( 2 décembre, 2014 )

Arrestation d’un officier de l’ex-Garde…

Grenadiers à cheval

« J’ai fait arrêter aujourd’hui un sieur Bertrand, officier de grenadiers à cheval de l’ex-Garde Impériale, maintenant à la demi-solde, logé rue des Vieux-Augustins à Paris. Il sera interrogé avec le plus grand soin, parce que je le faisais observer depuis plusieurs jours, et que c’est un des militaires les plus dangereux qu’il y ait à Paris. C’est un homme hardi et entreprenant, tenant les propos les plus effroyables contre le Roi et la famille royale, proclamant comme inévitable une révolution prochaine en faveur de Bonaparte, cherchant à se faire des prosélytes, se disant en relations étroites avec plusieurs généraux, mais déclarant qu’il subirait la mort plutôt que de les nommer, parlant de millions dont il connaît le dépôt, de deux cents hommes dont il serait déjà sûr. Son arrestation même n’a point abattu son audace. Il se montre plus menaçant que timide ; il fait le mystérieux et prétend que s’il voulait dire un mot, il obtiendrait de suite sa liberté. J’aurai l’honneur de rendre compte au Roi du résultat de ses interrogatoires et des renseignements qu’on en tirera. »

(« Napoléon et la police sous la Première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert », R. Roger & F. Chernoviz, Libraires-Editeurs, s.d., p.298, extrait du bulletin en date du 2 décembre 1814).

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( 1 décembre, 2014 )

Attention aux trois mouches !

Grenadier Garde

Le grenadier Vraincourt, de la 5ème compagnie du bataillon Napoléon est allé chercher la princesse Pauline. Il écrit à une amie de Verdun (Mme veuve Georges Chermer) et lui adresse un exemplaire de la cocarde elboise; gare aux trois abeilles !

Porto-Ferrajo [Portoferraio], 1er décembre 1814.

La princesse Borghèse nous aime comme ses yeux, car c’est nous qui l’avons été chercher à Naples. Le roi Murat a très bien reçu les grenadiers ainsi que son peuple; l’on a reçu différents cadeaux de la cour de Naples ; les uns ont reçu des schalls [châles] de la  princesse, les autres, des bagues, des tabatières; mille caresses ont été faites. Nous avons toujours la même solde de 23 sous par jour ; nous sommes payés exactement. Nous n’ayons [avons] pas la même cocarde ; nous la portions blanche et rouge ; vous remarquerez trois mouches dedans le tour du blanc qui piqueront un jour.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.439)

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( 30 novembre, 2014 )

A Nantes et à Lyon…

« 30 Novembre 1814. — Ces jours derniers, il a été ramassé, dans un corridor du théâtre de Nantes, deux cartes sur lesquelles on répétait la fable de la descente de Bonaparte en Italie, avec un corps de troupes. Une vingtaine d’autres cartes semblables ont été trouvées, en paquet, dans un des coins sombres du théâtre et ont été aperçues par un des commissaires de police. Il est évident que quelques individus sont, en ce moment, animés d’un esprit d’animosité contre le gouvernement. Depuis quelque temps, les preuves s’en multiplient à Nantes, mais le préfet me fait remarquer qu’elles portent un caractère de précaution et de lâcheté, car nul ne se compromet. Ce sont des lettres anonymes, des billets jetés durant la nuit, des propos dont on ne saurait trouver la source.  […] Les nouvelles que je reçois de Lyon confirment cet état d’animosité contre le gouvernement actuel, car j’apprends que des perturbateurs, en sens inverse des ultra-royalistes, ont essayé quelques manœuvres. Une ode contre les Bourbons et en faveur de Bonaparte a circulé, manuscrite, dans la ville. L’un des commissaires de police s’en est procuré une copie et l’a remise au préfet, M. de Bondy, Il s’est aussi procuré une médaille de plomb que les bonapartistes portent à un cordon noir, en signe de ralliement. Cette médaille, de la dimension d’un petit écu, offre d’un côté l’effigie de Bonaparte avec cette légende : « Napoléon Ier empereur des Français » et, de l’autre, un aigle couronné avec ces mots en exergue : « Il vint à Lyon le 20 germinal an 13 ». L’individu qui en était porteur sera interrogé; rien ne sera négligé, pour découvrir l’atelier où se frappent ces médailles qui offrent tous les caractères d’une fabrication récente. « 

(Georges FIRMIN-DIDOT, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.164-166).

 

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( 29 novembre, 2014 )

Le Congrès de Châtillon.

Meissonier 1814

C’est dans la petite ville de Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or) que se tint du 4 février au 17 mars 1814, la dernière réunion diplomatique avant l’abdication de Napoléon. La France est représentée par Caulaincourt, l’Autriche par le comte Stadion, la Prusse par le baron Humboldt, la Russie par le comte Razoumovski. Le Royaume-Uni a délégué les lords Aberdeen et Cathcart, ainsi que le général Charles Stewart. Lord Castlereagh, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et très hostile à la France est également présent. Les puissances alliées posent leurs conditions, exigeant que la France retrouve ses frontières de 1791 et veulent la mettre à l’écart de la réorganisation de l’Europe.  Napoléon refuse ces conditions. Les négociations sont suspendues le 9 février, avant de reprendre mais sans aucune issue positive.

C.B.

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( 28 novembre, 2014 )

L’impératrice Marie-Louise…

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Née en 1791, l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, est élevée dans la haine et la terreur des Français, elle assiste aux deux grandes invasions de 1805 et de 1809. Lorsqu’en décembre 1809, l’Europe apprend le divorce de Napoléon et de Joséphine, et son intention d’épouser une princesse de sang royal, Marie-Louise écrit : « Je plains la pauvre princesse qu’il choisira. ».Ce sera elle … Elle doit prendre le chemin de la France en mars 1810. En avril elle devient l’épouse de l’Empereur des Français et lui donne un héritier le 20 mars 1811 : Napoléon II, le roi de Rome.  En 1813, elle est nommée régente par Napoléon, ayant pour finalité d’assurer l’accession au trône de leur fils au cas où il arriverait malheur à l’Empereur. A la fin de la campagne de France, Paris étant menacée, Marie-Louise quitte la capitale le 29 mars 1814, sur l’insistance de Joseph, lieutenant-général de l’Empire qui fait état d’une lettre de Napoléon stipulant que l’Impératrice et son fils ne doivent jamais tomber au pouvoir des ennemis de la France. Réfugiée à Blois puis à Rambouillet elle prend le chemin de l’Autriche, après l’abdication de Napoléon. Marie-Louise espère pouvoir rejoindre l’Empereur dans son exil de l’île d’Elbe. En août 1814, son père, François II, empereur d’Autriche, lui adjoint pour la surveiller, le comte de Neipperg (1775-1829), qui a perdu un œil en combattant les Français à Dolen en 1794. Séduite par cet officier prévenant et malgré tout encore d’une belle prestance, une liaison débute. L’île d’Elbe est oubliée ! Elle épouse Neipperg en 1821, après la mort de l’Empereur à Sainte-Hélène. De cette union naissent quatre enfants ; dont deux avant son mariage, alors qu’elle est encore légalement l’épouse de Napoléon. Son entourage autrichien mettant tout en œuvre pour la détacher de ce dernier, pas un seul instant, en 1815, elle ne songe à son impérial époux et au malheur qui s’abat sur la France. Duchesse de Parme, de Plaisance et de Guastalla, en 1816, blessée dans sa chair par la mort de son fils, l’Aiglon, en 1832, elle épouse en 1834 le comte Charles-René de Bombelles (1785-1856), son premier gentilhomme de la Cour et s’éteint à Vienne en 1847.

C.B.

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( 27 novembre, 2014 )

Le passage de la Bérézina ou un voyage dans l’enfer blanc…

 

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Du 26 au 29 novembre 1812, se déroula le dernier acte de la Campagne de Russie. Après avoir procédé à la réorganisation de ses troupes à Orcha, Napoléon apprend que les ponts de Borisov, enjambant la Bérézina sont aux mains des Russes. Il faut pourtant passer. L’Empereur ordonne alors un important mouvement de troupes au Maréchal Oudinot devant la petite ville de Borisov afin de tromper l’amiral russe Tchitchakov, puis charge le Général du génie Eblé de construire dans l’urgence deux ponts au gué de Studianka. Le passage des troupes s’effectue alors dans des conditions météréologiques extrêmes: si dans la journée le froid n’est pas excessif, la nuit la température oscille entre moins 20 degrés et moins 30 degrés…Trois batailles se déroulent autour des ponts. A Borisov, le Général Partouneaux et sa division se heurtent à Tchitchakov. Le Général Doumerc et sa cavalerie effectuent des charges héroïques sur la rive opposée de Studianka à Brill; enfin le dernier combat se situe aux abords même du gué de Studianka. Les 25 000 hommes qui constituaient le noyau dur de l’armée sont sauvés mais il fallut abandonner aux mains de l’ennemi autant de blessés et une très grande quantité de bagages. Le 26 novembre 1812, 9300 combattants passèrent sur l’autre rive; le 27 novembre, de nombreux corps d’armée passent devant l’Empereur en personne. Etonnamment, les Russes ne se sont pas encore montrés. La Division Partouneaux capitule le 28 novembre (à 7 heures du matin). 

Selon Alain PIGEARD, d’un point de vue stratégique, la Bérézina est une victoire française dans la mesure où l’armée russe avait pour objectif principal d’empêcher les français de passer cette rivière et qu’elle n’y réussit pas. 

Quelques chiffres:

Forces Françaises: environ 40 000 hommes.
Forces Russes: 84 000 hommes.

Pertes françaises: 2000 tués
7000 à 10 000 prisonniers plus la division Partouneaux,
soit 4000 tués, blessés et prisonniers.

Pertes Russes: Environ 10 000 tués et blessés et 3000 prisonniers faits sur la rive droite. 

Le capitaine Coignet témoigne…

Le 14 novembre, nous partîmes de Smolensk avec l’Empereur et la vieille Garde à huit heures du matin, pour Krasnoïe. Il arriva le 15 au soir, et attaqua Koutouzov le 17. Le même jour, il établit son Quartier général à Liadj, qu’il quitta dans la nuit avec son état-major. Il arriva avant le jour à Doubrowna et en partit pour Ortza le 19 novembre, au point du jour. Le 20 novembre au soir. il transporta son Quartier général à Baranui, sur la route de Borisov. Le 21, le mouvement général de retraite continua, et l’Empereur vint s’établir à Kokhanow. Les Russes nous serraient de près. Le 22, il apprit que les Russes venaient de s’emparer de la tête du pont et de la ville de Borisov. Il se vit forcé, par suite de cet événement d’exécuter le passage de la Bérézina, attendu qu’il était poursuit  par Koutouzov et Wittgenstein.  Le 24 novembre, l’Empereur vint fixer son Quartier général à Losnitza, et arriva le 26 à sept heures du matin à Studianka, village situé sur le penchant d’une colline qui borde la Bérézina et qui n’est éloigné de cette rivière que d’environ soixante toises. Pour arriver à cette belle position, il faut longer la Bérézina à droite et remonter trois lieues. Nous passâmes devant le grand pont que les Russes avaient brûlé; ce pont est sur pilotis, et ils n’en avaient brûlé que la moitié. Ils étaient de l’autre côté à nous attendre. Ils venaient, dit-on, de Turquie; ils avaient fait la paix avec le Grand Turc. Cette armée était de quatre-vingt mille hommes. Ils étaient dans des bois, en face de leur grand pont, à nous contempler. Mais ils étaient comme nous, dans la neige, sans échanger un seul coup de fusil. Nous étions déjà dans la misèr. À une heure de l’après-midi -26 novembre -le pont de droite fut achevé, et l’Empereur y fit immédiatement passer sous ses yeux le corps du duc de Reggio et le maréchal Ney avec ses beaux cuirassiers. Il nous avait rejoints au passage de la Bérézina. L’artillerie de la Garde passa avec ses deux corps et traversa un marais; heureusement, il était gelé et pouvait porter l’artillerie. Pour pouvoir gagner le village de Zaniwski, ils repoussèrent les Russes à gauche, dans des bois, et donnèrent le temps à l’armée de passer le 27 novembre.

La Bérézina. 

L’Empereur passa la Bérézina à une heure de l’après-midi, et alla établir son Quartier général dans le petit hameau de Zaniwski. Le passage de la rivière continua dans la nuit du 27 au 28. L’Empereur, avant de passer le pont de droite, fit appeler le maréchal Davout, et je fus chargé d’accompagner le maréchal pour garder la tête du pont et ne laisser passer que l’artillerie et les munitions; le maréchal à droite et moi à gauche.

Lorsque tout le matériel fut passé, le maréchal me dit :

« Allons, mon brave! tout est passé, allons rejoindre l’Empereur. » 

Nous traversâmes le pont et un marais profond. Heureusement qu’il était gelé et qu’il pouvait porter notre matériel, sans quoi tout était perdu. Durant notre pénible service, l’Empereur faisait de bonnes  affaires avec les Russes. Il les avait renversés à gauche, dans des bois, avec le corps du duc de Reggio, et le maréchal Ney avait taillé pièces les Russes qui remontaient pour nous couper la route.Nos troupes les avaient surpris en pleins bois, et cette bataille coûta cher aux Russes. Nos braves cuirassiers les ramenaient par mille, couverts de sang; c’était pitié à voir. Nous arrivions sur ce beau plateau, et l’Empereur passa les prisonniers en revue. La neige tombait si large que tout le monde était couvert. On ne se voyait pas ! Mais derrière nous il se passait une scène des plus effrayantes : à notre départ du pont, les Russes dirigèrent sur la foule qui entourait les ponts les feux de plusieurs batteries, qui firent sur ces masses effrayées un effroyable ravage. De notre position, on voyait la foudre tomber sur ces malheureux abandonnés, sans pouvoir leur porter secours. Ils se précipitaient vers les ponts, et les voitures se renversèrent. La confusion fut si grande que les hommes et les femmes se précipitaient sur les ponts et qu’ils se renversèrent dans la Bérézina et furent engloutis dans les glaces. Non, personne ne peut se faire une idée d’un pareil tableau! Combien de personnes de tous sexes et de tous âges restées sur la rive gauche ! Les ponts furent brûlés le lendemain matin à huit heures et demi. Cinq mille personnes périrent à la Bérézina, et un riche butin. » 

Un autre témoignage… 

Celui du wurtembergeois de Suckow. Ce dernier, au sein de la Grande-Armée, participe à la campagne de 1809 en Autriche et à celle de Russie. Lors de cette dernière, il se trouve dans une division wurtembergeoise, la 25ème de la Grande-Armée, rattachée au 3° corps sous les ordres de Ney. « Dès la première heure, nous entendîmes le canon dans le lointain. C’était notre arrière-garde, commandée par le Maréchal Victor et le Général Dombrowski, qui livrait aux Russes un combat des plus violents. Les grondements se rapprochaient sensiblement de nous, et ceci prouvait que nos défenseurs étaient refoulés. Le moment était donc venu de nous en aller, si nous ne voulions pas nous exposer à la honte d’être faits prisonniers.  L’artillerie ennemie accélérait de plus en plus son tir, et déjà ses projectiles venaient tomber autour de nous. J’adressai donc un bref adieu à mes Français, qui se mirent aussi en route dans la direction du pont vers lequel les fuyards, affolés et sans armes, convergeaient.  Avant d’atteindre la cohue énorme qui se pressait à l’entrée de celui-ci, je fus encore témoin d’une scène véritablement déchirante : Une voiture, que dans les circonstances actuelles on pouvait qualifier d’élégante, attelée de deux chevaux, arrivait à fond de train et essayait de traverser. Il y avait à l’intérieur une dame et deux enfants. Tout à coup un boulet russe, tombant au milieu de l’attelage, met l’une des bêtes en pièces. La mère saute à bas de la chaise de poste et, tenant les deux petits dans ses bras, supplie les passants de venir à son secours; elle prie, elle pleure, mais aucun de ces êtres fuyant, en proie à une terreur panique, ne s’occupe d’elle, ne veut l’entendre. Je l’ai seulement dépassée de quelques pas, lorsque je n’entends plus sa voix gémissante; je me retourne, mais je ne la vois plus; elle a disparu avec ses enfants ou plutôt elle a été renversée par le flot humain, écrasée et broyée par lui. » 

En savoir plus sur le sujet: 

Christophe BOURACHOT: « Les Hommes de Napoléon. Témoignages, 1805-1815″. Omnibus, 2011.

Alain PIGEARD: « Dictionnaire de la Grande-Armée ». Paris, Tallandier, 2002. 

Jean-Roch COIGNET: « Cahiers du capitaine Coignet ». Paris, Arléa, 2001. Présentés par Jean Mistler de l’Académie française. Avant-propos de Christophe Bourachot. (Un classique dont on ne se lasse pas !). 

 Colonel DE SUCKOW: « D’Iéna à Moscou. Fragments de ma vie, 1800-1812″. Paris, à la Librairie des Deux Empires, 2001 (Un témoignage peu connu mais de premier ordre…).

Sergent BOURGOGNE: « Mémoires. Présentés par Alain Pougetoux ». Paris, Arléa, 2002. (Un classique au même titre que les « Cahiers » du Capitaine Coignet…).

 C.B.

 

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