( 9 janvier, 2019 )

Une lettre inédite du général Jomini…

Jomini_Antoine-Henri

Jomini s’adresse au comte de Las Cases, lequel dans son « Mémorial de Sainte-Hélène », ne l’épargne point. Il s’agit de six pages autographes datées de « Paris, 14 juillet 1823″.

—————————-

« Monsieur le Comte Las Caze [Las Cases]. J’ai reçu le billet que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser. Je vous prie de croire que je ne demande pas autre chose que d’être jugé équitablement. Vous avez sous les yeux une partie des pièces du procès. Pour peu que vous soyez juste, vous conviendrez que j’ai été cruellement traité. Si j’avais été français l’amour de la patrie m’aurait fait, sans doute, passer sur ces mauvais traitements. Mais étant étranger et nommé aide de camp de l’Empereur de Russie dès 1810, et d’un caractère impétueux, il n’est pas difficile de concevoir que je me sois laissé aller à un sentiment de résistance. « J’ai été aveuglé par un sentiment honorable » ce sont les propres expressions dictées par Napoléon à Ste Hélène. J’ajouterai à ce que vous avez sous les yeux les 4 faits suivants.

1° C’est que la veille même de mon départ, je pris les plus grandes précautions pour la sûreté du corps de Ney. J’eus même une altercation avec le Maréchal à qui je reprochai de laisser son parc de 100 pierres dételées, à découvert pour ainsi dire aux avants-postes, et les chevaux cantonnés à 14 lieues. Je proposai de faire passer la Katzbach à la cavalerie légère du Général Beurmann pour couvrir nos camps et nos canons. Le maréchal s’y refusa parce que la Katzbach faisait la ligne de démarcation lors de l’armistice. Je lui observai que l’armistice étant dénoncé et la reprise des hostilités imminente, chacun pouvait pousser des reconnaissances sur le territoire précédemment neutralisé, afin d’observer son adversaire, sauf à ce que les troupes s’arrêtassent au point où elles rencontreraient l’ennemi pour ne commettre d’acte hostile  qu’à l’expiration des dix jours. Ney persista malgré ces bonnes raisons, et je pris le parti de donner de mon chef sans mot dire l’ordre à Beurmann d’arriver avec sa brigade à Lignitz, de s’établir au delà de la Katzbach et de s’éclairer pour couvrir nos positions, voulant éviter à Ney une catastrophe inévitable si l’ennemi venait à se présenter. Voilà monsieur le Comte comment j’ai quitté des camarades que j’affectionnais et qui m’accablaient d’injustes vexations. Voilà comment j’ai vendu leurs plans !!

2° Je dinai le jour même de mon départ avec le Comte Langeron (…) occupant le territoire neutre que Ney n’avait pas voulu fouler. Je me récriai contre une violation (qui selon moi n’en était pas une dès qu’on n’attaquait pas), mais je me gardai bien de dire un mot à Langeron des risques que courrait Ney et ses canons. Voilà les renseignements que j’ai donné à l’ennemi !!

3° Après ma lettre à M. Cassaing et sa réponse imprimée avec les pièces que je vous ai adressées, il semble superflu de revenir sur la fable du plan de campagne que selon vous j’aurais communiqué. Napoléon lui même a démenti cette ridicule fiction, qui je le sais ne vient pas de vous. J’ajouterai seulement que l’Empereur Alexandre ne m’a jamais demandé de renseignements si ce n’est un jour à Laun dans un diner où assistaient les 3 souverains ; il me demanda si le corps de Ney était aussi fort qu’on le disait. J’observai à sa majesté que tous les sujets prussiens au milieu des quels ce corps cantonnait, lui avaient sans doute déjà donné des notions assez exactes pour ne pas avoir besoin de les exiger de moi. L’Empereur applaudit hautement à ma réponse et s’excusa en quelque sorte de m’avoir adressé ces questions sans y réfléchir.

4° Enfin Monsieur, il ne sera pas difficile de prouver que vous m’inculpez avec un peu de légèreté d’avoir profité de la connaissance de ce qui se passait à Dresde, pour donner des conseils lors de l’attaque de cette ville. Je suis parti le 14 août de Silésie,Napoléon était alors à Dresde, l’attaque eut lieu le 26. C’est à dire douze jours après. Napoléon était alors en Silésie sur la Katzbach.Mes avis selon vous étaient fondés sur ce que je savais si bien, donc sur la présence de Napoléon et de toute son armée dans la place. Vous ne me supposez pas si bête, ni si présomptueux, mais en admettant même que je le fusse à ce point, vous n’en aurez pas moins hasardé une accusation fausse, puisque ce que j’aurais pu savoir le 14 était faux le 26. Ainsi mes renseignements auraient fait faire de belles bévues. Loin de là je conseillai l’attaque dès notre arrivée le 25, parce qu’un courrier de Meuperg et un autre de Blucher nous informerais que Bonaparte marchait en Silésie ; ce sont les alliés qui me l’ont appris. Chacun savait aussi bien que moi que l’armée se composait de 13 corps, mais où étaient-ils, que voulaient-ils faire, c’est ce que Napoléon et Berthier seuls savaient, et encore cela variait-il d’une minute à l’autre. Quant à l’état de la place de Dresden en elle même, je n’y avais pas mis le pied depuis 1808, et les alliés qui l’avaient évacuée à la fin de mai 1813, en savaient plus que moi à ce sujet.

Vous conviendrez après toutes ces vérités que si vous êtes disposé à être juste comme vous l’annoncez et comme j’en suis convaincu, il y aura beaucoup à faire pour réparer le tort que vous m’avez fait. Rien de plus permis que de critiquer les combinaisons des hommes, et leurs actions sont le rapport du talent. Mais qui a le droit de supposer des intentions criminelles, d’inventer des faits faux pour déchirer à son gré des réputations ? Le billet que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire me prouve que vous partagez mes sentiments contre ces hommes pour qui la calomnie est un passe temps ou même un besoin. Vous avez été trompé par de faux rapports et par les bulletins mensongers d’un Prince gascon. Vous ferez l’aide d’un galant homme en réparant un tort involontaire.

Je ne désavouerai pas plus d’avoir conseillé l’attaque de Dresden aux alliés, que je ne désavoue d’avoir amené quatre mois avant les trois corps de Ney à Bautzen, malgré les ordres de Napoléon. Dans l’un et l’autre cas j’ai rempli mon devoir ; et un russe raisonnable aurait mauvaise grâce de me reprocher d’avoir en cette occasion bien servi contre lui. Quoi qu’étranger il m’en a plus coûté de voir gronder la foudre sur mes anciens camarades, qu’il n’en coûtait à tant de français que j’ai vu dans les rangs alliés. Après la bataille de Leipzig j’ai demandé un congé pour ne pas assister à l’invasion de la France. Si je suis accouru plus tard jusqu’à Langres et Chaumont, c’était pour veiller aux intérêts de la pauvre Suisse et de mon canton en particulier, dont l’existence était compromise par les menées autrichiennes. Chacun d’ailleurs que je n’ai pris aucune part aux opérations. Vous pouvez juger d’après cet exposé si j’étais homme à communiquer des plans, démarche criminelle et odieuse, qui m’eut perdu dans l’opinion du souverain auquel je devais m’attacher pour le reste de ma vie. Pardonnez Monsieur ces longues digressions ; j’attends avec une juste impatience, l’accomplissement de vos promesses. Mais si vous êtes pénétré de l’injustice que vous m’avez faite, autant que je le serais à votre place, vous ne vous bornerez pas à une rectification que personne ne lira, vous jugerez encorequ’il serait qu’il serait convenable de faire un carton au Tome 6 pour détruire dans les exemplaires restant une imputation qui serait le malheur de ma vie si elle avait le moindre fondement. La rectification servira pour les exemplaires déjà vendus, le carton pour ceux à vendre et pour les éditions à venir. Général Jomini »

Lettre Jomini

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( 9 janvier, 2019 )

« Il n’y a que Maille qui m’aille ! »

Gal Decouz

Tel est le slogan de cette célèbre société de condiments et de moutardes. Une devise qui date de 1931 pour une maison qui affiche plus de deux siècles d’existence ! Mais revenons à l’Empire. Le général Pierre Decouz, en pleine campagne de Pologne, écrit à son épouse (le 18 avril 1807) : « Comme vous me le dites fort bien, j’ai regretté souvent la moutarde de Maille… »,

Une maison déjà renommée à l’époque. En effet, dans l’Almanach des Gourmands de Grimod de La Reynière, grand gastronome de l’époque, on lit: « Lorsqu’on  parle vinaigre et moutarde, le nom de M. Maille et celui de M. Acloque, son digne successeur, vient naturellement se placer sur les lèvres gourmandes. Leur magasin, rue Saint-André-des-Arcs [lire rue Saint-André-des-Arts, actuellement Paris , 6ème arrondissement] continue d’être supérieurement approvisionné d’excellents moutardes, de vinaigres de table et de propriétés supérieurs, et de toutes les préparations sinapiques et acétiques les plus recherchées. »

Un vrai gourmet que le général Decouz !

 C.B.

(Source : « Pierre Decouz par lui-même, soldat de la Révolution et général d’Empire. Lettres inédites présentées et complétées par Maurice Messiez », Curandéra, 1989, p.52.

[Grimod de La Reynière] « Almanach des Gourmands, servant de guide dans les moyens de faire excellente chère. Par un vieil amateur. Cinquième années », Paris, de l’Imprimerie  de Cellot, chez Maradan, Libraire, 1807, p.330).

Ancien pot

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( 8 janvier, 2019 )

Une lettre du baron Bacler d’Albe à sa femme

BaclerRappelons que le méconnu Louis Bacler d’Albe (1761-1824) était alors adjudant commandant chef du cabinet topographique de l’Empereur.

En 1813 il est nommé général de brigade. 

[Au] Kremlin, 15 octobre [1812] 

Tu manges probablement, ma bonne gloutonne, du bon raisin de Fontainebleau, ou plutôt de ton jardin, tu ranges tes pommes, tes poires d’hiver, etc., et nous ici nous calculons combien de temps encore nous aurons des pommes de terre et des choux pour aider à avaler la vache. Il y a aujourd’hui trois pouces de neige sur la terre. Je ne dirai pas sur les toits. Il n’y en a plus. J’ai heureusement trouvé un grenadier qui a bien voulu faire de nouvelles doublures chaudes à mes habits. J’ai fait ajuster une bonne pelisse (quoique vieille) pour monter à cheval, mon chapeau a été aussi dégraissé par un hussard fort adroit, un chasseur raccommode mes bottes et m’a même promis une paire de bottines de peau pour mettre par-dessus ces bottes.

 J’ai fait couvrir de petit-gris ma casquette de Paris ; ainsi, me voilà réhabilité chaudement. Joson [son fils aîné Joseph-Albert, alors capitaine aide de camp du général Philippe de Ségur] est aussi assez bien avec une bonne fourrure de loup, et nous voilà prêt à tout événement. J’ai de nouveaux domestiques français pour remplacer les prisonniers, de bons cognats [petit cheval russe très résistant et utilisé habituellement par les cosaques]. Sappe peut faire du pain pour quinze jours, on ramasse un peu d’avoine, on emballe du rhum et du vin, du sucre, du thé, voire même du café et du chocolat. 

Il reste encore un peu de tablettes de bouillon avec quelques jambons ; tu vois qu’avec tout celle on peut faire 150 lieues [environ  600 kilomètres] dans un sens ou dans l’autre. Nous saurons probablement à quoi nous en tenir dans deux jours. Il serait très possible que notre mouvement soit tellement combiné et si singulier que nous soyons pendant quelques jours sans recevoir si sans envoyer d’estafettes.  Connaissant ta bonne tête, je dois te prévenir de cela parce que je ne veux pas qu’elle batte la campagne. Nous serons en bonne et nombreuse compagnie ; ainsi sois sans inquiétude et ne t’étonne pas de notre silence. Aussitôt que je le pourrais j’écrirai, et probablement nous serons plus voisins.

Buvez à notre santé en attendant, sans impatience surtout, cela fait de mauvais sang et il n’ y a  raison d’en avoir. 

Joson ne peut t’écrire, il est à présent à 20 lieues d’ici avec plusieurs autres officiers et un petit service dela Maison. Il a un bon domestique et trois bons chevaux ; il suivra le mouvement du roi de Naples qui le connaît et l’aime. S’il peut m’écrire il le fera, mais j’en doute, je connaîs les difficultés ?

Nous nous rejoindrons dans quinze jours, alors nous pourrons causer librement avec toi et rire surtout. En attendant mon tout je te gronde, ainsi que Marc, de ta paresse. Voilà douze jours que je n’ai de tes nouvelles. Si c’est ta faute, c’est mal, sinon tu vois que tous ces morceaux de papier appelés « lettres » ne courent pas comme on veut. 

Bonsoir tous ; une claque pour toi, des baisers pour tout le monde. 

BACLER. 

Sur ce personnage, n’hésitez pas à consulter l’excellente notice biographique que lui a consacrée Wikipédia. 

C’est ici :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Albert_Guislain_Bacler_d’Albe 

 

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( 8 janvier, 2019 )

Le comte Dorsenne…

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Né à Ardres (Pas-de-Calais) en 1773, Dorsenne partit comme volontaire en 1792 et fut bientôt élu capitaine. Après avoir fait avec distinction les campagnes de 1792, 93, celles de l’an II, III, IV et V, il fut nommé chef de bataillon sur le champ de bataille, le 3 germinal an V, et fit, dans ce grade, les campagnes de l’an VI, et de l’an VII en Egypte. Il y fut nommé chef de la 61ème demi-brigade en l’an VIII. Il revint en France après être resté encore en Egypte jusqu’à l’évacuation et fit les campagnes de l’an XII et XIII. Il fut nommé général de brigade le 14 nivôse an XIV après s’être signalé à Austerlitz. A Eylau, il repoussa l’ennemi à la tête d’un bataillon de la Garde. Colonel des grenadiers dela Garde en 1808, il passa avec eux en Espagne, puis revint à la Grande-Armée et se fit remarquer à Ratisbonne, puis à Essling, où il soutint par sa ferme attitude les efforts des Autrichiens, qu’il contint pendant que nos troupes rentraient à l’île Lobau. Il eut là deux chevaux tués sous lui et reçut à la tête, en tombant avec l’un d’eux, une contusion qui devait plus tard amener sa mort.

Après Wagram, il fut nommé général de division. Envoyé en Espagne avec 20.000 hommes de la Garde, il fut nommé, le 8 juillet 1811, commandant en chef de l’armée du Nord. Il fit reculer les Anglais, battit l’armée espagnole de Galice et rétablit l’ordre en Navarre et en Biscaye, mais depuis Essling, il ressentait des douleurs de tête qui, augmentant sans cesse, le contraignirent de rentrer en France, où il succomba, à Paris, le 24 juillet 1812, des suites de l’opération du trépan, à peine âgé de trente-neuf ans.

 G. COTTREAU 

Article paru en 1910 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

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( 7 janvier, 2019 )

L’Adjudant commandant Bourmont en 1812…

L’Adjudant commandant Bourmont en 1812… dans FIGURES D'EMPIRE bourmontlahonteBourmont avait, été envoyé, comme adjudant commandant, par l’Empereur, à l’armée de Naples, le 24 août 1810, puis au corps d’observation d’Italie le 17 janvier 1812. Le lendemain du jour où le ministre dela Guerre l’employait à l’armée d’Italie, le 18 janvier, le général Partouneaux, son ami le recommandait dans la lettre suivante : « Monseigneur, je prends la liberté de rappeler au souvenir de V. E. la promesse qu’elle a daigné me faire d’employer M. de Bourmont comme mon chef d’état-major. Cet officier a déjà été employé par moi en cette qualité, et il me témoigne le désir de l’être de nouveau. V. E. m’a parlé de lui avec estime, avec intérêt. Je viens de nouveau donner l’assurance à V. E. que M. de Bourmont est sincèrement attaché aux intérêts de l’Empereur et à sa gloire. J’apprends que S. M. I. et Royale organise ses armées en Allemagne et en Italie. J’ose espérer que je serai employé et je le désire d’autant que je ne désire rien tant que de donner de nouvelles preuves de mon respectueux dévouement à S. M. l’Empereur. »Mais l’ordre était parti, et déjà Bourmont se rendait Milan pour aller recevoir du vice-roi ses lettres de service et prendre le commandement du département les Apennins. L’Empereur n’avait pas été consulté. Lorsqu’il sut la nouvelle — le 19 janvier — il éclata. Donner un département à un ancien chef de chouans ! Cette mesure était ridicule! Bourmont était un de ces hommes qu’il ne fallait employer qu’en les surveillant ! Que penseraient les troupes en se voyant commandées par un Bourmont ? Sur-le-champ, le ministre dela Guerre révoqua l’ordre qu’il avait donné et il s’excusa auprès de l’Empereur en disant que le général Montchoisy avait confié à Bourmont le commandement d’une colonne destinée à réprimer quelques mouvements qui agitaient le département des Apennins, que, par suite, il avait nommé Bourmont commandant du département. Au même instant — 20 janvier, et c’était jouer de malheur — Mme de Bourmont, de son chef, écrivait à l’Empereur et lui demandait pour son mari le grade de général de brigade. « Sire, disait-elle, M. de Bourmont vous a prouvé son zèle en se rendant à l’armée d’Italie. Aussitôt qu’il a reçu les ordres de Votre Majesté, il a tout quitté pour les suivre : ses enfants, sa femme, ses affaires. Daignez lui accorder le grade de général qu’il est digne de remplir, et l’honneur de se battre sous les yeux de Votre Majesté, en cas qu’elle vînt à commander une armée; il brûle de lui donner des preuves de son courage et du plus entier dévouement. Croyez, Sire, qu’il en coûte au cœur d’une femme de vous prier d’exposer les jours d’un époux qu’elle chérit. Un seul motif peut l’engager à une pareille démarche. J’espère que Votre Majesté saura l’apprécier. » Le ministre, à qui l’Empereur renvoya la lettre, ne répondit que le 30 mars à Mme de Bourmont, et par la formule connue de non-recevoir : « J’ai l’honneur de vous prévenir que Sa Majesté ne m’a point fait connaître ses intentions sur cette demande. » Mais le 6 avril, le major général informait le duc d’Abrantès que l’adjudant commandant Bourmont serait employé près de lui au 4ème corps dela Grande Armée, et durant la campagne de Russie l’ancien chouan ne cesse pas et de plaire et de briller. Labaume, dans ses mémoires, assure que son mérite égale sa modestie; Griois juge son caractère doux, ses manières aimables et sa conversation agréable; Castellane le regarde comme très spirituel, très distingué et très brave. Au moment où commence la retraite, il occupe, sur la route de Moscou à Mojaïsk, le château du prince Galitzine, Maloviasma, où  il y avait un relais d’estafettes et une garnison composée de deux régiments de chevau-légers bavarois et de deux bataillons du régiment Joseph-Napoléon.

Il  fit courageusement la retraite; mais, comme tant d’autres, une fois arrivé sur le sol prussien, il tomba gravement malade et il était presque mourant à Marienwerder lorsque l’ennemi s’empara de la ville le 12 janvier 1813. Mais le 9 février, Bourmont s’échappait et, de Magdebourg, le 25 février 1813, il écrivait au ministre de la Guerre, le général Clarke, duc de Feltre : «Monseigneur, j’étais demeuré mourant à Marienwerder lorsque le vice-roi en partit le 12 janvier dernier et j’appris le 20, en recouvrant ma raison, que j’étais au milieu des ennemis. Le désir de servir encore Sa Majesté dans une nouvelle campagne me fit prendre la résolution de traverser l’armée russe, de rejoindre le quartier général de S. A. I. et, dès le 9 février, quoique je ne pusse marcher qu’à l’aide d’un homme qui me soutenait, je sortis de Marienwerder, montai dans une charrette de paysan et, après quelques aventures plus ou moins dangereuses, je suis arrivé le 16 à Stettin et le 23 à Magdebourg. Le 4ème corps ayant été dissous, je dois attendre ici les ordres de Votre Excellence; je tâcherai d’y achever le rétablissement de ma santé. Quoique je sois encore très faible, j’espère pouvoir me passer d’un congé de convalescence dont les médecins assurent pourtant que j’ai grand besoin. » Le 25 mars, le duc de Feltre lui ordonnait de se rendre à Metz où il serait employé comme chef d’état-major à la 2ème division de dragons. Mais quand il reçut cet ordre, Bourmont était, depuis le 3 avril, attaché au 11ème  corps d’armée comme sous-chef de l’état-major, et, le 17 mai, dans une lettre datée du camp devant Bautzen, il priait le ministre de le laisser demeurer au 11ème  corps et en présence de l’ennemi.

Le 28 septembre 1813, au quartier général impérial de Dresde, l’Empereur le nommait général de brigade.

Arthur CHUQUET

(« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.331-334.)

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( 7 janvier, 2019 )

La tombe de Louis-Vivant Lagneau…

La tombe de Louis-Vivant Lagneau... dans INFO snb10260

Destinée à disparaître, cette sépulture dans laquelle reposent le fameux chirurgien et cinq de ses parents, a pu être sauvée et restaurée par le biais d’une souscription publique en 2000, à mon initiative et avec le soutien du magazine « Tradition » et de l’Association « Passepoil ». Sa tombe se trouve au Cimetière du Père-Lachaise (27ème division). 

portrait Louis-Vivant Lagneau dans INFO

 Louis-Vivant LAGNEAU (1781-1867)

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( 7 janvier, 2019 )

La CAMPAGNE D’ALLEMAGNE (1813) RACONTEE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (IV).

Ombre 1

Suite de la relation de Vionnet de Maringoné.

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« Pendant quinze jours je crus à la paix. Je me réjouissais de rentrer en France afin de soigner ma santé encore passablement délabrée par la campagne de Russie. Je dus bientôt déchanter voyant les choses traîner en longueur, aussi me hâtai-je d’activer la mise en campagne prochaine de mon régiment. Au lieu d’imiter certains colonels qui pour faire briller leur régiment pendant la paix avaient acheté des pantalons blancs, je procurait au mien des pantalons de drap gris amples et commodes, des guêtres d’étoffe noire et surtout de bon souliers. Mon opinion se confirma le 6 juillet en recevant l’ordre d’aller camper à Polkewitz. Je redoublai de zèle et d’activité pour équiper mes soldats, je fis traiter les galeux, guérir les maladies légères sans envoyer les hommes aux hôpitaux. Ce qui fait que le 30 juillet, jour où le maréchal duc de Trévise [Mortier] passa le régiment en revue, je l’avais augmenté de 200 hommes depuis l’armistice ; Sitôt la revue du Maréchal passée, on annonça que la fête de l’Empereur serait célébrée le 10 août, l’armistice pouvant finir le 15. Une table fut dressée en avant du camp ou tous les officiers dînèrent. Le maréchal duc de Trévise qui nous commandait  présida ce dîner qui fut fort gai. On ne parlait que des conquêtes futures, toutefois il ne fallait pas être très grand observateur pout s’apercevoir des changements survenus dans l’armée et présager les désastres qui allaient fondre sur elle. La bataille de Lützen gagnée contre toute probabilité aurait dû déterminer l’Empereur à accepter la paix qu’on lui  offrait. On ne conçoit pas comment il était assez peu instruit  des affaires de l’Allemagne pour ne pas savoir que tous les souverains se préparaient à quitter son alliance au moment précis où il croyait pouvoir résister à l’Europe entière !

L’enthousiasme grandiose qui avait toujours conduit nos bataillons était détruit. L’ambition avait remplacé l’émulation. L’armée n’était plus commandée que par des officiers braves jusqu’à la témérité, mais sans expérience et sans instruction. Les soldats ne cherchaient que l’occasion de quitter leur corps, entrer aux hôpitaux, fuir le danger. Il est bon de dire qu’on les battait pour la moindre chose et qu’au lieu de les considérer comme les compagnons de nos travaux et les agents de notre gloire, la plupart des officiers et des généraux les traitaient en esclaves. On exigeait d’eux des choses impossibles, au-dessus des forces humaines et tous les moyens étant bons pour les obtenir. Le colonel ayant le plus d’hommes présents sous les drapeaux était le plus estimé ? On ne lui demandait pas si on avait abîmé de coups, écrasé de fatigue les hommes pour les faire marcher. Ils étaient arrivés et cela suffisait. Voilà le pitoyable système employé dans les armées françaises !

On crie contre les colonels et les autres officiers qui laissent des hommes ne arrière pendant les marches forcées. On forme des arrière-gardes de sous-officiers et de caporaux qui peuvent  à peine se soutenir sur leurs jambes. On comble déloges et de faveurs ceux qui se montrant sans pitié et sans compassion, forçant ainsi les officiers les plus doux à devenir barbares et cruels comme les autres.

Il en résulte que le soldat ne se bat plus par amour de la gloire mais par crainte des oups et qu’une fois loin de ses officiers, il ne rejoint son régiment que le plus tard qu’il peut, dans la crainte des punitions qui l’attendant à son retour. Il faut ajouter que l’administration est si mal organisée que, les trois quarts du temps, l’armée n’a point de vivres, ce qui oblige les capitaines à envoyer les soldats piller les campagnes pour ne pas mourir de faim.

Toutes ces réflexions qui me vinrent à l’esprit durant ce repos, loin de me donner de l’espoir, me firent concevoir des craintes que nos premiers mouvements ne justifièrent que tort. Je craignais par-dessus tout la décision de l’Autriche qui, se déclarant contre nous, mettrait l’empereur dans la nécessité de se retirer à la gauche du Rhin et à  faire, au moins pendant quelques temps, une guerre défensive qui me paraissait peu convenait à son caractère violent et emporté.

Le 11 août, les armées russes et prussiennes dénoncèrent l’armistice.

Le 15, nous abandonnons le camp à 4 heures du matin, et après avoir ouvert sept lieues, bivouaquons à Scheinteller.

Le 16, nous continuons notre marche, après avoir traversé Bunzlau, petit ville sur la Bober. Jefus détaché avec la 1ère brigade à Suberdorf.

Le 17, nous arrivons à  Lauban. Je fus détaché avec les deux premiers régiments à Obersbetelsdorf. Je fis bivouaquer un bataillon derrière un ravin coupant en avant de Lauban et le reste dans des granges et au château.

Le 18, même position. Je passai l’inspection des régiments.

Le 19, nous allâmes jusqu’à Luthnau, à  trois lieues de Lauben, je logeai au moulin, avec le colonel Darriule [Commandant le 1er régiment de Tirailleurs dela Garde], nous y fûmes parfaitement bien.

Le 20, on nous fit rétrograder sur Lauban où nous arrivâmes à minuit. Il pleuvait à torrent et nous étions fort incommodés. Ces marches et contremarches, au commencement d’une campagne, troublèrent un peu les esprits. Ce n’était pas la méthode de l’Empereur de manœuvrer avant d’avoir livré bataille. On crut remarquer une certaine incertitude dans les mouvements et un manque d’unité et d’ensemble dans les opérations. On nous fit connaître la défection de l’Autriche qui se tournait contre nous. Cette nouvelle fit sensation chez les gens raisonnables qui sentirent le prélude de notre perte.

Le 21, la division arriva à Lowenberg. Le corps d’armée du maréchal Macdonald s’y était battu la veille et avait repoussé l’ennemi. »

 

A suivre…

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( 6 janvier, 2019 )

Rappel sur le parcours de Martial Lapeyre,1904-1984, (qui légua une grande part de sa fortune au Souvenir Napoléonien) et sur l’influence du « management napoléonien »

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( 6 janvier, 2019 )

COMMENT VOYAGEAIT NAPOLEON…(2ème partie).

A cheval.

Lorsque les circonstances ou le terrain à examiner l’exigeaient, l’Empereur quittait la voiture, en faisant un signe. Un page lui amenait le cheval prévu et il se mettait aussitôt en selle. Les chevaux qu’il montait habituellement étaient « de l’espèce arabe », petits de taille, poil gris-bleu, dociles, « doux au galop ». « NapoléCOMMENT VOYAGEAIT NAPOLEON...(2ème partie). dans HORS-SERIE B-300x249on était, dit Fain, cavalier, hardi et casse-cou ». a cheval il avait le dos voûté, tenait négligemment les rênes de la main droite tandis que son bras gauche « allait pendant, et toute l’habitude du corps se balançant au mouvement du cheval ». Il s’abandonnait sans réserve à l’adresse de sa monture qui, au surplus, était accoutumée à suivre les deux chasseurs à cheval et les deux officiers d’ordonnance qui le précédaient toujours. Les deux chasseurs ne cessaient de régler leur allure sur celle du cheval de l’Empereur qui les suivait, et, même en terrain difficile, ils arrivaient toujours à se maintenir à une distance suffisante sans le gêner. Il advint qu’n jours l’un des cavaliers d’élite, rencontrant un obstacle imprévu, tomba de cheval. « Maladroit ! » s’était écrié l’Empereur en survenant. Mais peu après ce fut au tour de Napoléon de vider les étriers. Le chasseur accouru lui tint son cheval pendant qu’il remontait en selle et lui duit simplement : « Il n’y a pas que moi de maladroit aujourd’hui !… » Franc-parler des vieux soldats qui coexistait avec un dévouement absolu. Si Napoléon décidait de se lancer au galop à travers une zone de terrains difficiles, le mameluck Roustam galopait immédiatement derrière lui. Devenu « valet de chambre à  cheval », il emportait alors sur sa monture, « un petit porte-manteau garni des effets de rechange qui pouvaient être les plus nécessaires » ainsi que la fameuse redingote grise « que l’Empereur passait dessus l’habit dans les mauvais temps ».

L’Escorte.

En voyage, l’allure générale est toujours le trot ou le galop. A la portière de droite de la voiture chevauche Caulaincourt, le Grand Ecuyer. S’il est en mission, il est remplacé par l’un des deux écuyers de l’Empereur. Napoléon s’arrête-t-il ? Dès qu’il a dit ces simples mots : « La carte », Caulaincourt la présente à l’instant même ; car celle des lieux où l’on passe est toujours attachées à un bouton de son vêtement. Un courrier arrive-t-il au  galop, porteur de dépêches ? Caulaincourt descend de cheval, conduit rapidement le dit courrier à l’écart, ouvre les malles, dont il détient les clés et les combinaisons, rejoint à bride abattue le voiture impériale et remet les dépêches à l’Empereur. A la portière gauche de celle-ci, chevauche le général Guyot-« le petit Guyot » dit Napoléon- qui est chargé des escortes en sa qualité de commandant du régiment des chasseurs à cheval de la Garde.Ceux-ci, qui ont succédé aux « guides » d’Italie et d’Egypte, et que l’armée appelle encore de ce nom, ont le privilège d’escorter l’Empereur en campagne. Ils en sont fiers, ces cavaliers d’élite qu’il appelle ses « enfants chéris ». Lorsqu’ils sont en tenue de parade, ils sont superbes, coiffés du large colback noir à plumet vert et rouge, à flamme écarlate revêtus du dolman vert à brandebourgs et de la culotte blanche, leur pelisse cramoisie flottant au galop sur l’épaule gauche. Le « Chasseur à cheval » de Géricault, si plein de mouvement, de couleur et de vie, en est l’illustration.

De même que lorsque Napoléon est à cheval, deux d’entre eux chevauchent toujours à distance, en avant de sa voiture. Celle-ci est elle-même précédée de deux officiers d’ordonnance (à l’uniforme bleu clair brodé d’argent, au chapeau à plumes noires). Elle est suivie des palefreniers, des chevaux de selle et de deux pages. Viennent ensuite les deux « chasseurs du portefeuille », l’un d’eux ayant sur le dos un sac de cuir contenant cartes, écritoires et compas. Derrière, est le groupe des aides de camp de service, des écuyers, officiers d’ordonnance et pages. Puis, commandée par un officier, c’est l’escorte proprement dite : vingt-quatre chasseurs. Après quoi, le Quartier Impérial Topographique, les mulets de bâts, le personnel et le matériel divers.

Dans tous les cas l’état-major était suivi du « mulet de la cantine »… portant des provisions fréquemment renouvelées. Lorsque Napoléon jugeait le moment nécessaire ou simplement utile, il donnait l’ordre de s’arrêter. La nourriture était, pour lui, la même que pour les autres. Fain nous décrit cette halte-repas : « On faisait approcher le mulet ; la nappe de cuir qui recouvrait les paniers était étendue à terre ; on plaçait dessus les provisions ; et l’Empereur, assis au pied de l’arbre voisin, ayant le prince de Neufchâtel [Berthier] à ses côtés, voyait le cercle de la famille militaire se former autour de lui. Toutes les figures étaient gaies ; car chacun, depuis le page jusqu’au grand officier, trouvait là ce qui lui était nécessaire ». Scène d’une admirable simplicité qui rehausse encore la grandeur de Napoléon.

Les revues.

Au cours de ses déplacements, Napoléon profitait de chaque passage dans une place pour y inspecteur les troupes qui l’occupaient ou qui y stationnaient. Ses entretiens avec les soldats avaient un caractère extraordinaire, qui stupéfiait les étrangers, dont beaucoup étaient encore imbus de cette mentalité quasi-féodale que la révolution et Napoléon, même vaincus, ont anéantie en Europe. Aussi voyait-on souvent un officier ou même un simple soldat, qui se croyait des titres à une réclamation ou qui s’était distingué par son courage, s’adresser directement à l’Empereur : « Sire ! J’ai mérité l’Etoile [la Légion d’honneur] ». Napoléon le fixait du regard, généralement en souriant : « Et comment ? «  Devant ses camarades, le postulant citait les combats où il s’était trouvé et ce qu’il avait fait. L’Empereur faisait inscrire son nom, après avoir demandé au colonel du régiment confiC-300x236 aide de camp dans HORS-SERIErmation des services et des faits. Parfois, lorsque ceux-ci semblaient patents, il interpellait les autres soldats, les « témoins ». A d’autres moments, inspectant un régiment dont l’ensemble s’était distingué, et pour lequel il avait prévu quelques récompenses, il s’adressait directement aux unités : « quel est le plus brave de la compagnie ? » Et la ratification impériale confirmait aussitôt l’opinion des soldats enthousiasmés. Mais il fallait être Napoléon pour se permettre de pareils contacts, dont le ton et l’apparence étaient parfois surprenants.  Toute inspection au cours de ses déplacements amenait  l’Empereur à exalter les sentiments des hommes par tout ce qui pouvait les frapper. C’est ainsi que, le 20 juillet 1813, allant de Dresde en un voyage-éclair, inspecter les corps du maréchal Oudinot qui sont face à Berlin, entre l’Elbe et la Sprée, il songe immédiatement à remettre des Aigles à deux régiments qui n’en sont pas encore dotés. Ce sont les 136ème et 156ème régiments d’infanterie, celui-ci étant le dernier des régiments créés. Oudinot les fait venir au château de Luckau, appartenant à la comtesse de Kielmansegge, où il a son quartier-général. La cérémonie est empreinte d’une frappante grandeur.

Jusqu’à la remise de l’Aigle au régiment, le drapeau demeure constamment roulé, enveloppé dans un étui de cuir qu’il est rigoureusement interdit de défaire. Au moment de la remise, le régiment est formé en trois colonnes occupant les trois côtés d’un carré, face au centre, le quatrième côté demeurant inoccupé. L’Empereur arrive, suivi de tout son état-major. Sa suite s’arrête et se range sur ce quatrième côté. Il s’avance à cheval, seul, vers le centre du carré où sont rassemblés, derrière leur colonel, les officiers du régiment. Habituellement c’est le Major-Général Berthier que l’Empereur charge de la remise de l’Aigle. Aujourd’hui, pour l’honorer, c’est Oudinot, commandant le corps d’armée, à qui il confie cette mission. Le maréchal met pied à terre. Le drapeau lui est apporté, sorti de son étui pour la première fois, pendant que les tambours battent jusqu’à ce qu’Oudinot arrive devant les rangs à cheval, tenant les rênes de la main droite et tendant le bras gauche vers l’emblème qui va leur être confié , s’adresse aux soldats : « Soldats ! Je vous confie ce drapeau ! Jurez-moi de le défendre jusqu’à votre dernier souffle ! Jurez-le ! Jurez-le ! » s’écrie-t-il en appuyant fortement sur ce cri « avec une émotion qui le rendit tout pâle », aux dires de la comtesse de Kielmansegge qui assistait à la scène. A ce dernier mot, au centre du carré, le colonel et les officiers élèvent leurs épées-signal auquel tous les soldats crient ensemble : « nous le jurons ! ». Oudinot remet alors au colonel le drapeau déployé, pendant que retentit trois fois le cri de « Vive l’Empereur ! » poussé par tous avec un enthousiasme difficile à décrire. Puis le régiment regagne son cantonnement.

Cette cérémonie, simple et grandiose, produisait un effet tellement exaltant sur la troupe, désormais « sous les drapeaux », que Napoléon, remettra des Aigles à trois régiments en plein champ de bataille, au cours des effroyables journées de Leipzig.

Marcel DOHER

 

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( 6 janvier, 2019 )

« Aujourd’hui que je crois avoir le droit de parler librement… »

« Aujourd’hui que je crois avoir le droit de parler librement… » dans TEMOIGNAGES campagne-1812

Pierre de Constantin, était depuis le 9 juin 1812, lieutenant au 23ème régiment de dragons. Il revient sur cette campagne de Russie encore proche et qui a tant marqué les esprits et les hommes… Voici quelques mots sur cet officier :En janvier 1807, l’auteur (âgé alors de 21 ans) est admis aux gendarmes d’ordonnance de la Garde Impériale avec le grade de brigadier. C’est dès cette époque que débute son récit. Il participe au combat de Guttsdadt (son premier fait d’armes), aux batailles d’Heilsberg et de Friedland. En août de la même année, Pierre de Constantin passe aux escadrons de guerre du 23ème dragons ; il est sous-lieutenant. Après un passage en Italie, le voilà en Autriche, faisant le coup de feu sans hésitation. Il est présent à la bataille de Raab, puis début juillet, Constantin rejoint avec son régiment la Grande-Armée située dans l’île Lobau. Il est présent lors de la bataille de Wagram. Les années 1810 et 1811, le voient au milieu de sa famille, se reposant des tourments de la guerre. Puis en 1812, il est en route pour la campagne de Russie et traverse le Niémen le 25 juin. Son récit devient alors plus précis, plus détaillé. Pierre de Constantin participe à la bataille de Smolensk. « Le 5 [septembre 1812] ; j’étais au fort combat qui précéda la bataille de La Moskowa, où la division Compans perdit près de mille hommes en s’emparant de la fameuse redoute qui était sur notre droite », écrit-il. Il aura un cheval tué sous lui lors de la fameuse bataille du 7 et bivouaque le soir même « au milieu des morts et des blessés ». Puis après l’incendie de Moscou, commandité par le perfide Rostopchine, il prend avec son 23ème dragons la direction de Malojaroslavets, fameux pour son violent combat auquel le jeune chasseur participe.

A partir de début novembre, l’auteur connaît le froid, la faim. Il faut se battre non seulement contre les éléments déchaînés mais aussi contre les hourras de cosaques harcelant l’armée… Il décrit parfaitement toute cette période difficile y compris le passage de la Bérézina. Son récit est suivi par plusieurs lettres à sa famille couvrant les années 1812, 1813 et 1814.

C.B.

————————————————-

Le 18 janvier 1813.

A Madame Saint-Georges Vallette.

Aujourd’hui que je crois avoir le droit de parler librement, écoute, mon amie, les maux que j’ai soufferts pendant la campagne, mais surtout pendant la retraite : d’abord une grande et constante disette jusqu’à Moscou, un peu plus grande après Moscou, sur la route de Kalouga, où nous mangions déjà du cheval. Mais figure-toi toutes les horreurs de lap lus affreuses des famines, réduit à ne manger que du cheval mort de fatigue, de maigreur ou de maladie, souvent se pousser avec des soldats pour ne couper un morceau. Pour boisson souvent rien. D’autres fois, de l’eau de marais où il y avait des chevaux et des cadavres. Voilà comment nous avons dû voyager depuis nos positions de Moscou jusqu’à Smolensk. Aussi l’on n’a pas besoin de guide pour être conduit dans ces déserts. Les cadavres morts de faim sur la route, de distance en distance, vous indiquent assez le chemin que vous voulez parcourir. J’ai dit « ces déserts », parce que les cent et quelques lieues  qui séparent Moscou de Smolensk sont entièrement dépourvues d’habitants et de maisons.

Les Russes en se retirant, ont brûlé villes, villages et campagnes sur la route, et à  trois ou quatre lieues à droite et à gauche, ils ont tout réduit en cendres, et le peu qu’ils avaient épargné a été incendié par nous quand nous nous sommes retirés. Aussi, il en reste pas de quoi abriter un homme.

A Smolensk, on a commencé à trouver quelques ressources. Peu, à la vérité, mais assez pour que ce ne fut plus famine. Seulement disette extraordinaire, et peu d’hommes mouraient de faim. Cependant, il fallait encore manger du cheval. Nous avons marché dans cet état de misère jusqu’au passage de la Bérézina. Après quoi, sans être dans l’abondance, on n’a pas extrêmement souffert. Mais une autre chose peut-être plus pénible nous tourmentait. A Smolensk, déjà deux pieds de neige couvraient la terre et la glace était assez forte pour qu’on pût passer le Dnieper sans bateau ; et il fallait pourtant bivouaquer malgré la rigueur de la saison. Heureux quad nous avions du bois à discrétion ! Ce n’étai rien. Les chevaux mouraient, mais les hommes résistaient encore. Ce n’est qu’après le passage de la Bérézina que le froid est devenu trop rude pour pouvoir le supporter, et quel les officiers et les soldats ont commencé à mourir gelés sur les routes. Peu cependant avant le 5 décembre, mais les journées des 5, 6, 7, 8 et 9 ont coûté bien cher à l’armée. J’ai vu dans la journée du 7 un régiment wurtembergeois employé à l’escorte des équipages de l’Empereur perdre environ trois cents hommes gelés. Et, malgré cela, il fallait bivouaquer.

Aussi, le matin, quand il fallait partir, on laissait toujours bien du monde dans les bivouacs. Cependant (chose incroyable pour ceux qui ne l’ont pas vue), malgré nos fatigues, nos misères et nos privations, sans canon, tous les chevaux de l’artillerie étant morts, sans avoir  dans toute l’armée mille cavaliers montés pour éclairer nos marches, chaque fois que l’ennemi nous a attaqués ou a voulu s’opposer à notre passage, on l’a battu et on lui a fait des prisonniers, et l’on voyait le soldat, quoique faible par le manque de nourriture, rappeler toutes ses forces pour courir à la baïonnette. Cependant, il était certain de rester au pouvoir des Russes, s’il avait le malheur d’être blessé. La cavalerie a beaucoup souffert, au point qu’elle a été totalement démontée par le manque de fourrage, la fatigue ou le froid. Elle a été si fortement détruite que, pour former la garde de l’Empereur, l’on a té obligé de réunir tous les officiers qui avaient encore conservé un cheval. On en a formé quatre compagnies dont les capitaines étaient les généraux qui commandaient en chef les corps de cavalerie. Les généraux de division et de brigade faisaient fonction de lieutenant et de sous-lieutenant, les colonels de maréchal des logis et de brigadier, les chefs d’escadrons et les officiers de tout grade servaient comme soldats. Cet Escadron sacré (car c’est ainsi qu’on le nomme) a toujours été auprès de l’Empereur. J’étais à pied, comme presque tous les officiers de l’armée. J’avais eu un cheval tué à la bataille du 7 septembre, à Mojaïsk [celle de La Moskowa], et deux autres chevaux m’étaient morts de faim et de fatigue. Cependant à Toloczyn (Tolotchine), quand on a formé la Garde d’honneur, mon colonel, voyant le grand désir que j’avais d’y être, me fit donner un des chevaux de troupe qui restaient encore. Nous avons voyagé avec Sa Majesté jusqu’à trois ou quatre jours avant d’arriver à Vilna, époque de son départ pour Paris.

Voilà à peu près, ma chère amie, tous les maux que j’ai soufferts, si tu y ajoutes que, depuis le 20 juin jusqu’au 15 décembre, je n’ai pas couché une fois dans une maison et que dans ces six mois on a fait des marches forcées, des marches de nuit, que j’ai été couvent privé de sommeil et de repos, que j’ai constamment voyagé, et de la pluie, des chaleurs et des froids excessifs.

Voilà les pertes que nous avons faites : notre général de division et un de nos généraux de brigade morts gelés sur la route ; mon colonel a eu les deux pieds, les mains et la figure gelés, depuis on ne sait pas ce qu’il est devenu ; un chef d’escadrons, deux capitaines et trois officiers tués… Je ne parle pas de ceux qui restent ici. Ils ont presque tous été légèrement blessés ou ont eu leurs chevaux tués. Nous sommes entrés en campagne six compagnies formant environ cinq cents hommes montés. Nous avons reçus le 4ème escadron fort de deux cents et quelques hommes montés. Il nous reste ici quatre-vingt et quelques hommes et une quarantaine de chevaux. Encore ces derniers ne sont venus qu’à Vilna, car s’ils étaient venus à Moscou il n’en resterait pas un.

Adieu, le papier me manque ; reçois l’assurance de mon éternelle amitié. Embrasse pour moi ta mère et ton mari. Dis-leur de m’écrire ; Je n’ai pas reçu de lettre depuis ta réponse à la mienne de Vilna. Sans faire une liste de mes connaissances, rappelle-moi au souvenir de celles qui te demandent de mes nouvelles. Ne m’oublie pas auprès de ta belle-sœur. Adieu. Réponds-moi de suite. 

P. de CONSTANTIN.

(Pierre de Constantin, « Journal et lettres de campagne », in «Carnet de la Sabretache», n°299, juillet 1925, pp. 461-466).

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( 5 janvier, 2019 )

Devinette…

Devinette

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( 5 janvier, 2019 )

Napoléon durant la campagne de Belgique…

Voici trois « Itinéraires » permettant de suivre l’Empereur quotidiennement :

1/ »Campagne de 1815. Itinéraire de Napoléon», par Théo FLEISCHMAN, publié dans le Bulletin de la Société Belge d’Etudes Napoléoniennes (n°19) en juin 1956, pp.29-37.

2/ »Napoléon dans sa dernière campagne. Itinéraire du 12 au 21 juin 1815», par Serge DELLOYE, publié par la Société Belge d’Etudes Napoléoniennes en 1997, 62 pages.

3/ «1815. Napoléon en campagne. Heure par heure dans l’ombre de l’Empereur», par Yann DENIAU et Yves MOERMAN, Jourdan Éditeur, 2008, 183 pages.

3 itinéraires

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( 5 janvier, 2019 )

Visites à l’île d’Elbe (Janvier 1815)…

napoleon.jpg« Il était difficile à sir Neil Campbell de concilier sa surveillance d’Argus et les égards qu’il s’était proposé de montrer à Napoléon, sans avoir bien défini lui-même, avons-nous déjà dit, son titre et ses fonctions ; il lui aurait répugné surtout d’admettre qu’on pût l’assimiler à un geôlier et encore moins à un espion, quoique même le plus haut grade de la diplomatie exige du plus noble seigneur qui en est revêtu un peu de cet espionnage sans lequel, surveillé et espionné lui-même, il risque d’être le seul à ignorer le secret de la comédie politique dont il est le premier acteur. Le commissaire anglais à l’île d’Elbe, très-imparfaitement renseigné sur les lieux, convient donc qu’il était réduit à aller chercher à Florence, à Livourne, à Rome et à Gênes les informations d’une police mieux servie que la sienne et un supplément d’instructions. C’est ainsi que, n’ayant appris que par les journaux, comme Napoléon, le voyage de son collègue autrichien le général Koller, et très-désireux de s’entretenir avec ce général avant son arrivé  auprès de Napoléon, il crut devoir aller l’attendre à Gênes, d’où, après l’avoir attendu vainement, il retourna, dans les premiers jours de janvier, à l’île d’Elbe, et y apprit que c’était à Milan qu’il aurait dû aller joindre le général Koller. Cette fois il apprit encore que pendant son absence ce n’était plus seulement un étranger qui avait rendu à Napoléon la visite mentionnée par M. Peyrusse, mais que plusieurs aventuriers débarquaient dans l’île continuellement et se rembarquaient pour Naples, se disant déçus de l’espoir d’être employés par l’empereur et allant demander du service au roi Murât. Evidemment Napoléon, ne pouvant soustraire tous ces visiteurs à la surveillance dont sir Neil n’était pas le seul agent, n’était pas fâché de laisser croire que ce n’était pas la France, mais l’Italie, qui invoquait son retour, d’autant plus qu’aucun d’eux, paraît-il, n’avait réellement obtenu de lui aucune parole compromettante. Il avait ainsi congédié successivement M. Théologue, un Grec chargé autrefois par lui de missions dans le Levant, et un individu qui, prenant le nom de Pietro Saint-Ernest, fut dénoncé au commissaire anglais comme étant venu déguisé en matelot. Ce ne devait pas être un de ceux que sir Neil appelle des aventuriers, ce gentilhomme norvégien, nommé M. Kundbzow, venu exprès de l’extrême Nord pour saluer le grand homme de l’Occident, et à qui Napoléon demanda:

« Quelle est la population de la Norvège ? »

« Deux millions, Sire.

— Non, reprit Napoléon immédiatement, elle n’est que de dix-huit cent mille âmes. »

Correction exacte que sir Neil Campbell nous dit n’avoir été faite par le grand homme de l’Occident qu’à l’aide du Dictionnaire géographique « consulté le matin, n’en déplaise aux admirateurs de son savoir universel. » Ce n’était pas non plus un aventurier que M. Litta, noble Milanais venu pour déclarer, au nom de ses compatriotes, qu’il rallierait sous son drapeau toute la Péninsule , excepté quelques prêtres et quelques sexagénaires. La conversation de M. Litta et de Napoléon est citée par sir Neil Campbell textuellement, grâce à un ami intime pour qui il l’avait transcrite et qui l’avait traduite en français pour le consul de France à Livourne, M. Mariotti »

(« Napoléon à l’île d’Elbe. Chronique des événements de 1814 et de 1815. D’après le Journal du colonel sir Neil Campbell., le Journal d’un détenu et autres inédits peu connus pour servir à l’histoire du Premier empire et de la restauration. Recueillis par Amédée Pichot », E.Dentu, Éditeur , [et] Revue Britannique, 1873, pp.206-208)

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( 5 janvier, 2019 )

Une lettre de Maret, duc de Bassano, écrite de la ferme du Caillou, le 18 juin 1815…

maret.jpg

Elle est adressée au général de Caulaincourt, duc de Vicence, Ministre des Affaires étrangères. Notons que Maret, duc de Bassano, occupait alors les fonctions de Ministre Secrétaire d’Etat de l’Empereur.

Monsieur le Duc,

J’ai reçu les deux tables du chiffre d’après la méthode de M. Henrichs que Votre Excellence a bien voulu me faire connaître si elle a eu la complaisance d’envoyer une table pareille à M. le comte de Berlier pour ma correspondance avec lui.Cette correspondance sera très suivie et ce serait un avantage que de pouvoir se servir alternativement du chiffre ordinaire et du chiffre nouveau. Dans la situation actuelle de l’armée, les communications sont faciles d’un corps à l’autre, mais cet état de choses changera vraisemblablement bientôt. Sa Majesté m’ordonne de me pourvoir d’un certain nombre de tables que je puisse donner au Major Général [le Maréchal Soult] pour cette correspondance.  J’ai l’honneur de vous prier de m’envoyer d’abord six, puis six autres et d’ordonner qu’elles soient différentes de celle que je viens de recevoir. Peut-être même conviendrait-il qu’il n’y eut pas plus de trois tables semblables. Le chiffre d’un des corps d’armée peut tomber entre les mains de l’ennemi et trahirait tous les autres. La campagne a commencé par un très beau succès. La victoire de Ligny sous Fleurus est d’une très haute importance. La droite et le centre ont écrasé l’élite de l’armée prussienne. Le moral de cette armée s’en ressentira longtemps. La gauche n’a pas obtenu des résultats aussi décisifs, mais ils ont aussi leur importance. Lord Wellington commandait en personne au combat des 4 Chemins [Quatre-Bras], entre Sombref [Sombreffe] et Nivelle. Les anglais, surtout les écossais, ont été très maltraités. On évalue leurs tués et leurs blessés à 4 mille hommes. Notre armée est aussi bonne que dans nos temps les plus prospères.  Quoique le temps nous contrarie, nous aurons bientôt d’autres nouvelles à bous annoncer.

A l’exception du général Letort, qui a été grièvement blessé, dès le début et avant les affaires d’importance, toutes les personnes que Votre Excellence connaît à l’armée, se portent bien. Veuillez agréer, Monsieur le Duc, les nouvelles assurances de ma haute considération.

Le Duc de BASSANO

De la Ferme de [sic] Caillou, près Planchenoi [sic], le 18 juin 1815.

 

Document publié dans le Bulletin de la Société Belge Etudes Napoléoniennes (n°75) de juin 1971.

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( 5 janvier, 2019 )

Une lettre d’Henri Beyle [Stendhal] au Ministre de la Guerre…

Beyle en uniforme de consul

Henri Beyle en uniforme de Consul de France (en Italie)

dans les années 1830.

Au duc de Feltre, Ministre de la Guerre.

Grenoble, le 19 mai 1816.

Monseigneur,

Monsieur Henri Beyle, adjoint aux commissaires des guerres, demande de toucher à Grenoble, sa patrie et son domicile, la demi-solde de son grade d’adjoint aux commissaires des guerres.

M. H. Beyle, nommé à Königsberg en 1807, a fait toutes les campagnes. Il était à la demi-solde comme auditeur au Conseil d’état en 1814. Malade par suite de la campagne de Moscou, il n’a exercé depuis aucune fonction publique. Il a servi, sous les ordres de M. le baron de Joinville, commissaire-ordonnateur, qui, en cas de besoin, pourrait donner connaissance de ses [états de] services. Je suis avec respect, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur.

DE BEYLE.

Commissaire des guerres adjoint.

——-

Observations.

Quand Beyle écrit qu’il a fait toutes les campagnes depuis 1807, ceci est inexact.  Le futur Stendhal n’a pas participé à celle d’Espagne, bien qu’il soutint le contraire à plusieurs reprises . Il était bien présent à celles d’Autriche, de Russie et fit une partie de celle de Saxe, avant de tomber gravement malade (en juillet 1813).

L’auteur parle de lui à la troisième personne (du singulier).

La particule dans sa signature est totalement fantaisiste. Beyle en usera de nombreuses fois, toutes comme la centaine de pseudonymes qu’il utilisa en signant ses lettres tout au long de son existence.

Cette lettre a été reproduite à la p.358 du volume IV de sa « Correspondance (1812-1816) ». Edition établie par Henri Martineau (Paris, Le Divan, 1934).

C.B.

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( 4 janvier, 2019 )

Un blog à visiter !

Napoléon1

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( 4 janvier, 2019 )

Massacres de mamelucks à Marseille en 1815 !

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« A Marseille, le 25 juin 1815 au soir, les troupes commandées par le général Verdier évacuent non sans peine la ville ; des soldats sont tués, quelques cavaliers s’échappent en criant « Vive l’Empereur ! » ; et la nuit venue, l’émeute royaliste se déclenche, la foule enfonce les portes des maisons habitées par des bonapartistes, jette le mobilier par les fenêtres et massacre les occupants : au bilan, une douzaine de morts. Le lendemain, c’est mieux ; après avoir tué onze personnes suspectes de républicanisme, une bande attaque le quartier où se sont installés les débris d’une colonie de mamelouks et d’orientaux venus d’Égypte à la suite de Napoléon ; on les poursuit dans les maisons où ils se sont réfugiés et on les égorge sous prétexte qu’ils auraient tenue des propos séditieux pendant les Cent-Jours ; des femmes, des enfants sont massacrés dans le fort ; une vieille négresse servante des mamelouks, sommée de crier « Vive le Roi ! » répond : « Non, Napoléon me fait vivre… Vive Napoléon ! » Jetée à l’eau et déjà blessée, elle s’enfonce, reparaît en criant : « Vive…,» une balle l’atteint, elle disparaît mais son bras s’agit un instant au-dessus de l’eau « comme si elle voulait achever par signe le cri commencé ». En vérité, on s’attendait peu à trouver là des fidélités aussi tenaces. Treize Égyptiens payèrent… Mais il n’y eut pas seulement des assassinats en série ; un vieux soldat aux cheveux blancs est froidement abattu « devant le café Ricard » ; ailleurs un père et son fils liés dos à dos servent de jouets au peuple qui les tue lentement, avec raffinement, à coups de bâton, de pierre, de crosse qui « font jaillir le sang de l’un sur l’autre » ; un notable Anglès-Capefigue, homme doux, inoffensif, mais ancien ami de Masséna, de Barras et du maréchal Brune, est  écharpé, traîné dans une écurie derrière sa maison où on l’achève à coups de sabre ; sa mère entend ses crois.-Un tambour de la Garde nationale se vante d’avoir avec son sabre donné « un bon tour de clé » dans le ventre d(‘un officier bonapartiste caché entre deux tonneaux… ; des farandoles s’esquissent autour des cadavre et dans le pays les 25 et 26 juin 1815 seront connus sus le nom de Jour[s] de la Farce ».

(J. LUCAS-DUBRETON, « Le Culte de Napoléon, 1815-1848 », Editions Albin Michel, 1959,pp.29-30)

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( 4 janvier, 2019 )

Le général Bertrand à l’île d’Elbe…

Général Bertrand

Un extrait du témoignage d’André Pons de l’Hérault, directeur des mines de l’île d’Elbe (depuis 1809): « Le général Bertrand, grand maréchal, était chargé des affaires civiles, ce qui équivalait au ministère de l’intérieur. Le général Bertrand était un homme de bien, dans toute l’étendue du mot. Il se serait dévoué pour l’Empereur au moment où son dévouement aurait pu sauver l’Empereur, mais ce moment ne s’était pas présenté, et il ne l’avait suivi que par un sentiment d’honneur. Les événements qui avaient brisé le trône impérial avaient aussi brisé l’âme du général Bertrand. Sans cesse en proie aux souvenirs déchirants de cette immense catastrophe, ce n’était plus un homme de travail, c’était un homme de repos. Son coeur était tout entier à sa famille; sa femme et ses enfants absorbaient toutes ses pensées. Que si l’on exigeait rigoureusement mon opinion sur l’essence des liens qui avaient attaché Napoléon au général Bertrand, je dirais, d’après tout ce que j’ai vu: les deux natures, celle de l’empereur Napoléon et celle du général Bertrand, n’étaient pas sympathiques, et le resserrement de leur union, plus apparent que réel, était plutôt une affaire d’habitude qu’une affaire de sentiment. Jamais leurs premières opinions n’étaient les mêmes; elles commençaient toujours par se heurter, et le général Bertrand ne cédait pas facilement.

J’ai vu, plus d’une fois, l’empereur Napoléon renoncer aux débats. Cela n’empêchait pas que le général Bertrand n’aurait jamais eu une pensée contraire aux intérêts de l’empereur Napoléon. »

(« Souvenirs et Anecdotes » de Pons l’Hérault , Plon, 1897)

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( 4 janvier, 2019 )

Paysans et cosaques (1814)…

1814...

De tous côtés, l’invasion, Le maire de Phalsbourg, Parmentier, écrit au préfet de la Meurthe qu’il a vu arriver dans la ville nombre d’Alsaciens qui fuient devant l’ennemi. Les Cosaques approchent, mais, conclut Parmentier, s’ils viennent, les Phalsbourgeois sauront les recevoir.

4 janvier 1814.

Hier nous avons eu l’idée de la désolation. Un grand nombre d’habitants du Bas-Rhin sont arrivés dans nos murs, traînant à leur suite leurs femmes, leurs enfants : ils étaient chassés par l’inquiétude, que leur inspiraient les Cosaques qui, hier soir, ont eu l’impertinence de se glisser jusqu’à Haguenau où ils ne sont restés que quelques heures. Ils avaient passé le Rhin entre Beinheim et Seltz, mais dans l’intention seulement de favoriser un passage plus sérieux qui s’effectuait à Mannheim. Le maréchal Marmont s’est porté à la rencontre de l’ennemi ; mais il n’était point en force et on dit qu’il a été obligé de se rejeter sur Mayence. Le duc de Bellune [maréchal Victor] vient de prendre position sur la côte de Saverne avec son corps d’armée. Si ce passage est bien défendu, J’espère que ces Messieurs ne viendront pas jusqu’à nous. Dans tous les cas je vous promets que nous les recevrons en Phalsbourgeois, je veux dire en patriote. Car il serait difficile de manifester un meilleur esprit que celui dont je suis journellement témoin.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.7).

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( 3 janvier, 2019 )

Une lettre de Murat à Napoléon.

Murat

Sire,

Une nouvelle année va commencer, m’est-il permis d’offrir à Votre Majesté tous mes vœux ? S’ils étaient exaucés, il ne manquerait plus rien à votre bonheur ni à celui de votre famille. Que cette année soit le terme des malheurs de la guerre, que l’année qui va commencer nous amène des jours plus tranquilles. Puissiez-vous vous reposer longtemps à l’ombre de vos lauriers; Votre Majesté a tout fait pour sa gloire, qu’Elle  fasse quelque chose pour son bonheur. Qu’Elle nous donne la paix et qu’Elle commande à l’Europe un nouveau genre d’admiration en- lui présentant le modèle des gouvernements.

Mes vœux seront toujours pour Elle, lors même que les circonstances feraient soupçonner mes sentiments. Sire, je vous aimerai toute ma vie, mon attachement à Votre Majesté sera toujours indépendant des événements politiques.

Je suis, de Votre Majesté, Sire, le très affectionné frère et beau-frère,

J.NAPOLÉON.

Naples, le 21 décembre 1813.

(Lettre publiée dans « Le Carnet Historique & Littéraire » en 1899).

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( 3 janvier, 2019 )

A Golfe-Juan. Mars 1815…

Golfe 1er mars 1815Ce récit a été rédigé par le maire de Cannes et publié en 1887 dans la « Revue Rétrospective », sous le titre : « Le débarquement de Napoléon à Cannes (mars 1815) ».

Le 2 mars mil huit cent quinze, à dix heures du matin. Nous, François-Auguste Poulle, maire de cette ville de Cannes, disons que, hier, à trois heures après-midi, étant à la promenade, Antoine Guigues, sergent de ville, accourut tout effrayé me dire qu’un général était arrivé à la tête d’environ cinquante hommes, et m’appelait promptement à la commune. Je me hâtai de m’y rendre. Y étant arrivé, je trouvai un individu avec mes adjoints et secrétaire, que je crus être un officier habillé en bourgeois, qui me demanda un passeport pour Marseille. Je l’invitai à me dire s’il en avait un et d’où il venait : « Je n’en ai point, répondit-il, et je viens de l’île d’Elbe. » Lui ayant dit que ne pouvais pas le satisfaire, il fit l’étonné, et je vis entrer le général qui me fit aussi la demande d’un passe-port pour l’individu et pour Toulon : « Il en faut donc deux, répondis-je, un pour Toulon et un pour Marseille ? -Non, répondit-il, il le faut pour Toulon, et il le faut. » 

Je feignis de faire chercher le percepteur des contributions, qui, seul, est autorisé à tenir ce papier de passe-port ; le général en prit de l’humeur et sortit, me laissant seul avec l’individu, qui parlait très peu. Revenu quelques moments après, il ne parla plus de passe-port, mais il m’ordonna de me rendre au Golfe Juan pour recevoir les ordres du commandant- j’appris que M. Vidal, un de mes adjoints, à qui le général avait donné le même ordre, avec menace de l’y faire accompagner, s’y était refusé. Je lui répondis que je ne le pouvais, ni ne devais sortir de ma commune : «Vous me donnerez donc votre refus par écrit ?-Oui, Monsieur, » lui répondis-je ; et j’écrivis mon refus. Il le prit et fut conduire sa troupe au-devant de l’auberge du sieur Pinchinat. Étant revenu après, il demanda le brigadier de gendarmerie. Celui-ci était avec moi, et je le lui présentai ; il lui un ordre par écrit d’aller, de suite, au Golfe, présenter à l’Empereur son cheval et ceux de sa brigade, qui seraient bien payés ; il reçut l’ordre, mais il n’obéit pas. 

Le général me demanda un entretien particulier. Mes adjoints, secrétaire et autres, sortirent du bureau, nous restâmes avec l’individu. Le général me dit : « -Votre réputation nous est connue ; il faut nous dire avec toute franchise comment vos administrés ont pris l’arrivée du Roi.- Ils en ont marqué, ai-je dit, une joie bien vive et je crois qu’ils lui sont bien attachés.- Et vous, a-t-il continué, tenez-vous pour l’Empereur ou pour le Roi ?- Je vous dis, avec toute le franchise qui doit caractériser l’homme, ai-je répondu, que j’avais juré fidélité et obéissance à l’Empereur, et j’aurais donné ma vie pour lui. J’ai fait le même serment au Roi ; je ne saurais être parjure. » – A cette réponse, il mit sa main sur mon épaule droite, en disant : « Je vous estime. »-Il sortit avec l’individu. 

 Sur environ les sept heures et demie, il revint faire une autre réquisition pour 3,000 rations de pain et autant de viande, prêtes à distribuer à minuit précis, dont il exigea aussi récépissé. Je fis de suite appeler les bouchers et les boulangers. Je leur intimai l’ordre de se pourvoir. Les bouchers dirent que des marchands Piémontais étaient arrivés avec des bœufs, qu’il m’en faudrait trois pour les fournitures. Je leur ordonnai d’en faire le marché et des les égorger de suite, ce qui fut exécuté. J’intimai le même ordre aux boulangers ; je nommai douze commissaires pour faire prendre tout le pain. Messieurs les adjoints marchaient avec eux ; à onze heures, il y eut dix-sept cents rations dans le magasin que j’avais assigné. Pour avoir le restant, les commissaires, s’étant divisé les quartiers, se portèrent chez les habitants, qui se prêtèrent de la meilleure grâce, et, à une heure après minuit, les rations furent à peu près complétées. Dans l’intervalle, et vers les huit heures et demie, un officier vint me présenter une proclamation signée : Napoléon, et pour mandement pour l’Empereur, signé : Bertrand, avec ordre de lui donner publicité. 

Les appartements de la commune étaient remplis, depuis longtemps, de partie de MM. Les Conseillers municipaux, bourgeois et gens de tout état, et là, lut qui voulait. Les esprits n’étaient pas tranquilles ; je tâchai de les rassurer, en leur répétant de temps en temps : « Soyez tranquilles, il ne nous faut ni force ni courage, mais seulement de la prudence : reposez-vous sur moi et nous sortirons de ce pas.»-J’en éprouvai la plus vive satisfaction. La lecture, faite par qui voulait, ne fit pas la moindre sensation. Vers les deux heures, on vint annoncer l’arrivée de Bonaparte, qui établit son bivouac sur les sables hors de la ville, près de Notre-Dame, où il fit allumer un grand feu qui fut entouré de troupe et de beaucoup de gens de la ville. Il ne parle à personne, excepté à Monseigneur le Prince de Monaco qui, étant arrivé à Cannes vers les cinq heures de la veille, le général lui avait donné un piquet et un caporal dans ses appartements, fut appelé par Napoléon, qui le garda jusque vers les quatre heures. La conversation ne fut pas entendue. Je n’avais jamais quitté ma place et je ne la quittais pas. Je transmettais mes ordres, que les adjoints et les commissaires faisaient exécuter. Il me fut demandé plusieurs conducteurs, charrettes et chevaux, tout fut fourni et toute la troupe défila vers Grasse ; et, à cinq heures et demi, Cannes eut le bonheur de se voir entièrement délivrée, et les habitants qui, de frayeur, ne s’étaient pas couchés, sont restés quelques moments étonnés de cette apparition, et sont très contents du départ. 

Cependant, quelques soldats étaient restés ; ils faisaient sortir du magasin les pains qui n’avaient pas été distribués et les mettaient en vente. J’en fus prévenu ; je m’y portai de suite, je fis rentrer le pain. Je trouvai douze cents septante trois [1273] rations distribuées, au lieu de trois mille demandées, et, ayant fait fermer le magasin, je me suis retiré sans avoir obtenu du commissaire des guerres le paiement qu’il avait solennellement promis. Je me propose de faire rendre aux boulangers les pains de leurs fabrications, aux habitants pauvres ceux qu’ils ont donnés, dont j’avais fait prendre les noms, et de faire distribuer, aux pauvres de la commune, le pain de la classe qui peut se passer de restitution.

 Quant aux bouchers, la viande donnée sera pour leur compte, et, pour celle distribuée, je prendrai les ordres de l’autorité. 

Rentré chez moi, aujourd’hui, à six heures du matin, je pensais me reposer, lorsque Monseigneur le Prince de Monaco m’a fait l’honneur d’arriver ; il m’a demandé le certificat que j’ai fait tel que suit : « Je, soussigné, maire de cette commune de Cannes, troisième arrondissement de Grasse, certifie que Monseigneur le Prince héréditaire de Monaco, se rendant à Monaco, a été arrêté, hier, à Cannes, par le premier poste des troupes de l’île d’Elbe ; qu’il n’a cessé d’avoir auprès de lui, un poste, un caporal dans son appartement et que, sur les deux heures du matin, il a été forcé de se rendre près le commandant des dites troupes. En foi de quoi j’ai fait le présent certificat pour servir ce que de besoin.

A Cannes, ce deux mars, mil huit cent quinze. 

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( 3 janvier, 2019 )

A propos de la parution des « Mémoires » de G. Peyrusse. Message à l’attention des libraires…

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

L’éditeur m’a informé que cet ouvrage récent était diffusé par DAUDIN dont voici l’adresse du site internet:

http://www.daudin-distribution.fr/

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( 3 janvier, 2019 )

Mémoires de Charles SIMON, chef de bataillon (1813-1815)

L’auteur de ce témoignage, Charles-Luc-Louis-Marie Simon est né à Blois le 18 octobre 1785. Il devint maréchal de camp après la Révolution de Juillet. Décoré sur le champ de bataille à Talavera de la Reyna (Espagne) en 1810, de la croix de chevalier de la légion d’honneur, il était devenu commandeur dans cet ordre lorsqu’il mourut à Pau, le 23 mars 1866. Charles Simon avait 80 ans.

Nommé chef de bataillon par décret impérial le 14 juin 1813, je dus me rendre à Wesel pour y prendre le commandement du Premier  Bataillon du 37ème de ligne, en remplacement de Monsieur Dhar, passé major. Bien que je fusse parti de Paris le 16 du même mois et en poste, je trouvai ce bataillon parti pour rejoindre la division du général Rochambeau dans les environs de Leipzig. M. le général Merle, gouverneur de la place si importante de Weisel, dont j’avais l’honneur d’être particulièrMémoires de Charles SIMON, chef de bataillon (1813-1815) dans TEMOIGNAGES 06506310ement connu pour avoir servi sous ses ordres dans la campagne de 1806 et 1807 en Autriche, me fit part de l’erreur commise à mon égard par les Bureaux dela Guerre, puisque M. Beauregard avait reçu plus de quinze jours avant moi l’ordre de remplacer M. Dhar. Bien que je lui témoignasse toute la peine que je ressentais d’un pareil contretemps, il me dit que pour son compte, il en était enchanté puisque je me trouvais, en attendant de nouveaux ordres du Ministre, auquel il allait écrire, tout à fait à sa disposition et que je n’aurais pas lieu de m’en plaindre, qu’il avait des vues toutes particulières sur moi., Effectivement, il me fit appeler le lendemain matin chez lui, pour me dire que bien je fusse, et pour l’âge et pour le grade, le plus jeune des officiers supérieurs de la garnison, il ne m’en confiait pas moins l’organisation et le commandement d’un régiment provisoire, composé de tous les hommes isolés, mis jusqu’à ce jour en subsistance dans les différents corps d’infanterie de la place.  Ils étaient du nombre de deux mille environ et appartenant pour la plupart aux 11ème et 13ème corps d’armée. Cette marque de haute confiance excita mon émulation au dernier point. Je savais que le général y attachait un grand prix et qu’il destinait mon futur régiment à un service spécial de sorties fréquentes, afin d’observer les mouvements de l’ennemi.

Après huit jours d’un travail incessant, je pus présenter à l’inspection du général trois beaux bataillons commandés chacun par un capitaine expérimenté. C’est au moment où je croyais pouvoir recueillir le fruit de ce que j’avais fait, que le corps d’armée du maréchal Macdonald entra en Hollande et réclama du général Merle tous les hommes qui lui appartenaient. Il fallut bien obtempérer à cet ordre et je me trouvai de nouveau sans commandement. Le duc de Feltre [le général Clarke], ministre de la Guerre qui, depuis la mission importante qu’il m’avait confiée en février 1813 (et qui me valut en récompense le grade de chef de bataillon) semblait avoir une prédilection toute particulière en ma faveur, m’expédia l’ordre de la rejoindre immédiatement pour être à sa disposition. Ce que je ne pus exécuter toutefois que plus de trois mois après car j’étais tombé assez sérieusement malade par suite des fatigues de mon organisation régimentaire provisoire, comme aussi du chagrin de l’avoir vue échouer aussi promptement. Je ne pus me mettre en route qu’après avoir fait usage des bains d’Aix-la-Chapelle et j’arrivai encore très souffrant à Paris en décembre 1813. Pendant ce temps, ma mère, dans sa tendre sollicitude sur ma santé et sans m’en avoir parlé ou écrit, s’était entendue avec M. de Villemanzy notre parent, sénateur et ancien inspecteur en chef aux revues qui, lié, d’une étroite amitié avec le même duc de Feltre, s’était arrangé pour que je fusse nommé sous-inspecteur aux revues.  Le Ministre, qui  m’avait fait demander, crut me faire un bien grand plaisir en m’annonçant cette nouvelle qui eut lieu de me surprendre étrangement. Je le remerciai de sa sollicitude et priai de donner cet emploi si recherché à un autre, car je croyais que, dans l’état actuel des choses en France, au moment où la coalition européenne venait de franchir les frontière des Alpes suisses, l’Empereur aurait plus besoin de mon épée que de ma plume. […] Je reçus le 31 janvier 1814 et vers midi mes lettres de service du Ministère del a Guerre. Comme j’avais pu terminer toutes mes affaires à quatre heures de l’après-midi, je montai à cheval, après avoir embrassé  bien tendrement ma mère, et fus coucher à Charenton.  Le premier février, malgré ma mauvaise santé, mes douleurs de poitrine qui avaient nécessité l’établissement d’un deuxième cautère et le froid rigoureux qui régnait alors, je n’en arrivai pas moins à Nangis à la chute du jour. Le propriétaire du château où je logeai, ainsi que sa famille, me reçut avec une urbanité toute particulière et m’invita à dîner. A peine étais-je assis à sa table, soit effet de la fatigue ou la transition subite d’un air chaud concentré, je fus pris d’une sueur abondante qui me ruisselait sur la figure et sur toute l’habitude [sic] du corps. Je tombai à la renverse sur le parquet, et l’on fut obligé de me porter dans le lit qui m’était destiné. Après être revenu de cette syncope, j’ordonnai à mon domestique sans ne informer les maîtres de la maison, qui n’auraient pas manqué de s’y opposer dans crainte d’un plus grand mal, de me préparer une bouteille de vin chaud sucré, que j’avalai presque entièrement.  Ce remède à la hussarde me réussit à merveille et, lorsqu’au point du jour mon excellent hôte vint pour d’informer de ma santé et me proposer son cabriolet pour me ramener à Paris, je lui dis que j’espérai bien arriver le même jour à Troyes Malgré ses insistances et ses bonnes raisons pour m’en dissuader certain qu’il était, disait-il, que je ne pourrai jamais faire campagne, et je ne m’en acheminai pas moins vers le quartier-général impérial qui y était installé depuis l’affaire de Brienne. Je n’arrivai que fort à Troyes le deux février, mais le lendemain à la pointe du jour, après m’être fait indiquer la route de Saint-Parres-aux-Tertres, où le corps des réserves de Paris était placé, j’enfourchai ma monture, accompagné de mon domestique : à une demi-lieue de là, sur la droite de la route qui conduit à Vandeuvre, j’aperçus un parc d’artillerie et le général Armand de Digeon que je saluai. Une demi-heure après, je distinguai un groupe d’officiers supérieurs à cheval ; comme je le présumais que le général Gérard pouvait en faire partie et que je ne l’avais jamais vu, je demandai à mon domestique parisien qui le connaissait pour l’avoir conduit plusieurs fois de me l’indiquer. « Monsieur, dit-il, c’est celui qui a le carrick gris. » Une minute après. Je remettais ma lettre de service au général qui en prit connaissance. Sa première réception ne fut pas très flatteuse pour moi : « Je voudrais bien savoir pourquoi Monsieur le Ministre de la Guerre m’envoie des officier d’état-major que je n’ai pas demandé ? Il sait cependant les choix que j’ai faits.

- Mon Général, lui répondit-je aussitôt, il a fallu pour vaincre ma répugnance à renter dans l’État-major toute la célébrité que s’est acquise le comte Gérard dans nos dernières campagnes, et si je me suis rendu à l’insistance d’un de nos mais communs, M. Denniée, qui m’a vu servir en Espagne, c’est qu’il prétend que vous ne serez pas fâché de l’initiative qu’il a prise en m’envoyant servir sous vos ordres directs. Si je n’avais pas été aussi pressé de vous rejoindre pour venir prendre ma part de la nouvelle gloire qui vous attend, je vous eusse apporté une lettre explicative de sa part, mais vous la recevrez sans doute plus tard. »

Cette réponse plut sans doute au comte Gérard, qui, toujours à cheval ainsi que moi, se mit à me toiser et me dit d’un air tout à fait gracieux : « Monsieur Simon, vous avez dû voir un parc d’artillerie à une demi-lieue d’ici. » « Oui, mon Général. » « Eh bien, rendez-vous de suite auprès du général Digeon, dites-lui de mettre en mouvement une de ses batteries que vous  me conduirez vous-même sur la hauteur qui domine les ponts retranchés de La Guillotière que j’ai ordre de reprendre. Cela suffit. » Je tournai bride aussitôt et d’un temps de galop je fus auprès du général Digeon qui n’était pas fâché de me revoir. La batterie en route, comme mes deux lieues qui la séparaient des ponts retranchés de La Guillotière étaient directes, je pris de l’avance et rejoignis le comte Gérard pour lui rendre compte de l’exécution de ses ordres. Je le trouvai occupé à prendre ses dispositions pour l’attaque successive et simultanée des ponts retranchés qui existent de la chaussée, qui, de La Guillotière, conduit à Lusigny. A cet effet, un bataillon détaché de la brigade Jarry, protégé par la batterie d’artillerie que j’avais été chercher était tout disposé à agir. La compagnie de voltigeurs de ce bataillon réparti en tirailleurs sur les deux bermes de la longue chaussée devait, avec 40 hommes fusil en bandoulière, se porter au pas de course sur les abattis du premier point, et en rendre le passage praticable au reste du bataillon qui suivait. L’artillerie placée sur un plateau dominant, et par un feu nourri contre l’ennemi, devait seconder en tout point l’attaque ordonnée.

Monsieur le général Gérard, après m’avoir fait remarquer le terrain sur lequel nous devions agir et la position de l’ennemi, me dit de mettre pied à terre et de suivre le mouvement du bataillon, je me hâtai de prendre place en tête des voltigeurs et, le signal donnée, nous arrivâmes sur le premier retranchement d’abattis sur nous déblayâmes en un clin d’œil, secondés comme nous l’étions par le reste du bataillon dont un feu de deux rangs soutenu et les boulets de notre artillerie qui portaient en plein dans les masses de l’ennemi nous mit à même de nous rendre maîtres de tous les autres ponts retranchés et prendre position en moins d’une heure au village de Lusigny. Ce petit début de campagne, qui n’était pas sans importance et auquel je m’associai avec élan et bonheur, ma valut un compliment flatteur du général en chef. Les ordres donnés au général Jarry, pour ce qui lui restait à faire, nous revînmes au quartier-général du compte Gérard à Saint-Parres-aux-Tertres, chemin faisant je renouvelai une quasi-connaissance avec les colonels, ou adjudants-commandants Saint-Rémy et Dufay, le premier cousin germain du comte Gérard, remplissait près de lui les fonctions de chef d’état-major général, le second était chef d’état-major de la division Hamelinaye. J’avais eu l’occasion de voir ces deux officiers supérieurs à l’armée d’Espagne, dont nous parlâmes beaucoup. Arrivés à Saint-Parres-aux-Tertres et lorsque nous nous reposions tous sur la paille ainsi quel e général en chef, le colonel Dufay qui prétendait avoir été très content de moi à l’attaque des ponts de La Guillotière pria son collègue Saint-Rémy de m’envoyer à sa division en qualité d’adjoint.

Celui-ci, en plaisantant, lui répondit qu’il en était bien fâché, mais qu’il n’y consentait pas, que le comte Gérard lui avait bien parlé et avec le plus grand avantage de plusieurs officiers d’état-major qu’il avait demandés au Ministre de la Guerre avant de quitter Paris, que Son Excellence s’était empressée de le satisfaire sur ce point, qu’avis de l’expédition de leurs lettres de service était parvenu depuis quinze jours et même trois semaines, qu’aucun d’eux n’était encore arrivé à son poste, tandis que le camarade Simon, dont la commission « a été signée le 31 janvier, s’est déjà battu aux avant-postes le 4 février courant, d’où en ma qualité de chef d’état-major général et sans vouloir préjuger sur le mérite des officiers choisis par notre général en chef, je m’adjuge le commandant Simon. »

Le général en chef qui semblait prendre un certain intérêt au colloque établi entre Messieurs Saint-Rémy et Dufay, répondit qu’il allait les mettre complètement d’accord, qu’étant lui aussi fort content de moi, ce serait désormais de lui dont je ressortirais, que dès ce moment mes fonctions près de lui seraient celles d’aide-de-camp. Je me trouvai singulièrement flatté de cette distinction et j’en remerciai le compte Gérard, Monsieur de Rumigny, chef de bataillon, était breveté son premier aide-de-camp depuis la campagne de Russie. Il était en ce moment auprès du général et ne l’a pas quitté, non plus que  moi pendant toute la campagne de 1814. Ces détails préliminaires que j’aime tant à me rappeler, m’ont paru nécessaires pour faire connaître la manière dont j’ai fait connaissance avec le comte Gérard. Je puis dire, sans amour-propre, que jusqu’à l’abdication de l’Empereur à Fontainebleau le 11 avril 1814, j’ai su dans beaucoup de circonstance lui fournir la preuve que j’étais réellement digne de l’espèce de prédilection subite dont il m’avait honoré et du vif intérêt qu’il n’a cessé de me porter pendant vingt années.

Mais depuis la glorieuse Révolution de Juillet, j’ai pu me convaincre sans jamais en avoir pu connaître les motifs, qu’il n’avait conservé qu’un souvenir bien pâle de son ancien compagnon d’armes.

Qu’on me lise jusqu’au bout, qu’on lise également sa correspondance avec moi, à  l’occasion de sa polémique avec le maréchal Grouchy, sur les causes qui ont amené la perte de la bataille de Waterloo. Le rôle important de que le comte Gérard m’y fait jouer, en ma qualité de faisant fonction de chef de son état-major, puisque pour faire connaître la vérité, il ne s’appuie en grande partie sur les faits consignés dans mon rapport sur les opérations du quatrième corps d’armée qu’il commandait…

Charles SIMON-LORIERE.

Ce texte qui est un extrait du manuscrit original a été publié la première fois en 1989 dans « L’Émoi de l’Histoire » (n°3- 2ème trimestre), bulletin de l’Association des élèves du Lycée Henri IV (Paris). Ce numéro n’est plus disponible.

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( 3 janvier, 2019 )

La CAMPAGNE D’ALLEMAGNE (1813) RACONTEE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (III).

La CAMPAGNE D'ALLEMAGNE (1813) RACONTEE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (III). dans TEMOIGNAGES vionnet

Suite du témoignage de Vionnet de Maringoné.

Nous campâmes dans la plaine en colonne serrée par division et par bataillon en masse. Nous étions dans la boue et dans l’eau jusqu’à mi-jambes, jamais je n’ai pu comprendre quelle était la raison qui avait poussé à choisir une position aussi incommode et aussi malsaine. Le 22 août 1813, nous restâmes dans le même ordre. Une partie de la vieille Garde arriva avec la 4ème division. Nous fîmes aussi une visite aux généraux. Le 23, l’armée rétrograda une troisième fois sur Lauban. Elle n’y fit qu’une halte fort courte et vint camper près du village de Lichtenberg. Le 24, on continua la retraite. Le régiment fit une halte à Görlitz, où il reçut le pain pour trois jours et vint bivouaquer près du village de Kolivitz, où il n’arriva qu’à dix heures du soir, par une nuit obscure et une pluie horrible.  Le 25, il tomba une grêle si grosse et poussée avec tant de force que plusieurs soldats furent blessés/ Le 26, la division arriva devant Dresde, n’ayant pas la moitié des hommes présents, tant la fatigue en avait éparpillé sur les routes. Jamais on avait fait des marches aussi longues et aussi fatigantes. Il y a de Lowenberg à Dresde 50 lieues que nous fîmes en quatre jours, sous une pluie continuelle et à travers des routes épouvantables. En arrivant sur un monticule devant Dresde, nous vîmes que l’on se battait de l’autre côté de la ville ; un instant après, une batterie vint s’établir sur la rive gauche de l’Elbe et ouvrit le feu sur quelques troupes qui se trouvaient sur la rive droite du fleuve. On nous fit reposer pendant deux heures, puis on nous donna l’ordre d’entrer en ville. L’Empereur était à la sortie du pont et regardait défiler les régiments. Nous pensions loger chez l’habitant et ne songions nullement à nous battre, quand, en approchant de la route de Pirna nous entendîmes le feu de l’infanterie tandis qu’obus et boulets tombaient sur les maisons. Sur une petite place se tenaient les vieux grenadiers dela Vieille Garde et un peu plus loin était une petite redoute avec six canons qui faisaient un feu continuel sur l’ennemi, lequel était dans le Gross-Garten, jardin qui est à peine à une portée de pistolet. L’artillerie ennemie tirait à mitraille sans discontinuer. Ce fut sous ce feu meurtrier et à la sortie de la porte de Pirna que le régiment se forma en colonne serrée par division, au pas de course. Les deux premiers pelotons furent envoyés en tirailleurs, le premier bataillon marcha à l’angle du bois et le second droit à l’ennemi, qui fut culbuté sur tous les points et la position emportée en quelques minutes. La nuit ne permis pas de profiter de nos succès et de poursuivre l’ennemi, qui laissa la plaine et le bois couverts de ses morts. Je reçus deux coups de feu et deux coups de mitraille dans la poitrine. Mes deux lieutenant-colonels furent blessés. M. Dethan mourut des suites de ses blessures. Le régiment perdit en outre trente sept hommes tués ou blessés. 

Le 27 août au matin, malgré le mauvais temps, le régiment prit les armes et tirailla contre l’ennemi qui occupait le château de Gross-Garten. Le général Rottembourg ayant été nommé général de division, le commandement de sa brigade composée des 1er et 2ème régiments de Tirailleurs me fut confié. Je fus relevé au Gross-Garten par une division d’infanterie de ligne commandée par le général Paillard, que j’avais connu jadis en Espagne. La brigade se dirigea vers un village où l’ennemi avait une batterie de quinze pièces qui tirait sur nous sans relâche. Je fis placer les troupes en colonne serrée et profitai d’un accident de terrain qui nous cachait aux ennemis.

A suivre…

  

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( 2 janvier, 2019 )

Le général Haxo…

haxo.jpgLe général de brigade Haxo commande pendant la campagne de Russie le génie du 1er corps d’armée. Mais l’Empereur, qui le connaît et l’apprécie, l’appelle le 19 juin 1812, le charge d’étudier le cours du Niémen de Kowno à Preny, et, le 23, Haxo accompagne Napoléon sur le bord la rivière : tous deux, déguisés sous des capotes et bonnets de soldats, reconnaissent les endroits où il faut jeter des ponts. Il est parfois cité pendant la retraite, notamment le 14 novembre, à l’évacuation de Smolensk. Dans les derniers jours, il fait société avec Lejeune. Le 25, roulé à côté de Lejeune dans une vaste peau d’ours, il passe la nuit dans un bois sur un tas de branches de sapin, les pieds tournés vers un énorme bûcher constamment entretenu. Le 29, lorsque Lejeune est empoisonné par une viande à laquelle s’étaient collées des feuilles de tabac, Haxo lui fait du thé qui le sauve. Le 3 décembre, sur le verglas, Haxo et Lejeune marchent en se soutenant par le bras, et quand Lejeune a le nez gelé-le nez prenait alors une couleur de cire et devenait absolument insensible- Haxo le frictionne avec de la neige.

Deux jours  plus tard, à Smorgoni, l’Empereur, sur le point de partir, ordonne à Chasseloup de se rendre à Paris pour arrêter le travail du budget et d’inspecter sur son passage Dantzig, Stettin et Wesel ; c’est Haxo qui remplace Chasseloup ; par décret du 5 décembre, il est nommé à la fois général de division et commandant en chef du génie àla Grande-Armée. Le 8 décembre 1812, grâce à Lejeune et à deux échelles que ce dernier à trouvées, Haxo, avec Davout et Gérard, pénètre dans Wilna, non par la porte encombrée, mais par des jardins. Arrivé sur le sol prussien, au bout de quelques jours ; il tombe malade et, un instant, on désespère de lui comme Eblé. Mais il se rétablit promptement et Napoléon l’appelle à Paris. Le major général citait Haxo parmi les « hommes d’énergie » qui s’étaient montrés durant la retraite et qui avaient déployé le plus de zèle dans le travail de réorganisation entrepris à Königsberg. A la fin de janvier 1813, Haxo prenait donc le chemin de Paris, et il eut l’ordre d’inspecter sur son chemin les places de l’Oder ainsi que Spandau et Magdebourg pour faire à l’Empereur un rapport détaillé sur ces forteresses. 

Arthur CHUQUET. 

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( 2 janvier, 2019 )

Comment voyageait Napoléon…(1ère partie).

Cet article dû l’historien Marcel Doher, a été publié la première fois dans la revue du Souvenir Napoléonien (n°278) en novembre 1974.

« Activité, Activité, Vitesse »… Cette célèbre expression de Napoléon au début de la fameuse Campagne des Cinq Jours, à la veille d’Eckmühl, dit la célérité avec laquelle il entrait en campagne. Caractéristique de cette célérité et de ses déplacements est son entrée en campagne aux heures graves de 1813 en Allemagne. Il quitte Mayence le 24 avril de cette même année- à huit heures du soir pour gagner du temps-et monte en voiture, accompagnée de Berthier, en direction d’Erfurt. Pourtant « l’alarme est sur la route d’Erfurt », disent les rapports ; mais il est capital pour lui de rejoindre les 60.000 hommes de l’armée de l’Elbe, auxquels il apporte les 100.000 hommes de celle qu’il a formée sur le Main. Aussi, pour lui, la rapidité prime tout. Son principal secrétaire, Fain, en exprime son émerveillement dans son « Manuscrit de 1813 » : « Ma plume ne saurait décrire la rapidité de son entrée en campagne ; elle ne peut que se traîner sur ses pas. » Le « gros bagage », du quartier Impérial est encore en arrière. Les chevaux de main et les valets ne peuvent suivre aussi vite, ni marcher en avant parce que des essaims de troupes ennemies infestent la route. Les russes ont dépassé Dresde. Des troupes légères ont poussé jusqu’à Gotha où elles ont enlevé le secrétaire dela Légationfrançaise et quelques soldats, des partisans venus du Nord, rôdent à trente lieues de Cassel, la capitale du toi Jérôme de Westphalie. L’Empereur s’arrête à Francfort à 11 heures du soir, juste le temps de remplacer les chevaux. Il traverse Hanau, Hunfeld, Wach, Eisenach, Gotha et arrive le lendemain 25 avril 1813, à 9 heures du soir à Erfurt, où il descend de sa voiture de voyage. Il va s’en servir encore une journée, pour se rendre à Eckartsberg où des unités de conscrits de 1813, l’ayant reconnu, l’acclament avec enthousiasme, shakos au bout des fusils. Il y abandonne sa voiture, car il fera tout le reste de la campagne à cheval, jusqu’à l’armistice du 4 juin.

M.D.

En berline.

Comme sans doute bien des gens à l’époque, s’ils pouvaient en approcher, jetons un regard de curieux sur cette voiture. C’est une berline très simple, à quatre roues, bien suspendue, peinte en vert, la couleur de la livrée impériale. Elle est conduite par six forts chevaux limousins, menées par deux cochers dela Maison.L’intérieur du carrosse a deux sièges : l’un pour celui qui accompagne Napoléon- c’est, en principe Berthier-, l’autre pour Napoléon lui-même. Ce dernier siège est rapidement transformable en une couchette, sur laquelle Roustam installe alors des matelas rangés dans un coffre. Napoléon y dort, sans ôter son uniforme vert et blanc, ayant simplement la tête enveloppée, comme d’un turban, par un grand mouchoir bigarré qu’il noue sur le front. A portée de sa main, dans la voiture, se trouvent de nombreux tiroirs fermant à clef, dont l’un est muni de papier, plumes et encre, l’autre d’un nécessaire de toilette. En route ils contiennent aussi les nouvelles arrivant de Paris, du courrier non encore lu, des journaux, des livres parmi lesquels-chose curieuse- des romans. A vrai dire, ceux-ci ne servent qu’au cas, bien rare où il a des moments de loisirs. Et encore, s’ils déplaisent, à peine feuilletés ils sont lancés par la portière d’une main impatiente. Pour la plus grande joie de l’escorte ou de la suite, qui se montent ainsi une petite bibliothèque de campagne.

En face du siège de l’Empereur est affichée, chaque jour, la liste des localités où sont prévus et préparés les relais. Une grande lanterne, accrochée au dehors sur le derrière Comment voyageait Napoléon...(1ère partie). dans HORS-SERIE A-300x235vitre [sic] de la voiture, en éclaire l’intérieur. Quatre lanternes extérieures jettent, la nuit, leur clarté sur la route. En plus de la voiture « de poste » que nous venons de voir, Napoléon dispose d’une calèche de service léger, à deux places, et de « brigades » de chevaux de selle. La calèche lui servait pour se transporter d’un corps d’armée à un autre, ou pour faire en quelques heures le trajet que la troupe mettait une journée à parcourir. En principe, un service de voitures précédait l’Empereur, pour qu’à son arrivée à destination il trouvât un logis installé, avec un secrétaire et un valet de chambre. En déplacement, l’Empereur travaillait beaucoup avec Berthier. Bien des gens minimisaient le rôle de ce dernier et ses capacités. A Sainte-Hélène, les compagnons dela Captivité, s’étant permis de dire à Napoléon combien ils avaient souvent été étonnés du choix de ce Major Général et de la confiance qu’il avait en lui, il leur répondit que Berthier avait des talents et un mérite « spéciaux et techniques ». Pendant que la voiture dévorait les étapes, l’Empereur parcourait les livres d’ordres et les états de situation, prenait ses décisions, arrêtait ses plans et ordonnait les mouvements. Berthier en prenait note et, à la première station ou au premier moment de repos, soit de jour, soit de nuit, il expédiait à son tour les ordres et les différents détails particuliers avec une régularité, une précision et une promptitude admirables. Et Napoléon ajoutait : « C’était un travail pour lequel il était toujours prêt et infatigable. Voilà quel était le mérite spécial de Berthier ; il était des plus grands et des plus précieux pour moi : nul autre n’eût pu le remplacer ».

Le travail, souvent absorbant pendant les longs trajets en voiture, obligeait l’Empereur à prendre quelque repos. Ecoutons Caulaincourt : « Il dormait en voiture comme dans son lit, plusieurs heures de suite. On peut dire qu’il eut toujours le sommeil à commandement ». « Il dormait, dit Fain, quand il voulait et comme il voulait. Quelque besoin qu’il eût de sommeil, trois ou quatre heures pouvaient suffire ». Voyons-le au soir de la troisième journée de Leipzig : « à côté d’un grand feu près du moulin à vent de Thonberg, il donne pour la première fois de sa vie ses ordres pour la retraite au cours d’une bataille. Puis, harassé, il succombe au sommeil sur un siège qu’on vient de lui apporter. Au bout d’un quart d’heure, il se réveille, jette un regard étonné sur le cercle de ceux qui l’entourent, comme s’il doutait de la réalité et vivait un cauchemar. Mais, comme toujours, le réel le reprend instantanément : c’est ce qu’il appelle lui-même sa « présence d’esprit d’après minuit ».

 A suivre…

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( 1 janvier, 2019 )

Napoléon et la Marine au travers de l’une de ses lettres…

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« Monsieur le Duc de Feltre, la Marine a désiré que j’augmentasse les canonniers de la Marine de manière qu’ils puissent aussi former la garnison des Vaisseaux. La Marine se trouve en mal des garnisons qui sont tirés de l’armée de terre et qui donnent lieu à de perpétuelles discussions. J’ai donc ordonné par un décret, que vous allez recevoir, que les compagnies des canonniers de la marine seraient portés à 250 hommes et je lui ai accordé 2000 conscrits dans la conscription de 1812, à prendre à raison de 14 hommes sur le contingent de chaque régiment. Le ministre de la Marine répartira ces 2000 hommes entre les 4 Régiments d’artillerie de marine, c’est à dire qu’il désignera le nombre d’hommes à diriger sur Toulon, Brest, Cherbourg et Anvers. Il est nécessaire que le Comte Dumas se rende demain chez le Ministre de la Marine pour presser cette répartition. Il aura soin d’appliquer à chaque port les conscrits les plus voisins. Les Provençaux et les Languedociens seront désignés pour Toulon. Les Bretons et les Poitevins pour Brest ; les Normands pour Cherbourg ; les Picards, les Lorrains et les Bourguignons pour Anvers. Par ce moyen, ces hommes arriveront promptement. Ce sera 2000 hommes de moins pour l’armée de terre, mais j’en gagnerai 13 000 environ par la restitution que la Marine me fera des 98 compagnies actuellement embarquées comme compagnies de garnison. Remarquez bien qu’il est nécessaire que ces 2000 hommes parlent français et soient tous natifs de l’ancienne France. Je désire que vous me remettiez l’état des compagnies de garnison au 15 février ; avec l’indication du lieu où elles se trouvent, afin que je puisse ordonner leur retour et leur donner une destination. Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte garde.

Paris, 29 février 1812 »

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Cette lettre est adressée au général Clarke, duc de Feltre, alors ministre de la Guerre. Ecrite par un secrétaire, elle est signée « Nap ».

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( 1 janvier, 2019 )

La défense et la capitulation de Ratisbonne en avril 1809.

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A l’appui de cette lettre de Geoffroy Eissen, lieutenant adjudant-major au 65ème de ligne, que l’on va lire, il est peut-être utile de rappeler qu’à l’ouverture de la campagne de 1809, Napoléon dans son mouvement de concentration, ordonna à Davout d’évacuer Ratisbonne, où ses 50.000 hommes étaient cantonnés, pour venir le rejoindre dans la direction d’Abensberg, et lui prescrivit de ne laisser dans cette place qu’un seul régiment. « C’est, dit Thiers, au 65ème de ligne, excellent régiment commandé par le colonel Coutard, que le maréchal Davout avait réservé le rôle périlleux de garder Ratisbonne contre les armées nombreuses qui allaient l’attaquer par la rive droite et par la rive gauche du Danube. Il lui avait prescrit de fermer les portes, de barricader les rues et se défendre à outrance jusqu’à ce qu’on le dégageât, ce qui ne pouvait manquer d’arriver bientôt, car Ratisbonne, relié par un pont au faubourg de Stadt am Hof, à l’embouchure de la Pregel, n’avait qu’une simple chemise pour toute fortification.  Le colonel Coutard avait eu affaire le 19, à l’armée de Bohême et lui avait résisté à coups de fusil avec une extrême vigueur, si bien qu’il avait abattu plus de 800 hommes à l’ennemi. Mais le lendemain 20, il avait vu paraître sur la rive droite, l’armée de l’archiduc Charles, venant de Landshut, et il ‘était trouvé sans cartouches, ayant usé toutes les siennes dans le combat de la veille. Le maréchal Davout, averti, lui avait envoyé par la route d’Asbach, deux caissons de munitions, conduits par son brave aide de camp Trobriant, lesquels avaient été pris sans qu’il pût entrer un seul paquet de cartouches dans Ratisbonne. Le colonel Coutard pressé entre deux armées, n’ayant plus un seul coup de fusil à tirer, ne pouvant du haut des murs et des rues barricadées, se défendre avec des baïonnettes, avait été contraint de se rendre. La captivité du 65ème ne fut donc pas de longue durée puisque, dès le 23 avril, le lendemain d’Eckmühl, Ratisbonne était reconquis ; et le 65ème délivré, reprit sa place dans l’armée d’Allemagne et fut à Essling ainsi qu’à Wagram.       

 Paul SCHMID.

                                                                                                                                                                                                                    Ratisbonne, ce 26 avril 1809.

Depuis ma dernière [lettre] de Magdebourg, j’ai à vous rendre compte de bien d’événements. Après être venu à marches forcées de Magdebourg à Nuremberg ; on nous y laissa quelques jours pour nous reposer. Le 9 du courant nous en partîmes avec notre corps d’armée et manoeuvrâmes en suivant les mouvements des ennemis, tantôt en nous portant sur Ingolstadt et Ratisbonne jusqu’au 16 où nous arrivâmes sur l’Altmühl où nous prîmes position ; dans la nuit, nous eûmes quelques escarmouches. Le 17 au matin, notre régiment reçut l’ordre de se rendre à Ratisbonne pour la garde du maréchal et les 4 divisions prirent position sur la rive gauche du Danube en face de l’ennemi ; dans l’après-midi, l’ennemi fit une attaque sur nos avant-postes, mais fut constamment repoussé. Le 18, le corps d’armée reçut l’ordre de se porter sur Neustadt. Le maréchal fit venir le colonel et lui fit : « Colonel, je vous confie un poste bien délicat et bien glorieux en même temps ; l’Empereur comte sur vous, vous devez tenir à Ratisbonne, empêcher l’ennemi de passer le pont et protéger ainsi notre marche sur Neustadt. » En même temps, notre 1er bataillon reçut l’ordre de se porter en avant en tirailleurs pour remplacer les troupes qui devaient passer le Danube. Nous perdîmes, ce jour, une centaine d’hommes, tant tués que blessés ; à minuit, nous brûlâmes le pont de Ratisbonne et la petite ville de Hof am Stadt. Maintenant nous étions notre régiment seul sans une pièce de canon ni un cavalier. Le 19 à midi, l’ennemi fit une attaque générale sur nous avec 10.000 hommes et 30 pièces de canon. Nous nous repliâmes alors dans Hof am Stadt où s’engagea le combat le plus terrible dont on ait parlé depuis longtemps : nous nous battions dans les rues à dix pas de distance, ensuite corps à corps à la baïonnette ; les boulets, les obus, les balles pleuvaient sur nous cela n’empêchait pas que nous ne cédions pas un pouce de terrain à l’ennemi ; au contraire, à six heures du soir, nous avions fait 700 prisonniers et prix quatre drapeaux et à huit heures, nous étions maîtres de tout le champ de bataille, les rues étaient couvertes de morts et de mourants ; à la fin , nous étions obligés de brûler les cartouches des tués et blessés ; la nuit se passa avez tranquillement ; nous en profitâmes pour barricader toutes les rues et créneler quelques maisons. Malheureusement, il ne nous restait pour le lendemain, que quatre cartouches par homme. On demanda des secours et des munitions. Mais les caissons furent pris en route par l’ennemi et le bataillon ne put jamais se faire jour à venir jusqu’à nous ; enfin le 20, arrivèrent sur nos derrières deux corps d’armée autrichiens chacun de 15.000 hommes, de manière à ce que nous avions 40.000 hommes sur les bras avec 50 pièces de canon ; nous fîmes des efforts inouïs ; après avoir brûlé jusqu’à notre dernière cartouche et perdu une grande partie de notre monde, nous fûmes obligés de capituler ; les officiers prisonniers sur parole conservant leurs épées, les soldats prisonniers de guerre conservant leurs bagages et sortir avec tous les honneurs de la guerre ; par une ruse, nous avons conservé nos aigles et nos drapeaux ennemis. Le 20 dans la nuit et le 21, défila ici toute cette armée que nous avions amusée seuls, pour se porter sur l’Empereur, mais ils arrivèrent trop tard. Le 23, dès le matin, nous vîmes revenir en déroute toute cette armée de fanfarons qui voulaient aller tout droit à Paris. L’Empereur les suivit l’épée dans les reins ; à cinq  heures, nos têtes de colonnes arrivèrent à la ville, la canonnade (sic) s’engagea et à neuf heures, la ville était emportée d’assaut ; une grande partie de la ville a été brûlée. Nous fûmes donc pris et repris dans bien peu de temps. L’Empereur est content de nous. Nous lui avons remis nos aigles enveloppées dans les drapeaux autrichiens, aujourd’hui nous allons recevoir notre destination ; nos braves soldats désertent par bandes et viennent nous rejoindre. Je me rappellerai toute ma vie le moment où ces braves furent obligés de nous quitter, jamais des soldats n’ont montré autant d’attachement à leurs officiers que les nôtres et autant de mépris pour l’ennemi : étant obligés de déposer leurs armes, ils les brisèrent en criant : « Vive notre empereur ; nos camarades nous vengerons  (sic) ! » Je finis en vous embrassant ainsi que toute la famille.

Votre tendre fils.

G. EISSEN.

Monsieur Eissen père, rue du Dôme, 13, à Strasbourg (Bas-Rhin). 

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Etat de services de Georges-Geoffroy EISSEN 

Né à Strasbourg  (Bas-Rhin) le 31 janvier 1777, canonnier au 2ème bataillon du Bas-Rhin le 13 mai 1793 ; caporal le 24 mai et fourrier le 1er juin de la même année ; envoyé en congé comme surnuméraire le 2 thermidor an IV ; sergent-major au 1er bataillon du Bas-Rhin, le 2 thermidor an VII ; adjudant sous-officier au  2ème bataillon du Bas-Rhin le 1er fructidor an VII ; passé au 65ème régiment de ligne le 8 pluviôse an VIII ; sous-lieutenant le 11 ventôse an XIII ; lieutenant le 29 mars 1807 ; membre de la Légion d’honneur le 1er octobre 1807 ; adjudant-major le 1er juin 1808 ; capitaine le 29 août 1809 ; capitaine de grenadiers le 16 mai 1811 ; chef de bataillon, le 12 avril 1813 ; passé à l’état-major du 6ème corps le 29 avril 1813 ; passé au 139ème de ligne par ordre de S.A.S. le prince major général le 19 juin 1813 ; passé à l’état-major du 3ème corps, par suite de la réduction du 139ème à trois bataillons, le 24 juin 1813 ; passé au 43ème de ligne par ordre du prince de La Moskowa le 4 juillet 1813 ; nommé titulaire au 3ème bataillon du 43ème de ligne le 10 novembre 1813 ; à l’hôpital de Paris le 30 octobre 1813 : mort à l’Hôtel-Dieu, à Paris, le 11 avril 1814, des suites de ses blessures.

Campagnes : 1793, ans II, III et IV, à l’armée de l’Ouest ; ans VII, VIII et IX à l’armée du Rhin ; an XI à Belle-Isle-en-Mer ; ans XII et XII à l’armée sous Brest ; an XIV à l’armée d’Allemagne ; 1810 à 1812, Espagne et Portugal ; 1813, Grande-Armée.

Blessures : Blessé d’un éclat d’obus au bras gauche, à l’affaire de Montaigu, le 14 septembre 1793, et d’un éclat d’obus à la cuisse gauche, à la bataille de Bautzen, le 21 mai 1813.

(Archives administratives du Ministère de la Guerre.) 

Article paru en 1909 dans le « Carnet de la Sabretache ».

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