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( 26 juillet, 2019 )

Le général Van Hogendorp.

général Hogendorp

Dirk van Hogendorp est né le 3 octobre 1761 à Heenvliet (Hollande) d’un père député et membre de la régence et d’une mère fille du baron de Haren, c’est-à-dire au sein d’une famille aisée ayant de nombreuses et puissantes relations. C’est d’ailleurs grâce à ces relations que le jeune Dirk est admis au corps des cadets nobles de Berlin, par autorisation spéciale du grand Frédéric (7 juin 1773).

Au bout de trois ans d’enseignement militaire à la prussienne Hogendorp est nommé sous-officier et, en 1777, à l’âge de 16 ans, il termine ses cours avec succès et est nommé porte-enseigne au régiment de Steinwehr. L’année suivante, il fait la campagne contre l’Autriche mais, de marches en contremarches, il ne participe à aucune bataille. Néanmoins, en 1779, il est désigné pour suivre des cours à l’école de guerre de Königsberg d’où il sort avec le grade de lieutenant. Il s’intéresse également à l’art des ingénieurs-géographes, à la topographie et à la philosophie (il suit les cours de Kant). Toutefois, au cours d’un duel avec le baron de Woelwarth, il est blessé d’un coup de pistolet à la cuisse et en profite quitter le service de la Prusse en donnant sa démission pour raison de santé. Il est tout de même nommé capitaine (16 juin 1782).

 En fait, Hogendorp souhaite rejoindre la Hollande qui commence son réarmement après avoir rompu avec l’Angleterre et s’être alliée à la France. Il demande et obtient son basculement dans la Marine et embarque à bord de l’Utrecht au sein de l’escadre de Suffren à destination des Indes (1784). Sur place, Hogendorp se distingue en faisant lever le siège de Malacca et en chassant le rajah Ali. Il se marie avec Mademoiselle Bartlo, fille du vice-président des échevins de Batavia. En juin 1786, il est nommé résident à Patna, au Bengale, et remonte le Gange avec son épouse. Un fils, Charles-Sirandus-Guillaume [1], nait le 15 août 1788.

 Pendant 4 ans, Hogendorp court les mers de l’Inde. Nommé sous-Gouverneur à Sourabaya, sur l’île de Java, il accueille les rescapés de l’expédition de d’Entrecasteaux partis à la recherche de La Pérouse (octobre 1793). Il essaie d’imposer des idées libérales[2] et de lutter contre la corruption qui règne au sein de la Compagnie hollandaise des Indes[3] mais les difficultés rencontrées l’amènent à rentrer en Europe en 1798 en laissant son épouse sur place. Celle-ci mourra à Java en 1801.

 De retour en Hollande, Hogendorp envoie son fils au collège militaire de Sorrèze et se remarie, en septembre 1802, avec une de ses cousines germaines, Augusta, fille du prince Frédéric-Ernest de Hohenlohe-Langenbourg. Nommé ministre auprès de la cour de Russie, Hogendorp et son épouse partent pour Saint-Pétersbourg en avril 1803. Ils arrivent y deux jours avant l’assassinat de l’empereur Paul Ier. Deux enfants du couple naîtront en Russie, dont l’un aura le nouveau Tsar Alexandre pour parrain (les deux mourront toutefois assez jeunes).

A la fin de l’année 1805, Hogendorp rentre en Hollande. Suite aux victoires sur l’Autriche et la Russie (Austerlitz, 1805) puis sur la Prusse (Iéna/Auerstaedt, 1806), Napoléon place son frère Louis sur le trône de Hollande. Le 21 janvier 1807, Louis nomme Hogendorp ministre de la Guerre. Sa première mission est de faire passer l’armée hollandaise de 17.000 à 40.000 hommes. Il y parvient assez rapidement en recrutant des prisonniers de guerre prussiens. Il doit ensuite créer une école militaire, ce dont il s’acquitte. Subissant, comme ses collègues, la versatilité du roi Louis, Hogendorp est nommé ambassadeur de Hollande à Vienne (janvier 1808). Sa femme et ses enfants viennent l’y rejoindre. Lorsque les Français entrent à Vienne, après la bataille de Wagram (juillet 1809), Hogendorp regagne la Hollande et y prend un peu de repos. Il refuse l’ambassade à Berlin que lui propose Louis mais accepte Madrid (17 juin 1810).

Toutefois, le roi Louis refusant d’appliquer rigoureusement le blocus continental imposé par Napoléon, les relations entre les deux frères se sont considérablement dégradées. A tel point que Louis abdique et que le royaume de Hollande est réuni à la France. Hogendorp en est consterné : «  Le vœu naturel de tous les cœurs était la conservation de l’existence nationale, quelque modification que dût recevoir cette existence, qui est réellement pour le peuple ce que la vie est pour l’individu. Quand la nouvelle calamiteuse de l’incorporation vint surprendre et frapper nos oreilles et nos esprits la consternation fut universelle. Je ne crois pas qu’un seul Hollandais, quelle que fût son opinion ou son intérêt, ait senti alors de la joie ». Hogendorp est pourtant désigné par le maréchal Oudinot pour présider la députation chargée d’aller présenter l’hommage de ses nouveaux sujets à l’Empereur.

Au sein de la Commission chargée d’élaborer les mesures de transition, Hogendorp n’hésite pas à exprimer son avis, notamment sur la nécessité d’une unité fiscale entre la Hollande et le reste de l’Empire. Il est donc inquiet lorsque l’Empereur le convoque un matin à Fontainebleau. Napoléon le questionne, découvre qu’il est militaire d’origine, qu’il a longtemps vécu en Asie, que son fils ainé a servi à Friedland et est décoré de la Légion d’honneur et lui demande de s’installer à Paris avec femme et enfants. Dès le lendemain, à sa grande surprise, Hogendorp est incorporé à l’armée française avec le grade de général de division. Le 5 mars 1811, il est nommé aide-de-camp de l’Empereur. A l’occasion du baptême du roi de Rome, Hogendorp est fait comte de l’Empire, avec une dotation en majorat. Puis il reçoit la mission de se rendre à Wesel et d’emmener au maréchal Davout, qui commande l’Armée d’Allemagne, des troupes de conscrits réfractaires et de déserteurs qu’il faut équiper, armer et mettre en route (4 août 1811). La mission se passe bien mais le premier contact entre Davout et Hogendorp est un peu difficile.

En septembre 1811, le général comte van Hogendorp accompagne l’Empereur et l’Impératrice en Hollande. Les relations sont tellement bonnes avec Napoléon que Hogendorp choisit de franciser son prénom en Thierry. Avec la croix d’officier de la Légion d’honneur, l’aide-de-camp est affecté à Königsberg au commandement militaire de la Prusse orientale, aux côtés du duc de Bassano (Maret). Marbot critique d’ailleurs (a-posteriori) cette nomination, Hogendorp « parlant très mal notre langue, n’ayant aucune notion de nos usages et règlements militaires ». Quelques temps après, Davout fait une visite à Königsberg que Hogendorp apprécie assez mal : « D’après sa coutume, il se mêla de tout, voulait tout faire, toujours grondant et fulminant, et indisposa tout le monde, autorités civiles, généraux prussiens et français. Il traita en ma présence le contre-amiral Baste d’une manière indécente, et lui adressa des paroles si injurieuses que je ne pus comprendre comment on osât tenir de pareils discours à un général français, et comment celui-ci put les supporter. Pour moi, je me serais fait à l’instant même justice de ma propre main ; je ne pus m’empêcher de le témoigner au maréchal, qui me regarda fixement. Mais je n’étais pas alors sous ses ordres ».

Le 8 juillet 1812, Hogendorp devient Gouverneur général de la Lituanie, à Wilna (aujourd’hui Vilnius), où il a une très sérieuse altercation avec le général Jomini « qui se croyait un homme fort important pour avoir fait un livre sur la tactique, tandis qu’il n’avait réellement pas assez de connaissances militaires pour commander un bataillon ». Le gouverneur général commence par équiper et armer un corps d’armée lituanien qu’il envoie à la Grande Armée qui marche sur Moscou. Puis, pendant toute la campagne, il forme et équipe des demi-brigades ou des bataillons de blessés convalescents ou de nouvelle recrues qu’il expédie vers l’Empereur ; mais, au moment de la retraite, il se retrouve isolé et sans ordre. Il organise à Wilna la réception des débris de l’armée, mais c’est bientôt le chaos dans la ville. Des hordes de soldats affamés et épuisés pillent tout ce qui est possible et meurent par centaines. Murat, auquel l’Empereur a laissé le commandement, et Berthier s’enfuient. Les Cosaques arrivent. Hogendorp fait route vers Kowno puis Königsberg où il retrouve sa femme malade et sa fille âgée de 6 ans. Il perdra l’une et l’autre peu après.

Par Berlin, Hogendorp regagne Paris où un violent accès de goutte le cloue au lit pendant 3 semaines. Puis il repart pour l’Allemagne et rejoint l’état-major à la veille de la bataille de Bautzen où il assiste à la mort de Duroc. Napoléon le nomme gouverneur de Hambourg sous le commandement du maréchal Davout.

 Il y arrive le 22 mai avec quelque angoisse au regard de ses précédents contacts avec le maréchal : « J’avais une extrême inquiétude en pensant que j’allais être en relation avec le prince d’Eckmühl et sous son commandement ; j’avais appris à connaître son caractère difficile et ombrageux ; et tous les officiers généraux présents au grand quartier impérial, avec lesquels je parlais de ma nomination au gouvernement de Hambourg, m’en faisaient un tableau plus effrayant encore, en me plaignant d’être dans la nécessité de servir sous lui ». Effectivement, la rencontre entre les deux hommes semble assez pénible : « Il me reçut avec une apparente cordialité ; mais je m’aperçus bien que ma venue ne lui était guère agréable. Il avait l’air agité, rêveur, inquiet. Il me parut croire que j’avais été envoyé pour l’observer et fut, par conséquent, réservé et même gêné avec moi. Je compris alors pourquoi l’Empereur m’avait fait son aide-de-camp » raconte dans ses « Mémoires ». Après la défaite de Napoléon à Leipzig, Davout renforce les mesures de sécurité à Hambourg. L’une d’elles, le 18 décembre, prévoit l’expulsion de la ville de toutes les bouches inutiles sous peine de coups de bâton. Ces dispositions apparaissent outrancières à Hogendorp qui préfère démissionner et est remplacé dans ses fonctions le 19 décembre 1813 par M. de Fernig [4].

Le 30 avril 1814, l’Empire étant démembré et la Hollande ayant retrouvé son indépendance, Hogendorp exprime le vœu d’être dégagé de ses serments. Davout ayant fait connaître son intention d’évacuer Hambourg, Hogendorp reçoit le passeport qu’il avait demandé, avec l’ordre de quitter la ville dans les vingt-quatre heures.

Le général comte de Hogendorp rentre donc en Hollande mais il est l’objet, conjointement à Davout, de la haine des royalistes à l’égard des chefs de Hambourg. Le général Tettenborn notamment publie une violente diatribe contre Hogendorp le 2 octobre 1813. Les deux hommes opposent d’abord le silence à ces attaques, mais Davout publie bientôt son «Mémoire au Roi »[5] pour se justifier des accusations lancées contre lui. A la lecture de ce texte, Hogendorp a l’impression que le prince d’Eckmühl se défausse de ses responsabilités sur son ancien gouverneur d’Hambourg. Il est vrai que Davout implique Hogendorp dans l’affaire de la banque, alors que le Hollandais n’est déjà plus gouverneur depuis plus de cinq mois. Hogendorp répond alors à son tour par un Mémoire terrible pour Davout qui est publié à Amsterdam et à La Haye [6].

 Mais dès le retour de l’Aigle, Hogendorp n’hésite pas. Ruiné et sans famille, il rejoint l’Empereur, rompant ainsi définitivement avec la Hollande dont le souverain, le prince d’Orange, appartient à la coalition.

 La chute de l’Empire le laisse seul, démuni. Il se rend à Nantes (mai 1815) et finit par s’embarquer pour le Brésil pour y fonder une colonie agricole (1816). Un de ses anciens compagnons de l’île de Java devenu amiral, Jurien de La Gravière, s’embarque en juin 1820 pour une mission en Amérique du Sud et arrive à Rio-de-Janeiro le 18 août. Il y découvre Hogendorp, vivant en ermite sur un rocher, regardant au large dans la direction de Sainte-Hélène. L’exilé écrit alors ses Mémoires qu’il confie à un voyageur, Jacques Arago, frère du savant. Il y critique férocement Davout, mais exige que ces « Mémoires » ne soient publiés que si Davout peut se défendre. Le prince d’Eckmühl mourant dès 1823, les « Mémoires » d’Hogendorp durent effectivement attendre très longtemps avant d’être publiés par le petit-fils de l’auteur [7].

Le comte van Hogendorp, s’était éteint depuis longtemps ; un an après Napoléon, à peine un an avant Davout : le 29 octobre 1822. On ne sait pas où il a été enterré.

Mais Napoléon ne l’avait pas oublié : dans son testament (codicille en date de 24 avril 1821), il léguait 100.000 francs à son ancien aide-de-camp.

Alexandre TOLOCZIN                                                                                                                                                   


[1] Charles-Sirandus-Guillaume van Hogendorp nait le 15 août 1788 au Bengale. Il entre au service militaire comme cadet dans la Marine. Devenu officier d’ordonnance du roi de Hollande en octobre 1806, il passe lieutenant dans le 2ème cuirassiers deux mois après. Chevalier de la Légion d’honneur, il est nommé capitaine en 1809 et se distingue particulièrement cette même année contre les Anglais en Zélande. En 1812, il effectue la campagne de Russie dans la cavalerie de Gouvion-Saint-Cyr dont il devient aide-de-camp au mois de novembre. Chef d’escadron le 17 juin 1813, il est fait prisonnier de guerre après la capitulation de Dresde (novembre 1813). De retour en France, il y reste jusqu’à la seconde Restauration.

[2] Dirk van Hogendorp était pour une abolition immédiate de la traite et une abolition progressive de l’esclavage, tout au plus jusqu’en 1820. Il voyait déjà le bonheur des fermiers, travaillant leur terre, une fois que le système féodal aurait été aboli. La propriété privée ou un nouveau genre de contrat agraire transformeraient les fermiers, les esclaves et les ouvriers agricoles en de bons travailleurs, de grands producteurs, impatients de cultiver leurs terres fertiles, pour le plus grand bien de la mère-patrie. Les révolutionnaires bataves n’étaient pas aussi optimistes et craignaient que ce genre de réformes aient un effet inverse, sous prétexte que les Javanais étaient aussi paresseux et indolents que les autres peuples non-européens.

[3] A son retour en Hollande, il rédigera un « Exposé de l’état actuel des possessions de la République Batave aux Indes Occidentales ». Bien plus tard il fera paraître : « Du système colonial de la France, sous les rapports de la politique et du commerce… », J.G. Dentu, Imprimeur-Libraire, 1817.

[4] Le biographe de Hogendorp, Pierre Mélon (« Le général Hogendorp », Paris, Calmann-Lévy, 1938), convient pourtant que les mesures prises par Davout étaient justifiées par la situation et que personne ne fut fusillé, fouetté ni bâtonné.

[5] « Mémoire de M. le Maréchal Davout, prince d’Eckmühl, au Roi », A Paris, chez Gabriel Warée, Libraire, 1814.

[6] « Mémoire du général Comte de Hogendorp pour servir à la réfutation des bruits injurieux, et des calomnies, répandues contre lui, dans des gazettes, des journaux, et des pamphlets pendant qu’il était gouverneur de Hambourg, lors du dernier blocus de cette place », A Amsterdam et à La Haye, chez les frères van Cleef, à Paris, chez Fournier frères, à Hambourg, chez J. M. Menck, à Bruxelles, chez P.J. de Mat, 1814.

[7]  Ils ne le seront à La Haye qu’en 1887, chez Martinus Nijhoff. Il semblerait que ce témoignage ait été rédigé directement en français.

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( 4 février, 2019 )

1815, la DESERTION de BOURMONT… (1ère partie). Article de Winand Aerts.

bourmontlahonte.jpg Le corps de Gérard. 

L’ordre du 13 juin 1815 portait que le 4ème corps devait prendre position le 14, en avant de Philippeville. L’ordre de mouvement du 14 ajoutait que, si ce corps était arrivé en position, il devait se mettre en marche sur Charleroi le 15, à 3 heures du matin et se tenir à la hauteur du 3ème corps. Tous les bagages devaient être laissés à Philippeville.Les cuirassiers de la division Delort suivraient le mouvement. D’après Charras, le général Gérard ayant dû attendre l’arrivée de l’une de ses divisions, restée la veille à 12 ou 15 km de Philippeville, quitta cette localité vers 5 heures. D’après Henry Houssaye, il arriva vers 7 heures à la hauteur de Florennes. C’est là que l’on apprit la désertion du commandant de l’avant-garde. Le lieutenant général de Bourmont venait de passer à l’ennemi…

Bourmont. 

Louis-Auguste-Victor comte de Ghaisne de Bourmont, né au château de Bourmont (Anjou) en 1773. Ministre de la Guerre en 1829, commandant en chef de la première expédition d’Algérie et maréchal de France en 1830. Bourmont était surnuméraire à la Compagnie du Régiment colonelle [sic] des Gardes-Françaises, lorsque éclata la Révolution. Il émigra, fit partie de l’armée de Condé, puis rentra en France, prit part à la guerre de Vendée sous les ordres de Scépeaux d’abord, ensuite comme général dans le Maine et les pays adjacents. Ses services lui valurent d’être reçu chevalier de Saint-Louis par le comte d’Artois, bien qu’il n’eût pas l’âge voulu. En 1799, on put croire qu’il s’était rallié àla République. Il parut même, dit-on, dans la loge du Premier Consul lors de l’explosion de la Machine infernale (24 décembre 1800). Mais son zèle parut excessif et le fit même incarcérer au Temple en 1803, puis à Dijon, à Besançon enfin, d’où il s’évada au mois de juillet 1805 avec d’Andigné, son compagnon de captivité, son complice dans la matinée du 15 juin 1815.  Il devait être protégé par quelque puissante influence. Bourmont obtint l’autorisation de se retirer au Portugal, et l’ordre fut donné de lever le séquestre mis sur ses biens. De plus, lors de la prise de Lisbonne par Junot, il offrit son épée qui fut agréée.

Suivent quelques années de service de loyaux. Adjudant commandant chef d’état-major de la division Loison en 1807, colonel à l’armée d’Italie, puis général de brigade en 1813, Bourmont se fit remarquer à Dresde et défendit en 1814 la ville de Nogent avec une telle bravoure-il était blessé et avait sous ses ordres douze cents hommes à peine- que Napoléon le nomma général de division et le décora. Lors du débarquement de Napoléon, en février 1815, Bourmont faisait partie du petit corps d’armée réuni par le gouvernement de Besançon, sous les ordres du maréchal Ney, dans le but d’opérer sur le flanc de la colonne impériale. Invité à quelques jours de là, par le préfet du Doubs, M. Capelle, à aller rejoindre avec lui les Bourbons en Belgique, Bourmont s’y refusa, retenu qu’il était, par l’espoir de conserver Besançon au Roi. Cette ville reconnut le pouvoir impérial et, bien que Bourmont eût déclaré à M. Capelle que les étrangers étaient le seule ressource sur laquelle la cause royale pût compter, et qu’on ne devait pas hésiter à les appeler, il n’en tarda pas moins à solliciter un emploi de son grade dans l’armée du Nord.

Mais avant cela, il était accouru de Lons-le-Saunier à Paris auprès du Roi qu’il eût pu alors accompagner à Gand. Ney le fit arrêter, puis se ravisa et sollicita pour lui un commandement. Gérard aussi, qui avait eu Bourmont sous ses ordres en 1812 et en 1814, le demanda comme divisionnaire. Davout, Ministre de la guerre, refusa brutalement et dit à Napoléon :-« Gérard en répond. Il a tort. Moi je ne réponds de personne. »- Le duc d’Auerstaedt dut toutefois s’incliner devant l’expresse volonté du maître. « Bourmont est une de mes erreurs », disait Napoléon à Sainte-Hélène.

A suivre…

 

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( 6 novembre, 2018 )

Le maréchal Davout après Waterloo…

Davout.

« Lorsque l’armée fut dispersée-on peut dire éparpillée-en cantonnement souvent minuscules, au sud de la Loire, Louis XVIII, poussé par Talleyrand, pressé par les Alliés, décida sa « réorganisation », c’est-à-dire, d’abord son licenciement… Ce fut l’ordonnance du 16 juillet 1815. La veille avait disparu la crainte qu’inspirait encore la « Grande Ombre » de l’Homme au petit chapeau : Napoléon était monté le 15 juillet à bord du « Bellérophon » en rade de l’île d’Aix… On n’osa pourtant la publier que trois semaines après, lorsque la dislocation était déjà en cours. Mais, dès le 24 juillet, paraissait la fameuse ordonnance de proscription. Le maréchal Davout, indigné, comprit que l’on s’était servi de son patriotisme et de son autorité pour amener l’Armée à sa fin. Il écrivit au Roi une lettre où il revendiquait noblement pour lui seul, comme Ministre de la Guerre, la responsabilité de tous les actes commis par les proscrits qui avaient été sous ses ordres. Il ne reçut pas de réponse, mais une décision le destituant, et le remplaçant par le maréchal Macdonald. Le vainqueur d’Auerstaedt recevait l’ordre de se retirer à Savigny-sur-Orge, d’où il fut peu après envoyé, en surveillance,  à Louviers… Il faut reconnaître que Macdonald avisa discrètement les proscrits de se mettre à temps en sûreté s’ils le pouvaient. »

(Marcel DOHER, « Proscrits et exilés après Waterloo. Préface du général Laffargue », J. Peyronnet, 1965, pp.45-46).

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( 14 octobre, 2018 )

La journée d’Iéna vécue par le hussard Bangofsky…

Son « Journal » a étLa journée d'Iéna vécue par le hussard Bangofsky… dans TEMOIGNAGES Bangofsky-192x300é réédité en février 2012, aux Editions du Grenadier. J’en ai réalisé la préface. Bangofsky appartenait au 7ème régiment de hussards.

C.B.

« Le 14 octobre [1806], à la pointe du jour, et par un brouillard très épais, on monte à cheval, passant par Naumburg, sur quatre rangs serrés, le sabre en main, au grand trot. Le canon ronflait déjà près de nous. Nous filâmes bon train par Dornburg, franchîmes la Saale et, grimpant à travers une gorge rapide, nous parvenons à un superbe plateau où l’armée française était en ligne. Ce jour-là fut donnée la fameuse bataille d’Iéna . Toujours en flanqueurs, nous prîmes notre ordre de bataille. La journée fut chaude, acharnée ; mais les Prussiens, malgré leur célèbre tactique, furent culbutés, coupés et mis en déroute.Nos nombreuses charges de cavalerie enfoncèrent et sabrèrent leurs carrés. Vers le soir, il n’y eut plus que des prisonniers et des bagages à ramasser. L’ennemi fuyait en pleine déroute ; jamais je n’ai vu une armée abandonner plus lâchement un champ de bataille. L’action eut deux scènes. L’Empereur battait les Prussiens près d’Iéna, tandis que le maréchal Davout les frottait à Auerstaedt. Les Prussiens donnèrent le nom de cette dernière ville à la bataille, mais comme c’était aux vainqueurs de la baptiser, elle conserva le nom de bataille d’Iéna. Nous bivaquons sur le champ de victoire.

Malgré les batteries d’Erfurt qui nous lâchèrent quelques bordées de canon, nous prenons une quantité d’équipages et de voitures chargées d’argent. C’était plaisir de voir les hussards au pillage, se battant pour le butin. J’ai assisté là à une scène terrible : grâce à ma bonne monture, j’étais toujours des premiers à poursuivre les nombreux fuyards ; un sous-officier prussien, traînant sa femme avec lui, se voyait près de tomber entre nos mains. Incapable de la sauver, il tire son sabre, frappe sa femme, qui tombe roide dans le fossé, et veut gagner à toutes jambes un bois. Plusieurs hussards lancés à sa poursuite le rejoignent et le sabrent. Nous bivaquons dans un bois, près de l’ennemi. »

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( 2 novembre, 2014 )

La fin de la campagne de Saxe…

Lagneau

Durant la campagne de 1813, Louis-Vivant Lagneau (1781-1867), était chirurgien-major dans un régiment de fusiliers-grenadiers.

« 1er novembre. L’ennemi nous attaque de nouveau, désireux de prendre sa revanche  (car il a perdu de 10 à 11 000 hommes) et nous 3000, mais il perd encore 1 500 à 2 000 hommes. De Wrède s’était mal placé, il avait à dos la rivière du Kinzig, qui se réunit au Mein à Hanau. Nous, nous avions en avant de cette ville une belle et grande plaine qui rendait nos manœuvres faciles, et nos tirailleurs avaient chassé l’ennemi à mesure que notre formidable artillerie avançait en foudroyant les masses qui nous étaient opposées.

Pendant la bataille de Hanau, nous suivions la direction qui nous était donnée, lorsque vinrent nous traverser au grand trot les dragons de notre Garde, qui paraissaient aller à une chose plus pressée et, contrariés de l’obstacle que leur présentait notre division, qui défilait, ils éloignèrent nos baïonnettes avec leurs bottes, de sorte que je reçus, dans cette mêlée, un coup de sabre à plat sur mon chapeau. J’avais bien envie de ma fâcher contre l’officier, un peu étourdi, qui me l’avait lancé, sûrement sans intention qui me fut personnelle. Mais ce n’était pas le cas, au vu de l’utilité de la charge, qui fut en effet des plus brillantes et des plus efficaces.

Après ces belles affaires, dans des circonstances bien tristes d’ailleurs, la retraite n’est plus entravée. Napoléon suit la route de Mayence, nous la Jeune Garde, passons un peu à droite, vu les embarras des chemins et nous traversons Francfort, où je reconnais parmi les curieux plusieurs officiers de Hesse-Darmstadt, qui avaient servi avec nous dans la campagne. Ils étaient alors commandés par un de leurs princes, Émile d’Auerstaedt, qui était un excellent jeune hommes. A Francfort, ces officiers sont en bourgeois en curieux.

Mayence est encombré de traînards, de dépôts de divers régiments et les hôpitaux pleins de malades attaqués du typhus, qui y fait de grands ravages, et qui n’épargne pas les habitants eux-mêmes.

Là, je perdis d’une affection de poitrine, un bon et beau cheval que j’avais acheté au début de la campagne. Cette perte me fut très sensible. C’était un cheval hanovrien, que j’avais acheté à un paysan qui l’employait à son labour, car on voit communément là des chevaux magnifiques, attelés à la charrue.

Malheureusement, ce pauvre animal était fatigué de notre retraite. Ce qui a pu contribuer à ce qu’il fût pris de la fluxion de poitrine qui l’a tué, c’est ce je n’avais pu, dans Mayence, lui trouver une écurie et que j’avais été forcé de le mettre très à mal à l’abri, sous un auvent, où il aura été saisi par le froid très rigoureux que nous éprouvions alors.

7 novembre. Napoléon part pour Paris. Il avait malheureusement laissé dans les places de la Vistule, de l’Oder et de l’Elbe 190 000 hommes de garnison : Dantzig, Thorn, Dresde, Torgau, Hambourg, Magdebourg, etc.

Si nous avions eu ces hommes à Leipzig, la chance nous eût été sûrement favorable, surtout avec la coopération de généraux éprouvés comme Davout, Saint-Cyr, etc., dont l’expérience consommée et la résolution nous eussent assuré la victoire à Leipzig et plus tard une paix honorable.

17 novembre. Nous reprenons la route de Paris, en passant par Trèves… Thionville, Verdun, Châlons-sur-Marne, etc.

Dans un village, aux environs de Kreuznach, première étape après Mayence, je laissai en quittant mon logement, ma bourse assez bien garnie de pièces d’or, frédérics et napoléons. M’en étant aperçu lorsque j’étais déjà en route, je retournais au moins trois lieues, mais je ne retrouvai rien. Je laissai une note au maire de l’endroit, avec prière de m’envoyer ma bourse si on la trouvait. Mais je n’ai pas reçu de nouvelles.

Arrivés à Paris le 22 novembre, on s’occupe de nous compléter le régiment avec des hommes tirés des conscriptions très anciennes et qui n’ont pas été demandés avant. De beaux hommes, forts, bien développés et intelligents. On y a versé aussi des soldats de différents bataillons de dépôts. Sommes toute, c’est une bonne et rassurante organisation. »

 

(Louis-Vivant LAGNEAU, « Journal d’un chirurgien de la Grande Armée, 1803-1815. Edition présentées et complétée par Christophe Bourachot », LCV Services, 2000 pp.172-174).

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