( 17 juillet, 2017 )

Une lettre d’un sergent du Premier Empire…


Une lettre d’un sergent du Premier Empire... dans TEMOIGNAGES La-division-Broussier-à-Wagram

Ce document fut publié la première fois dans le « Carnet de la Sabretache » en mars 1902. Nous l’avons rétabli dans une orthographe correcte pour une meilleure compréhension ; combien de ces « Braves » écrivirent à leurs proches en langage phonétique !

C.B.           

Le sergent Humblot était né en 1780 à Savonnières-devant-Bar (Meuse). Il était caporal au 84ème de ligne lors du fameux combat de Saint-Léonard-sous-Groetz et s’y conduisit en héros.

Fait au camp de Groetz, le 16 août 1809.

Mon cher père et ma chère mère,

La présente pour m’informer de l’état de votre santé. La mienne est fort bonne, Dieu merci. Je souhaite de tout mon cœur que la présente vous trouve de même.Tendres père et mère, je vais vous donner un petit détail de l’entrée en campagne qui a eu lieu le 11 avril. Nous fûmes repoussés par le  nombre 70 lieues en arrière. Le 11 avril à Venzone, le 16 avril à Sacile, le 4 mai à La Piave, le 8 à Brenta, le 16 mai au fort de Prewald, le 22 à Laybach, le 1er juin à Groetz, le 6 juillet eut lieu une bataille à 1 contre 10 comme vous pouvez le lire sur les Bulletins. Tendre père, nous sommes arrivés le 1er juin à Groetz, le fort a été bloqué pendant 3- jours par les Français. Le bombardement a commencé le 6 juin et a duré jusqu’au 6 juillet nuit et jour. Le 6 juillet [le sergent Humblot fait une confusion de dates ; c’est le 25 juin 1809 au soir que se déroula l’héroïque combat de Groetz] 2 bataillons se sont battus depuis 10 heures du soir jusqu’au 7 juillet à 8 heures du soir. Les deux bataillons se montaient à 700 hommes et l’ennemi était de 1,000 hommes [Humblot donne aux 1er et 2ème bataillons un effectif un peu moindre qu’il ne l’était en réalité. Dans son appréciation de la force de l’ennemi il a vraisemblablement oublié un zéro] et nous leur avons fait 600 prisonniers et 2 drapeaux. Sa Majesté l’Empereur et Roi a ordonné à notre colonel de mettre  à nos drapeaux la phrase « Un contre dix ». Le 84ème régiment s’est couvert de gloire et de lauriers. Tendre père, j’ai été blessé au bras mais légèrement. Dans toutes mes campagnes j’ai été renversé 4 fois par le boulet. La 1ère fois à Sacile : le boulet m’a coupé mon shako sur ma tête. La 2ème  fois le boulet a tué 3 hommes. J’étais au serre-file : le boulet tue les deux premiers et au troisième lui coupe la tête. Le choc m’a couché et j’ai été éclaboussé de chair et de cervelle. Les deux autres fois on m’e croyait mort. Tendre père par ma vaillance, par mon courage que j’ai montré au champ d’honneur et par ma bonne conduite, j’ai été nommé par les vœux de l’empereur sergent et en même temps nommé membre de la Légion d’honneur. Ainsi, voyez tendres père et mère la manière dont je me suis conduit.  J’ai été obligé d’emprunter 130 francs à mon capitaine. J’espère que sitôt la présente reçue nous m’honorerez d’une lettre et que vous ferez votre possible afin de m’envoyer au moins 200 francs. Depuis le 11 avril nous n’avons couché dans aucun lit. Tous les jours au bivouac nous sommes mangés par la vermine.

Mon frère Dominique est venu me voir le jour de la fête à Vienne [jour de la bataille de Wagram, le 6 juillet 1809], aimable jour du champ d’honneur auquel on a eu 1000 hommes hors de combat tués et blessés. Je n’ai pas eu le plaisir de l’avoir vu. Mon capitaine et mon lieutenant, le sergent-major ont été tués. Je n’ai pas pu quitter la compagnie. Le fils Burtout a la cuisse coupée. Je finis ma lettre en vous embrasant de tout mon cœur et tout Savonnières, et je suis pour la vie,

Votre fils

HUMBLOT, sergent.

 

 

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( 16 juillet, 2017 )

« J’ai vu Napoléon… »

Le texte qui suit est extrait de la revue « Je sais tout », du 15 avril 1912. Maurice Level, journaliste de cette publication, part à la rencontre d’un centenaire, Pierre Schamel-Roy.

Le vieillard, âgé de 105 ans, a eu l’occasion de rencontrer Napoléon…

Le 25 août 1807, comme il se promenait dans le parc de Saint-Cloud, les oreilles encore remplies des clameurs enthousiastes dont, dix jours plus tôt, Paris avait salué sa fête, Napoléon s’arrêta devant une femme qui portait un bébé dans les bras. Et là, la femme déjà vieille, voyant sourire l’Empereur, lui dit : -Sire, je vous présente un nouveau citoyen…-Vous pourriez dire « un Français », interrompit l’Empereur.  Alors la bonne vieille s’inclina et, répondit un peu plus bas, mais non sans malice : – Que Votre Majesté m’excuse, mais je me souvenais que le Premier Consul et l’Empereur n’étaient qu’une même personne. Nul dans l’Histoire n’a jamais raconté cette anecdote. Elle me fut contée par Pierre Schamel-Roy à qui, bien souvent, sa grand’mère la conta ; car Pierre Schamel-Roy, bien vivant, solide, est ce petit enfant auquel le vainqueur d’Austerlitz sourit un matin sous les grands arbres de Saint-Cloud.

Tout au bout d’Ivry, presque en face d’une porte où l’on peut lire sur une plaque de marbre blanc : « Monsieur Coutant, député, maire d’Ivry, ne reçoit que le dimanche et le jeudi, de 9 heures à 11 heures, au 22 ter, de la rue Parmentier », au bout d’un petit couloir, sur une porte figure une plaque émaillée : « Pierre Schamel-Roy, centenaire ».  C’est là qu’habite l’homme qui a vu l’Empereur. 

« Papa et maman (comme ces mots sont drôles sur les lèvres de ce vieillard !) s’étaient mariés par amour ; maman avait seize ans et demi, papa n’en avait guère plus de dix-neuf. Ils auraient pu vivre côte à  côte, mais les hommes, mais les hommes à  ce moment-là ne restaient guère en repos, et papa partit pour l’armée. Quant à maman, elle fut placée chez M. Talma [Le célèbre tragédien], par sa propre mère, ma grand’mère, qui avait connu M. Talma pendantla Révolution.

C’est comme cela, par M. Talma séjournant souvent à Saint-Cloud, que je suis venu au monde, tout près de l’Empereur. Il paraît- çà, on me l’a dit- que j’étais un enfant très faible. J’avais une maladie de la colonne vertébrale, et pendant des mois on me laissa étendu. M. Talma, qui m’aimait bien me gardait dans sa chambre mon petit berceau près de son lit. Quand je commençai à aller mieux, on me promena dans le parc de Saint-Cloud. A partir de là, j’ai des souvenirs. J’avais un peu plus de quatre ans, maman passait ses journées avec moi, assise sous les arbres, et c’est là, que, consciemment, j’ai vu pour la première fois l’Empereur. Je ne sais plus d’où il revenait ni en quelle saison c’était, mais je me souviens bien qu’il avait une escorte comme un régiment, qu’ils étaient tous à cheval, gris de poussière, et que l’Empereur passa très vite. Maman me dit : « Tu as vu ton papa ? ». Il faut vous dire que papa était au service de l’Empereur, qu’il était toujours à cheval derrière lui, qu’il ne le quittait jamais. Mais n’est-ce pas, j’étais si petit quand j’avais vu papa pour le dernière fois que je ne l’avais pas reconnu. Je n’avais vu que l’Empereur ». 

Le père de l’honorable vieillard semble avoir été ordonnance de Napoléon, et comme tel avoir voyagé « à la suite ». Ce qui est certain, c’est qu’il fit toutes les campagnes avec l’Empereur, et que l’Empereur lui parla souvent. Or, devant l’Histoire, cela est presque un titre véritable, et l’anecdote suivante en tire la valeur réelle d’un document. Un jour, pendant la campagne d’Iéna, l’Empereur ayant froid, appela Schamel et lui dit : -Passe-moi ton bonnet à poil. Puis, coiffé de cette montagne de fourrure, il tendit à l’homme son petit chapeau : « Tu me le rendras tout à l’heure ». Tout à l’heure, ce fut vers la fin de la journée, quand la nuit tombait déjà, et Schamel, qui n’avait pas chaud, lui non plus, avait bravement placé sur sa tête le chapeau glorieux. Le souvenir de ce récit est un de ceux auxquels le centenaire s’attarde le plus volontiers. Sans doute son « papa » le lui avait-il redit bien souvent, avec orgueil, comme il redit lui-même, à tout instant : 

« J’ai vu l’Empereur ! Je l’ai vu, et il me semble bien des fois, un peu partout, aux revues du Carrousel, au théâtre, où il apparaissait au milieu de théâtre, où il apparaissait au milieu de tant d’or, qu’on ne voyait que lui ; à Saint-Cloud, mais là je l’ai bien regardé. Il avait une figure qu’on n’oublie pas. Je ne peux pas vous dire s’il était grand ou petit, ou, si je vous le dis, c’est qu’on me l’a dit, parce que, à l’âge que j’avais, on ne se rend  pas bien compte de la taille. Mais ce qui m’est resté bien présent, ce sont ses yeux. Ah ! les beaux yeux ! Il ne vous regardait pas souvent, mais quand il vous regardait ! Oui, ses yeux ! Je n’en ai jamais vu de pareils. Ils n’étaient pas noirs, ni marrons, ni bleus, ils étaient mauves, d’un mauve sombre, profond, mais qui changeait quand il se mettait en colère. Je l’ai aperçu un jour comme çà dans une allée, et je n’ai pas osé m’approcher. Pourtant, il m’aimait bien, et souvent, en passant, me donnait une petite tape sur la joue. Et puis, il connaissait son monde ! Quand le Roi de Rome est né, vous pensez si ce furent des fêtes à Saint-Cloud ! Moi, j avais quatre ans, et, comme j’étais sage et bien élevé, on me permit de jouer avec le petit enfant. Quand il fut un peu plus grand, on venait souvent même me chercher pour l’amuser. On me donnait aussi ses vieux joujoux, et j’ai gardé une poupée qu’il tenait souvent dans ses bras. C’est à peu près tout ce qui me reste de la famille impériale, mais j’y tiens et on pourrait me donner n’importe quoi, je m’en déferais pas. Ensuite, les mauvais jours sont venus. Je voyais maman toute triste. On ne riait plus à Saint-Cloud, puis on y pleura tout à fait : On venait d’apprendre le grand malheur de Waterloo. Maman, M. Talma et moi nous partîmes pour Paris. Comme c’était triste ! Nos, nous nous étions mis en deuil… » 

Sous la Restauration et après, le jeune Schamel-Roy apprit le métier de tailleur et devint habilleur. Il fut engagé par Talma. Après la mort du grand tragédien [en 1826] il devint costumier à l’opéra [celui de la rue Le Peltier à Paris ?]. Plus loin dans son récit, il déclare qu’il se trouvait en Russie lors de la Révolution de 1830. En 1848, Schamel-Roy est blessé lors de l’attaque du Palais-Royal : « Un biscayen me broya le pied droit », écrit-il. Lamartine qui fut son protecteur lui fit obtenir un bureau de tabac par le gouvernement. Il le conserva dix ans, « sans quitter mon métier [de costumier] pour cela, mais passant de l’Opéra à l’Opéra-Comique », écrit-il.  « Du n°24, boulevard Poissonnière où j’habitais, je voyais très souvent le Prince-Président [Louis-Napoléon], celui qui allait être l’autre Napoléon [il devint Napoléon III en décembre 1852], entre au restaurant Baurel situé tout près de chez moi. C’était un bon homme, mais j’avais trop connu l’autre pour être impressionné par celui-ci. Pourtant, le hasard me rapprochait de lui. J’étais le grand ami d son écuyer-chef [Sans dote le général Fleury] et souvent, car j’étais bon cavalier, j’allais essayer les chevaux de l’empereur au Bois [de Boulogne]. Je rappelai un matin à l’Empereur le petit restaurant du boulevard Poissonnière. 

- Je m’en souvins aussi, Pierre, me dit-il en riant. 

Oui, c’était un bon homme, et l’Impératrice était bien jolie. Je la vis bien souvent lors du choléra à Amiens [en 1866] où j’accompagnai les artistes en représentation. Elle allait dans les pauvres maisons où on travaillait le velours, habillée de noir avec un tablier blanc, comme une bonne femme, accompagnée de l’épouse du Préfet, Mme Cornuau. Et puis je revis encore l’Empereur aux Tuileries, c’est lui qui me fit nommer costumier chef à l’Opéra… Mais, tout çà, voyez-vous, Monsieur, quand on a vu comme moi Napoléon 1er… Comme c’est peu de chose !… » 

Peu de choses, en effet, que la vie, même la vie étonnante de cet homme devant lequel défila plus d’un siècle d’Histoire ! Et pour lequel rien n’est rien, sauf, ces deux yeux profonds, inoubliables, ces yeux mauves, changeants, qu’il vit un jour sous les arbres de Saint-Cloud, et dont le regard l’accompagne aux extrêmes limites de la vieillesse. 

 Maurice LEVEL. 

En complément à ce témoignage, voici un article que publia le 7 janvier 1909, « L’Humanité ». Elle est d’une version différente quant aux origines de Pierre Schamel-Roy : 

A l’asile d’Ivry, les pensionnaires et la direction viennent de célébrer le cent deuxième anniversaire de Pierre Schamel-Roy.  Sa jeunesse est telle, sa vigueur et sa souplesse sont si surprenantes, que l’on croit rêver en pensant que Schamel fut le contemporain de Talma qu’il habilla pendant plus de vingt ans. M.Schamel était tailleur et il l’est encore, puisque, dans le petit atelier qu’il possède en dehors de l’asile d’Ivry, il coupe encore de nombreux costumes de scène et de carnaval. Le tailleur se réclame cependant d’illustres origines. Sa grand’mère était comtesse de Kérul ; elle quitta le toit paternel pour fuir avec son jardinier en Amérique.  De retour en France, ils eurent un fils, père du centenaire. Ce fils fut carrossier de Napoléon, à Versailles, et c’est là que Schamel connut l’Empereur qui le faisait sauter quelquefois dans ses bras. Il se souvient que son père, ardent républicain, se refusait à donner d’autre nom à Napoléon que celui de « Mon général». 

Sous la Restauration, Schamel eut un commerce de socques. Mais son industrie ne le charmait pas, et il se fit tailleur de théâtre. A ce titre, il accompagna Talma comme costumier dans toutes ses tournées en Europe. Il a conservé un souvenir ému de Talma, qui lui a donné un portrait de Napoléon fait à Moscou. Après la mort de Talma, M. Schamel fut tailleur de divers théâtres, notamment à la Porte-Saint-Martin; enfin, à l’Opéra, en 1883; sous la direction Ritt et Gaillard, et il y est resté jusqu’en 1893. 

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( 14 juillet, 2017 )

Le général Eblé…

General_Jean_Baptiste_Eblé

« Je pense qu’il faut conférer au général Éblé le commandement en chef de cette immense artillerie ; il y verra une preuve spéciale de ma confiance »

(Napoléon au Ministre de la Guerre, Saint-Cloud, 23 novembre 1811).

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( 14 juillet, 2017 )

Un médecin à l’île d’Elbe:Foureau de Beauregard…

Vue Portoferraio

Le docteur Foureau de Beauregard (1774-1848), élève du célèbre Corvisart, avait été médecin par quartier de l’Infirmerie impériale. Il avait fait comme tel la campagne de France. « Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement « une commère » et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », p.93). Présomptueux et suffisant, phraseur sans idées, Foureau de Beauregard se croit un aigle, alors qu’il n’est qu’un homme très ordinaire. Médisant et de mauvaise foi, il se crée des ennemis partout; il est la risée de la cour où on l’appelle Purgon, allusion à l’un des médecins de la pièce du grand Molière, « Le Malade imaginaire ».

C.B

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( 13 juillet, 2017 )

Deux présidents et leurs épouses aux Invalides…

Ce jeudi 13 juillet 2017, dans l’après-midi, le Président de la République Française a fait découvrir le tombeau du Grand NAPOLÉON au Président des Etats-Unis d’Amérique.  

13 juillet 2017

Crédit-photo: REUTERS. Cliché diffusé sur ce site: http://www.lejdd.fr/politique/on-vous-raconte-la-premiere-journee-de-donald-trump-a-paris-3388625

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( 13 juillet, 2017 )

Quelques lettres d’Espagne (1812).

82-001429

Cette correspondance fut publiée la première fois en 1933 dans le « Carnet de la Sabretache ». L’auteur de ces lettres, aide-major au 119ème régiment d’infanterie, n’a pu être identifié.

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Armée du Portugal

8ème Division

Au camp devant Palenzuela, le 10 août 1812.

Mes chers parents,

Assis sur un peu de paille, dans le fond d’un mauvais pigeonnier que j’ai choisi pour demeure, si je ne respire pas un air aussi pur que celui du camp, il m’est au moins très agréable d’avoir un toit, ce qui n’est pas peu de chose dans ce pays dénué d’arbres et dans une saison où l’ardeur des rayons du soleil est extrême. Dans cet espèce de cachot je n’ai d’autre table que la caisse à amputations placée sur mes genoux, ce n’est pas du tout commode pour écrire une très longue lettre. J’ai tant de choses à vous dire et à vous demander que je ne sais réellement par où commencer.

Depuis les premiers jours de mai nous n’avons presque pas eu de repos. Nous passâmes par les Asturies où nous séjournâmes trois semaines. J’ai donc revu ce pays chéri, cette patrie de la division bonnet… Mais il a fallu l’abandonner et je crois pour longtemps. En passant  près de Santander, je rencontrai le fils de François Meulenaere des Brouques ; il me parla de vous autres et surtout de Louis. Cela me fit plaisir. Nous bûmes un coup à vos santés mais à la hâte et à la bouteille. Il est frais comme une rose et ne paraît avoir que vingt ans. Le fils de Jack Turek que je trouvai trois semaines après à La Nava del Rey, n’était pas de même, une couleur de pain d’épices et les cheveux tout couverts de poussière m’auraient empêché de le reconnaître s’il ne m’eut appelé par mon nom. Je n’eus que le temps de lui parler un instant parce qu’il faisait presque nuit et qu’il fallait absolument chercher mon garçon qui s’était perdu dans la foule. Toute l’armée était réunie à La Nava del Rey. Trois jours avant j’eus le plaisir de rencontrer Henri Lespagnol à Torro et depuis lors nous nous voyons quelquefois ; il se porte bien. Nous parlâmes du pays. Heureux mortel ! Il a au moins la satisfaction de recevoir régulièrement des nouvelles de ses parents ; mais moi depuis six mois et plus, j’ai le malheur d’en être privé. J’ignore si vous jouissez tous d’une bonne santé, si vous avez reçu les six lettres que je vous ai écrites depuis novembre 1811. Enfin, si vous m’avez répondu, il est probable que les lettres sont perdues.

Nous formons actuellement le 8ème division de l’Armée du Portugal et c’est le général Chauvelle[1] qui nous commande depuis que le comte Bonet[2] est blessé ; une balle lui traversa la cuisse à la bataille des Arapiles (entre Alba de Tormès et Salamanque). Ce fut ce 22 juillet (toujours au temps de nos ducasses[3], j’ai l’occasion de me trouver au bal), l’affaire fut très chaude et nous fûmes ce qui s’appelle parfaitement brossés. Les Anglais, Espagnols et Portugais réunis étaient soixante-dix mille hommes, et nous eûmes l’audace de les attaquer n’étant que trente mille, et peut-être même aurions-nous gagné la bataille si le duc de Raguse n’eut pas eu le bras fracturé d’un éclat d’obus avant le fort de l’affaire, vu qu’alors (à deux heures après-midi) nous avions déjà enlevé trois des plus belles positions de l’ennemi. Notre division s’est couverte de gloire ; ce sont nos voltigeurs commandés par le général de brigade Gauthier[4], qui prirent les deux villages d’Arapiles. Et sans la division, lors de la retraite, on ne sait pas trop comme cela ce serait passé. Enfin, nous n’en avons pas moins perdu la bataille. Mais l’ennemi éprouva beaucoup plus de pertes que nous. Je crois bien que le fils de Jacques Turek y a laissé ses os, à moins qu’il soit fait prisonnier, car je me suis informé après lui, quatre ou cinq jours après la bataille et il n’avait pas encore paru à l’appel. Son régiment a été entièrement détruit.

Mais, je ne sais plus quelle position prendre, les reins me font mal, je suis contraint de laisser la lettre.

Un jour, il me sera plus facile de vous conter au juste comme l’affaire s’est passée. Je m’en conviendrai bien, parce que j’eus le loisir de la contempler pendant dix heures à une demi-portée de canon. Adieu.

Villa Muriel, près Palencia, le 14 août [1812].

 Je suis si content de la journée d’hier qu’il m’est impossible de vous dire deux mots si je ne vous ne rends compte. Depuis trois jours, nous étions sans vivres (excepté un peu de mouton). En arrivant dans ce village, comme de coutume nous ne trouvâmes aucun habitant. Nous n’eûmes rien de plus empressé que d’enfoncer les portes des maisons. Dans celle que je choisi, se trouvait un certain cochon, quatre poules, de la graine rance, du miel et du blé, mais pas de pain. De remplir un sac, le charger sur mon âne, et de fermer la porte en recommandant au garçon de garder la maison, fut l’affaire d’un instant. Avec plus de vitesse encore, je me suis acheminé vers le moulin à eau où après avoir attendu quatre heures, j’obtins de moudre à mon tour. De retour au logis, j’expédiai maître cochon avant la rentrée du patron. Le garçon avait mis une poule au pot, nous la mangeâmes à demi cuite avec de la bouillie fait d’un peu de beau son délayé dans de l’eau. Le parmen [sic] dont se servent nos tisserands pour coller leurs tailles vaut mieux. Et cependant jamais mets ne me parut meilleur. Ce fin repas terminé, je tamisai et fis le pain tandis que mon garçon chauffait le four. Il est inutile de vous dire que deux galettes furent faites et avalées en un clin d’œil ; cela se suppose. Enfin pendant que le pain cuisait, je partageai le cochon par morceaux. Un instant après on battit la berloque[5] pour distribuer un peu de vin qu’on avait trouvé dans quelques caves. J’y fus, encore tout couvert de farine, dans la crainte de perdre ma part, ce qui m’aurait infiniment peiné, attendu que j’en avais grand besoin, pour aider la digestion lente et laborieuse d’aliments dévorés à demi cuits et à la hâte. Après cela je hachai à la manière du pays la tête du cochon que le garçon avait fait cuire avec l’origan et du thym ; j’espère qu’elle sera bonne, du moins l’odeur l’annonce ainsi. J’obtins aussi un grand port de saindoux. Enfin, voilà des provisions précieuses et qui m’exempteront bien des corvées pendant quelque temps. Car dans cette armée du Portugal on ne fait aucune distribution. Chacun fait pour soi, et sinon est paresseux, on meurt de faim. On doit faucher le bé, le battre, le moudre, tamiser la farine, faire cuire le pain dans un four, sur des tailles ou sous la cendre, selon l’occasion. Souvent même il faut se contenter de la bouillie dont je vous ai parlé ! Vous allez sans doute dire, comment emporte-t-il tout cet attirail ? Eh bien voici : j’ai un âne. Il a sur son dos deux grands paniers pleins de farine, [de] blé ou [d’] orge ; sur ces paniers se placent deux sacs longs, pleins de pain, biscuit (bien entendu lorsqu’on a le temps d’en faire), lard, pot de graisse, peau de bouc pleine de vin ou d’eau selon la circonstance, etc., etc., etc. au cordes qui maintiennent les sacs, s’attachent la marmite, les poêle, a gamelle, les faucilles, la hache, le tamis, le crible, deux gros bâtons pour battre le blé et chacun à son tout le moulin à bras, etc., etc. C’est une vraie caricature, qu’un âne ainsi chargé surtout lorsque le garçon est dessus. Mais il est nuit et je ne vous ai encore rien dit ; il faut cependant me coucher car je suis fatigué. A demain.

—-

Valladolid, le 4 septembre 1812.

Enfin depuis dix-huit jours nous sommes ici en garnison. Nous avons d’excellents vivres, fourrages, la comédie, des marchands ; et moi j’ai de l’argent parce que j’ai vendu une de mes montres d’or, et mon baudet. Je vais au théâtre, je bois et mange bien.  Je jouis d’une assez bonne santé et j’ai entièrement oublié le mauvais temps passé. Il me fallait réellement cette garnison pour me remettre un peu. A la vérité, il fait trop cher à vivre, mais au moins pour son argent on trouve quelque chose. Enfin patience. , cela ne durera pas toujours.  J’espère aller bientôt dans un meilleur pays et où on nous payera, dit-on, les dix-neuf mois qu’on nous doit. Vous serez sans doute étonné de cette manière d’écrire à un mois de distance sur la même lettre, mais je ne puis faire autrement. Je veux une occasion sûre, et cela ne se rencontre pas tous les jours ; par le courrier, les lettres se perdent toujours. Un ami intime remettra celle-ci à  Dax, et j’espère qu’elle vous parviendra et que vous me donnerez de suite de vos nouvelles.

Vous adresserez vos lettres comme-ci : « A M. Faveur, officier de santé au 3ème bataillon du 119ème régiment, poste restante à Dax. » Cet ami qui doit rester au dépôt, est chargé de prendre les lettres à mon adresse et de me les faire passer par une occasion. Mandez-moi ce que vous me disiez dans vos lettres antérieures car il  est à croire qu’elles sont perdues pour toujours.

Le chirurgien en chef de cette armée (M. Favre) m’a ordonné de rester à l’ambulance, toujours comme aide-major provisoire, en promettant de me faire commissionner. Le général Bonet qui me connaît depuis longtemps, et à qui  je rendis des soins il y a quelque temps, pour une chute qu’il fit sur la tête, me promit de demander quelque chose pour moi au duc de Raguse si la bataille près [de] Salamanque eut tourné à notre avantage. Mais comme je vous ai dit, les affaires ne nous furent pas favorables, et puis il fut blessé, d’en est allé d’un côté, moi d’un autre, et ainsi il est à croire que rien ne s’est fait. Je me déplais souverainement à cette ambulance, attendu que le chirurgien-major est parti pour la France, et qu’un jeune homme le remplace. Il est plein d’ambition et d’orgueil. Il voudrait déjà avoir acquis la réputation que je me suis faite à la Division depuis quatre ans. Il est extrêmement jaloux de me voir étroitement lié avec tous les officiers de la Division et de ce que j’ai leur confiance. La mauvaise humeur qu’il manifeste et son ton hautain fait qu’à chaque instant nous avons des mots, cela me cause d’autant plus de peine que depuis quatre ans j’ignorais ce que c’est qu’une querelle.

Depuis que M. Celliac m’a proposé au ministre pour aide-major je n’ai pas reçu de ses nouvelles, malgré que je lui ai écrit quatre à cinq fois, les lettres parviennent si difficilement. Enfin, j’en ignore les résultats et désirerais bien à savoir ce qu’on a décidé au ministère. C’est-à-dire si les propositions ont été ou non acceptées. Je vous ai déjà écris concernant cet article. Suppliez, je vous prie, M. de Messange, qu’il écrive à Paris afin de savoir si je suis ou non commissionné, et qu’ainsi je sache à quoi m’en tenir.

Du 6 septembre [1812].

Enfin cet ami part. Adieu, je ne vous dis rien de plus. Écrivez de suite, poste restante à Dax. Il pourrait bien se faire que j’aille moi-même y chercher la lettre, des circonstances se présentent, adieu, n’oubliez pas de me mander ce que vous m’avez écrit dans vos lettres antérieures.                                

Votre dévoué

HYPPOLITE.


[1] Le général François Chauvel (1766-1838).

[2] Le général Bonet (1768-1857).

[3] Fête traditionnelle de village, à caractère religieux.

[4]  Le général Etienne Gauthier (1761-1826).

[5] Il s’agit d’une batterie de tambour servant à rassembler la troupe pour les repas ou autre distribution.

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( 12 juillet, 2017 )

Paris à la merci des Alliés. Juillet 1815…

« Pauvre pont [d’Iéna] ! Son nom pensa lui coûter cher; sans la maladresse des canonniers prussiens, c’en était fait de lui. Après la rentrée de Louis XVIII [8 juillet 1815], le bruit se répandit un matin que les Prussiens avaient fait sauter le pont d’Iéna, la nuit précédente. Je sortis à l’instant avec d’autres étudiants qui se trouvaient alors comme moi au café des Pyrénées ; nous nous rendîmes au Champ-de-Mars et vîmes en effet un groupe nombreux près du pont. La seconde pile du côté du Champ-de-Mars était écornée à la hauteur du chapiteau, quelques pierres du cintre étaient fendillées; les artificiers prussiens avaient si mal disposé leur fougasse, trop faible, du reste, que tout l’effet s’en était manifesté en dehors du pont et n’avait réussi qu’à le marquer d’une auréole noire qui était loin d’être glorieuse pour eux. L’indignation et le mépris jaillissaient de tous nos regards, à l’aspect de ce guet-apens nocturne; on annonçait que les Prussiens devaient, dans la journée, procéder définitivement à la destruction du pont d’Iéna; la plus vive agitation se répandit alors dans Paris. Le roi Louis XVIII, informé du projet de l’armée prussienne, déclara, dit-on, qu’il ne souffrirait point une telle violation des traités et qu’il irait se placer sur le pont qu’on voulait faire sauter. — Malheur inévitable de la situation ! Personne ne, crut un mot de cette résistance à l’étranger, de la part d’un prince dont le retour se signalait déjà dans le Midi par le meurtre et la terreur ; quoi qu’il en fût, les Prussiens respectèrent le pont d’Iéna, et le Roi, qui s’était peut-être prononcé avec fermeté, ne réussit qu’à s’attirer l’épigramme suivante, qui, dès le même jour, circulait en cachette. Louis XVIII était, on le sait, d’une corpulence énorme; quelle bonne fortune pour l’opposition ! Voici l’épigramme en question, demeurée intacte en ma mémoire, ainsi que tout ce qui tient à cette mémorable époque des Cent Jours :

Venez, fiers Prussiens, sur le pont d’Iéna

Assouvissant votre orgueil misérable,

Vous venger du nom mémorable

Que la victoire lui donna.

Essayez ! Louis vous défie

De pouvoir le faire sauter;

Car pour nous, exposant sa vie,

Il a juré de s’y faire porter!

Tu resteras debout sur ta base imposante,

Noble pont; ne crains rien pour tes fiers piédestaux,

Sur ton pavé que Louis se présente…

Et l’on verra la mine avorter, impuissante ,

Sous un tel héroïsme… et sous tant de quintaux.

Je vis hélas ! Plus tard, le pillage du Musée [du Louvre]; j’ai vu les grenadiers hongrois porter sur de grossiers brancards les divines toiles des Raphaël, des Titien et des Dominiquin ; la main sauvage d’un pandour arrachait de leur piédestal les marbres sacrés qu’avaient fait respirer les Phidias et les Praxitèle, sous les formes d’Apollon, de Vénus et de Laocoon. Pour l’honneur de Paris, l’Autriche n’avait pu y trouver d’emballeur pour consommer son vol; ses soldats seuls lui servirent dans cet ignoble emploi. Pendant ce temps-là, l’arc-de-triomphe perdait ses trophées, ses reliefs lui étaient arrachés; des câbles grossiers garrottaient les chevaux de Venise, que de victoire en victoire la gloire avait menés de Corinthe à Paris. Là, un officier anglais, monté sur le monument, prenait en riant des poses dans le char où Napoléon ne s’était pas trouvé digne de figurer ! Voilà ce que je voyais douloureusement, d’une croisée du Musée, tandis que la cavalerie autrichienne gardait toutes les avenues du Carrousel. »

(E. LABRETONNIERE, « Macédoine. Souvenirs du quartier latin… » Lucien Marpon, Libraire-Editeur, 1863, pp.292-294).

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( 11 juillet, 2017 )

Pierre-Alexandre Fleury de Chaboulon (1779-1835).

Mémoires Fleury

Âgé de trente-six ans, avait débuté comme auditeur au Conseil d’État. Sous-préfet de Château-Salins depuis 1811, il s’y était distingué lors de l’invasion de 1814, ce qui lui valut d’être surnommé par Ney « l’intrépide sous-préfet ». Décoré de la Légion d’honneur à cette occasion, chargé de galvaniser la résistance à Reims, il en devient sous-préfet pendant les quelques semaines qui précèdent la chute de l’Empire. La Restauration le laisse sans emploi. Désœuvré, brûlant de servir, il rend visite à Maret, vraisemblablement dans la première quinzaine de janvier 1815 et le met au courant  du projet qu’il a formé d’entreprendre le voyage de l’île d’Elbe. Maret, l’aurait incité à brosser de la situation en France un rapport très complet et, pour mieux l’accréditer, lui aurait confié un secret connu de l’Empereur et de Maret seuls. Fleury se met en route, mais au lieu de couper au plus court, il suit un itinéraire de conspirateur qui, en plein hiver, le mène de Milan à La Spezzia en traversant les Apennins par des chemins muletiers. Après mille péripéties rocambolesques dans les montagnes ; où il tombe malade, et sur mer, il parvient aux Mulini déguisé en matelot. Son voyage, qu’un courrier pressé accomplirait en une dizaine de jours, a duré un bon mois. Napoléon, deux soirs de suite, le reçoit secrètement. La première fois il lui pose des questions sur l’opinion publique, l’armée, la politique des Bourbons, le sonde sur ses chances de reprendre le pouvoir ; Fleury, s’appuyant sur l’opinion de Maret, l’encourage, agite le spectre d’une régence de Marie-Louise s’il ne se décide pas, dépeint la France lasse et impatiente de son retour… Le lendemain on envisage les réactions européennes ; la fatalité d’une rupture avec l’Angleterre. Soudain Napoléon se déclare convaincu par les révélations du sous-préfet. Il partir bientôt, « d’ici au 1er avril [1815] ». En attendant, que ce messager de la Providence aille prévenir ses amis, qu’il lui écrive en code l’état des régiments stationnés de la Provence à Lyon, mais auparavant qu’il fasse le crochet de Naples et obtienne un passeport pour rentrer en France sans être inquiété… Telle est la version donnée par Fleury de Chaboulon de ses conversations avec l’Empereur. Malgré les invraisemblances dont elle fourmille, Houssaye n’hésite pas à lui attribuer une importance historique : les arguments de ce fonctionnaire persuasif auraient transformé en projet, jusque-là vaguement ébauché, en plan d’exécution immédiat. Certes, Napoléon pendant les Cent-jours a prodigué à Fleury de Chaboulon des marques d’estime et de confiance : le poste de quatrième secrétaire à son cabinet, la rosette de la Légion d’honneur, surtout une mission confidentielle à Bâle pour tenter de déjouer les intrigues de Fouché et de Metternich. Ces faits témoignent d’une faveur certaine. Napoléon avait été sensible au zèle du jeune homme ; seul civil et seul fonctionnaire, entre tant d’officiers en quête de gagne-pain, à être venu jusqu’à lui, sans quémander, rien que pour l’honneur d’apporter des informations qu’il croyait inédites. «  (G. Godlewski, « Trois cents jours d’exil.… », pp.223-225). Dans ses « Mémoires », publiés la première fois à Londres, en 1819-1820, et qui comprennent 2 volumes, Fleury de Chaboulon fait preuve d’une « insupportable vanité ». Il y interprète d’une façon très personnelle les conversations qu’il aurait eues avec l’Empereur. Selon G. Godlewski, « pour développer plus librement sa propre apologie, il imagine un personnage fictif le colonel Z…, qui serait rendu à l’île d’Elbe et lui aurait remis pendant les Cent-Jours le manuscrit de ses entretiens avec Napoléon ». A noter enfin le fait qu’à Sainte-Hélène, Napoléon lira les « Mémoires » de Fleury de Chaboulon et les annotera copieusement. Il faudra attendre 1901, pour qu’une édition reproduisant les annotations de l’Empereur soit publiée.

C.B.

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( 8 juillet, 2017 )

«Les hostilités sont enfin commencées…»

Voici une lettre du général Ledru des Essarts. Cet officier commandait alors la 1ère division du 3ème corps (Maréchal Ney).

Au Camp de Maliatoui, en Lithuanie, 8 juillet 1812.

Je reçois, mon cher frère, la lettre pour laquelle tu m’accuses réception d’un billet de 500 frs que je t’ai envoyé. Tu dois encore avoir reçu un billet de [la] même somme que je t’ai adressé quelques jours après le premier. Il faut maintenant prendre un peu patience, car le payeur ne marche pas aussi vite que l’armée.

«Les hostilités sont enfin commencées…» dans TEMOIGNAGES 2707-300x201Les hostilités sont enfin commencées. Après des marches rapides et de pénibles contremarches pour tromper l’ennemi, la Grande-Armée a passé le Niémen les 24, 25 et 26 juin à Ponémion, sans opposer de résistance. Le 3ème corps dont ma division fait partie a remonté la rive gauche de la Wilia jusqu’à une journée au départ de Wilna. Là, il a jeté un pont de chevalets et a passé sur la rive droite de la rivière, d’où faisant trois marches, environ 25 lieues. Il s’est arrêté à Maliatoui, petite ville de bois, habitée par des Juifs et que je trouve à l’embranchement de deux routes dont une à droite conduit à Dinabourg et l’autre à Riga.

On s’attendait à une grande bataille sous les murs de Vilna mais l’armée russe séparée en plusieurs corps par le résultat de nos manœuvre a eu peur d’être coupée et s’est empressée d’abandonner la capitale de la Lithuanie et de regagner la Dwina, qu’elle a, dit-on déjà repassé, et où elle va probablement prendre des positions retranchées. Elle a subitement abandonné la Lithuanie que je n’ai encore vu que quelques postes de cavalerie, toujours se sauvant à mon approche. Cette retraite précipitée pendant laquelle les Russes ont brûlé quelques magasins de seigle et de fourrages, ressemble à une fuite et doit nécessairement décourager leurs soldats et détruire cette confiance en soi-même, si nécessaire au commencement d’une campagne. Je ne pourrais t’apprendre autre chose ; à peine connais-je la position des autres corps d’armée. Les bulletins t’apprendront, ainsi qu’à moi, l’ensemble des opérations. Nous nous reposons trois jours. L’Empereur [est] encore à Wilna, l’armée se porte bien. Quoiqu’un peu fatigué, amaigri et noir comme un corbeau, je conserve ma santé. La chaleur est extrêmement forte, mais tempérée par de fréquentes pluies d’orages. Nous n’avons presque pas la nuit; c’est un crépuscule d’environ deux heures.

La partie de la Lithuanie que j’ai parcourue est assez fertile, mais les 2/3 de la surface sont couverts de lacs et de forêts ; pour la culture et la population, elle ne diffère peu du Grand-Duché de Varsovie. Les habitants sous voyant avec plaisir. Les seigles sont de la plus grande beauté et la récolte sera abondante, ce qui nous rendra bien service.

Je n’ai pas le temps d’écrire à ma femme. Donne-lui de mes nouvelles.

Je vous embrasse tous les deux de tout mon cœur.

Votre affectionné frère,

Baron LEDRU DES ESSARTS.

(Lettre extraite de l’ouvrage : « Un grand patriote sarthois méconnu. Ledru des Essarts (1765 [G. Six dans son « Dictionnaire… » indique 1770]-1844) », par Jean-Louis Bonnéry, Le Mans, 1988,  pp.81-82).

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