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( 13 février, 2019 )

L’année 1814…

Steuben 1810.

1814.

Napoléon est rentré en France en novembre 1813 à la fin de la campagne d’Allemagne. Mais les forces coalisées, décidées d’en finir avec l’Empereur, approchent des frontières. La France est menacée. Voici une chronologie des principaux événements…

23 janvier. La Régence est confiée à l’impératrice Marie-Louise.

25 janvier. Napoléon quitte Paris. La veille, il a nommé son frère Joseph, lieutenant-général de l’Empire, puis embrassé sa femme et son fils. Il ne les reverra jamais…

27 janvier. Bataille de Saint-Dizier.

29 janvier. Bataille de Brienne.

31 janvier. Combat de Montier-en-Der.

1er février. Bataille de La Rothière.

2 février. Combat de Lesmont.

4 février. Ouverture du Congrès de Châtillon.

10 février. Bataille de Champaubert.

11 février. Batailles de Montmirail et de Nogent-sur-Seine.

12 février. Combat de Château-Thierry.

14 février. Bataille de Vauchamps.

17 février. Combat de Mormant.

18 février. Bataille de Montereau.

22 février. Combat de Méry-sur-Seine.

26 février. Combat de Bar-sur-Aube.

27 février. Bataille d’Orthez opposant le maréchal Soult à Wellington.

1er  mars. Traité de Chaumont. L’Angleterre, la Prusse, la Russie et l’Autriche signent entre elles un pacte afin de poursuivre leur lutte commune contre la France pendant vingt ans.

3 mars. Bataille de Soissons. Combat de Laubressel.

5 mars. Combat de Berry-au-Bac.

7 mars. Bataille de Craonne.

9 et 10 mars. Bataille de Laon.

12 mars. Bordeaux tombe aux mains des Anglais avec la complicité de J.-B. Lynch, maire de la ville et royaliste.

13 mars. Bataille de Reims.

17 mars. Fin du Congrès de Châtillon.

20 mars. Bataille de Limonest,  au nord-ouest de Lyon.

20 et 21 mars. Bataille d’Arcis-sur-Aube.

21 mars. Lyon est occupée par les Autrichiens.

25 mars.  Bataille de Fère-Champenoise.

26 mars. Bataille de Saint-Dizier.

27 mars. Combat de Claye-Souilly.

29 mars. L’impératrice Marie-Louise et son fils quittent Paris pour Blois.

30 mars. Joseph quitte la capitale Bataille de Paris.

31 mars. Capitulation de la ville. Entrée des Alliés.

1er avril. Le Sénat désigne un gouvernement provisoire.

3 avril. Cette assemblée prononce la déchéance de Napoléon.

6 avril. L’Empereur abdique.

10 avril. Le maréchal Soult affronte Wellington à Toulouse.

11 avril. Traité de Fontainebleau.

20 avril. Dans la cour du château de Fontainebleau, Napoléon fait ses adieux à sa Garde et prend la direction de l’île d’Elbe, son lieu d’exil.

24 avril. Louis XVIII débarque à Calais, venant d’Hartwell (Angleterre) et prend la route de Paris.

3 mai. Entrée de Louis XVIII à Paris.

4 mai. Napoléon débarque à Portoferraio, capitale de l’île d’Elbe.

30 mai. Traité de Paris entre la France et les puissances alliées. La France est ramenée à ses limites de 1792, avec quelques enclaves (Comtat Venaissin, Principauté de Montbéliard…)

4 juin. Adoption par Louis XVIII de la Charte Constitutionnelle.

1er novembre. Ouverture du Congrès de Vienne.

 

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( 4 février, 2019 )

Napoléon vu par le colonel Campbell (février 1815).

Campbell

 « … ce qui nous paraît le plus curieux, à la date du mois de février [1815], c’est que le commissaire de la Grande- Bretagne [le colonel Neil Campbell], à peine revenu de sa dernière excursion à Gênes, songe à s’absenter de nouveau après avoir constaté lui-même en ces termes le nouvel aspect que lui offre la capitale de l’île d’Elbe : « Il n’est guère possible de donner une idée de Porto-Ferrajo, qui est comme une grande caserne, étant occupée par des militaires, des gendarmes, des agents de police, des employés de la cour, des aventuriers, tous dans la dépendance de Napoléon et attachés à lui par des places d’honneur ou des emplois salariés. Le port est constamment rempli de navires de toutes les parties de l’Italie, apportant des provisions pour cet accroissement de population, car l’île ne produit que du vin. Des navires de toutes les nations jettent fréquemment l’ancre ici, les uns amenés  par des motifs de curiosité, les autres par des motifs de spéculation, ou retenus par les vents contraires. » Au milieu de cette vie active, dont Napoléon était le promoteur, sir Neil Campbell le voyait seul préoccupé de sa sécurité menacée, en même temps que de l’insuffisance de ses ressources : « Depuis quelque temps Napoléon a suspendu les travaux de la construction des routes et d’embellissement de sa résidence de campagne : c’est, je présume, à cause de la dépense. Il a rassemblé la municipalité de Porto-Ferrajo pour délibérer sur la vente de l’hôtel de ville, et en même temps il a logé deux détachements de sa Garde dans les ouvrages avancés qui ont été établis pour retarder l’approche des fortifications de la ville en cas de siège. «Dans l’entrevue que j’ai eue avec Napoléon à mon retour de Gênes, il m’a parlé de l’arrestation de plusieurs officiers à Milan, qu’on suppose les complices d’une conspiration en faveur de Murât. Il m’a répété plusieurs fois : « On ne trouvera rien contre moi. Au moins on « ne trouvera pas que je sois compromis du tout. » « Ces expressions et tout l’ensemble de sa conversation sur ce sujet témoignent évidemment d’une grande anxiété. «Il m’a parlé aussi cette lois des bruits qui ont couru sur sa déportation à Sainte-Hélène ou à Sainte- Lucie, d’une manière à me prouver qu’il y croit, et en disant : «Je ne consentirai jamais à me laisser enlever de  l’île d’Elbe; je résisterai par la force. Avant cela, il « faudra faire une brèche dans mes fortifications. » Autre sujet de réflexions graves pour un surveillant : « Dans le canal de Piombino, qui a de 4 à 5 milles de largeur entre la pointe nord-est de l’île d’Elbe et la côte la plus voisine d’Italie, se dresse un petit rocher appelé Palmaiola, situé à 1 mille environ de l’île d’Elbe et à un peu plus de 3 milles de Piombino. A son sommet est une surface de quelques mètres carrés sur laquelle, pendant la dernière guerre, les Français avaient placé deux canons et un obusier pour taquiner les vaisseaux anglais. Napoléon a voulu s’emparer de ce roc comme étant un appendice de l’île d’Elbe, aussi bien que Pianosa : il y a envoyé récemment un poste de soldats. Ce ne peut être que pour un de ces deux motifs : ou arrêter les déserteurs qui pourraient y aborder, ou entretenir des communications secrètes, soit personnellement, soit par intermédiaires, avec quiconque viendrait d’Italie. J’ai mentionné cette circonstance au général Bertrand en lui disant que l’observation en a été faite en Italie. Il a traité la chose légèrement et ne m’a pas donné la moindre explication. « Sans attacher trop d’importance à ce rocher ou aux faits ci-dessus, il est à remarquer qu’il est une autre île sans habitants, appelée Monte-Cristo, au sud de l’île d’Elbe et à un peu plus de 2 milles de Pianosa, où Napoléon peut s’établir aussi par caprice ou pour favoriser ses projets ; puis d’autres îles encore à égales distances vers le sud des côtes de Rome et de Naples; de sorte que son absence de l’île d’Elbe serait moins aisément connue, quelque prétexte qu’il aurait de la quitter. Il a fait trois visites à Pianosa depuis son arrivée ici et avant l’hiver. »

(« Napoléon à l’île d’Elbe. Chronique des événements de 1814 et de 1815. D’après le Journal du colonel sir Neil Campbell., le Journal d’un détenu et autres inédits peu connus pour servir à l’histoire du Premier empire et de la restauration. Recueillis par Amédée Pichot », E.Dentu, Éditeur [et la] Revue Britannique, 1873, pp.208-211 ).

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Quelques mots à propos du colonel Campbell…

La postérité à conservé le nom du colonel Sir Neil Campbell (1776-1827),  par ses fonctions de commissaire anglais chargé de la surveillance de l’Empereur à l’île d’Elbe. Le 15 avril 1814, à Fontainebleau, il fait partie des commissaires étrangers présentés à l’Empereur.

La fuite de Napoléon de son exil elbois restera pour Campbell le drame de sa vie. Il est absent de son poste lors de cet événement historique : parti dès le 16 février 1815 à Livourne, pour un voyage diplomatique et galant (il allait retrouver sa maîtresse, une aristocrate italienne). Persuadé que Napoléon ne songe qu’à mener une existence tranquille, il ne pourra que constater à son retour à Portoferraio, l’envol de l’Aigle et entrer dans une colère noire : « Plus tard, j’ai appris qu’après le départ de la petite flotte [celle de Napoléon], la corvette anglaise qui avait à bord le colonel Campbell était venue à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Le colonel, ayant été informé de ce qui s’était passé, s’était transporté immédiatement chez les princesses [Madame Mère et Pauline], et, devant elles, il avait exhalé sa mauvaise humeur dans les termes les plus inconvenants, tant contre l’Empereur que contre Leurs Altesses. On a rapporté qu’ayant son mouchoir à la main, il l’avait déchiré avec les dents et que ce qui l’avait le plus exaspéré, c’était le calme avec lequel Madame Mère lui avait répondu. Il était au désespoir que son active surveillance lui eût été mise si fort en défaut », écrit le mameluck Ali dans ses « Souvenirs sur Napoléon 1er ».

Campbell, figure à demi-caché, sur le tableau des « Adieux de Fontainebleau » (par Horace Vernet) en uniforme rouge un bandeau noir lui enserrant la tête, levant son chapeau de la main droite. Il fut blessé accidentellement par deux cosaques, le prenant pour un officier français, le 25 mars 1814.  Le colonel Campbell apprit le 14 avril 1814 que Lord Castlereagh (secrétaire d’État britannique aux affaires étrangères) l’avait désigné pour accompagner Napoléon jusqu’à sa nouvelle résidence. Il accepta volontiers cette mission malgré l’avis du docteur Chricton qui soignait ses blessures. Il partit le 16 pour Fontainebleau avec M. Planta, le secrétaire du Ministre… ». Ajoutons que Campbell participa à la campagne d’Espagne (Fuentes de Onoro, Almeida, Ciudad-Rodrigo, Salamanque), à celle d’Allemagne de 1813 (Lützen, Bautzen, siège de Dantzig). En 1814, il est présent au début de la bataille de Brienne ; puis à Troyes, Méry-sur-Seine, Nogent-sur-Seine, Arcis-sur-Aube. Campbell capture à Fère-Champenoise le général Pacthod, cité plus haut.  Enfin, le colonel Campbell est présent à la bataille de Waterloo, mais pas en service. Il finira sa vie en tant que colonel du «Royal Africain », gouverneur et commandant en chef de la Sierra-Léone.

C.B.

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( 20 janvier, 2019 )

Un dragon dans la campagne de France… (3 et fin).

Claye 28mars1814

Dernière partie du témoignage Gougeat, dragon à cheval au 20ème régiment.

« Nous quittons le camp d’Essoyes pour retourner de l’Aube. Après avoir passé dans différents endroits déjà parcourus, nous nous trouvons de nouveau, du 15 au 18 mars, dans les environs de Nogent. Là, nous recevons  l’ordre de rétrograder sur Arcis. En remontant la Seine et l’Aube, nous partons aussitôt pour cette ville où la Garde impériale et plusieurs corps d’armée se réunissent évidemment en prévision d’une grande bataille.

Les armées russes, prussiennes et autrichiennes se concentrent dans la plaine devant Arcis, sur la route de Troyes. Les Russes ont incendié, il y a quelques jours, la petite ville de Méry.

Pendant que l’armée française défile pour aller prendre position dans la plaine, on nous fait rouler nos manteaux et prendre nos dispositions pour charger. Nous traversons la ville à notre tour, et la bataille s’engage.

Nos escadrons, trop eu nombreux, se heurtent, mais sans succès, contre la masse énorme de la cavalerie ennemie; ils sont ramenés jusqu’à Arcis. Nous allons nous reformer dans l’avenue du château, sur les bords de la rivière; d’autres corps débandés nous rejoignent. On repart; on se bat toute la journée. Finalement, nous couchons sur nos positions.

Le lendemain, nous quittons Arcis avec l’Empereur et la Garde et nous marchons sur la route de Vitry. Nous passons la nuit à Dampierre d’où nous entendons encore le canon d’Arcis. Nous allons franchir la Marne à Frignicourt, petit village situé à une demi-lieue de Vitry. Là, toute l’armée défile devant l’Empereur et le salue de ses acclamations ; assis à une petite table devant l’église, il est penché sur une carte étalée devant lui et ne fait pas un mouvement.

Le régiment est envoyé devant Vitry. Il va ensuite en reconnaissance dans les villages situés entre Vitry et Saint-Dizier. Plusieurs fois, nous passons et repassons à Larzicourt, mon pays natal, dont l’aspect est des plus mornes. Les rares habitants que nous rencontrons, et dont je me garde bien de me faire connaître, sont tristes et abattus; on voit qu’ils sont encore sous l’impression de la terrible scène du bombardement dont j’ai parlé. Jetant les yeux du côté de la maison de ma mère, je suis navré à la vue des meubles entassés pêle-mêle dans la rue…

Nous partons, le lendemain, par la route de Montiérender et nous arrivons au pied du village de Moelain, au-dessous et non loin de Saint-Dizier. Ce village est situé au sommet d’une petite côte de vignes au bas de laquelle coule la Marne. De l’autre côté de la rivière est le bourg d’Hoëricourt, avec une vaste plaine.

Il est 10 heures du matin, le temps est splendide, le soleil brille d’un vif éclat. L’armée russe évolue dans la plaine.

A la vue de l’ennemi, notre armée, guidée par des habitants du pays, traverse la Marne au gué d’Hoëricourt, en masse et dans un ordre parfait. Parvenue sur l’autre rive, elle est accueillie par la cavalerie russe dont elle reçoit le choc sans broncher, notre cavalerie la charge à son tour; une terrible mêlée s’engage pendant laquelle les escadrons ennemis sont ramenés plusieurs fois. Enfin, après deux heures de ce rude combat, l’Empereur lance sur les Ruses la cavalerie de sa Garde qui les sabre et les met dans une déroute complète. Ils se débandent et fuient au galop: une partie dans la direction de Vitry et le reste par la route de Bar-le-Duc.

Je ne pris pas part à l’action, mais je la vs se dérouler à mes pieds, du haut del a petite colline de Moelain, où je me trouvais avec l’officier-payeur de mon régiment. La traversée de la Marne par notre cavalerie, dont les chevaux ne nous paraissaient pas plus gros que des moutons au milieu de la rivière, et le choc des escadrons dans la plaine aux rayons d’un beau soleil qui faisait jaillir des milliers d’étincelles des armes et des casques, constituaient l’une des plus beaux spectacles qu’il m’ait été donné de contempler.

Passant, le soir, sur le champ de bataille, je reconnais, parmi les morts, plusieurs dragons de mon régiment et un officier du 19ème dragons. Je rencontre M. Lallemant, officier dans ma compagnie, blessé à l’épaule, et qui me prie de panser ma blessure. Tout près de la grande route se tiennent des cavaliers qui offrent, mais sans succès, de vendre à leurs officiers des chevaux qu’ils ont pris à l’ennemi.

Je rejoins ma compagnie au village de Longchamp où elle s’est arrêtée après avoir coopéré à la poursuite des Russes; nous y passons la nuit.

Nous restons plusieurs jours entre Vitry et Saint-Dizier, profondément attristés à la vue des ravages exercés par les armées étrangères dans cette contrée, jadis si florissante et maintenant si dévastée. Dans les villages peu de maisons sont intactes. Parmi celle qui sont encore debout, les unes ne sont plus soutenues que par leurs piliers ; d’autres n’ont plus de toitures; des murs son ou renversés ou ébréchés; les portes et les fenêtres sont béantes. A l’intérieur, il n’y a plus rien. Un silence de mort plane sur ces ruines ; les habitants se sont enfuis, avec leurs bestiaux, au fond des forêts voisines, afin d’échapper aux vexations et aux brutalités de l’ennemi.

Nous repassons la Marne, sous l’impression de ce triste spectacle, et nous nous dirigeons sur Vandoeuvre. De là, nous allons à Troyes, à Sens, puis à Fontainebleau.

En arrivant à Fontainebleau, un jour qu’il tombait un léger brouillard, mon régiment se range en bataille sur la grande route, tout près d’un château. Longtemps, nous restons là immobiles et silencieux. De temps en temps, de vagues rumeurs nous arrivent de la ville; des officiers passent et repassent au galop; les visages sont tristes. On sent, on devine de graves événements. Bientôt, nous apprenons la capitulation de Paris et l’abdication de l’Empereur. Soudain un bruit de cavalerie en marche se fait entendre du côté de Fontainebleau et nous voyons venir plusieurs voitures, escortées par un escadron de lanciers de la Garde. Au moment où elles passent devant nous, un bras sort de l’une d’elles et s’agite en signe d’adieu; on nous dit que c’est l’Empereur qui part et nous adresse ses adieux. L’émotion est grande, les cœurs sont oppressés, les yeux se mouillent… »

Fin.

(Témoignage publié la première fois en 1901 dans le « Carnet de la Sabretache »; réimprimé en 1997 par Teissèdre).

 

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( 10 janvier, 2019 )

Le colonel Neil Campbell…

Le colonel Neil Campbell... dans FIGURES D'EMPIRE portrait-campbell

La postérité à conservé le nom du colonel Neil Campbell (1776-1827),  par ses fonctions de commissaire anglais chargé de la surveillance de l’Empereur à l’île d’Elbe. Le 15 avril 1814, à Fontainebleau, il fait  partie des commissaires étrangers présentés à Napoléon : « J’éprouvai une étrange confusion lorsque l’aide de camp, après m’avoir annoncé, se retira en fermant la porte et que je me trouvais soudain [en] tête à tête avec l’homme extraordinaire dont le nom avait été, pendant des années, la pierre de touche de mes sentiments, soit  comme Anglais, soit comme militaire… » (Amédée Pichot, « Napoléon à l’île d’Elbe. Chronique des événements de 1814 et de 1815… »).

La fuite de Napoléon de son exil elbois restera pour Campbell le drame de sa vie. Il est absent de son poste lors de cet événement historique : parti quelques jours en Italie pour un voyage diplomatique (et galant). Persuadé que Napoléon ne songeait qu’a mener une existence tranquille, il ne pourra que constater à son retour à Portoferraio, l’envol de l’Aigle… Campbell, figure à demi-caché, sur le tableau des « Adieux de Fontainebleau » (par Horace Vernet) en uniforme rouge un bandeau noir lui enserrant la tête, levant son chapeau de la main droite.

Il fut blessé accidentellement par deux cosaques, le prenant pour un officier français, le 25 mars 1814.  Voici un passage contenu dans son « Journal » (édition d’A. Pichot) : « … La veille du 25 mars, une lettre interceptée de l’Empereur à l’Impératrice avait décidé le mouvement des armées alliées sur Paris, et plusieurs détachements français furent surpris d’être attaqués par leur avant-garde. Un de ces détachements (5.000 hommes d’infanterie et d’artillerie) escortait un grand convoi de munitions et de rations de pain venant de Paris sous les ordres du général Pacthaud [Pacthod]. Après une énergique résistance, ce détachement, accablé par le nombre, s’arrêta en manifestant l’intention de se rendre, ou du moins c’est ainsi que le colonel Campbell interpréta son mouvement d’ensemble. Mais les Russes l’interprétant tout autrement, le combat allait recommencer. Le colonel Campbell s’avança vers les premiers rangs Français et leur représenta que, s’ils continuaient leur feu, ils risquaient d’être tous massacrés, les Russes recevant des renforts formidables. Un cosaque, le voyant apostropher ainsi les Français comme s’il leur donnait des ordres, le prit pour un de leurs officiers, et fondant sur lui le renversa d’un coup de lance dont le fer pénétra dans la poitrine. Un autre survint et lui asséna un coup de sabre sur la tête, quoiqu’il criât «  Anglisky polkonick ! «  (« Colonel Anglais ! »). Un troisième cosaque allait achever le blessé, lorsqu’un officier russe vint le sauver, mais il ne fut relevé de terre que sanglant et évanoui dans les bras d’un sergent russe attaché particulièrement à sa personne et qui, malheureusement, avait été envoyé par lui à l’arrière-garde pour porter un message à un des généraux des armées Alliées. Les blessures du Colonel Campbell le retinrent àLa Fèreet il ne rentra à Paris que le 9 avril, neuf jours après la reddition de cette ville.

Le colonel Campbell apprit le 14 avril que Lord Castlereagh (secrétaire d’État britannique aux affaires étrangères) l’avait désigné pour accompagner Napoléon jusqu’à sa nouvelle résidence. Il accepta volontiers cette mission malgré l’avis du docteur Chricton qui soignait ses blessures. Il partit le 16 pour Fontainebleau avec M. Planta, le secrétaire du Ministre… ». Ajoutons que Campbell participa à la campagne d’Espagne (Fuentes de Onoro, Almeida, Ciudad-Rodrigo, Salamanque), à celle d’Allemagne de 1813 (Lützen, Bautzen, siège de Dantzig). En 1814, il est présent au début de la bataille de Brienne ; puis à Troyes, Méry-sur-Seine, Nogent-sur-Seine, Arcis-sur-Aube. Campbell capture à Fère-Champenoise le général Pacthod.  Enfin, le Colonel Campbell est à Waterloo, mais pas en service. Il finira sa vie en tant que colonel du «Royal Africain », gouverneur et commandant en chef de la Sierra-Léone.

Sources :

« Napoleon at Fontainebleau and Elba, being a Journal of occurrences in 1814-1815. With notes of conversations by the late Major-General Sir Neil Campbell…”, London, John Murray, Albemarle Street, 1869, 398 pages.

Il est à souhaiter qu’un jour le public francophone puisse lire dans la langue de Molière, l’intégralité de la toute première version parue en 1869 à Londres (chez John Murray), sous les auspices du neveu de l’auteur. A l’issue de cet ouvrage qui tient beaucoup d’une étude biographique, on trouve le « Journal » du colonel Campbell qui va du 9 avril 1814 au 1er avril 1815.

« Napoléon à l’île d’Elbe. Journal du Colonel Sir Neil Campbell. Complété par divers documents », in « Revue Britannique », 1870 (mai, juin, juillet et août).

Elle constitue la première édition en français ; mais fragmentaire, des souvenirs du colonel anglais, mise-en-ordre par Amédée Pichot, Rédacteur de la « Revue Britannique ». Ce même littérateur publiera en 1873 une version plus complète, mais toujours non intégrale, sous la forme d’un volume, et intitulé : « Napoléon à l’île d’Elbe. Chronique des événements de 1814 et de 1815. D’après le Journal du Colonel Sir Neil Campbell, le Journal d’un détenu et autres documents inédits peu connus pour servir à l’histoire du Premier Empire et de la Restauration. Recueilli par Amédée Pichot », Paris, E. Dentu, Éditeur-Revue Britannique, 1873.

C.B.

1814 dans FIGURES D'EMPIRE

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( 14 avril, 2018 )

Les derniers jours de l’Empereur à Fontainebleau…

Napoléon 1814

« 14 avril 1814. La signature donnée [celle au Traité de Fontainebleau] il dut différer son départ jusqu’à la ratification part toutes les puissances alliées de la convention.

15-18 avril 1814. Napoléon attend le retour de la convention, enfermé dans son petit appartement, lisant une documentation sur l’île d’Elbe et se promenant dans le parc avec Maret. Il ne reçoit personne, pas même Marie Walewska.

19 avril 1814. Il reçoit les commissaires des Alliés qui l’accompagneront à l’île d’Elbe. La convention signée lui est signifiée. » (Jean Tulard et Louis Garros, « Itinéraire de Napoléon au jour le jour, 1769-1821 », Tallandier, 1992, p.448).

Le 20 avril, après la mémorable scène des Adieux, à 11h30 dans la cour du Cheval Blanc, il fait ses adieux à la Garde, embrasse son drapeau. A l’issue de ce moment émouvant, il prend le chemin de l’exil…

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( 18 octobre, 2013 )

Au hasard de mes lectures…(1)


Au hasard de mes lectures...(1) dans TEMOIGNAGES au-hasard-de-mes-lectures.-2

Itinéraire d’un officier de la Grande-Armée…

Il y a près de vingt-cinq ans, fut publiée une biographie du général Pierre Decouz (1775-1814). Elle a été réalisée à partir d’extraits de sa correspondance familiale et militaire; cette dernière étant minoritaire. L’ouvrage fait revivre cette figure militaire de la Révolution et de l’Empire. Ce Savoyard, né à Annecy, servi au siège de Toulon, fut lieutenant dans les rangs de l’armée d’Italie. Plus tard, Decouz, devenu sous-chef d’état-major au 5ème corps de la Grande Armée, est présent à la bataille d’Austerlitz. Il se fera remarquer à Wagram. En 1813, il est nommé commandant du 1er régiment de chasseurs à pied de la Vieille Garde, puis général de division, avant de prendre la tête de la 51ème division d’infanterie. Il se bat encore à Dresde. Le 29 janvier 1814, le général Decouz, commandant la 2ème division de la Jeune Garde, est blessé par deux fois. Il mourra à Paris, le 18 février suivant. Possédant une forte personnalité, cet officier est attachant par cette correspondance dans laquelle il fait preuve d’une extrême tendresse à l’endroit de sa famille. Son nom méritait bien de figurer en bonne place sur l’un des côtés de l’arc-de-Triomphe, à Paris.

« Pierre Decouz par lui-même. Soldat de la Révolution et général d’Empire. Lettres inédites présentées et annotées par Maurice Messiez. Préface de Jean Tulard. Avant-propos d’André Palluel-Guillard », Curandéra, 1989, 205 pages.

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Sur ce personnage, qui repose au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, lire cette page : http://napoleon-monuments.eu/ACMN/Decouz.htm

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Un témoignage inédit sur l’île d’Elbe.

Je viens d’achever la lecture des Souvenirs du capitaine Raoul (1788-1850) sur le séjour de Napoléon à l’île d’Elbe. Cet officier, à son arrivée sur l’île fut nommé directeur du génie militaire par Napoléon. L’Empereur n’eut pas à s’en plaindre. Pons de l’Hérault, dans ses « Souvenirs » dresse un portrait plutôt positif de Raoul. En revanche, le témoignage du capitaine, resté inédit, est d’un intérêt limité. Les encadrés et notes élaborés pour cette édition comportent des erreurs : Napoléon s’embarquant à Fréjus pour l’île d’Elbe alors que c’est depuis Saint-Raphaël; les adieux de Fontainebleau ont lieu le 21 avril 1814… Celles concernant les noms cités et commises par Raoul ne sont pas rectifiées… Autre chose curieuse, pourquoi dans sa préface, la publicatrice, accable Napoléon par les termes d’égoïste, d’autoritaire, de mégalomane et… d’inhumain ? Autant de qualificatifs que montrerait, à l’en croire, ce récit. Ce qui n’est pas le cas.

Ni dans les témoignages Pons, ou dans celui de Peyrusse, pour ne citer que les plus connus; ni dans ceux du sellier Vincent, de l’adjudant Pierre Labadie, ou bien encore du lieutenant du génie Larabit, il ne ressort une quelconque impression de ce type.

« Souvenirs d’un officier de Napoléon à l’île d’Elbe. Le capitaine Raoul », Editions Soteca, [septembre] 2013, 76 pages.

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