( 10 août, 2019 )

Une LETTRE de DUROC à GOURGAUD…

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L’armée, en se battant depuis trois jours et en repoussant l’ennemi, est arrêtée devant Vitebsk. Tous les corps seront réunis cette nuit, et demain il y aura une bataille, à moins que l’ennemi ne quitte, comme on le fait craindre, la position qu’il a prise devant nous pour couvrir Vitebsk. Hier et aujourd’hui, dans les différents combats qui ont eu lieu et dans lesquels nous  n’avons eu que peu de troupes engagées, les Russes ont toujours été vigoureusement repoussés. On leur a fait des prisonniers et pris plusieurs pièces de canon. L’Empereur jouit de la meilleure santé. Nous avons perdu le général Roussel, de l’armée d’Italie ; il a été tué par une patrouille, par accident [Selon Chuquet, qui tire ses renseignement du beau livre de N. Charavay (« Les généraux morts pour la patrie, tome II, pp.83-84.) Roussel fut tué le 26 juillet 1812, à dix heures du soir, par un éclaireur français qui le prit pour un ennemi, au moment où il visitait les avant-postes »].

Le colonel du génie Liédot [Chef d’état-major du génie à la Grande-armée en 1812] a été blessé mortellement dans une reconnaissance. Ferreri a eu une jambe emportée [Capitaine au 7ème hussards, ancien aide de camp de Berthier, il eut la jambe emportée par le premier coup de canon qui fut tiré dans la journée, et il montra pendant l’amputation un grand courage ; il se contenta de dire, pour toute plainte : « Je ne croyais pas cela si long, je pourrai figurer avec Septeuil (Ce dernier, aide de camp de Berthier, avait été envoyé en Espagne comme Ferreri « pour une histoire de femme » et y avait eu la cuisse emportée). Note d’Arthur Chuquet ]. On attend avec impatience ici la nouvelle que le duc de Tarente [Maréchal Macdonald] a passé la Dvina et qu’il a mis en marche l’équipage de siège. 

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( 2 novembre, 2018 )

Une lettre du général Subervie au maréchal Berthier…

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Le général Jacques-Gervais Subervie, naguère colonel du 10ème régiment de chasseurs à cheval, comte de l’Empire depuis le 28 novembre 1809, est nommé général de brigade le 6 août 1811.  Il sera général de division le 3 avril 1814. Plus tard, du 25 février au 4 avril 1848, il occupera les fonctions de Ministre de la Guerre. Subervie a été blessé à la bataille de La Moskowa. Mais c’est pour son jeune frère, blessé à Smolensk, qu’il demande, au lendemain de la bataille, les grâces de l’Empereur. 

Arthur CHUQUET. 

En arrière du champ de bataille de Boroghino [Borodino] le 8 septembre 1812. 

Monseigneur, j’ai été frappé hier dans la bataille par deux éclats d’obus qui, m’ayant ouvert la cuisse droite, m’ont obligé de quitter le commandement de la 16ème brigade de cavalerie légère.  Je prends la liberté de renouveler aujourd’hui mes instances à Votre Altesse pour qu’elle veuille bien accorder le grade de lieutenant, pour être mon aide-de-camp, à mon frère, sous-lieutenant au 10ème régiment de chasseurs à cheval.  Pendant que je marchais sur la Dvina pour assurer la communication avec le général Montbrun. Il fut blessé d’un coup de feu à Smolensk et, à cette occasion, Votre altesse eut la bonté de lui donner des espérances.  J’ose la prier de les réaliser aujourd’hui que l’Empereur accorde des grâces à ceux de son armée qui ont bien servi. J’espère que Votre altesse accueillera avec sa bonté ordinaire la demande que j’ai l’honneur de lui adresser.

En parcourant l’état des services de mon frère, elle verra qu’il a quatre ans de grade et plusieurs blessures. 

Le général SUBERVIE. 

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( 30 octobre, 2018 )

La CAMPAGNE de RUSSIE vue par le baron FAIN…(2)

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Wilna, 2 juillet 1812.

Ton frère t’écrira, sa position devient chaque jour meilleure, mais il est loin de se douter de ce qu’il y a de plus heureux dans sa position. Son bonheur c’est d’être seul de sa bande et de n’avoir pas à passer le jour et la nuit avec des originaux à poitrines étroites dont la petite jalousie nous entrave sans cesse par mille fils qu’il faut casser si l’on veut débarrasser ses jambes et marcher.  Voilà sept ans que je casse des fils pour parvenir à servir l’Empereur comme je le dois et c’est bien fatigant. 

Bichen-Kowitschi, 25 juillet 1812.

Je t’écris des bords de la Dvina. C’est une rivière de la largeur de la Marne. Depuis le Niémen jusqu’ici nous avons traversé les provinces polonaises que les derniers partages avaient fait tomber au pouvoir de la Russie.Ce qui en ce moment embellit à nos yeux les rues de la Dvina, c’est la jolie maison de Mme Kreptowitz, où nous venons nous loger. Cette dame s’est sauvée chez les Russes dès qu’elle a vu nos premières vedettes. Nous avons trouvé la maison comme elle l’a laissé ; les lits des enfants à moitié défaits, des dessins commencés, un solfège encore ouvert sur le piano, des roses encore toutes fraîches dans les vases du salon, un mobilier d’une propreté admirable. C’est la simplicité anglaise dans toute son élégance ! Ne prends-tu pas une vive part à la peine que cette pauvre dame a dû avoir en se voyant obligée d’abandonner ce charmant séjour ? Mais aussi pourquoi nous fuir ?

Witepsk, 1er août 1812. 

…Nous ne sommes plus qu’à quinze lieues du Borysthène, ancienne limite de l’Europe et de l’Asie.

Witepsk, 8 août 1812.

Tes lettres sont bien courtes. Mon père lui-même m’écrit d’une manière bien abrégée. Vous vous imaginez tous que parce que je suis à sept cent lieues [environ 2800 kilomètres] de vous il n’y a plus rien à me dire. C’est tout le contraire. Quand on est à sept cents lieues des siens, les moindres détails intéressent. Cette ville de Witepsk d’où je t’écris c’est encore qu’une peuplade de juifs. Qui a vu un juif polonais en a vu dix mille. 

Au camp sous Smolensk, 18 août 1812. 

Depuis Witepsk, je n’ai pas quitté l’Empereur et j’ai passé toutes les nuits sous la tente…

Smolensk, 20 août 1812.

Nous sommes donc entrés dans la ville. Je me suis assis sur une chaise.

J’écris sur une table, je suis dans une maison, cela vaut toujours  mieux que d’être à la belle étoile et voilà huit jours que nous y étions. Malheureusement nous sommes entrés dans cette pauvre ville au milieu des flammes. Et il nous tarde de la quitter pour être plus tôt à Moscou. J’ai reçu ta lettre du 5 août. 

Smolensk, 24 août 1812. 

Nous faisons nos paquets pour nous remettre en route ; d’ici à Moscou nous aurons bien des bivouacs.

A suivre… 

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