir qu’elle est en bonne santé après tant de fatigue et une si grande activité. Les détails sur les journées des 26 et 27, sont vivement désirés. V.M. me dit que le duc de Bassano s’est chargé de me les transmettre. La dépêche qui les contiendra, arrivera par la prochaine estafette. Elle ne m’est point encore parvenue. V.M. aura vu que depuis avant-hier il y avait eu à la Bourse un mouvement de hausse assez considérable. C’est que l’on a une grande confiance dans les suites de la nouvelles victoire que V.M. vient de remporter.  Nous espérons que S.M. l’Impératrice arrivera le 4 au soir à Saint-Cloud. S.M a dû partir aujourd’hui de Cherbourg et se propose de séjourner le 3 à Rouen…

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2 septembre 1813

Sire,

Les détails qui étaient attendu avec un si juste impatience, étaient dans la lettre que le duc de  Bassano m’a écrit le 27 août et qui m’est parvenue vers minuit. Dans le Postscriptum, le ministre me dit qu’il pense que je jugerai convenable de rendre sa lettre publique. Ces expressions m’ont paru préjuger la question et contenir l’approbation implicite de V.M. à une disposition que les circonstances rendaient nécessaire.

En effet, Sire, dans l’intervalle de temps qui s’est écoulé depuis l’arrivée de la dépêche télégraphique du duc de Valmy, il régnait dans l’opinion, non une incertitude sur les résultats des journées des 26 et 27, mais une sorte de crainte que ces triomphes ne fussent altérés par des malheurs particuliers. L’imagination qui grossit tous les objets et qui souvent les dénature, a besoin d’un régulateur. Dans toutes les guerres soutenues par V.M., ce régulateur s’est trouvé dans les bulletins, qui ont été publiés par ses ordres ; et lorsque la rapidité des événements empêche de les publier, il faut y suppléer d’une manière quelconque.  L’insertion au Moniteur de la lettre du compte Daru au duc de Feltre, et celle de la dépêche qui vient de m’être adressée par le duc de Bassano, ont pleinement satisfait aux besoins et aux vœux du public. Je ne saurais trop dire à V.M., combien est grande l’allégresse et avec quel empressement le Moniteur du jour a été recherché. Si ce journal avait été tiré à cent mille exemplaires, j’estime qu’on aurait trouvé facilement à les placer. Tout annonce qu’il y aura la 28, de nouvelles affaires. Nous espérons qu’elles auront été heureuses et brillantes comme celles des 26 et 27 ; ce qu’il nous faut surtout, c’est de savoir que V.M. est bien portante, et que ses forces physiques sont au-dessus de tous les événements.

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3 septembre 1813

… S’il est vrai que le général Moreau ait terminé sa carrière, et n’ait point survécu à la honte dont il s’est couvert, cet exemple doit faire trembler ceux qui comme lui ont dévié de la bonne route. Je ne saurais trop exprimer à V.M. combien le public a été indigné, en apprenant que cet ex-général avait passé dans les rangs ennemis. 

Les lettres particulières qui arrivent en foule, ne parlent que des prodiges opérés dans les journées des 26 et 27 août. L’enthousiasme ce ceux qui les écrivent gagne ceux qui les reçoivent ; en sorte qu’on est dan une espèce d’ivresse. Ceux qui naguère paraissaient consternés, ne parlent  maintenant que de conquêtes. V.M. qui juge et apprécie ce qu’on appelle l’opinion publique, ne s’étonnera point de cette variation. Il n’y a d’ailleurs ici rien de nouveau.

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Bientôt la reddition du général Vandamme à Kulm le 30 août parviendra jusqu’à Paris…

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, Avril 1808-Avril 1814. Présentation et Notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973. Extraits des lettres n°1252, 1253, 1254, 1256, et 1257, pp.1035-1040).

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( 29 août, 2013 )

« Il n’y a rien de nouveau… »

Une lettre de Cambacérès à Napoléon.

Paris, 29 août 1813.

Sire,

La lettre que V.M. a daigné m’écrire de Görlitz le 21 de ce mois m’est parvenu aujourd’hui vers midi.  La continuité de succès qu’elle annonce nous prépare à des événements plus décisifs. Ils sont attendus ici avec le sentiment unanime de la plus entière confiance. Les affaires sont engagées de tous côtés, et les ennemis étonnés retrouvent partout V.M. et l’empreinte de son génie.

Le ministre de la Guerre m’a prévenu qu’il y aurait demain dans le Moniteur une lettre expositive [sic] de nos premiers avantages qui lui a été adressée par le compte Daru, d’après les ordres de V.M. La publicité donnée à cette dépêchez produira un bon effet, et suppléera aux bulletins qui arriveront plus tard. J’ai eu l’honneur de rendre compte hier à V.M. des considérations d’après lesquelles je me suis abstenu de faire mettre dans les journaux une note que m’a fait passer le duc de Bassano. Au surplus, on sait à peu près toutes les nouvelles par la voie du commerce.

Je me suis rendu aujourd’hui à Saint-Cloud, pour faire ma cour au Roi de Rome qui se porte à merveille. Chaque jours, ce prince se fortifie et se développe. Nous avons su de Cherbourg que l’enceinte du port avait été ouverte le 27 aux flots de l’Océan. Il paraît que S.M.l’Impératrice a joui longtemps de cet imposant spectacle qui a pris un nouveau degré d’intérêt par la présence de S.M. et par l’allégresse générale qu’elle a occasionné.

Il n’y a rien de nouveau : tout va bien dans l’intérieur de l’Empire. Je ne parle point à V.M. de l’Espagne pour ne pas la fatiguer par des redites. 

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, Avril 1808-Avril 1814. Présentation et Notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973. Lettre n°1251, p.1035).

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( 8 août, 2013 )

De l’ALLEMAGNE à l’ESPAGNE (II).

 De l’ALLEMAGNE à l’ESPAGNE (II). dans TEMOIGNAGES soldat

Napoléon tout en menant la campagne de Saxe, gardait un œil attentif sur ce qui se passait en Espagne. Telle cette lettre à Maret, duc de Bassano, occupant les fonctions de ministre des Relations extérieures.

Dresde, 5 août 1813.

Monsieur le duc de Bassano, il serait bon de faire circuler la nouvelle qu’à la suite de la victoire du maréchal Soult sur l’armée anglaise le 25 juillet, Saint-Sébastien a été débloqué et que 30 pièces de l’artillerie de siège et 200 voitures ont été prises. Pampelune a été débloquée le 27. Le général Hill qui assiégeait cette place n’a pu emmener ses malades et il a été obligé de brûler une partie de ses bagages. On y a pris 12 pièces de 24 qui étaient déjà arrivées. Envoyez cela à Prague, à Leipzig et à Francfort.

(Lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Honoré Champion, Librairie, 1898, p.490).

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( 18 août, 0205 )

Les «SOUVENIRS» d’un JEUNE CHIRURGIEN de la GRANDE-ARMEE (1813)…

Blessé

Ce témoignage a été rédigé par le docteur Jacques Duret né à Nuits-Saint-Georges (département de la Côte-d’Or) le 21 mars 1794. Cet érudit, botaniste, archéologue, fut premier magistrat de cette ville, puis conseiller général. En janvier 1813, alors qu’il est concerné par la conscription, le jeune Duret est étudiant en médecine à Paris.« Au tirage [au sort] à Dijon, domicile de mon père, le N°3 m’est échu », écrit l’auteur. Et il poursuit :«N’ayant aucune chance de réforme, et ne voulant pas sacrifier dix mille francs pour acheter un homme, dont quelques mois après j’aurais été obligé de prendre la place, je pris le parti de demander du service, en qualité de chirurgien militaire, il en fallait beaucoup à cette époque, c’était la ressource des étudiants en médecine et on n’était pas très sévère pour l’admission. Avec la recommandation des compatriotes que mon père et moi nous avions l’honneur de connaître, le sénateur Monge, le conseiller d’État Prieur, et le professeur de l’École de Médecine Chaussier, auprès des chefs du service médical de l’armée, Larrey, Percy et Parmentier, j’ai été immédiatement commissionné et attaché en qualité d’aide-chirurgien au 148ème régiment de ligne, 5ème division du 3ème corps d’armée. En février 1813, je suis parti pour rejoindre le régiment qui tenait campagne dans le royaume alors de Westphalie, aux environs de Magdebourg ; j’ai trouvé le régiment dans la petite ville de Celle, près de Hanovre et Brunswick, j’ai fait la dernière campagne d’Allemagne en Silésie, Saxe, Bavière, etc., j’ai assisté aux batailles de La Katzbach près de Lawenberg, de Dresde, de Leipzig, de Hanau, et suis enfin rentré à Mayence, malade du typhus, et évacué d’hôpital en hôpital jusqu’ à Haguenau, d’où mon père m’a ramené à Dijon, où j’ai passé presque toute l’année 1814, pendant la campagne de France » . Il est bon que de préciser que ces lignes, donnant un premier aperçu de la vie du docteur Jacques Duret, ont été, comme les suivantes, rédigées le 5 octobre 1864, à la demande de Guillaume Jacquinot, secrétaire de la mairie de Nuits-Saint-Georges.

Mais laissons de nouveau la parole à l’auteur : « Dégagé en fait du service par la restauration royaliste, je suis revenu à Paris, en novembre 1814, reprendre mes études médicales ; j’ai assisté à la rentrée de Napoléon en mars 1815, lors de son retour de l’île d’Elbe, et enfin en juin, après la bataille de Waterloo, engagé volontaire dans les fédérés des Écoles [celles de Polytechnique et de Saint-Cyr], j’ai terminé ma carrière militaire par la courte et dérisoire campagne des fortifications aux Buttes de Belleville, avec un fusil sans cartouches ! Mes services militaires m’ont rapporté quarante francs, des poux, de la misère, la perte du gros orteil droit, la fièvre typhoïde, et enfin, la médaille de Sainte-Hélène, honorable récompense du peu de services que j’ai pu rendre, qui me dédommage de tout ce que j’ai pu souffrir et qu’aujourd’hui je suis heureux d’avoir souffert. La croix d’honneur m’est venue trouver en 1847, par les soins de M. de Champlouis, préfet de la Côte-d’Or, en témoignage des services civils qu’il m’a jugé avoir rendus dans les diverses fonctions qui, dès 1819, m’ont été confiées comme médecin, maire, conseiller général, etc. Je jure sur elle et sur l’honneur que je n’ai jamais fait la moindre démarche, ni le moindre mot pour l’obtenir. J’étais loin de penser que je puisse y prétendre. Elle m’a frappé comme la foudre. » Le 7 juin 1817, Jacques Duret reçoit le diplôme de docteur en médecine de la Faculté de Paris. Il revient aussitôt dans sa ville natale « pour y répandre le bien et se dévouer au service des malheureux ». « Attaché dès 1818 à l’hospice de Nuits, comme médecin-adjoint, il succède en 1832, à M. Pignot, son beau-père en qualité » de médecin ». Le 1er janvier 1854, Duret quitte ses fonctions médicales « pour se consacrer entièrement à l’administration de la ville et des établissements de bienfaisance ». Duret fut maire de la ville de Nuits-Saint-Georges, de 1833 à 1864, au gré des fluctuations politiques, tantôt comme maire en titre ou maire provisoire. Il représenta le canton de cette même ville au Conseil général de la Côte d’Or de 1838 à 1848. Enfin, Duret est nommé chevalier de la Légion d’honneur le 30 avril 1847. Il quitte la vie publique pour raison de santé en janvier 1864. Il est à noter que Duret fut également un botaniste éclairé. Il s’éteint en 1874.

Voici le texte intégral de son témoignage qui porte le titre de « Souvenirs Chirurgico-Militaires d’un jeune étudiant de 19 ans, en 1813 ». Il est paru la première fois en 1902 dans le « Bulletin de la Société d’Histoire, d’Archéologie et de Littérature de l’arrondissement de Beaune [Côte d’Or] ».

« Les souvenirs que je recherche à rassembler remontent à une époque déjà bien ancienne, mais ils m’ont laissé une impression si profonde, que je n’ai pu les oublier jusqu’à présent, année 1871. Ces souvenirs n’ont rien d’historique, et si je les confie au papier, c’est pour laisser à mes petits-fils quelques notions sur une des branches de leur famille dont le nom va s’éteindre… [s’en suit un développement généalogique d’un intérêt limité]. De 1815 à 1825, j’ai encore pu recueillir les noms de Duret, médecin en chef de la marine, à Brest ; Mme Duret, célèbre cantatrice aux opéras de Paris ; Duret, inspecteur des finances, à Paris, mon cousin ; le capitaine Duret, mon cousin, mort à la retraite de Moscou, en 1812 ; une tante Duret, auprès de Montbard, etc., etc. Pour revenir à mon but personnel, de développer les circonstances qui m’ont conduit aux études médicales, je dois dire qu’à l’âge d’environ quinze à seize ans, la création à Dijon de cours d’histoire naturelle et de botanique, m’a tellement attiré, que les études médicales ont été la conséquence des études botaniques.-A dix-huit ans, les études médicales m’ont conduit à Paris, et à dix-neuf sans, les levées militaires, conscriptions, tirages au sort, m’ont conduit à l’armée en qualité de chirurgien militaire sous-aide, malgré les instances de ma mère, qui, disait-elle, avait trouvé à me racheter un remplaçant, aux prix de dix mille francs. Ma pauvre mère ne pensait pas que les levées d’hommes enlevaient à cette époque toutes les générations masculines, et que ceux qui se rachetaient étaient tous repris sous une forme ou sous une autre : Garde Impériale, Gardes d’Honneur, employés dans les administrations Militaires, etc. Je suis donc parti gaiement, et fièrement, en qualité des chirurgiens sous-aides, avec les galons, collet et parements de velours rouge, chapeau à corne, et l’épée au côté- c’était le beau côté ! Me voilà donc en route sur le chemin de la gloire, par Besançon, Belfort, Colmar, Strasbourg, et de là à Wesel, par Mayence, Coblentz, Cologne, Düsseldorf, etc., sur le Rhin, c’était charmant !… et en effet c’était un beau voyage. Mais là, ont commencé les déceptions, les fatigues :-Nous n’étions plus dans la vraie France, bien que cette grande partie nord de l’Allemagne, annexée à la France jusqu’à Hambourg, ait été subdivisée en départements français ; les routes étaient mauvaises, le terrain sablonneux, facilement défoncé par les pluies, de vastes bruyères. Enfin, nous arrivâmes dans cette partie nord de l’Allemagne, convertie en royaume de Westphalie jusqu’à l’embouchure de l’Elbe à Hambourg, et là, incorpores enfin dans nos régiments, nous entrâmes en fonctions et eûmes l’occasion de vois les principales villes de cette partie de la Prusse, Hanovre, Brunswick, Celles, Magdebourg, dont le souvenir m’est profondément resté.-Hanovre, ville gothique très remarquable par son caractère architectural du Moyen-Age, m’a fortement impressionné. Je vous encore ses rues étroites et tortueuses, ses pignons aigus, ses portes et fenêtres à moulures ciselées, et son ensemble triste. Ses alentours offrent de jolies promenades, de belles avenues, mais mortes et désertes.-Brunswick, ville moderne, larges rues, maisons à belles façades plates, mais n’éveillant aucun souvenirs artistiques.-Magdebourg, forte place de guerre, ville enterrée dans ses remparts, tours et bastions.-Celles, enfin, jolie petite ville, sans fortifications, ancienne résidence des vice-rois Anglais, alors que cette partiez de l’Allemagne (le grands duché de Hanovre), appartenait à l’Angleterre. Enfin, ce fut à celles, qu’au nombre de quatre ou cinq carabins, nous fûmes incorporés et répartis dans nos régiments, pendant un armistice de deux ou trois mois, qui n’aboutit à rien, et les hostilités recommencèrent, mais nous eûmes d’abord quelques succès, mais, forcés d’abandonner le Hanovre, je fus détaché du régiment avec un convoi de malades et de blessés à conduire en arrière, jusque dans la petite ville de Paderborn. Arrivé à ma destination, l’intendant militaire fit entrer mes malades à l’hôpital, et me mit en logement chez le baron d’Haxthausen. Ici comment, pour moi, l’époque la plus curieuse de ma vie, celle qui me laisse les souvenirs les plus précieux et les plus vivaces.-Mon entrée chez le baron d’Haxthausen fut naturellement aussi froide, aussi insignifiante que pour tout autre. Un français attaché à la maison avec sa femme, en qualité de précepteur des enfants, me conduisit à la chambre destinée aux militaires en logement, me fit servir à manger, et à cette première journée, je ne vis pas même le maître de la maison, qui occupait avec sa nombreuse famille un corps de bâtiments isolés, donnant sur un grand et beau jardin, aboutissant à un ruisseau qui le séparait d’une vaste prairie lui appartenant. Le lendemain, le précepteur me demanda, de la part du Baron, si je voulais bien me réunir à sa famille, et prendre place à sa table.-J’acceptai avec empressement et reconnaissance ; je demandai si M. le Baron voulait bien recevoir ma visite et mes remerciements, et dès cet instant, commensal de la maison, je passai, de la manière la plus agréable et la plus instructive, les quelques jours que je devais rester à Paderborn.-Mais il fallait repartir, rejoindre le régiment, et le Commissaire des Guerres, aujourd’hui Intendant militaire, me fit remettre ma feuille de route.-Je partis donc avec regret, je pris congé de M. et de Mme de Haxthausen-Dedinghausen, et de leur nombreuse famille, (six ou sept enfants) du précepteurs et de sa femme l’institutrice, mais sous promesse que si quelques circonstances me ramenaient à Paderborn, je reviendrais prendre ma chambre et nos adieux furent faits. Un singulier concours de circonstances amena la réalisation de cette prévision : le nord de l’Allemagne était abandonné par nos troupes, et le théâtre de la guerre était porté au centre, sur la ligne de Leipzig, Dresde, Görlitz, Liegnitz, Buntzlau, Goldberg, et jusqu’aux frontières de la Pologne.-Les communications entre le transitoire royaume de Westphalie, l’Allemagne centrale, la Saxe et la Silésie étaient interrompues, il n’était plus possible de rejoindre l’armée française ; les commissaires des guerres ne savaient où diriger les militaires isolés, et, d’étapes en étapes, je me trouvai ramené au Bercail de Paderborn !

C’était pour moi le paradis !-Je courus chez le commissaire des guerres, et selon la recommandation de mon excellent ami Haxthausen, je demandai le logement en sa maison ; mais grande fut ma déception ! –Le Baron s’était plaint d’être surchargé de logements militaires et le billet me fut refusé.-Le commissaire m’envoya chez un perruquier. Installé chez mon perruquier, je me disposais à aller faire au moins ma visite au Baron, lorsqu’un domestique de sa maison vint m’enlever au perruquier, et me ramena, corps et bagages, chez son maître.-Le domestique m’avait vu et reconnu en ville, et s’était hâté d’en aller prévenir le Baron, qui fit changer le billet, ce dont le perruquier ne se trouva pas offensé. Rentré chez le Baron d’Haxthausen, j’y restais fort longtemps, les communications étant totalement interrompues entre le nord de l’Allemagne et le centre, jusqu’à la Saxe et à la Silésie, près des frontières de la Pologne ; puis enfin, vint une trêve qui permettait aux hommes isolés de rejoindre leurs régiments. Je reçus un ordre de départ cette fois, je fis mes tristes adieux à toute la famille de Haxthausen, et j’y laissai en dépôt un excédent de bagage, dont, en soldat inexpérimenté, je m’étais surchargé, et que je croyais pouvoir reprendre plus tard.-Là , s’arrêtent les relations si intimes avec toute la famille de Haxthausen, nos causeries si instructives pour moi, si bienveillantes, et nos promenades aux alentours !-Je dus reprendre la route de Leipzig et de Dresde, mais je lui laissai encore mon pauvre excédent de bagage, consistant en quelques vêtements superflus, des livres de médecine et de chirurgie dont j’avais cru devoir me munir. J’espérais vaguement pouvoir revenir encore à Paderborn, mais je ne devais plus le revoir. Je terminai la campagne de Prusse par la funeste bataille de Leipzig qui nous ramena en déroute inexprimable à Mayence, où nous pûmes trouver asile, et de Mayence, rentrer dans nos familles. Ici, j’arrête ces tristes détails : blessé, malade, et évacué de ville en ville, je finis enfin par rester à l’hôpital de Haguenau, salle des gardes d’honneur, où régnait le typhus des armées. Là, porté sur les épaules d’un infirmier, un employé me dit de repartir bien vite. Je lui répondis que j’aimais mieux crever à l’hôpital que sur une charrette, et je pris possession d’un lit, je n’y suis pas mort. En ce même temps, mon père s’était mis à ma recherche dans les hôpitaux de la ligne du Rhin, et vint même à Haguenau !… Mais il y avait un tel encombrement de malades, que les registres d’entrées ne pouvaient être mis au courant, et qu’il ne put avoir sur moi aucun renseignement, mais il laissa au bureau de l’hôpital de Haguenau ses noms et adresse à tout événement.-Bien fut pour moi !-Trois jours après, en travaillant aux registres d’entrée, le commis auquel mon père s’était adressé, frappé d’un nom, vint immédiatement à mon lit, constata ma présence, et me fit signer une lettre du bureau, sur laquelle il écrivit à mon père l’heureuse découverte de son fils. Quelques jours après, mon père était à Haguenau ; je sortis de l’hôpital, je me restaurai par une alimentation plus substantielle, d’après les conseils du médecin, et huit jours après, je rentrais à Dijon, en la maison paternelle ! Mais, phénomène remarquable, l’affaiblissement cérébral était si grand, qu’en approchant de Dijon, au débouché du Val-Suzon, la vue des clochers de la ville, St.-Bénigne, St.-Philibert, St-.Jean, me causa une telle impression, que, livré à une hallucination singulière, ces clochers se montraient à mes yeux, puis disparaissaient. J’en voyais trois, puis j’en voyais cinq ou six, tantôt bien plantés devant mes yeux, tantôt sautillant, dansant comme une vraie sarabande ! Quelques mois de calme et de soins rétablirent l’état de mes facultés morales et physiques, mais, par la chute d’une pièce de bois près d’un bivouac, j’avais été fortement blessé au gros orteil du pied gauche, et la carie s’en était suivie. Je profitai de mon bon état sanitaire, pour me débarrasser d’une infirmité qui devait s’aggraver et me nuire toute ma vie. Je me fis amputer cet orteil dans l’articulation métatarsienne en 1814, et ne poussai qu’un seul cri au premier coup de bistouri… Mâlin ! Je m’en suis bien trouvé toute ma vie. Médecin pédestre dans les campagnes, j’ai fait des centaines de lieues sans broncher, et quelquefois 12, 15 et 20 lieues par jour. L’eau des fontaines me désaltérait et je n’acceptais rien chez mes clients de la campagne, ou très exceptionnellement.-Si on veut être respecté, il ne faut pas trop de familiariser dans une certaine classe, il ne faut pas dire que le médecin se paie avec les dents.- Avec un morceau de pain dans la poche, je ne craignais pas la faim, et j’allais la nuit comme le jour. Ici se termine ma vie d’étudiant aux Écoles de Paris. »

 DURET.

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( 3 septembre, 0202 )

«Qu’on renvoie cette canaille à coups de crosse»

Une lettre de Napoléon adressée au général Comte Friant, colonel des grenadiers à pied de la Garde Impériale.

Dresde, 3 septembre 1813.

En vous portant sur la route de Bautzen, vous trouverez beaucoup de traîneurs et de maraudeurs appartenant aux 3ème, 5ème et 11ème corps, qui ont jeté leurs armes. Mon intention est que vous les fassiez tous retourner sur Bautzen, où on leur porte des fusils. Faites faire des patrouilles à droite et à gauche de la route, et qu’on renvoie toute cette canaille à coups de crosse.

(« Lettres inédites de Napoléon 1er (An VIII-1815). Publiés par Léon Lecestre » Plon, 1897, tome II, p.289).

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