( 30 janvier, 2018 )

Le comte Dorsenne…

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Né à Ardres (Pas-de-Calais) en 1773, Dorsenne partit comme volontaire en 1792 et fut bientôt élu capitaine. Après avoir fait avec distinction les campagnes de 1792, 93, celles de l’an II, III, IV et V, il fut nommé chef de bataillon sur le champ de bataille, le 3 germinal an V, et fit, dans ce grade, les campagnes de l’an VI, et de l’an VII en Egypte. Il y fut nommé chef de la 61ème demi-brigade en l’an VIII. Il revint en France après être resté encore en Egypte jusqu’à l’évacuation et fit les campagnes de l’an XII et XIII. Il fut nommé général de brigade le 14 nivôse an XIV après s’être signalé à Austerlitz. A Eylau, il repoussa l’ennemi à la tête d’un bataillon de la Garde. Colonel des grenadiers dela Garde en 1808, il passa avec eux en Espagne, puis revint à la Grande-Armée et se fit remarquer à Ratisbonne, puis à Essling, où il soutint par sa ferme attitude les efforts des Autrichiens, qu’il contint pendant que nos troupes rentraient à l’île Lobau. Il eut là deux chevaux tués sous lui et reçut à la tête, en tombant avec l’un d’eux, une contusion qui devait plus tard amener sa mort.

Après Wagram, il fut nommé général de division. Envoyé en Espagne avec 20.000 hommes de la Garde, il fut nommé, le 8 juillet 1811, commandant en chef de l’armée du Nord. Il fit reculer les Anglais, battit l’armée espagnole de Galice et rétablit l’ordre en Navarre et en Biscaye, mais depuis Essling, il ressentait des douleurs de tête qui, augmentant sans cesse, le contraignirent de rentrer en France, où il succomba, à Paris, le 24 juillet 1812, des suites de l’opération du trépan, à peine âgé de trente-neuf ans.

 G. COTTREAU 

Article paru en 1910 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

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( 29 janvier, 2018 )

L’Espagne et Napoléon…

La période napoléonienne a été l’un des grands chantiers de l’historiographie espagnole, alors que la péninsule Ibérique restait dans le même temps un objet de référence obligé pour l’historiographie napoléonienne.

Après les nombreux ouvrages descriptifL’Espagne et Napoléon…  dans HORS-SERIE Langlois-300x202s publiés des deux côtés des Pyrénées tout au long du XIXe siècle, très souvent imprégnés de passion ou de partialité, le XXe siècle allait modifier la donne, dans le contexte du premier centenaire de la « guerre d’Espagne », avec la publication des études de G. de Grandmaison, G. Desdevises du Dézert, P. Conard ou A. Fugier, dont le dénominateur commun était la rigueur des données apportées et la volonté critique de leurs analyses.L’abondance de la bibliographie espagnole consacrée à la période napoléonienne allait s’accroître progressivement au fil du XX°siècle. Il s’agissait là d’un phénomène qui allait connaître son élan le plus important à partir de la commémoration du cent cinquantième anniversaire de la « guerre d’Indépendance ». Le renouvellement de l’historiographie espagnole, après la stérilité qui avait suivi la fin de la guerre civile et l’établissement du franquisme, s’est produit particulièrement dans les années 1960 et 1970 sous la plume ou la direction de Jaume Vicens Vives et Pierre Vilar et, par la suite, de celle de ses disciples. Il s’agit d’un renouvellement fondé sur l’élargissement du domaine d’analyse, prenant en considération la crise d’Ancien Régime et la Révolution, et replaçant l’histoire péninsulaire dans le panorama européen ; au-delà, donc, non seulement de l’histoire événementielle, mais surtout de la stérilité d’une histoire qui demeurait en grande mesure entre les mains du « national-catholicisme », et qui était héritière de l’apologétique ultramontaine de la fin du XVIIIe siècle et, plus directement, du legs de l’érudition et de la combativité réactionnaire de Menéndez Pelayo (à la fin du XIX° siècle).

Ce contexte, ainsi que l’héritage des historiens français mentionnés plus haut sur la formation et la recherche des hispanistes, a donné lieu à la rencontre, l’échange et la complémentarité des deux traditions historiographiques. Ainsi, à la fin des années 1970, on disposait déjà non seulement de quelques ouvrages fondamentaux dans le domaine de la recherche, mais aussi de plusieurs grandes synthèses sur la période et, surtout, d’une approche contrastée et plurielle sur un sujet toujours ouvert aux nouveaux apports.

Le rapport entre l’Espagne et l’Empire napoléonien a eu son noyau central pendant l’épisode de la « guerre de l’Indépendance », mais on aurait tort de se limiter à l’étude de celle-ci. C’est, à mon avis, une limitation qui a pesé lourdement dans l’historiographie espagnole, et qu’on doit, donc, tout à fait éviter. Il y a quelques années, Pierre Vilar avait déjà signalé l’importance du caractère précurseur et des quelques parallélismes entre la « guerre d’Espagne » et celle qui avait opposé la France et l’Espagne pendant la Révolution française5. Cette position de Pierre Vilar a été clairement validée et approfondie par les études postérieures. Partant, donc, de la volonté d’une approche chronologiquement large, nous nous proposons d’analyser ici les rapports entre Napoléon et l’Espagne, en prenant en considération non seulement la période de la guerre d’Espagne, mais aussi les moments précurseurs de celle-ci, et la période immédiatement postérieure (afin de s’interroger sur ses legs). Il s’agit ainsi de respecter, en même temps, l’arc chronologique et thématique de la Révolution libérale espagnole, qui prend ses racines autour de la Révolution française et qui culmine à la fin du premier tiers du XIX° siècle. Nous croyons que, de cette façon, loin d’amoindrir l’évident poids spécifique de la guerre d’Espagne contre l’armée napoléonienne, on peut mieux la comprendre dans toute la complexité, la diversité et les contradictions de son déroulement et de sa portée.

Les apports des articles d’Emilio La Parra et de L. Roura offrent deux regards complémentaires. Ce dernier nous rappelle la continuité avec laquelle se déroulent les rapports entre la France et l’Espagne entre 1795 et 1808, tandis qu’Emilio La Parra souligne l’importance de certains facteurs spécifiques – surtout pour la période 1804-1808 -, parmi lesquels on ne peut pas sous-estimer celui de la personnalité de Napoléon et de Godoy. En même temps, les deux articles attestent l’intérêt d’une période où l’on trouve des éléments clefs pour la compréhension des événements qui vont survenir après le début de la guerre. La continuité, c’est aussi le constat que nous offre l’analyse de l’évolution démographique et de l’impact sur la population de la crise provoquée par la guerre, tel que le signale Esteban Canales. Dans son article, il nous offre, en même temps, la première approche rigoureuse que nous ayons des pertes humaines subies par la population espagnole du fait du conflit, ainsi qu’une évaluation de son impact postérieur. « Continuité » est encore le mot qui peut définir le caractère de l’armée britannique à laquelle s’opposait l’armée napoléonienne dans la péninsule Ibérique. Comme le montre Charles Esdaile, il s’agissait d’une armée d’Ancien Régime, avec une tactique et une organisation d’Ancien Régime, sous les ordres d’un général d’Ancien Régime. La déroute française a donc plutôt eu beaucoup à voir avec l’habilité de Wellington, mais surtout avec le poids de la mobilisation espagnole et de la guérilla. C’est précisément à la mobilisation populaire et à la guérilla que sont consacrés les articles de Richard Hocquellet et de Vittorio Scotti. Le premier analyse les mécanismes de mobilisation et les modalités de l’engagement, tout en repensant l’engagement populaire et le rôle des élites dans le mouvement patriotique. Le second souligne le rôle de la guérilla comme facteur clef pour comprendre l’incapacité de l’armée impériale à soumettre l’Espagne comme elle l’avait fait dans les autres pays de l’Europe continentale. Antonio Moliner, en nous proposant une révision des connaissances sur la formation des « Juntas » décrit, quant à lui, l’importance de la crise et de la révolution politique qui s’engage en 1808, en évoquant la création des « Juntas » dans les diverses régions espagnoles. On connaît assez bien le poids que la presse a acquis en Espagne dans ce contexte d’agitation politique, idéologique et militaire. C’est précisément l’étude de la presse qui permet à Jean-René Aymes et à Frédéric Dauphin d’aborder des questions fondamentales. D’une part, J.-R. Aymes analyse l’image de la guerre en France (à partir de l’étude de la déformation, du caractère tendancieux et falsificateur de la presse du Premier Empire) et celle des « afrancesados ». D’autre part, avec l’étude de la Gazette de Saragosse, F. Dauphin atteste toute la complexité du phénomène « afrancesado », jusqu’à poser la question de l’adéquation du mot, surtout lorsqu’on constate dans l’« afrancesamiento » une hispanité très marquée et éloignée d’une francisation excessive. Dans une direction similaire, Xavier Abeberry couronne cette nouvelle lecture des « afrancesados » avec une analyse politique du phénomène, où il étudie les contradictions dans lesquelles se trouvait plongé le règne de Joseph Ier. La présence et l’influence napoléoniennes en Espagne après 1815 sont abordées avec des perspectives diverses par Alberto Gil Novales, Jean-Philippe Luis et Irène Castells. A. Gil Novales nous rappelle, à travers l’abondance de l’édition et des traductions relatives à Napoléon, que le public en Espagne est resté fidèle au personnage de l’empereur tout au long du XIX° et du XX° siècles. Pour sa part, J.-Ph. Luis souligne le fait qu’à mesure que s’affirme en Espagne un libéralisme modéré, conservateur et autoritaire, l’influence napoléonienne dans la péninsule passe progressivement du rejet massif à une vision beaucoup plus nuancée et presque positive. En tout cas, il semble évident, comme le montre I. Castells, que sans le référent napoléonien il serait impossible de comprendre l’origine et la stratégie de lutte du libéralisme insurrectionnel espagnol et, donc, non seulement le processus révolutionnaire espagnol entre 1814 et 1830, mais aussi les processus similaires dans l’Europe de la Restauration (notamment ceux de l’Europe latine).

Sans doute, après cette lecture, chacun pourra se trouver en meilleures conditions pour répondre aux questions implicites: est-ce que le bilan des rapports entre la France napoléonienne et l’Espagne a été pour ce pays aussi globalement négatif que l’historiographie espagnole dominante le prétend ? Et, par ailleurs, jusqu’à quel point peut-on concéder quelque vraisemblance aux appréciations d’une certaine historiographie, plutôt française, qui reste très proche même du point de vue de l’empereur, qui en mai 1816 affirmait, selon Las Cases, qu’il accomplissait en Espagne « le plus grand bienfait qui ait jamais été répandu sur un peuple » – et même que « les Espagnols, eux-mêmes [...] le pensaient au fond, et ne se sont plaints que des formes » ?

Il est temps de reconnaître que l’historiographie actuelle est loin de nous permettre de rester, pour ce qui concerne Napoléon et l’Espagne, dans la dichotomie entre la légende noire napoléonienne – toujours le « mythe de l’ogre » – et celle du héros incompris qui a échoué. Situer Napoléon dans l’histoire de la Révolution espagnole n’est ainsi pas seulement une voie de compréhension de ce processus révolutionnaire et de son écho en Europe ; c’est aussi une voie pour une meilleure compréhension de la figure de l’Empereur et de l’œuvre napoléonienne.

 L. ROURA Y AULINAS.

 Source : L. Roura Y Aulinas, « L’Espagne et Napoléon », Annales historiques de la Révolution française. http://ahrf.revues.org/1644

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( 28 janvier, 2018 )

Musée Napoléon de Brienne-le-Château: premières impressions des visiteurs.

J’avais évoqué sa réouverture prochaine sur « L’Estafette » le 25 janvier dernier. A présent, c’est fait, et on en parle ici: 

http://www.lest-eclair.fr/55907/article/2018-01-28/un-week-end-imperial-brienne-le-chateau#

Napoléon et son état-major...

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( 28 janvier, 2018 )

Autour d’un livre hostile à l’Empereur…

Goldsmith.

Extrait d’un rapport du comte Anglès daté du 8 juin 1814.

« Une lettre de M. le prince de Bénévent [Talleyrand] m’avait informé, avant-hier, qu’on réimprimait un libelle ayant pour titre : Histoire secrète du cabinet de Bonaparte, publié à Londres par Louis [Lewis], employé il y a plusieurs années, aux Relations Extérieures et qui en avait été chassé pour cause d’infidélité. Cet ouvrage, dont le prince m’envoyait quelques feuilles, était regardé par lui comme propre à agiter les esprits et à irriter, par des calomnies, plusieurs maréchaux de France et plusieurs personnes distinguées du gouvernement actuel. On ajoutait que chaque volume de cet ouvrage s’imprimait, la nuit même, chez les imprimeurs Le Normand, Mame et Patris, pour le rendre inaccessible aux atteintes de la police; il fallait dont agir de suite. En conséquence, j’ai ordonné, dans ces trois imprimeries, une perquisition qui n’a amené aucun résultat.  Un examen attentif, fait avec quelques personnes instruites en librairie et qui n’a pu avoir lieu que ce matin, pour ne pas éventer le secret, m’a convaincu que les feuilles qui ont été transmises à M. de Talleyrand, par un anonyme, au lieu d’avoir été imprimées à Paris, comme on le supposait, l’ont été à Londres même. C’est ce dont il n’est plus permis de douter, en rapprochant ces caractères vraiment anglais de nos caractères français ».

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie Éditeurs, s.d. [1897], pp.32-33).

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Cet ouvrage pamphlétaire qui porte le titre exact d’Histoire secrète du cabinet de Napoléon Buonaparte et de la Cour de Saint-Cloud parut en 1814 à Londres (de l’imprimeur T. Harper le Jeune, Crane court, Fleet Street) et à Paris (Chez les marchands de nouveautés), en 2 volumes. Sorte d’espion politique, Lewis Goldsmith (1763-1846) eut une vie atypique. S’il voyagea pendant les guerres de la Révolution française, il publia en 1801 un essai qui lui valut les foudres de Pitt parce qu’il se livrait à une attaque contre sa stratégie militaire. Il fut contraint de s’exiler et fut présenté à Napoléon par Talleyrand. Il crée un journal anti-anglais, et est attaché aux tribunaux en qualité de traducteur assermenté. Il devient à cette époque un agent double pour le gouvernement britannique. Il retourne en 1809 en Angleterre et s’y installe comme solicitor, avocat-conseil. Il devient alors très critique de la France, et notamment de l’Empereur. Il retourne définitivement en France à compter de 1825 et y décède en 1846, nous apprend Quérard dans ses « Supercheries littéraires dévoilées »Les pages consacrées à la « vie privée et au caractère de Napoléon Buonaparte » sont édifiantes de méchanceté (t. 1, p. 65 et s.). À compter de la page 175 du tome premier, on relève une recension des personnages entourant Napoléon, en commençant par sa famille. Vient ensuite ce que l’auteur nomme la « Cour de Buonaparté ». La liste s’ouvre avec Cambacérès, puisque selon l’auteur, « il faut bien commencer la liste par le confident de ses plus secrètes pensées, et par le plus vil de tous ses valets » (t. 1, p. 205). Sur Fouché, « cet imbécille [sic] est ce que les Français appellent un homme nul ». On remarquera que le pamphlet – da été écrit alors que Napoléon n’avait pas encore quitté l’île d’Elbe : « Buonaparté est confiné dans l’île d’Elbe. Son esprit turbulent le portera peut-être à franchir la mer qui le sépare de la France, pour révolutionner quelques pays lointains ; mais, à la première tentative, ses surveillants l’amèneront sans doute dans la tour de Londres » (t. 2, p. 213).

En complément, lire la notice Wikipédia sur ce personnage fielleux :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Lewis_Goldsmith

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( 27 janvier, 2018 )

Le capitaine de Maltzen. Lettres (4).

A sa mère.

Salamanque, 31 décembre 1809.

Fais-moi le plaisir, chère maman, de m’abonner au « Journal de l’Empire », je suis un tiers dans la dépense avec le commandant et un de mes camarades. Je suis toujours en course. Je viens de mettre tous les postes de correspondance d’ici à Valladolid en état de résister aux insultes des lanciers espagnols. Cette tournée de 10 jours m’a bien fatigué et de retour ici on m’envoie à Alba. Je n’ai plus d’argent et pas de quoi m’acheter une capote. Je préférerais 80 fr. à Paris et m’entretenir de tout, que d’avoir ici le logement, quelques misérables rations et mes 125 livres. Je viens de faire faire un gilet de flanelle dont je sentais vivement le besoin et j’en suis pour 28 francs.

Ne parle pas de ma petite misère, je  la supporte avec patience, chère maman, et je souffre moins que tu ne le penses. La campagne va se rouvrir et l’espoir que j’ai de profiter d’une occasion favorable pour faire parler de moi au maréchal me met au-dessus de toutes ces petites disgrâces qui chez beaucoup d’autres sont regardé comme des calamités. La seule chose que je crains est de perdre mon cheval, je ne pourrais pas le remplacer ; il est de race andalouse, c’est le  seul bien que j’aie retiré du siège de Saragosse. Si j’étais démonté, je me mettrais à pied pour réparer ma perte plutôt que de ralentir mon service.

Je sais toute les inquiétudes que vous cause Gustave [de Gerando]. Quelque persuadée que soit Annette de votre tendresse pour cet enfant, le chagrin pourrait la porter à ses soupçons injustes s’il arrivait quelque malheur.

J’attends avec impatience quelques détails sur ce que vous êtes devenus, sur ce qui est arrivé depuis 3 mois que je suis sans nouvelles ! Je ne sais pas où est le général de Grouchy, s’il prend un commandement en Espagne. Les désagréments qu’il a éprouvé, les fatigues de la dernière campagne, lui ôteront peut-être l’envie de demander un commandement. Je crains bien que le corps d’armée où je suis attaché ne soit employé qu’à pacifier le nord de l’Espagne. Il n’y aura que des corvées à faire, des forts à construire, à réparer, des partis à détruire. L’Empereur ne récompense jamais que ceux qui se trouvent à ses grandes batailles, mais si l’on fait encore quelque grand siège comme celui de Cadix, je déserterais plutôt d’ici que de ne pas y être employé. Adieu chère maman, les choses les plus ²tendres à  Henriette.

A sa mère.

Salamanque, 12 janvier 1810.

J’ai reçu à la fois plusieurs lettres de toi, chère maman ; elles me seraient parvenues régulièrement s’il y avait moins de négligence dans les bureaux de poste. J’ai remarqué avec peine que dans toutes tes lettres, tu me parles de tes inquiétudes à mon égard, j’y suis on ne peut  plus sensible. Elles sont une preuve d’un attachement auquel je mets le plus grand prix, mais au nom de ce même attachement auquel je mets le plus grand prix, mais au nom de ce même attachement, ne me les manifeste, ma chère maman, que le moins que tu pourras. Je t’en ai déjà prié dans beaucoup de mes lettres et je réitère ici  ma demande. Sans doute, notre séparation m’est bien pénible aussi, mais j’ai soin qu’aucune lamentation ne perce dans mon abandon avec toi. Il est inutile de se créer des peines pour ajouter à celle dont le sort nous gratifie. Je t’engage aussi, chère maman, à ne pas  te tourmenter pour me procurer de l’agrément, mais rarement elles deviennent utiles, quelque pressantes qu’elles soient. J’espère être capitaine en juillet. Il y a grande différence à faire la guerre comme capitaine ou comme lieutenant. Je crois que le maréchal Ney va pousser une reconnaissance sur Ciudad-Rodrigo. Les collets noirs[1] sont déjà invités à être de la partie on n’attend que 1,100 chevaux de renfort qui viennent au corps d’armée. Je ne tarderai pas à être attaché à une des deux divisions, Mermet ou marchand. Comme il me sera facile d’avoir le choix, je désirerais m’a reporter un général de Grouchy. Le premier a bien peu de crédit et à faire des demandes pour ses trois aides-de-camp. Le deuxième est, je crois, disgracié à cause de la bataille de Tamamès, j’en serais doublement fâché, car c’est un bien brave homme, mais d’un froid glacé envers tout le monde. Tu vois par là, chère maman, que je ne serai placé dans aucun cas d’une manière bien avantageuse. Peut-être viendra-t-il une 3ème division comme tout le monde le présume, mais on ne soupçonne pas quel en sera le commandant.

Dis-moi avec qui s’est mariée Alexandrine ? Avant de me dire qu’elle est mariée, tu me parles de son accouchement. Je t’en félicite sincèrement ainsi que son mari. A la place Madame Catoire, j’aurais choisi un mari plus jeune et plus beau. Je vois qu’elle n’a cherché que l’esprit, tandis qu’elle en avait assez à elle seule pour tout le ménage.

A sa mère.

Salamanque, le 18 février 1810.

J’avais commencé une lettre pour toi chère maman, le 9 de ce mois, pour t’annoncer le départ du 6ème corps pour Ciudad-Rodrigo, mais comme la poste avait déjà fait ses paquets elle ne put pas se charger de mon épître en sorte que tu seras en retard de quelques jours. Nous partîmes d’ici le 10 de ce mois avec 12,000 hommes d’infanterie et 2,000 chevaux pour reconnaître la position de l’ennemi et dans la persuasion qu’en nous présentant devant Ciudad-Rodrigo, la ville n’aurait rien de plus empressé que de se rendre. Telle était particulièrement l’opinion du Roi qu’il communiqua à M. le Maréchal Ney. Le 12 à 10 heures du matin, nous arrivâmes devant la place. L’investissement fut aussitôt ordonné et avant qu’on échangeât un seul coup de fusil, on envoya un parlementaire au gouverneur pour proposer et la fusillade commença de toute part. Vers 3 heures, je reçus ordre de faire la reconnaissance de la place. Un plateau, à demi-portée de fusil des remparts, me favorisa beaucoup pour cela. Les canonniers s’aperçurent apparemment que j’étais ingénieur, et outre les coups de fusil qu’on me décochait, je fus salué par trois boulets de 24 qui eurent la politesse de passer au-dessus de moi. Je remplis ma mission avec beaucoup de bonheur et en moins d’une heure je connus jusqu’aux moindres détails des fortifications. Personne dans le corps d’armée ne possédait la ville de Ciudad, en sorte qu’il était nécessaire de faire ce travail avec quelque exactitude. M. le Maréchal envoya à la nuit tombante 100 obus qui firent quelque dégât dans la place, et immédiatement après un deuxième parlementaire. Mais tout fut inutile, le Maréchal vit qu’on l’avait trompé sur les dispositions du gouverneur et comme nous ne possédions ni artillerie de siège ni aucun moyen pour en imposer à l’ennemi, il prit le prit de faire filer son armée pendant la nuit. Nous nous portâmes le 13 sur la frontière du Portugal, près d’Almeida, où les anglais s’étaient montrés la veille et avaient commandé 6,000 rations, mais nous ne rencontrâmes rien. Notre retour à Salamanque nous était à tous nécessaire. Il paraît que M. le Maréchal attend de nouveaux ordres de l’Empereur. La division[2] du général Loison fait maintenant partie du corps d’armée, en sorte que nous sommes maintenant 22 à 25,000 hommes. On nous fait espérer que nous serons immédiatement employés sous les ordres de l’empereur pour l’expédition du Portugal. Cela serait bien à désirer. En attendant, nous construisons des forts partout, 200 maçons et ouvriers travaillent journellement à celui d’ici. J’ai été chargé personnellement de fortifier les postes de correspondance d’ici à Valladolid. Mon travail est fait en sorte que je suis moins occupé maintenant. Je crois que nous séjournerons encore à Salamanque pendant 15 jours ; et qu’en suite nous ferons un mouvement général. Il serait possible qu’on nous destinât pour la Galice et les Asturies. Nous n’aurons rien à gagner à une semblable expédition.

A sa mère.

Au quartier-général du 6ème corps, 3 mars [1810].

La destination de notre corps d’armée doit être connue par les journaux. Ainsi nous avons la certitude de ne point aller nous morfondre dans les montagnes de la Galice mais bien sûr de brûler dans celles du Portugal et de nous y faire assommer à coups de pierre. Cent mille Portugais sont sous les armes et s’aguerrissent depuis 18 mois. Les déserteurs nous apprennent que le malheur des Espagnols ne les rend que plus consternés, mais dès qu’ils seront abandonnés par les anglais, dès qu’ils seront témoins des suites funestes d’une guerre à mort, leur fougue se réveillera. Ciudad-Rodrigo est une pilule qu’on nous destine avant de nous en faire avaler d’autres ; mais nous manquons et nous manquerons probablement de l’artillerie nécessaire pour amener la prise d’une place. Cela retient depuis longtemps notre attention. Tous les officiers de notre armée en Espagne qui ne sont pas attachés  à des corps d’armée ont reçu l’ordre de se rendre au grand quartier-général. On fait des préparatifs pour le siège de Cadix et celui de Badajoz. D’après les nouvelles que je reçois de Madrid, on me fait croire que je suis nommé capitaine depuis le 1er janvier.

Mille choses tendres à Henriette, chère maman, après que tu auras pris pour toi la dose qui te revient.

A sa sœur.

Au quartier-général du 6ème corps, 18 mars 1810.

J’aurai de la peine à te dire combien ta lettre m’a fait plaisir, ma chère Henriette. Tout en me plaignant du peu de lettres que je reçois de toi ; j’y trouve pour ainsi dire mon compte, car tu sembles réunir dans une seule la substance de dix autres. Malgré ce dédommagement, cependant, je t’engage à être moins avare de ton encre et de tes moments. Les plaisirs trop vifs émoussent la sensibilité et je tiens à conserver la mienne pour apprécier mieux et toujours tes tendres procédés à mon égard. Le nouveau grade qu’on vient de me conférer apporte un changement sensible dans ma situation sous le rapport du service et de la manière d’être dans le corps d’armée. On retire mille avantages comme capitaine, auxquels on ne participe pas comme lieutenant. Il y a aussi une différence dans l’importance des opérations dont on peut être chargé dans l’un ou l’autre grade., indépendamment de l’opinion qu’on a de nous. Comme tu vois, ma chère Henriette, on obtient parfois ce grade rapidement, mais aussi est-ce le nec plus ultra pour la plupart de nous  Il est d’une extrême difficulté de montrer plus haut. A moins de 12 ans de grade on ne peut afficher aucune prétention quand même on aurait fait la guerre ; à moins que quelque circonstance extraordinaire ne vous favorise et tout homme raisonnable doit exclure cette chance-là de ses calculs. Ceci me conduit naturellement à te répondre sur un article de ta lettre ; ma chère Henriette, où tu me demandes quels sont mes projets pour l’avenir et si je compte rester dans le corps. La nature de mon caractère, de mes goûts, la nullité absolue de ma fortune, etc., peuvent te faire présumer que dans toutes les occasions je chercherai les chances les plus avantageuses pour m’assurer une existence dans ce monde, et je choisirai naturellement de préférence celles qui me la procureront le plus tôt. Ma présence dans le corps ne m’en offrira jamais les moyens. Il faut donc se tirer de là, ma chère Henriette, mais ne s’en tirer bien entendu qu’à bonne enseigne. Je n’entrevois que deux moyens. Ou de passer aide-de-camp d’un maréchal en faveur ou de passer quand j’aurai la croix au service de Westphalie avec un grade supérieur. Tu peux présumer, que c’est notre alliance avec la Reine[3] quoique assez éloignée qui me fait choisir ce dernier service. Ne point tirer parti de cette circonstance ou au moins ne pas essayer dans un moment où l’Empereur et sa famille s’attachent à ce qui leur appartient de loin ou de près. Ce serait laisser échapper de gaîté de cœur la petite branche que la fortune semble me présenter. Le premier de ces deux partis paraît difficile à exécuter et il me serait réellement avantageux de passer aide-de-camp que si cela se présentait bientôt, car ce que j’aurai passé de temps comme capitaine dans le corps ne me comptera alors presque pas. Le second me paraît hardi.

Voici une ébauche de ma profession de foi, ma chère Henriette, je n’en parlerai pas au général de Grouchy dans la lettre que je vais lui écrire, je me méfie trop de moi pour lui faire part de simple rêveries. Ainsi, si tu ne parles, ne les présente que comme venant de toi. On a remis ma lettre aujourd’hui au Maréchal. Adieu, ma chère Henriette.

A sa mère.

Tamamès, 3 avril 1810.

 A peine revenu de Burgos, où M. le Maréchal m’avait envoyé pour organiser ce qui est relatif au génie pour le siège de Ciudad-Rodrigo, on m’envoie ici, chère maman, pour y construire des fours. Je n’ai eu qu’un jour de repos à Salamanque, ce qui n’a guère suffi pour me remettre d’un voyage de 80 lieues à franc-étrier. Nous sommes ici entassés les uns sur les autres, dans des baraques pillées deux fois par les Espagnols et bouleversées dix fois par les Français. Nous sommes sans lits, sans tables, ni chaises, sans paille ni foin, et sous des toits dont on a enlevé le bois pour faire du feu, quoiqu’il y ait des forêts aux environs. Le soldat n’a qu’une demi-livre de blé par jour pour sa subsistance et les officiers vivent comme ils peuvent. Heureusement que le bon général Marchand m’a offert la table. M. le Maréchal l’a placé ici avec sa division au milieu du champ de bataille où il a fait battre son armée. Cette mortification est bien dure. Il ne sort pas du village sans voir les champs arrosés de sang français par sa faute. Ma nomination au grade de capitaine a été envoyée des bureaux de la guerre au général Levy en Andalousie, et celui-ci ma l’a renvoyée au corps d’armée. Mais il paraît certain que le courrier qui en était chargé a été arrêté et dépouillé entre Séville et la Sierra-Morena.

Le chef d’état-major du 6ème corps sachant que j’avais une lettre de recommandation pour M. le Maréchal s’est offert pour la lui présenter.  Le jour même, le commandant du génie fut appelé chez Son Excellence pour affaire de service. Dans la conversation Elle daigna d’informer de moi en demandant si je venais de sortir de l’école et si j’étais parent de M. de Malseigne. On lui répondit que je me nommais Maltzen, que j’étais déjà capitaine et que j’avais fait la campagne d’Aragon et le siège de Saragosse avec distinction.-Ah !-fut toute la réponse de M. le Maréchal. Depuis ce temps-là, il ne fut plus question de rien. Lorsqu’il s’agit dernièrement d’envoyer un officier de notre armée à Burgos, le commandant du génie me proposa toute de suite à Son Excellence comme propre à bien faire voir qu’on ne se rappelait déjà plus de mon nom ni de ma lettre de recommandation. Les journaux arrivent régulièrement.

 Nous comptons marcher sur Ciudad-Rodrigo, vers le 20 de ce mois.

 Adieu.

—-

A sa mère.

Au quartier-général du 6ème corps. Sans date.

Il y a près de 6 mois que je t’avais priée de m’envoyer du drap bleu et des chemises, car on ne peut pas se remonter dans ce pays-ci, à moins de payer les objets 4 fois leur valeur. Mon manteau qui était d’assez bon drap a pu me fournir de quoi faire une capote et un pantalon.

Nous attendons l’Empereur ici et on prépare ses logements.

Salamanque, 11 avril 1810.

Voici une lettre, chère maman, que tu me feras le plaisir de remettre au général de Grouchy. Je me reproche bien d’avoir tant différé à lui  écrire Le fort que nous construisons ici en est un peu la cause, et encore plus mille autres tracasseries de service auxquelles nous sommes en butte à la veille d’un siège. Les bruits que l’on répand sur une prochaine rupture avec la Russie me donnent bien de l’inquiétude sur les affaires d’Henriette. Combien un voyage dans ce pays serait nécessaire depuis longtemps ! Le peu de consistance que prennent les affaires d’Espagne détermineraient définitivement l’Empereur à  venir. C’est une chose qu’on nous laisse espérer. Dieu veuille qu’elle se réalise !

Au général de Grouchy.

Salamanque, 11 avril 1810.

Mon général,

J’ai fait remettre par le chef d’état-major du corps d’armée la lettre que vous m’avez fiat l’honneur de m’envoyer pour M. le maréchal Ney. Je ne l’ai point présentée moi-même, comme il eut été naturel de le faire. Son Excellence ne recevant plus personne depuis quelque temps. Elle a été très sensible à votre souvenir, mon général, et à paru s’informer avec intérêt de votre protégé. Tous les jours, vous ajoutez à la reconnaissance que m’inspire votre continuelle bienveillance à mon égard. Je ferai des efforts pour la mériter et si le plus tendre intérêt pour tout ce qui vous concerne et le respectueux attachement que je vous porte sont un titre à vos yeux, je crois que j’en serai toujours digne.

J’ai pensé, mon général, que votre présence à la Cour pourrait bien inspirer à S.M. ? L’envie de vous faire partager avec elle quelques-uns des lauriers qu’elle a à cueillie en Espagne. Les fatigues que vous avez éprouvées dans la dernière campagne, votre santé un peu délabrée, la connaissance du pays où nous sommes, et du genre d’ennemis que nous avons à combattre doivent être des motifs suffisants pour ne point vous faire agréer cette proposition avec plaisir. Quelque chère que me soit votre gloire, et quelque désir que j’éprouve de vous donner des preuves de mon dévouement et de mon zèle, en servant sous vos ordres, mon général, je fais des vœux pour ne point vous voir passer les Pyrénées.

M. de la Chasse-Verigny, chef de bataillon , sous-chef de l’État-major, qui a servi à plusieurs reprises sous vos ordres, se plaît souvent à s’entretenir non seulement des faits d’armes qui vous font le plus grand honneur, mais aussi des qualités personnelles qui vous ont si bien distingué dans tous les temps, aux armées où vous avez commandé.

Daignez, mon général, agréer l’assurance de mon plus respectueux attachement.

MALTZEN.

A suivre…

 


[1] Signe distinctif des sapeurs du génie. (Note du Vte de Grouchy).

[2] La 3ème.

[3] L’auteur, par l’une de ses tantes, Charlotte de Maltzen, avait une lointaine parenté avec Catherine de Wurtemberg, épouse du roi Jérôme.

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( 26 janvier, 2018 )

Napoléon à l’honneur à Arras…

C’est à l’occasion d’une exposition qui se déroule

jusqu’au 4 novembre 2018.

https://napoleon.versaillesarras.com/

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( 26 janvier, 2018 )

Lettre d’un officier français durant la campagne de Russie…

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L’auteur de ce document est Nicolas-Louis Planat de La Faye (1784-1864). Ce méconnu mais très intéressant personnage fut aide de camp des généraux Lariboisière et Drouot. Il fut également officier d’ordonnance de Napoléon. Cette lettre est extraite de l’importante correspondance qu’il a laissée et qui fut publiée en 1895. 

C.B.   

Moscou, 30 septembre 1812.

A Constant D*** 

Mon ami, je ne crois pas t’avoir écrit depuis Smolensk. Il s’est passé des événements bien importants pendant cet intervalle : la bataille de La Moskowa, l’occupation de Moscou, et malheureusement l’incendie presque total de cette riche et superbe ville sont les plus marquants. Je t’avais fit que les Russes reculaient toujours et que nous nous épuiserions en marches avant de les atteindre. C’est enfin à 24 lieues de Moscou qu’ils se sont décidés à nous attendre, en avant d’une petite ville appelée Mojaïsk. Ils occupaient une position des plus formidables défendue par les trois redoutes qui nous ont fait un mal affreux. La bataille a duré 18 heures… Les russes ont été battus, mais non pas mis en déroute ; ils se sont retirés lentement et en bon ordre, laissant un champ de bataille jonché de leurs morts et de leurs blessés…Quinze mille de nos braves ont été atteints… Notre existence, depuis 2 mois, est quelque chose de fort extraordinaire ; nous vivons de pillage et de maraude ; les habitants quittent à notre approche les villes et les villages et s’enfuient dans les bois avec leurs bestiaux et leurs provisions ; c’est là que nous envoyons nos domestiques avec des soldats pour les assiéger et leur enlever leurs subsistances. Nous faisons notre pain, nous abattons des bœufs, nous égorgeons des moutons : chacun est boucher, boulanger, cuisinier ; voilà comme nous vivons. Nos chevaux nous donnent encore d’autres soins. Nos malheureux domestiques sont obligés d’aller fourrager à 2 ou 3 lieues des grandes routes au risque d’être pris par les cosaques ou assassinés par les paysans. Nous sommes tous sales, déguenillés, nu-pieds, et pas un tailleur, pas un cordonnier, pas une blanchisseuse. Croira-t-on qu’une population de 320.000 âmes a disparu devant nous !… On prétend que c’est le gouvernement russe qui a fait incendier cette belle capitale pour nous priver des ressources que nous aurions pu y trouver. Je ne sais ce qui en est ; mais je puis dire que nos soldats l’ont bien secondé ; qu’on se figure des soldats ivres, fouillant des maisons de bois avec des chandelles allumées, des torches, des tisons, voilà le spectacle que présentait Moscou le lendemain de notre arrivée. L’incendie a duré trois jours favorisé par un vent violent. Jamais on ne vit un spectacle plus terrible et plus navrant. Que de richesses, que de ressources englouties ! Que de fortunes détruites, que d’honnêtes gens réduits à la misère et au désespoir ! C’est à mon avis la catastrophe la plus effroyable que présente notre siècle si fertile en événements désastreux… 

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( 26 janvier, 2018 )

A propos d’Amédée de Pastoret en 1812…

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Personnage quelque peu méconnu, Amédée de Pastoret (1791-1857), fut intendant de la Russie blanche. Il  n’avait eu que deux mois pour organiser cette province, délai manifestement trop court, quand il se vit entraîné dans les désastres de la Grande-Armée et réduit à tracer dans les boues et les neiges son douloureux itinéraire de Vitebsk à la Bérézina. Il assiste au dénouement du drame militaire le plus poignant que les annales du monde aient enregistré; il rejoint la Grande-Armée à ce moment tragique où, selon le mot de Ségur  « l’aspect de la carte devenait effrayant. » Les premières nuits de grand froid, en gelant des bivouacs entiers, ont frappé les troupes comme à coups de massue. Koutousov les talonne depuis Moscou. L’âge et le caractère de ce général rendent sa poursuite peu active, mais n’empêchent pas que Napoléon ne soit dans l’impossibilité de faire halte là où, par hasard, il pourrait reposer ses troupes et les nourrira Au moins Napoléon se rassure-t-il en voyant le Dnieper tout près de lui il compte s’arrêter de l’autre côté du fleuve et recueillir là les fruits de cette extrême prudence qu’il sait mêler à ses plus grandes témérités. La région entre le Dnieper et la Duna lui appartient Oudinot et Saint-Cyr à Polotsk, avec les 2ème  et 6ème  corps, Victor à Smolensk avec le 9ème, Schwarzenberg à Minsk avec les Autrichiens, la lui tiennent fermée; Macdonald resté de l’autre côté du Niémen avec le 10ème corps, Augereau à Berlin avec le 11ème, viendront l’y rejoindre. Telles sont ses espérances; dans le fait, son dispositif de sûreté est enfoncé depuis le jour même où il a quitté Moscou. Ce jour-là, 18 octobre 1812, Gouvion Saint-Cyr battu à Polotsk par la faute de Victor, qui ne l’a pas secouru, a perdu la lignezde la Duna ; il rétrograde avec Oudinot vers Sienno, où Victor vient tardivement le rejoindre, mais où il ne pourront se maintenir En même temps, Schwarzenberg, qui barrait jusque-là la route à l’armée de Tchitchagov, lui abandonne Minsk et se retire vers Varsovie, trahissant ainsi la première défection de son empereur à la cause de Napoléon; Tchitchagov se dirige vers Borisov, où il se propose de maîtriser les passages de la Bérézina. Koutousov à l’est, Wittgenstein au nord, Tchitchagov au sud-ouest, sont désormais aux trois sommets d’un triangle à l’intérieur duquel la Grande-Armée se trouve inscrite; ce triple coin s’enfonce dans la masse militaire française qui s’émiette et ne résiste plus.

Partout des retraites, des abandons, des capitulations depuis le 6 novembre 1812, jour au cours duquel il connu la conjuration de Malet, l’Empereur n’a reçu que de mauvaises nouvelles. D’abord le rapport de Gouvion Saint-Cyr, annonçant son revers de Polotsk, puis les courriers qui lui apprennent la porte de Minsk, la défection des Bavarois, désormais séparés de Gouvion Saint-Cyr et marchant par un itinéraire à eux, le pillage des magasins de Smolensk. Il est dans cette ville, qu’il faut maintenant quitter, qu’on ne quittera pas sans de nouveaux désastres, quand le jeune intendant de Pastoret s’en approche, croise des troupes du prince Eugène qui marchent vers Vitebsk et qu’il n’a pas qualité pour arrêter. Ces troupes ignorent encore l’événement dont Pastoret vient rendre compte Vitebsk pris, la mauvaise garnison de Berg, qui le défendait, prise elle-même, ou rejetée en désordre vers le gros du 9ème corps. Au cours de sa campagne de Russie, Amédée de Pastoret rencontrera plusieurs personnages célèbres (Berthier, Murat et l’Empereur en personne).

C.B.

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( 25 janvier, 2018 )

Renaissance du Musée Napoléon de Brienne-le-Château (Aube).

Napoléon portrait.

Totalement restauré, il sera inauguré le 27 janvier prochain: http://www.lest-eclair.fr/55444/article/2018-01-24/musee-napoleon-une-redecouverte

 

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( 25 janvier, 2018 )

Benjamin Constant…

Benjamin Constant

« Suisse à la Jean-Jacques [Rousseau], coureur d’aventures galantes,  passant à l’amour orageux avec Mme de Staël au culte platonique avec Mme Récamier, transformant en épanchements littéraires les phases de sa vie intime, cœur et esprit mobiles, imprégné du scepticisme et de l’incrédulité du dix-huitième siècle ; c’est le type de l’incohérence. Ses variations politiques lui ont valu une place d’honneur dans le dictionnaire des girouettes. Il soutint d’abord le Directoire, puis accepta d’entrer au Tribunat. Ses relations avec Mme de Staël combinées avec des intrigues politiques l’obligèrent à demeurer à l’étranger pendant le temps de l’Empire. Rentré à Paris en 1814, il mène dans les « Débats » une violente campagne royaliste. Rien ne peut donner idée de la fureur avec laquelle il fonça sur l’Empereur, exilé inoffensif pour le moment. Il faut citer quelques phrases qui paraissent incroyables de la part d’un écrivain dont le talent n’était pas sans charme ni délicatesse.  On venait d’apprendre le débarquement de Napoléon à Cannes [Golfe-Juan]. Chacun à Paris pensait que c’était là une aventure de casse-cou, sans lendemain.

Benjamin Constant écrit :

« Nous subirons sous Bonaparte un gouvernement de mamelucks. C’est Attila, c’est Gengis-Khan, plus terrible et plus odieux. Il prépare les ressources de la civilisation pour régulariser le massacre et pour administrer le pillage. Une année du règne de Louis XVIII n’a pas fait répandre autant de larmes qu’un seul jour du règne de Bonaparte. Je n’irai pas, misérable transfuge, me traîner d’un pouvoir à l’autre, couvrir l’infamie par le sophisme et balbutier des mots profanes pour racheter une vie honteuse. »

Cet article parut dans les « Débats » le 19 mars 1815. Le lendemain, Napoléon entrait aux Tuileries. Trois semaines plus tard, en avril, le « misérable transfuge » acceptait de l’Empereur une place de conseiller d’État. A cette absence de principes, Benjamin Constant ne joignait pas le courage. Quand il vit Napoléon à Paris, il se crut perdu. Il ne songea qu’à en finir avec la vie. Il se réfugia chez un ami et, déjà, il commença ses apprêts, certain qu’il ne ferait que devancer de quelques heures le châtiment. Une dépêche le mande aux tuileries, raconte Edgar Quinet. Il obéit, non sans crainte. Napoléon le reçoit d’un air riant. C’est à lui qu’il veut parler de liberté et de constitution ; c’est à  lui qu’il veut s’ouvrir.

« Et sachant qu’il s’adresse à un écrivain, c’est la liberté de la presse qu’il invoque. Il est pleinement converti sur ce point. L’interdire serait un acte de folie. Qu’au reste, Benjamin constant, lui apporte ses idées, ses vues ; il est  prêt à accepter ce qui est possible. Tout cela entremêlé de caresses et de sourires, comme en ont les maîtres du monde. Ces discours ne durèrent pas moins de deux heures. »

Benjamin constant se laissa facilement enguirlander. Pendant les quelques jours où Napoléon parut assuré sur le trône, il garda l’attitude du parfait courtisan. C’était, de part et d’autre, une comédie. Chacun savait qu’il reprendrait sa liberté et agirait selon sa vraie nature, dès que le spectacle aurait pris fin ; tout le monde, sauf peut-être Napoléon, savait qu’il serait de courte durée ! 

(A. PERIVIER, « Napoléon journaliste », Plon, 1918, pp.331-333.)

————

Benjamin Constant de Rebecque (1767-1830) a laissé des « Mémoires sur les Cent-Jours » (Pauvert, 1961), non dépourvus d’intérêt.

 

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( 24 janvier, 2018 )

Un mot du capitaine de Bangold sur la campagne de Russie.

Un mot du capitaine de Bangold sur la campagne de Russie. dans TEMOIGNAGES 97013269Le général wurtembergeois de Bangold, capitaine durant la campagne de 1812, a laissé sur l’expédition quelques notes dont Pfister (« Rheinbund », I, p. 172), cite ce seul passage. 

Arthur CHUQUET. 

Sans contestation, la cause de beaucoup la plus puissante destruction de l’armée française doit être attribuée à son propre général en chef [Napoléon]. Il poussa et lança ses troupes de l’Oder jusqu’à Moscou avec une précipitation qui ne tenait compte de rien, comme s’il s’agissait seulement d’une marche de l’Inn à Vienne, sans remarquer l’énorme différence des distances et des moyens d’approvisionnement et sans mesure les forces physiques des hommes et des bêtes. De cette façon, par des marches démesurément forcées et par la famine qui résulta nécessairement d’un défectueux service des subsistances, il a préparé la destruction de l’armée. Dans la retraite, de jour en jour, grossissait le nombre des hommes désarmés, et à partir de Smolensk, leur chiffre dépassait déjà celui des hommes prêts au combat. Enfin, entre la Bérézina et le Niémen, l’armée de ressemblait plus qu’à un défilé de cadavres ambulants, escortés par une poignée de gens armés. 

 

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( 24 janvier, 2018 )

« Un coup pour rien »…

Tel est le titre de cet épisode de la fameuse série des années 1970:  « SCHULMEISTER, ESPION DE L’EMPEREUR »  avec Jacques Fabbri.

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Un chalet en Suisse. Une Walkyrie, vêtue en amazone, qui fume le cigare. Des caisses mystérieuses contenant des engins inconnus. Il n’en faut pas plus pour alerter les services secrets prussiens et français. Mais, alors que Grüner, le Prussien, est sur le point d’arriver, Schulmeister est cloué au lit avec une forte fièvre. Le fidèle Hammel va remplacer l’espion de l’Empereur. Il pénètre en Suisse et s’arrange pour que l’étonnante Walkyrie le fasse prisonnier. Malheureusement, au lieu de percer le secret des caisses mystérieuses, le brave Hammel devient l’amant et le jouet de la blonde Bertha. Celle-ci, héritière des inventions de son père, détient le prototype d’une machine à tuer très perfectionnée : en l’occurrence, le premier modèle (supposé) d’une mitrailleuse moderne…

J. FABBRI

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( 23 janvier, 2018 )

Lettre d’un soldat de l’armée d’Espagne…

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Valladolid, Le 20 juin 1809, en Espagne. 

Ma très chère mère et cher oncle, 

Je vous écris ces deux mots de lettre pour m’informer de l’état de votre santé. Quant à moi, je me porte très bien pour le présent. Je souhaite que la présente lettre vous trouve de même. Ma chère mère je vous dirai que voilà la troisième lettre que je vous envoie sans recevoir aucune réponse. Je n’ai reçu qu’une lettre datée du 6 mars à Brieq [Brieg sur l’Oder, en amont de Breslau. Actuellement Brzeg, en Pologne] en Silésie. L’argent que vous avez envoyé je l’ai reçu avant que nous ne partions de Brieq. Ma très chère mère, je vous dirai que nous avons eu une très longue route depuis le 8 septembre. Nous avons marché jusqu’au 21 décembre, date à laquelle nous sommes arrivés dans la ville de Saragosse en Espagne, avec beaucoup de peine. Nous sommes restés deux mois et demi au siège de Saragosse dont nous étions beaucoup chagriné pour le service ; nous passions un jour de garde et l’autre jour à travailler à faire des fossés pour se couvrir et pour s’approcher [au] plus proche de la ville. Je vous dirai que tous les jours on se battait et comme nous étions dans des fossés nous ne perdions tant de monde. Nous avons donné quelque bataille où nous avons perdu beaucoup de monde, mais avec tout cela ils  se sont rendus. Je crois que nous avons encore un siège à commencer en peu de temps. Je vous dirai encore que nous sommes dans un pays où les gens sont très barbares : si un pauvre soldat ne peut pas suivre son régiment et reste en arrière un quart de lieu, les paysans l’ont bientôt assassiné. 

Vous me ferez savoir si mes sœurs se portent bien ainsi que mes frères, mon cousin et sa femme de Varenne. Je lui fais bien des compliments ainsi que Pradat et sa femme sans oublier ma marraine et toute la famille. Rien d’autre à ajouter. Je finis en vous embrassant de tout mon cœur.  Vous ferez bien mes compliments à tous mes parents et amis. 

Mon adresse est : CHANTELOUBE Jacques, chasseur au 21ème régiment d’infanterie légère, 3ème bataillon, 1ère compagnie, 5ème corps dela Grande Armée, 2ème division, 1ère brigade en Espagne, à Valladolid. 

(Source: Archives départementales de la Haute-Loire (Cote R 5973) ).

 

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( 22 janvier, 2018 )

Une lettre du colonel Neil Campbell…

Campbell

Cet officier anglais était chargé de la surveillance de Napoléon à l’île d’Elbe. L’évasion de ce dernier sera le drame de sa vie. Il écrit ici à un certain M. Bailler, demeurant à Vienne (Autriche).

C.B.

Porto-Ferrajo [Portoferraio], 14 octobre 1814

« Continuez à me donner des nouvelles. Vous me mettez à même de divertir Napoléon beaucoup plus que vous ne pensez. Il paraît que Naples, la Pologne, la Saxe, Bernadotte et Corfou sont les points principaux. Faites-moi savoir de temps à autre des nouvelles de Marie-Louise et du jeune Napoléon, et les anecdotes qui doivent transpirer sur le compte de ces personnages. Je reçois ici de fréquentes visites de Bertrand et de Drouot. J’ai profité plusieurs fois de l’offre que Napoléon m’a faite de ses chevaux. Je suis assez bien logé ; mais nous éprouvons des difficultés pour les subsistances, car cette île ne produit que des végétaux et du vin. Au moment où je vous écris, un petit bâtiment portant pavillon rouge, armé de seize ou [de] dix-huit canons, vient de jeter l’ancre et de saluer cinq coups : on le dit de Tunis et que les Algériens ont déclaré la guerre à Napoléon »

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.437)

 

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( 21 janvier, 2018 )

Napoléon cavalier… (3ème et dernière partie).

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S’il n’est donc point mauvais cavalier, il ne monte pas à cheval pour l’art équestre ; le cheval lui est un outil comme le serait une longue-vue. Mais il lui faudrait un animal aussi impassible qu’un escabeau pour réfléchir et penser en selle comme il le ferait assis dans sa berline. Aussi le Grand Ecuyer cherchait-il à dresser ses coursiers pour les rendre insensibles aux manifestations extérieures : on agite des drapeaux et des vêtements devant leur tête, on tire des salves et on fait partir des boîtes d’artifices, on gesticule et on hurle à leur portée, on fait défiler devant eux  des groupes tant montés qu’à pieds.

Lorsque les chevaux ainsi traités restent calmes, on les livre à l’Empereur. 

Napoléon se portait au besoin dans des observatoires très avancés ; or, la couleur blanche est bien visible alors que cette visibilité s’atténue si le blanc se salit. Il est donc peu vraisemblable que l’Empereur ait monté des chevaux blancs, au moins en campagne, mais plutôt des chevaux gris.  Les écuries impériales (Paris, Saint-Cloud, Meudon, Viroflay) se fournissaient normalement dans trois haras dont un à Saint-Cloud.  En fait, ces haras de ces écuries abritaient des chevaux aux robes diverses, ainsi « la Lydienne » est une jument baie, mais, d’après Maze-Sencier [auteur d’un ouvrage sur les fournisseurs de Napoléon 1er et des deux impératrices, et paru en 1893], il n’ y a aucun cheval blanc parmi les chevaux de selle inscrits aux écuries impériales, du moins sur les nombreuses listes qu’il a examinés.  Cependant, il devait y avoir au moins un cheval blanc. Maze-Sencier cite en effet « Tamerlan », sans indication sur la robe, peint par Horace Vernet en 1813. Ce doit être le « Tamerlan » peint aussi par Théodore Géricault te figurant  au « Catalogue  de l’œuvre de Géricault » établi par Ch. Clément ; donné par le sultan en 1810, il est de race arabe de robe blanche. Mais, de fait, sur une liste de cent chevaux, la robe est explicitement indiquée pour soixante-quatre, tous gris. 

Aux Archives Nationales, à Paris et dans l’étude de Maze-Sencier, on relève au hasard : « le Ramier » gris truité, « le Diomède » gris pâle, « la Truite », gris truité, « la Lyre » gris moucheté, « la Nymphe », gris légèrement moucheté, « la Nymphe » gris légèrement moucheté à la tête, au cou, aux épaules ; « l’Olmütz », gris légèrement vineux.  « Le Sélimé », gris sale, a pu être monté par Napoléon, le 16 avril 1806, à Rambouillet ; ce cheval sera donné au Tsar en 1807. Trois chevaux, envoyés en 1808, à Erfurt, pour les services de Sa Majesté -qui les a très probablement montés -sont gris : « le Corceyre [sic] », gris blanc, « l’Artaxerce » gris clair et « l’Aly » gris sale marqué de feu. Très probablement aussi ont été montés par Napoléon, « l’Hector » gris blanc, « le Soliman » gris moucheté, « le Jaspe » gris ardoise, « le Boukarre » blanc gris, mort au retour de Russie. 

En avril 1808, le général Sébastiani achète à Constantinople, où il réside comme ambassadeur, huit chevaux de selle arabes et trois turcs pour le service de Sa Majesté ; cinq sont certainement de robe grise.

Le 20 mars 1815, deux chevaux reviennent de l’île d’Elbe, « Pallas » et « Nadir » ; leur robe est grise.

Les tableaux peints postérieurement aux événements ne peuvent pas être pris comme témoins, la légende ayant été vite établie que Napoléon ne pouvait être  placé que sur un cheval blanc. Les seuls qui seraient instructifs sont du général baron Lejeune ; on concluait plutôt, d’après ses toiles, que Napoléon montait des chevaux à robe claire qu’à robe blanche. 

 Edmond SOREAU 

 Cet article a été publié en 1970 dans la « Revue de l’Institut Napoléon » 

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( 20 janvier, 2018 )

Napoléon de Glogau à Haynau. Lettre du sous-lieutenant Baistrocchi.

N1

Voici une lettre du sous-lieutenant Baistrocchi qui escorta Napoléon. Nous l’avons traduit de l’italien ; elle a paru dans la « Revue Napoléonienne » d’avril-septembre 1903 (pp.301-304). On saura désormais que l’Empereur, après avoir quitté Glogau le 12 décembre 1812 à onze heures un quart du soir, est arrivé à Polkwitz le 13 décembre, à minuit et demi, qu’il est parti de Polkwitz à une heure un quart et arrivé à Haynau à cinq heures du matin. La course était précipitée, et, sur une route mauvaise et couverte de neige, elle a épuisé, crevé les chevaux. Le froid d’ailleurs semble avoir été cette nuit-là aussi intense en Prusse et en Saxe qu’en Russie Presque tous les hommes de l’escorte- des Italiens, gardes d’honneur et dragons de la Garde- ont eu un membre gelé. Un seul, le maréchal des logis de dragons, Paul Pezzina, a pu continuer la route ; au sortir de Haynau, il était assis derrière, le traîneau impérial, comme l’avait ordonné Napoléon, et il alla ainsi jusqu’à Dresde ; mais il perdit la jambe droite et quatre doigts du pied gauche. 

Arthur CHUQUET 

Baistrocchi, sous-lieutenant, commandant le détachement des gardes royales d’honneur et du régiment de dragons de la Garde à M. le chevalier major Palombini, commandant la colonne de marche du 2ème convoi. 

Glogau, le 16 décembre 1812. 

Rapport. Ayant eu le grand honneur d’escorter, la nuit du 12, notre très auguste Empereur, avec les dits détachements et conformément à ses ordres, nous sommes partis à onze heures un quart et nous sommes arrivés à Polkwitz (distant de six lieues de Glogau) en l’espace de cinq quarts d’heure. A peine arrivé dans cette ville, je reçus l’ordre de S.E. le duc de Vicence [Général de Caulaincourt] de faire descendre le maréchal des logis le plus ancien qui se placerait en armes derrière le traîneau de S.M. (je choisis à cet effet le maréchal des logis Pezzina)  et de suivre avec le détachement jusqu’à nouvel ordre.  A une heure un quart très exactement nous sommes partis et à cinq heures juste, nous sommes arrivés à Haynau, distant de huit autres lieues de Polkwitz. Une marche aussi précipitée, de nuit, par des routes si mauvaises, avec deux pieds de neige, nous a fait perdre beaucoup d’effets, dont je vous joins un état par détachement, et j’eus, en outre, la mauvaise fortune que beaucoup d’hommes ont perdu, qui les mains, qui les pieds, et qui les oreilles, à cause de l’excessive rigueur du froid qui, cette nuit-là, s’éleva à 18 degrés [lire – 18°]. Je vous en envoie aussi l’état. Ces hommes, sauf un pour qui l’on a employé de prompts remèdes, sont tous entrés à l’hôpital.  Deux chevaux de la Garde d’honneur sont à toute extrémité et je ne sais si je pourrais les sauver. J’eus moi-même le malheur de perdre mon meilleur cheval qui me tomba mort dans un bois, à deux lieues environ de Haynau. Cet accident m’obligea de prendre le cheval du maréchal des logis Pezzina, qui était conduit à la main, et de le monter. La majeure partie des gardes s’est perdue dans les bois, leurs chevaux, ne pouvant aller plus loin. Parmi les hommes le plus dangereusement malades se trouvent le garde Sieppi auquel on craint de devoir couper les doigts et le garde Focaccia qui devra subir l’amputation d’une oreille. J’ai dû laisser à Haynau le dragon Silveri 1er, qui a perdu par la gelée les deux mains et les deux pieds. Je vous ferai connaître, par la suite, l’état des autres ; mais je crains tous côtés en ville, et les malades ont dû être abandonnés en ville, faute de moyens de transport. N’ayant reçu aucun ordre ni destination de la part  de Votre Majesté Impériale et Royale, j’ai pensé devoir  prendre ceux du roi de Naples [Maréchal Murat] et rester près de lui comme il me l’a ordonné, jusqu’à ce que je reçoive les ordres de Votre Majesté que je la supplie de vouloir me donner. 

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( 19 janvier, 2018 )

Daru en 1812…

Daru, Intendant de la Grande Armée, ne fut pas seulement, dans la campagne de 1812, un grand travailleur, un laborieux administrateur ; il déploya la plus remarquable énergie. A Smolensk, au milieu de l’incendie qui menace sa maison, il prend soin de tout, et à minuit, malgré la fatigue et lorsqu’autour de lui Dumas, Kirgener, JDaru en 1812… dans FIGURES D'EMPIRE Daruacqueminot, Beyle [Stendhal], harassés, d’endorment sur leur chaise, la fourchette à la main, Daru seul résiste au sommeil. Faut-il croire qu’il ait joué près de Napoléon le geôle de discoureur politique que lui prête Ségur. En tout cas, s’il a dit à l’Empereur que la guerre de 1812 n’était pas nationale, il a eu raison, et Gourgaud à tord de prétendre que cette guerre, à cause de la délivrance de la Pologne, était  plus nationale que toute autre, et, après la guerre de la limite du Rhin, la plus nationale qui pût être faite. Faut-il croire également qu’à la bataille de La Moskowa, il avertit l’Empereur que le moment était venu d’engager la réserve ? Gourgaud pense justement que Daru se serait bien gardé de conseiller à  Napoléon un mouvement militaire. Il eut, durant la retraite, le même courage que le comte de Narbonne-Lara. Sa voiture était la dernière des voitures de la maison impériale ; elle renfermait tous les papiers dela Chancellerie et les provisions destinées aux auditeurs qui s’écartaient du précieux véhicule le moins qu’ils pouvaient. Mais Daru n’occupa jamais sa voiture ; il chevauchait toujours à côté de l’Empereur. « Son esprit supérieur, dit un témoin, et son âme vigoureusement trempée lui conservaient l’attitude la plus calme, la plus noble, la plus imposante. » Stendhal n’écrit-il pas qu’il se conduit d’une manière très belle ?

Quels instants cruels il eut à passer lorsqu’à la veille du passage dela Bérézina, il brûla les papiers de l’Empereur ! « La journée de demain, dit-il alors, décidera de notre sort. Peut-être ne reverrai-je jamais la France, ni ma femme, ni mes enfants ; le sort du comte Piper m’attend ; j’irai mourir en Sibérie. » Mais, tout en faisant ces douloureuses réflexions, il montrait la même tranquillité, la même activité qu’auparavant. A Vilna, à Kowno, Daru seconda de tout son pouvoir Murat et Berthier. A Königsberg, il tâche de tout remettre en ordre ; une grande administration, comme il dit, est en ruine, et il faut la rétablir promptement, et que d’efforts continuels, et de mémoire et d’intelligence exige la perte de tous les papiers !

 Arthur CHUQUET

(« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série » Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  p.398)

 

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