( 20 février, 2019 )

Le général Cambronne…

Cambronne

« Le général Cambronne commandait la compagnie dans laquelle La Tour d’Auvergne trouva une mort glorieuse. Il était d’une bravoure à toute épreuve. Sa carrière militaire est illustrée par beaucoup de traits de dévouement, mais la violence de son caractère était quelquefois effrayante. De retour de l’île d’Elbe, l’Empereur le nomma lieutenant général, et il refusa. À la funeste journée de Waterloo, il fut grièvement blessé, et les Anglais, qui l’avaient ramassé sur le champ de bataille, le conduisirent prisonnier en Angleterre. On lui a prêté ces belles paroles qu’il n’avait pas dites, qu’il n’avait jamais été en position de dire: «La Garde meurt, elle ne se rend pas», et pour rendre hommage à la vérité il les désavoua. De mauvais conseils lui firent rendre du service sous la Restauration. »

(André Pons de l’Hérault, « Souvenirs et Anecdotes de l’île d’Elbe », Plon, 1897. Nouvelle édition: Les Editeurs Libres, 2005. Préface et notes de Christophe Bourachot)

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( 20 février, 2019 )

Le suicide de Berthier (3ème partie).

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Les bruits les plus étranges, les plus inouïs coururent aussitôt. Des émissaires du Tugendbund, disait-on, des parents du libraire Palm que Berthier avait fait passer par les armes en 1806, des amis de Staps qu’il avait fait fusiller en 1809 [l’étudiant autrichien qui avait le projet d’assassiner Napoléon sous prétexte de lui remettre un missive lors d’une revue et qui manqua son coup, Rapp s’étant interposé entre lui et l’Empereur], avaient pénétré dans le château sous un déguisement et jeté le maréchal par la fenêtre. N’a-t-on pas défendu naguère, et très sérieusement, que Berthier fut assassiné sur un ordre parti de Gand par des hommes de main, émigrés ou chouans, parce que les royalistes craignaient qu’il ne rejoignît l’Empereur pour être de nouveau son major général ?

D’autres, avec plus d’apparence de raison, ont soutenu que Berthier était mort, soit d’une congestion cérébrale, soit d’un accident : pour mieux voir les troupes russes qui passaient devant le palais, l monta sur une chaise et, soudainement étourdi, frappé de vertige ou d’un transport au cerveau, il perdit l’équilibre, tomba dans le vide et vint s’écraser sur la pavé. Le général Thiébault qui défend cette opinion et qui n’est jamais à court d’arguments, affirme que l’apoplexie semblait endémique chez les Berthier ; que César Berthier et Mme d’Haurangeville étaient morts comme leur frère le maréchal, dans une attaque d’apoplexie ; que l’un, montant en bateau  sur le lac de Grosbois, tomba dans l’eau ; que l’autre, étant debout devant la cheminée de sa chambre, tomba dans le feu, et, parce qu’un autre frère, Léopold, est mort d’une sorte de malaria à Hanovre, Thiébault conclue ingénieusement, sinon subtilement, que ces quatre Berthier ont péri par les quatre éléments et que la nature leur a fait l’honneur de déployer contre eux  les plus nobles moyens de destruction, la terre, l’air, l’eau et le feu.

Eh bien non ! Berthier s’est donné volontairement la mort. Ce qui prouve son suicide, c’est ce mot d’un employé du ministère bavarois qui écrit au crayon sur une lettre du directeur de la police de Bamberg : « Le prince a mis fin lui-même à la surveillance. » C’est la missive du baron de Seckendorf, président du tribunal d’appel de Bamberg, qui mande le 5 juin à Montgelas : « Je déjeunais lorsque deux messagers, hors d’haleine, vinrent l’un après l’autre, m’annoncer que le prince Berthier s’était jeté du haut d’une fenêtre dans la rue et qu’il était mort sur la place. L’opinion qui règne ici croit à une mort préméditée. Les gens qui tiennent à la cour veulent expliquer la chose par le vertige qu’aurait excité un soudain retour de la goutte. »

C’est la lettre envoyée de Gand par Sir Charles Stuart le 9 juin à Castlereagh et ainsi conçue : « Des lettres de Bamberg annoncent que le maréchal Berthier a mis récemment à sa vie en se  jetant par la fenêtre  au moment où une colonne russe passait par la ville ». C’est ce rapport que le tribunal d’appel de Bamberg adressa le 21 juin au roi de Bavière. Le prince de Wagram, lisons-nous dans cette pièce capitale, vint entre midi  et une heure dans la chambre de ses enfants, au troisième étage du palais. Il s’entretint avec la gouvernante française, mlle Gallien ; il dit qu’il était souffrant, qu’il avait la langue toujours jaune, et il allait par la chambre, de long en large, absorbé dans ses pensées et rongeant ses ongles. Les troupes russes ne cessaient de passer. Il les vit de la fenêtre et il s’écria en soupirant : « Ce défilé n’aura donc pas de fin ! Pauvre France, que vas-tu devenir ? Et moi, je suis ici ! ». Puis s’éloignant de la fenêtre, il demande si Mlle Gallien allait sortir pour faire une promenade en voiture avec les enfants. La gouvernante répondit qu’elle ne pourrait sortir que lorsque le prince aurait quitté la chambre. Alors il voulut savoir où étaient les cabinets. Il ouvrit la porte et la referma. Soudain retentit un bruit. Mlle Gallien accourt, croyant le prince indisposé ; elle ne le voit plus ; mais la chaise placée entre la commode et la croisée est tombée et vacille encore ;  pendant que la gouvernante entendait le bruit de la chaise renversée, « avait lieu la malheureuse chute. »

 A suivre…

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( 19 février, 2019 )

La bataille de Montereau…

Guillaume Peyrusse

Extrait d’une lettre de G. Peyrusse à son frère.

Au château de Surville, près Montereau, le 19 février 1814.

Avant que Sa Majesté n’eut rejoint les corps laissés sur la Seine, nous étions mal de ce côté-là. Sa Majesté est arrivée le 16 au soir à Guignes ; le 17, une tête de colonne Russe et Prussienne a été taillée en pièce ; nous avons fait trois mille cinq cents prisonniers, pris des caissons et des canons. Le 18, on a poursuivi l’ennemi l’épée dans les reins sur les rotes de Bray et de Montereau ; on est entré pêle-mêle avec l’ennemi à Montereau, le 10ème hussards en a fait un horrible carnage. La ville est jonchée de morts et de fusillés. Nous avons dans le château deux mille cinq cent prisonniers Bavarois et Wurtembergeois forts désappointés : ils ne reviennent pas de leur étonnement de voir notre armée. Ils étaient naguères plein d’orgueil et de projets les plus insensés. Ils ne rêvaient que [de] Paris. Je crois que tout danger a cessé pour la capitale. Les manœuvres et l’activité ardente de S.M. ont tout déjoué.

Je crois que nous allons dans la journée balayer Sens et tout le côté de Fontainebleau. Sa Majesté paraît fort contente. Les soldats chantent…

Guillaume

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse, écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… », Perrin et Cie, Libraires-Éditeurs, 1894, pp.184-185).

 

 

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( 19 février, 2019 )

Retour sur la bataille de Waterloo. Notes de Jean de Sismondi (1773-1842)

sismondi« L’Empereur savait très bien ce qu’il cherchait à dissimuler, que l’Europe entière se mettait en mouvement pour écraser la France, et que celle-ci n’avait point de forces suffisantes pour faire une longue guerre défensive. S’il avait attendu l’attaque du Nord derrière les forteresses de Flandres et fait une guerre de chicane, il aurait résisté sur ce point, mais toutes les autres frontières auraient été envahies. Paris aurait été pris; et sa situation n’en aurait pas été moins désespérée, sans qu’il y eût eu pour lui une bonne chance. Il crut plus convenable d’essayer de détruire entièrement les armées anglaises et prussiennes et d’obtenir de tels résultats qu’il déliât la coalition, qu’il intimidât les autres puissances, et fît une bonne paix. II livra la première bataille de Fleurus, qui fut gagnée, mais avec une perte très considérable, et point de résultats; il aurait pu gagner à Soignes une victoire semblable, en réunissant toutes ses forces, mais deux ou trois victoires de cette nature complétaient sa ruine, sa belle armée se serait fondue, et il n’aurait plus eu ensuite moyen de s’opposer aux autres oppressions. Il crut devoir donner davantage au hasard, mais s’assurer aussi que si les Anglais étaient défaits leur déroute était complète. Il donna au maréchal de Grouchy un corps très considérable pour observer les Prussiens et les écarter, et en même temps pour percer sur Bruxelles par Wavre, et y arriver avant lui. Si en effet les Anglais avaient été battus, cette position du maréchal Grouchy complétait leur déroute, les résultats auraient pu être immenses, la totalité de l’armée aurait été détruite ou faite prisonnière. Aussi n’était-il point vrai qu’il attendît le maréchal Grouchy au lieu même de la bataille, ni qu’il n’ait pas voulu croire l’approche de Bülow dont M. de Flahaut l’avait averti, d’après une lettre interceptée, encore qu’il fit semblant de n’y donner aucune attention il suivait son projet, et il se résignait à en courir les chances. Quant aux autres objections qu’on a faites sur la disposition de la bataille, elles auraient été louées s’il avait réussi. Une partie de son armée se promena l’arme au bras devant les positions anglaises, et ne prit jamais part au combat; mais il attaquait, avec un nombre fort inférieur, une position formidable il fallait faire illusion à l’ennemi sur la position de son armée, occuper un front égal au sien, pour ne pas se laisser déborder et montrer dans plusieurs endroits des masses qui fissent croire à l’existence d’une forte arrière-garde, en sorte que les ennemis ne sortissent nulle part de leurs positions. Trente mille hommes qui faisaient derrière l’armée des marches et des contremarches, faisaient aux yeux de Wellington plus d’effet que deux fois ce nombre agissant; celui-ci assure en effet dans ses rapports que l’armée française était double de la sienne, tandis qu’elle était inférieure de près de moitié. Pendant ce temps-là on ne combattait qu’en un seul point, au centre, que Napoléon espérait emporter. Il profitait de l’impétuosité française pour y faire faire des charges successives par des corps souvent peu nombreux, mais c’est par ces charges successives mêmes que la plupart des batailles sont gagnées, que celle-là fut sur le point de l’être. Ce fut au contraire le mouvement de toute la cavalerie, lorsque l’ordre n’avait été donné qu’à un seul corps de se mettre en mouvement, qui tourna le plus toutes les chances contre les Français. Jusqu’à cinq heures et demie l’avantage paraissait cependant encore être pour eux, et beaucoup de fuyards de l’armée anglaise avaient répandu la terreur et à Gandet à Bruxelles, mais à cette heure le corps de Bülow commença à déboucher sur la droite de l’armée, et son feu à se croiser avec celui des Anglais, dans la position même qu’occupait  l’empereur. Alors Napoléon aurait encore été à temps de se retirer, de renoncer au gain de la bataille, mais d’éviter une défaite. Le lendemain le maréchal de Grouchy serait entré dans Bruxelles, et Wellington aurait été obligé d’abandonner sa position, mais en se retirant en bon ordre. Napoléon jugea cependant que cet avantage même serait ruineux pour lui. Entre les deux batailles il aurait perdu 30,000 de ses meilleures troupes, il en aurait tué autant à l’ennemi; il aurait pris Bruxelles, mais il n’aurait pu la quitter après cet avantage, pour faire face à l’armée du pays de Liège, ou secourir celle du Rhin; il n’aurait point obtenu la paix, et il n’avait.pas de moyen à la longue pour remplacer les hommes qu’il avait perdus. La partie était devenue beaucoup plus mauvaise; cependant il n’en persista pas moins à vouloir jouer son va-tout, puisque c’était la seule chance de la gagner. Il chercha à faire prendre le change sur l’attaque de Bülow, en répandant le bruit que Grouchy arrivait derrière lui, il fit une dernière charge désespérée avec sa garde, charge dont le but fut jugé insensé par quelques-uns, puisque si elle avait réussi il n’en aurait pas moins eu Bülow sur ses derrières; cependant il ne pouvait savoir quelles chances heureuses se seraient présentées; si les positions de Wellington avaient été forcées, l’armée anglaise aurait peut-être été jetée dans une complète déroute la nuit survenait, Bülow aurait hésité à se porter en avant, il aurait cru lui-même peut-être à l’approche de Grouchy, et la grande victoire était possible jusqu’au dernier moment, quoiqu’elle ne fût plus probable. L’effroyable perte que fit la garde dans cette dernière charge, le nombre de blessés qu’on vit s’en séparer et qu’on prit d’abord pour des fuyards, et la fuite de quelques bataillons décidèrent de la déroute; elle fut d’autant plus complète que la position était devenue plus critique avant qu’elle commençât. Dès que la fuite eut commencé, tout était perdu. Bonaparte savait très bien qu’il avait  joué son va-tout. Il n’avait plus rien à attendre; il n’avait pas pu se faire tuer dans la bataille, il ne voulut pas l’être dans la déroute. Il avait cru impossible de faire la guerre de chicane et de position avant la bataille, il était bien plus impossible de la faire après. Il ne restait d’autre parti à prendre que celui de traiter aux conditions les moins désastreuses possibles. Il revint à Paris pour en donner les moyens. Il discuta avec ses conseillers les résultats que pourrait avoir son abdication dont il ne parut point éloigné dès les premiers mots qu’on lui adressa. Il se faisait encore illusion sur sa popularité, il ne croyait point non plus à cette haine si acharnée que les rois manifestent contre lui; il se figurait qu’il lui serait encore possible de vivre en simple particulier à la Malmaison, ou de se retirer en liberté dans quelqu’autre partie du monde; mais au moment où il quitta l’armée, il était déterminé à renoncer à une guerre dont il ne pouvait plus attendre d’heureux résultats. Il se sacrifiait lui-même sans hésiter, comme il avait déjà fait l’année précédente, parce qu’il regardait une Vendée, une guerre civile dans les provinces, une lutte prolongée contre toute l’Europe, comme une calamité pour la France, qu’il ne voulait pas attirer sur elle pour sa seule cause.

(« Notes de Sismondi sur l’Empire et les Cent-Jours » in « Revue historique », Janvier-avril 1879, pp.376-379).  Propos recueillis le 20 juillet 1815 auprès d’Alexandre de Girardin.

 

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( 18 février, 2019 )

Un mot du général Pelletier…

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Jean-Baptiste Pelletier, né le 16 février 1777 à Eclaron dans la Haute-Marne, élève à l’École d’artillerie de Châlons et lieutenant en 1793, capitaine en second l’année suivante, capitaine en premier en 1800, chef de bataillon en 1804, lieutenant-colonel en 1806, colonel du 7ème régiment d’artillerie en 1808, général de brigade au service du Grand-Duché de Varsovie pour commander l’artillerie et le génie (4 mars 1809), commandait, depuis le 1er juin 1812, l’artillerie du 5ème corps d’armée ou corps du prince Poniatowski. A Smolensk, il rétablit sous le feu des ennemis les ponts du Dnieper qu’ils avaient brûlés, et il reçut alors une forte contusion d’un biscayen qui tua un jeune officier de sapeurs, son officier d’ordonnance. A La Moskowa, Pelletier plaça si habilement ses batteries de réserve qu’elles souffrirent très peu des projectiles russes. A Winkovo ou Taroutino, il fut félicité par Poniatowski. Mais le 2 novembre 1812, à Wiazma, il tombait entre les mains des Russes, et il eut alors avec Anstett (Cf. « Papiers » de Nesselrode, IV, p.116) une curieuse conversation.

Voici comment il jugeait la situation de l’armée française. 

Arthur CHUQUET.

« Napoléon a fait une grande faute de conserver au-delà de 100 pièces d’artillerie. Il eût mieux vaut jeter 500 canons pour arriver avec toute l’armée à Smolensk, au lieu qu’il a perdu la moitié dans les combats qu’il a été obligé de soutenir et dans les affaires journalières aux quelles il n’a pu désormais échapper, sa cavalerie étant exténuée ainsi que ses attelages. Et la cavalerie russe et son charroi sont dans toute leur vigueur ! Et 20.000 cosaques sont sur toutes les routes, en front et en queue ! Et chaque paysan est un ennemi ouvert et déterminé ! »  A son retour de captivité le général Pelletier fut nommé maréchal de camp au service de la France, mais à dater du 20 septembre 1814. Sous les Cent-Jours, il commanda l’artillerie du 2ème corps d’armée et plus tard, l’École d’artillerie de Valence et celle de Toulouse, l’artillerie du siège de Pampelune, l’École d’artillerie et du génie à Metz .

Le 22 novembre 1836, il fut promu lieutenant général. 

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( 18 février, 2019 )

Une lettre du général Charpentier à sa femme, durant la campagne de Russie.

Depuis ma dernière lettre je n’ai reçu encore aucune lettre de France. Je ne peux pas songer à ce service des postes sans me mettre en colère, je profite pour t’écrire de tous les courriers extraordinaires de tous les officiers en mission, cela ne me réussit pas mieux. Cependant ma  dernière lettre et celle-ci vont sous la protection d’un M. Anglès, inspecteur des postes, qui m’assure qu’elle te parviendra. L’hiver a commencé, nous sommes dans la neige, les nuits sont déjà bien longues et bien fraîches. Si je pouvais de temps en temps lire de tes lettres, cela me réchaufferait, mais pas un mot, pas une lettre, et depuis quatre mois et huit jours pas un signe de vie. Il faut convenir que cela est bien dur. Je te chante toujours la même  antienne parce qu’elle m’occupe beaucoup, on parle que nous allons bientôt prendre des quartiers d’hiver, peut-être l’ordre dans les postes pourra se rétablir et obtiendrons-nous que les paquets amoncelés à Gumbinnen verront enfin le jour. C’est un pays bien vivant que Smolensk et si j’avais une bonne table et ma cave d’Oigny [propriété du général Charpentier, dans l’Aisne] j’aurais de belles occasions de m’en faire honneur, mais je n’en fais rien. Je vis comme un grisgoux [grigou] tout seul. Je fais l’ours et le ferai tant que je n’aurai pas de tes nouvelles. Mets bien sur toutes mes lettres: « Gouverneur général à Smolensk ».

Adieu, embrasse bien pour moi nos petits enfants.

————

Le général Comte Charpentier (1769-1831) est général de division, d’abord chef d’état-major du 4ème corps, puis gouverneur de Witebsk, puis de Smolensk en 1812. Son épouse était la fille du général Aubert du Bayet. Lettre extraite du recueil de correspondances interceptées par les Russes durant la campagne de 1812. Publié sous les auspices de La Sabretache en 1913.

Une lettre du général Charpentier à sa femme, durant la campagne de Russie. dans TEMOIGNAGES retraitederussie

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( 18 février, 2019 )

La cérémonie du Champ-de-Mai (le 1er juin 1815 à Paris) vue par Poumiès de la Siboutie.

Champ de mai

« Avec une carte d’électeur de Maine-et-Loire, j’assistai au Champ de mai qui se tint au Champ-de- Mars. Nous occupions, au nombre de trois à quatre cents, deux pavillons en bois, tournant le dos au Champ-de-Mars et faisant face au pavillon de l’horloge de l’École militaire, avec lequel ils communiquaient par une estrade destinée à l’empereur, à sa famille et aux grands officiers. La majeure partie des électeurs étaient de vieux patriotes de 89 encore pleins d’énergie. Les figures étaient graves et sombres, comme les circonstances au milieu desquelles on se trouvait. L’Acte additionnel aux constitutions de l’empire avait aliéné bien des cœurs à Napoléon. On ne se gênait pas pour en faire la critique à haute voix. En somme, je trouvai cette assemblée peu favorable à l’Empereur. Il se fit attendre longtemps. Lorsqu’il parut, tout le monde se leva. Les cris de « Vive la France, vive la Nation » couvrirent ceux, rares et timides, de « Vive l’Empereur ! ». Son visage s’assombrit. Tout le monde remarqua combien il était changé : il avait pris de l’embonpoint, sa figure grasse et pleine était sans fraîcheur, mais toujours agréable et imposante. Le discours rédigé au nom des électeurs par Carrion-Nisas fut prononcé par Dubois d’Angers, d’une voix distincte et retentissante. Napoléon n’y répondit que quelques mots. Après quoi, il descendit pour aller au Champ-de-Mars passer la revue des troupes nombreuses et distribuer des drapeaux. Il fut reçu avec des acclamations et des cris frénétiques. Tournant le dos au Champ-de-Mars, nous entendions tout sans rien voir et sans savoir au juste ce qui se passait. On nous avait recommandé de ne pas quitter nos places. Après cette revue qui dura une heure et demie au plus, Napoléon repassa devant nous : il avait la figure animée, l’œil fier; il nous salua d’un air hautain. Il était aisé de voir que la réception des électeurs et celle des troupes l’avaient affecté d’une manière bien différente. Les écoles avaient formé des compagnies d’artillerie ; la garde nationale, les ouvriers sous le nom de fédérés, se préparaient à la résistance. Tous s’exerçaient au maniement des armes. Cependant l’enthousiasme qui avait accueilli Napoléon à son arrivée n’était plus le même. L’Histoire dira pourquoi. Moi, je rapporte les faits dont j’ai été témoin. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.158-159)

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( 17 février, 2019 )

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie…

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie... dans TEMOIGNAGES campagnerussie1Il y eut certainement, quoiqu’en dise Gourgaud, des actes d’anthropophagie pendant la retraite de Russie. Un sous-officier portugais assure au sergent Bourgogne que les prisonniers russes, n’ayant rien pour se nourrir, ont mangé quelques-uns de leurs morts. Ségur raconte que des soldats français, affamés, attiraient à eux les corps de leurs camarades grillés par les flammes et osaient porter à leur bouche cette révoltante nourriture. De même, Labaume : « Beaucoup, dit-il, étaient réduits à un état de stupidité frénétique qui leur faisait rôtir des cadavres pour les dévorer… » [On se méfiera de ce dernier témoignage, écrit sous la Restauration et qui avait intérêt à plaire au pouvoir royal…]Koutouzov n’écrit-il pas que plusieurs individus de l’armée française se sont portés à des actes de cannibales ? Il y eut même des actes d’autophagie. On vit, rapporte Vionnet de Maringonné, des « hébétés », des forcenés dont la faim avait altéré la raison, déchirer leurs propres membres, sucer leur propre sang, et Labaume affirme qu’on les voyait se ronger les mains et les bras.  

Arthur CHUQUET. 

Article publié dans le 2ème  volume de la série d’Arthur Chuquet et  intitulée : « 1812, la guerre de Russie », Fontemoing, 1912 (3 volumes). 

 

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( 17 février, 2019 )

Un livre lu…

La France

Je viens de terminer la lecture du dernier livre d’Antoine de Baecque, « La France gastronome. Comment le restaurant est entré dans notre histoire » (Payot, janvier 2019, 234 p., 22,00€) et je n’ai pas été charmé par ce dernier.

Tout d’abord, cette étude ne concerne que Paris, le titre est donc bien inexact. L’auteur est fâché avec la géographie ancienne de la capitale, de ce Paris d’avant Haussmann. Pour lui la rue des Poulies, à Paris (actuel 1er arrondissement) où fut créé en 1765, l’ancêtre du restaurant, dans une ancienne boulangerie, est sur « l’emplacement actuel de la rue du Louvre ». Ceci est inexact car comme le montre les plans de l’époque, cette rue qui prenait naissance tout près de l’église Saint-Germain l’Auxerrois et  qui allait jusqu’à la rue Saint-Honoré, ne couvrait donc qu’en partie un segment de la future rue du Louvre qui ne sera percée que bien plus tard.

Autre fait: la « rue de Grenelle » que de Baecque cite à multiples reprises, n’est pas, comme le croit ce dernier, notre rue de Grenelle, ancienne voie du Faubourg Saint-Germain, et aujourd’hui comprise dans l’actuel 7ème arrondissement. C’est plus exactement la partie sud de la rue Jean-Jacques Rousseau, située non loin de la rue des Poulies. Cette voie gardera le nom de « rue de Grenelle », puis de « rue de Grenelle Saint-Honoré » avant d’être fusionnée en 1868 avec la rue Jean-Jacques Rousseau (rue Plâtrière jusqu’en 1791). C’est dans tout ce secteur, situé non-loin du Palais-Royal (et y compris ce dernier, jusqu’ à son abandon vers 1840, au bénéfice des grands boulevards) que se tiendra le cœur de la gastronomie parisienne.

L’auteur emploie le nom de « Quartier Montorgueil » afin de désigner la rue éponyme où se trouvait le légendaire restaurant « Au Rocher de Cancale »  (établissement créé en 1804 au n°61 de la rue Montorgueil avant de déménager en 1846, à la rue de Richelieu et de revenir plus tard dans cette même rue Montorgueil, mais au n°78) mais cette appellation de « Quartier Montorgueil » n’existait pas avant 1990 (avec la piétonisation de ce secteur et la métamorphose quasi-complète de ses commerces !). La rue Montorgueil, si vivante, a toujours fait partie du  Quartier des Halles, appelation officielle, lesquelles, il est vrai, ont quitté le « ventre de Paris » en 1969 pour Rungis; mais ceci est une autre histoire…

Autre imprécision, pour A. de Baecque, la Terrasse des Feuillants est « l’actuelle rue de Rivoli ».Quel rapide raccourci historique et bien facile pour évoquer cette voie importante de Paris dont la création, sous le Premier Empire (pour la partie longeant le jardin des Tuileries) emportera notamment (et pas seulement) les derniers vestiges du Couvent des Feuillants !

Enfin arrêtons-là l’énumération de telles anomalies en signalant qu’Antoine de Baecque mentionne curieusement l’existence d’une « Porte Saint-Honoré, à l’ouest, au bas des Champs-Elysées».

Là, je ne vois pas, vraiment !

La seule porte de ce nom (une des entrées de l’enceinte de Charles V) et que je connaisse fut celle où fut blessée l’illustre Jeanne d’Arc, lors du siège de Paris dont les Anglais étaient les maîtres, le 8 septembre 1429, par un carreau d’arbalète. Une jolie plaque sculptée rappelle le souvenir de ce fait sur la face d’un immeuble et non-loin de la Place du Palais-Royal (devenue Place Colette). Notons que cet immeuble est mitoyen de l’emplacement du « Café de la Régence » (deuxième du nom), disparu en 1910, remplacé par un restaurant lequel disparu à son tour en 1974 et  fut remplacé par l’Office du tourisme du Maroc. Il était situé au n°161 de la rue Saint-Honoré. Ajoutons, pour la petite histoire, que jusqu’à sa complète réfection (vers 2014/2016), le promeneur attentif pouvait voir sur la facade, quatres belles lanternes, uniques vestiges de cet établissement disparu…

Mais revenons à notre lecture… L’auteur qui aime à utiliser quelques mots synthétiques d’un « néo-français » dans son livre mais incompréhensibles (« ambianceur », « translater », « normés », etc.), offre au lecteur un ouvrage désordonné, ne respectant que bien peu un ordre chronologique défini.

On retiendra en substance que la création et l’évolution du restaurant eu lieu à Paris (navré pour nos provinces qui ne sont mêmes pas mentionnées dans ce livre !). De cette étude, je note la présence de quelques grandes figures: Beauvilliers, Grimod de La Reynière, Brillat-Savarin, Carême, Escoffier qui firent tant pour la renommée de notre gastronomie nationale !

Sur le même sujet, je ne peux que conseiller la lecture d’un ouvrage publié il y a déjà bien longtemps, en 1956, et écrit sous la plume de M. René Héron de Villefosse : « Histoire et géographie gourmandes de Paris » (Les Editions de Paris) ainsi que le petit livre de Patrice Boussell et intitulé: « Les restaurants dans La Comédie humaine » (Editions de la Tournellle, 1950) de plus un certain nombre de raretés sont désormais en ligne sur le site Gallica de la BNF; je pense aux ouvrages de l’inégalable Grimod de La Reynière et à plusieurs guides gastronomiques du Paris de l’Empire et de la Restauration (ce mot est bien choisi!), bien plaisants à lire, y compris pour le parisien du XXIème siècle.

C.B.

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( 17 février, 2019 )

Le Général Claparède, un « mauvais camarade » ?

claparde2.jpgDurant la guerre de Russie, le général Claparède commande la division polonaise. Mais cette division, n’appartenait pas au 5ème corps d’armée ou  corps polonais ; elle était portée à la suite de la Garde Impériale. Elle se composait des régiments de la Vistule. « Je donne, écrivait Napoléon le 8 mars 1812 au duc de Feltre, le commandement de la division polonaise composée des régiments de la Vistule au général Claparède », et le même jour Berthier écrivait au Ministre que les quatre régiments de la Vistule formeraient une division à la suite de la Garde Impériale. Brandt vit Claparède au dépôt de Sedan pour la première fois, le 5 avril. « Il était, écrit-il, imposant ; il avait tout à fait la marque d’un général français ; résolu, rude, brusque, et la campagne de 1809 lui valait bon renom. » Mais l’adjudant-major Rechowicz disait à Brandt : « Cet homme-là me paraît être un mauvais camarade ; nous le trouverons toujours en quête de sa proie ; quaerens quem devoret » et quelques mois plus tard, au sortir de Vilna, Brandt accuse Claparède de brutalité : «Nous avions appris à Paris par des officiers qui avaient servi sous Claparède en Allemagne et en Espagne que c’était un homme sans cœur, et nous avions sujet tous les jours de nous en convaincre. Dans nos conversations sa conduite était l’objet du blâme le plus amer. On lui reprochait d’être fier et hautain, de se tenir éloigné des officiers. Quelques-uns prétendaient même, et à tort, qu’il voulait ruiner les troupes polonaises pour en être débarrassé. On rappelait toutes les marches que nous avions faites depuis Vilna, ces nombreuses marches de nuit, ces bivouacs mal choisis » Le payeur Duverger rend le même témoignage ; il assure que  Claparède eut, pendant la retraite, « toute l’urbanité d’un cosaque » et qu’il fut au-dessous de lui-même, qu’il avait, comme tant d’autres, cédé à l’influence de la mauvaise fortune, qu’il n’était plus ce guerrier qui, dans la guerre d’Allemagne, avait mérité les éloges de Napoléon. Quoiqu’il en soit, la division Claparède se signala pendant la campagne, et durant la retraite, elle ne vit guère son général qui fut blessé. Le 28 novembre 1812, à la bataille de  la Bérézina. Aussi, le 12 décembre, à Kowno, Claparède se faisait-il donner par Berthier un congé de convalescence de trois mois « pour se rendre en France et s’y guérir de sa blessure. »  Près de trois mois après, il mande qu’il désire « entrer en campagne » et donner à l’Empereur des preuves nouvelles de son dévouement, mais qu’il est toujours souffrant et hors d’état de mettre ses bottes et de monter à cheval. Le 10 juin 1814, Ney écrivit en sa faveur cette lettre élogieuse au ministre de  la Guerre Dupont :  « M. le lieutenant général Claparède me demande une lettre de recommandation pour vous, et je la lui donne avec d’autant plus de plaisir que cet officier général qui a servi sous mes ordres avec une grande distinction pendant la campagne de 1812, et notamment à la bataille de la Bérézina, est tout à fait digne de votre bienveillance.

Je prie Votre Excellence de vouloir l’accueillir favorablement. » 

Arthur CHUQUET 

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( 16 février, 2019 )

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( 16 février, 2019 )

Les maux de la Grande-Armée en 1812…

1812°

Les extraits qui suivent sont tirés de l’ouvrage du chirurgien-major MAURICHEAU-BEAUPRE qui participa à la campagne de Russie. Depuis octobre 1811, il était attaché au régiment d’Illyrie.  Fait prisonnier le 18 novembre 1812, il ne retrouve la France qu’en 1816. L’année suivante, MAURICHEAU-BEAUPRE rédigea et soutint , sa thèse de médecine intitulée : « Des effets et des propriétés du froid. Avec un aperçu sur la campagne de Russie » (Montpellier, chez Jean Martel aîné, 1817) . Son texte ressemble au témoignage d’un autre médecin : celui de Joseph de Kerckhove. Les degrés indiqués sont issus de l’échelle de Réaumur. J’ai attribué un titre à chaque passage reproduit.

Météorologie russe…

« Année commune, l’hiver s’annonce dans cette partie de la Russie en septembre, et la neige commence à tomber en octobre. Le retour de cette saison se montra, au grand étonnement des Russes , plus tardif que de coutume. Le soleil était vers le milieu du jour, quoique moins chaud, aussi radieux que dans le midi de la France; mais aussitôt qu’il avait quitté l’horizon, il faisait très-froid ; l’atmosphère piquante avertissait de la nécessité d’allumer de bons feux dans les bivouacs ,et les épaisses gelées blanches qui le matin couvraient le sol , étaient un signe précurseur des frimas sur lesquels les Russes fondaient l’espoir de notre ruine et de leur délivrance. Une retraite en ordre, faite dès la fin de septembre ou le commencement d’octobre, eût conservé la vie à des milliers d’individus » (MAURICHEAU-BEAUPRE, p.120)

Le chaos au quotidien…

« L’automne s’était maintenu beau; les beaux jours semblaient ne se prolonger et ne retarder l’époque des frimas, que pour mieux aveugler le chef de l’armée. Le froid se fit vraiment sentir du 20 au 25 octobre, et la rigueur de l‘hiver commença à peser sur l’armée à sa sortie (le Moscou. A quelques journées de cette ville, les privations devinrent plus sensibles, par la rareté des vivres , par la consommation avancée de la petite quantité dont chacun avait pu se pourvoir, par la diminution et l’abandon des transports , dont les chevaux mouraient d’épuisement sur la route. De malheureux soldats, aussi épuisés que ces animaux, subissaient le même sort. Le froid sévissait toujours plus; la gelée était si forte, qu’elle rendait , pendant la nuit et vers le matin , la marche des troupes lente et pénible. Les besoins les plus pressants se firent davantage sentir de jour en jour; les corps d’armée étaient constamment inquiétés, poursuivis , harcelés ; il n’était guère possible de s’éloigner individuellement de la route sans danger; les vivres finirent par manquer totalement, ce qui accrut les souffrances. On vit dès-lors , par un sentiment qui semble justifier l’égoïsme qui régnait dans cette circonstance , chacun penser à sa propre conservation et cacher soigneusement le peu de provisions qui lui restaient, mais qui se réduisaient à si peu de chose qu’elles furent bientôt consommées. Un besoin impérieux força dès-lors les soldats à se sustenter avec la chair de cheval. La nécessité devint générale. C’est vraiment là que le malheur et les premiers besoins établissaient une triste et parfaite égalité parmi les hommes. Les routes, les champs, les ravins étaient jonchés de cadavres de chevaux. Soldats, officiers, médecins , commissaires, administrateurs, employés , tous se jetaient dessus. J’ai vu des hommes, pressés par la faim, manger cette chair crue, mais on la faisait ordinairement rôtir au feu du bivouac, qui ne la rendait que plus dure et plus sèche. Les soldats n’avaient plus aucune boisson fortifiante; le café soutenait un peu les officiers. Il fallait déjà rompre la glace des ruisseaux pour avoir de l’eau, afin de faire cuire la viande de cheval, les rebuts des végétaux , enfin , tous les bons et mauvais aliments que procuraient les perquisitions des plus hardis et rusés maraudeurs. Aux fatigues extrêmes et à la disette qui faisait dépérir les hommes, se joignirent d’autres circonstances qui rendaient la position de l’armée encore plus affreuse et plus critique. Elle traversait un pays dévasté par le passage de deux armées, devenu désert par la fuite des seigneurs et de la plupart de leurs vassaux, par l’effet de la terreur que répandaient au loin les foudres exterminateurs de la guerre, et par l’horrible incendie des villes, des villages et des bourgs. Les troupes détruisaient elles-mêmes ce qui restait, et enlevaient ainsi des ressources à ceux qui venaient par derrière, aux malades qui manquaient d’asiles , et devaient rester exposés aux injures de l’air, souvent sans de la paille sur laquelle ils pussent au moins goûter, pendant quelques heures, les douceurs du sommeil. Un convoi de malades fut for cément abandonné dans la forêt de Wiasma; ces infortunés périrent tous de froid ou de faim. Les hommes qui se trouvaient encore davantage affaiblis par des indispositions ou des maladies, marchant lentement, restant en arrière, tombèrent au pouvoir de l’ennemi ou furent les premières victimes du froid. Il ne se passait pas de jour qu’il ne s’engageât quelque affaire : malheur aux blessés qui ne pouvaient se relever et s’acheminer !

L’armée s’avançait vers Smolensk, où, disait-on, on allait s’arrêter , établir des quartiers d’hiver, et où l’on devait surtout trouver d’abondantes provisions. Tous ces bruits flatteurs et illusoires furent répandus à dessein pour sou tenir l’esprit et le courage des soldats; mais les gens sensés savaient à quoi s’en tenir, et on n’avait point oublié l’état de ruine et de dévastation dans lequel on avait laissé cette dernière ville et ses environs. La discipline s’était relâchée; la licence était un triste effet du manque de vivres. Un grand nombre de soldats s’écartaient imprudemment de la route, erraient çà et là dans les campagnes, et périssaient de froid ou de faim , par le fer des cosaques ou la vengeance des paysans aigris. L’armée était obligée de camper sur le sol glacé, sans avoir parfois du bois pour allumer des feux. Il n’est rien que les soldats, dont les vêtements étaient usés, décousus , déchirés ou tombaient en lambeaux , n’imaginassent pour se garantir du froid. On les voyait dans un accoutrement aussi pitoyable que bizarre, affublés de pelisses, d’habillements de femmes, de bonnets à poil, de mauvaises couvertures, de sacs de toile, de haillons , de nattes et de peaux d’animaux récemment écorchés. Ils s’étaient aperçus que pour s’emparer facilement des habillements des hommes qui périssaient de froid, il ne fallait pas attendre qu’un trop haut degré de congélation roidit leurs membres; aussi , plus d’un malheureux fut souvent dépouillé avant d’avoir rendu le dernier soupir. Les officiers supérieurs, partageant cet état de misère, avaient un sort commun avec le soldat. Plusieurs privés de leurs chevaux , de leurs domestiques , obligés d’aller à pied , supportaient difficilement les fatigues de la marche. Il en était de même de tous les cavaliers démontés. Il y avait sous les armes un grand nombre de soldats souffrants et malades, qu’un courage intrépide et le sentiment d’honneur retenaient dans les rangs. Il n’était pas difficile de s’apercevoir que les privations de toute espèce avaient, altéré les forces de tous les individus : la peau était sèche, aride, décolorée , sale , terreuse et comme contractée ; les ligures hâves et tirées ; ajoutez à cela une longue barbe qui donnait aux physionomies quelque chose de sinistre , et un défaut absolu de propreté du corps. L’affreuse boulimie fit beaucoup de victimes. » (MAURICHEAU-BEAUPRE, pp.123-128)

Vers la Bérézina, puis en route vers Wilna

« Vers le 19, 20 et 21 novembre, la température se radoucit un peu. Après avoir traversé le Dnieper, on trouva à se procurer, par les juifs polonais, un peu de pain et quelques boissons =, faibles ressources pour un aussi grand nombre d’individus affamés. Quelques distributions de vivres furent faites à Orcha. La viande de cheval était toujours une ressource ; elle ne manquait pas, tant il périssait de ces animaux. On raffinait encore sur le goût, car le cerveau , la langue et le foie étaient les premières parties enlevées , comme les plus tendres et les plus délicates. Les chemins devinrent fangeux et glissants ; les pertes en hommes continuèrent ; et le froid humide très-vif porta le dernier coup à la santé délabrée d’un grand nombre d’officiers et de soldats. Le froid sec recommença à se faire sentir avec force, lorsqu’on arriva sur les bords de la Bérézina.

Le malheur unit ordinairement les hommes ; légalité d’une triste condition , le sentiment des mêmes peines et des mêmes souffrances , les porte à se consoler mutuellement et à s’entraider même dans les plus petites choses. Mais quel étrange effet du mécontentement général, de la sensation continuelle du froid , des besoins physiques non satisfaits , des craintes et de l’inquiétude bien fondée de chacun sur son propre sort, des affections morales particulières à chaque individu, et de l’idée affreuse d’être exposé à périr de froid ou de faim ! Il semblait dans notre retraite, que le malheur eut aigri les caractères et endurci les cœurs. On était insensible , égoïste , avare , et les remarques faites par M. Labaume sont très-vraies.

L’historien philosophe , dont la plume véridique transmettra à la postérité le récit fidèle et circonstancié de cette campagne , devra représenter la marche triste et silencieuse des débris d’une armée jadis florissante ; cette foule de soldats de toutes les nations , obligés de marcher, presque sans chaussure, dans la neige ou dans des bourbiers glacés , se pressant en masse, au milieu des cris , de la confusion et du tumulte , pour passer la Bérézina ; ce grand nombre de blessés abandonnés sur ses rives dans le plus grand accablement physique et moral , exposés la nuit et le jour à la rigueur du froid si funeste aux plaies , et sur lesquels la mort promena impitoyablement sa faulx.

Les mêmes causes de misère et de destruction pesèrent sur les restes de l’armée dans sa marche de la Bérézina sur Wilna. Malgré le fait que l’on trouvât par ci et par-là quelques subsistances , l’excès du froid et le degré de faiblesse qui existait chez le plus grand nombre d’individus , ne leur permettaient pas de se remettre. Les affections maladives dont ils étaient atteints 9 abandonnées à elles-mêmes , contrariées et aggravées , les exposaient à périr d’un moment à l’autre. Sentant leurs forces s’évanouir, ils se laissaient souvent aller à un repos qui leur paraissait agréable; il y en avait qui se souciaient peu de mourir. Quantité d’individus eurent les pieds, les mains et les oreilles gelés; trop heureux encore , s’ils avaient eu le bonheur d’échapper au danger par le sacrifice de quelque partie de leur corps. Des hommes restaient quelque fois mortellement saisis par le froid, lorsqu’ils étaient obligés de s’arrêter pour satisfaire de pressants besoins. L’arrivée de ce moment , que l’on redoutait, était en effet fort embarrassante, tant à raison du danger de s’exposer à l’air qu’à cause de l’engourdissement des doigts , qui ôtait la force de rajuster les vêtements. » (MAURICHEAU-BEAUPRE, pp.134-137)

Wilna…

« Wilna, déjà épuisé par le passage continuel des troupes, ne fournit que peu de ressources à l’armée. Le froid était alors très-rigoureux ; car, dans le commencement de décembre, il alla de 18 à 23 °.  Ce ne pouvait être qu’un spectacle affligeant, de voir réunis, dans une ville en proie au désordre et à l’alarme, une immense quantité d’hommes faibles et abattus , de malades et de blessés moribonds, étendus dans les rues, sur les places , sans feu et sans nourriture. Nombre de ces malheureux furent victimes de la barbarie des Juifs, peuple nulle part aussi ignoble qu’en Pologne, qui les dépouillaient et les abandonnaient dans cet état , après leur avoir versé de l’eau froide sur le corps , sous prétexte de les dégeler. Les hôpitaux et les maisons particulières étaient remplis par i 5 à 18 000 malades, à la majeure partie desquels on ne pouvait administrer les secours convenables et pressants dont ils avaient besoin. Les asiles de l’humanité étaient devenus, pour ainsi dire, ceux delà mort. L’encombrement augmentait encore les difficultés administratives et sanitaires, ainsi que la gravité des maladies. Les hommes malades arrivaient en foule dans les locaux destinés à les recevoir; transis de froid, gelés, morfondus, et dans l’impossibilité où ils étaient de pouvoir se déshabiller, ils s’étendaient sur des lits sans couvertures, sur de la paille, sur le carreau, plus morts que vifs, et ils expiraient dans cet état. M. Bertrand, médecin de l’armée, qui resta , par ordre, à Wilna pour donner ses soins aux malades, a observé l’épidémie de typhus catarrhal qui a régné en Lituanie pendant l’hiver de 1812 . Il a noté que toutes les causes qui ont agi défavorablement sur l’armée , avaient également disposé à la même maladie les malheureux habitants des villes et des campagnes, obligés de quitter leurs demeures ; que , dès le mois de novembre , le froid excessif avait engourdi la tonicité cutanée, mais que celle du tissu des membranes muqueuses avait reçu un degré d’accroissement considérable et caractéristique des affections phlegmasiques de ce système. C’est ce même typhus dont ont continué à être atteints les officiers et les soldats, et qui a considérablement accru le nombre des malades dans les hôpitaux de Wilna, Königsberg , Varsovie, Thorn , Posen , Dresde, etc. Il fut déjà reconnaissable sur les troupes, peu de jours après leur sortie de Moscou, et il ne fit que s’étendre de plus en plus, à proportion de la multiplicité et de l’intensité des causes qui y ont donné lieu. Il a aussi régné sur les prisonniers de guerre français et russes. » (MAURICHEAU-BEAUPRE, pp.137-139)

Réflexions et constatations médicales…

« Après le récit de cette campagne, je demande quelle armée aussi considérable s’est trouvée dans une position plus critique, et a vu pleuvoir à la fois sur elle un plus grand déluge de désastres et de calamités ? Quels hommes ont eu à résister à plus de causes débilitantes réunies ? Des hommes obligés de supporter , au milieu d’un vaste désert couvert de neige , les fatigues de la guerre , les horreurs de la faim , les traits mortels du froid , la pénurie et la misère la plus complète , ne pouvaient se montrer ni plus braves , ni plus courageux ; ils écoutèrent encore la voix de l’honneur, malgré tant de motifs de découragement. Une campagne de six mois a détruit la plus belle des armées. Sans l’imprévoyance du chef, sans tant de causes qui ont détérioré la santé du militaire et énervé ses forces , avec des vivres et des habillements con formes à la saison , la retraite eût été bien moins fatale ; elle se serait opérée avec ordre et sûreté ; la rigoureuse inclémence du nord ne serait pas venu porter le dernier coup à tant de malheureux morts de froid , et qui ont trop bien justifié cette triste vérité de la destinée des hommes , qui les envoie souvent mourir loin d’une patrie qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Tous les individus affaiblis et exténués par les causes dont nous avons parlé, et qui se trouvaient dans l’impossibilité de se.garantir du froid excessif, ne pouvaient espérer d’échapper au danger. Les uns, pâles et abattus par l’inanition, tombaient en défaillance et mouraient étendus sur la neige. Les autres, quoique pour vus de quelques aliments , en suffisante quantité au moins pour calmer le sentiment de la faim , étaient pris d’un frisson auquel succédaient plus ou moins promptement la langueur et la propension au sommeil. On en voyait marcher sans avoir leur connaissance, et sans savoir où ils allaient: à peine parvenait-on à leur faire entendre quelques mots,  ils avaient presque totalement perdu l’usage des sens ; enfin, lorsqu’ils étaient hors d’état de pouvoir continuer à marcher, n’en ayant plus ni la force ni la volonté ils tombaient sur leurs genoux. Les muscles du tronc étaient les derniers à perdre la force de contraction. Plusieurs de ces malheureux restaient un certain temps, dans cette position, à se débattre contre la mort. Une fois tombés il leur était impossible, quelques efforts qu’ils fissent, de se relever. On s’était bien aperçu du danger qu’il y avait à s’arrêter ; mais, hélas ! La présence d’esprit et une ferme détermination ne suffisaient pas toujours pour défendre des attaques mortelles dirigées de toute part contre une misérable vie. Il m’est arrivé trois ou quatre fois , après avoir fait avaler un peu d’eau-de-vie sucrée à quelques-uns de ces infortunés qui venaient de tomber et qui commençaient à s’assoupir , de les aider à se relever , et de tenter de les remettre en mouvement. C’était en vain: ils ne pouvaient ni avancer, ni se soutenir, et ils retombaient sur la même place, où il fallait forcément les abandonner à leur malheureux sort. Leur pouls était petit et imperceptible ; la respiration rare, et à peine sensible chez quelques-uns, était accompagnée chez d’autres de plaintes et de gémissements. Tantôt les yeux étaient ouverts, fixes, ternes, hagards ; et la tête prise par délire tranquille, tantôt ils étaient rouges , et annonçaient une excitation passager du cerveau : il y avait alors délire plus marqué. Les uns balbutiaient des mots incohérents ; les autres avaient un rire serré et convulsif. Du sang fluait, chez quelques-uns, par le nez et par les oreilles ; ils agitaient leurs membres comme s’ils cherchaient à tâtons. On a répandu que des soldats, en proie à un délire frénétique, s’étaient rongés les mains et les bras : je me permets d’en douter. Les symptômes nerveux qui accompagnaient la mort par le froid, lorsqu’elle était lente, ont pu en imposer à ceux qui disent l’avoir vu. J’ai contemplé des hommes terrassés par le froid ; je les ai vus se découvrant la poitrine, agitant leurs bras comme un malade travaillé par un délire sourd dans une fièvre ataxique ; ils ne sentaient certainement plus, dans cet état, le besoin des aliments; d’ailleurs, le serrement spasmodique de la mâchoire inférieure confie la supérieure était constant chez la plupart, et il ne faisait qu’augmenter avec les effets progressifs du froid, qui amenaient la torpeur et la mort. C’est ainsi qu’ont péri des milliers d’individus. Il est peu de ceux qui ont eu le bonheur d’échapper au danger, qui n’aient été dans la suite malades. Une quantité de soldats atteints de lésions plus ou moins graves par l’effet de la congélation, remplirent, en 1813, les hôpitaux de la Pologne, de la Prusse et de l’Allemagne. Des rives du Niémen jusqu’aux bords du Rhin, on reconnaissait facilement en eux les tristes débris d’une armée victime du froid et de la plus affreuse misère. Plusieurs, n’ayant point encore touché au terme de leurs souffrances, se répandirent dans les hôpitaux en-deçà du Rhin, et même jusque dans le midi de la France, où ils vinrent subir diverses extirpations, résections ou amputations nécessitées par le désordre physique si souvent inséparable de la gangrène pro fonde et du sphacèle.

Des mutilations aux pieds et aux mains, la perte du nez, d’une oreille , la faiblesse de la vue , la surdité complète ou incomplète, des névralgies, des rhumatismes , des paralysies des diarrhées chroniques, des affections de poitrine, rappellent plus vivement encore à ceux qui portent ces douloureux souvenirs , les horreurs d’une pareille campagne. » (MAURICHEAU-BEAUPRE, pp.142-143)

Une expérience personnelle.

« Je consignerai ici le souvenir d’une circonstance à laquelle je dois probablement mon salut. Je sentis, pendant l’affreuse nuit où nous quittâmes Smolensk, un grand malaise; vers les cinq heures du matin , un sentiment de lassitude m’invita à m’arrêter pour me reposer. Je m’assis sur un tronçon de bouleau, a côté de huit cadavres gelés, et je ne tardai pas à éprouver de la propension au sommeil auquel je cédai d’autant plus volontiers, qu’il me paraissait délicieux. Je fus heureusement tiré de cette somnolence commençante, qui aurait infailliblement amené la torpeur, par les cris et les jurements de deux soldats, qui frappaient vis-à-vis de moi, à coups redoublés, un pauvre cheval épuisé qui s’était abattu. Je sortis de mon état par une espèce de secousse. Le spectacle que j’avais à mes côtés me retraça vivement le danger auquel je m’étais exposé; je pris un peu d’eau-de-vie, et je me mis à courir pour faire cesser l’engourdissement des jambes, que leur froideur et leur insensibilité étaient propres à me faire croire plongées dans un bain à la glace. » (MAURICHEAU-BEAUPRE, p.144, note)

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( 15 février, 2019 )

A propos des Alliés à Paris en 1814…

1814 à Paris

« Les Alliés furent très étonnés, à leur entrée dans Paris, de la manière dont on les accueillit. On les reçut comme des amis. Les femmes surtout, voyant en eux des libérateurs, garnissaient toutes les fenêtres, saluaient de la voix et du geste. Un jour nos descendants auront le rouge au front en lisant cette page honteuse de notre histoire. Je me hâte de dire que cet aveuglement ne fut pas de longue durée. Au bout de quelques jours, les alliés purent s’apercevoir qu’ils n’étaient pour nous que des ennemis. Avant le 15 avril, bien des gens furent honteux de ce qu’ils avaient dit et fait le 30 mars. Les Alliés prétendus ne furent que des ennemis plus à redouter que la guerre la plus cruelle. Les femmes évitaient la société des officiers logés dans nos maisons ; on désignait du doigt, on huait celles qui osaient se montrer en public avec eux. Le jardin du Luxembourg renfermait quatre mille Russes ou Prussiens qui l’occupaient militairement : les hommes en étaient exclus, les femmes seules avaient la permission d’y pénétrer; quelques-unes, en petit nombre, en profitèrent, mais elles furent conspuées à ce point que des patrouilles russes durent protéger leur retraite; les femmes du peuple étaient très animées contre elles. En nous voyant ainsi au pouvoir de l’ennemi, nous eûmes bien de la peine à nous contenir. La rougeur nous vint au visage lorsque, pour la première fois, nous vîmes galoper dans nos rues ces hideux Cosaques, Tartares, Kalmouks, couchés sur leurs petits chevaux, avec leurs longues lances grossièrement faites ; lorsque tous nos corps de garde furent occupés par des uniformes étrangers, nos ponts garnis de canons mèche allumée. Triste et douloureuse époque qui, après plus de trente ans, réveille dans mon cœur de profonds regrets ! »

(Docteur Poumiès de la Siboutie », « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp. 138-139).

 

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( 15 février, 2019 )

Le suicide de Berthier (2ème partie).

 06515184.jpgVoici la suite de ce texte très intéressant dû à l’historien Arthur Chuquet.

Napoléon n’avait pas de rancune contre Berthier. Le frère du maréchal, César Berthier, l’assurait dans ses lettres que, s’il rentrait, il n’aurait rien à craindre. Il reviendra », disait Napoléon à Rapp avec un malin sourire, je lui pardonne tout, à condition qu’il revêtira son habit de garde du corps pour paraître devant moi, « et, dans ses conversations avec Mollien, l’Empereur répétait, sans accompagner ses regrets de plaintes ni de reproches, qu’il aurait besoin d’un Berthier, que le prince de Wagram était le plus intelligent et le plus habile des majors généraux, celui qui saisissait mieux que tout autre ses pensées et ses plans, qui savait les transmettre et les rédiger sous une forme claire et facile à comprendre. Pourtant, dans le secret de son coeur, Napoléon se doutait que Berthier ne le servirait plus. « Il m’a trahi ; disait-il à Sainte-Hélène, parce que c’était un homme de Versailles. » Il mit les biens de Berthier, le 26 mars, sous séquestre et il la raya, le 10 avril, de la liste des maréchaux. Mais, si Berthier était rentré en France, Napoléon aurait sûrement levé le séquestre, et c’est pourquoi le prince de Wagram avait sollicité du roi de Bavière la permission de partir.

 Le roi de Bavière et le ministre Montgelas n’osèrent pas lui donner de passeport sans avoir consulté les alliés, et l’envoyé bavarois à Vienne, le comte de Rechberg, prit l’avis de Metternich. Le chancelier  refusa le passeport : il croyait que Berthier, une fois en France, serait de nouveau le lieutenant de Napoléon, et, le 15 avril, Montgelas répondait au prince de Wagram : « Les puissances alliées m’ont invité à vous conseiller de ne as vous retirer en France, et je vous prie de rester auprès du duc, votre beau-père, jusqu’à ce que les circonstances nous permettent de retourner dans votre patrie. »

Le gouvernement bavarois exerça dès lors une surveillance occulte sur Berthier. Le 14 avril, sans nul doute après avoir reçu la réponse de Metternich, Montgelas ordonnait au directeur de la police de Bamberg d’employer tous les moyens  « pour observer le prince de Wagram et savoir sous la main tous les mouvements qui auraient rapport au départ ». Berthier sur que ses moindres démarches étaient épiées ; il sut que ses lettres étaient envoyées à Munich ; il se vit  comme étant prisonnier à Bamberg, et il s’attrista, se désespéra. Il écrivit au duc de Feltre et au duc d’Havré qu’il était fatigué, vieilli, chagrin, incapable de toute besogne, quelle qu’elle fût, et qu’il souffrait très vivement de la goutte, « cette maladie que laquelle les affections morales agissent toujours. »

Par deux fois, il avait envoyé sa démission au duc de Feltre : « L’état de sa santé, disait-il, le forçait à la retraite de toutes les fonctions militaires ou civiles. » Le duc de Feltre répondit que Berthier devait remettre personnellement à Louis XVII sa démission de capitaine des gardes, puisque cette charge « venait directement du Roi », et il pria le prince de Wagram de se rendre sans retard à Gand, si sa santé le lui permettait, puisque tous les autres capitaines de la Garde étaient, en ce moment critique, réunis autour du monarque. Louis XVIII lui-même écrivit de sa main au maréchal. Le 22 mai, dans une lettre au Roi, Berthier maintient sa démission.

Un grave incident avait achevé de l’assombrir et de lui faire voir tout en noir. Sa femme avait obtenu du Roi de Bavière, ainsi que ses enfants, la permission de retourner en France. Elle fut arrêtée, le jour même de son départ, le 30 avril, à Stockach, par les autorités wurtembergeoises, et obligée de revenir sur ses pas sous prétexte que son passeport n’était pas signé par le prince de Schwartzenberg.

Déjà, depuis le débarquement de Napoléon [à Golfe-Juan début mars 1815],  Berthier, qui n’avait pas l’âme forte, semblait méconnaissable. Il se lamentait à la cour des Tuileries parce que sa femme était allée en Allemagne chez ses parents, et Castellane jugeait qu’il n’avait pas une tenue convenable et ne montrait pas de caractère. Un autre témoin, Reiset, trouvait qu’il était de tous les gens le plus affecté par les événements, qu’il avait la figure à l’envers, que son état faisait peur. Durant le mois d’avril et le mois de mai, Berthier ne se remit pas, ne se releva pas de cette sorte de découragement et de dépression. Il demeurait accablé, affaissé, absolument démoralisé ; il se renfermait en lui-même ; il ne parlait que pour se plaindre de l’ennui mortel qui le consumait, et les médecins notaient en lui tous les symptômes d’une « hypocondrie mélancolique », le manque d’appétit, une sensation d’amertume dans la bouche. Le 31 mai, le général russe Sacken qui dînait avec lui chez le duc Guillaume de Bavière, le félicitait d’être du petit nombre de ceux qui n’avaient pas trahi le roi légitime ; Berthier ne répondit qu’avec embarras et par des mots entrecoupés.

Le lendemain, 1er juin, à midi et midi, au palais de Bamberg, il tombait d’une fenêtre du troisième étage et se fracassait le crâne.

A suivre…

 

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( 14 février, 2019 )

Louis Lemarchant, chirurgien-major à Waterloo…

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(Image d’illustration)

Louis Lemarchant est né à Saint-Jouan de l’Isle (Côtes d’Armor) le 9 octobre 1780.  A l’âge de vingt-ans il se décide à étudier la médecine, à l’image de son père qui était chirurgien.  Après avoir suivi les cours, à Rennes, de l’Ecole spéciale de Médecine en 1803, il obtient le prix de cette école. Afin de se soustraire à  la conscription, le jeune Lemarchant s’oriente vers la chirurgie militaire. Il se fait admettre comme « chirurgien surnuméraire » au tout nouvel hôpital militaire de  Rennes. 

Après un passage au camp d’Etaples, près de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) où il occupe les fonctions de chirurgien sous-aide dans les rangs du 6ème régiment d’infanterie. Plus tard, Louis Lemarchant sera présent à Eylau, de 1808 à 1813, il est en Espagne et au Portugal. Il participe à la bataille de Toulouse le 10 avril 1814. Nommé chirurgien-major en 1811, par décret impérial, il prépare son doctorat en médecine durant le Première Restauration, n’étant plus employé à son régiment, durant cette période. Reçu docteur à Strasbourg le 4 novembre 1814, il s’en retourne dans ses foyers à Saint-Jouan de l’Isle. Lors de la campagne de Belgique, en 1815, Lemarchant reprend du service, en étant attaché au grand parc d’artillerie. Après la chute de l’Empire, il se est mis pendant quelque temps en inactivité avant d’être nommé en décembre 1816, chirurgien-major à la Légion de la Seine-Inférieure [Seine-Maritime], en garnison à Calais. En septembre 1817, nous le retrouvons dans les rangs de la Légion de la Seine qui devient en 1820 le 55ème de ligne. Lemarchant achève sa carrière militaire à Strasbourg dans le 1er escadron du train des parcs d’artillerie. Il est admis à la retraite le 20 mai 1835. Sa date de décès reste inconnue.

Louis Lemarchant a laissé des souvenirs jusqu’à présents toujours inédits et qui portent le titre original de « Mémorial historique des Campagnes… » dont le manuscrit se trouve à la Bibliothèque Nationale de Biélorussie, à Minsk. Mais laissons parler l’auteur au travers d’un extrait de son témoignage.

C.B.

Me  trouvant sans emploi et voisin de l’École de Médecine de Strasbourg, ayant en outre toutes mes inscriptions de Paris, je profitai de ces circonstances, en attendant mon licenciement définitif, pour aller soutenir ma thèse à Strasbourg, ce qui eut lieu le 4 novembre 1814.

Janvier 1815. Rentré dans ma famille le 6 de ce mois, après une absence de 11 années consécutives et toujours dans une service actif à l’armée pendant lequel je n’ai pas eu un jour de maladie, quoique exposé à des températures bien opposées, en plus ou en moins, accompagnées de fatigues et de privations des choses les plus nécessaires à l’existence, souvent entretenue par des alimentations bien variées que le besoin faisait trouver bonnes. Demeuré dans ma famille jusqu’au 15 avril [1815], Napoléon débarqué dans les premiers jours de mars au Golfe-Juan avec une partie du bataillon de sa Garde. Il marcha sur Paris entouré des régiments de toutes armes qui allaient le rejoindre avec empressement, avec ou sans leurs chefs. Il entra à  Paris le 20 mars. Louis XVIII l’avait quitté le 19 avec sa famille. Napoléon réorganisait son armée. Je reçus un ordre ministériel de me rendre à Vincennes pour être attaché comme chirurgien-major au grand parc d’artillerie et 8ème escadron du train de cette arme.

Parti de Paris les premiers jours de juin pour Douai et le 10 pour l’armée, j’ai assisté à la bataille de Fleurus (ou de Ligny), le 16 juin, où l’armée prussienne fut battue complètement, puis à Waterloo le 18 juin : l’armée anglo-hollandaise, forte de 115.000 homme fut attaquée à son tour par 65.000 français. Battu toute la journée, la victoire était assurée lorsque la trahison et, d’un autre côté, la désertion de chefs de corps et de généraux contribuèrent à décider une division prussienne à passer dans un intervalle de nos lignes pour se porter sur nos derrières pour s’amuser que nous n’avions point de réserve à leur opposer ; ce que l’ennemi ignorait. Ce mouvement de la part des Prussiens fut la cause de notre perte et c’est à tort que l’on donne la gloire de cette bataille aux anglais, car ils étaient en pleine retraite. Dans Bruxelles même, lorsqu’on apprit la nôtre par les motifs ci-dessus indiqués, événement malheureux que le général Grouchy, avec 20.000 hommes, dans l’inaction devant Namur, pouvait prévenir en appuyant sa gauche à notre droite, au moins par quelques régiments en observation, faute qui lui a été bien reprochée. Profitant de la nuit, on effectua la retraite en ordre jusqu’à Soissons que le maréchal Soult rassembla sur la route les corps en leur faisant sentir, pour l’honneur de l’armée, combien il était important de marcher en ordre. Nous rentrâmes à Paris et prîmes position sur les deux rives de la Seine, la plaine de Montrouge et Vincennes. Je suis parti de cette dernière position avec toute notre artillerie pour passer la Loire. Pris des cantonnements à La Rochefoucauld, Angoulême et Limoges pendant les mois de fin juillet, août et septembre ; une partie d’octobre. Ayant quitté Limoges le 20, avec un parc nombreux d’artillerie pour le conduire à Grenoble, passant par Saint-Léonard, Aubusson (loup affamé), Pont-Gibaud [Pontgibaud, dans le département du Puy-de-Dôme], grande et bonne auberge au pied de la montagne, Clermont, Thiers, Roanne, Lyon, Vienne, Valence, destination où je restai jusqu’au 15 novembre. Je fus remplacé à l’escadron par M. Sauveur.

Parti pour Paris, le 20 novembre 1815, après un très beau dîner donné par les officiers d’artillerie à Saint-Pérez [Saint-Péray, dans l’Ardèche], de l’autre côté du Rhône, en face de Valence, vins renommés. 

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( 13 février, 2019 )

Une lettre du général Lasalle…

LasalleMéconnues sont les lettres de ce fameux officier. Disparu trop tôt pour avoir eu le temps de rédiger des « Mémoires », sa correspondance nous éclaire sur cette figure haute en couleurs. Celle-ci, d’une série de trois fut publiée la première fois en 1894 dans le « Carnet de la Sabretache ».  

Zaoué, 24 messidor an VII (12 juillet 1799). 

Le chef de brigade Lasalle au général de division Dugua. 

J’apprends dans l’instant mon général, que vous avez été nommé inspecteur général de cavalerie ; je me félicite, en vous faisant mon compliment de congratulation, de me trouver encore sous vos ordres, et je présage d’avance tout l’avantage que les corps de notre armée en retireront ; le général en chef [Bonaparte] enfin voit donc la nécessité qu’il y a d’organiser solidement les corps de cavalerie, et il confie leur administration à un général qui pourra par ses connaissances rendre l’éclat à cette arme si nécessaire en Égypte . Vous savez que je ne suis pas courtisan, et que franc comme un houzard, je dis ce que je pense ; ainsi, ne voyez  dans ce que je dis qu’un hommage rendu à la vérité, et un remerciement que je fais au général en chef. Nous courons depuis deux mois après Mourad Bey ; il vient de nous échapper, et le résultat de nos fatigues n’a été que la prise de quelques-uns de ses chameaux et bagages ; deux fois il a refusé le combat. Le général en chef m’écrit que mon régiment [Lasalle commandait alors le 22èmechasseurs à  cheval] reste en Haute-Égypte. Je vous supplie d’obtenir de lui de l’y réunir en entier ; vous savez que c’est de la plus grande nécessité, soit pour la partie administrative, soit pour l’instruction ou la discipline. 

Avez-vous reçu des lettres de France depuis que je n’ai eu le plaisir de vous voir ? Je vous plains si vous êtes dans le même cas que moi, rien ne m’est parvenu, et s’il m’en parvenait, je tremblerais encore d’y trouver des nouvelles alarmantes sur le compte de ma mère ou de ma Joséphine [son épouse]. Jamais nous n’avons été si malheureux qu’en Égypte ; nous y éprouvons toutes les privations, toutes les fatigues les plus inouïes, et l’espoir d’un mieux-être nous est même refusé. Votre Lasalle, mon cher Général, est bien changé ; sa gaieté, qui jadis vous a amusé, l’a quitté ; sombre et mélancolique, il traîne sa triste existence dans les plaines du Saïd, où, à travers ses déserts, il a tout perdu ; et ses yeux ne peuvent plus même gouter le plaisir de pleurer. Qu’ai-je fait en venant ici ? Écrivez-moi donc quelquefois ! J’ai besoin de consolation, et votre amitié ne doit pas m’en refuser ; pensez à ce que j’ai perdu : mère, maîtresse chérie, fils charmant, et vous excuserez mes plaintes et mes importunités. 

Adieu, mon Général, ne quittez jamais votre fils, il serait trop malheureux ; pensez à moi un peu l’un et l’autre et ne doutez pas de mon sincère et respectueux attachement. 

LASALLE. 

P.S.J’embrasse Monfalcon ; et le capitaine Mousci qui vous présente son respect, et vous prie de lui faire ses amitiés. 

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( 13 février, 2019 )

L’année 1814…

Steuben 1810.

1814.

Napoléon est rentré en France en novembre 1813 à la fin de la campagne d’Allemagne. Mais les forces coalisées, décidées d’en finir avec l’Empereur, approchent des frontières. La France est menacée. Voici une chronologie des principaux événements…

23 janvier. La Régence est confiée à l’impératrice Marie-Louise.

25 janvier. Napoléon quitte Paris. La veille, il a nommé son frère Joseph, lieutenant-général de l’Empire, puis embrassé sa femme et son fils. Il ne les reverra jamais…

27 janvier. Bataille de Saint-Dizier.

29 janvier. Bataille de Brienne.

31 janvier. Combat de Montier-en-Der.

1er février. Bataille de La Rothière.

2 février. Combat de Lesmont.

4 février. Ouverture du Congrès de Châtillon.

10 février. Bataille de Champaubert.

11 février. Batailles de Montmirail et de Nogent-sur-Seine.

12 février. Combat de Château-Thierry.

14 février. Bataille de Vauchamps.

17 février. Combat de Mormant.

18 février. Bataille de Montereau.

22 février. Combat de Méry-sur-Seine.

26 février. Combat de Bar-sur-Aube.

27 février. Bataille d’Orthez opposant le maréchal Soult à Wellington.

1er  mars. Traité de Chaumont. L’Angleterre, la Prusse, la Russie et l’Autriche signent entre elles un pacte afin de poursuivre leur lutte commune contre la France pendant vingt ans.

3 mars. Bataille de Soissons. Combat de Laubressel.

5 mars. Combat de Berry-au-Bac.

7 mars. Bataille de Craonne.

9 et 10 mars. Bataille de Laon.

12 mars. Bordeaux tombe aux mains des Anglais avec la complicité de J.-B. Lynch, maire de la ville et royaliste.

13 mars. Bataille de Reims.

17 mars. Fin du Congrès de Châtillon.

20 mars. Bataille de Limonest,  au nord-ouest de Lyon.

20 et 21 mars. Bataille d’Arcis-sur-Aube.

21 mars. Lyon est occupée par les Autrichiens.

25 mars.  Bataille de Fère-Champenoise.

26 mars. Bataille de Saint-Dizier.

27 mars. Combat de Claye-Souilly.

29 mars. L’impératrice Marie-Louise et son fils quittent Paris pour Blois.

30 mars. Joseph quitte la capitale Bataille de Paris.

31 mars. Capitulation de la ville. Entrée des Alliés.

1er avril. Le Sénat désigne un gouvernement provisoire.

3 avril. Cette assemblée prononce la déchéance de Napoléon.

6 avril. L’Empereur abdique.

10 avril. Le maréchal Soult affronte Wellington à Toulouse.

11 avril. Traité de Fontainebleau.

20 avril. Dans la cour du château de Fontainebleau, Napoléon fait ses adieux à sa Garde et prend la direction de l’île d’Elbe, son lieu d’exil.

24 avril. Louis XVIII débarque à Calais, venant d’Hartwell (Angleterre) et prend la route de Paris.

3 mai. Entrée de Louis XVIII à Paris.

4 mai. Napoléon débarque à Portoferraio, capitale de l’île d’Elbe.

30 mai. Traité de Paris entre la France et les puissances alliées. La France est ramenée à ses limites de 1792, avec quelques enclaves (Comtat Venaissin, Principauté de Montbéliard…)

4 juin. Adoption par Louis XVIII de la Charte Constitutionnelle.

1er novembre. Ouverture du Congrès de Vienne.

 

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( 12 février, 2019 )

Un récit méconnu.Témoignage du commandant Duuring sur les journées des 16,17 et 18 juin1815…

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Le témoignage qui suit est extrait d’un article paru dans le « Carnet de la Sabretache » en 1910, sous le titre de « L’infanterie de la Garde à Waterloo ». L’auteur était alors chef de bataillon au 1er régiment des chasseurs de la Garde. 

Juin 1815, le 16.- Le 1er régiment a traversé Fleurus dans l’après-midi, je ne me rappelle plus à quelle heure. Toute la division, ainsi que celle des grenadiers, prirent position à droite et un peu en arrière. Les régiments reçurent l’ordre de partir  alternativement, excepté le 1er régiment de chasseurs, le 1er et le 2ème de grenadiers, qui restèrent auprès de l’Empereur. Ces trois régiments reçurent l’ordre de suivre l’Empereur, qui se porta vers la droite, une heure avant la brune. Nous marchâmes en colonne par division sous les boulets, qui nous blessèrent deux hommes. Ensuite, les trois régiments traversèrent le village après la grosse cavalerie ; en débouchant, nous nous mîmes en bataille à droite du village, et ensuite nous formâmes les carrés par bataillon. Les grenadiers prirent plus à gauche et en avant ; notre cavalerie fut ramenée, et les grenadiers soutinrent plusieurs charges contre la cavalerie de l’ennemi, qui ont éprouvé une perte assez considérable, car ils ont cru qu’ils étaient de la Garde nationale avec leurs chapeaux [Une partie des soldats de la Vieille Garde n’avaient pas reçu de bonnet à poil]. Les boulets de nos batteries qui étaient sur la hauteur de l’autre côté du village, passèrent à chaque instant le long du 1er bataillon sans nous faire aucun mal, mais à notre grosse cavalerie ; quelques tirailleurs de l’ennemi nous tirèrent également, sans qu’on perdît un homme. Nous bivouaquâmes dans cette position la nuit, en carrés, sans feu ; nous entendîmes une attaque après minuit, nous prîmes les armes, mais rien n’est venu à nous.  

Le 17.- Le régiment se mit en route après midi. La Vieille etla Jeune Garde se rassemblèrent successivement ; on fit une halte à droite de la route, où je fus détaché avec mon bataillon pour rejoindre l’Empereur, qui fut en avant. Le général Friant me trouva en chemin, et me donna contrordre de rentrer dans la colonne. Toute la colonne se met en mouvement. On entendait au loin la canonnade. Le soir, je fus de nouveau détaché pour rejoindre l’Empereur, à la ferme [celle du Caillou], à peu près à un bon quart de lieue de la ligne de bataille du lendemain. Le bataillon bivouaqua dans le jardin, sans feu ; il fit un temps affreux. 

Le  18.- L’Empereur me donna l’ordre environ à sept heures du matin, de rester avec mon bataillon à la ferme pour garder son quartier-général, trésor, etc. Plusieurs régiments d’infanterie, cavalerie, passèrent successivement du côté de la ligne de bataille, ainsi que  la Vieille Garde ; au passage du 2ème  bataillon, j’ai remis l’aigle au général Cambronne. La canonnade s’engagea de part et d’autre. Le bataillon que je commandais resta à la ferme.  A peu près deux ou trois heures dans l’après-midi, je fus instruit que plusieurs soldats se débandaient, même sans armes ; cette fuite venait principalement de notre droite. Je fis prendre les armes au bataillon, détachai une compagnie à droite et une à gauche, en gardant deux au centre. Je montai à cheval avec la gendarmerie au quartier-général, fis arrêter les fuyards, les rassembler et conduire au centre de l’armée. Cette fuite cessa une heure après, et tout fut très tranquille ; nous vîmes arriver plusieurs officiers de la cavalerie anglaise comme prisonniers. Une heure plus tard, plusieurs caissons et des pièces arrivèrent du champ de bataille, disant qu’il n’y avait plus de munitions ; à la vérité, j’en ai trouvé de vides, mais d’autres en avaient encore. Je fis parquer tout cela à droite et à gauche de la route derrière la ferme, et priai l’écuyer de l’Empereur de faire atteler le Trésor. 

Environ à cinq ou six heures du soir, je fus instruit par un poste de ma droite, qu’on voyait deux colonnes qui débouchant du bois, que je suis allé reconnaître. Aussitôt de mon arrivée, je fus à même de me convaincre qu’elles étaient de l’ennemi ; chacune peut avoir eu huit cents hommes ; mais la queue étant dans le bois, il était très difficile d’évaluer leurs forces. J’ai pris mes dispositions pour recevoir cette attaque, fis mettre deux pièces en batterie chargées à mitraille et couvrir par un  détachement d’un officier et cinquante hommes, de manière qu’on pouvait difficilement les apercevoir, je donnai l’ordre de ne point tirer avant que j’y fusse. Mon adjudant-major vient m’instruire que beaucoup de soldats arrivent de nouveau, qui se débandèrent ; j’ai fait mettre mes deux compagnies que j’avais conservées au centre, les baïonnettes croisées, sur la route et à côté, avec ordre de ne laisser passer qui que ce soit, hormis les blessés. J’ai trouvé parmi ce nombre, plusieurs officiers, entre autres un chef de bataillon, que j’ai forcé de prendre le commandement d’un bataillon que j’avais rassemblé, avec menaces de faire feu sur lui s’il n’obéissait pas à l’instant même ; j’ai trouvé un maréchal de camp dont j’ignore le nom ou ce qu’il voulait, que j’ai prié de conduire une autre colonne. L’officier que j’avais détaché pour couvrir les deux pièces, me fit rendre compte que l’officier d’artillerie avait jugé à propos de s’en aller avec ses pièces, en disant qu’il n’avait point d’ordre à recevoir de moi, et que l’ennemi s’approchait. J’ai prié alors même des officiers supérieurs de l’artillerie, de faire mettre d’autres pièces en batterie, mais rien ne s’effectua. 

Me voyant sur le point d’être attaqué sans le soutien de personne et d’une façon bien supérieure à la mienne, je me décidai à former un bataillon d’environ deux cents hommes des différents régiments que j’avais fait rassembler, auquel je fis prendre position à ma droite en potence et un peu en arrière pour qu’on ne me dépassât pas, fis filer le Trésor et les équipages, et ensuite les pièces sans donner un homme d’escorte, pour repousser une attaque qui pouvait être très nuisible à l’armée, si la route derrière elle se trouvait coupée. Je fis rassembler mon bataillon adossé à la ferme, détacher cent hommes en tirailleurs dans le bois et cent autres en réserve, au même moment que le général (le prévôt général de l’armée) fit attaquer le bataillon d’infanterie au pas de charge, qui se déployait à demi-portée, et entrât également dans le bois. Cette combinaison eut un heureux résultat ; nous éprouvâmes peu de pertes, et les Prussiens furent repoussés.  J’avais en même temps envoyé mon adjudant-major pour en donner connaissance à l’Empereur, qui m’a fait dire d’avoir bien fait et de tenir la position. Peu de temps après, nous vîmes arriver une déroute complète qu’on ne pouvait pas arrêter, infanterie, cavalerie, artillerie, toutes étant mêlées. Alors, crainte d’être chargé par la cavalerie ennemie, et pour pouvoir faire un mouvement en cas de besoin, je fis rassembler le bataillon en colonne par division à distance de pelotons : officiers et soldats de tous les régiments voulaient se mettre dans nos rangs, mais je ne recevais personne, car il eût été impossible de conserver l’ordre.

Par la suite, j’ai donné l’ordre de placer dans les rangs les hommes de  la Vieille Garde, de manière à ce que à la fin mes divisions furent d’environ 300 hommes chacune.  Dans ce triste désordre, et au moment où l’on tiraillait sur notre arrière (ce qui fut fait à la brune), nous vîmes arriver l’Empereur accompagné de quelques chasseurs à cheval et de quelques généraux, en outre les comtes Drouot et Lobau. Sa Majesté vint à moi, me demanda ce que j’avais fait, ma force et ma position. Je répondis d’après le détail que j’en ai fait. Elle me donna en personne l’ordre de serrer en masse et de le suivre en disant : « Je compte sur vous. ». Je mis le bataillon en route, il marcha dans le blé qui était d’une hauteur au-dessus de la tête des hommes. Au bout d’une heure de chemin, nous rencontrâmes plusieurs généraux de la Garde qui faisaient le rassemblement de  la Garde. Me trouvant alors parmi les autres corps, plusieurs ravins très difficiles à passer occasionnèrent la perte de beaucoup de mes hommes. 

La nuit s’avança, je continuai à marcher suivant la direction dans laquelle je crus que l’Empereur s’était dirigé. A la fin, n’ayant point de guides, je m’apercevais que ma direction d’éloignait trop de la grande route ; je fis appuyer de ce côté, rencontrai quelques détachements de la Garde, en outre l’aigle des grenadiers que je fis rester avec moi ; mais bientôt, je fus de nouveau forcé de m’éloigner de la route, car l’endroit où je voulais l’approcher se trouva derrière l’avant-garde de l’ennemi. Dans la direction que j’avais indiquée, nous fîmes la découverte d’une maison où il y avait du monde ; j’engageai moi-même et avec beaucoup de douceur les gens de nous conduire par un chemin sûr dans la direction de Fleurus, que nous découvrîmes à la pointe du jour, que je fis tourner avec les précautions nécessaires.  Nous vîmes  à gauche de la route, près de la ville, les pièces de prises sur l’ennemi dans la journée du 16. Entre cinq et six heures du matin, nous approchâmes de Charleroi où les paysans nous conseillèrent de ne pas approcher la ville disant qu’elle était déjà occupée par l’ennemi. Ils m’indiquèrent de passer la rivière plus à gauche dans la direction de Philippeville. Je continuai la route de Charleroi que j’ai traversée avec environ 300 hommes dont quelques grenadiers ainsi que l’aigle. Nous trouvâmes toutes  les rues encombrées, et à notre gauche, sur une petite place, nous vîmes plusieurs pièces de l’ennemi prises dans la journée du 16. 

Signé : DUURING.  

  

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( 12 février, 2019 )

Quelques figures d’Empire (III et fin).

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LABORDE (Lieutenant-colonel Etienne), 1782-1865. Après s’être enrôlé dans le 85ème de ligne, il est sous-lieutenant en 1809, puis passe lieutenant en 1811. Laborde est nommé capitaine le 8 avril 1813. Il participe aux campagnes d’Allemagne, de Prusse et de Russie. Après avoir été blessé à Viazma, il est appelé comme lieutenant en premier au 2ème régiment de chasseurs à pied de la Garde. Engagé dans la mémorable campagne de France, Etienne Laborde est nommé capitaine-adjudant-major dans la Garde le 8 mars 1814. C’est avec ce grade qu’il passe le 13 avril, après l’abdication de Napoléon à Fontainebleau, dans le Bataillon Napoléon qui devait suivre le souverain dans son exil de l’île d’Elbe. Plus tard, Etienne Laborde participe à la campagne de Belgique avec rang de lieutenant-colonel et le grade de chef de bataillon toujours aux chasseurs à pied de la Garde ; il est présent à Waterloo…Durant la seconde Restauration, Laborde, est rétrogradé au rang de capitaine et passe dans la Légion du département de l’Aude, puis dans plusieurs compagnies de fusiliers sédentaires. On le retrouve en 1830 lieutenant-colonel du 45ème de ligne. Après avoir participé à la campagne de Belgique  de 1831, cette fois, il prend le commandement de la place militaire de Cambrai. Etienne Laborde est admis en 1838 à la retraite. En août 1840, il participe à la seconde tentative de soulèvement de Boulogne-sur-Mer, dirigée par le prince Louis-Napoléon, dans laquelle on trouve le comte de Montholon, et plusieurs des combattants des guerres de l’Empire. Notamment le commandant Charles-Denis Parquin, auteur de fameux « Souvenirs », et qui avait déjà participé à la tentative de Strasbourg en 1836, le colonel de cavalerie en retraite Jean-Baptiste Voisin, présent à Austerlitz et en Allemagne en 1813. Arrêté, avec ses comparses, Laborde est condamné par la Cour des Pairs à une peine de « deux années d’emprisonnement » assortis de deux années de surveillance policière. Après avoir échoué, en 1848, aux élections pour entrer à l’Assemblée constituante, il fut élu, le 13 mai 1849, représentant de la Charente-Inférieure (devenue en 1941 la Charente-Maritime) à l’Assemblée législative. Etienne Laborde prit place dans les rangs de la majorité hostile aux institutions républicaines. La même année il occupe également les fonctions de « Commandant supérieur du Palais de Saint-Cloud ». Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il est nommé Gouverneur du Palais du Luxembourg.  L’historien Paul Bartel (dans son « Napoléon à l’île d’Elbe… », Perrin, 1947, p.143), juge  « Laborde, brave et bon soldat, est instruit, cultivé. Il admire Napoléon profondément et estime que jamais plus grand homme ne vint au monde. Il est surtout, communicatif, comme tour méridional. Aussi, répond-il avec force détails aux questions précises, embrassant tout ce que l’Empereur fait pleuvoir sur lui. »

LEFOL (Sous-lieutenant Louis-Hercule DUVAL) 1787-1824. Il quitte le Prytanée de Saint-Cyr en novembre 1813 avec le grade de sous-lieutenant et rejoint les rangs du 100ème  régiment d’infanterie de ligne. Louis-Hercule devient, par hasard, aide-de-camp de son oncle, le général Lefol. Il participera à ses côtés à la campagne de 1814 et à celle de 1815.

LEVAVASSEUR (Capitaine Octave), 1781-1866. Après avoir été élève à l’École polytechnique en 1800, puis élève sous-lieutenant à l’École d’application de Metz, en 1802, Levavasseur est nommé lieutenant en second dans les rangs du 2ème régiment d’artillerie à cheval l’année suivante. Il fit la campagne de 1805, fut blessé à Austerlitz, de 1806, présent à Iéna. Il est présent à Friedland en 1807, il sera nommé chevalier de la Légion d’honneur en avril de cette même année. Il se bat lors de la campagne d’Espagne, en 1808-1809. Levavasseur ayant été nommé aide-de-camp du général Seroux en 1806, il occupe quelques mois après cette même fonction auprès du maréchal Ney qu’il suivra jusqu’à sa mort (il sera fusillé en décembre 1815). Il est nommé successivement capitaine et chef de bataillon, tout en restant aide-de-camp du maréchal. Après la première abdication de Napoléon, il est réadmis comme chef de bataillon dans le corps de l’artillerie, puis devient aide-de-camp du général Dessolle ; enfin en cette même année 1815, Levavasseur est nommé capitaine en 1er dans l’artillerie à cheval de la Garde royale. Mis en non-activité en 1816, il est nommé, deux ans plus tard, chef d’escadron d’artillerie à cheval en demi-solde.

MARCHAND (Louis), 1791-1876. Il entre en 1811 dans la maison impériale comme garçon d’appartement. Sa mère est la première des trois berceuses du Roi de Rome, fils de Napoléon. En 1814, après la défection de Constant,  valet de chambre de Napoléon, Louis Marchand est choisi pour le remplacer, par le général Bertrand, grand maréchal du Palais. Marchand suivra Napoléon dans son exil à l’île d’Elbe, sera présent à Waterloo, et fera partie de ceux qui suivront l’Empereur à Sainte-Hélène. D’un dévouement sans borne, discret et efficace, il respectera la volonté de Napoléon en épousant la fille d’un des généraux s’étant illustré durant les guerres de l’Empire : celle du général Brayer.

MARTIN (Jacques-François), 1794-1874.  Il entre à l’École militaire de Saint-Cyr en 1812. L’année suivante, le sous-lieutenant Martin est en Allemagne dans les rangs du 154ème  régiment d’infanterie de ligne ; présent aux batailles de Lützen, à Bautzen, à La Katzbach. Il est nommé lieutenant peu avant celle de Leipzig. Il participe à la campagne de France. Durant la première Restauration, son régiment devient le 42ème de ligne, puis au retour de Napoléon, le 45ème. Le lieutenant Martin combat à Waterloo, son régiment faisant partie du 1er corps (Drouet d’Erlon), 3ème division (général Marcognet).

MAUDUIT (Hyacinthe-Hippolyte de), 1794-1862. À l’âge de 19 ans, ainsi que le lui permettait sa condition, il s’enrôla dans les Gardes d’honneur. Incorporé le 5 juin 1813 au 3ème régiment, il fut nommé fourrier le 24 juillet suivant, et c’est en cette qualité qu’il termina la campagne de 1813 en Allemagne, fit celle de France l’année suivante et fut blessé d’un coup de lance à la cuisse droite dans l’affaire livrée près de Reims le 15 mars 1814. Après l’abdication de l’Empereur, il rentra dans ses foyers avec le grade de sous-lieutenant de cavalerie honoraire. Mais son inaction fut de courte durée. Le nouveau gouvernement ayant réuni les débris des grenadiers de la Vieille Garde pour former le noyau du Corps Royal des Grenadiers de France, le 11 novembre 1814 le jeune Mauduit sacrifia allégrement son grade d’officier de cavalerie et entra comme sergent aux « Grenadiers de France ». Aux Cents-Jours, le 19 avril 1815 ce corps fut dissous et ses éléments servirent à constituer les 1er, 2ème  et 3ème  régiments de grenadiers à pied (Vieille Garde). Mauduit fut affecté au 1er  régiment. Il participa à la bataille de Ligny le 16 juin, à celle de Mont-Saint-Jean [dite de Waterloo] le 18, puis lors du licenciement définitif de la Garde, il retourna dans sa famille. Trois mois après, le 26 novembre 1815, il reprenait du service comme sergent-major au 5ème  régiment d’infanterie de la Garde royale.

MENEVAL (Baron Claude-François de), 1778-1850. Ce personnage fut tout d’abord secrétaire de Joseph Bonaparte (à partir de 1800) et employé pendant les négociations qui précédèrent la paix de Lunéville (1801), le Concordat et la paix d’Amiens (1802). C’est Joseph qui le propose à Napoléon, voulant se séparer de Bourrienne, pour occuper la fonction de secrétaire du Portefeuille ou secrétaire intime. Il restera à ce poste durant onze années, de 1802 à 1813 avant d’être remplacé par le baron Fain. Méneval occupe ensuite les fonctions de secrétaire des commandements de l’impératrice Marie-Louise. En 1810,  il est nommé maître des requêtes au conseil d’État, puis reçoit le titre de baron. Sous la première restauration, il suit la souveraine à Vienne. Méneval revient à Paris durant en mai 1815.

MIOT DE MELITO (Comte André-François), 1762-1841. Il entre dans l’administration militaire la veille de la révolution. En 1795, Miot est envoyé à Florence, puis à Rome et ensuite en Corse comme commissaire du pouvoir exécutif. L’année suivante il est ministre plénipotentiaire au Piémont .Après le coup d’état du dix-huit Brumaire, Miot est nommé  secrétaire général du ministre de la Guerre, le général Berthier. Après avoir occupé les fonctions d’administrateur général en Corse, il réintègre le Conseil d’État, où il avait été nommé une première fois. En 1806, Miot est mis à la disposition de Joseph Bonaparte, roi de Naples. Il occupe dans ce royaume les fonctions de ministre de l’Intérieur et suivra Joseph en Espagne, lorsqu’il est nommé souverain de ce pays. Miot est intendant de la maison du Roi. Il rentre en France avec lui après la chute de son royaume en 1813. En 1814, Miot reprend sa place au Conseil d’État et reçoit le titre de comte de Mélito. Il suivra Joseph, nommé lieutenant-général de l’Empire (chargé de la défense de Paris), lorsque ce dernier part à Blois avec le conseil de régence, alors que la capitale connaît de vifs affrontements, et qu’approchent les troupes alliées…  L’année 1815 sera particulièrement douloureuse pour le comte Miot de Mélito : à Waterloo, le 18 juin 1815, son fils est grièvement blessé (et mourra six mois après) ; son gendre, le général Jamin (major des grenadiers à cheval de la Garde) est tué.

MONTHOLON  (Comtesse Albine-Hélène de, née VASSAL), 1779-1848. Après un premier mariage elle épouse en 1812 le fameux général Charles-Tristan, comte de Montholon (1783-1853), ce qui déplaira à Napoléon, par la mauvaise réputation. Le couple suit l’Empereur à Sainte-Hélène. Dans ce huis-clos particulier qu’est la captivité de Napoléon, elle aurait adouci le séjour du plus célèbre prisonnier du monde… En juillet 1819, sous prétexte médical, la comtesse de Montholon quitte Sainte-Hélène, laissant son époux. Il convient de préciser que, quelques mois auparavant, son chemin avait croisé celui de Basil Jackson (1795-1889), lieutenant de l’état-major de Hudson Lowe. Elle le retrouvera bientôt à Bruxelles.

PASQUIER (Etienne-Denis, baron), 1767-1862.  Napoléon le choisit en 1810 comme Préfet de police, en remplacement de Dubois. Après le départ de l’Impératrice le 29 mars 1814,  il représente la seule autorité avec le Préfet de la Seine. Pasquier parvint à y maintenir l’ordre tout en favorisant  les intrigues de Talleyrand en faveur de Louis XVIII. Renvoyé le 21 mai 1814, le poste de Préfet de police ayant été supprimé, il se retrouve la direction des Ponts et Chaussées. Écarté durant les Cent-Jours et exilé de Paris, Pasquier devient par la suite garde des Sceaux et ministre de l’Intérieur par intérim dans le gouvernement Talleyrand-Fouché en juillet 1815. 

PAULIN (Général Jules-Antoine), 1782-1876.  Élève à l’École Polytechnique en 1799 puis élève sous-lieutenant du génie à l’École d’application de Metz en 1801. Il est nommé à sa sortie, quelques mois plus tard,  lieutenant au corps impérial du génie. Nommé capitaine en 1804, il devient deux ans plus tard, aide-de-camp du maréchal Augereau, puis occupe les mêmes fonctions auprès du général Bertrand. Il servira auprès de ce dernier en Espagne puis à l’armée d’Allemagne, avant de le retrouver en 1813 en Saxe. Nommé major du génie en novembre 1813 puis envoyé en mission de reconnaissance sur la frontière suisse à la fin de cette même année. Directeur du génie de l’armée de Champagne en 1814, Paulin occupe à nouveau les fonctions d’aide-de-camp auprès du général Bertrand (ce dernier occupe également depuis l’année précédente les fonctions de grand maréchal du Palais). Il est nommé colonel le 15 mars 1814. Sous la première Restauration on le retrouve directeur des fortifications à Antibes. Affecté à l’état-major du génie du 7ème corps d’observation en avril 1815, il devient par la suite directeur des travaux de défense de Lyon. Dans un premier temps mis en non-activité après la chute de l’Empire, Paulin reprend du service en 1816 puis accède au poste de directeur des fortifications de Paris en 1818. Maréchal de camp en 1839, il est nommé membre du comité des fortifications, puis inspecteur général du génie. Il obtient sa retraite en 1848 mais sera affecté  à la 2ème  section du cadre de l’état-major général en 1852.  Paulin était chevalier de la Légion d’honneur depuis 1807 ; nommé officier (en 1815) puis commandeur (en 1831) du même ordre. En outre, il était chevalier de l’ordre de Saint-Louis depuis 1814. Ce brillant officier prit part à toutes les campagnes de l’Empire, sauf à celle de Russie.

PEYRUSSE (Guillaume-Joseph-Roux), 1776-1860. Engagé dès l’âge de dix-sept ans dans la « Compagnie de chasseurs du bataillon de la masse de Carcassonne », on le retrouve durant plusieurs années au sein de l’Armée des Pyrénées-Orientales. Entre l’automne 1793 et l’année 1800, le jeune Peyrusse y occupe les fonctions de soldat ou, alternativement, celles de secrétaire dans les bureaux de l’état-major. En l’an II (1794), il demande un congé pour maladie et reçoit son congé définitif le 5 thermidor an VIII (24 août 1800). Jusqu’à l’automne 1805, Peyrusse restera au sein de sa famille. Plus tard, grâce à  son frère André, déjà dans la place,  il intègre les bureaux du Trésor de la Couronne. L’année 1809, celle de la campagne d’Autriche, marque un tournant dans sa carrière. Il est nommé successivement, le 1er février et le 7 mars de cette même année, « inspecteur et seul inspecteur du Trésor de la Couronne ». Puis le 24 mars, il est désigné par son supérieur, le Trésorier général Estève, pour faire « le service de Payeur du Trésor général de la Couronne à la suite du Quartier-Général impérial ». Dès le lendemain de sa nomination, Guillaume Peyrusse suit la Grande Armée qui part pour l’Autriche. Il retrouve l’Autriche en février 1810, pacifiquement cette fois: il est désigné pour aller au-devant de Marie-Louise, la future impératrice des Français. Le 5 mars 1812, peu après sa nomination de Payeur du Trésor de la Couronne à la suite de l’Empereur, il prend la route de l’est. Peyrusse traverse l’Allemagne et en profite pour visiter de nombreux lieux et monuments. Tout au long de sa vie, il est animé par une soif de curiosité intellectuelle, cette volonté d’en apprendre chaque jour un peu plus.  L’année 1813 le trouve en Allemagne, se remettant lentement de son retour de Russie et découvrant Berlin. Peyrusse s’embarque pour la campagne de Saxe, qui verra la mort tragique de Duroc, son protecteur. Le général de Caulaincourt, Grand-Écuyer de l’Empereur et le baron Fain, secrétaire de Napoléon, prennent le relais et l’assurent de leur bienveillance. «Vers la fin de la campagne de Saxe », il est nommé cette fois « Payeur de l’Empereur », mais ce titre ne sera jamais officialisé.  Peyrusse assiste en témoin observateur à la campagne de France. Présent à Fontainebleau lors de la première abdication de l’Empereur, il est encore là lors de la scène mémorable des Adieux. Volontaire pour suivre le souverain dans son minuscule empire de l’île d’Elbe, il en sera un des acteurs les plus importants et un collaborateur de Napoléon incontournable. En toute logique c’est lui qui occupe les fonctions de « Trésorier général de l’Empereur et Receveur général de l’île ». Celui que Napoléon aime à appeler, avec son accent si particulier, Peyrousse, a su obtenir  la confiance du souverain. Le 26 février 1815, Peyrusse suit l’Aigle dans son envol historique vers les côtes de France. « Napoléon à l’île d’Elbe, n’avait pas perdu son Empire ; il y rentrait après onze mois d’absence, et déjà il régnait dans tous les lieux où pénétrait la nouvelle de cet étonnant retour. », écrit notre témoin. Napoléon le nomme, le 23 mars 1815, Trésorier général de la Couronne. Puis, quelques jours après, Peyrusse est fait Baron de l’Empire. Resté à Paris, il ne participe pas à la campagne de Belgique. Le 21 juin 1815, à trois heures du matin, il apprend la défaite de Waterloo… Il est nommé officier de la Légion d’honneur ce même jour. Cinq jours plus tard, au château de Malmaison, Guillaume Peyrusse rencontre le souverain déchu qui lui dicte ses ultimes instructions. A Sainte-Hélène, L’Empereur, confie aussi à ses compagnons de captivité, ses opinions sur les centaines de personnages qu’il a rencontrés durant son règne. Son jugement est quelquefois sévère ou erroné. Aussi Guillaume Peyrusse est-il accusé à tort, par Napoléon d’avoir détourné « 2 à 300 000 francs en lettres de change » Après la mort de l’Empereur, Peyrusse n’a de cesse de se justifier, chiffres à l’appui. Il est soutenu dans son combat par d’autres proches de Napoléon. Les  compagnons de la Captivité, les généraux Bertrand et Montholon, le baron Fain, ou encore Louis Marchand, valet de chambre du souverain, et Louis-Etienne Saint-Denis, le fameux mameluck Ali, assurent Peyrusse de son bon droit. Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, Peyrusse réside dans sa ville de Carcassonne. Il se marie et une fille, Louise, vient combler son existence. De 1832 à 1835, il en est le premier magistrat et sera, par la suite, durant neuf années, membre du Conseil général du Département de l’Aude. Le 1er juillet 1853, Guillaume Peyrusse est fait Commandeur de la Légion d’honneur. Napoléon III, en lui remettant cette haute distinction, lave ainsi l’accusation de l’Empereur, son oncle.

PLANAT DE LA FAYE (Capitaine Nicolas-Louis), 1784-1864. Simple soldat au 8ème bataillon bis du train d’artillerie, Planat est nommé l’année suivante successivement fourrier puis maréchal des logis. En 1808, il est nommé maréchal des logis chef à ce même régiment. En 1809, il devient sous-lieutenant adjoint à l’Inspection générale du train d’Artillerie à la Grande-Armée. Trois ans plus tard, Planat est nommé lieutenant et aide-de-camp du général Lariboisière, occupant alors les fonctions de 1er inspecteur général d’artillerie. En 1813,  il est désigné pour être aide-de-camp du général Drouot ; en octobre de la même année, il est nommé capitaine. Blessé grièvement au combat de Château-Thierry, le 12 février 1814, il ne peut suivre l’Empereur à l’île d’Elbe. En novembre 1814, il est affecté comme capitaine au 1er escadron du train d’Artillerie. Le mois suivant il est nommé aide-de-camp du général Evain.  Fin avril 1815, il est désigné par l’Empereur pour être un de ses officiers d’ordonnance. Planat était en mission à Toulouse quand la nouvelle du désastre de Waterloo lui parvint. Il se précipite à Paris. Napoléon voulut l’emmener avec lui à Sainte-Hélène, mais absent au moment de l’embarquement, c’est le général Gourgaud qui est désigné à sa place. Après le départ de l’Empereur, Planat est expédié à l’île de Malte comme prisonnier de guerre. A sa libération, il s’efforça de rejoindre l’illustre prisonnier. Il obtiendra enfin l’autorisation nécessaire trop tard : Napoléon venait de s’éteindre… L’Empereur, dans son testament lui lègue quarante mille francs. Considéré comme démissionnaire, Planat est rayé des contrôles de l’armée le 3 juillet 1815. Il devint le secrétaire de Jérôme Bonaparte puis celui d’Eugène de Beauharnais. Il avait participé aux campagnes de Prusse, de Pologne, d’Allemagne : à celles de Russie, de Saxe et de France. Chevalier de la Légion d’Honneur le 21 juin 1813 il nommé officier du même ordre le 15 mars 1814.  Planat, fut autorisé, en 1860, à ajouter à son nom celui de « de la Faye ».

ROEDERER (Baron Antoine-Marie), 1782-1865. Second fils du conseiller d’État Pierre-Louis Roederer, ce personnage fut d’abord attaché au ministère des Relations extérieures, puis auditeur au conseil d’État. Détaché au royaume de Naples, sous le règne de Joseph Bonaparte, il occupe de hautes fonctions administratives. Rentré à Paris après le remplacement de Joseph par Joachim Murat, sur le trône du Royaume de Naples, il est nommé en 1810 préfet du département du Trasimène (Italie), puis début 1814, il devient celui de l’Aube. Roederer est obligé d’évacuer son département avec l’avancée des troupes ennemies. Le jeune fonctionnaire n’hésitera pas à embrasser une carrière militaire lors de la campagne de France. Il retrouve sa préfecture durant les Cent-Jours et la Seconde Restauration. Ce personnage fut nommé officier dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1811, puis chevalier en 1858. Napoléon Ier  l’avait nommé baron de l’Empire en 1810.

RUMIGNY (Colonel Théodore de GUEULLUI de) 1789-1860.  Issu d’une famille d’émigrés, autorisée à rentrer en France après le dix-huit brumaire, le jeune Rumigny débute une carrière dans les bureaux du ministère des Affaires étrangères, avec la bienveillance du Premier Consul.  Plus tard, il est admis en 1805 à l’École militaire de Fontainebleau. Théodore de Rumigny en sort avec le grade de sous-lieutenant l’année suivante. C’est durant la campagne de Prusse, qu’il fait ses premières armes sous les ordres du général Gudin. Remarqué au combat de  Presbourg, où il est blessé, Rumigny est nommé lieutenant dans les rangs du 12ème régiment d’infanterie de ligne. Il est de nouveau blessé à Wagram. Nommé adjudant-major en juillet 1809 puis capitaine en 1811 au même régiment, il participe à la campagne de Russie et devient aide-de-camp du général Gérard, début janvier 1813.. Chef de bataillon en juillet 1813, tout en gardant ses fonctions d’aide-de-camp, il participe à la campagne d’Allemagne et à celle de France.En avril 1814, Rumigny est nommé colonel. Durant la campagne de Belgique, il est attaché à l’état-major du général Gérard (commandant le 4ème corps). Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur en août 1812, puis officier du même ordre en septembre 1813.

TOUSTAIN-FRONTEBOSC (Victor-Louis-Alexandre, marquis de), 1774-1829. Admis fort jeune à l’école d’artillerie de Metz, il entre, quatre ans après, dans les gardes du corps, compagnie de Luxembourg. Toustain obtient le brevet de sous-lieutenant de remplacement aux chasseurs de Flandres. Il émigre en 1791, passe à l’armée des Princes. Toustain passe en Russie dans les rangs de l’armée de Condé. Plus tard, de 1801 à 1807, on le retrouve en Angleterre à l’état-major de celle du Portugal. En 1814, le marquis de Toustain réside à Chartres, où il est depuis l’année précédente, capitaine de la Garde urbaine. Il assiste à une étape de l’impératrice Marie-Louise qui passe une nuit dans cette ville,  ayant fui  Paris (le 29 mars) pour Blois (où elle arrivera le 2 avril). Toustain se croyant être plus utile à Paris, « pour la cause royale », se rendra plusieurs fois dans la capitale. Après la Première restauration, il fit partie de la compagnie de Wagram,  mise sur pied par le Roi et confiée au maréchal Berthier, prince de Wagram, et ancien serviteur de l’Empereur. Pendant les Cent-Jours, le marquis de Toustain suit Louis XVIII à Gand, en Belgique.

C.B.

 

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( 12 février, 2019 )

1815, la DESERTION de BOURMONT… (2ème partie et fin)

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 La défection. 

Nommé commandant de la 4ème division d’infanterie à l’Armée de la Moselle, devenue le 4ème corps d’armée sous Gérard, Bourmont choisir son état-major qui le 15 juin 1815 déserta au complet avec lui. C’étaient son chef d’état-major, l’adjudant-commandant Clouet, ancien élève à l’école du Génie en l’An II, capitaine en Pologne où il fut blessé (1806), chef de bataillon en 1810. Puis le chef d’escadron de Villoutreys, adjudant, rien moins qu’un ancien officier d’ordonnance et un écuyer de l’Empereur en 1808. Il y avait aussi Sourdat, capitaine-adjudant ; ses deux aides-de-camp et enfin, le capitaine de Trelon et le capitaine d’Andigné, son compagnon de captivité à Besançon.

On connaît les circonstances de la défection.

Il paraît que le 14 juin 1815 au soir, Bourmont, dont la division formait l’avant-garde du corps de Gérard, avait soupé à Florennes, son quartier-général, avec le général baron Etienne Hulot, un de ses brigadiers, sans que celui-ci ne pût se douter de rien. Tel est du moins le récit de Hulot. D’autres ont affirmé que Bourmont avait fait part de ses intentions à ce général, et que celui-ci avait essayé de l’en dissuader. Tant il y a que le 15 juin, de grand matin, Bourmont monta à cheval à Florennes avec les cinq officiers dont nous avons donné les noms et l’escorte régimentaire : un brigadier et quatre chasseurs du 8ème régiment. Rien là-dedans qui pût éveiller des soupçons. Chef de l’avant-garde, Bourmont allait en reconnaissance avec son état-major. Les avant-postes franchis, Bourmont remis au brigadier deux lettres pour le compte Gérard, renvoya l’escorter, piqua des deux et, suivi de ses cinq adjudants, franchit la frontière dont le point le plus rapproché était alors situé à une lieue et demie de Florennes. Voici la teneur des deux lettres que le brigadier des chasseurs remit à Gérard : 

Florennes, le 15 juin 1815. 

Mon général, si quelque chose au monde avait pu, dans les circonstances actuelles, me déterminer à servir l’Empereur, cela aurait été votre exemple et mon attachement pour vous, car je vous aime et vous honore bien sincèrement. Il m’est impossible de combattre pour un gouvernement qui proscrit mes parents et presque tous les propriétaires de ma province. Je ne veux  pas contribuer à établir, en France, un despotisme sanglant qui perdrait mon pays, et il m’est démontré que ce despotisme serait le résultat certain du succès que nous pourrions obtenir. On ne me verra pas dans les rangs étrangers. Ils n’auront de moi aucun renseignement capable de nuire à l’armée française, composée d’hommes que j’aime et auxquels je ne cesserai de prendre un vif intérêt. Mais je tâcherai d’aller défendre les proscrits français, de chasser loin de la Patrie le système des confiscations, sans perdre de vue la conservation de l’indépendance nationale. J’aurais donné ma démission, si j’avais pu croire qu’on m’en laissât le maître.  Cela ne m’a point paru vraisemblable dans le moment actuel, et j’ai dû assurer, par d’autres voies, ma liberté, afin de ne pas perdre tout moyen concourir au rétablissement d’un meilleur ordre des choses en France. J’éprouve un profond chagrin à l’idée de la contrariété que vous causera mon départ. Pour vous éviter un désagrément, j’exposerais cent fois ma vie, mais je ne peux pas renoncer à l’espoir d’être utile à mon pays. Toujours, et quoiqu’il arrive, je conserverai pour vous l’attachement le plus sincère et le plus respectueux. 

Le lieutenant général Comte de BOURMONT. 

Florennes, le 15 juin 1815.

 Mon général, les motifs qui déterminent le départ de M. de Bourmont sont aussi les miens, et il faut qu’ils soient bien puissants pour que je me résolve à quitter une armée remplie de mes mais, et commandée par un chef dont le caractère noble et les grands talents inspirent à la fois le respect, l’attachement et une confiance sans bornes. Mes amis vous diront, mon général, tout ce qu’il m’en coûte pour suivre ce parti. Il me faut cette conviction intime que je fais par là le bien de mon pays, pour abandonner tout ce qu’on trouve sous vos ordres. Je suis avec le plus vif chagrin et un profond respect. 

Colonel CLOUET. 

Relations prussiennes. 

Laissons aux relations prussiennes le soin de nous raconter ce qu’il advint des transfuges : Bourmont et ses compagnons rencontrèrent les avant-postes de la cavalerie de landwehr westphalienne disséminés au sud de Presles-Sart-Eustache et furent conduits au colonel de Schutte, commandant en second de la 4ème brigade, à Fosse. Schutter envoya les Français au compte Henckel à Moustier, et transmit au général Zieten les noms des six transfuges. Il accompagnait cette liste des remarques suivantes : « Le lieutenant général français m’a dit lui-même que l’ennemi tenterait aujourd’hui quelque chose contre Charleroi. Le général et sa suite appartiennent au corps du général Gérard, venu de Metz. Ce corps est fort de 20.000 hommes et se trouve de Philippeville à  Florennes. » Pour que Zieten ait écrit ce que l’on vient de lire, il faut que Bourmont ait jasé, malgré sa promesse écrite à Gérard. Bourmont rencontre Blücher dans l’après-midi sur la route de Namur et reçut de lui l’autorisation de se rendre à  Gand.

Le vieux rude accompagna, dit-on, cette autorisation d’une expression forte et comme la langue allemande seule en possède dans son riche vocabulaire.

 Winand AERTS. 

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( 12 février, 2019 )

Retour sur un témoignage…

Urbain 3

Urbain Fardeau, originaire de Saumur (Maine-et-Loire), né le 28 janvier 1766 a laissé cinq volumes d’un manuscrit inédit qui fait partie depuis 1987, par un legs particulier, du patrimoine de sa ville natale. Ce livre, édité en 1999 par les Editions Cheminements, reprend quelques larges extraits de cet ensemble. L’éditeur a pris le parti de les présenter au lecteur sous la forme de quelques chapitres thématiques (« Sa vie », « Le combattant », « Ses idées »). Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi même si cette démarche empêche toute proximité durable du lecteur avec l’auteur. 

Fardeau rédigea donc son récit pour son neveu Théodore, dans les années 1840. Il s’adresse directement à lui tout au long de ses « Mémoires ». Après avoir commencé des études religieuses afin de devenir curé, avant 1789, Fardeau choisit finalement d’embrasser une carrière médicale, « ayant un goût primitif pour la chirurgie », écrit-il. Il participe à la campagne d’Italie comme chirurgien des armées en 1798/1800. Fardeau fera le coup de feu le 15 août 1799, lors de la bataille de Novi. Plus tard, il aura l’honneur d’embaumer le corps du malheureux général Desaix tué durant la bataille de Marengo, le 14 juin 1800. Nous le retrouvons au Camp de Boulogne, lors de la première distribution des croix de la Légion d’honneur. Il se fait remarquer ce jour-là en organisant les secours pour sauver les passagers d’un navire en détresse près des côtes. A Austerlitz, il assiste à la mort du général Valhubert, fauché par un boulet. Fardeau participe également aux campagnes de Prusse et de Pologne et se bat en duel sur « route de Varsovie ». Lors du combat d’Ostrolenka, le 16 février 1807, il fait donner les plus prompts secours à un officier, « ami du fils du général Souvarov », franc-maçon comme lui… 

Fardeau n’épargne pas un certain général Girard, « un petit provençal et gascon tout à la fois, ignorant tout, même sa langue », un officier, selon lui à la conduite insupportable. Le médecin, « excédé de fatigue de corps, d’esprits et de cœur », demande sa retraite en 1807 et en janvier 1808, Urbain Fardeau peut goûter à la tranquillité d’une vie civile bien méritée. Urbain Fardeau s’est éteint à Saumur le 22 février 1844.

Il est étonnant que les états de services du chirurgien Fardeau soient totalement absents de ce volume, ce qui aurait permis de mieux guider le lecteur.
Les voici, collectés sur son dossier qui se trouve en ligne sur la base de données (accessible sur internet) « Léonore » de la Légion d’honneur ; cote LH/931/52.

Détail des services.

« Entré au service en qualité de capitaine de gendarmerie nationale le 1er avril 1792.
Commissionné chirurgien de 3ème classe pour l’armée de l’Ouest et dans les hôpitaux de l’Intérieur (17ème division militaire) depuis 1793 jusqu’au 13 germinal an 5.
Commissionné pour l’armée d’Italie comme chirurgien de 2ème classe depuis le 10 pluviôse an 7 jusqu’au 18 thermidor an 9.

Commissionné pour l’armée d’Angleterre comme chirurgien de 1ère classe, le 17 vendémiaire an 12.

Nommé chirurgien-major au 64ème régiment d’infanterie le 7 pluviôse an 12
Chevalier de l’ordre de la légion d’honneur le 14 juin 1804.

Campagnes.

A fait les campagnes de 1793, ans 2 et 3, à l’armée de l’Ouest.

Celles des ans 7, 8 et 9 à l’armée d’Italie.

A l’armée des côtes de l’océan, Camp de Boulogne, celles des ans 12 et 13.

A la Grande Armée, celles du mois de Vendémiaire an 14, l’an 14 [sic], 1806 et 1807.»

En marge la mention suivante : 

« Approuvé par nous général commandant le 4ème corps d’armée le présent état des services de Monsieur Fardeau, qui a des droits particuliers à la bienveillance du Gouvernement par les preuves multipliées qu’il a donné à la guerre de son dévouement de ses talents, et même de son courage, notamment au camp de Boulogne le 28 thermidor an 12, jour de la distribution des Croix, où il se jeta à la mer pour secourir le bâtiment naufragé et parvint par ses efforts à sauver deux hommes sous les yeux d’une partie de l’armée, à tous ces titres nous invoquons pour lui la bonté de Son Excellence le directeur ministre de la Guerre,

Au quartier-général à Breslau le 12 février 1808.

Le général commandant le 5ème  corps

SUCHET. »

Une pièce se trouvant également dans ce dossier nous confirme que c’est pour des raisons de santé que Fardeau prit sa retraite : « Nous médecins et Chirurgien en chef, certifions que monsieur Fardeau, chirurgien-major au 64ème  régiment est affecté d’un rhumatisme qui occupe alternativement le bras droit et le système gastrique ; dans le premier cas, la main devient incapable d’exercer la chirurgie ; dans le second, qui est, presque habituel, il règne une diarrhée abondante et dangereuse. Il est depuis sujet à une dysurie fréquente avec pissement de sang [in texto]. Ses forces diminuent sensiblement tous les jours ; nous le jugeons incapable de servir.

Breslau le 1er décembre 1807. Signé BRASSIS et GALLEE [?]« 

Urbain FARDEAU, « Mémoires d’un Saumurois chirurgien-sabreur. Préface de Pierre Goubert », Le Coudray-Macouard [Maine-et-Loire], 1999, 238 pages.

Fardeau

 Gravure représentant le chirurgien Urbain FARDEAU.

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( 12 février, 2019 )

Se débarrasser définitivement de Napoléon…

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« Le 20 et le 22 janvier [1815], Adye, le capitaine de la Perdrix écrivait de Porto-Ferrajo qu’il attendait avec une inquiète impatience la décision du Congrès, que les Bertrand étaient plus anxieux que lui, qu’ils craignaient de quitter l’île d’Elbe pour suivre leur maître en un pays lointain où ils vivraient à jamais séparés de leurs parents et de leurs amis. Le 27 janvier et le 6 février, Blacas, le favori de Louis XVIII, dans deux entretiens avec le baron Vincent, ambassadeur d’Autriche, représentait les périls qu’entraînait le séjour de Napoléon à l’île d’Elbe. A Pétersbourg, au mois de février, Joseph de Maistre jugeait que la «transportation » de Napoléon devenait absolument nécessaire. N’était-ce pas un homme qu’il« fallait anéantir moralement » ? Pourquoi l’île d’Elbe, avait-il dit, et pourquoi pas Botany-Bay [se trouvant en Australie et où l’Angleterre avait l’habitude d’expédier des prisonniers] « qui est sensiblement plus grand et plus commode ? »[Dès la fin d’avril 1814, un royaliste de Paris, nommé Babey, avait écrit à un ami de Londres, Cornewall : « On devrait bien éloigner Bonaparte de l’île d’Elbe et l’emmener à Botany-Bay ; tant qu’on le saura près, il donnera de l’inquiétude ». Note d’Arthur Chuquet]

A Vienne, pendant la durée du Congrès, Pozzo di Borgo affirmait qu’un grand malheur arriverait si Napoléon n’était au plus vite envoyé dans une contrée moins dangereuse que l’île d’Elbe, et il élevait si haut la voix que lorsque l’Empereur s’échappa, Metternich déclara que les indiscrètes paroles de Pozzo et ses violentes propositions avaient poussé Napoléon aux dernières extrémités. Pour se défendre, Pozzo dut répliquer que le mal ne pouvait s’éviter, qu’il serait advenu tôt ou tard, que mieux valait qu’il advînt maintenant parce qu’on y remédierait .plus, facilement. A Londres, ne convenait-on pas que, si Napoléon regimbait, l’opération serait confiée  à Sidney-Smith qui se faisait fort d’enlever le personnage et de le mettre en lieu sûr ? A Paris après l’évasion, dans un ordre du jour à la garde nationale, général Dessolle n’avouait-il pas que Napoléon tentait un retour désespéré parce que le Congrès voulait éloigner davantage le seul homme dont l’intérêt était de troubler le repos de l’Europe ? Napoléon savait que le Congrès projetait de l’envoyer soit aux Açores, soit à Saint-Lucie soit à Sainte-Hélène, à cette Sainte-Hélène qu’il avait dans sa jeunesse qualifiée de petite isle, à cette Sainte-Hélène que Montgaillard, en 1805, lui conseillait de prendre pour ôter aux escadres anglaises un utile refuge» à cette Sainte- Hélène où Windham voulait le déporter Cadoudal l’avait enlevé. 11 savait tout cela et par les journaux, et par la lettre d’Hyde de Neuville à Bertrand, et par deux Anglais qui vinrent exprès de Vienne à l’île d’Elbe, et par un officier étranger, attaché jadis à sa personne et qui se rendit à Porto-Ferrajo pour lui révéler ce qui se tramait contre lui, et par de discrets avis du prince Eugène. « Il avait, a écrit Davout, un correspondant qui puisait ses informations à bonne source et lui donnait connaissance

des plus récentes délibérations du Congrès ». Il éclata d’abord, et il déclara publiquement que, si les alliés voulaient lui mettre la main au collet, il ne se laisserait pas faire : « Ils veulent me déporter ! Qu’ils essaient ! Je leur ferai payer cher leur tentative. J’ai des vivres pour six mois, des canons, des braves pour me défendre. On aura le spectacle d’une longue et belle résistance à la plus odieuse des violations. Mais je ne crois pas que l’Europe ait envie de se déshonorer en s’armant contre un seul homme qui ne veut pas et qui ne peut plus lui faire de mal. On m’a garanti la souveraineté de l’île d’Elbe par un traité solennel ; je suis ici chez moi et tant que je n’irai pas chercher querelle à mes voisins, on n’a pas le droit de m’inquiéter ! »Durant plusieurs jours, l’île parut être en état de guerre. Les ouvriers des arsenaux réparèrent les affûts et fabriquèrent des caissons. Les artilleurs firent les exercices et la manœuvre du canon. Les forts furent armés et les civils ne purent y entrer. On paya et rasa des maisons trop voisines des remparts. On acquit deux bâtiments chargés de blé qui venaient de Civita-Vecchia. Dans les premiers jours de février, le trésorier Peyrusse eut ordre de s’établir au fort de l’Etoile et secrètement par précaution, il s’approvisionna de farine, de pommes de terre, de bœuf salé et de vin. Mais Napoléon n’ignorait pas qu’il devrait bon gré malgré se soumettre aux conditions du Congrès. La place de Porto-Ferrajo était- elle, comme on disait orgueilleusement, un petit Gibraltar ? Les habitants se défendraient ils ? La garnison tiendrait-elle contre un bombardement ? Les soldats de la garde n’avouaient- ils pas qu’on n’aurait aucune peine à saisir Napoléon et à l’emmener ? Toute résistance serait vaine, reconnaissait Napoléon dans une conversation avec Campbell, et je n’aurais qu’à chercher la mort, qu’à tomber les armes à la main Je me résigne donc à tout ; j’irai même à Sainte-Hélène; qu’on me frappe; voilà ma poitrine.» Mais depuis lors, son caractère s’altéra ; il eut souvent des accès de mauvaise humeur; sa parole devint plus brève, plus saccadée, plus tranchante. »

(Arthur CHUQUET, « Le départ de l’île d’Elbe », Editions Ernest Leroux, 1920, pp.49-53).

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( 11 février, 2019 )

Une lettre pleine d’amitié d’Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie, au comte de Lavalette, directeur général des Postes…

Eugène à Lavalette

« Il m’est bien permis, mon cher Lavalette, d’être cette fois en colère contre toi. Comment tu annonces à tout le monde la perte que tu viens de faire et je suis le seul qui l’ignore. Rends donc plus de justice à mes sentiments pour toi. Vas mon ami, ma position n’a point changé mon cœur et ne le changera jamais. Il est encore tel que tu l’as connu, plein d’intérêt pour ceux qu’il aime et toujours prêt à partager leur peine et leur chagrin. Je suis donc celui de tes amis qui ait appris avec la plus vive affliction la perte de ton père parce que j’ai compris ta douleur et parce que tu voulais me priver de la partager. Adieu mon bon Lavalette. Aujourd’hui je ne te parlerai pas d’affaires. Quand le cœur est affecté tout le reste est indifférent. Je t’embrasse ainsi que mon aimable cousine.

Ton sincère ami.

Eugène N. [Napoléon]

Monza [Italie], 10 octobre [1808] au matin. »

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C’est en 1808 que Lavalette perdit son père. Il est à souligner qu’il avait épousé en 1798 Emilie de Beauharnais, cousine d’Eugène. La comtesse de Lavalette est restée dans l’Histoire pour avoir pris la place de son époux , condamné à mort le 21 novembre 1815, par Louis XVIII. Cela lui permit de s’échapper de la Conciergerie, à Paris, le 20 décembre, la veille de son exécution ! Ses « Mémoires » sont à lire.

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( 11 février, 2019 )

Relation du chef de bataillon Lessard sur les événements de mars 1815…

Relation du chef de bataillon Lessard sur les événements de mars 1815… dans TEMOIGNAGES grenoble.

Le chef de bataillon Lessard qui commandait à Laffrey le troisième bataillon du 5ème  régiment, était né à Rennes le 7 septembre 1778. Il prétend avoir été élève-chirurgien à l’armée du Nord et à celle des côtes de l’Ouest. Quoi qu’il en soit, il débute comme sergent, puis comme sous-lieutenant au 1er  bataillon de l’Ouest en 1799; sous-lieutenant le 31 décembre 1801 et lieutenant le 7 août 1804 à la 24ème demi-brigade, capitaine le 3 mars 1807, chef de bataillon au régiment des flanqueurs de la ligne et capitaine aux grenadiers de la Garde le 8 avril 1813, il est nommé le 29 juillet 1814 chef de bataillon au 5ème de ligne. Après et malgré l’affaire de Laffrey, il devient major au 70ème (19 juin 1815). Mais la seconde Restauration replace Lessard chef de bataillon au 5ème  (1er août 1815) et le licencie (26 septembre 1815). Admis à la pension de retraite (6 février 1828), réintégré par la Monarchie de juillet qui lui donna le commandement de la place de Rennes (23 septembre 1830) et le promut lieutenant-colonel (19 novembre 1831), Lessard, après avoir commandé dans ce grade le 49ème de ligne (31 mars 1832), prit sa retraite le 3 juillet 1835 et mourut le 24 mars 1848. Il avait reçu deux coups de feu, l’un aux reins et l’autre à l’épaule à la bataille d’Eylau et un coup de feu à la jambe droite à Crouÿ près Soissons [sans doute durant la campagne de 1814]. A Laffrey, il portait sur la poitrine la croix d’officier de la légion d’honneur qu’il avait obtenue le 28 novembre 1813. Mais venons à sa précieuse relation de l’événement. Nous avons laissé de côté le début du document, car, chose curieuse, ce début n’est, autre que celui de la lettre du colonel Roussille au duc de Tarente. Lessard a eu connaissance de cette lettre, et, sans doute, pour mettre en relief le royalisme de son ancien colonel, il a reproduit textuellement le récit de la réunion des chefs de corps chez le général Marchand et la longue allocution de Roussille qui, parla, croyait évidemment faire sa cour aux Bourbons et obtenir le grade de maréchal de camp.

 Arthur CHUQUET.

 Relation historique de ce qui s’est passé à Grenoble concernant le 5ème régiment d’infanterie de ligne.

Le 6 mars, à midi, M. le colonel reçut l’ordre de M. le comte Marchand de faire partir le 3ème bataillon pour protéger une compagnie de sapeurs chargée de faire sauter le pont de Ponthaut et surtout de ne pas s’engager. Les préparatifs de départ tinrent jusqu’à 3 heures. Le bataillon se mit en roule et M. le colonel l’accompagna jusqu’à une demi-lieue sur la route. Là, il fit former le carré, rappela de nouveau à chacun ses devoirs et recommanda surtout aux soldats d’être dociles à la voix de leurs chefs. Les cris de « Vive le Roi ! » se firent entendre à plusieurs reprises. La colonne se mit en marche.Arrivé à Vizille (quatre lieues de Grenoble), beaucoup d’enfants vinrent au devant du bataillon en criant « Vive l’Empereur ! ». Je fis faire halte, passai sur le front du bataillon et recommandai à mes soldats de marcher en ordre et de se taire. Je traversai la ville. Quelques voix d’hommes se firent entendre, répétant les mêmes cris que les enfants. J’entendis quelques soldats dire : « L’on s’arrangera comme l’on voudra, mais nous ne nous battrons pas entre nous. » (Alors il faisait nuit.) Je rendis compte de suite à M. le général commandant Marchand do ce qui venait de se passer à Vizille. Le gendarme, porteur de ma lettre, arriva à Grenoble à 1 heures du soir. Mon adjudant-major qui avait pris l’avance avec les fourriers, rencontra à La Mûre l’avant-garde de Bonaparte. Il vint au devant de moi et m’en rendit compte. A l’entrée du faubourg, un officier pria mes éclaireurs d’arrêter et me lit demander de la part du général Cambronne. Je refusai de me rendre à cette invitation. Le général vint lui-même, et, malgré les instances qu’il lit, je ne voulus pas communiquer. Le général rentra en ville, et, peu de temps après, j’entendis battre la caisse et sonner à cheval. Je craignis un mouvement de la part des troupes de Bonaparte, j’ordonnai de charger les armes. Mais le tumulte allant toujours croissant dans la ville, l’obscurité favorisant un mouvement qui eût pu donner les moyens d’envelopper les 250 hommes que j’avais, je me décidai à me retirer pour prendre une position militaire. Ce que je fis au village de Laffrey.

Il était 4 heures du matin lorsque j’y arrivai. J’en donnai de suite connaissance à M. le comte Marchand ainsi que de tout ce qui s’était passé à l’entrée de La Mûre; je lui demandai ses ordres. A 7 heures, j’appris d’une manière certaine que Bonaparte était arrivé à La Mûre. J’en instruisis M. le général Marchand. A 11 heures, quelques vedettes parurent sur la  route et voulurent approcher mes avant-postes ; on refusa de les recevoir. A midi, Bonaparte arriva avec quelques officiers et toute son infanterie. Alors je fis mettre sac au dos. Les soldats me regardèrent. J’entendis distinctement dire : « Nous ne nous battrons pas contre nos camarades ». J’envoyai de suite au général Marchand. Quelques instants après, son aide-de-camp (Randon] arriva. Je crus qu’il m’apportait des ordres. Mais il ne venait que pour me voir. Bonaparte envoya un officier à mon avant-poste, qui demanda à me parler. Je fis répondre que j’avais des ordres de ne pas communiquer.

Quelques instants après, il en vint un autre qui me fit des propositions, puis des menaces. Je refusai de me rendre près de Bonaparte, disant à cet officier qu’aussitôt que j’aurais reçu des ordres de Grenoble, je ferais connaître mes intentions. Le tout se passa en présence de cinquante hommes qui formaient mon avant-poste et de M. l’aide-de-camp du comte Marchand qui était présent.

Bonaparte resta sur la route depuis midi jusqu’à 3 heures. Fatigué d’attendre, il m’envoya demander si je ne voulais pas me décider à quelque chose. Je fis la même réponse que ci dessus. Tout aussitôt que l’officier fut de retour près de lui, il fit descendre son infanterie sur la route. Dans le même instant tous prirent leur course, l’arme sous le bras gauche, la baïonnette dans le fourreau, criant : « Nous sommes des Français, nous sommes vos frères ! » Ils se jetèrent dans les rangs en embrassant mes soldats. J’étais à la tête de mon bataillon. Bonaparte vint à moi et s’adressant aux soldats : «Eh bien, si vous voulez tirer, vous en êtes les maîtres ; me voilà au milieu de vous.» Les soldats restèrent comme frappés de terreur. Il pérora la troupe et il ordonna de marcher sur Grenoble. L’on me plaça à la gauche de sa Garde. M. le général Cambronne vint prendre le commandement de troupes sous mes ordres. J’arrivai à Grenoble. Mon bataillon rendu au quartier, je me rendis de suite chez M. le colonel du régiment. Il était chez Bonaparte qui l’avait fait demander. A son retour, il me dit que Bonaparte n’était pas content de notre conduite.

Certifié sincères et véritables les faits énoncés ci-dessus.

Paris, le 29 septembre 1815.

(Arthur Chuquet, « Lettres de 1815. Première série [seule parue] », Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911 pp.89-93.)

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( 11 février, 2019 )

Le capitaine Guingret et son témoignage…

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Image d’illustration.

Pierre-François Guingret, (1784-1845), s’enrôle au début de l’année 1803, à l’âge de dix-huit ans, dans le 6ème régiment d’artillerie des côtes de l’Océan. L’année suivante, il entre comme élève à l’École polytechnique, d’où il sort en 1806, avant d’être envoyé à la Grande Armée. Sous-lieutenant le 10 octobre de la même année, au 69ème de ligne, Guingret participe aux campagnes de Prusse et de Pologne (1806-1807). De 1808 à 1813, il est en Espagne et au Portugal. A Burgos, le 13 novembre 1808 lors d’une revue, Guingret est nommé lieutenant; puis capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811. Son récit, qui concerne la campagne du Portugal fut publié la première fois en 1817 [1].

« Cette relation est extraite des notes que je prenais après chaque marche, après chaque combat, quelquefois même pendant le cours de l’action, lorsque le corps dont je faisais partie n’était point engagé ». Il participe notamment au siège d’Almeida (qui se déroule du 25 juillet au 28 août 1810), à la bataille de Busaco, le 27 septembre de cette même année. « Masséna encourageait les régiments qui défilaient devant lui, en excitant les soldats par ses discours » écrit Guingret. Il est présent également au siège de Badajoz au printemps 1811, point stratégique situé en Espagne à proximité de la frontière portugaise, puis au combat de Fuentes de Onoro (en Espagne du 3 au 5 mai 1811). L’auteur est nommé capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811.

Dans ses souvenirs, le capitaine Guingret évoque la difficulté du  ravitaillement durant cette campagne difficile : « Nos maraudeurs avaient beau s’étendre jusqu’à quinze ou vingt lieues sur les derrières ou sur les flancs de l’armée, ils ne rapportaient plus que très peu de choses »; et même quelques faits méconnus : « Une circonstance bien particulière de cette guerre, et dont on n’a jamais parlé, est qu’on a porté le dérèglement jusqu’à vendre des femmes ! On en a troqué pour des comestibles et pour des chevaux de main ». Et ajoute : « Dans les combats, l’impulsion, bonne ou mauvaise, produit l’effet d’une masse de neige que l’ouragan détache du sommet d’une montagne : elle se grossit en roulant de sa chute accélérée, et elle forme enfin l’avalanche dont le poids énorme renverse les arbres les plus vigoureux. Ainsi l’élan du courage se communique rapidement de proche en proche, il pénètre à la fois tous les rangs d’une force à laquelle rien ne peut résister ».

Le 30 octobre 1812, alors qu’il est capitaine au 6ème léger, il propose, commande, et effectue le passage du Douro devant Tordesillas, en face d’une colonne anglaise et sous un feu meurtrier. Le vaillant capitaine passe le fleuve, le sabre aux dents, à la tête des troupes électrisées par son exemple, et fait déposer les armes à la garnison de la tour, dont la fusillade empêchait le rétablissement du pont. Le 11 mai 1813, à l’assaut de Castro-Urdiales, Guingret aborde avec intrépidité la brèche, pénètre le premier dans le fort, au moyen d’une échelle, par une embrasure, et suivi de ses voltigeurs aussi braves que leur chef, fond à l’arme blanche sur la garnison, la fait prisonnière et se rend maître de la place. L’illustre Foy, son général divisionnaire, lui donne à cette occasion des éloges publics.

Quelques jours plus tard, près de Lequeytio, il attaque avec deux compagnies d’élite le bataillon d’Artola, le culbute et le détruit entièrement; il lui prend 300 hommes, dont 20 officiers; les autres ayant été tués ou noyés, sans qu’un seul soit parvenu à se sauver. Le bouillant officier se fait remarquer le 25 juillet 1813, en enlevant à la baïonnette la position retranchée d’Achistoÿ, défendue par un régiment anglais. Quelques jours auparavant, Guingret avait été nommé chef de bataillon par le maréchal Soult, commandant en chef de l’armée du Portugal.

C.B.

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État des services de Pierre-François GUINGRET

[Né le 24 mars 1784, à Valognes (Manche).

Mort en janvier 1845 à Paris]

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Source : Base « Léonore » de la Légion d’honneur,

Dossier LH/1245/28.  

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Services.

Enrôlé volontaire dans le 6ème régiment d’artillerie le 5 ventôse an 11. Reçu par examen à l’École Polytechnique le 4ème de la promotion, le 28 brumaire an 13.

Sous-lieutenant par décret en date du 10 octobre 1806.

Lieutenant à la revue de Burgos le 13 novembre 1808.

[Chevalier de la Légion d’honneur le 6 août 1810.]

Capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811.

Nommé chef de bataillon par Son Excellence le général en chef de l’armée du Portugal, le 5 juillet 1813. Et confirmé dans ce grade par décret pour prendre rang du jour même de sa nomination provisoire. Officier de la Légion d’honneur le 25 novembre 1813. Décoré du Lys le 17 juillet 1814.

 A la réorganisation de l’armée d’après l’ordonnance royale, le 69ème  régiment ayant formé le noyau du 64ème régiment organisé le 6 septembre 1814, Mr Guingret fut conservé en activité et eut le commandement du 1er bataillon du 64ème, lequel reprit depuis le n°69.

 

Campagnes, blessures & actions.

A fait les campagnes des ans 12, 13, sur les côtes de l’Océan; 1806, 1807, en Prusse et en Pologne; 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, en Espagne et au Portugal; 1814, dans les Pyrénées.

-A fait les sièges de Rodrigo et d’Almeida en 1810, et celui de Castro en 1813.

-Blessé à la bataille de Friedland d’un éclat d’obus à la cuisse droite.

-Blessé à la bataille de Busaco, d’un coup de feu dans le col et de plusieurs éclats de mitraille.

-Blessé à l’affaire de Fuentes de Onoro, d’un coup de feu à la jambe droite.

-Blessé d’un coup de feu à la jambe gauche à l’enlèvement de la montagne d’Aïnoha.

 Actions.

 Le 2 mars 1809, Mr Guingret, à la tête de 50 tirailleurs enleva sur le chemin de La Corogne, une pièce de canon défendue par plus de 200 Espagnols. Le 13 avril 1809, il a franchi le premier le pont de San-Payo qui était barricadé et fortifié par une batterie de 8 pièces de canon; il tua un canonnier au moment où il mettait le feu à la pièce, et détermina par son élan l’enlèvement du pont, la prise des 8 pièces, et la défaite totale de l’ennemi. Le 27 septembre 1810, il combattit à Busaco quoiqu’il ait déjà l’épaule traversée d’une balle et il reçut plusieurs nouvelles blessures dans l’action. Le 30 septembre 1812, Mr Guingret fut mis à l’ordre de l’armée pour la conduite qu’il tint dans la surprise de Poza, où commandant l’avant-garde, il se précipita sur une masse de 500 ennemis qui furent tous pris où passés à la baïonnette. Le 30 octobre 1812, mis à l’ordre de l’armée pour avoir proposé, dirigé et commandé le passage du Douro à la nage, par un froid rigoureux devant Tordesillas, en face d’une colonne ennemie, et dans le feu le  plus vif de l’ennemi, il passa le sabre aux dents à la tête d’hommes résolus et fit prisonnière la garnison de la tour, qui du bord opposé, défendait le rétablissement du pont. Les journaux rapportèrent ce fait. Le 11 mars 1813, à l’assaut de Castro, il franchit la brèche des premiers ; et de son chef, pénètre dans le fort qui servait de réduit à l’ennemi; au moyen d’échelles, il passa le premier par une embrasure et suivi de la compagnie de voltigeurs, il égorge la garnison du fort et s’en rendit maître. L’ordre du jour de l’armée et les journaux firent mention de ce fait. Le 30 mai [1813] prit Lequeytio avec deux compagnies d’élite, il attaqua et défit  les bataillons d’Artola, auxquels il prit 300 hommes dont 20 officiers ; le reste de ce bataillon fut presque tout tué ou noyé. L’ordre du jour de l’armée et les journaux firent mention de cette affaire. Le 25 juillet [1813], avec son bataillon, il enleva la position d’Achistoÿ défendue par un régiment anglais. On l’aborda et l’on combattit à la baïonnette. Le duc de Dalmatie [maréchal Soult] dans son rapport, loua la conduite du bataillon qu’il commandait. Le général de division Foy ayant été blessé au commencement de la bataille d’Orthez, Mr Guingret prit le commandement de la 1ère brigade et l’ayant conservé jusqu’au 22 mars [1814], il la conduit plusieurs fois à l’ennemi dans cet intervalle.

Certifié par nous, membres du Conseil d’administration de l’ex-69ème régiment de ligne. A Chauvigny, le 16 novembre 1815.

Signés : d’HERVÉ, colonel; VINCENT, major; GUINGRET, chef de bataillon; GINOUX, capitaine.

 Vu par nous, sous-inspecteur aux revues, adjoint, LATOUR.

Et après l’Empire…

Pierre-François Guingret est nommé lieutenant-colonel du 33ème de ligne, le 19 mars 1823 et participe à la campagne d’Espagne qui se déroula cette même année. En 1837, nous le retrouvons comme colonel du 51ème de ligne. Il est expédié à la Guadeloupe et y passe trois années. Il doit faire face à un soulèvement des habitants et se refuse à employer la force. C’est par le dialogue qu’il calme la révolte. Pour cet acte de courage, Guingret reçoit la croix de Commandeur de la Légion d’honneur. Élevé au grade de maréchal-de-camp le 11 novembre 1837, il passe l’année suivante en Algérie où il reste quatre ans. Il commande ensuite à Paris une brigade d’infanterie, avec le grade de général. C’est à ce poste qu’il s’éteint en janvier 1845; la date exacte ne nous est pas connue. Ses obsèques sont célébrées à l’église Saint-Pierre du Gros-Caillou le 14 janvier 1845, en présence d’une foule nombreuse. Il repose au cimetière du Montparnasse, à Paris.

 


[1] A Limoges, chez Bargeas, Imprimeur-Libraire, rue Ferrerie, mai 1817.

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( 10 février, 2019 )

1814-1815, les effectifs de l’Empereur à l’île d’Elbe…

Drapeau ile d'Elbe

AVANT. De la France à l’île d’Elbe.

« Les Alliés avaient d’abord fixé à 400 le nombre de soldats que Napoléon était autorisé à emmener à l’île d’Elbe. Dans la journée du 6 avril [1814], ils lui accordèrent un bataillon d’infanterie de 610 hommes, une compagnie d’artillerie de 120 hommes et 120 chevau-légers polonais, officiers non comptés. Le général Friant, colonel-général des grenadiers à pied, assisté des généraux Petit et Pelet, de la Garde, fut chargé par l’Empereur de l’organisation immédiate de ces divers détachements. Il y procéda aussitôt sans désemparer, Cambronne, souffrant d’une blessure grave, reçue à Craonne, eut le commandement des troupes. Le bataillon d’infanterie eut à sa tête le colonel Malet du 1er voltigeurs ; son adjudant-major fut le lieutenant-colonel Laborde du 2ème régiment de chasseurs à pied. Les six compagnies, formées de volontaires, furent recrutées [pour] moitié dans les grenadiers, [pour] moitié dans les chasseurs de la Vieille Garde. Mais dans la formation nouvelle, les uns et les autres ne furent plus dénommés que « grenadiers ». On s’était arrêté un moment à l’idée de former ce bataillon de 3 compagnies de chasseurs. Elle fut abandonnée. On ne retint pas davantage la formation de la compagnie d’artillerie que l’on remplaça sous le nom de Compagnie des marins. Enfin, l’escadron des chevau-légers ne réunit pas tout-à-fait 90 sabres. Dès sa constitution, cet escadron prit le nom d’Escadron Napoléon…Cette troupe d’élite ainsi formée, prit le nom de Bataillon de l’île d’Elbe. Le 7 avril [1814], l’Empereur la passa en revue, dans la cour du palais de Fontainebleau, ainsi que tout le reste de la Garde… Dans la soirée du 6 avril [1814], l’Empereur avait reçu les officiers de la Garde qui allaient l’accompagner à l’île d’Elbe et s’était longuement entretenu avec chacun d’eux ». »

(Capitaine Jean Lasserre « Le Bataillon de l’île d’Elbe », in Bulletin de la Société Belge d’Études Napoléoniennes, 1994, n°22, p.9).

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APRES. Arrivée sur les côtes de France.

Sur le nombre des troupes qui débarquèrent à Golfe-Juan, H. Houssaye apporte les chiffres suivants : « 607 grenadiers et chasseurs de la Vieille Garde ; 18 chevau-légers polonais ; 21 marins de la Garde ; 43 canonniers ; 400 chasseurs corses et environ 30 officiers sans troupe qui étaient venus à Porto-Ferrajo [Portoferraio] demander du service. Ce total de 1219 officiers et soldats est le chiffre de l’effectif, mais il faut en rabattre. On peut évaluer à une vingtaine les grenadiers et les Polonais qui avaient pris leur congé de novembre 1814 à février 1815. Il y avait des désertions chez les chasseurs corses, qui d’ailleurs n’avaient jamais été 406 hommes présents sous les armes. Enfin, il paraît qu’un certain nombre de canonniers étaient restés à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. »

(Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…», p.208, note 1).

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