( 9 janvier, 2018 )

La BATAILLE de RIVOLI, 14 JANVIER 1797…

« Les soldats de l’Armée d’Italie ont surpassé la rapidité, tant vantée, des légions de César. » (Général Bonaparte, lettre au Directoire).

Forces en présence : Armée française (commandée par le général en chef Bonaparte) : 22 000 hommes (composée de 18 000 fantassins et de 4000 cavaliers). 50 canons. Armée autrichienne (commandée par le feld-maréchal Alvinczy) : 28 000 hommes. 90 canons.

Pertes : Armée française : 2200 tués et blessés. Armée autrichienne : 4000 tués et blessés.

La BATAILLE de RIVOLI, 14 JANVIER 1797... dans JOURS D'EPOPEE RivoliLe général Bonaparte, fort des succès remportés précédemment par son armée, notamment à Arcole (15-17 novembre 1796) maintient ses positions et renforce le siège de la ville de Mantoue, qui a débuté le 15 juillet 1796. Les forces autrichiennes sont très affaiblies et sentent le conflit leur échapper. Le feld-maréchal Alvinczy est expédié en Italie afin de secourir le général Würmser en mauvaise posture. Les premiers affrontements surviennent le 13 janvier 1797. Le général Joubert attaqué de toutes parts, se replie sur le plateau de Rivoli. Il y est rejoint par les généraux Bonaparte et Rey. Alvinczy sait qu’il a l’avantage du nombre et que les troupes françaises sont des plus démoralisées. Il attend donc le lendemain afin de déclencher l’attaque générale. Il commet néanmoins une erreur qui lui sera fatale : il a laissé le temps au général Masséna de revenir de Vérone. Ce dernier accomplira l’exploit de parcourir 148 kilomètres en seulement deux jours ! Le 14 janvier 1797, à 7 heures du matin, les Autrichiens attaquent les premiers ; les Français doivent se replier. Bientôt le corps du général Joubert est à cour de munitions. L’armée autrichienne encercle les Français sur le versant de Rivoli. C’est l’arrivée du général Masséna et de son armée qui va inverser d’une façon inattendue la situation. Partout la contre-attaque s’organise. C’est au tour de l’armée ennemie de se replier sous les tirs croisés de l’armée de Masséna. Vers 18 heures, l’armée autrichienne est écrasée. Mais le général Bonaparte a une priorité : secourir le général Sérurier qui soutient toujours le siège de Mantoue avec des effectifs en sous-nombre, nombreux sont ceux qui ont été intégrés au corps du général Masséna pour porter secours à Joubert. Bonaparte prend donc la direction de Mantoue, laissant aux généraux Joubert et Rey 15 000 hommes pour consolider la victoire. Le 16 janvier 1797, après la bataille de La Favorite,  l’autrichien Würmser sera obligé de capituler le 2 février 1797 et de livrer Mantoue aux Français.

Témoignage : « Vers 10 heures du matin, les deux divisions françaises se trouvaient au centre d’un grand cercle formé par les ennemis établis sur les hauteurs environnantes. Les Autrichiens, croyant leur mouvement réussi, firent une salve général de leur artillerie. Nous étions dans l’étonnement, seul le général Bonaparte ne semblait nullement surpris. Il ordonna aussitôt une double attaque. La division Joubert retournerait vers la position de La Corona qu’elle avait dû évacuer la veille, tandis que deux bataillons de la 21ème [demi-brigade] et de la 75ème [demi-brigade] conduits par le général Masséna en personne s’avanceraient vers le centre des ennemis en appuyant la gauche du général Joubert. Les autres bataillons de la division Masséna marchaient sur la position de la Sega que les autrichiens avaient occupée pour couper nos communications ? La division Joubert reprit immédiatement l’offensive et l’attaque devint générale. En même temps, le général Berthier, chef d’état-major général, faisait établir sur le plateau de Rivoli une forte batterie de 12 soutenue par les autres armes afin d’empêcher la colonne de cavalerie et d’artillerie autrichienne de déboucher. A seule route praticable pour ces deux armes, quand on vient de La Corona, était celle qui suit le défilé de l’Adige par Incalane. La cavalerie et l’artillerie ennemie s’y étaient enfournées. Elles tentèrent vainement de déboucher du défilé où elles étaient entassées et tous les efforts qu’elles firent pour ne sortir furent vains. Ces troupes restèrent paralysées pendant toute l’action. C’était de la part du général en chef [Bonaparte] un trait de génie. Au signal donné, tous les corps français se portèrent en avant. La 32ème [demi-brigade]  eut l’honneur d’aborder la première l’ennemi. Elle le culbuta, prit des drapeaux, fit beaucoup de prisonniers et se couvrit de gloire. » (François Vigo-Roussillon, « Journal de campagne (1793-1837) », France-Empire, 1981, pp.44-45). L’auteur était alors sergent dans les rangs de la 32ème demi-brigade d’infanterie.

C.B.

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( 8 janvier, 2018 )

Une LETTRE ADRESSEE au MARECHAL MASSENA en MARS 1815…

Une LETTRE ADRESSEE au MARECHAL MASSENA en MARS 1815… dans TEMOIGNAGES massena.

Le maréchal de camp Rostollant commandait à Gap le département des Hautes-Alpes [actuel département des Hautes-Alpes] lorsqu’il apprit, le 4 mars, à midi, le débarquement de Napoléon. Il manda sur-le- champ la nouvelle à Mouton Duvernet qui lui promit de le joindre et l’engagea à rester fidèle aux Bourbons. Mais Mouton-Duvernet ne joignit pas son lieutenant, et Rostollant se trouva seul. Ses lettres et celles de son aide-du-camp, accompagnées de ses notes postérieures, montrent assez les sentiments qui l’agitaient au fur et à mesure des nouvelles qu’il recevait. Que faire ? Après avoir déploré ce « malheureux événement» et gémi sur les embarras qui le menacent, Rostollant ordonne à la gendarmerie de surveiller les gens qui circulent dans le département et de visiter leurs papiers avec le plus grand soin ; il prie le préfet d’empêcher la propagation des pamphlets et proclamations bonapartistes, d’armerla Garde nationale. Mais que pourra cette Garde nationale ? Ce n’est pas une pareille troupe, dit l’aide-de-camp Sonnet, qui « peut garantir des entreprises de l’ennemi ». Rostollant mande à Embrun cette garde nationale et il invite le maire d’Embrun à la loger et à la nourrir ; or, le préfet ne parvient à réunir que vingt hommes et ils refusent d’aller s’enfermer à Embrun ! En réalité, Rostollant ne dispose que d’une poignée de gendarmes, et c’est pourquoi il abandonne Gap à Napoléon ; il s’éloigne sous prétexte d’armer les places fortes. Mais ces places, Embrun, Mont-Dauphin, Briançon, il n’ose les dégarnir d’hommes, et résisteraient-elles si Bonaparte s’avisait de les assiéger ? Elles ont des bouches à feu en grand nombre, et elles n’ont pas un seul artilleur ! En vain Rostollant demande des canonniers au lieutenant-général Pernety qui commande l’artillerie de la division ; en vain il prie le lieutenant-général Marchand de lui envoyer en poste quelques compagnies du 4ème régiment d’artillerie à pied qui stationne à Grenoble. Voilà un général qui a des pièces de canon à foison et qui ne peut s’en servir ! Ce n’est pas tout. Lorsqu’il fait ordonner par le préfet au payeur de la guerre et aux receveurs du gouvernement d’expédier leurs caisses à Embrun, il ne reçoit que des caisses vides et, lorsqu’il fait prescrire aux officiers à demi-solde ou en congé de se jeter dans Embrun, pas un seul n’obéit ! Il se retire, dit-il superbement, dans ses places fortes, et il n’a ni vivres ni argent pour la solde, et il s’imagine que Napoléon se dirige sur Embrun, que Napoléon attaquera la forteresse d’Embrun, comme si Napoléon ne devait pas négliger Embrun de même qu’il a négligé Antibes ! Mais bientôt Rostollant a la conviction que Napoléon marche sur Grenoble, de là sur Lyon, et des familiers de l’Empereur ont dit hautement à Gap qu’il sera le 20 à Paris. Est-ce possible? Rostollant s’indigne. Non, Grenoble sera le nec plus ultra de Napoléon, et il déclare fièrement qu’il va suivre l’Usurpateur qui sera, de la sorte, pris entre deux feux, entre Marchand qui l’attend à Grenoble et Rostollant qui l’attaquera sur ses derrières. Il prend avec lui 600 hommes, tout ce qu’il y a de meilleur dans le 39ème régiment de ligne ; il marche sur Chorges, sur Saint-Bonnet, sur Corps. Que Marchand résiste fortement dans Grenoble, et lui, Rostollant, coupera la retraite à ce Buonaparte qui s’avance avec une incroyable sécurité et sans aucune pièce d’artillerie; il ne lui laissera aucun moyen d’échapper ! Sa confiance augmente lorsqu’il apprend que les troupes envoyées de Grenoble par le général Marchand ont refusé toute conversation avec celles de Bonaparte ; que l’avant-garde des rebelles a reculé à une lieue de La Mure ; que l’armée reste fidèle aux serments prêtés à Louis XVIII; que Napoléon bat en retraite puisque les portes de Grenoble lui sont fermées. Et Rostollant demande en hâte deux canons ; il compte être rejoint bientôt par Miollis qui se dirige sur Gap avec 3000 hommes ; il croit Napoléon perdu; oui, cet aventurier ne peut finir que très mal ! Il s’étourdit ainsi de ses propres paroles ; il juge l’esprit de ses officiers excellent; il assure que ses soldats sont bien disciplinés, qu’ils aiment et respectent leurs supérieurs, qu’ils obéissent en toute circonstance à leurs chefs. Pourtant, dans le secret de son cœur, il doute. Ils sont jeunes, ses soldats, et il faut peu de chose pour ébranler leur fermeté; ils détestent les Bourbons, et si Rostollant avait été sûr de leur fidélité, il les aurait menés à la rencontre de Bonaparte. Mais aller au-devant de Napoléon, n’était-ce pas, avoue le général, recruter son armée ? Et il ajoute qu’au fond, l’esprit de la troupe n’est pas très bon. Le 8 mars, au soir, il sait que Napoléon est entré à Grenoble après avoir fait enfoncer la porte sans qu’aucun coup de fusil n’ait été tiré. Tout est fini. Rostollant rétrograde ; il part, comme il dit noblement, pour les places de guerre de son département ; mais sur les 600 hommes qu’il avait avec lui, trois cents désertent dans la nuit et vainement des officiers courent après eux et tâchent de le ramener: ils marchent, eux aussi, comme Napoléon et à sa suite, sur Paris. Hélas ! s’écrie Rostollant, toute l’armée sera en insurrection ! Durant ces premiers jours de mars, il avait, en somme, agi de son chef et, ainsi qu’il s’exprime, de son propre mouvement, et en zélé royaliste. Mais lui aussi, connue Mouton-Duvernet, se rallia à Napoléon, et le 14 mars, après avoir remis le commandement du département au général Chabert, il se rendit à Grenoble, sur l’ordre de Mouton-Duvernet, avec les 39ème  et 49ème régiments qui composaient sa brigade. Huit jours après, le 22, il était mandé à Paris pour y recevoir les ordres du ministre et le 18 mai il arrivait à Rennes pour organiser, sous la direction du lieutenant-général Tarayre, la Garde nationale de la 13ème division militaire. Il assurait alors — dans une lettre du 10 avril — qu’il avait eu d’abord l’intention de rester à Gap pour y attendre l’Empereur; qu’il avait refusé de faire sauter le pont de Sisteron, exprimé le désir de ne mettre aucun obstacle au passage de l’Empereur ; qu’il était parti pour Embrun dans l’espoir que l’Empereur-, arrivé à Gap, lui donnerait des ordres, puis pour Corps dans le dessein d’être utile à l’Empereur ; qu’il avait « tout fait dans ces premiers moments embarrassants pour concilier l’honneur et le devoir avec rattachement et le dévouement qu’il n’avait cessé de conserver à l’Empereur ». Il n’avait plus que le nom de l’Empereur à la bouche et il sollicitait humblement la bienveillance de celui qu’il appelait  Buonaparte et un aventurier. En  revanche, sous la Seconde Restauration, il ne manqua pas de produire sa correspondance du mois de mars  et il disait, non sans raison, qu’elle « le justifiait et écartait tout soupçon de trahison ». Mais il n’avait pas de chance, et le 4, septembre 1815, il était mis à la retraite.

 Arthur CHUQUET.

________________

Embrun, 7 mars, 8 heures du matin.

J’ai l’honneur de vous rendre compte que l’avant-garde de Buonaparte est arrivée à Gap le 5 mars, à 9 heures du soir. Il est arrivé en personne vers les 1 heures du soir, et n’est reparti qu’hier à 1 heure et demie de l’après-midi. Son escorte n’était que de 300 hommes ; mais l’on attendait hier soir, à Gap, un bataillon de flanqueurs fort, dit-on, de 300 hommes. Ne connaissant point la marche qu’il devait prendre et n’étant pas sûr de la fidélité du pou de troupes que j’ai sous mes ordres, je me suis borné à garantir les places de mon département de toute surprise. J’ai une nombreuse artillerie, mais pas d’artilleurs. Je suis sûr, maintenant, qu’il se dirige sur Grenoble, et, de la rapidité avec laquelle il marche, il doit arriver demain. Je fais un choix dans les troupes d’environ 600 hommes, sur lesquels je peux le plus compter et marche sur ses derrières et si, comme j’ai lieu de le croire, il éprouve une forte résistance de la part de M. le lieutenant-général comte Marchand qui commande à Grenoble, je lui couper la retraite et ne lui laisse aucun moyen d’échapper. J’ai cru devoir vous instruire de ces mouvements afin que vous preniez les mesures que vous jugerez nécessaires.

(Arthur Chuquet, « Lettres de 1815. Première série [seule parue] », Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur,1911 pp.47-51 et p.70).

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( 7 janvier, 2018 )

Le général Razout en 1812…

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Le général Louis-Nicolas Razout [Général de brigade le 14 février 1807, et de division, le 31 juillet 1811 ; baron de l’Empire, le 29 septembre 1809] commandait la 2ème division du 3ème corps d’armée sous les ordres du maréchal Ney. Il avait la vue basse, il ne distinguait rien de ce qui se passait tout près de lui et il devait s’en rapporter à ceux qui l’entouraient. De là, dans ses ordres et dispositions une incertitude perpétuelle. De là, durant la retraite, à Dorogobouje, l’indécision qu’il montra lorsque il se vit enfermé dans la cour du château presque cerné par l’ennemi ; de là, les reproches qu’il reçut du maréchal Ney. Mais il fut blessé à Krasnoïé, il continua à commander sa malheureuse division qui ne formait plus, le 28 novembre 1812, au passage de la Bérézina, qu’un demi-bataillon, et sous le première Restauration, Ney lui donnait cette attestation honorable :

Paris, 13 juin 1814.

Je n’ai que des éloges à donner à M. le lieutenant-général Razout qui a montré le plus grand dévouement dans la campagne de Moscou qu’il a faite sous mes ordres et où il a été blessé : je verrais avec une bien grande satisfaction que S.E. le Ministre de la Guerre voulût employer ce brave officier général, ainsi que le méritent ses anciens et bons services. 

 NEY. 

Extrait de l’ouvrage d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1812. 1ère série [seule parue] », Paris, Champion, 1911, pp.204-205. 

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( 6 janvier, 2018 )

Le Père Brassart…

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( 6 janvier, 2018 )

Quatre lettres du colonel Castex (1806-1809).

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Elles furent publiées la première fois dans le « Carnet de la Sabretache » (n°123) en mars 1903.

Bernard-Pierre Castex fut un des meilleurs cavaliers de la grande épopée, est né à Pavie, dans l’Armagnac, le 29 juin 1771. Parti en 1792 comme volontaire dans les chasseurs à cheval de son département (Gers), Castex était général de division le 28 octobre 1813. Napoléon le créa baron de l’Empire en 1808 ; Louis XVIII lui accorda le titre de vicomte en 1822, le nomma grand-officier de la Légion d’honneur et grand-croix de Saint-Louis. Le vicomte de Castex est mort à Strasbourg le 19 avril 1842.

Belmar, le 15 octobre 1806.

Tu dois être surpris de ne pas avoir reçu de mes nouvelles pendant mon séjour à Versailles, je ne le pouvais pas, n’y ayant resté que 6 jours dans des occupations très multipliées ; au surplus je ne t’en aurais pas donné de plus satisfaisantes que celles-ci. Hier (à Iéna), nous avons complètement battu l’armée prussienne ; les débris de cette armée se retirent en désordre, nous la poursuivons sans qu’elle puisse nous échapper. J’ai fait exécuter une charge au 7ème régiment de chasseurs que je commandais comme major depuis trois jours qui m’a parfaitement réussi et qui m’a fait nommer colonel sur le champ de bataille. L’Empereur a demandé à me voir et m’a dit : « Vous êtes un brave, vous êtes colonel. Dites aux chasseurs que je savais qu’ils valaient mieux que les Saxons et les Prussiens. » Cette journée a été pour moi la plus belle de ma vie, mon père et ma mère partageront sans doute la satisfaction qu’elle m’a fait éprouver ; plus tard et quand j’aurai le temps je te donnerai quelques autres détails. Le colonel Marigny (du 20ème chasseurs) avait repris le commandement de son régiment huit jours avant cette bataille où il a été enlevé par un boulet de canon  et c’est son régiment que je commande.

CASTEX.

——–

Ming, le 12 mars 1807.

A son ami Despax.

Il m’a été impossible, mon cher ami, de te donner plus tôt de mes nouvelles. J’ai constamment été à l’avant-garde depuis le 28 janvier [1807] et tu dois savoir que la poste aux lettres ne la suit pas ordinairement de très près. C’est donc ce motif seul qui m’a prouvé du plaisir de t’écrire, je désirais d’autant plus trouver un moment favorable pour cela, que je suis persuadé que vous avez dû avoir tous de l’inquiétude surtout après les différentes batailles que nous avons eues dans le mois de février : celle du 8 principalement [celle d’Eylau] a été on ne peut plus meurtrière pour les Russes, beaucoup plus que pour nous. En un mot, le champ de bataille d’Eylau est la plus belle de toutes les horreurs que j’aie vues de ma vie et on y a remarqué qu’il y avait au moins 4 Russes pour un Français. Mon régiment a un peu souffert dans toutes ces affaires, mais avec quelques jours de repos il n’y paraîtra plus, les braves qui ont péri seront remplacés par d’autres. Quant à moi je me porte très bien, le repos que je prends dans ce moment me fait le plus grand bien, je désirerais même qu’il se prolonge encore quelques mois, mais j’en doute.

CASTEX.

——–

Burghausen, le 30 avril 1809.

Trois batailles, trois combats et autant de victoires et je me porte bien. La Bavière est entièrement évacuée et nous marchons sur Vienne où nous serons sans doute avant un mois. Les journaux te donneront les autres détails, en attendant je monte à cheval pour faire l’avant-garde de l’armée.

CASTEX.

——

Neustadt, le 17 mai 1809.

Je me porte bien, mon cher ami, l’armée est à vienne et mon régiment sur les frontières de la Hongrie où nous espérons trouver plutôt des mais que les Landsturm qu’on nous avait annoncés, s’il nous prend envie d’y entrer ; en attendant, nous nous reposons un peu de nos fatigues. Je ne  parle pas de nos succès, persuadé que les journaux ont soin de t’en donner tous les détails, mais je te dirai que Dayrens s’est trouvé si fatigué qu’il est resté à 30 lieues d’ici avec les officiers blessés.

CASTEX.

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( 5 janvier, 2018 )

« Après les Cent-Jours »…

Tel est le titre de cet épisode de la fameuse série des années 1970:   »SCHULMEISTER, ESPION DE L’EMPEREUR »  avec Jacques Fabbri.

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L’Empereur est à Sainte-Hélène. Tout est fini pour lui, mais il reste en France une « bombe vivante » : Schulmeister, espion de Napoléon pendant quinze ans, dépositaire de tous les secrets de cette époque. Les vainqueurs sont bien décidés à désamorcer cette bombe, chacun à sa manière. Celle de Tchernitcheff est expéditive : l’espion du Tsar envoie ses Cosaques au château de Schulmeister pour tout y détruire. De justesse, Hammel sauve son épouse Adeline et Suzel. Fouché les fait suivre, espérant, grâce à eux retrouver Schulmeister, qui, caché chez Cambronne, attend les siens pour s’embarquer pour l’Amérique. Mais Grüner veille. Il tend une embuscade à l’ex-commissaire impérial. Schulmeister, blessé, réussit à s’enfuir et c’est en compagnie de membres de l’ancien commando d’Ulm qu’il retrouve Suzel, Hammel et Adeline. Une troupe de saltimbanques les accueille.

J. FABBRI

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( 4 janvier, 2018 )

Retour à l’île d’Elbe. André Pons de l’Hérault parle…

Pons

Ce personnage fort intéressant, était administrateur général des mines de l’île Elbe depuis octobre 1809. A l’origine, resté républicain, il n’était pas spécialement favorable à Napoléon et fut d’ailleurs contrarié par sa venue à l’île d’Elber. Après quelques heurts entre les deux hommes, Pons, en personnage intelligent, apprendre à connaître le souverain exilé et se rangera à sa cause. En mars 1815, il débarque avec l’Empereur sur les côtes de France. Napoloéon le chargea de prendre contact avec Masséna à Marseille, afin de rallier ce maréchal et sa garnison. l’affaire tournera court: Pons est emprisonné au château d’If jusqu’au 11 avril 1815. (Source : « Napoléon, empereur de l’île d’Elbe. Souvenirs & Anecdotes de Pons de l’Hérault. Présenté et annoté par Christophe Bourachot », Les Editeurs Libres, 2005).

Dans les propos qui suivent, Pons parle de lui à la troisième personne. —————- « L’île d’Elbe jouissait de sa félicité présente, des espérances d’une plus grande félicité future: tout lui souriait, et elle touchait au veuvage de son bonheur. Le fatal congrès de Vienne, tandis qu’il faisait la traite des peuples, avait à l’instigation de l’Angleterre et des agents des Bourbons agité la question d’envoyer l’empereur Napoléon à Sainte-Hélène, et l’Empereur n’avait pas tardé à être instruit de cette infamie. La nouvelle avait transpiré: les Elbois en étaient bouleversés, on aurait dit qu’ils voulaient de suite marcher à l’ennemi. L’Empereur paraissait calme, mais ce calme était silencieux, et cela seul prouvait qu’il n’était qu’apparent. Enlever l’Empereur de l’île d’Elbe n’était pas une entreprise sans danger, et la Sainte-Alliance aurait eu peine à y parvenir par la force. La Garde impériale était dévouée, le peuple elbois ne le lui cédait point: ils formaient un rempart presque indestructible.

L’administrateur général des mines s’était rendu auprès de l’Empereur, et, avec une profonde émotion, il lui avait demandé si ce qu’on disait des grandes puissances avait quelque fondement. Sa Majesté lui avait répondu en l’interrompant: «Elles ne le feront pas. Sainte-Hélène est trop près des Indes.» Ensuite, prenant cet air des champs de bataille qui tant de fois avait imposé des lois à la victoire, il avait ajouté: «Et d’ailleurs, nous pouvons ici nous défendre pendant deux ans.» À dater de cette époque, la conduite de l’Empereur prit une autre direction, et en l’observant il était permis de penser que Sa Majesté ne se croyait plus liée par le traité de Paris qui le reconnaissait souverain de l’île d’Elbe. Sa Majesté avait raison: en effet, la Restauration n’exécutait du traité de Paris que les clauses et conditions qui lui étaient avantageuses, et elle repoussait celles qui avaient été stipulées en faveur de l’empereur Napoléon.

Ainsi la Restauration refusait de payer les subsides auxquels ce traité donnait un droit incontestable. Dès lors, l’empereur Napoléon ne pouvait pas se maintenir dans l’état social que le traité de Paris avait voulu lui constituer. L’engagement des subsides détruit, tous les engagements étaient détruits, et dans cette position insoutenable il fallait nécessairement en revenir au droit du plus fort. Mais il y avait encore autre chose: la vie de l’Empereur était ou semblait être sans cesse menacée. C’était en vain que Sa Majesté affectait de ne pas croire aux tentatives d’assassinat; son incrédulité ne faisait pas des incrédules.

L’Empereur n’était pas seulement tracassé dans la possession souveraine de l’île d’Elbe, mais il l’était encore dans ses proches dont on séquestrait les propriétés, dans ses amis dont on faisait des parias, et dans ses affections les plus chères dont on punissait les sympathies.

L’Empereur était surtout affligé de ce que la Restauration se prêtait complaisamment à ce que la France fût traitée comme une colonie anglaise, russe, autrichienne, prussienne, et dans sa douleur il répétait: «Il n’y a plus de sang français dans les Bourbons.» Sa Majesté répétait également: «On me reproche d’avoir abandonné la patrie. On a peut-être raison.»

Dans cet ensemble de choses graves, il y avait plus de motifs qu’il n’en était nécessaire pour en appeler à la décision suprême de la nation française, et c’est à quoi l’Empereur se décida. L’Empereur ne rompait pas de ban en quittant l’île d’Elbe: il était souverain, et rien ne limitait les droits de sa souveraineté; il pouvait faire la paix et la guerre; il pouvait surtout prendre les armes contre ceux qui tentaient de détruire son existence, et, assassinats à part, c’était détruire son existence que de refuser l’exécution du traité de Paris.

En fait, comme en droit, par la non-exécution du traité de Paris, le roi de France rétablissait l’empereur des Français, et en le rétablissant il se mettait en état d’hostilité contre lui. C’était le roi Louis XVIII qui déclarait la guerre à l’empereur Napoléon. D’un côté était le pouvoir national, de l’autre les baïonnettes étrangères.

L’empereur Napoléon, convaincu que l’on ne lui paierait pas les subsides qui étaient une des conditions expresses de son abdication, convaincu qu’il y avait le projet de le faire assassiner, convaincu qu’à défaut d’assassinat les grandes puissances poussées par les Anglais et par les Bourbons voulaient aggraver son sort, et par-dessus tout convaincu que la France était antipathique à la prétendue Restauration, décida cette marche immortelle qui, dans quelques jours, le fit passer du trône elbois au trône français. Dès que Sa Majesté fut décidée à cette vaste entreprise, elle se fit un plan de conduite, et, tout en ne paraissant occupée que de se consolider à l’île d’Elbe, elle préparait ce qui était nécessaire pour faire voile vers la terre sacrée.

L’Empereur accordait sa confiance à l’administrateur général des mines [lui-même, Pons de l’Hérault]; le moment était venu où Sa Majesté devait lui en donner une grande preuve. Ce fonctionnaire avait été marin: l’Empereur lui adressa directement et confidentiellement une lettre dans laquelle il le chargeait de lui faire un rapport «sur les moyens d’organiser une flottille expéditionnaire». L’administrateur général pouvait être étonné de ce que Sa Majesté s’adressait plutôt à lui pour cet objet tout spécial qu’aux officiers de marine qui l’entouraient, et néanmoins il fit le rapport.

Une «flottille expéditionnaire»! c’était dire: «Je veux partir!» L’administrateur général des mines le comprit ainsi, et, entraîné par cette pensée, il mit dans son rapport cette phrase hasardée: «Et si le ciel enfin plus juste conduisait Votre Majesté à de nouvelles destinées, sans doute nous débarquerions sur un rivage ami»; phrase que l’Empereur laissa passer sans faire aucune observation, quoiqu’elle lui fût la preuve caractérisée que l’administrateur général des mines avait pénétré le secret du départ. Seulement Sa Majesté lui recommanda un silence absolu.

Ce premier projet de flottille expéditionnaire resta sans exécution.

On n’avait pas fait cesser les travaux: toutefois, on ne faisait que des travaux lents, surtout peu coûteux, et qui par leur fracas pouvaient occuper les regards inexpérimentés de la multitude. Les étrangers devaient surtout y être trompés. Ensuite l’Empereur faisait résonner à toutes les oreilles le mot «économie», et il prêchait d’exemple. Il avait réduit sa table, la table de la cour, et tout ce qui n’était pas absolument indispensable à son système de représentation auquel il tenait ou semblait tenir.

Jusque-là les journaux français n’étaient pas répandus dans l’île, l’on y connaissait tard les nouvelles publiques; mais alors les journaux circulèrent, on sut régulièrement ce qui se passait sur le continent. L’Empereur parlait sans gêne de la situation de la France, des fautes que faisait la Restauration, de l’abaissement auquel on réduisait la nation française. Il s’indignait surtout de ce que Louis XVIII avait reconnu tenir sa couronne d’un prince anglais. Sa Majesté Impériale connaissait bien le caractère personnel de tous les princes de la branche aînée des Bourbons, l’esprit sans cœur de Louis XVIII, le cœur sans esprit du comte d’Artois, la bonhomie inoffensive du duc d’Angoulême et les emportements soldatesques du duc de Berry. Elle connaissait aussi la branche cadette…

Toutes les prédictions de l’Empereur se sont accomplies.

L’empereur Napoléon ne parlait des Bourbons que d’une manière digne. Jamais une parole déplacée n’échappait à son langage le plus animé. Pourtant il connaissait tous les propos désordonnés que l’on se permettait aux Tuileries.

Un sot se présenta à Portoferraio, et ce sot portait à sa boutonnière un lys qu’il paraissait afficher avec une ostentation insultante. L’inconvenance provocatrice était au moins grossière. Ce chevalier du lys fut bientôt appelé au champ d’honneur: il paraîtrait que sa bravoure n’était pas égale à son étourderie,–on le disait du moins.

L’Empereur interposa son autorité pour qu’on ne tirât pas l’épée. Sa Majesté blâma les susceptibilités qui s’étaient trop facilement irritées. Cependant, le malencontreux porteur du lys dut partir.

L’Empereur dit à l’occasion de ce petit événement: «La France de la Restauration est à la France de l’Empire ce que le Lys est à la croix de la Légion d’honneur.» Et cette comparaison fit une grande impression. Alors la croix de la Légion d’honneur était encore vierge de ces distributions honteuses et multipliées qui l’ont ensuite jetée sur des poitrines où elle n’aurait jamais dû se trouver.

Les correspondances particulières occupaient aussi l’esprit de l’Empereur: il témoignait le désir qu’on lui communiquât ce qu’il y avait de relatif aux affaires du temps. Quelquefois il y trouvait des paroles de blâme; alors il discutait pour se défendre. Mais la correspondance générale lui garantissait les sympathies et les vœux de la France pour son retour. Les lettres aux grognards faisaient souvent rire beaucoup de monde, et c’étaient ces lettres dont Sa Majesté se plaisait à commenter le langage. »

 Le témoignage d'André Pons de l'Hérault sur le séjour de Napoléon à l'île d'Elbe...

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( 3 janvier, 2018 )

Parfums d’Empereur…

Parfums d'Empereur… dans HORS-SERIE farina1811

Napoléon ? Un homme de goût… 

« Après le chapeau, l’Empereur recevait de son valet de chambre un mouchoir sur lequel il se faisait verser de l’eau de Cologne et qu’il portait à ses lèvres, puis à son front, et le passait légèrement sur ses tempes » Le fait est prouvé d’une façon historique : Napoléon affectionnait tout particulièrement  l’Eau admirable, comme on l’appelait alors à l’époque. « Les ongles faits, Napoléon mettait son gilet de flanelle, se versait verser sur la tête l’eau de Cologne, et avec une brosse rude se frottait lui-même la poitrine et les bras. Le valet de chambre frottait ensuite avec la brosse le dos et les épaules, puis frictionnait tout le corps en y versant de pleins rouleaux d’eau de cologne. Cette habitude du frottage que Napoléon avait, disait-il, rapportée d’Orient et à laquelle il attribuait en partie sa santé,  lui semblait des plus importantes. Il ne fallait pas qu’on le ménageât : « Plus fort ! disait-il au valet de chambre, plus fort ! Comme sur un âne ! » . Ces fameux « rouleaux » provenant de chez Jean-Marie Farina, « Fabricant d’Eau de Cologne ». Ces flacons verts, fuselés, dont la forme ne fut changée une première fois qu’à la fin des années 1970, furent les seuls, avec les livraisons de « parfums » de M. Gervais-Chardin, à avoir accès à sa table de toilette. Génial stratège, Napoléon était aussi un homme de goût ; il fit de ces liqueurs parfumées une grande consommation.

Madame de Rémusat ne se trompait guère lorsqu’elle écrivait dans ses « Mémoires »:

«Jamais il ne faisait usage d’aucun parfum, contentant seulement d’Eau de Cologne, dont il faisait de telles inondations sur toute sa personne, qu’il en usait jusqu’à soixante rouleaux par mois. » Pour la maison Gervais-Chardin, les quantités sont du même ordre : la livraison du mois d’octobre 1808 comprend entre autres 72 bouteilles soit 150 francs [1 franc de l’époque valant approximativement 2,40 euros].

Pour février et mars 1810, on relève 144 bouteilles soit 300 francs.   

Un petit retour en arrière… 

Revenons un instant aux origines du parfumeur de l’Empereur, Farina. Tout a commencé en Italie avec un certain Giovanni Paolo Feminis. L’homme est droguiste en Lombardie, il vend aussi de la quincaillerie et des produits de parfumerie. Souhaitant développer son commerce, il quitte l’Italie pour l’Allemagne et crée, à Cologne, en 1693, une Aqua mirabilis baptisée Eau admirable en raison de ses vertus thérapeutiques reconnues par l’Université de médecine en 1727. On la recommande pour soigner rides, maux de ventre, vertiges, congestions sanguines, piqûres d’insectes. Elle se compose alors d’esprit-de-vin, d’eau de mélisse et d’esprit de romarin, associés à de l’essence de bergamote, de néroli, de cédrat et de citron.  A sa mort, en 1763, Feminis lègue le secret de sa formule aux trois fils d’un cousin germain. L’un d’entre eux, Jean-Marie Farina (1685-1766), donne à l’eau de Cologne ses lettres de noblesse. Ses descendants tiennent d’ailleurs toujours boutique dans cette ville d’Allemagne. En  1806, un descendant du parfumeur s’installa à Paris où il entreprit de créer, avec l’accord de la famille à Cologne, sa propre entreprise d’eau de Cologne. Il créa toutefois un parfum différent destiné à un autre public. Ce Farina qui s’installa à Paris portait sur son acte de naissance le nom de Jean-Joseph Farina (1785-1864) mais pour mieux vendre son parfum, il s’appropria le nom de Jean-Marie Farina, ce que la famille à Cologne toléra. Jean-Joseph Farina ouvrit donc boutique au n°331 de la rue Saint-Honoré. Toujours est-il qu’en 1840 la maison est vendue à son voisin du n°330, le parfumeur Jacques Collas qui à son tour transmit le flambeau en 1862 à ses deux cousins, MM. Armand Roger et Charles Gallet. Cette marque existe toujours et commercialise encore l’eau de J.-M. Farina mais elle a succombé à un marketing qui ne fait aucune allusion à son client le plus célèbre…

Revenons près de l’Empereur… 

Toutefois, Napoléon fit une infidélité à ses fournisseurs habituels : « En 1812 apparaît  un nouveau fournisseur, Durocheau, « fabricant d’eau de Cologne perfectionnée ». Du 20 janvier 1812 au 17 mars 1813, il livre  pour le service de l’Empereur 108 caisses d’eau de Cologne à 17 francs, soit 756,00 francs. » En 1815, c’est le départ pour Sainte-Hélène, et les quelques provisions d’eau de Cologne embarquées s’épuisent au fil des mois. Que faire ? Il n’y a pas d’eau de Cologne dans l’île ! Napoléon fait alors appel aux souvenirs de Marchand et à ceux du mameluck Ali. Il charge ce dernier de confectionner une eau de Cologne avec les moyens du bord.

Sa formule sera retrouvée dans les papiers du fameux mameluck. Jusqu’au début des années 1990, personne n’avait idée de ce à quoi pouvait ressembler cette dernière. Petit retour en arrière : en 1970 les manuscrits de Louis-Etienne Saint-Denis, dit Ali, ainsi que ses archives personnelles passèrent furent dispersés à Versailles. André Damien, grand napoléonien et maire de cette ville en fit l’acquisition d’une partie. Cette dernière contenant, par le plus grand des hasards la recette de l’eau de Cologne de Napoléon à Sainte-Hélène.  Cette formule fut confiée à l’Osmothèque de Versailles, organisme conservant et recréant les parfums disparus, qui recréa « le seul souvenir olfactif que l’on puisse avoir conservé de l’Empereur et des objets familiers qui l’entouraient. En 1998, la firme Cosmalia, puis « Les Parfums historiques-Gestor » obtient l’autorisation de produire et de commercialiser la fameuse « Eau de Cologne de Napoléon à Sainte-Hélène ». En comparant cette dernière avec celle produite par Roger et Gallet, on ne que constater une certaine filiation entre les deux : des parfums d’agrumes et de végétaux. Il y a donc une parenté olfactive. 

Hier et aujourd’hui… 

Citons quelques noms, parmi d’autres, de parfums disparus et qui se rapportaient à l’Épopée : « Rose Brumaire » de  Volnay crée en 1922, « Napoléon » de Juper , sorti en 1947 ; ou bien encore une « Eau du Grenadier » de Jean Sellier qui date de 1985 et retirée du commerce vers 1990.  Évoquons rapidement l’ « Eau Impériale » de Guerlain qui fut créée en 1853 mais pour l’impératrice Eugénie (et que l’on peut toujours se procurer), l’excellente eau de Cologne « 4711 » qui doit son nom à un fait historique proche de l’Empire (voir le site internet de la maison). En 2010, outre l’Eau de Cologne commercialisée par « Les Parfums historiques-Gestor », l’amateur de fragrances raffinées peut se procurer une « Eau de Gloire », produite par la firme « Parfum d’Empire ».                                                                     

C.B.

Sources : 

Colette FELLOUS, « Guerlain », Denoël, 1989. 

Frédéric MASSON, « Napoléon chez lui », Albin Michel, 1920. 

Madame de REMUSAT, « Mémoires, 1802-1808. Publiés par son petit-fils Paul de Rémusat », Calmann-Lévy, 1881, tome III. 

Alphonse MAZE-SENCIER, « Les fournisseurs de Napoléon Ier et des deux impératrices, d’après des documents inédits », Librairie Renouard-Henri Laurens, Éditeur, 1893. 

—————————

Sites internet  utiles à visiter : 

http://www.parfums-historiques.com/ 

http://www.farina.eu/ 

http://www.parfumdempire.fr/

http://www.4711.com/ 

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( 3 janvier, 2018 )

Le capitaine Guingret et son témoignage…

Image d'illustration

Image d’illustration.

Pierre-François Guingret, (1784-1845), s’enrôle au début de l’année 1803, à l’âge de dix-huit ans, dans le 6ème régiment d’artillerie des côtes de l’Océan. L’année suivante, il entre comme élève à l’École polytechnique, d’où il sort en 1806, avant d’être envoyé à la Grande Armée. Sous-lieutenant le 10 octobre de la même année, au 69ème de ligne, Guingret participe aux campagnes de Prusse et de Pologne (1806-1807). De 1808 à 1813, il est en Espagne et au Portugal. A Burgos, le 13 novembre 1808 lors d’une revue, Guingret est nommé lieutenant; puis capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811. Son récit, qui concerne la campagne du Portugal fut publié la première fois en 1817 [1].

« Cette relation est extraite des notes que je prenais après chaque marche, après chaque combat, quelquefois même pendant le cours de l’action, lorsque le corps dont je faisais partie n’était point engagé ». Il participe notamment au siège d’Almeida (qui se déroule du 25 juillet au 28 août 1810), à la bataille de Busaco, le 27 septembre de cette même année. « Masséna encourageait les régiments qui défilaient devant lui, en excitant les soldats par ses discours » écrit Guingret. Il est présent également au siège de Badajoz au printemps 1811, point stratégique situé en Espagne à proximité de la frontière portugaise, puis au combat de Fuentes de Onoro (en Espagne du 3 au 5 mai 1811). L’auteur est nommé capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811.

Dans ses souvenirs, le capitaine Guingret évoque la difficulté du  ravitaillement durant cette campagne difficile : « Nos maraudeurs avaient beau s’étendre jusqu’à quinze ou vingt lieues sur les derrières ou sur les flancs de l’armée, ils ne rapportaient plus que très peu de choses »; et même quelques faits méconnus : « Une circonstance bien particulière de cette guerre, et dont on n’a jamais parlé, est qu’on a porté le dérèglement jusqu’à vendre des femmes ! On en a troqué pour des comestibles et pour des chevaux de main ». Et ajoute : « Dans les combats, l’impulsion, bonne ou mauvaise, produit l’effet d’une masse de neige que l’ouragan détache du sommet d’une montagne : elle se grossit en roulant de sa chute accélérée, et elle forme enfin l’avalanche dont le poids énorme renverse les arbres les plus vigoureux. Ainsi l’élan du courage se communique rapidement de proche en proche, il pénètre à la fois tous les rangs d’une force à laquelle rien ne peut résister ».

Le 30 octobre 1812, alors qu’il est capitaine au 6ème léger, il propose, commande, et effectue le passage du Douro devant Tordesillas, en face d’une colonne anglaise et sous un feu meurtrier. Le vaillant capitaine passe le fleuve, le sabre aux dents, à la tête des troupes électrisées par son exemple, et fait déposer les armes à la garnison de la tour, dont la fusillade empêchait le rétablissement du pont. Le 11 mai 1813, à l’assaut de Castro-Urdiales, Guingret aborde avec intrépidité la brèche, pénètre le premier dans le fort, au moyen d’une échelle, par une embrasure, et suivi de ses voltigeurs aussi braves que leur chef, fond à l’arme blanche sur la garnison, la fait prisonnière et se rend maître de la place. L’illustre Foy, son général divisionnaire, lui donne à cette occasion des éloges publics.

Quelques jours plus tard, près de Lequeytio, il attaque avec deux compagnies d’élite le bataillon d’Artola, le culbute et le détruit entièrement; il lui prend 300 hommes, dont 20 officiers; les autres ayant été tués ou noyés, sans qu’un seul soit parvenu à se sauver. Le bouillant officier se fait remarquer le 25 juillet 1813, en enlevant à la baïonnette la position retranchée d’Achistoÿ, défendue par un régiment anglais. Quelques jours auparavant, Guingret avait été nommé chef de bataillon par le maréchal Soult, commandant en chef de l’armée du Portugal.

C.B.

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État des services de Pierre-François GUINGRET

[Né le 24 mars 1784, à Valognes (Manche).

Mort en janvier 1845 à Paris]

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Source : Base « Léonore » de la Légion d’honneur,

Dossier LH/1245/28.  

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Services.

Enrôlé volontaire dans le 6ème régiment d’artillerie le 5 ventôse an 11. Reçu par examen à l’École Polytechnique le 4ème de la promotion, le 28 brumaire an 13.

Sous-lieutenant par décret en date du 10 octobre 1806.

Lieutenant à la revue de Burgos le 13 novembre 1808.

[Chevalier de la Légion d’honneur le 6 août 1810.]

Capitaine de voltigeurs le 3 juin 1811.

Nommé chef de bataillon par Son Excellence le général en chef de l’armée du Portugal, le 5 juillet 1813. Et confirmé dans ce grade par décret pour prendre rang du jour même de sa nomination provisoire. Officier de la Légion d’honneur le 25 novembre 1813. Décoré du Lys le 17 juillet 1814.

 A la réorganisation de l’armée d’après l’ordonnance royale, le 69ème  régiment ayant formé le noyau du 64ème régiment organisé le 6 septembre 1814, Mr Guingret fut conservé en activité et eut le commandement du 1er bataillon du 64ème, lequel reprit depuis le n°69.

 

Campagnes, blessures & actions.

A fait les campagnes des ans 12, 13, sur les côtes de l’Océan; 1806, 1807, en Prusse et en Pologne; 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813, en Espagne et au Portugal; 1814, dans les Pyrénées.

-A fait les sièges de Rodrigo et d’Almeida en 1810, et celui de Castro en 1813.

-Blessé à la bataille de Friedland d’un éclat d’obus à la cuisse droite.

-Blessé à la bataille de Busaco, d’un coup de feu dans le col et de plusieurs éclats de mitraille.

-Blessé à l’affaire de Fuentes de Onoro, d’un coup de feu à la jambe droite.

-Blessé d’un coup de feu à la jambe gauche à l’enlèvement de la montagne d’Aïnoha.

 Actions.

 Le 2 mars 1809, Mr Guingret, à la tête de 50 tirailleurs enleva sur le chemin de La Corogne, une pièce de canon défendue par plus de 200 Espagnols. Le 13 avril 1809, il a franchi le premier le pont de San-Payo qui était barricadé et fortifié par une batterie de 8 pièces de canon; il tua un canonnier au moment où il mettait le feu à la pièce, et détermina par son élan l’enlèvement du pont, la prise des 8 pièces, et la défaite totale de l’ennemi. Le 27 septembre 1810, il combattit à Busaco quoiqu’il ait déjà l’épaule traversée d’une balle et il reçut plusieurs nouvelles blessures dans l’action. Le 30 septembre 1812, Mr Guingret fut mis à l’ordre de l’armée pour la conduite qu’il tint dans la surprise de Poza, où commandant l’avant-garde, il se précipita sur une masse de 500 ennemis qui furent tous pris où passés à la baïonnette. Le 30 octobre 1812, mis à l’ordre de l’armée pour avoir proposé, dirigé et commandé le passage du Douro à la nage, par un froid rigoureux devant Tordesillas, en face d’une colonne ennemie, et dans le feu le  plus vif de l’ennemi, il passa le sabre aux dents à la tête d’hommes résolus et fit prisonnière la garnison de la tour, qui du bord opposé, défendait le rétablissement du pont. Les journaux rapportèrent ce fait. Le 11 mars 1813, à l’assaut de Castro, il franchit la brèche des premiers ; et de son chef, pénètre dans le fort qui servait de réduit à l’ennemi; au moyen d’échelles, il passa le premier par une embrasure et suivi de la compagnie de voltigeurs, il égorge la garnison du fort et s’en rendit maître. L’ordre du jour de l’armée et les journaux firent mention de ce fait. Le 30 mai [1813] prit Lequeytio avec deux compagnies d’élite, il attaqua et défit  les bataillons d’Artola, auxquels il prit 300 hommes dont 20 officiers ; le reste de ce bataillon fut presque tout tué ou noyé. L’ordre du jour de l’armée et les journaux firent mention de cette affaire. Le 25 juillet [1813], avec son bataillon, il enleva la position d’Achistoÿ défendue par un régiment anglais. On l’aborda et l’on combattit à la baïonnette. Le duc de Dalmatie [maréchal Soult] dans son rapport, loua la conduite du bataillon qu’il commandait. Le général de division Foy ayant été blessé au commencement de la bataille d’Orthez, Mr Guingret prit le commandement de la 1ère brigade et l’ayant conservé jusqu’au 22 mars [1814], il la conduit plusieurs fois à l’ennemi dans cet intervalle.

Certifié par nous, membres du Conseil d’administration de l’ex-69ème régiment de ligne. A Chauvigny, le 16 novembre 1815.

Signés : d’HERVÉ, colonel; VINCENT, major; GUINGRET, chef de bataillon; GINOUX, capitaine.

 Vu par nous, sous-inspecteur aux revues, adjoint, LATOUR.

Et après l’Empire…

Pierre-François Guingret est nommé lieutenant-colonel du 33ème de ligne, le 19 mars 1823 et participe à la campagne d’Espagne qui se déroula cette même année. En 1837, nous le retrouvons comme colonel du 51ème de ligne. Il est expédié à la Guadeloupe et y passe trois années. Il doit faire face à un soulèvement des habitants et se refuse à employer la force. C’est par le dialogue qu’il calme la révolte. Pour cet acte de courage, Guingret reçoit la croix de Commandeur de la Légion d’honneur. Élevé au grade de maréchal-de-camp le 11 novembre 1837, il passe l’année suivante en Algérie où il reste quatre ans. Il commande ensuite à Paris une brigade d’infanterie, avec le grade de général. C’est à ce poste qu’il s’éteint en janvier 1845; la date exacte ne nous est pas connue. Ses obsèques sont célébrées à l’église Saint-Pierre du Gros-Caillou le 14 janvier 1845, en présence d’une foule nombreuse. Il repose au cimetière du Montparnasse, à Paris.

 


[1] A Limoges, chez Bargeas, Imprimeur-Libraire, rue Ferrerie, mai 1817.

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( 2 janvier, 2018 )

Un nouveau blog à visiter…

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( 2 janvier, 2018 )

Le mameluck Roustam…

Ce portrait figure en tête des Mémoires inédits de Roustam qu’a publiés la « Revue Rétrospective » (de janvier à juin 1888) ; c’est un peu grâce à ces Mémoires que nous avons connu la carrière accidentée du fameux mameluck ; par malheur, l’auteur s’éternise en une infinité de détails inutiles, mas, à vrai dire, ces souvenirs n’étaient point destinés à la publication, leur auteur les ayant  modestement intitulés ; « La vie privée de sier [sic] R. R…[Roustam Raza] jusqu’à 1814 [sic] »Le mameluck Roustam… dans FIGURES D'EMPIRE Roustam-224x300 Il suffira de savoir que quelques jours avant son départ d’Egypte, le général Bonaparte reçut ne présent du cheik El Bacri deux de ses meilleurs mamelucks. Napoléon garda Roustan et donna Ali à Joséphine [celui-ci finira par être renvoyé et remplacé par un « faux » mameluck, Louis-Etienne Saint-Denis, né à Versailles, auquel l’Empereur donnera le même nom d’Ali]. Dès ce moment, Roustan suis partout son maître. Fiancé à la fille d’un des valets de chambre de l’Impératrice peu de temps avant le départ pour ma campagne d’Austerlitz, Roustam revient aux Tuileries le 26 janvier 1806. Le 12 février, l’on festoie dans un cabaret à la mode ; les agapes sont joyeuses et copieuses, l’addition que règle l’Empereur se chiffre par une dépense de 1,341 fr. Trois jours après, notre « gros garçon », comme l’appelle familièrement Napoléon, devient l’époux légitime de Mlle Douville, comptant seize printemps. D’après les dires du narrateur, le maître appose sa signature sur le contrat, assertion que pourront vérifier les amateurs en consultant le minutier du successeur de maître Foucher.

Avant la fin de l’année, Mme Roustam donne un héritier à son mari er, par une missive de la belle-mère, l’heureux père est informé de la nouvelle sur le champ de bataille même de Pułtusk. Tout ému, Roustam saisit la première occasion pour faire part au maître de la venue au monde du jeune Achille.-« C’est bien, réponde le grand conquérant, j’ai un mameluck de plus ; il te remplacera, je l’espère. »

Jusqu’à la veille de l’abdication, il n’est point malaisé de suivre pas à  pas notre Géorgien. Puis, il s’embrouille en racontant son séjour de deux mois à Dreux qu’il attribue aux vexations de la police royale ; en tout cas, il ne précise ni la cause ni les motifs de sa brusque disparition. A différentes reprises, Roustam avait reçu de l’Empereur des sommes relativement importantes, ce qui avait fait croire qu’il devait être à son aise. Sous la Restauration toutefois, l’ancien mameluck menait une existence très retirée et fort modeste, habitant la rue Saint-Martin,  n°228, à Paris, un appartement de 428 fr. de loyer. Il n’en fut pas moins étroitement surveillé ; un rapport de police le représente « homme tout à fait inabordable, menant en apparence une vie retirée, très méfiant, froid, peu communicatif, à peine  connu de ses voisins » ? En apparence, parce que les fréquents voyages à Londres de Roustam, avaient éveillé de nouveaux soupçons, lesquels, d’ailleurs, tombèrent dès que es véritables motifs de ces déplacements furent connues ; engagé par quelque barnum britannique, Roustam traversait le détroit pour se produire, revêtu des riches atours orientaux de sa splendeur passée, devant l’aristocratie anglaise et les badauds londoniens. Ces exhibitions, sans doute lucratives, n’eurent qu’un temps. En 1831, Louis-Philippe donna à Mme Roustam une petite situation à la poste aux lettres de Dourdan. Son mari et elle vécurent dès lors dans cette petite ville, entourés de leurs deux filles. Il fallut l’imposante cérémonie du 15 décembre 1840 pour arracher Roustam à sa paisible retraite. Ne devait-il pas d’ailleurs ce dernier et bien tardif tribut de reconnaissance à la mémoire de celui qui l’avait tiré de l’esclavage ?

Cinq ans plus tard, presque jour pour jour, Roustam mourait. Le document suivant précise la date de l’événement : « le sept décembre mil huit cent quarante-cinq, à cinq heures et demie du matin, est décédé Roustan [Roustam] Raza, ancien mameluck de l’empereur Napoléon, né à Tiflis, en Géorgie, âgé de soixante-quatre ans, demeurant à Dourdan, fils de… et de …, époux d’Alexandrine-Marie-Marguerite Douville.»

Extrait du « Carnet de la Sabretache », 1900.

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En complément…

Au sujet de son témoignage. Les «Souvenirs » de Roustam parurent la première fois en volume en 1911, à l’initiative de Paul Cottin et de Georges Bertin, chez P. Ollendorff. Cette édition fut préfacée par Frédéric Masson. Ce récit a été réédité en 2010 par les Editions Jourdan (à Bruxelles, Belgique). Le témoignage qu’a laissé Roustam est très décevant et mal écrit. Lire aussi l’ouvrage d’Hector Fleischmann, « Roustam, mameluck de Napoléon «  (Albert Méricant, s.d. [vers 1910]). Ce livre contient une autre version du témoignage de Roustam.

Bonus… Découvrez (ou redécouvrez) l’interview posthume de Roustam :

http://napoleon1er.perso.neuf.fr/Roustam.html

Le 9 juin 2007, une cérémonie a eu lieu à Dourdan (Essonne) à l’occasion de la restauration de la tombe du célèbre mameluck.

Visionnez le reportage :

http://www.napoleon1er.org/galerie/thumbnails.php?album=47

 

 

 

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( 1 janvier, 2018 )

La mort du maréchal Bessières, duc d’Istrie, d’après un témoignage méconnu…

snb19319.jpg Le 30 avril 1813, le quartier-général impérial passa la nuit à Weissenfels. Le maréchal qui commandait toute la cavalerie, y coucha également.  Déjeunant seul avec lui, le lendemain au matin, je le trouvai triste et  fus longtemps sans pouvoir lui faire accepter un seul des mets que je lui offrais : il répondait constamment qu’il n’avait pas faim. Je luis fis observer que nos vedettes et celles de l’ennemi étaient en présence et que nous devions nous attendre par conséquent à une affaire si sérieuse qui nous permettrait probablement de rien prendre dans la journée. Le maréchal finit par céder à mes instances, et prononça ces paroles singulières :  »Au fait, si un boulet de canon doit m’enlever ce matin, je ne veux pas qu’il me prenne à jeun !  » En sortant de table, le maréchal me donna la clé de son portefeuille et me dit : « Faites-moi le plaisir de chercher les lettres de ma femme. » Je les lui remis. Il les prit et les jeta au feu. Jusque-là le maréchal les avait toujours soigneusement conservées. Mme la duchesse d’Istrie me l’a assuré depuis en ajoutant que le maréchal, en la quittant, avait dit à plusieurs personnes qu’il ne reviendrai pas de cette campagne. L’Empereur était monté à  cheval, le maréchal le suivit. Son visage était si pâle et sa physionomie était empreinte d’une telle tristesse, que j’en fus frappé. Me rappelant les paroles que m’avait adressées le maréchal, je dis à son camarade : « Si nous nous battons aujourd’hui, je crois que le maréchal sera tué. »  L’affaire s’engagea. Le duc d’Elchingen avait envahi le village de Rippach avec son infanterie ; le duc d’Istrie s’empressa de reconnaître le défilé dont l’ennemi venait d’être chassé ; son but était de le faire traverser aux troupes sous ses ordres. En arrivant sur la hauteur qui domine le village, lorsqu’on en sort par la route de Leipzig, il se trouva en face d’une batterie d’artillerie que l’ennemi venait d’établir pour enfiler la grande route. Le premier boulet qui partit de cette batterie emporta la tête d’un maréchal des logis de chevau-légers polonais de la Garde ; se sous-officier faisait depuis plusieurs années le service d’ordonnance auprès du maréchal Bessières.  Cette perte affligea le duc d’Istrie, qui s’éloigna au galop. Cependant, après avoir examiné quelques instants la position des Prussiens, il revint, accompagné du capitaine Bourjoly, de son mameluck Mizza et de quelques ordonnances et dit, en s’approchant du cadavre : « Je veux qu’on fasse enterrer ce jeune homme ; d’ailleurs, l’Empereur serait mécontent de voir un sous-officier de sa garde tué dans ce lieu ; car, si ce poste était repris, la vue de cet uniforme persuaderait à l’ennemi que la Garde a donné ». Un boulet lancé par la même batterie, l’étendit raide mort à l’instant où il prononçait ces paroles. Le maréchal remettait sa lunette dans sa poche. Il eut la main gauche qui tenait les rênes, entièrement fracassées, le corps traversé et le coude brisé. Sa montre s’arrêta, quoiqu’elle n’ait pas été touchée. 

Lieutenant-colonel de Baudus, « Études sur Napoléon » (Paris, Debécourt, 1841, 2 volumes) et reproduit dans l’ouvrage de Georges Bertin, « La Campagne de 1813 », (E. Flammarion, 1895). 

 

 

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Au Palais-Royal, en 1815…

Au Palais-Royal, en 1815… dans TEMOIGNAGES jeux_de_dames_au_cafe_lamblin_au_palais-royal

Le café Lemblin (ou Lamblin) fut créé en 1805 ; il ferma ses portes en 1870. Il se trouvait aux numéros 100 à 102 de la Galerie de Beaujolais. Le docteur Louis Véron, mémorialiste si disert, raconte dans ses « Mémoires » les deux épisodes qui suivent.

C.B.

« C’est au café Lemblin que se montrèrent les premiers officiers russes et prussiens qui entrèrent à Paris. C’était le soir ; le café était rempli d’officiers revenus de Waterloo, bras en écharpe, casques et shakos troués par les balles. On laissa les quatre officiers étrangers prendre place à une table ; mais bientôt tout le monde se leva comme frappé d’une même étincelle électrique, et un cri formidable de « Vive l’Empereur ! » fit bruire les vitres ; vingt-cinq officiers s’élancèrent vers les quatre étrangers ; un capitaine de la Garde nationale, taillé en Hercule, se jeta au-devant d’eux.

« Messieurs, dit-il, vous avez défendu Paris au-dehors, c’est à nous de le faire respecter au-dedans ! »

Puis se tournant vers les officiers étrangers, il reprit : « Messieurs, ce sont les bourgeois de Paris que votre présence prématurée offense, et c’est un bourgeois de Paris qui vous en demande raison. »

Lemblin, qui était sergent de la Garde nationale, intervint alors et sous le prétexte d’explications plus tranquilles, il fit passer Russes et Prussiens dans son laboratoire, d’où ils purent s’échapper.

Quoique le café Lemblin fût le lieu de réunion de officiers de l’Empire, on y voyait fréquemment des gardes du corps, des mousquetaires qui, la moustache retroussée, la lèvre dédaigneuse, venaient là chercher aventure.

Un soir, les gardes du corps se présentèrent en masse et annoncèrent que le lendemain ils viendraient inaugurer au-dessus du comptoir le buste de Louis XVIII. Le lendemain, près de trois cents officiers de l’Empire occupaient la place menacée ; mais l’autorité avait été avertie, les gardes du corps ne parurent point. »

 —–

Un peu plus loin se trouvait la Café de la Montansier. Écoutons de nouveau le Dr Véron :

« A compter du 20 mars [1815], de chauds partisans de l’Empire, des officiers, ses sous-officiers, improvisèrent dans ce café une tribune du haut de laquelle les Bourbons étaient insultés quotidiennement de six heure du soir à minuit. Les chanteurs gagés ne paraissaient plus ; la scène était occupée par les consommateurs, qui venaient à tour de rôle faire entendre divers refrains très souvent répétés par la salle… Ces saturnales durèrent cent jours, c’est-à-dire jusqu’à la rentrée de Louis XVIII. Alors sonna l’heure des représailles ; les mousquetaires et les gardes du corps à leur tour voulurent venger la royauté de ces outrages, comme si ces outrages avaient pu atteindre la royauté. Dans l’égarement de leur dévouement, ils s’oublièrent jusqu’à envahir à main armée le café Montansier ; on brisa les glaces, et une partie des meubles, du linge, de l’argenterie, fut lancée par les fenêtres. »

(Docteur Louis VERON [1798-1867], « Mémoires d’un bourgeois de Paris », tome III, Librairie Nouvelle, 1857)

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( 31 décembre, 2017 )

Le baron Larrey…

Larrey

D.-J. LARREY (1766-1842), Docteur en Chirurgie et en Médecine, Premier Chirurgien de la Garde et de l’Hôpital de la Garde de S.M.I.et R, Commandant de la Légion d’Honneur, Chevalier de la Couronne de Fer, Inspecteur Général du Service de Santé des Armées, Professeur à l’Hôpital Militaire d’Instruction du Val de Grâce, Membre de l’Institut, de celui d’Égypte, de la Société de la Faculté de Médecine de Paris. Associé correspondant des Facultés de Montpellier, Toulouse, Bruxelles, de l’Académie Impériale Joséphine de Vienne, Madrid, Turin, Naples, Munich, et Iéna. Il a été créé Baron d’Empire le 31 janvier 1810.

Né à Beaudéan, près de Bagnères dans le comté de Bigorre, il est issu d’une modeste famille pyrénéenne, fils d’un cordonnier de village, éduqué par l’abbé Grasset jusqu’à 12 ans. Jean Dominique Larrey était fier de sa longue chevelure bouclée et sa petite et robuste taille lui valut le surnom de  » Hercule basset  » qui rendit populaire sa silhouette. Son apprentissage médical s’est déroulé près de son oncle Alexis à l’hôpital St. Joseph de la Grave, vieil hôpital toulousain, en 1780. Puis, Chirurgien de la Marine, il fait campagne à bord de la Vigilante, et compléta ses études sous la direction de Dessault. Nommé aide-major principal après la prise de Mayence par Custine, il put rendre service à Houchard encerclé. Ce fut la première fois qu’un médecin se trouva dans la mêlée et le Service de Santé ne sera plus considéré comme le refuge des « planqués ». Cependant, il sera toujours en butte à l’autorité stérilisante des Commissaires-Ordonnateurs et des Intendants Généraux ainsi que de la toute-puissante Administration de la guerre. Pour protéger ses blessés et ses services il mènera jusqu’à sa mort des guérillas et des batailles contre cette Administration. Cela n’empêche pas qu’il soit nommé Chirurgien en Chef à l’Armée de Corse, ensuite en Espagne et en Italie. Il suivit, malgré son récent mariage, la fortune du premier Consul dans l’expédition d’Égypte dont il improvisa le personnel médical et le matériel d’ambulance qui ne le suivit pas : il utilisa alors un moyen du pays : le chameau pour le transport des blessés et il raconte le fait dans ses Mémoires

 » Je fis construire cent paniers (sans doute en osier souple), deux par chameau, disposés en forme de berceau que l’animal portait de chaque côté de sa bosse, suspendus par des courroies élastiques au moyen d’une prolonge à bascule : ils pouvaient porter un blessé couché dans toute sa longueur. « 

De retour en France, il devint, en 1796, le premier Professeur titulaire de la chaire d’Anatomie et de Chirurgie Militaire. Dans ses fonctions, il inventa, entre autres, la ligature des vaisseaux sanguins. Il dut abandonner son poste l’année suivante pour rejoindre l’Armée d’Italie, et au retour, il reprend sa fonction au Val de Grâce. Il fut promu alors Chirurgien en Chef de la Garde Consulaire et Officier de la Légion d’Honneur à la création de l’Ordre.

De Boulogne à Waterloo, Larrey ne quittera plus l’Empereur, utilisant la confiance que lui accordait Napoléon, pour la mettre au profit des soins aux blessés. Chirurgien-soldat hors pair, il est partout, voit tout, connaît tout et prévoit tout. Les soldats l’appellent leur  » Providence ».

Le voici soignant le général Comte Morand : il porte la petite tenue de chirurgien, fond bleu à parements écarlates, gilet écarlate, bottes noires à parements. On voit à côté de lui ses instruments personnels et les pansements nécessaires pour donner les premiers soins. Il eut le titre de Chirurgien en Chef de la Garde Impériale. Cette fonction représente la participation à 25 campagnes, 60 batailles rangées et 400 combats. C’est au cours de la campagne de Russie qu’il devint Chirurgien en Chef de la Grande Armée. Il faillit y rester pendant le passage de la Bérézina, et relate dans ses Mémoires les faits suivants :

 » J’étais près de mourir quand je fus heureusement reconnu. Mon nom fut prononcé. Aussitôt les regards se tournent vers moi puis chacun s’empresse de m’aider… C’est aux soldats que je dois mon existence… Chacun me faisait place et j’étais aussitôt entouré de paille et de leurs vêtements. »

On peut ajouter qu’à la Moskowa, en deux fois 24 heures, il pratiqua, seul, 200 amputations dont 11 désarticulations de l’épaule avec 75% de succès, aidé par l’environnement glacé, servant d’anesthésique.

Revenons en arrière, c’est alors qu’étant parti comme aide-major, en 1792, à l’Armée du Rhin, il eut un éclair de génie au cours de cette campagne, en Franconie, sous les ordres de Houchard En effet c’est en regardant à la lorgnette évoluer des batteries d’artillerie volante, qu’il eut l’idée de les transformer et de concevoir les « Ambulances Volantes  » capables de suivre les combattants et de les secourir jusqu’au cœur de la bataille. Il présenta son plan à Houchard et devint ainsi l’inventeur des ambulances volantes. C’est le but de mon propos sur ces dernières qui virent le jour, sur le papier, en 1792 et réalisée seulement en 1797 pour l’Armée d’Italie, qui sauvèrent, parmi tous les blessés, bien des gueules cassées. Dans ce projet, l’équipe sanitaire se compose alors d’un Chirurgien-Chef, de 2 assistants, et d’un infirmier. Ils seront montés et les fontes des chevaux porteront des pansements et des instruments de première urgence. Le Commissaire Villemanzy, consulté par Houchard, donne son accord et en quelques semaines, les premières « ambulances volantes » furent mises au point, ce qui ne manque pas de le faire remarquer par Bonaparte. Il faut citer aussi Heurteloup et le Baron Percy, qui pensent au même problème que Larrey, mais Percy le résout d’une autre manière en inventant le  » Wurtz  » : caisson ordinaire, difficile à conduire et insuffisant dans les grandes occasions et les chirurgiens étaient difficiles à remplacer. On dut y renoncer. Il faut rappeler qu’à la fin de la Monarchie et sous la Révolution, le Service de Santé est considéré par le Commandement comme une organisation très accessoire, ce dernier étant orienté vers le combat avec peu de soucis pour les pertes humaines. Pourtant, certaines personnes pensèrent donner au Service de Santé une structure, des moyens et des modes de fonctionnement dans le but d’aller récupérer les blessés sur le champ de bataille, afin de les acheminer vers des centres de traitement susceptibles de leur donner des soins plus efficaces. Ces idées furent loin d’être appliquées et en 1792, le règlement des Hôpitaux ambulants qui suivent les colonnes est le suivant : les hommes et les chevaux sont mis à la disposition par l’entrepreneur de charrois ou de la régie pour être affectés à ce service. Les caissons attelés de 4 chevaux sont recouverts d’une toile enduite et sur les caisses sont inscrits les mots :  » Hôpital ambulant N°.. « , qui restait à une lieue de l’Armée.

Un nouveau règlement est édité sous le Directoire, le 20 Thermidor An VI (7 août 1798) qui modifie la couleur de l’uniforme lequel sera  » bleu national piqué de blanc sur le rapport d’un trente deuxième. » Cette couleur fut changée en  » bleu barbeau » par le règlement du 1er Vendémiaire An XII (24 septembre 1803). La couleur distinctive des chirurgiens devient l’écarlate, mais cette décision semble être restée lettre morte car elle ne fut pas suivie en pratique. Cependant l’organisation du Service de Santé reconnaissait le personnel par une couleur distinctive : noire pour les médecins, cramoisi pour les chirurgiens et vert pour les pharmaciens. La couleur de l’uniforme resta gris bleu et les revers croisés se portent rabattus en laissant voir le gilet tantôt gris, blanc ou écarlate. Le haut du collet avait des broderies différenciées et ils ont tous droit au port de l’épée. On peut ajouter que les Officiers de Santé attachés au régiment, portent le plus souvent l’uniforme du régiment avec la couleur de leur spécialité et les marques de leur classe au collet.

Le nombre de chirurgiens des corps est de 1000 au début de l’Empire, il passera à plus de 2000 par la suite. Seule la formation de la Garde Impériale comporte des médecins et des chirurgiens dignes de ce nom disposant d’ambulances, de caissons et de matériel, et accompagnés d’infirmiers… Dans la Garde, ils ont en outre l’aiguillette or à l’épaule droite. On constate surtout entre 1804 et 1815 cette différenciation de plus en plus marquée entre les uniformes de la Garde et ceux de la Ligne par le rapprochement de leurs tenues avec celles portées par les combattants. Ce qui aboutit à l’abandon progressif du bleu barbeau.

Le Service des ambulances

Le service était organisé en 3 divisions. Chacune d’elles comprenait 8 à 12 ambulances légères à 2 roues et 4 ambulances lourdes à 4 roues tirées par 4 chevaux, et 2 fourgons contenant pansements et instruments. Ces groupes mobiles sont complétés par une ambulance sédentaire et 2 hôpitaux temporaires, il faut dire que seule la Garde possédait une telle organisation. Chaque ambulance est placée sous la direction d’un Chirurgien de 1ère classe assisté par 6 chirurgiens de seconde classe, 2 pharmaciens et 8 infirmiers. En 1806, Napoléon, par un décret du 1er mai, grâce à l’action conjuguée de Larrey et de Percy, crée 5 compagnies d’ouvriers d’administration comprenant 100 infirmiers.

Ces derniers sont au service des Ambulances. Vêtus de gris jusqu’à ce qu’en 1809 on leur donne un uniforme de coupe militaire. Ils sont alors formés en 10 compagnies de 125 hommes. Ils portent un chapeau noir, puis un shako noir sans cordon, à plaque de cuivre jaune avec le N° de la compagnie, veste blanche, culottes blanches, guêtres et chaussures noires. Leurs grades sont : Centenier, commandant de compagnie, Sous-Centenier et Sergent-major. Sergent et caporal. En 1812, le nouveau règlement leur donne la poche en long, supprime le fusil, et la giberne est remplacée par un sac à compartiments pour contenir les objets de 1er secours pour les blessés. Ils ont également une tenue de travail. (bonnet de police et tablier). Ils sont encadrés par les Médecins, les Chirurgiens et les Pharmaciens de 1ère, de 2ème ou 3ème classe et détachés suivant leur classe auprès des Etats-Majors, des Régiments, des Ambulances ou des Hôpitaux Militaires. La Garde possédait un Service de Santé particulièrement bien organisé, en raison de l’attention spéciale qu’accordait l’Empereur à Larrey. Larrey avait alors divisé son ambulance volante en 3 divisions comprenant chacune 75 infirmiers à pied, 36 infirmiers à cheval et 60 conducteurs.

On distingue deux types de voitures : La voiture légère à deux roues qui peut être attelée de trois façons différentes :

1. Un cheval entre les brancards

2.  de chaque côté du timon : un en porteur et un en sous-verge, le cheval porteur peut être attelé à hauteur du limonier, les traits bouclés à un palonnier suspendu au brancard gauche de la voiture

3.  le cheval porteur en flèche. Son collier est alors relié par des traits en corde à l’extrémité des brancards de la voiture et le harnais ne comporte pas d’avaloir. La voiture est une caisse dont les quatre angles inférieurs sont suspendus par de fortes courroies de cuir à quatre ressorts de fer. Les chevaux porteurs sont montés par les conducteurs. La voiture a 4 roues, destinée surtout au pays de montagne, dont la caisse est un peu plus longue et qui est généralement attelée de 4 chevaux, parfois 6 chevaux en cas de difficulté de terrain. Certaines voitures, attelées à grandes guides, étaient conduites par un militaire, juché au devant de la caisse. Les deux chevaux de derrière étaient attelés de chaque côté du timon de l’avant-train; le cheval porteur à gauche, le sous-verge à droite. En plus de leur rôle de traction et de retenue, ils dirigeaient l’avant-train ; ils étaient reliés à l’anneau d’attelage du timon par des chaînes engagées dans la plate-longe. Les deux chevaux de devant étaient attelés au bout du timon par des palonniers reliés au porte-palonnier de volée, cheval porteur à gauche et sous-verge à droite. Les chevaux porteurs servaient de montures aux conducteurs. Celui de sous-verge comprend : licol avec longe, bride de cavalerie, collier, une paire de traits, fourreau de traits, sous-ventrières, la croupière, rênes de filet tenues par le conducteur. Pour les chevaux de devant, le harnais est le même que pour les chevaux de derrière, sauf l’avaloir et la plate-longe qui sont remplacés par un surdos recouvert d’une sellette en cuir de vache.

Toutes ces voitures étaient peintes en gris, ocre clair ou en vert olive, les parois intérieures restant en bois naturel. Toutes les ferrures, charnières, ressorts, etc., étaient noires. Les cordages enserrant les lames de ressorts étaient noircis. Les courroies de suspension et de balancement, en cuir naturel. Les toitures étaient de toile cirée noire, portant en lettres blanches, de chaque coté, Nème DIVn d’AMBULANCE ou AMBULANCE du Nème CORPS ou encore AMBULANCE Gle. L’inscription sur celles de la Garde présentait un Aigle au milieu de GARDE IMPERIALE, surmontée du mot AMBULANCE. Les voitures, attelées par le Train des Equipages, étaient accompagnées d’infirmiers montés et de chirurgiens à cheval qui  » portent à l’arçon de leur selle comme dans une valise des moyens de pansements fort abondants « . Parmi les objets se trouvant dans les ambulances figuraient des brancards. A la fin de l’Empire, un essai allait être fait pour faire porter ces brancards par des infirmiers spéciaux qui reçurent le nom de despotats.

A Waterloo, Larrey dirigea les ambulances jusqu’à l’instant de la déroute où il tomba, frappé de deux coups de sabre, entre les mains des Prussiens. Il fut fait prisonnier et conduit devant le Général Blücher ; ce dernier le traita en ennemi généreux. Larrey porte la petite tenue de chirurgien, fond bleu barbeau à collet et parements écarlate garnis de broderies or. Gilet écarlate, culotte blanche, bottes noires à revers fauves. Les aiguillettes de l’épaule droite marquent l’appartenance à la Garde. Il porte un coffret renfermant ses instruments personnels, des pansements et de la charpie pour donner sur place les premiers soins. Après la fin de l’Empire, bien que mis à l’écart par la Restauration, Larrey, respecté et admiré de tous, fut réintégré par le gouvernement de Juillet et il va se servir alors de son autorité et de son prestige pour défendre l’organisation du Service de Santé contre les avis néfastes de l’Intendance de l’époque. Larrey meurt à Lyon le 25 Juillet 1842, au retour d’une inspection des Hôpitaux de l’armée d’Algérie, qu’il accepta de faire sur ordre de Louis Philippe, à l’âge de 76 ans. Mission qu’il accomplit, bien que malade, et qu’il ne voulut pas refuser. Les médecins de l’Hôpital militaire procédèrent à l’embaumement. Le cœur et les entrailles furent prélevés et furent transférés au Val de Grâce, le cœur en 1854, et ce fut autre chose pour ses entrailles. Sa dépouille fut bien transférée à Paris après que les Honneurs Militaires et Civils lui furent rendus. Son testament exprimait le vœu d’être enterré  » dans un petit coin du jardin de l’Infirmerie des Invalides « , mais le refus du ministre de la guerre, le Maréchal Soult, fit que la ville de Paris se montra plus généreuse, grâce à Arago, en lui offrant une sépulture à perpétuité au Père Lachaise.

C’est seulement le 15 décembre 1992, anniversaire du retour des cendres de l’Empereur, que le transfert du corps de Larrey eut lieu aux Invalides, dans la crypte des Gouverneurs, au cours d’une importante manifestation, L’exhumation du corps fut faite par Madame le Professeur Bonnet Lecomte, Médecin-Inspecteur et Directeur de l’Institut Médico-Légal, le Docteur Pierre L. Thillaud, et mon confrère le Docteur Claude Lavaste, Odontologiste. Ce dernier en profita pour faire un examen dentaire de la mâchoire de D. Larrey et en faire des photographies ainsi que des boutons de son uniforme. Soldat énergique, peu soucieux de la fatigue, doué des qualités de calme, de sang-froid et de bravoure devenues proverbiales, soignant, pansant et opérant les blessés avec rapidité et compétence et surtout avec un grand esprit d’humanité. Le plus bel éloge qu’on puisse lui faire est de citer la phrase du testament de l’Empereur : « Si l’Armée élève une colonne à la reconnaissance, elle doit l’ériger à Larrey« .

Sacha BOGOPOLSKY

DCD, DSO, DEA Ecole Pratiques des Hautes Etudes (La Sorbonne, Paris).

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( 31 décembre, 2017 )

De Marienbourg le 31 décembre 1812…

De Marienbourg le 31 décembre 1812... dans TEMOIGNAGES russie

« Marienbourg, 31 décembre 1812.

Je t’ai écrit, je ne sais pas d’où, mon cher André. Les gazettes t’ont plus dit que je n’aurais osé t’en dire ; tu auras pu apprécier que personnes de nous n’a été à la noce. Après le passage du Niémen, nous nous sommes rendus à Gumbinen ;  de là à Koenigsberg où S. M. le roi de Naples se trouve. Je me suis rendu ici avec le matériel de la maison de S.M. l’Empereur et roi pour attendre le roi, qui, dit-on, se rendra à Dantzig. Je me repose un peu ici. Tu dois être rentré à Tours. Si tu as été inquiet sur mon silence, mes dernières lettres ont dû te tranquilliser. Je t’apprends avec peine que l’ami Roulet a été pris par les Cosaques aux portes de Vilna. Son convoi suivait le mien. J’ai forcé les voiles pour entrer. Il n’ pas été aussi heureux. C’était un bon garçon. Je le regrette bien sincèrement. Prisonnier avec vingt-six degrés de froid, il n y’a  pas d’état plus affreux. Je te fais mon compliment de bonne année, et je te prie d’agréer mes vœux les plus sincères pour que toi, ta femme, ton fils et tout ce qui t’intéresse, soient heureux. Adieu. Tu te fâcheras que je t’en écris bien peu, mais une occasion pour Paris s’offre et je veux en profiter. Adieu.

Guillaume. »

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrite à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814.Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.114-115).Rappelons que Guillaume Peyrusse assurait les fonctions de Payeur du Trésor la Couronne, durant cette campagne. Sa correspondance est un bon complément à ses « Mémoires » ).

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( 30 décembre, 2017 )

Lettre du général Friant au sous-préfet de Fontainebleau…

L’Empereur vient d’abdiquer le 6 avril 1814. Le général Friant, qui commande la 2ème division de la Vieille Garde, est avec ses troupes à Fontainebleau…

Fontainebleau, le 15 avril 1814.

A Monsieur le sous-préfet, à Fontainebleau.

Votre arrondissement a été fixé pour [être le] cantonnement aux troupes de la Vieille Garde. J’ai l’honneur de vous prévenir, et vous ne devez point l’ignorer, que les troupes manquent de vivres, surtout de viande, depuis qu’ ‘elles y sont entrées.

Je vous laisse jusqu’à demain midi pour frapper les réquisitions nécessaires. Si à cette heuLettre du général Friant au sous-préfet de Fontainebleau… dans TEMOIGNAGES 06-508102-247x300re elles ne sont point rentrées, je vous préviens, Monsieur, que d’après le refus formel fait par vous au commissaire des guerres de ne frapper aucune réquisition, je ferai loger les troupes chez l’habitant qui devra les nourrir.Vous ne serez point même exempt, Monsieur, de cette disposition, en conséquence de vos refus réitérés. J’en préviens S.A.S. le Prince vice-connétable [maréchal Berthier] qui m’a laissé pleins pouvoirs à cet égard et j’enverrai, s’il le faut un officier à Paris, pour rendre compte de votre conduite au gouvernement provisoire.

 FRIANT.

 (« Un soldat de Napoléon. Extraits des livres d’ordres et de correspondance du général de division comte Friant », publié dans « La Nouvelle Revue » du 15 avril 1900, par le Baron P. de Bourgoing).

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