( 17 décembre, 2019 )

17 décembre 1812…

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Gumbinnen, le 17 décembre 1812.

Mon cher André, je ne t’ai pas écrit depuis longtemps, mais j’ai fait prier de vive voix Mélan, par un officier d’ordonnance expédié à l’empereur, de t’écrire que je me portais bien. Depuis environ un mois le service des estafettes est interrompu, et nous ne pouvons communiquer avec la France. Notre retraite continue. Nous sommes pressés. J’ai été assez heureux de sauver sur des chevaux et des traîneaux tous les fonds qui m’avaient été confiés, mais j’ai été forcé de brûler mon fourgon pour que l’ennemi ne s’en emparât pas. J’ai perdu presque tous mes effets. J’ai sorti de ma vache quelques chemises. Adieu pelisses et tout ce que je portais de Moscou. Mais je conserve de la force et de l’énergie. J’ignore où l’armée se réunira. Le roi de Naples la commande. J’ai ordre de rester pour faire le service. Je ne reçois de mettre de personne. Cela me désole plus que les 25 degrés de froid que nous éprouvons, et auxquels il est bien difficile de s’accoutumer. Tu auras appris avant l’arrivée de ma lettre l’arrivée de S.M. [Sa Majesté]. Elle nous a quittée le 5 décembre. M. Attalin, officier d’ordonnance, est dépêché en courrier. Il m’a promis de jeter cette lettre à la poste. Adieu, cher André. J’embrasse Pauline et Félix. Si tu écris à mon père, fais-moi le plaisir de lui donner de lui donner de mes nouvelles.

Adieu, adieu.

 Guillaume.

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrite à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814.Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.112-113). Rappelons que Guillaume Peyrusse assurait les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne, durant cette campagne. Sa correspondance est un bon complément à ses « Mémoires » (Voir la version intégrale réalisée par mes soins en novembre 2018 aux Editions AKFG).

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( 15 décembre, 2019 )

Un témoin méconnu du Retour des Cendres (1840)…

Un témoin méconnu du Retour des Cendres (1840)… dans TEMOIGNAGES 1840

Jean Codru-Dragusanu, décédé en 1884, était originaire de Roumanie, plus précisément de la légendaire province de Transylvanie. Il se trouvait en décembre 1840 à Paris, lorsque l’Empereur retrouva enfin sa capitale. Ses souvenirs, assez surprenants par certains détails, voire fantaisistes par d’autres, furent publiés pour la première fois en France (et traduits en français) par un certain J. Norga dans la «Revue des Etudes Napoléoniennes», en juillet 1912 (1).

C.B.

-1) Nous avons complété ce témoignage par quelques notes nouvelles.

«J’assistais le 15 décembre (2) passé à une autre festivité nationale française à Paris. Il vous est connu que Napoléon-le-Grand avait été interné dans l’île de Sainte-Hélène, sous garde anglaise, et qu’il y mourut en 1821. Le roi Louis-Philippe conclut avec les Anglais une espèce d’alliance, d’ entente cordiale et, en conséquence, il obtint l’extradition des restes de Napoléon pour être déposés, sur les bords de la Seine, au milieu du peuple de Paris (3). Un fils du Roi, le Prince de Joinville, fut chargé de porter ces précieuses reliques sur sa frégate la «Belle-Poule» jusqu’aux rivages dela France ; elles furent ensuite transportées sur une petite embarcation et menées en amont dela Seine jusqu’à Neuilly, près de Paris.

Le sarcophage fut chargé ensuite sur un gigantesque char funèbre, attelé de seize chevaux, couverts de draperies de velours noir bordé d’argent et dirigé, en grande pompe militaire, aux sons de la musique, -les vieilles voitures impériales, un cheval couvert des franges employées par le défunt lui-même (4), venant ensuite, et le Roi, le Prince, les dignitaires de l’Etat suivant, parmi les régiments de l’armée et des milliers de spectateurs (5) , vers le Dôme des Invalides, destiné à recevoir les cendres, qui furent déposées sur un catafalque.

————–

-2) 1840.

-3) Sur les accords entre la France et l’Angleterre, l’expédition du Retour des Cendres, et l’arrivée des cendres de l’empereur en France, leur cheminement de Cherbourg à Paris, voir avant tout l’ouvrage récent de Georges Poisson (« L’aventure du Retour des Cendres », Paris, Tallandier, 2004). On consultera en complément les récits de Philippe de Rohan-Chabot [Commissaire du Roi pour la dite expédition] (« Les Cinq cercueils de l’Empereur… » , Paris, France-Empire, 1985), celui du Général Gourgaud [un des fidèles de l'épisode hélènien et qui fit partie de l'expédition de 1840, avec Bertrand père et fils, Las Cases, fils, Marchand, Ali…] (« Le Retour des Cendres de l’Empereur Napoléon. Préface et notes de Christophe Bourachot », Paris, Arléa, 2003) et enfin le journal du Mameluck Ali [de son vrai nom Louis-Etienne Saint-Denis], qui a été publié en 2003, chez Tallandier.

-4) Impossible, compte tenu de la durée de vie d’un cheval…Néanmoins ce « faux cheval » était harnaché d’une vraie selle de l’Empereur. Quant aux « vieilles voitures impériales », Dragusanu est le seul, à notre connaissance, à en faire mention…

-5) Plus de cent mille parisiens se pressait sur le parcours du cortège, et ce par une température extrême : moins 12 degrés …

Ce qui me surprit le plus, ce furent les pleurs et l’enthousiasme du bas peuple, qui, pendant toute la journée de cette cérémonie funèbre, pressé jusqu’à l’écrasement, sur le parcours d’une ville entière, ne cessait pas de crier : « Vive l’Empereur ! » -et il était mort, lui depuis bien vingt ans !

Le corps, embaumé et absolument intact en ce qui concerne la figure, fut exposé ensuite pendant huit jours, sous un couvercle de cristal dans l’église, pour que tout le monde pût le voir (6).

-6) Détail incroyable mais peu crédible. Personne, dans aucun récit, ne parle d’une telle chose qui aurait dû choquer les témoins.

La France entière et la moitié de la population de l’Angleterre accoururent comme en pèlerinage (7). Toute la journée, du matin au soir, le quartier était assiégé de curieux et à l’intervalle de cinq minutes cent personnes étaient admises à entrer dans l’église.

-7) Cela reste à démontrer…

Enfin ces jours passèrent et la plupart revinrent chez eux sans avoir pu le voir, car le sarcophage avait été scellé et descendu dans une chapelle souterraine. Il arriva même alors quelque chose de comique, mais en même temps de touchant. Un groupe d’une trentaine de paysans était venu de loin pour voir l’Empereur et on le leur avait défendu, car ils étaient en blouse et il n’était pas permis d’entrer dans un pareil costume. Ayant entendu cette défense, nos gens laissèrent leurs blouses et voulurent entrer tout de même. Il aurait fallu voir les haillons, jusqu’alors invisibles, que ces pauvres paysans portaient comme vêtement !

«Holà, dit le gardien, non seulement la blouse n’est pas admise pour les visiteurs, mais il faut avoir un habit, et pas des haillons.

Vous ne pouvez pas entrer ! »

Et un d’entre eux, se donnant du courage, à dire : «Mais, monsieur, quand je payons l’impôt, pourquoi que le percepteur du Roi ne renvoie-t-il pas les gens en guenilles ? Je voulons -sacredieu !- voir l’Empereur !»

Cela leur fut utile. Un d’entre eux avait un vêtement un peu plus décent et il se terminait même par quelque chose qui ressemblait à la queue d’un habit noir ; il fut admis donc en cette qualité et reçu dans l’église. Il vit ce qu’il désirait voir et sortit les yeux humides, puis, avec une générosité vraiment française, il prêta à ses camarades sa guenille pour qu’ils pussent, à leur tour, voir aussi les précieuses reliques impériales. Il s’en retournèrent enfin à leur misère, consolés, mais non sans serrer les poings et grincer des dents contre le régime qui n’a cure du pauvre et lui demande de se mettre en habit.»

Jean CODRU-DRAGUSANU

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( 15 décembre, 2019 )

Un pharmacien de la Grande-Armée…

DuriauFrançois Duriau est né en 1785 à Dunkerque. Est-ce le fait que son père était pharmacien qui l’influença sur sa carrière ? Après un apprentissage dans l’officine familiale, il passe onze mois chez Josse puis deux mois chez Lamégie, pharmaciens parisiens renommés.  Le 26 septembre 1805, le jeune Duriau est nommé  pharmacien sous-aide à la Grande-Armée puis il prend la direction de l’Autriche.  Duriau va alors noter dans son « Carnet de route », qui fut publié la première fois en 1907 (« Mémoires de la Société Dunkerquoise pour l’encouragement des sciences, des lettres et des arts », volume 46; puis en 1909, sous la forme d’un volume, sous les auspices de Camille Lévi.) tout ce qu’il voit. Ainsi le 30 octobre 1805, il écrit : « La bataille d’Ulm ayant eu lieu, la ville était remplie de blessés, de manière que le commissaire des guerres m’y retint pour faire le service. » A Ulm précisément, il note : « Je fus obligé de coucher sur la paille, toutes les auberges et le peu de maisons qui restaient habitées, après le siège, se trouvaient remplies d’officiers et de militaires ». A l’automne 1806, Duriau se trouve en Prusse. « A Cronach [Kronach], le feu était au château, je n’eus que le temps de manger un morceau et de partir (toujours à pied depuis Wurtzbourg où j’avais abandonné mon portemanteau dans un fourgon des hôpitaux) avec un convoi d’artillerie jusqu’à Steinweise… ». Le 18 octobre, l’auteur manque d’être massacré par les paysans, sans la présence du 14ème de ligne. Quelques mois plus tard, en 1807, le voici en Allemagne, à Postdam, une « très jolie ville », nous apprend Duriau. Il suit comme toujours la progression de la Grande-Armée, plus précisément cette Armée d’Allemagne à laquelle il est affecté.  Il est à Königsberg, à Elbing, à Bromberg, puis en août, il arrive à Berlin. Il y reste jusqu’en décembre et commence à s’y ennuyer : « Toujours à Berlin; on parle beaucoup de départ pour le Hanovre et l’Espagne, grand désir de quitter la Prusse ! ».

En mars 1809, Duriau est cette fois en Autriche, à Wurtzbourg, à Erfurt, puis à Fulda. Le 16 avril 1809, il note depuis Donauworth, que « l’Empereur Napoléon y arriva le 16, passa la revue des troupes wurtembergeoises sous les ordres du général Vandamme et partit le 17 ». A Ebersberg, le 4 mai, l’auteur est frappé par la quantité de cadavres se trouvant sur le pont enjambant la Traun. Le soir, il note : « Couché sur la paille, tué un cochon pour ne pas mourir de faim ». Lors de la bataille d’Essling (21-22 mai 1809), il écrit: « L’ennemi était en force, nous eûmes beaucoup de blessés et de tués » et plus loin : « Enfin la bataille fut très chaude et on n’avança ni ne recula ».

En octobre 1809, Duriau est à Vienne et ne part qu’en janvier 1810 pour Linz. Le mois suivant, le voici à Ratisbonne, qui porte encore les traces de la bataille qui s’y est déroulée l’année précédente. En février, Duriau est enfin de retour en France. Après une période de repos dans sa ville natale, il prend la route de Paris (en août 1810) afin de subir « les 4 examens pour passer Maître en pharmacie ». A cette époque ils duraient de longs mois et  furent heureusement couronnés de succès. Duriau ne regagne Dunkerque qu’en décembre. Ici s’achève son récit proprement dit. Il est complété par sa correspondance à propos d’un congé de convalescence (en 1807) et par une série de textes de chansons en usage dans la Grande-Armée : « Gauloise », « Les Adieux du conscrit », « Le coup du milieu »…

Le « Carnet de Route » du pharmacien Duriau, plein d’observations sur les lieux que traverse l’auteur, à propos des personnes rencontrées et où l’on entend le grondement du canon, forme un document quelque fois sec, mais il est rédigé sur le terrain. C’est ce qui fait son intérêt.

C.B. 

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( 15 décembre, 2019 )

Il y a SOIXANTE-DIX-NEUF ANS L’AIGLON RETROUVAIT ENFIN SON PÈRE…

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Il y a 79 ans, le 15 décembre 1940, Napoléon retrouvait enfin son fils. Hitler faisait transférer le corps de l’Aiglon de Vienne à  Paris. Le Chancelier du Reich espérait par cette initiative, récupérer l’opinion des français.

Mais ceux-ci connaissaient alors bien d’autres soucis…

Ils raillèrent ce geste par cette tirade : « Nous manquons de charbon et les Allemands nous rendent des cendres.. ». Il faudra attendre 1969 afin qu’André Malraux, alors Secrétaire d’État aux Affaires culturelles, ordonne que l’on creuse le tombeau dans lequel le Fils de l’Homme reposera enfin…  Il faut savoir que dès 1932, année du centenaire de la mort de l’Aiglon, l’idée d’un rapatriement du corps de Napoléon II avait été évoquée dans les milieux politiques et historiques, mais sans aucune suite.

Il est également navrant que la France, vainqueur du conflit de 1914-1918, n’ait point songé à demander à ce moment-là le transfert des cendres du fils de l’Empereur…

Les photos qui suivent sont extraites du numéro du magazine « l’Illustration » du 21 décembre 1940.

Photo 1: Deux soldats allemands montent la garde devant l’entrée du wagon où se trouve le cercueil de l’Aiglon. Nous sommes à la Gare de l’Est. Photo 2: Une vue de ce même cercueil dans le wagon. Photo 3: A partir de minuit, le 15 décembre 1940, les allemands extraient le cercueil de son wagon. Photo 4: Toujours devant la Gare de l’Est. Le cercueil est placé sur un affût d’artillerie qui sera tracté par un véhicule allemand de transport troupes. Le fils de l’Empereur faisant son entrée dans un convoi de militaires ennemis, cela ne manque pas d’amertume… 

Photo 5: Le convoi arrive à 1h20 (du matin), aux Invalides. Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne à  Paris remet au nom du Führer le corps de l’Aiglon à l’amiral Darlan, représentant le gouvernement français.  Le cercueil est alors pris en charge par des gardes républicains (français). Ce dessin de Serge Ivanoff nous montre le convoi devant les marches de l’entrée du Dôme. 

Photo 6: Suite de la scène précédente : le cercueil , toujours porté par les gardes républicains, va être placé sur les marches de l’autel. Cette cérémonie nocturne s’achève à 2 heures. Napoléon II est désormais veillé par les gardes républicains en grande tenue. Il sera disposé , après la grande cérémonie officiel, dans la chapelle où se trouve Jérôme Bonaparte. Il y restera près de trente années…      

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( 13 décembre, 2019 )

Survivre…

« Le 13 novembre, le 1er corps, maréchal Davout, en tête, traverse Smolensk en assez bon nombre et prend position au-delà. Mon capitaine me renvoie en ville avec deux carabiniers pour chercher des vivres. La prévoyance de l’Empereur y avait accumulé, dans les magasins, des subsistances, des effets d’habillement, du linge, des chaussures. Mais, les employés de ces magasins ayant abandonné leur poste, ce fut la foule des blessés de toutes armes, des gelés, des traînards devançant la colonne qui, dans un désordre inexprimable, pilla toutes ces ressources. Tous ces malheureux, sans drapeau, sans chefs, ayant rejeté toute discipline, et n’étant plus, pour la plupart, en état de tenir un fusil, n’avaient plus qu’une pensée, manger, ou tout au moins se chauffer, et pourtant ces mêmes hommes avaient affronté la mort sur vingt champs de bataille !

Le froid est de 23°.

Je pus trouver dans Smolensk 5 à 6 kilogrammes de farine et quelques débris de biscuit. Avant de rapporter à la compagnie ces quelques grains de vie, bien faible ressource pour 60 hommes, je dûs, avec mes deux carabiniers, mettre le sabre à la main et défendre ces maigres provisions contre ceux qui, les plus effroyables menaces à la bouche, et l’arme aussi en main, voulaient nous les arracher. Autour de notre bivouac se trouvaient des maisons où des officiers et soldats avaient cherché un abri contre le froid après avoir allumé du feu à l’intérieur. Un de mes bons camarades y était entré. Prévoyant ce qui allait se passer je le suppliai de sortir. A ma prière insistante les officiers et quelques hommes sortirent, déjà engourdis par la chaleur et incapables d’une décision, mais lui ne voulut rien entendre et y trouva la mort. Bientôt, en effet, une foule se rua sur ces maisons, ceux qui s’y trouvaient voulurent défendre leur repos, une lutte horrible s’engagea et les faibles furent impitoyablement écrasés. Je courus au bivouac rendre compte de ces atroces scènes, à peine y étais-je arrivé que les flammes dévoraient ces maisons avec tous ceux qui s’y trouvaient. Au jour, nous vîmes des ruines et des cadavres. »

(Capitaine Vincent BERTRAND, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815….», A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.146-147). L’auteur était à cette époque sergent dans les rangs du 7ème régiment d’infanterie légère, lui-même faisant partie du 1er corps (Maréchal Davout).

Survivre… dans TEMOIGNAGES ney-durant-la-campagne-de-russie

Le maréchal Ney durant la retraite de Russie. Courageux, faisant le coup de feu avec ses hommes, un fusil sur le bras,

les dirigeant comme un simple capitaine…

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( 13 décembre, 2019 )

Une lettre d’un auditeur au Conseil d’Etat à sa femme, en 1812…

charlet1b.jpgCelle-ci émane d’Antoine Busche, auditeur au Conseil d’Etat en service extraordinaire, venu apporter le Portefeuille de l’Empereur. Il sera nommé préfet des Deux-Sèvres en 1813.  On perçoit à travers ce court témoignage, un homme découragé, fatigué voire désespéré…  Ce Busche était un collègue d’Henri Beyle (Stendhal) qui était lui-même en Russie. Le futur écrivain mentionne d’ailleurs Busche dans plusieurs lettres adressées à sa soeur

Smolensk … [sans date

Ma bonne amie,  j’ai tout perdu, voiture, chevaux, effets, domestiques. Il ne me reste que le cheval que je montais et ce que j’avais sur le corps. Il y a tout lieu de croire que ma voiture est tombée au pouvoir de l’ennemi, à moins qu’étant restée embourbée, elle n’ait été pillée sur les derrières.La plupart de mes collègues ont perdu plus ou moins ; moi, j’ai perdu tout, absolument tout, et même cent écus en argent blanc, qui étaient dans la calèche. 

 BUSCHE. 

 

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( 12 décembre, 2019 )

Hypothèse…

1815

« Durant tout le mois de décembre [1814] les officiers de la Garde impériale disaient dans les rues de Portoferraio : « quand nous serons à Milan », et dans les premiers* jours de février, l’un d’eux informait le commandant de Gaëte que l’Inconstant partirait pour Naples dans quelques jours et porterait des troupes : « Je serai de cette brigade, ajoutait l’officier,et peut-être aurai-je le bonheur de revoir Gaëte et nos amis. » Jusqu’au dernier moment, la plupart des gens de Portoferrao, Elbois et Français, crurent que la Garde joindrait l ‘armée de Murat, et au mois de février, le trésorier de l’Empereur [Guillaume Peyrusse] voyant des voiles napolitaines qui se montraient dans le canal de Piombino et des signaux qui s’échangeaient, pensait que Napoléon irait s’unir au roi Joachim. Nombre d’officiers français et de bonapartistes rêvaient même que Murat irait restaurer Napoléon. Comme si, s’écriait moqueusement un, royaliste, ces Napolitains qu’on n’avait pu décider en 1814 à passer le Pô, pourraient jamais, quel que fût leur amour du pillage, entreprendre une expédition en France ! De même les Anglais, Burghersh, sir Charles Stewart, Wellington.  Burghersh écrivait que les officiers autrichiens et les ministres du grand-duc de Toscane étaient convaincus du danger que le voisinage de Napoléon faisait courir au repos de l’Italie. Sir Charles Stewart remarquait -le 7 avril- que l’Italie était près de l’île d’Elbe; que l’Italie,où Bonaparte avait exercé l’influence et le pouvoir, aimerait mieux vivre unie sous la main d’un glorieux despote que dans la division et le morcellement; que Napoléon serait  aidé par les amis d’Eugène et par Murat. Wellington croyait dans les premiers jours de 1815 que Napoléon ne quitterait l’île d’Elbe, s’il la quittait, que pour régner sur la péninsule d’Italie et y régner seul sans la partager avec Murat. De même les Français. Dès le 7 avril [1814], trois membres du gouvernement provisoire de France, Talleyrand, Dalberg et Jaucourt, trouvaient que « le point de l’île d’Elbe amenait des discussions » et que « la situation morale de l’Italie ne paraissait pas admettre cet établissement ».A la fin de juillet, Beugnot exprimait l’avis que Bonaparte chercherait d’abord à nouer des intrigues en Italie pour les étendre ensuite au-delà des Alpes. Hyde de Neuville disait au mois de novembre que Napoléon débarquerait à Gênes ou dans les environs de Gènes; qu’il ne parlait que de Gênes; que son brick l’Inconstant allait et venait entre Gênes et Portoferraio: de Gènes, Napoléon irait s’unir à Murat et s’emparer du royaume d’Italie qui servirait aux nouvelles combinaisons de sa politique. Blacas déclarait à la fin de décembre [1814] au commissaire autrichien, comte de Bombelles, que l’Italie ne serait jamais sujette de l’Autriche, ni Louis XVIII tranquille sur son trône tant que Murat offrirait un asile à tous les mécontents et pourrait en quarante-huit heures mettre Napoléon à leur tête.»

(Arthur CHUQUET, « Le départ de l’île d’Elbe », Editions Ernest Leroux, 1921, pp.64-67)

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( 12 décembre, 2019 )

Lettre du capitaine Prax, adjudant-major au 3ème chasseurs de la Garde, à Monsieur le général Pelet, sur les journées des 16, 17 et 18 juin 1815.

 

Waterloo

Ce témoignage est extrait d’un article concernant l’infanterie de la Garde à Waterloo et paru dans le « Carnet de la Sabretache » en 1905. 

Cholet, le 23 avril 1835. 

Mon Général, 

En réponse à votre lettre du 21, j’ai l’honneur de vous donner les renseignements que ma mémoire peut me fournir après vingt ans. Je  ne les crois pas hasardés, je voudrais seulement qu’ils fussent d’une importance moins minime, plus dignes de vous et de la haute partie historique que vous traitez. La force des deux bataillons du 3ème régiment était de 1.040 hommes à notre départ de Paris. Nous n’avons laissé personne sur la route. Ce régiment n’a fait aucune perte le 16 juin, n’ayant pas été engagé. Les 3ème et 4ème grenadiers sous le commandement du général Poret ont seuls été envoyés sur Ligny et essuyés peu de perte, leur impétuosité ayant décidé promptement l’affaire. Le 3ème régiment de chasseurs n’était pas même alors avec le reste de la Garde : il en avait été détaché pour aller en observation sur l’extrême gauche de notre ligne, du côté où l’on disait que se présentait l’ennemi ; c’était le corps du général Drouet d’Erlon. Le 17 juin, nous partîmes tard de Fleurus, et vers dix heures du soir, nous établîmes nos bivouacs près d’une ferme occupée par l’Empereur, sur la droite de la chaussée de Charleroi à Bruxelles. Le temps était horrible, la pluie tombait par torrents. Le 18 juin, à sept heures du matin, nous prîmes les armes ; on fit dire que l’Empereur aurait besoin avec enthousiasme, avec reconnaissance, et les chasseurs de visiter leurs fusils, de les mettre en état de bien faire feu. Nous ne quittâmes nos bivouacs cependant que vers huit heures, et, après avoir traversé la grande route, et marché parallèlement à elle pendant une heure, nous fumes prendre position derrière une hauteur sur laquelle était l’Empereur et son quartier-général. Quelques boulets ennemis y furent dirigés ; mais, bientôt, l’armée achevant de se porter en ligne, nous fûmes établis sur le plateau de cette même hauteur qui dominait tout l’armée. L’Empereur mit pied à terre. Dans le courant de la journée, la Garde fut placée en masse derrière La Belle-Alliance et y resta jusqu’à cinq heures, que les 3ème  et 4ème  chasseurs, 3ème et 4ème grenadiers, moins un couple de bataillons, furent disposés en colonne déployés en masse par bataillon et dirigés par un à gauche sur La Haie-Sainte. La rampe qui conduisait à ce plateau n’était ni raide ni de difficile accès, nous y montâmes l’arme au bras. Quel fut notre étonnement en le voyant presque abandonné et couvert de morts ! Sur notre gauche était aussi une batterie nombreuse dételée et abandonnée de ses canonniers. Ceux-ci étaient peu éloignés, et on remarquait facilement leur hésitation pour retourner à leurs pièces. Nous n’avançâmes cependant pas longtemps sans percevoir une ligne formidable, et sans éprouver une résistance des plus vives. Toutes nos têtes de colonne en furent mises hors de combat. Il faut croire que si nous avions abordé l’ennemi en nous faisant couvrir par des tirailleurs qui auraient porté le désordre dans ses rangs, et que derrière eux nous eussions marché avec rapidité et la baïonnette en cavant, notre attaque aurait réussi. Nous fûmes donc repoussés, mais l’ennemi ne commit pas l’imprudence de nous poursuivre ; nous ne laissâmes donc entre lui et nous que l’extrême sommité du plateau. De cette position, nous contînmes les Anglais par des tirailleurs. Il était alors près de sept heures, et déjà le centre de l’armée paraissait être en déroute ; des officiers à cheval allaient au-devant des colonnes qui fuyaient, pour tâcher de les arrêter ; la confusion régnait déjà, leurs efforts furent inutiles. Nous nous trouvâmes donc bientôt enveloppés de toutes parts ; la nuit survint, nous suivîmes le torrent. Hélas ! Hélas ! 

Je vous prie d’agréer, avec l’hommage de mon profond respect, mon général, l’assurance de la reconnaissance que je vous ai vouée. 

Le colonel du 36èmeSigné : PRAX. 

 

 

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( 12 décembre, 2019 )

La Grande-Armée souffrante…

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« Le typhus et la dysenterie, compagnons inséparables de la guerre, et dont la fréquence et la gravité se montrent toujours ne raison que les armées sont nombreuses et accablées de misères, régnaient considérablement dans nos troupes. On n’y observait pas moins la fièvre lente et la diarrhée. Cette dernière maladie était tellement générale que presque chacun de nous en fut atteint. Nos corps d’armée ne discontinuaient pas à diriger journellement de forts convois de malades sur les hôpitaux de Moscou, et de là on faisait des évacuations sur Smolensk ; mais elles tombaient ordinairement entreles mains des cosaques. Dans cette horrible position, où notre courage était soutenu par l’espoir de voir conclure des arrangements de paix, l’armée française se fondait de jour en jour ; et pendant que ses indomptables légions s’affaiblissaient, l’ennemi se remontait et augmentait ses forces ; des recrues lui arrivaient de tous côtés ; la guerre des partisans sur nos derrières et sur nos flancs s’organisait ; toute la Russie courait aux armes pour nous repousser. »

(Joseph de Kerckhove, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) ». L’auteur était à cette époque médecin attaché au quartier-général du 3ème corps (Maréchal Ney). )

 

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( 12 décembre, 2019 )

Pourquoi quitter l’île d’Elbe ?

Vue Portoferraio

Lorsque Napoléon débarque à l’île d’Elbe, il entend se consacrer désormais à son nouveau royaume. Il s’en occupera d’ailleurs pleinement. Au travers du témoignage d’André Pons de l’Hérault, on retrouve l’Empereur en grand organisateur, tour à tour ordonnant la construction de nouvelles routes, de casernes, de fortifications, de ses résidences impériales ; décidant de la réparation d’une rue, analysant tel ou tel budget, s’occupant d’approvisionnement de bois pour Portoferraio. Afin de mieux se rendre compte de l’activité  débordante de Napoléon, il suffit consulter l’ouvrage rassemblant les lettres et ordres édictés par le souverain de l’île d’Elbe (« Le Registre de l’île d’Elbe. Lettres et ordres inédits de Napoléon 1er (28 mai 1814-22 février 1815)», A.Fontemoing,  Éditeur, 1897) et rassemblés par Léon-G. Pélissier, le publicateur de la première édition du « Souvenirs et Anecdotes » de Pons de l’Hérault. Toutefois, Napoléon restait attentif à ce qui se passait en France : un mécontentement s’installait peu à peu contre le gouvernement des Bourbons.  Recevant périodiquement des informations il est presque certain que l’idée d’un retour mûrit lentement dans son esprit. Plusieurs éléments sont à prendre en ligne de compte. Tout d’abord l’absence de Marie-Louise et de son fils. Même si cette dernière a été cruellement ressentie par l’Empereur, comme le notera Pons ce n’est pas ce qui motiva Napoléon. Le départ de l’île d’Elbe est dû à des causes politiques et matérielles.

Politiques, car comment imaginer un seul instant que, connaissant l’échec du gouvernement de Louis XVIII, Napoléon soit resté confiné dans son île ?  L’Aigle se devait de relever le pari d’un nouvel envol. Les causes matérielles ont également leur importance et en particulier les difficultés financières qui commençaient à se faire ressentir dans le fonctionnement des institutions mises en place par Napoléon à l’île d’Elbe.

« Le revenu  annuel de l’île était d’environ 470 000 francs, 120 par les droits fiscaux, 350 par le Domaine (mines de fer, salines, pêcheries). Ces rentrées équilibraient à peine le budget civil (fonctionnaires, clergé, justice, ponts et chaussés) fixé à 120 000 francs, et les dépenses de la maison de Sa Majesté qui engloutit 480 000 francs pendant les sept derniers mois de 1814, ramenées à 380 000 sur les évaluations du budget de 1815. Restait à combler le déficit béant du million annuel prévu pour les dépenses militaires, qu’aucune ressource ne pouvait équilibrer. Napoléon le préleva entièrement sur les débris de sa lite civile sauvée à Fontainebleau, chiffrée par Peyrusse à 3 980 000 francs le jour de son entrée à Portoferraio. Dix mois plus tard, ce trésor est déjà amputé de moitié : le 26 février [1815], en s’embarquant pour la France, il ne reste en caisse que 1 863 000 francs. Au plus juste, en multipliant les économies, Napoléon pourrait tenir encore deux ans, mais il ne disposerait plus de cette masse de manoeuvre sur laquelle vivront ses cinq cent compagnons de Fréjus à Paris.», comme l’écrit G. Godlewski.

De plus, le pouvoir royal ne tient pas ses engagements. En effet, l’article 3 du Traité de Fontainebleau prévoyait à Napoléon le versement « d’un revenu annuel de 2 millions de francs en rente sur le Grand Livre de France, dont 1 million réversible à l’Impératrice ». Ni l’Empereur ni aucun membre de sa famille (car une disposition complémentaire prévoyait que ces derniers reçoivent également une compensation financière), ne percevront un centime. Louis XVIII ira même plus loin dans son mépris en décrétant le 18 décembre 1814, sur proposition de ses ministres, la mise sous séquestre de tous les biens de la famille impériale. Ainsi le trésorier Peyrusse, fidèle collaborateur de Napoléon écrit-il dans ses mémoires : « Les jours de mon travail avec Sa Majesté étaient fixés ; nous préparions les éléments du budget de 1815, et je présentai à Sa Majesté un projet sur la régie des tabacs à l’île d’Elbe. Pendant ces diverses séances, l’Empereur laissait percer l’humeur que lui donnait le refus que faisait la France d’acquitter la somme stipulée par le traité du 11 avril [1814]. M. de Talleyrand écrivait de Vienne à notre grand maréchal [le général Bertrand], que Sa Majesté Louis XVIII ne reconnaissait pas le traité de Fontainebleau. Les revenus de l’île et ma caisse eussent été insuffisants pour parer au budget futur, maintenu sur le pied du précédent, ce qui avait décidé Sa Majesté à arrêter que je payerais que la moitié des traitements fixés, et que je ne fournirais le surplus aux parties prenantes en bons sur le trésor public français et à valoir. Cette situation, le projet de certaines réductions à imposer à la Garde, affectaient vivement Sa Majesté. C’était le secret de son cabinet ».

Et pendant ce temps, le gouvernement royal, faut de budget suffisant, licenciait 200 000 hommes de cette armée qui jadis avait fait trembler l’Europe, jetant sur les routes des hommes démunis de tout , réduit à la mendicité pour survivre. Parallèlement, était crée une « maison du Roi », composé de  6000 hommes appartenant pour les trois-quarts à la noblesse. Cette  armée  d’Ancien Régime était une armée de parade et beaucoup de ceux qui en faisait partie, n’eurent jamais entendu tonner le canon. De maladresse en maladresse, on pourrait souligner notamment la place exagérée faite à un clergé ranimant les divisions d’autrefois,  le régime de Louis XVIII en qui une partie des français avait apporté sa confiance, ne sut pas la conserver. « Le menu peuple souffrait comme il n’avait pas souffert depuis le Directoire », Guy Godlewski dans son ouvrage consacré à l’île d’Elbe (Hachette, 1961).

Les yeux de bien des français étaient dorénavant tournés vers une certaine île d’Elbe…

Napoléon est rentré « en triomphateur, parce qu’il incarnait, malgré son autorité despotique, le plus grand courant des idées révolutionnaires, l’opposition la plus ferme à la réaction nobiliaire et cléricale de l’Ancien Régime, incapable de s’adapter. Sans doute aussi parce que son génie rayonnant, son magnétisme personnel offraient aux Français de 1815 un saisissant contraste avec la médiocrité de leurs nouveaux dirigeants», comme le souligne encore Guy Godlewski.

C.B.

 

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( 11 décembre, 2019 )

Un EPISODE de la CAMPAGNE de RUSSIE…

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Le témoignage réaliste, qui suit a été rédigé par Guillaume Peyrusse, qui termina sa carrière durant les Cent-Jours en tant que Trésorier général de la Couronne. 

9 décembre 1812. 

Le roi [de Naples, Murat] a quitté son quartier ; nous avons ordre de le suivre. Notre marche a été fort embarrassée. Arrivés à dix heures du soir au défilé de Ponari, nous y rencontrâmes de si grands obstacles qu’il fallut se résigner à camper sur place, espérant que, la foule s’écoulant, dans la nuit, notre mouvement serait plus libre le lendemain. Nous cédâmes à la cruelle nécessité de cacher notre position à l’ennemi. Les feux de bivouac ne furent pas allumés. L’inquiétude et un froid de 25 degrés m’anéantirent pendant cette horrible nuit. 

10 décembre 1812. 

Au point du jour j’ai fait atteler. Nos domestiques étaient sans force, sans énergie et totalement démoralisés. Un nombre considérable de voitures de tout espèce, de pièces et caissons d’artillerie, abandonnés au travers de la route, sans conducteurs, des charretiers, des soldats, une infinité de chevaux étendus sans vie, une rampe glacée sur laquelle il n’était pas possible de se tenir debout devinrent un obstacle insurmontable. Plusieurs fois nos chevaux essayèrent de se frayer une route.

Ne pouvant avoir pied, le fourgon [celui contenant le Trésor impérial] allait en arrière, au risque d’être jeté dans un fossé, ne pouvant être ni retenu, ni guidé par les chevaux. Le désordre le plus affreux régnait dans cette réunion d’hommes et d’équipages. Il augmentait de minute en minute par l’agglomération sur ce point de tous les réfugiés de Vilna. La fusillade retentissait dans la ville. Les cosaques s’étaient montrés dans plusieurs quartiers.

Il n’y avait pas d’espoir d’être couverts par une arrière-garde. Notre armée n’existait plus, elle était fondue. Nous prîmes notre parti. Dans l’impossibilité de sauver notre convoi, nous mîmes le feu aux voitures. J’évacuai le trésor, les pièces et les dépôts qui m’étaient confiés. J’en chargeai les chevaux de mon fourgon. Ce qu’ils ne purent prendre fut confié aux grenadiers de mon escorte. Je n’oubliai pas le peu de provisions que je conservais précieusement, et, quelque pénible que fût le sacrifice des objets précieux que je m’étais procuré à Moscou, je mis le feu à mon fourgon.

Je fis parcourir à mon convoi toutes les sinuosités du défilé et je parvins à sa hauteur après les plus grands efforts et de nombreuses chutes. Après avoir fait halte, je continuai ma route pour suivre la direction qu’avait prise le roi de Naples.

(Extrait de l’ouvrage intitulé : « Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André pendant les campagnes de l’Empire, de 1809 à 1814… »,par Léon-G. Pélissier, Paris, Perrin et Cie,Libraires-Editeurs, 1894). 

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( 10 décembre, 2019 )

Quelques figures elboises…

Elba

André Pons de l’Hérault, directeur des mines de l’île d’Elbe, évoque quelques personnages faisant partie de l’entourage de l’Empereur : « Le général Drouot, aide de camp de l’Empereur, avait été nommé gouverneur de l’île et chargé des affaires militaires, ce qui équivalait au ministère de la guerre. Lisez Plutarque, voyez le plus beau caractère nde ses grands hommes: c’est le caractère du général Drouot. Le général Drouot était la perfection de l’homme moral. Il avait suivi l’Empereur à condition qu’il ne lui serait payé aucun appointement. C’était le seul compagnon de Napoléon qui eût fait cette réserve. Il y avait deux hommes dans le général Drouot: l’homme public et l’homme privé. L’homme privé était trop bon, l’homme public était trop sévère.

M. Peyrusse, payeur de la Couronne, était devenu trésorier de la Couronne et receveur général de l’île d’Elbe. Cadet de Gassicourt, dans un « Voyage fait en Autriche à la suite de l’empereur Napoléon », dit au chapitre intitulé « Club des francs-blagueurs »: « M. Peyrusse, payeur de la Couronne, jeune Méridional plein d’esprit, de vivacité, de franchise, toujours gai, toujours obligeant, fort attaché à ses devoirs», et à l’île d’Elbe ce portrait n’avait presque subi aucune altération. Seulement les années avaient amené un peu plus d’aplomb. M. Peyrusse ne faisait pas parade de son dévouement pour l’Empereur, car il disait à qui voulait l’entendre, toutefois en riant: «Je n’ai pas suivi l’empereur Napoléon, j’ai suivi ma caisse», et c’était vrai. Les militaires n’étaient pas toujours bons à son égard; ce qui ne l’empêchait pas de leur rendre tous les services qui dépendaient de ses fonctions. L’Empereur, sur les bords de la tombe, a, dans son testament, été injuste à l’égard de M. Peyrusse, et cette injustice a tenu à sa malheureuse incrédulité des hommes probes.

Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était, à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement «une commère» et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. Il était, d’ailleurs, trop obséquieux auprès de l’Empereur. Cette obséquiosité faisait contraste avec sa vanité envers les personnes qui lui étaient subordonnées. Disons un mot pris dans le domaine de la plaisanterie, ce sera une petite escapade d’historien. L’Empereur était au bain: M. Foureau de Beauregard lui avait présenté un consommé, ce consommé était trop chaud, et, pour ne pas se brûler, l’Empereur le humait. Le médecin en chef voulut empêcher l’Empereur de humer son potage «parce qu’en le humant, il avalait des colonnes d’air, et que ces colonnes d’air pouvaient lui donner la colique». L’Empereur, peut-être un peu impatienté, s’écria: «Docteur, quoi qu’en dise Aristote et sa docte cabale, à mon âge, l’on sait comment il faut boire, et vous pouvez m’épargner votre leçon.» M. Foureau de Beauregard dut cesser sa harangue. C’était, au fond, un fort brave homme, mais il ne savait pas se faire aimer, et généralement on l’avait pris à tic, à ce que disait l’Empereur, défenseur-né de toutes les personnes impopulaires.

L’Empereur allait partir de Fontainebleau, que l’on n’avait pas encore trouvé un pharmacien. M. Gatti tomba sous la main de M. Foureau de Beauregard: on le prit. M. Gatti n’était pas instruit, il ne chercha pas à apprendre, et il fut loin de briller dans son emploi. Cependant on le critiquait beaucoup moins que le médecin en chef: c’est qu’il ne faisait pas flamboyer sa broderie, c’est que, dans l’exercice de ses fonctions, sa parole n’était pas insultante et qu’on le considérait comme un bon camarade. »

(André Pons de l’Hérault, « Souvenirs et Anecdotes de l’île d’Elbe », Plon, 1897).

 

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( 9 décembre, 2019 )

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( 9 décembre, 2019 )

Une lettre du général Curial au général Clarke, duc de Feltre et ministre de la Guerre.

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Le général Curial était, en 1815, colonel des chasseurs royaux de France, naguère les chasseurs à pied dela Vieille Garde. Il voulut rester fidèle à Louis XVIII qui l’avait nommé pair. Son, régiment l’abandonna pour courir au-devant de Napoléon et les officiers lui disaient alors qu’ils le reconnaissaient toujours comme leur colonel et qu’ils lui obéiraient… à condition qu’il les mènerait à la rencontre de l’Empereur.  Aussi ne devait-il pas rester colonel des chasseurs à pied. Napoléon ne tenait pas pour un homme « sûr et chaud » ; il lui donna d’abord le commandement de Lyon, puis le lui ôta pour l’employer du côté de Montpellier et de Marseille, puis lui donna une division à l’Armée des Alpes.  Dans la lettre suivante, datée de Paris et du 16 octobre 1815, Curial retrace sa conduite au duc de Feltre, le général Clarke, Ministre de la Guerre, et lui expose, trop brièvement, à notre gré, « les faits tels qu’ils se sont passés ».

Arthur CHUQUET.

 Commandant, lors du funeste débarquement de Bonaparte, les chasseurs royaux de France [voulurent rejoindre les troupes de l’Empereur], je n’ai rien négligé pour les contenir dans le devoir et le sentier de l’honneur. Harangues, promesses, menaces, châtiments, j’ai tout employé infructueusement. Quelques officiers et surtout une députation des grenadiers à pied royaux, les avaient exaltés au point que le corps d’officiers réuni dans mon logement, à  Chaumont, me déclara malgré mes nouvelles remontrances, mes reproches et même prières, que le régiment allait partir pour se rendre auprès de Napoléon. Je les prévins alors que je cessais de les commander ; j’écrivis de suite à Votre Excellence pour lui rendre compte de cette défection ; je lui expédiai un aide-de-camp en courrier et je me rendis en poste à Troyes où je vous priai, Monseigneur, de me faire passer vos ordres ; mais Votre Excellence n’a pas reçu ma lettre ; elle avait déjà quitté  Paris lorsque mon officier y est arrivé. Pendant ce laps de temps, j’avis été dénoncé à Bonaparte par deux officiers partis en poste de Chaumont, non seulement pour avoir dit ce que je pensais sur son compte, mais encore pour avoir cherché par tous les moyens possibles à arrêter la marche du régiment. De là mon renvoi de la Garde, mon remplacement a Lyon où j’avais reçu l’ordre d’aller, quoique j’eusse demandé ma retraite, et enfin un exil de vingt-six jours à Chambéry.

Voulant éviter ensuite dans cette ville les vexations populaires, je pris le commandement d’une division de l’Armée des Alpes, lorsque les hostilités furent commencées : commandement que je n’ai conservé » que dix ou douze jours.

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