( 15 février, 2015 )

Des nouvelles de l’île d’Elbe…

N14

L’évêque d’Orthosia [Monseigneur Louis-Siffrein-Joseph Foncrose de Salamon (1759-1829), occupant cette charge depuis 1806] à la baronne  Montboisier,à Paris.

 Rome, 15 février 1815.

Les Anglais vont en foule à Naples, à l’île d’Elbe et conversent longtemps avec Bonaparte. Il leur donne même à dîner. Cependant ses finances baissent beaucoup. Il est fort inquiet et envoie sans cesse çà et là sa corvette d’un port à l’autre. Souvent elle est mal reçue et obligée de s’éloigner.

 (Arthur CHUQUET,  « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.448).

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( 14 février, 2015 )

Tout le monde attend son retour !

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« Le 19 janvier 1815, on raconte dans les rues [à Paris] qu’il [Napoléon] arrivera sous deux jours avec une armée de 150.000 hommes. Au mois de février, les troupes de la garnison assurent qu’elles reverront bientôt leur papa. Un curieux propos fait alors la joie des bonapartistes de la capitale. Dans un bouchon de la barrière, trois soldats demandent une bouteille. La cabaretière apporte trois verres. « Madame, un autre verre. — Messieurs, vous n’êtes que trois. — C’est égal, apportez toujours ; le quatrième va venir ; à sa santé, camarades ! » Et là-dessus les trois hommes choquent leurs verres en l’honneur du quatrième personnage dont il est facile de deviner le nom. Un autre mot eut grand succès dans les salons de l’opposition. L’armée doit être contente, disait un émigré à un soldat, elle touche exactement le prêt; au temps de Bonaparte, tout était arriéré, même la solde.

— Eh répond l’autre, si nous aimions à lui faire crédit !»

On citait aussi ce mot d’un officier entrant dans un bureau de loterie : « Quel numéro voulez-vous ? — Donnez-moi le 18 ; il sortira bientôt et je mets un napoléon dessus ».

 D’un bout à l’autre du territoire les régiments à très peu d’exceptions près, sont bonapartistes. Au mois de juin, Pozzo di Borgo avoue que l’armée n’est pas dans le même état de quiétude d’obéissance que les armées des autres états, qu’elle reste agitée, turbulente. Au mois de septembre, un royaliste gémit de l’aspect des soldats : « Partout, écrit-il, ils montrent un front hargneux et rechigné ; des mouvements d’humeur et des signes d’infidélité leur échappent ; on lit sur leur visage la contrainte qu’ils éprouvent, et leur désir de revenir au culte de Bonaparte » .Lorsqu’on force les troupes à crier Vive le roi ! » elles ajoutent à voix basse, le roi de Rome. Elles avaient déjà surnommé Napoléon le petit caporal ; elles l’appellent aujourd’hui le père la Violette, parce qu’elles s’attendent à le voir, comme la violette, refleurir au printemps Les officiers portent la violette à leur boutonnière, donnent à leur ruban de la légion d’honneur la forme d’un N et, pour se reconnaître, croisent pareillement en forme de N deux doigts de la main droite sur le front. Les soldats conservent la cocarde tricolore, vieille et usée, cousue sous la coiffe des shakos ou cachée soit sous la cocarde blanche soit au fond des sacs. Il y a des chambrées qui ne nomment jamais Louis XVIII, et aux appels on saute le nombre 18. Dans les lettres qu’elles envoie de ses garnisons à ses maîtresses du Gros-Caillou, la vieille garde annonce le prochain retour de Bonaparte;  les grenadiers qui stationnent à Metz, ont une sagesse inquiétante ; ils ne fréquentent pas les salles de danse et de jeu ; ils se promènent silencieusement ; pas un n’est puni et un officier supérieur disait au préfet : « J’aimerais mieux qu’ils fissent des fautes et qu’il y eut entre eux des dissentiments d’opinion ; mais ils ne forment qu’une âme et n’ont qu’un même esprit, entretenu par une mystérieuse et puissante influence ». Lorsqu’un régiment d’infanterie brûle secrètement ses aigles, chaque soldat avale une pincée des cendres en vidant un verre de vin à la santé de l’Empereur. »

(Arthur CHUQUET, « Le départ de l’île d’Elbe », Editions Ernest Leroux, 1920, pp.4-7)

 

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( 13 février, 2015 )

Encore des bruits, toujours des bruits…

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« 8 Février 1815.- On a fait courir, aujourd’hui, dans Paris, un bruit qui a toutes les apparences d’une fable; il s’agit de la sortie de Bonaparte de l’Ile d’Elbe, pour aller se réunir à Murat, sous les murs de Rome, selon les uns, à Naples, selon les autres. Cette variante suffirait, seule, pour prouver qu’on n’a rien de positif, à ce sujet, non plus que sur la prétendue entrée de Murat dans Rome. Néanmoins, une secrète intelligence entre eux ne semble plus douteuse, à en juger même par les aveux de leurs partisans. Mais Murat n’oserait, dans la position critique où il se trouve vis à vis du Congrès, jeter encore le masque, qu’autant qu’il ne conserverait plus le moindre espoir d’une indemnité pour le trône de Naples. En affichant une telle audace, il achèverait de se perdre et il ne lui resterait plus qu’à tenter le soulèvement de l’Italie, où il est plus que probable qu’il échouerait, fût-il même secondé par Bonaparte. Leurs partisans le sentent si bien que, pour donner quelque couleur de possibilité à ces absurdes projets, ils sont réduits à y faire concourir l’Autriche qui consentirait donc, alors, à voir tomber de ses mains cette magnifique proie de l’Italie ! Tous les regards et toutes les conjectures sont tournés de ces côtés. Les espérances des militaires, celles des bonapartistes, sont dirigées vers ce point. Peu s’en faut qu’ils ne rêvent que Murat viendra leur ramener Bonaparte en France, avec ses mêmes Napolitains que, malgré leur amour pour le pillage, on n’a pu décider, sur la fin de la dernière campagne, à passer le Pô. Il est, du reste, bien difficile de se former une idée juste des événements qui se préparent, au delà des Alpes, avant d’être bien fixé sur le résultat du Congrès en ce qui concerne Naples. Si la protection de l’Autriche suffisait pour y laisser Murat, il ne tente rait rien. Si, au contraire, on prononce sa chute, il est assez exalté en vanité pour tout hasarder; et ce n’est que, dans cette dernière hypothèse, qu’il consentirait à s’associer à Bonaparte, qu’il hait et qu’il craint, c’est-à-dire à redevenir son lieutenant. Mais, alors même, Murat ne ferait qu’accroître les dangers que court son ancien souverain, parce que les Napolitains ont toujours détesté Bonaparte et l’auraient bientôt tué, s’il se montrait parmi eux. »

 (Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814 d’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, 1897, pp.249-251).

« 13 Février 1815. — D’après des rapports dignes de créance, que j’ai: entre les mains, il n’est pas possible de croire à l’entrée de Murât à Rome, mais il est certain que, pendant qu’il se fait donner des fêtes à Naples, une partie de ses troupes menace Rome de plus ou moins près et en gêne les communications au dehors. On est même disposé à croire qu’il agit, en cela, de concert avec l’Autriche qui a, aussi, des griefs contre le Saint-Père et qui en sera quitte pour rejeter sur Murat l’odieux d’une telle persécution, lorsqu’elle aura obtenu ce qu’elle désire. Il est assez remarquable que, tandis que les lettres des personnes attachées à l’ambassade de Rome ne sont que du 25 janvier, quelques-uns de nos journaux citent des lettres du 29. Nouvel indice que Murat n’est pas sans intelligence dans Paris et qu’il a soin d’y charger ses amis d’exagérer ridiculement ses forces, que le Journal Général porte aujourd’hui à quatre-vingt neuf mille hommes mobiles et à cent cinquante mille sédentaires. L’impression de toutes ces fables sur l’Italie est très vive parmi les militaires de tous les rangs et jusque dans les casernes. On n’y doute pas que la guerre ne soit certaine et que Bonaparte et Murat n’agissent de concert. Les soldats en concluent qu’ils reverront bientôt celui qu’ils ont recommencé à appeler « leur papa », selon plusieurs rapports de caserne que j’ai sous les yeux et que je vais vérifier. Il est, cependant, aussi, quelques militaires, entre autres, un colonel Poisson, qui accusent Murat d’aller trop lentement et Bonaparte de ne pas se mettre assez vite en avant, de songer, même, à aller en Angleterre, de peur d’être compromis par les troubles d’Italie. Suivant d’autres renseignements, auxquels je donne la plus sérieuse attention, on chercherait, sur divers points de la France et même à Paris, à enrôler pour Murat des artilleurs et des officiers décorés. On leur assurerait deux cents francs pour leur route, le même grade et le même traitement qu’en France; on leur promettrait, aussi, à leur arrivée en Italie, la croix de la Couronne de Fer. Cette dernière promesse serait d’autant plus remarquable que c’est l’Autriche seule qui, aujourd’hui, dispose de cet ordre. Hier, au foyer de l’Opéra, on parlait beaucoup du fils de Marie-Louise, des prétendues caresses que lui prodigue l’Archiduc Charles, en le qualifiant de Majesté, et de la prédilection que lui témoigne, depuis quelque temps, ainsi qu’à sa mère, l’Empereur d’Autriche. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814 d’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, 1897, pp.254-256).

 

 

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( 12 février, 2015 )

Un brave parmi les braves. Le général Brayer…

Un brave parmi les braves. Le général Brayer… dans FIGURES D'EMPIRE brayer-1

Le général Brayer (1769-1840) engagé en 1800, fit avec éclat toutes les campagnes de l’Empire. Il est présent à Austerlitz, à Friedland, il est en Espagne, en Allemagne. Divisionnaire à Leipzig, il commandait pour Louis XVIII la 1ère subdivision de la 19ème division militaire, à Lyon en janvier 1815. Rallié à Napoléon, avec ses troupes le 10 mars 1815. Après l’Empire, condamné à mort par contumace, il part en Amérique, puis au Brésil et au Chili. Sa fille épousa Louis Marchand, premier valet de chambre de l’Empereur.

C.B.

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( 7 février, 2015 )

Napoléon superstitieux ?

« Napoléon était, de plus, très superstitieux, intraitable sur le nombre treize et sur le vendredi. Ainsi, pour un déplacement, le quantième du mois avait été fixé sans tenir compte du jour. Ce jour-là était un vendredi. L’Empereur en étant informé, avança son départ et partit le jeudi. »

 (Dr Poumiès de la Siboutie, « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910,  p.99).

N1

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( 3 février, 2015 )

Encore des nouvelles de l’île d’Elbe…

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« 3 Février 1815. — J’ai reçu plusieurs rapports des agents que j’entretiens à l’Ile d’Elbe ou sur la côte d’Italie; ils me paraissent de nature à intéresser le Roi, car ils contiennent de piquants détails sur Bonaparte, ses prétendus projets et tout ce qui se passe autour de lui. Je crois devoir en mettre les principaux passages sous les yeux du Roi. Les militaires français, au service de Bonaparte, continuent à le quitter; il en est parti plusieurs, ces jours derniers. Il semble que l’on s’attende, à Porto-Ferrajo, à du nouveau, et que l’on y craigne quelque attaque; car on fait des dispositions qui ressemblent à des moyens de défense. On arme la tour située à l’entrée du port et on a renforcé la garnison qui n’était que de quelques hommes et qui est maintenant portée à 200. Des pièces de canon ont été placées au fort Montebello. On a fait de nombreuses provisions de grains et de farines; le tout est arrivé sur des bâtiments anglais. D’un autre côté, on parle d’une flotte qui amènerait plusieurs mille hommes de troupes de débarquement; mais, on ne dit ni de quelle nation serait cette flotte, ni d’où elle viendrait, ni dans quel but. Serait-ce pour prendre Porto-Ferrajo ou pour en enlever Bonaparte? Il faudrait beaucoup de monde, si, toutefois, il restait à Bonaparte assez de forces pour défendre cette place qu’on appelle « Un petit Gibraltar ». Néanmoins, avec du temps, elle tomberait, et promptement peut-être, à cause de la faiblesse de la garnison qui s’y trouverait. Car, il est douteux qu’on pût s’attendre à une coopération bien active de la part des habitants. Une autre nouvelle qui circule sourdement dans l’Ile, c’est la prochaine arrivée de Marie-Louise; le bruit, non réalisé, de son départ de Vienne pour Parme aura donné lieu à cette rumeur très peu vraisemblable. L’orgueil et la politique de la maison d’Autriche ne peuvent pas permettre, ainsi, à une de ses Archiduchesses de courir après un exilé, qui lui a fait tant de mal et qui serait prêt à recommencer, s’il en avait le moyen. Une pareille inconvenance afficherait trop, d’ailleurs, l’intention du Cabinet de Vienne de faire de Bonaparte un nouvel instrument éventuel de calamité et, si ce cabinet le laissait sortir de son île, les premiers dangers seraient pour lui, en Italie. Ainsi, ce sont probablement là des romans. La seule chance, en ce moment, pour Bonaparte, semblerait être que Murat, ne se fiant plus à la garantie de l’Autriche, jetât le masque dont il se couvre et appelât son ancien maître à l’aider dans le soulèvement de l’Italie. Mais, Mura t doit sentir que ce concours serait sa perte, quel qu’en fût le résultat, puisque une fois Bonaparte à la tête d’une armée, il prendrait son auxiliaire pour première victime. Ces incertitudes, sur le présent et sur l’avenir, n’empêchent pas la princesse Borghèse de donner de grands dîners à sa campagne de San Martino, à laquelle Bonaparte se rend souvent. On ne voit plus d’affluence d’étrangers à l’Ile d’Elbe, comme au commencement du séjour de l’ex- Empereur ; il s’en présente peu. Les difficultés qu’on fait, pour les recevoir, les éloignent naturellement. S’il y a du mystère autour de Bonaparte, il le concentre dans son cabinet ; il le couvre d’une tranquillité apparente et ne laissé rien percer, quelque attention qu’on porte à le deviner. Il est de plus en plus difficile de pénétrer à Porto- Ferrajo et il faut maintenant des passeports en règle pour débarquer; on les visite très exactement. Les napoléons d’or et les pièces de cinq francs circulent en abondance, mais la petite monnaie manque, ce qui contrarie beaucoup les marchands au détail et les petits bourgeois. Les vivres sont à très bon marché, ainsi que les objets nécessaires à la vie. Il existe des magasins de subsistances, surtout en farines, grains, riz et légumes secs, pour quatre ans. Il y a, aussi, une très grande provision de munitions de guerre avec trois cents pièces de canon, dont deux cents établies en batteries sur les points abordables de l’Ile; Bonaparte les a fait placer, lui-même, de concert avec le général Bertrand. Ensuite, ayant reconnu quelques points escarpés, mais abordables, il y a fait faire des travaux. Cent pièces de canon sont en réserve et Bonaparte veut encore en augmenter le nombre. On croit, dans l’Ile, que le motif de ces dispositions est le bruit qui a couru que les Puissances alliées  voulaient transporter Bonaparte dans une île plus éloignée. On assure qu’on l’a entendu dire pendant une parade : « Toutes les Puissances réunies ne pourront pas me forcer à quitter l’île, malgré moi. Si elles viennent m’y attaquer, je m’y défendrai jusqu’à la mort ». Il y a quelques mois, plusieurs personnages sont venus dans l’Ile; on n’a pas su leurs noms. Ils ont été introduits à la cour avec étiquette. On parlait d’un voyage de l’Archiduc Charles , mais il n’a jamais paru. Bonaparte a 1.500 hommes de garde et 3 à 400 Polonais, ce qui fait 1.900 à 2.000 hommes. Il les passe souvent en revue. Il mène une vie très active, travaille beaucoup et se promène assez souvent. Il fait pratiquer des routes et bâtit un château dans le genre du Luxembourg. Les habitants l’aiment, car jamais ils ne se sont vus si riches et n’ont eu un commerce aussi actif. Dans les mois d’octobre, novembre et décembre, il est arrivé à l’Ile d’Elbe beaucoup de militaires français, soldats et officiers de différents grades, mais Bonaparte ne les a pas gardés, il les a tous envoyés à l’armée de Murat. On a entendu un officier supérieur, venant de France, dire à Bonaparte : « Votre Majesté n’a qu’à paraître sur un point de la France. Elle sera bien reçue ! Elle aura les trois quarts des Français, pour Elle, ainsi que l’armée. Tout le monde est très mécontent! » Il a répondu sans s’émouvoir : « Le moment n’est pas encore venu », puis il a fait quelques pas, s’est retourné et a dit à cet officier : « Allez rejoindre l’armée du Roi de Naples ». En terminant, je ferai remarquer que le soldat de qui je tiens tout ce récit, se propose, dit-on, malgré son congé absolu, de retourner, au mois de mars, à l’Ile d’Elbe. Il prétend s’ennuyer ici, quoiqu’il y ait sa femme et ses enfants. On m’assure qu’il leur à apporté dix mille francs. Je fais vérifier ce qui en est, ainsi que les motifs de son retour, et si ce ne serait pas un agent d’intrigues ; son récit paraît assez étrange et fort exagéré, en ce qui concerne les forces de l’Ile d’Elbe. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.244-249).

Au début de la première Restauration, le comte Jules Anglès (1778-1828) est nommé par Louis XVIII « Commissaire du gouvernement provisoire à la police générale de la police du Royaume par intérim », dépendant du comte Beugnot, ministre de l’Intérieur. En décembre 1814, Anglès prend définitivement la Direction de la Police du Royaume, par suite de la nomination de Beugnot comme ministre de la Marine.

 

 

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( 2 février, 2015 )

1815… Le Père la Violette…

1815… Le Père la Violette… dans TEMOIGNAGES 06-504707

« L’hiver fuyait ; un soleil plus chaud faisait fermenter à la fois et la nature et les jeunes têtes ; à l’une il rendait les fleurs, aux autres leurs rêves de gloire et leurs espérances guerrières. La conviction que le gouvernement royal ne pouvait longtemps se soutenir avait entraîné, comme conséquence, la certitude du retour de Napoléon. Ses nombreux partisans souriraient de pitié en voyant les organes du pouvoir vanter la force et la stabilité d’un édifice qu’un souffle pouvait renverser ; ils imaginèrent enfin, pour mieux se compter de faire comme dans l’Orient, de rendre un bouquet l’interprète apparent d’une pensée secrète. Ce fut ainsi que la violette qui, jusqu’alors, n’avait annoncé que le retour du printemps, vit sa fleur devenir l’emblème du retour si ardemment attendu de l’Empereur.

Elle, humble symbole de modestie, annoncer la venue d’un Messie de gloire et de destruction ! Malgré le contraste, le bouquet emblématique brillait à une multitude de boutonnières, et en style populaire, Napoléon ne s’appela plus bientôt que le Père la Violette. »

(Émile Labretonnière,  « Macédoine [sic]. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’Empire et pendant les Cent-Jours. Correspondance avec Béranger », Lucien Marpon, Libraire- Éditeur, 1863).

 

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( 14 janvier, 2015 )

1815, une année décisive !

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Depuis début mai 1814, Napoléon est à l’île d’Elbe. Louis XVIII règne pour la première fois de son existence sur le trône de France. Le gouvernement royal, de par sa politique, est devenu progressivement impopulaire.

26 février 1815. Napoléon quitte l’île d’Elbe à bord du navire L’Inconstant.

1er mars. L’Empereur débarque à Golfe Juan.

6 mars. Les Parisiens apprennent le débarquement de Napoléon.

7 mars. Napoléon arrive à Grenoble.

10 mars. L’Empereur arrive à Lyon.

19 mars. Louis XVIII quitte Paris pour la Belgique.

20 mars. Entrée de Napoléon à Paris.

5 avril. Les troupes anglaises arrivent en Belgique, commandées par Arthur Wellesley, duc de Wellington.

22 avril. Proclamation de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire, rédigé par Benjamin Constant.

26 mai. Le tsar de Russie, le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche quittent Vienne pour se mettre à la tête de leurs armées et lutter contre la France.

1er juin. Cérémonie du Champ-de-Mai, à Paris.

9 juin. L’acte final du Congrès de Vienne est signé par les plénipotentiaires des grandes puissances alliées présentes. Il avait été ouvert le 1er novembre 1814.

12 juin. Napoléon quitte Paris pour la Belgique.

15 juin. Napoléon chasse les Prussiens de Charleroi et décide de s’attaquer à Blücher pendant que Ney est prié d’occuper les Quatre-Bras, carrefour stratégique routier.

16 juin. Bataille de Ligny et bataille des Quatre-Bras.

18 juin. Bataille de Mont-Saint-Jean, appelée par les Anglais « Bataille de Waterloo » et par les Prussiens « Bataille de La Belle-Alliance ».

21 juin. Napoléon est de retour à Paris.

22 juin. L’Empereur abdique en faveur de son fils.

25 juin. Napoléon arrive au château de Malmaison.

29 juin. Après un court séjour, Napoléon prend le chemin de l’exil.

3 juillet. L’Empereur est à Rochefort-sur-Mer.

8 juillet. Louis XVIII revient à Paris.

12 juillet. Arrivé sur la frégate la Saale, Napoléon s’installe provisoirement à  l’île d’Aix.

15 juillet. Il s’embarque à bord du brick de guerre l’Épervier, sous pavillon parlementaire qui le conduit jusqu’au Bellérophon, navire britannique. « Je suis venu me placer sous la protection de votre prince et de vos lois », déclare l’Empereur.

7 août. En rade de Plymouth, Napoléon est transféré sur le Northumberland  qui le conduira à l’île de Sainte-Hélène.

15 octobre. Arrivée de l’Empereur à Sainte-Hélène.

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( 11 janvier, 2015 )

10 janvier 1815…

N14

« Quelques personnes parlent d’une proclamation que Bonaparte aurait adressée à son ancienne garde, mais elles ne précisent rien, à cet égard, et ne produisent point cette pièce dont le ton permettrait, jusqu’à un certain point, d’apprécier l’authenticité. D’autres pensent que cette proclamation n’est que dans l’imagination de ceux qui en répandent le bruit et que ce bruit, adroitement mis en circulation, est une ruse pour écarter l’idée de rappeler une partie de cette garde à Paris, ainsi qu’il en était question. Ceux qui doutent de l’existence de cette proclamation, au moins jusqu’à ce qu’on la montre, s’appuient sur le peu de vraisemblance que, pendant la durée du Congrès de Vienne, Bonaparte eût l’audace d’attirer ainsi, sur lui, l’attention des souverains réunis et l’imprudence de les avertir, lui-même, du danger de le laisser si près d’un foyer de passions mal éteintes. C’est par une telle crainte de sa part, car le Congrès n’aurait qu’un mot à dire pour l’écraser ou le déporter, que beaucoup de personnes expliquent son apparente tranquillité dans son Ile et l’indifférence qu’il y joue. Il est, sans doute, probable que l’homme qui a été le plus aventureux et le plus remuant de son siècle n’a pas, de bonne foi, renoncé à tous les hasards de l’avenir. Mais, quoi qu’il rêve, pour la suite, il doit bien sentir que l’heure de se mettre en avant et en mouvement n’est pas arrivée, puisque l’Europe est encore en paix, bien qu’en armes contre lui seul, et que ce n’est que dans l’anarchie ou le désordre universel qu’il pourrait placer quelques chimériques espérances.

A ces rumeurs concernant Bonaparte, je puis ajouter des nouvelles, beaucoup plus certaines et précises, concernant ce personnage, car je les tiens d’un sieur Gaillard, agent secret, que mon prédécesseur avait envoyé à l’Ile d’Elbe. Cet individu, qui est le frère du premier valet de chambre de Bonaparte est, depuis hier, de retour à Paris; il avait été obligé de quitter l’Ile, il y a déjà quelque temps, parce que sa présence y était devenue suspecte, mais il y avait laissé un correspondant dont il recevait les lettres à Livourne. Son frère a été récemment éloigné, par Bonaparte, de son service, à cause des soupçons que le séjour prolongé de l’agent secret avait fini par exciter et il s’est retiré en Suisse d’où il est originaire. Il peint Bonaparte comme extérieurement tranquille et feignant d’être satisfait de sa situation qu’il craint de voir échanger contre une plus mauvaise. Mais, il avoue qu’il lui a été impossible de pénétrer dans les mystères du plus fourbe des hommes, de celui qui a passé quinze ans à jouer et à asservir, par les ruses, l’Europe entière. Il prétend qu’il est à court d’argent, réduisant de plus de moitié toutes les dépenses autour de lui et mécontentant ainsi son entourage, sa maison, sa garde même dont une partie le quitte chaque jour; substituant des Italiens, qui lui coûtent peu, à des Français qui regrettent leur pays et que la cupidité seule ou de chimériques espérances en avaient éloignés. Il le croit en correspondance fréquente, quoique cachée, avec Murât, égarant ses rêves d’avenir sur l’Italie, plus que sur la France ; enfin, il assure que Bonaparte a pour maîtresse une Grecque fort belle, nommée Madame Théologos, au mari de laquelle il a donné un emploi d’interprète. Selon le même agent, autant l’ex-Empereur serait réservé sur ce qu’il peut rouler dans sa tête, autant la princesse Borghèse serait indiscrète, puisque, se promenant dernièrement en grande familiarité avec les officiers de la Garde, à Porto-Ferrajo, elle leur promettait un changement prochain de position, sans cependant s’expliquer sur la nature des illusions qu’elle leur offrait, pour, les retenir. Les généraux Bertrand et Drouot seraient toujours les confidents et les favoris de Bonaparte, mais ils auraient, à son école, appris à ne pas se laisser deviner : le général Cambronne partagerait avec eux sa confiance. Bonaparte, toujours d’après le sieur Gaillard, serait désiré dans une partie de l’Italie, vivement indisposée contre le régime autrichien. Il serait, au contraire, détesté à Livourne, presqu’indifférent aux autres populations de la Toscane, mais appelé par les vœux d’une nombreuse faction à Milan ainsi qu’à Bologne; enfin, sort souvenir est toujours présent chez la plupart des militaires italiens, mais principalement parmi les généraux et les officiers. En résumé, le nord et le centre de l’Italie sont bien mieux disposés pour Bonaparte que pour Murat, qui n’a de partisans que dans le Royaume de Naples, surtout dans sa nombreuse armée. D’après ces mêmes renseignements, l’Italie est mécontente du présent, inquiète de l’avenir que lui prépare le Congrès: mais, au fond, elle est soumise et tranquille. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.194-198).

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( 4 janvier, 2015 )

« Lisez, messieurs, lisez ! Je suis fou ! … »

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« On ne saurait imaginer les propos dégoûtants dont étaient infectés les journaux n’ayant de français que le nom, ni avec quelle rage absurde ils cherchaient à ravaler le grand homme, dont la chute même ébranlait le monde. Il est sans cesse présent à ma pensée ce 1er janvier 1815.

J’avais, ce jour-là, l’honneur de dîner à la table de Sa Majesté, lorsque tout à coup l’Empereur, sortant un journal de sa poche (c’était, je crois, le sordide Journal des Débats), se prit à dire :

 « Lisez, messieurs, lisez ! Je suis fou ! … »

Et dans ce moment peut-être cet immortel génie calculait son retour glorieux au sein de la Patrie ! Sublime fou, qui, rêvant la gloire et le bonheur de la France, fut arrêté à moitié chemin ! »

(Extrait du témoignage de l’adjudant-major Etienne Laborde, publié la première fois en 1840. Son récit est contenu dans mon ouvrage « Napoléon, la dernière bataille. Témoignages, 1814-1815 », Omnibus, 2014).

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( 3 janvier, 2015 )

A propos du « NAPOLEON » d’Emil LUDWIG…

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Un chef-d’oeuvre incontournable !

Certes, la vie de l’empereur et les événements qui ont jalonné son parcours ont été rapportés par de nombreux historiens parmi lesquels Thiers, Castelot, Gallo, Tulard, Hamel, Bainville, Vandal… et Louis Madelin dont l’œuvre en 16 volumes demeure une des principales références napoléoniennes. Alors pourquoi donc lire un ouvrage de plus sur un sujet déjà si familier ? 

Parce que la biographie d’Emil Ludwig se distingue par une approche qui passe au crible la psychologie de son personnage. Il révèle, à titre d’exemple, que l’orgueil légendaire de Napoléon serait l’orgueil d’un humilié et trouverait sa source dans les frustrations de la pauvreté du jeune Buonaparte. Il faut se souvenir en effet que durant ses années d’études à l’école militaire, il était l’objet de railleries en raison de l’usure de ses vêtements ; imaginer la rancune que peut nourrir un cœur et le besoin de réussite qui peut naître d’un désir de revanche. Se décrivant comme « un homme qu’on tue mais qu’on n’outrage pas », il aura soin de savourer sa revanche des années plus tard ; « satisfait de voir s’incliner devant lui ceux-là mêmes qui jadis, à l’École de la guerre, blessaient par leur insolence son cœur de cadet pauvre ». 

Ludwig explique également le talent de stratège du général Bonaparte par le goût très prononcé de ce jeune cadet pour les mathématiques, les chiffres et la géographie.

L’auteur éclaire, de même, d’un jour nouveau la vie sentimentale de l’empereur en rapportant de nombreux extraits de sa correspondance avec Joséphine, mais aussi un extrait des Lettres corses de sa jeunesse, dans lequel il confie que le sentiment amoureux est de nature à faire « plus de mal que de bien » et qu’il est utile de s’en affranchir. C’est précisément ce qui explique qu’il n’avait aucune expérience des femmes avant de rencontrer l’épouse du vicomte de Beauharnais… et qu’il l’a aimée d’autant plus que, jusque-là, il avait vécu sans femmes ; qu’il l’a aimée au point de souffrir de son absence sur les champs de bataille et d’en perdre le sommeil…

Ses lectures de jeunesse et l’influence de l’histoire romaine auront des répercussions sur l’histoire de France. En témoignent le diadème de lauriers d’or du sacre, mais aussi le fait que les trois consuls du 18 brumaire soient inspirés des triumvirs romains. Malgré ses pleins pouvoirs, il sera toujours soucieux de rendre l’opinion publique favorable et se donnera les moyens de l’influencer. « Élève de Plutarque, il sait comment les noms passent à la postérité et s’entoure de poètes, d’historiens, de savants et d’artistes italiens. » Il a d’ailleurs toujours cherché dans les tragédies antiques « le reflet de sa propre image ». Également « hanté par l’ombre de Charlemagne », il forma le projet de se faire couronner empereur d’Occident par le pape, projet qui ne vit jamais le jour.

Napoléon sut distribuer des trônes et faire bénéficier de ses largesses sa famille qui n’allait pas tarder à devenir encombrante. Ludwig l’explique par le fait que ses origines corses le poussaient à croire que placer les siens au cœur de son système était un gage de sécurité. Ce en quoi il s’est lourdement trompé puisque sa propre fratrie allait le trahir. 

Si l’auteur ne s’attarde pas sur Talleyrand qui aurait fait un magnifique sujet d’analyse, il insiste en revanche sur la relation très particulière qui unissait Napoléon Ier à Alexandre Ier. Napoléon écrit : « Si le tsar était femme, je crois que j’en ferais mon amoureuse. » Et Ludwig d’ajouter à son sujet qu’il n’y a « rien d’étonnant à ce que cet être faible ait été immédiatement conquis par l’homme fort, ni qu’il l’ait abandonné plus tard avec une inconstance toute féminine ». 

En plus d’offrir une analyse psychologique qui recouvre tous les aspects de la personnalité de l’empereur sans pour autant être ardue, cette biographie regorge de détails amusants qui constituent la petite histoire, laquelle donne tout son piquant à la grande. 

Lire le Napoléon d’Emil Ludwig après avoir lu tout ce qui a déjà été écrit sur lui, c’est un peu comme relire Le Petit Prince à l’âge adulte après l’avoir lu enfant ; c’est découvrir le sens caché d’une même histoire. Un incontournable pour les esprits napoléoniens, un délice pour les esprits curieux…

IMPERATORE1

————-

Ce livre a connu plusieurs éditions , dont la dernière date de 2012.

Sur cet écrivain méconnu, lire cette notice: http://fr.wikipedia.org/wiki/Emil_Ludwig

 

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( 1 janvier, 2015 )

Ile d’Elbe, 1er janvier 1815…

N14

« Le 1er janvier 1815, Sa Majesté reçut nos félicitations ; il y eut bal et concert. J’eus l’honneur de dîner avec Sa Majesté, Madame Mère, la princesse Pauline, Son Excellence M. le Grand-Maréchal, M. le général Drouot, le colonel Malet [Mallet], le maire de la ville, le président de la Cour et l’intendant civil et militaire de l’île. Le repas fut gai. Sa Majesté en fit presque tous les frais. » (Guillaume Peyrusse, « Mémoires »).

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( 1 janvier, 2015 )

1 8 1 5 !

Que d’événements nous réserve la dernière année de l’Empire ! Il y a le départ si soudain de Napoléon de son île d’Elbe et son débarquement sur les côtes de France; puis l’inoubliable montée vers Paris !

Et déjà les nuages obscurcissent le ciel impérial… Abasourdies un temps par le retour de l’Aigle, les puissances alliées veulent en finir. La campagne de Belgique va commencer, avec, en point d’orgue, la bataille de Mont-Saint-Jean, dite « de Waterloo »; puis la seconde abdication de l’Empereur, son départ pour l’exil de Sainte-Hélène; une page se tourne…

Au seuil de cette nouvelle année, recevez, ainsi que tous ceux qui vous sont chers, mes vœux les meilleurs pour 2015. J’en profite pour vous remercier de votre fidélité à « L’Estafette ».

Bien cordialement.

Christophe BOURACHOT

Visuel 1815-2015

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( 28 décembre, 2014 )

Dernières nouvelles de l’île d’Elbe…

Vue Portoferraio

« 28 Décembre 1814. L’agent secret que j’ai à Livourne, pour surveiller l’Ile d’Elbe, m’écrit que Bonaparte y continue le même genre de vie, faisant sa principale société de sa mère, de sa sœur et d’une  comtesse de Roanne [ou de Rohan] qui paraît être venue avec des prétentions sur son cœur, au risque d’exciter la jalousie de la princesse Borghèse. Mme Bertrand a perdu le fils dont elle était récemment accouchée et en est désespérée, au point de faire craindre pour ses propres jours. Les quatre bricks anglais, dont la station devant Porto-Ferrajo (Portoferraio] avait donné lieu à beaucoup de conjectures, ont disparu et il n’y reste plus qu’une corvette de la même nation, celle sur laquelle est arrivé de Gênes, depuis peu, lord Campbell. La princesse Borghèse caresse beaucoup la garde de Bonaparte et a donné une gratification de 40 sols par homme, le jour d’une revue à laquelle elle avait assisté. Afin d’arrêter les progrès de la désertion qui se manifestent dans cette troupe, on a recours à mille fables et on lui promet, sous peu, un meilleur sort, mais sans rien spécifier sur la nature de ce prétendu changement. Le roman du mariage de Marie-Louise avec le roi de Prusse a, d’abord, vivement tourmenté Bonaparte; il en parut si furieux que sa mère seule osa l’approcher pendant un jour entier. Mais, le lendemain, il reçut de Vienne des lettres qui le. Rassurèrent et il fit mettre Je démenti de cette nouvelle à l’ordre du jour de sa Garde. Il débarque, dans l’Ile, beaucoup moins d’étrangers qu’auparavant ; mais, en échange on y fait une grande importation de fables absurdes sur ce qui se passe en France. La dernière nouvelle apportée, par exemple, à Porto-Ferrajo [Portoferraio], était que la Normandie venait de se soulever, que des troupes avaient été envoyées contre les rebelles, qu’elles avaient passé de leur côté et que la France entière redemandait Bonaparte. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.189-190).

—–

Complément.

Cette « comtesse de Roanne » ou de Rohan est cette dame de Rohan-Mignac mentionnée par André Pons de l’Hérault dans ses « Souvenirs » qui débarqua à l’île d’Elbe, accompagné de son fils âgé d’une d’environ douze ans et venant de Malte. On souligne sa vulgarité et ajoute  que « la demeure était vite devenue le rendez-vous des oisivetés civiles et militaires ». Cette curieuse femme, dont on ignore véritablement le but en débarquant à Portoferraio,  rencontra notamment l’Empereur, Madame Mère et Pauline Bonaparte. Elle ne fit que séjourner à l’île d’Elbe qu’elle finit par quitter. Voir mon édition du témoignage de Pons (Les Éditeurs Libres, 2005, pp.229-232).

Rappel sur l’auteur de ces rapports diffusés sur « L’Estafette » depuis plusieurs mois :

En 1799, le comte Jules Anglès (1778-1828) entre à l’École Polytechnique. En 1806, on le retrouve comme auditeur au Conseil d’État, puis intendant en Silésie, la même année. En 1809, il est en Autriche et devient maître des requêtes au Conseil d’État, chargé du 3ème arrondissement de la Police générale englobant les départements italiens. Au début de la première Restauration, Anglès est nommé par Louis XVIII « Commissaire du gouvernement provisoire à la police générale de la police du Royaume par intérim », dépendant du comte Beugnot, ministre de l’Intérieur. En décembre 1814, Anglès prend définitivement la Direction de la Police du Royaume, par suite de la nomination de Beugnot comme ministre de la Marine. Durant les Cent-Jours, il suit Louis XVIII à Gand, en Belgique et ne revit à paris qu’après Waterloo ; en septembre 1815 il devient préfet de police de Paris (jusqu’en décembre 1821). Ses rapports viennent compléter les Bulletins que le comte Beugnot adresse quotidiennement à Louis XVIII.

Comte Jules Angles

 Le comte Jules ANGLES

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( 23 décembre, 2014 )

Les «gobes-mouches»…

Mathieu de Montmorency

Mathieu de Montmorency-Laval (1786-1826).

Lettre de G. de Fontenac au comte Mathieu de Montmorency.

Rome, 23 décembre 1814.

Beaucoup d’Anglais reviennent de l’île d’Elbe et rapportent des détails très rassurants sur un homme dont ferait bien de ne plus parler ou du moins, de moins parler. Les Anglais mettent une fausse générosité à le plaindre et une sotte originalité à admirer le ton qu’il a. Le fait est qu’il les reçoit très bien et donne, comme un oracle, sur les destinées du monde, des prédictions que les gobes-mouches recueillent. Dans ces prédictions il ne ménage point l’Angleterre et annonce sa décadence prochaine. Il écrit ses « Mémoires » [Ce qui est faux en réalité]. Je trouve ces pèlerinages bien inconsidérés ; mais ils n’ont aucune influence sur l’Italie qui est fort tranquille.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.440).

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( 20 décembre, 2014 )

« Porte-drapeaux des armées de Napoléon », n°21.

Paru jeudi dernier (18 décembre), ce nouveau numéro représente le porte-étendard du 1er régiment de carabiniers (ici encore dans son emballage). Le prochain, dans quinze jours, sera le porte-drapeau de la 19ème demi-brigade d’infanterie légère. En kiosque, 11.99 euros.

H21

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( 12 décembre, 2014 )

Lettres d’Espagne… (3 et fin).

Lettres d'Espagne... (3 et fin). dans TEMOIGNAGES 81-001373

Suite et fin de cette intéressante correspondance.

Burgos, 25 mai 1811.

 Comment se fait-il que, depuis ma dernière [lettre], je n’aie point reçu de vos lettres ? Vous ignorez combien je suis impatient de savoir si vous êtes toujours en bonne santé et si Perrette a repris ses roses et sa gaieté. Je ne serais tranquille qu’à votre première… [lettre ?] J’ai écrit au général, à son hôtel, à Paris, dont il m’avait donné l’adresse. Je lui ai témoigné le plaisir que m’a donné l’espoir de retourner bientôt à Paris dans les vieux grenadiers et lui prouver la vive reconnaissance que ses promesses m’ont inspirée. Il est certain que le cadre de notre régiment est rappelé par S.M. l’Empereur pour former celui du 2ème régiment de grenadiers. J’ai vu M. le colonel Bodelin à Burgos ; il m’a reçu avec aménité et m’a renouvelé les promesses faites à notre brave parent. Il m’a porté en notre et a sans doute parlé à mon colonel –major, M. Longchamp, puisque la nomination qui était en arrière a été accélérée et que j’ai été nomme fourrier dans la   1ère compagnie du 1er bataillon du même régiment, le 23 mai 1811. Mon adresse est donc changée.Connaissant votre cœur et l’intérêt paternel que vous me portez, je suis persuadé que la nouvelle de mon avancement va faire disparaître les chagrins et diminuer les inquiétudes de mon absence, parce que vous ferez succéder à la qualité de fourrier des tirailleurs celle de fourrier des grenadiers de la Vieille Garde et, à l’Espagne, le nom le plus agréable de la capitale ; avant deux mois nous présumons y être arrivés.

Burgos, 30 juillet 1811.

Je crois que je vous ai marqué dans ma dernière lettre que nous devions partir pourla Francele 20 de ce mois pour le plus tard. Je m’étais trompé. Je ne prévoyais pas combien il se rencontrerait de difficultés. Je ne puis les attribuer qu’au peu d’intérêt qu’y prennent les chefs supérieurs qui ne profitent pas de l’avantage que nous donne le décret de Sa Majesté. Les officiers et sous-officiers qui doivent remplacer nos officiers et sous-officiers sont nommé s et arrivés, à l’exception des sous-officiers qui sont à Valladolid avec le régiment de fusiliers-chasseurs est ne partie cause de la lenteur qu’on y met, en ce qu’étant dans les montagnes depuis longtemps, les ordonnances qu’on lui a dépêchées ignorent où elles peuvent le trouver et ne l’ont point encore atteint. Vous pouvez m’écrire sans hésiter à Burgos la réponse à  la présente. Je pense que nous resterons assez longtemps pour goûter le plaisir de la recevoir. Défaites-vous donc de vos inquiétudes sur mes besoins. Je suis au centre de l’abondance tant en argent qu’en vivres. Je vis avec mon sergent-major d’une manière très aisée et me trouve quelquefois à même de soulager beaucoup de malheureux soldats qui ont à peine de quoi exister. Vous pouvez penser qu’une telle position me fait éprouver bien des douceurs dont j’étais privé étant caporal. J’ai fait la connaissance du fils d’un de vos anciens amis, D…, de Cusset, sergent-major dans le 2ème voltigeurs dela Garde et avant fusilier-chasseur. Nos caractères et notre manière de penser se sont parfaitement accordés. Nous nous sommes promis une amitié éternelle. J’ai cru voir en lui des qualités assez belles pour me faire désirer qu’il tint son engagement comme je suis décidé à garder le mien. Nous nous écrivons ; il est depuis quelque temps à Logroño, garnison charmante que j’ai regrettée, mais que je ne changerais pas pour Burgos où je trouve encore plus d’avantages.

Au passage de mon ancien régiment ici, j’ai eu le plaisir  de rencontrer et de recevoir le mieux qu’il m’a été possible, plusieurs de mes camarades d’infortune. Je veux dire de ceux avec lesquels je suis parti de Clermont [-Ferrand].

Burgos, 2 septembre 1811.

Peu de jours après l’envoi de ma dernière lettre de Burgos, nous reçûmes l’ordre de partir pour Valladolid où nous pensions rester quelque temps et où nous ne fîmes seulement pas séjour. Nous dirigeâmes notre marche sur Astorga, dans la province de Léon et frontière de Galice ; ville assez forte, où s’étaient retranchés plus de 40,000 Espagnols ou Anglais, principalement des premiers. Nous brûlions tous du désir de les rencontrer, nous flattant de pouvoir nous venger des courses fréquentes et presque toujours inutiles que nous n’avions cessé de faire pour joindre les partis qui occupent les montagnes. Nous fûmes encore trompés ; ils n’osèrent pas nous attendre. Supérieurs en nombre et par leur position, ils s’enfuirent à notre approche. Notre cavalerie les poursuivit à plus de six lieues d’Astorga, fit quelques prisonniers et leur tua plus de mille hommes. Nous sommes restés plusieurs jours au bivouac sous ses murs, sans pouvoir nous écarter hors de la ligne des factionnaires, rationnés en pain et en viande, ce qui ne nous était arrivé depuis longtemps, faute de vivres, et exposés à la chaleur dévorante d’un ciel six fois plus chaud que celui de France. Enfin, malgré notre colonel qui est la seule cause que nous ne sommes pas en France et qui ne pouvait se résoudre à nous laisser partir, l’ordre positif est arrivé.

Nous avons fait, pour venir à Valladolid, en trois jours, le même chemin que nous avions fait en six, c’est-à-dire 56 lieues de poste. Vous pouvez penser qu’une telle route nous exténués et que nous aurons bien besoin du triple séjour qu’on nous accorde. Je présume que je serai bien près dela France, si je n’y suis pas encore, lorsque vous recevrez la présente. Aussitôt après, écrivez-moi à Bordeaux, poste restante.

J’espère avoir le plaisir de vous voir à Bayonne Monsieur M…, dont vous m’avez parlé dans une de vos lettres et être plus heureux que la dernière fois ; J’ai trouvé ici A…, fils du greffier. Nous sommes très liés ; nos caractères sympathisent parfaitement. Il était fusilier-chasseur lorsque je le vis à Angers pour la première fois depuis qu’il est soldat. Maintenant il est musicien dans le même régiment. Comme ça ne mène à rien et que je lui suis très attaché, j’aurais mieux aimé le voir fusilier, pouvant prétendre, par la bonne éducation qu’il avait reçue et des qualités brillantes à un prompt avancement. Ne vous mettez pas en peine sur mes besoins pécuniaires. Si je n’ai pas assez pour ma route, je demanderai en passant à Bayonne un ou deux louis à M. M… Je vous en ferai aussitôt part. Je ne crois pas cependant être obligé à cette nécessité. J’en aurai plus besoin à mon arrivée à Paris pour me mettre au niveau des anciens sous-officiers. Mon adresse actuelle est à la 1ère compagnie du 1er bataillon du 2ème régiment des grenadiers de la Garde.

Je vous embrasse.

Le 4 octobre 1811, dans une lettre écrite de Bordeaux, le fourrier Franconin écrivait : « Je respire donc enfin l’air salutaire de ma patrie ! ». Il continuera de gravir les échelions de la hiérarchie militaire : sergent-major lors de la campagne d’Allemagne, en 1813,  il est lieutenant en second lors de celle de France.  Il se retrouve à l’île d’Elbe lors de l’exil de l’Empereur, dans les rangs du fameux Bataillon (4ème compagnie) constitué par Napoléon. La dernière année de l’Empire, celle de Waterloo, trouve Franconin avec le grade de lieutenant en premier, sous-adjudant-major. Sa carrière se poursuivra sous la seconde Restauration, puis sousla Monarchie de Juillet. Il participera à la conquête de l’Algérie et sera sérieusement blessé en novembre 1836, lors de la prise de Constantine. Retraité en 1849, il s’éteint sous le Second Empire, en 1857.

 

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( 11 décembre, 2014 )

Au hasard de mes lectures…

Au hasard de mes lectures...

Retour sur 2 témoignages…

J’ai relu récemment les « Souvenirs »du comte de Lignières et les « Mémoires » du général de Lorencez. Ces deux titres ont été réédités en 2005 sous le label A la Librairie des Deux Empires (à cette époque devenu la propriété de la société LCV Services). Le texte de Marie-Henry, comte de Lignières, dès les premières pages, nous rend ce personnage sympathique. L’homme est cultivé, joue aisément du piano et sait tout autant faire le coup de feu quand il le faut.  Après avoir effectué un passage à l’École militaire de Fontainebleau, il rejoint les rangs du 59ème de ligne. Il participe aux campagnes de Prusse et d’Espagne, effectue un passage sur la frégate l’Alcmène avant d’être nommé dans la Vieille Garde, plus exactement comme lieutenant en premier au 1er régiment de chasseurs à pied. C’est dans cette unité qu’il fait la campagne de Russie. Son récit devient alors plus étoffé. Nous ne sommes plus en 2014 mais en 1812, sur les bords de la Bérézina : « Nous crevions de faim. »  déclare l’auteur. Lignières survit à l’enfer blanc et combat encore en Allemagne, en 1813.  La campagne de France n’est pas abordée et les Cent-Jours ne le sont que très brièvement. Bien plus tard, en 1840, l’auteur est en garnison à Alger, où il se retrouve sous les ordres du célèbre général Berthezène, un autre ancien combattant des guerres de l’Empire, devenu commandant en chef en Algérie.

Les « Mémoires » du général de Lorencez, écrits avec un peu plus de sobriété n’en présentent pas moins un intérêt certain. Ce personnage qui épousa une des filles du maréchal Oudinot et fut beau-frère du général Pajol, est un fin observateur. Après avoir combattu dans les rangs de l’armée des Pyrénées, nous le retrouvons engagé dans la campagne d’Italie, présent aux batailles de Loano, de Mondovi, de Lodi et d’Arcole. En décembre 1804, alors colonel, Lorencez prend le commandement du 46ème de ligne. Il se bat à Austerlitz et plus tard à Iéna.  Il  est présent à Eylau : « L’infanterie russe marchait en même temps que nous; la mêlée fut vive, mais elle fut courte. Le 46ème s’y maintint malgré une canonnade épouvantable de toute la ligne russe, qui mit le quart de mon monde hors de combat », écrit l’auteur. Il est de nouveau présent  sur le terrain lors des batailles d’Heilsberg et de Friedland. En 1809, Lorencez se bat en Autriche avant de se retrouver en Russie. Après avoir obtenu un congé de trois mois en France « bien nécessaire à ma santé, fort ébranlée », écrit-il, le voici en pleine campagne d’Allemagne, à la tête de la 3ème division du corps d’observation d’Italie. Il ne prit pas part à la campagne de France. Il reprend du service après le retour de l’Empereur en France, en mars 1815, chargé de former des bataillons de la Garde nationale dans les différents départements.

C.B.

(Marie-Henry, comte de LIGNIERES, « Souvenirs d’un chasseur à pied de la Vieille Garde », A la Librairie des Deux Empires, 2005 , 200 pages.)

Général de LORENCEZ « Mémoires  (1794-1815) », A la Librairie des Deux Empires, 2005, 220 pages.)

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( 6 décembre, 2014 )

Napoléon surveillé…

Navire île Elbe

Extrait d’une dépêche du colonel Campbell et adressée à Lord Castlereagh.

Lord Castlereagh était le secrétaire d’État aux Affaires étrangères britannique. Dans cette dépêche on peut y voir un Campbell lucide, soulignant l’éventualité du paiement de la rente que devait verser Louis XVIII à Napoléon, selon les clauses du Traité de Fontainebleau. Mais les Bourbons ne respecteront pas leurs engagements.  «Qu’il me soit permis de répéter mon opinion, que si les moyens de subsistance que Napoléon avait le droit d’attendre du Traité de Fontainebleau lui sont accordés, il restera ici parfaitement tranquille, à moins qu’il ne se présente quelque circonstance en Italie ou en France. Il ne dissimule pas son opinion à l’égard de ce dernier pays, soit sur ses dispositions actuelles, soit sur ce qu’il peut attendre de l’avenir.

J’exerce une stricte surveillance sur tous les bâtiments appartenant à cette île [l’île d’Elbe], dont j’ai l’honneur de transmettre la liste à Votre Seigneurie, la même que j’ai transmise à l’amiral Penrose, commandant la flotte de l’île d’Elbe ». Dépêche du 6 décembre 1814 [1].

 


 [1] L’extrait de cette dépêche est reproduite dans l’ouvrage d’Amédée Pichot, « Napoléon à l’île d’Elbe. Chronique des événements de 1814 et de 1815. D’après le Journal du Colonel Sir Neil Campbell, le Journal d’un détenu et autres documents inédits peu connus pour servir à l’histoire du Premier Empire et de la Restauration. Recueilli par Amédée Pichot », E. Dentu, Éditeur-Revue Britannique, 1873, pp. 318-320.

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( 4 décembre, 2014 )

Porte-drapeaux des armées de Napoléon n°20

Paru ce jeudi, ce nouveau numéro représente le porte-drapeau du bataillon des vélites de Turin (ici encore dans son emballage). Le prochain, dans quinze jours, sera le porte-étendard du 1er régiment de carabiniers. En kiosque, 11.99 euros.

H21

 

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( 3 décembre, 2014 )

Phrase prémonitoire !

N1

« Je suis persuadé qu’un long repos est impossible à Bonaparte et, qu’après qu’il aura cessé de craindre le Congrès [de Vienne], il machinera quelque plan pour sortir de son île et pour troubler encore le monde ! »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814 d’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Editeur, 1897, p.167, 3 décembre 1814).

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( 30 novembre, 2014 )

A Nantes et à Lyon…

« 30 Novembre 1814. — Ces jours derniers, il a été ramassé, dans un corridor du théâtre de Nantes, deux cartes sur lesquelles on répétait la fable de la descente de Bonaparte en Italie, avec un corps de troupes. Une vingtaine d’autres cartes semblables ont été trouvées, en paquet, dans un des coins sombres du théâtre et ont été aperçues par un des commissaires de police. Il est évident que quelques individus sont, en ce moment, animés d’un esprit d’animosité contre le gouvernement. Depuis quelque temps, les preuves s’en multiplient à Nantes, mais le préfet me fait remarquer qu’elles portent un caractère de précaution et de lâcheté, car nul ne se compromet. Ce sont des lettres anonymes, des billets jetés durant la nuit, des propos dont on ne saurait trouver la source.  […] Les nouvelles que je reçois de Lyon confirment cet état d’animosité contre le gouvernement actuel, car j’apprends que des perturbateurs, en sens inverse des ultra-royalistes, ont essayé quelques manœuvres. Une ode contre les Bourbons et en faveur de Bonaparte a circulé, manuscrite, dans la ville. L’un des commissaires de police s’en est procuré une copie et l’a remise au préfet, M. de Bondy, Il s’est aussi procuré une médaille de plomb que les bonapartistes portent à un cordon noir, en signe de ralliement. Cette médaille, de la dimension d’un petit écu, offre d’un côté l’effigie de Bonaparte avec cette légende : « Napoléon Ier empereur des Français » et, de l’autre, un aigle couronné avec ces mots en exergue : « Il vint à Lyon le 20 germinal an 13 ». L’individu qui en était porteur sera interrogé; rien ne sera négligé, pour découvrir l’atelier où se frappent ces médailles qui offrent tous les caractères d’une fabrication récente. « 

(Georges FIRMIN-DIDOT, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.164-166).

 

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