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( 1 août, 2019 )

Les événements de juillet 1815 à Paris, vus par John Hobhouse.

Hobhouse1

« Dimanche 2 juillet 1815.

L’affaire le général Exelmans a eue hier à Versailles a été plus chaude qu’on ne l’avait cru d’abord. La ville a été reprise par les Français, et deux régiments de cavalerie prussienne ont été détruits. Cet événement a été annoncé aux Chambres par un message des Tuileries. Un avis du Gouvernement annonce en outre que « l’on a reçu la nouvelle que les plénipotentiaires traitaient d’un armistice au quartier-général du duc de Wellington; les négociations continuent, mais les résultats n’en sont pas encore connus ». Le duc a refusé la suspension d’armes demandée par le prince d’Eckmühl [maréchal Davout] en termes fort civils; et le héros Blücher a fait un discours que, pour l’honneur de la France, on n’a pas jugé à propos de publier. Les passages suivants en sont extrêmement polis. « Paris et la France sont dans mes mains; je viens défendre les honnêtes gens contre la canaille. Je vous promets de ne pas traiter Paris comme vous avez traite Hambourg ».

Tout est parfaitement tranquille en ville ; le jardin des Tuileries est plus fréquenté que jamais, et depuis le boulevard de Montmartre jusqu’aux Bains chinois, il y a jusqu’à vingt-six cabinets pour les lecteurs des journaux, qui s’aident dans leurs spéculations des nombreuses cartes du théâtre de la guerre, c’est-à-dire de celles des environs de Paris, qui pendent à toutes les murailles. Le Théâtre Français et l’Opéra sont fermés, mais les autres spectacles continuent. Le nombre des paysans qui ont été chassés par l’ennemi est d’au  moins trente mille; leurs petites charrettes chargées de matelas et de meubles, dans lesquelles étaient assis les femmes, les en fans et les vieillards, parcourent encore les rues. Je ne sais où, ils trouvent à se loger. On ne craint pas encore de manquer de vivres. Il est entré hier douze cents bœufs venant de Poissy ; il est également arrivé de la Lorraine un grand nombre de charrettes de provisions. »

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« Lundi 3 juillet 1815, dans la nuit.

On a appris ce matin qu’il y à eu des affaire partielles hier à Nanterre, à Sèvres, et sur différents points de la rive droite de la Seine, entre Neuilly et Argenteuil; que Versailles avait été repris, et que le pont de Choisy était occupé par les Prussiens. Ceux-ci et les Anglais ont passé la nuit à se retrancher dans le bois de Meudon et de Verrières, et se sont avancés ce matin de bonne heure jusqu’aux villages de Vanves et d’Issy-, comme pour se préparer à une attaque générale des armées combinées sur la capitale: à 8 heures les deux armées étaient en présente ; les Français dans la plaine de Grenelle, et les alliés dans celle de Meudon. On a vu et entendu le feu pendant toute la nuit des hauteurs de Chaillot, qui étaient couvertes de monde, avec des lorgnettes d’approche. Une partie de la cavalerie de la garde., qui était restée au Champ-de-Mars, s’est mise en marche à onze heures , le long de la rive gauche de la Seine, et ils furent les derniers à prendre leurs positions, ce qui paraissait terminé à midi; les deux armées restent en ligne de bataille. Quelques corps d’infanterie, dont deux batailIons de la Haute-Marne, ont joint l’armée aujourd’hui. Les corps des généraux Lamarque et Travot cheminent vers la capitale. On disait après-midi qu’on était sur le point de livrer bataille. La foule, les regards empressés, et le silence de la multitude dans les jardins et sur les boulevards ; les groupes qui se forment autour de quelques dragons qui traînent leurs chevaux blessés, ou qui portent des ordres au quartier-général à la place ‘Vendôme; l’insocialité [sic] morne et solennelle des fortes patrouilles qui parcourent les rues sans musique les portes des maisons et des allées fermées, les croisées d’en haut ouvertes de temps en temps, et occupées par des femmes j lorsque le bruit du cheval d’un gendarme annonce quelque nouvelle ; tous les signes de l’inquiétude et de la crainte que l’on n’avait pas encore remarqués; même depuis le commencement du siège, se reconnaissaient au premier coup d’œil, une heure ou deux après que l’on a su que les deux armées étaient en présence. Plus d’une fois la foule s’est portée sur les lieux élevés des jardins et des places aux cris d’individus que la canonnade commençait. A quatre heures la bataille n’était pas encore commencée. J’allai voir votre amie Madame… et la trouvai dans les larmes. Je fus terrasse de la nouvelle qu’elle m’apprit. Son fils le lieutenant général venait de quitter l’armée ; tout était perdu Paris était rendu, ayant une armée dévouée de 80,000 hommes sous ses murs. Il était déterminé à dénoncer cette trahison et les traîtres, le soir même à la Chambre des pairs, en la quittant ; j’entendis la confirmation de cette nouvelle, et je fus instruit de la capitulation et de la dénonciation projetée; l’artillerie et les troupes commencent déjà à défiler par Paris pour effectuer leur retraite. La commission de Gouvernement a siégé aux Tuileries pendant toute la nuit, et ne s’est séparée qu’a sept heures du matin; il paraît que c’est pendant ce temps là que le baron Bignon et le comte de Bondy, préfet de la Seine, sont allés avec un drapeau parlementaire, au quartier-général des Alliés à Vanves, et de là à St.-Cloud, où la convention a été signée. »

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« Mercredi, 5 juillet 1815.

Les murs de Paris étaient couverts ce matin de placards d’une nature importante : la Capitulation, les remerciements des Chambres à l’armée de l’Ouest ; les remerciements à l’armée de Paris; et une proclamation du prince d’Essling [maréchal Masséna] à la garde nationale de Paris. Vous verrez par la capitulation ou convention, que les généraux en chef des armées anglaise et prussienne s’engagent à respecter les autorités actuelles, aussi longtemps qu’elles existeront. Dans les remerciements à l’armée, vous verrez que la proposition de M.Pénières relatives à la conservation des couleurs nationales y est rapportée, et que le prince d’Essling défend expressément &arborer d’autres couleurs que celles-là. Le service intérieur de la capitale restera confié à la garde nationale et à la gendarmerie municipale. Le tumulte d’hier n’a pas eu de suites fâcheuses; mais tant que l’armée n’aura pas toute entière atteint sa destination, il y aura toujours des prétextes, au moins, pour les mouvements que les fédérés chercheront à exciter. Les hommes en uniforme qui paraissaient hier les « plus acharnés à exciter le mécontentement, n’étaient pas militaires, à ce qu’on dit, mais des mécontents déguisés; et l’on convient partout que les soldats de la garde qu’on vit dans les rues, s’y comportèrent avec décence et dignité. Passant dans l’après-midi vis-à-vis le palais du Corps législatif, j’en vis toutes les marches du péristyle et toutes les issues remplies de gardes nationaux qui ne laissaient plus approcher personne dès que les tribunes étaient pleines. Un membre de ma connaissance, se rendant à la séance, me dit qu’il croyait qu’on était occupé à élire un roi; et ce bruit se soutint jusqu’au moment de l’apparition des journaux du soir, où l’on vit que les délibérations n’avaient été que préliminaires sans doute à cet acte, mais qu’il n’avait pas été question de procéder à l’élection. Nous nous demandons quel roi car on ne parle plus de la succession de Napoléon II, quoique le buste et le portrait de cet enfant soient étalés chez tous les marchands d’estampes. Le Journal de l’Empire parle enfin hardiment, et dit qu’il serait absurde de penser un autre souverain que Louis XVIII. Ce prince est à Compiègne, avec la garde nationale de la Flandre et de la Picardie, et l’on-dit que son frère le comte d’Artois est au quartier du duc de Wellington. Le nom du duc d’Orléans est encore une fois mis à la loterie des couronnes, car aujourd’hui même il circulait des bruits en: sa faveur. Le secret gardé par le Gouvernement et par ses agents, dans cette occasion) est vraiment admirable- Ils ont eu l’adresse de supprimer des journaux les deux proclamations de Louis XVIII, quoiqu’elles aient été montrées à 500 per sonnes au moins; et en faisant cela ils prouvent qu’ils savent mieux que ce monarque ce qui peut augmenter les chances en faveur de son élection comme roi constitutionnel; car tel est le dernier espoir de ceux qui paraissent connaître à quelle extrémité la France est réduite. Les séances des représentons font voir qu’ils sont déterminés à faire tous leurs efforts pour obtenir ce bonheur, qui, tout en blessant leur honneur à l’égard de Napoléon II, est cependant l’objet essentiel, et si l’on y parvient, il assurera pour jamais à la France les droits et les privilèges d’une nation libre et heureuse. Il serait étonnant vraiment que les patriotes pussent faire plus pour leur patrie, dans ce moment de détresse, que n’ont jamais pu faire les champions les plus heureux de l’indépendance nationale. La gloire de l’Angleterre sera complète, et son nom acquerra un lustre que ne donne pas la victoire, si son armée triomphante respecte ces législateurs , si elle encourage les efforts de ceux lesquels, au moment du péril, consacrent ce qu’on peut nommer leurs derniers instants, à la défense de la liberté et à la cause des races futures. La fortune a mis aux mains du duc de Wellington la faculté d’acheter sa réputation par une action réservée à lui seul parmi tous les conquérants, et digne du général d’un peuple libre et éclairé. Si la vérité parvient jusqu’à lui, elle y viendra par la bouche de ceux dont il se méfiait à juste titre; mais s’il se persuadait, ce que je crois très-possible, que la déclaration suivante des représentants parle le langage de la très-grande majorité des Français, comme elle parle celui de la liberté et du bon sens, je ne doute pas qu’à ses lauriers il ne voulût ajouter la couronne que l’on décerne à ceux qui savent sauver et épargner.[…]

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« Jeudi, 6 juillet 1815.

Aujourd’hui dans l’après-midi j’ai été témoin, à la barrière de l’Etoile, d’un événement dont l’histoire ne fournit pas d’exemple, la remise de la capitale de la France aux troupes anglaises ! Cela eut lieu à quatre heures et demie, et à la même heure toutes les-barrières de Paris étaient au pouvoir des alliés. Tandis que cela se passait, on distribuait un imprimé daté de la préfecture de police, signé Courtin, portant que les plénipotentiaires envoyés près des souverains alliés étaient de retour; que les conférences commencées à Haguenau étaient ajournées jusqu’à ce que le ministre anglais ait reçu ses pleins-pouvoirs, et qu’elles recommenceraient à Paris, où les souverains alliés et leurs ministres ne tarderaient pas à arriver. On y ajoute »que les souverains alliés, fidèles à leur déclaration, annoncent les intentions les plus libérales, et la détermination la plus décidée de n’imposer à la France aucune forme de gouvernement, mais de la laisser parfaitement libre sous ce rapport. Leurs plénipotentiaires ont donné là-dessus des assurances les plus positives. Les commissaires= français ont trouvé, dans tous les départements  qu’ils ont traversés, les meilleures dispositions; les habitants ont plutôt besoin d’être contenus qu’excités, et enfin la cocarde tricolore et la  cocarde nationale se montrent partout au milieu des armées ennemies. »  

Les plénipotentiaires ne sont donc pas retournés par St.-Denis, dont le clocher est surmonté d’un drapeau blanc, que je vois de ma croisée. Une circulaire du ministre de l’intérieur, insérée dans le Moniteur d’aujourd’hui, annonce aux Français « que l’ennemi s’est engagé solennelle ment de respecter les personnes et les propriétés publiques et particulières, leurs institutions,  leurs autorités, et les couleurs nationales. »

Avant que la Chambre se séparât hier soir, M. Bedoch annonça aux représentants qu’il avait vu M. le comte de Pontécoulant aux Tuileries. Il a dit « que les puissances avaient montré des dispositions favorables, et particulièrement  l’empereur Alexandre; qu’il avait entendu y souvent dire et répéter que l’intention des alliés n’était point de gêner la France dans le choix de son Gouvernement.» Ce rapport fut confirmé par le général Sébastiani, l’un des plénipotentiaires, qui était présent, et qui dit qu’il n’avait rien à y ajouter. Cependant, malgré toutes. ces assurances, on craint dans la Chambre qu’on ne fasse quelque tentative contre la représentation- nationale. Une discussion violente a eu lieu au sujet de l’ajournement. M. Regnault demanda que la séance ne fût pas levée, mais seulement suspendue; et M. Bedoch convint qu’il circulait un bruit d’un mouvement populaire, et que l’insurrection d’un parti était prête à faire explosion le lendemain; mais que les généraux .alliés, et surtout les Prussiens, avaient offert de la prévenir en employant leurs bataillons au maintien de la tranquillité publique, et à protéger la représentation nationale. Cette alarme était toute naturelle , mais on en revint bientôt. La -Chambre arrêta que ses commissaires près de l’armée partiraient le lendemain, et séjourna jusque huit heures ce matin. Chez les pairs il n’y a pas encore apparence de désertion; – et le comte Thibaudeau a proposé, d’envoyer un message au Gouvernement pour demander ce qui l’avait porté à faire usage de cette phrase : « une cause abandonnée par la fortune et par la volonté de la Nation. » Il paraît que ces mots un prince ont été omis dans quelques exem plaires de la proclamation. On a affiché aujourd’hui un ordre du maréchal prince d’Eckmühl, qui règle la retraite de l’armée sur Orléans et un autre du maréchal Masséna, qui enjoint à tous les membres de la garde nationale et à tout individu qui porte le chapeau retroussé, de porter la cocarde tricolore, sous peine d’être arrêté. On a arboré les couleurs nationales ce matin à la Chambre des représentants, sur le piédestal où la statue de Napoléon était encore hier matin. Cette cérémonie se fit au milieu des acclamations. Le même drapeau flotte sur tous les édifices publics, et l’on voit peu de personnes dans rues sans cet emblème révolutionnaire ;  cependant tous les journaux; à l’exception- du Moniteur, -de l’Indépendant et d’un Journal du Soir, ont repris leurs emblèmes royadistes; la Gazette de France donne même la proclamation que le Roi fit à Cambrai le 28 juin, et un autre journal assure que les plénipotentiaires ne virent jamais les souverains alliés. Je remarque en passant qu’on n’a jamais affirmé qu’ils les eussent vus. Le Journal de l’Empire insulte et; dénonce tous les patriotes, et cite particulièrement M. Dumolard par son nom. Une persévérance de deux jours de .plus de la part des patriotes leur fera rehausser le ton. Ces journaux sont tombés dans le dernier mépris; et une caricature représente leurs rédacteurs dans les attitudes de l’abjection et de la servitude. »

(J. HOBHOUSE, « Histoire des Cent-Jours ou Dernier règne de l’Empereur Napoléon. Lettres écrites de Paris depuis le 8 avril 1815 jusqu’au 20 juillet de la même année. », Paris, chez Domère, Libraire, 1819, pp.428-443)

 

 

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( 23 juin, 2019 )

Deux lettres sur la campagne d’Autriche…

 

1809A Madame de Marbotin-Rubéran pour Sauviac à Bazas (Gironde). Du bivouac devant Stockerau, le 10 juillet 1809.

 Ma chère maman, 

Nous venons d’avoir une affaire avec les Autrichiens et je m’empresse de t’écrire d’après la demande que tu m’en as faite et d’après le devoir que je me suis moi-même imposé d’écrire, après chaque bataille ou combat auquel je me serais trouvé, à des parents qui prennent un si vif intérêt à moi. Je t’aurais écrit plus tôt, si je n’eusse voulu attendre l’ordre du jour de l’Empereur, afin de pouvoir t’instruire des résultats. Le 4, à dix heures du soir, les batteries nombreuses que nous avions établies dans l’île de Lobau, surnommée « Ile Napoléon », commencèrent à jouer et à lancer une quantité innombrable de boulets et de bombes qui mirent le feu à une petite ville nommée Enzersdorf, située sur l’autre rive et où l’ennemi avait des magasins de munitions. Vers minuit, notre division commença à effectuer le passage du Danube, sur lequel un pont fut jeté en moins d’un quart d’heure. L’Empereur était à notre tête, à pied et par le temps le plus abominable qu’il soit possible de voir. Il plut depuis le 4 à trois heures de l’après-midi jusqu’à cinq ou six heures du matin. Notre armée avait été renforcée, la veille, de l’armée d’Italie, de celle du prince de Ponte-Corvo (composée de Saxons et de Français) et de celle de Dalmatie. Nous nous emparâmes de toutes les redoutes et batteries que l’ennemi avait faites dans la plaine, ainsi que de tous les villages où il s’était retranché. L’ennemi commença à battre en retraite dès le 5 et nous parvînmes à disperser son armée au point qu’à la fin de la deuxième journée le champ de bataille tenait une étendue de 8 lieues. La bataille a duré quarante-huit heures (jusqu’au 6 à neuf heures et demie du soir) et, grâce à Dieu, je n’ai pas eu la moindre blessure. L’Empereur, dans un ordre du jour où il nous témoigne sa satisfaction, lui donne le nom de bataille d’Enzersdorf et de Wagram.  Il est dit que dans cette bataille décisive, l’ennemi a perdu plusieurs drapeaux, 60 pièces de canon et 25.000 prisonniers. Il effectue sa retraite du côté de la Bohême et de la Moravie et notre cavalerie est à ses trousses. Nous sommes à six lieues de Vienne, sur la route de Bohême, et je t’écrirai dès que nous serons arrivés. Je reçus, le soir de la bataille, une lettre de mon père en réponse à celle que je lui avais écrite de notre île ; tu peux juger du plaisir qu’elle m’a fait, il y avait si longtemps que je n’avais pas reçu de vos nouvelles. Je n’ai pas vu Bayle [sous-lieutenant d’infanterie, camarade de promotion du sous-lieutenant de Marbotin à l’Ecole militaire du Fontainebleau, et dont la famille était domiciliée à Bazas] depuis l’affaire : sa division était au centre et la nôtre occupait l’aile gauche. Le général Boudet n’a pas eu le moindre mal. Vous avez vu, vraisemblablement, dans les journaux qu’il a été nommé Grand-Croix de la Légion d’honneur. Je t’annoncerai aussi, ma bonne maman, persuadé que cela te fera plaisir, que l’Empereur, par décision du 30 juin, m’a nommé lieutenant [l’auteur avait à ce moment-là dix-neuf ans à peine]. Pardon si je ne puis te donner de plus longs détails, mais nous sommes comme l’oiseau sur la branche, attendant l’instant de notre départ et je m’empresse de faire partir ma lettre.

Adieu donc, ma très chère maman, je t’embrasse du plus profond de mon cœur.

 

MARBOTIN.

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A Madame de Marbotin-Rubéran pour Sauviac à Bazas (Gironde). Au camp de Butwitz (Moravie), le 22 août 1809.

Ma chère maman,

J’ai reçu avant-hier ta lettre du 1er août dans la quelle tu me félicites de mon nouveau grade. Puis-je recevoir des félicitations plus agréables que celles d’une mère que j’ai toujours présente à ma pensée et qui guide toutes mes actions ? Si j’ai pu te donner un instant de désagrément en embrassant un état dont ta tendresse pour moi aurait voulu m’éloigner, du moins je t’ai toujours promis de ne rien faire d’indigne de toi et j’ai tâché d’effacer par une bonne conduite les torts dont je me suis rendu coupable à ton égard. C’est avec bien de la peine, ma bonne mère, que je vois que plusieurs de mes lettres se sont égarées. Tu me dis qu’il y avait trois mois que tu n’en avais reçu et, cependant, je t’avais écrit de Vienne et je t’avais encore écrit de l’île Lobau quelques jours après la bataille d’Essling, peu avant celle de Wagram. Quelle bataille ma chère maman ! Quel profond génie dans les manœuvres de notre grand général, de celui que l’on peut appeler à juste titre le premier capitaine du monde ! A l’instant où les autrichiens s’y attendaient le  moins, l’armée d’Italie, forte de 50 à 60.000 hommes, aux ordres de prince Vice-Roi, qui s’était emparée de la forteresse de Raab, à 30 lieues au-dessous de Vienne et qui paraissait devoir continuer ses marches en Hongrie, remonte le long du Danube jusqu’à 2 lieues de Vienne ; le corps d’armée du maréchal Davout, dont la moitié était devant Presbourg, revient aussi ; le corps commandés par le maréchal Marmont, qui était dans le fond de la Dalmatie depuis trois ou quatre ans, arrive au moment où nous-mêmes le croyions encore dans cette province. Le prince de Ponte-Corvo arrive aussi avec une division française et 20.000 Saxons ; enfin le maréchal Lefebvre vient avec 30.000 Bavarois. De sorte que, dans la journée du 4, nous fûmes renforcés de plus de 120.000 hommes et, de suite, on passe le Danube dans la nuit. Ce qui acheva encore de tromper l’ennemi, c’est que, trois jours auparavant, une division de notre corps d’armée avait passé sur le même point où nous avions passé lors de la bataille d’Essling, le 21 mai, et qu’il s’attendait à voir passer sur ce point toute notre armée, tandis que nous allâmes effectuer le passage à une lieue au-dessous, sur un pont qui fut jeté en cinq minutes et qui, étant déjà construit d’avance derrière une île, n’eut besoin que de descendre un instant le Danube, d’être retourné et accroché aux bords. Ce pont, le premier qui n’ait jamais paru de cette espèce, est de l’invention de l’Empereur lui-même. De suite, cinq à six ponts furent jetés à une artillerie forte de 400 pièces de canon, au moins, commença à jouer sur eux.  Mais, où vais-je m’étendre ? Les journaux ont dû t’apprendre les détails de cette fameuse journée où les autrichiens croyaient nous jeter tous dans le Danube ; car je tiens d’une comtesse de ce pays-ci que, le général Hiller ayant été dire au prince Charles que les Français passaient et qu’il vaudrait mieux les attaquer en détail, le prince lui répondit :  »Laissez faire, il n’y en a pas encore assez ; plus il y en aura, plus nous en prendrons ; je suis sûr de ce fait comme de mon existence.  »

Nous ne savons encore rien sur notre nouvelle destination. Dès que je le saurai, je m’empresserai de t’en faire part. En attendant, reçois, ô la meilleure des mères, les embrassements d’un fils qui te chérira toute sa vie.

 MARBOTIN.

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Etat de services du Baron Pierre-François-Joseph-Marie MARBOTIN-SAUVIAC : 

Né à Langon (Gironde), le 20 juillet 1790, fils du chevalier de Marbotin-Rubéran, capitaine des vaisseaux du Roi, chevalier de Saint-Louis, et de Madame Larouy de Beaulac. Elève à l’Ecole spéciale militaire de Fontainebleau le 14 mais 1807 ; caporal à la dite Ecole, le 26 juin 1807 ; sous-lieutenant au 3ème  régiment d’infanterie légère le 23 juin 1808 ; lieutenant le 30 juin 1809 ; capitaine le 5 mai 1812 ; capitaine à la Légion de la Gironde le 25 décembre 1816 ; capitaine au 2ème régiment de la Garde Royale en août 1822 ; réformé pour blessures dans le service le 4 octobre 1828.

Campagnes : 1808, Grande-Armée ; 1809, Allemagne ; 1810 à 1814, Espagne ; 1823, Espagne.

Blessure : Coup de feu à la cuisse gauche au combat de Xesta sous Tortose, le 5 août 1813.

Décorations : Chevalier de la Légion d’honneur, le 25 avril 1821 ; Chevalier de Saint-Louis, le 22 octobre 1823.

Se retira au château de Sauviac, près de Bazas, où il mourut en 1873. Marié à sa cousine de Lauzac de Savignac, il laissa deux enfants : le baron Charles de Marbotin-Sauviac, préfet des Landes et la baronne de Verneilh-Puyrazeau.

Le sous-lieutenant de Marbotin était entré à l’Ecole militaire de Fontainebleau en 1807, en se cachant de sa mère et malgré ses ordres réitérés. Celle-ci, femme d’un officier de la marine royale qui avait émigré en 1790, et ayant cruellement souffert à la Révolution, n’entendait pas que son fils prit du service dans les armées impériales. De là une certaine mésintelligence passagère entre la mère et le fils.

Document paru en 1909 dans le « Carnet de la Sabretache ».

 

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( 28 mai, 2019 )

Un méconnu de l’Épopée:le colonel Calosso…

Ombre 3

« Je viens de jeter sur le papier, sans prétention et sans art, le récit des événements d’une vie passablement agitée. » Tels sont les mots écrits par le colonel Jean-Timothée Calosso, au début de ses « Mémoires d’un vieux soldat ». Publié la première fois en 1857, à Nice, ce témoignage retrace parfaitement ce que pouvait être l’existence d’un  officier du Premier Empire.

Né en 1789, « à Chivasso, province de Turin », il s’engage à 17 ans au 24ème régiment de chasseurs à  cheval. Désigné pour faire partie des escadrons de guerre qui devaient rejoindre la Grande Armée en Prusse, il quitte l’Italie fin 1806. « Une partie du régiment était monté, l’autre à pied. » Il connaîtra  son baptême du feu en juin 1807 : « Nous passâmes la rivière [la Vistule] au gué sous le feu de l’ennemi et nous déployâmes dans la plaine ». Son récit contient de nombreux détails et anecdotes; ainsi écrit-il : « C’était mon début dans ce terrible jeu des batailles et j’eus le bonheur d‘en sortir sain et sauf. Je ne crains pas d’avouer que les premiers boulets qui sifflèrent à mes oreilles me causèrent une vive émotion. Je baissais la tête croyant les éviter ; alors mon camarade de lit, le vieux Cibois me dit : « Il est inutile de vous baisser, Calosso, lorsque vous les entendez souffler, ils ne sont plus à craindre car ils ont déjà touché le but ». Plus tard, le jeune chasseur participe à la bataille de Friedland. Il revient souvent à la vie du soldat en campagne (l’anecdote sur son rôle de cuisinier improvisé est mémorable !). Nous le retrouvons plus tard à Tilsitt, côtoyant « les hussards noirs prussiens ». Après la rencontre légendaire des deux empereurs sur le Niémen, Calosso est désigné en octobre 1807 « pour passer à la compagnie d’élite ». Au printemps de 1809, il est en Autriche et participe à la prise de Ratisbonne, puis à la bataille d’Essling. C’est au cours de cette dernière qu’il sera blessé une première fois, par « un vigoureux coup de sabre ». Puis il est fortement contusionné à la cuisse par un boulet.

Bloqué sous son cheval tué, il manquera d’être dépouillé par deux hussards autrichiens. Mais notre homme s’en sortira, tout en étant de nouveau blessé quelques heures plus tard… Il sera nommé brigadier durant cette campagne.

 En 1810, Calosso est nommé maréchal-des-logis dans la 7ème compagnie, puis maréchal-des-logis chef de la compagnie d’élite. Puis il participe à la campagne de Russie. « Les ponts militaires étant jetés sur le fleuve, au point du jour du 24 [juin1812], les colonnes de cavalerie d’avant-garde s’ébranlèrent et le passage commença sous les yeux de l’Empereur placé sur un mamelon qui dominait les ponts ». Les événements auxquels il participe son toujours très bien décrits. Il n’y a pas de temps mort dans le récit du chasseur à cheval Calosso. On notera une très bonne description de la bataille de Polotsk, le 18 août 1812. Il manqua d’ailleurs y être coupé en deux par un boulet…

Plus loin, l’auteur évoque la retraite, le fameux passage de la Bérézina… Il faut affronter le froid intense, la faim et continuer à se battre !  « Je regrette de n’avoir pas conservé dans ma mémoire le nom de l’intrépide commandant de la batterie du quatrième d’artillerie à cheval, qui, malgré sa jambe de bois, sabrait avec nous… », précise-t’il.  Ce passage de ses « Mémoires » est chargé d’un réalisme très fort. Le lecteur souffre avec lui et ressent le même découragement face à la montée de Ponari, cet obstacle de glace infranchissable…

En 1813, Calosso participe à la campagne d’Allemagne. Présent à Bautzen, il est nommé sous-lieutenant, quelques jours après, le 13 juillet. Blessé à la bataille de Wachau (le 16 octobre 1813) « d’un coup de pistolet par un hussard hongrois et de deux coups de lance par les hulans », Calosso est présent malgré tout à Leipzig, cette bataille mémorable par la violence des combats…

L’année suivante, le sous-lieutenant Calosso sera présent « dans cette admirable campagne de France qui suffirait à elle seule pour immortaliser l’Empereur et son armée. » Il se trouve à Fontainebleau lors de l’abdication de l’Empereur. « Pour la dernière fois je vis Napoléon au moment où les rois, qui lui avaient donné le titre de frère, allaient l’exiler à l’île d’Elbe, en attendant qu’ils le déportassent sur un autre rocher bien autrement meurtrier ».

Après la chute de l’Empire, Jean-Timothée Calosso retournera en Piémont et rejoindra les rangs de l’armée sarde.

 La conclusion lui appartient avec ces quelques mots : « …la vie des camps et des bivouacs que j’ai menée pendant huit ans d’une époque héroïque, intéressera peut-être les survivants de cette grande armée [à l’époque il y avait encore de ces combattants…] à laquelle j’ai eu l’honneur d’appartenir. »

C.B.

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Complément…

Il convient de savoir qu’après 1815, l’auteur, qui n’avait que 25 ans, se battra dans les rangs de l’armée italienne face à la domination autrichienne sur l’Italie. Après un passage en Espagne, il entre au service de la Grèce puis vers 1823, à celui du sultan de Turquie Mahmoud. Ayant dû prendre le nom de Rustem-bey, « sans renier ni sa religion, ni ses deux patries, le Piémont et la France », il est nommé colonel.

Jean-Timothée Calosso, ne prendra sa retraite qu’en 1843 et s’éteindra à  Nice le 27 mars 1865, cinq ans après le rattachement de ce comté à la France. On consultera avec intérêt l’article qui a été consacré en 1925 à cet intéressant militaire dans le n°64 de la revue « Nice-Historique ». Il est en ligne sur internet par ce lien : http://www.nicehistorique.org/vwr/?nav=Index&document=517

 

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( 1 mai, 2019 )

Une lettre méconnue du ministre Champagny, duc de Cadore, ministre des Relations Extérieures.

Champagny

Daté de Vienne, 28 mai 1809  et adressée au diplomate Serra.

Elle se situe après la bataille d’Essling et la jonction de l’Armée d’Italie commandée par le Prince Eugène avec la Grande Armée de l’Empereur, le 27 mai. Elle fait allusion aux opérations en Pologne du Prince Poniatowski qui résistait héroïquement aux attaques de l’armée autrichienne commandée par l’Archiduc Ferdinand. La Russie, qui selon les accords avec napoléon devait intervenir contre l’Autriche en cas d’agression de cette dernière, préféra rester neutre. 

(Communication du capitaine P. MATZYNSKI)

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« Monsieur,

Des lettres que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire, la dernière qui me soit parvenue (…) m’annonce votre départ pour Posen. Je l’ai mise sous les yeux de sa Majesté, l’Empereur et Roi .

Ce qui se passe sur les bords de la Vistule ne nous est connu que par des rapports assez vagues et qui même ne s’accordent pas. Quelques uns de ces rapports présentent les Autrichiens comme descendant la Vistule et faisant le siège de Thorn, tandis que les troupes aux ordres du général Prince de Poniatowski remontent le fleuve, s’avancent dans la Galicie et en occupent peut-être en ce moment la capitale. 

Cette conduite des Autrichiens semble à S.M. tout à fait inexplicable. Rapproché du théâtre des événements, il vous sera facile de les connaître avec exactitude. Sa Majesté attend de vous des renseignements précis et certains, sur la force, la position et les mouvements de l’ennemi dans ces contrées, sur la marche des troupes polonaises (…) et les mouvements des troupes russes qui doivent être maintenant entrées en Galicie (…) Le dixième bulletin de la Grande Armée (…) raconte de nouveaux prodiges de valeur, d’intrépidité, de constance dont tout français doit sentir, avec orgueil, que les troupes françaises sont seules capables (Bataille d’Essling, 21-22 mai). L’armée d’Italie aussi s’est couverte de gloire (armée menée par Eugène de Beauharnais), comme l’attestent les comptes-rendus du Vice-Roi d’Italie au ministre de la Guerre. Après avoir battu et disputé l’ennemi qui lui était opposé, elle a fait la jonction avec la Grande armée et mérité les éloges et les témoignages de satisfaction que l’Empereur lui donne dans les proclamations dont vous trouverez pareillement ci-joint un exemplaire imprimé dans les deux langues française et allemande (…)

Champagny.

P.S. : Vous ne devez pas craindre, Monsieur, de m’expédier des courriers extraordinaires lorsque l’importance et l’urgence des nouvelles que vous avez à me transmettre vous paraîtront l’exiger ». 

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( 4 avril, 2019 )

Le major Dauger à Antibes en mars 1815.

golfejuan

On sait que les grenadiers envoyés par Napoléon à Antibes furent retenus prisonniers; mais on ignore ordinairement le rôle que joua dans cette aventure le major Dauger. Jean-Léopold-Honoré Dauger, né à Châteaudun en 1768, avait servi dans les colonies et il était devenu de grade en grade capitaine au régiment de Pondichéry 1798, lorsqu’il regagna la France en 1802. Chef de bataillon en 1807 et major depuis 1812, il s’était signalé par sa bravoure à Friedland, à Essling et au siège de Danzig. Le 1er  août 1815 il fut atteint paf l’ordonnance sur les retraite. ,Il était major du 87ème à Antibes et commandait le régi ment en l’absence du colonel lorsqu’eut lieu le débarquement de Napoléon ; comme on le verra dans sa relation, il fit arrêter le capitaine Bertrand qui précédait les grenadier;) et il encouragea le colonel Cunéo d’Ornano, commandant d’armes, à la résistance. Aussi lé gouverneur d’Antibes (absent dans la journée du 1er mars 1815), le maréchal de camp baron Corsin. reconnaît-il que Dauger montra, en cette circonstance, « une fermeté et une prudence exemplaires » et le maire et les adjointe de la ville attestent qu’il repoussa avec indignation le premier émissaire de Bonaparte, qu’il tint une « conduite brillante » et que, durant les Cent Jours, son attachement au roi lui « causa une foule de désagréments ». Quoi qu’il en soit, Dauger a,  dans la pièce suivante, relaté d’une façon assez vive et intéressante ce qu’il fit le 1er mars.

Arthur CHUQUET.

 

Rapport de ce qui s’est passé à Antibes le 1er mars 1815.

Le 1er mars, vers midi et demi, un militaire portant l’uniforme de voltigeur (et que j’ai su depuis se nommer Bertrand) se présenta chez moi. Je commandais alors le régiment en l’absence du colonel. Voyant cet inconnu très ému, mouillé de sueur et couvert de poussière, je lui dis: « Monsieur, qu’avez-vous? » Il me répondit : « Monsieur le major, je voudrais vous parler en particulier ». Ne sachant ce qu’il avait à me dire, je priai les personnes qui étaient alors chez moi de passer dans une autre pièce. Aussitôt l’inconnu s’approche de moi et me dit : « Monsieur le major, je viens vous offrir votre fortune.» Une telle proposition, faite par un homme que je n’avais jamais vu, m’étonna, et je lui dis vivement: « Qui êtes-vous? Monsieur, que voulez-vous ? Et d’où venez-vous ? » Ces questions l’interdirent et, voyant qu’il ne pouvait y répondre, je lai dis de s’expliquer clairement. 11 me répondit : « Je suis officier dans la Garde impériale ». Sans lui donner le temps d’achever : « Je ne connais, lui dis-je, que la Garde royale ». — « L’Empereur est ici près, reprit-il, et si vous voulez, votre fortune est faite ». Il me présenta alors six proclamations en me disant : « Faites-les connaître’ en les faisant publier et vous pourrez prétendre à tout ». Je jetai les yeux sur la première qui se présenta. Mais voyant que ces infâmes proclamations tendaient à détrôner le roi, à détruire l’auguste maison des Bourbons et à jeter la France dans tous les maux de la guerre civile, je lui dis : « Monsieur, comment, sans me connaître,  venez-vous me faire de pareilles propositions ? Je suis sans fortune, mais toujours imbu des bons principes et ne m’écartant jamais du sentier de l’honneur. Je ne connais que mon serment ; j’ai juré fidélité à mon roi, et je le servirai jusqu’à la mort. Je vous constitue mon prisonnier. » A ces mots, il tombe dans un fauteuil en s’écriant : « Je suis perdu ». J’appelai mon planton et, devant cet officier, je lui donnai cette consigne : « Vous vous opposerez à ce qu’il ne soit fait aucune insulte à cet officier ; mais je vous ordonne de faire feu sur lui, s’il cherche à se sauver. » Après avoir pris les premières mesures, je fis prier M. le colonel Cunéo d’Ornano, commandant de la place, d’avoir la complaisance de passer chez moi pour prendre communication de pièces de la plus

grande importance. Il se rendit à mon invitation et s’en retourna chez lui sans rien décider. Je fis alors prier M. le maire de passer chez moi pour prendre connaissance de ces mêmes pièces. M. le maire vint de suite, accompagné de M. Olivier, adjoint. Je leur remis les six proclamations, et après qu’ils en eurent pris connaissance, je demandai au maire s’il pouvait me répondre de l’esprit des habitants, 11 me demanda aussi si je pouvais répondre de ma troupe. Je lui en donnai l’assurance. Les troupes étant à l’exercice hors de la ville, je donnai l’ordre de les faire rentrer de suite et de faire garnir les armes de pierres à feu. J’obtins ensuite du commandant de la place que les ponts-levis fussent levés ; je fis doubler les postes, garnir de troupes les remparts, et les quatre compagnies d’élite furent placées en ordre de bataille sur la place où j’avais placé le drapeau. A 6 heures du soir, un officier vint sommer les autorités civiles et militaires de se rendre près de son général. Je demandai à cet officier le nom de son général, mais il ne voulut pas me le dire. Je le fis arrêter et conduire en prison ; il en fut de même d’un chirurgien déguisé qui appartenait au parti qui venait de débarquer. A 11 heures du soir nous reçûmes une dépêche envoyée, nous disait-on, par le général en chef. Il fut décidé qu’on garderait la dépêche sans la décacheter et par conséquent sans réponse, mais qu’on l’enverrait de suite à M. le maréchal prince d’Essling [Maréchal Masséna], gouverneur de la division.

M. le maréchal de camp Corsin qui était absent, arriva le 2 mars vers 2 heures du matin et donna de suite les ordres qu’il jugea convenables, Je puis assurer et je jure sur l’honneur que dans cette circonstance, les officiers, sous-officiers et soldats du 87ème régiment ont parfaitement bien rempli leurs devoirs et montré le plus grand dévouement à Sa Majesté Louis XVIII et à son auguste famille. Sur le rapport qui en fut fait à Sa Majesté, elle rendit une ordonnance en date du 15 mars, portant que la garnison d’Antibes avait bien mérité du Roi et de la patrie, et qu’il lui serait décerné des récompenses nationales. Le 87ème  régiment a été le dernier qui ait arboré le drapeau tricolore ; ce qui eut lieu le 12 avril, quarante «deux jours après cette malheureuse affaire, en vertu de l’ordre du maréchal Masséna. Le drapeau donné par le roi fut soigneusement conservé par le major qui l’emporta avec lui au dépôt du corps alors à Aix, et le renvoya au régiment lorsqu’il apprit l’heureux retour de Sa Majesté dans sa capitale.

Le Major du 87ème régirnent,

Chevalier DAUGER

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première série [seule série parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911, pp.11-15).

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( 24 mars, 2019 )

En suivant le parcours du major Le Roy…

8 MARS 2018

En mars 2018  sont parus chez OMNIBUS les « Souvenirs » du major LE ROY.  Ce témoignage, qui peut figurer parmi les meilleurs publiés sur l’Epopée, entraîne le lecteur depuis les dernières années de l’Ancien Régime jusqu’ aux ultimes feux de l’Empire. Voici une choronlogie qui permet de resituer son auteur.

7 septembre 1767. Naissance de Claude-François-Magdeleine LE ROY, à Talmay (Côte-d’Or)

21 mars 1781. Part pour Paris et y arrive le 15 avril.

16 mai 1781. Embarque sur le navire le « Triomphant » comme « volontaire d’honneur ».

22 mai 1782. Fait partie de l’équipage du bâtiment « Le Guerrier ».

15 avril 1783. Retour en France.

26 janvier 1785. Soldat au Bataillon auxiliaire des Colonies.

20 décembre 1785. Le Roy est expédié à la Martinique.

1787/1789. Détaché à l’île Sainte-Lucie puis de retour à la Martinique. Nommé le 7 juillet 1787 caporal au 3ème Bataillon (sans autre précision).

Mai 1790. Le Roy rentre en France.

Hiver 1790/1791. Major à la Garde nationale du canton de Talmay.

22 mars 1792. Selon ses états de service, c’est à cette date que Le Roy s’engage comme soldat au 9ème Bataillon de Seine-et-Oise. Dans son récit, l’auteur indique que c’est plus tard, en septembre de la même année, qu’il intègre ce bataillon avec le grade de sergent-major. La date du 16 septembre 1792 est notée dans ses états de service comme étant celle de sa nomination à ce même grade.

2 septembre 1796. Sous-lieutenant au 9ème bataillon de Seine-et-Oise, devenu, en mai précédent, le  108ème régiment d’infanterie.

20 juillet 1803. Lieutenant au 108ème régiment d’infanterie.

21 janvier 1805. Capitaine au 108ème régiment d’infanterie.

5 novembre 1804. Légionnaire au 108ème régiment d’infanterie.

Le Roy participe aux campagnes de 1805 (à Austerlitz, l’auteur est cité à l’ordre du jour pour une action d’éclat), de 1806 (présent à Auerstaedt) et de 1807. Fait prisonnier lors de la bataille d’Eylau (le 8 février 1807), il est expédié en Russie et ne sera libéré qu’en septembre de la même année. 

22 juin 1811. Nommé chef de bataillon et rejoint le 85ème régiment d’infanterie de ligne.

22 juin 1812. Nommé chef de bataillon du 85ème régiment d’infanterie, il participe à la campagne de Russie.

10 août 1812. Major à la suite du 85ème régiment d’infanterie.

8 octobre 1812. Major titulaire dans ce même régiment.

1er janvier 1813. A l’issue de la campagne de Russie, Le Roy arrive à Berlin.

14 mars 1813. Commandant du 34ème régiment provisoire. Participe à la campagne de Saxe.

13 juillet 1813. Officier de la Légion d’honneur.

Début 1814.Le Roy est nommé colonel du 1er régiment des Gardes nationales de la Moselle

19 avril 1851. Mort de Claude Le Roy à Talmay (Côte-d’Or).

———————

Principaux événements importants de l’époque.

 Louis XV règne depuis 1715.

10 mai 1774. Mort de Louis XV et avènement de Louis XVI.

3 septembre 1783. Signature du Traité de Paris mettant un terme à fin de la guerre d’Indépendance américaine.

20 juin 1789. Serment du Jeu de Paume.

14 juillet 1789. Prise de la Bastille.

19 juin 1790. Suppression de la noblesse.

14 juillet 1790. Fête de la Fédération à Paris.

22 octobre 1790. Adoption du drapeau tricolore.

20 et 21 juin 1791. Fuite puis arrestation de Louis XVI

21 septembre 1792. Abolition de la royauté et proclamation de la République.

21 janvier 1793. Exécution de Louis XVI.

16 octobre 1793. Exécution de Marie-Antoinette.

5 avril 1794. Condamnation et exécution de Danton.

28 juillet 1794. Exécution de Robespierre.

27 juin 1795. Débarquement d’une armée de 4000 émigrés à  Quiberon.

5 octobre 1795. L’armée républicaine réprime durement l’insurrection royaliste.

1er novembre 1795. Début du directoire.

4 septembre 1797. Coup de force du Directoire. Barras, aidé par le général Bonaparte, prend le pouvoir.

1er août 1798. Destruction de la flotte française par l’amiral Nelson à Aboukir ;

9 novembre 1799. Coup d’état du 18 brumaire, organisé par Bonaparte.

23 novembre 1799. Bonaparte, Sieyès et Ducos sont nommés consuls.

25 décembre 1800. Attentat de la rue Saint-Nicaise vissant Bonaparte.

9 février 1801. Paix de Lunéville entre la France et l’Autriche.

25 mars 1802. Paix d’Amiens entre la France et l’Angleterre.

16 mai 1803. Cession de la Louisiane aux États-Unis.

18 mai 1804. L’Empire est institué.

2 décembre 1804. Sacre de Napoléon.

21 octobre 1805. Défaite navale française à Trafalgar.

2 décembre 1805. Bataille d’Austerlitz.

14 octobre 1806. Bataille d’Iéna.

21 novembre 1806. Mise en place du Blocus continental 

8 février 1807. Bataille d’Eylau.

14 juin 1807. Bataille de Friedland.

7/9 juillet 1807. Traité de Tilsit entre la France et la Russie.

13 novembre 1807. Entrée des troupes françaises en Espagne. Début de la campagne d’Espagne.

23 mai 1808. Déclenchement de l’insurrection espagnole.

10 avril 1809. Début de la campagne d’Autriche.

22 avril 1809. Bataille d’Eckmühl.

21/22 avril 1809. Bataille d’Essling.

5/6 juillet 1809. Bataille de Wagram.

12 juillet 1809. Bataille de Znaïm.

14 octobre 1809. Traité de Schönbrunn. Fin de la campagne d’Autriche.

2 avril 1810. Mariage religieux de Napoléon de Marie-Louise d’Autriche.

20 mars 1811. Naissance du Roi de Rome, fils de Napoléon.

24 juin 1812. La Grande-Armée franchit le Niémen. Début de la campagne de Russie.

17 août 1812. Bataille de Smolensk.

7 septembre 1812. Bataille de La Moskowa (Borodino)

14 septembre 1812. La Grande-Armée arrive à Moscou.

25/29 novembre 1812. Passage de la Bérézina.

Janvier/octobre 1813. Campagne de Saxe.

2 mai 1813. Bataille de Lützen

20/21 mai 1813. Bataille de Bautzen.

27 août 1813. Bataille de Dresde.

18 octobre 1813. Bataille de Leipzig.

Janvier /mars 1814. Campagne de France.

10 février 1814. Bataille de Champaubert.

11 février 1814. Bataille de Montmirail.

18 février 1814. Bataille de Montereau.

30 mars 1814. Bataille de Paris. La capitale tombe le lendemain.

6 avril 1814. Napoléon abdique.

4 mai 1814. Napoléon découvre son nouveau royaume : l’île d’Elbe.

3 mai 1814. Entrée de Louis XVIII à Paris. Début de la Première Restauration.

1er mars 1815. Napoléon débarque à Golfe-Juan.

20 mars 1815. L’Empereur arrive à Paris.

16 juin 1815. Bataille des Quatre-Bras et de Ligny.

18 juin 1815. Bataille de Mont-Saint-Jean, dite « de Waterloo ».

22 juin 1815. Abdication de l’Empereur.

8 juillet 1815. Louis XVIII entre à Paris. Début de la Seconde Restauration.

16 octobre 1815. Napoléon débarque à l’île de Sainte-Hélène.

LE ROY-Portait-Mairie Talmay

 Tableau représentant le major Le Roy (Mairie de Talmay, Côte-d’Or)

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( 1 janvier, 2019 )

La défense et la capitulation de Ratisbonne en avril 1809.

ratisbonne.jpg

A l’appui de cette lettre de Geoffroy Eissen, lieutenant adjudant-major au 65ème de ligne, que l’on va lire, il est peut-être utile de rappeler qu’à l’ouverture de la campagne de 1809, Napoléon dans son mouvement de concentration, ordonna à Davout d’évacuer Ratisbonne, où ses 50.000 hommes étaient cantonnés, pour venir le rejoindre dans la direction d’Abensberg, et lui prescrivit de ne laisser dans cette place qu’un seul régiment. « C’est, dit Thiers, au 65ème de ligne, excellent régiment commandé par le colonel Coutard, que le maréchal Davout avait réservé le rôle périlleux de garder Ratisbonne contre les armées nombreuses qui allaient l’attaquer par la rive droite et par la rive gauche du Danube. Il lui avait prescrit de fermer les portes, de barricader les rues et se défendre à outrance jusqu’à ce qu’on le dégageât, ce qui ne pouvait manquer d’arriver bientôt, car Ratisbonne, relié par un pont au faubourg de Stadt am Hof, à l’embouchure de la Pregel, n’avait qu’une simple chemise pour toute fortification.  Le colonel Coutard avait eu affaire le 19, à l’armée de Bohême et lui avait résisté à coups de fusil avec une extrême vigueur, si bien qu’il avait abattu plus de 800 hommes à l’ennemi. Mais le lendemain 20, il avait vu paraître sur la rive droite, l’armée de l’archiduc Charles, venant de Landshut, et il ‘était trouvé sans cartouches, ayant usé toutes les siennes dans le combat de la veille. Le maréchal Davout, averti, lui avait envoyé par la route d’Asbach, deux caissons de munitions, conduits par son brave aide de camp Trobriant, lesquels avaient été pris sans qu’il pût entrer un seul paquet de cartouches dans Ratisbonne. Le colonel Coutard pressé entre deux armées, n’ayant plus un seul coup de fusil à tirer, ne pouvant du haut des murs et des rues barricadées, se défendre avec des baïonnettes, avait été contraint de se rendre. La captivité du 65ème ne fut donc pas de longue durée puisque, dès le 23 avril, le lendemain d’Eckmühl, Ratisbonne était reconquis ; et le 65ème délivré, reprit sa place dans l’armée d’Allemagne et fut à Essling ainsi qu’à Wagram.       

 Paul SCHMID.

                                                                                                                                                                                                                    Ratisbonne, ce 26 avril 1809.

Depuis ma dernière [lettre] de Magdebourg, j’ai à vous rendre compte de bien d’événements. Après être venu à marches forcées de Magdebourg à Nuremberg ; on nous y laissa quelques jours pour nous reposer. Le 9 du courant nous en partîmes avec notre corps d’armée et manoeuvrâmes en suivant les mouvements des ennemis, tantôt en nous portant sur Ingolstadt et Ratisbonne jusqu’au 16 où nous arrivâmes sur l’Altmühl où nous prîmes position ; dans la nuit, nous eûmes quelques escarmouches. Le 17 au matin, notre régiment reçut l’ordre de se rendre à Ratisbonne pour la garde du maréchal et les 4 divisions prirent position sur la rive gauche du Danube en face de l’ennemi ; dans l’après-midi, l’ennemi fit une attaque sur nos avant-postes, mais fut constamment repoussé. Le 18, le corps d’armée reçut l’ordre de se porter sur Neustadt. Le maréchal fit venir le colonel et lui fit : « Colonel, je vous confie un poste bien délicat et bien glorieux en même temps ; l’Empereur comte sur vous, vous devez tenir à Ratisbonne, empêcher l’ennemi de passer le pont et protéger ainsi notre marche sur Neustadt. » En même temps, notre 1er bataillon reçut l’ordre de se porter en avant en tirailleurs pour remplacer les troupes qui devaient passer le Danube. Nous perdîmes, ce jour, une centaine d’hommes, tant tués que blessés ; à minuit, nous brûlâmes le pont de Ratisbonne et la petite ville de Hof am Stadt. Maintenant nous étions notre régiment seul sans une pièce de canon ni un cavalier. Le 19 à midi, l’ennemi fit une attaque générale sur nous avec 10.000 hommes et 30 pièces de canon. Nous nous repliâmes alors dans Hof am Stadt où s’engagea le combat le plus terrible dont on ait parlé depuis longtemps : nous nous battions dans les rues à dix pas de distance, ensuite corps à corps à la baïonnette ; les boulets, les obus, les balles pleuvaient sur nous cela n’empêchait pas que nous ne cédions pas un pouce de terrain à l’ennemi ; au contraire, à six heures du soir, nous avions fait 700 prisonniers et prix quatre drapeaux et à huit heures, nous étions maîtres de tout le champ de bataille, les rues étaient couvertes de morts et de mourants ; à la fin , nous étions obligés de brûler les cartouches des tués et blessés ; la nuit se passa avez tranquillement ; nous en profitâmes pour barricader toutes les rues et créneler quelques maisons. Malheureusement, il ne nous restait pour le lendemain, que quatre cartouches par homme. On demanda des secours et des munitions. Mais les caissons furent pris en route par l’ennemi et le bataillon ne put jamais se faire jour à venir jusqu’à nous ; enfin le 20, arrivèrent sur nos derrières deux corps d’armée autrichiens chacun de 15.000 hommes, de manière à ce que nous avions 40.000 hommes sur les bras avec 50 pièces de canon ; nous fîmes des efforts inouïs ; après avoir brûlé jusqu’à notre dernière cartouche et perdu une grande partie de notre monde, nous fûmes obligés de capituler ; les officiers prisonniers sur parole conservant leurs épées, les soldats prisonniers de guerre conservant leurs bagages et sortir avec tous les honneurs de la guerre ; par une ruse, nous avons conservé nos aigles et nos drapeaux ennemis. Le 20 dans la nuit et le 21, défila ici toute cette armée que nous avions amusée seuls, pour se porter sur l’Empereur, mais ils arrivèrent trop tard. Le 23, dès le matin, nous vîmes revenir en déroute toute cette armée de fanfarons qui voulaient aller tout droit à Paris. L’Empereur les suivit l’épée dans les reins ; à cinq  heures, nos têtes de colonnes arrivèrent à la ville, la canonnade (sic) s’engagea et à neuf heures, la ville était emportée d’assaut ; une grande partie de la ville a été brûlée. Nous fûmes donc pris et repris dans bien peu de temps. L’Empereur est content de nous. Nous lui avons remis nos aigles enveloppées dans les drapeaux autrichiens, aujourd’hui nous allons recevoir notre destination ; nos braves soldats désertent par bandes et viennent nous rejoindre. Je me rappellerai toute ma vie le moment où ces braves furent obligés de nous quitter, jamais des soldats n’ont montré autant d’attachement à leurs officiers que les nôtres et autant de mépris pour l’ennemi : étant obligés de déposer leurs armes, ils les brisèrent en criant : « Vive notre empereur ; nos camarades nous vengerons  (sic) ! » Je finis en vous embrassant ainsi que toute la famille.

Votre tendre fils.

G. EISSEN.

Monsieur Eissen père, rue du Dôme, 13, à Strasbourg (Bas-Rhin). 

—————

Etat de services de Georges-Geoffroy EISSEN 

Né à Strasbourg  (Bas-Rhin) le 31 janvier 1777, canonnier au 2ème bataillon du Bas-Rhin le 13 mai 1793 ; caporal le 24 mai et fourrier le 1er juin de la même année ; envoyé en congé comme surnuméraire le 2 thermidor an IV ; sergent-major au 1er bataillon du Bas-Rhin, le 2 thermidor an VII ; adjudant sous-officier au  2ème bataillon du Bas-Rhin le 1er fructidor an VII ; passé au 65ème régiment de ligne le 8 pluviôse an VIII ; sous-lieutenant le 11 ventôse an XIII ; lieutenant le 29 mars 1807 ; membre de la Légion d’honneur le 1er octobre 1807 ; adjudant-major le 1er juin 1808 ; capitaine le 29 août 1809 ; capitaine de grenadiers le 16 mai 1811 ; chef de bataillon, le 12 avril 1813 ; passé à l’état-major du 6ème corps le 29 avril 1813 ; passé au 139ème de ligne par ordre de S.A.S. le prince major général le 19 juin 1813 ; passé à l’état-major du 3ème corps, par suite de la réduction du 139ème à trois bataillons, le 24 juin 1813 ; passé au 43ème de ligne par ordre du prince de La Moskowa le 4 juillet 1813 ; nommé titulaire au 3ème bataillon du 43ème de ligne le 10 novembre 1813 ; à l’hôpital de Paris le 30 octobre 1813 : mort à l’Hôtel-Dieu, à Paris, le 11 avril 1814, des suites de ses blessures.

Campagnes : 1793, ans II, III et IV, à l’armée de l’Ouest ; ans VII, VIII et IX à l’armée du Rhin ; an XI à Belle-Isle-en-Mer ; ans XII et XII à l’armée sous Brest ; an XIV à l’armée d’Allemagne ; 1810 à 1812, Espagne et Portugal ; 1813, Grande-Armée.

Blessures : Blessé d’un éclat d’obus au bras gauche, à l’affaire de Montaigu, le 14 septembre 1793, et d’un éclat d’obus à la cuisse gauche, à la bataille de Bautzen, le 21 mai 1813.

(Archives administratives du Ministère de la Guerre.) 

Article paru en 1909 dans le « Carnet de la Sabretache ».

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( 20 novembre, 2018 )

La campagne d’Autriche (1809) vécue par le musicien Girault. (V)

1809 5

Suite du témoignage de Philippe-René Girault (1775-1851), musicien dans les rangs du 93ème  régiment de ligne.

« Cependant la bataille avait recommencé sur la rive gauche, et le canon grondait avec plus de furie encore que la veille. Mais nous ne pouvions plus nous faire illusion sur l’issue du combat. Nous savions que Napoléon ne pouvait plus recevoir aucun secours: un corps d’armée tout entier était resté sur la rive droite ainsi que le grand parc qui contenait toutes les réserves de munitions. Nous nous attendions donc à être faits prisonniers ou à être obligés de nous jeter dans le Danube. Pour moi, qui ne savais pas nager, je me faisais difficilement à cette dernière alternative. C’est dans ces idées fort peu gaies que la faim se fit sentir. Je n’avais pas mangé depuis bientôt vingt-quatre heures, et l’eau que j’avais bue n’avait fait que m’affaiblir. Personne de nous n’avait un morceau de pain. Moi j’avais encore dans mon petit sac deux biscuits que je gardais précieusement depuis deux mois. Il fallut en sacrifier un. J’en distribuai un morceau à chacun de mes camarades, mais bien en cachette; car si les malheureux blessés m’avaient vu, ils m’auraient assailli de leurs demandes, et il m’aurait été bien cruel d’entendre leurs supplications sans pouvoir y satisfaire. Toutes nos préoccupations se portèrent sur les moyens d’atteindre le pont et de nous tirer le plus tôt possible de la bagarre. Je résolus de tenter l’aventure en suivant le même chemin que j’avais pris la nuit pour aller parler au général. Mais la crue du Danube avait augmenté, et, pour arriver par là au pont, il aurait fallu me mettre à l’eau jusqu’au cou. Un certain nombre de blessés avaient déjà été entraînés par le courant, je ne me souciais pas de suivre leur sort. J’essayai de prendre un chemin plus direct en enjambant de blessé en blessé. J’avais déjà fait un bout de chemin et je me trouvais parmi la foule, lorsqu’il vint une poussée qui me renversa sur un pauvre blessé qui avait la jambe cassée. A peine relevé, je fus jeté sur un autre. Les plaintes déchirantes des pauvres malheureux qu’on foulait ainsi aux pieds me firent tant de peine, que je renonçai à continuer l’aventure et que je retournai près de mes camarades. Je remontai en observation sur un petit monticule et j’aperçus de l’autre côté du pont une barque qui passait des militaires. Je me dirigeai de ce côté, et après avoir failli plusieurs fois être étouffé dans la foule, je parvins à peu de distance de la barque. Mais je m’aperçus qu’elle ne passait que des officiers ayant des jambes ou des bras cassés.

Sur ces entrefaites, l’Empereur arriva pour s’assurer par lui-même si l’on pouvait rétablir les communications entre la rive droite et la rive gauche. Sa présence ramena un peu d’ordre dans la cohue qui se pressait toujours sur le chemin du pont. Des chasseurs et des grenadiers à cheval de la Garde en gardaient les abords. Je remarquai que leurs chevaux n’avaient de l’eau que jusqu’au ventre. J’entrai dans l’eau et je me faufilai tout doucement entre les chevaux; puis, arrivé près du pont, je mets ma main sur la croupe d’un cheval et je saute sur le pont. Je passe devant trois ou quatre habits brodés, que je salue très humblement, et qui me laissent passer sans dire mot.

 Ce n’était pas sans tribulations de toute espèce que j’avais pu enfin aborder dans l’île Lobau.

Arrivé à l’autre bout du pont, et bien content, je fis signe à mes camarades qui attendaient le résultat de ma tentative, pour suivre le même chemin. Nous ne tardâmes pas à être réunis et nous nous mîmes en route pour gagner l’autre pont. Quelle ne fut pas notre surprise lorsque étant arrivés, nous vîmes que le pont n’était pas encore rétabli. Comme aux abords de l’autre pont, mais dans un espace moins resserré, il y avait là une grande quantité de blessés et de mourants, couchés par terre, sans soins d’aucune sorte, et attendant qu’on les transportât sur la rive droite. Nous trouvâmes là beaucoup de soldats de notre régiment qui avait été fortement éprouvé. Ils nous demandèrent comment cela allait de l’autre côté. Pour ne pas les attrister, nous leur disions que tout allait bien. En attendant que le pont fût réparé, j’allai faire ma découverte dans l’île. J’y trouvai l’Empereur qui avait l’air fort ennuyé et qui allait souvent voir si le pont était terminé. C’était aussi l’objet de mes préoccupations ; car j’avais le pressentiment que nous ne sortirions pas de sitôt de l’île Lobau, et ce qui me tranquillisait peu, c’est que l’on racontait que, dans la guerre avec les Turcs, les Autrichiens avaient fait mourir de faim, dans cette île, toute une armée turque. Lorsqu’il n’y eut plus que deux barques à placer, et que l’on fut sûr que le pont allait s’achever, nous prîmes deux blessés de notre régiment, qui avaient la jambe cassée, et nous les approchâmes le plus que nous pûmes du pont, mais nous en étions encore assez éloignés; car il y en avait des quantités arrivés avant nous et qui occupaient un espace considérable. Il nous fallut encore attendre une heure pour que le pont fût terminé. A peine était-il ouvert et les premiers blessés engagés sur le pont, qu’une nouvelle catastrophe vint arrêter le passage. Un bateau chargé de pierres, lancé par les Autrichiens des îles qui se trouvent au-dessus de l’île Lobau, vint par un fort courant heurter notre pont qui sur le coup fut emporté. Aux cris de sauve-qui-peut, le pont qui était alors encombré de blessés, donna le spectacle le plus affligeant. Ces malheureux blessés, abandonnés de ceux qui les portaient, jettent des cris déchirants, retrouvent cependant des forces pour échapper au danger. Tel qui, un moment auparavant, n’aurait pu faire un pas, se met à courir pour arriver dans la petite île ou pour retourner dans l’île Lobau. Tous couraient et, chose extraordinaire, tous furent sauvés. Il ne restait plus sur le pont, au moment où il fut emporté, que six pontonniers qui étaient restés pour tâcher d’arrêter la barque de pierres. Ils furent emportes sur les débris du pont; mais le courant les fit échouer sur la rive droite que nous occupions. De sorte que personne ne périt. Mais nous étions bloqués dans l’île, sans vivres et sans espoir d’en avoir d’ici longtemps.

Tout le monde était dans la consternation, depuis l’empereur jusqu’au dernier soldat. On ne se gênait pas pour lancer des épigrammes contre Napoléon et son état-major qui, avertis par une première catastrophe, n’avaient pas su en éviter une seconde. Mais des épigrammes ne pouvaient remplacer la nourriture, et j’avais l’estomac bien vide et le corps bien faible. Il me restait la moitié d’un biscuit. Je e partageai avec mon camarade, ce qui ne fit qu’aiguiser notre appétit, puis j’allai à la découverte. Je trouvai des soldats qui étaient en train de dépecer un superbe cheval de cuirassier. Je me mis de la partie, et, comme j’avais un bon couteau, je parvins à enlever un beau morceau de la cuisse. Je courus montrer à mes camarades ma provision qu’ils auraient prise pour de la viande de bœuf, si j’en avais enlevé la peau. Il s’agissait de la faire cuire; pour cela il fallait un vase quelconque, et nous n’avions rien. On chercha, et l’un de nous apporta une espèce d’arrosoir qu’il avait trouvé sur le sac d’un soldat mort. Nous fîmes du feu, et au bout de deux heures, nous nous mîmes à manger notre viande à moiti cuite et sans sel. Ce n’était pas bon, et j’en mangeai bien à contre cœur, mais la faim fait surmonter bien des dégoûts. Pendant la nuit, toute l’armée qui avait combattu pendant deux jours à Essling, rentra dans l’île. Napoléon, privé de ses réserves et de ses munitions, avait été obligé de donner l’ordre de battre en retraite. Dès le matin, j’allai revoir mon régiment et je trouvai mon colonel qui était éreinté. Il était tombé deux fois de cheval et il ne pouvait plus se tenir debout. Il me dit que son régiment avait beaucoup souffert et que ses deux bataillons avaient beaucoup de blessés. Il m’apprit la mort de plusieurs de mes amis et en particulier de l’adjudant qui avait déjeuné avec moi le premier jour de la bataille d’Essling. On avait trouvé son shako percé d’une balle à la hauteur du front. C’est ce qui avait fait croire à sa mort. Mais il n’était que prisonnier. En portant un ordre, au milieu de la nuit, au second bataillon, il s’était trouvé enveloppé par de la cavalerie autrichienne, et, dans la bagarre, il avait perdu son shako qui, par terre, avait reçu une balle, ce qui avait fait croire à la mort de son propriétaire. Toute l’armée était réunie dans l’île: c’était une fourmilière de soldats, et pour nourrir tout cela pas une miche, rien que de la viande de cheval. Nos malheureux soldats, qui venaient de se battre pendant deux jours de suite, furent obligés, pour ne pas mourir de faim, d’abattre une partie de leurs chevaux de selle et de trait. Quant aux pauvres blessés, la moitié au moins succombèrent faute de secours. On nous avait annoncé que nous allions recevoir des barques de pain, aussi j’étais souvent au bord du Danube pour voir si elles n’arrivaient pas. Sur le tantôt, j’aperçus à travers les arbres un pavillon tricolore qui paraissait s’avancer sur l’eau. J’en avertis un général qui, avec sa longue-vue, distingua que c’était une barque, une barque de pain qui se dirigeait de notre côté. A cette nouvelle ce furent des cris de joie sur toute la rive. Mais il fallut prendre de grandes précautions pour le débarquement car sans cela tout eut été bien vite pillé par la foule des affamés. Cependant en triplant la garde et les factionnaires, on parvint à faire la distribution par régiment. Mais la part de chacun n’était pas lourde. On donnait un pain pour douze hommes. Heureusement que notre camarade, qui alla à la distribution, put se faire donner deux pains pour toute la musique, en affirmant que nous étions tous présents, alors que nous n’étions plus que six. Le pain arriva au moment où nous allions sortir notre morceau de cheval de la marmite. Un soldat nous avait donné du sel à la condition de partager notre repas, le bouillon avait bonne mine et bonne odeur. Nous résolûmes de tremper une soupe. Nous avions toujours notre gamelle, qui nous avait servi à panser les plaies des blessés: elle nous servit de soupière. Cette soupe bien chaude nous réconforta délicieusement et nous permit d’épargner notre pain qu’il fallait ménager; car les distributions étaient rares et les rations bien minimes. Aussi chacun gardait son pain, quand on en avait, comme la prunelle de ses yeux. Celui qui avait l’imprudence de laisser son sac pour aller se promener, était certain de ne plus trouver à son retour le pain qu’il y avait mis. J’ai vu rouer de coups et laisser presque mort un prisonnier autrichien qui avait volé un morceau de pain sur le sac d’un soldat qui dormait. Il était bien excusable cependant, car on n’avait fait aucune distribution aux prisonniers depuis qu’ils étaient dans l’île. J’en vis qui mangeaient de l’herbe et d’autres qui raclaient avec un couteau les os de cheval que nos soldats avaient abandonnés après en avoir ôté la viande.

Je n’avais pas dormi depuis deux ou trois jours, je voulus prendre un peu de sommeil. Je me couchai au pied d’un arbre, ayant mon petit sac pour oreiller, afin de garantir le morceau de pain qui me restait. Au bout d’une demi-heure, je fus réveillé par des coups de fusils, et, voyant beaucoup de soldats courir, je me mis à courir aussi. J’assistai alors à une chasse fort inattendue, une chasse au cerf. Il y avait dans l’île un parc, clos de palissades. Ces palissades ayant été en partie enlevées par les soldats pour faire du feu, une troupe de cerfs s’échappa par une brèche et fit invasion dans le camp. Accueillis à coups de fusils, et poursuivis de toutes parts, ils se jetèrent à l’eau, et c’était vraiment un joli coup d’œil de voir tous ces cerfs, portant majestueusement leurs bois, et nageant comme des canards. Quelques-uns tombèrent sous les coups de nos soldats; mais le plus grand nombre s’échappa sur la rive gauche du Danube. Tout le parc qui appartenait, disait-on, à l’ambassadeur de Russie et qui pour cette raison avait été épargné pendant quelques jours, fut bientôt nettoyé de tout son gibier. Il ne contenait qu’une maison, celle du garde, qui fut occupée par le maréchal Masséna, qui commandait notre corps d’armée.

J’allais souvent me promener aux bords du Danube, pour voir s’il n’arrivait point quelques bateaux de vivres, et aussi pour m’assurer si les travaux du pont avançaient. Il n’était rien resté de l’ancien, et, par tous les moyens, l’ennemi cherchait à en entraver la reconstruction. Il lançait de tous les bras du Danube, au-dessus de l’île Lobau, des engins de toutes sortes, bateaux chargés de pierres, brûlots, radeaux ayant à leur avant des faux tranchantes, pour couper les amarres du pont. Un moulin tout entier fut amené par le courant. Mais instruits par l’expérience, nos pontonniers ne se laissaient plus surprendre. Des marins avaient été postés de distance en distance dans des barques en amont du pont. Ils jetaient des grappins sur tout ce qui descendait le Danube, et venaient l’amarrer le long des rives. Grâce à ces précautions, on put alors travailler tranquillement au pont. Pourquoi n’avait-on pas pris ces précautions quelques jours plus tôt ? C’était bien simple cependant. Nous n’aurions pas été obligés de battre en retraite après une victoire. Nous ne serions pas restés affamés pendant quatre jours et réduits à manger du cheval. Passe encore le premier accident, attribué en partie à la crue des eaux; mais c’était une leçon qui aurait dû faire prévoir et empêcher la seconde débâcle. Une pareille imprévoyance nous montre que les plus grands généraux ne songent pas à tout. Etant sur la rive, j’assistai à une scène assez curieuse. Un valet de pied de l’empereur, monté sur une petite nacelle, vint aborder dans l’île pour y chercher le portefeuille de l’empereur. Celui-ci avait repris sa résidence au château de Schönbrunn. Deux généraux qui se promenaient sur les bords du Danube, voulurent s’emparer de la nacelle, et forcer les bateliers à mettre au large, mais ceux-ci refusèrent, disant qu’ils attendaient le portefeuille de l’Empereur et qu’ils ne partiraient pas sans cela. Sur  ces entrefaites arriva le valet de pied, qui intima l’ordre aux généraux de sortir de la nacelle. Ceux-ci essayèrent de résister, en disant, ce qui était vrai, que la nacelle pouvait facilement porter cinq ou six hommes. Mais ils eurent beau dire, il fallut céder la place au valet ou plutôt à son portefeuille. Nous étions toujours au régime de la viande de cheval. N’ayant plus de sel, un de nos camarades, chargé du pot-bouille, eut l’idée de le remplacer par deux ou trois cartouches : le salpêtre de la poudre devant tenir lieu de sel. Je ne goûtai point ce nouveau genre d’assaisonnement. Le bouillon était comme du cirage, et j’eus beau gratter la viande pour enlever la couche de noir, il me fut impossible de l’avaler. Je fus forcé de manger mon pain sec. En faisant une tournée dans le camp, nous parvînmes à nous procurer presque la moitié d’une cuisse de cheval qui avait une mine charmante, on la mangeait des yeux et avec cela, ce qui était aussi précieux, une bonne poignée de sel. Nous voilà de nouveau à mettre notre arrosoir au feu, avec beaucoup de viande et peu d’eau, pour que ce fut plus vite cuit. Mais il fallut rester plusieurs en faction autour de la marmite, sans quoi elle nous aurait été volée. Sur ces entrefaites, le pont s’achevait. Dès que les communications furent rétablies, nous vîmes arriver nos camarades qui étaient retournés à Vienne avant la débâcle. Ils nous apportaient des vivres, du pain, de l’eau-de-vie. Je n’ai pas besoin de dire avec quelle joie le tout fut reçu. Nous fîmes un bon repas et une bonne goutte d’eau-de-vie nous fit presque oublier nos misères. Des vivres en abondance arrivèrent au camp et l’on fit évacuer les malades, les blessés et tout ce qui ne devait pas rester dans l’île. Tout notre corps d’armée garda ses positions dans l’île Lobau; mais les soldats, quoique les distributions de pain, viande, eau-de-vie et même de vin fussent abondantes, ne voulurent pas s’en contenter. Ils passèrent en grand nombre sur la rive droite, et, allant en maraude, rapportèrent au camp de la volaille, des moutons, des barriques de vin. Ce fut alors une véritable bombance. Aux jours de misère succédaient des jours de joie, et, dans tout le camp, on n’entendait plus que des chants joyeux. Mais la bombance ne fut pas de longue durée. On mit des factionnaires au pont et personne ne put désormais passer qu’avec une permission. Comme je prévoyais bien que nous ferions un long séjour dans l’île Lobau, je me mis en devoir de faire une baraque. Personne ne voulut m’aider, mon camarade lui-même se moquait de moi, disant qu’il était inutile de se donner tant de peine, pour le peu de temps que nous avions à rester. Il se trompait; car nous sommes restés dans l’île quarante-trois jours. Je me procurai, dans les chantiers des travaux du pont, une pelle et une pioche. Je creusai un trou de huit pieds de long, quatre pieds de large et un pied et demi de profondeur. Avec des branchages entrelacés, je fis les murs de mon habitation, et je recouvris la charpente du toit d’un grand drap plié en quatre que j’avais trouvé dans l’ancien bivouac de la cavalerie et qui avait servi à être mi s sur le dos d’un cheval blessé. Je me trouvais ainsi à l’abri de la pluie. Il ne me restait plus qu’à me procurer un lit. Je n’avais point de paille à ma disposition. J’allai ramasser des feuilles sèches et du houblon sauvage et j’en fis un épais tapis sur lequel je m’étendis et fis un bon somme, jusqu’à ce que mon camarade vînt me réveiller pour souper. Lorsqu’il me vit si bien installé, il eut bien regret de ne m’avoir pas aidé; car il craignait que je lui défendisse l’entrée de mon palais. Aussi pour m’amadouer, comme il avait passé la journée à jouer, et que la fortune lui avait été favorable, il alla acheter à une cantinière quelques bouteilles de vin et un beau morceau de fromage. Un autre camarade apporta une bonne goutte, et après avoir arrosé copieusement notre baraque, nous nous y couchâmes tous trois. Il y avait longtemps que nous n’avions si bien reposé et surtout aussi tranquillement. »

A suivre.

 

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( 14 novembre, 2018 )

La campagne d’Autriche (1809) vécue par le musicien Girault. (IV)

1809 4

Suite du témoignage de Philippe-René Girault (1775-1851), musicien dans les rangs du 93ème  régiment de ligne.

« Le 10 mai 1809, tout notre corps d’armée reçut l’ordre d’aller se poster à deux lieues au-dessous de Vienne, sur les bords du Danube, qu’il s’agissait de franchir. Pour cela il fallait construire trois ponts: un premier pour passer dans une petite île, un second pour aborder dans l’île Lobau, et enfin un troisième pour passer de l’île Lobau sur a rive gauche. J’allai voir travailler aux ponts, et comme j’étais assis sur une pièce e bois, je vis arriver l’Empereur qui se mit fort en colère, parce qu’il ne trouvait pas le premier pont terminé. Il ne restait plus que deux ou trois barques à placer. Il ne s’en alla que lorsque le pont fut terminé, et, comme quelques pièces de bois obstruaient encore le passage, et qu’on ne se pressait pas assez d’obéir à ses ordres pour les enlever, il distribua quelques coups de cravache et tout fut bientôt nettoyé. Le 20, lorsque le pont qui reliait l’île Lobau à la petite île  fut terminé En arrivant au pont, nous vîmes l’empereur qui en examinait les travaux. Mes camarades qui comme moi l’avaient reconnu, se mirent à plaisanter : — « As-tu vu le tondu? — As-tu vu le petit caporal ?» Comme il n’avait pas sa redingote, et que sa toilette paraissait plus soignée que d’habitude, je dis: —« Il s’est mis en toilette pour le grand bal qu’il va donner demain aux Autrichiens. » Comme je prononçais ces paroles, je me sens heurter. C’était l’empereur qui me poussait pour passer devant moi. J’aurais bien voulu avoir mes paroles dans le ventre; mais il ne dit mot et se mit à sourire, ce qui lui arrivait rarement, et nous entrâmes dans l’île Lobau, avec l’Empereur, au milieu de notre musique. Nous traversâmes toute l’île, qui a bien deux lieues d’étendue, et l’on nous posta en bataille derrière un petit bois où nous passâmes la nuit pendant que les voltigeurs et les grenadiers, dont on forma des bataillons, passaient sur des barques le troisième bras du Danube, pour protéger la construction du troisième pont auquel on travaillait avec la plus grande activité. Je m’étais couché près d’un feu qu’avaient allumé les travailleurs et je fis un petit somme. A mon réveil, je me trouvai le plus proche voisin de l’Empereur. Il était assis sur une pièce de bois qui me servait d’oreiller. Très étonné de n’avoir pas été dérangé, mais effarouché d’un pareil voisinage, je ne savais comment me tirer de là. Je fis comme si je n’avais rien vu, je me retournai et feignis de dormir. J’écoutais de toutes mes oreilles ce que l’on pouvait dire, mais je n’entendis rien d’intéressant. On ne s’occupait que de faire diligenter les ouvriers pour la confection du pont. De temps en temps l’Empereur s’appuyait sur ses deux mains et faisait sans doute un petit somme; puis il s’informait si l’ouvrage avançait.

Sur les deux heures du matin, il alla s’assurer par lui-même de l’état des travaux, et il dit aux ouvriers: – « Si dans deux heures le pont est fini, il y a deux cents napoléons pour vous autres. » Sous l’œil du maître, on fit des prodiges. Tout le monde travaillait : officiers, généraux étaient dans l’eau presque jusqu’au cou. A trois heures et demie tout était prêt et à quatre heures du matin (21 mai 1809) nous abordions l’autre rive, l’empereur et tout son état-major à notre tête. En débouchant du pont, nous entrâmes dans une plaine superbe. J’entendis le prince Berthier dire à l’Empereur: — « Voilà une magnifique salle de bal. Nous allons y faire danser les Autrichiens. » Pour cette fois il s’est trompé. Il y a bien eu danse, mais c’est nous qui avons payé les violons. Notre régiment ayant pris position à droite du village d’Essling, j’allai à la découverte pour tâcher de trouver quelque nourriture ; car j’avais mangé mon dernier morceau de pain le matin et il ne devait pas y avoir de distribution avant le soir. Je trouvai un bidon de graisse; puis, comme dans le village il y avait beaucoup d’oies qui avaient été plumées et vidées par les premiers arrivants, je ramassai, parmi les débris, des foies et des cœurs qu’on avait dédaignés et qui furent pour moi les éléments d’un bon fricot où la graisse ne manquait pas. Un de mes confrères avait trouvé de la farine, nous en fîmes une galette que nous fîmes cuire dans la cendre. Notre festin, quoique bien modeste, attira cependant des convives. L’adjudant-major et l’adjudant sous-officier, qui n’avaient rien à se mettre sous la dent, vinrent nous demander de partager notre repas. Nous avions grand’faim, aussi nous n’attendîmes pas que la galette fût cuite; nous la mangeâmes en pâte et en doublant les bouchées de fricot. Nous finissions notre festin, quand le premier coup de canon se fit entendre. L’adjudant-major courut reprendre son poste, et l’adjudant qui était un de mes pays, me fit ses adieux en m’embrassant, disait-il, pour la dernière fois. Il avait le pressentiment qu’il n’en reviendrait pas. Pendant trois mois, on le crut mort, mais il n’était que prisonnier. Moins heureux fut un de mes intimes amis, un sergent-major, qui lui aussi avait des idées noires, et qui nous répétait souvent qu’il ne verrait pas finir la campagne. Un boulet de canon le coupa en deux, quelques minutes après que je lui eusse serré la main. Dès les premiers coups de canon, la plupart de nos confrères s’empressèrent de repasser le Danube. Six de nous seulement restèrent avec l’année, malheureusement pour nous; car si nous les avions suivis nous nous serions épargné bien des misères. Pour nous garantir des boulets, nous nous retirâmes dans le village d’Essling. Au milieu du village, un aide-de-camp vint à moi et me demanda si je n’avais pas vu le maréchal Lannes. Un moment après le prince Berthier arrivait au galop demandant lui aussi après le maréchal. A l’instant, je le vis qui traversait un verger. Je le montrai au prince qui, piquant des deux, alla le rejoindre, et le ramena pour le conduire à l’empereur qui était de l’autre côté du village. C’est la dernière fois que je devais voir le maréchal Lannes qui, le lendemain, eut la cuisse emportée par un boulet et qui mourut quelques jours après à Vienne (31 mai 1809). J’étais monté au grenier d’un bâtiment fort élevé, qui servait de magasin de grains. De là je découvrais tout le champ de bataille. Je pus constater que l’ennemi avait des forces bien plus considérables que les nôtres. Les Autrichiens avaient trois lignes, l’une derrière l’autre, tandis que nous n’en avions qu’une, encore nous ne garnissions pas tout notre terrain. Ils étaient bien cent mille, contre nous trente mille, mais des troupes débouchaient sans cesse du pont du Danube, cela me rassura. J’étais loin de me douter que les renforts, dont nous avions tant besoin, allaient être arrêtés par la rupture des ponts, et que la Grande Armée allait être coupée en deux. Comme les boulets menaçaient de venir me trouver dans mon observatoire, je m’empressai de descendre. Je trouvai en sortant un bataillon qui venait occuper la maison. Il se livra là un terrible combat, qui ne fut pas à notre avantage. Au bout de deux heures, le bataillon fut obligé d’abandonner sa position après avoir fait des pertes considérables. Abandonnant le village, où il faisait trop chaud pour moi, je me dirigeai du côté du quartier-général de l’Empereur, pensant que là je serais moins en danger. Mais je n’y arrivai pas sans baisser souvent la tête, les boulets sifflant de tous côtés. L’Empereur et son état-major étaient dans un petit fond près d’une tuilerie. Un général ou un maréchal, je ne pouvais d’où j’étais distinguer les insignes, était monté dans les bâtiments de la tuilerie, et de là suivait les divers incidents de la bataille. Il en informait l’Empereur qui était au-dessous et qui d’après cela donnait des ordres qu’allaient porter dans toutes les directions, au triple galop, une nuée d’aides de camp. J’aurais bien voulu m’approcher plus près pour entendre ce que disait le patron; mais il ne fallait pas songer à franchir le cercle que formaient autour du quartier-général les chasseurs de la Garde. Un boulet qui vint en ricochant s’enfoncer en terre, presque à mes pieds, me fit abandonner la place et me guérit de ma curiosité. Je m’empressai de me mettre hors de portée du canon en me dirigeant du côté du Danube. Je trouvai là mes camarades qui m’apprirent qu’ils avaient essayé en vain de franchir le pont, qui était exclusivement réservé au passage des blessés. Il y avait en faction, sur le pont, un maréchal et plusieurs généraux qui avaient pour consigne de ne laisser passer aucun soldat valide. Avec de tels factionnaires, il n’y avait pas à parlementer. Toute la rive était encombrée de blessés qui y avaient été déposés en attendant leur passage dans l’île. Tous ces blessés avaient fait sortir de l’armée beaucoup de soldats qui, pour se tirer du danger, se mettaient trois ou quatre à porter un blessé. C’étaient ceux-là surtout qu’on voulait empêcher d’entrer dans l’île, dont ils ne seraient plus sortis. Mais on avait beau leur ordonner de rejoindre leurs corps, ils se faufilaient au milieu de la foule des blessés et augmentaient le désordre qui était à son comble, lorsque la nuit vint. Il n’y avait point de service d’ambulance organisé et l’on n’entendait partout que les cris des blessés appelant au secours. Mes camarades et moi nous nous mîmes en devoir de soulager autant que nous le pouvions les pauvres moribonds. Il y avait là un capitaine de grenadiers qui avait l’épaule emportée par un boulet. C’est par lui que je commençai, quoiqu’il n’y eut pas d’illusion à se faire sur son sort; mais le pauvre malheureux endurait de telles souffrances, que je voulus essayer de le soulager. Je dépouillai de leurs chemises plusieurs morts qui étaient parmi les blessés, et avec mon couteau j’en coupai des bandes. Nous avions une gamelle de fer-blanc dans laquelle nous allâmes chercher de l’eau. Je lui lavai sa plaie, puis je la lui bandai le mieux que je pus. Il se trouva un peu soulagé, mais ce ne pouvait être pour longtemps. Nous pansâmes ainsi, pendant la nuit, une vingtaine de blessés; mais notre plus grand ouvrage fut de donner à boire à ces pauvres malheureux, à qui la soif faisait sortir la langue de la bouche. Nous n’avions d’autre vase que notre gamelle, qui nous servait alternativement à laver leurs plaies et à leur donner à boire de l’eau toute boueuse. On avait amené près de nous un convoi de prisonniers autrichiens. Plusieurs avaient des bidons. Je leur ordonnai d’aller les remplir et de donner à boire à leurs blessés ainsi qu’aux nôtres, car nous ne pouvions pas suffire. Mais je m’aperçus bientôt qu’à la faveur de la nuit, tous les prisonniers valides s’enfuyaient : il n’y avait personne pour les garder. Je résolus d’aller en prévenir un général qui était près du pont; mais le Danube venait de déborder, et pour arriver jusqu’au général, je fus obligé de me mettre à l’eau jusqu’aux genoux. Le général qui était de fort mauvaise humeur, me reçut fort mal. — « Qu’ils aillent au diable, me répondit-il, cela ne me regarde pas », et il me tourna le dos. Je fus bien fâché de m’être mis à l’eau pour obtenir une aussi belle réponse. Je retournai près de mes camarades, et toute la nuit se passa à soigner les blessés, sans qu’aucun de nous ne songeât à dormir. A la pointe du jour, je montai sur une petite éminence, et je ne vis autour de moi qu’un amas de blessés, couchés presque les uns sur les autres, et sur la route une foule de cavaliers et de fantassins qui cherchaient à gagner le pont; mais la route était tellement encombrée que personne ne pouvait plus avancer. La crue du Danube ayant augmenté, les abords du pont étaient devenus impossibles. Il fallait attendre qu’on l’eût rendu de nouveau praticable. Sur ces entrefaites, nous apprîmes que les ponts qui reliaient l’île Lobau à la rive droite avaient été emportés. »

 A suivre.

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( 4 juin, 2015 )

De BEAUMONT à PHILIPPEVILLE. NAPOLEON en JUIN 1815 (2ème partie).

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Les tambours de la Garde battent la fameuse « Grenadière » dont les roulements annoncèrent si souvent l’assaut décisif, l’attaque finale. Mais cette fois, c’est avec l’obscurité qui gagne et qui empêche de se reconnaître, le crépuscule de l’Empire que les caisses dela Vieille Garde paraissent rythmer ! On a dit que les Français étaient à l’attaque courageux comme des lions, mais que venaient les revers, ils se révélaient être des moutons. A Waterloo, une démonstration de cette affirmation fut donnée et on vit la première armée du monde fuir comme un troupeau de moutons. Napoléon qui est malade et qui pourtant donne un exemple de courage surhumain s’efforce d’endiguer ce flot, mais on ne l’entend plus, et il n’y a aucune réserve pour arrêter cette déroute qui se transforme en désastre sous la ruée de la cavalerie prussienne. D’un geste désespéré il a fait signe aux quelques escadrons de service rangés autour de lui, de charger pour repousser cette cavalerie qui menace de tout submerger. Quelques grands coups de sabre, holocauste inutile, puis l’hallali, un instant interrompu, recommence. Napoléon n’a plus d’armée ! A Genappe, il lui faudra près d’une heure  pour traverser le flot toujours grossissant de cette cohue qui s’écrase dans les rues du village et encombre le pont de la Dyle.

« Au bout d’une heure, les vagues de la foule le poussèrent comme une épave hors du village », rapporte Charras. Mais vers minuit, alors qu’étant monté dans sa berline de campagne, il s’apprêtait  à quitter sa malheureuse armée désorganisée, les Prussiens de Von Keller apparurent bien décidés d’en finir en se saisissant de sa personne. Ce détachement de fusiliers du 15ème régiment observait depuis six heures le quartier-général de Napoléon au Caillou. Il avait fait plusieurs pointes offensives que le vaillant Duuring commandant des Grenadiers de la Garde en service de surveillance à cet endroit, avait repoussées. On s’est demandé si cette troupe qui formait l’extrême gauche de l’armée de Blücher, n’avait pas pour mission de capturer l’Empereur. Toujours est-il qu’elle fut la première force prussienne à se montrer autour de la berline de campagne de Napoléon.  Le major baron Von Keller qui commandait ce véritable commando d’assaut s’imagina que son bonheur était complet et croyant l’Empereur entre ses mains, il ordonna au cocher de s’arrêter et comme celui-ci ne paraissait pas décidé à obéir aussitôt, il frappa le postillon qui fut d’ailleurs bientôt abattu, en mme temps que ses chevaux. 

Alors, la berline arrêtée, Von Keller ouvrit une des portières mais Napoléon avait disparu.

Prévenu quelques secondes avant l’arrivée des Prussiens, il avait eu le temps de sauter à cheval et de recommencer son calvaire au milieu de la cohue hurlante. La berline de Napoléon fut visitée par les Prussiens qui y trouvèrent outre le chapeau de l’Empereur, son épée, un télescope et un manteau, dans la doublure duquel se dissimulait la fortune que représentaient les diamants de la princesse Pauline. Demain cette berline s’en ira captive et elle sera offerte à la curiosité des foules. C’est ainsi qu’elle alla à Liège où dès le 23 juin 1815, elle fut exposée dans la Cour des Mineurs.

Le public était admis à la voir moyennant un droit d’entrée de 50 centimes. Ce fut un gros succès paraît-il, bien que la presse locale garde le silence à ce propos. La plupart des équipages qui avaient échappé à la capture sur le champ de bataille, tombèrent au pouvoir des Prussiens à Genappe ; parmi eux il y avait un carrosse ayant servi au sacre de Napoléon à Milan en 1805 et destinée à servir à son entrée à  Bruxelles.

L’entrée à Bruxelles !  Le souper au Palais Impérial de Laeken ! De ces rêves morts il y avait pourtant un témoin : dans un fourgon aux armes impériales, les Prussiens trouvèrent des paquets d’une proclamation aux Belges. Elle avait été imprimée en France et sa lecture dans la nuit de Waterloo, à la lueur des incendies de Genappe ne manquait pas d’ironie.  « Le succès éphémère de mes ennemis vous a détachés pour un moment de mon empire. Dans mon exil, sur un rocher, au milieu des mers, j’ai entendu vos plaines.  Le Dieu des batailles a décidé du destin de vos belles provinces. Napoléon est parmi vous. Vous êtes dignes d’être Français. Levez-vous en masse, rejoignez mes invincibles phalanges pour exterminer le reste de ces barbares qui sont vos ennemis et les miens. Ils fuient avec rage et le désespoir au cœur. 

Bruxelles, Palais impérial de Laeken. Napoléon. » 

Les invincibles phalanges n’étaient plus qu’une proie offerte à la fureur de la cavalerie prussienne qui, continuant la poursuite, croyait vivre les scènes de la chasse de Lützow qui, depuis 1813 et la guerre de l’Indépendance, enfiévrait leur imagination exaltée. Mais l’horreur n’était pas encore à son comble et ce ne fut qu’aux Quatre-Bras que Napoléon devait avoir une vision aussi terrible que celles d’Essling et d’Eylau, mais avec en plus un affreux sentiment de sacrifice inutile. « La lune éclairait le champ de bataille », écrivent W.Aerts et L.Wilmet, les auteurs d’une excellente brochure sur la fin de la bataille.  « Les corps des hommes et des chevaux n’avaient pas été enlevés et gisaient nombreux et épars dans ces blés foulés. Dépouillés, trempés de pluie et souillés de boue noirâtre, ils s’étaient décomposés par la chaleur et une odeur pestilentielle s’exhalait de ce champ de mort. L’impression était horrible ». 

A suivre… 

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( 15 novembre, 2014 )

Le général Roussel d’Hurbal.

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François Roussel d’Hurbal, né à Neufchâteau dans les Vosges, servit d’abord en Autriche, comme faisaient alors quelques Lorrains. Cadet au régiment d’Arberg en 1782, premier lieutenant en 1788, capitaine en second en 1793, chef d’escadron en 1797, major en 1800, lieutenant-général en 1804, colonel commandant du régiment des cuirassiers de Mack en 1806, il avait été fait général major sur le champ de bataille d’Essling. En 1811,  il donne sa démission du service d’Autriche et demande à être porté sur le tableau des généraux de brigade de l’armée française. « De quel pays est-il ? répondit Napoléon. Comment est-il passé au service de [l’] Autriche ? Quel âge a-t-il ? » Le 31 juillet 1811, Roussel fut nommé général de brigade et le 4 décembre 1812, après s’être signalé dans la campagne de Russie, général de division. En 1814, le 17 janvier, Napoléon qui le regardait comme un de ses meilleurs officiers de cavalerie, lui dit en le voyant : « Général, tenez-vous prêt », et le jour même il le nommait inspecteur général  du dépôt central de Versailles. Le 19 février 1814, il lui confiait une division de grosse cavalerie, formée des 5ème, 12ème, 21ème et 26ème  dragons; Roussel a, du reste, ainsi raconté ce qu’il fit en 1814.

Arthur CHUQUET.

« Quant au grade de commandant de la Légion d’Honneur, c’est de l’Empereur que je le tiens ; il m’y a nommé à Fontainebleau, et l’avis m’en est parvenu à Essonnes où j’occupais le poste abandonné par les troupes de M. le maréchal Marmont ; je pourrais peut-être citer qu’en 1814, à Sézanne [sans doute le 10 février 1814], l’Empereur me fit déjeuner avec lui, pour me témoigner sa satisfaction sur une charge que je fis sur des lanciers russes et des cosaques ; il n’y avait à sa table que le prince Berthier et moi ; on sait ce que valait une pareille marque d’estime de la part d’un tel chef. »

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.362).

 

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