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( 21 mai, 2020 )

Campagne de Russie. Lettre d’un grognard parisien.

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Voici la lettre d’un sous-officier, blessé à la bataille de la Moskowa, qui présente cette particularité qu’elle a été écrite, faute d’encre, avec de la  poudre à canon. La poudre des cartouches devait être également utilisé au cours de cette terrible campagne, pour saler les bouillies et les morceaux de cheval, de même que l’étoupe dont on garnissait les caissons et  délivrée par l’artillerie devait servir aux pansements. L’auteur, Antoine-Henry-Félix Bauve, est né à Paris le 12 mars 1785. Il apprenait le métier d’horloger chez son père Gilles Bauve, lorsqu’il fut enlevé à sa famille par la conscription de l’an XIV  et incorporé au 9ème régiment d’infanterie, le 15 frimaire (6 décembre 1805).

Nommé  caporal le 1er janvier 1807 et fourrier le 30 octobre, sergent-major le 9 juillet 1809, il est adjudant sous-officier depuis le 28 février 1812.

Il a fait les campagnes des années 1809, en Italie et en Allemagne et en 1810, au Tyrol.

Georges MAUGUIN (« Revue des Etudes Napoléonienne », janvier-juin 1935).

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Russie, Ghjatsk, le 30 septembre 1812.

Chers papa et maman,

Les communications sont si difficiles et les postes ne pouvant être bien servies dans ce pays, je vous écris plus promptement que je ne l’aurais fait, c’est dans la crainte où je suis que vous n’ayez reçu ma lettre datée du 10 présent mois.

Par cette lette, je vous faisais savoir qu’à la bataille donnée le 7 [septembre 1812] j’avais été blessé d’un coup de feu, qu’une ballez m’était entrée au-dessous de l’épaule droite, était sortie au milieu et au-dessus de la gauche et que par un bonheur presque inouï cette blessure quoique forte n’était nullement dangereuse puisqu’elle ne m’avait attaqué aucune partie et que mes 4 membre étaient du reste très bien portants. Maintenant mes plaies sont dans le plus bel état, celle de l’épaule gauche est bientôt fermée et sans l’évacuation forcée que nous avons fait, puisque nous somme à 45 lieues en arrière de Moscou, je serais bien près de ma guérison.

Je vous donnais aussi avis que Tenins m’avait, dans l’état d’abattement et de dénuement où j’étais, fait prendre 60 francs, dont je lui ai fait un bon pour Madame sa mère et que je vous prie de lui acquitter. Il y a quatre mois que nous n’avion reçu un centimes de paye. Ce cher ami m’a dans cette circonstance  rendu je crois la vie.

Le chagrin où j’étais de  la perte de ma gargagnace [sic] qui venait de m’être volée au moment où on me pansait à l’ambulance et qui contenait ce que depuis un mois je me forçais de mettre en réserve dans le as où je viendrais à être blessé, savoir : une petite bouteille de rhum, une chemise, des mouchoirs, des cravates  et du biscuit qui venait encore de la Silésie et une gourde pleine d’eau-de-vie, toutes ces choses m’eussent été du plus grand secours, puisque nous avons été 2 jours sans secours et sans vivres et nous pansant nous-mêmes les uns aux autres, nous avons tant bien que mal fait équiper par nos domestiques trois petites voitures et, en volant des chevaux à droite et à gauche, nous avons formé une petite caravane pour nous sauver de ce séjour d’horreur, où à chaque instant nous risquions à périr dans les flammes. Nous avons par un très grand bonheur rencontré une honnête cantinière qui nous a bien voulu vendre du pain dont on n’avait pas voulu ailleurs, et moi, comme le moins riche, j’en pris un du poids de 3 livres qui me coûta 12 francs et un verre d’eau-de-vie pour mes plaies, 6 francs.

Nous avons, après trois jours de marche très pénible, puis que je ne pouvais que très peu supporter la voiture, gagner la ville d’où je vous écris et où nous y avons trouvé notre colonel, deux chefs de bataillon et tous les autres officiers du régiment qui étaient blessés et formaient un total de 39.

La fortune nous ne veut toujours. Il y a deux jours qu’un incendie  qui dura 24 heures consuma 6 ou 8 maisons, tout ce que le hasard avait pu sauver lors du premier feu de cette ville. Nous avons été quitte pour chercher fortune au milieu des champs et le lendemain nous sommes revenus habiter une bicoque près la maison du colonel qui avait été épargnée par sa bonne construction qui n’est pas de bois comme toutes celles de ce pays. Nous espérions aussi aller à  Moscou en convalescences. Pas du tout. Cette immense cité aussi grande que Paris est aussi flambée. Je ne conçois rien au système des Ruses, car ce sont eux qui mettraient le feu à leurs villes et villages. Nous avions l’espérance que cet hiver les habitants reviendraient et que nous pourrions y trouver quelques ressources, mais cette dernière circonstance empêche que 20.000 âmes puissent y trouver le moindre asile.

Écrivez-moi toujours au régiment et comme adjudant sous-officier pour que les ports de lettre ne vous coûtent pas comme officier 3 ou 4 francs. Je ne vous ai pas dit dans quelle compagnie j’étais. C’est dans la 3ème du 4ème bataillon. L’ami Legroux a été amputé du bras droit et il va très bien et sera guéri avant ceux qui ont des blessures légères. Il est proposé pour la croix. Ne dites rien de tout cela à sa mère si vous la voyez. Je dois lui écrire demain pour lui. Bartaumine, Baudin et tous ceux qui sont venus à la maison pour m’y voir, ont été blessés, masi légèrement.

Je présente mes respects à ma chère Tante. Embrassez-la comme je vous embrasse tous deux mille fois de cœur et croyez-moi pour la vie, Votre fils.

BAUVE.

Ecrivez-moi, je vous prie. Ayez pitié d’un pauvre diable.

Ecrivez à M. B [Bauve], adjudant sous-officier au 4ème bataillon du 9ème  régiment de ligne, 4ème corps de la Grande Armée en Russie.

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( 19 mai, 2020 )

Autour de quelques témoignages…

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Si l’Empire et plus précisément l’Epopée impériale sont à la fois mieux connus et si familiers aux napoléoniens d’aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à la publication de témoignages sur les campagnes de Napoléon, par les récits de ces « acteurs » qui se trouvaient sur les champs de batailles. Bien que l’intérêt qu’ils puissent présenter soit souvent inégal d’un ouvrage à  l’autre, ils méritent que le lecteur s’y penche systématiquement afin de se faire une idée.

Voici cinq témoignages lus il y a quelque temps.

C.B.

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En 1988, Jacques Garnier, éminent historien napoléonien, fit paraître un manuscrit jusqu’alors resté inédit : le témoignage de Jean-Baptiste Ricome qui fut sergent dans les rangs du 133ème de ligne. Comme l’écrit le professeur Jean Tulard dans la préface à cet ouvrage : « Ricome est de la race de ces humbles soldats de Napoléon qui écrivirent plus tard leurs souvenirs à l’usage de leur famille mais en songeant aussi à la postérité. »

Ricome, originaire de Cournonterral, près de Montpellier est mobilisé en avril 1808. Après un mois de formation à Grenoble, puis en garnison à Mont-Dauphin on le retrouve en décembre de la même année à Toulon. Sa première expérience militaire sera de faire partie des troupes chargées d’accompagner un convoi naval de vivres destinées à la place de Barcelone. Puis en 1810, Ricome il passe le plus clair de son temps à protéger la population du littoral méditerranéen contre les incursions des Anglais. Après un passage en janvier 1811 à Gênes, puis à Plaisance, entre autres villes, où il tient garnison, Ricome rentre en France en août 1811. Il est à préciser qu’il est provisoirement versé du 2ème régiment de la Méditerranée (son régiment d’origine), lequel deviendra le 133ème de ligne, au 92ème, rangs dans lequel il fera les campagnes de 1812 et de 1813. J. Garnier nous apprend qu’il reste rattaché administrativement au 133ème  de ligne.

En janvier 1812, Ricome retrouve l’Italie afin de rejoindre l’armée du prince Eugène, qui deviendra le IVème corps de la Grande-Armée. On le retrouve un peu plus tard en Savoie fin de chercher de jeunes recrues. Il décrit à cette occasion la pauvreté de la population de cette région.

Au début de mars 1812, Ricome suit son régiment en route pour Mayence puis pour Varsovie. Le voici engagé dans la fameuse campagne de Russie, laquelle forme la partie la plus importante de ces « Souvenirs ». Notons que pratiquement tous les noms de lieux ou ceux de personnages sont « écorchés » sous la plume de l’auteur. J. Garnier s’est efforcé de rétablir la bonne orthographe en marge du texte original ; il a eu de quoi faire !  Le 29 juin 1812, le IVème corps traverse le Niémen. Il convient de signaler, avant de poursuivre, que le témoignage de Ricome a été rédigé bien après les faits. C’est vers 1860/1862 que notre « Brave » des armées impériales a pris la plume et les erreurs et confusions soulignées par J. Garnier sont courantes dans son texte. A propos, l’annotateur, a remarqué que Ricome avait effectué de larges emprunts au témoignage de Labaume, cet officier-géographe qui appartenait lui aussi au IVème corps. Les souvenirs d’Eugène Labaume parurent la première fois dès 1814. Leur ton hostile à Napoléon  contribua sans nul doute au succès de cet ouvrage qui connut plusieurs éditions. Mais revenons à Ricome ! Comme l’écrit à juste titre J. Garnier, à propos du combat se déroulant près du château de Jakoubovo (en août 1812), fait d’armes auquel ni Ricome ni son 92ème régiment n’ont participé : « Ricome s’est servi de l’ouvrage de Labaume pour établir le cadre e ses souvenirs mais l’a mal lu et affirme avoir été  présent à des actions relatées dans le livre, alors que Labaume lui-même prend bien  soin d’écrire que le IVème corps [celui auquel appartenait Ricome] n’y était pas. » Les notes et éclaircissements de J. Garnier sont donc bien utiles au lecteur. Ricome est présent notamment à Borodino et, plus tard, au passage de la Bérézina, après avoir affronté le froid, la faim et une fatigue extrême…

Le 5 décembre, il voit l’Empereur, à Smorgoni juste avant son départ pour la France : « Il était bien portant, il était vêtu d’une redingote en poils de couleur jaune, et portait un grand bonnet en laine qui lui préservait tout le cou du froid », écrit-il.

Sorti sain et sauf des neiges de Russie, Ricome participe à la campagne de 1813. Le voici à Varsovie en février de la même année. Le 6 mars il est à Glogau. Si Ricome combat effectivement lors de la bataille de Lützen (2 mai 1813) et il est chargé le lendemain d’aller dans la ville de Lützen « pour exiger des habitants de venir ouvrir des fossés » afin d’enterrer les malheureuses victimes de la bataille, il n’est en revanche, pas présent à Dresde et à Leipzig, comme il le laisse entendre. J. Garnier, infatigable annotateur, souligne une des contradictions de Ricome qui écrit plus, loin, sans s’en rappeler que son régiment reçut l’ordre le 10 juin 1813 de partir pour l’Italie ! Le 28 juillet, il est présent avec son régiment à Laybach. Blessé au cours d’un engagement près de Villach, le 18 septembre 1813, Ricome est fait prisonnier et expédié à l’hôpital de Klagenfurt. Il ne retrouvera la France qu’en  juillet ou en août 1814, lors de la Première Restauration.

Le récit du sergent Jean-Baptiste Ricome, n’est pas, certes, d’une qualité exceptionnelle par le ton assez confus et les erreurs ou imprécisions commises/ Mais il  mérite d’être lu. Le lecteur du XXIème siècle pourra revivre ainsi l’existence quotidienne, émaillée d’heurs et de malheurs; de ceux qui contribuèrent à rendre l’histoire napoléonienne plus vivante.

 « Journal d’un grognard de l’Empire. Souvenirs de Jean-Baptiste Ricome, sergent au 133ème régiment de ligne. Présenté [et annoté] par Jacques Garnier. Préface de Jean Tulard », Presses du CNRS, 1988, 150 p.

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Nombre d’amateurs d’histoire napoléonienne ne peuvent ignorer le travail monumental qu’effectua l’historien Fernand-Emile Beaucour. Bien peu de ceux qui font l’actualité savante du monde napoléonien d’aujourd’hui peuvent s’enorgueillir d’avoir autant de connaissances que ce personnage aujourd’hui disparu.

En 1994, F. Beaucour, dans le cadre de son association historique, le Centre d’Etudes Napoléoniennes, fit paraître un manuscrit resté  quasi-inédit  (quelques courts passages avaient parus en 1985 dans une revue d’érudition locale, comme l’indique une note de F. Beaucour).  C’est ainsi que le témoignage du sergent Louis Frèche qui appartint au 24ème régiment d’infanterie légère. S’il s’agit plus d’un itinéraire que de souvenirs, l’auteur nous entraîne sans répit, à sa suite depuis le camp de Boulogne à la campagne d’Autriche. C’est-à-dire sur une période non-négligeable de l’Epopée impériale ! Frèche, présent à Austerlitz, y est blessé grièvement après avoir reçu cinq coups de sabre sur la tête. Rien que çà ! Il perd connaissance et reste deux heures et demie sur le champ de bataille « comme mort ». Son calvaire n’est pas fini ! Les Russes passant près de lui veulent l’achever en lui administrant un coup de baïonnette au ventre, un coup de sabre à la main gauche ; c’est sans compter les trois escadrons de cavalerie qui le piétine, « dont un cheval qui m’a marché sur l’épaule » écrit le malheureux. Il survivra comme par miracle ! Arrivé à Brune une vieille dame lui fait du bouillon et… lui lave la tête ! Autre temps, autres remèdes médicaux, dont l’efficacité ne cesse de nous échapper ! A Wagram, plus tard, le sergent Frèche sera de nouveau blessé : une balle lui traversa le haut de la cuisse gauche. Mis hors de combat, il retrouve son village natal de Poissons (dans la Haute-Marne) début novembre 1809.

Son récit méritait de sortir de l’oubli, nonobstant le fait qu’il n’apporte rien de bien nouveau aux épisodes historiques vécus par son auteur.

« Dans le sillage de Napoléon. Mémoire de mes Campagnes (1803-1809), par le sergent Louis Frèche, du 24ème  régiment d’infanterie légère », Centre d’Etudes Napoléoniennes, 1994, 134 p.

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Voici un témoignage peu connu. Il est constitué par la correspondance du capitaine Guillaume Maffre, du 129ème régiment d’infanterie.  Publiées par F. Beaucour (cité précedemment), ce sont 39 lettres émanant de l’auteur. Ce militaire qui décédera à l’hôpital militaire de Strasbourg en juillet 1814, servit d’abord dans les rangs de la 17ème demi-brigade d’infanterie de ligne, qui devint le 17ème de ligne. C’est en mai 1811 que Maffre passe au 129ème régiment d’infanterie de ligne, occupant les fonctions de lieutenant officier-payeur.

Au travers de sa correspondance on le suit en Hollande, en Belgique (1803/1805), puis en Allemagne, en Pologne, en Prusse, en Autriche. Il aurait participé à la campagne de Russie mais l’éditeur ne reproduit aucune correspondance relative à cette dernière. En finalité ce livre est un peu fade et présente un intérêt limité. Le lecteur, en en refermant les pages, ressentira certainement une impression d’inachevé.

« Dans le sillage de Napoléon. Lettres de mes Campagnes (1801-1814), par le capitaine Guillaume Maffre », Centre d’Etudes Napoléoniennes, 2002, 140 p.

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Jean-Louis Lacorde, lieutenant de voltigeur dans les rangs du 84ème régiment d’infanterie de ligne, 3ème bataillon, a laissé un journal écrit quotidiennement et couvant la période qui va de 1803 à 1813. Mais, auparavant, voici quelques mots sur son auteur : Lacorde entre au service le 1er janvier 1803. Il est fait caporal un an plus tard, au 84ème d’infanterie, le 7 janvier 1804, puis fourrier un jour après. Nommé sergent le 1er décembre 1806, puis sergent-major le 1er juin 1808, il atteint le grade de sous-lieutenant le 20 juillet 1809, puis celui de lieutenant le 23 août 1811. Son « Journal » présente un intérêt inégal : Lacorde n’échappant pas au travers, si courant à l’époque,  de décrire encore et toujours les contrées, les villes et villages qu’il traverse avec force détails, ce qui tend à « barber » le lecteur… Parti le dernier jour de l’année 1802 de son village natal, Romagne-sous-Montfaucon (Meuse), il pénètre en Belgique, puis marche jusqu’en Hollande avec son régiment. Le voici en Allemagne en juin 1803, puis de nouveau en Hollande au début de l’année 1804. En août, il découvre le camp de « Zeist ou d’Utrecht », dont il donne une bonne description. En 1805, Lacorde fait partie des troupes embarquées par voie navale à destination des ports du Helder et du Texel. Nous sommes en juin 1805. Les choses deviennent enfin vraiment intéressantes avec sa participation à la bataille d’Ulm et au siège de  la ville du même nom, le 17 octobre 1805. Plus loin, l’auteur évoque la capitulation de la place de Gratz. Il n’est pas présent lors de la bataille d’Austerlitz et le mois de janvier 1806, le trouve en Styrie, notamment à Laybach avant de partir pour le Frioul italien. En avril 1809, Lacorde participe à la bataille de Sacile, en Italie, puis à celle de la Piave, le mois suivant.  En Illyrie, il participe aux combats et assauts donnés aux redoutes de Prewald, au combat de Laybach, puis à celui de Saint-Léonard-sous-Gratz (19 juin 1809). Le 6 juillet 1809, Lacorde se bat à Wagram dont il décrit la violence et les blessés brûlés vifs dans les blés incendiés par les coups de canons… « C’était vraiment un cruel spectacle à voir », écrit l’auteur.  Plus tard il est dans le Tyrol face au soulèvement des paysans. Après un nouveau séjour en Italie, l’auteur retrouve la France en septembre 1810. Il se repose dans son village de Romagne-sous-Montfaucon, bénéficiant d’un congé de six mois.

Après un passage en Suisse et en Allemagne, il est participe à la campagne de Russie, qui a tant marqué les esprits, et en réchappe, laissant au passage quelques belles pages sur ce qu’il a vécu durant cette période. Il sera blessé lors de la bataille de Malojaroslavets (24 octobre 1812), et fait partie du nombre de la multitude qui se presse dans le chaos glacé du passage de la Bérézina ! Il s’en tire avec un pied gelé et la perte de plusieurs orteils… Son « Journal » s’achève le 17  mars 1813, lorsque l’auteur retrouve enfin son village natal pour un repos bien mérité.

Lieutenant Lacorde, « Journal Historique, 1er janvier 1803-17 mars 1813. Publié par Paul Dufournet avec le concours de Dominique Lacorde », Librairie Clavreuil, 1992, 188 p.

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Bien avant de publier le témoignage du lieutenant Lacorde, M. Paul Dufournet avait publié, également à la Librairie Clavreuil le récit du grenadier Jacquin. Francois-Joseph Jacquin, originaire du village de Villers (Doubs) afait partie du 37ème régiment d’infanterie de ligne. C’est à l’âge de vingt ans, en  novembre 1798,  qu’il part aux armées en tant que conscrit. En décembre de la même année, Jacquin  combat en Suisse puis participe à la bataille de Zurich. En 1800, il est successivement en Allemagne, en Prusse et en Autriche. Il retrouve la France qu’avec la paix de Lunéville en février 1801  mais a à peine  le temps de souffler, étant dirigé sans délai vers l’Espagne. En passant à Bayonne, Jacqui, relève le fait que « les bourgeois ont été bien étonnés de nous voir si mal habillé et ils ont été bien plus surpris quand nous leur avons  dit qu’il nous était dû onze mois de solde. » Il ne restera pas  très longtemps en Espagne. Le voici en juin 1802 en Bretagne où des éléments de son régiment doivent s’embarquer pour les Antilles.. Le 1er octobre 1805, Jacquin et son régiment reçoivent l’ordre de partir pour la hollande.  Puis, il gagne l’Italie, avant de rejoindre la Poméranie suédoise. Que de milliers de lieues parcourues par les jambes de ces braves soldats ! Bénéficiant d’un congé bien mérité, Jacquin retrouve sa famille, qu’il n’a pas vue depuis… onze ans ! Sa propre mère ne le reconnait pas ! Son père et ses frères le prennent pour un imposteur ! Il faudra que Jacqui leur montre montre la dernière lettre de sa famille et reçue par lui afin que tout ce petit monde se rendre à l’évidence, non sans force larmes et émotion !

Les retrouvailles seront de courte durée : cinq jours !  Et le voici de nouveau en route, cette fois pour l’Autriche. Il se bat à Wagram : « A trois heures du matin la canonnade faisait déjà un fracas terrible », écrit l’auteur. Après cette fameuse bataille, Jacquin remarque qu’une partie des croix données par l’Empereur sont attribuées par quelques chefs à des militaires n’ayant jamais vu le feu : « Ce sont les plus mauvais soldats qui les ont reçues, des hommes qui n’ont pas porté d’armes et qui n’ont pas vu  l’ennemi de toute la campagne ».  En février 1811, l’auteur quitte l’infanterie pour intégrer la gendarmerie en Hollande. En juin 1813, il est nommé brigadier dans ce même corps, à Paris.  Jacquin assiste à la capitulation de Paris le 30 mars 1814 passe la revue devant Louis XVIII en mai de la même année. Apprenant le débarquement de l’Empereur à Golfe-Juan en mars 1814, il commente la nouvelle en l’affublant du nom péjoratif de « Bonaparte »… En juin 1815, il est expédié en Vendée afin de réprimer les troubles qui s’y déroulent. En 1817, Jacquin termine sa carrière comme capitaine aux gendarmes à cheval et basé à Seyssel, dans l’Ain.  Son témoignage, sans être exceptionnel, mérite d’être lu avec intérêt.

François-Joseph Jacquin, grenadier à la 37ème demi-brigade de ligne, « Carnet de route d’un grognard de la Révolution et de l’Empire. Texte inédit présenté par Antoine Dufournet. Publié par Paul Dufournet », Librairie Clavreuil, 1960, 104 p.

 

 

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( 10 mai, 2020 )

Un épisode de la retraite de Russie d’après une lettre d’un officier d’artillerie.

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L’auteur de la lettre suivante, Jean-Michel-Marie Prévost, fils d’Henri-François, conseiller du Roi, juge, magistrat en la sénéchaussée et siège présidial de Clermont-Ferrand, et de marguerite Monestier, est né à Clermont-Ferrand le 26 juillet 1782. Entré à L’École Polytechnique le 1er frimaire an 10, sous-lieutenant-élève le 1er vendémiaire an 12, Prévost fut nommé lieutenant en 2ème au 5ème régiment d’artillerie le 20 floréal an 13. Capitaine en 1er au 4ème régiment d’artillerie à pied, 21ème compagnie, le 25 février 1813, il passa chef de bataillon le 19 septembre suivant et commanda l’artillerie de la 2ème division du 1er corps de la Grande-Armée. Prisonnier de guerre le 8 décembre lors de la capitulation de Dresde, il fut emmené en captivité et ne rentra des prisons de l’ennemi que le 18 juin 1814. Admis à la retraite le 19 décembre 1815, le commandant Prévost se retira dans son pays natal et y mourut le 20 juin 1832. Il était chevalier de la Légion d’honneur du 13 juillet 1813.  

Georges BERTIN. 

Magdebourg, le 24 mars 1813.

J’ai reçu, mon cher ami, ta lettre avec le plus grand plaisir et t’en remercie de tout mon cœur après être resté très longtemps sans avoir de vos nouvelles à tous, j’ai même reçu ta lettre et une de mon père qui était la première depuis mon départ de Moscou. Dans une de mes lettres à mon père, je lui avais fait part de ce que je savais alors sur le compte de ton beau-frère Mabru [Claude Mabru, chevalier d’empire par lettres patentes du 5/10/1808, né à Clermont-Ferrand le 31 mars 1778]. J’ai été bien informé par des officiers qui se trouvaient avec lui en sortant de Kowno le 13 ou 14 décembre. Il a eu le malheur d’être pris là par les cosaques qui étaient embusqués près de la grande route au coin d’un bois. Il marchait assez lentement depuis longtemps et, ce jour-là, avec le général Pernety [Cet officier avait pris le 25 septembre 1812 le commandement de l’artillerie des réserves de cavalerie], dont il avait été aide de camp. Mon frère était aussi avec lui, mais Mabru seulement et un autre de nos camarades ne puent pas assez vite gagner le bois et s’échapper. J’avais eu  souvent le plaisir de le voir à Moscou où il m’avait donné l’hospitalité lorsqu’il était encore capitaine dans la garde ; il changea de logement lorsqu’il fut nommé chef de bataillon [le 23 septembre 1812], et fut s’installer dans un quartier éloigné avec le 3ème corps dont il faisait partie. Il ne tarda pas dans la retraite à perdre ses chevaux parce que son domestique était malade. Le 3ème corps était alors à l’arrière-garde. Il perdit ses pièces faute de chevaux pour les atteler et son fourgon fut pillé par les cosaques qui manquèrent [de] le prendre près de Krasnoïé. Mon frère fut pris le lendemain, mais relâché. Je le vis ensuite souvent marchant à pied et souffrant assez, sans être cependant malade. Au passage de la Bérésina où je le vis, il perdit un petit cheval qui lui restait et lui portait quelques vivres. Ses pieds allaient mieux et il marchait alors avec une compagnie d’artillerie de la Garde où il trouvait un peu à manger. A Wilna, il se réunit au général Pernety et aux officiers de son état-major. Je le vis bien deux jours après Wilna, à quelques lieues de Kowno, il allait bien. C’est le lendemain qu’il a été pris. Je ne pus lui dire bonjour qu’à la hâte, j’étais avec des canonniers dans un traîneau, parce qu’il m’était impossible de marcher depuis Wilna. Je vis aussi mon frère [Jean-Baptiste-Benoît  Prévost (1784-1841). Pendant la campagne de Russie, il était capitaine adjoint à l’état-major d’artillerie de la 3ème division du 1er corps d’armée] le même jour et je ne l’ai pas revu depuis parce que, de Kowno, je me dirigeai sur Koenigsberg par Tilsit et mon frère sur Thorn. Il se trouve malheureusement resté là avec plusieurs compagnies d’artillerie pour la défense de la place. Nous espérons chasser les barbares du Nord et au-delà de la Vistule et gagner ainsi les places qui sont sur le fleuve. Quelques uns de nos camarades, prisonniers dans la retraite, ont écrit et disent qu’ils sont bien traités par les russes. Dieu le veuille et que nous puissions bientôt les forcer à nous rendre nos camarades et amis. Beaucoup d’officiers auvergnats de l’artillerie et du génie sont restés prisonniers. Mes pieds sont cicatrisés depuis quelque temps et j’ai remis des bottes. Je suis déjà prêt à tirer de la mitraille sur les ours du Nord ; il me tarde d’être sur la Vistule. Les prussiens se sont conduits comme des tartuffes : ils ont confirmé l’opinion que nous avons toujours eu de leur vil caractère. Je crois qu’ils vont payer cher cette manière d’agir et que le royaume de Prusse sera rayé sur les cartes géographiques. Les cohortes sont animées du meilleur esprit et ne désirent que de battre l’ennemi. Je ne désire que d’être chargé de brûler Koenigsberg, je m’en acquitterai avec le plus grand plaisir.  J’avais appris par le colonel Marilhac, qui est ici, le mariage de Savignat. Je te prie, mon cher ami, d’embrasser ton Adèle pour moi ainsi que tes polissons ; je vois avec plaisir que tu es content de leurs progrès. Mes respects à tes parents ainsi qu’à notre oncle. 

Ton sincère ami et tendre cousin.

 PRÉVOST.                                                                                                                                 

Capitaine commandant la 21ème compagnie du 4ème régiment d’artillerie à pied, à Magdebourg.  

A Monsieur Monestier, fils, maire de la commune d’Anthezat à la Gague par Veyre-Monton, département du Puy-de-Dôme. 

Article paru en 1901 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

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( 8 mai, 2020 )

Le sous-lieutenant Joseph de Naylies.

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Publié en 1817, puis en 1835, le témoignage du sous-lieutenant Joseph de Naylies sur la campagne d’Espagne est méconnu [1]. « Peu de mois avant la campagne d’Austerlitz, j’entrai comme soldat, dans le 19ème régiment de dragons que je rejoignis en Allemagne. Pour conserver le souvenir des principaux événements de la guerre, je recueillis dès lors quelques notes sous la forme d’un journal que j’ai constitué pendant dix ans passés hors de France », écrit Naylies au début de ses « Mémoires ».

Toujours dans les rangs du 19ème dragons, l’auteur entre en Espagne en novembre 1808 et raconte en détail sa progression. Début décembre, près de Guadarrama, il connaît son premier engagement sérieux : « Des feux très vifs de mousqueterie nous tinrent en haleine toute la nuit du 2 au 3 [décembre 1808] ; ils étaient provoqués par l’arrivée de notre infanterie, qui s’emparait des postes qui lui étaient assignés. Nous passâmes la nuit sans dormir, la bride au bras, et n’ayant rien à donner à nos chevaux. Au point du jour, notre artillerie étant arrivée, il s’engagea une forte canonnade, qui dura douze heures sans interruption… »

Le 16 janvier 1809, Naylies participe à la bataille de La Corogne, face aux troupes du général Moore (ce dernier y sera tué) : « Vers trois heures de l’après-midi, la division Mermet attaqua l’ennemi ; elle parvint à lui faire abandonner plusieurs points importants ; le combat fut très opiniâtre jusqu’à la nuit ; nos troupes gagnaient le sommet des hauteurs, lorsqu’elles furent obligées, par des forces supérieures, de rentrer dans leurs premiers postes. La nature du terrain ne permettait pas un grand développement, tous les efforts furent dirigés sur la droite des Anglais. Les 17ème et 27ème dragons, qui formaient notre première brigade, firent une très belle charge. »

Le dragon évoque également les intempéries, le ravitaillement, les bivouacs: « … autour d’une énorme peau de bouc, pleine de vin de Ribadavia, nous nous entretenions de nos guerres passées ; nous chantions de joyeux couplets, et seulement quand l’outre était à sec, nous goûtions un doux sommeil ». Début mars 1809, le voici au Portugal : « Notre brigade, formant l’avant-garde, rencontra 2.000 Portugais dans une belle position, près de Feces d’Abaxos, sur la rive gauche de la Tamega. Nous passâmes cette rivière pour marcher sur eux, et après une charge vigoureuse, ils furent dispersés dans les montagnes ». L’auteur continue son récit avec le même réalisme : « Les obstacles toujours croissants, et les mouvements dans Anglais sur Lamego, rendaient notre situation très alarmante ; nous trouvions encore quelques ressources sur la rive gauche de la Tamega, mais il fallait les disputer aux paysans dans les bois et dans les rochers : on courait après un habitant comme après une bête féroce, et les soldats, dès qu’ils en apercevaient un, s’écriaient en saisissant leurs fusils : « Voilà un homme ! Voilà un homme ! ». On se mettait à sa poursuite, jusqu’à ce qu’il fût tué. J’en ai vu un dont la cuisse fut cassée : il tomba sans abandonner son arme, eut le courage de coucher en joue et de tuer un brigadier de mon régiment. »

L’armée, le régiment de Naylies y compris, regagne l’Espagne en mai 1809. L’auteur poursuit son récit toujours avec les mêmes détails : « … un détachement de cavalerie légère du corps d’armée ayant poussé une reconnaissance en avant de Penausende, avait perdu un maréchal-des-logis à une lieue du village. Ce sous-officier, resté en arrière de sa troupe avait été assassiné par trois paysans, dépouillé entièrement, et son corps mutilé de la manière la plus inhumaine… »

Naylies quittera la Péninsule en janvier 1812, non sans avoir laissé à la postérité un témoignage des plus intéressants.

Nommé ensuite adjudant-major « dans un régiment de cavalerie [légère] », en fait le 28ème dragons , il déclare : «… qu’il me soit permis de payer un juste tribut d’admiration aux braves dragons d’Espagne, qui, à Leipzig, à Hanau, et dans la mémorable campagne de France, firent des prodiges de valeur, et soutinrent en si petit nombre les efforts d’une innombrable cavalerie ».

Par ses états de services qui suivent, nous savons que Joseph de Naylies participe à la campagne de Saxe, en 1813 et qu’il sera blessé lors de la bataille de Dresde le 27 août de cette même année, puis à Leipzig le 18 octobre. Après avoir rejoint les rangs du 2ème régiment d’éclaireurs de la Garde Impériale, avec le grade de capitaine, il est engagé dans la campagne de France.

Le 22 mars 1815, après que Napoléon, échappé de son île d’Elbe, retrouve Paris, Naylies escortera Louis XVIII vers son exil à Gand. Par la suite, l’auteur s’installe en Belgique, ayant suivi le comte d’Artois, futur Charles X…[2]

Cette attitude lui vaudra d’être condamné à mort par contumace par le pouvoir impérial le 30 mai 1815, quinze jours avant la bataille de Mont Saint-Jean… 

Amnistié durant la Seconde Restauration, Joseph de Naylies rentre en France et reprend ses fonctions comme officier supérieur des Gardes du corps du Roi. En août 1817, il fait paraître ses « Mémoires sur la guerre d’Espagne ». Ajoutons, pour l’anecdote, qu’il fut un temps autorisé par Louis XVIII (en janvier 1815) à ajouter à son nom patronymique celui de « St.-Orens » mais ce privilège lui fut suspendu l’année suivante par les membres de la famille qui le portait en encore.

Devenu maire de la ville de Jouarre (dans l’actuelle Seine-et-Marne) Joseph de Naylies s’y éteint le 3 juin 1874 à l’âge de 88 ans, après avoir vu bon nombre des événements importants de son siècle…

C.B.

—————-

3èmeRÉGIMENT DE CHASSEURS

A CHEVAL.

 

État des services, campagnes et blessures de Monsieur de Naylies de St-Orens, capitaine au dit Régiment.

 

Détail des Services

NAYLIES de St.-Orens (Joseph-Jacques)

Né à Toulouse le 16 novembre 1786.

Officier dans l’armée Royale du Midi sous les ordres du maréchal de camp et [des] armées du Roi,

Congé en août 1799

Enrôlé volontaire au 19ème de dragons en 1805

Fourrier 15 septembre 1806

Marchal des logis le 28 octobre 1806

Adjudant sous-officier le 7 mars 1807

Sous-lieutenant le 31 août 1810

Lieutenant au 28ème régiment de dragons en décembre 1812

Adjudant-major au dit régiment le 5 mai 1813

Capitaine au 2ème régiment d’éclaireurs de la Garde le 17 décembre 1813.

Membre de la Légion d’honneur le 1er  octobre 1807.

Passé capitaine au 3ème chasseurs par incorporation le 15 août 1814.

 

Campagnes, actions et blessures.

A fait les campagnes de 1799 dans le Midi.

Celles de 1805, 1806, 1807, 1808, en Prusse et en Pologne.

Celles de 1809, 1810, 1811 et 1812, en Espagne et Portugal, celle de 1813 en Saxe, de 1814 en France.

A été blessé d’un coup de sabre à la main gauche à la bataille de Dresde le 27 août 1813.

D’un coup de mitraille au bras et au flanc droit le 18 octobre 1813 à la bataille de Leipzig.

Certifié véritable par nous membre du Conseil d’administration du dit régiment. Signés : TOUSSAINT, LAROMPART, capitaines, POZAC, chef d’escadron et le Baron de St.-MARX, colonel. A Lille, le 25 avril 1815.

Collationné par envers le sous-inspecteur aux revues de la maison du Roi sur l’original. Le présent état des services de M. de Naylies de St.-Orens ; et nous avons vérifié le certificat dans l’extrait et rapporté par ses mots : a fait la campagne de 1799 dans le midi.

A [nom de ville illisible], le 1er juin 1815.

VAUDRICOURT.

 

 


[1] La première édition été publiée à Paris, en 1817, chez Magimel, Anselin et Pochard (338 pages). En 1835, paraît une seconde édition (Paris, chez Bourayne, Librairie, Rue de Babylone, n°5, près la rue du Bac). La typographie est rigoureusement la même que la précédente et comporte également 338 pages. Sur cette même dernière page, pour l’édition de 1817, le récit s’arrête à : « …et je partis pour ma nouvelle destination » ; sur celle de 1835, il se poursuit de deux paragraphes. La page de garde comporte quelques variantes sur le nom de l’auteur, par rapport à celle de 1817 : « Par le Vicomte de Naylies, Colonel de cavalerie, Chevalier de Saint-Louis, Commandeur de la Légion-d’Honneur ». 

[2] Bien plus tard, Naylies accompagnera également le souverain après sa chute lors de la Révolution de Juillet. Il rédigera un ouvrage sur ce sujet : « Relation du voyage du roi Charles X depuis son départ de Saint-Cloud jusqu’à son embarquement, par un garde du corps », Paris, G.-A. Dentu, 1830. Ouvrage publié anonymement.

 

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( 18 avril, 2020 )

Une lettre du général de Beaumont à son épouse…

 

Une lettre du général de Beaumont à son épouse… dans TEMOIGNAGES gal038

Au bivouac en avant de Moscou, à 18 lieues [72 kilomètres], le 14 octobre 1812. 

Mon adorable et tendre amie, voilà huit jours que nous sommes dans la même position sans avancer. Nous augurons donc que l’on traite d’un armistice de six mois. Plût à Dieu que cela soit et que nous soyons cantonnés, car la saison est déjà très froide et l’hiver sera dur à raison du climat. Sur sept lettres que tu m’as écrites de Berlin par estafette, je n’en ai reçu que quatre, les autres auront été interceptées par les cosaques sur nos derrières, car la route depuis. Smolensk à Moscou n’est pas sûre. Il y a au moins un mois qu’il n’est pas arrivé de courrier pour l’armée et par conséquent il n’en part pas ; je n’ai donc pu que profiter des bontés de M. le duc… [de Vicence : le général de Caulaincourt]. Je me porte bien, je n’ai besoin que de repos.

Dieu sait quand il arrivera, et malheureusement je suis si éloigné, et la saison sera si rigoureuse qu’il ne sera pas possible de voyager. C’est le général Sébastiani qui commande notre réserve ; il en a pris le commandement le lendemain de la bataille ; nous en sommes enchantés. On n’est pas plus brave que le roi de Naples [le maréchal Murat]. Il a rendu dans cette campagne de grands services à Sa Majesté Il est d’une bravoure et d’une activité sans égales, toujours aux avant-postes. La paix, ma bonne amie, voilà le plus grand bien qui puisse nous arriver ; s’il y a armistice, la paix s’ensuivra. Je n’en doute pas ; nous la désirons tous.Tu auras lu avec intérêt le bulletin du 7 [septembre 1812 : celle de Borodino], comme tu liras avec horreur notre entrée à Moscou. 

 Adieu, ton époux. 

BEAUMONT. 

 A Madame la Baronne de Beaumont, rue Guillaume n°63 à Berlin

 ——

Le général baron de Beaumont (Jean-Louis-Chrétien-Carrière), est né le 14 avril 1771 à Brouchy (Somme). Général de brigade à la 2ème division de cuirassiers ; général de division le 4 décembre 1812, il décède le 16 décembre 1813. Son épouse était née Maria-Urbana de Lima de Baretto. 

 

 

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( 29 février, 2020 )

Les blessures de Napoléon…

2

« La santé est indispensable à la guerre et ne peut être remplacée par rien ». Cette phrase de Napoléon était particulièrement vraie au début du XIXe siècle. Pour de nombreux historiens, « la main sur le ventre » sur les peintures qui le représentent est interprétée comme un signe de gastralgie.

Cette affirmation est probablement influencée par les antécédents familiaux de Napoléon, son père étant décédé à quarante ans d’un squirre du pylore. En fait, selon les biographies de ses proches et de son médecin Corvisart, ce signe correspond plus à une manie qu’à un signe objectif de maladie. Tous sont unanimes sur sa bonne santé générale entre 1800 et 1814. En revanche, Napoléon a été victime de plusieurs blessures au cours de sa vie. Toutes ne sont pas connues, car il a toujours exigé de tenir secret ce genre d’accident pour éviter tout désordre politique. « Qui sait, disait-il, quelle horrible confusion ne produirait pas une semblable nouvelle ?… Si je suis blessé que personne ne le sache, si c’est possible. Si je suis tué, qu’on tâche de gagner la bataille sans moi ; il sera temps de le dire après ». À ses compagnons d’exil (Mémorial de Las Cases), il rappelait qu’« il avait été très souvent exposé dans ses batailles ; mais on le taisait avec le plus grand soin. Il avait recommandé une fois pour toutes le silence le plus absolu sur toutes les circonstances de cette nature ».

Les blessures de l’Empereur.

Dans la belle collection du musée de Romans figure une chaussure ayant appartenu au cardinal Fesch. Joseph Fesch, demi-frère de Letizia Ramolino, a largement profité au cours de sa vie des faveurs de son neveu Napoléon Ier. Il a été grand aumônier de l’Empire, grand-aigle de la Légion d’honneur, sénateur, ami de Pie VII et pair de France. Pourtant sa conduite peut être considérée comme odieuse en août 1818 lorsque le maréchal Bertrand l’invite à envoyer un nouveau médecin à son neveu, malade à Sainte-Hélène. En effet, le docteur O’Meara, officier britannique et médecin personnel de l’Empereur déchu, accusé de traîtrise et de calomnie, soupçonné de relais de correspondance clandestine des prisonniers vers l’Europe, est renvoyé par Hudson Lowe, fils de médecin militaire, devenu le geôlier impitoyable que l’on connaît. Fesch, illuminé, pensait que Napoléon avait été « enlevé de son rocher par les anges, qui l’avaient porté on ne saurait dire où; mais en parfaite santé ». Ses certitudes d’En-Haut le conduisirent à accepter la candidature d’un prosecteur d’anatomie à Florence, sans titre doctoral, nommé Antommarchi. Son origine corse, sa prétendue admiration pour l’Empereur et sa fourberie avaient convaincu Fesch qu’il faisait une bonne oeuvre en engageant ce pauvre garçon sans le sou.

À Longwood, Napoléon privé de médecin depuis quatorze mois, découvrit rapidement l’incompétence et l’ignominie du protégé de son oncle : « Quelqu’un a-t-il été plus mal soigné que moi par un tel coglione ? ». En revanche, grâce à Antommarchi… et à Fesch, nous bénéficions d’un méticuleux rapport d’autopsie. La description détaillée des cicatrices permet de confirmer plusieurs plaies et blessures évoquées dans les mémoires. « Le corps présentait… plusieurs cicatrices, à savoir : une à la tête, trois à la jambe gauche, dont une sur la malléole externe, une cinquième à l’extrémité du doigt annulaire ; enfin, il en avait un assez grand nombre sur la cuisse gauche » (Dr Antommarchi, Les derniers moments de Napoléon, récit de l’autopsie).

Un traumatisme cranien.

Dans sa jeunesse, il « verse avec une calèche et perd connaissance ». Cet incident est à l’origine de controverses sur les prétendues crises comitiales de Napoléon qui a fait plusieurs pertes de connaissances dans sa vie.

Une plaie à la cuisse gauche.

Sa première blessure de guerre date du 16 décembre 1793 au cours du siège de Toulon, ville livrée par ses habitants royalistes aux Anglais. Malgré la pluie diluvienne et l’obscurité, il décide de mener l’assaut pour s’emparer de la redoute du petit Gibraltar sur le promontoire de l’Éguillette, l’un des derniers forts qui couvrent l’accès de la rade. Bonaparte ayant eu son cheval tué sous lui, continue à pied et reçoit à la cuisse un coup d’esponton porté par un officier anglais. Tous les témoignages de ses proches et le rapport d’autopsie confirment l’existence d’une cicatrice sur une dépression « profonde et pouvant admettre le poing » dans la cuisse gauche, un peu au-dessus du genou. À Sainte-Hélène Napoléon avoue à Las Cases que cette blessure lui fit craindre pour sa cuisse. Il a échappé de peu à l’amputation que voulait tout d’abord pratiquer le chirurgien Hernandez. Finalement la cicatrisation fut obtenue grâce aux soins prodigués par Jean-Mathieu Chargé.

Des morsures aux mollets.

En décembre 1795 ou début janvier 1796, Napoléon passe sa première nuit d’amour avec Marie-Joseph-Rose Tascher de La Pagerie, veuve du général de Beauharnais. La prise de la couche de la future Impératrice est précédée d’une lutte contre Fortuné, le carlin qui l’accueillait régulièrement en aboyant à chacune de ses visites rue Chantereine. Le chien abandonne sa place habituelle non sans plusieurs morsures dont certaines laissèrent des traces sur le mollet du général. Malgré cela, il adresse à sa maîtresse le premier de ses billets ardents : « Je me réveille plein de toi. Ton portrait et le souvenir de l’enivrante soirée d’hier n’ont point laissé de repos à mes sens ! Douce et incomparable Joséphine… ». Le 9 mai 1796 (19 ventôse an IV), Rose de Beauharnais devient officiellement madame Joséphine Bonaparte.

Une contusion à la jambe droite.

Bonaparte est blessé pendant la campagne d’Égypte à Damanhour, le soir du 11 juillet 1798 (22 messidor), comme en témoigne le chirurgien Larrey dans ses mémoires : « Le général en chef reçut un coup de pied d’un cheval arabe, qui lui fit, à la jambe droite, une contusion assez forte qu’on dût craindre des accidents consécutifs : je fus assez heureux pour les prévenir, et le conduire en très peu de temps à la guérison, malgré sa marche pénible et son activité naturelle qui l’éloignait du repos ».

Une contusion à un doigt.

Dans une chasse à Marly, le 22 juin 1803 (3 messidor an XI), il est renversé et blessé. Une lettre de Napoléon à Joséphine datée du lendemain en témoigne : « Je me suis blessé très légèrement à un doigt en tuant un sanglier… ». Cet accident fut assez important pour qu’il s’en souvienne encore à Sainte-Hélène (« une forte contusion du doigt ») et laisse une cicatrice notée sur le rapport d’autopsie (« extrémité du doigt annulaire »).

Une érosion à la jambe gauche.

Dans le « Mémorial », Las Cases relate une autre blessure de guerre qui n’a pas laissé de souvenirs précis à Napoléon : « à celle d’Essling ou de Wagram (6 juillet 1809), je ne saurais dire laquelle, un autre coup de feu lui avait déchiré la botte, le bas et la peau de la jambe gauche ».

Des chutes sans gravité.

En courant : en septembre 1808, l’Empereur tombe en courant après l’Impératrice lors d’une partie de barres dans le jardin, avec quelques familiers (« Mémoires »  de Constant). A cheval : Napoléon fait plusieurs chutes de cheval nécessitant parfois plusieurs jours de convalescence : au siège de Toulon, pendant les campagnes d’Italie, au siège de Saint-Jean-d’Acre, au camp de Boulogne et à Arcis-sur-Aube. À Marengo, le 14 juin 1800, il faillit être noyé dans la vase : « Seule ma tête dépassait et les Autrichiens auraient pu facilement me décapiter ».

Une brûlure au cuir chevelu.

Lors de l’incendie de Moscou déclenché par des criminels libérés de prison sur l’ordre du gouverneur Rostopchine, des flammèches tombent au milieu de la nuit sur le toit de l’appartement occupé par l’Empereur au Kremlin, le 15 septembre 1812. En sortant, il « eut sa redingote grise brûlée en plusieurs endroits, de même que ses cheveux » (« Mémoires » de Constant).

La blessure au pied à Ratisbonne (23 avril 1809).

En janvier 1809, Napoléon lutte en Espagne contre l’armée anglaise de John Moore. Il apprend que l’Autriche est prête à déclarer la guerre, après plusieurs années de préparation en vue de venger Austerlitz. Pendant son retour à bride abattue vers la France, il est informé de l’existence d’un complot entre Talleyrand et Fouché visant à placer Joachim Murat sur son trône en cas de mort accidentelle, les nouvelles d’Espagne étant pessimistes. À Paris, le 28 janvier, il convoque ses ministres dont Talleyrand et entre dans une rage folle (… «Vous êtes de la m… dans un bas de soie»).

L’attaque autrichienne.

Le 13 avril, il repart en campagne à l’Est. Pour la première fois, il s’est laissé surprendre car l’archiduc Charles a attaqué le 10 et occupé Münich, sans rupture diplomatique ni déclaration de guerre (5e coalition). Le 17, il parvient sur le terrain et devine aussitôt les projets de l’archiduc. La Grande Armée est divisée en deux gros corps d’armée : Masséna au sud-ouest et Davout au nord-est ; si le centre est enfoncé par les armées ennemies (Autriche, Prusse), la guerre est perdue. Napoléon donne donc l’ordre aux deux ailes de se regrouper au centre, sur la ville d’Abensberg où il se rend lui-même. La rencontre entre Davout et ses adversaires se produit à Tengen, au sud de Ratisbonne (Regensburg). Profitant de l’avantage des Français et du regroupement de son armée, Napoléon poursuit les Autrichiens qui sont vaincus à Eckmühl, le 22.  L’archiduc se replie avec toutes ses troupes sur Ratisbonne où il laisse une très forte garnison et poursuit sa route vers la Bohême pour rejoindre son armée de réserve.
Il a perdu 30 000 hommes en huit jours. Le 23 avril, les Français enlèvent d’assaut Ratisbonne, étape indispensable pour ouvrir la route de Vienne (prise le 12 mai). Au cours de cette bataille, Napoléon est victime de sa deuxième blessure de guerre.

La blessure de l’Empereur.

Les consignes de Napoléon ayant été respectées, il n’existe pas de document officiel qui relate cet épisode. Il faut donc se baser sur les témoignages qui diffèrent souvent sur le siège de la blessure, son type et les circonstances.

• Constant, premier valet de chambre de l’Empereur, évoque l’incident à deux reprises, dans ses « Mémoires », avec des versions légèrement différentes :

– « L’Empereur voyant fuir les Autrichiens de toutes parts, croyait l’affaire terminée. On avait apprêté son déjeuner à la cantine, au lieu qu’il avait désigné. Il se dirigeait à pied vers cet endroit, lorsque se tournant vers le maréchal Berthier, il s’écria : “Je suis blessé”. Le coup avait été si fort que l’Empereur était tombé assis ; il venait de recevoir la balle qui l’avait frappé au talon. Au calibre de cette balle, on reconnut qu’elle avait été lancée par un carabinier tyrolien, dont l’arme porte ordinairement à la distance où nous étions de la ville. Un aide de camp vint me chercher, et lorsque j’arrivai, je trouvai M. Yvan occupé à couper la botte de Sa Majesté, dont je l’aidai à panser la blessure. Quoique la douleur fût encore très vive, l’Empereur ne voulut même pas donner le temps qu’on lui remit sa botte, et pour donner le change à l’ennemi, et rassurer l’armée sur son état, il monta à cheval, partit au galop avec tout son état-major et parcourut toutes les lignes ».

– « À la campagne de Ratisbonne, le 23 avril, l’Empereur reçut au pied droit une balle morte qui lui fit une assez forte contusion. J’étais avec le service quand plusieurs grenadiers de la garde accoururent me dire que Sa Majesté était blessée. Je courus en toute hâte et j’arrivai au moment où M. Yvan faisait le pansement. On coupa et laça la botte de l’Empereur qui remonta sur-le-champ à cheval ». Une autre version rapportée par Octave Aubry (La vie privée de Napoléon), confirme cette blessure au talon droit : « À pied près de Lannes, il examinait à la lorgnette les défenses de la ville quand un biscaïen, tiré des remparts, l’atteint au talon droit. Pendant qu’Yvan le panse il dit avec sang-froid : “Ce ne peut être qu’un Tyrolien qui m’ait ajusté de si loin. Ces gens sont fort adroits”. Cependant il souffre, car un nerf a été touché. Mais il remonte aussitôt à cheval et part au galop pour se montrer aux troupes qui l’acclament avec transport. Le lendemain, quoique fiévreux, il passe l’armée en revue ». Ces relations sont également celles du Cadet de Gassicourt (Voyages en Autriche), de W. Warden (Lettres de Sainte-Hélène) et du général baron de Marbot.

Pour certains témoins ce sont les orteils du pied qui sont « devenus noirs par la contusion » (général Désiré Chlapowski). Cette affirmation est peu vraisemblable.

Outre les références déjà citées, plusieurs arguments plaident en faveur du talon : le tableau de Gautherot au musée de Versailles ; les propres souvenirs de Napoléon rapportées par Las Cases dans le Mémorial (« une balle lui avait frappé le talon ») ; la lettre écrite par Napoléon à Joséphine le 6 mai 1809 d’Ems pour la rassurer, des « bruits » concernant sa blessure étant parvenus à Paris. « Mon amie, j’ai reçu ta lettre. La balle qui m’a touché ne m’a pas blessé : elle a à peine rasé le tendon d’Achille. Ma santé est bonne. Tu as tort de t’inquiéter. Mes affaires ici vont fort bien. Tout à toi. Dis bien des choses à Hortense et au duc de Berg ».

Le biscaïen (petit boulet faisant partie de la charge d’une boîte à mitraille) peut être vu au musée de l’Armée, à Paris, car il a été recueilli aussitôt par le capitaine Lameau, ingénieur-archiviste du bureau topographique qui faisait partie de la suite impériale, et remis à Mme Gérard, sa nièce, grand-mère des donateurs.

Le chirurgien.

Plusieurs noms sont avancés pour désigner le chirurgien qui pansa le pied de Napoléon à Ratisbonne : Nicolas Heurteloup (1750-1812), Nicolas-René Dufriche dit Desgenettes (1762-1837), Dominique Larrey (1766-1842). Une bonne connaissance du service de santé de l’Empereur ne laisse aucun doute sur l’identité du chirurgien. L’étiquette étant très respectée sous l’Empire, seul un médecin ou un chirurgien du Service a pu toucher l’Empereur. Bonaparte n’aimait ni les médecins ni les drogues. Il ne donna sa confiance qu’à un seul médecin, recommandé par son secrétaire Bourrienne et son frère Louis, Jean-Nicolas Corvisart (1755-1821). Corvisart devint le médecin de toute la famille Bonaparte et rapidement un des vrais amis de Napoléon (« Je ne crois pas à la médecine, je crois en Corvisart »). Conseiller médical du Premier consul, il est promu officier de la Légion d’honneur un mois après le sacre (premier médecin ayant eu cette distinction).

Toutes les obligations officielles ne l’empêchent pas de poursuivre une brillante carrière de thérapeute et d’enseignant. Bichat (1771-1802), Laennec (1781-1826) et Dupuytren (1777-1835) comptent parmi ses élèves les plus célèbres. Nommé Premier médecin de Sa Majesté (19 juillet 1804), il obtint carte blanche pour organiser le service de santé de l’Empereur. Parmi d’excellents praticiens il ne choisit que des amis loyaux, évinçant tout militaire qui aurait pu nuire à son influence en haut lieu

-Larrey, le plus célèbre des chirurgiens de l’époque, n’a jamais pu obtenir de poste officiel auprès de l’Empereur qu’il connaissait depuis Toulon. Il le suivit en Égypte comme chirurgien-chef du corps expéditionnaire. Corvisart, fin psychologue, craignait leur estime réciproque et fit tout pour ne pas perdre son avantage. Larrey fut inspecteur général du service de santé des armées en 1804 puis chirurgien en chef de la Grande Armée le 12 février 1812. Il n’a jamais appartenu au service de santé de l’Empereur. Desgenettes a été médecin-chef de l’armée d’Italie puis de l’expédition d’Égypte où il s’opposa à Bonaparte sur la conduite à tenir envers les pestiférés. Il participa fidèlement à toutes les campagnes puis devint inspecteur général du service de santé des armées. Il n’a jamais soigné l’Empereur.

-Heurteloup, autre fidèle de Bonaparte, a été chirurgien-chef de l’armée d’Italie puis des armées en 1800 (à 50 ans). Membre du conseil de santé de l’armée, secondé par Percy, il fut président de la société médicale de Paris. En 1809, responsable de l’organisation du service de santé, il était présent lors de la blessure de l’Empereur mais sa fonction ne lui permit pas d’intervenir. Il ne devint membre du service de santé de l’Empereur qu’en 1812.

Le premier chirurgien Boyer fut nommé à ce poste important par Corvisart pour sa compétence et sa timidité lors des réceptions officielles. Il n’avait aucun goût pour les expéditions lointaines et ne partait que sur ordre de l’Empereur, qui appréciait sa compagnie. Il ne participa pas aux campagnes de 1809. En revanche, le chirurgien ordinaire Yvan avait suivi Napoléon depuis les campagnes d’Italie. Chirurgien en chef des Invalides en 1804, Corvisart ne put l’exclure du service de santé de l’Empereur comme les autres fidèles du général Bonaparte. Yvan fut l’un des seuls courtisans, avec Corvisart, qui eut l’occasion d’assister parfois à la toilette de l’Empereur. Il coucha même aux Tuileries pendant quelques temps (ce que Corvisart n’avait jamais accepté) afin d’être à même de pouvoir donner des soins à toute heure du jour ou de la nuit. C’est certainement lui qui a soigné le pied de l’Empereur.

Un pas vers la répudiation de Joséphine.

Tous les témoignages laissent penser que la blessure de Ratisbonne fut sans gravité, limitée à une forte contusion sous-malléolaire externe droite. Par contre, elle influença probablement le courant de l’histoire. En avril 1809, Napoléon commence à craindre pour son avenir. La guerre d’Espagne se poursuit depuis un an. Les nationalistes, inspirés par la Révolution française, commencent à s’organiser dans l’Empire notamment en Allemagne et en Italie. Pour la première fois, les coalisés, mieux organisés, infligent de lourdes pertes à l’armée impériale alors qu’on commençait à la croire invulnérable. Cette blessure au pied sur le champ de bataille, la première de Napoléon en tant qu’Empereur, lui fait prendre conscience d’une mort possible alors qu’il n’a pas eu d’enfant avec Joséphine, donc pas de descendant direct.

Après la victoire de Wagram (6 juillet 1809), Marie Walewska, la maîtresse polonaise de l’Empereur, rejoint son amant à Vienne pour plusieurs semaines. Corvisart arrive à la demande de Napoléon en août et lui annonce quelques jours plus tard que Marie est enceinte. « Je craignais que ce bonheur de la paternité qu’ont tous les hommes ne me fût refusé, par une sorte de vengeance du sort qui m’a déjà prodigué tant de dons. J’aime les enfants, tu le sais. Mais un petit à moi, c’est une grâce à laquelle je n’osais plus songer ». Alexandre, né le 4 mai 1810 en Pologne, lui apporte une seconde preuve formelle, après le comte Léon, de ce qu’il espérait : être père.

La tentative d’assassinat du saxon Frédéric Staps, au cours d’une parade, devant le palais de Schoenbrunn le 18 octobre 1809, vient renforcer le sentiment de vulnérabilité. Après plus de deux ans d’hésitations, ces événements intervenus pendant la campagne autrichienne influent sur la décision définitive de Napoléon à divorcer. D’Autriche, il demande à Duroc d’écrire à l’intendant des palais impériaux pour qu’il fasse immédiatement murer à Fontainebleau la porte de communication entre son appartement et celui de Joséphine. Un mois après son retour à Paris, il trouve le courage d’annoncer à l’Impératrice sa répudiation, le 26 octobre 1809. Le divorce est prononcé le 14 décembre 1809.

Alain GOLDCHER 

(« Revue  du Souvenir Napoléonien » n°453, juin-juillet 2004, pp.3-7).

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( 19 janvier, 2020 )

L’AURORE de LA MOSKOWA…

Ces lignes, écrites par le chirurgien wurtembergeois Roos, dans ses « Mémoires » retracent, d’une façon vivante et originale, les impressions d’un témoin à la veille et au matin de la bataille de la Moskova. Dans l’attente des événements, bien peu de nous dormirent cette nuit-là. On avait vu l’avantageuse position des Russes, leurs hauts retranchements dans toute l’étendue de leur camp et, loin derrière eux jusqu’à une forêt, étinceler leurs armes. On savait qu’ils avaient beaucoup de lourde artillerie et on supposait que pour une si grande entreprise ils auraient amené de loin et de près tout ce qui pourrait grossir leur force et leur nombre. Il s’agissait pour eux et pour nous de quelque chose de sérieux. De notre coté, on avait la ferme persuasion que nous étions supérieurs en nombre à nos adversaires et nous croyions aussi que nous avions une plus grande habileté dans la pratique de l’art de la guerre. Mais nous savions que les Russes combattent avec fermeté et qu’ils tiennent obstinément même contre la mitraille. Mes collègues, arrivées de la veille, me racontaient qu’ils s’étaient battus dans leur retraite avec un ordre qui passe toute idée; notre cavalerie poursuivait de Krasnoïé jusqu’à Smolensk une colonne d’infanterie russe, et cette infanterie, formée en carré et toujours luttant, s’était retirée avec tant d’adresse qu’elle avait repoussé les attaques réitérées de la cavalerie et qu’elle n’avait pas perdu un seul homme ! Nous n’avions, en outre, qu’une faible et incertaine confiance dans nos forces physiques; nous nous tenions, à cause de nos nombreuses privations et des grands efforts que nous avions faits, pour plus faibles que nous étions. Dès la veille, à la tombée de la nuit, l’infanterie et l’artillerie avaient déjà marché vers l’endroit où elles devaient se mettre en bataille. Au premier crépuscule de ce jour mémorable nous nous mîmes en mouvement, hommes et bêtes, sans avoir déjeuné. Nous nous dirigeâmes à droite derrière une forêt qui était remplie de notre infanterie. En avant de cette forêt se trouvait l’aile gauche de l’armée russe, couverte par une grande redoute. Il était de très grand matin ; tout se taisait; le soleil ne se levait pas encore. On nous ordonna de mettre pied à terre. Le froid du matin força nos soldats à couper des branches des genévriers voisins et à faire des feux. La fumée monta droit dans le ciel, et de là nous conclûmes plaisamment au succès de la journée. Puis il fit plus clair, nous montâmes à cheval, et alors l’aide de camp, comte de Grävenitz, nous lut en langue allemande l’ordre du jour connu. Le comte était si plein de zèle et d’ardeur, si plein d’enthousiasme et du plaisir de se battre, qu’au lieu de finir, comme c’était écrit parle mot « la Moskova, » il termina ainsi : « Moscou, le 7 septembre 1812. Napoléon. » Cependant, non seulement le soleil s’était montré, et un soleil riant; mais la bataille avait commencé. Devant la forêt, derrière laquelle nous étions, s’était élevé un cri, qui, malgré le bruit de la lourde artillerie et de la fusillade, retentit avec force et distinctement; il semblait que toutes les voix et langues de l’Europe se fussent tout d’un coup fait entendre. Du moins, nous qui étions encore tranquillement à cheval, nous perçûmes dans cette clameur des langues connues et inconnues. Cela dura environ quinze minutes; puis il y eut un silence, un absolu silence, et nous en conclûmes que quelque chose de décisif s’était produit. En effet, la première redoute était prise.

Arthur CHUQUET (« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Deuxième Série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912, pp.31-33).

 

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( 15 janvier, 2020 )

Un témoignage sur la campagne de 1812.

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Louis de BUMAN, né le 17 janvier 1789 dans le canton de Fribourg à Bulle où son père était Baillif, enflammé par le souvenir des BUMAN qui se firent tuer pour le Roi de France devant Dunkerque et Montmédy, rejoint en 1808 avec le brevet de sous-lieutenant, le 2ème régiment suisse dit « Régiment de Castella » à Besançon. On le dirige sur Marseille, dépôt de son régiment, et là, il fait l’apprentissage de son métier. Il prend part aux campagnes du Portugal et d’Espagne ; il est de l’expédition de Russie ; enfermé dans Mayence, il attrape le typhus. Il quitte le service après les journées de 1830, comme chef de bataillon. Il vécut désormais à Fribourg et lorsqu’il mourut le18 janvier 1877, ce vieillard à la taille encore droite, à la démarche rapide et dont les 89 ans, portés si légèrement, semblaient être un défi au temps, était le dernier survivant fribourgeois des guerres napoléoniennes. Une notice biographique sur Louis de BUMAN parut alors dans la revue « Le Chroniqueur » (février et mars 1877). Elle a été composée d’après les souvenirs de famille et les propres récits de Louis de BUMAN. Nous avons tiré de cette rarissime notice tout ce qui concerne la campagne de 1812. 

 A.CHUQUET 

La division suisse, composé de régiments aguerris dans le Midi, fit partie du 2ème corps, sous les ordres d’Oudinot, qui s’avança en Lituanie. Le 29 juillet eut lieu le combat de Jacobowo. Elle n’y prit qu’une faible part. Le soir, toute la division campait sous Polotsk. Quoique dans un grade inférieur, Buman se rendait compte des immenses difficultés qui signalaient les débuts de cette campagne, et ses récits, longtemps après, redisaient les préoccupations qui étaient dans l’esprit de tous les officiers Les jours qui suivirent furent des jours de repos relatif. Le 17 août, Oudinot, blessé, passait le commandement à Gouvion Saint-Cyr qui gagnait, le 18, la bataille de Polotsk, et Buman vit porter plus d’un camarade dans les ambulances. Durant les mois de septembre et d’octobre le corps d’armée resta dans ou sous Polotsk. Une inquiétude vague envahissait les esprits Les effectifs, réduits par le feu, se fondaient encore par des désertions nombreuses. Le 18 octobre se livra la seconde bataille de Polotsk durant laquelle les Suisses, emportés par leur ardeur, sortirent des ouvrages pour se précipiter à la baïonnette sur les Russes qu’ils refoulèrent au loin. Ce trait de valeur leur coûta 600 hommes et 32 officiers mis hors de combat. Buman ne parlait jamais de cette affaire sans animation, tout en la qualifiant modestement de « majeure ». On battit cependant en retraite devant les forces supérieures toujours plus pressantes. Oudinot reprit le commandement du corps à la place de Gouvion Saint-Cyr blessé et se porta en hâte Borisov pour assurer le passage de la Bérézina à Napoléon et àla Grande-Armée. Le 26 novembre 1812, le corps d’Oudinot, réduit à 5.000 hommes, passa le premier sur la rive droite de la Bérézina. Le lendemain soir, Napoléon s’approcha des bivouacs des Suisses, se chauffa longtemps au feu allumé par les officiers de la compagnie de Buman qui s’écartèrent respectueusement. Il était pensif, absorbé et recevant avec la dernière violence les officiers généraux qui venaient lui parler et les officiers d’ordonnance qui lui annonçaient que les pontonniers mouraient de froid, plongés dans l’eau jusqu’aux épaules, pour travailler au soutien des ponts ébranlés par le poids et les glaçons ; Toute la nuit se passa sur le qui-vive, et le 28, dès l’aube, s’engagea la grande bataille de la Bérézina en présence de Napoléon avec la Garde en réserve. Les Suisses furent au premier rang et avaient devant eux Tchitchagov. Dès le matin, Oudinot fut blessé et remplacé par Ney. Le second régiment suisse, réduit à un millier d’hommes, était le plus avancé de tous et se distingua durant cette journée par de nombreuses charges à la baïonnette qui refoulaient les Russes pour une heure. Ce fut là que fut frappé le chef de bataillon Von der Weid, de Seedorf. Cet intrépide Fribourgeois venait de donner son cheval à son adjudant blessé à la jambe et combattait à pied à la tête de ses braves quand une balle russe lui traversa la gorge. Il poussa un cri étouffé par le sang et tomba à la renverse dans les bras de Louis de Buman qui était immédiatement derrière lui. Sans perdre connaissance et, après le premier moment passé, il dit à son concitoyen ces simples paroles : « Buman, je suis mort ici en chrétien ! » Après l’avoir embrassé, il s’éloigna, soutenu sur les bras de ses soldats, pour aller aux ambulances et ne survécut guère que quarante-huit heures à sa blessure. Le soir de cette terrible lutte, des trois bataillons réduits du 2ème régiment, il ne restait plus que 12 soldats et 2 officiers, Buman et son camarade Springer de Berne. Les pertes des autres régiments suisses étaient proportionnelles. Témoin de l’immense service que cette valeureuse troupe rendait à la Grande-Armée, Napoléon distribua des croix de la Légion d’honneur sur le champ de bataille. Jean de Schaller, ancien inspecteur général des milices, Monney, Louis de Buman, Muller, pour ne citer que des Fribourgeois des 1er et 2ème régiments, la reçurent à cette place. 

Quelle n’était pas l’animation de son visage, de ses yeux quand Louis de Buman racontait ce passage sur des ponts ébranlés, cette lutte d’un contre vingt, durant quatorze heures, moitié de jour, moitié de nuit, tantôt dans les bois, tantôt à découvert dans la plaine avec de la neige jusqu’aux genoux par un froid qui, quelques jours plus tard, allait descendre jusqu’à 30 degrés Réaumur, n’ayant qu’un peu de l’eau-de-vie de Polotsk pour maintenir,avec l’action, la chaleur et le sang-froid dans ces corps de fer ! Chaque fantassin, électrisé par les paroles et les exemples des chefs qui ne croyaient pas au-dessous d’eux de descendre d’un cheval pour prendre le fusil d’un mourant et de charger à la baïonnette en tête des colonnes, chaque fantassin, disons-nous, sentait qu’il était une portion du salut de l’armée. Le croirait-on ? La Restauration refusa de reconnaître les brevets de la croix d’honneur donnée par le grand capitaine sur le champ de bataille. Le gouvernement en expédia d’autres en 1816 avec des croix à l’effigie d’Henri IV : petitesse qui n’augmenta pas dans l’armée le nombre des amis de Louis XVIII. Le lendemain, dès l’aube, Maison, qui allait protéger la retraite avec les débris du 2ème corps, demanda où étaient les Suisses. On lui désigna, non, loin, un groupe d’hommes couverts de neige, mêlés de blessés qui ne pouvaient se porter en avant, tous serrés au drapeau. Il considéra cette phalange à l’héroïsme de laquelle il allait demander encore de continuer la lutte, puis détourna la tête en versant des larmes. Quelques heures après, le mouvement de retraite s’accentuait à la faveur de l’incendie des ponts qui empêchait les avant-gardes russes de se porter en avant. Il y eut plusieurs combats : dans l’un, Buman eut la douleur de perdre son camarade et ami Springer, tué par la lame d’un cosaque. Les officiers dont les corps avaient été anéantis marchèrent pour leur compte à travers la Pologne pour gagner  la Prusse. Buman voyagea ainsi, seul, couchant sur la neige ou sous quelque toit écarté, enlevant à la pointe du sabre sur les cadavres de chevaux morts des lambeaux de chair dédaignés par les hommes qui précédaient.Arrivé à Kowno, il y fit fortuitement la rencontre de François de Chollet, du 3ème régiment. Ils furent heureux de voyager ensemble et avec les mêmes privations jusqu’à Küstrin, où ils purent prendre quelques jours de repos, en voyant journellement arriver quelques échappés de cette terrible lutte. 

A la fin de février 1813, Buman arrivait à Lauterbourg où se trouvait le dépôt de son régiment. Ses vêtements, réduits en lambeaux flottants, n’avaient plus de l’uniforme que la couleur et les boutons. Il marchait, les pieds abîmés par le froid et la marche, avec des chaussures presque sans semelles. Dans les calamités si horribles, retrouver le dépôt, c’est rentrer dans la famille. Tous les officiers lui firent fête et lui facilitèrent la vie à qui mieux-mieux pendant que de longues heures étaient consacrées le soir à entendre les récits des revenants de la terrible aventure. Naguère, quand une armée français [l’armée de l’Est en 1871] se réfugiait sur notre territoire, après les revers qu’on sait et la détresse qu’on a vue, nous qui, sous les armes, la vîmes défiler dans les gorges de nos montagnes [c’est l’éditeur Eugène de Boccard qui parle, petit-fils de Louis de Buman], encombrées de neige, quand nous racontions aux vieux militaire ce spectacle et osions la comparer à la retraite de Russie, nous n’obtenions pour réponse que le sourire modeste de l’homme, acteur dans des drames cent fois plus horribles, et qui veut laisser à la jeunesse ses illusions. L’anniversaire de la Bérézina qui rappelait tant de souffrances  pour ce vétéran un jour solennel. Depuis son retour, chaque année, à cette date, il faisait faire un service d’actions de grâce durant lequel il recevait les sacrements. Ce service était suivi d’un second en mémoire de ses camarades morts dans cette sanglante journée.  

Extrait du 1er volume de l’ouvrage d’Arthur Chuquet, « 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents », (Fontemoing, 1912, 3 volumes). 

 

 

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( 15 janvier, 2020 )

Une lettre de Maret au maréchal Macdonald…

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Maret, duc de Bassano, ministre des Relations extérieures, resté à Vilna, donne le 5 septembre 1812 des nouvelles à Macdonald et lui transmet les instructions de l’Empereur. Il retrace la marche de l’armée dont Eugène et Poniatowski forment les ailes, et il reproche aux Russes l’incendie de Viazma et leur politique de destruction. On sait que les troupes françaises avaient marché depuis Smolensk, constamment entourées de flammes. Maret, lui aussi, croit à la bataille prochaine. L’ennemi, commandé, non plus par Barclay de Tolly, mais par Koutousov, voudra couvrir Moscou ; mais il sera battu, et, dans ce cas, Macdonald, de concert avec [Gouvion] Saint-Cyr, devra tomber sur Wittgenstein. Au reste, dans les circonstances présentes, l’Empereur lui laisse carte blanche.

Arthur CHUQUET.

Vilna, 5 septembre 1812.

Le quartier-général de l’Empereur était le 31 [août] à Viazma que les troupes occupaient depuis le 29. L’armée marchait sur trois colonnes. La gauche, formée par le vice-roi [Eugène], se dirigeant par Kokhouchkino, Znamenskoïé, Koslerechkovo et NovoIé ; le centre par le roi de Naples [Murat], les corps du prince d’Eckmühl [Davout], du duc d’Elchingen [Ney] et la Garde, marchant sur la grande route ; et la gauche, par le prince Poniatowski, marchant sur la rive gauche de l’Osma par Volotchek, Loujki, Pokrovskoïe et Sloukino.

L’ennemi continuait à tout brûler sur son passage. Il avait mis le feu à la ville de Viazma. Nous sommes parvenus à en sauver les transports. Elle était abandonnée aux Cosaques qui n’ont pas eu le temps d’en achever le pillage. Nous y avons trouvé une certaine quantité d’approvisionnements et beaucoup d’eau-de-vie. On ne conçoit rien à cette rage qui prononce la destruction d’une ville de 15.000 habitants, ornées de trente-deux églises et enrichie par les siècles. Il paraît que c’est un des détails de ce que M. Barclay de Tolly appelle son « système » et il est à espérer que le système changera, s’il est vrai, comme on le croit au quartier-général, que le général Koutouzov a pris le 28 [août] le commandement en chef de l’armée russe. Tout paraît se préparer pour une grande bataille et l’on croit qu’elle peut avoir lieu d’ici au 12 ou  (au] 15. Les habitants de Moscou ne semblent pas disposés à se laisser abandonnée, brûler et piller par les Cosaques. Sa Majesté m’ordonne, Monsieur le Maréchal, de vous écrire que dans l’état actuel des choses, la probabilité étant que l’ennemi livrera bataille pour couvrir Moscou, si nous la gagnons et si nous entrons dans cette ville, les affaires se trouveront prendre un caractère très décidé, les affaires  se trouveront prendre un caractère très décidé, qu’en conséquence, il serait convenable, vu surtout la saison avancée, que le siège de riga fût ajourné et qu’avec tout ce que vous avez de disponible, vous débouchassiez sur Wittgenstein, de coincer avec le maréchal  de[Gouvion] Saint-Cyr, et que vous poussassiez le général ennemi à quelques marches de la Dvina. Sa Majesté ajoute dans sa lettre que, dans les circonstances présentes, elle ne peut que vous laisser carte blanche là-dessus. Je n’écris rien à ce sujet au maréchal de [Gouvion] Saint-Cyr. Votre Excellence lui fera connaître sa détermination.

Le duc de Bellune [Victor] est ici depuis deux jours. Le mouvement général de son corps d’armée et des autres troupes qui entrent sous son commandement, a pour objet de pouvoir, au besoin, appuyer le maréchal de [Gouvion] Saint-Cyr et les opérations du prince de Schwartzenberg en Volhynie.

J’ai l’honneur d’offrir à Votre Excellence les nouvelles assurances de ma très haute considération.

Le duc de BASSANO.

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( 8 janvier, 2020 )

Un soldat de la Grande-Armée écrit à sa mère…

Un soldat de la Grande-Armée écrit à sa mère... dans TEMOIGNAGES gal008Cette lettre a été rédigée par François Bondu, soldat à la 1ère compagnie du train du génie du 1er corps, attachée au parc du génie du 1er corps, à sa mère, à Morvan [Montevrault], Maine-et-Loire. L’auteur est né en 1782, à Saint-Pierre-Montlimard (Maine-et-Loire). Il entre en 1807 dans le train du génie. Bondu sera fait prisonnier le 22 novembre 1812.  

Moscou, le 28 septembre 1812. 

Ma chère mère, ma situation passée et celle actuelle ne m’a jamais permis de pouvoir vous donner de mes nouvelles. La première, j’étais attaqué d’une fluxion de poitrine qui m’a duré très longtemps, et l’autre fut un accident malheureux qui par blessure me ravit la santé. J’ai dans cette campagne été à la bataille du 7 de ce mois [celle de La Moskowa, le 7 septembre 1812], poursuivi de 5 cosaques qui la première fois me criblèrent de coups de lance et de balles, ne m’ont cependant donné que trois blessures, non dangereuses malgré le sang qui m’inondait. J’eus l’audace de les courir à grands coups de sabre et je réussis. La bravoure d’un soldat comme moi ne sert que le cœur d’un vrai français dévoué, comme pour la patrie doit valoir l’Empereur même. 

Je finis en vous embrassant. 

Votre fils, 

François BONDU. 

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( 6 janvier, 2020 )

Une lettre d’un officier de la Grande-Armée à sa femme…

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Celle-ci émane de Barriès (Jean-Pierre-Michel), né le 22 novembre 1768, à Albi (Tarn). Chef de bataillon au 17ème de ligne en 1810 ; colonel commandant d’armes à la suite du quartier-général, le 8 octobre 1812. Il commandait à Vilna lors de la prise de la ville par les Russes. Barriès parvint à s’échapper le 19 décembre 1812 et mourut à Gumbinnen en janvier 1813. Au moment où il écrit à son épouse, il est officier à la 1ère division du 1er corps. 

Arthur CHUQUET. 

Moscou, le 24 septembre 1812.

Réjouis-toi, ma bonne et chère amie, me voilà arrivé sain et sauf à Moscou après une bataille des plus sérieuses et où l’ennemi, battu et dispersé sur tous les ponts, a perdu, sans exagérer, près de quarante mille hommes tant tués, blessés que prisonniers de guerre. Je ne raconterai pas tous les hauts faits qui ont signalé cette journée, ils sont sans nombre ; soldats, officiers, généraux, tous ont rivalisé d’audace et de bravoure, aussi il a en a tenu à bien près que l’Europe étonnée n’ai vu s’écrouler, ce même jour, cette puissance colossale qui, depuis environ douze ou quinze ans, menaçait d’envahir nos provinces, si elle n’eut eu pour barrière les mauvais chemins et la saison qui, dans ce climat, se trouve beaucoup plus précoce que dans le reste de l’Europe, ce qui n’a pas peu contribué à arrêter notre marche. Notre Empereur commandait en personne.

Sa présence électrisait les esprits ; rien n’échappait aussi à son œil observateur ; était-ce le cas de lui appliquer ces deux vers : Fière de t’obéir, ta redoutable armée 

Ne suit que les transports dont tu l’as animée. 

Notre régiment qui a été constamment à la  tête de toutes les attaques, a  beaucoup souffert. Nous avons eu beaucoup d’officiers blessés ou tués, dont parmi ces derniers trois chefs de bataillon sur cinq. J’en ai été quitte moi-même pour une légère contusion qui m’a un peu gêné pendant huit à dix jours, mais dont je suis entièrement remis. Que je te parle de Moscou, cette capitale de toutes les Russies, anciennes résidence des tsars qui, par la grandeur, la magnificence et la splendeur des palais qu’elle renfermait, l’emportait sur les premières villes du monde, mais qu’un incendie de cinq à six jours a entièrement consumé, sauf quelques palais qui ont échappé  à la fureur des flammes, que nous occupons. Voici, en peu de mots, ce qui y a donné lieu :  ces barbares, se voyant vivement poursuivis par nos légions, envoyèrent, à la suite d’une forte canonnade qui avait lieu à deux fortes lieues de Moscou, leur général commandant l’arrière-garde pour prier notre empereur de cesser le feu afin d’épargner la ville qu’ils nous livreraient intacte, lorsque, par une de ces perfidies qui n’a pas d’exemple et qu’on n’aurait pu attribuer qu’aux plus fourbes de l’ancienne Grèce, à un Zénon, ils lâchèrent le même soir tous les fous et les scélérats qui étaient dans les maisons de force qui, réunis à cinq ou six mille Russes qu’ils trouvaient cachés dans la ville, l’incendièrent entièrement, dans la certitude qu’ils nous croiraient assez maladroits pour l’aller occuper de suite sur la bonne fois des traités, et de nous y griller tous. Il est bon que je te dise que, sur une population de 300.000 âmes, il n’en reste pas plus de 30.000. Tous les autres s’étant sauvés avant notre entrée, en sorte que ce qui reste aujourd’hui n’est qu’un ramassis des malheureux n’emportant avec eux que ce qu’ils ont pu sauver sur leurs épaules. Vois par conséquent ce que nous sommes à plaindre sous le rapport de la société, puisque nous ne voyons personne. Notre Souverain [Napoléon] occupe le palais des tsars [le Kremlin] avec une partie de sa Garde. Il paraît, selon toutes les probabilités, que nous passerons l’hiver ici ou du moins une partie, tant que le pays nous offrira quelque ressource. 

Adieu, ma chère épouse. 

BARRIES. 

   

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( 29 décembre, 2019 )

Le Général Bonnamy…

Auguste Bonnamy , général de brigade depuis le 8 janvier 1799, commandait à la bataille de la Moskowa la 1ère  brigade de la division Morand. Son nom n’est pas cité par Ségur que Gourgaud ne manque pas de blâmer sur ce point. A la tête du 30ème régiment d’infanterie, un des régiments les plus braves et les plus résolus de l’armée, Bonnamy s’empara de la grande batterie ou batterie Raïevsky où les canonniers se firent tuer sur leurs pièces. Mais quelques bataillons russes, conduits par le général-major Ermolov et par le général d’artillerie Koutaïzov, revinrent à la charge, baïonnette baissée, et reprirent la batterie après une furieuse mêlée. Le 30ème régiment n’avait pas été secouru à temps : accablé, il dut se faire jour pour rejoindre sa division, et Bonnamy, criblé de coups, resta entre les mains des Russes : il fut fait prisonnier par le feldwebel Solotov, du 18ème régiment de chasseurs, qui reçut pour cette action le grade de lieutenant, et Koutouzov, dans son rapport du 8 septembre, eut bien soin de dire au tsar qu’il avait fait des prisonniers, dont un général de brigade. Au retour de Bonnamy, en 1814, sous la première Restauration, Ney, Morand, Berthier s’employèrent pour lui, et voici les témoignages qu’ils lui rendirent. Voici une lettre de Ney qui jadis avait déjà plaidé pour Bonnamy et qui demande qu’il soit élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur; la lettre est adressée au comte Dupont, ministre de la guerre.

———————-

Paris, le 11 septembre 1814.

Monsieur le Comte, je renouvelle à Votre Excellence la prière que je lui ai faite de faire confirmer le maréchal de camp Bonnamy dans le grade d’officier dela Légion d’honneur que l’Empereur lui avait accordé à Moscou pour prix de sa conduite à la bataille del a Moskowa.

 NEY.

Voici un certificat de Morand, apostillé par Berthier, qui tous deux attestent l’héroïque intrépidité de Bonnamy et sollicitent pour lui le grade de général de division ou de lieutenant-général, qu’il obtint, du reste, le 11 janvier 1815.

Je soussigné, lieutenant-général des armées du Roi, commandant dans la campagne de 1812 la première division du 1er corps d’infanterie, certifie qu’à la revue de cette division, au Kremlin, le 11 octobre 1812, la décoration d officier de la Légion d’honneur fut accordée, sur ma demande, à M. le maréchal de camp Bonnamy, commandant, dans cette campagne, la 3ème  brigade de cette division, et sur mon rapport de la manière héroïque avec laquelle M. le général Bonnamy enleva, avec sa brigade, la grande redoute de droite à la bataille de Borodino ou Mojaïsk. La demande du grade de général de division fut aussi faite pour ce général, et je reçus la promesse que le grade lui serait accordé à son retour. Le général Bonnamy, après avoir fait, avec sa brigade, une des actions les plus héroïques qui aient jamais illustré les armées françaises, resta, criblé de coups de baïonnette, au pouvoir de l’ennemi. Si le général Bonnamy n’a pas reçu les titres de cette nomination, son état de prisonnier et la perte de tous les papiers dans la retraite en sont l’unique cause.

Fait à Paris le 18 septembre 1814.

Le lieutenant-général,

Comte MORAND.

Certifié avec plaisir par moi, prince de WAGRAM.

ALEXANDRE.

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1812. Première Série [seule parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Éditeur, 1911, pp.13-15).

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( 25 décembre, 2019 )

Le lieutenant-colonel Dutheillet de Lamothe

Ombre 2

Né en 1791, Aubin Dutheillet de Lamothe, après des études au lycée de Limoges, décide d’embrasser la carrière des armes : «  Le goût de l’état militaire se développait chaque jour davantage dans mon esprit, mon imagination s’exaltait au récit des brillantes victoires de nos armées, et des belles actions de cette époque, où toutes les idées étaient portées vers la gloire… », écrit-il au début de son témoignage [1]Le 25 mai 1809, le jeune Dutheillet rejoint donc l’École militaire de Saint-Cyr, et offre au lecteur une bonne description de la vie quotidienne des élèves au sein de cette honorable institution. Tel ce détail sur le ravitaillement : « Le régime consistait à manger la soupe à la gamelle, on recevait un morceau de viande, mais les pommes de terre, haricots et lentilles, formaient la base de nos repas, avec de l’abondance » ; ou encore celui-ci : « On se battait ordinairement dans les compagnies pendant les études, sur les carrés pendant la nuit, dans les latrines quand on avait un sergent qui ne voulait pas le permettre, car ils étaient chargés justement, d’empêcher les duels et désordres de toute espèce », précise l’auteur.

En novembre 1811, Dutheillet de Lamothe quitte l’École de Saint-Cyr avec le grade de sous-lieutenant et rejoint son régiment, le 57ème de ligne, « qui tenait garnison à Hambourg et avait son dépôt à Strasbourg ». Après une existence agréable à Hambourg, au cours de laquelle les rencontres féminines font partie de son quotidien, les choses deviennent sérieuses. Dutheillet est dirigé sur la Russie. « Nous traversâmes la Prusse pour nous rendre à Gumbinnen, petite ville prussienne, où était établi le camp qui préparait sur le Niémen, le passage de l’armée française. » Dans les rangs du 57ème d’infanterie, faisant partie du 1er corps (maréchal Davout), Dutheillet observe et note chaque détail. « Le maréchal Davout, avec cet esprit de fermeté et de prévoyance qui le distinguait, avait ordonné dans son corps d’armée, de donner à chaque soldat un sac de coutil, qui contenait huit livres de farine, et un autre renfermant une livre de riz », note-t’il. Et plus loin : « Pendant toute la durée de la campagne, les troupes souffrirent tout ce qu’il est possible d’imaginer, en privations de tous genres, et en fatigues…

Quoique jeune officier, puisque j’avais à peine 21 ans, à cette époque, je supportai d’abord assez bien, les privations et les fatigues, mais les provisions venant à manquer, je fus atteint comme le plus grand nombre, de fièvres et de coliques qui eurent bientôt épuisé mes forces ». Il y a dans tout au long des « Mémoires » du sous-lieutenant Dutheillet de Lamothe, beaucoup de réalisme… Malgré son état de santé et la perte de son cheval (et de tous ses effets), effrayé par un régiment de cuirassiers passant au trot, l’auteur continuer de noter ce qu’il voit avec précision: « Dans chaque compagnie, les officiers désignaient quelques hommes bons marcheurs et adroits pour aller à la recherche de vivres. Ces soldats se rendaient dans les villages et pillaient tout ce qu’ils pouvaient, commettaient toutes sortes d’excès, et souvent, après avoir égorgé des vieillards, violé les femmes, incendié le village, ils rentraient à la compagnie avec quelques sacs de farine, sur une petite voiture attelée d’une chèvre russe, d’une vache, avec quelques autres provisions, quand elles ne leur étaient point enlevées par la Garde Impériale… »

Dutheillet n’en n’oublie pas pour autant de faire le coup de feu. C’est ainsi qu’il écrit : « Malgré que j’eusse toujours eu la fièvre, je m’étais trouvé à tous les combats où le régiment avait été engagé ». Il participe à la bataille de La Moskowa et en laisse un très bon récit… « J’étais à mon poste, à la 6ème compagnie du 6ème bataillon. » Il reçoit l’ordre d’enlever le bois qui se trouve sur sa droite. « Les Russes y avaient fait quelques abattis, qui furent enlevés au pas de charge, par les trois derniers bataillons, pendant que les deux premiers le tournaient par la droite. » S’en suit une description très réaliste. Le lendemain, 8 septembre 1812, il se bat encore à Mojaïsk. Nommé lieutenant, à Moscou, par l’Empereur en personne le 10 octobre, il reçoit l’ordre, quatre jours plus tard, de rentrer en France.

 Après s’être totalement rétabli de cet état fiévreux qui subsistait depuis de nombreuses semaines, le lieutenant Dutheillet se retrouve engagé dans la mémorable campagne d’Allemagne. Il est au combat de Kulm « Le bataillon dont je faisais partie, commandé par le chef de bataillon Darras, fit une charge brillante sur l’ennemi, au moment où l’armée française, ayant perdu ses positions, se retirait en désordre… » Il est nommé chevalier de la Légion d’honneur le 7 septembre 1813 pour sa conduite durant cet épisode. Rendu à Dresde, il est obligé de capituler. « Un des jours les plus pénibles de ma vie, fut celui où je me vis forcé, de rendre mes armes aux Prussiens et aux Russes, rangés en bataille devant nous », écrit-il. Il est expédié comme prisonnier en Hongrie.

Dans cette partie de son récit, Dutheillet revient amèrement sur le rôle du maréchal Gouvion Saint-Cyr durant cette campagne… Réexpédié en France au retour de Louis XVIII, en 1814, sa route jusqu’en France est des plus pénibles ; Dutheillet et ses compagnons d’armes sont insultés, humiliés dans les villes autrichiennes qu’ils traversent. A Vienne, il a le bonheur d’apercevoir le Roi de Rome, au palais de Schœnbrünn…

« Presque tous les prisonniers qui rentraient en France, allaient rendre un dernier hommage à l’enfant de l’homme immortel, qui avait si longtemps fait trembler l’Europe », déclare  Dutheillet. Il arrive enfin à Strasbourg le 14 juin 1814.

Après le retour de l’île d’Elbe, l’auteur s’oppose dans un premier temps à Napoléon, se considérant comme étant toujours lié par le serment fait à Louis XVIII.

Par la suite, en assistant à la Cérémonie du Champ de Mai, le 1er juin  1815, il sera frappé par cette manifestation. Ce qui lui fait écrire plus loin : « Je faisais des vœux pour le succès des armes françaises… » Il est malgré tout de nouveau trop souffrant pour prendre part à la campagne de Belgique.

Il s’éteindra à Paris en 1856, après avoir fini sa carrière militaire au service de la Belgique [2]Ses « Mémoires militaires » furent rédigés en 1838.

C.B.

 —————————————–       

[1] Ce dernier fut publié la première fois en 1899 à Bruxelles (Belgique) chez H. Lamertin, Éditeur, 20, rue du Marché-au-Bois.

[2] Aubin Dutheillet de Lamothe s’est éteint le 16 juin 1856, « à dix heures du soir, en son domicile Place Royale [Place des Vosges], n° 7, âgé de 64 ans ». Il a été inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Le portrait figurant sur la couverture représente l’auteur en tenue de lieutenant-colonel au service de la Belgique en 1834.

Voici ses États de service, extraits de l’édition originale :

« Dutheillet de Lamothe, Aubin, fils de Léonard et de Françoise de Bigorie du Chambon, né à Saint-Yrieix, Haute-Vienne, le 6 octobre 1791, marié le 29 janvier 1834 avec demoiselle Maria Wilbraham.

Campagnes.

1811. Allemagne

1812. Russie.

1813. Saxe.

1814. Prisonnier de guerre à la capitulation de Dresde.

1815. En France

1831, 1832 et 1833. Armée d’observation belge.

 Blessures et décorations

28 juillet 1830. Un coup de feu à l’épaule gauche.

 Deux coups de feu à plomb dans les reins.

 Un coup de feu à plomb dans la cuisse gauche

Par mesure d’économie probablement, il ne lui fut tenu aucun compte des blessures reçues sous l’Empire, et on jugea à propos de lui enlever plusieurs des années de campagne portées sur ses États de service en Belgique !!! (Note de l’Éditeur, 1899).

Chevalier de la Légion d’honneur, le 17 septembre 1813.

Chevalier de Saint-Louis, le 29 octobre 1829.

Officier de la Légion d’honneur, le 3 novembre 1837.

Autorisé par ordonnance du Roi, du 9 novembre 1839, à porter la décoration de l’Ordre de Léopold, accordée par ordonnance du Roi des Belges, du 30 septembre 1839.

 

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( 22 décembre, 2019 )

Une lettre du colonel PARGUEZ, ancien aide-de-camp du général MORAND, à sa femme durant la campagne de 1812. (1ère partie).

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Son auteur est François Parguez (1773-1829). Il fut chef d’escadron et aide-de-camp du général Morand ; colonel le 22 septembre 1812, chef d’état-major de la 1ère division, 1er corps d’armée, le 1er novembre 1812. Il est nommé en 1813 adjudant commandant et baron.  Au moment de sa mort, Parguez était maréchal de cap honoraire. Il avait épousé en 1811 Jeanne Girault, fille d’un ancien avocat au Parlement et ancien secrétaire de la Chancellerie. 

Moscou, le 30 septembre 1812. 

Ma chère Julie, j’étais en route pour me rendre d’ici à Mojaïsk le 27 de ce mois, quand j’ai reçu par une ordonnance que nous envoyait Cubières [le fameux général de Cubières (1786-1853), alors capitaine aide de camp du général Morand. Il sera mêlé à un important scandale sous la Monarchie de Juillet] à une tes missives et celles de François.  A 13 lieues de Moscou, nous avons été attaqués par les Cosaques et nous avons été obligés de nous joindre à un grand convoi qui marchait à peu de distance et de nous mettre sous la protection de son escorte. Nous sommes restés plus longtemps en route que nous ne croyions de façon que la pétition pour Françoise a été retardée, mais elle est faite et sera présentée à S.M. par M. le Secrétaire d’Etat, le comte Daru, lorsqu l’Empereur s’occupera de çà ; il a d’autres affaires à penser.  J’y ai fait mettre un mot par le prince d’Eckmühl a promis  qu’il en parlerait à S.M. Si tout cela ne réussit pas, je ne saurais plus comment il faut s’y prendre pour faire donner à M. Fonfoix la première place de receveur des contributions vacante à Paris.

Dis-lui tout cela si ma lettre t’arrive, car les cosaques pourraient bien s’en torcher le… 

En écrivant ici, j’ai reçu ton poulet du 5. Tu crois donc que j’ai l’estafette à ma disposition et que je peux t’écrire tous les jours. Tu as annoncé 5 ou 6 billets de moi, ce mois-ci. Je ne les ai pas comptés ni numérotés. Tu en as eu après toutes les affaires et les batailles. Je t’ai dit tout ce qui m’était arrivé. Le général dans ses lettres donne de mes nouvelles.  Mme Morand a la complaisance de t’en faire part, et c’est, je crois, assez pour que la prise de Smolensk, la prise de Moscou et toutes les prises ne t’inquiètent pas plus que celles que je prendrais, si j’avais du tabac dans ma tabatière. C’est une bien vilaine chose qu’une grande ville brûlée. Figure-toi Paris brûlé, toutes les maisons sans toits, sans portes ni fenêtres, remplis de débris fumants, quelques maisons conservées et vous paraissant intactes, comme [l’île de] la Cité et l’île Saint-Louis ; tu verras Moscou en grand deuil ; au surplus ce qu’en dit un journal du mois d’août est assez exact. Je trouve seulement que les palais et l’architecture étaient mieux qu’il ne le dit, à en juger par ce qui reste. En général toutes ces grosses maisons étaient couvertes en fer et bâties ne briques et très bien construites.

Peu de maisons ont deux étages, c’est pourquoi la ville est si longue. 

A suivre… 

 

 

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( 7 décembre, 2019 )

Trois lettres du chef de bataillon Othenin sur la campagne de Russie…

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Voici trois lettres relatives de la campagne de Russie que le chef de bataillon Othenin du 33e régiment d’infanterie écrivit à son frère. Elles sont issues de l’ouvrage intitulé « Le major Othenin et Compiègne en 1814. Études d’histoire militaire d’après des documents entièrement inédits » par Edmond Caillette de L’Hervilliers (A Paris, chez l’Auteur, 1866). 

Au bivouac, à trente-six lieues de Moscou, le 2 septembre 1812 (à Ghjat).
 

Mon frère, 

Je vous écris à la hâte, parce que depuis trois mois nous marchons ; notre régiment n’a encore paru à l’ennemi que devant Smolensk, dix-huit hommes de mon bataillon ont été mis hors de combat, dont trois morts. Nous nous attendons d’un jour à l’autre à une bataille générale que nous gagnerons. Tous les soldats la désirent. Vous apprendrez sans doute avec plaisir que j’ai été fait chevalier de l’Empire (Légion-d’Honneur) le 18 juin dernier l’Empereur m’a fait ce don sur ma bonne vieille mine (1) [...] Je vous écrirai de Moscou avant quinze jours, … 

(1) En effet Othenin a été décoré par l’Empereur le 18 juin 1812 lors d’une revue du 2e corps à Gumbinen en Prusse, juste avant le début de la campagne de Russie.

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Le 1er octobre 1812. 

Mon frère, Le trois ou quatre du mois dernier, je vous ai écrit que nous devions incessamment gagner une bataille, cela a eu lieu comme je l’avais prévu, et c’est le 7 septembre qu’elle fut gagnée. Je vous aurais bien écrit plus tôt, mais la blessure que j’ai reçue m’en a empêché. Voici ce qui m’est arrivé à cette bataille : A dix heures du matin , après avoir pris deux redoutes, notre régiment se trouva au centre de la ligne ennemie, formant une pointe par bataillon carré et par échelon. Ainsi disposés nous fîmes feu de toutes parts ; enfin, après avoir reçu trois balles dans mes habits, je reçus un biscaïen au côté gauche, qui ne laissa qu’une faible marque; au même moment je fus atteint par une balle qui me frappa derrière l’oreille droite et fit jaillir quelques gouttes de sang. Jusque là tout allait bien; mais, vers trois heures après midi, je fus enfin frappé par une balle à la hanche droite ; il me fallut alors quitter le champ de bataille; il résulte de cette blessure que je marche avec des béquilles ; la plaie va bien, mais la balle n’est pas sortie; l’on me fait espérer que cela ne m’empêchera pas de marcher, c’est ce que je désire.  

[Après avoir consacré une demi-page au neveu dont il a été précédemment question, il poursuit:]

Il y a loin d’ici à Beauzée, c’est pourquoi il faut écrire fin et bien serré lorsque vous me répondrez ; dites-moi du nouveau, car je ne me souviens presque plus de Beauzée, je crois que je ne retrouverai plus le chemin lorsque j’y retournerai. Donnez-moi des nouvelles de toute la famille en général, grands et petits, de tous nos amis, [suivent les noms. Il parle ensuite d’un ami André, qu’il a revu après dix-sept années de séparation, quelques instants avant la batailleJe commence à me faire vieux, mon frère, et pense plus que jamais à la retraite; me voilà dans ma quarante-troisième année d’âge et ma vingt-deuxième de service. Je sens que je n’ai plus le sang si chaud qu’à vingt-cinq ans. Avant de me déterminer définitivement au retour dans mes pénates, il faut que je sache si je pourrai loger convenablement chez vous, vous savez qu’un officier supérieur doit garder un certain décorum. Plus tard nous parlerons de cela, car à la guerre il n’est question que de brevet de mort subite et non de brevet de retraite.Jusqu’au revoir, mon frère, je vous embrasse ainsi que [etc., etc.] : ils ont part à tous les vœux que je forme au Très-Haut, pour la conservation et la prospérité de toute la famille 

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Stettin, le 24 janvier 1813.

Mon frère, 

Je ne sais si vous avez reçu mes deux dernières lettres, la première était des premiers jours de septembre, dans laquelle je vous annonçais que la bataille devait se donner incessamment. La seconde était de Mosaïque [Moskowa], écrite vers le 15 ou 20 septembre, dans laquelle je vous annonçais que j’avais été blessé. Dans l’incertitude où je suis si vous avez reçu cette dernière ou non, je vous apprends que j’ai été blessé le 7 septembre à la bataille de Mosaïque par une balle de fusil qui m’est entrée dans la hanche droite, où elle est encore, ce qui me rend boiteux et me prive de l’usage de la jambe droite. Je ne marche qu’avec des béquilles. Mon domestique est obligé de me mettre et de m’ôter mes pantalons et mes bas. Afin que vous n’ignoriez rien de ce qui m’est arrivé depuis le 7 septembre, je vais vous faire un récit qui vous mettra à même de juger de ma situation actuelle. Le 5 septembre, la diarrhée me prit, maladie incommode et qui affaiblit singulièrement; après avoir été blessé, je suis resté sept jours, dans une mauvaise cassine, dans les environs du champ de bataille,après quoi, moi, ainsi que plusieurs officiers du régiment, nous avons été transportés dans la ville de Mosaïque |Mojaïsk], où je suis resté jusqu’au 26 septembre, jour de mon départ pour Moscou. Je suis arrivé dans cette dernière ville le 30 septembre ; il y a vingt-deux lieues de Mosaïque à Moscou, et j’y suis resté jusqu’au 10 octobre, jour que l’Empereur fixa pour une grande évacuation sous l’escorte de douze cents hommes d’infanterie. Cette évacuation consistait en plus de vingt-cinq généraux, cinquante colonels, soixante-dix chefs de bataillon et cent cinquante officiers. De notre régiment étaient le colonel, le major, deux chefs de bataillon, moi compris, et quatre capitaines. J’ai donc voyagé depuis Moscou jusqu’à Wilna, deux cents lieues, avec la diarrhée, qui, à quatre reprises, est dégénérée en dysenterie, et loin d’avoir des moyens pour me guérir, on n’en avait même pas pour me soulager. Lorsque je suis arrivé à Wilna, le 12 novembre, on était obligé de me porter lorsque je voulais changer de place, j’avais absolument perdu toutes mes forces. Dans les premiers jours de mon arrivée à Wilna, où je suis resté dix-huit jours, j’ai heureusement découvert un chirurgien de ma connaissance, qui, au bout de huit jours, m’a débarrassé de la mauvaise maladie qui me poursuivait depuis près de trois mois, le bon vin de Bordeaux à 12 fr. la bouteille a eu beaucoup de part à ma guérison.  Un peu remis de mes fatigues et après dix-huit jours de repos, je suis parti de Wilna le 1er décembre, par un froid de chien, et suis arrivé le 16 à Koenigsberg. Le lendemain 17, la fièvre me prit et ne me quitta que le 29. Comme les Russes s’avançaient, il fallut penser à décamper, ce que je fis le 2 janvier, et fis très-bien, car le 4 l’ennemi prit possession de la ville. Comme il y avait un peu de désordre au moment de mon départ, je ne pus pas obtenir de moyen de transport, il me fallut payer cent cinquante francs pour me conduire à Elbing; la distance est de quarante lieues ; mais que faire ? Il fallait payer quarante thalers ou être fait captif.

D’Elbing à Stettin, il m’en a fallu payer à peu près autant. Il parait que ce n’est pas fini, car il y a deux jours que je devais partir pour Berlin ; je ne l’ai pu faute de chevaux. Il m’en est accordé deux sur ma feuille de route, mais les Commissaires des guerres ne se conforment pas toujours aux ordres. J’ai une petite chaise à moi dans laquelle je voyage très-commodément; il y a place pour mon petit et fidèle domestique. Je ne vous parle pas de mes chevaux… Un petit porte-manteau qui renfermait six chemises et quelques mouchoirs est ce qui me reste; toute ma bijouterie et tout le reste est perdu. Je suis en route pour Mayence, où je dois attendre la saison ces eaux. J’espère qu’elles me feront du bien. Au retour de ce traitement, c’est-à- dire au mois de septembre, je reviendrai à Mayence pour y demander ma retraite. Ainsi, l’hiver prochain je serai à Beauzée. Maintenant ma santé n’est pas très-bonne, je suis extrêmement maigre et je fais des sueurs horribles toutes les nuits. Cependant je bois quotidiennement ma bouteille de vin : depuis Dantzig je ne la paye que 3 fr.70c, un thaler ; il n’est pas toujours bon, mais il faut en boire, autrement plus de Cavalier.Je n’ai pas du tout souffert du froid, une bonne pelisse m’en garantit, lorsque je serai arrivé à Mayence je vous écrirai de nouveau; vous pouvez en attendant m’écrire et m’y adresser votre lettre. Que faites-vous, ainsi que votre épouse et vos enfants ? Dites-moi cela dans votre lettre.En attendant le bonheur de vous revoir tous, croyez-moi pour toujours votre frère. 

OTHENIN , Chef du 4ème bataillon du 33ème régiment de ligne. 

 

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( 5 décembre, 2019 )

Le général Sébastiani (devenu maréchal de France en 1840).

Sebastiani devint maréchal de France en 1840

François-Horace-Bastien Sébastiani,  comte et maréchal de France est né le 10 novembre 1772 à La Porta d’Ampugnani, et son oncle qui l’élève le destine à une carrière religieuse. Davantage attiré par le métier des armes, il s’engage comme sous-lieutenant dans le régiment de Vintimille en août 1789. Il peut être considéré comme l’un des plus « beaux soldats » qui ont servi l’Empereur : courageux, sérieux, énergique, froid et décidé. Intègre et loyal, il était considéré par ses pairs comme un « brave ». Napoléon, malgré une courte période de défiance, le tenait en grande estime. Il est inhumé aux Invalides et a son nom inscrit sur l’Arc de triomphe de l’Étoile. Il a participé a toutes les grandes batailles de la Révolution, du Consulat et de l’Empire : Arcole (1796), Marengo, Austerlitz (où il est grièvement blessé en 1803), guerre d’Espagne (1809/1811), campagne de Russie (1812), campagne de 1813/1814 (Leipzig, Hanau, etc.). Lors du 18-Brumaire, il seconde activement Bonaparte avec son régiment de dragons en chassant les députés de Saint-Cloud. Des missions diplomatiques lui sont confiées : en 1802 à Constantinople, il gagne l’amitié du sultan Selim III, puis en 1806 où comme ambassadeur il dirige la défense de la ville contre les Anglais qu’il force à repasser les Dardanelles (1807). Après Waterloo, il est l’un des commissaires désignés pour traiter la paix avec les alliés, mais ne peut rien obtenir en faveur de Napoléon. Mis en demi-solde par les Bourbons, il s’exile en Angleterre jusqu’en 1816. En 1819, il est élu député de la Corse et siège à l’extrême gauche, puis député de l’Aisne en 1826. Ambassadeur à Naples (1834), il est à nouveau député de la Corse en 1835, puis Ambassadeur à Londres (1835/1840). Sous la Monarchie de Juillet, il est nommé, dans un premier temps, Ministre de la Marine (1830) puis Ministre des Affaires Étrangères (1830/1832). Sa fidélité absolue à la politique de paix en Europe, voulue par Louis-Philippe, suscite une vive émotion à la Chambre le 16 septembre 1831, quand il annonce que la Russie vient d’écraser l’insurrection polonaise et ajoute que « la tranquillité régnait à Varsovie ». Cette phrase indigne les libéraux, partisans de l’insurrection et devient proverbiale sous la forme «  l’ordre règne à Varsovie.  » En octobre 1840, il est élevé à la dignité de maréchal de France. Les dernières années de sa vie sont accablées par la mort tragique de sa fille, la duchesse de Choiseul-Praslin, assassinée par son mari en 1847. Il décède à Paris le 20 juillet 1851. Au-delà du comportement traditionnel de la classe des notables dans l’île, le monopole politique détenus par quelques familles clanistes est favorisé par un système électoral censitaire qui, en accordant le droit de vote aux seuls propriétaires, autorise les abus, renforce le clan et laisse peu d’espaces d’expression, politique ou sociale, aux autres composantes de la société. Les représentants du pouvoir central, et au premier rang les préfets, apparaissent davantage aux yeux de la société préoccupés par les résultats électoraux que par les difficultés quotidiennes des insulaires. C’est dans ce contexte que se développe une forte criminalité.

La littérature romantique s’est emparée du mythe du « bandit d’honneur ». La réalité est beaucoup plus cruelle et parfois plus sordide. Entre 1818 et 1852, quatre mille six cent quarante-six meurtres sont commis dans l’île, soit une moyenne annuelle de cent trente. Réfugiés dans les montagnes, les bandits assassinent en quasi toute impunité, terrorisent et rançonnent les populations et parfois même les villes. Si la vendetta a sa part dans cette explosion de violence individuelle, nombreux sont ceux qui trouvent dans le banditisme « un moyen facile de pourvoir à leurs besoins » (X. Versini ’ Un siècle de banditisme en Corse, les Editions de Paris). Les populations locales, en dépit de quelques sympathies, subissent ce tribut criminel et ne se trompent guère sur les ressorts qui animent ces hommes en les nommant : «  I Parcitori  » (les percepteurs). La position de bandit est même une source d’influence dans la société insulaire où la justice a toujours été considérée comme inefficace ou insuffisante. La création en 1822 d’un corps de voltigeurs, composé uniquement d’insulaires, obtient quelques succès. Il se livre aussi à des excès ou exerce mollement sa mission contre parents et amis ce qui conduit à sa dissolution en 1850. Le banditisme est le révélateur des tensions sociales et d’une certaine forme de rejet de l’État. Quelques progrès timides sont enregistrés dans le domaine des transports : les premiers bateaux à vapeur sont mis en service entre la Corse et le continent en 1830. Les voies de communication internes sont améliorées à partir de 1836. L’industrie ne connaît guère de succès et l’artisanat reste traditionnel. La Corse enregistre cependant un « boom démographique » (F. Pomponi : Histoire de la Corse, Hachette) qui double sa population entre 1827 et 1870. Cet essor entraîne l’extension des surfaces cultivées, en particulier en céréales, et un accroissement corrélatif de la production. L’arboriculture progresse : le vignoble double sa surface, la châtaigneraie est mieux exploitée et la mise en valeur de l’oliveraie permet une activité exportatrice rémunératrice. Ces exigences économiques nouvelles modifient l’utilisation gratuite et la répartition des biens communaux. Le principe du recours à l’usage des biens communaux par adjudication, pour le pacage et pour l’ensemencement, est encouragé et rendu obligatoire par l’administration.

Il nourrit un mécontentement généralisé de la part des utilisateurs traditionnels et constitue pour le clan une arme efficace contre ses adversaires. Enfin ce système favorisa l’appropriation privée d’une partie terres communes et provoqua des tensions. La vaine pâture fut aussi strictement réglementée en 1825 et, en accentuant les clivages entre les éleveurs, constitua un facteur supplémentaire de tensions. Des années de sécheresse et de mauvaises récoltes vers le milieu du siècle coïncident avec les premiers troubles de la Révolution de 1848 qui sont marqués, en Corse, par des violences agraires avec parfois le concours actifs de « bandits d’honneur ». Dans l’île, l’annonce de la chute de Louis-Philippe est accueillie avec un enthousiasme certain. Les Corses pensent enfin tenir leur revanche en soutenant massivement la candidature de Louis Napoléon à la présidence de la République en décembre 1848.

Philibert DUMAS

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( 30 novembre, 2019 )

L’incendie de Smolensk…

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Stendhal a dit que l’incendie de Smolensk était un beau spectacle, si beau, si rare qu’à 7 heures du soir, et bien qu’il n’eut rien pris depuis 10 heures du matin, malgré la crainte de manquer le dîner, malgré les obus que les russes lançaient à travers les flammes, il alla « tout à fait au bord » et rentra dans son quartier trois heures après.

Encore fut-ce pour le trouver en feu ; les maisons voisines de la sienne étaient embrasées. Pour la préserver, on fit percer le toit en cinq ou six endroits et on y plaça, comme dans les chaires à prêcher, cinq à six grenadiers de la Garde qui battirent à grands coups de gaule les étincelles et les firent tomber. Cet incendie de Smolensk fit une vive impression sur la Grande-Armée. Ségur le décrit ainsi : « Lobau fit jeter des obus dans la ville. On vit alors s’élever de plusieurs points d’épaisses et noires colonnes de fumées, des lueurs incertaines, puis des étincelles. Enfin, de longues gerbes de feu jaillirent de toutes parts. C’étaient comme un grand nombre d’embrasements. Bientôt, ils se réunirent et ne formèrent plus qu’une vaste flamme qui s’élevait en tourbillonnant, couvrait Smolensk et la dévorait toute entière avec un sinistre bruissement ! » Bourgoing reconnaît que de tous les lieux qu’il vit en 1812, l’antique forteresse de Smolensk est peut-être celui qui resta le plus profondément empreint dans son souvenir à cause de la sublime horreur de l’incendie : « Ce vaste incendie avait produit un nuage si colossal qu’il avait la dimension de ces nuées d’orage qui envahissent près d’un tiers de la voûte céleste. En avant de ces jets de feu et de ces tourbillons de fumée se dessinaient les hautes murailles de la ville russe. D’immenses et sombres créneaux de brique rouge en festonnaient toute l’enceinte, et les plus lettrés de mes camarades comparaient cette vieille ville forte dévorée par les flammes à la ville de Troie, telle que se la représentaient leurs classiques souvenirs. »  Comme Bourgoing, le général van Dedem dépeint l’incendie de Smolensk en termes saisissants et, comme Bourgoing, il se rappelle l’Eneide. L’incendie de Moscou, dit-il, est la plus belle horreur qu’il ait vue, un spectacle unique, majestueux, imposant, et le 16 septembre, lorsque l’Empereur se réfugiait à Petrovski, durant toute la nuit, il contempla ce spectacle : « A plus de deux lieues, la lueur des flammes éclairait la route, et, en approchant, comme le vent était très violent, on les voyait ondoyer de m^me qu’une mer en fureur. » Mais l’incendie de Smolensk a peut-être frappé plus vivement le général hollandais : il lui sembla grandiose : « Le feu, à Moscou beaucoup plus étendu, avait quelque chose de moins poétique ; mais les murs élevés de Smolensk, les vastes tours au-dessus desquelles les flammes jaillissaient avec force, me représentèrent Ilion dans la fatale nuit que Virgile nous a décrit avec tant de beauté. » 

Arthur CHUQUET 

 

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( 27 novembre, 2019 )

Officiers d’ordonnance de l’Empereur…

officiers ordonnance

« 6677. — Paris, 22 avril 1815.

Sont nommés nos officiers d’ordonnances : les sieurs.

Lariboisière, capitaine d’artillerie (1).

Saint-Jacques, capitaine d’artillerie (2)

Planat, capitaine aide-de-camp (3)

Amillet, capitaine du génie (4)

Lannoy, capitaine au 7ème  de ligne (5)

Résigny, capitaine aide-de-camp (6).

NAPOLEON. »

———–

1. Honoré-Charles Lariboisière, promu capitaine d’artillerie après la Moskowa, chambellan de l’Empereur (6 avril 1813), quitte le service après les Cent Jours avec le grade de chef de bataillon, mais devient pair de France en 1835 et sénateur en 1852. Il avait épousé Melle Elisa Roy qui laissa à la ville de Paris une somme de 2.600.000 francs pour améliorer l’hospice du Nord lequel reçut le nom d’hôpital Lariboisière.

2.François-Louis Saint-Jacques, né à Sedan le 3 février 1784. Elève à l’Ecole polytechnique, puis à l’Ecole d’application (21 février 1804), second lieutenant au l 1′ régiment d’artillerie (9 mars 1806), premier lieutenant au même régiment (24 décembre 1807). aide-de-camp de Sénarmont (12 septembre 1808).

3. Louis-Nicolas Planas, né à Paris le 3 mai 1784, soldat en 1806. Sous-lieutenant du train d’artillerie en 1800, lieutenant en 1812, capitaine en 1813, aide-de-camp de Lariboisière. puis de Drouot, puis d’Evain, rayé du contrôle de l’armée en 1816, admis au traitement de réforme en 1828, confirmé chef d’escadron eu 1831, et mis en solde de congé, puis (1834) en non activité, puis (1851) à la retraite.

4. Amillet, fils d’un médecin de Poitiers, capitaine en janvier 1810, envoyé à l’armée d’Espagne et attaché à l’état-major du général Lery, employé à Rochefort et à l’île d’Oléron, â Anvers, à Poitiers, puis, après Waterloo, à la commission du Gouvernement provisoire, mis en non activité (5 août 1816), remis en activité (17 janvier 1817), mis en congé avec demi-solde (19 octobre 1818). Admis au traitement de réforme (19 mai 1825), chef de bataillon et commandant du corps des sapeurs-pompiers de Paris (30 août 1830).

5. Lannoy ou mieux Delannoy  (Henri), capitaine au 7ème  régiment de ligne, était aide-de-camp du maréchal de camp Labédoyère qui, le 28 mars, avait dit de lui : « ses talents, son zèle, son dévouement à la personne de S. M. et le vif intérêt que je lui porte sont les motifs qui me le font attacher à ma personne ».

6. Marie-Jules-Louis d’Y de Résigny, né en 1788, élève à l’Ecole de Fontainebleau en 1805, sous-lieutenant au 7ème  chasseurs à cheval (1806), lieutenant (1811), capitaine et aide-de-camp du duc de Plaisance (1813), considéré comme démissionnaire (23 juin 1815), chargé de la formation d’un régiment de hussards (2 août 1830), chef d’état-major du général Colbert (5 août 1830), lieutenant-colonel du 6ème  hussards (21 août 1830), colonel du 1er  dragons (24 janvier 1832). Maréchal de camp (18 décembre 1841), retraité (11 octobre 1850).

(Notes d’A. Chuquet).

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, p.549).

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