( 28 octobre, 2018 )

« Ah si IL revenait !.. »

Sur cette gravure de Charlet (datant des années 1820) ce sergent revenu à ses occupations domestiques, semble méditer sur son sort; se souvenir des heures glorieuses de l’Epopée… Remarquez sa Légion d’honneur, et, au-dessus de sa tête, dans une niche, une statuette de Napoléon. Et le chien qui regarde son maître…

Ah ! Si IL revenait... !

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 28 octobre, 2018 )

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie…

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie... dans TEMOIGNAGES campagnerussie1Il y eut certainement, quoiqu’en dise Gourgaud, des actes d’anthropophagie pendant la retraite de Russie. Un sous-officier portugais assure au sergent Bourgogne que les prisonniers russes, n’ayant rien pour se nourrir, ont mangé quelques-uns de leurs morts. Ségur raconte que des soldats français, affamés, attiraient à eux les corps de leurs camarades grillés par les flammes et osaient porter à leur bouche cette révoltante nourriture. De même, Labaume : « Beaucoup, dit-il, étaient réduits à un état de stupidité frénétique qui leur faisait rôtir des cadavres pour les dévorer… » [On se méfiera de ce dernier témoignage, écrit sous la Restauration et qui avait intérêt à plaire au pouvoir royal…]Koutouzov n’écrit-il pas que plusieurs individus de l’armée française se sont portés à des actes de cannibales ? Il y eut même des actes d’autophagie. On vit, rapporte Vionnet de Maringonné, des « hébétés », des forcenés dont la faim avait altéré la raison, déchirer leurs propres membres, sucer leur propre sang, et Labaume affirme qu’on les voyait se ronger les mains et les bras.  

Arthur CHUQUET. 

Article publié dans le 2ème  volume de la série d’Arthur Chuquet et  intitulée : « 1812, la guerre de Russie », Fontemoing, 1912 (3 volumes). 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 27 octobre, 2018 )

Depuis son exil elbois, l’Empereur pense à la France…

Napoléon

« De l’île d’Elbe, Napoléon tourne donc les yeux vers la France et non vers l’Italie. Voilà pourquoi il avait opté pour l’île d’Elbe, et non pour la Corse.  La Corse c’était pourtant sa patrie : il ne parlait d’elle qu’avec la plus vive émotion; il assurait que l’odeur de la terre corse, cette odeur aromatique qui s’exhale des plantes et des arbustes de la montagne, lui causait une sorte d’enivrement, qu’il n’avait nulle part retrouvé cette odeur, qu’elle eût suffi, s’il avait fermé les yeux, pour lui faire deviner le sol du pays natal. Retiré dans l’île de Corse, comme dans une imposante forteresse, il aurait bravé toute surprise, tout enlèvement, et c’est là qu’il projetait [projeta] de fuir après Waterloo;  c’est là qu’il comptait trouver un asile s’il ne pouvait, en mars 1815, atteindre le rivage de Provence. Pourquoi donc avait-il à Fontainebleau dédaigné la Corse ? Parce qu’aller en Corse, c’était finir où il avait commencé; c’était revenir au gîte pour y mourir ; c’était se terrer et s’enterrer. En Corse, il aurait pris goût à la vie de roitelet ; il eût marié Drouot à une cousine Paravicini dont il vantait la dot, 300.000 francs en oliviers !  II préféra l’île d’Elbe: de là, il épiait les Bourbons; de là, il observait cette France qu’il ne désespérait pas de reprendre et de gouverner. Déjà, au mois d’avril [1814], à Fontainebleau, dans un entretien avec le général comte Gérard, il lâchait ce mot: « Je reviendrai plus tôt qu’on ne pense « . Déjà, le 24 avril, le commissaire russe Schouvalov qui l’accompagna jusqu’à Fréjus, écrivait qu’il ne renonçait pas à ses projets, qu’il pensait être au bout de quelque temps redemandé par les Français, qu’il avait des partisans qui travaillaient pour lui. Déjà, sur le pont de L’Indompté qui le portait à l’île d’Elbe, il disait que Bourbons et bourbonistes se livraient à la joie parce qu’ils retrouvaient leurs châteaux et leurs terres, mais que, s’ils mécontentaient le peuple, ils seraient chassés avant six mois. Huit jours après avoir touché le sol elbois, il exprimait la même idée: « Que les Alliés regagnent la frontière, et les Français ne se tiendront pas tranquilles; je ne leur donne pas six mois de patience. » Devant Campbell et le général autrichien Kohler, il tenait de semblables propos : les Bourbons ne convenaient pas au pays ; ils n’avaient pour eux que quelques perruques, quelques personnages sans influence qui leur feraient par leurs ridicules prétentions plus de mal que de bien; ils auraient dû prendre la France, telle qu’il la leur laissait, avec ses institutions et ses habitudes nationales, au lieu de l’affubler de vieux vêtements qui n’étaient  plus à sa taille. « Qu’éclate une tempête révolutionnaire, s’écriait l’Empereur, Louis XVIII ira retrouver ses amis les ennemis ! » Il avait la conviction que le comte d’Artois [le futur Charles X] perdrait son frère. Sans doute, remarquait-il, « le Roi est éclairé et il a de l’esprit, plus d’esprit que Louis XVI; il n’a qu’à changer les draps et à se mettre dans mon lit : je le lui ai fait assez beau. Mais il aurait dû revenir le premier ou, mieux encore, revenir seul. Le comte d’Artois gâtera tout. »

(Arthur CHUQUET, « Le départ de l’île d’Elbe », Editions Ernest Leroux, 1921, pp.75-78)

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 27 octobre, 2018 )

« Les Grandes batailles du Passé: Austerlitz, 1805″.

Image de prévisualisation YouTube

Quel plaisir que de revoir ce bon documentaire ! Il a été diffusé la première fois à la télévision francaise en décembre 1974.

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 26 octobre, 2018 )

Le GENERAL ROUSSEL d’HURBAL lors de la CAMPAGNE de RUSSIE…

retraitederussie.jpg

Ce personnage a commandé pendant la campagne de Russie le brigade composée du 6ème et du 8ème régiment de lanciers polonais et du 2ème hussards prussiens. Il reçut à la bataille de La Moskowa plusieurs contusions, et eut deux chevaux tués sous lui.  Vers huit heures du matin, il chargea les cuirassiers russes avec le 6ème lanciers polonais. Les chevaux se croisèrent. Les lanciers renversèrent des cuirassiers au milieu des rangs, les forèrent à tourner bride, et les poursuivirent jusqu’au milieu de l’infanterie ennemie. Cette charge, l’une des plus brillantes qui aient été faites, mérite d’être citée.  Dans la soirée, Murat ordonna au général Roussel d’Hurbal de charger la ligne russe. Un profond ravin qui la couvrait empêcha cette charge, ainsi que toutes celles qui furent ordonnées vers la fin de la bataille. Le vicomte Roussel d’Hurbal fut nommé général de division à Smorgoni, le 5 décembre 1812, au moment où Napoléon quittait l’armée. 

(« Le Spectateur Militaire. Tome huitième. Du 15 octobre 1829 au 15 avril 1830 »). 

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 26 octobre, 2018 )

Recevez « Le Bulletin de L’Estafette » !

Recevez "Le Bulletin de L'Estafette" !

Publié dans INFO par
Commentaires fermés
( 26 octobre, 2018 )

Un LIVRE à LIRE (ou à RELIRE) !

Un LIVRE à LIRE (ou à RELIRE) ! dans HORS-SERIE napoleon

Voici un livre excellent, que je viens de relire. Paru en 2002, Dominique JAMET, fameux journaliste et homme de lettres, y prend la défense de l’Empereur. Point par point, avançant ses pions tel un stratège, étayant ses assertions par de solides arguments, JAMET place ceux qui veulent réécrire l’histoire napoléonienne devant leurs propres calomnies. « Voir l’Histoire en général, et celle-ci en particulier avec les yeux d’un Henri Guillemin, par exemple, c’est la réduire à une suite d’intrigues médiocres, manœuvres obliques et de calculs sordides, c’est tout rabaisser, tout salir, tout avilir », déclare JAMET au début de son ouvrage. Le ton est donné et il ne changera pas.

Ainsi plus loin: « On parle toujours des « guerres de Napoléon » et des centaines de milliers, voire du million d’hommes que sa folle ambition aurait menés à la mort, comme s’il avait été de bout en bout l’unique responsable des conflits, le seul fauteur de guerre. On serait  mieux fondé à remettre en vigueur l’expression de « guerres de coalition » et à évoquer le nombre au moins équivalent de leurs sujets que les rois de l’Europe coalisée ont équipés, armés, enrégimentés avec l’argent anglais et fait périr dans mes combats pour le rétablissement de l’ordre ancien et le plus grand profit de l’Angleterre. »

Ce livre est une petite merveille à faire connaître aux anti-napoléoniens, ou du moins, à garder près de soi.

C.B.

Dominique JAMET, « Napoléon », Collection « Si j’avais défendu », Plon, 2002, 212 pages.

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 26 octobre, 2018 )

Deux lettres sur la bataille d’Austerlitz…

jpgausterlitz.jpg

Lettre du commandant Salmon (chef de bataillon au 24ème léger, écrite à sa femme Pauline, après la bataille d’Austerlitz). 

3 décembre 1805, au bout du monde. 

C’était hier la fête du couronnement de notre Empereur. Quatre mots ma chère petite femme, pour te tranquilliser, car l’affaire d’hier fera beaucoup de bruit. Nous nous sommes battus depuis cinq heures du matin jusqu’à huit heures du soir. Je dois ma vie à mon adresse et à mon grand courage. J’ai fait bien du mal à l’ennemi mais il m’en a fait beaucoup. Je suis resté à deux cents hommes. Lorsque j’ai rallié ma troupe, je n’avais que vingt hommes et mon drapeau. Nous avons 30 officiers tués et blessés. J’avais été chargé par la Garde à cheval de l’empereur de Russie. Je comptais Devienne au rang de ceux qu’ils ont vaincu. Mais il était tombé sous les chevaux, dont plusieurs lui ont marché dessus. Il a fait le mort et il m’a rejoint. Ce ne sera rien, il marche bien et il a bon appétit. Nous avons mangé un morceau ensemble. J’ai fini par le faire rire. « Ah mon Dieu ! me dit-il, commandant, je ne croyais jamais que vous pouviez vous tirer de là. » J’ai renversé un cavalier de sur son cheval, au moment où il m’a porté un coup de sabre, avec la monture du mien, étant serré corps à corps : pour finir je me porte bien quoique fatigué.

Philippe, qui était observateur, vint nous embrasser en pleurant et nous offrir de la soupe et notre part d’un civet qu’il avait fait avec un lièvre qu’il avait pris à la main. Il était à bout de fatigue par les coups de fusil de l’ennemi et les nôtres. 

Enfin nous avons gagné la bataille. C’est innombrable la perte de l’ennemi. Cinq lieues de chemin, la terre jonchée de leurs corps morts, 200 pièces de canon, 23 milles prisonniers. Quelle bataille ! Depuis que le monde est monde, jamais pareille [chose] n’est arrivée. 

Austerlitz… 

———————————

Lettre du général Léopold Berthier (1770-1807), frère cadet du maréchal Berthier à sa femme. 

Au quartier-général, au bivouac, sur la route d’Olmütz, le 5 décembre 1812. 

Il m’a été impossible, ma chère bonne petite, de pouvoir t’écrire ces jours-ci. Mon frère a bien voulu te faire dire que je me porte bien. Tu sais la grande et belle bataille que nous avons gagnée. Ton frère, moi, d’Haugerenville de porte bien ; sois sans inquiétude, tout va bien ; l’ennemi fuit et tout va très bien pour nous. Kellermann, Gérard, Chaloppin ont été blessés légèrement [Le chef d’escadron Chaloppin fut en fait mortellement frappé à Austerlitz].

Le maréchal [Berthier] se porte bien ; je suis couché à côté de lui sur un très bon lit de paille et devant un bon feu. J’espère que ce soir nous serons dans un bon lit ; nous en avons besoin pour nous remettre de nos fatigues. Adieu, bonne petite amie à moi, aime toujours ton bon petit mari et il est sûr d’être toujours heureux. Embrasse nos petits enfants et sois assurée que je ne perdrai de temps quand je pourrai t’écrire de venir me rejoindre. 

Adieu, je t’embrasse de tout mon cœur.  Ton ami, ton amant, 

L.BERTHIER 

Ces documents furent publiés en 1905 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 25 octobre, 2018 )

Une conversation de lord Ebrington avec Napoléon pendant son séjour à l’île d’Elbe.

01004566.jpg

On sait, notamment par Pons, que l’Empereur reçut la visite de plusieurs sujets britanniques à l’île d’Elbe. Lord Ebrington eut l’honneur de rencontrer Napoléon par deux fois ; la première de ces entrevues eut lieu le 6 décembre 1814 ; une autre suivra quelques jours plus tard, le 8 décembre. Lord Ebrington sera alors  invité par l’Empereur à partager son dîner. Son récit de cette première entrevue fut reproduit dans l’ouvrage qu’Amédée Pichot a consacré à la période des Cent-Jours (publié en 1873 ).

C.B. 

« Je voyageais en Italie ; je ne voulais pas retourner en Angleterre sans être à l’île d’Elbe, pour tâcher d’y voir l’homme le plus extraordinaire de tous les temps », écrit au début de son texte Lord Ebrington, avant de poursuivre : « Je  fus bien accueilli par Napoléon, et j’ai eu avec lui deux conversations de plusieurs heures. A l’issue de ces entretiens, je ne suis hâté de prendre note de ce qu’il m’avait dit de plus remarquable. Ce fut le 6 décembre 1814 à huit heures du soir, heure indiquée par la lettre de rendez-vous que le grand-maréchal [le général Bertrand] m’avait adressée, que je me présentai au palais de Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Après avoir attendu quelques instants dans le salon de service, je fus introduit dans la pièce où se trouvait l’Empereur.  Il me fit d‘abord quelques questions sur moi, sur ma famille, etc. ; puis, s’interrompant vivement, il me dit : « Vous venez de la France ; dites-moi franchement, sont-ilscontents ?- Comme cela, répondis-je.- Cela ne peut-être autrement, reprit-il. Ils ont été trop humiliés par la paix. La nomination du duc de Wellington au poste d’ambassadeur a dû paraître injurieuse à l’armée, ainsi que les attentions particulières que le roi lui témoigne. Si lord Wellington fût  venu à Paris comme voyageur, je me serais fait un plaisir d’avoir pour lui les égards dus à son grand mérite, mais je n’aurais pas été content que vous me l’envoyassiez comme ambassadeur. Il aurait fallu aux Bourbons une femme jeune, jolie et spirituelle pour captiver les français ; c’eut été l’ange de la paix. Ils ont laissé trop prendre d’influence aux prêtres ; et l’on m’a dit que le duc de Berri avait dernièrement, fait bien des fautes. Ils ont eu le malheur de signer la paix à des conditions que je n’aurais jamais consenties. Ils ont abandonné  la Belgique, que la nation s’était habituée à considérer comme faisant partie intégrale de la France. Vous aviez assez gagné à la paix, en assurant votre repos intérieur, en faisant reconnaître votre souveraineté dans l’Inde et en mettant les Bourbons à ma place. La meilleure chose pour l’Angleterre eût été sans doute la partage de la France ; mais, tandis que vous lui avez laissé tous les moyens de redevenir formidable, vous avez en même temps humilié la vanité de tous les français, et fait naître des sentiments d’irritation qui, s’ils ne peuvent pas s’exercer dans quelque contestation extérieure, produiront tout au tard une évolution et la guerre civile. Au reste, ajouta-t-il, ce n’est point de la France que l’on me mande tout cela, car je n’ai de nouvelles que par les gazettes ou les voyageurs. Mais je connais bien le caractère du français ; il n’est pas orgueilleux comme l’Anglais, mais il est beaucoup plus glorieux.  La vanité est, pour lui, le principe de tout, et  sa vanité le rend capable de tout entreprendre.  Les soldats m’étaient naturellement attachés ; j’étais leur camarade. J’avais remporté des succès avec eux, et ils savaient que je les récompensais bien ; ils sentent aujourd’hui qu’ils ne sont plus rien. Ii y a en France à présent 700 000 hommes qui ont porté les armes ; et les dernières campagnes n’ont servi qu’à leur montrer combien ils sont supérieurs à leurs ennemis. Ils rendent justice à la valeur de vos troupes, mais ils méprisent tout cela. ». 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 24 octobre, 2018 )

Le sergent Réguinot.

06-513473

« Mes camarades, j’ai pris la plume pour vous écrire ces mots : « Nous avons fait la campagne de Moscou, beaucoup y sont morts, peu en sont revenus, tous s’y sont couverts de gloire ; quant à moi, j’y ai cruellement souffert, mais je me porte bien, et désire ardemment que le présent livre vous trouve de même ». Ainsi commencent les « Mémoires » qu’i la laissées sur la campagne de Russie ; un ouvrage publié en 1831 « Au profit des Polonais » (La Pologne alliée de la France sous l’Empire, venant alors de se soulever contre les Russes). Avec son régiment, le 26ème d’infanterie légère, il passe le Niémen fin juin 1812. « Notre régiment particulièrement, reçut l’ordre de traverser Kowno, et de prendre position de l’autre côté de la Wilia. L’ennemi en battant en retraite, avait brûlé un pont qui devait servir de passage aux troupes. Il nous fut enjoint de le rétablir, et en quelques heures tout était terminé ».

Le témoignage du sergent Réguinot ne laisse aucun répit au lecteur. Avec lui, on suit le soldat dans son ravitaillement, à la préparation d’un bivouac. On est à ses côtés lors d’une halte nocturne dans les bois, ne pouvant aller plus loin sous peine d’être fait prisonnier par les cosaques…Rien n’est jamais acquis d’avance dans cette campagne de Russie qui a fait couler tant d’encre : « …nous trouvâmes pour la première les Russes disposés à se défendre. Les voltigeurs étaient près du château [celui de Jacobowo]. On fit faire à quelques-uns des battues dans le bois pour faire de la soupe ; mais les Russes ne nous laissèrent pas le temps de la manger : une grêle de biscayens et d’obus enlevèrent nos marmites. On nous donna l’ordre de nous former en tirailleurs. Nous exécutâmes ce mouvement avec la rapidité de l’éclair, et nous fîmes bientôt reculer les tirailleurs russes. »

Plus tard, Réguinot doit affronter la neige, à laquelle vient s’ajouter un froid intense, la faim, le typhus, et la mort omniprésente qui peut vous faucher d’un instant à l’autre…Sérieusement blessé par un éclat de mitraille, son témoignage prend alors une intensité supplémentaire. Dans cet « enfer blanc », il souffre comme un damné, en proie à une fièvre très virulente. Le 12 janvier 1813, Réguinot arrive à Dantzig comme par miracle : « On me donna un billet de logement. Les personnes chez lesquelles j’étais, s’empressèrent, à mon arrivée, de me prodiguer tous les soins qu’exigeait ma position. ». Après sa convalescence, mais encore faible, il demande à reprendre du service. Le sergent Réguinot rejoint les rangs du 2ème léger, troisième compagnie. Confiné à l’intérieur de la ville, alors assiégée par les russes, il écrit : « Je regrettais d’autant plus de n’avoir point assez de force pour combattre l’ennemi, et chercher une mort glorieuse, que dans la ville, on courait autant de dangers, en raison du grand nombre de bombes et de boulets qui y tombaient. C’était mourir dans se défendre ».

Fin décembre 1813, intervient la chute de Dantzig, Réguinot y sera retenu prisonnier durant trois mois puis renvoyé en France. Après le débarquement de l’Empereur à Golfe-Juan, il rejoint les rangs du 5ème régiment de voltigeurs de la Jeune Garde.

C.B.

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 24 octobre, 2018 )

MALOJAROSLAVETS, 24 OCTOBRE 1812…

« Après quelques escarmouches, notre premier combat fût, à trente lieues de Moscou, à Malojaroslavets, tout à l’honneur du prince Eugène qui, avec le 4ème corps (20.000 Français et Italiens) battit les 90.000 russes de Koutousov. Les compagnies d’élite de mon régiment (7ème léger) firent seules le coup de feu, le reste du régiment manœuvra toute la journée. Le soir, nous étions au bivouac, sur la route de Kalouga. Pendant la nuit, le cheval d’un cantinier s’échappa, en entraîna beaucoup d’autres. Panique épouvantable, au milieu de laquelle les généraux eux-mêmes couraient après leur monture ; les faisceaux furent renversés, beaucoup d’hommes blessés, ou brûlés en tombant dans les feux de bivouac. Toutes les grand’gardes et les premières lignes prirent les armes, les russes, en face de nous, en firent autant, et nous dûmes passer le reste de la nuit l’arme au pied, sac au dos, sans pouvoir jouir d’une heure de sommeil dont nous avions tant besoin. Le 25 octobre, dans la journée, nous revînmes sur la route de Smolensk. Le 1er corps prit à cette date l’arrière-garde, et le 7ème léger marcha à l’extrême gauche, tâche dure et périlleuse. »

(Capitaine Vincent Bertrand, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815. Recueillies et publiés par le colonel Chaland de La Guillanche, son petit-fils [1ère édition en 1909]. Réédition établie et complétée par Christophe Bourachot », A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.139-140).

« Gouvernement de Kalouga, Borovsk, le 27 octobre 1812.

… Les Russes ont été refoulés jusqu’à Malojaroslavets. Leurs positions bien défendues ont été enlevées à la baïonnette. La ville a été prise et huit mille [d’entre eux]ont été tués ou mis hors de combat. L’affaire a été très meurtrière, elle a duré soixante heures. Après cet adieu rien moins que fraternel, S.M. a fait volteface pour prendre la route de Vereja où nous arriverons ce soir, et nous continuerons successivement notre retraite sur Minsk ou sur Vilna. L’armée russe n’inquiète pas notre marche. Les cosaques nous suivent et font de temps en temps quelques houras. Mais on les surveille. Je t’écris au bivouac dans ma voiture, les chevaux attelés et attendant à tout moment l’ordre de nous mettre en route…

Dans la nuit du 23 [septembre 1812] au 24 (septembre 1812], on a fait sauter dans Moscou les principaux édifices qui restaient édifices qui restaient sur pied. Ce sont de justes représailles des actes de férocité dont les Russes se sont rendus coupable. J’ai vu à Moscou Madame Aurore Bursey, directrice de la comédie française. Elle m’a chargé de te dire bien des choses. Elle n’a pas la langue dans sa poche. »

«Lettres inédites du baron Guillaume PEYRUSSE à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. PELISSIER», Perrin et Cie, 1894, pp.107-108. L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

MALOJAROSLAVETS, 24 OCTOBRE 1812... dans TEMOIGNAGES 24x12

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 23 octobre, 2018 )

Le général Songis

06-513498

Ce Songis est Songis l’aîné, et non Songis le cadet, mort à la fin de 1810. L’aîné des Songis (Charles-Louis-Didier), camarade de Napoléon au régiment de Grenoble, devenu promptement général de division-dès le mois d’août 1794- prit sa retraite le 5 juin 1801 et devint conservateur des eaux et forêts ; il avait à Caen la quatrième « conservation » (Calvados, Orne et Manche). En fut-il reconnaissant ? Le 7 avril 1814, il écrit à Dupont la lettre qui suit.

Arthur CHUQUET.

« Caen, 7 avril 1814.

Le général de division Songis, chevalier de l’Empire, conservateur des eaux et forêts, à son Excellence le général  Dupont, ministre de la guerre.

Mon cher général, la main qui vient de briser vos fers, a délivré la France du joug oppresseur qui pesait sur elle depuis trop longtemps. La tyrannie de Bonaparte est enfin arrivée à son terme. La justice  et la paix vont s’asseoir sur le trône avec le descendant de Henry le Grand [Louis XVIII] et tous les canaux de la prospérité publique vont se rouvrir sous le règne du monarque qui nous est donné. J’applaudi de toute mon âme à un aussi heureux événement et je vous félicite en mon particulier, mon cher et respectable général, sur votre avènement au ministère de la guerre; en vous y appelant, le gouvernement provisoire a rempli le vœu de la nation et en particulier celui de vos frères d’armes. Agréez la nouvelle assurance du sincère et respectueux dévouement avec lequel je ne cesserais d’être, mon cher général, votre très humble et très obéissant serviteur.

SONGIS.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.363).

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 23 octobre, 2018 )

Ne manquez pas la prochaine édition du Concours de Figurines de Sèvres (92) les 1er et 2 décembre 2018…

s-l1600

Lieu: SEL (Sèvres Espace Loisirs), situé au 47-49, Grande Rue.

Evénement organisé par l’association « Les Amis de la Figurine et de l’Histoire ».

Page Facebook: https://fr-fr.facebook.com/amisdelafigurineetdelhistoire/

Publié dans INFO par
Commentaires fermés
( 23 octobre, 2018 )

Retour sur le baron Fain. La campagne de 1814 vue à travers sa correspondance personnelle.


Retour sur le baron Fain. La campagne de 1814 vue à travers sa correspondance personnelle. dans TEMOIGNAGES fain 

Le mercredi 20 avril 1814, à 11h30, dans la cour du Cheval Blanc du château de Fontainebleau, le baron Fain assiste à la scène mémorable des Adieux. On peut le voir sur le célèbre tableau d’Horace Vernet ; il est juste derrière Maret et porte des lunettes. 

Figure incontournable de l’entourage de l’Empereur, le baron Fain (1778-1837) est bien connu des amateurs d’histoire napoléonienne. Celui qui fut secrétaire-archiviste du cabinet de Napoléon de 1806 à 1813 (nommé secrétaire particulier de l’Empereur cette même année) est l’auteur de nombreux ouvrages. Il a laissé, hormis une série de « Manuscrit », tels ceux « de l’an III (1794-1795) », « de 1812 » , « de 1813 », « de 1814 » et qui forment une bonne fresque sur l’histoire du règne de Napoléon, des « Mémoires » qui furent publiés la première fois chez Plon, en 1908 (en un volume) et qui ont été réédités à mon initiative aux éditions Arléa en 2001. Ces derniers relatent parfaitement les méthodes de travail de Napoléon, les journées du souverain, ainsi que ses déplacements dans le vaste Empire qu’il avait créé. Homme de valeur, personnage attachant, Fain fait partie du cercle des témoins de qualité, de ceux qui ont côtoyé Napoléon au quotidien. Il rejoint ainsi Marchand, Ali, Maret et Peyrusse (dont les  »Mémoires » ont connu une nouvelle édition complétée en 2009) et qui ont laissé des témoignages passionnants (excepté pour Maret dont le manuscrit original aurait été détruit dans sa très grande majorité). Les lettres qui suivent sont parues pour la première fois en 1961 dans les pages de la « Revue de l’Institut Napoléon ». Adressées à sa femme et empreintes d’une certaine inquiétude, elles couvrent plusieurs campagnes de l’Empereur. Voici celles concernant la campagne de 1814. Il est à noter qu’elles ne figurent ni dans son « Manuscrit de 1814 », ni dans ses « Mémoires ».

C.B.

 ————

CAMPAGNE DE FRANCE. 

 Mézières, entre Saint-Dizier et Brienne, ce 30 janvier 1814. 

…Nous sommes en grandes affaires et je te recommande de n’avoir pas d’inquiétudes.

Brienne, 1er février 1814.

Nous sommes à Brienne. C’est un beau château, mais on se bat dans la plaine qu’il domine ; toutes les avenues du parc sont jonchées de morts. Jamais la guerre ne m’a pas paru si triste que dans ce moment où nos pauvres campagnes en font tous les frais.

Troyes, le 6 février 1814. 

Je vois, ma chère amie, qu’il y a beaucoup d’inquiétude, à Paris. Je t’engage à avoir de la tête pour toi et tes enfants. S’il arrivait quelques bagarres, je désire que tu quittes ton logement sous prétexte de te retirer à la campagne et que tu te réfugies dans un petit logement loué sous le nom de Rose. Dans cette retraite tu attendrais les événements et tu  les laisserai passer.

Il n’y a pas de mal que tes idées soient fixées d’avance à cet égard. La fatigue des nuits est grande…

Nogent, 9 février 1814. 

Je vois avec bien de la peine que tu t’inquiètes trop, il faut en rabattre beaucoup de ce que l’on dit et, je te le répète, il y a encore beaucoup d’espérance.

Champaubert, 10 février 1814 

Nous venons de tomber que les derrières de l’ennemi qui s’avançait vers Paris et j’espère que nous lui avons fait perdre l’envie d’aller plus loin.

De la ferme de la Haute Épine dans la plaine de Montmirail, 12 février 1814. 

Nous faisons de notre mieux pour délivrer Paris et la fortune vient de sourire avec assez de grâce à nos efforts. Si l’Impératrice venait à quitter les Tuileries, ce qui est probable moins que jamais, je voudrais que tu fisses retirer de ma chambre les effets que j’y ai laissés…

Montmirail, 15 février 1814. 

Tandis que nous arrêtons ceux-ci qui descendaient la Marne, d’autres s’avancent sur nous en descendant la Seine. Nous y courons et si nous sommes aussi heureux dans cette seconde crise que dans l’autre, Paris sera sauvé. Je te recommande toujours de ne t’effrayer de rien ; n’aies pas d’inquiétudes pour moi, ne t’occupe que de toi et des tiens et cela sans aucune agitation et sans précaution exagérée.

Nangis, le 18 février 1814. 

Nous nous éloignons de Paris et le danger s’éloigne en même temps que nous. Les affaires s’améliorent et nous pouvons plus que jamais nos livrer à l’espérance. Tes enfants ont-ils vu défiler les prisonniers ? Nous allons vous envoyer une bonne mascarade pour vos Jours gras.

Nogent, 20 février 1814. 

La poursuite de l’ennemi nous met dans le cas de repasser à Nogent ; j’ai vu à Montereau un de tes parents de Provins, M. Billy. Il venait avec une députation de sa ville pour donner des nouvelles à l’Empereur : le général en chef des russes (Wittgenstein) avait logé chez lui.  Il m’a paru être un très bon homme.  Les cosaques ont été à Pithiviers. As-tu des nouvelles du sous-préfet ? Ils ont été aussi à Melun, c’était bien près d’Essonnes et de La Fontaine.

Troyes, ce 24 février 1814. 

Nos affaires vont de mieux en mieux et tu as bien raison de te tranquilliser. Dans cette ville, ce n’est qu’un cri contre l’ennemi.

La Ferté-sous-Jouarre, le 2 mars 1814. 

Nous ne sommes pas restés longtemps à Troyes ; il a fallu courir encore après des morts qui ressuscitent et nous venons de traverser de nouveau toute la Brie. J’ai heureusement perdu l’habitude de me déshabiller et quand je m’éveille je n’ai pas de toilette à faire.

Fismes, entre Béhaine et Soissons, 5 mars 1814. 

Prie Bary [commis-archiviste du cabinet de l’Empereur] de porter deux mille francs chez M. le comte de Santa-Fé [sic], c’est une commission de la cassette qui me couvrira de cette avance. Nous sommes toujours par vaux et par monts. D’Albe nous quitte, il a la direction du Dépôt de la Guerre, c’est une belle retraite.

Brai en Laonnais, 8 mars 1814. 

Tu ne sais ce que c’est que le Laonnais : c’est le petit pays qui est entre Laon et Soissons ; nous courons comme des Basques après les autrichiens, après les Prussiens, après les Russes, et nous tombons tant tôt sur les uns, tantôt sur les autres, mais la partie est si forte qu’une surprise est toujours à craindre pour Paris tant que cela ne sera pas fini.Si les Parisiens peuvent faire tête un moment, ce mal passager pourra nous produire de grands avantages, car alors nous aurons le loisir de tailler les croupières de l’ennemi et pas un de ces messieurs ne reverrait le Rhin. Quoi qu’il en soit, ce sont des circonstances bien rudes pour les femmes et pour les enfants. Je ne puis que te répéter toujours la même chose : si l’embarras survient, conserve ton sang-froid, cache-toi dans une cachette que tu te seras préparée d’avance, mets-toi au lit et fais comme si tu étais bien malade.  Quant à La Fontaine [la propriété familiale], ne t’en occupe pas. Lorsque tout sera fini, nous serons encore bien heureux si les quatre murs nous restent avec quelques vieux arbres.

Chavigny, 8 mars 1814. 

Nous logeons de trous en trous, et le plus souvent je préfère ma voiture.  Je t’ai écris ce matin par la route de Rheims [Reims], celle-ci t’arrivera peut-être plutôt [sic] par la route de Soissons.

Rheims  [Reims], 14 mars 1814. 

Ta confiance, ton bon sens, la résolution qu’il y a dans ta manière de voir font le plus grand plaisir. Je pense comme toi qu’il n’est rien qu’on ne puisse éviter en se retirant à propos dans un coin. Si nous étions dans d’autres temps, j’enverrai du pain d’épices à nos écoliers.

Rheims, [Reims] 17 mars 1814. 

Nous avons eu de bons lits à Rheims [Reims], je me suis déshabillé et véritablement couché. Rheims [Reims] est une seconde [capitale ?].

Épernay, 17 mars 1814. 

Je t’ai écrit ce matin, je t’écris encore ce soir parce qu’il est probable que nous allons être plusieurs jours sans communiquer. Ne sois pas inquiète : j’espère que nous allons faire de la bonne besogne.

Fontainebleau, 4 avril 1814. 

J’ai grand besoin d’avoir de tes nouvelles et surtout de notre pauvre petite fille [Adèle, née le 9 décembre 1812]. Fais remettre ta réponse chez le duc de Vicence [Caulaincourt] qui me la fera porter.

Fontainebleau, 6 avril 1814. 

J’ai profité pour t’écrire du premier voyage que le duc de Vicence ait fait à Paris. Bary n’a pas mis une grande adresse à me procurer ta réponse. Je t’écris de nouveau par le duc de Vicence, donne-moi le plus tôt que tu pourras des nouvelles de notre petite fille dont je suis bien inquiet.

Fontainebleau, 10 avril 1814. 

Enfin, j’ai une lettre de toi cette nuit. J’apprends que tu es retirée dans un coin de la montagne Sainte-Geneviève [actuel 5ème arrondissement de Paris]. Vous vous portez tous bien ; c’est l’essentiel, mais je suis fort inquiet de La Fontaine et de notre petite fille. J’y ai envoyé il y a trois jours ce polisson d’Antoine et il n’est pas encore revenu, je crains qu’il n’ait encore une fois déserté.Le jour que l’Empereur quittera Fontainebleau, j’en partirai pour revenir à Paris. Il trouve bon que je ne le suive pas. Du reste, si l’on me retire de mes emplois, je trouverais cela tout simple. Quoiqu’il arrive, j’espère que tu m’aideras à n’être pas malheureux.

Fontainebleau, 14 avril 1814. 

Ton frère envoie son domestique à Paris, et j’en profite pour te dire que j’espère bientôt te joindre. Ces derniers moments de Fontainebleau sont les plus pénibles de ma vie et j’ai besoin de me retrouver auprès de toi et de nos enfants. Du reste ma santé tient bon.

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 23 octobre, 2018 )

23 octobre 1809…

Staps

« Un jeune homme, égaré par un amour aveugle de la patrie, forma le dessein de la délivrer de celui qu’il regardait comme la cause de ses maux. Il se présenta à Schönbrunn le 23 octobre, pendant que les troupes défilaient j’étais de service; Napoléon était placé entre le prince de Neufchâtel [Maréchal Berthier] et moi. Ce jeune homme, nommé St… [Staps] s’avança vers l’Empereur; Berthier, s’imaginant qu’il venait présenter une pétition, se mit au-devant et lui dit de me la remettre; il répondit qu’il voulait parler à Napoléon on lui dit encore que, s’il avait quelques communications à faire il fallait qu’il s’adressât à l’aide-de-camp de service. Il se retira quelques pas en arrière, en répétant qu’il ne voulait parler qu’à Napoléon. Il s’avança de nouveau et s’approcha de très près je l’éloignai, et lui dis en allemand qu’il eût à se retirer que, s’il avait quelque chose à demander, on l’écouterait après la parade. Il avait la main droite enfoncée dans la poche de côté, sous sa redingote; il tenait un papier dont l’extrémité était en évidence. Il me regarda avec des yeux qui me frappèrent son air décidé me donna des soupçons j’appelai un officier de gendarmerie qui se trouvait là je le fis arrêter et conduire au château. Tout le monde était occupé de la parade; personne ne s’en aperçut. On vint bientôt m’annoncer qu’on avait trouvé un énorme couteau de cuisine sur St… je prévins Duroc; nous nous rendîmes tous au lieu où il avait été conduit. Il était assis sur un lit où il avait étalé le portrait d’une jeune femme, son portefeuille, et une bourse qui contenait quelques vieux louis d’or.

Je lui demandai son nom. «Je ne puis le dire qu’à Napoléon. -Quel usage vouliez-vous faire de ce couteau? Je ne puis le dire qu’à Napoléon. Vouliez-vous vous en servir pour attenter à sa vie ? Oui, monsieur. Pourquoi ? –Je ne le puis dire qu’à lui seul. »

J’allai prévenir l’empereur de cet étrange événement il me dit de faire amener ce jeune homme dans son cabinet je transmis ses ordres et je remontai. Il était avec Bernadotte, Berthier, Savary et Duroc. Deux gendarmes amenèrent St… [Staps] les mains liées derrière le dos il était calme; la présence de Napoléon ne lui fit pas la moindre impression; il le salua cependant d’une manière respectueuse. L’Empereur lui demanda s’il parlait français; il répondit avec assurance :« Très peu » Napoléon me chargea de lui faire en son nom les questions suivantes

«D’où êtes-vous? – De Naumbourg.- Qu’est votre père? –Ministre protestant. Quel âge avez-vous ? Dix-huit ans. Que vouliez-vous faire de votre couteau? Vous tuer. Vous êtes fou, jeune homme; vous êtes illuminé. Je ne suis pas fou; je ne sais ce que c’est qu’illuminé. -Vous êtes donc malade ? Je ne suis pas malade, je me porte bien. Pourquoi vouliez-vous me tuer ? Parce que vous faites le malheur de mon pays.-Vous ai-je fait quelque mal ? Comme à tous les Allemands. Par qui êtes-vous envoyé ? Qui vous pousse à ce crime ? – Personne, c’est l’intime conviction qu’en vous tuant je rendrai le plus grand service à mon pays et à l’Europe, qui m’a mis les armes à la main. Est-ce la première fois que vous me voyez ? Je vous ai vu à Erfurt lors de l’entrevue. – N’avez-vous pas eu l’intention de me tuer alors ? Non, je croyais que vous ne feriez plus la guerre à l’Allemagne; j’étais un de vos plus grands admirateurs. Depuis

Quand êtes-vous à Vienne ? Depuis dix jours.– Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour exécuter votre projet ? Je suis venu à Schönbrunn il y a huit jours avec l’intention de vous tuer; mais la parade venait de finir, j’avais remis l’exécution de mon dessein à aujourd’hui. Vous êtes fou, vous dis-je, ou vous êtes malade. Ni l’un ni l’autre. Qu’on fasse venir Corvisart. Qu’est-ce que Corvisart ? -C’est un médecin, lui répondis-je. – Je n’en ai pas besoin. Nous restâmes sans rien dire jusqu’à l’arrivée du docteur; St. était impassible. Corvisart arriva; Napoléon lui dit de tâter le pouls du jeune homme, il le fit.  N’est-ce pas, Monsieur, que je ne suis point malade ? - Monsieur se porte bien, répondit le docteur en s’adressant à l’Empereur. – Je vous l’avais bien » dit, reprit St… [Staps] avec une sorte de satisfaction.»

Napoléon, embarrassé de tant d’assurance, recommença ses questions.

« Vous avez une tête exaltée, vous ferez la perte de votre famille. Je vous accorderai la vie, si vous demandez pardon du crime que vous avez voulu commettre, et dont vous devez être fâché. Je ne veux pas de pardon. J’éprouve le plus vif regret de n’avoir pu réussir. – Diable! Il paraît qu’un crime n’est rien pour vous ? – Vous tuer n’est pas un crime, c’est un devoir. – .Quel est ce portrait qu’on a trouvé sur vous ? – Celui d’une jeune personne que j’aime. Elle sera bien affligée de votre aventure Elle sera affligée de ce que je n’ai pas réussi; elle vous abhorre autant que moi. Mais enfin si je vous fais grâce, m’en saurez- vous gré? – Je ne vous en tuerai pas moins. »

Napoléon fut stupéfait. Il donna ordre d’emmener le prisonnier. Il s’entretint quelque temps avec nous, et parla beaucoup d’illuminés. Le

soir il me fit demander et me dit :« Savez-vous que l’événement d’aujourd’hui est extraordinaire. Il y a dans tout cela des menées de Berlin et de Weimar. » Je repoussai ces soupçons. Mais les femmes sont capables de tout. Ni hommes ni femmes de ces deux cours ne concevront jamais de projet aussi atroce. Voyez leur affaire de Schill. Elle n’a rien de commun avec un pareil crime. -Vous avez beau dire, Monsieur le général; on ne m’aime ni à Berlin ni à Weimar. Cela n’est pas douteux mais pouvez-vous prétendre qu’on vous aime dans ces deux cours ? Et parce qu’on ne vous aime pas, faut-il vous assassiner ?» Il communiqua les mêmes soupçons à

Napoléon me donna l’ordre d’écrire au général Lauer d’interroger St…[Staps] afin d’en tirer quelque révélation. Il n’en fit point. Il soutint que c’était de son propre mouvement et sans aucune suggestion étrangère qu’il avait conçu son dessein. Le départ de Schönbrunn était fixé au 27 octobre. Napoléon se leva à cinq heures du matin et me fit appeler. Nous allâmes à pied sur la grande route voir passer la Garde impériale, qui partait pour la France. Nous étions seuls. Napoléon me parla encore de St… [Staps] : « II n’y a pas d’exemple qu’un jeune homme de cet âge, Allemand, protestant, et bien élevé, ait voulu commettre un pareil crime. Sachez comment il est mort

Une pluie abondante nous fit rentrer. J’écrivis au général Lauer de nous donner des détails à ce sujet. Il me répondit que St…[Staps] avait été exécuté à sept heures du matin, 27, sans avoir rien pris depuis le jeudi 24 qu’on lui avait offert à manger; qu’il avait refusé, attendu, disait- il, qu’il lui restait encore assez de force pour marcher au supplice. On lui annonça que la paix était faite; cette nouvelle le fit tressaillir.

Son dernier cri fut : » Vive la liberté ! vive l’Allemagne mort à son tyran ! »Je remis ce rapport à Napoléon. Il me chargea de garder le couteau, que j’ai chez moi. »

 

(« Mémoires » du général RAPP, Bossange frères, 1823, pp.142-147).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 22 octobre, 2018 )

Une lettre du général Van Hogendorp à l’Empereur.

charlet1b.jpg

J’ai publié précédemment sur ce Blog, une notice sur la figure méconnue du général Hogendorp, assortie de 2 lettres adressées par Berthier à ce même officier. Voici une nouvelle lettre que le général Hollandais adressa à Napoléon. 

C.B. 

Le général Hollandais Van Hogendorp, aide-de-camp de l’Empereur, nommé gouverneur général de la Lituanie, retrace à ce dernier dans cette lettre du 22 novembre 1812, les mesures qu’il prit à la nouvelle de la prise de Minsk. Cette nouvelle « a fait à Vilna une vive sensation et causé beaucoup d’alarmes » ; nombre de fuyards, soldats et paysans, sont arrivés en grand nombre et la ville est terriblement encombrée. Mais Van Hogendorp fait sonner très haut l’arrivée des renforts destinés la Grande-Armée, et notamment de deux régiments de cavalerie napolitaine qui dit-il dans cette lettre, avaient une magnifique tenue. 

A.CHUQUET 

Vilna, 22 novembre 1812.  Sire, quand je reçus la nouvelle inopinée que M. le général Bronikowski avait abandonné Minsk sans faire aucune résistance, il y avait des troupes en route de Vilna pour aller rejoindre l’armée. Je pris d’abord le parti d’envoyer des officiers pour leur faire faire halte à Oschmania, et je chargeai M. l’adjudant commandant d’Albignac qui venait d’arriver, d’aller les rassembler pour en prendre le commandement et prendre une position jusque vers Smorgoni pour, de là, observer l’ennemi, prendre des information, envoyer des patrouilles et des reconnaissances en avant, et à droite, et à gauche, et, s’il se trouvait que l’ennemi n’était pas en force, avancer sur la route de Minsk avec beaucoup de prudence, aussi loin qu’il pourra venir, afin de pouvoir, dès que l’ennemi se retire, y rentrer et amener les détachements de marche qu’il a avec lui à l’armée et, en cas contraire, que l’ennemi se montrât en force et les menaçât, de se replier et de revenir à Vilna.  J’ai l’honneur de présenter ci-joint à Votre Majesté la situation des troupes de marches qui se trouvent réunies sous les ordres de M. d’Albignac à qui j’ai recommandé la plus grande prudence et circonspection, vu que, d’après les ordres de V.M ., ces corps de marche ne doivent pas être menés contre l’ennemi. Mais, pour ceux-ci, ils se trouvaient déjà en marche pour aller rejoindre leurs régiments sur Vilna où toute la 24ème division ca être réunies avec plusieurs régiments de cavalerie ou autres corps de marche et où se trouvent arrivés déjà, depuis quelques jours, les deux régiments de cavalerie napolitaine de la garde royale qui sont arrivés ici en très bon état, ayant perdu très peu d’hommes et de chevaux en route. Je les ai vus hier à cheval, et je puis assurer Votre Majesté qu’ils sont dans le plus bel ordre et ont la plus belle tenue. Hier, les six premiers bataillons de la 34ème  division sont arrivés, et aujourd’hui il en arrive encore cinq. Les deux autres suivront de près avec l’artillerie de la division qui est partie le 16 novembre de Koenigsberg, et les vélites à pied de la garde napolitaine en sont partis le 18. L’évacuation de Minsk a fait ici une vive sensation et causé beaucoup d’alarmes. J’ai tâché de calmer et de tranquilliser les esprits par ma contenance et en faisant voir que jamais je ne penserais à évacuer ma place. J’ai aussi fait sonner fort haut l’arrivée prochaine de la 33ème division, et d’un corps de 12.000 Bavarois qui arriveront par Varsovie et Grodno, surtout en donnant partout des ordres pour faire fournir les subsistances et les fourrages pour ces différents corps. La prise de Minsk a fait refluer un nombre considérable de troupes débandées du corps battu du général Kossecki, de blessés, de soldats isolés, d’habitants de la campagne, et femmes et enfants, fuyant, saisis de terreur panique, vers Vilna. Ce qui, avec le nombre considérable de troupes qui s’y trouvent, fait un encombrement terrible et nous donne beaucoup de peine pour entretenir le bon ordre et la tranquillité. Cependant, j’ose donner l’assurance à Votre majesté que je saurai maintenir l’ordre et le bon esprit tant parmi les troupes que parmi les habitants, et qu’en tout cas, j’espère me montrer digne de la confiance dont elle a daigné m’honorer en me nommant à cette place. Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le plus humble, le plus obéissant et le plus fidèle sujet. 

Le comte de HOGENDORP. 

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet  intitulé « Lettres de 1812. 1ère série [seul volume paru] », Paris, Champion, 1911, pp. 234-237. 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 21 octobre, 2018 )

Une lettre du maréchal Berthier au maréchal Ney [à propos de la bataille de Malojaroslavets]

Berthier retrace dans cette lettre la bataille de Malojaroslavets, et il annonce à Ney que l’Empereur se décide à faire sa retraite par Mojaïsk et Viazma : le duc d’Elchingen devra donc se rendre à Vereia avec tous les parcs qui sont à Borovsk, et de Vereia à Mojaïsk.

Arthur CHUQUET.

Au bivouac près Malojaroslavets, 26 octobre 1812, 10 h. 1/2 du matin.

Monsieur le maréchal, l’ennemi a évacué son camp retranché. Il a détaché un corps de deux divisions pour occuper Borovsk. Mais ce corps a été prévenu par le vice-roi. L’ennemi, alors, s’est porté sur Malojaroslavets. Le vice-roi est arrivé le 24 au soir aux maisons de ce côté-ci de la rivière, tandis que l’ennemi arrivait et s’emparait des couvents et des hauteurs de l’autre côté. Ce qui a donné lieu à un combat très vif pendant la journée du25. L’armée ennemie est arrivée et a engagé plusieurs divisions. Le vice-roi seul s’est engagé, soutenu du prince d’Eckmühl. L’ennemi a perdu 7 à 8.000 hommes dans la journée du 25. Le prince d’Eckmühl a débouché et les armées se sont tenues en présence. Ce matin, on s’attendait à une affaire; mais l’ennemi s’est mis en retraite et déjà il est à quelques lieues de la ville. L’intention de l’Empereur est de regagner Viazma par Vereia et Mojaïsk, afin de profiter de ce qui reste de beaux jours, de gagner deux ou trois marches sur la cavalerie légère de l’ennemi qui est très nombreuse, et de prendre enfin des quartiers d’hiver après une campagne si active. Sa Majesté ordonne en conséquence, monsieur le duc, que vous dirigiez sans délai sur Vereia, et de là sur Mojaïsk, sous l’escorte d’une de vos divisions, tous les bagages qui sont à Borovsk, le trésor, le quartier- général de l’intendance, les équipages militaires, les parcs de l’artillerie de l’armée. Vous ferez l’arrière-garde de ce convoi avec vos autres divisions et vous laisserez des troupes à Borovsk jusqu’à ce qu’elles soient relevées par la division Morand. De Vereia vous vous dirigerez sur Mojaïsk de manière à arriver avec le convoi demain. Vous trouverez à Vereia le prince Poniatowski et le duc de Trévise. Le prince Poniatowski recevra des ordres pour son mouvement; mais il aura déjà fait filer ses bagages sur Mojaïsk. L’Empereur sera ce soir entre Vereia et Borovsk. Le vice-roi sera vraisemblablement à Borovsk. Le prince d’Eckmühl marchera en retraite cette nuit pour être dans la journée de demain à Borovsk.

Arthur Chuquet, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912, pp.38-39).

Une lettre du maréchal Berthier au maréchal Ney [à propos de la bataille de Malojaroslavets] dans TEMOIGNAGES Malo

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 21 octobre, 2018 )

Les maux de la Grande-Armée en 1812.

Les maux de la Grande-Armée en 1812. dans TEMOIGNAGES campagne-1812

« Pendant la retraite, nous remarquâmes outre la diarrhée, le typhus et la fièvre lente, qui ne cessaient d’exercer de grands ravages, une violente ophtalmie, par laquelle plusieurs de nos militaires devinrent aveugles. Cette ophtalmie était produite par l’aspect continuel des neiges, la privation du sommeil et la fumée des bivouacs ; causes qui déterminèrent chez nous tous une rougeur ou inflammation des paupières. Beaucoup de nos hommes furent atteints d’amblyopie et même d’amaurose, par suite d’épuisement de l’incitabilité de la rétine, occasionné par la blancheur éclatante de la neige, réfléchissant fortement les rayons lumineux. »

Joseph de Kerckhove, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Edité par un Demi-Solde, 2011, p.168. L’auteur était lors de cette campagne, médecin attaché au quartier-général du 3ème corps (maréchal Ney). 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 20 octobre, 2018 )

« Schulmeister contre Schulmeister ». Un épisode de « Schulmeister, espion de l’Empereur »…

Schulmeister

Image de prévisualisation YouTube

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 20 octobre, 2018 )

JERZMANOWSKI : un POLONAIS au SERVICE de la FRANCE…

jerzmanowski.jpg

Jan Pawel Jerzmanowski naît le 25 juin 1779 à Podkielecki (Pologne). En l’an VII, il s’engage dans la Légion du Danube et prend part à la campagne d’Allemagne. Ses qualités lui permettent de passer sous-lieutenant le 1er vendémiaire an VIII (23 septembre 1800) puis lieutenant le 1er pluviôse an IX (21 janvier 1801).Il devient aide-de-camp du général Ordener en l’an XII et combat à Hollabrünn et Austerlitz. Le 24 juillet 1806, il passe au service du général Duroc qu’il accompagne dans les campagnes de Pologne et de Prusse. Le 7 avril 1807, il est nommé capitaine dans le Régiment des chevau-légers de la Garde et participe à la campagne d’Espagne, d’Autriche en 1809, reçoit une blessure à Wagram, et aux campagnes d’Espagne et du Portugal de 1810 et 1811.Il devient chevalier de la Légion d’honneur le 10 mars 1809, chevalier de l’Empire le 15 mars 1810 et chef d’escadrons le 17 février 1811.Avec ce grade, il prend part à la campagne de Russie en 1812 et à celle d’Allemagne en 1813, où il se distingue à Dresde et à Leipzig ce qui lui vaut d’être élevé aux rangs d’officier de la Légion d’honneur le 14 avril 1813, de baron de l’Empire le 16 août 1813 et chevalier de l’ordre de la Réunion le 28 novembre 1813.

En 1814, il participe à la campagne de France et passe major. Après l’abdication, il accompagne l’Empereur en exil et commande l’escadron de lanciers de l’armée elboise.Il est nommé colonel le 1er  mars 1815, conduit l’escadron polonais pendant la campagne des Cent-Jours et reçoit une blessure à Mont-Saint-Jean.Après un court service dans l’armée du Royaume de Pologne, il s’installe définitivement en France.Après la révolution de 1830, Louis-Philippe l’élève aux grades qui lui avaient été promis par l’Empereur:Il est nommé général de Brigade et commandeur de la Légion d’honneur, le 28 novembre 1831. Jerzmanowski s’éteint le 15 avril 1862 à Paris. 

 

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 19 octobre, 2018 )

Trop de Corses à l’île d’Elbe ?

Drapeau ile d'Elbe

Charvet est chef du mobilier de l’Empereur; mais il n’aime pas les Corses qui entourent Napoléon; il trouve qu’il y en a trop : les Corses, a dit Pons de l’Hérault [dans ses « Souvenirs »] « considéraient l’île Elbe comme une succursale, comme un bien communal de la Corse, et, par l’intermédiaire de Madame Mère, toutes les avenues du pouvoir étaient corses. »

Arthur CHUQUET

Porto-Ferrajo [Portoferraio], 11 octobre 1814.

« L’Empereur m’a nomme chef de tout son mobilier. Nous venons de recevoir trois grands navires de meubles de Rome, de Naples, et tous les jours il nous en arrive de Gênes. Il meuble et fait bâtir en ce moment trois palais. C’est lui qui préside à tout. Voulez-vous que je vous fasse ma profession de foi ? Je crois que nous aurons le sort de ceux qui sont allés en Westphalie. Les fonds son faits pour nous jusqu’au jour de l’an. Je crois qu’à cette époque la bombe éclatera. Tous les coquins de Corses et d’Italiens se présentent pour servir ‘per l’honneure’ et l’on en profitera ; ils sont bas, rampants ; c’est tout ce qu’il faut à nos chefs. »

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.436)

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 19 octobre, 2018 )

CRAONNE et REIMS…

CRAONNE et REIMS… dans TEMOIGNAGES laubressel-3-mars-1814

Dans les quatre lettres qui suivent (8-15 mars 1814), Berthier semble partager les espérances et les illusions de l’Empereur ; il annonce cette bataille de Craonne qui, disait Napoléon, était glorieuse ; il annonce la reprise de Soissons et de Reims ; il avance même que l’ennemi est inquiété, menacé de  toutes parts et par la levée en masse et par Augereau et  par les garnisons d’Alsace.

I. A Macdonald.

Bray-en-Laonnais, 8 mars 1814.

Nous avons battu dans la journée d’hier le corps de York, de Voronzov et le restant du corps de Langeron venu de Mayence. Nous leur avons pris quelques pièces de canon et nous les avons poursuivis depuis Craonne jusqu’à L’Ange-Gardien. Pendant l’espace de cinq lieues, l’ennemi a été sous la mitraille de 100 pièces de canon. Notre perte n’a été que de 5 à 600 hommes tués ou blessés. Nous aurions pris ce corps qui était dans un épouvantable désordre, m   ais il n’y avait pas moyen à  la cavalerie de le déborder parce que l’affaire se passait sur un plateau qui se prolongeait entre deux ravins.

II. A Macdonald.

Chavignon, 8 mars 1814.

Les corps de Bulow, Wintzingerode, Langeron et Voronzov s’étaient portés sur Soissons. L’Empereur a marché sur les derrières de ce corps par Fismes et Berry-au-Bac. Nous sommes tombés sur plusieurs colonnes de leurs bagages, ayant coupé leur communication de Reims. Le général Corbineau s’est porté sur cette ville qu’il a surprise pendant la nuit ; il y a fait deux mille prisonniers et pris des bagages et des parcs. En arrivant à Berry-au-Bac, nous y avons trouvé 3.000 chevaux que nous avons culbutés. Le prince Gagarine a été pris. Sa Majesté a couché avant-hier à Corbeny. L’avant-garde de l’ennemi était déjà arrivée sur les premières hauteurs de Craonne. Les positions qu’il occupait étant trop près de nous, il en a été chassé le soir même. Pendant la nuit, l’ennemi qui arrivait pour nous attaquer, s’est mis en position et au jour, nous l’avons trouvé en bataille. Nous l’avons attaqué à 8 heures. Après un combat très vif d’artillerie, de cavalerie et d’infanterie, la ligne ennemie a été culbutée à 3 heures. Nous l’avons poursuivie l’épée dans les reins jusqu’à 6. Nous lui avons fait 2.000 prisonniers, pris 10 pièces de canon et lui avons tué beaucoup de monde. L’ennemi a continué sa retraite pendant la nuit dans le plus grand désordre. Nous sommes à sa poursuite sur Laon. Nous avons repris Soissons.

III.  Au général Vincent [fut chargé le 24 février par l’Empereur, de commander les gardes d’honneur de Château-Thierry et de tous les environs].

Soissons, 12 mars 1814.

L’Empereur trouve que vous ne réunissez pas assez de gardes nationaux. C’est cette levée, celle en masse qui augmente l’inquiétude de l’ennemi. Donnez-nous souvent des nouvelles.

L’Empereur, après avoir battu l’ennemi à Craonne et l’avoir rejeté sur Laon, a pris position à Soissons d’om il tient les armées ennemies en échec et est en mesure de tomber sur l’une d’elles. Le duc de Raguse [maréchal Marmont] est à Berry-au-Bac et le général Corbineau à Reims. Le duc de Tarente [Maréchal Macdonald], le duc de Reggio [Maréchal Oudinot] et le général Gérard tiennent de leur côté en échec l’armée autrichienne. Le maréchal, duc de Castiglione [Maréchal Augereau], avec une armée de 30,000 hommes, marche vers Lons-le-Saulnier sur les derrières de l’armée autrichienne.

Les Vosges, l’Alsace se lèvent en masse. Nos garnisons n’y sont pas bloquées et courent sur les communications.

IV. A Macdonald.

Reims, 15 mars 1814.

Nous sommes à  Reims depuis deux jours. Nous avons battu Saint-Priest qui avait 18,000 hommes, tant Russes que Prussiens, des Kalmouks et des Bachkirs ; mais ces derniers sont tellement canailles qu’il ne faut pas les compter. Nous avons réellement fait 4,000 prisonniers, pris 18 pièces de canon, 15 caissons, Saint-Priest, grièvement blessé à l’épaule d’un éclat d’obus, est mort, dit-on. Le prince de La Moskowa [Maréchal Ney] se porte sur Châlons. Nos partis sont à Epernay. Le gros de notre armée est ici. Le duc de Trévise [maréchal Mortier] est avec 25,000 hommes à Soissons. La levée en masse et les gardes nationales se lèvent de toutes parts et font une immense quantité de prisonniers. Communiquez toutes ces bonnes nouvelles au duc de Reggio  et à tout autre.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.70-72).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 19 octobre, 2018 )

19 octobre 1812…

Elle fait partie de celles publiées en 1913 dans le recueil souvent mentionné ici. Nous ne connaissons pas le destinataire de cette lettre. De son auteur non identifié, nous savons simplement qu’il était employé à l’Intendance générale de la Grande Armée.

Moscou, 19 octobre 1812.

Ma santé dépérit, l’ennui me galope ; mal logé, point de draps, plus d’habits, mal nourri au milieu d’une ville de 400.000 âmes, incendiée, pleine de décombres ; quelle situation à 800 lieues [3200 kms de Paris] ! Je suis désespéré… Nous allons porter le quartier impérial à Kalouga ; on va bientôt partir : encore quarante lieues ; si c’est comme ici, ma foi il y aura de quoi mourir ! Quand vous connaîtrez, mon digne ami, les détails de notre existence, de nos privations, de nos besoins, de notre saleté, de nos maladies, vous ne pourrez concevoir comment j’aurai pu y tenir.  On parle de paix ; on peut difficilement continuer la guerre ; on peut encore plus difficilement trouver à manger pour l’armée. Nous sommes trop loin de la Prusse, de ce bon pays. Celui-ci n’a aucune ressource et nous y sommes tous seuls Français.

Vive l’espoir de la paix !

——-

Voici un extrait d’un autre témoignage.

« Le 19 octobre, les quelques survivants de l’armée wurtembergeoise -auxquels je me joignis avec les autres officiers non employés- sortirent de la ville des tsars, dont la majeure partie n’était plus qu’un amas de ruines. Pendant les quatre ou cinq jours suivants, nous nous dirigeâmes sur Kalouga, c’est-à-dire vers l’intérieur et le sud de l’empire, apparemment afin d’éviter la grande route de Smolensk à Moscou et la région qu’elle traverse. Comme nous y étions passés après les russes, nous étions sûrs de ne plus y trouver de moyens de subsistance. Or, si réduite que fût notre armée, il fallait qu’elle vécût. Cette considération motivait suffisamment le détour considérable que nous faisions en prenant la direction de Kalouga. Il nous permettait de gagner éventuellement la Volhynie et même la Podolie, ces deux fertiles provinces qui n’avaient point encore été effleurées par la guerre, puis de rejoindre la Pologne amie, qui, selon Napoléon, devait nous offrir les quartiers d’hiver les plus remarquables. A peine quelques jours avant notre départ de Moscou, Murat avait été battu par les Russes à Taroutino, précis »ment sur la route de Kalouga. Ceci prouvait que si cette dernière ne nous était pas encore tout à fait barrée, elle ne tardait pas à l’être complètement. Contrairement à nos prévisions, notre marche se poursuivit pendant quelques jours sans le moindre incident et sans que l’ennemi s’y opposât. Il faisait beau temps, et comme nous avions du chocolat, du thé, du sucre, etc., etc., nous ne songions pas à nous plaindre. »

(Colonel de SUCKOW, « D’Iéna à  Moscou. Fragments de ma vie, 1800-1812 », A la Librairie des Deux Empires, 2001, p. 201). L’auteur, alors lieutenant, faisait partie de la 25ème division wurtembergeoise rattachée au 3ème corps (maréchal Ney) ).

19 octobre 1812… dans TEMOIGNAGES 06-513471

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 19 octobre, 2018 )

César Berthier

César Berthier

Lettre de César Berthier, le frère du grand Berthier [le maréchal], le Berthier que peint Desaix, « grand, froid, figure longue et noire, parlant peu », le Berthier dont Courier disait : « Combien de Laridons passent pour des Césars, sans parler de César Berthier ! » Gouverneur de la Corse, il jette un cri de détresse. Il voit les Corses se détacher de la France et il n’a plus de sou : il veut revenir en France, toucher ses appointements, servir Louis XVIII et les Bourbons qui « ont toujours été dans son cœur » ! La lettre est adressée au ministre de la Guerre, le général Dupont, et fut sans doute écrite au mois de mai 1814.

Arthur CHUQUET.

 

Monsieur le comte, permettez-moi de me rappeler à votre souvenir, et de vous prier de me faire connaître les intentions de Sa Majesté à mon égard. Je suis dans une position bien pénible, moi et tous les Français qui sont ici. Mon traitement, comme gouverneur, était de cent mille francs ; depuis quatre mois, je ne reçois plus rien et je fais des dépenses très fortes dans les circonstances critiques où se trouve la Corse. N’existant plus aucun fonds dans les caisses depuis cinq mois, j’ai dû, de ma poche et de mes économies, fournir à toutes les dépenses et prêter à des officiers qui mouraient de faim, et actuellement, pour payer les gens du pays employés pour maintenir la tranquillité : nous en sommes réduits à vendre nos effets. Daignez venir à notre secours et me faire connaître le sort de la Corse. Elle est tellement montée pour les Anglais que le parti français est presque anéanti et que nous sommes nous-mêmes très exposés. Il est possible que je sois même forcé, et, si je le puis, de quitter l’île au premier moment. Les troupes qui restent ne sont point françaises ; elles ne sont pas payées, et elles sont influencées par l’Angleterre; elles sont plutôt contre nous. Quant à moi, je désire connaître mon sort. J’ai besoin de servir ; je n’ai quitté notre malheureux Louis XVI qu’à sa mort, et je servirai Louis XVIII avec le même zèle et la même fidélité. La race des Bourbons a toujours été dans mon cœur. Je n’ai point de fortune, je n’ai rien que mes appointements et j’ai bien servi. Veuillez avoir la bonté de penser à moi; je me recommande à votre amitié et à vos bontés.

 

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.278-279)

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
12345...48
« Page Précédente  Page Suivante »
|