( 3 septembre, 2013 )

«Qu’on renvoie cette canaille à coups de crosse»

«Qu’on renvoie cette canaille à coups de crosse» dans TEMOIGNAGES 1813-2013

Une lettre de Napoléon adressée au général Comte Friant, colonel des grenadiers à pied de la Garde Impériale.

Dresde, 3 septembre 1813.

En vous portant sur la route de Bautzen, vous trouverez beaucoup de traîneurs et de maraudeurs appartenant aux 3ème, 5ème et 11ème corps, qui ont jeté leurs armes. Mon intention est que vous les fassiez tous retourner sur Bautzen, où on leur porte des fusils. Faites faire des patrouilles à droite et à gauche de la route, et qu’on renvoie toute cette canaille à coups de crosse.

(« Lettres inédites de Napoléon 1er (An VIII-1815). Publiés par Léon Lecestre » Plon, 1897, tome II, p.289).

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( 1 septembre, 2013 )

Des nouvelles attendues…Quelles nouvelles reçues ?

Des nouvelles attendues…Quelles nouvelles reçues ? dans TEMOIGNAGES 1813-20131

Extraits de lettres de Cambacérès adressées à Napoléon.

30 août 1813

Sire,

La lettre que V.M. à la date du 24, après m’avoir appris remportée en Silésie, m’annonçait qu’elle était en grandes manœuvres. C’était assez pour me faire juger que nous touchions à des événements encore plus importants. En effet, le duc de Valmy [maréchal Kellermann] m’instruit par une dépêche télégraphique arrivée aujourd’hui avant midi, que V.M. lui a ordonné d’informer S.M. l’Impératrice de la grande victoire remportée à Dresde le 26, sur les Autrichiens, les Russes et les Prussiens, commandés par les empereurs d’Autriche, de Russie et par le Roi de Prusse. Je me suis empressé d’annoncer cette brillante nouvelle à S.M. à qui j’ai transmis la dépêche du duc de Valmy. Ma lettre a dû être expédiée par une estafette extraordinaire, suivant m’avis que j’en ai donné au comte de Valette [Directeur général des Postes]. Sans donner à cet événement une publication authentique, qu’il convient de réserver pour l’arrivée des communications directes que nous aurons cette nuit, ou demain, j’en ai fait part à tous ceux que j’ai eu  occasion de voir, et avec qui j’ai des rapports habituels d’affaire, notamment les ministres de la Guerre, de la Police, en sorte que la nouvelle a été bientôt connue, et n’a pas manqué d’exciter une grande joie. On est avide des détails et ce sentiment est bien naturel…

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31 août 1813

Sire,

Les détails sur la victoire remportée à Dresde le 26 par Votre Majesté sont vivement désirés. Je les attendais aujourd’hui, ils ne me sont point encore parvenus. Il est vraisemblable que duc de Bassano [Maret] ne les avait point lorsqu’il m’a écrit. Ce ministre, dans sa lettre du 26, dit seulement que les ennemis ont été attaqués et repoussés sur tous les points. Dans la même dépêche, le duc de Bassano m’apprend les avantages signalés remportés à Jauer par le comte de Lauriston, sur les armées russe et prussienne. Nous n’en avions encore rien.  […] S.M. l’Impératrice était encore à Cherbourg le 29. Le voyage de S.M. en Normandie a produit un excellent effet…

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1er septembre 1813

Sire,

J’ai été bienheureux de renvoyer la lettre que V.M. a daigné m’écrire de Dresde, le 27. Il me tardait d’avoir des nouvelles directes de V.M. et de savoir qu’elle est en bonne santé après tant de fatigue et une si grande activité. Les détails sur les journées des 26 et 27, sont vivement désirés. V.M. me dit que le duc de Bassano s’est chargé de me les transmettre. La dépêche qui les contiendra, arrivera par la prochaine estafette. Elle ne m’est point encore parvenue. V.M. aura vu que depuis avant-hier il y avait eu à la Bourse un mouvement de hausse assez considérable. C’est que l’on a une grande confiance dans les suites de la nouvelles victoire que V.M. vient de remporter.  Nous espérons que S.M. l’Impératrice arrivera le 4 au soir à Saint-Cloud. S.M a dû partir aujourd’hui de Cherbourg et se propose de séjourner le 3 à Rouen…

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2 septembre 1813

Sire,

Les détails qui étaient attendu avec un si juste impatience, étaient dans la lettre que le duc de  Bassano m’a écrit le 27 août et qui m’est parvenue vers minuit. Dans le Postscriptum, le ministre me dit qu’il pense que je jugerai convenable de rendre sa lettre publique. Ces expressions m’ont paru préjuger la question et contenir l’approbation implicite de V.M. à une disposition que les circonstances rendaient nécessaire.

En effet, Sire, dans l’intervalle de temps qui s’est écoulé depuis l’arrivée de la dépêche télégraphique du duc de Valmy, il régnait dans l’opinion, non une incertitude sur les résultats des journées des 26 et 27, mais une sorte de crainte que ces triomphes ne fussent altérés par des malheurs particuliers. L’imagination qui grossit tous les objets et qui souvent les dénature, a besoin d’un régulateur. Dans toutes les guerres soutenues par V.M., ce régulateur s’est trouvé dans les bulletins, qui ont été publiés par ses ordres ; et lorsque la rapidité des événements empêche de les publier, il faut y suppléer d’une manière quelconque.  L’insertion au Moniteur de la lettre du compte Daru au duc de Feltre, et celle de la dépêche qui vient de m’être adressée par le duc de Bassano, ont pleinement satisfait aux besoins et aux vœux du public. Je ne saurais trop dire à V.M., combien est grande l’allégresse et avec quel empressement le Moniteur du jour a été recherché. Si ce journal avait été tiré à cent mille exemplaires, j’estime qu’on aurait trouvé facilement à les placer. Tout annonce qu’il y aura la 28, de nouvelles affaires. Nous espérons qu’elles auront été heureuses et brillantes comme celles des 26 et 27 ; ce qu’il nous faut surtout, c’est de savoir que V.M. est bien portante, et que ses forces physiques sont au-dessus de tous les événements.

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3 septembre 1813

… S’il est vrai que le général Moreau ait terminé sa carrière, et n’ait point survécu à la honte dont il s’est couvert, cet exemple doit faire trembler ceux qui comme lui ont dévié de la bonne route. Je ne saurais trop exprimer à V.M. combien le public a été indigné, en apprenant que cet ex-général avait passé dans les rangs ennemis. 

Les lettres particulières qui arrivent en foule, ne parlent que des prodiges opérés dans les journées des 26 et 27 août. L’enthousiasme ce ceux qui les écrivent gagne ceux qui les reçoivent ; en sorte qu’on est dan une espèce d’ivresse. Ceux qui naguère paraissaient consternés, ne parlent  maintenant que de conquêtes. V.M. qui juge et apprécie ce qu’on appelle l’opinion publique, ne s’étonnera point de cette variation. Il n’y a d’ailleurs ici rien de nouveau.

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Bientôt la reddition du général Vandamme à Kulm le 30 août parviendra jusqu’à Paris…

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, Avril 1808-Avril 1814. Présentation et Notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973. Extraits des lettres n°1252, 1253, 1254, 1256, et 1257, pp.1035-1040).

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( 29 août, 2013 )

« Il n’y a rien de nouveau… »

Une lettre de Cambacérès à Napoléon.

Paris, 29 août 1813.

Sire,

La lettre que V.M. a daigné m’écrire de Görlitz le 21 de ce mois m’est parvenu aujourd’hui vers midi.  La continuité de succès qu’elle annonce nous prépare à des événements plus décisifs. Ils sont attendus ici avec le sentiment unanime de la plus entière confiance. Les affaires sont engagées de tous côtés, et les ennemis étonnés retrouvent partout V.M. et l’empreinte de son génie.

Le ministre de la Guerre m’a prévenu qu’il y aurait demain dans le Moniteur une lettre expositive [sic] de nos premiers avantages qui lui a été adressée par le compte Daru, d’après les ordres de V.M. La publicité donnée à cette dépêchez produira un bon effet, et suppléera aux bulletins qui arriveront plus tard. J’ai eu l’honneur de rendre compte hier à V.M. des considérations d’après lesquelles je me suis abstenu de faire mettre dans les journaux une note que m’a fait passer le duc de Bassano. Au surplus, on sait à peu près toutes les nouvelles par la voie du commerce.

Je me suis rendu aujourd’hui à Saint-Cloud, pour faire ma cour au Roi de Rome qui se porte à merveille. Chaque jours, ce prince se fortifie et se développe. Nous avons su de Cherbourg que l’enceinte du port avait été ouverte le 27 aux flots de l’Océan. Il paraît que S.M.l’Impératrice a joui longtemps de cet imposant spectacle qui a pris un nouveau degré d’intérêt par la présence de S.M. et par l’allégresse générale qu’elle a occasionné.

Il n’y a rien de nouveau : tout va bien dans l’intérieur de l’Empire. Je ne parle point à V.M. de l’Espagne pour ne pas la fatiguer par des redites. 

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, Avril 1808-Avril 1814. Présentation et Notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973. Lettre n°1251, p.1035).

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( 26 août, 2013 )

« Nous sommes ici dans une tranquillité, qui tient de l’apathie… »

« Nous sommes ici dans une tranquillité, qui tient de l’apathie… » dans TEMOIGNAGES cambaceres1

C’est ainsi que Cambacérès décrit la situation à Paris, dans cette seconde lettre à l’Empereur (datée du 26 août 1813). Il poursuit :

« …le public attend avec confiance les événements qui se préparent, et se repait, en attendant, de quelques faux bruits, inventés par l’oisiveté plutôt que par la malice. Bien des gens par exemple, croyaient que ce Jomini était aide-de-camp de Votre Majesté, et qu’en passant à l’ennemi, il avait emporté avec lui tous les secrets de l’Etat [Napoléon à Sainte-Hélène, lavera Jomini de cette accusation. Voir le « Mémorial », édition M. Dunan, tome II, p.279]

Les Normands sont dans l’enthousiasme et ont reçu S.M. l’Impératrice avec les démonstrations de la joie la plus sincère. Les journaux en ont parlé. Sa Majesté a daigné m’écrire qu’elle était arrivée à Cherbourg le 25 [août 1813], à neuf du soir, fatiguée de la route et de poussière, mais étant en bonne santé. »

(« Cambacérès. Lettres inédites à Napoléon. Tome II, Avril 1808-Avril 1814. Présentation et Notes par Jean Tulard », Éditions Klincksieck, 1973. Extrait de la lettre n°1248, p.1033).

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Ce qui est « amusant » c’est le fait que Marie-Louise, pourtant nommée régente avant le départ de Napoléon pour la campagne d’Allemagne, part faire un voyage d’agrément en Normandie; un besoin soudain de prendre un bol d’air (ou de lait de nos bonnes vaches normandes ?). C’est un peu léger comme attitude… Heureusement que Cambacérès et quelques autres sont aux commandes de l’Etat.

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( 26 août, 2013 )

A DRESDE…

A DRESDE… dans TEMOIGNAGES 1813-2013

Voici une lettre  de Guillaume Peyrusse, Payeur de l’Empereur, adressée à son frère .

Dresde, le 28 août 1813.

J’ai reçu, mon cher André, tes deux lettres des 7 et 16 août. Nous avions quitté Dresde le 15 août et nous nous étions portés sur Läemberg ; il paraît, par le résultat, que Sa Majesté avait eu l’intention de se dégarnir du côté de Dresde pour engager les Autrichiens à déboucher par la Bohême. Aprèsavoir battu et repoussé les Russes à Läemberg, sa Majesté est revenue sur Dresde comme la foudre : déjà les Autrichiens étaient tout autour de la ville, et opposaient des redoutes à tous les débouchés de la ville. A notre descente à Dresde, nous avons été salués par une grêle de boulets et d’obus lancés des batteries de la plaine ; c’était le 26 [août 1813] ; à dix heures du matin, les autrichiens montraient quatre-vingt mille [sic] sur les hauteurs de la ville et plus de vingt-cinq redoutes autour de la ville ; la journée a été employée à faire déboucher les troupes, qui ont exécuté ce mouvement avec la plus grande intrépidité. Nous avons essuyé dans la ville une petite pluie d’obus et de grenades, mais notre sourcil n’en a pas froncé, à huit heures, l’ennemi avait été forcé de s’éloigner avec perte. Le 27 [août 1813], à six heures du matin, par un temps affreux, Sa Majesté a attaqué l’armée ennemie forte de cent dix mille [hommes] ; leur centre occupait une position réputée imprenable. Ils ont longtemps tenu, mais les manœuvres de Sa Majesté les ont découvertes ; les positions ont été enlevées à la baïonnette, à trois heures on en était maître, et le résultat connu était alors [de] dix mille prisonniers, huit drapeaux, douze pièces de canon, deux généraux ; toutes les routes par où l’ennemi pouvait espérer la retraite étaient occupées par quatre-vingt escadrons commandés par le roi de Naples [maréchal Murat], et on devait s’attendre à des résultats plus brillants encore.- La jeune Garde a fait merveille. Plusieurs des généraux qui la commandaient ont été blessés : Tindal, Dumoustier et autres. Nos régiments de cavalerie se sont bien montrés. Le 23èmedragons a chargé sur des batteries, les a enlevées et les a conduites au palais ce matin. A neuf heures du soir, les routes de Pirna, de Petersvalde et de Freiberg étaient occupées par notre cavalerie. Ce matin on a annoncé que la roi de Naples avait dans la soirée et dans la nuit ramassé plus de onze mille prisonniers et seize pièces de canon ; Il arrive à tous les instants des déserteurs er des prisonniers. L’Empereur a annoncé ce matin que les autrichiens avaient perdu en blessés et prisonniers au moins près de quarante mille hommes et que le reste aurait la plus grande peine de se relever. Ajoute à tout cela la démoralisation que donne un si grand échec après l’assurance qu’avaient donnée à leurs troupes les deux empereurs, qui avaient assuré qu’ils entraient Dresde le 26 [août 1813].

On est indigné contre l’Autriche vis-à-vis de laquelle Sa Majesté de laquelle Sa Majesté n’a aucun tort ; c’est de sa part un aveuglement et une perfide déloyauté qui, d’allié de médiateur, l’a rendue notre ennemie ; au premier choc elle est culbutée. Le canon tonne toujours, mais fort loin.- tous les résultats ne sont pas encore connus. L’armée n’a pas posé les armes depuis le 26 [août 1813] au soir, et malgré la pluie, le vent et la neige, elle a témoigné du plus grand courage et d’un dévouement absolu.

Le  duc de Reggio [maréchal Oudinot] marche victorieusement sur Berlin, et, si le général Moreau et Bernadotte y sont, comme cela paraît être positif, ils en verront de grises [le traître Moreau a eu les jambes brisées par un boulet lors de la bataille de Dresde. Peyrusse semble ignorer cette nouvelle]. Ils auront à faire deux lapins, les deux de Reggio et Davout, qui marchent combinés sur cette capitale.

M. de  La Bouilleriem’a quitté le 12 [août 1813]. Mon affaire n’a pas été emportée d’emblée pour deux raisons. La première c’est parce que dans cette même soirée, sa Majesté  a appris la rupture de l’armistice (le 11) et que dès lors, elle a tout ajourné. En deuxième lieu, c’est qu’ayant été accolée dans le rapport avec M. Georges, caissier général, sa Majesté, avant de se déterminer à la donner à ce dernier, a demandé à M. de La Bouillerie si le caissier général du Trésor public et de la caisse d’amortissement avaient la croix. Sur la réponse qu’a faite mon patron que le premier l’avait et que le second ne l’avait pas encore, Sa Majesté n’a rien répondu.- M. de La Bouillerie en me faisant part de cet événement, m’a témoigné les plus vifs regrets de n’avoir pas réussi ; J’avoue que j’en suis un peu la cause :  dans le premier rapport que M. de La Bouillerie avait fait, il demandait pour moi la croix, ou douze mille francs d’indemnité ; je lui fis supprimer ce dernier article, son intention était bonne, il voulait me faire avoir l’une ou l’autre, mais il y avait à craindre que Sa Majesté put croire que l’on pouvait dans mon esprit compenser l’autre ; et j’ajoutai [que] s’il ne pensait pas que M. Georges méritât comme moi la croix ? C’est son ami intime et la personne que M. de La Bouillerie considère le plus. Il loua ma modestie et eut la bonté de me dire qu’il ne croyait pas que M. Georges eût aux yeux de Sa Majesté les mêmes droits que moi… Le 16 [août 1813] à Bautzen, il y a eu un travail de croix pour la Garde. C’était un travail fait  pour le 10 août et qui avait été ajourné. M. Fain a représenté le rapport. Sa Majesté a fait encore consulter l’almanach pour savoir si le caissier de la caisse d’amortissement avait eu la croix ; sur la réponse négative, Sa Majesté a passé outre. M. Fain a eu la bonté de ma prévenir de cet incident et de m’engager à demander à M. de La Bouillerie un  rapport pour moi seul. Je lui ai écrit en conséquence… Il y a des gardes d’honneur à Gotha ; deux de mes amis ont été nommés chefs d’escadrons. Ils sortent des officiers d’ordonnance ; on m’a dit qu’ils feraient partie de la Garde, mais non  sous le titre de hussards.  M. le comte de Lobau [le général Mouton] m’a proposé si je voulais être quartier-maître de l’un de ses régiments. Je lui ai répondu que je n’accepterais que dans le cas où il me promettait de me faire continuer dans mes fonctions à l’époque où l’on formera de tout ce corps, un corps de garde du corps, si on en vient là, ce que je ne  crois pas…

« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1812. Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, Libraires-Editeurs, 1894.

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( 8 août, 2013 )

De l’ALLEMAGNE à l’ESPAGNE (II).

 De l’ALLEMAGNE à l’ESPAGNE (II). dans TEMOIGNAGES soldat

Napoléon tout en menant la campagne de Saxe, gardait un œil attentif sur ce qui se passait en Espagne. Telle cette lettre à Maret, duc de Bassano, occupant les fonctions de ministre des Relations extérieures.

Dresde, 5 août 1813.

Monsieur le duc de Bassano, il serait bon de faire circuler la nouvelle qu’à la suite de la victoire du maréchal Soult sur l’armée anglaise le 25 juillet, Saint-Sébastien a été débloqué et que 30 pièces de l’artillerie de siège et 200 voitures ont été prises. Pampelune a été débloquée le 27. Le général Hill qui assiégeait cette place n’a pu emmener ses malades et il a été obligé de brûler une partie de ses bagages. On y a pris 12 pièces de 24 qui étaient déjà arrivées. Envoyez cela à Prague, à Leipzig et à Francfort.

(Lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Honoré Champion, Librairie, 1898, p.490).

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( 3 août, 2013 )

« J’ai PERDU NOMBRE de BRAVES… »

Le général Ledru des Essarts (1765 -1844) a participé aux principales campagnes de l’Épopée. Durant celle d’Allemagne, en 1813, il commande  à la place du général Gérard la 31ème division d’infanterie du 11ème corps de la Grande Armée sous le maréchal Macdonald. Il sert à Bautzen, à Lützen et à La Katzbach. Ledru des Essarts est blessé lors de la bataille de Leipzig. (Renseignements extraits du Dictionnaire de Georges Six).  Cette lettre est adressée à sa cousine, Mlle Lenoir, demeurant à Parigné [Parigné-l’Evêque, département de la Sarthe].

Au camp de Liegnitz, en Silésie, 28 mai 1813.

… Je n’ai rejoint l’armée qu’après la bataille de Lützen, mais j’étais les 20 et 21 à celle de Bautzen. Ma division s’y est distinguée en attaquant et chassant l’aile gauche de l’armée russe, qui était retranchée sur des hauteurs couvertes de bois. J’ai perdu nombre de braves, mais j’ai eu le bonheur de n’être point touché. L’ennemi est en retraite et tous les jours nous combattons et repoussons son arrière-garde. Un malentendu dans l’expédition des ordres du ministère m’a fait voyager de la Bavière en Hollande, et de là sur l’Elbe. Ces courses faites en poste m’ont échauffé et m’ont empêché de recevoir vos lettres et de correspondre avec ma famille. Je suis bien fatigué et j’ai besoin de repos. Si, à la fin de cette campagne, nous avons la paix, comme je l’espère, et si je ne me porte pas mieux, je ferai des démarches pour aller passer quelques mois dans le Maine, au commencement de 1814… Mais il ne faudrait pas se moquer  de ma figure, car je suis changé à faire rire. Au reste, je serai le premier à en plaisanter, pour vous mettre à votre aise …

Baron LEDRU DES ESSARTS,

au 11ème corps de la Grande Armée,

en Allemagne.

(Lettre extraite de l’ouvrage : « Un grand patriote sarthois méconnu. Ledru des Essarts », Le Mans, Jean-Louis Bonnéry, 1988).

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( 29 juillet, 2013 )

La TOMBE d’un COLONEL d’EMPIRE…

La TOMBE d’un COLONEL d’EMPIRE… dans FIGURES D'EMPIRE general-heymes

Dans le petit cimetière d’Auteuil, rue Claude Lorrain (aujourd’hui compris dans la partie sud du 16ème arrondissement de Paris), on peut voir la sépulture du colonel Pierre Heymès (1776-1842), qui devint général sous la monarchie de Juillet et de son épouse née Alexandrine Pannelier. Rappelons que le colonel Heymès fut aide-de-camp du maréchal Ney et qu’il a écrit en 1829 un récit de la campagne de 1815 dans lequel il prend la défense du duc d’Elchingen.

Cette tombe est malheureusement en mauvais état. A droite de celle-ci se trouve celle de « Mina » Lambert, belle-fille d’Alexandrine. (Crédit-photos: C.B.)

general-heymes-2 Emmanuel Cretet dans INFO

Cet officier a fait l’objet d’une bonne biographie écrite par M. Alain Heymès et publiée en novembre 2006 chez Teissèdre.

biographie-heymes Général Heymès

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1809

Dans ce même cimetière, ouvert en 1793 et inauguré en 1800, repose Hubert Robert (mort en 1808) peintre des monuments et conservateur du Louvre (en 1801). Sa tombe a fait l’objet d’une restauration par l’ACMN. Se trouveraient aussi  dans ce cimetière le cœur et les entrailles du ministre de l’Empire Emmanuel Crétet (1747-1809), gouverneur de la Banque de France (1806/1807), Ministre de l’Intérieur (1807/29 juin 1809 ; remplacé par Fouché). Malade, Crétet se retire dans sa propriété d’Auteuil (emplacement situé près de l’actuelle rue Wilhem) et s’y éteint le 28 novembre 1809. Son corps (seul) est au Panthéon.

C.B.

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( 28 décembre, 2012 )

Le MONUMENT au MARECHAL MONCEY…

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Place de Clichy,la nuit… Une photographie de ce monument réalisé en 1870 par Doublemard. Son inauguration ne peu avoir lieu à cause de la déclaration de la guerre de 1870-1871… Il a été restauré en 2010. Il s’élève à l’emplacement de la Barrière de Clichy de l’enceinte des Fermiers-généraux (disparue en 1860) qui fermait Paris à l’époque. Fin mars 1814, les troupes alliées (russes et prussiens) commencent à s’approcher de la capitale par le nord-est. Moncey fera le coup de feu avec les élèves de l’Ecole polytechnique.

 

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( 26 septembre, 2012 )

LU: « L’effroyable tragédie.Une nouvelle histoire de la campagne de Russie », de M.-P. REY…

Paru en janvier 2012, au tout début de cette année-anniversaire de la campagne de Russie l’ouvrage de Marie-Pierre Rey, qui s’y connaît plutôt en histoire de ce pays, elle est l’auteur d’un magistral « Alexandre 1er » (Flammarion, 2009), est à classer parmi les bons livres sur le sujet. On oubliera d’entrée l’étrange (et peu flatteuse) illustration de couverture ; il y avait bien mieux à choisir, pour ce livre, parmi les multiples (et souvent belles) peintures existantes sur cette campagne ;  mais entrons dans le vif du sujet. « L’effroyable tragédie » permet de comprendre, de suivre et d’appréhender toute l’étendue de cette fameuse campagne tant sur le plan militaire que sur le plan humain ; l’auteur a consulté de nombreux témoignages russes méconnus, sans oublier ceux émanant de soldats de la Grande-Armée, qui viennent étayer son travail. Toutefois, j’ai eu quelques petits moments de doute en lisant ce livre. Ainsi cette légende accompagnant un portrait de Napoléon (dans le cahier iconographique) : « A la tête du grand empire, au faîte de sa puissance en 1812, Napoléon semble invincible. Pourtant, la campagne de Russie lui coûtera son régime et sa liberté ». N’est-ce pas plutôt en 1814, puis en 1815 que ces propos seront d’actualité ? A la page 232,  l’auteur évoque le Tsar à l’été 1814 « aussitôt reparti pour le congrès de Vienne ». Mais celui ne commencera qu’en novembre de la même année… ; à la p. 301 : « Le 13 janvier 1813, les troupes russes, placées sous la direction du tsar et celle de Koutouzov, franchissent à leur tour le Niémen et pénètrent en Prusse. La campagne de Russie est terminée. Débutent alors celles d’Allemagne et de France. » Cette dernière ne débutera que plus tard, en 1814 ! Dans l’Épilogue, les chiffres avancés par Marie-Pierre Rey sur la bataille de Leipzig sont inexacts, si l’on en croit ceux que donnent Alain Pigeard dans son « Dictionnaire des batailles de Napoléon » (Tallandier, 2002). Je ne développerai pas plus en avant cette question au risque d’ennuyer ceux qui liront ces lignes. Ces quelques points soulevés ne remettent aucunement en question la qualité de « L’effroyable tragédie » de Marie-Pierre Rey qui apporte d’une façon non négligeable sa contribution à l’historiographie sur 1812. Et c’est là l’essentiel.

Marie-Pierre Rey, « L’effroyable tragédie. Une nouvelle histoire de la campagne de Russie », Flammarion, 2012, 390 pages. 

LU:

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( 10 août, 2012 )

LUE: la CORRESPONDANCE d’Eugène de ROUSSY…

LUE: la CORRESPONDANCE d'Eugène de ROUSSY... dans HORS-SERIE 51gQRS887HL__SS500_-189x300

Après avoir fait paraître en 2005 les lettres du général Mouton, qui présentaient un certain intérêt, les Editions Nouveau Monde ont réalisé un volume consacré à la correspondance, elle aussi inédite, d’Eugène de Roussy. Ce jeune aristocrate, né en 1787 et mort en 1872, s’engagea de 1806 à 1807 aux gendarmes d’ordonnance, puis passa dans les rangs du 28ème dragons, de 1808 à 1811. Les nombreuses lettres qu’il adressa à ses proches pourraient être intéressantes; loin de là ! Je me suis profondément ennuyé en lisant la prose du jeune de Roussy. Il n’y parle que de préoccupations matérielles, d’argent à lui transmettre, de bals, de repas entre amis (bien nés comme lui), de choses futiles, sans réel intérêt. Point de batailles, de combats ou même d’escarmouches. On est loin des correspondances si hautes en couleurs que laissèrent certains officiers et soldats de cette époque (citons notamment Coudreux, Paruit, Maffre, le jeune Aubry de Vildé-qui laissa peu de lettres mais d’une densité émouvante-, et les frères Peyrusse, Guillaume et André, qui me sont désormais particulièrement familiers, tout en n’étant pas des militaires au sens propre du terme). Au fur et à mesure de la lecture de cet ouvrage, qui comporte pourtant une solide préface et un appareil critique qui l’est tout autant, le lecteur peut se demander légitimement quand « l’action » va commencer, enfin. Et le ronflement du canon, et les coups de feu et les cris, que l’on peut deviner si souvent dans les lettres laissées par les acteurs de la Grande-Armée ? Point de tout cela ! Il ne se passe rien : Eugène de Roussy tout occupé par des futilités évoque à peine les événements historiques auxquelles il a été associé. Comme on est éloigné de ce que pouvait ressentir alors le soldat des guerres de l’Empire ! Ses espoirs, ses doutes, la peur aussi, qu’il n’ose s’avouer, ce réalisme quelquefois si violent  et qui permet au lecteur d’aujourd’hui de revivre cette grande époque historique. Le contenu de ce livre est à des années-lumière de tout cela. De ces 157 lettres restées enfermées dans les lourdes armoires des archives familiales on ne retient historiquement rien. On ne peut que le regretter.

« De l’Empereur au Roi. Correspondance d’Eugène de Roussy (1806-1830). Préface d’Emmanuel de Waresquiel. Présentée par Chantal de Loth. Introduction et annotation par François Houdecek », Editions Nouveau Monde,[paru le 12 juin] 2012, 382 pages).

 

 

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( 19 avril, 2012 )

Le GENERAL MENOU…

Paru en kiosque le jeudi 19 avril 2012, le n°185 de la fameuse série d’Hachette-Collections (11,95 €) concerne le général MENOU (1750-1810). « Gentilhomme de l’Ancien Régime fourvoyé dans un monde qu’il ne comprend plus, Menou se fraye un chemin au gré des circonstances. Homme du monde, instruit et Le GENERAL MENOU... dans INFO Menou-175x300cultivé, mais soldat dépassé par les réalités de la guerre moderne, il bénéficiera toujours de la protection du général Bonaparte, puis de celle de l’Empereur». Il est représenté ici  « en grand uniforme de général de division. Habit bleu foncé avec broderies d’or».

Ce numéro est, comme annoncé, le dernier de cette longue série et qui a débuté en 2006.

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( 5 avril, 2012 )

MASSENA à la CAMPAGNE…

Nous voici rue Jean MASSENA à la CAMPAGNE... dans HORS-SERIE Masséna3-256x300Dolent, à Paris (14ème); tout près de la célèbre prison de la Santé… Au n°23 de cette paisible voie, se cache une maison de campagne du XVIIIème siècle qui aurait appartenu au maréchal Masséna. Ce même numéro fut fréquenté par le peintre Renoir qui y peignit des portraits, vers 1875. Plus récemment, l’écrivain d’origine suisse Blaise Cendrars (né en 1887) y vécut. On peut voir une petite plaque  sur le mur d’entrée qui mentionne le nom du maréchal. (Source : J. Hillairet, « Dictionnaire historique des rues de Paris », Editions de Minuit, 1979, tome I, p.672).Masséna-300x225 dans HORS-SERIEMasséna2-300x225

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( 8 mars, 2012 )

Une VOITURE du SERVICE de CAMPAGNE de l’EMPEREUR, prise à WATERLOO, entre au MUSEE de MALMAISON…

Depuis hier, se tient à Paris, une exposition sur la voiture de l’Empereur prise le soir de Waterloo; voir « L’Estafette » à la date du 7 mars 2012 . J’ai pensé qu’il serait utile de reproduire ici cet article paru dans le Bulletin de la Société Belge d’Etudes Napoléoniennes (SBEN) en avril 1974 (dans son n°86). Il vous éclairera sur la provenance et le devenir de cette fameuse voiture. Les photos (celles en noir et blanc) qui viennent compléter cet article sont celles diffusées à l’époque dans ce bulletin.

C.B.

Une précision: la berline qui a donc fait l’objet d’un dépôt en 1973 a été donnée par les descendants de Blücher à l’Etat français en 1975; ce que j’ignorai.

Grâce à l’heureuse initiative de M. Gérard Souhami, membre du conseil d’administration de la Société des amis de Malmaison, et à  l’exceptionnelle générosité du comte Blücher von Wahlstatt, descendant du feld-maréchal Blücher, qui en a consenti le dépôt, le « landau en berline » du Service de Campagne de l’Empereur durant la malheureuse campagne de Belgique vient d’entrer au Pavillon des voitures du Château de Malmaison. Il y voisinera désormais avec l’OUne VOITURE du SERVICE de CAMPAGNE de l’EMPEREUR, prise à WATERLOO, entre au MUSEE de MALMAISON… dans A LA UNE ! Landau-300x200pale, berline de cérémonie, qui emmena l’Impératrice répudiée à Malmaison le 16 décembre 1809 et avec la voiture moins élégante offert au Musée par le Prince Murat, toutes deux signées de Devaux, carrossier habituel de Napoléon, comme Cauyette et Getting.S.A.I. le Prince Napoléon et plusieurs des hautes personnalités, qui ont daigné accorder leur patronage àla Société des Amis du Musée, ont honoré de leur présence la cérémonie intime de mis en dépôt du « landau », le 31 octobre 1973. Le Directeur des Musées de France souligna la portée de cet acte, le comte Blücher, dans sa réponse, exprima de façon éLandau-092011-300x202 Blücher dans INFOmouvante la satisfaction que lui procurait le retour en France de ce souvenir d’un passé glorieux. Photos au-dessus et à droite: la berline photographiée au moment de son entrée en 1973 dans le Pavillon des Voitures du château de Malmaison. Puis la même berline mais capotée cette fois. Etat actuel. ( sept.2011).

Cette voiture, exposée pour la dernière fois à la fin de 1933 dans une cour de l’Arsenal de Berlin avec une partie du butin fait après Waterloo, n’avait pas attiré l’attention des historiens, autant que celle offerte au Prince-Régent par le major von Keller, puis cédée à Bullock qui l’exposa dès 1818 à l’Egyptian Hall de Londres. Cette dernière voiture brûla le 18 mars 1925 au Musée Tussaud, où elle se trouvait depuis longtemps. Il n’en reste que des fragments dépourvus d’un réel intérêt. En revanche, le « landau » conservé dans la famille des princes Blücher est pratiquement intact, sauf la garniture moderne de drap bleu. Il porte encore, avec la marque du carrossier répétée six fois, les deux numéros qui lui furent attribués en 1812 puis en 1815 par le service du Grand-Ecuyer. On doit regretter que nul historien n’ait songé  à relever les numéros de la voiture londonienne, qui les portait nécessairement aux mêmes emplacements. Grâce aux indications que porte le « landau » les documents des Archives de France permettent en effet de préciser que le mémoire pour un « landeau (sic) en berline », mis en service le 12 juin 1812 sous le numéro 429, montant à11.560 F., somme fort élevée si on la compare avec le prix des autres voitures fournie par le même fabricant, est transmis par Caulaincourt à l’Intendant général le 21 août 1812. Or, le landau porte la marque de Getting, lequel dirigea longtemps les ateliers de Cauyette, rue des Martyrs, avant de créer en 1815 sa propre firme. Les noms de Cauyette et de Getting sont associés ou cités indifféremment dans les pièces d’archives avant 1815. Le numéro 429 apparaît toujours sur les moyeux de roues. A l’inventaire de 1815 le numéro 301 fut donné à ce landau ; il est spécifié qu’il a été « pris à l’armée ». Il convient de rappeler l’organisation minutieuse des déplacements de l’Empereur qui relevaient du Grand-Ecuyer. Elle ne variait guère. Il y avait toujours trois « services » de plusieurs voitures. L’un précédait Napoléon de quelques heures. Lui-même prenait place dans une voiture du deuxième [service]. Le troisième [service] partait ensuite. Le baron Fain, confirmé par tous les documents officiels, a pris soin de détailler la manière dont l’Empereur effectuait ses « voyages de guerre », empruntant d’abord un « coupé » à l’usage de « dormeuse » pour les « traites de longue haleine ». Quand l’Empereur quittait cette voiture pour marcher avec ses troupes, on la laissait à l’arrière-garde avec les fourgons dela Maison : c’était ce qu’on appelait « les gros équipages »… « La calèche, attelée par des relais dela Maison, servait à l’Empereur pour se transporter d’un corps d’armée à un autre ».

L’« Ordre de marche » dicté par Napoléon le 10 juin 1815 et mis au net par le Grand-Ecuyer, qui ne devait pas accompagner cette fois l’Empereur, est d’une précision absolue. Le premier Service, scindé en deux groupes de voitures, l’un partant le 10 à 11 heures du soir, l’autre partant le 11 à 4 heures du matin, comprend d’abord le « landau 301 » dans lequel prendront place le général comte de Fouler de Relingue, Ecuyer-Commandant (troisième personnage dela Grande-Ecurie, après le duc de Vicence, Grand-Ecuyer, tous deux indisponibles), et M. Gy, Quartier-Maître des Ecuries, responsable de toutes la marche des équipages, plus un ouvrier et un domestique. Les autres voitures sont celles de la chambre et six « chariots » ou « pourvoyeuses ». L’heure du départ du « Service de l’Empereur » n’est évidemment pas précisée : il comprend la «berline 51» pour les quatre aides-de-camp : Drouot, Flahaut, Corbineau et Labédoyère ; la « battardelle [sic] 399 », avec Marchand, premier valet de chambre [de l’Empereur], un chirurgien, le garde du Portefeuille et une autre personne, le « dormeuse 389 » qui « restera à l’armée », emportant Napoléon et le Grand-Dormeuse-300x236 GenappeMaréchal ,plus Saint-Denis [le mameluk Ali] et des chasseurs, escorté d’un écuyer, d’un page, de deux officiers d’ordonnance, de courrier et de piqueurs. Vient enfin le troisième service, « partant après l’Empereur », comprenant le « voiture du Cabinet 379 » avec le baron Fain, le général Bernard, un garde du Portefeuille et un garçon de bureau, la « gondolle  [sic] 262 », pour les gens des officiers, et la « chaise 22 » pour un secrétaire du Grand-Maréchal et un maître d’hôtel de l’Empereur. Soit au total quatorze voitures. Il est précisé qu’un « un lit de fer complet » sera placé « sur la dormeuse de Sa Majesté» et un « lit de fer sans bidet ni chaise sur le landeau (sic) ». La « dormeuse » et le « landau », que Napoléon devait emprunter de préférence sur le terrain des opérations, constituaient donc les voitures essentielles de cet équipage de guerre, l’une plus lourde, au rayon de braquage moins large, pour la route, l’autre plus légère, décapotable, pouvant presque tourner sur elle-même, destinée à affronter tous les terrains. Photo en haut: « Voiture des équipages de Napoléon prise par les Prussiens le soir de Waterloo. Exposé à Londres, elle fut détruite dans l’incendie du Musée Tussaud en 1925. »

On sait la suite : les rapports allemands, anglais, français sont formels et ne contredisent pas les souvenirs des témoins privilégiés, Marchand, Saint-Denis. Au soir du 18 juin 1815, à Genappe, le major von Keller, du 15ème fusiliers prussiens s’empara sur la route encombrée de toutes les voitures arrêtée. Il conserva la « dormeuse » vendue en Angleterre par ses soins, dont les anciennes photographies, les dessins détaillés et les descriptions correspondent bien à ce type de voiture spécialement aménagée pour Napoléon. Seul manque le relevé du numéro pour emporter notre conviction absolue. C’est dans cette voiture, plus personnelle encore que le  landau, que furent trouvés les objets les plus intimes, les plus prestigieux, répartis ensuite entre les vainqueurs.

Mais Blücher se réserva le landau armorié, jugé sans doute plus pratique, qu’il envoya à sa femme. La lettre qu’il dicta pour elle le 25 juin 1815, de Gosselies, est trop décousue pour que l’on puisse affirmer que Napoléon a quitté brusquement ce landau pour fuir à cheval. Il est plus probable que l’Empereur a abandonné la « dormeuse » aujourd’hui détruite dans laquelle il devait normalement monter. Si les termes employés pour désigner les différentes voitures de voyage utilisées par Napoléon lui-même, berline, coupé, dormeuse, calèche, landau,… varient  suivant les documents contemporains, leurs numéros, leur prix d’achat suffit à les distinguer des simples « chaises, gondoles, batardelles, pourvoyeuses ou chariots… Si nombreux dans les équipages impériaux qui comptaient encore au 12 juillet 1815, 179 voitures auxquelles il faudrait ajouter les 43 voitures « sorties depuis le 20 mars [1815] », c’est-à-dire « prises à l’armée » ou « prises par les Prussiens à Versailles et à Saint-Cloud ». Le « landau en berline » pouvait d’ailleurs servir de « dormeuse » pour le voyageur placé à droite, grâce à un ingénieux dispositif. De par sa qualité et sa provenance, il mérite à coup sûr qu’un spécialiste lui consacre une étude technique détaillée. 

Gérard HUBERT,

Conservateur des Musées Nationaux, chargé du Musée de Malmaison.

  

 

 

 

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( 17 décembre, 2010 )

La demeure du Prince Roland BONAPARTE renaît de ses cendres…

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Le somptueux palace qui vient tout juste d’ouvrir des portes à Paris est un lieu historique. Il fut la demeure du prince Roland Bonaparte (1858-1924), fils du prince Pierre Bonaparte, petits-fils de Lucien Bonaparte, un des frères de Napoléon. Roland Bonaparte, lieutenant au 36ème régiment d’infanterie de ligne, épouse en novembre 1880 Marie-Félix Blanc, héritière de François blanc, fondateur du casino de Monte-Carlo. Deux ans après, naît sa fille Marie, qui deviendra une psychanalyste célèbre. L’épouse du Prince disparaît la même année, en septembre, victime d’une embolie. En 1886, une loi radiant de l’armée les princes des maisons ayant régné en France est votée. Le prince Roland Bonaparte quitte définitivement l’armée pour entreprendre de nombreux voyages dans le monde. Il commence à accumuler une importante documentation géographique, ethnologique et botanique. Notons que le Prince sera d’ailleurs l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces disciplines. En 1891, il fait l’acquisition de terrain, avenue d’Iéna, à Paris, en surplomb de la rue Fresnel, sur une partie la colline de Chaillot et dominant la Seine.

L’avenue d’Iéna fut ouverte en 1858, en partie sur l’emplacement de la rue des Batailles (curieux hasard toponymique), voie principale de l’antique village de Chaillot.

C’est dans cette même rue, à l’emplacement du n°12 de l’avenue d’Iéna, qu’habita Balzac, en 1834. En 1892, l’architecte Ernest Janty commence les imposants travaux de la demeure du prince. Ils se poursuivront jusqu’en 1894. Cette même année le prince Roland et sa fille la princesse Marie emménagent dans cet endroit somptueux. Cette immense demeure, entretenue par un personnel composé de 30 personnes, comporte une importante bibliothèque, comprenant 6 kilomètres de rayonnages… 

En avril 1924, le prince Roland meurt dans ce même endroit. L’année suivante, sa fille Marie, devenue par son mariage en 1907, princesse de Grèce vend l’hôtel de l’avenue d’Iéna à la Compagnie financière du Canal de Suez. La bibliothèque du prince érudit est alors louée à la société de Géographie, dont il fut Président. 

Par la suite, dans les années 1926/1929, le corps de l’hôtel Roland Bonaparte sera surélevé de deux étages. Des appartements locatifs sont emménagés. Le peintre Jean-Gabriel Domergue (1889-1962) qui a commis avec talent quelques peintures légères,  en sera un des locataires. Quatre niveaux de garages seront crées sur la rue Fresnel. La cour de la bibliothèque sera transformée en salle de spectacle et les galeries du rez-de-chaussée en foyers. En 1944, l’immeuble est acquis par le Centre National du commerce Extérieur (CNCE), nouvellement créé. Cette institution deviendra par la suite le Centre Français du Commerce Extérieur (CFCE) et occupera les lieux jusqu’en 2004. En 1966 un sixième étage est ajouté au bâtiment. De 1983 à 1987, d’importants travaux de rénovations sont entrepris. 

Cet endroit, que j’ai eu l’occasion de visiter en 1992, contenait çà et là quelques rappels napoléoniens. Ici ce sont des abeilles dans une moulure, un plâtre superbe représentant Bonaparte à cheval franchissant le Saint-Bernard surmontait la cheminée de l’ancienne salle à manger princière, devenue le siège du très confidentiel « Club Carrefour Iéna International »…Il est à souligner que l’entier contenu de l’hôtel, formé par le mobilier, les tableaux, les livres de l’imposante bibliothèque, a été dispersé après la mort de Roland Bonaparte. 

Le groupe Shangri-La, qui n’a pas donné un nom très original à ce nouvel établissement  en le baptisant « Shangri-La Hôtel, Paris », n’oublie nullement que ce lieu fut construit pour un descendant du grand Napoléon, un prince lettré et cultivé.

Ainsi, la chambre la plus somptueuse porte le nom de « Suite Impériale » et occupe l’emplacement des appartements privés du Prince Roland Bonaparte. 

C.B.

Ici un article récent du « Parisien » (26 octobre 2010) sur cet endroit (400 personnes formeront le personnel de l’hôtel. Shangri-La a préféré donner la priorité à la qualité qu’à la quantité : 81 chambres (de 47m2 en moyenne) et 27 suites-de 50 à 300 m2- occupent les lieux) :

http://www.leparisien.fr/paris-75/paris-75005/l-hotel-shangri-la-devoile-son-decor-de-futur-palace-26-10-2010-1123691.php 

Site institutionnel :

http://www.shangri-la.com/fr/property/paris/shangrila 

Illustrations: Portrait du prince Roland Bonaparte dans sa tenue de lieutenant au 36ème de ligne. Ce tableau d’Edouard Armand-Dumaresq ornait le trumeau de la cheminée de son cabinet de travail, avenue d’Iéna.

Une lettre du même en date du 20 octobre 1894. Elle porte les initiales « R.B. » [Roland Bonaparte] surmontées de la couronne princière et l’adresse « Paris, 10, avenue d’Iéna ».

 

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( 30 septembre, 2010 )

Petite visite de nuit aux INVALIDES…

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Hier soir, mercredi 29 septembre, avec deux amis, j’ai eu l’occasion d’effectuer une visite très privée du dôme des Invalides et du Caveau des gouverneurs. Il est environ 20h30 lorsque nous pénétrons sous le dôme. Ce qui est frappant c’est le silence qui règne sur cet endroit. Ce dernier nous paraît encore plus grand, vide de tout visiteur. Je lève les yeux et peux contempler la fresque magnifiquement illuminée (elle n’est éclairée que la nuit) du plafond; et là, devant moi, s’élève le tombeau de quartzite….

Petit moment d’émotion intérieure au cours duquel, nous nous retrouvons tous les 3, accompagnés de notre guide, face à la dernière demeure du Grand Homme… Que sommes-nous bien petits face à l’immensité de ce monument ! Personne ne prononce un mot. Mais il faut déjà quitter ce lieu unique pour partir en direction du Caveau…

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( 11 juillet, 2010 )

Musée de l’Armée (Paris): quelques photos commentées…

Ceci fait suite à mes impressions après une visite des nouvelles salles « Empire » (VOIR PLUS BAS SUR CE BLOG)

Voici dans l’ordre (de haut en bas), leurs légendes: 1. Salle « Vauban »: le visiteur peut voir alignement bien ordonné de cavalerie derrière de belles vitrines Saint-Gobain (Ah quelle belle invention le sponsoring d’entreprise !), qui ont été réalisées tout spécialement et qui ont toutes les vertus, sauf celle de n’être pas anti-reflets. Que cette salle, naguère si chargée d’objets intéressants, a perdu de caractère ! Mais ce n’est que le début ! Poursuivons !

2 et 3: Non vous ne rêvez pas: Nous voici au royaume des ténèbres ou plutôt dans le couloir desservant les salles. Je rappelle que toutes mes photos ont été prises sans flash, respectant le règlement intérieur. Quelqu’un veut-il une torche ?

4: Ce tableau ? Un « Picasso » sans doute ou une toile de Francis Bacon. Comment ? C’est un grand panorama du peintre militaire Charles Langlois ?? Incroyable ! Mais pourquoi est-il dissimulé dans l’obscurité ? Une nouvelle vision de l’histoire napoléonienne sans doute. Bref…

5: Une belle vitrine de sabres 1er Empire mais à peine éclairée d’où ce flou photographique. Et les légendes ? A votre gauche mon bon monsieur. Je sais, c’est écrit en petits caractères. La tendance est au minimaliste…

6: « Vous me reconnaissez ? Je suis « Vizir », un des chevaux de l’Empereur. Fini le temps où j’étais mis en valeur ! Maintenant je suis relégué au bout d’un couloir; à moitié caché par l’obscurité ambiante. Heureusement, j’ai de bon yeux ! »

7: La salle de la Seconde abdication. Bien vide ! Un tableau de l’Empereur. A droite (invisible sur cette photo) une vitrine avec un drapeau de l’île d’Elbe encadré par toute une série d’aigles de drapeaux, posées là comme de simples pigeons ! Avec des commentaires très vagues sur leur provenance. Devant le tableau de l’Empereur, cette « table basse de salon » contient le fameux drapeau des Adieux. Un vrai bonheur pour les photographes ! Des reflets, des reflets, encore des reflets… (Comme chantait Serge Gainsbourg…). Ah oui, j’oubliais, à l’autre bout de cette petite salle se trouve un imposant buste de Louis XVIII…

8: Voici justement une de ces aigles. Ah, bon sang ! Encore un reflet !

9: Un mètre d’une présentation banale pour aborder le Congrès de Vienne, le licenciement de l’armée et Sainte-Hélène. Cà c’est un vrai résumé ! Et le personnage mort sur la gravure ? C’est curieux, je ne le voyais pas comme çà Napoléon…

10: Une vitrine contenant plaques de shakos et hausse-cols. Bien sagement alignés comme des images. Et les légendes ? Regardez en bas à gauche mon bon monsieur…

11: Une série de tableaux sous un éclairage encore « intimiste »…

12: Un bel habit ayant appartenu au maréchal Lannes dans une vitrine avec de beaux reflets…

13:  Une vue « aérienne » du drapeaux des Adieux dans sa « table de salon » en verre. Un tel objet meritait bien mieux comme présentation ! Comme tous ceux présentés dans cette muséographie avant-gardiste…

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( 11 juillet, 2010 )

NOUVELLES SALLES « EMPIRE » du MUSEE de l’ARMEE (PARIS): QUELLE DECEPTION !

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Je me suis rendu avec un ami le samedi 10 juillet 2010 aux Invalides afin de visiter les nouvelles salles « Empire » du Musée de l’Armée (ouvertes en mai 2009)… Dès notre arrivée dans la salle « Vauban », j’ai pu constater que la muséographie était celle d’un bloc opératoire : minimaliste à souhait ! Plus loin,dans notre progression, par une chaleur insoutenable (la climatisation étant en panne pour la 3èmefois nous a confié un gardien…), je suis allé de déception en déception :

description approximative des objets, et visibilité minimale pour ces mêmes descriptifs, éclairage très faible (pour préserver les objets exposés selon un écriteau) et mal orientés ; en effet, impossible de réussir une photo avec les revêtements conçus par les « têtes pensantes » de ces nouvelles salles : aucun verre anti-reflets, vitrines orientées de telles façon qu’il est tout aussi impossible de photographier un objet en entier ! Quelle ingéniosité  volontaire (difficile de croire que ce soit le simple fait d’un hasard répétitif…) afin d’interdire tout cliché (même sans flash !) Quant à l’histoire napoléonienne elle est (très) survolée dans la présentation générale. On notera quand même l’absence de la fameuse redingote de l’Empereur. De plus, pas un des chapeaux de Napoléon ne figure en exposition comme auparavant.. 

Que les amateurs de la période Sainte-Hélène se rassurent : elle est passée aux oubliettes ou plutôt à la moulinette avec une mini-présentation de 1 mètre faisant très sommairement allusion à la captivité de l’Empereur ; sa mort n’étant à peine évoquée  !! On remarquera sur cette même présentation la reproduction d’une gravure figurant le maréchal Ney après son exécution, sans mentionner l’identité du personnage que le visiteur mal informé historiquement pourra prendre pour étant Napoléon sur son lit de mort ! 

Oui, quelle déception et quels pincements au cœur de voir ce beau musée devenu désormais sans âme, dépourvu de cette intimité historique qui pouvait lier le visiteur avec les objets présentés ! Ces nouvelles salles, reliées par couloirs plongés dans une quasi-obscurité (sur le coup j’ai cru à une panne électrique !) sont désormais aseptisées et sans caractère ! 

Que de temps et d’argent investi pour un tel résultat ! 

Le visiteur peut voir à la sortie un panneau indiquant que plusieurs personnalités ont donné leur aval à la réalisation de cette nouvelle muséographie : La Fondation Napoléon, Éric Anceau, Jacques Garnier, etc.… 

Quelle vision de l’histoire napoléonienne auront les générations futures au travers de cette muséographie n’appelant pas à la curiosité de l’esprit ? 

Reviens Napoléon ! 

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VOIR PLUS HAUT:  Musée de l’Armée: quelques photos commentées.

 

 

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