( 18 mars, 2017 )

Le 1er lanciers lors du débarquement de l’Empereur à Golfe-Juan (mars 1815).

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Dans la note suivante, c’est un des chefs d’escadron ce régiment, M. de Trentinian qui raconte brièvement l’attitude du 1er lanciers lors du débarquement de Napoléon sur les côtes de France. Trentinian, élève de l’Ecole royale militaire de Tournon en 1782, cadet aux chasseurs des Alpes, en 1785, il fut nommé sous-lieutenant aux chasseurs bretons en 1791.  Ajoutons qu’il avait émigré et fait les campagnes de l’armée de Condé. Puis Trentinian était rentrée dans l’armée nationale où il avait rapidement reconquis ses grades:  Fourrier en l’an X, sous-lieutenant en l’an XI, lieutenant en l’an XII, aide-de-camp du général Thiébault en 1807, capitaine en 1809, chef d’escadron en 1813.  Il passait pour brave et actif. Il était en 1816 « cité dans la ville d’Agen comme un des officiers qui s’étaient le plus prononcés pour la cause royale ». 

Arthur CHUQUET. 

Note du chef d’escadron Trentinian. 

Aussitôt que le 1er régiment de lanciers du Roi eut appris la nouvelle du débarquement de  Bonaparte, il s’empressa de renouveler son serment de fidélité au Roi. Ayant reçu ordre de se porter sur Fontainebleau, ils furent instruits, à leur arrivée, que les troupes auxquelles ils devaient se joindre, s’étaient rangées du parti de l’Usurpateur. Le maréchal de camp Colbert sous les ordres duquel était le 1er régiment de lanciers, ne recevant aucun ordre et craignant que les soldats ne suivissent le coupable exemple de leurs camarades, décida de se retirer sur Paris. Arrivé à Brunoy, le 1er de lanciers fut arrêté par un régiment qui passait à l’ennemi. Près d’Essonnes, l’infanterie et l’artillerie les arrêta de nouveau. Mais, voulant absolument rejoindre l’armée royale qu’on disait campée dans la plaine Saint-Denis, le 1er de lanciers se jeta sur sa gauche et alla prendre poste à Montlhéry. Le colonel, connaissant le dévouement du sieur Trentinian pour le roi, l’envoya à Paris pour s’informer où se trouvait l’armée royale et où était le Roi. Là, il apprit le départ de Sa Majesté et l’arrivée de Bonaparte aux Tuileries. Il retourna rendre compte de sa mission. Mais déjà le général Colbert avait reçu ordre de se rendre à Vincennes ; l’armée était soumise ; M. de Trentinian suivit son régiment.

Document extrait du livre d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911. 

 

 

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( 17 mars, 2017 )

Tous à Montrouge les 8 et 9 avril 2017 !

Concours

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( 16 mars, 2017 )

Un nouveau jeu à thématique napoléonienne…

Bonjour à tous,

Nous sommes un nouvel éditeur de jeu de société et au mois de septembre nous allons lancer notre premier jeu qui se nomme «Napoleon Saga ». Il s’agit d’un jeu de stratégie entre le jeu de plateau et le jeu de cartes. Le thème est la campagne de Belgique de 1815 et plus particulièrement Waterloo. Ce jeu s’adresse aussi bien aux joueurs chevronnés qu’aux personnes souhaitant découvrir cette période de façon ludique.

Les dessins sont de Giuseppe Rava, incroyable artiste connu et reconnu dans le milieu de l’uniformologie, les peintures historiques et le jeu.

Le système de jeu qui est accessible pour les débutants, permet aussi de créer votre propre armée afin de simuler des affrontements qui auraient pu avoir lieu (« What if »).

Ce jeu pour 2 joueurs sera proposé sur le site KickStarter par le biais d’un financement participatif. N’hésitez à consulter notre site ou à vous abonner à nos réseaux sociaux afin de connaître toutes les dernières news et visuels du jeu.

Merci et Vive l’Empereur !

Frédéric ROMERO

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Pour plus d’informations et voir les premiers éléments du jeu :

Le site : http://www.napoleonsaga.com/

La page Facebook : https://www.facebook.com/NapoleonSaga/

Et le compte twitter : https://twitter.com/Napoleon_Saga

 

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( 16 mars, 2017 )

Le capitaine Christ, du 2ème régiment d’infanterie légère…

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Christ est un vieux capitaine alsacien, retiré du service. La lettre qu’il envoie au général Bertrand, en un style naïf, et avec une foule de fautes d’orthographe dont nous l’avons charitablement débarrassée, dépeint bien l’enthousiasme et la joie que ressentirent la plupart des militaires lorsqu’ils apprirent le retour de Napoléon de son île d’Elbe en mars 1815. 

Arthur CHUQUET. 

A son Excellence le grand-maréchal Bertrand, major-général de la Grande-Armée de l’Empire français, à Paris. 

Département du Haut-Rhin, arrondissement de Belfort. Wattwiller, le 24 mars 1815. 

M. le chevalier Christ (Bertin-Joseph), capitaine retiré du 2ème régiment d’infanterie légère, à Monsieur le Grand-Maréchal, major général de la Grande-Armée, Bertrand. J’ai appris avec la plus vive joie la flatteuse nouvelle du retour de notre auguste souverain Napoléon, le grand empereur des Français. Dans cette contrée on nous a toujours laissé ignorer les nouvelles flatteuses avec la plus forte indignité contre Napoléon et de grandes menaces à ceux qui voudraient prendre parti pour notre auguste empereur.  J’ai l’honneur de m’adresser à Votre Excellence pour m’offrir aux emplois de Sa Majesté s’il y est possible.  J’y remplirai toutes les fonctions avec la plus grande exactitude et fidélité.  Mes infirmités ne m’apportent plus aucun obstacle ni gêne au service de Sa Majesté Napoléon le grand empereur. Je suis un ancien militaire qui est au service depuis 1781 et a passé par tous les grades jusqu’à ce qu’il fût forcé de se retirer avec mes infirmités qui m’ont fait jouir une pension.  Je me suis remis au service en 1813 et me suis très bien acquitté au blocus de Schlestadt.  L’information pour certifier mes services est [à prendre auprès de] M. Duzer, major du 36ème de ligne. Il a été notre major dans le régiment du Haut-Rhin, à Schlestadt. 

J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect et dévouement votre très fidèle, 

Le chevalier CHRIST, capitaine.

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( 15 mars, 2017 )

Des fusils et des hommes…

1814

Lettre de Napoléon au général Savary, duc de Rovigo, Ministre de la Police générale, à Paris.

Chavignon, 10 mars 1814.

Demandez 50.000 fusils pour armer 50.000 hommes. Ces fusils existent, mais ce sont les hommes que l’administration ne sait pas trouver. Il faut les prendre dans toute cette population qui se réfugie à Paris et dans les ouvriers qui n’ont pas d’ouvrage et le placer dans les cadres de la Jeune Garde, sous le titre de bataillon de la levée en masse.

(« Lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Honoré Champion, Libraire, 1908, pp.540, Lettre n°1340).

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( 14 mars, 2017 )

Une lettre du colonel PARGUEZ, ancien aide-de-camp du général MORAND, à sa femme durant la campagne de 1812. (2ème partie).

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Suite de cet intéressant document diffusé  dans les colonnes de « L ‘ESTAFETTE », le 6 mars dernier.

Le pillage par la canaille et les soldats a été son comble; on vit de ce que l’on retire des caves qui n’ont pas été enfoncées et on vit mal. Tout le vin est bu ou perdu. J’en demande à tout le monde, mais je suis la voix Qui crie dans le désert ; ceux qui en ont le gardent et pensent à l’hiver ; dans 15 jours on ira en traîneaux. Par exemple on ne manque pas de sucre et de café ; nous nous sommes procuré trois vaches et à nous trois nous gobons une forte soupe au café tous les matins.  J’en mange deux fois autant que Tata et je voudrais bien qu’elle tienne ma petite provision de 50 livres de café et de 100 livres de sucre, sauf à me donner une tasse tous les matins. Tu vois que nous ne sommes pas si malheureux, mais que ça va toujours en augmentant et gare à l’hiver qui commence bien ici. Pluie, vent, neige et voilà la petite température moscovite d’aujourd’hui.

Pour que mes os ne gèlent pas cet hiver, j’ai rôdé autour des soldats et je suis parvenu à acheter à assez bon compte une fourrure chaude avec laquelle je vais faire doubler mon vieux garick [carrick] en totalité. J’ai fait construire par un soldat des grosses en peu d’ours, le poil en dedans, et je vais faire travailler mon imagination à fourrer mon nez, oui, ris, fourrer mon nez, le fourrer. Veux-tu me faire plaisir et de m’envoyer Marguerite pour  prendre sous le traversin de ma paillasse six belles douzaines de bandes de queues de martre, toutes préparées pour garnir au moins six pelisses. Elle sera de retour pour le 1er janvier et te portera tes étrennes.

Tu vois que je m’y prends de loin. Au fait, je souhaite bien une occasion ; ce n’est pas lourd du tout et tu pourrais tes honneurs.

Si nos voyageurs sont de retour, embrasse-les bien pour moi et laisse-toi embrasser par ton meilleur ami. 

PARGUEZ. 

A propos, je suis nommé colonel par décret du 23.

Je ne connaîs pas encore ma destination et adresse-moi toujours tes lettres, comme à l’aide-de-camp du général Morand, quoique je ne le sois plus. 

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( 12 mars, 2017 )

LETTRES d’Augustin MADELIN, sous-lieutenant lorrain, sur 1813 (2ème partie).

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Boersdorff, 27 juillet 1813. 

J’ai eu bien du bonheur, mes chers parents, d’avoir été détaché à la garde du parc, la maladie régna dans notre camp. Il entre tous les jours au moins 50 soldats à l’hôpital. Plusieurs de nos officiers sont malades, nous avons déjà eu le malheur d’en perdre un, ou atteints de cette maladie du mauvais pain qu’on donne, encore maintenant n’en donne-t-on que demi-ration ; dans le village où nous sommes, toute notre compagnie mange de très bon pain et est très bien nourrie. Aussi n’en avons-nous que trois ou quatre de malades. M. Serclet attend de jour en  jour son ordre de départ. M. Fromentin, le lieutenant de ma compagnie qui vient de nous rejoindre part aussi. J’ai reçu ces jours-cy une lettre de M. Eve ; j’ai eu en outre des nouvelles par un soldat blessé de ma compagnie qui était dans des hôpitaux de Dresde. Il m’a raconté que M. Eve y avait un très grand soin des malades en général, grondant tous les jours les directeurs et employés qui négligeaient les blessés. Je l’ai vu, m’a-t’il-dit, faire plusieurs charités, donner de l’argent aux pauvres blessés. On nous a payé deux mois ; le jeune Lapiere se trouvait sans argent étant sur le point de passer maréchal des logis. Il m’en a demandé ; je lui ai donné 50 francs que vous remettront ses. Je vous prie de les faire passer à Mme Eve ; profitant de votre permission je demande 100 francs à M. Eve, par conséquent je ferai passer plus tard à Mme Eve les 50 autres francs et 5 fr.30 que M. Eve a déboursés pour frais de poste. Je sais que je vous dois encore les 100 francs que le général Barrois m’a donnés. Je vous les rendrai dans un autre moment lorsqu’on me paiera mon indemnité ‘entrée en campagne. Cela et trois mois qu’on me doit encore font 554 francs. Je viens d’acheter pour 70 francs d’effets de remplacement, un pantalon 24 francs ; j’ai fait faire 2 paires de souliers. J’ai racheté des bas et de la toile pour raccommoder ma paire de bottes car il paraît que nous allons trotter. On vient de donner à chaque soldat 3 paires de souliers. J’ai racheté des bas et de la toile pour raccommoder mes chemise et me faire un canneson [sic]. Je me suis fait faire une paire de guêtres. Je crois que M. Serclet passera à Wenden où est notre petit dépôt, alors il vous rapportera mon grand uniforme, mon charivari et ma redingote que vous voudrez bien faire réparer. Adieu mes chers parents, embrassez mes frères pour moi et croyez au sincère attachement de votre dévoué et respectueux fils. Bonjour à Marie, à Catherine et à sœur Marthe. 

Signé : MADELIN 

Mes respects à maman Madelin, au cousin et à la cousine Naquard, à mon oncle Marcelin, aux dames Eve et aux dames Desforges. 

———-

Boersdorff, 13 aoust 1813 

Nous sommes  sur le point de partie mes chers parents ; la campagne recommence à ce qu’il paraît. En partant de Toul, je n’étais pas si bien portant que maintenant. Je vous réponds que ce mois de tranquillité que je viens de passer chez ces braves gens m’a fait du bien. Ce bon maître d’école et sa femme déjà m’étaient bien attachés. Depuis qu’ils savent que je dois partir, ils ne font que de pleurer ; ils viennent de mettre dans mon sac, une serviette et deux cravates. On dit que messieurs les russes toujours très fidèles à la foi des traités, viennent avant la fin  de l’armistice de passer l’Oder et de s’établit à Breslau. C’est un « on-dit ». C’est par M. Serclet que je vous écris car il est sur son départ. Il y a au régiment un officier qui doit 50 francs à M. Serclet ; il ne pouvait lui donner maintenant. M. Serclet était très embarrassé de sorte que je me suis offert à toucher ici son argent. Vous voudrez bien lui remettre à Toul les 50 francs ? Dès que je l’aurai touché, je le ferai passer à M. Eve qui vous l’enverra. J’attends le coup de canon, signal de notre départ. Ma musette est là, prête à être mise sur mon dos. A la première halte, je vous écrirai. M. Serclet est pressé ; je ne veux pas le faire attendre. Adieu mes chers parents, je charge M. Serclet de vous embrasser ainsi que mes frères et tous mes parents. 

Croyez au sincère attachement de votre dévoué et respectueux fils.  Signé : MADELIN. 

 ———

Aoust 1813 

Mon bon Jules, 

Ta lettre m’a fait le plus grand plaisir, je vos que tu ne m’oublies pas. Je te réponds que pour moi, je pense souvent à toi et à Madelin [frère aîné du jeune officier]. Voici les vacances qui approchent, je te souhaite beaucoup de plaisir. J’espère bien pour moi si la campagne recommence aller les passer en Pologne. Je me plais toujours beaucoup dans mon régiment ; hier encore, je suis allé dîner chez notre colonel qui a beaucoup de bontés pour moi. Tu verras par ma lettre, que voilà près de trois semaines que je passe bien tranquillement. Je crains bien d’être relevé ces jours-cy. Mets de temps en temps de petits billets pour moi dans les lettres de mon papa ; cela me fera grand plaisir. Adieu mon cher et bon frère. Embrasse Madelin pour moi, dis-lui que j’attends sa réponse et crois au sincère attachement de ton dévoué frère et ami. 

Signé : A. MADELIN. 

Si tu vois Thierry Cadet et Victor Gérard, dis leur bien des choses de ma part. Lersberg, le 20 aoust 1813. 

M. Serclet qui est encore resté quatre jours avec nous, vient de recevoir son ordre de départ. J’ai saisi un instant où nous sommes arrêtés pour vous écrire. Nous voilà rentrés en campagne, le canon ronfle à une lieue d’ici. C’est le 11ème corps qui donne ; notre compagnie est encore attachée au grand parc. J’espère que nous serons relevés ces jours-cy. Tenez, je n’avais pas fini ma phrase que j’entends dire que nous sommes relevés. M. Serclet vous dira dans quel piteux état est ma chaussure sans avoir de moyen de la remplacer, maintenant étant en route. Je viens de recevoir une lettre de mon frère datée de Nancy. Il paraît qu’il a encore été malade. Cela m’a fait bien de la peine. On part [lettre peut-être inachevée]. 

Signé : MADELIN. 22 aoust 1813. 40 francs. M. Serclet a payé pour moi une paire de bottes, une paire de souliers et un ressemelage de bottes. Je n’ai que le temps de vous embrasser. M. Serclet vous donnera des nouvelles de l’affaire d’hier. Votre respectueux et dévoué fils. 

Signé : MADELIN Saint-Mihiel, le 20 novembre 1813. 

———-

Monsieur, 

Puisqu’enfin vous avez connaissance de la mort prématurée de votre cher et infortuné fils, d’après ce que cet officier a écrit à sa famille (ceci n’est pas très clair quoiqu’il y ait malheureusement du rapport avec ce que je sais depuis longtemps). J’ai cru devoir vous taire cette fatale nouvelle tant après un mouvement naturel de ma part, que d’après la recommandation de Mlle Chardon, qui m’a conseillé ainsi que mon parent Colomb que je devais attendre d’avoir d’autres nouvelles plus satisfaisantes ; et ce afin de vous en donner le détail douloureux qui est parvenu à ma connaissance le 30 ou le 31 août.  Je me trouvais à environ 40 à 45 lieux de distance du régiment à Meissen sur l’Elbe, près de Dresde, lorsqu’une cantinière (la même qui me donna e l’eau-de-vie, le 21 août, pour envoyer à notre cher ami) cette femme nous rejoignait pour se rendre au dépôt ; en m’apercevant elle me dit : « Monsieur, j’ai une bien triste nouvelle à vous apprendre, notre aimable M. Madelin est blessé d’un coup de feu qui n’est pas mortel si il est bien soigné ; elle l’a porté elle-même à une chambre haute et l’a placé sur des matelas, lui a donné un peu de liqueur ; ensuite l’a recommandé à des chirurgiens car elle ne pouvait rester près de lui, à ce qu’elle m’a dit. Il était déjà pansé ; c’est le 23 août aux environs de Goldberg qu’il a reçu ce malheureux coup.

Je ne puis vous peindre, Monsieur, avec quelle douleur et quelle sensibilité, j’ai appris cette triste nouvelle.  Combien il m’en a coûté pour dissimuler une gaieté qui loin de dissiper mes peines, les augmentait encore plus en considérant Madame !

Cette tendre et respectable maman ! Qui en diverses occasions me parut si contente hélas !  Je me persuadais que c’était par trop de bontés et de complaisances pour nous qu’elle était si gaie.  Plusieurs fois, mon épouse m’a fait redoubler de soins pour ne point divulguer mon trop pénible secret, car il me semble que nous ne pouvions augmenter le malheur, mais plutôt disposer les tendres père et mère à supporter un deuil auquel ils devaient s’attendre d’un instant à l’autre.

Cependant, j’espère encore, car il est probable que le généreux et tendre M. Eve qui en parle dans sa lettre du 4 septembre l’a vue après qu’il eut connaissance de ce fatal accident.  S’il dit que votre cher Auguste se porte bien c’est qu’il a des espérances. La dangereuse maladie de M. Eve a mis ce respectable ami dans l’impossibilité de soigner votre cher blessé, puis une autre infinité d’autres circonstances qui ont contrarié nos vœux. Je vous supplie mon cher Monsieur Madelin et Madame, la trop déplorable maman, de ne pas perdre espoir tout à fait. Je vous ai dit sincèrement la vérité ; j’espère encore moi-même, quoique partageant avec vous tout le poids d’un aussi pénible malheur. Mon épouse n’est pas moins affligée que moi, et elle partage bien sincèrement votre juste douleur. Étant dans la douce espérance que vous recevrez Monsieur, des nouvelles moins accablantes ; je vous prie de me les procurer  le plus tôt qu’il vous sera possible. Vous obligerez infiniment celui qui a l’honneur d’être avec le respect et la sensibilité la plus parfaite, 

Monsieur et Madame, votre très humble et très dévoué serviteur, 

Signé : SERCLET, officier retiré. 

P.S/ M. Gay et M. Colomb me chargent de vous dire qu’ils partagent bien sincèrement vos douleurs. J’attends des nouvelles du régiment si elles vous concernent comme je l’espère, je me ferais l’honneur de vous en faire part. 

Auguste Madelin est blessé mortellement lors du combat de Goldberg, le 23 août 1813. Il avait dix-neuf ans. 

Ce témoignage fut publié en 1913 dans la « Revue des Études Napoléoniennes ». 

 

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( 11 mars, 2017 )

Le baron Larrey…

Larrey

D.-J. LARREY (1766-1842), Docteur en Chirurgie et en Médecine, Premier Chirurgien de la Garde et de l’Hôpital de la Garde de S.M.I.et R, Commandant de la Légion d’Honneur, Chevalier de la Couronne de Fer, Inspecteur Général du Service de Santé des Armées, Professeur à l’Hôpital Militaire d’Instruction du Val de Grâce, Membre de l’Institut, de celui d’Égypte, de la Société de la Faculté de Médecine de Paris. Associé correspondant des Facultés de Montpellier, Toulouse, Bruxelles, de l’Académie Impériale Joséphine de Vienne, Madrid, Turin, Naples, Munich, et Iéna. Il a été créé Baron d’Empire le 31 janvier 1810.

Né à Beaudéan, près de Bagnères dans le comté de Bigorre, il est issu d’une modeste famille pyrénéenne, fils d’un cordonnier de village, éduqué par l’abbé Grasset jusqu’à 12 ans. Jean Dominique Larrey était fier de sa longue chevelure bouclée et sa petite et robuste taille lui valut le surnom de  » Hercule basset  » qui rendit populaire sa silhouette. Son apprentissage médical s’est déroulé près de son oncle Alexis à l’hôpital St. Joseph de la Grave, vieil hôpital toulousain, en 1780. Puis, Chirurgien de la Marine, il fait campagne à bord de la Vigilante, et compléta ses études sous la direction de Dessault. Nommé aide-major principal après la prise de Mayence par Custine, il put rendre service à Houchard encerclé. Ce fut la première fois qu’un médecin se trouva dans la mêlée et le Service de Santé ne sera plus considéré comme le refuge des « planqués ». Cependant, il sera toujours en butte à l’autorité stérilisante des Commissaires-Ordonnateurs et des Intendants Généraux ainsi que de la toute-puissante Administration de la guerre. Pour protéger ses blessés et ses services il mènera jusqu’à sa mort des guérillas et des batailles contre cette Administration. Cela n’empêche pas qu’il soit nommé Chirurgien en Chef à l’Armée de Corse, ensuite en Espagne et en Italie. Il suivit, malgré son récent mariage, la fortune du premier Consul dans l’expédition d’Égypte dont il improvisa le personnel médical et le matériel d’ambulance qui ne le suivit pas : il utilisa alors un moyen du pays : le chameau pour le transport des blessés et il raconte le fait dans ses Mémoires

 » Je fis construire cent paniers (sans doute en osier souple), deux par chameau, disposés en forme de berceau que l’animal portait de chaque côté de sa bosse, suspendus par des courroies élastiques au moyen d’une prolonge à bascule : ils pouvaient porter un blessé couché dans toute sa longueur. « 

De retour en France, il devint, en 1796, le premier Professeur titulaire de la chaire d’Anatomie et de Chirurgie Militaire. Dans ses fonctions, il inventa, entre autres, la ligature des vaisseaux sanguins. Il dut abandonner son poste l’année suivante pour rejoindre l’Armée d’Italie, et au retour, il reprend sa fonction au Val de Grâce. Il fut promu alors Chirurgien en Chef de la Garde Consulaire et Officier de la Légion d’Honneur à la création de l’Ordre.

De Boulogne à Waterloo, Larrey ne quittera plus l’Empereur, utilisant la confiance que lui accordait Napoléon, pour la mettre au profit des soins aux blessés. Chirurgien-soldat hors pair, il est partout, voit tout, connaît tout et prévoit tout. Les soldats l’appellent leur  » Providence ».

Le voici soignant le général Comte Morand : il porte la petite tenue de chirurgien, fond bleu à parements écarlates, gilet écarlate, bottes noires à parements. On voit à côté de lui ses instruments personnels et les pansements nécessaires pour donner les premiers soins. Il eut le titre de Chirurgien en Chef de la Garde Impériale. Cette fonction représente la participation à 25 campagnes, 60 batailles rangées et 400 combats. C’est au cours de la campagne de Russie qu’il devint Chirurgien en Chef de la Grande Armée. Il faillit y rester pendant le passage de la Bérézina, et relate dans ses Mémoires les faits suivants :

 » J’étais près de mourir quand je fus heureusement reconnu. Mon nom fut prononcé. Aussitôt les regards se tournent vers moi puis chacun s’empresse de m’aider… C’est aux soldats que je dois mon existence… Chacun me faisait place et j’étais aussitôt entouré de paille et de leurs vêtements. »

On peut ajouter qu’à la Moskowa, en deux fois 24 heures, il pratiqua, seul, 200 amputations dont 11 désarticulations de l’épaule avec 75% de succès, aidé par l’environnement glacé, servant d’anesthésique.

Revenons en arrière, c’est alors qu’étant parti comme aide-major, en 1792, à l’Armée du Rhin, il eut un éclair de génie au cours de cette campagne, en Franconie, sous les ordres de Houchard En effet c’est en regardant à la lorgnette évoluer des batteries d’artillerie volante, qu’il eut l’idée de les transformer et de concevoir les « Ambulances Volantes  » capables de suivre les combattants et de les secourir jusqu’au cœur de la bataille. Il présenta son plan à Houchard et devint ainsi l’inventeur des ambulances volantes. C’est le but de mon propos sur ces dernières qui virent le jour, sur le papier, en 1792 et réalisée seulement en 1797 pour l’Armée d’Italie, qui sauvèrent, parmi tous les blessés, bien des gueules cassées. Dans ce projet, l’équipe sanitaire se compose alors d’un Chirurgien-Chef, de 2 assistants, et d’un infirmier. Ils seront montés et les fontes des chevaux porteront des pansements et des instruments de première urgence. Le Commissaire Villemanzy, consulté par Houchard, donne son accord et en quelques semaines, les premières « ambulances volantes » furent mises au point, ce qui ne manque pas de le faire remarquer par Bonaparte. Il faut citer aussi Heurteloup et le Baron Percy, qui pensent au même problème que Larrey, mais Percy le résout d’une autre manière en inventant le  » Wurtz  » : caisson ordinaire, difficile à conduire et insuffisant dans les grandes occasions et les chirurgiens étaient difficiles à remplacer. On dut y renoncer. Il faut rappeler qu’à la fin de la Monarchie et sous la Révolution, le Service de Santé est considéré par le Commandement comme une organisation très accessoire, ce dernier étant orienté vers le combat avec peu de soucis pour les pertes humaines. Pourtant, certaines personnes pensèrent donner au Service de Santé une structure, des moyens et des modes de fonctionnement dans le but d’aller récupérer les blessés sur le champ de bataille, afin de les acheminer vers des centres de traitement susceptibles de leur donner des soins plus efficaces. Ces idées furent loin d’être appliquées et en 1792, le règlement des Hôpitaux ambulants qui suivent les colonnes est le suivant : les hommes et les chevaux sont mis à la disposition par l’entrepreneur de charrois ou de la régie pour être affectés à ce service. Les caissons attelés de 4 chevaux sont recouverts d’une toile enduite et sur les caisses sont inscrits les mots :  » Hôpital ambulant N°.. « , qui restait à une lieue de l’Armée.

Un nouveau règlement est édité sous le Directoire, le 20 Thermidor An VI (7 août 1798) qui modifie la couleur de l’uniforme lequel sera  » bleu national piqué de blanc sur le rapport d’un trente deuxième. » Cette couleur fut changée en  » bleu barbeau » par le règlement du 1er Vendémiaire An XII (24 septembre 1803). La couleur distinctive des chirurgiens devient l’écarlate, mais cette décision semble être restée lettre morte car elle ne fut pas suivie en pratique. Cependant l’organisation du Service de Santé reconnaissait le personnel par une couleur distinctive : noire pour les médecins, cramoisi pour les chirurgiens et vert pour les pharmaciens. La couleur de l’uniforme resta gris bleu et les revers croisés se portent rabattus en laissant voir le gilet tantôt gris, blanc ou écarlate. Le haut du collet avait des broderies différenciées et ils ont tous droit au port de l’épée. On peut ajouter que les Officiers de Santé attachés au régiment, portent le plus souvent l’uniforme du régiment avec la couleur de leur spécialité et les marques de leur classe au collet.

Le nombre de chirurgiens des corps est de 1000 au début de l’Empire, il passera à plus de 2000 par la suite. Seule la formation de la Garde Impériale comporte des médecins et des chirurgiens dignes de ce nom disposant d’ambulances, de caissons et de matériel, et accompagnés d’infirmiers… Dans la Garde, ils ont en outre l’aiguillette or à l’épaule droite. On constate surtout entre 1804 et 1815 cette différenciation de plus en plus marquée entre les uniformes de la Garde et ceux de la Ligne par le rapprochement de leurs tenues avec celles portées par les combattants. Ce qui aboutit à l’abandon progressif du bleu barbeau.

Le Service des ambulances

Le service était organisé en 3 divisions. Chacune d’elles comprenait 8 à 12 ambulances légères à 2 roues et 4 ambulances lourdes à 4 roues tirées par 4 chevaux, et 2 fourgons contenant pansements et instruments. Ces groupes mobiles sont complétés par une ambulance sédentaire et 2 hôpitaux temporaires, il faut dire que seule la Garde possédait une telle organisation. Chaque ambulance est placée sous la direction d’un Chirurgien de 1ère classe assisté par 6 chirurgiens de seconde classe, 2 pharmaciens et 8 infirmiers. En 1806, Napoléon, par un décret du 1er mai, grâce à l’action conjuguée de Larrey et de Percy, crée 5 compagnies d’ouvriers d’administration comprenant 100 infirmiers.

Ces derniers sont au service des Ambulances. Vêtus de gris jusqu’à ce qu’en 1809 on leur donne un uniforme de coupe militaire. Ils sont alors formés en 10 compagnies de 125 hommes. Ils portent un chapeau noir, puis un shako noir sans cordon, à plaque de cuivre jaune avec le N° de la compagnie, veste blanche, culottes blanches, guêtres et chaussures noires. Leurs grades sont : Centenier, commandant de compagnie, Sous-Centenier et Sergent-major. Sergent et caporal. En 1812, le nouveau règlement leur donne la poche en long, supprime le fusil, et la giberne est remplacée par un sac à compartiments pour contenir les objets de 1er secours pour les blessés. Ils ont également une tenue de travail. (bonnet de police et tablier). Ils sont encadrés par les Médecins, les Chirurgiens et les Pharmaciens de 1ère, de 2ème ou 3ème classe et détachés suivant leur classe auprès des Etats-Majors, des Régiments, des Ambulances ou des Hôpitaux Militaires. La Garde possédait un Service de Santé particulièrement bien organisé, en raison de l’attention spéciale qu’accordait l’Empereur à Larrey. Larrey avait alors divisé son ambulance volante en 3 divisions comprenant chacune 75 infirmiers à pied, 36 infirmiers à cheval et 60 conducteurs.

On distingue deux types de voitures : La voiture légère à deux roues qui peut être attelée de trois façons différentes :

1. Un cheval entre les brancards

2.  de chaque côté du timon : un en porteur et un en sous-verge, le cheval porteur peut être attelé à hauteur du limonier, les traits bouclés à un palonnier suspendu au brancard gauche de la voiture

3.  le cheval porteur en flèche. Son collier est alors relié par des traits en corde à l’extrémité des brancards de la voiture et le harnais ne comporte pas d’avaloir. La voiture est une caisse dont les quatre angles inférieurs sont suspendus par de fortes courroies de cuir à quatre ressorts de fer. Les chevaux porteurs sont montés par les conducteurs. La voiture a 4 roues, destinée surtout au pays de montagne, dont la caisse est un peu plus longue et qui est généralement attelée de 4 chevaux, parfois 6 chevaux en cas de difficulté de terrain. Certaines voitures, attelées à grandes guides, étaient conduites par un militaire, juché au devant de la caisse. Les deux chevaux de derrière étaient attelés de chaque côté du timon de l’avant-train; le cheval porteur à gauche, le sous-verge à droite. En plus de leur rôle de traction et de retenue, ils dirigeaient l’avant-train ; ils étaient reliés à l’anneau d’attelage du timon par des chaînes engagées dans la plate-longe. Les deux chevaux de devant étaient attelés au bout du timon par des palonniers reliés au porte-palonnier de volée, cheval porteur à gauche et sous-verge à droite. Les chevaux porteurs servaient de montures aux conducteurs. Celui de sous-verge comprend : licol avec longe, bride de cavalerie, collier, une paire de traits, fourreau de traits, sous-ventrières, la croupière, rênes de filet tenues par le conducteur. Pour les chevaux de devant, le harnais est le même que pour les chevaux de derrière, sauf l’avaloir et la plate-longe qui sont remplacés par un surdos recouvert d’une sellette en cuir de vache.

Toutes ces voitures étaient peintes en gris, ocre clair ou en vert olive, les parois intérieures restant en bois naturel. Toutes les ferrures, charnières, ressorts, etc., étaient noires. Les cordages enserrant les lames de ressorts étaient noircis. Les courroies de suspension et de balancement, en cuir naturel. Les toitures étaient de toile cirée noire, portant en lettres blanches, de chaque coté, Nème DIVn d’AMBULANCE ou AMBULANCE du Nème CORPS ou encore AMBULANCE Gle. L’inscription sur celles de la Garde présentait un Aigle au milieu de GARDE IMPERIALE, surmontée du mot AMBULANCE. Les voitures, attelées par le Train des Equipages, étaient accompagnées d’infirmiers montés et de chirurgiens à cheval qui  » portent à l’arçon de leur selle comme dans une valise des moyens de pansements fort abondants « . Parmi les objets se trouvant dans les ambulances figuraient des brancards. A la fin de l’Empire, un essai allait être fait pour faire porter ces brancards par des infirmiers spéciaux qui reçurent le nom de despotats.

A Waterloo, Larrey dirigea les ambulances jusqu’à l’instant de la déroute où il tomba, frappé de deux coups de sabre, entre les mains des Prussiens. Il fut fait prisonnier et conduit devant le Général Blücher ; ce dernier le traita en ennemi généreux. Larrey porte la petite tenue de chirurgien, fond bleu barbeau à collet et parements écarlate garnis de broderies or. Gilet écarlate, culotte blanche, bottes noires à revers fauves. Les aiguillettes de l’épaule droite marquent l’appartenance à la Garde. Il porte un coffret renfermant ses instruments personnels, des pansements et de la charpie pour donner sur place les premiers soins. Après la fin de l’Empire, bien que mis à l’écart par la Restauration, Larrey, respecté et admiré de tous, fut réintégré par le gouvernement de Juillet et il va se servir alors de son autorité et de son prestige pour défendre l’organisation du Service de Santé contre les avis néfastes de l’Intendance de l’époque. Larrey meurt à Lyon le 25 Juillet 1842, au retour d’une inspection des Hôpitaux de l’armée d’Algérie, qu’il accepta de faire sur ordre de Louis Philippe, à l’âge de 76 ans. Mission qu’il accomplit, bien que malade, et qu’il ne voulut pas refuser. Les médecins de l’Hôpital militaire procédèrent à l’embaumement. Le cœur et les entrailles furent prélevés et furent transférés au Val de Grâce, le cœur en 1854, et ce fut autre chose pour ses entrailles. Sa dépouille fut bien transférée à Paris après que les Honneurs Militaires et Civils lui furent rendus. Son testament exprimait le vœu d’être enterré  » dans un petit coin du jardin de l’Infirmerie des Invalides « , mais le refus du ministre de la guerre, le Maréchal Soult, fit que la ville de Paris se montra plus généreuse, grâce à Arago, en lui offrant une sépulture à perpétuité au Père Lachaise.

C’est seulement le 15 décembre 1992, anniversaire du retour des cendres de l’Empereur, que le transfert du corps de Larrey eut lieu aux Invalides, dans la crypte des Gouverneurs, au cours d’une importante manifestation, L’exhumation du corps fut faite par Madame le Professeur Bonnet Lecomte, Médecin-Inspecteur et Directeur de l’Institut Médico-Légal, le Docteur Pierre L. Thillaud, et mon confrère le Docteur Claude Lavaste, Odontologiste. Ce dernier en profita pour faire un examen dentaire de la mâchoire de D. Larrey et en faire des photographies ainsi que des boutons de son uniforme. Soldat énergique, peu soucieux de la fatigue, doué des qualités de calme, de sang-froid et de bravoure devenues proverbiales, soignant, pansant et opérant les blessés avec rapidité et compétence et surtout avec un grand esprit d’humanité. Le plus bel éloge qu’on puisse lui faire est de citer la phrase du testament de l’Empereur : « Si l’Armée élève une colonne à la reconnaissance, elle doit l’ériger à Larrey« .

Sacha BOGOPOLSKY

DCD, DSO, DEA Ecole Pratiques des Hautes Etudes (La Sorbonne, Paris).

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( 10 mars, 2017 )

Une lettre du général CHRISTIANI au général PELET à propos des journées de LIGNY et de WATERLOO.

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J’ai déjà reproduis ici précédemment une lettre du général Petit au général Pelet sur Waterloo. En voici une adressée au même par le général Christiani. Elle fut publiée également en 1905 dans le « Carnet de la Sabretache », en annexe à un article consacré à l’infanterie de la  Garde à Waterloo. Cette lettre porte en suscription : « Lettre du général Christiani, commandant en 1815 le 2ème grenadiers de la Garde à M. le lieutenant-général baron Pelet». 

C.B. 

Paris, le 24 avril 1835. 

Mon général, 

Je ne puis répondre qu’imparfaitement aux renseignements que vous me demandez par votre lettre du 21 courant. Ma mémoire trop ingrate, le temps écoulé depuis 1815, sont des auxiliaires sur lesquels je ne puis guère compter. Cependant je vais tâcher de répondre de mon mieux à vos questions. Ces réponses vous prouveront du moins ma bonne volonté à me rendre à vos désirs. Demande. Quelle était la force du 2ème régiment de grenadiers à pied de la Garde au moment de l’entrée en campagne ? Réponse. Je crois qu’elle ne dépassait pas 1.000  à 1.100 hommes. D. Quelle perte  ce corps a-t-il éprouvée le 16 juin ? R. Aucune.- Pendant la bataille du 16, tout le corps des grenadiers à pied resta en réserve, et ne changea de position que deux fois. La seconde fois, il traversa Fleurus, fut prendre position à gauche de ce village, et à distance peut-être d’un demi-quart de lieue de Ligny, que l’ennemi occupait  encore en partie. Les quatre régiments de grenadiers reçurent l’ordre de l’en débusquer. Ce mouvement se fit sans aucune résistance de l’ennemi, mais pendant que l’on se formait en carré par bataillons en débouchant de l’autre côté du village, nous fûmes surpris par une charge de lanciers prussiens qui passèrent dans les intervalles des carrés, sans que nous puissions faire usage de notre mousqueterie, les carrés n’ayant pas eu le temps de se placer par échelons. L’ennemi eût été mieux reçu s’il eut tenté une seconde charge, mais il n’y revint plus. Nous passâmes la nuit  du 16 au 17 sur le champ de bataille, c’est-à-dire sur la hauteur qui couronne le village de Ligny. D. Où avez-vous passé la nuit du 17 au 18 ? R. Le lendemain 17, nous quittâmes notre position vers onze heures ou midi. Nous marchâmes toute la journée. Je suivais le mouvement des régiments qui me précédaient. Il faisait un temps affreux, et la nuit était déjà avancée, lorsque j’aperçus un bivouac ; c’était celui du 4ème ou 3ème régiment de grenadiers. Je n’y trouvai personne pour m’indiquer la position que je devais occuper. La nuit était obscure. Dans cet état de choses, les grenadiers fatigués et mouillés se mirent avec leurs camarades du régiment déjà installé au bivouac. Ce bivouac était à cheval sur la grand’route, en arrière du quartier impérial, et près d’un hameau ou un village font je ne me rappelle le nom. 

D. Quelles sont les diverses positions que vous avez occupées dans la journée du 18, et particulièrement de cinq à six heures de l’après-midi, de six à sept, de sept à huit ? R. Le lendemain 18 juin, un rayon de soleil parut vers neuf heures du matin. On reçut l’ordre de mettre les armes en état, et qu’on allait attaquer. Plus tard, nous prîmes position en arrière de l’Empereur qui était sur une hauteur à droite de la route de Bruxelles. Ici, je ne me rappelle pas les mouvements que firent les autres régiments de grenadiers à pied, mais je me souviens d’avoir reçu l’ordre de me porter en avant avec le 2ème régiment et de prendre position  à la droite de la route de Bruxelles. J’avais à ma droite un ravin très profond. Je suis resté dans cette position toute la journée. J’ai vu revenir les débris de quatre régiments de la Garde à pied qui avaient été envoyés sous les ordres du général Friant prendre la position qu’occupaient les Anglais, position qui était défendue par un ravin très profond et par une nombreuse artillerie qui était retranchée. Vous connaissez comme moi le triste résultat de cette attaque. Entre cinq et six heures, peut-être plus tard ; je reçus l’ordre d’envoyer un bataillon du régiment dans un village situé à droite et en arrière de la position que j’occupais, pour chasser les Prussiens, disait-on, qui venaient de s’en emparer [c’est Plancenoit où se trouvaient déjà la Jeune Garde et le 1er bataillon du 2ème chasseurs avec Pelet]. Ce fut M. Golzio, chef du 2ème bataillon du régiment, que j’ai chargé de cette mission ; je ne l’ai revu que le soir dans notre retraite. Je ne me rappelle pas s’il a perdu beaucoup de monde, mais seulement qu’il m’a dit : avoir fait beaucoup de mal à l’ennemi.

Enfin, vers sept à huit heures du soir, je crois, je partis avec le 1er bataillon qui me restait, pour aller joindre l’Empereur qui était à gauche de la route, à peu de distance de la position que je venais de quitter. Il était seul, à pied, et avec lui le général Drouot. Je fis former le carré à mon bataillon. L’Empereur resta quelque temps à observer, je le pense, le mouvement rétrograde que l’artillerie de l’armée faisait dans la plaine à gauche de la route, et monta ensuite à cheval pour se retirer. Dans ce moment ou à peu près, l’ennemi fit une charge de cavalerie sur la grande route, et se trouva mêlé avec notre cavalerie et infanterie qui se retiraient en désordre. Les tirailleurs anglais débouchèrent aussi, et commencèrent la fusillade ; alors je fis mon mouvement de retraite avec mon bataillon en carré ; quelques balles y arrivèrent qui occasionnèrent de la confusion dans les rangs. La voix des officiers fut méconnue, et arrivés à la hauteur que le 1er régiment de grenadiers occupait, mes soldats de débandèrent et, alors, impossible de les rallier. Je rejoignis la route en avant de Génappe ; le général Roguet y vint aussi. Là, nous tachâmes de rallier le plus de monde possible pour attendre la nuit, mais nous fûmes abandonnés.

Néanmoins, le général Roguet et moi, nous n’avons fait notre retraite qu’au moment où nous entendîmes l’ennemi s’avancer sur la route au son du fifre. Contraints alors de nous retirer, je perdis de vue le général Roguet dans le tumulte, et je pris un chemin à gauche de Génappe dans l’intention de gagner Charleroi, lorsque je fis votre rencontre et celle du général Petit. 

Agréez, mon général, l’assurance du plus sincère attachement de votre 

Tout dévoué serviteur. 

Signé : CHRISTIANI, maréchal de camp.   

 

 

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