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( 31 mars, 2020 )

Le retour de Napoléon raconté par un témoin lyonnais…

Ce témoignage qui fut publié dans le Carnet de la Sabretache, en 1923, est celui d’un royaliste. Malgré les inexactitudes qu’il recèle, l’atmosphère des jours qui précédèrent et qui suivirent le retour de l’Empereur y est bien retranscrite.

C.B.

Il semble qu’il ne reste plus rien à dire sur le Retour de l’île d’Elbe. Cependant, le récit qui va suivre nous a paru intéressant, non seulement parce qu’il nous donne les impressions d’un témoin de ce prodigieux événement, mais parce qu’il contient des détails inédits. Son auteur, le baron Balthazard Hubert de Saint-Didier, qui se livrait à de fréquentes allées et venues entre son château de La Tour-de-Priay, situé dans le département de l’Ain, et le domicile qu’il possédait à Lyon, était, par sa situation personnelle et par l’étendue de ses relations, mieux placé que bien d’autres pour Le retour de Napoléon raconté par un témoin lyonnais... dans TEMOIGNAGESconnaître l’état d’esprit des populations au milieu desquelles il vivait et pour tenir ses renseignements des meilleures sources. Il se rendait de Priay à Lyon, lorsqu’il apprit, à Montluel, le débarquement et l’arrivée imminente de l’Empereur. Comme il atteignait le but de son voyage, le comte d’Artois, accouru en toute hâte, venait d’arriver de Paris pour organiser la résistance. Il put donc de rendre compte par lui-même des efforts infructueux et du départ précipité de ce prince, assister à l’entrée de Napoléon et s’instruire en détail de ses moindres faits et gestes. C’est ainsi qu’il sut, bien avant que les « gazettes » aient eu le temps de les relater, tous les incidents survenus depuis le départ de l’île d’Elbe jusqu’à l’arrivée de l’Empereur à Lyon et fut ensuite et fut ensuite parfaitement informé de ceux qui marquèrent la fin de sa marche sur Paris. Le retour de Napoléon entraînait des conséquences trop graves pour ne pas produire une profonde sensation. Le baron de Saint-Didier dut en être d’autant plus ému que ses sentiments personnels et ses traditions de famille le rattachaient étroitement aux Bourbons. En effet, son père, le baron Ennemond Hubert de Saint-Didier, mestre de camp de cavalerie en 1773, et chevalier de Saint-Louis, avait été écuyer servant de Madame, comtesse de Provence. Lui-même, était né à Lyon, le 19 février 1779, mort à Neuville-sur-Ain en 1863.

Comte Louis de COLBERT-TURGIS.

Chaque jour la sollicitude du Roi s’étendait sur tous les points de l’administration. Des règlements justes, sur toutes ses branches, accroissaient le bonheur des Français et leur faisaient espérer un avenir calme. Toutes les plaies se fermaient. Les esprits qui avaient été le plus égarés se rattachaient de bonne foi au seul gouvernement juste et doux que la France eût éprouvé depuis ses affreuses convulsions. Mais l’esprit du mal n’était pas éteint. Quelques députés laissaient voir dans les discussions une habitude de révolution qui se trahissait jusque dans leurs expressions peu mesurées. Les grands mots de « Liberté », d’ « Egalité », de « Droits », dont trop de ses membres avaient fait un si cruel abus, retentissaient trop souvent dans cette Assemblée. Carnot avait fait un « mémoire » qu’il avait eu l’imprudence de dédier au Roi, où, sous prétexte de l’éclairer sur l’état des esprits, il attaquait avec silence les actes de son gouvernement. M. Méhée de La Touche dans une « lettre à l’abbé de Montesquiou » et dans un « mémoire » intitulé « Dénonciation au Roi des actes par lesquels les ministres de Sa majesté ont violé la constitution », se livrait à ses attaques non moins violentes et non moins injustes contre l’autorité royale. Le Roi, dans son système de douceur, de modération, d’était contenté de laisser dans l’oubli d’aussi horribles pamphlets. Les campagnes ne cessaient d’être travaillés par des émissaires. Quelques associations secrètes répondaient avec audace et profusion toutes les calomnies et les faussetés possibles. De nouvelles plus absurdes les unes que les autres, entretenaient un doute dangereux sur la force, la durée du gouvernement. Celle qu’ils se plaisaient le plus à répandre, et dont l’effet devait être si puissant, était le retour prochain de Buonaparte qui, en nourrissant l’espérance coupable de quelques uns, empêchait les autres de se livrer franchement et avec confiance à un gouvernement dont on leur présageait la chute prochain. Les administrations, suivant le plan que leur traçait la conduite du Roi, de qui on éloignait, sans doute, des rapports qui eussent peut-être excité une surveillance plus active, semblaient mépriser de tels bruits et ne prenaient aucune mesure pour comprimer les malveillants, dont l’audace s’accrut au point d’annoncer l’arrivée de Napoléon pour les premiers jours de mars. On ne peut douter, maintenant, que ces bruits ne fussent le résultat d’une conspiration affreuse, dont les rameaux propagateurs s’étendaient au loin et dont les chefs de l’Etat dirigeaient dans l’obscurité les horribles ressorts. Enfin, le 8 mars [1815], comme nous revenons à Lyon, nous apprîmes, à Montluel, une nouvelle qui nos terrassa. On nous dit que Buonaparte avait débarqué, avait pris Grenoble et serait peut-être le soir même à Lyon. Le peuple était dans l’étonnement, encore incertain de la vérité d’événements qu’on lui avait annoncés si souvent. Nous poursuivîmes notre route, et, aux environs de Lyon, nous trouvâmes quantité de gens qui quittaient cette ville où nous trouvâmes quantité de gens qui quittaient cette ville où l’on s’attendait d’un instant à l’autre à voir une révolution. Monseigneur le comte d’Artois était arrivé dans la nuit du mercredi 8 mars, au soir, à Lyon, avec le maréchal Macdonald. Le lendemain, il passa une revue des troupes qui étaient à Lyon, se composant du 24ème régiment de ligne, du 20ème, venue de Montbrisson, et du 13ème de dragons. Brayer, avait donné pendant tout l’hiver des démonstrations les plus exaltées de son attachement au Roi et à sa famille. Ses dragons étaient, selon lui, « parfaitement dévoués à sa cause et on pouvait compter autant sur eux que sut lui-même ». Le peu de zèle, ou plutôt le froide contenance de ces militaires ne montrèrent que trop au Prince combien peu il devait compter sur de pareils défenseurs. La Garde nationale, en grande partie, avait les meilleures dispositions ; mais n’étant pas exercée au maniement des armes, sans munitions, sans canons, et conduite par des chefs dont la majorité ne connaissait pas la guerre et que des intérêts particuliers éloignaient de ses dangers, elle ne pouvait offrir un bien grande ressource. Les démonstrations que le Prince reçut de sa bonne volonté lui furent extrêmement sensibles ; mais il était trop tard pour accepter des services dans lesquels Son Altesse prévoyait qu’elle serait mal secondée. Depuis plusieurs mois cette garde demandait qu’on lui accordât quelques pièces de canon ; mais, ou les circonstances, ou plus vraisemblablement, le plan des conspirateurs s’opposaient à ce que l’on multipliât les points d’une résistance que l’on redoutait. Une inscription volontaire pour s’armer fut bientôt remplie dans cette même gare ; mais les mesures étaient si bien prises que l’on ne trouva même pas des fusils en état et quelques cartouches à distribuer. La journée du jeudi se passa en reconnaissances dans les environs de la ville, en expéditions d’ordres pour réunir à Lyon des troupes. Le 4ème régiment de hussards, en garnison à vienne, se mit en marche ; mais à Saint-Symphorien d’Ozon, les officiers firent prendre au régiment la route de Bourgoin où ils se réunirent à Buonaparte. On avait proposé de couper le pont de La Guillotière et le pont Morand. On dit que le mécontentement que la populace témoigna, fit que le Prince se borna à faire placer quelques tonneaux pleins de terre ou fascines pour embarrasser et défendre le passage. Les gazettes étaient pleines d’adresse des différents corps qui juraient fidélité au Roi. Celui-ci avait, dès le 6 mars, par une proclamation, convoqué extraordinairement les Chambres qui avaient été ajournées le 31 décembre dernier, et par une ordonnance du même jour, déclaré traître à la patrie Napoléon Buonaparte, ainsi que les militaires et employés de tous grades ou administrateurs qui lui prêteraient aide et tout individu prenant part à la révolte. Une proclamation du comte d’Artois, appelait à Lyon tous les bons Français pour la défense du trône. Une autre, du ministre de la Guerre (Soult, duc de Dalmatie) à l’armée, en date du 8 mars 1815, contenait cette phrase : « Bonaparte…cherchera-t-il des traîtres parmi ces soldats qu’il a trompés ?…Il nous méprise assez pour croire que nous pouvons abandonner un souverain légitime, pour un homme… qui n’est plus qu’un aventurier !…etc. » Le préfet du Var avait envoyé des coursiers à tous les préfets voisions pour les avertir du débarquement de Buonaparte, et celui de Lyon l’avait annoncé télégraphiquement, le 5 mars 1815, à Paris. Cette annonce parut si extraordinaire que l’on ne put y ajouter foi et qu’une seconde dépêche la confirmât. On ne savait point encore de détails précis sur cet événement. On savait seulement que Buonaparte était entré sans coup férir à Grenoble ; qu’i : s’avançait sur Lyon, et on s’attendait à la voir s’y présenter à tout moment. Le 10, Monseigneur le comte d’Artois, après avoir, vu l’impossibilité de défendre Lyon, fait partir les caisses du gouvernement, mais non celles de la ville, voulut encore tenter un dernier effort sur les troupes. Une revue se fit sur place Bellecour. Le Prince y parut, accompagné du maréchal Macdonald. Il y parla aux soldats avec cette bonté qui lui est si naturelle ; mais la plupart des officiers, déjà gagnés, ou comptant sur un succès certain de Napoléon, se turent et m^me empêchèrent leurs soldats de faire le moindre signe qui put faire paraître l’émotion dont plusieurs ne pouvaient se défendre. On m’a assuré avoir vu et entendu un maréchal des logis passant derrière les rangs des dragons répétant à mi-voix : « Silence dragons ! Silence ! ». Le Prince leur dit (en les voyant muets au cri de « Vive le Roi ! ») : »Enfin, mes amis, dites au moins « Vive la Patrie ! ». Alors, la honte, sans doute, les retint dans le même silence. A 10 heures du matin, je traversais la place. L’on m’avait dit que le Prince était déjà parti. Un groupe d’officiers à cheval était près d’une troupe en bataille. En m’approchant, j’y reconnus le Prince qui parlait encore avec bonté à ces militaires qui le trahissaient déjà dans leur cœur. Sa figure noble était sereine. Il paraissait pourtant fatigué de tout ce qu’il avait fait depuis son départ de Paris. Après avoir étudié quelques minutes cette figure noble et malheureuse, je ne pus continuer et me retirai en versant des larmes sur lui et sur mon pays. Il partit, peu après, avec une seule voiture escortée par quatre gendarmes. Les troupes restèrent en bataille sur la place. Une petite partie des gens se portait sur le quai du Rhône. Nul cri ne se faisait encore entendre. Tout était dans la stupeur. A une heure, le 23ème régiment se mit en marche, en colonne, sur la place de la Charité, la cocarde blanche et le drapeau royal déployé. On disait vaguement qu’il se portait pour défendre le pont de La Guillotière, où Buonaparte était déjà arrivé… Au moment où il tournait sur la place de la Charité, on vit paraître, sur le pont, quelques hussards de son parti. La colonne fit halte. Le maréchal était auprès du poste du pont avec le comte de Damas. Il pérorait des murmures s’élevèrent et un soldat courut, la baïonnette en avant sur lui, en le menaçant. Alors, voyant que tout était perdu, ils partirent au galop. Deux ou trois dragons le poursuivirent, sabre à la main, sur place et les eussent atteints, si le jeune Damas, qui avait été chef de partisans pour Napoléon, n’eût arrêté ces furieux. Ces messieurs partirent aussitôt dans la voiture de Macdonald ; celle auprès de M. de Damas fut ramenée par des dragons. Après une halte d’un quart d’heure, le régiment revint se mettre en bataille sur la place. Alors quelques petits polissons parurent sur la place, criant : « Vive l’Empereur ! ». Leur nombre grossissait peu à peu de plusieurs individus dont les vêtements en lambeaux rendaient ce cri plus affreux. Enfin, sur les 2 heures, un détachement des troupes impériales entra et se mit en bataille, à quatre pas du 23ème, en poussant des cris de « Vive l’Empereur ! ». Alors, de toutes parts, parurent des groupes de la dernière classe du peuple poussant les mêmes cris. Le 23ème était toujours dans un silence parfait avec la cocarde blanche et le drapeau royal, mais ployé. Après environ une demi-heure passée ainsi en regard l’un de l’autre, deux ou trois hussards vinrent au galop. Les officiers du 23ème se formèrent en groupe autour d’eux, reçurent les premières des proclamations imprimées de Buonaparte, qui aussitôt furent distribuées aux soldats et au peuple avec profusion, avec des cocardes tricolores. Celles-ci remplacèrent bientôt toutes les cocardes blanches. Il entra successivement plusieurs petits détachements de troupes, infanterie et cavalerie, et on attendit l’arrivée de leur chef. Buonaparte n’entra dans la ville que sur les 8 heures du soir, accompagné d’une foule de gens de la lie du peuple qui, comme des forcenés, criaient : « Vive l’Empereur ! » en injuriant les personnes que la curiosité faisait mettre aux fenêtres. Peu après, ayant crié d’illuminer, ils jetèrent des pierres contre la plupart des fenêtres des maisons situées au nord de la place, surtout celles où l’on avait remarqué le plus de zèle, soit pour les illuminations des fêtes royales, soit par l’affluence à ces mêmes fêtes. Le Café Berger fut entièrement pillé et le désordre eût été bien grand si Buonaparte lui-même n’eût ordonné au maire de le faire cesser. Des paysans de La Guillotière et des environs étaient accourus dans l’espoir du pillage de la ville, et, le lendemain, plusieurs paysans de villages plus éloignés arrivèrent avec des sacs et des charrettes pour tirer leur part d’un événement qui leur paraissait tout naturel. M. Defargues, maire, avait fait afficher une proclamation assez sage pour la circonstance : »Vous allez, disait-il, revoir dans vos murs cet homme célèbre…etc., qui releva vos murailles, ranima votre commerce éteint, etc.… Recevez-le avec le calme qui convient aux circonstances…, etc., etc., « Le maire, à la tête du conseil municipal, fut le complimenter à l’archevêché. Il les reçut d’abord assez froidement, et, après plusieurs questions sur le commerce, l’état de la ville, il demanda si les dissensions entre les classes de la noblesse et des négociants étaient finies, ajoutant sur les prétentions de la noblesse, sur son orgueil, plusieurs phrases aussi injurieuses que fausses. M. d’Ambérieu, membre du conseil, répondit avec vigueur sur ces fausses imputations, sur l’état de la noblesse de Lyon, presque entièrement sortie du commerce, sur le mépris que lui-même avait commencé à montrer pour la noblesse qui, dans tous les cas, n’avait pu s’attacher à un prince qui l’accablait en toutes occasions…, etc. Buonaparte, peu accoutumé à une discussion aussi vigoureuse, parut touché du zèle que montrait ce Lyonnais et demandant son nom et son état reçut de ce respectable vieillard un exemple de ce peuvent la fermeté et le désintéressement joints à cause juste. On dit que, parlant de la beauté de la place de Bellecour, un membre de ce conseil dit : « Il y manque une statue ! » L’Empereur vit la basse flatterie et regarda cet homme avec mépris. Après les premiers moments de cette audience, Buonaparte se dérida, se mit à causer familièrement, prenant souvent quelques pastilles [sic], et prenant l’air tout à fait « bonhomme ». C’est ainsi que plusieurs présentes l’ont dépeint. Les grands vicaires lui ayant été présentés il leur fit une sortie sur le zèle de quelques prêtres : « Prêchez la morale et rien de plus, leur répéta-t-il, et soyez sage ! »-« Nous le serons toujours, Sire, etc. » L’on apprit alors des détails sur cette expédition singulière et audacieuse que les journaux ne donnèrent que plusieurs jours après. Buonaparte avait eu de fréquentes relations avec la France pendant tout le temps de son exil et surtout avec l’Italie. Sa sœur Caroline, reine de Naples, était venue souvent à l’île d’Elbe. Les soldats croyaient même que Marie-Louise y était venue. Ils disaient qu’à une certaine époque leur souverain s’était retiré dans une maison de campagne dans l’intérieur de l’île, y était demeuré six à huit jours seul, des gardes empêchant toutes personnes d’approcher. Ils en concluaient que c’était alors que cette princesse y était présente. Depuis plusieurs mois, Buonaparte entretenait ses confidents du projet vague de revenir en France, mais sans en désigner l’époque. Il y avait, dans le mois de décembre, renvoyé plusieurs soldats et officiers, sans doute pour sonder les esprits. Enfin, le 26 février, à 5 heures du soir, il s’embarqua à Portoferraio sur un brick de 25 canons avec 400 hommes de sa garde. Trois autres bâtiments portaient 400 hommes d’infanterie et 100 chevau-légers polonais. Il échappa, avec son escadre, à la croisière anglaise. On dit que lord Bentinck, qui la commandait, était alors descendu à Livourne où il était épris d’une dame [Ces faits sont exacts mais il s’agit du colonel Neil Campbell, chargé de la surveillance au large de l’île d’Elbe.]. Quoiqu’il en soit, on ignore comment il a pu se justifier et même s’il a été obligé de le faire, les journaux anglais n’ayant plus reparlé de la motion faite au Parlement d’examiner sa conduite et de le juger. Il en fut de même de la croisière française, composée de deux frégates et d’un brick qu’il rencontra à quelques lieues de Livourne. Le 1er mars 1815, à 3 heures après-midi, il entra au Golfe-Juan près d’Antibes. Un capitaine et 25 hommes se présentèrent dans cette ville, mais le gouverneur les fit prisonniers. Le débarquement effectué, on bivouaqua jusqu’à 11 heures. Napoléon se porta alors sur Cannes, Grasse, Saint-Vallier, et arriva le 2 au soir, au village de Séranon, ayant parcouru 20 lieues. Le 3, il était à Barème ; le 4, il dînait à digne ; le 5, le général Cambronne, venu de l’île d’Elbe, occupait Sisteron, tandis que Buonaparte couchait à Gap. Le lendemain 6, l’Empereur atteignait Corps, et Cambronne, avec 40 hommes, poussait jusqu’à La Mure. Il y rencontrait l’avant-garde d’un corps de 6000 hommes, venue de Grenoble pour s’opposer à sa marche. Cette avant-garde, après avoir refusé toute communication, s’était repliée de 3 lieues en arrière, vers les lacs de Laffrey. Buonaparte s’y porta. Il y trouva un bataillon du 3ème de ligne, une compagnie de sapeurs et une compagnie de mineurs ; en tout, 7 à 800 hommes. Le chef d’escadron Raoul se présenta à eux pour parlementer. On refusa de l’entendre. » Napoléon, dit « Le Moniteur », mit pied à terre et s’avança, suivi de sa garde portant l’arme sous le bras. Il se fit connaître et dit que « le premier soldat qui voudrait tuer son Empereur le pouvait ». Ce fut le signal de la défection. On cria de part et d’autre : « Vive l’Empereur ! » Des cocardes tricolores furent distribuées. L’un assura, dans le temps, que l’on creva plusieurs tambours de la troupe royale, qui avaient été d’avances remplis des ces cocardes. « Le Moniteur » a fait tenir à Buonaparte un discours à ces soldats où il dit : « Je compte sur le peuple et sur vous. Le trône des Bourbons est illégitime, n’ayant pas été élevé par la nation. Demandez à vos pères et au peule ici présent : ils vous diront que vous êtes menacés du retour des dimes, des droits féodaux… Ce n’est-il pas vrai, paysans ? »-« Oui Sire, on voulait nous attacher à la terre. Vous êtes l’Ange du Seigneur…etc. » auraient répond ses auditeurs ; mais on peut douter du récit de la gazette officielle et récuser les témoins. Napoléon continua alors à marcher sur Grenoble. Près de Vizille, l’adjudant-major du 7ème de ligne vint lui annoncer que le colonel Labédoyère venait avec son brave régiment se joindre à l’Empereur. Il le rencontra à une lieue de Grenoble et logea le soir même dans un faubourg de cette ville. Le colonel Labédoyère, né à Paris en 1786, venait d’épouser depuis peu la nièce du comte de Damas, gouverneur de Lyon, et le Roi l’avait nommé, à cette occasion, colonel du 7ème de ligne. Le général Marchand, qui commandait la place de Grenoble, y avait réuni le 3ème du génie, le 4ème d’artillerie, -celui où Buonaparte avait été élevé au grade de capitaine vingt-cinq ans avant, deux bataillons du 5ème et les fidèles hussards du 4ème, dit « Le Moniteur ». Marchand se retira dans le Fort Barraux. Sa femme fut, dit-on, se jeter aux pieds de Napoléon pour l’excuser. Le préfet de l’Isère, M. Fourier, avait quitté Grenoble à l’entrée de Buonaparte, qui lui fit dire qu’il l’attendait à Bourgogne, où, en effet, il alla le rejoindre et entra avec lui à Lyon où il fut nommé préfet. On a cherché à excuser sa conduite en disant qu’associé, à une époque glorieuse, à la destinée de Buonaparte, comme savant, En Egypte, il n’avait eu, pour récompense de ses travaux, que cette préfecture de l’Isère où le Roi l’avait confirmé. Il s’y était, de tout temps, attiré l’estime générale en cherchant à éluder ou modérer les lois rigoureuses de son gouvernement. Il se vit alors sans ressources et crut pouvoir se rattacher à une cause qu’il voyait vigoureusement soutenue. Le 9, Buonaparte coucha à Bourgoin. Les paysans du Dauphiné l’entouraient et l’accompagnaient depuis longtemps en proférant mille injures contre le gouvernement royal, les nobles, etc., et criant : « Vive l’Empereur ! » Buonaparte se montra fort peu pendant les deux jours qu’il resta à Lyon. On dit que, fatigué des cris d’une populace exaltée qui entourait son palais, il dit à ses officiers : « Que l’on fasse retirer cette canaille et qu’on me laisse en repos ! » [Propos douteux venant de l’Empereur. Rappelons que le témoin est royaliste]. Il avait fait afficher les proclamations qu’il nous avait apportées de l’île d’Elbe, datées du Golfe-Juan, le 1er mars 1815. L’unes d’elles, adressée à l’armée, disait : « Soldats, nous n’avons pas été vaincus. Deux hommes sortis de nos rangs ont trahi nos lauriers, leur pays, leur Prince, leur Bienfaiteur…etc.… Dans mon exil, j’ai entendu votre voix…Arborez cette cocarde tricolore !… vous la portiez dans nos grandes journées… Vos biens, vos rangs, votre gloire, les biens, les rangs et la gloire de vos enfants n’ont pas de plus grands ennemis que ces princes qui vous ont été imposés par l’étranger…Les vétérans des armées sont humiliés…Venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef… Son existence est la vôtre ! … La victoire marchera au pas de charge, et l’Aigle avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame…etc.… ». Une autre, s’adressant au peuple français, s’exprimait ainsi : « La défection du duc de Castiglione [Le maréchal Augereau] livra Lyon sans défense aux ennemis. L’armée qu’il commandait «était nombreuse et brave et à même de battre le corps d’armée autrichien qui lui était opposé et d’arriver sur le flanc gauche de l’armée qui menaçait Paris. Les victoires de Champagne, l’insurrection des paysans de Lorraine, de Franche-Comté, de Bourgogne, etc.…avaient mis celle-ci dans une situation désespérée. Les Français ne furent jamais sur le point d’être plus puissants…etc.…etc. Dans ces grandes circonstances, mon cœur fut déchiré… Je m’exilai. Elevé au trône par votre choix, tout ce qui a été fait sans vous est illégitime. Un gouvernement national et une dynastie née dans votre révolution peuvent seuls garantir vos nouveaux intérêts. J’ai entendu vos plaintes et vos vœux. J’ai traversé les mers au milieu des périls. Je viens reprendre mes droits qui sont les vôtres. La Nation a le droit de se soustraire au joug imposé. C’est à vous seuls et braves de l’armée que je me fais et me ferai toujours gloire de tout devoir. » Une autre, des généraux, officiers et soldats de la Garde Impériale disait à l’armée : « Nous vous avons conservé votre Empereur, malgré les nombreuses embûches qu’on lui a tendues. Nous vous le ramenons…etc. Foulez aux pieds la cocarde blanche, signe de la honte. Les Bourbons n’ont rien oublié ni rien appris ! Selon eux, vous êtes des rebelles, et l’on vous punira quand ils seront assez forts. Il faudra avoir une naissance conforme à leurs préjugés pour être officier. Le soldat sera toujours soldat ; le peuple n’aura que les charges. On a avili la Légion d’honneur en la distribuant à tous les traîtres et en lui ôtant ses privilèges politiques. Soldats de la grande Nation, du grand Napoléon, venez nous rejoindre…etc.…etc. Enfin, pour ses adieux aux Lyonnais, l’Empereur avait fait afficher cette quatrième proclamation : « Au moment de quitter votre ville pour me rendre dans ma capitale, j’éprouve le besoin de vous faire connaître mes sentiments. Vous avez toujours été au premier rang dans mon affection. Le caractère élevé qui vous distingue spécialement vous a mérité toute mon estime… Je reviendrai m’occuper de vos besoins, etc.… Lyonnais, je vous aime ! » Le matin de son départ, il fit une multitude de décrets qui ne parurent qu’après son entrée son entrée à Paris : sur le licenciement de la maison du Roi ; la suppression des ordres royaux ; le renvoi des émigrés, non rayés, hors de France ; le rappel des juges destitués ; la dissolution de la Chambre des pairs et de la Chambre des communes ; enfin la convocation des collèges électoraux des départements à Paris, au mois de mai, pour assister au couronnement de l’Impératrice et de son fils [Confusion de la part de l’auteur ! Il s’agit de la remise des aigles au Champ-de-Mars]. Enfin, Buonaparte, précédé de toutes ses troupes, partit, le 13 mars, à 2 heures après-midi. Il passa successivement à Villefranche, Mâcon, Tournus, Chalon ; coucha, le 15, à Autun ; le 16, à Avallon, et fut rejoint à Auxerre par le 14ème de ligne, le 6ème de lanciers, et le maréchal Ney, qui avait prendre, à tout son gouvernement, la cocarde tricolore avant de partir. Le 13, il y avait eu à Bourg une insurrection avec attroupements et cris de « Vive l’Empereur ! » On avait entouré la préfecture. Le préfet, M. Capelle, menacé, parvint à s’échapper. Il se rendit en toute hâte à Lons-le-Saulnier, où était le maréchal Ney, et lui dit, qu’ « entouré de traîtres, il pensait trouver en lui un fidèle sujet du Roi. » Le maréchal balbutia quelques vagues paroles et finalement déclara à M. Capelle qu’il allait passer ses troupes en revue. A celles-ci, il dit que « Napoléon était rentré en France pour se replacer sur son trône ; qu’il était maître de Grenoble et de Lyon ; mais qu’il pensait qu’ayant juré fidélité au Roi elles s’opposeraient à son entreprise et crieraient : « Vive le Roi ! » On lui répondit -comme il s’y attendait- par : « Vive l’Empereur ! »-« Eh bien oui mes amis, « Vive l’Empereur ! » reprit-il ; puis, se tournant vers le préfet, il ajouta : « Vous voyez, Monsieur, ce qu’il se passe ? »-« Oui, Monsieur, répondit celui-ci, je vois quel est mon devoir ». Et il lui demanda un passeport pour Paris ; mais ayant appris, en route, que le Roi en était parti, il passa sans danger en Suisse. Ney fit aussitôt la proclamation suivante, datée du 13 mars : « La cause des Bourbons est à jamais perdue ! La dynastie légitime que la Nation a adoptée va remonter sur le trône. C’est à l’Empereur Napoléon qu’il appartient seul de régner sur notre beau pays. Que la noblesse des Bourbons s’expatrie de nouveau, etc., ou qu’elle consente à vivre avec nous, que nous importe ! La liberté triomphe ! Je vous ai souvent mené à la victoire ; je vais vous mener à cette phalange immortelle que l’Empereur conduit à Paris, etc. » Le Roi, prévoyant que toute résistance de la part des troupes fidèles serait inutile, l’armée étant en pleine défection, fit rapprocher de Paris tout ce qui lui était attaché, et partit lui-même, le 19 mars, à minuit, suivi de quelques gardes du corps, laissant les Parisiens consternés, et emportant les regrets de la plus grande partie de cette immense population. Buonaparte, arrivé à Fontainebleau, le 20, à 4 heures du matin, apprit, à 7 heures, le départ du Roi, mais ne voulut ou n’osa entrer à Paris qu’à 9 heures du soir. Le 21, il passa une revue. « Le Moniteur » dit qu’il fit aux troupes un discours que sa longueur peut faire supposer, en grande partie, l’ouvrage du journaliste. « Je comptais sur l’amour du peuple et des soldats… La gloire de ce que nous venons de faire est toute au peuple et à vous… Le trône des bourbons était illégitime, puisqu’il était relevé par les étrangers ; qu’il avait été proscrit par nos Assemblées nationales et qu’il n’offrait pas de garantie… Le trône impérial peut seul garantir les droits du peuple et votre gloire…etc. » Et il leur distribua des Aigles en les pérorant de nouveau sur la trahison… les circonstances malheureuses… etc.… et termina par ces mots : «Enfin, jurez de les défendre…etc. » Carnot fut nommé ministre de l’Intérieur, Caulaincourt, duc de Vicence, ministre de l’Extérieur. Le roi, sous le nom de « comte de Lille » quitta Lille le 23. M. de Bossi ancien préfet de l’Ain, alors préfet de la Manche, fit une proclamation où il annonçait au peuple « l’entrée de Napoléon le Grand à Paris, fier et attendri de revoir son Libérateur, don Héros, son Père… etc.

BARON HUBERT DE SAINT-DIDIER

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( 4 mars, 2020 )

Le 1er mars 1815 à Antibes (suite et fin)…

Le 1er mars 1815 à Antibes (suite et fin)… dans TEMOIGNAGES 065055881

Suite et fin de cet intéressant témoignage et qui fut publié la première fois dans la revue « Feuilles d’Histoire » en 1911. 

Ils s’arrêtèrent deux heures aux environs de Cannes. Le prince de Monaco y était arrivé. Un général fut de la part de son maître leur déclarer qu’il était son prisonnier et le somma de se rendre auprès de lui. Cette visite déplut fort au prince qui avait perdu toute contenance. L’entretien qu’il eut ne fut pas long et peu conséquent ; il fut libre de retourner à son auberge et dans ses Etats. Cette troupe se compose de Bonaparte, des généraux Bertrand, Drouot et Colbrun [sans doute Cambronne], de huit cent hommes, de domestiques et [de] beaucoup de  femmes, avait été transportée sur cinq bâtiments qui échappèrent à la vigilance des frégates en station ; avait trois pièces de campagne et un carrosse qu’ils ont laissé à Grasse.

Elle paraît se diriger sur Grenoble par la route impraticable presque de Digne. Ils se flattent d’être rendus le 27 à Paris. Ils n’ont fait aucune levée d’argent ;ils payent toutes les réquisitions, les fournitures et les subsistances des mairies exceptées. On ne dit pas qu’ils aient insulté personne ; ils affectent de crier « Vive l’Empereur ! », [cri] auquel pas un citoyen n’a répondu, si ce n’est quelques individus qu’ils dirent qu’ils étaient royalistes. 

Alexis Gazan revenant du Cannet fut retenu pendant deux heures. On voulut lui donner des missions; l’Empereur le flatta, lui fit des promesses; mais rien n’a pu ébranler ses sentiments ; il persista dans son refus et retourna le soir à Antibes.  Il faut vous dire qu’ils ont payé le nolis d’un bâtiment et les dommages faits à la campagne, où ils ont campé au Golfe, avec des bons sur le Trésor impérial ou des mandats sur un individu qui n’est pas qualifié. On n’a pu faire [encore] aucune disposition pour le poursuivre. On sait que [mots manquants peut-être : il est parti] ce matin de Digne ; que le prince Masséna va lui couper le chemin à Sisteron où il doit être arrivé ; que l’on a fait couper les ponts et que l’on fait tout pour l’arrêter ; que la Garde nationale de Marseille et d’Aix est partie en toute diligence ; l’esprit de cette contrée est bon, et s’il reparaît de nouveau, je doute qu’il échappe, étant prêts pour le recevoir. 

Nous avons eu quelque désertion du corps de la garnison qui a cessé maintenant. L’état-major s’est fort bien conduit. Si nous n’avons pas des craintes d’ailleurs, nous sommes dans l’attente de connaître le résultat de cet événement, qui doit occuper beaucoup de monde ; mais que nous espérons qu’il sera heureux. Mais puisque j’ai été autant minutieux dans ce récit, je dois ajouter que soit le défaut de transport ou le désir promptement, ils ont laissé sur le bord de la mer dix caisses de fusils.  Enfin M. Cunéo est remplacé dans son commandement de place ; on a annoncé un colonel d’artillerie pour le remplacer. Sa conduite équivoque dans cette affaire pourrait encore avoir des suites graves pour lui.  Tous les prisonniers sont partis sous bonne escorte pour Toulon, en suite d’un ordre du prince. Les officiers ayant forcé la sentinelle dans la nuit, l’un reçut un coup de fusil qui traversa son chacot [shako] sans le blesser, fut sauter les remparts, a pris une forte contusion aux lombes. Il est à l’hôpital avec une paralysie des membres inférieurs et de la vessie. 

Votre très affectionné ami. 

ARDISSON 

Antibes, le 4 mars 1815. 

P.S. / Le gouvernement de Nice [redevenue sarde] a pris l’alarme. On a mis douze cents hommes au pont du Var avec du canon ; on ne peut voyager dans ce pays qu’avec des bons passeports et on fait surveiller les démarches des Français qui arrivent. Cette terreur cessera bientôt. 

Suscription : Monsieur le professeur Provençal, place du Palais à Montpellier, cachet postal, 78, Antibes. 

 

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( 1 mars, 2020 )

Le 1er mars 1815 à Antibes (1ère partie)…

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Les détails du débarquement de Napoléon au Golfe Juan et la maladroite tentative, d’ailleurs infructueuse, qu’il fit dans l’après-midi du 1er mars 1815 pour s’emparer de la place d’Antibes, sont bien connus, tant par les récits des compagnons de l’empereur (Peyrusse, Laborde), et ses complices involontaires (le capitaine de la polacre, « Le Saint-Esprit »), que par les rapports officiels des commandants royalistes de la place (le commandant d’armes Cunéo d’Ornano, le général Corsin). Mais on n’a pas encore, sauf erreur, recueilli un récit de cette aventure par un bourgeois d’Antibes, et la description des sentiments qu’elle  put éveiller dans cette paisible population. Le hasard nous fournit un document de ce genre : on le lira ci-après .

C’est une lettre écrite par un habitant d’Antibes, nommé Ardisson, à son compatriote et ami le docteur en médecine Michel Provençal, professeur à la Faculté des Sciences de Montpellier. Provençal resta toute sa vie en relations étroites et suivies avec Cagnes, son village natal, et les villes voisines, Cannes, Grasse, Antibes , Fréjus, Nice ; il s’intéressait  fort à la chronique politique, médicale, voire même scandaleuse, de son pays d’origine. Connaissant ses goûts et sa curiosité historique, Ardisson a rédigé pour lui une véritable relation, très circonstanciée, de la surprise manquée d’Antibes par les grenadiers elbois et des autres incidents du débarquement. Sur bien des points, sa version diffère de celle des témoins bonapartistes, non oculaires, et aussi des rapports officiels. Sans garantir absolument que la version d’Ardisson soit la bonne., il faut remarquer qu’il est un témoin désintéressé et que sa lettre est écrite le 4 mars 1815, le surlendemain même de l’incident, ses souvenirs étant encore très présents et très nets. Il semble donc que son récit mérite [une certaine] confiance. Il est au mois fort intéressant. 

L.-G. PELISSIER 

Mon cher ami, 

Vous ayant adressé depuis peu de jours votre malle de linge, lorsque M. Guide arriva et me remit votre lettre du 12 décembre dernier avec les livres pour moi et pour l’ami Risso de Nice, cela fut cause que je différai de vous en accuser la réception, espérant de recevoir une nouvelle lettre de votre part qui m’apprit que votre linge vous était parvenu. Bien que vous ne m’ayez rien dit, je ne pense pas moins que les livres que vous avez eu la complaisance de m’envoyer m’ont fait plaisir. Je vous remercie de la peine, et particulièrement du « Traité des maladies chroniques » de M. Dumas que vous y avez ajouté. Je les ai lus avec bien de satisfaction (sic). Je ne doute pas que vous n’ayez appris depuis quelques jours l’événement dont vous n’ayez appris depuis quelques jours l’événement dont nous avons été les témoins. Mais comme il pourrait se faire que l’on ne vous donnât pas les détails tels qu’ils sont, et présumant qu’il ne vous sera pas indifférent de les connaître, je viens vous les tracer tels qu’ils nous sont parvenus par les divers rapports qui ont été faits à l’autorité locale. 

C’est le 1er du mois [de mars], à trois heures du soir, que l’on vit arriver aux portes de la ville un officier chargé par Bonaparte de diverses missions et porteur de proclamations de sa part et des généraux qui sont auprès de lui. L’officier de garde, ayant fait prévenir M. Cunéo, commandant d’armes, de l’arrivée de cet officier qu’il retenait à la porte, celui-ci se rendit aussitôt près de lui, et eut avec cet officier une longue conférence, à la suite de laquelle ce dernier retourna vers le chemin de Cannes, et arriva peu de temps après à la tête d’un détachement de vingt grenadiers de la Garde.On fit résonner (sic) cette troupe, qui répondit qu’elle venait à Antibes pour y prendre des subsistances et le repos nécessaires pour retourner dans leurs foyers, attendu qu’ils avaient quitté l’île d’Elbe et le service de Bonaparte. Cette troupe étant armée, on prit des soupçons. Le commandant parla à l’officier qui lui dit qu’il arrivait de la part du général… (sic), dont il ne se rappelait pas le nom, pour dire au commandant d’armes et aux autorités civiles de se rendre auprès de lui au Golfe Juan, pour recevoir des communications importantes. Cette fois M. Tourre, maire, était présent et, témoignant de l’étonnement d’une pareille démarche, fit quelques observations. Alors le comandant ordonna à l’officier d’entrer au corps de garde. Cette troupe restait là avec ses armes. Dans ce moment les troupes de notre garnison étaient sur le glacis pour faire l’exercice ? On la fit rentrer aussitôt, et l’on décida que le détachement entrerait dans la place en déposant les armes. Mais par un réavisé (sic) du  commandant, on leur laissa les armes, et on les fit loger dans les casernes. Trois autres officiers et un chirurgien-major pénétrèrent dans la ville pour remplir diverses missions, et pour répandrent des proclamations. L’un d’eux proposa au major du régiment en garnison des avantages énormes s’il favorisait les projets de Bonaparte, qui avait débarqué au Golfe Juan. Mais cet officier, rempli d’honneur, repoussa toute proposition humiliante et consigna dans son appartement cet officier pour s’assurer de lui. On apprit à l’instant que Bonaparte avait débarqué avec huit cent hommes, dont cinq à six cents seulement de sa Garde. Le reste se compose d’étrangers et forme une légion. Le débarquement fut effectué sans obstacle : des troupes furent postées sur la grande route pour arrêter tout ce qui se passait, surtout des chevaux qu’ils achetaient de gré à gré, et tous autres moyens de transport qu’ils requéraient et qu’ils ont même payé à Grasse en les renvoyant. Les personnes étaient respectées et libres de retourner, de voir l’Empereur s’ils le désiraient, de causer avec tout le monde, et de prendre même du service avec eux ; peu les ont suivis. 

Tout fut en mouvement dès ce moment pour repousser cet ennemi s’il se présentait à la porte : la Garde nationale et la garnison, composée de 900 hommes, redoublèrent d’activité tant pour surveiller le détachement, qu’on eut l’imprudence de laisser armé, que pour garder l’enceinte de la place. Malheureusement notre gouverneur était en mission et ne put rentrer qu’à deux heures après minuit. Sa présence rassura tout le monde ; la place ayant été déclarée par le commandant en état de siège, par ses dispositions les officiers furent arrêtés et cette troupe désarmée ; toute la nuit se passa dans le mouvement et la crainte d’une sommation ou d’une trahison. Des parlementaires se présentèrent, mais ils furent renvoyés sans vouloir les entendre. Enfin au jour nous apprîmes que la troupe d’aventuriers avait pris le chemin de Grasse. 

A suivre… 

(Témoignage publié la première fois dans « Feuilles d’Histoire », 1er semestre 1911). 

 

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( 18 février, 2020 )

1er mars 1815…

Golfe

Suite et fin du témoignage de Vincent, sellier de l’Empereur.

« Le lendemain, nous aperçûmes les côtes de France, et, à deux heures de l’après-midi, nous entrions au Golfe Juan, entre les îles Sainte-Marguerite. Nous vîmes descendre un capitaine et vingt-cinq grenadiers quoi se dirigèrent dans une barque  vers Antibes. C’était le capitaine Lamouret que nous sûmes, après, fait prisonnier avec les siens. Le brick était resté à l’entrée du golfe, et chaque barque qui passait auprès du brick pour débarquer, recevait les ordres de l’empereur. C’est ainsi que je reçus l’ordre de faire mettre à terre la voiture n°280 et de la monter aussitôt arrivée sur la plage. Vers les trois heures et demie, je vis Gentilini, qui dirigeait une chaloupe du côté où je me trouvais entrain de monter la voiture avec mes ouvriers.

Il demanda au général Bertrand qui était avec lui en mettant pied à terre : « Quelles heure est-il, grand maréchal ?-Sire, il est trois heures et demie.-Eh bien, dit-il, à cette heure, le Congrès de Vienne est dissous. » Et il se dirigea vers moi et me demanda à quelle heure la voiture serait montée : « Sire, à cinq heures.-Lorsqu’elle sera prête, tu viendras me le dire , tu iras trouver Marchand, et vous la chargerez aussitôt. » A cinq heures moins un quart, il vint voir si j’avais fin : je n’avais plus que l’avant-train à placer, et nous conduisîmes la voiture jusqu’au bivouac, où l’on avait déposé tous les effets de l’Empereur en débarquant. Nous portâmes, avec M. Marchand, un petit coffret en acajou dans la voiture, qui était d’un poids tel que nous eûmes beaucoup de peine à le placer, et, quand la voiture fut entièrement chargée, l’Empereur donna l’ordre du départ. Il monta à cheval. L’avant-garde avait pris les devants. Les malheureux polonais étaient obligés de porter leurs équipages sur leur dos.

Au moment du départ, un individu vient à moi, menant un beau mulet en main, me demanda si je n’étais pas le sellier de l’Empereur. Sur ma réponse affirmative, il me dit : « Voilà un mulet que l’on m’a dit de vous donner. » Je crois avoir vu le colonel Jerzmanowski lui en donner l’ordre car il a été chargé de faire des réquisitions de voitures pour transporter les bagages et de chevaux ou mulets pour monter ses Polonais.

Nous partîmes pour Cannes. J’accompagnai la voiture et faisais suivre nos voitures de réquisition. Nous eûmes quelques difficultés, la route était accidentée. Nous allâmes au pas, nous arrivâmes à Cannes à onze heures du matin. Nous trouvâmes l’Empereur qui dormait au bivouac, assis et les pieds allongés sur une chaise, au milieu des oliviers. La voiture était tellement chargée, qu’en arrivant je fus obligé de couper les suspentes, attendu que le caisse portait sur les cols de cygne. Aussitôt l’opération terminée et la voiture rechargée, nous fîmes prévenir l’Empereur qui ordonna l’ordre du départ.

C’est à une heure ou deux de là, que l’on fit prévenir l’Empereur que l’avant-garde avait arrêté une voiture attelée de quatre chevaux, dans laquelle était le prince de Monaco [le duc de Valentinois, prince de Monaco, avait été écuyer de l’impératrice Joséphine] qui se rendait dans sa principauté, et dont nous prîmes les chevaux pour atteler sur nos pièces ou voitures. L’Empereur causa avec lui au clair de lune, environ un quart d’heure. Il pouvait être minuit et demi. Puis nous repartîmes. Les pauvres Polonais furent obligés de laisser, çà et là sur la route, leurs équipages, n’ayant pas trouvé de chevaux pour les monter. »

 (« Nouvelle Revue Rétrospective », Premier semestre (janvier-juin 1894), pp.372-.374).

 

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( 26 novembre, 2019 )

Fréjus durant les Cent-Jours…

Lettre annotée par SIEYES 

Cette lettre est arrivée ce jourd’hui 22. Elle est écrite par un employé des Postes, Sieyès, écrite à son cousin P.An. [Pierre-Antoine ?] , aussi employé aux Postes, à Paris. M. Sieyès, conseiller à la Cour de Cassation  atteste l’authenticité de cette lettre, connaissant tous ces individus.Depuis le commencement de la Révolution, Fréjus a toujours eu une conduite modérée, mais ferme, et a été invariablement attaché aux vrais principes d’une sage liberté, sans aucun mélange d’exaltation reprochable : même dans le temps de la plus forte Terreur, il n’y pas eu une goutte de sang répandu, point de dénonciations, et on n’y a jamais souffert ce qui pouvait troubler la tranquillité publique. 

 Fréjus, le 14 avril 1815. 

Je ne sais, mon cher ami, par où commencer : depuis ma dernière lettre, du 4 mars, nous avons été témoins d’une si étonnante révolution, que nous oublions maintenant toutes les idées que nous avons eues depuis son débarquement, pour nous livrer entièrement à l’admiration et à la joie. Ce n’est qu’aujourd’hui que nous avons reçu des journaux de l’Empereur, quatorze numéros à la fois. A la nouvelle de son débarquement, Marseille se livra à des farandoles insensées, s’amusa à promener le buste du Roi en jetant les hauts cris, selon leur coutume, et ceux qui partirent ensuite n’arrivèrent pas à temps à Sisteron. Notre préfet fit proclamation sur proclamation ; on annonça qu’il [Napoléon] était bloqué près de Gap [Ce qui était faux] ; cela fut d’un très mauvais effet, puisque deux jours après, nous apprîmes son entrée à Grenoble. Les marseillais, fort sot, s’en retournèrent et tentèrent de couvrir leur honte avec le sang du prince Masséna ; il se sauva et fit établir son quartier-général à Toulon, qu’il fit armer sans délai. 

Le 5, il passa les trois officiers pris à Antibes : ils avaient leur épée, mais ils étaient escortés de 25 à 30 soldats. C’était un dimanche : il faisait très beau, toute la ville était sur le grand chemin pour les voir. Au lieu de vouloir les assassiner comme à Cannes, nous les reçûmes très bien. Lagostena reconnut un capitaine de la Garde qui avait été son sergent-major ; Flori en reconnut un autre ; on leur donna des chemises et ils furent couchés au Muy, après avoir dîné. Les vingt grenadiers ou chasseurs de la Garde arrivèrent les jours suivants. On n’en connaissait que six ou sept à la fois. On était étonné à l’aspect de tels hommes ; j’eus le cœur navré en voyant mettre en prison les vainqueurs de l’Europe entière. Quelques personnes leur donnèrent secrètement de l’argent. Ils furent très contents de nous. Les officiers dirent qu’ils étaient débarqués 1300 en tout ; que l’empereur parlait de Fréjus sur le brick, et qu’il avait l’intention de venir aborder ici, mais le calme ne lui permit pas de pousser plus loin. Notre préfet, le marquis de Bouteillier, nous révolta tous quand il dit d’imiter la conduite qu’avait tenuela Vendée. Il ajouta même : « Si vous n’avez pas d’armes, allez en prendre dans les rangs ennemis ! » Chacun fut sourd à ces appels, on fit partir quelques hommes de force, mais ils n’allèrent pas loin. Nous sûmes indirectement la prise de Lyon. Un jeune officier de poste à Saint-Raphaël, cet hiver, se trouvant avec l’Empereur, à Lyon, écrivit à quelques messieurs de Saint-Raphaël. Les lettres furent arrêtées par le maire entre les mains du piéton et, comme il y en avait une pour le pauvre Féris, revenus des prisons anglaises, il fut pris, mené à Draguignan et mis en prison. Les autres s’échappèrent dans les bois, mais dix jours après, c’était le 3 de ce mois, quand le préfet lui donna la liberté en reconnaissant son innocence. Enfin, le 27 ou le 28, la nouvelle sourde de l’entrée de l’Empereur à Paris nous parvint. Tout le département restait tranquille, mais Fréjus ne pouvait plus se contenir, l’on parlait hautement. Enfin, le 2 de ce mois, un dimanche, il y eut un dîner chez le traiteur Delvox où l’on invita un capitaine venant de l’île d’Elbe, que l’on conduisait à Toulon. Après le repas, on sortit avec la cocarde tricolore, et l’on fit la farandole avec tambour et aux cris de « Vive l’Empereur ! » Le trembleur de M. Lacépède (le maire placé par le préfet et remplaçant Colle) assembla le conseil, où l’on dressa rapport de ce qui se passait dans la ville. Le lendemain 3, quand nos gens étaient à Saint-Raphaël, à se livrer  à la joie, le sous-préfet arriva avec une douzaine de gendarmes. A cette nouvelle, les habitants menacés coururent aux armes, enfoncèrent le dépôt de Saint-Raphaël, prirent les fusils et les cartouches et se retranchèrent au nombre de 60 au moins, sur la montagne de Saint-Sébastien : leur avant-poste était à Saint-Raphaël. Le sous-préfet convoqua le conseil, et MM. Pascal père et Grisole aîné furent désignés de suite vers eux pour leur dire de rentrer, avec promesse de n’être point poursuivis. Ils demandèrent à parler au sous-préfet : il s’y rendit sans escorte, et ne purent être d’accord. Ils demandaient Féris et la liberté de ceux qui étaient fugitifs. M. Colle parlementa le reste de la journée, et ils rentrèrent le soir. Le lendemain 4, l’on apprit que le préfet ramassait des soldats de la Garde nationale pour les envoyer ici, et qu’il avait envoyé la nouvelle de notre révolte au prince Masséna. MM. Vernet (adjoint au maire) et Grisole furent députés vers le prince. Alors nos gens, pour ne pas être surpris, furent campés bien armés dans l’enclos d’Augustin Grisole (à la porte de Fréjus), entourés de sentinelles. Pendant la nuit, ils avaient même six hommes au pont de bois (sur une rivière, chemin de Draguignan). Au retour de nos envoyés, ils rentrèrent et mirent la cocarde bas. Le préfet, cependant, pressait la rentrée des de deniers publics, mais on ne se pressait guère.

Le 10, dès le matin, Draguignan, fatigué d’attendre les nouvelles que le préfet retenait dans ses bureaux, fit la farandole avec la cocarde et cernèrent la préfecture. A quatre heures du soir, les officiers en demi-solde, appelés à  Draguignan depuis quelques jours, fatigués de cette incertitude, envoyèrent une députation au préfet. Pougnet (officier retraité) d’ici lui porta la parole en l’engageant à donner de suite sa démission.  Pour la tranquillité publique de Fréjus, il y consentait, quand le général Bertrand, chef d’état-major du prince Masséna, vint se saisir de sa personne et le fit partir pour Toulon.  Le 11, on se procura la proclamation de l’Empereur et celle des officiers de la Garde. Des individus les publièrent sur les places, on montra le buste de l’Empereur ; il fut porté en triomphe au bruit des cloches, des tambours et de la musique. On sortit un pavillon qui portait ces mots : « Fréjus toujours fidèle ». Fréjus, était menacé du feu, et certainement si l’affaire n’eût pas bien tournée, nous aurions payé cher notre dévouement ; Marseille nous aurait sans doute détaché une de ses phalanges. Ce ne fut que le 12 que l’Empereur fut officiellement proclamé ici. Le même jour, à dix heures, le pavillon tricolore a été arboré à Marseille. Les femmes ont dressé, hier, un arc-de-triomphe à la porte de M. Colle. Ce matin, nous lui avons fait une adresse pour le prier d’aller porter au pied du trône l’expression de nos sentiments. Saint-Raphaël a fait la même chose ; il a été, ce soir, réintégré maire : il part pour Paris au premier jour. Il devait y avoir, aujourd’hui, grand déjeuner au camp, mais la pluie l’a transféré dans la salle de l’ Evêché. Après un tour de ville, les cloches ont été furieusement ébranlées pour annoncer le Te Deum, et l’on a été chercher M. le Curé pour l’entonner ; il s’y est soumis.  Je sais positivement que, le 4 mars 1815, jour du départ de ma lettre, on les a toutes lues avant de fermer le courrier. Je te prie de me donner la certitude de cela. Mon paquet était-il bien cacheté avec le cachet de ta maman ? Si l’on rentre en campagne, je te prie de ne pas m’oublier ; je me suis ennuyé d’être ici les bras croisés. Il paraît que l’on va entrer en Piémont.

On annonce 1500 hommes à  Aix devant passer ici. Ne pourrait-on pas y être employé ? Je sais qu’il ne faut pas t’en dire davantage…

Le bruit court que le roi de Piémont est déjà en Sardaigne, et que le Pape s’est embarqué à Gênes pour l’Espagne. 

Texte publié dans la « Nouvelle Revue Rétrospective » en 1899. 

 

 

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( 7 mai, 2019 )

La mission d’Apollinaire Emery, lors du retour de l’île d’Elbe…

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Apollinaire EMERY, alors âge de trente ans, né à Grand-Lemps, dans l’arrondissement de La Tour du Pin, avait, comme chirurgien de la Garde, suivi Napoléon à l’île d’Elbe. Il accompagnait l’Empereur dans la marche sur Paris. Le 3 mars 1815, il reçut à Castellane un des passeports en blanc que Napoléon avait exigés du maire de cette ville et il partit en avant, comme s’il avait un congé et rentrait dans sa famille. Sur son chemin, il rencontra le général Mouton-Duvernet et lui assura que la garnison d’Antibes et que Masséna même s’étaient déclarés pour l’Empereur. Mouton écrivit au général Marchand qu’Emery allait à Grenoble et qu’il fallait l’arrêter.  Mais Emery se cacha et il avait eu le temps d’annoncer l’arrivée de Napoléon et de distribuer ses proclamations. Sous la Seconde Restauration il fut enfermé à la prison militaire de Besançon où le chef de bataillon Prétet, rapporteur au procès intenté au général Marchand lui fit subir, le 23 février 1816, l’interrogatoire suivant. 

EMERY.- Je suis passé à l’île d’Elbe comme chirurgien de la Garde de Bonaparte et j’y suis resté jusqu’au 26 février 1815, époque à laquelle je suis partie avec cette même Garde. J’ai débarqué le 1er mars au Golfe-Juan, je me suis mis en route le 2 mars au matin, et je suis arrivé le au matin à Castellane.  A midi du même jour, j’ai quitté la Garde par ordre de Bonaparte, pour venir à Grenoble où était ma famille. Arrivé à Laffrey, le 5 à 9 heures du matin, j’y ai trouvé le général Mouton-Duvernet à qui j’ai dit, sur sa demande, que Bonaparte arriverait ce même jour à Gap.  Le général m’avait reconnu parce qu’il m’avait vu dans la Garde.  Il a d’abord défendu de me donner des chevaux, mais il a ensuite levé cette défense ; il a pris la route de Gap et moi, celle de Grenoble où je suis arrivé le 5 à midi.  A 5 heures du soir du dit jour, j’ai appris dans mon auberge que le général Mouton-Duvernet avait rétrogradé sur Grenoble et qu’il avait invité le général Marchand à me faire arrêter.  Le général Marchand fit faire des recherches de son côté et en fit faire par le préfet.  Mais j’avais été averti à temps par mes amis ; je me cachai jusqu’à l’arrivée de Bonaparte, le 7 mars 1815, au soir.  En conséquence, je n’ai été témoin d’aucun des événements qui se sont passés dans la place jusqu’à ce moment.  Mais j’ai appris que le général Marchand était sorti de Grenoble avec une partie du 11ème régiment, par la porte Saint-Laurent, au moment où Bonaparte entrait dans la place par celle de Bonne, et j’ai été témoin que Bonaparte, dès le soir même et pendant tout le temps qu’il est resté à Grenoble, a envoyé plusieurs personnes au général Marchand pour l’engager à venir le joindre, propositions qui furent constamment rejetées.  Bonaparte a même fait appeler Mme Marchand pour l’engager à faire revenir son mari ; mais le général s’est retiré à  la campagne à quelques lieues de Grenoble. 

PRETET.- Quels ordres vous avait donnés Bonaparte à Castellane, et n’étiez-vous pas chargé de quelque mission pour le général Marchand ? 

EMERY.- Bonaparte m’a dit : « Va t’en à Grenoble, tu diras que j’arrive », et il ne m’a chargé d’aucune mission, ni pour le général Marchand, ni pour aucune personne. 

PRETET.- Est-ce que votre famille a quelques relations avec celle du général Marchand ? 

EMERY.- Non. 

PRETET.- Avez-vous annoncé à Grenoble l’arrivée de Bonaparte, ainsi qu’il vous en avait chargé ? 

EMERY.- La nouvelle était connue avant mon arrivée, et je n’ai vu que quelques anciens camarades qui m’on dit qu’on était à sa poursuite. 

PRETET.- Avez-vous vu à Grenoble, dans la journée du 5 mars 1815, le général Mouton-Duvernet ? 

EMERY.-  Je ne l’ai vu qu’à Laffrey et à Lyon où je suis venu le rejoindre Bonaparte

PRETET.- Quelle opinion avaient les personnes que vous avez vues à Grenoble, sur la conduite que pourrait tenir le général Marchand quand Bonaparte se présenterait devant la place ? 

EMERY.- Le général Marchand passait pour un partisan du Roi et on croyait qu’il se défendrait certainement s’il était secondé par les troupes ; en ce moment encore, le général Marchand passe dans son département pour un bon royaliste. 

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911) .

————–

A noter que le général Marchand (1765-1851) dont il est question plus haut est celui qui essaya de résister à Napoléon dans la place de Grenoble après le débarquement de l’île d’Elbe. Marchand évacua finalement la place le 7 mars 1815. Il sera accusé par le pouvoir royal, lors de la seconde Restauration, d’avoir livré la cité grenobloise à Napoléon. Cet officier sera traduit devant un conseil de guerre à Besançon en juin 1816 puis finalement acquitté. Sur le sieur Emery, personnage fort intéressant, il faut lire le petit ouvrage d’Albert Espitalier et intitulé : « Deux artisans du Retour de l’île d’Elbe. Le chirurgien Emery et le gantier Dumoulin » (Grenoble, B. Arthaud,1934).  Enfin la sépulture d’Emery a été restaurée en 2011 sous les auspices de l’Académie Napoléon, dirigée par Ronald Zins. Une cérémonie a eu lieu le 16 avril de cette même année au cimetière de Grand-Lemps (Isère) où repose le chirurgien bonapartiste. 

C.B. 

 

 

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( 4 avril, 2019 )

Le major Dauger à Antibes en mars 1815.

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On sait que les grenadiers envoyés par Napoléon à Antibes furent retenus prisonniers; mais on ignore ordinairement le rôle que joua dans cette aventure le major Dauger. Jean-Léopold-Honoré Dauger, né à Châteaudun en 1768, avait servi dans les colonies et il était devenu de grade en grade capitaine au régiment de Pondichéry 1798, lorsqu’il regagna la France en 1802. Chef de bataillon en 1807 et major depuis 1812, il s’était signalé par sa bravoure à Friedland, à Essling et au siège de Danzig. Le 1er  août 1815 il fut atteint paf l’ordonnance sur les retraite. ,Il était major du 87ème à Antibes et commandait le régi ment en l’absence du colonel lorsqu’eut lieu le débarquement de Napoléon ; comme on le verra dans sa relation, il fit arrêter le capitaine Bertrand qui précédait les grenadier;) et il encouragea le colonel Cunéo d’Ornano, commandant d’armes, à la résistance. Aussi lé gouverneur d’Antibes (absent dans la journée du 1er mars 1815), le maréchal de camp baron Corsin. reconnaît-il que Dauger montra, en cette circonstance, « une fermeté et une prudence exemplaires » et le maire et les adjointe de la ville attestent qu’il repoussa avec indignation le premier émissaire de Bonaparte, qu’il tint une « conduite brillante » et que, durant les Cent Jours, son attachement au roi lui « causa une foule de désagréments ». Quoi qu’il en soit, Dauger a,  dans la pièce suivante, relaté d’une façon assez vive et intéressante ce qu’il fit le 1er mars.

Arthur CHUQUET.

 

Rapport de ce qui s’est passé à Antibes le 1er mars 1815.

Le 1er mars, vers midi et demi, un militaire portant l’uniforme de voltigeur (et que j’ai su depuis se nommer Bertrand) se présenta chez moi. Je commandais alors le régiment en l’absence du colonel. Voyant cet inconnu très ému, mouillé de sueur et couvert de poussière, je lui dis: « Monsieur, qu’avez-vous? » Il me répondit : « Monsieur le major, je voudrais vous parler en particulier ». Ne sachant ce qu’il avait à me dire, je priai les personnes qui étaient alors chez moi de passer dans une autre pièce. Aussitôt l’inconnu s’approche de moi et me dit : « Monsieur le major, je viens vous offrir votre fortune.» Une telle proposition, faite par un homme que je n’avais jamais vu, m’étonna, et je lui dis vivement: « Qui êtes-vous? Monsieur, que voulez-vous ? Et d’où venez-vous ? » Ces questions l’interdirent et, voyant qu’il ne pouvait y répondre, je lai dis de s’expliquer clairement. 11 me répondit : « Je suis officier dans la Garde impériale ». Sans lui donner le temps d’achever : « Je ne connais, lui dis-je, que la Garde royale ». — « L’Empereur est ici près, reprit-il, et si vous voulez, votre fortune est faite ». Il me présenta alors six proclamations en me disant : « Faites-les connaître’ en les faisant publier et vous pourrez prétendre à tout ». Je jetai les yeux sur la première qui se présenta. Mais voyant que ces infâmes proclamations tendaient à détrôner le roi, à détruire l’auguste maison des Bourbons et à jeter la France dans tous les maux de la guerre civile, je lui dis : « Monsieur, comment, sans me connaître,  venez-vous me faire de pareilles propositions ? Je suis sans fortune, mais toujours imbu des bons principes et ne m’écartant jamais du sentier de l’honneur. Je ne connais que mon serment ; j’ai juré fidélité à mon roi, et je le servirai jusqu’à la mort. Je vous constitue mon prisonnier. » A ces mots, il tombe dans un fauteuil en s’écriant : « Je suis perdu ». J’appelai mon planton et, devant cet officier, je lui donnai cette consigne : « Vous vous opposerez à ce qu’il ne soit fait aucune insulte à cet officier ; mais je vous ordonne de faire feu sur lui, s’il cherche à se sauver. » Après avoir pris les premières mesures, je fis prier M. le colonel Cunéo d’Ornano, commandant de la place, d’avoir la complaisance de passer chez moi pour prendre communication de pièces de la plus

grande importance. Il se rendit à mon invitation et s’en retourna chez lui sans rien décider. Je fis alors prier M. le maire de passer chez moi pour prendre connaissance de ces mêmes pièces. M. le maire vint de suite, accompagné de M. Olivier, adjoint. Je leur remis les six proclamations, et après qu’ils en eurent pris connaissance, je demandai au maire s’il pouvait me répondre de l’esprit des habitants, 11 me demanda aussi si je pouvais répondre de ma troupe. Je lui en donnai l’assurance. Les troupes étant à l’exercice hors de la ville, je donnai l’ordre de les faire rentrer de suite et de faire garnir les armes de pierres à feu. J’obtins ensuite du commandant de la place que les ponts-levis fussent levés ; je fis doubler les postes, garnir de troupes les remparts, et les quatre compagnies d’élite furent placées en ordre de bataille sur la place où j’avais placé le drapeau. A 6 heures du soir, un officier vint sommer les autorités civiles et militaires de se rendre près de son général. Je demandai à cet officier le nom de son général, mais il ne voulut pas me le dire. Je le fis arrêter et conduire en prison ; il en fut de même d’un chirurgien déguisé qui appartenait au parti qui venait de débarquer. A 11 heures du soir nous reçûmes une dépêche envoyée, nous disait-on, par le général en chef. Il fut décidé qu’on garderait la dépêche sans la décacheter et par conséquent sans réponse, mais qu’on l’enverrait de suite à M. le maréchal prince d’Essling [Maréchal Masséna], gouverneur de la division.

M. le maréchal de camp Corsin qui était absent, arriva le 2 mars vers 2 heures du matin et donna de suite les ordres qu’il jugea convenables, Je puis assurer et je jure sur l’honneur que dans cette circonstance, les officiers, sous-officiers et soldats du 87ème régiment ont parfaitement bien rempli leurs devoirs et montré le plus grand dévouement à Sa Majesté Louis XVIII et à son auguste famille. Sur le rapport qui en fut fait à Sa Majesté, elle rendit une ordonnance en date du 15 mars, portant que la garnison d’Antibes avait bien mérité du Roi et de la patrie, et qu’il lui serait décerné des récompenses nationales. Le 87ème  régiment a été le dernier qui ait arboré le drapeau tricolore ; ce qui eut lieu le 12 avril, quarante «deux jours après cette malheureuse affaire, en vertu de l’ordre du maréchal Masséna. Le drapeau donné par le roi fut soigneusement conservé par le major qui l’emporta avec lui au dépôt du corps alors à Aix, et le renvoya au régiment lorsqu’il apprit l’heureux retour de Sa Majesté dans sa capitale.

Le Major du 87ème régirnent,

Chevalier DAUGER

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première série [seule série parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911, pp.11-15).

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( 1 mars, 2019 )

Napoléon au Golfe-Juan (1er mars 1815). Deux lettres d’Honoré V, prince de Monaco.

Napoléon au Golfe-Juan (1er mars 1815). Deux lettres d’Honoré V, prince de Monaco. dans TEMOIGNAGES golfejuan

Qui ne sait que, lorsque Napoléon débarqua au golfe-Juan, Cambronne, envoyé en avant-garde à Cannes, arrêta le duc de Valentinois (plus tard prince de Monaco sous le nom d’Honoré V [né en 1778, il est couronné en 1819 et règne jusqu’à sa mort, survenue le 2 octobre 1841), qui se rendait dans sa principauté, et l’envoya au bivouac de Napoléon ?

Voici sur cet épisode :

1°, le  récit inédit du Prince ; 2°, une spirituelle et piquante réponse qu’il fit à un article fantaisiste qu’Alexandre Dumas père avait publié dans le « Voleur » du 30 juin 1841. Il est inutile de commenter ces deux documents ; nos lecteurs sauront en apprécier la valeur.

Arthur CHUQUET (« Feuilles d’Histoire », 1er mai 1913).

I.

Lettre du prince Monaco au maréchal Soult, duc de Dalmatie, ministre de la Guerre.

Monsieur le Maréchal,

J’ai l’honneur d’annoncer à Votre Excellence qu’en arrivant le jeudi premier mars [1815] à Cannes, vers les cinq heures du soir, j’ai été arrêté par un général qui est venu au-devant de moi sur la route, m’a prié de descendre, ayant, disait-il, quelques ordres à me communiquer. Lorsque j’ai été descendu, il m’a montré a cocarde tricolore en me disant : « Vous voyez que nous sommes ennemis, mais ne craignez rien, il ne vous sera fait aucune injure. » Je me suis trouvé dans le même moment  entouré par un détachement de chasseurs de la Vieille Garde. Deux gendarmes qui m’escortaient en raison du passage de l’Estérel, ont été faits prisonniers comme moi. J’ai appris alors qu’un débarquement s’était opéré à une lieue environ de Cannes dans un petit golfe. Sept bâtiments, m’a-t-on dit, ont amené des troupes venues de l’île d’Elbe qui sont descendues vers trois heures après-midi.

Le général avait envoyé une estafette à l’état-major pour savoir ce qu’il fallait faire de moi. L’estafette ne revenant point, il m’a dit d’envoyer un de mes courriers chercher la réponse. J’ignore le contenu des ordres des ordres qu’a reçus le général, mais il m’a fait conduite à une auberge où je suis resté, gardé par un caporal dans ma chambre et un poste à ma porte.

Vers deux heures du martin, j’ai reçu de Napoléon l’ordre de me rendre en av avant du village pour l’attendre. Conduit par mon caporal, je suis arrivé à lap lace désignée où on avait allumé un feu. Au milieu d’un cercle de troupes, j’ai trouvé Napoléon qui m’a fait quelques questions insignifiantes et m’a dit que je pourrais continuer ma route après le passage des colonnes. Je me suis retiré à mon auberge avec mon caporal qui a continué à me garder jusqu’au départ des troupes, qui ont pris le chemin de Grasse dans les montagnes. On avait commandé 3.000 rations, mais on n’en a employé que [la] moitié environ. Des mulets ont été mis en réquisition pour les bagages. Point de cavalerie, mais une soixantaine de Polonais déterminés. Quelques pièces d’artillerie. J’ai eu des détails sur le débarquement, mais ils se contrarient : les uns m’ont dit que les vaisseaux étaient français, les autres que non. Il m’a semblé qu’à mon passage un bâtiment croisait devant les îles Sainte-Marguerite et attendait quelque nouvelle. Votre Excellence en sait sans doute beaucoup plus long que moi maintenant ; mais mon devoir m’ordonne de lui rendre compte du peu que j’ai appris, et comme je crains que le courrier ne se trouve intercepté, je prie Monsieur le gouverneur du comté de Nice de faire arriver ma lettre par un courrier du roi de Sardaigne.

Je vais m’occupez maintenant de tout ce qui peu  regarder lap lace Monaco, et j’aurai l’honneur, sous peu de jours, de faire un rapport à Votre Excellence. Je ne lui parle pas d’Antibes où j’ai passé hier après-midi. On y a fait prisonniers quelques hommes de la Garde, envoyé avec des proclamations portant que Napoléon allait remonter sur son trône. Il paraît que lui-même est venu de ce côté et n’a retourné vers Cannes qu’après avoir échoué à Antibes.

L’esprit de la Provence est entièrement prononcé pour le Roi. Beaucoup de questions ont été faites pour connaître l’esprit public : tous ont répondu comme le maire de Cannes qui a dit : « J’ai servi fidèlement Napoléon, il a abdiqué, je me dois tout entier au Roi, je lui serai fidèle ; tous les habitants pensent comme moi. » Le général qui l’interrogeait lui a dit : « Vous êtes un brave homme. » Trois ou quatre chasseurs de la Garde ont quitté leur chef à Cannes même m’a-t-on dit. En général ils sont trompés sur la manière dont le roi traite les troupes et surtout la Veille Garde. Il ne sera pas difficile de les ramener. Si on avait eu des troupes ou des armes à Cannes, le débarquement n’aurait eu aucun résultat ; le peuple était fort animé, et, sans la crainte de faire brûler la ville, il y aurait eu du sang répandu. Je dois observer à Votre Excellence qu’au moment où l’avant-garde est arrivée à Cannes, quelques habitants se sont échappés dans les montagnes pour porter la nouvelle. On m’a dit que les gendarmes avaient été sur-le-champ prévenir le préfet. On a commis la faute de ne pas envoyer sur la grande route de l’Estérel  pour prévenir du débarquement ; mais comme il ne se passe pas ordinairement beaucoup se voyageurs français sur cette route, on aura négligé cette précaution, croyant mieux d’envoyer prévenir promptement les autorités locales. S’il avait été possible de le prendre, on m’aurait épargné un grand désagrément et une inquiétude fort vive.

Ma lettre est écrite fort à la hâte, monsieur le Maréchal ; je vous prie de ne vous attacher qu’aux détails ; je me trouverai trop heureux s’ils peuvent vous être de quelque utilité.

Recevez, monsieur le Maréchal, l’assurance du respect avec lequel je suis votre serviteur.

Le duc de VALENTINOIS, prince de MONACO.

II.

Lettre du prince de Monaco à Alexandre Dumas.

8 juillet 1841.

Qu’un voyageur, homme d’esprit d’ailleurs, renouvelle des plaisanteries quelque peu usées sur la petitesse d’un pays ; qu’il laisse courir son imagination à la recherche d’une contredanse ; faute de mieux, que même il y joigne des personnalités d’une convenance plus ou moins hasardée, son article, comme tant d’autres, passera inaperçu.

Mais là s’arrêtent les limites du genre, et d’une histoire il n’est permis à personne de faire un conte.

Or, j’aperçois dans le « Voleur » du 30 juin un gros titre en majuscules.

LE PRINCE DE MONACO

Et en petites lettres : dont chacun sait l’histoire. A coup sûr, si quelqu’un le sait, ce n’est pas son historien.

D’abord, l’histoire ne s’est jamais mêlée de mes affaires. Je n’ai point été forcé de prendre une petite place à la cour de l’Empereur, parce que jamais il n’a appartenu à personne de faire violence à ma volonté. Je servais la France dès 1799. Aide-de-camp du prince Murat, je suis devenu, sur ma demande, premier écuyer de l’impératrice Joséphine et n’ai cessé de l’être que le jour où elle m’a rendu mon serment. L’estime de l’armée d’alors me rend peu sensible aux légèretés des journalistes ou des auteurs d’aujourd’hui.

Cela posé, Monsieur, j’ai un devoir à remplir, devoir pénible ; mais les paroles que vous prêtez à l’Empereur ainsi qu’à moi, le rendent impérieux : imaginer une conversation aussi puérile, aussi triviale, dans un moment aussi grave c’est commettre une faute de lèse-bon goût autant qu’altérer la vérité.

Les actions répondent aux paroles. Je ne me suis nullement frotté les yeux. On ne m’a point répété à satiété : bonjour, Monaco, parce qu’alors on n’avait ni un pareil ton, ni se semblables manières. A coup sûr, cette charge sur l’Empereur ne ressemble guère à son portrait. Or, vous savez sans doute qu’en fait de spéculation, la plus mauvaise de toutes est celle que l’on risque sur la vérité. L’Empereur ne m’a nullement offert de le suivre ; je ne lui ai pas répondu que j’attendrais ses ordres. Quant aux canons, il n’y en avait pas plus que d’artilleurs [ici, la mémoire du prince le trompe ; il disait en 1815 qu’il y avait « quelques pièces d’artillerie »].

L’officier français ne donne pas de coups de canne, le soldat n’en reçoit pas, et les princes de Monaco n’ont jamais fait pendre personne. Vous conviendrez, Monsieur, que votre imagination a trop de fécondité. J’étais loin de m’en plaindre en lisant vos romans, mais l’Histoire veut du vrai.

Recevez, Monsieur, l’assurance de ma très parfaite considération.

Prince de MONACO, duc de VALENTINOIS.

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( 12 février, 2019 )

Quelques figures d’Empire (III et fin).

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LABORDE (Lieutenant-colonel Etienne), 1782-1865. Après s’être enrôlé dans le 85ème de ligne, il est sous-lieutenant en 1809, puis passe lieutenant en 1811. Laborde est nommé capitaine le 8 avril 1813. Il participe aux campagnes d’Allemagne, de Prusse et de Russie. Après avoir été blessé à Viazma, il est appelé comme lieutenant en premier au 2ème régiment de chasseurs à pied de la Garde. Engagé dans la mémorable campagne de France, Etienne Laborde est nommé capitaine-adjudant-major dans la Garde le 8 mars 1814. C’est avec ce grade qu’il passe le 13 avril, après l’abdication de Napoléon à Fontainebleau, dans le Bataillon Napoléon qui devait suivre le souverain dans son exil de l’île d’Elbe. Plus tard, Etienne Laborde participe à la campagne de Belgique avec rang de lieutenant-colonel et le grade de chef de bataillon toujours aux chasseurs à pied de la Garde ; il est présent à Waterloo…Durant la seconde Restauration, Laborde, est rétrogradé au rang de capitaine et passe dans la Légion du département de l’Aude, puis dans plusieurs compagnies de fusiliers sédentaires. On le retrouve en 1830 lieutenant-colonel du 45ème de ligne. Après avoir participé à la campagne de Belgique  de 1831, cette fois, il prend le commandement de la place militaire de Cambrai. Etienne Laborde est admis en 1838 à la retraite. En août 1840, il participe à la seconde tentative de soulèvement de Boulogne-sur-Mer, dirigée par le prince Louis-Napoléon, dans laquelle on trouve le comte de Montholon, et plusieurs des combattants des guerres de l’Empire. Notamment le commandant Charles-Denis Parquin, auteur de fameux « Souvenirs », et qui avait déjà participé à la tentative de Strasbourg en 1836, le colonel de cavalerie en retraite Jean-Baptiste Voisin, présent à Austerlitz et en Allemagne en 1813. Arrêté, avec ses comparses, Laborde est condamné par la Cour des Pairs à une peine de « deux années d’emprisonnement » assortis de deux années de surveillance policière. Après avoir échoué, en 1848, aux élections pour entrer à l’Assemblée constituante, il fut élu, le 13 mai 1849, représentant de la Charente-Inférieure (devenue en 1941 la Charente-Maritime) à l’Assemblée législative. Etienne Laborde prit place dans les rangs de la majorité hostile aux institutions républicaines. La même année il occupe également les fonctions de « Commandant supérieur du Palais de Saint-Cloud ». Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il est nommé Gouverneur du Palais du Luxembourg.  L’historien Paul Bartel (dans son « Napoléon à l’île d’Elbe… », Perrin, 1947, p.143), juge  « Laborde, brave et bon soldat, est instruit, cultivé. Il admire Napoléon profondément et estime que jamais plus grand homme ne vint au monde. Il est surtout, communicatif, comme tour méridional. Aussi, répond-il avec force détails aux questions précises, embrassant tout ce que l’Empereur fait pleuvoir sur lui. »

LEFOL (Sous-lieutenant Louis-Hercule DUVAL) 1787-1824. Il quitte le Prytanée de Saint-Cyr en novembre 1813 avec le grade de sous-lieutenant et rejoint les rangs du 100ème  régiment d’infanterie de ligne. Louis-Hercule devient, par hasard, aide-de-camp de son oncle, le général Lefol. Il participera à ses côtés à la campagne de 1814 et à celle de 1815.

LEVAVASSEUR (Capitaine Octave), 1781-1866. Après avoir été élève à l’École polytechnique en 1800, puis élève sous-lieutenant à l’École d’application de Metz, en 1802, Levavasseur est nommé lieutenant en second dans les rangs du 2ème régiment d’artillerie à cheval l’année suivante. Il fit la campagne de 1805, fut blessé à Austerlitz, de 1806, présent à Iéna. Il est présent à Friedland en 1807, il sera nommé chevalier de la Légion d’honneur en avril de cette même année. Il se bat lors de la campagne d’Espagne, en 1808-1809. Levavasseur ayant été nommé aide-de-camp du général Seroux en 1806, il occupe quelques mois après cette même fonction auprès du maréchal Ney qu’il suivra jusqu’à sa mort (il sera fusillé en décembre 1815). Il est nommé successivement capitaine et chef de bataillon, tout en restant aide-de-camp du maréchal. Après la première abdication de Napoléon, il est réadmis comme chef de bataillon dans le corps de l’artillerie, puis devient aide-de-camp du général Dessolle ; enfin en cette même année 1815, Levavasseur est nommé capitaine en 1er dans l’artillerie à cheval de la Garde royale. Mis en non-activité en 1816, il est nommé, deux ans plus tard, chef d’escadron d’artillerie à cheval en demi-solde.

MARCHAND (Louis), 1791-1876. Il entre en 1811 dans la maison impériale comme garçon d’appartement. Sa mère est la première des trois berceuses du Roi de Rome, fils de Napoléon. En 1814, après la défection de Constant,  valet de chambre de Napoléon, Louis Marchand est choisi pour le remplacer, par le général Bertrand, grand maréchal du Palais. Marchand suivra Napoléon dans son exil à l’île d’Elbe, sera présent à Waterloo, et fera partie de ceux qui suivront l’Empereur à Sainte-Hélène. D’un dévouement sans borne, discret et efficace, il respectera la volonté de Napoléon en épousant la fille d’un des généraux s’étant illustré durant les guerres de l’Empire : celle du général Brayer.

MARTIN (Jacques-François), 1794-1874.  Il entre à l’École militaire de Saint-Cyr en 1812. L’année suivante, le sous-lieutenant Martin est en Allemagne dans les rangs du 154ème  régiment d’infanterie de ligne ; présent aux batailles de Lützen, à Bautzen, à La Katzbach. Il est nommé lieutenant peu avant celle de Leipzig. Il participe à la campagne de France. Durant la première Restauration, son régiment devient le 42ème de ligne, puis au retour de Napoléon, le 45ème. Le lieutenant Martin combat à Waterloo, son régiment faisant partie du 1er corps (Drouet d’Erlon), 3ème division (général Marcognet).

MAUDUIT (Hyacinthe-Hippolyte de), 1794-1862. À l’âge de 19 ans, ainsi que le lui permettait sa condition, il s’enrôla dans les Gardes d’honneur. Incorporé le 5 juin 1813 au 3ème régiment, il fut nommé fourrier le 24 juillet suivant, et c’est en cette qualité qu’il termina la campagne de 1813 en Allemagne, fit celle de France l’année suivante et fut blessé d’un coup de lance à la cuisse droite dans l’affaire livrée près de Reims le 15 mars 1814. Après l’abdication de l’Empereur, il rentra dans ses foyers avec le grade de sous-lieutenant de cavalerie honoraire. Mais son inaction fut de courte durée. Le nouveau gouvernement ayant réuni les débris des grenadiers de la Vieille Garde pour former le noyau du Corps Royal des Grenadiers de France, le 11 novembre 1814 le jeune Mauduit sacrifia allégrement son grade d’officier de cavalerie et entra comme sergent aux « Grenadiers de France ». Aux Cents-Jours, le 19 avril 1815 ce corps fut dissous et ses éléments servirent à constituer les 1er, 2ème  et 3ème  régiments de grenadiers à pied (Vieille Garde). Mauduit fut affecté au 1er  régiment. Il participa à la bataille de Ligny le 16 juin, à celle de Mont-Saint-Jean [dite de Waterloo] le 18, puis lors du licenciement définitif de la Garde, il retourna dans sa famille. Trois mois après, le 26 novembre 1815, il reprenait du service comme sergent-major au 5ème  régiment d’infanterie de la Garde royale.

MENEVAL (Baron Claude-François de), 1778-1850. Ce personnage fut tout d’abord secrétaire de Joseph Bonaparte (à partir de 1800) et employé pendant les négociations qui précédèrent la paix de Lunéville (1801), le Concordat et la paix d’Amiens (1802). C’est Joseph qui le propose à Napoléon, voulant se séparer de Bourrienne, pour occuper la fonction de secrétaire du Portefeuille ou secrétaire intime. Il restera à ce poste durant onze années, de 1802 à 1813 avant d’être remplacé par le baron Fain. Méneval occupe ensuite les fonctions de secrétaire des commandements de l’impératrice Marie-Louise. En 1810,  il est nommé maître des requêtes au conseil d’État, puis reçoit le titre de baron. Sous la première restauration, il suit la souveraine à Vienne. Méneval revient à Paris durant en mai 1815.

MIOT DE MELITO (Comte André-François), 1762-1841. Il entre dans l’administration militaire la veille de la révolution. En 1795, Miot est envoyé à Florence, puis à Rome et ensuite en Corse comme commissaire du pouvoir exécutif. L’année suivante il est ministre plénipotentiaire au Piémont .Après le coup d’état du dix-huit Brumaire, Miot est nommé  secrétaire général du ministre de la Guerre, le général Berthier. Après avoir occupé les fonctions d’administrateur général en Corse, il réintègre le Conseil d’État, où il avait été nommé une première fois. En 1806, Miot est mis à la disposition de Joseph Bonaparte, roi de Naples. Il occupe dans ce royaume les fonctions de ministre de l’Intérieur et suivra Joseph en Espagne, lorsqu’il est nommé souverain de ce pays. Miot est intendant de la maison du Roi. Il rentre en France avec lui après la chute de son royaume en 1813. En 1814, Miot reprend sa place au Conseil d’État et reçoit le titre de comte de Mélito. Il suivra Joseph, nommé lieutenant-général de l’Empire (chargé de la défense de Paris), lorsque ce dernier part à Blois avec le conseil de régence, alors que la capitale connaît de vifs affrontements, et qu’approchent les troupes alliées…  L’année 1815 sera particulièrement douloureuse pour le comte Miot de Mélito : à Waterloo, le 18 juin 1815, son fils est grièvement blessé (et mourra six mois après) ; son gendre, le général Jamin (major des grenadiers à cheval de la Garde) est tué.

MONTHOLON  (Comtesse Albine-Hélène de, née VASSAL), 1779-1848. Après un premier mariage elle épouse en 1812 le fameux général Charles-Tristan, comte de Montholon (1783-1853), ce qui déplaira à Napoléon, par la mauvaise réputation. Le couple suit l’Empereur à Sainte-Hélène. Dans ce huis-clos particulier qu’est la captivité de Napoléon, elle aurait adouci le séjour du plus célèbre prisonnier du monde… En juillet 1819, sous prétexte médical, la comtesse de Montholon quitte Sainte-Hélène, laissant son époux. Il convient de préciser que, quelques mois auparavant, son chemin avait croisé celui de Basil Jackson (1795-1889), lieutenant de l’état-major de Hudson Lowe. Elle le retrouvera bientôt à Bruxelles.

PASQUIER (Etienne-Denis, baron), 1767-1862.  Napoléon le choisit en 1810 comme Préfet de police, en remplacement de Dubois. Après le départ de l’Impératrice le 29 mars 1814,  il représente la seule autorité avec le Préfet de la Seine. Pasquier parvint à y maintenir l’ordre tout en favorisant  les intrigues de Talleyrand en faveur de Louis XVIII. Renvoyé le 21 mai 1814, le poste de Préfet de police ayant été supprimé, il se retrouve la direction des Ponts et Chaussées. Écarté durant les Cent-Jours et exilé de Paris, Pasquier devient par la suite garde des Sceaux et ministre de l’Intérieur par intérim dans le gouvernement Talleyrand-Fouché en juillet 1815. 

PAULIN (Général Jules-Antoine), 1782-1876.  Élève à l’École Polytechnique en 1799 puis élève sous-lieutenant du génie à l’École d’application de Metz en 1801. Il est nommé à sa sortie, quelques mois plus tard,  lieutenant au corps impérial du génie. Nommé capitaine en 1804, il devient deux ans plus tard, aide-de-camp du maréchal Augereau, puis occupe les mêmes fonctions auprès du général Bertrand. Il servira auprès de ce dernier en Espagne puis à l’armée d’Allemagne, avant de le retrouver en 1813 en Saxe. Nommé major du génie en novembre 1813 puis envoyé en mission de reconnaissance sur la frontière suisse à la fin de cette même année. Directeur du génie de l’armée de Champagne en 1814, Paulin occupe à nouveau les fonctions d’aide-de-camp auprès du général Bertrand (ce dernier occupe également depuis l’année précédente les fonctions de grand maréchal du Palais). Il est nommé colonel le 15 mars 1814. Sous la première Restauration on le retrouve directeur des fortifications à Antibes. Affecté à l’état-major du génie du 7ème corps d’observation en avril 1815, il devient par la suite directeur des travaux de défense de Lyon. Dans un premier temps mis en non-activité après la chute de l’Empire, Paulin reprend du service en 1816 puis accède au poste de directeur des fortifications de Paris en 1818. Maréchal de camp en 1839, il est nommé membre du comité des fortifications, puis inspecteur général du génie. Il obtient sa retraite en 1848 mais sera affecté  à la 2ème  section du cadre de l’état-major général en 1852.  Paulin était chevalier de la Légion d’honneur depuis 1807 ; nommé officier (en 1815) puis commandeur (en 1831) du même ordre. En outre, il était chevalier de l’ordre de Saint-Louis depuis 1814. Ce brillant officier prit part à toutes les campagnes de l’Empire, sauf à celle de Russie.

PEYRUSSE (Guillaume-Joseph-Roux), 1776-1860. Engagé dès l’âge de dix-sept ans dans la « Compagnie de chasseurs du bataillon de la masse de Carcassonne », on le retrouve durant plusieurs années au sein de l’Armée des Pyrénées-Orientales. Entre l’automne 1793 et l’année 1800, le jeune Peyrusse y occupe les fonctions de soldat ou, alternativement, celles de secrétaire dans les bureaux de l’état-major. En l’an II (1794), il demande un congé pour maladie et reçoit son congé définitif le 5 thermidor an VIII (24 août 1800). Jusqu’à l’automne 1805, Peyrusse restera au sein de sa famille. Plus tard, grâce à  son frère André, déjà dans la place,  il intègre les bureaux du Trésor de la Couronne. L’année 1809, celle de la campagne d’Autriche, marque un tournant dans sa carrière. Il est nommé successivement, le 1er février et le 7 mars de cette même année, « inspecteur et seul inspecteur du Trésor de la Couronne ». Puis le 24 mars, il est désigné par son supérieur, le Trésorier général Estève, pour faire « le service de Payeur du Trésor général de la Couronne à la suite du Quartier-Général impérial ». Dès le lendemain de sa nomination, Guillaume Peyrusse suit la Grande Armée qui part pour l’Autriche. Il retrouve l’Autriche en février 1810, pacifiquement cette fois: il est désigné pour aller au-devant de Marie-Louise, la future impératrice des Français. Le 5 mars 1812, peu après sa nomination de Payeur du Trésor de la Couronne à la suite de l’Empereur, il prend la route de l’est. Peyrusse traverse l’Allemagne et en profite pour visiter de nombreux lieux et monuments. Tout au long de sa vie, il est animé par une soif de curiosité intellectuelle, cette volonté d’en apprendre chaque jour un peu plus.  L’année 1813 le trouve en Allemagne, se remettant lentement de son retour de Russie et découvrant Berlin. Peyrusse s’embarque pour la campagne de Saxe, qui verra la mort tragique de Duroc, son protecteur. Le général de Caulaincourt, Grand-Écuyer de l’Empereur et le baron Fain, secrétaire de Napoléon, prennent le relais et l’assurent de leur bienveillance. «Vers la fin de la campagne de Saxe », il est nommé cette fois « Payeur de l’Empereur », mais ce titre ne sera jamais officialisé.  Peyrusse assiste en témoin observateur à la campagne de France. Présent à Fontainebleau lors de la première abdication de l’Empereur, il est encore là lors de la scène mémorable des Adieux. Volontaire pour suivre le souverain dans son minuscule empire de l’île d’Elbe, il en sera un des acteurs les plus importants et un collaborateur de Napoléon incontournable. En toute logique c’est lui qui occupe les fonctions de « Trésorier général de l’Empereur et Receveur général de l’île ». Celui que Napoléon aime à appeler, avec son accent si particulier, Peyrousse, a su obtenir  la confiance du souverain. Le 26 février 1815, Peyrusse suit l’Aigle dans son envol historique vers les côtes de France. « Napoléon à l’île d’Elbe, n’avait pas perdu son Empire ; il y rentrait après onze mois d’absence, et déjà il régnait dans tous les lieux où pénétrait la nouvelle de cet étonnant retour. », écrit notre témoin. Napoléon le nomme, le 23 mars 1815, Trésorier général de la Couronne. Puis, quelques jours après, Peyrusse est fait Baron de l’Empire. Resté à Paris, il ne participe pas à la campagne de Belgique. Le 21 juin 1815, à trois heures du matin, il apprend la défaite de Waterloo… Il est nommé officier de la Légion d’honneur ce même jour. Cinq jours plus tard, au château de Malmaison, Guillaume Peyrusse rencontre le souverain déchu qui lui dicte ses ultimes instructions. A Sainte-Hélène, L’Empereur, confie aussi à ses compagnons de captivité, ses opinions sur les centaines de personnages qu’il a rencontrés durant son règne. Son jugement est quelquefois sévère ou erroné. Aussi Guillaume Peyrusse est-il accusé à tort, par Napoléon d’avoir détourné « 2 à 300 000 francs en lettres de change » Après la mort de l’Empereur, Peyrusse n’a de cesse de se justifier, chiffres à l’appui. Il est soutenu dans son combat par d’autres proches de Napoléon. Les  compagnons de la Captivité, les généraux Bertrand et Montholon, le baron Fain, ou encore Louis Marchand, valet de chambre du souverain, et Louis-Etienne Saint-Denis, le fameux mameluck Ali, assurent Peyrusse de son bon droit. Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, Peyrusse réside dans sa ville de Carcassonne. Il se marie et une fille, Louise, vient combler son existence. De 1832 à 1835, il en est le premier magistrat et sera, par la suite, durant neuf années, membre du Conseil général du Département de l’Aude. Le 1er juillet 1853, Guillaume Peyrusse est fait Commandeur de la Légion d’honneur. Napoléon III, en lui remettant cette haute distinction, lave ainsi l’accusation de l’Empereur, son oncle.

PLANAT DE LA FAYE (Capitaine Nicolas-Louis), 1784-1864. Simple soldat au 8ème bataillon bis du train d’artillerie, Planat est nommé l’année suivante successivement fourrier puis maréchal des logis. En 1808, il est nommé maréchal des logis chef à ce même régiment. En 1809, il devient sous-lieutenant adjoint à l’Inspection générale du train d’Artillerie à la Grande-Armée. Trois ans plus tard, Planat est nommé lieutenant et aide-de-camp du général Lariboisière, occupant alors les fonctions de 1er inspecteur général d’artillerie. En 1813,  il est désigné pour être aide-de-camp du général Drouot ; en octobre de la même année, il est nommé capitaine. Blessé grièvement au combat de Château-Thierry, le 12 février 1814, il ne peut suivre l’Empereur à l’île d’Elbe. En novembre 1814, il est affecté comme capitaine au 1er escadron du train d’Artillerie. Le mois suivant il est nommé aide-de-camp du général Evain.  Fin avril 1815, il est désigné par l’Empereur pour être un de ses officiers d’ordonnance. Planat était en mission à Toulouse quand la nouvelle du désastre de Waterloo lui parvint. Il se précipite à Paris. Napoléon voulut l’emmener avec lui à Sainte-Hélène, mais absent au moment de l’embarquement, c’est le général Gourgaud qui est désigné à sa place. Après le départ de l’Empereur, Planat est expédié à l’île de Malte comme prisonnier de guerre. A sa libération, il s’efforça de rejoindre l’illustre prisonnier. Il obtiendra enfin l’autorisation nécessaire trop tard : Napoléon venait de s’éteindre… L’Empereur, dans son testament lui lègue quarante mille francs. Considéré comme démissionnaire, Planat est rayé des contrôles de l’armée le 3 juillet 1815. Il devint le secrétaire de Jérôme Bonaparte puis celui d’Eugène de Beauharnais. Il avait participé aux campagnes de Prusse, de Pologne, d’Allemagne : à celles de Russie, de Saxe et de France. Chevalier de la Légion d’Honneur le 21 juin 1813 il nommé officier du même ordre le 15 mars 1814.  Planat, fut autorisé, en 1860, à ajouter à son nom celui de « de la Faye ».

ROEDERER (Baron Antoine-Marie), 1782-1865. Second fils du conseiller d’État Pierre-Louis Roederer, ce personnage fut d’abord attaché au ministère des Relations extérieures, puis auditeur au conseil d’État. Détaché au royaume de Naples, sous le règne de Joseph Bonaparte, il occupe de hautes fonctions administratives. Rentré à Paris après le remplacement de Joseph par Joachim Murat, sur le trône du Royaume de Naples, il est nommé en 1810 préfet du département du Trasimène (Italie), puis début 1814, il devient celui de l’Aube. Roederer est obligé d’évacuer son département avec l’avancée des troupes ennemies. Le jeune fonctionnaire n’hésitera pas à embrasser une carrière militaire lors de la campagne de France. Il retrouve sa préfecture durant les Cent-Jours et la Seconde Restauration. Ce personnage fut nommé officier dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1811, puis chevalier en 1858. Napoléon Ier  l’avait nommé baron de l’Empire en 1810.

RUMIGNY (Colonel Théodore de GUEULLUI de) 1789-1860.  Issu d’une famille d’émigrés, autorisée à rentrer en France après le dix-huit brumaire, le jeune Rumigny débute une carrière dans les bureaux du ministère des Affaires étrangères, avec la bienveillance du Premier Consul.  Plus tard, il est admis en 1805 à l’École militaire de Fontainebleau. Théodore de Rumigny en sort avec le grade de sous-lieutenant l’année suivante. C’est durant la campagne de Prusse, qu’il fait ses premières armes sous les ordres du général Gudin. Remarqué au combat de  Presbourg, où il est blessé, Rumigny est nommé lieutenant dans les rangs du 12ème régiment d’infanterie de ligne. Il est de nouveau blessé à Wagram. Nommé adjudant-major en juillet 1809 puis capitaine en 1811 au même régiment, il participe à la campagne de Russie et devient aide-de-camp du général Gérard, début janvier 1813.. Chef de bataillon en juillet 1813, tout en gardant ses fonctions d’aide-de-camp, il participe à la campagne d’Allemagne et à celle de France.En avril 1814, Rumigny est nommé colonel. Durant la campagne de Belgique, il est attaché à l’état-major du général Gérard (commandant le 4ème corps). Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur en août 1812, puis officier du même ordre en septembre 1813.

TOUSTAIN-FRONTEBOSC (Victor-Louis-Alexandre, marquis de), 1774-1829. Admis fort jeune à l’école d’artillerie de Metz, il entre, quatre ans après, dans les gardes du corps, compagnie de Luxembourg. Toustain obtient le brevet de sous-lieutenant de remplacement aux chasseurs de Flandres. Il émigre en 1791, passe à l’armée des Princes. Toustain passe en Russie dans les rangs de l’armée de Condé. Plus tard, de 1801 à 1807, on le retrouve en Angleterre à l’état-major de celle du Portugal. En 1814, le marquis de Toustain réside à Chartres, où il est depuis l’année précédente, capitaine de la Garde urbaine. Il assiste à une étape de l’impératrice Marie-Louise qui passe une nuit dans cette ville,  ayant fui  Paris (le 29 mars) pour Blois (où elle arrivera le 2 avril). Toustain se croyant être plus utile à Paris, « pour la cause royale », se rendra plusieurs fois dans la capitale. Après la Première restauration, il fit partie de la compagnie de Wagram,  mise sur pied par le Roi et confiée au maréchal Berthier, prince de Wagram, et ancien serviteur de l’Empereur. Pendant les Cent-Jours, le marquis de Toustain suit Louis XVIII à Gand, en Belgique.

C.B.

 

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( 8 février, 2019 )

De quelques personnages méconnus…

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Le retour de l’île Elbe est le prétexte d’évoquer ici plusieurs personnages…

Commençons par Jean Dumoulin (1786-1856). « Il suivra l’Empereur jusqu’à Paris, jusqu’à Waterloo où un coup de sabre le rend à demi-sourd. Prisonnier quelque temps des anglais, il réussira à faire fortune à Londres puis à Amsterdam. Revenu en France, il s’établit à Paris où il essuie des revers… » (Sophie et Anthelme Troussier, « La Chevauchée héroïque du Retour de l’île d’Elbe », Grenoble, Imprimerie Allier, 1964, p.148). N’oublions pas son compère, un autre des partisans de l’Empereur : « Apollinaire Emery [1786-1821], alors âge de trente ans, né au Grand-Lemps (Isère), dans l’arrondissement de La Tour du Pin, avait, comme chirurgien de la Garde, suivi Napoléon à l’île d’Elbe. Il accompagnait l’Empereur dans la marche sur Paris. Le 3 mars 1815, il reçut à Castellane un des passeports en blanc que Napoléon avait exigés du maire de cette ville et il partit en avant, comme s’il avait un congé et rentrait dans sa famille. Sur son chemin, il rencontra le général Mouton-Duvernet et lui assura que la garnison d’Antibes et que Masséna même s’étaient déclarés pour l’Empereur .Mouton écrivit au général Marchand qu’Emery allait à Grenoble et qu’il fallait l’arrêter. Mais Emery se cacha et il avait eu le temps d’annoncer l’arrivée de Napoléon et de distribuer ses proclamations », écrit à son propos Arthur Chuquet dans ses « Lettres de 1815 » (Librairie Ancienne, Honoré Champion, Éditeur, 1911). « L’Empereur avait, depuis quelques années, dans sa Garde, une jeune chirurgien de Grenoble (Emery), qui avait offert de suivre à l’île d’Elbe les compagnies accordées à Napoléon par le traité de 1814. Il avait quitté momentanément ces compagnies, à Lyon, pour venir à Grenoble prendre congé de ses parents et de ses amis. M. Emery mit à profit son séjour dans cette ville et y forma des liaisons avec quelques partisans déterminés de l’Empereur, entre autres avec un de ses confrères et un jeune gantier (Jean Dumoulin). On présume qu’ils se concertèrent pour établir entre eux une correspondance secrète et l’on assure que des paquets de gants de Grenoble transportaient périodiquement à Porto-Ferrajo [Portoferraio] des bulletins circonstanciés des bulletins sur l’état des choses et des esprits en France ». (J. Berriat de Saint-Prix, «Napoléon 1er à Grenoble. Histoire du 7 mars 1815 », Grenoble, Maisonville et Fils et Jourdan, Libraire-Editeurs. Paris, Auguste Durand, Libraire de la Bibliothèque des Avocats, p.25). Sur ces deux personnages, il faut lire l’ouvrage d’Albert Espitalier et intitulé : « Deux artisans du Retour de l’île d’Elbe. Le chirurgien Emery et le gantier Dumoulin » (Grenoble, B. Arthaud, 1934).

Qui connaît Jean Sari (1792-1863) ? Aspirant de marine en 1814, Sari refuse de se rallier à la Première Restauration et gagne l’île d’Elbe. Napoléon le reçoit avec empressement. Il est nommé enseigne en second de l’Inconstant le 9 juillet 1814. Ayant fait preuve d’audace au cours du premier voyage que fit l’Empereur à l’île de la Pianosa, c’est lui qui tient la barre de l’Inconstant dans la nuit 26 février 1815. Sari devient commandant de ce même navire le 27 mai 1815. Rayé des cadres de la marine en juillet 1815, il est obligé de quitter la France. En 1818, Sari est envoyé par Madame Mère au service de Joseph Bonaparte, au États-Unis. Il sera à son service durant quinze ans. Il devient son intendant et effectue pour son compte plusieurs missions en Europe. Sari sera en relation avec le prince Louis Napoléon, futur Napoléon III, dans ses menées bonapartistes.

Honoré de Grimaldi (1778-1841), qui règnera en 1819 à Monaco, après la mort de son père, sous le nom d’Honoré V. Entre 1798 et 1809, il fut aide camp de Grouchy, puis de Murat. « Dans la soirée, le poste avancée du côté de Cannes arrêta un courrier qui fut amené au bivouac de l’Empereur. Cet homme fit connaître qu’il était au service du Prince de Monaco, dont il précédait la voiture et qu’antérieurement il avait postillon de l’impératrice Joséphine. Quelques gens des écuries le reconnurent pour tel. L’Empereur le questionna sur l’esprit public de la capitale, sur ce que l’on disait de lui, Napoléon, sur les Bourbons, etc. Sa Majesté parut assez satisfaite de ce lui répondit ce courrier ; elle congédia en lui disant de continuer sa route. Il allait à Monaco » (Mameluck Ali, « Souvenirs sur l’empereur Napoléon 1er. Présentés et annotés par Christophe Bourachot », Arléa, 2000, pp.91-92). « 2 mars [1815]. A minuit, le départ eut lieu. Cette première marche fut silencieuse. Nous nous trouvions lancés dans une entreprise très périlleuse. L’Empereur vit à la poste le prince de Monaco, lui fit beaucoup de questions et lui dit en partant : – « Venez-vous avec nous, Monaco ?… » (G. Peyrusse, « En suivant Napoléon. Mémoires… », Editions AKFG, 2018). « Vraisemblablement, le seul encouragement que Napoléon reçut à Cannes lui fut donné par le courrier du duc de Valentinois. Cet homme assura que la Provence une fois traversée, tout le monde serait pour l’Empereur. Le prince fut aussi amené au bivouac. « -Venez-vous avec nous, Monaco ? » demanda l’Empereur en riant. « -Mais, Sire, je vais chez moi. » « -Et moi aussi, « répondit Napoléon. » (Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…», p.214). Chuquet a publié en 1913 dans sa revue « Feuilles d’Histoire » deux lettres inédites sur cet épisode.

André Pons de l’Hérault (1772-1853) prend la direction des mines de fer de l’île d’Elbe, dès son arrivée sur place le 16 octobre 1809. Républicain de la première heure, ayant croisé Bonaparte en 1793 à Toulon, il apprend à connaître l’Empereur durant son séjour elbois. Il en deviendra un des plus actifs partisans. Pons de l’Hérault suit le souverain lors de son retour en France et il est envoyé en mission par Napoléon auprès de Masséna (à Marseille), afin de le rallier à sa cause. Durant les Cent-Jours, Il est nommé préfet du Rhône. André Pons de l’Hérault a laissé un très précieux témoignage qui parut pour la première fois en 1897sous les auspices de Léon-G. Pélissier. Pons est également l’auteur d’un autre témoignage intitulé « Mémoire aux puissances alliées », qui sera publié en 1899.

Le docteur Foureau de Beauregard (1774-1848), élève du célèbre Corvisart, avait été médecin par quartier de l’Infirmerie impériale. Il avait fait comme tel la campagne de France. « Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement « une commère » et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », p.93). Présomptueux et suffisant, phraseur sans idées, Foureau de Beauregard se croit un aigle, alors qu’il n’est qu’un homme très ordinaire. Médisant et de mauvaise foi, il se crée des ennemis partout ; il est la risée de la cour où on l’appelle Purgon, allusion à l’un des médecins de la pièce du grand Molière, « Le Malade imaginaire ».

François Gatte (ou Gatti) (1789-1832) était pharmacien de l’hôpital militaire de Portoferraio. Reçu docteur en pharmacie à Paris, Gatte participe a partir de 1808 aux campagnes de l’Empire. A l’île d’Elbe il est en charge du personnel de la maison de l’Empereur. « C’est un homme sans instruction qui ne cherche même pas à se perfectionner. Il se contente de préparer le plus consciencieusement possible les ordonnances qu’on lui remet. Avec cela modeste et doué d’une nature aimable, complaisante. Il a le désir de plaire et est aimé de tout le monde, surtout de sa femme, la belle et vertueuse Bianchina Ninci qu’il a épousé le 28 octobre 1814 à l’île d’Elbe. Malgré son caractère facile, il se dispute violemment avec le médecin-chef [Foureau de Beauregard] et de nombreuses querelles s’élèvent entre eux. Napoléon est souvent obligé d’intervenir. »

Jules Loubers (1785-après 1840) commandait à l’île d’Elbe la 4ème compagnie de la Garde Impériale. Après un début dans les troupes italiennes, Loubers entre comme capitaine au 1er grenadiers à pied de la Garde Impériale. « Le capitaine Jules Loubert [Loubers] affectait les allures de ce qu’on appellerait une personne bien née ; ce qui n’est pas toujours la preuve d’une haute naissance. Cependant le capitaine Loubert [Loubers] était « fils de famille », comme on disait jadis. Ses prétentions aristocratiques le rendaient impopulaire ; il n’était pas aimé. L’Empereur le chargea d’aller à Gênes acheter des draps. Puis il le choisit pour être le danseur de la princesse Pauline, ce qui était un bon choix, car le capitaine Loubert [Loubers] dansait parfaitement. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », pp.326-327).

Le commandant Anselme Malet (1779-1815) était chef d’état-major de la Garde à l’île d’Elbe. Il sera tué à Waterloo… André Pons de l’Hérault qui l’a côtoyé sur place, écrit dans ses « Souvenirs » qu’il « avait peu d’instruction, mais c’était une belle nature de soldat, de bon soldat, franc, loyal, dévoué, pouvant honorablement remplir sa tâche et la remplissant à la complète satisfaction de l’Empereur… ». Cet officier, blessé plusieurs fois, participa aux campagnes d’Italie, d’Égypte, de 1805/1807. On retrouve Malet en Espagne, puis plus tard en Autriche. Il est en Russie, en Allemagne et participe à la campagne de France. « Après avoir commandé le bataillon de la Garde Impériale ayant accompagné l’Empereur à l’île d’Elbe, il est promu major dans la Garde Impériale le 27 février 1815 à l’âge de 37 ans et 22 ans de service. Major du 3ème régiment de chasseurs à pied de la Garde Impériale le 13 avril 1815, il participe avec l’Armée du Nord à la campagne de Belgique et est blessé d’un coup de boulet à l’épaule gauche à la bataille de Waterloo, 18 juin 1815. Décédé aux ambulances de Charleroi des suites de ses blessures le 9 août 1815. » (B. Quintin, « Dictionnaire des colonels de Napoléon », SPM, 1996, pp.563-564).

Nicolas Raoul (1788-1850) que l’on ne confondra pas avec un autre officier, Jacques Roul (1775-1840). Raoul, enfant de troupe au 5ème régiment d’artillerie à pied le 21 mai 1802, entre le 1er octobre 1806 à l’École polytechnique et passe comme élève sous-lieutenant au 5ème régiment d’artillerie à pied le 27 juin 1809 pour prendre part aux campagnes d’Allemagne de 1809 à 1811. Il sert au siège de Riga pour être promu capitaine le 22 juillet 1812. Nicolas Raoul participe à la campagne de Russie et entre dans l’artillerie de la Garde Impériale, comme lieutenant le 1er octobre 1812. Il est à Bautzen, Dresde et à Leipzig, en 1813. Il a un cheval tué sous lui à Hanau. En 1814, Raoul se bat à Brienne, Montereau, et à Arcis-sur-Aube. Lors de la première abdication de l’Empereur, il suit le général Drouot, avec le grade de capitaine de la Vieille Garde, à l’île d’Elbe. Il sera notamment chargé de fortifier la petite île de la Pianosa et d’aménager la résidence impériale de San Martino. Au retour de Napoléon, qu’il a suivi jusqu’à Paris, Raoul est nommé chef de bataillon dans l’artillerie de la Garde, avec rang de major dans ligne. Il participe à la campagne de Belgique. Grièvement blessé à Waterloo, il reste sur le champ de bataille, la cuisse brisée. Il est fait prisonnier. Soigné probablement à Bruxelles, Raoul est libéré sur parole et rentre des foyers à Neufchâteau (Vosges) en septembre 1815. Plus tard, il devra fuir la France pour les États-Unis d’Amérique, puis le Guatemala ou il œuvra, afin que ce pays reste indépendant, tout en exploitant une importante propriété agricole. Début 1833, Nicolas Raoul rentre en France. Sur les recommandations des généraux Drouot et Bertrand, Raoul avait été nommé par Louis-Philippe lieutenant-colonel et réintégré sur les contrôles de l’artillerie française. Il occupe donc des postes à Douai, à Lyon, Perpignan et Besançon. Le 19 juillet 1845, il est nommé maréchal de camp, puis le 24 octobre 1848, commandeur de la Légion d’honneur. Enfin, le 7 janvier 1849, Raoul est nommé commandant de l’artillerie de la 1ère division militaire à Vincennes. Il s’éteint le 20 mars 1850, date-anniversaire du retour de Napoléon à Paris. Concernant Jacques Roul, dont le nom est parfois orthographié Ruhl, cet « officier casseur d’assiettes et tapageur » Napoléon transmet une note à son sujet au grand maréchal Bertrand : « Longone, le 11 septembre 1814. Fonctions du chef d’escadron Roul. Le sieur Roul aura le commandement de toute ma cavalerie : en conséquence, les Polonais, chasseurs, Mamelucks, tant à pied qu’à cheval, seront sous ses ordres ; il m’accompagnera constamment à cheval, et il lui sera donné un cheval de mon écurie avec deux pistolets ; il commandera mes escortes et prendra les mesures de sûreté convenables ; il se concertera avec le commandant de gendarmerie pour le placement des gendarmes dans les lieux de passage, mais jamais les gendarmes ne devront me suivre… » (Léon-G. Pélissier, « Le Registre de l’île d’Elbe… », pp.113-114). A noter que Roul était « arrivé à l’île d’Elbe après le débarquement de Napoléon, il se disait chef d’escadron d’artillerie et manifestait une exaltation débordante pour l’Empereur à qui il avait offert ses services. Les soldats de la Garde l’accueillirent avec empressement et Napoléon le nomma premier officier d’ordonnance. On sut rapidement qu’il n’était que capitaine d’où des explications violentes avec des officiers de la Garde. Bien qu’aucun document officiel ne parle de ce premier officier d’ordonnance il est pourtant repris comme tel dans des lettres de l’Empereur ».

C.B.

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( 9 octobre, 2018 )

Le général Reille…

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Honoré-Charles-Michel Reille naît le 1er septembre 1778 à Antibes (Var).

Il entre comme grenadier au 1er bataillon du Var le 1er octobre 1791. Reille passe sous-lieutenant au régiment royal de Hesse-Darmstadt (94ème  d’infanterie) le 15 septembre 1792 et prend part à la campagne du Nord. Il est élevé au grade de lieutenant le 7 frimaire an II (27 novembre 1793), de capitaine le 4 prairial an IV (23 mai 1796), et devient aide-de-camp du général Masséna le 15 brumaire an V (5 novembre 1796).

Reille l’accompagne en Italie où il se signale dans différents combats. Créé chef d’escadrons provisoire sur le champ de bataille, le 18 nivôse an V (7 janvier 1797), il est confirmé dans ce grade 4 prairial suivant (23 mai). Après le traité de Campo-Formio, il est nommé, le 27 pluviôse an VII (15 février 1799), adjudant-général de l’armée d’Helvétie. Il remplace le général Oudinot, blessé, à la tête de ses troupes et entre dans Zurich. Il suit Masséna en Italie où il se distingue dans plusieurs combats.

le général occupe les postes de chef d’état-major d’une armée d’observation, de sous-chef d’état-major général des armées françaises en Italie et est nommé général de brigade le 11 fructidor an XI (29 août 1803).

Reille devient commandeur de la Légion d’Honneur le 25 prairial an XII (15 juin 1804). En 1806, il rejoint la grande armée pour la campagne d’Austerlitz et prend part à la tête d’une brigade du 5ème corps aux combats de Saalfeld, Iéna, Pułtusk. Le maréchal Lannes le choisit pour chef d’état-major et il se distingue à Ostrolenka. Il devient aide-de-camp de l’Empereur le 13 mai 1807 et est élevé au rang de comte de l’Empire le 29 juin 1808. Après la paix de Tilsitt, il devient commissaire extraordinaire en Toscane, puis rejoint
la Catalogne.

En septembre 1809, il est nommé commandant du 1er corps de l’armée du Nord de l’Espagne. Il rejoint la grande armée pour la campagne d’Autriche et commande division de la Garde à Wagram. L’Empereur lui confie ensuite un des corps opposé au débarquement en Zélande. De là, il rejoint l’Espagne en mai 1810 comme gouverneur de la Navarre. Le 26 janvier 1812, il prend le commandement du corps de l’Ebre et le 16 octobre 1812 celui de l’armée de Portugal. Dans les dernières opérations de la campagne il commande l’aile droite française et combat sur la Bidassoa, en Navarre, à Orthez et à Toulouse. 

Après l’abdication, il devient inspecteur général d’infanterie des 14ème et 18ème  divisions. Il est nommé grand officier de la Légion d’Honneur le 29 juillet 1814, grand-croix de l’Ordre le 14 février 1815 et chevalier de Saint-Louis le 27 juin de la même année.Pendant les Cent-Jours, il commande le 2ème corps d’armée et combat aux Quatre-Bras et à Mont-Saint-Jean.

Le 17 février 1828, il est nommé au Conseil supérieur de la Guerre. Le 15 novembre 1836, il est élu président du Comité de l’infanterie et de la cavalerie, et, le 17 septembre 1847, Louis-Philippe l’élève à la dignité de maréchal de France ; il était déjà Pair de France.

Il est, en outre, membre de l’ordre de Séraphin de Suède, de la Couronne de Fer, de Saint-Henri de Saxe, et commandeur de l’ordre militaire de Bavière. Reille s’éteint le 4 mars 1860. 

Capitaine P. MATZYNSKI

 

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( 8 janvier, 2018 )

Une LETTRE ADRESSEE au MARECHAL MASSENA en MARS 1815…

Une LETTRE ADRESSEE au MARECHAL MASSENA en MARS 1815… dans TEMOIGNAGES massena.

Le maréchal de camp Rostollant commandait à Gap le département des Hautes-Alpes [actuel département des Hautes-Alpes] lorsqu’il apprit, le 4 mars, à midi, le débarquement de Napoléon. Il manda sur-le- champ la nouvelle à Mouton Duvernet qui lui promit de le joindre et l’engagea à rester fidèle aux Bourbons. Mais Mouton-Duvernet ne joignit pas son lieutenant, et Rostollant se trouva seul. Ses lettres et celles de son aide-du-camp, accompagnées de ses notes postérieures, montrent assez les sentiments qui l’agitaient au fur et à mesure des nouvelles qu’il recevait. Que faire ? Après avoir déploré ce « malheureux événement» et gémi sur les embarras qui le menacent, Rostollant ordonne à la gendarmerie de surveiller les gens qui circulent dans le département et de visiter leurs papiers avec le plus grand soin ; il prie le préfet d’empêcher la propagation des pamphlets et proclamations bonapartistes, d’armerla Garde nationale. Mais que pourra cette Garde nationale ? Ce n’est pas une pareille troupe, dit l’aide-de-camp Sonnet, qui « peut garantir des entreprises de l’ennemi ». Rostollant mande à Embrun cette garde nationale et il invite le maire d’Embrun à la loger et à la nourrir ; or, le préfet ne parvient à réunir que vingt hommes et ils refusent d’aller s’enfermer à Embrun ! En réalité, Rostollant ne dispose que d’une poignée de gendarmes, et c’est pourquoi il abandonne Gap à Napoléon ; il s’éloigne sous prétexte d’armer les places fortes. Mais ces places, Embrun, Mont-Dauphin, Briançon, il n’ose les dégarnir d’hommes, et résisteraient-elles si Bonaparte s’avisait de les assiéger ? Elles ont des bouches à feu en grand nombre, et elles n’ont pas un seul artilleur ! En vain Rostollant demande des canonniers au lieutenant-général Pernety qui commande l’artillerie de la division ; en vain il prie le lieutenant-général Marchand de lui envoyer en poste quelques compagnies du 4ème régiment d’artillerie à pied qui stationne à Grenoble. Voilà un général qui a des pièces de canon à foison et qui ne peut s’en servir ! Ce n’est pas tout. Lorsqu’il fait ordonner par le préfet au payeur de la guerre et aux receveurs du gouvernement d’expédier leurs caisses à Embrun, il ne reçoit que des caisses vides et, lorsqu’il fait prescrire aux officiers à demi-solde ou en congé de se jeter dans Embrun, pas un seul n’obéit ! Il se retire, dit-il superbement, dans ses places fortes, et il n’a ni vivres ni argent pour la solde, et il s’imagine que Napoléon se dirige sur Embrun, que Napoléon attaquera la forteresse d’Embrun, comme si Napoléon ne devait pas négliger Embrun de même qu’il a négligé Antibes ! Mais bientôt Rostollant a la conviction que Napoléon marche sur Grenoble, de là sur Lyon, et des familiers de l’Empereur ont dit hautement à Gap qu’il sera le 20 à Paris. Est-ce possible? Rostollant s’indigne. Non, Grenoble sera le nec plus ultra de Napoléon, et il déclare fièrement qu’il va suivre l’Usurpateur qui sera, de la sorte, pris entre deux feux, entre Marchand qui l’attend à Grenoble et Rostollant qui l’attaquera sur ses derrières. Il prend avec lui 600 hommes, tout ce qu’il y a de meilleur dans le 39ème régiment de ligne ; il marche sur Chorges, sur Saint-Bonnet, sur Corps. Que Marchand résiste fortement dans Grenoble, et lui, Rostollant, coupera la retraite à ce Buonaparte qui s’avance avec une incroyable sécurité et sans aucune pièce d’artillerie; il ne lui laissera aucun moyen d’échapper ! Sa confiance augmente lorsqu’il apprend que les troupes envoyées de Grenoble par le général Marchand ont refusé toute conversation avec celles de Bonaparte ; que l’avant-garde des rebelles a reculé à une lieue de La Mure ; que l’armée reste fidèle aux serments prêtés à Louis XVIII; que Napoléon bat en retraite puisque les portes de Grenoble lui sont fermées. Et Rostollant demande en hâte deux canons ; il compte être rejoint bientôt par Miollis qui se dirige sur Gap avec 3000 hommes ; il croit Napoléon perdu; oui, cet aventurier ne peut finir que très mal ! Il s’étourdit ainsi de ses propres paroles ; il juge l’esprit de ses officiers excellent; il assure que ses soldats sont bien disciplinés, qu’ils aiment et respectent leurs supérieurs, qu’ils obéissent en toute circonstance à leurs chefs. Pourtant, dans le secret de son cœur, il doute. Ils sont jeunes, ses soldats, et il faut peu de chose pour ébranler leur fermeté; ils détestent les Bourbons, et si Rostollant avait été sûr de leur fidélité, il les aurait menés à la rencontre de Bonaparte. Mais aller au-devant de Napoléon, n’était-ce pas, avoue le général, recruter son armée ? Et il ajoute qu’au fond, l’esprit de la troupe n’est pas très bon. Le 8 mars, au soir, il sait que Napoléon est entré à Grenoble après avoir fait enfoncer la porte sans qu’aucun coup de fusil n’ait été tiré. Tout est fini. Rostollant rétrograde ; il part, comme il dit noblement, pour les places de guerre de son département ; mais sur les 600 hommes qu’il avait avec lui, trois cents désertent dans la nuit et vainement des officiers courent après eux et tâchent de le ramener: ils marchent, eux aussi, comme Napoléon et à sa suite, sur Paris. Hélas ! s’écrie Rostollant, toute l’armée sera en insurrection ! Durant ces premiers jours de mars, il avait, en somme, agi de son chef et, ainsi qu’il s’exprime, de son propre mouvement, et en zélé royaliste. Mais lui aussi, connue Mouton-Duvernet, se rallia à Napoléon, et le 14 mars, après avoir remis le commandement du département au général Chabert, il se rendit à Grenoble, sur l’ordre de Mouton-Duvernet, avec les 39ème  et 49ème régiments qui composaient sa brigade. Huit jours après, le 22, il était mandé à Paris pour y recevoir les ordres du ministre et le 18 mai il arrivait à Rennes pour organiser, sous la direction du lieutenant-général Tarayre, la Garde nationale de la 13ème division militaire. Il assurait alors — dans une lettre du 10 avril — qu’il avait eu d’abord l’intention de rester à Gap pour y attendre l’Empereur; qu’il avait refusé de faire sauter le pont de Sisteron, exprimé le désir de ne mettre aucun obstacle au passage de l’Empereur ; qu’il était parti pour Embrun dans l’espoir que l’Empereur-, arrivé à Gap, lui donnerait des ordres, puis pour Corps dans le dessein d’être utile à l’Empereur ; qu’il avait « tout fait dans ces premiers moments embarrassants pour concilier l’honneur et le devoir avec rattachement et le dévouement qu’il n’avait cessé de conserver à l’Empereur ». Il n’avait plus que le nom de l’Empereur à la bouche et il sollicitait humblement la bienveillance de celui qu’il appelait  Buonaparte et un aventurier. En  revanche, sous la Seconde Restauration, il ne manqua pas de produire sa correspondance du mois de mars  et il disait, non sans raison, qu’elle « le justifiait et écartait tout soupçon de trahison ». Mais il n’avait pas de chance, et le 4, septembre 1815, il était mis à la retraite.

 Arthur CHUQUET.

________________

Embrun, 7 mars, 8 heures du matin.

J’ai l’honneur de vous rendre compte que l’avant-garde de Buonaparte est arrivée à Gap le 5 mars, à 9 heures du soir. Il est arrivé en personne vers les 1 heures du soir, et n’est reparti qu’hier à 1 heure et demie de l’après-midi. Son escorte n’était que de 300 hommes ; mais l’on attendait hier soir, à Gap, un bataillon de flanqueurs fort, dit-on, de 300 hommes. Ne connaissant point la marche qu’il devait prendre et n’étant pas sûr de la fidélité du pou de troupes que j’ai sous mes ordres, je me suis borné à garantir les places de mon département de toute surprise. J’ai une nombreuse artillerie, mais pas d’artilleurs. Je suis sûr, maintenant, qu’il se dirige sur Grenoble, et, de la rapidité avec laquelle il marche, il doit arriver demain. Je fais un choix dans les troupes d’environ 600 hommes, sur lesquels je peux le plus compter et marche sur ses derrières et si, comme j’ai lieu de le croire, il éprouve une forte résistance de la part de M. le lieutenant-général comte Marchand qui commande à Grenoble, je lui couper la retraite et ne lui laisse aucun moyen d’échapper. J’ai cru devoir vous instruire de ces mouvements afin que vous preniez les mesures que vous jugerez nécessaires.

(Arthur Chuquet, « Lettres de 1815. Première série [seule parue] », Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur,1911 pp.47-51 et p.70).

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( 3 janvier, 2018 )

Une lettre du général Gazan au Maréchal Soult (Mars 1815).

Une lettre du général Gazan au Maréchal Soult (Mars 1815). dans TEMOIGNAGES 05-526463-300x193Napoléon avait débarqué à Golfe-Juan le 1er mars 1815, à 4 heures de l’après-midi, et la nouvelle de son arrivée s’était déjà répandue, dans la soirée, à Grasse, à cinq lieues de là (environ 20 kilomètres). Dès 9 heures, le général Gazan, qui vivait en retraite à Grasse, mandait l’événement au Ministre de la Guerre Soult. Un courrier portait à Toulon la lettre de Gazan qui était ainsi conçue : 

Grasse, le 1er mars 1815. 

Monseigneur, j’apprends à l’instant, à 9 heures du soir, qu’il y a eu, cet après-midi, au Golfe Juan, commune de Vallauris, un débarquement de troupes venant de l’île d’Elbe. Un détachement de ces mêmes troupes est entré à Antibes où il a été arrêté, désarmé et mit en prison. La garnison bivouaque sur les remparts que l’on a immédiatement armées et qu’il est question de proclamations de l’ex empereurLes troupes débarquées occupent les communes de Cannes, du Cannet et de Vallauris.  Quoique je sois sans tropes et simple particulier, j’ai cependant cru devoir donner cet avis à Votre Excellence, et je vous prie d’assurer Sa Majesté qu’elle peut compter sur ma fidélité, et que, si je trouve le moyen de le servir en cette occasion, je le saisirai avec empressement.  J’emploie un courrier à Toulon pour faire parvenir ma lettre, la route de Nice e trouvant arrêtée. L’on porte à 2.000 hommes le nombre des troupes qui sont débarquées et l’on dit que Bonaparte y est. 

Recevez, Monseigneur, l’assurance de mon respect avec lequel j’ai l’honneur de vous saluer. 

Le Lieutenant général des armées du ROI. 

J.GAZAN. 

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911) 

 

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( 7 mars, 2015 )

« La marche incertaine de l’aventurier… »

08-500530

« 7 Mars 1815.- Je me dispense de répéter au Roi les détails que je sais Lui avoir été successivement soumis, sur ce qui a suivi le débarquement de Bonaparte. Les lettres que j’ai reçues des préfets du Var, des Bouches-du-Rhône et du Rhône ne feraient que confirmer à S. M. ce qu’elle connaît déjà : la marche incertaine de l’aventurier, venu en désespéré chercher la mort sur le sol français; le refus fait par les fonctionnaires, placés sur la route, de trahir leurs devoirs pour lui et même de lui porter des hommages; la fidélité des pays qu’il a traversés, depuis la mer jusqu’à Gap; l’arrestation et le désarmement des soldats qu’il avait envoyés à Antibes pour y prêcher le parjure; l’excellent esprit qui a éclaté à Marseille; les drapeaux blancs arborés à toutes les fenêtres; l’enthousiasme de la garde nationale de cette ville demandant à marcher contre l’ennemi commun; M. le Maréchal Masséna répondant à de vains bruits de trahison par des mesures bien combinées et mettant en mouvement les troupes sous les ordres du Général Miollis; M. le Comte Marchand (I) promettant de défendre Grenoble jusqu’à la dernière goutte de son sang, en cas que cette ville fût attaquée; un heureux mouvement imprimé aux corps armés de ces contrées, de manière à ce que Bonaparte soit bientôt cerné et écrasé, s’il ne  survient pas quelques-unes de ces défections que rien nefait, jusqu’ici, présumer. Enfin, les dispositions de Lyon étaient calmes et paisibles avant même que S. A. R. Monsieur y fût arrivé, pour tout enflammer de sa présence et de son exemple. Telle est la substance de ma correspondance; elle m’inspire le juste espoir que Bonaparte ne tardera pas à recevoir le digne prix de ses criminels efforts pour livrer de nouveau la France à la guerre civile, à la guerre étrangère, et pour en amener le démembrement, s’il avait pu obtenir le moindre succès. La proclamation du Roi a eu le succès qu’on en devait attendre; elle a rallié autour du trône tous ceux pour lesquels les devoirs les plus sacrés envers le monarque et les intérêts les plus chers de la patrie sont quelque chose. On se disputait, ce matin, cette pièce; on la dévorait et on calcule qu’il en a été vendu, dans Paris, au moins vingt mille exemplaires. Comme elle ne contenait pas le récit des faits auxquels elle s’appliquait, j’ai fait imprimer et distribuer une très courte notice où ils étaient exposés. Il en a été mis en circulation huit mille exemplaires. On a pu juger combien nous étions loin des habitudes de la Révolution; car, autrefois, des milliers de groupes se seraient formés, des motions, des propositions de violences, dans l’un ou l’autre sens, s’y seraient faites. Aujourd’hui, on se rencontrait et l’on se questionnait avec inquiétude, on accusait Bonaparte de vouloir troubler notre repos et nous apporter la guerre civile, la guerre étrangère, comme moyens de sacrifier, encore une fois, s’il le pouvait, la France à sa dévorante ambition. Mais personne ne devançait les mesures que le gouvernement réputait utiles; pas un excès n’a été provoqué pas un désordre n’a été commis. Les femmes, surtout, voyaient autour de Bonaparte le cortège de calamités qu’il nous destinerait : elles semblaient trembler, déjà, pour leurs enfants. Le bon sens du peuple l’a averti de l’horreur de cet avenir, son opinion s’est bien prononcée. On ne peut pas en dire autant des militaires, des officiers surtout; leurs vœux, quoique encore embarrassés et dissimulés, perçaient pour leur ancien chef, mais sans éclat, sans tumulte; il n’y a pas eu un cri de : « Vive l’Empereur !-» Si, comme l’indique la folie de son entreprise, Bonaparte avait calculé sur une première explosion, ses partisans l’ont trompé en l’appelant de son Ile : leur coup et le sien ont été manques. Personne n’eût osé garantir, au moment où retentirait cette nouvelle, un calme aussi parfait! Ce n’est pas qu’on ait négligé les contes ; on est venu me dire, ce matin, que le Faubourg Saint-Antoine était en mouvement. J’ai fait vérifier, de suite, ce bruit : pas un individu n’avait bougé. Ce soir, on a prétendu, jusque dans le château [celui des Tuileries], que des cocardes tricolores avaient été arborées au Palais-Royal. J’ai recueilli, à ce sujet, les renseignements les plus positifs; le fait est absolument démenti par de nombreux témoignages. Il y a même eu moins de monde au Palais-Royal que de coutume et ii ne s’y est manifesté aucune agitation. On peut donc dire, qu’à l’exception du parti militaire qui, encore, est loin d’être unanime dans ses coupables vœux et où les soldats se sont assez froidement montrés, la journée a été tout entière, et sur tous les points de Paris, en faveur des Bourbons contre Bonaparte. »

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie, Éditeurs, 1897, pp.275-278).

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( 1 mars, 2015 )

Une lettre de Gazan à Soult.

Marechal-soult

Napoléon avait débarqué au golfe Juan, le 1er mars, à 4 heures de l’après-midi, et la nouvelle de son arrivée s’était déjà répandue, dans la soirée, à Grasse, à cinq lieues de là. Dès 9 heures, le général Gazan, qui vivait en retraite à Grasse, mandait l’événement au ministre de la guerre Soult, et un courrier portait à Toulon la lettre de Gazan qui était ainsi conçue.

Arthur CHUQUET.

Grasse, le 1er mars 1815.

Monseigneur, j’apprends à l’instant, 9 heures du soir, qu’il y a eu, cet après-midi, au golfe Juan, commune de Vallauris, un débarquement de troupes venant de l’île d’Elbe, qu’un détachement de ces mêmes troupes est entré à Antibes où il a été arrêté, désarmé et mis en prison, que la garnison bivouaque sur les remparts que l’on a immédiatement armés et qu’il est question de proclamations de l’ex-empereur. Les troupes débarquées occupent les communes de Cannes, du Cannet et de Vallauris. Quoique je sois sans troupes et simple particulier, j’ai cependant cru devoir donner cet avis à Votre Excellence, et je vous prie d’assurer Sa Majesté qu’elle peut compter sur ma fidélité, et que, si je trouve le moyen de la servir en cette occasion, je le saisirai avec empressement. J’envoie un courrier à Toulon pour faire parvenir ma lettre, la route de Nice se trouvant arrêtée. L’on porte à 2.000 hommes le nombre des troupes qui sont débarquées et l’on dit que Bonaparte y est.

Recevez, Monseigneur, l’assurance de mon respect avec lequel j’ai l’honneur de vous saluer.

Le lieutenant général des armées du Roi,

J. GAZAN

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première série [seule série parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911, pp.4-5).

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