( 10 février, 2019 )

Le maréchal Marmont.

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Né en 1774, c’est au siège de Toulon  (en 1793), que Marmont rencontre Bonaparte dont il devient l’intime et le compagnon inséparable. Il suit le général puis le Premier consul et l’Empereur dans toutes les grandes campagnes. Il accède à la dignité de Maréchal d’Empire en 1804. A l’issue de la campagne de France en 1814, il négocie avec les Alliés et trahit ainsi Napoléon, livrant Paris. La postérité donnera à cet événement le nom de « ragusade » (dérivé de son titre de duc de Raguse), synonyme de trahison. Louis XVIII accueille Marmont à bras ouverts. Il le nomme pair de France en juin 1814. En mars 1815, Marmont suit le souverain en exil à Gand (Belgique). Balayé par la révolution de 1830, il suit Charles X exilé en Angleterre, puis en Autriche. Le duc de Raguse s’éteint à Venise le 3 mars 1852. 

Capitaine Paul MATZYNSKI

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( 10 février, 2019 )

Réflexions d’Henri Beyle (Stendhal) à propos de la seconde abdication de l’Empereur.

Le talentueux Henri Beyle, plus connu sous le nom de Stendhal (1783-1842)

Celui qui deviendra  un écrivain célèbre et qui a servi dans l’administration impériale, n’a pas accepté la défaite de Waterloo (plus loin, dans le même tome de son « Journal », à la page 282, il lit l’histoire des Stuarts par Hume et ajoute : « pour me consoler de la bataille de Mont-Saint-Jean »). Dans le tome cinquième de son « Journal » il porte le jugement suivant, à la date du 25 juillet 1815 :

« Le parti de l’éteignoir triomphe. Voilà un beau venez-y voir, dirais-je aux philosophe allemands, si en colère contre Bonaparte, si ces gens-là avaient assez d’esprit pour comprendre. Il ne me reste plus qu’un vœu, c’est que ces lâches habitants de Paris soient bien vexés par les soldats prussiens logés chez eux [comme en 1814, après la chute de Paris]. Les lâches ! On ne peut être malheureux, mais perdre l’honneur !

La haine de la tyrannie a égaré les Chambres. Il paraît qu’elles ont forcé Bonaparte à la démission, dans un moment où son grand nom était plus nécessaire que jamais. Lucien [frère de l’Empereur] avait raison, l’intérêt de la patrie était de mettre les chambres en prison pour un mois.  Peut-être Bonaparte, ne pouvant pas s’embraquer à Rochefort, ira-t-il se réfugier à l’armée qui est derrière la Loire à deux pas de lui. Tout ce qui se fera désormais en France devrait porter cette épigraphe : « A l’éteignoir ». Les bâtards doivent être bien contents. La France ne sera jamais heureuse que gouvernée par un souverain illégitime, c’est-à-dire qui tienne sa place de la constitution. Le duc d’Orléans [futur Louis-Philippe] serait bon aujourd’hui. Si l’on attend que la couronne lui échoie légitimement, il ne vaudra plus rien. »

(STENDHAL, « Journal, 1811-1823.V. Établissement du texte et préface par Henri Martineau », Paris, Le Divan, 1937, pp.277-280).

———–

J’en profite pour signaler que j’ai découvert que Stendhal ne supportait pas la personne du général Philippe de Ségur, auteur d’une histoire de la campagne de 1812. Selon l’auteur du « Rouge et le Noir » , Ségur s’attribuait bien des mérites, des blessures (contestables) reçues durant ses campagnes, ainsi qu’une flagornerie excessive à l’égard de Louis XVIII.  Tout cela est contenu dans les « Souvenirs d’égotisme » rédigés par Stendhal. Je n’ai pas trouvé trace (pour l’instant) d’une animosité similaire de la part du général de Ségur. J’aurais peut-être l’occasion d’y revenir .

C.B.

 

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( 9 février, 2019 )

La disparition d’un « Brave »…

MM

Je viens d’apprendre le décès, le 7 février, de Miguel MOUTOY, le plus elbois des napoléoniens d’aujourd’hui.

Miguel, né en 1953, était retraité de la police belge. Il vivait depuis l’automne 2016 à l’île d’Elbe, plus précisément à Marina di Campo. 

J’avais eu l’honneur et le plaisir de faire sa connaissance en juin 2007, à Waterloo, à la Ferme du Caillou. 

Infatigable défenseur de la mémoire de Napoléon à  l’île d’Elbe, il incarnait le personnage du vertueux et fidèle général Bertrand.

 Repose en paix Miguel ! 

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( 9 février, 2019 )

L’Amérique ou l’Angleterre ?

Napoléon le Grand2

« La première idée de l’Empereur, après sa chute, avait été de se rendre en Angleterre, et ce projet peut être regardé comme un hommage spontané rendu à la nation anglaise, qu’il n’aima pas, il est vrai, peut-être parce qu’il était forcé de l’estimer, mais enfin à qui il croyait devoir rendre justice. Il prêta ensuite l’oreille à la proposition qu’on lui fit de passer aux Etats-Unis d’Amérique ; un grand nombre de capitaines américains qui se trouvaient à Paris lui offrirent leurs vaisseaux. Mais Napoléon repoussa tout moyen qui eût donné à son éloignement l’apparence d’une fuite. Pressé cependant de prendre un parti, il se décida en faveur des Etats-Unis, et déclara qu’il était prêt à partir avec sa famille pour cette destination.

La commission du gouvernement provisoire sembla se prêter à l’exécution de cette détermination ; le ministre de la Marine reçut l’ordre de faire préparer deux frégates pour être mises à la disposition de Napoléon, ainsi qu’il le demandait. Fouché savait que ces dispositions étaient sans conséquence ; il savait qu’un sauf-conduit devait être demandé à lord Wellington, et qu’il ne serait pas accordé… L’Empereur était déjà le prisonnier des Anglais.

Sur ces entrefaites, les Autrichiens, les Russes et les Prussiens étaient arrivés pour la seconde fois sous les murs de Paris ; l’Empereur pouvait être enlevé à la Malmaison ; tout était en alarmes autour de lui. Le peu d’amis qui lui restaient le pressaient de songer à sa sûreté.

Le 29 juin, la commission du gouvernement provisoire pressa à son tour le départ de Napoléon qui, le même jour, monta en voiture à cinq heures du soir, et abandonna la Malmaison. Sa suite se composait de MM. Bertrand, Montholon, Gourgaud, Savary, Lallemand frères, Las Cases, Planat, Résigny ; la comtesse Bertrand accompagnait son époux ; Mme de Montholon voulut également s’attacher à la destinée hasardeuse du sien. L’Empereur coucha à Rambouillet, où il reçut un courrier, le 30, à la pointe du jour. Il ouvrit avec émotion les dépêches qu’on lui remettait et s’écria douloureusement après les avoir parcourues :

-C’est fini !… C’en est fait de la France !… Partons !

Napoléon ne s’arrêta plus qu’à Rochefort, où la signification de son exil sur le rocher de Sainte-Hélène lui fut notifiée… On sait le reste. »

(« Mémoires » de la générale DURAND).

 

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( 9 février, 2019 )

Question…

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( 9 février, 2019 )

Une vengeance d’Hudson Lowe ?

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Le fils de l’auteur du « Mémorial de Sainte-Hélène », a été un des plus jeunes témoins de la captivité de l’Empereur. Né en 1800, il  avait donc quinze ans au début de l’épisode hélénien. Le 30 décembre 1816, son père et lui furent expulsés de l’île. Le texte qui suit est un des rares à aborder l’acte de violence à laquelle se livra Emmanuel de Las Cases sur la personne d’Hudson Lowe, en 1822 à Londres. Ecrit par un certain Gabriel Vauthier, il parut la première fois en 1923, dans la « Revue des Etudes Napoléoniennes ».      

On sait quel rôle Hudson Lowe joua auprès de Napoléon. L’Empereur ne fut pas le seul qui eut à souffrir de l’esprit mesquin et agressif de ce personnage. Ses plus dévoués serviteurs ne tardèrent pas à devenir suspects à ce geôlier. Las Cases et son fils âgé de quinze ans furent bientôt éloignés de Sainte-Hélène et envoyés au Cap comme prisonniers. Ils y restèrent huit mois. Revenu en Europe, le jeune homme séjourna successivement en Belgique et en Allemagne ; en 1819, il put rentrer en France sous un nom supposé. Il avait toujours sur le cœur la conduite d’Hudson Lowe à l’égard de son père, de sa propre personne, et surtout de l’Empereur. En 1821, Hudson Lowe était revenu d’Angleterre, où on le mit à la tête d’un régiment, et où il fut bien accueilli par le public. Mais la vérité avait fini par filtrer, celle d’O’Meara, ‘Bonaparte en exil ou la voix de Sainte-Hélène’. Cette même année, le fils de l’auteur ‘Mémorial ‘, Emmanuel, se rendit à Londres, et de sa cravache frappa Hudson Lowe en plein visage. Cet affront sanglant appelait une réparation : l’Anglais se tient coi. Or, le 13 novembre 1825, les journaux publiaient dans les faits divers le récit suivant : « La commune de Passy près Paris, a été hier le théâtre d’un horrible attentat. M. Emmanuel de Las Cases, fils de M. le comte de Las Cases, y a été frappé la nuit de deux coups d’une arme à deux tranchants, l’une sur le cœur, auquel n’a échappé que par un bienfait tout particulier de la Providence, le coup ayant traversé son portefeuille et ne s’étant arrêté que sur un paquet de cartes de visite  dont plusieurs sont percées ; le second coup a produit une blessure grave à la cuisse droite, mais qui ne laisse à craindre néanmoins aucune suite fâcheuse. « M. Emmanuel de Las Cases sortait vers les huit heures et demie de chez son père, où il avait dîné, et retournait à Paris. Il avait fait à peine deux cents pas lorsqu’au coin d’une rue isolée -celle du Haut-Moulin et en communication avec la plaine, il s’est trouvé subitement assailli par deux scélérats. Il en a terrassé un, et allait atteindre l’autre, quand le mauvais état des chemins l’a fait tomber lui-même et a facilité l’évasion des meurtriers. La justice, saisie de cette affaire, est à la poursuite des coupables. » Le ‘Journal des Débats’, d’où est tirée cette citation, termine par ces mots : « M. de Las cases, n’ayant point d’ennemis, pense qu’on s’est trompé. » Cette dernière phrase est bien discrète ; il semble qu’elle ait été écrite à dessein pour empêcher de prononcer un nom que l’on ne tarde pas à avoir sur les lèvres. ‘Le Constitutionnel’ donne des détails plus circonstanciés : « M. de Las Cases se traîna vers la maison de son père, mais son sang coulait avec abondance ; il perdit ses forces et s’évanouit à quelques pas de la porte. Avant de sortir, il avait vu deux hommes à vingt pas auprès la maison. On ignore encore quel a pu être le motif de ce crime. La famille l’attribue à une vengeance particulière, et M. de Las Cases rapporte que l’homme qui l’a frappé parlait à peine français. Le maréchal des logis de la gendarmerie s’est aussitôt rendu sur les lieux pour dresser son procès-verbal et a ordonné une patrouille extraordinaire. Des détachements de la Garde nationale ont aussitôt parcouru les rues de Passy. Jusqu’à présent toutes les recherches ont été infructueuses. » Cette vengeance particulière, la famille n’en ignorait pas l’auteur. Une citation empruntée par ‘Le Constitutionnel’ au  ‘Courrier français ‘ donne ce nom en toutes lettres : « Sir Hudson Lowe, logeant à Paris, rue de Rivoli, Grand hôtel de Paris, avait en même temps un appartement à  Passy, rue Franklin, n°21, qui a occupé depuis le 29 octobre jusqu’au vendredi soir 11 novembre. Il a pris en  personne lundi 14 chez M. Laffitte des lettres de crédit sur la Turquie, et il a quitté Paris mardi 15 entre 6 et 7 heures du soir. La veille de son départ, il disait que, puisque la calomnie le poursuivait, il retarderait le voyage qu’il avait projeté jusqu’à ce qu’on eut reconnu les coupables. Le soir même du 12 novembre, jour de l’assassinat de M. Emmanuel de Las Cases, deux hommes de mauvaise mine se présentent plusieurs fois chez M. Emmanuel, rue Neuve-du-Luxembourg, n°13 [actuellement rue Cambon, Paris 1er], et demandèrent à son portier s’il était allé à Passy, et à quelle heure.

Tous ces détails sont rigoureusement exacts. » Ce qui est singulier, c’est que l’enquête judiciaire n’eut lieu que le 17 novembre :

« Le procureur du roi et M. Brière-Valigny, juge d’instruction, dit ‘Le Moniteur’, se sont rendus hier à Passy auprès de M. le baron de Las Cases, et ont procédé conjointement avec M. le baron Dupuytrens et M. le docteur Marc à l’examen des blessures de M. de Las Cases. Les cochers de cabriolets avaient été appelés hier à la préfecture de police pour faire leur déposition sur un fait qui se rattache à la tentative d’assassinat sur la personne de M. de Las Cases. Il paraît que l’on a su que, le 12 octobre, un cabriolet avait amené deux personnes à la porte de Franklin et qu’il les y avait attendues depuis trois heures jusqu’à huit heures et demie. » Le départ précipité d’Hudson Lowe entraîna la presse à penser qu’il était l’auteur du guet-apens. Il fuit, mais ce n’est pas en Angleterre qu’il se rend ; il va en Allemagne, et le 19 novembre, les journaux signalent sa présence à Francfort. Il suivit un singulier chemin pour aller prendre possessions de ses nouvelles fonctions. En effet, il avait été nommé commandant des forces militaires à Ceylan, ce qui était un poste secondaire et une disgrâce. Ce n’était pas la première qu’il éprouvait, car on lui avait refusé une pension après son retour de Sainte-Hélène. Il voulait se venger avant de partir pour un pays où il était difficile de le poursuivre. Les journaux anglais cités par les nôtres s’occupèrent de l’affaire. « L’un d’eux, le ‘Star’, rejette sur ceux qu’il appelle ‘les bonapartistes’  l’assassinat [terme un peu fort car l'intéressé ne fut "que" grièvement blessé] de M. de Las Cases, parce que, dit-il, on voulait faire tomber les soupçons sur Hudson Lowe ». 

L’affaire fut classée, et la presse ne parla plus de cet attentat. Les meurtriers restèrent donc inconnus. Rappelons qu’Emmanuel de Las Cases fut député du Finistère sous Louis-Philippe et sénateur en 1852. Il mourut rue de la Pompe, le 8 juillet 1854. 

Gabriel VAUTHIER.  

 


Cet incident a peut-être eu lieu dans la rue Scheffer actuelle (16ème arrondissement), appelée à cette époque rue du Moulin, une voie de l’ancien village de Passy.

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( 9 février, 2019 )

Quelques figures d’Empire (II).

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CANLER (Louis), 1797-1865. Très jeune, il suit son père, officier des armées de la République. Enfant de troupe, Canler est nommé tambour  par l’Empereur en personne, en juin 1805. En 1811, il s’engage au 28ème de ligne toujours en tant que tambour. Cinq ans plus tard, comme il l’écrit lui-même dans ses « Mémoires », « je quittai les baguettes pour le fusil. Je venais d’être nommé caporal… » C’est dans les rangs de ce régiment qu’il participera à la campagne de Belgique de 1815. En 1820, il entame une brillante carrière dans la police et deviendra, par ses compétences, chef du Service de Sûreté.

CAULAINCOURT (Général Armand-Augustin, marquis de). Grand-Écuyer de l’Empereur, duc de Vicence, 1773-1827. Entré à l’âge de quatorze ans au Royal-Étranger, sous-lieutenant en 1789, Caulaincourt est nommé capitaine au début de la Révolution. Il grimpe rapidement les échelons. En 1797, il est chef d’escadron. Colonel en 1801, il rencontre la même année Bonaparte ce qui marquera le début d’une nouvelle carrière. En 1802, le Premier Consul le nomme aide-de-camp. Caulaincourt est fait général de brigade en 1803.  Il participe à l’enlèvement du duc d’Enghien en mars 1804, en territoire étranger. Grand-Écuyer de l’Empereur en juin 1804, Caulaincourt est nommé général de division en février 1805. Nommé ambassadeur de France en Russie, en 1807, il s’avère être un diplomate confirmé. Il suit Napoléon en Russie, revient avec lui en France en décembre 1812, au terme d’un voyage mémorable de Smorgoni à Paris. Caulaincourt en profitera pour prendre quotidiennement des notes, à l’insu de l’Empereur. Ces derniers formeront un passage de ces Mémoires qui ne paraîtront qu’en 1933. Il participe aux négociations diplomatiques entourant la campagne de Saxe en 1813. Il est nommé ministre des affaires étrangères en novembre de la même année. En 1814, son rôle est primordial lors de la campagne de France et lors du Congrès de Châtillon. Après Waterloo, Caulaincourt est désigné pour siéger au gouvernement provisoire (du 22 juin 1815 au 9 juillet 1815). Cet homme de qualité, fin diplomate et grand serviteur de l’Empire, s’éteint en 1827.

CHASTENAY (Louise-Marie-Victorine de), 1771-1855. Issue d’une famille royaliste, poursuivie par la Révolution, la jeune Victorine se préoccupe de politique. Elle côtoie Bonaparte, Barras, Fouché et d’autres personnages appelés à prendre une importance. Parfaitement à son aise en fréquentant le monde aristocratique et littéraire, elle rencontre madame de Genlis et madame de Staël. Cultivée, très aux faits des événements, elle laissa des « Mémoires » qui témoignent de son esprit d’observation.

DAUTANCOURT (Général Pierre), 1771-1832. Ayant embrassé la carrière des armes en 1792, comme volontaire dans les rangs du 2ème bataillon de Vervins (Aisne), Dautancourt grimpe rapidement les échelons. En 1800, il est capitaine de cavalerie dans la gendarmerie d’élite, en 1804, chef d’escadron et en 1807 major du 1er régiment de chevau-légers lanciers polonais de la Garde Impériale. Nommé général de brigade en 1813, il commande, durant la campagne de France, la 2ème brigade de cavalerie de la Garde. De la campagne de Prusse à celle de France, en passant par la campagne d’Autriche, Dautancourt se bat courageusement. Il est mis en non-activité en septembre 1814, puis reprend du service durant les Cent-Jours en tant que commandant de la Gendarmerie de la Garde Impériale. De nouveau licencié au retour du Roi, en 1815, il sera admis à la retraite comme maréchal-de-camp en 1825 et ne reprendra qu’une brève activité dans les années 1830-1832, occupant les fonctions de commandant de la 1ère subdivision et de la 15ème division militaires.

DURAND (Jean-Baptiste-Alexis), 1794-1853. Originaire de Fontainebleau, d’abord apprenti-menuisier à Paris, il décide d’embrasser la carrière des armes en rejoignant les rangs du 1er régiment des Gardes d’honneur. En 1814, après la première abdication, Durand est à Nantes puis à Bordeaux, cherchant à s’embarquer pour l’Amérique. En mars 1815, avec le retour de Napoléon, il devient sous-lieutenant dans la Garde nationale. Arrêté par les Vendéens insurgés à Saint-Maixent, délivré par la gendarmerie au bout de trois semaines, Durand rejoint l’armée. Au moment de la bataille de Waterloo, il est à Soissons. Après la chute de Napoléon on le retrouve à Bordeaux, puis parcourant le midi de la France, en Suisse et en Italie. Expulsé de Rome à cause de sa pauvreté, Alexis Durand s’installe à Fontainebleau, se marie, et exerce son premier métier de menuisier tout en s’adonnant à sa grande passion de l’écriture.

DURAND (Sophie, née COHONSET).  Épouse du général Durand, elle occupait les fonctions de première dame de l’impératrice. 

FAIN (Agathon-Jean-François, baron), 1778-1837. Lorsque le 27 octobre 1795, le général Bonaparte s’installe à l’hôtel de la première division militaire, rue des Capucines, à Paris, il y trouve un jeune garçon de dix-sept ans, « commis dans les bureaux de la Convention ». C’est Fain. C’est à lui que Bonaparte dicta ses premiers ordres de général en chef.  Par la suite il est chargé de la division des archives à la Secrétairerie d’État aux Tuileries. Par la suite il suivra Maret, secrétaire d’État, tous ses voyages officiels, approchant ainsi le Premier Consul, puis l’Empereur. Début 1806, Fain accède au cabinet de Napoléon en tant que secrétaire-archiviste. Nommé baron en 1809, commandeur de la Légion d’honneur et maître des requêtes au Conseil d’État en 1811, il remplace Méneval en mars 1813, alors secrétaire du Portefeuille. Après la première abdication, Fain se fait plus discret, en se retirant en province, dans sa propriété du Loiret. Après son retour de l’île d’Elbe, Napoléon le réintègre dans ses fonctions. Il suivra l’Empereur à Waterloo.

FÉE (Antoine-Laurent-Apollinaire), 1789-1874.  Nommé pharmacien sous-aide en octobre 1809, il participe à la campagne d’Espagne, à propos de laquelle, il laissera d’intéressants  « Souvenirs ».  En 1815, après avoir été reçu Maître en pharmacie au sein de l’École de pharmacie de Strasbourg, Antoine Fée participe à la campagne de Belgique. En avril de la même année, il est nommé pharmacien aide-major à la 3ème division (général Marcognet) du 1er corps d’armée (général Drouet d’Erlon).

FRANCONIN (Commandant François), 1788-1857. Entré au service en 1807 aux fusiliers-grenadiers, il passe caporal en 1810 au  1er régiment de tirailleurs, puis fourrier au même régiment, en mai 1811. Quelques mois plus tard on le retrouve dans les rangs du 2ème régiment de grenadiers avec ce même grade. En  avril 1813, Franconin est nommé sergent-major au 1er régiment de grenadiers, puis lieutenant en deuxième second en mars 1814.  Passé au fameux Bataillon de l’île d’Elbe (4ème compagnie) en mai de la même année, il est nommé après le retour de Napoléon à Paris lieutenant en premier, sous-adjudant-major.

GIROD DE L’AIN (Général Félix) 1789-1874. En décembre 1805, le jeune Girod de l’Ain entre à l’École militaire de Fontainebleau. A sa sortie, il est nommé sous-lieutenant et affecté à titre provisoire au 9ème régiment d’infanterie légère. Il se bat en Pologne et en Espagne. Il sera nommé en 1810 adjudant-major. Début 1812, il quitte le 9ème léger et devient capitaine aide-de-camp du général Dessaix. L’année suivante nous le retrouvons comme aide-de-camp du général Curial. Il participe à la campagne de 1813 en Allemagne et devient chef de bataillon. Girod de l’Ain est engagé dans la campagne de France avec ce même grade. Durant les Cent-Jours, il suit le général Curial nommé par l’Empereur commandant de la 7ème division militaire. Mis en demi-solde après l’Empire, il est néanmoins réintégré dans l’armée dès 1818.

GOURGAUD (Général Gaspard), 1783-1852. Il entre en 1799 à l’École polytechnique, puis rejoint en 1801 l’école d’artillerie de Châlons comme sous-lieutenant. Affecté comme lieutenant en second en 1802 au 7ème régiment d’artillerie à pied Gourgaud devient au début de l’année suivante adjoint au professeur de fortification de l’École d’artillerie de Metz. Mais quelques mois plus tard, il passe au 6ème régiment d’artillerie à cheval. Gourgaud participera à toutes les campagnes de l’Empire. Il est à Ulm, à Vienne, à Austerlitz. Il combat en Prusse et en Pologne. En 1808 il est nommé capitaine, après avoir reçu l’année suivante la croix de la Légion d’honneur. Il se bat en Autriche dans les rangs de son 6ème régiment d’artillerie à cheval. Après un passage en 1810 à la manufacture d’armes de Versailles où il travaille à l’élaboration d’un nouveau fusil, Gourgaud part en Espagne. Il se distingue au siège de Saragosse, puis est rappelé et expédié en mission à Dantzig. Le 3 juillet 1811, Gourgaud est nommé officier d’ordonnance de l’Empereur.  Présent lors de la campagne de Russie, il sauve (une première fois) la vie de Napoléon en découvrant lors de l’incendie de Moscou, un énorme dépôt de poudre dans le Kremlin, où résidait l’Empereur et son état-major. En récompense il reçoit le titre de baron d’Empire alors qu’il n’est encore qu’un simple capitaine. Lors du passage de la Bérézina, Gourgaud traversa par deux fois à la nage ce cours d’eau glacé, afin de reconnaître les rives et permettent ainsi l’établissement des ponts  qui permirent le passage de l’armée. Cet exploit lui valut le grade de chef d’escadron et le titre de premier officier d’ordonnance de l’Empereur ; un titre crée spécialement pour lui.  En 1813, en Saxe, il est non loin de l’Empereur. Lors de la campagne de France, à Brienne, le 29 janvier 1814, il sauve une seconde fois l’Empereur en tuant d’un coup de pistolet un cosaque qui était sur le point de transpercer le souverain de sa lance. Il est nommé par la suite colonel et commandeur de la Légion d’honneur. Après la première abdication, Gourgaud  est admis dans les gardes du corps de Louis XVIII et reçoit la croix de Saint-Louis, puis nommé chef d’état-major de la 1ère division militaire. Au retour de l’Empereur, il participe à la campagne de 1815. Nommé général de brigade et aide-de-camp de l’Empereur le 21 juin 1815, il le suivra dans son exil à Sainte-Hélène. Toutefois, ce personnage, militaire courageux et tout dévoué, est d’un caractère ombrageux, impulsif et jaloux. Le huit-clos si particulier de Sainte-Hélène lui deviendra rapidement insupportable. Il en part le 14 mars 1818.

GRIOIS (Général Charles), 1772-1839. Après avoir achevé ses études, Griois décide d’embrasser la carrière des armes et passe le concours d’entrée de l’École d’artillerie de Châlons en 1792. Il est reçu 26ème sur 47. Nommé lieutenant au 4ème régiment d’artillerie, il est dans les Pyrénées-Orientales en mars 1793, puis regagne la vie civile. En mai 1800, Griois est nommé capitaine en second au 4ème d’artillerie et rejoint  l’état-major de l’artillerie à l’Armée de réserve. Il participe à la campagne d’Italie, puis est nommé capitaine en premier et tient garnison à Brest, à Grenoble et à l’île d’Elbe. Premier chef d’escadron au 1er régiment d’artillerie à cheval en 1803, il est nommé major quelques mois plus tard. Au début de l’année 1806 Griois est chef d’état-major de l’Armée de Naples, nous le retrouvons trois ans plus tard en Autriche. Il y arrive alors que la campagne est achevée et regagne l’Italie. En juin 1811, il est nommé colonel du 4ème régiment d’artilleur à cheval et prend part à la campagne de Russie. En 1813, Griois accède au grade de major de l’artillerie de la Garde et participe à la  campagne d’Allemagne. L’année suivante, il est attaché à la cavalerie de la Garde, placée sous les ordres de Nansouty, puis de Belliard et enfin de Sébastiani. Nommé directeur de l’artillerie à Mézières, durant la Première Restauration, il est chargé au  retour de l’Empereur en mars 1815, d’organiser la défense des places de l’Ardenne, sous les ordres du général Vandamme. A la fin de 1815 Griois occupe les fonctions de directeur d’artillerie au Havre. Il était commandeur de l’ordre de la Légion d’honneur (12 août 1813) et chevalier de l’ordre royal de Saint-Louis. Griois était également chevalier de la Couronne de Fer et enfin baron de l’Empire depuis le 16 août 1813.

C.B. 

A suivre.

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( 8 février, 2019 )

De quelques personnages méconnus…

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Le retour de l’île Elbe est le prétexte d’évoquer ici plusieurs personnages…

Commençons par Jean Dumoulin (1786-1856). « Il suivra l’Empereur jusqu’à Paris, jusqu’à Waterloo où un coup de sabre le rend à demi-sourd. Prisonnier quelque temps des anglais, il réussira à faire fortune à Londres puis à Amsterdam. Revenu en France, il s’établit à Paris où il essuie des revers… » (Sophie et Anthelme Troussier, « La Chevauchée héroïque du Retour de l’île d’Elbe », Grenoble, Imprimerie Allier, 1964, p.148). N’oublions pas son compère, un autre des partisans de l’Empereur : « Apollinaire Emery [1786-1821], alors âge de trente ans, né au Grand-Lemps (Isère), dans l’arrondissement de La Tour du Pin, avait, comme chirurgien de la Garde, suivi Napoléon à l’île d’Elbe. Il accompagnait l’Empereur dans la marche sur Paris. Le 3 mars 1815, il reçut à Castellane un des passeports en blanc que Napoléon avait exigés du maire de cette ville et il partit en avant, comme s’il avait un congé et rentrait dans sa famille. Sur son chemin, il rencontra le général Mouton-Duvernet et lui assura que la garnison d’Antibes et que Masséna même s’étaient déclarés pour l’Empereur .Mouton écrivit au général Marchand qu’Emery allait à Grenoble et qu’il fallait l’arrêter. Mais Emery se cacha et il avait eu le temps d’annoncer l’arrivée de Napoléon et de distribuer ses proclamations », écrit à son propos Arthur Chuquet dans ses « Lettres de 1815 » (Librairie Ancienne, Honoré Champion, Éditeur, 1911). « L’Empereur avait, depuis quelques années, dans sa Garde, une jeune chirurgien de Grenoble (Emery), qui avait offert de suivre à l’île d’Elbe les compagnies accordées à Napoléon par le traité de 1814. Il avait quitté momentanément ces compagnies, à Lyon, pour venir à Grenoble prendre congé de ses parents et de ses amis. M. Emery mit à profit son séjour dans cette ville et y forma des liaisons avec quelques partisans déterminés de l’Empereur, entre autres avec un de ses confrères et un jeune gantier (Jean Dumoulin). On présume qu’ils se concertèrent pour établir entre eux une correspondance secrète et l’on assure que des paquets de gants de Grenoble transportaient périodiquement à Porto-Ferrajo [Portoferraio] des bulletins circonstanciés des bulletins sur l’état des choses et des esprits en France ». (J. Berriat de Saint-Prix, «Napoléon 1er à Grenoble. Histoire du 7 mars 1815 », Grenoble, Maisonville et Fils et Jourdan, Libraire-Editeurs. Paris, Auguste Durand, Libraire de la Bibliothèque des Avocats, p.25). Sur ces deux personnages, il faut lire l’ouvrage d’Albert Espitalier et intitulé : « Deux artisans du Retour de l’île d’Elbe. Le chirurgien Emery et le gantier Dumoulin » (Grenoble, B. Arthaud, 1934).

Qui connaît Jean Sari (1792-1863) ? Aspirant de marine en 1814, Sari refuse de se rallier à la Première Restauration et gagne l’île d’Elbe. Napoléon le reçoit avec empressement. Il est nommé enseigne en second de l’Inconstant le 9 juillet 1814. Ayant fait preuve d’audace au cours du premier voyage que fit l’Empereur à l’île de la Pianosa, c’est lui qui tient la barre de l’Inconstant dans la nuit 26 février 1815. Sari devient commandant de ce même navire le 27 mai 1815. Rayé des cadres de la marine en juillet 1815, il est obligé de quitter la France. En 1818, Sari est envoyé par Madame Mère au service de Joseph Bonaparte, au États-Unis. Il sera à son service durant quinze ans. Il devient son intendant et effectue pour son compte plusieurs missions en Europe. Sari sera en relation avec le prince Louis Napoléon, futur Napoléon III, dans ses menées bonapartistes.

Honoré de Grimaldi (1778-1841), qui règnera en 1819 à Monaco, après la mort de son père, sous le nom d’Honoré V. Entre 1798 et 1809, il fut aide camp de Grouchy, puis de Murat. « Dans la soirée, le poste avancée du côté de Cannes arrêta un courrier qui fut amené au bivouac de l’Empereur. Cet homme fit connaître qu’il était au service du Prince de Monaco, dont il précédait la voiture et qu’antérieurement il avait postillon de l’impératrice Joséphine. Quelques gens des écuries le reconnurent pour tel. L’Empereur le questionna sur l’esprit public de la capitale, sur ce que l’on disait de lui, Napoléon, sur les Bourbons, etc. Sa Majesté parut assez satisfaite de ce lui répondit ce courrier ; elle congédia en lui disant de continuer sa route. Il allait à Monaco » (Mameluck Ali, « Souvenirs sur l’empereur Napoléon 1er. Présentés et annotés par Christophe Bourachot », Arléa, 2000, pp.91-92). « 2 mars [1815]. A minuit, le départ eut lieu. Cette première marche fut silencieuse. Nous nous trouvions lancés dans une entreprise très périlleuse. L’Empereur vit à la poste le prince de Monaco, lui fit beaucoup de questions et lui dit en partant : – « Venez-vous avec nous, Monaco ?… » (G. Peyrusse, « En suivant Napoléon. Mémoires… », Editions AKFG, 2018). « Vraisemblablement, le seul encouragement que Napoléon reçut à Cannes lui fut donné par le courrier du duc de Valentinois. Cet homme assura que la Provence une fois traversée, tout le monde serait pour l’Empereur. Le prince fut aussi amené au bivouac. « -Venez-vous avec nous, Monaco ? » demanda l’Empereur en riant. « -Mais, Sire, je vais chez moi. » « -Et moi aussi, « répondit Napoléon. » (Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…», p.214). Chuquet a publié en 1913 dans sa revue « Feuilles d’Histoire » deux lettres inédites sur cet épisode.

André Pons de l’Hérault (1772-1853) prend la direction des mines de fer de l’île d’Elbe, dès son arrivée sur place le 16 octobre 1809. Républicain de la première heure, ayant croisé Bonaparte en 1793 à Toulon, il apprend à connaître l’Empereur durant son séjour elbois. Il en deviendra un des plus actifs partisans. Pons de l’Hérault suit le souverain lors de son retour en France et il est envoyé en mission par Napoléon auprès de Masséna (à Marseille), afin de le rallier à sa cause. Durant les Cent-Jours, Il est nommé préfet du Rhône. André Pons de l’Hérault a laissé un très précieux témoignage qui parut pour la première fois en 1897sous les auspices de Léon-G. Pélissier. Pons est également l’auteur d’un autre témoignage intitulé « Mémoire aux puissances alliées », qui sera publié en 1899.

Le docteur Foureau de Beauregard (1774-1848), élève du célèbre Corvisart, avait été médecin par quartier de l’Infirmerie impériale. Il avait fait comme tel la campagne de France. « Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement « une commère » et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », p.93). Présomptueux et suffisant, phraseur sans idées, Foureau de Beauregard se croit un aigle, alors qu’il n’est qu’un homme très ordinaire. Médisant et de mauvaise foi, il se crée des ennemis partout ; il est la risée de la cour où on l’appelle Purgon, allusion à l’un des médecins de la pièce du grand Molière, « Le Malade imaginaire ».

François Gatte (ou Gatti) (1789-1832) était pharmacien de l’hôpital militaire de Portoferraio. Reçu docteur en pharmacie à Paris, Gatte participe a partir de 1808 aux campagnes de l’Empire. A l’île d’Elbe il est en charge du personnel de la maison de l’Empereur. « C’est un homme sans instruction qui ne cherche même pas à se perfectionner. Il se contente de préparer le plus consciencieusement possible les ordonnances qu’on lui remet. Avec cela modeste et doué d’une nature aimable, complaisante. Il a le désir de plaire et est aimé de tout le monde, surtout de sa femme, la belle et vertueuse Bianchina Ninci qu’il a épousé le 28 octobre 1814 à l’île d’Elbe. Malgré son caractère facile, il se dispute violemment avec le médecin-chef [Foureau de Beauregard] et de nombreuses querelles s’élèvent entre eux. Napoléon est souvent obligé d’intervenir. »

Jules Loubers (1785-après 1840) commandait à l’île d’Elbe la 4ème compagnie de la Garde Impériale. Après un début dans les troupes italiennes, Loubers entre comme capitaine au 1er grenadiers à pied de la Garde Impériale. « Le capitaine Jules Loubert [Loubers] affectait les allures de ce qu’on appellerait une personne bien née ; ce qui n’est pas toujours la preuve d’une haute naissance. Cependant le capitaine Loubert [Loubers] était « fils de famille », comme on disait jadis. Ses prétentions aristocratiques le rendaient impopulaire ; il n’était pas aimé. L’Empereur le chargea d’aller à Gênes acheter des draps. Puis il le choisit pour être le danseur de la princesse Pauline, ce qui était un bon choix, car le capitaine Loubert [Loubers] dansait parfaitement. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », pp.326-327).

Le commandant Anselme Malet (1779-1815) était chef d’état-major de la Garde à l’île d’Elbe. Il sera tué à Waterloo… André Pons de l’Hérault qui l’a côtoyé sur place, écrit dans ses « Souvenirs » qu’il « avait peu d’instruction, mais c’était une belle nature de soldat, de bon soldat, franc, loyal, dévoué, pouvant honorablement remplir sa tâche et la remplissant à la complète satisfaction de l’Empereur… ». Cet officier, blessé plusieurs fois, participa aux campagnes d’Italie, d’Égypte, de 1805/1807. On retrouve Malet en Espagne, puis plus tard en Autriche. Il est en Russie, en Allemagne et participe à la campagne de France. « Après avoir commandé le bataillon de la Garde Impériale ayant accompagné l’Empereur à l’île d’Elbe, il est promu major dans la Garde Impériale le 27 février 1815 à l’âge de 37 ans et 22 ans de service. Major du 3ème régiment de chasseurs à pied de la Garde Impériale le 13 avril 1815, il participe avec l’Armée du Nord à la campagne de Belgique et est blessé d’un coup de boulet à l’épaule gauche à la bataille de Waterloo, 18 juin 1815. Décédé aux ambulances de Charleroi des suites de ses blessures le 9 août 1815. » (B. Quintin, « Dictionnaire des colonels de Napoléon », SPM, 1996, pp.563-564).

Nicolas Raoul (1788-1850) que l’on ne confondra pas avec un autre officier, Jacques Roul (1775-1840). Raoul, enfant de troupe au 5ème régiment d’artillerie à pied le 21 mai 1802, entre le 1er octobre 1806 à l’École polytechnique et passe comme élève sous-lieutenant au 5ème régiment d’artillerie à pied le 27 juin 1809 pour prendre part aux campagnes d’Allemagne de 1809 à 1811. Il sert au siège de Riga pour être promu capitaine le 22 juillet 1812. Nicolas Raoul participe à la campagne de Russie et entre dans l’artillerie de la Garde Impériale, comme lieutenant le 1er octobre 1812. Il est à Bautzen, Dresde et à Leipzig, en 1813. Il a un cheval tué sous lui à Hanau. En 1814, Raoul se bat à Brienne, Montereau, et à Arcis-sur-Aube. Lors de la première abdication de l’Empereur, il suit le général Drouot, avec le grade de capitaine de la Vieille Garde, à l’île d’Elbe. Il sera notamment chargé de fortifier la petite île de la Pianosa et d’aménager la résidence impériale de San Martino. Au retour de Napoléon, qu’il a suivi jusqu’à Paris, Raoul est nommé chef de bataillon dans l’artillerie de la Garde, avec rang de major dans ligne. Il participe à la campagne de Belgique. Grièvement blessé à Waterloo, il reste sur le champ de bataille, la cuisse brisée. Il est fait prisonnier. Soigné probablement à Bruxelles, Raoul est libéré sur parole et rentre des foyers à Neufchâteau (Vosges) en septembre 1815. Plus tard, il devra fuir la France pour les États-Unis d’Amérique, puis le Guatemala ou il œuvra, afin que ce pays reste indépendant, tout en exploitant une importante propriété agricole. Début 1833, Nicolas Raoul rentre en France. Sur les recommandations des généraux Drouot et Bertrand, Raoul avait été nommé par Louis-Philippe lieutenant-colonel et réintégré sur les contrôles de l’artillerie française. Il occupe donc des postes à Douai, à Lyon, Perpignan et Besançon. Le 19 juillet 1845, il est nommé maréchal de camp, puis le 24 octobre 1848, commandeur de la Légion d’honneur. Enfin, le 7 janvier 1849, Raoul est nommé commandant de l’artillerie de la 1ère division militaire à Vincennes. Il s’éteint le 20 mars 1850, date-anniversaire du retour de Napoléon à Paris. Concernant Jacques Roul, dont le nom est parfois orthographié Ruhl, cet « officier casseur d’assiettes et tapageur » Napoléon transmet une note à son sujet au grand maréchal Bertrand : « Longone, le 11 septembre 1814. Fonctions du chef d’escadron Roul. Le sieur Roul aura le commandement de toute ma cavalerie : en conséquence, les Polonais, chasseurs, Mamelucks, tant à pied qu’à cheval, seront sous ses ordres ; il m’accompagnera constamment à cheval, et il lui sera donné un cheval de mon écurie avec deux pistolets ; il commandera mes escortes et prendra les mesures de sûreté convenables ; il se concertera avec le commandant de gendarmerie pour le placement des gendarmes dans les lieux de passage, mais jamais les gendarmes ne devront me suivre… » (Léon-G. Pélissier, « Le Registre de l’île d’Elbe… », pp.113-114). A noter que Roul était « arrivé à l’île d’Elbe après le débarquement de Napoléon, il se disait chef d’escadron d’artillerie et manifestait une exaltation débordante pour l’Empereur à qui il avait offert ses services. Les soldats de la Garde l’accueillirent avec empressement et Napoléon le nomma premier officier d’ordonnance. On sut rapidement qu’il n’était que capitaine d’où des explications violentes avec des officiers de la Garde. Bien qu’aucun document officiel ne parle de ce premier officier d’ordonnance il est pourtant repris comme tel dans des lettres de l’Empereur ».

C.B.

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( 7 février, 2019 )

Un méconnu de l’Épopée: l’adjudant-commandant Zenowicz

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Georges Zenowicz voit le jour, probablement en 1775 dans une famille de la noblesse polonaise qui possède d’immenses propriétés dans le nord-est lithuanien. En 1797, il s’attire les foudres de la police du Tsar en conspirant contre la toute puissante Russie occupée à dépecer son pays. Pourchassé, il rejoint Dombrowski, un autre patriote polonais, en Italie. Après plusieurs péripéties, Zenowicz gagne l’état-major de l’armée d’Italie qui est alors commandée par un jeune général du nom de Bonaparte. Blessé une première fois lors du combat de La Trebbia, en juin 1799, il reçoit une nouvelle blessure à Novi, en août suivant. Promu chef d’escadron en 1800, il est confirmé dans son grade par une lettre de service datée du 5 décembre 1805. C’est à cette époque qu’il entame les démarches nécessaires afin d’être naturalisé français. 1805, Zenowicz combat en Autriche. Il est également présent en Prusse, en 1806 ainsi qu’en 1807, où il sert sous Oudinot. Il se distingue à Essling, en mai 1809; se fait remarquer à Wagram, le 6 juillet de la même année, en marchant à la tête de son bataillon, qui fait partie de la colonne d’attaque destinée à briser le centre ennemi. Au cours de cette action, il reçoit une contusion à la tête. Suite à cette action, un décret impérial, peut-être signé à Vitebsk, le nomme adjudant-commandant. Le 9 août 1812, sa probité étant mise en doute, une enquête administrative lui vaut d’être mis en disponibilité ce qui l’empêche de participer aux campagnes de 1812 et de 1813. Le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe Juan. Zenowicz assaille littéralement les bureaux afin d’être réincorporé dans l’armée. Il finit par obtenir gain de cause. Il est affecté à l’état-major du 1er Corps de l’Armée du Nord placé sous les ordres du général Drouet d’Erlon. Le 15 juin 1815, l’armée française franchit la frontière au sud de Charleroi. Vers midi, les marins de la Garde enlèvent le pont qui enjambe la Sambre à Charleroi, ouvrant ainsi la ville aux troupes dirigées par l’Empereur en personne. Zenowicz, à la recherche de l’état-major du 1er Corps, passe par Charleroi où il rencontre Maret, duc de Bassano qui le charge de porter plusieurs dépêches à l’Empereur. C’est ainsi qu’on retrouve Zenowicz au Caillou le 17 juin au soir. Le 18 juin, bien que ne faisant pas partie de l’état-major général, c’est à lui que Napoléon confie le premier ordre destiné au maréchal de Grouchy. En effet, il est étonnant qu’un officier se trouvant par hasard au quartier-général, et n’ayant fait l’objet d’aucune autorisation de déplacement, soit choisi en lieu et place des aides-de-camp et autres officiers d’ordonnance attachés à la personne de l’Empereur. Le 19 juin, lors de la retraite de Grouchy, Zenowicz se trouve auprès du commandant du 3ème  Corps, le général Vandamme. Il a été quelquefois accusé de la transmission tardive des ordres de l’Empereur auprès du maréchal de Grouchy. De retour en France, il a recours aux chevaux de poste pour se rendre à Laon afin d’être, selon ses dires, le premier à apporter la nouvelle au quartier-général que le corps de Grouchy est sauvé. Par la suite il suivit l’armée de la Loire, où il était employé pour la communication avec les Alliés sur la ligne attribuée à l’armée selon le Traité de Paris. Sous la Restauration, Zenowicz sera impliqué dans l’impression d’écrits hostiles au gouvernement royal. Expulsé de France, il passe en Allemagne, puis en Espagne et en Angleterre, avant de s’installer à Bruxelles, où il s’éteint en 1853.

Zenowicz avait rédigé un ouvrage : « Waterloo. Déposition sur les quatre journées de la campagne de 1815 » (Paris, Ledoyen, Libraire, 1848, 71 pages).

Capitaine P. MATZYNSKI

 

 

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( 6 février, 2019 )

Quelques figures d’Empire (I)

Napoléon à cheval

ALI (Mameluck), de son vrai nom Louis-Etienne SAINT-DENIS, 1788-1856. En 1806, Saint-Denis entre au service des équipages de la maison de l’Empereur, grâce à l’appui d’une connaissance de son père : le général de Caulaincourt, grand-écuyer de Napoléon. Il suit le souverain en Espagne, en Allemagne et en Hollande. En décembre 1811, il passe au service intérieur comme second mameluck ; le premier étant Roustam. Cette promotion lui vaut de changer de nom. Désormais il s’appellera Ali. Les deux mamelucks suivent Napoléon en tous lieux et veillent sur sa personne. Plus d’une fois, Ali couchera en travers de la porte conduisant aux appartements de Napoléon, allongé tout habillé sur un simple matelas posé sur le sol, son sabre à ses côtés, prêt à bondir au moindre bruit suspect. Il participe à la campagne de Russie et à une grande partie de celle de 1813 Après la fuite de Roustam en avril 1814, Louis-Etienne Saint-Denis devient premier mameluck ; il suit l’Empereur à l’île d’Elbe, sera présent non loin de lui à Waterloo, avant de l’accompagner dans le dernier acte de son existence : Sainte-Hélène…

ABOVILLE  (Général Augustin-Marie, baron d’), 1776-1843. En 1792, il est élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie de La Fère. Il en sort avec le grade de lieutenant au 7ème régiment d’artillerie. Durant la période 1792-1794, il rejoint les rangs de l’armée d’Italie (il y obtient le grade de capitaine), de l’armée de Moselle (suspendu pendant près d’un an comme étant noble), de celle de Rhin-et-Moselle et à nouveau de celle d’Italie. En 1807, d’Aboville est nommé colonel et chevalier de la Légion d’honneur, puis l’année suivante il reçoit le grade de major de l’artillerie à cheval de la Garde Impériale. Il se fait remarquer lors de la campagne d’Autriche en 1809 ; a un bras  emporté à la bataille de Wagram. Il est nommé général de brigade peu après, reçoit le titre de baron de l’empire et est nommé à la direction de l’école d’artillerie de La Fère. En 1814, d’Aboville est appelé au commandement de l’artillerie destinée à la défense de Paris. Il combattit vaillamment face à un ennemi nombreux et déterminé.

AUBRY (Capitaine Thomas-Joseph), 1780-1865. Il entre au 12ème régiment de chasseurs à cheval en 1798. Durant toute sa carrière militaire Aubry ne quittera pas ce régiment et participe à de nombreuses campagnes de l’Épopée. Citons celles d’Italie, de 1805 (présent à Austerlitz), à celles de Prusse (il est à Iéna), de Pologne (Aubry est à Eylau et à Friedland). En 1809, il est de nouveau en Autriche et se bat à Eckmühl et à Wagram. En 1812, le capitaine Aubry il part pour la campagne de Russie. Fait prisonnier fin 1812, il ne recouvre la liberté qu’en 1814 et songe alors à prendre sa retraite. Mais le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan. Aubry ne pose pas son sabre comme prévu et on le retrouve lors de la campagne de Belgique. Pus tard, il combat à Rocquencourt (1er juillet 1815) et sera de cette armée en retraite sur la Loire.

BELLIARD (Général Augustin-Daniel), 1769-1832. Engagé volontaire dans la tourmente révolutionnaire en 1790, il est élu par ses concitoyens de Fontanay-le-Comte (Vendée) capitaine de la 1ère compagnie des volontaires. Engagé en 1791, Belliard participe, dans les rangs de l’armée du nord, aux batailles de Valmy, de Jemmapes et de Neerwinden. Plus tard, on le retrouve dans l’armée d’Italie commandée par le général Bonaparte. En 1796, il se bat notamment  à Castiglione et à Arcole, puis durant la campagne d’Égypte (1798-1800). Nommé général de division à son retour, il dirige la 24ème division militaire à Bruxelles, puis prend part aux fameuses campagnes d’Allemagne et de Prusse, en 1805-1806, comme chef d’état-major de Murat ; il combat à Austerlitz. Belliard est à Eylau et à Friedland en 1807, puis occupe les fonctions de gouverneur de Berlin avant d’être expédié en Espagne, où il sera nommé gouverneur de Madrid en 1808. Le général Belliard s’illustre encore durant la campagne de Russie ; il est grièvement blessé à Mojaïsk, en septembre 1812. Nommé colonel-général des cuirassiers, Belliard participe à la campagne d’Allemagne de 1813. Blessé une nouvelle fois grièvement à Leipzig (octobre 1813), il se bat à Hanau. Nommé major général de l’armée, il réorganisera à Metz les troupes, décimées et affaiblies. En 1814, Belliard reprend du service. Il commande un corps de cavalerie. Il  combat à Montmirail, à Château-Thierry, à Reims, à Fère-Champenoise. C’est lui qui, dans la soirée du  30 mars 1814, à Juvisy, apprendra à Napoléon la chute de Paris. Sous la première Restauration, Belliard est nommé Pair de France, chevalier de Saint-Louis par le Roi. Durant les Cent-Jours, il rejoint Murat à Naples et prend part à la bataille de Tolentino (mai 1815). A son retour à Paris, Napoléon le nomme au commandement des 3ème et 4ème divisions militaires chargées de mettre les places-fortes de l’Est en état de défense.  Comte de l’Empire en 1810, Belliard avait été nommé grand-croix de l’ordre de la Légion d’honneur.

BELLOT DE KERGORRE (Alexandre), 1784-1840. De 1806 à 1810, il est employé au quartier-général de la Grande-Armée, en tant qu’aide-garde-magasin du service des vivres, puis comme garde-magasin et enfin comme contrôleur. Après son licenciement en 1810, il est employé dès l’année suivante comme secrétaire de l’ordonnateur en chef Mazeau pour l’organisation des équipages de l’armée d’Espagne. En 1812, nous le trouvons comme employé au quartier-général de la Grande-Armée en Russie, occupant  les fonctions d’adjoint provisoire aux commissaires des guerres. L’année suivante, Bellot de Kergorre est nommé adjoint titulaire et employé au quartier-général de la Garde, et dans la 4ème division de cette même garde. En 1814, il est nommé dans la Vieille-Garde afin d’être employé au quartier-général de la Garde et dans la 2ème division (Vieille-Garde). Mis en non-activité septembre 1814, Bellot de Kergorre reprend du service en mars 1815 ; il est employé dans les places de Paris et d’Amiens. Une ordonnance en date du 15 novembre 1815 lui confère à part entière le titre de commissaire des guerres, rétroactivement à compter du 7 janvier de la même année. Il avait été nommé chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1823.

BELLY DE BUSSY (Colonel David-Victor) 1768-1848. En 1784, il est aspirant au corps royal d’Artillerie.  Nommé lieutenant en second au régiment de La Fère, le 1er septembre 1785, le même jour que le jeune Bonaparte. Belly de Bussy fut respectivement promu lieutenant le 1er avril 1791 et second capitaine le 6 février 1792.  Démissionnaire le 1er juin 1792, il émigre et sert, de 1793 à 1796, dans un « rassemblement » d’officiers d’artillerie alors réuni à Ostende sous les ordres du colonel de Quiefdeville. Il fit campagne avec ce « rassemblement » en Hollande et dans la baie de Quiberon, puis alla s’établir en Allemagne où, pour vivre, il loua paraît-il, une boutique, et devint un excellent pâtissier dont les affaires prospérèrent vite. Étant parvenu à se faire rayer de la liste des émigrés, Bussy rentra en France en 1802. Pris pour guide, le 7 mars 1814, à la bataille de Craonne, il fut remis en activité, nommé colonel d’artillerie et aide de camp de l’Empereur le 11 mars ; c’est en cette qualité qu’il assista aux batailles de Reims, d’Arcis-sur-Aube et de Saint-Dizier. A Fontainebleau, avant de quitter la France pour l’île d’Elbe, Napoléon lui fit don de 50.000 francs. Mis en non-activité le 1er juillet 1814, Belly de Bussy, qui avait sollicité un service actif, fut nommé à la Direction d’artillerie de La Fère, le 12 mars 1815.  Quelques jours après, au retour de l’île d’Elbe, il rejoignit l’Empereur à Paris et reçut, le 11 avril 1815, la Direction du parc d’artillerie de la Garde impériale. Le 10 juin suivant, il quitte Paris pour Laon, en qualité d’aide-de-camp de l’Empereur. Après Waterloo, Bussy s’arrêta à Laon, le 20 juin ; il y tomba malade et se fit transporter à Paris dix jours après. Mis en non-activité le 1er septembre 1815.

BEUGNOT (Comte Jean-Claude), 1761-1835. Député à la Législative, puis emprisonné sous la Terreur, Beugnot entre au Ministère de l’Intérieur au lendemain du 18 Brumaire. Préfet de la Seine-Maritime, il devient conseiller d’État en 1806, chargé de l’organisation du Royaume de Westphalie (gouverné par Jérôme Bonaparte). En 1807, il y devient ministre des Finances, puis administrateur du Grand-duché de Berg et chevalier de l’Empire en 1808. En 1809, ce haut fonctionnaire est nommé officier de la Légion d’honneur et comte de l’Empire. Préfet du Nord en 1813, Louis XVIII le nomme en 1814, Directeur général de la Police, puis ministre de la Marine en décembre de la même année (c’est le comte Anglès qui le remplacera dans cette première fonction). Beugnot suit le Roi à Gand (Belgique) durant les Cent-Jours.

BIOT (Colonel Hubert-François) 1778-1842. Il s’engage au 11ème chasseurs, peu avant sa vingtième année. Nommé sous-lieutenant en mai 1809, lieutenant en août de la même année, il devient aide-de-camp du général de cavalerie Pajol, qu’il suivra jusqu’en 1815. Nommé capitaine en avril 1812, il reçoit la croix de la Légion d’honneur en septembre pour le courage dont il a fait preuve lors des combats autour de Minsk et de Smolensk. Il participe à la campagne d’Allemagne l’année suivante. Lors de celle de France, il se fera remarquer une nouvelle fois à Montereau, aux côtés du général Delort, dévalant, dans une charge furieuse, le plateau de Surville en direction des ponts qui enjambent  l’Yonne et la Seine. En 1815,  Biot sera en Belgique. Il s’est éteint en 1842.

BOURGOING (Baron Paul de), 1791-1864. Ce fils de diplomate embrasse la carrière militaire à l’âge de vingt ans. Après deux années passées à Saint-Cyr, il devient sous-lieutenant, puis est placé dans la Jeune Garde. Il participe à la campagne de Russie, à celle d’Allemagne, avant de combattre en 1814. Le sous-lieutenant de Bourgoing est présent à Fère-Champenoise puis à Paris, lors des combats autour de la capitale. Il était aide-de-camp du maréchal Mortier (duc de Trévise). Démissionnaire en 1815, Paul de Bourgoing entame une carrière diplomatique. Pair de France en 1841, il est ambassadeur en Espagne en 1849, puis est nommé sénateur à la fin de l’année 1862.

BRO (Général Louis), 1781-1844. Après avoir participé très jeune à la campagne de Saint-Domingue dans les rangs du 1er régiment de hussards, il est nommé brigadier en février 1801. En 1804, Bro accède au grade de lieutenant, occupant les fonctions d’aide-de-camp du général Augereau (le frère du maréchal). Il part pour l’Allemagne afin de rejoindre le 7ème corps de la Grande-Armée. Début 1807, il est nommé capitaine au 7ème hussards (commandé alors par le fameux Édouard de Colbert). Il est présent à Eylau, à Heilsberg et à Friedland. En 1809, Bro se distingue à Wagram et passe en septembre 1809 aide-de-camp du général de Colbert.  Affecté début décembre 1811 au 5ème escadron de chasseurs à cheval de la Garde, il est lieutenant en premier. Bro participe à la campagne de Russie, puis à celles d’Allemagne et de France. Au retour de l’Empereur en 1815, il est nommé colonel chef d’état-major de la 3ème division de cavalerie du 2ème corps d’observation, puis, quelques jours après, l’Empereur le met à la tête du 4ème régiment de chevau-légers lanciers. Blessé grièvement à Waterloo, il doit quitter le champ de bataille.

C.B. 

A suivre.

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( 6 février, 2019 )

Le suicide de Berthier (1ère partie).

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Ce texte, dû à Arthur Chuquet, a été publié dans la troisième série de ses « Etudes d’Histoire » (Paris, Fontemoing  Editeur, sans date, [1910]).

Berthier, prince de Wagram, s’était en 1814 rallié sincèrement et sans réserve aux Bourbons, et les Bourbons le récompensèrent. Louis XVIII le fit commandeur de l’ordre de Saint-Louis, pair de France et capitaine d’une compagnie des gardes du corps, la « Compagnie Wagram », comme l’appelaient les royalistes, la « Compagnie de Saint-Pierre »,  comme l’appela le peuple qui nommait « Compagnie de Judas » la compagnie commandée par Mont. Aussi, lorsque Napoléon quitta l’île d’Elbe et marcha sur Paris, Berthier n’abandonna pas les Bourbons. De même que Macdonald et Mortier, il accompagna Louis XVIII fugitif jusqu’à la frontière. Mais, disait Jaucourt, les maréchaux fidèles et dévoués avaient ainsi fiat tout ce qu’ils feraient ; le roi était hors de leur responsabilité ; ils allaient se mettre à l’abri, allaient sauver leur tête et leur fortune, Macdonald et Mortier demandèrent à Louis XVIII la permission de rester sur le territoire français en assurant qu’ils lui seraient là plus utiles qu’ailleurs. Berthier, il est vrai, n’osa solliciter la même faveur. Il était alors de service, comme capitaine des gardes, et, selon son habitude, il se rongeait nerveusement les ongles, pendant que les deux maréchaux prenaient congé de Louis XVIII. Toutefois au sortir de l’audience royale, il confia à Macdonald qu’une fois en Belgique, il enverrait sa démission, qu’il irait chercher à Bamberg la princesse sa femme et ses enfants, puisqu’il rentrerait en France, parce qu’il craignait d’être  considéré comme émigré, et il pria Macdonald d’annoncer cette résolution à sa famille et à ses amis, fût-ce par la voie des journaux. Il voulait donc faire ce que firent Macdonald, Oudinot, Moncey, Castellane,demeurer en France, sans avoir la moindre part aux événements. Moncey demandait à l’Empereur l’autorisation de se retirer dans ses propriétés de Franche-Comté et, le 23 mars, Napoléon approuvait son projet. Oudinot déclarait qu’il se confinait désormais dans sa retraite. Macdonald regagnait Paris et y restait, tourmenté par la goutte, sans voir personne. Le colonel  [de] Castellane refusait de joindre son régiment et passait les Cent-Jours à la campagne. Berthier aurait volontiers suivi cet exemple, et dans une lettre que Savary a vue et qu’il adressait à un général, peut-être à son frère César, il disait qu’il était Français avant tout, qu’il ne voulait pas émigrer et qu’il se recommandait à la générosité  de l’Empereur. A-t-il écrit à Napoléon, comme le rapporte Savary, et Napoléon lui aurait-il répondu ? Nous ne le croyons pas. Quoiqu’il en soit, son devoir rempli en vers le Roi, Berthier comptait revenir en France et vivre tranquillement sur ses biens.

Dès qu’il fut à Ostende et son service de capitaine des gardes terminé, il quitta Louis XVIII. Le 29 mars, il est à Bamberg auprès de sa femme, chez son beau-père, le duc Guillaume de Bavière-Birkenfeld, et le 2 avril il demande au ministre comte de Montgelas un passeport pour rentrer en France, sur ses domaine, soit à Grosbois, soit à Chambord. Le 5 avril, il réitère sa requête à Montgelas : »La fortune de ma famille exige que nous nous retirions de suite dans nos terres où je veux vivre. » Le 10 avril, il écrit au Roi Max-Joseph de Bavière que l’honneur guide toujours sa conduite, qu’il désire revenir en France et y demeurer dans la retraite, uniquement occupé de sa femme et de ses enfants, fidèle à ses serments en faisant des vœux pour son pays. Le 11 avril, son premier aide de camp, le colonel baron Pernet, revenant de Vienne, passe la journée avec lui au château de Bamberg, et Berthier montre avec douleur à Pernet les journaux de Paris : ils prétendent que le maréchal Berthier est arrivé à Vienne le 5 avril, et le prince de Wagram prie Pernet qui se rend à Paris, de démentir la nouvelle. Le 20 avril, dès son arrivée, Pernet envoie aux journaux une lettre qu’ils reproduisent le lendemain : le maréchal prince Berthier, dit Pernet, a rejoint à Bamberg sa femme et ses enfants, il y attend les passeports bavarois pour rentrer en rance avec sa famille, et d’ailleurs « il est trop bon Français, trop connu par son attachement à la patrie pour laisser croire qu’il ait jamais songé à la quitter. »

Le 23 avril, le « Journal de l’Empire », publie une lettre particulière de Gand, datée du 17 ; elle confirme le dire de Pernet : « On annonce tous les jours l’arrivée prochaine du maréchal Berthier, mais des personnes bien informées assurent qu’il ne viendra point et qu’il veut rentrer en France. »

A suivre…

 

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( 5 février, 2019 )

Une lettre de Napoléon à l’impératrice Marie-Louise, écrite en pleine campagne de France…

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Nangis, le 17 février 1814, à 4 heures après-midi.

Ma bonne Louise.

Je t’ai fait écrire 2 fois sur le champ de bataille pour te donner de bonnes nouvelles. J’ai fait 6.000 prisonniers russes, j’ai défait le corps de Wittgenstein, lui ai pris 15 pièces de canon, 50 caissons d’artillerie. Plusieurs généraux sont pris, mes troupes suivent l’ennemi dans la direction de Montereau, de Provins et de Bray. Ce soir toute la grande armée ennemie aura repassé la Seine fort en désordre.

Adieu, ma bonne Amie. Un baiser à mon fils. Je t’ai fait dire de tirer 30 coups de canon.

Nap.

(« Marie-Louise et Napoléon, 1813-1814. Lettres inédites… », Librairie Stock, s.d. [1955], pp.85-86).

 

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( 5 février, 2019 )

Le lieutenant-colonel Louis-Nicolas Périolas, vétéran de la Grande-Armée et personnage balzacien…

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Le lecteur qui parcourt « Le médecin de campagne » (paru pour la première fois en 1833) d’Honoré de Balzac, peut y croiser un certain commandant Genestas « … ma vie est la vie de l’armée ; toutes les figures militaires se ressemblent. N’ayant jamais commandé, étant toujours resté dans le rang à recevoir ou à donner des coups de sabre, j’ai fait comme les autres.  Je suis allé là où Napoléon nous a conduits, et me suis trouvé en ligne à toutes les batailles où a frappé la Garde impériale. », Genestas au bon docteur Benassis (le fameux Médecin de campagne). Comme bien souvent dans l’œuvre du grand écrivain, l’imaginaire est inspiré de la réalité. Le personnage qui avait les traits du lieutenant-colonel Pierre-Joseph Genestas, était un des amis de Balzac : Louis-Nicolas Périolas, ayant participé aux campagnes de l’Empire. « Périolas était d’une taille au-dessus de la moyenne et d’une figure « si belle et impassible » qu’elle resta gravée dans la mémoires de ceux qui la connurent », écrit Jouenne d’Esgrigny dans ses « Souvenirs de Garnison » (publiés en 1873).  Marcel Bouteron, un des plus éminents balzaciens du début du 20ème siècle, ajoute que « Le caractère de Périolas était à l’avenant : « froid et réfléchi, calme et ferme, quelquefois un peu roide, quoique soumis », nous disent les notes des inspecteurs.

Un beau type de soldat !

Avec cela, « capable », savant, d’une grand instruction théorique, connaissant toutes les manœuvres, parlant l’allemand et l’italien ».  Si Balzac fait naître Genestas en 1779, Louis-Nicolas Périolas, lui en revanche,  voit le jour le 23 octobre 1785, à Tournon, dans l’Ardèche. Issu d’une famille d’ingénieurs des travaux publics du Vivarais, il fait ses études au célèbre collège des Oratoriens de sa ville natale, devenu École centrale sous le directoire. » Bouteron précise : « Nous savons même que ce futur guerrier y remporta ; en l’an IX, un deuxième accessit de grammaire et un troisième prix d’histoire qu’il vint recevoir le 28 fructidor, vêtu de neuf et les cheveux bien poudrés, en présence de la plus noble assemblée. »  Toujours selon Marcel Bouteron : « Son père, devenu officier du génie an l’an III, avait fait campagne sous l’Empire, principalement en Italie, avec le prince Eugène, et, directeur des ponts sur pilotis de la Grande Armée, était mort Dantzig, en 1813.  Son frère cadet, Michel, qui avait débuté dans l’armée comme vélite, « est péri », nous dit un certificat de 1815 « dans les dernières guerres d’Espagne ».  « Louis-Nicolas Périolas, quant à lui, entra au service à l’âge de dix-huit, comme lieutenant de 2ème classe dans l’armée italienne en 1803. Tour à tour sapeur, artilleur à pied, artilleur à cheval, il fait campagne en Italie, Dalmatie, Allemagne, Tyrol, Russie, prend part au siège de Raab, où il est décoré, assisté à dix-huit batailles, dont Caldiero, Wagram, Ostrowno, La Moskowa. Quels souvenirs !

A la chute de l’Empire, l’armée italienne est dissoute, et Périolas mis en non-activité comme capitaine. Il reprend du service aux Cents-Jours, est remis en non-activité après Waterloo, puis rappelé à l’activité en 1816, comme capitaine au 3ème régiment d’artillerie à pied à Valence.  Enfin en 1820, selon Bouteron, il est nommé capitaine instructeur à Saint-Cyr, et c’est là que Balzac le connut, sans doute en l’année 1828. »  A cette époque Périolas, âgé de 43 ans, toujours capitaine, et chevalier de Saint-Louis, instruisait, depuis huit années, les subtilités de l’artillerie.  Il convient de souligner qu’il avait succédé dans ce domaine au commandant Carraud, promu sous-directeur des études.  Le couple Carraud faisait partie du petit cercle des amis intimes de Balzac.  Le grand écrivain avait connu tout d’abord Zulma Tourangin (1796-1889)  qui fut son ami d’enfance, comme l’a montré le balzacien Thierry Bodin (et non par Laure, la sœur de l’écrivain).  Zulma avait épousé en 1816, un autre militaire des armées de Napoléon : François-Michel Carraud (1781-1864).  C’est donc dans le cadre de l’école militaire de Saint-Cyr, lors de ses séjours qui le dépaysaient, que Balzac rencontre la première fois Périolas, mais pas seulement. « …il y a là quelques officiers qui aiment [à] évoquer leurs campagnes de la Révolution et de l’Empire », selon Th. Bodin. Non seulement le nouvel ami de Balzac mais aussi le lieutenant Dupacq, le chef de bataillon Viennot, le capitaine Chapuis (blessé à Waterloo à la tête de sa compagnie de Grenadiers et auteur notamment d’une étude sur la Bérésina) et le colonel Nacquart. « Balzac écoute avec enthousiasme toutes ces histoires de militaires, qu’il retiendra pour écrire ses Scènes de la vie militaire, comme Adieu, Une passion dans le Désert, Le Colonel Chabert, ou bien le grandiose projet de La Bataille, qu’il portera en lui des années, et dont il n’écrira jamais qu’une dizaine de mots » (Thierry Bodin).  «La Révolution de 1830 va rompre ces amicales relations. L’École a pris parti pour le roi déchu, la disgrâce est menaçante. En juillet 1831, le petit groupe commence à se disloquer : les Carraud étaient nommés à la poudrerie d’Angoulême.  Mais  Périolas restait, Périolas de qui l’on avait déjà tiré plus d’un renseignement profitable sur les horreurs d’Eylau et de la Bérésina.  Justement, en mai 1832, il était encore là, et sa présence pouvait véritablement passer pour providentielle », écrit Marcel Bouteron.  Pour en revenir à « La Bataille », roman avorté, ce n’est pas faute pourtant d’avoir puisé dans les souvenirs et récits du fidèle Périolas ! « La Bataille », au titre si prometteur, ne verra jamais le jour. Projet sans cesse reporté, il est définitivement rangé dans les tiroirs suite à l’accident de voiture de Balzac, survenue le 20 mai 1832. En effet, Balzac qui avait promis à Périolas de venir à Saint-Cyr, lui fera faux-bond. Ce qui fera écrire au militaire un peu amer, à Balzac, le 21 mai 1832 : « Vous n’avez pas manqué seulement à votre parole, mais vous avez été encore été mal avisé, et pour un homme d’esprit ceci est autrement désolant : sachez donc que vous auriez fait un excellent dîner servi par la délicieuse main de Mme Bergeron [Femme du commandant Xavier Bergeron, officier de Saint-Cyr] : la circonstance était on ne peut plus favorable pour prendre un avant-goût  des douceurs de la survivance. De plus, vous eussiez siroté le champagne avec quatre troupiers finis échappés aux gloires de Wagram, et les renseignements que vous désirez eussent tombés [sic] sur vous comme de la mitraille céleste… Maintenant vous pouvez venir quand vous voudrez, mais avec la meilleure volonté du monde, je ne pourrai vous donner à exploiter une mine aussi riche de sensations et de renseignements : vous ne trouverez que des atlas, des livres et mon triste verbiage. Mme Berg.[eron] vous boude, moi je vous abomines [sic] »  «  Après un séjour à Saché [en Touraine, chez son ami Jean de Margonne, lequel possédait le charmant château que l’on peut encore voir de nos jours] de juin à octobre 1832, l’homme de lettres ne retrouvera pas « le bon Périolas » à Saint-Cyr : ce dernier a été nommé chef d’escadron à Metz au 2ème régiment d’artillerie ; il quitte donc l’École vers septembre 1832.  Dans toutes sa correspondance, de juillet 1832 à janvier 1833, Balzac évoque « La Bataille », il croit en entendre le ronflement du canon, il est à Wagram, le 6 juillet 1809 !  Ne s’est-il pas s’est engagé auprès des éditeurs Dieulouard et Mame à livrer dans les délais son manuscrit ?  Mais le 10 octobre 1832, il confie à son amie de toujours, Zulma Carraud : « Vous avez gagné ! Il n’y a pas une ligne d’écrite sur la Bataille ».  L’écrivain remboursera en 1833  ses acomptes, mais ce projet le hantera jusqu’à sa mort…  Quant à Périolas après son séjour à Metz, « il tiendra garnison à Bourges en 1835, à Besançon en 1837, à Lyon en 1839 »  écrit M. Bouteron qui ajoute : « Les deux amis ne se verront plus guère, s’écriront peu, mais toujours dans les termes les plus affectueux. En 1838, Périolas envoie aux Jardies [La propriété que Balzac possède à Sèvres près de Paris. Il sera obligé de s’en défaire en 1840, après l’échec du lancement  de sa « Revue Parisienne »] deux barriques de vin de son pays de Tournon, du vin de l’Ermitage, demandées par Balzac ».  La fidèle Zulma Carraud, amie de l’un et de l’autre, continue par sa correspondance entretenue avec ces derniers, à être une intermédiaire improvisée.  Plus tard, en 1844, le grand écrivain dédie son roman « Pierre Grassou » à Louis-Nicolas Périolas, « comme un témoignage de l’affectueuse estime de l’auteur » 

Le militaire continue sa route : devenu officier de la Légion d’honneur en 1837, lieutenant-colonel en 1843, il est nommé en 1845 sous-directeur de l’artillerie au Hâvre. « C’est là que Balzac le revoit en débarquant d’un de ses voyages d’Allemagne ».  Périolas est mis à la retraite en 1845 ; il s’installe alors à Lyon.  Celui qui fut un des inspirateurs militaires d’Honoré de Balzac survivra de neuf années à ce dernier : il s’éteint le 16 mars 1859, âgé de 74 ans.

C.B.

Sources 

Honoré de Balzac : « Correspondance inédite avec le Lieutenant-Colonel Périolas (1832-1845) », Paris, Les Cahiers Balzaciens, 1923. 

Honoré de Balzac : « Correspondance. Textes réunis, classés et annotés par Roger Pierrot », Tome I, Editions Garnier Frères, 1960. 

Honoré de Balzac : « Le Médecin de campagne. Introduction, notes et relevés de variantes par Maurice Allem », Classiques Garnier, 1961. 

Fernand Lotte : « Dictionnaire biographique des personnages fictifs de la Comédie Humaine. Avec un avant-propos de Marcel Bouteron »,

Librairie José Corti, 1952. 

«Une amie de Balzac : Zulma Carraud », par Thierry Bodin sur le site : http://carraud.com/ 

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( 4 février, 2019 )

Retour sur la carrière de Guillaume Peyrusse.

G.Peyrusse

Miniature représentant G. Peyrusse.

Cet objet est visible au Musée de Carcassonne.

Cette œuvre a été réalisée par Edouard Corbet (1772-1825)

14 juin 1776 : Naissance de Guillaume Peyrusse à Carcassonne (Aude).

1er février 1808 : Nommé, par le comte Estève, au poste d’Inspecteur du Trésor de la Couronne.

1er janvier 1809 : Nommé par le comte Estève au poste d’Inspecteur de la Couronne.

7 mars 1809 : Nommé par le comte Estève  comme seul Inspecteur du Trésor de la Couronne.

24 mars 1809 : Désigné par le comte Estève, comme Payeur du Trésor de la Couronne à la suite de l’Empereur. Il participe à ce titre à toute la campagne d’Autriche.

9 novembre 1809 : Nommé Payeur des voyages.

20 février 1810 : Nommé par le comte Estève au poste de la comptabilité des recettes du Trésor de la Couronne.

28 février 1810 : Désigné par le comte Estève comme Payeur du Trésor chargé des fonds à employer et de la garde des bijoux afin d’accompagner les personnes de la maison de l’Empereur chargées d’aller au-devant de la future impératrice (Marie-Louise). (Son ordre de mission porte la suscription suivante : A monsieur Guillaume Peyrusse, chef de la comptabilité des Recettes du Trésor de la Couronne).

4 (ou 5) mars 1812 : Désigné par le baron de La Bouillerie (Trésorier général de la Couronne) pour remplir les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne afin de suivre l’Empereur en Russie.

En 1813 : Participe à la campagne de Saxe au titre de Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur.

29 juillet 1813 : Peyrusse est désigné comme Payeur de l’Empereur.

24 février 1814 : Nommé sous-inspecteur aux revues de la Garde.

23 mars 1814 : Nommé au grade de chevalier de la Légion d’honneur (reçoit son brevet de nomination le 4 avril 1814).

En 1814: Participe à la campagne de France toujours comme Payeur, puis suit Napoléon à l’île d’Elbe, en tant que Trésorier personnel de l’Empereur

11 mai 1814 : Nommé « Trésorier général des revenus de l’île d’Elbe et payeur de toutes les dépenses ».

23 mars 1815 : Nommé Trésorier Général de la Couronne.

27 mars 1815 : Nommé Baron de l’Empire.

21 juin 1815 : Nommé officier de la Légion d’honneur.

De décembre 1832 à novembre 1835 : Maire de Carcassonne.

1er juillet 1853 : Nommé par décret de Napoléon III, Commandeur de la Légion d’honneur.

27 mai 1860 : Guillaume Peyrusse s’éteint dans sa demeure de Carcassonne.

———

Les mémoires qu’il a laissés sont à lire sans hésitation !

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

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( 4 février, 2019 )

Napoléon vu par le colonel Campbell (février 1815).

Campbell

 « … ce qui nous paraît le plus curieux, à la date du mois de février [1815], c’est que le commissaire de la Grande- Bretagne [le colonel Neil Campbell], à peine revenu de sa dernière excursion à Gênes, songe à s’absenter de nouveau après avoir constaté lui-même en ces termes le nouvel aspect que lui offre la capitale de l’île d’Elbe : « Il n’est guère possible de donner une idée de Porto-Ferrajo, qui est comme une grande caserne, étant occupée par des militaires, des gendarmes, des agents de police, des employés de la cour, des aventuriers, tous dans la dépendance de Napoléon et attachés à lui par des places d’honneur ou des emplois salariés. Le port est constamment rempli de navires de toutes les parties de l’Italie, apportant des provisions pour cet accroissement de population, car l’île ne produit que du vin. Des navires de toutes les nations jettent fréquemment l’ancre ici, les uns amenés  par des motifs de curiosité, les autres par des motifs de spéculation, ou retenus par les vents contraires. » Au milieu de cette vie active, dont Napoléon était le promoteur, sir Neil Campbell le voyait seul préoccupé de sa sécurité menacée, en même temps que de l’insuffisance de ses ressources : « Depuis quelque temps Napoléon a suspendu les travaux de la construction des routes et d’embellissement de sa résidence de campagne : c’est, je présume, à cause de la dépense. Il a rassemblé la municipalité de Porto-Ferrajo pour délibérer sur la vente de l’hôtel de ville, et en même temps il a logé deux détachements de sa Garde dans les ouvrages avancés qui ont été établis pour retarder l’approche des fortifications de la ville en cas de siège. «Dans l’entrevue que j’ai eue avec Napoléon à mon retour de Gênes, il m’a parlé de l’arrestation de plusieurs officiers à Milan, qu’on suppose les complices d’une conspiration en faveur de Murât. Il m’a répété plusieurs fois : « On ne trouvera rien contre moi. Au moins on « ne trouvera pas que je sois compromis du tout. » « Ces expressions et tout l’ensemble de sa conversation sur ce sujet témoignent évidemment d’une grande anxiété. «Il m’a parlé aussi cette lois des bruits qui ont couru sur sa déportation à Sainte-Hélène ou à Sainte- Lucie, d’une manière à me prouver qu’il y croit, et en disant : «Je ne consentirai jamais à me laisser enlever de  l’île d’Elbe; je résisterai par la force. Avant cela, il « faudra faire une brèche dans mes fortifications. » Autre sujet de réflexions graves pour un surveillant : « Dans le canal de Piombino, qui a de 4 à 5 milles de largeur entre la pointe nord-est de l’île d’Elbe et la côte la plus voisine d’Italie, se dresse un petit rocher appelé Palmaiola, situé à 1 mille environ de l’île d’Elbe et à un peu plus de 3 milles de Piombino. A son sommet est une surface de quelques mètres carrés sur laquelle, pendant la dernière guerre, les Français avaient placé deux canons et un obusier pour taquiner les vaisseaux anglais. Napoléon a voulu s’emparer de ce roc comme étant un appendice de l’île d’Elbe, aussi bien que Pianosa : il y a envoyé récemment un poste de soldats. Ce ne peut être que pour un de ces deux motifs : ou arrêter les déserteurs qui pourraient y aborder, ou entretenir des communications secrètes, soit personnellement, soit par intermédiaires, avec quiconque viendrait d’Italie. J’ai mentionné cette circonstance au général Bertrand en lui disant que l’observation en a été faite en Italie. Il a traité la chose légèrement et ne m’a pas donné la moindre explication. « Sans attacher trop d’importance à ce rocher ou aux faits ci-dessus, il est à remarquer qu’il est une autre île sans habitants, appelée Monte-Cristo, au sud de l’île d’Elbe et à un peu plus de 2 milles de Pianosa, où Napoléon peut s’établir aussi par caprice ou pour favoriser ses projets ; puis d’autres îles encore à égales distances vers le sud des côtes de Rome et de Naples; de sorte que son absence de l’île d’Elbe serait moins aisément connue, quelque prétexte qu’il aurait de la quitter. Il a fait trois visites à Pianosa depuis son arrivée ici et avant l’hiver. »

(« Napoléon à l’île d’Elbe. Chronique des événements de 1814 et de 1815. D’après le Journal du colonel sir Neil Campbell., le Journal d’un détenu et autres inédits peu connus pour servir à l’histoire du Premier empire et de la restauration. Recueillis par Amédée Pichot », E.Dentu, Éditeur [et la] Revue Britannique, 1873, pp.208-211 ).

———–

Quelques mots à propos du colonel Campbell…

La postérité à conservé le nom du colonel Sir Neil Campbell (1776-1827),  par ses fonctions de commissaire anglais chargé de la surveillance de l’Empereur à l’île d’Elbe. Le 15 avril 1814, à Fontainebleau, il fait partie des commissaires étrangers présentés à l’Empereur.

La fuite de Napoléon de son exil elbois restera pour Campbell le drame de sa vie. Il est absent de son poste lors de cet événement historique : parti dès le 16 février 1815 à Livourne, pour un voyage diplomatique et galant (il allait retrouver sa maîtresse, une aristocrate italienne). Persuadé que Napoléon ne songe qu’à mener une existence tranquille, il ne pourra que constater à son retour à Portoferraio, l’envol de l’Aigle et entrer dans une colère noire : « Plus tard, j’ai appris qu’après le départ de la petite flotte [celle de Napoléon], la corvette anglaise qui avait à bord le colonel Campbell était venue à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Le colonel, ayant été informé de ce qui s’était passé, s’était transporté immédiatement chez les princesses [Madame Mère et Pauline], et, devant elles, il avait exhalé sa mauvaise humeur dans les termes les plus inconvenants, tant contre l’Empereur que contre Leurs Altesses. On a rapporté qu’ayant son mouchoir à la main, il l’avait déchiré avec les dents et que ce qui l’avait le plus exaspéré, c’était le calme avec lequel Madame Mère lui avait répondu. Il était au désespoir que son active surveillance lui eût été mise si fort en défaut », écrit le mameluck Ali dans ses « Souvenirs sur Napoléon 1er ».

Campbell, figure à demi-caché, sur le tableau des « Adieux de Fontainebleau » (par Horace Vernet) en uniforme rouge un bandeau noir lui enserrant la tête, levant son chapeau de la main droite. Il fut blessé accidentellement par deux cosaques, le prenant pour un officier français, le 25 mars 1814.  Le colonel Campbell apprit le 14 avril 1814 que Lord Castlereagh (secrétaire d’État britannique aux affaires étrangères) l’avait désigné pour accompagner Napoléon jusqu’à sa nouvelle résidence. Il accepta volontiers cette mission malgré l’avis du docteur Chricton qui soignait ses blessures. Il partit le 16 pour Fontainebleau avec M. Planta, le secrétaire du Ministre… ». Ajoutons que Campbell participa à la campagne d’Espagne (Fuentes de Onoro, Almeida, Ciudad-Rodrigo, Salamanque), à celle d’Allemagne de 1813 (Lützen, Bautzen, siège de Dantzig). En 1814, il est présent au début de la bataille de Brienne ; puis à Troyes, Méry-sur-Seine, Nogent-sur-Seine, Arcis-sur-Aube. Campbell capture à Fère-Champenoise le général Pacthod, cité plus haut.  Enfin, le colonel Campbell est présent à la bataille de Waterloo, mais pas en service. Il finira sa vie en tant que colonel du «Royal Africain », gouverneur et commandant en chef de la Sierra-Léone.

C.B.

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( 4 février, 2019 )

1815, la DESERTION de BOURMONT… (1ère partie). Article de Winand Aerts.

bourmontlahonte.jpg Le corps de Gérard. 

L’ordre du 13 juin 1815 portait que le 4ème corps devait prendre position le 14, en avant de Philippeville. L’ordre de mouvement du 14 ajoutait que, si ce corps était arrivé en position, il devait se mettre en marche sur Charleroi le 15, à 3 heures du matin et se tenir à la hauteur du 3ème corps. Tous les bagages devaient être laissés à Philippeville.Les cuirassiers de la division Delort suivraient le mouvement. D’après Charras, le général Gérard ayant dû attendre l’arrivée de l’une de ses divisions, restée la veille à 12 ou 15 km de Philippeville, quitta cette localité vers 5 heures. D’après Henry Houssaye, il arriva vers 7 heures à la hauteur de Florennes. C’est là que l’on apprit la désertion du commandant de l’avant-garde. Le lieutenant général de Bourmont venait de passer à l’ennemi…

Bourmont. 

Louis-Auguste-Victor comte de Ghaisne de Bourmont, né au château de Bourmont (Anjou) en 1773. Ministre de la Guerre en 1829, commandant en chef de la première expédition d’Algérie et maréchal de France en 1830. Bourmont était surnuméraire à la Compagnie du Régiment colonelle [sic] des Gardes-Françaises, lorsque éclata la Révolution. Il émigra, fit partie de l’armée de Condé, puis rentra en France, prit part à la guerre de Vendée sous les ordres de Scépeaux d’abord, ensuite comme général dans le Maine et les pays adjacents. Ses services lui valurent d’être reçu chevalier de Saint-Louis par le comte d’Artois, bien qu’il n’eût pas l’âge voulu. En 1799, on put croire qu’il s’était rallié àla République. Il parut même, dit-on, dans la loge du Premier Consul lors de l’explosion de la Machine infernale (24 décembre 1800). Mais son zèle parut excessif et le fit même incarcérer au Temple en 1803, puis à Dijon, à Besançon enfin, d’où il s’évada au mois de juillet 1805 avec d’Andigné, son compagnon de captivité, son complice dans la matinée du 15 juin 1815.  Il devait être protégé par quelque puissante influence. Bourmont obtint l’autorisation de se retirer au Portugal, et l’ordre fut donné de lever le séquestre mis sur ses biens. De plus, lors de la prise de Lisbonne par Junot, il offrit son épée qui fut agréée.

Suivent quelques années de service de loyaux. Adjudant commandant chef d’état-major de la division Loison en 1807, colonel à l’armée d’Italie, puis général de brigade en 1813, Bourmont se fit remarquer à Dresde et défendit en 1814 la ville de Nogent avec une telle bravoure-il était blessé et avait sous ses ordres douze cents hommes à peine- que Napoléon le nomma général de division et le décora. Lors du débarquement de Napoléon, en février 1815, Bourmont faisait partie du petit corps d’armée réuni par le gouvernement de Besançon, sous les ordres du maréchal Ney, dans le but d’opérer sur le flanc de la colonne impériale. Invité à quelques jours de là, par le préfet du Doubs, M. Capelle, à aller rejoindre avec lui les Bourbons en Belgique, Bourmont s’y refusa, retenu qu’il était, par l’espoir de conserver Besançon au Roi. Cette ville reconnut le pouvoir impérial et, bien que Bourmont eût déclaré à M. Capelle que les étrangers étaient le seule ressource sur laquelle la cause royale pût compter, et qu’on ne devait pas hésiter à les appeler, il n’en tarda pas moins à solliciter un emploi de son grade dans l’armée du Nord.

Mais avant cela, il était accouru de Lons-le-Saunier à Paris auprès du Roi qu’il eût pu alors accompagner à Gand. Ney le fit arrêter, puis se ravisa et sollicita pour lui un commandement. Gérard aussi, qui avait eu Bourmont sous ses ordres en 1812 et en 1814, le demanda comme divisionnaire. Davout, Ministre de la guerre, refusa brutalement et dit à Napoléon :-« Gérard en répond. Il a tort. Moi je ne réponds de personne. »- Le duc d’Auerstaedt dut toutefois s’incliner devant l’expresse volonté du maître. « Bourmont est une de mes erreurs », disait Napoléon à Sainte-Hélène.

A suivre…

 

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( 3 février, 2019 )

Découvrez un blog dédié à celle qui incarna le rôle de l’impératrice Joséphine dans le film « Austerlitz » d’Abel Gance (1960)…

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( 3 février, 2019 )

Les journées de l’Empereur à Longwood.

Napoléon à Sainte-Hélène.

« Dans les premiers temps, il se levait assez tard, mais il ne tarda pas à prendre l’habitude de quitter le lit à 5 ou 6 heures. Il faisait une promenade à cheval, puis en rentrant il se mettait au bain. Il dînait généralement seul, vers 11 heures, et très sobrement : un plat de viande, tel que côtelette, beefsteak ou poitrine de mouton; des oeufs frais; comme légumes, le plus souvent des lentilles à l’huile, qu’il aimait beaucoup. Il commençait parfois le repas par une soupe au lait, avec beaucoup d’oeufs : c’était une sorte de lait de poule très sucré, qu’il prétendait être rafraîchissant; comme boisson, un peu de vin de Bordeaux, avec de l’eau.

A 2 heures, il s’habillait pour la journée et dînait vers 7 heures; plus tard, il supprima le déjeuner, et pour la convenance de Madame de Montholon, il y eut dîner à 3 heures et souper à 10.

L’Empereur mangeait avec appétit, mais vite; au dessert, il envoyait souvent chercher un volume, qu’il lisait tout haut, pendant le temps que le grand-maréchal  très’ gourmand, passait à croquer des bonbons. Après le dîner, il prenait une très petite tasse de café, et lorsque les domestiques s’étaient retirés, il se renfermait avec ses amis et refusait toute visite. Alors, il jouait au whist ou aux échecs, en faisant’ la conversation avec les personnages de sa suite, puis il congédiait tout le monde et, vers 10 ou 11 heures, il se retirait dans sa chambre à coucher. Il se couchait habituellement de très bonne heure, et comme il dormait peu, il envoyait chercher Las Cases ou Montholon, pour lui tenir compagnie jusqu’à ce que le sommeil le gagnât. Parfois, il faisait lever Montholon, pour lui faire des dictées. Il se réveillait assez régulièrement vers les 3 heures du matin: on lui apportait une lumière, et il travaillait jusqu’à 6 ou 7 heures; il se recouchait alors et essayait de se rendormir. Dans l’après-midi, quand il ne sortait pas pour faire son exercice quotidien, soit qu’il fît trop chaud ou qu’il se sentît fatigué, il lisait, lorsqu’il ne dictait pas ou ne sommeillait pas. Il lisait à sa manière, qui consistait à parcourir rapidement les pages avec le pouce, achevant ainsi deux ou trois volumes en moins d’autant d’heures. Il exigeait que tout le monde restât debout en sa présence, et la tête découverte. Lady Malcolm relate que l’Empereur et son mari se promenèrent un jour, pendant quatre heures, dans le salon de Longwood, avec leurs chapeaux sous le bras; il préférait subir cette fatigue que de se voir manquer de respect. Son médecin, Antommarchi, fut souvent sur le point de tomber en défaillance, pour être resté trop longtemps sans s’asseoir.

L’étiquette était rigoureuse : le médecin traitant devait endosser un habit de cour, toutes les fois qu’il rendait visite à son malade. « 

(Docteur CABANES, « Au chevet de l’Empereur », Albin Michel, s.d. [années 1920 ?], pp.307-309)

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( 2 février, 2019 )

Napoléon, un homme d’action à l’île d’Elbe…

N14

« La vie intime de l’Empereur à l’île d’Elbe, était calquée, mais en petit, sur celle des Tuileries au jour de sa puissance : il sortait chaque martin après son déjeuner pour monter en calèche ou en péniche ; le grand maréchal l’accompagnait presque toujours. Nous avons dit ses incursions de mer, disons celles de terre ! Ces dernières étaient un peu plus variées ; elles avaient pour but : soit une visite à ses braves à la caserne Saint-François ou à celle du Fort de l’Etoile ; soit une promenade aux fortifications de Porto-Ferrajo [Portoferraio], ou à celles de Porto-Longono [Longone, devenu en 1873 Porto-Longone, puis en 1947 Porto-Azzurro], soit enfin à la maison de campagne qu’il possédait près du golfe. Il recevait, ordinairement, après son dîner, qui avait lieu tous les jours, à six heures » (J. Chautard, « L’île d’Elbe et les Cent-Jours… », pp.89-90). « Chaque jour, l’Empereur faisait de longues courses à cheval, des promenades en mer, de rudes ascensions. « On dirait, écrit Campbell [le commissaire anglais chargé de sa surveillance], que Napoléon veut réaliser un mouvement perpétuel. Il prend plaisir à fatiguer tous ceux qui l’accompagnent dans ses excursions. Je ne crois pas qu’il lui soit possible de s’asseoir pour écrire, tant que sa santé lui permettra les exercices du corps. Hier, après une promenade à pied par un soleil ardent, qui a duré de cinq heures du matin à trois heures de l’après-midi, et après avoir visité les frégates et les transports, il est monté à cheval pendant trois heures encore pour se défatiguer, m’a-t-il dit ensuite. » Ainsi, Napoléon ne pense pas à tenir sa promesse de Fontainebleau aux soldats de la Vieille Garde « d’écrire les grandes choses qu’ils ont faites ensemble ». Cela sera l’œuvre  du prisonnier de Sainte-Hélène. Le souverain de l’île d’Elbe est encore trop homme d’action pour écrire autre chose que des ordres. Il commande ; il organise, il construit, il inspecte, il marche, il monte à cheval, cherchant à s’étourdir et  à oublier dans cette agitation incessante qui lui donne l’illusion de l’action. » (Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…», pp .151-152).

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( 1 février, 2019 )

Une lettre d’un garde d’honneur du 1er régiment…

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Cette lettre, qui fut publiée en avril 1914 dans le « Carnet de la Sabretache », est signée « Serafino Carocci ». L’en-tête de cette dernière  indique « 1er régiment, 6ème escadron, 12ème compagnie ». L’auteur faisait donc partie des quatre régiments de Gardes d’honneur  (1er, 2ème, 3ème et 4ème, de 2.500 hommes chacun) crées par un sénatus-consulte du 3 avril 1813 et rattachés à la Garde Impériale. Carocci dans cette lettre adressée à ses parents, y évoque son arrivée récente à Versailles (le 1er régiment était cantonné dans cette ville), quelques précisions uniformologiques, ses petits tracas financiers sa vie de garnison; et quelques détails encore, le tout dans un style simple et clair. Ajoutons que ce document fut traduit de l’italien lors de sa parution dans le « Carnet de la Sabretache ».

 

 A Versailles, le 13 septembre 1813.

Le 11 de ce mois, nous sommes heureusement arrivés à Versailles, mais je suis sans nouvelles de vous depuis Turin. En vous répondant de Turin, je vous demandais de m’adresser une lettre à Lyon, mais je n’y ai rien trouvé. J’ai pensé que vous l’aviez envoyé à Pippo pour qu’il me la remette à Versailles et je n’ai rien trouvé ici non plus ; j’en suis fort mélancolique parce que qui sait si et quand je recevrai et vos lettres et l’argent dont je suis tout à fait dépourvu. Et l’on dit que nous allons bientôt partir pour la Grande-Armée, où l’on a déjà envoyé plusieurs escadrons de notre régiment qui se sont même déjà battus.M. le sous-préfet Borgio m’avait recommandé de ne faire aucune dépense. Et voilà qu’à peine arrivés, on nous a adressé l’ordre de nous faire confectionner un grand uniforme, une veste rouge à boutons d’argent à la hussarde, une paire de pantalons longs, un chapeau, un bonnet de police brodé ; le tout se monte à la somme de 200 francs. Quant à ceux qui ne voudront pas se faire faire ces objets, on les mettra hors des Gardes d’honneur. J’ai répondu que pour le moment je n’avais pas d’argent, ayant dépensé en route ; mais que dans 25 jours j’en aurais certainement reçu. Je vous prie de faire cet effort. Car ce serait un grand déshonneur si on me rayait de ce corps et si on m’incorporait comme petit soldat dans un régiment de ligne. Je vous prie aussi de penser au voyage que j’aurais à faire sous peu. Les vivres sont très chers et il est impossible de s’en procurer rien qu’avec notre paye. Pour vous faire comprendre le prix des choses, le vin : une bouteille de gros verre noir, pleine d’un liquide qui ressemble à de l’eau, et moitié moins grande que les nôtres, coûte 25 sous. Mais nous ne buvons que de l’eau parce que nous n’avons pas de vin. Seulement l’eau est très mauvaise et, de temps à autre, il faut bien boire de la bière qui coûte 7 sous la bouteille. C’est du reste à peine si on peut la boire, car c’est un breuvage fait d’un mélange d’orge et d’eau. Du reste je me résignerai et me ferai à tout. Maintenant je veux vous faire une analyse de notre vie et une description de la ville ; Versailles est une belle ville, on l’appelle le village de l’Empereur. Napoléon y a un palais et je vous assure que ce palais est plus grand et plus beau que celui de Monte-Cavallo à Rome. Vous n’y trouverez rien de pareil. Au milieu du jardin, il y a un grand lac et plus bas un autre jardin tout plein de plantes du Portugal aussi hautes que des noyers et enfin un coup d’œil magnifique de tous côtés. Chacune des rues de la ville est trois fois aussi large que le Corso de Rome. Je ne peux vous parler de tout puisque je ne suis arrivé qu’avant-hier. Mais Versailles est beaucoup plus beau que Lyon. Je ne peux rien vous dire de Paris parce que je n’y ai pas été faute d’argent. Mais j’espère bien recevoir un de ces jours les 50 francs que je vous demandais par ma lettre de Turin, à laquelle vous ne m’avez pas encore répondu comme je vous l’ai dit plus haut, mais que je compte bien voir arriver un de ces jours.

Maintenant voici quelle est notre vie. 

A 5 heures du matin la trompette sonne et on va panser les chevaux, puis on leur donne à boire et ensuite l’avoine. Après on va faire l’exercice soit à pied soit à cheval jusqu’à 10 heures du matin. Ensuite, on va déjeuner. Ce repas se compose de la soupe et d’un mets bien accommodé et bien propre, préparé par une femme dans notre chambrée. On est libre jusqu’à 2 heures. A 2 heures, on panse de nouveau les chevaux et après le pansage, on nous rend notre liberté jusqu’à 8 heures, même où l’on va se coucher. Le lit n’est pas mauvais, la chambre non plus et nous ne pouvons pas nous plaindre.  Je vous prie de me répondre courrier per courrier, d’autant plus que nous devons partit sous peu et que j’ai mis 25 jours en route. Mais si je partais, je dirais au maître de poste de me faire suivre la lettre sur telle ou telle ville par laquelle nous passerions, ainsi que la lettre de change ou l’argent qu’elle contiendrait. Par charité, je vous prie de ne pas m’abandonner. Je pourrais sans cela faire quelque mauvais coup. Aussi, je vous recommande de m’écrire de suite. Saluez pour moi les amis, M. Gaetano Moronti, le père, le maître de chapelle. Et si vous voyez le comtesse, dites-lui qu’à 3 étapes de Versailles, un capitaine français qui parlait italien et qui avait été à Ruti et qui me dit que ses fils devaient arriver dans 2 heures.  J’ai beaucoup regretté de n’avoir pu les voir parce qu’il m’a fallu partir avec le détachement, et qu’eux ils allaient à la Grande-Armée ; mais ils étaient en bonne santé. 

Saluez pour moi Luigi, Peppe, Antonio et sa femme. Je vous souhaite bonne santé à tous, à Mamare et à Nonna, et suis, 

Votre fils bien affectionné, 

Serafino CAROCCI. 

 

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( 1 février, 2019 )

Paris et son histoire à l’honneur…

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( 1 février, 2019 )

Dix ans déjà !

Cavalier

En février 2009, « L’ESTAFETTE » voyait le jour.

Merci de votre fidélité ! 

Cordialement.

C.B.

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( 1 février, 2019 )

Une lettre du payeur du Trésor de la Couronne…

Guillaume Peyrusse

« Au quartier-général de Wittebsk [Vitebsk], le 1er août 1812.

Ma dernière [lettre] était de Vilna, mon cher André. J’ai quitté cette résidence le 17 juillet pour suivre les mouvements de l’Empereur et suis arrivé ici le 29 juillet, en fort bonne santé, quoique j’aie fait une route de plus de cent lieues dans des pays arides ; heureusement que j’avais avec moi ma cantine et que bivouaquant au milieu d’une forêt, je buvais du bon vin, je mangeais de l’excellent biscuit et de la très bonne salade et avait dans un de mes fourgons un très bon lit fait avec des peaux d’ours. Nos troupes ont toujours marché depuis Vilna en arrière des russes ; enfin ils avaient pris position à Ostrovana, à deux lieues de Wittepsk dans une position superbe, et faisaient mine de vouloir nous arrêter. Sa Majesté s’y est portée de sa personne, et, dans les journées du 25 et du 26, 80,000 Russes commandés par le grand duc Constantin ont été chassés par l’armée d’Italie et la cavalerie du roi de Naples [Murat], avec une telle précipitation que l’affaire n’a pas été générale. Le grand duc Constantin s’est jeté dans Vitteps[Vitebsk], a brûlé le pont et s’est dirigé sur Saint-Pétersbourg et sur Moskou [Moscou], mais déjà sur les deux routes on l’a gagné de vitesse. Cette armée n’a pas de plan fixe. Sa Majesté les déconcerte par ses manœuvres ; elle est toujours là où on ne la croit pas. Nous voilà établis à Vitepsk [Vitbesk]. Sa Majesté y est entrée le 28 [juillet] au matin. Cette ville est assez jolie : elle est la capitale du gouvernement russe de Vitepsk [Vitebsk], dans une jolie position sur la Duna ; elle renferme douze mille habitants. Sa Majesté paraît devoir s’y établir pour quelque temps. Nous sommes à cheval sur les deux premières grandes routes de Russie. Nous commençons à éprouver de fortes chaleurs et à n’avoir presque pas de nuit. Notre armée est toute en avant. Je crois qu’on la laisse reposer : on ne fait pas sept cent lieues [environ 2800 kilomètres] impunément… »

Guillaume [PEYRUSSE]

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier», Perrin et Cie, 1894, pp.77-78). L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.)

-————

A lire: les « Mémoires » de Guillaume Peyrusse qui viennent d’être réédités par les Editions AKFG.

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

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( 1 février, 2019 )

Lariboisière et Eblé…

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Le général Lariboisière.

Lariboisière et Eblé appartenaient à cette race d’artilleurs qui, selon le mot de Napoléon, étaient purs comme de l’or. Jamais officiers de l’armée, disait l’Empereur, n’ont servi avec plus de distinction ni montré plus d’habileté, et il ajoutait que Lariboisière était bon et brave, qu’Eblé était un homme du plus grand mérite, vraiment extraordinaire. Mais ces deux héros de la retraite, ces deux généraux qui, suivant l’expression de Pion des Loches, furent les colonnes et les soutiens de l’artillerie, moururent à la fin de l’année 1812, tous deux à Königsberg et à peine échappés de Russie, Lariboisière, le 21 décembre 1812, Eblé, le 30. Lariboisière avait perdu son jeune fils à La Moskowa, et les épreuves de cette terrible campagne l’avaient brisé. Aussi demandait-il, obtenait-il le 9 décembre 1812 un congé du roi de Naples. Ce jour-là, le major-général Berthier écrivait, de Vilna, au duc de Feltre, ministre de la Guerre : « Par décision de ce jour, Sa Majesté a accordé un congé de convalescence, à M. le général Lariboisière, M. le général Eblé a été  désigné pour le remplacer dans le commandement de l’artillerie de l’armée. » 

L’Empereur confirma la décision du roi de Naples. Le 28 décembre 1812, il nommait Eblé commandant en chef de l’artillerie en remplacement de Lariboisière autorisé à rentrer en France. Bientôt, il sut que Lariboisière n’était plus. « J’ai, marquait-il à Berthier, le 30 décembre, appris avec bien de la peine la mort de Lariboisière. » Eblé était toutefois supérieur à Lariboisière, et Gassendi, l’homme certes le plus compétent en la matière, a nommé Eblé « le premier général d’artillerie de France sans contredit ». N’a-t-il pas construit les ponts de la Bérézina ? Service immense, et le plus signalé, le plus important des services qu’il ait, de son propre témoignage, rendus à la patrie ?

On ne peut, écrivait Castellane à la date du 26 novembre, « on ne peut donner trop d’éloges au général de division Eblé qui s’est donné une peine horrible. » Lui aussi mourait d’épuisement. Berthier espérait encore, le 24 décembre, qu’il pourrait reprendre son service dans quinze jours. Mais le 28, il mandait à l’Empereur qu’Eblé était dangereusement malade, et, dans le moment, sans connaissance. Eblé avait, durant la retraite, refusé de monter dans sa voiture et toujours couché, comme ses officiers, au bivouac. Et quelle douleur ce fut pour lui, à Königsberg, lorsqu’il constata que de toute l’artillerie allée à Moscou, il ne restait que cinq caissons et neufs bouches à feu, que les soldats étaient rentrés sans armes et sans équipement, qu’il fallait tout réorganiser ! 

Arthur CHUQUET. 

 

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( 31 janvier, 2019 )

Une lettre inédite de Guillaume Peyrusse, Trésorier de la Couronne durant les Cent-Jours.

G. PEYRUSSE. Lettre écrite à la suite de l'abdication de Napoléon.

Ce document a été écrit par Peyrusse le 26 juin 1815, huit jours après la défaite de la bataille de Mont-Saint-Jean, dite « de Waterloo ». Nous ne savons pas à qui elle s’adresse exactement. Est-ce au ministre de la Guerre ? A  notre connaissance, ce document, lequel se trouve actuellement dans un fonds d’archives privé, n’a jamais été publié.  En voici le contenu:

« Monseigneur, 

Je suis instruit que plusieurs généraux veulent demander des gratifications à l’Empereur et que S. M. [Sa Majesté] veut vous en parler; je crois devoir faire observer à Votre Excellence que les fonds du Trésor s’épuisent et que les fournisseurs doivent passer avant tout.

Je supplie votre Excellence de prendre ma demande en considération. 

Le Trésorier. 

PEYRUSSE

Paris, ce 26 juin 1815. »

G.Peyrusse

Miniature représentant G. Peyrusse. (Musée de Carcassonne).

Ce portrait daterait des années 1820.

Il a été redécouvert récemment dans les réserves du Musée.

Un GRAND témoignage sur NAPOLEON et ses campagnes.

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( 31 janvier, 2019 )

Jomini…

Jomini... dans FIGURES D'EMPIRE cjs2

Le général Antoine de Jomini (1779-1869), d’origine suisse, nommé chef d’état-major de Ney après la paix de Tilsitt, il participe à la campagne d’Espagne. Il connaîtra sur place une grave mésentente avec l’entourage du maréchal. Offensé, Jomini demande son congé et quitte l’armée. Rentré en Suisse il démissionne et offre ses services à l’empereur de Russie. Rappelé par Napoléon, il est nommé général de brigade. Après avoir participé à la campagne de Russie, il est en Saxe. S’opposant à Berthier qui gèle tout avancement de Jomini, et raye son nom du tableau des avancements. C’en est trop ! Jomini traverse les lignes le 14 août 1813 et passe à l’ennemi. Sur ce personnage intéressant, excellent « prévisionniste » stratégique, lire l’étude de J.-F. Baqué (« L’homme qui devinait Napoléon. Jomini », Perrin, 1994).

La photographie ci-dessus le représente vers la fin de sa vie.

C.B.

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