( 8 mai, 2017 )

Les Polonais à la Bérézina…

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Les Polonais se distinguèrent sur la rive droite de la Bérézina dans le combat que Ney livrait à Tchitchagov et qu’un contemporain a justement qualifié de « combat animé et glorieux ; le général Dombrowski retrace ainsi, dans un rapport à l’Empereur, le rôle qu’il joua dans l’affaire ainsi que ses deux compatriote Kniaziewicz et Zayonchek.

A.CHUQUET 

Le 28 novembre 1812, le 2ème corps fut attaqué par le corps du général Tchitchagov sur la rive droite de la Bérézina. Une partie du 5ème corps, commandée par moi et par le général Kniaziewicz, se trouva en réserve sur l’aile gauche. L’ennemi attaqua avec force. Le combat était opiniâtre des deux côtés et ne se décidait point Je fis alors avancer ma troupe, et, l’épée dans les reins, nous poussâmes l’ennemi jusque derrière son camp en lui portant une perte considérable. Emporté d’ardeur et d’enthousiasme, je ne sentis pas même la blessure que j’avais reçue à la main, jusqu ‘à ce que la perte considérable de sang me forçât de quitter le champ de bataille au moment où l’ennemi fuyait. Le général Kniaziewicz, me remplaçant, continua de poursuivre l’ennemi avec l’intelligence et le courage qui lui sont si propres. Il fut grièvement blessé au pied. Quand ceci se passait sur l’aile gauche, le 17ème d’infanterie, deux bataillons du 14ème et la cavalerie appartenant à ma division combattaient sur la droite sous les ordres du général Zayonchek. Ces régiments, encouragés par l’exemple de leur commandant , combattant avec le plus grand acharnement et repoussèrent à plusieurs reprises les attaques vigoureuses de l’ennemi, lorsque, par un coup fatal, le général Zayonchek eut une jambe emportée. La nuit mit fin aux combats de cette journée mémorable où tous les trois généraux de division commandants furent couverts de blessures qui les retiennent jusqu’ici hors de combat et où les troupes se couvrirent de gloire.

DOMBROWSKI. 

Article publié dans le 1er volume de la série d’Arthur Chuquet et  intitulée : « 1812, la guerre de Russie », Fontemoing et Cie, 1912 (3 volumes).  

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( 7 mai, 2017 )

L’Empereur et sa cour…

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« La cour de Napoléon était dans tout son éclat, sa puissance à son apogée. Tous les dimanches et jours de fête, il y avait aux Tuileries grande réception. On voyait défiler dans de beaux équipages aux chevaux fringants, aux livrées éclatantes, toutes les nouvelles illustrations. Hier soldats ou hommes obscurs au fond d’une province, aujourd’hui maréchaux de France, rois, princes, ducs, plaques, cordons, nombreuses décorations, tous avaient bonne mine et portaient bien leur habit. Cette cour, dans son ensemble, était la plus grande, la plus imposante du monde. Tous ces maréchaux, jeunes encore, avaient un air martial et fier, qui repoussait les quolibets des émigrés et des vieux gentilshommes de l’ancien régime. Murat surtout était beau à voir, et je crois que Napoléon, en l’appelant le roi Franconi, cédait, peut-être à son insu, à un mouvement de jalousie. On a dit de lui que dans un salon il commandait le respect et sur un champ de bataille l’admiration. Murat est resté dans ma mémoire comme un type de noblesse et de grandeur. Le vieux comte de Béthisy, auquel je faisais part de cette impression, me disait : — Où diable voulez-vous qu’il ait pris cela? Vous vous êtes laissé séduire par son uniforme et sa mise de théâtre. Murât avait pour amie très intime Mme Michel, dont il était passionnément aimé. Lorsque M. de Mosbourg lui annonça la mort de son ami, elle éprouva une telle commotion qu’elle fut saisie d’un tremblement nerveux qu’elle conserva jusqu’à sa mort, en 1837. Son salon était devenu le rendez-vous de tout ce que Paris comptait de remarquable. Le maréchal Berthier, prince de Wagram, avait pour maîtresse la belle marquise de Visconti, pour laquelle il a fait des folies que tout le monde connaît. En campagne, il faisait placer son buste dans sa tente, sous un dais. A l’époque où je l’ai connue, elle était paralysée d’un côté; ce qui ne l’empêchait pas d’aller dans le monde, où j’ai fait souvent sa partie de whist. Marie-Louise était enceinte. Elle allait, chaque jour, se promener sur la terrasse du bord de l’eau. La foule était toujours considérable, et bien que la souveraine n’y rencontrât que des figures bienveillantes, cette foule n’en était pas moins gênante. Pour obvier à cet inconvénient, on construisit en trois jours une communication souterraine du château à la terrasse; elle fut comblée sous la Restauration et rétablie par Louis-Philippe. Je vis plusieurs fois l’impératrice. Elle était très blanche de peau, avec quelques taches de rousseur sur le visage; ses cheveux étaient d’un blond un peu doré. C’était une grande et belle femme, ayant des manières timides, l’air peu imposant, la figure bonne mais sans expression. Elle était énorme et portait très bien sa grossesse. Une femme du peuple qui était près de moi lui cria un jour : « Ne craignez rien, ma grosse mère, tout cela se passera bien; j’en sais quelque chose, j’ai huit enfants! » L’impératrice, rouge comme du corail, se retourna et salua la femme qui lui avait adressé la parole. Ce fut surtout cet incident qui motiva la construction du passage. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.93-95)

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( 6 mai, 2017 )

Les étapes d’un volontaire de 1803…

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L’auteur de ce texte est Alphonse Guichard. Engagé volontaire au 17ème léger, le 4 août 1803, il servit successivement au 7ème, puis au 17ème léger. Il fut nommé sous-lieutenant en 1813, décoré en 1822, lieutenant en 1824. Guichard fut admis à la solde de retraite en 1834, après avoir quitté l’armée depuis quelques années. Son texte porte le titre original de « Récapitulations des lieues de France ». Il est à noter qu’une lieue d’alors valait à peu près 4 kilomètres, ce qui donne la mesure des distances parcourues à pied… Il fut publié la première fois dans la « Revue Rétrospective » en 1886.

MARCHES A PIED.

(Sac à peau, fusil, sabre, giberne, vivres, cartouches et papiers de la comptabilité d’une compagnie).

En France, à diverses époques (1803, 1806, 1808, 1813) : 1.325 lieues

Campagne d’Autriche : 800 lieues

Prusse et Pologne (1807) : 975 lieues

Espagne et Portugal (1807, 1813) : 1.055 lieues

Avec l’épée seulement.

En France, à diverses époques : 1690 lieues

(Sac à peau, fusil, etc., ou l’épée seulement).

Contre-marches, détachements, changements de position, de campement, de cantonnement : 1.180 lieues

Service des gardes, patrouilles, exercices, manœuvres, revues, promenades militaires, corvées : 1.975 lieues.

TOTAL GENERAL pour le service de la France : 9.000 lieues.

Observations.

Cet officier a été reconnu impropre aux fatigues de la guerre par défaut de conformation des jambes et par une hernie inguinale du côté droit, qui l’obligerait à porter en route un bandage herniaire. Malgré ces infirmités, afin de cacher la plus apparente, pour être admis au service de l’armée, tant au sixième arrondissement de Paris pour être enrôlé, qu’à Strasbourg pour son incorporation au 17ème règlement d’infanterie légère, il a refusé, dans les deux visites des docteurs, de descendre son pantalon plus bas que les genoux. Avec d’aussi puissants motifs d’être exempté du service militaire, on ne peut se refuser de convenir qu’il lui a fallu un courage extraordinaire, d’avoir parcouru, à pied et chargé, sans être entré plus souvent aux hôpitaux, pour le service de la France, autant de terrain qu’il y a d’étendue dans la circonférence des quatre parties du monde.

 

 

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( 5 mai, 2017 )

Mes réflexions en apprenant la mort de Sa Majesté.

Napoléon

Paris, 20 mars [année laissée en blanc].

« Napoléon fut appelé grand A peine âgé de vingt-sept ans, pareil à un torrent, il précipita sa course impétueuse du haut des Alpes dans les belles plaines d’Italie. Ces champs, illustrés par les victoires d’Annibal et de Marius, reçurent un nouvel éclat de ses trophées.

Empereur des Français, il subjugua le monde. Les rois de la Terre l’entouraient tous et formaient un cortège brillant qui annonçait sa présence. Ses armées assiégeaient Cadix. Quelque temps après, la victoire les conduisait jusque sous les murs de Moscou. Tant de prospérités ne pouvaient durer. Invincible jusque-là, la nature se chargea du soin de venger ses ennemis. Les glaces de l’hiver lui enlevèrent la plus belle armée qu’on eût vue sous le soleil. En une nuit tout changea.

L’étoile de l’Empereur, qui jusqu’alors avait jeté de si vifs rayons, commença à pâlir. Le monde s’ébranla ; des nuées de barbares l’entourèrent. Semblable à un gladiateur, qui, au milieu de l’arène couvert de blessures, porte des coups à tous ses rivaux et les menace encore avant de tomber, l’Empereur les anéantit partout où il put les atteindre.

 L’Europe conservera un souvenir éternel de ses désastres et de ses victoires. Mais enfin l’Empereur était homme : il fallut céder à la fortune…

Retiré dans son palais de Fontainebleau, conservant pour tout bien son grand nom, abandonné de tous, il sut encore se faire craindre et respecté.

Il signa son abdication à Fontainebleau. Qui n’admirerait pas les desseins admirables de la Providence sur la destinée des hommes, quand on songe, que dans ce même palais dans cette même salle où l’Empereur signa son abdication, S.M. avait voulu forcer le pape Pie VII à renoncer à son trône. Pouvait-il prévoir que vaincu, abandonné de tous, il abdiquerait sa puissance et verrait le papa entrer dans Rome, rétabli par les Russes et les Anglais qui brûlaient naguères le pape en effigie ?

C’est dans la cour de ce palais que l’Empereur se vit dans cette première période entouré de ses vieux soldats.

 Qui pourrait peindre la douleur qui oppressait dans ce moment l’âme de l’Empereur à la vue de ces hommes intrépides qui, dans cent batailles, avaient contemplé de si près la mort sans rien craindre, versant des larmes à son départ, l’entourant de leurs armes, courbant, leur drapeau sur sa tête !

L’Empereur s’arracha de leurs bras… Il partit !

Un an s’était à peine écoulé. L’Empereur revint. Tout se souleva sur son passage. Le monde s’ébranla encore une fois pour le  vaincre. La France épuisée par tant de guerres ne put résister à tant d’ennemis. Nouveau Thémistocle, Napoléon allait s’asseoir au foyer du peuple britannique, mais ce peuple égoïste le relégua sur un rocher désert au milieu de l’Océan.

Cinq ans après l’Empereur n’existait plus. Quelques pieds de terre recouvraient celui à qui le monde n’avait pu suffire !  »

Guillaume PEYRUSSE.

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( 5 mai, 2017 )

Il y a 196 ANS…

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Le 5 MAI 1821, à l’île Sainte-Hélène, s’éteignait le grand NAPOLEON…

Qu’il repose en paix !

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( 4 mai, 2017 )

Le destin des chevaux durant la campagne de Russie…

Le cheval fut, durant la campagne, le principal aliment. Déjà, en marchant sur Moscou, les Français avaient fait des grillades avec les chevaux tués en choisissant les plus jeunes dont la chair était plus tendre. Au soir de La Moskowa, ils mangèrent du cheval rôti, car, dit un des combattants, la denrée ne manquait pas et jamais boucherie ne fut si bien approvisionnée. Daru, proposant au mois d’octobre à Napoléon de passer l’hiver à Moscou et de faire de cette ville un grand camp retranché, disait qu’on salerait les chevaux qu’on ne pourrait nourrir. Pendant la retraite, le cheval a, comme dit Castellane dans son «Journal », un grand débit.  Les soldats mangent tous ceux qui peuvent être saignés. Ils les volent même pour les manger. Un officier qui se croit suLe destin des chevaux durant la campagne de Russie… dans HORS-SERIE 86001577ivi de sa monture sent tout à coup que les rênes qu’il a passées autour de son bras viennent d’être coupées ; il se retourne ; il voit son cheval tué, dépecé, partagé. Mais le froid devint si intense qu’on ne pouvait plus tuer et dépecer les chevaux.

On leur coupait donc une tranche dans la culotte pendant qu’ils marchaient et le froid les avait tellement engourdis et rendus insensibles qu’ils ne donnaient aucun signe de douleur. Plusieurs cheminèrent ainsi durant quelques jours avec de fortes parties de chair enlevées aux cuisses : le froid avait gelé le sang qui sortait et arrêté tout écoulement. Tout le mois de novembre, le soldat fut hippophage. « Le cheval, remarque Castellane, continue à très recherché, et les soldats n’en laissent pas. » Mais le 4 décembre 1812, Castellane note qu’on ne mange plus le cheval, qu’on a des bestiaux autant qu’on veut et qu’on fait des distributions. La viande de cheval plaisait donc à l’armée, le général hollandais Van Dedem de Gelder raconte que son cuisinier, qui avait vécu à Drontheim en Norvège, savait la préparer à merveille ; ses invités, lorsqu’il en servait, croyaient qu’il leur servait du bœuf. Mais, sous l’empire de la faim, les hippophages commirent des horreurs. Des « hébétés », raconte le général Vionnet de Maringoné, ouvraient le ventre à de chevaux encore vivants et leur arrachaient les rognons, le foie, le cœur qu’ils mangeaient avec voracité pendant que l’animal palpitait encore devant eux. D’autres qui n’avaient ni sabre, ni couteau, déchiraient la chair de leurs dents et suçaient le sang de la bête qui gisait sur le sol sans être encore morte. 

Arthur CHUQUET 

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