( 10 décembre, 2018 )

Paru récemment…

Couv-PEYRUSSE-carré

« Il arrive parfois, qu’au détour des pages glorieuses de l’Epopée, apparaisse un personnage oublié ou méconnu. Guillaume Peyrusse, qui fut un des collaborateurs de Napoléon, en fait partie. Entré en 1805, l’année d’Austerlitz, dans les bureaux du Trésor de la Couronne, Peyrusse va débuter une carrière fulgurante. En 1809, alors que se prépare la campagne d’Autriche, Peyrusse est nommé Payeur du Trésor de la Couronne à la suite de l’Empereur.  Dès le lendemain de cette nomination, qui le rapproche de Napoléon, il suit la Grande-Armée. 

C’est là que débute son passionnant témoignage.

Il va raconter notamment toutes les campagnes auxquelles il participe, les batailles dont il est témoin, toujours placé non-loin de Napoléon.

En 1812, débute une des plus fameuses campagnes de Napoléon : celle de Russie. G. Peyrusse suit l’Empereur, toujours en tant que Payeur du Trésor de la Couronne. Cette fonction lui va décidément à ravir, lui, dont la rectitude dans les comptes est légendaire. Aux batailles menées par Napoléon, il oppose des batailles de nombres. Son armée est composée de milliers d’opérations, de colonnes noircies à la plume par des combats d’additions et de soustractions qui doivent donner en finalité un résultat exact. C’est quelquefois pour lui un vrai casse-tête. Mais il n’oublie pas relater tout ce qu’il voit : la bataille de Borodino, Moscou, la ville aux mille clochers, l’incendie dantesque dont elle sera la proie et plus tard l’enfer blanc, ce froid, cette neige qui décimeront la Grande-Armée de l’Empereur, et le fameux passage de la Bérézina qui a tant marqué les esprits !

G. Peyrusse fait partie des survivants. Le voici en Allemagne, où il aura à peine le temps de se reposer. En ce début 1813, il doit suivre Napoléon dans la nouvelle campagne qui commence. En avril, il est à Mayence ; en mai, Peyrusse assiste aux batailles de Lützen et de Bautzen ; en août, il est témoin de la bataille de Dresde qui verra la mort du fameux général Moreau dans les rangs ennemis. Puis ce sera celle de Leipzig, le 16 octobre 1813, que Peyrusse qualifie « d’effroyable boucherie ». En janvier 1814, il est de retour à Paris. L’Empire est menacé. L’héroïque campagne de France commence. Elle est ponctuée par des noms de lieux, qui sont autant de combats et de batailles menés avec courage par les troupes de l’Empereur : Brienne, Champaubert, Montmirail, Vauchamps…

Mais tout est bientôt fini. Napoléon doit abdiquer. G. Peyrusse assiste aux émouvants Adieux de Fontainebleau, le 20 avril 1814, puis c’est le départ pour l’exil: l’île d’Elbe.

Durant cet intermède, il joue un rôle capital auprès de Napoléon : c’est lui qui occupe les fonctions de « Trésorier général de l’Empereur et Receveur général de l’île ». Celui que Napoléon aime à appeler, avec son accent si particulier, Peyrousse, a su obtenir la confiance du souverain.

Le 26 février 1815, lorsque l’Aigle prend soudain son envol, lorsque Napoléon décide de revenir en France, G. Peyrusse le suit et note tout, depuis le débarquement de la petite armée de l’Empereur à Golfe-Juan jusqu’ à son arrivée triomphale à Paris. Au soir du 21 mars, aux Tuileries,  Napoléon est accueilli par une foule en délire; moments d’une intensité incommensurable !

Deux jours après, l’Empereur nomme G. Peyrusse, Trésorier général de la Couronne. Il s’installe non loin du cabinet du souverain, se tenant toujours prêt à répondre à ses sollicitations. Peyrusse, travailleur infatigable, entreprend alors de remettre en ordre les comptes fastidieux de l’Empire. Resté à Paris, il ne participe pas à la campagne de Belgique. Le 21 juin 1815, à trois heures du matin, il apprend la défaite de Waterloo… Tôt ce même jour, Napoléon arrive à l’Élysée et convoque aussitôt Peyrusse afin de remettre de l’ordre dans ses finances. Mais l’Histoire suit son cours inexorable : l’Empereur  doit abdiquer pour la seconde fois.

 « Je rentrai aux Tuileries le cœur navré », écrit-il, après avoir rencontré Napoléon une ultime fois au château de Malmaison et assisté à son départ pour un exil, cette fois, définitif…

Ce sont les « Mémoires » de ce personnage attachant que nous vous proposons de découvrir, et ce dans une version intégrale. En effet, Christophe Bourachot, commentateur de cette nouvelle édition, a pu avoir accès au manuscrit original écrit de la main de Guillaume Peyrusse. L’ensemble a été complété par de nombreuses notes qui viennent éclairer cet important témoignage. »

Site internet de l’éditeur AKFG: http://akfgedition.com/product/baron-guillaume-peyrusse

Logo

Publié dans A LA UNE !,INFO,ON EN PARLE...,TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 10 décembre, 2018 )

Le maréchal Ney royaliste…

Ney

Extrait du témoignage du chevalier de Villebresme, lequel est un royaliste de longue date. Villebresme a bien connu Ney durant la première Restauration (1814) : « Pour mon compte, je reçus le brevet de colonel à dater du 3 septembre 1814, la régularisation par la chancellerie de ma croix de Saint-Louis et la décoration du Lys. Enfin, sur ma demande, mon neveu Frédéric fut admis aux mousquetaires et je restai quelque temps à Paris pour le présenter à ses chefs. Lorsqu’il n’eut plus besoin de moi, je revins à Châteaudun où je passai mon hiver. C’est là que je connus le maréchal Ney qui habitait sa terre des Coudreaux qu’il avait achetée en 1808 à M. de Flers. Pendant l’Empire, bien que Moréville fût très rapproché des Coudreaux, nos relations avaient été froides, mais depuis qu’il avait embrassé chaudement les principes de la légitimité, j’éprouvais un vrai plaisir à fréquenter cet héroïque soldat, que le duc d’Angoulême vint voir au mois d’août. Je ne pensais guère alors qu’il allait bientôt oublier ses serments et tomber misérablement sous les balles d’un peloton d’exécution. Il était cependant devenu sincèrement royaliste et je ne peux m’expliquer comment il trahit ses engagements et apporta au Tyran le prestige de son nom, car je l’ai entendu déclarer maintes fois que Napoléon était le fléau de la France. Le maréchal Ney était un grand cœur, mais un caractère très faible et je suis convaincu qu’il s’est laissé entraîner sans trop réfléchir aux conséquences de sa conduite. Je ne suis pas de ceux qui approuvèrent sa mort, mais je dois reconnaître que, vu l’état des esprits au second retour du Roi, un exemple était nécessaire pour mettre fin aux menées et aux provocations des bonapartistes qui ne trouvaient sans doute pas suffisant d’avoir attiré deux fois le fléau de l’invasion. Lorsque la nouvelle du débarquement du Golfe Juan arriva à Paris, le maréchal Ney reçut l’ordre de rejoindre son gouvernement de Besançon j’allai lui faire mes adieux et lui demander des instructions, il me répondit textuellement « Ne vous inquiétez pas, car c’est une simple échauffourée, et quatre gendarmes suffiront pour arrêter ce Bonaparte dont la France ne veut plus. » Quelques instants après il quittait les Coudreaux par la porte dite d’Espagne qui avait vu passer tant de fourgons chargés de butin. Les généraux de la Révolution et de l’Empire s’enrichissaient facilement des dépouilles des vaincus. J’avais encore une vive sympathie pour un de nos voisins, le colonel de Bergeret, qui habitait le château de la Varenne. Pendant son séjour aux Coudreaux, le duc d’Angoulême avait signé à on contrat pour lui témoigner l’estime qu’il avait de son caractère chevaleresque, et il le méritait. Il avait fait toutes les guerres de l’Empire et avait échappé aux neiges de Russie. Ses récits militaires étaient extrêmement intéressants et instructifs; il est regrettable qu’il ne les ait pas écrits. Grand admirateur du maréchal Ney, sous les ordres duquel il avait longtemps servi, il ne pardonna guère sa mort au gouvernement de la Restauration auquel  il était cependant attaché. Il comparait volontiers la conduite au maréchal à celle du général de Bourmont qui, bien que général vendéen, avait aussi trahi ses serments au Roi, puis, la veille de Waterloo, avait abandonné son drapeau lorsqu’il vit que la défaite tait certaine. Pour celui-là, disait le colonel, il eût été de toute justice de le faire fusiller au lieu de le combler d’honneurs , et  était aussi mon avis. Il y a des gens qui tournent avec le vent et trouvent toujours le moyen de satisfaire leur ambition, mais si leur conscience ne leur reproche rien, l’estime des honnêtes gens leur est refusée. »

(« Souvenirs du chevalier de Villebresme, mousquetaire de la garde du Roi, 1772-1816… », Berger-Levrault et Cie, 1897, pp.191-193).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 9 décembre, 2018 )

A propos de la campagne de France (1814)


Meissonier 1814« Napoléon n’avait pour lui que l’armée. Encore les chefs étaient las de la guerre et ne désiraient que du repos pour jouir de leurs honneurs et de leur grande fortune. Partout on entendait des imprécations contre l’Empereur. Ses soldats, sa garde surtout, partageaient cette défaveur. Cette garde, habituée à vivre en pays conquis, s’oubliait quelquefois avec ses concitoyens. Un jour, en ma présence, un grenadier à cheval de la Garde renversa un vieillard et répondit insolemment, en les traitant de tas de pékins, à quelques personnes qui lui firent des observations d’une manière très convenable.
Un rassemblement, formé par des passants, se rua sur ce militaire, et on lui aurait fait un mauvais parti si d’autres personnes plus calmes n’avaient trouvé moyen de le faire éloigner. Il n’y avait pas de famille qui n’eût à demander compte de la perte d’un de ses membres. Avec Napoléon, disait-on, c’est la guerre partout et toujours; pas de paix possible avec cette ambition démesurée.

Voilà ce qui peut expliquer, sans la justifier, cette absence de patriotisme en présence de l’ennemi. Dans le Midi surtout, nos pauvres soldats eurent beaucoup à souffrir du mauvais vouloir des populations. Réveillé-Parise [ancien chirurgien], qui a assisté à la bataille de Toulouse, m’a dit souvent que ce qui faisait la force des Anglais, c’était la coupable sympathie qu’ils rencontraient dans nos concitoyens, lesquels se montraient hostiles et cruels pour nos armées. Et cependant si le maréchal Suchet avait amené les douze mille hommes qu’il avait à Narbonne, les Anglais auraient été écrasés; mais il ne voulut pas se réunir à Soult, son ancien d’âge et de maréchalat, et devenir son subordonné. On a toujours cru que la maréchale Suchet n’avait pas été étrangère à cette détermination; elle se montrait dans toutes les occasions fière et hautaine; il fallait presque avoir fait ses preuves de noblesse pour être admis à sa table, comme pour monter dans les voitures du roi. Etant accouchée à Saragosse, elle voulut que son enfant fût présenté à l’église dans une cuirasse. »

(Docteur Poumiès de la Siboutie », « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp. 136-137).

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 9 décembre, 2018 )

Lettre d’un vosgien en 1815…

Dans l’est de la France le gouvernement impérial fut reconnu sans obstacle et les populations accueillirent avec joie la chute des Bourbons. Nous ne citerons que cette lettre qu’un habitant de Saint-Dié, G. Gley, le savant ecclésiastique, envoyait à Paris le 19 avril 1815. 

Arthur CHUQUET. 

Saint-Dié, le 19 avril 1815.

Note. L’Empereur peut compter sur les Vosges plus que sur aucun autre département de l’Empire.  Il n’y a pas eu un moment d’hésitation et tous les habitants montrent la plus ferme résolution de défendre courageusement leurs montagnes, si elles venaient à être attaquées.  Voici ce qui s’est passé ici depuis un mois et l’on a tenu la même conduite dans les autres arrondissements des Vosges.  A la première nouvelle que l’Empereur était arrivé à Paris, les militaires qui se trouvaient ici parcoururent les rues en portant le drapeau tricolore.  On remplaça le buste et le portrait de l’Empereur à la maison commune et le maire fit battre la caisse successivement dans les différentes rues, et y fit lire la feuille du Moniteur qui veniat d’arriver.  Il y a ici, comme dans tout le département, des hommes  que leurs principes attachaient à l’ancien Gouvernement. Ils parurent d’abord très peu contents de tout ce qui se passait.C’était moins par attachement pour la personne des Bourbons, que par crainte de voir revivre l’ancien système de conquête et d’envahissement. Ils se sont d’abord tranquillisés, par les déclarations pleines de modérations et de sagesse, qui en différentes occasions, sont sorties de la bouche de l’Empereur. La marche de ses conseils augmente la confiance.  Aujourd’hui les hommes de 20 jusqu’à 60 ans paraissent à la  commune afin de donner leurs noms pour la formation des cohortes nationales. Ce n’est plus cette hésitation que l’on remarquait lorsqu’on voulut prendre les mêmes mesures au mois de décembre 1813.  Alors plusieurs circonstances arrêtaient ceux qui étaient les mieux disposés.  Aujourd’hui les sentiments sont tout autres.  Quelles que soient les opinions, tout le monde s’entend pour dire que la cause de l’Empereur est devenue celle de la Patrie et qu’il faut tout oser pour se défendre, si elle est attaquée. 

G.GLEY. 

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 9 décembre, 2018 )

« Je suis l’arrière-garde de la Grande-Armée… »

NEY

A l’issue de la campagne de Russie, le général Mathieu Dumas, intendant de la Grande-Armée, fait une rencontre inattendue…

« Nous étions enfin hors de cette terre maudite, le territoire de Russie. Les Cosaques ne nous poursuivaient plus avec autant d’ardeur; à mesure que nous avancions sur le territoire prus sien, nous trouvions de meilleurs gîtes et des ressources. Le premier endroit où nous pûmes respirer, fut Wilkoviski , et ensuite Gumbinen, où je descendis dans la maison d’un médecin, que j’avais occupée à mon premier passage. On venait de nous y servir à déjeuner d’excellent café, lorsque je vis entrer un homme vêtu d’une redingote brune; il portait une longue barbe; son visage était noirci et semblait brûlé; ses yeux étaient rouges et brillants. « Enfin me voilà ! » dit-il; « Eh quoi ! Général Dumas, vous ne me reconnaissez pas ?» — « Non ; qui êtes-vous donc ? » — « Je suis l’arrière-garde de la Grande-Armée, le  maréchal Ney. J’ai tiré le dernier coup de fusil sur le pont de Kowno; j’ai jeté dans le Niémen la dernière de nos armes, et je suis venu jusqu’ici à travers les bois. » Je laisse à penser avec quel empressement respectueux nous accueillîmes le héros de la retraite de Russie. II prit son quartier dans cette maison, et nous partîmes pour nous rendre par Insterbourg et Welhau à Königsberg. »

(Lieutenant-général comte Mathieu DUMAS, « Souvenirs… », Tome III, Librairie de Charles Gosselin, 1839, pp.484-485)

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 9 décembre, 2018 )

Le couvre-chef de Napoléon en Russie…

A notre connaissance, trois auteurs, dont une femme, ont parlé du singulier couvre-chef de l’Empereur, lors de la retraite de Moscou, depuis Mojaïsk (avant Smolensk au retour) jusqu’à Varsovie : l’abbé de Pradt, notre ambassadeur en Pologne, qui vit Napoléon à son passage en traîneau ; Mme Armand Domergue, qui fit la retraite dans les équipages de l’Empereur et passa derrière lui le pont de la Bérézina ; enfin, Duverger (« Mes aventures dans la campagne de Russie »). Ces trois auteurs sont d’accord pour nous dire qu’outre sa pelisse de fourrures à la polonaise, que portait l’Empereur sous sa légendaire redingote grise, il avait sur la tête un bonnet fourré en velours vert, attaché sous le menton par de longs rubans noirs, avec un énorme gland d’or pendant en arrière. Ces rubans noirs semblaient [être] de bien tristes augure à Mme Armand, une des comédiennes du Théâtre français de Moscou.

Il faut ajouter que l’Empereur se trouvait très bien sous ce costume, qui ne lui allait pas du tout, à cause de son obésité précoce et de sa petite taille ; tandis que ces fourrures allaient admirablement aux officiers polonais, généralement sveltes et élancés. Aussi, en arrivant à Smolensk, faisant la queue au milieu des soldats débandés, qui se pressaient pour entrer, fut-il bousculé par des gens qui ne le reconnaissaient pas, sous ce déguisement tout nouveau pour eux : et la vérité nous oblige à reconnaître qu’il apostropha fort incivilement les officiers qui se permettaient de le bousculer un peu fort, bien qu’ils se confondissent en excuses.

Docteur BOUGON.

(« La Chronique médicale » n°19, 1912, pp.659-660).

Le couvre-chef de Napoléon en Russie… dans HORS-SERIE SNB19503

Napoléon 1er en Russie. (Lithographie de Verestchaguine, d’après son tableau, « La Retraite »).

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 8 décembre, 2018 )

Napoléon à l’île d’Elbe vu par Guillaume Peyrusse

Napoléon le Grand

Ce témoignage émane du trésorier Guillaume Peyrusse. Ce fonctionnaire, travailleur et homme de confiance, est amené à collaborer quotidiennement avec Napoléon, lors de son séjour à l’île d’Elbe. Peyrusse a laissé un excellent portrait de l’Empereur qui a été reproduit in fine de son volume rassemblant une correspondance adressée à son frère André.

 C.B.

« Pendant mon séjour à l’île d’Elbe, ayant eu souvent l’honneur d’être admis à travailler, à dîner, à jouer avec Sa Majesté l’Empereur, j’ai pu facilement contempler cet homme extraordinaire. A cette époque de sa vie Napoléon avait quarante-six ans ; sa taille était de cinq pieds un ou deux pouces [près d'1m68], sa tête était grosse ; ses yeux bleu claire ; ses cheveux châtains foncés  et rares ; les cils de ses paupières étaient plus clairs que ses sourcils, qui étaient comme ses cheveux ; il avait le nez bien fait et la forme de la bouche gracieuse et d’une extrême mobilité ; ses mains étaient remarquablement belles et éclatantes de blancheur, il avait le pied petit, il était bien fait et bien proportionné à sa taille ; ses gants étaient simples ; sa seule recherche se bornait à une extrême propreté, ses vêtements n’avaient rien de remarquable. On a parlé de son goût pour le tabac, j’ai souvent remarqué qu’il en perdait plus qu’il n’en prenait ; c’était plutôt une manie, une sorte de distraction qu’un besoin réel. Ses tabatières étaient fort simples, ovales, en écaille noire doublées d’or, toutes parfaitement semblables, et ne différant entre elles que par les belles médailles  antiques et en argent qui étaient encastrées sur le couvercle. S.M. portait presque toujours l’uniforme des chasseurs de la Garde, veste et culotte blanches. On a beaucoup parlé du goût passionné de l’Empereur pour les femmes : sans doute S.M. ne fut pas exempte de ces faiblesses amiables ; mais je crois que l’on a singulièrement exagéré leur nombre. L’Empereur trichait au jeu ; souvent nous voulions bien ne pas nous en percevoir, mais S.A. Madame Mère, dont j’avais souvent d’être le vis-à-vis, usait quelques fois d’un droit que nous ne pouvions nous permettre. « Napoléon, vous vous trompez ». S.M., se voyant découvert, passait sa main sur la table, brouillait tout, prenait nos napoléons, rentrait dans son intérieur où nous ne pouvions le suivre, et donnait notre argent à Marchand, son valet de chambre, qui, le lendemain, le rendait aux volés. L’empereur, qui connaissait les hommes, ignorait les femmes ; il n’avait pas vécu parmi elles : aussi ne les comprenait-il pas ; il dédaignait une si futile étude ; ses sensations étaient matérielles, il n’aimait pas les femmes savantes, ni qu’elles sortent de leurs attributions de famille ; une femme était à ses yeux une gracieuse créature, mais l’amour une folle préoccupation ». 

Guillaume PEYRUSSE 

Écrit à Porto-Ferrajo [Portoferraio], le 17 janvier [1815].

—————–

Les « Mémoires » de G. PEYRUSSE viennent de connaître une nouvelle publication réalisée EDITIONS AKFG. Edition établie et annotée par votre serviteur :-)

Un GRAND témoignage sur NAPOLEON et ses campagnes.

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 8 décembre, 2018 )

A table ! (1)

snb16368.jpg

Voici une première série de recettes d’inspiration napoléonienne. Elle est extraite du bel ouvrage « L’Empire à table », d’Anne-Marie Nisbet et de Victor-André Masséna, publié en 1988 par Adam Biro.On remarquera l’extrême simplicité de leur réalisation… Mais assez parlé ! A vos fourneaux ! 

 

POTAGE A L’IMPERATRICE. 

Faites cuire 4 poulets à la broche. Quand ils seront cuits, laissez-les refroidir, levez-en les chairs que vous pilerez avec deux grandes cuillerées de riz qui n’aura cuit qu’un quart d’heure dans l’eau bouillante.Vos blancs de volailles et votre riz bien pilés ensemble, vous délayerez votre purée avec un excellent consommé et vous la passerez à l’étamine.Votre purée passée, mouillez-la avec du consommé afin qu’elle ne soit ni trop épaisse ni trop claire. Vous préparerez vous croûtes, et un quart d’heure avant de servir, mouillez-les avec du consommé bouillant.  Vous mettrez vos débris de volailles dans votre consommé et les laisserez mijoter pendant deux heures sur un petit feu, après quoi vous passez votre bouillon dans un tamis de soie. Faites en sorte que le bouillon n’ait pas trop de couleur. Versez votre purée au moment de servir, que votre portage soit bien chaud et d’un bon sel.  Ce potage se fait aussi au riz que l’on a soin de crever comme de coutume à court-bouillon afin qu’il puisse se mélanger avec la purée. 

(Source : RAIMBAULT (A.), « Le parfait Cuisinier ou le Bréviaire  des Gourmands… », Paris, Delacour, 1810, p.14). 

TIMBALE AUX GRENADIERS DE LA GARDE. 

Garnissez un moule à pâté rond d’une pâte foncée, entourez-le de papier et puis remplissez-le de farine ; découpez le couvercle, et au milieu du couvercle, faites avec la même pâte un bonnet à poil de grenadier. Écrivez autour du couvercle : « Grenadiers de la Garde ». La cuisson opérée, enlevez le couvercle bien intact et conservez-le. Ôtez toute la farine, dorez le dedans avec des jaunes d’œufs, et remettez-le quelques instants au four. Au moment de servir, remplissez  le pâté de grenadiers [grenadins] de veau, de filets de volailles piqués, que vous disposerez en couronne à l’intérieur, et saucez-les avec une sauce à la Périgord. Remettez le couvercle, démoulez et servez sur un plat avec une serviette. Vous servirez, dans une casserole d’argent, des fonds d’artichauts coupés et que vous saucerez également. 

(Source : GRANDI (F.) « Les Nouveautés de la gastronomie princière », Paris, Audot, 1866 p.122). 

ŒUFS MASSENA. 

Éléments : 8 pièces d’œufs pochés ou mollets, 8 fonds d’artichauts assez gros, 8 rondelles de moelle, 1 quart de litre de sauce tomate, 2 décilitres de sauce béarnaise. Préparer 8 œufs pochés ou 8 œufs mollets. Cuire comme à l’accoutumée les fonds d’artichauts bien blancs, les évider de leur foin, les faire légèrement étuver au beurre. Garnir chaque fond de sauce béarnaise, les disposer sur le plat de service. Placer par-dessus un œuf bien chaud et bien égoutté. Napper chaque œuf de sauce tomate et disposer par-dessus une rondelle de moelle pochée agrémentée d’une pointe de persil haché. 

SALADE D’ALBUFERA. 

Éléments : 6 fonds d’artichauts mi-cuits, 1 aile de poulet cuite, 2 blancs de céleri (blanchi), 75 gr de gruyère, 75 gr de truffes crues et noires.  Tourner les fonds d’artichauts en n’y laissant aucune trace de vert. Les cuire à demie dans de l’eau avec 1 jus de citron et 1 demi-verre d’huile. Enlever le foin lorsqu’ils sont froids, les émincer finement, les assaisonner de sel, poivre, jus de citron et huile. Les placer au fond d’un saladier de cristal. Prendre le pied de céleri, enlever soigneusement les fils. Couper en fines tranches et faire blanchir 5 minutes à l’eau salée puis le rafraîchir. Assaisonner de la même manière que les artichauts et les dresser symétriquement en couronne autour des artichauts. 

A suivre.

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 8 décembre, 2018 )

Vers la Bérézina et après. Extrait des « Souvenirs » du général Mathieu Dumas, Intendant de la Grande-Armée…

Passage Bérézina

« L’Empereur ayant fait reconnaître, à cinq lieues au-dessus de Borizow, un point favorable pour l’établissement d’un pont , et ayant détourné l’attention de l’ennemi, en feignant les apprêts d’un passage au-dessous de Borizow, fit construire sous ses yeux, et avec une grande célérité, deux ponts , l’un sur chevalets , pour l’artillerie et la cavalerie, l’autre de pontons, pour l’infanterie. Je reçus l’ordre de diriger sur ce point le trésor et tout ce qui restait des équipages du quartier général. Nous traversâmes Borizow, dont les maisons brûlaient encore : nous suivîmes la route qui borde la rive gauche de la Bérésina, et nous arrivâmes vers dix heures du soir devant les ponts. Il y avait un grand encombrement de voitures d’artillerie : le corps du maréchal Oudinot et la Garde impériale avaient déjà passé sur la rive droite, où l’Empereur avait aussi fait établir son bivouac. J’obtins avec beaucoup de peine de suivre les voitures d’artillerie, et je passai le pont avec la plus grande partie des équipages. Heureusement la gelée avait repris assez fort pour que les voitures pussent traverser le terrain marécageux du rivage et gravir l’escarpement. Le lendemain , pendant la brillante affaire du maréchal Oudinot et du maréchal Ney contre les divisions de Tchichagow, arrivé trop tard pour s’opposer au passage, nous essayâmes de défiler pour prendre la route de Wilna, et nous fûmes entravés dans l’artillerie de la garde qui se formait pour soutenir les troupes du maréchal Oudinot. Le timon de ma voiture avant été cassé dans un fond marécageux, j’eus beaucoup de peine à me tirer de cet embarras. Quoique extrêmement affaibli, je dus mettre pied à terre, et je vis le désordre affreux qui régnait sur les deux rives, et principalement sur la rive gauche et sur le pont. L’arrière- garde du maréchal Victor était vivement pressée par les troupes du général Witgenstein, dont l’artillerie canonnait vivement le pont, et dont le boulet portait jusqu’au milieu de nous. Dans ce moment on apporta le maréchal Oudinot grièvement blessé d’un coup de feu dans les reins ; le docteur Desgenettes me quitta pour aller à son secours. Vers le soir seulement, cet encombrement se débrouilla, et nous pûmes suivre la chaussée jusqu’à environ deux lieues, où nous bivouaquâmes et trouvâmes un abri dans quelques baraques. Le lendemain à la pointe du jour toute l’armée se mit en marche : les ponts furent rompus, sans qu’il fût possible de sauver une foule de malheureux qui restèrent abandonnés sur la rive gauche au pouvoir de l’ennemi. Ce fut pendant cette marche que, traversant les ponts de Zemblin , espèce de chaussée construite en bois de sapin sur chevalets , seul passage à travers un marais d’environ un mille de largeur, nous pûmes juger de l’immensité du danger auquel nous venions d’échapper : en effet, rien n’eût été plus facile à l’ennemi que de couper et incendier ces ponts. Un parti de Cosaques, qui venait de les traverser, avait attaqué dans un village la faible escorte qui accompagnait le maréchal Oudinot : si ces Cosa ques, qui furent bravement et vivement repoussés, s’étaient avisés de mettre le feu à quelques parties de ces ponts, il ne fût plus resté à l’armée aucun moyen de salut, et après une vaine défense il eût fallu se rendre ou périr de faim. Il nous restait encore six ou sept marches à faire pour arriver à Wilna , par Molodeschino , Smorgoni et Ochmiana : le froid devint horrible , et nos pertes deplus en plus considérables ; nous étions débordés sur nos flancs et sans cesse harcelés par les Cosaques; le désordre allait croissant, comme le manque de ressources. En partant de Molodeschino, notre colonne d’équipages fut vivement attaquée par une nuée de Cosaques sur notre flanc gauche. Nous n’étions protégés que par une compagnie de la jeune garde qui marchait en tête des équipa ges de l’empereur : ces équipages étaient suivis des voitures du trésor ; mes voitures venaient ensuite, et derrière moi était celle du comte Daru. J’eus à peine le temps de monter sur un petit cheval polonais qu’on m’amena : mon piqueur était dans ce moment à la queue de la colonne avec les deux chevaux de selle qu’il avait pu sauver à la bagarre du pont. Mon aide de camp, le major Doney, était à cheval et me soutenait. Les Cosaques chargèrent sur mes voitures et sur celle du comte Daru : un gendarme qui était à ma portière eut le bras cassé d’un coup de pistolet. Mon postillon eut la présence d’esprit de doubler la file; les voitures du comte Daru furent enlevées ; comme je m’efforçais de gagner la tête de la colonne , cinq ou six Cosaques se dirigèrent sur moi ; un dragon désarmé qui fuyait et cherchait à gagner le bois fut tué aux pieds de mon cheval , d’un coup de carabine. Le Cosaque qui me joignait à ma droite manqua son coup de lance, qui passa sur la crinière de mon cheval ; celui qui était à ma gauche blessa mon aide de camp Doney d’un coup de lance dans l’épaule, mais heureusement ne le renversa pas. Ils étaient tellement abandonnés dans cette charge, qu’ils furent emportés assez loin de nous et que nous pûmes atteindre jusqu’à la tête de la colonne. J’avertis en passant le général Belliard, qui, quoique grièvement blessé à la jambe, monta à cheval, et se joignit à nous et à quelques officiers de la maison de l’empereur. La bonne contenance du peloton d’infanterie et l’approche d’un détachement de dragons que le prince vice-roi envoya à notre secours achevèrent de nous dégager de cette échauffourée. Nous continuâmes notre route par Smorgoni et Ochmiana, toujours inquiétés sur nos flancs et dépassés par les Cosaques. Notre arrière garde, commandée par le maréchal Ney, faisait tête à l’ennemi, ne cédant le terrain que pied à pied et de position en position. Cette arrière garde couvrait, non plus le reste d’une armée, mais une immense colonne de fuyards marchant pêle-mêle, et d’heure en heure décimée par le froid et par la faim.

L’Empereur quitta l’armée; il partit de Smorgoni avec une escorte de lanciers polonais de la garde. J’appris qu’il avait bien voulu se souvenir de moi et permettre que je rentrasse en France : il avait fait préparer un décret pour me nommer sénateur; mais cette bienveillante disposition, qui aurait changé ma fortune et celle de mon fils, ne s’effectua point, parce qu’on rendit compte à l’Empereur que je commençais à recouvrer mes forces, et que je serais peut-être, dans quelque temps, en état de reprendre mes fonctions d’intendant général. Le malheureux sort de l’armée était décidé, et la présence de l’empereur ne pouvait plus être d’aucune utilité, tandis qu’il pouvait seul, par son prompt retour à Paris, ranimer les esprits abattus, tendre les ressorts de son gouvernement, et créer de nouvelles ressources. »

(Lieutenant-général comte Mathieu DUMAS, « Souvenirs… », Tome III, Librairie de Charles Gosselin, 1839, pp.471-477. )

Général Mathieu DUMAS (1753-1837)

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 7 décembre, 2018 )

La taille de Napoléon et celle de ses maréchaux…

82001470.jpg

Napoléon était loin d’être petit, puisqu’il fut reconnu, après sa mort qu’il mesurait 1m687 ; c’est-à-dire 5 pieds 2 pouces, mais la plupart de ses maréchaux étaient de beaux hommes à la taille élevée. Mortier semble détenir le record avec 1m94. Après lui vient Murat avec 1m81 ; Marmont, Soult, Augereau, Bessières, Kellermann (1m78) ; suivent par rang de taille : Moncey, Suchet, Oudinot (1m74) ; Berthier, Lefebvre, Perrin dit « Victor » (1m73) ; Masséna, Ney, Davout (1m72) ; Lannes, Pérignon, Sérurier, Macdonald (1m70). Brune avec ses 1m68 ne dépassait pas, de la taille, l’Empereur qui, répétons-le, n’était pas petit. La taille a toujours eu un prestige incontestable, mais Bonaparte qui le connaissait  bien n’hésitait pas à dire à Kléber qui était une sorte de géant : 

« Vous avez tenu des propos séditieux : prenez garde que je ne remplisse mon devoir : vos cinq pieds dix pouces ne vous empêcheraient pas d’être fusillé dans deux heures ». 

Robert MERGET.

(« Waterloo illustré », 2/1, sans date [circa 1960/1970]).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 7 décembre, 2018 )

Qui se souvient de « La Chronique des Deux Empires » ?

Chronique

Ce bulletin, diffusé à partir de juin 1996 (et qui a connu 39 numéros) de format A5, de couleur mauve, était offert à tous les clients de la Librairie des Deux Empires, qui ferma ses portes en 2003. 

Il contenait de nombreux extraits de témoignages (Lyautey, Turno, Salle, etc), articles et autres informations. Une publication artisanale devenu quasi-introuvable de nos jours !

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 7 décembre, 2018 )

Napoléon descendant du fameux « Masque de fer » ?

N13

Dans le « Mémorial de Sainte-Hélène » du comte Las Cases, on peut lire à la date du 12 juillet 1816 le fait suivant : « La conversation a conduit aujourd’hui à traiter le masque de fer. On a passé en revue ce qui a été dit par Voltaire, Dutens, etc., et ce que l’on trouve dans les Mémoires de Richelieu : ceux-ci le font, comme l’on sait, frère jumeau de Louis XIV et son aîné. Or, quelqu’un a ajouté que travaillant à des cartes généalogiques, on était venu lui démontrer que lui, Napoléon, était descendant linéal de ce masque de fer, et par conséquent descendant l’héritier légitime de Louis XIII et de Henri IV, de préférence à Louis XIV et à tout ce qui en était sorti. L’Empereur, de son côté, a dit en avoir en effet entendu quelque chose, et i la ajouté que la crédulité des hommes est telle, leur amour du merveilleux si fort, qu’il n’eût pas été difficile d’établir quelque chose de la sorte pour la multitude, et qu’on n’eût pas manqué de trouver certaines personnes dans le Sénat pour les sanctionner, et probablement, a-t-il observé, celles-là mêmes qui plus tard se sont empressées de la dégrader, sitôt qu’elles l’ont vu dans l’adversité. On est passé alors à  développer les bases et la marche d cette fable. Le gouverneur des îles Sainte-marguerite disait-on, auquel la garde du Masque de fer était alors confiée, se nommait M. de Bonpart, circonstance au fait déjà fort singulière. Celui-ci, assurait-on, ne demeura pas étranger aux destinées de son prisonnier. Il avait une fille ; les jeunes gens se virent ; ils s’aimèrent. Le gouverneur en donna connaissance à la cour ; on y décida qu’il n’y avait pas grand inconvénient à laisser cet infortuné chercher dans l’amour un adoucissement à ses malheurs; et M. de Bonpart les maria.

Celui qui parlait en ce moment disait que quand on lui raconta la chose, qui l’avait fort amusé, il lui était arrivé de dire qu’il la trouvait très ingénieuse ; sur quoi le narrateur s’était fâché tout rouge, prétendant que ce mariage pouvait se vérifier aisément sur les registres d’une des paroisses de Marseille qu’il cita, et qui ne attestait, disait-il toutes les traces. Il ajoutait que les enfants qui naquirent de ce mariage furent clandestinement, ou sans bruit, écoulés vers la Corse, où la différence de langage, le hasard ou l’intention avait transformé leur nom de Bonpart en Bonaparte, et Buonaparte; ce qui au fond présente le même sens. »

 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 7 décembre, 2018 )

7 DECEMBRE 1815: La FIN du «BRAVE DES BRAVES»…

7 DECEMBRE 1815: La FIN du «BRAVE DES BRAVES»... dans FIGURES D'EMPIRE ney

Arrêté le 3 août 1815 au château de Bessonnies (Lot), où il avait trouvé refuge, Ney est transféré à Paris, sous la pression des ultras , » Louis XVIII est prié de se monter intraitable », comme l’écrit un de ses biographes, Éric Perrin. Un procès est inévitable et Gouvion Saint-Cyr, ministre de la Guerre prie le ministre de la Police Decazes « de mettre le prince de La Moskowa à sa disposition comme justiciable des tribunaux militaires… ».  Ney arrive à Paris le 19 août 1815, le jour même où est fusillé le brave Labédoyère. Il est enfermé à la Conciergerie. Il faudra attendre le 10 novembre pour que débute son procès. On peut y voir Metternich et le prince Auguste de Prusse. Parmi les 7 juges: les maréchaux Jourdan, Masséna, Augereau, Mortier; les généraux Gazan, Claparède et Villate. Moncey s’est récusé dans une lettre courageuse au Roi. Il a été aussitôt destitué et condamné à une peine de trois mois de prison. Au soir du 6 décembre, la sentence tombe: Ney est condamné à mort par 139 voix contre 5 abstentions et 17 voix pour la déportation. Parmi ceux qui votèrent la mort on note les noms de Marmont, Sérurier, Kellermann, Pérignon, Victor; les généraux Dupont, Latour-Maubourg, Lauriston, Dessolles, et Maison. « Le maréchal, écrit Perrin, qui s’était endormi profondément après avoir dîné, est réveillé à 3 heures du matin, ce 7 décembre 1815. D’une voix tremblante, un fonctionnaire lui communique l’arrêt. Ney est alors rouge de colère… » Ney s’exclame: « C’est digne du règne de Caligula, dit-il, spontanément, on prend un homme, il veut se défendre, on le bâillonne et on l’envoie à la mort ! ». Eglé Ney, son épouse, compte se rendre aux Tuileries afin d’obtenir du Roi sa grâce En vain !… Un peu avant 9 heures du matin, Ney, après avoir accepté les secours de la religion, se rend sur les lieux de son exécution. Il marche d’un pas ferme.  Il sera fusillé au bout de l’avenue de l’Observatoire. Mort, Ney est effectivement redevenu le premier soldat de Napoléon qui se rue à bride abattue sur les carrés ennemis », écrit Éric Perrin au terme de son étude. Une statue, œuvre de Rude, sera inaugurée sous Napoléon III, le 7 décembre 1853, à l’emplacement de son exécution. Plusieurs années après, en 1895, se trouvant sur la trajectoire de la future voie de chemin de fer reliant Paris à Sceaux, elle sera déplacée en face de son endroit initial. C’est là que le passant amoureux de l’Histoire peut la contempler encore aujourd’hui.   

C.B. 

 

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 7 décembre, 2018 )

Jour sombre…

Ney-7 décembre 1815« Le 7 décembre 1815, étant interne à l’Hôtel-Dieu, je vis entrer chez moi de grand matin Beaupoil de Sainte-Aulaire, mon ami et camarade de collège, plus tard colonel: « Viens avec moi, me dit-il ; on va exécuter Ney. » Nous partîmes par un brouillard très froid. Nous arrivâmes au lieu de l’exécution par la petite rue de Chevreuse. Ney arriva peu de temps après : il était vêtu d’une redingote bleue, coiffé d’un chapeau rond ; sa démarche, sa tenue, sa figure étaient calmes, sans ostentation. Tout en lui respirait le courage, l’honneur, la dignité. Sa présence excita un grand mouvement. Bien que les hommes de la réaction qui l’avaient fait condamner fussent là en grand nombre, en majorité, ils ne purent empêcher les manifestations de regrets, d’admiration, données au malheureux Ney. On ne s’en gênait pas. Cependant Ney arriva devant le peloton de sous-officiers vétérans chargés de l’exécution; il ôta son chapeau, salua le commandant du peloton qui, par habitude ou par un mouvement qu’il n’avait pu maîtriser, avait abaissé son épée devant le maréchal. Bien que toutes les relations publiées aient consigné quelques mots comme ayant été prononcés par lui, je crois pouvoir assurer qu’il ne dit pas une parole. Il tomba droit devant lui, les pieds contre le mur à l’est, et la tête à l’ouest. La mort fut instantanée, sans être même accompagnée des soubresauts convulsifs qui s’observent en pareil cas. Trente-huit ans plus tard, à pareil jour, j’assistai à l’inauguration du monument de l’illustre maréchal. Le discours que Dupin prononça d’une voix ferme et fortement accentuée, produisit une grande impression. »

(Docteur POUMIES DE LA SIBOUTIE, « Souvenirs d’un  médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.174-175).

——–

Le monument érigé en 1853 est toujours visible de nos jours, non-loin de l’avenue de l’Observatoire. Il n’est plus à son endroit d’origine car déplacé lors de la construction de la voie de chemin-de-fer de Paris à Sceaux, un segment de notre actuel RER B.

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
1...3839404142...87
« Page Précédente  Page Suivante »
|