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( 14 janvier, 2018 )

Napoléon cavalier… (2ème partie).

Napoléon cavalier... (2ème partie). dans HORS-SERIE 02507905

Le 13 juin 1807, quittant Preussich-Eylau dans la nuit, il devance au galop l’escadron de service, met deux heures et demie pour joindre Lannes qui est à 28 kilomètres. Le lendemain 14, avant de livrer et gagner la bataille de Friedland, il longe, parfois au galop, une longue file de troupes, la Garde, les corps de Ney et de Bernadotte. Voitures, cavaliers et hommes tiennent la route. Il galope, s’avance, s’arrête, parle aux hommes, évoluant avec une parfaite aisance, sans aucune timidité. 

Le 23 avril 1809, devant Aderklaa Napoléon monte « Euphrate », cheval dit « blanc », mais gris clair et observe les mouvements de troupes dans un vide entre deux courants de boulets, sans s’inquiéter de sa monture. Devant Ratisbonne, il s’avance à cheval, dans un feu de tirailleurs, pour observer un tir d’artillerie lorsqu’une balle le frappe au coup de pied droit ; si elle avait touché un peu plus haut, le pied eut dû être amputé. 

Le 29 octobre 1808, avant minuit, Napoléon avait quitté les Tuileries en calèche, atteint Angoulême le 30, rencontre Junot le 31. Entre à  Bordeaux le 1er novembre ; il monte à cheval à Mont-de-Marsan, le lendemain, il traversera les Landes sablonneuses plus rapidement qu’en voiture et il arrive à Bayonne le 3, entre minuit et une heure du matin. Seul avec Duroc, il a couvert 850 à 900 kilomètres. Dans la nuit du 23 au 24 juin 1812, il veut pousser une reconnaissance en avant de Naugaraidski, le long du Niémen que ses troupes vont franchir. Vers 1 heure du matin, l’Empereur enfile le manteau d’un cavalier- ou celui du chevau-léger ou celui d’un lancier polonais- et troque son petit chapeau contre un bonnet de police.  Il monte « Gonzalo», cheval dit « blanc » [ne pas confondre avec « Gonzalve », robe grise, acquis en 1814

Il dépasse les avant-postes, essuie quelques coups  de pistolets tirés par des cosaques, laisse aller les rênes ; il épie l’horizon. Comme un dû, la rive qui le porte domine la rive opposée. Une étrange clarté, qui n’est plus la lumière mais qui ne cède pas à l’ombre, argente une boucle du Niémen. Cette clarté diffuse, l’haleine de l’espace qui monte sur le fleuve immobile, l’horizon profond, vide et sans voix, font un paysage fabuleux. Sauf quelques flammes sur des chaumières qui brûlent, rien ne rappelle la guerre. Napoléon épie l’horizon et roule à terre : « Gonzalo » a fait un écart, effrayé par un animal qui fila entre ses jambes : un Romain attentif aux présages rebrousserait chemin. 

 A suivre… 

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( 10 janvier, 2018 )

Napoléon cavalier… (1ère partie).

Un mauvais cavalier se montre circonspect, or Napoléon était un cavalier hardi, voire casse-cou : il lançait son cheval au galop dans des sentiers étroits, il s’aventurait sur des pentes assez abruptes puis franchissait des ravins, sans avertir. Le mameluck Roustan suivait, au même train, avec un portemanteau pour changer son maître en cas de chute.

Napoléon cavalier... (1ère partie). dans HORS-SERIE Nap-à-cheval-241x300Napoléon, en effet, soigneux, quittait tout vêtement sali et ne portait guère plus de deux fois la veste et la culotte blanches. Comme il s’habillait moins souvent pour la parade que pour le travail, comme il se trouvait à être à l’aise dans des vêtements usagés et qu’il préférait les faire réparer à endosser un habit neuf, les culottes et les vestes blanches allaient souvent chez le teinturier-dégraisseur.  En cas de pluie, le mameluck portait en réserve la redingote grise, capote d’officier aux entournures larges parce que Napoléon ne défaisait jamais ses épaulettes. Avare de son temps, s’il était en souliers à boucles d’or et s’il devait monter à cheval, il conservait les bas de soie et remplaçait seulement les souliers par des bottes à l’écuyère. Ses bottes militaires étaient habituellement doublées en peluche de soie.

Quant au petit chapeau, il était en feutre noir, sans bordure ; une cocarde tricolore l’ornait sur le côté, maintenu par une ganse en soie noire. En 1806, il était devenu « chapeau castor français »  Un chapeau, plusieurs fois porté par l’Empereur, fut remis au peintre Gros pour son tableau de la bataille d’Eylau. Gros le conserva ; il figura dans la vente d’une partie de ses bien. L’acquéreur offrit cette relique à Louis-Philippe.  Ce chapeau fut déposé aux Invalides. D’après le docteur Gall, qui s’était renseigné auprès des chapeliers de l’Empereur, sans doute auprès de Poupart, la tête de Napoléon aurait continué à prendre du volume jusque sous l’Empire. En 1800, quittant, avec Bourrienne seul, les Tuileries pour l’Italie, il a emprunté un berline à l’artillerie ; il la fait lancer au galop et roule un train d’enfer, sans autre pose par étape que tout dételer et réatteler. A chaque relais, Bourrienne demande à la portière : « Le nom de l’endroit ? » Puis il s’efface pour que son compagnon entende directement la réponse.  Malgré cette course à toute vitesse, malgré les cahots et  le tintamarre, Bonaparte examine attentivement les rapports de Lacuée sur les Autrichiens, sur leurs mouvements. 

A l’armée, l’Empereur aura trois équipages à sa disposition : une voiture de poste, une calèche de service ou voiture légère et ses chevaux de selle. La voiture de poste ou coupé jaune à caisse lourde est aménagée pour les voyages, pour les longs parcours ; il pourra travailler en roulant et dormir sur un matelas. La calèche est à deux places et le compagnon de Napoléon et le général Berthier, annuaire vivant de l’armée.  Cette voiture légère va d’un corps de troupe à un autre, elle parcourt en quelques heures une journée d’étape d’infanterie. En voiture de poste comme en calèche, le mameluck Roustan s’assied sur l’avant. Généralement, deux officiers de service et deux chasseurs à cheval de la Garde précèdent la calèche ; l’écuyer de service chevauche à la portière droite et le général commandant l’escorte à la portière gauche. L’escorte suit, au maximum vingt-quatre à vingt-cinq cavaliers pris en général parmi les chasseurs à cheval dela Garde. Les aides de camp de l’Empereur, souvent quelques officiers de service et des pages viennent alors, avec les ecuyers menant en main les chevaux harnachés pour l’Empereur et Berthier.  Si le cortège entre dans une zone où des troupes manœuvrent, l’Empereur fait un signe : la calèche s’arrête, un écuyer approche la monture de Sa Majesté qui, en un clin d’œil, monte en selle et part sans s’inquiéter de sa suite.

Le chasseur à cheval du portefeuille rattrape l’Empereur et colle derrière lui ; il porte un sac de cuir contenant les cartes du pays, une écritoire, un compas, souvent ouvert à la longueur d’une étape.  Napoléon chevauche dangereusement parce qu’absent, absorbé dans ses pensées : légèrement voûté, le bras gauche ballant le long du corps, les rênes négligemment tenues dans la main droite, il s’abandonne à ses calculs…pour arrêter brusquement son cheval, au risque d’un tête-à-queue, et demander sans se retourner : « La carte ! » 

A suivre. 

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( 4 juin, 2015 )

De BEAUMONT à PHILIPPEVILLE. NAPOLEON en JUIN 1815 (2ème partie).

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Les tambours de la Garde battent la fameuse « Grenadière » dont les roulements annoncèrent si souvent l’assaut décisif, l’attaque finale. Mais cette fois, c’est avec l’obscurité qui gagne et qui empêche de se reconnaître, le crépuscule de l’Empire que les caisses dela Vieille Garde paraissent rythmer ! On a dit que les Français étaient à l’attaque courageux comme des lions, mais que venaient les revers, ils se révélaient être des moutons. A Waterloo, une démonstration de cette affirmation fut donnée et on vit la première armée du monde fuir comme un troupeau de moutons. Napoléon qui est malade et qui pourtant donne un exemple de courage surhumain s’efforce d’endiguer ce flot, mais on ne l’entend plus, et il n’y a aucune réserve pour arrêter cette déroute qui se transforme en désastre sous la ruée de la cavalerie prussienne. D’un geste désespéré il a fait signe aux quelques escadrons de service rangés autour de lui, de charger pour repousser cette cavalerie qui menace de tout submerger. Quelques grands coups de sabre, holocauste inutile, puis l’hallali, un instant interrompu, recommence. Napoléon n’a plus d’armée ! A Genappe, il lui faudra près d’une heure  pour traverser le flot toujours grossissant de cette cohue qui s’écrase dans les rues du village et encombre le pont de la Dyle.

« Au bout d’une heure, les vagues de la foule le poussèrent comme une épave hors du village », rapporte Charras. Mais vers minuit, alors qu’étant monté dans sa berline de campagne, il s’apprêtait  à quitter sa malheureuse armée désorganisée, les Prussiens de Von Keller apparurent bien décidés d’en finir en se saisissant de sa personne. Ce détachement de fusiliers du 15ème régiment observait depuis six heures le quartier-général de Napoléon au Caillou. Il avait fait plusieurs pointes offensives que le vaillant Duuring commandant des Grenadiers de la Garde en service de surveillance à cet endroit, avait repoussées. On s’est demandé si cette troupe qui formait l’extrême gauche de l’armée de Blücher, n’avait pas pour mission de capturer l’Empereur. Toujours est-il qu’elle fut la première force prussienne à se montrer autour de la berline de campagne de Napoléon.  Le major baron Von Keller qui commandait ce véritable commando d’assaut s’imagina que son bonheur était complet et croyant l’Empereur entre ses mains, il ordonna au cocher de s’arrêter et comme celui-ci ne paraissait pas décidé à obéir aussitôt, il frappa le postillon qui fut d’ailleurs bientôt abattu, en mme temps que ses chevaux. 

Alors, la berline arrêtée, Von Keller ouvrit une des portières mais Napoléon avait disparu.

Prévenu quelques secondes avant l’arrivée des Prussiens, il avait eu le temps de sauter à cheval et de recommencer son calvaire au milieu de la cohue hurlante. La berline de Napoléon fut visitée par les Prussiens qui y trouvèrent outre le chapeau de l’Empereur, son épée, un télescope et un manteau, dans la doublure duquel se dissimulait la fortune que représentaient les diamants de la princesse Pauline. Demain cette berline s’en ira captive et elle sera offerte à la curiosité des foules. C’est ainsi qu’elle alla à Liège où dès le 23 juin 1815, elle fut exposée dans la Cour des Mineurs.

Le public était admis à la voir moyennant un droit d’entrée de 50 centimes. Ce fut un gros succès paraît-il, bien que la presse locale garde le silence à ce propos. La plupart des équipages qui avaient échappé à la capture sur le champ de bataille, tombèrent au pouvoir des Prussiens à Genappe ; parmi eux il y avait un carrosse ayant servi au sacre de Napoléon à Milan en 1805 et destinée à servir à son entrée à  Bruxelles.

L’entrée à Bruxelles !  Le souper au Palais Impérial de Laeken ! De ces rêves morts il y avait pourtant un témoin : dans un fourgon aux armes impériales, les Prussiens trouvèrent des paquets d’une proclamation aux Belges. Elle avait été imprimée en France et sa lecture dans la nuit de Waterloo, à la lueur des incendies de Genappe ne manquait pas d’ironie.  « Le succès éphémère de mes ennemis vous a détachés pour un moment de mon empire. Dans mon exil, sur un rocher, au milieu des mers, j’ai entendu vos plaines.  Le Dieu des batailles a décidé du destin de vos belles provinces. Napoléon est parmi vous. Vous êtes dignes d’être Français. Levez-vous en masse, rejoignez mes invincibles phalanges pour exterminer le reste de ces barbares qui sont vos ennemis et les miens. Ils fuient avec rage et le désespoir au cœur. 

Bruxelles, Palais impérial de Laeken. Napoléon. » 

Les invincibles phalanges n’étaient plus qu’une proie offerte à la fureur de la cavalerie prussienne qui, continuant la poursuite, croyait vivre les scènes de la chasse de Lützow qui, depuis 1813 et la guerre de l’Indépendance, enfiévrait leur imagination exaltée. Mais l’horreur n’était pas encore à son comble et ce ne fut qu’aux Quatre-Bras que Napoléon devait avoir une vision aussi terrible que celles d’Essling et d’Eylau, mais avec en plus un affreux sentiment de sacrifice inutile. « La lune éclairait le champ de bataille », écrivent W.Aerts et L.Wilmet, les auteurs d’une excellente brochure sur la fin de la bataille.  « Les corps des hommes et des chevaux n’avaient pas été enlevés et gisaient nombreux et épars dans ces blés foulés. Dépouillés, trempés de pluie et souillés de boue noirâtre, ils s’étaient décomposés par la chaleur et une odeur pestilentielle s’exhalait de ce champ de mort. L’impression était horrible ». 

A suivre… 

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( 11 décembre, 2014 )

Au hasard de mes lectures…

Au hasard de mes lectures...

Retour sur 2 témoignages…

J’ai relu récemment les « Souvenirs »du comte de Lignières et les « Mémoires » du général de Lorencez. Ces deux titres ont été réédités en 2005 sous le label A la Librairie des Deux Empires (à cette époque devenu la propriété de la société LCV Services). Le texte de Marie-Henry, comte de Lignières, dès les premières pages, nous rend ce personnage sympathique. L’homme est cultivé, joue aisément du piano et sait tout autant faire le coup de feu quand il le faut.  Après avoir effectué un passage à l’École militaire de Fontainebleau, il rejoint les rangs du 59ème de ligne. Il participe aux campagnes de Prusse et d’Espagne, effectue un passage sur la frégate l’Alcmène avant d’être nommé dans la Vieille Garde, plus exactement comme lieutenant en premier au 1er régiment de chasseurs à pied. C’est dans cette unité qu’il fait la campagne de Russie. Son récit devient alors plus étoffé. Nous ne sommes plus en 2014 mais en 1812, sur les bords de la Bérézina : « Nous crevions de faim. »  déclare l’auteur. Lignières survit à l’enfer blanc et combat encore en Allemagne, en 1813.  La campagne de France n’est pas abordée et les Cent-Jours ne le sont que très brièvement. Bien plus tard, en 1840, l’auteur est en garnison à Alger, où il se retrouve sous les ordres du célèbre général Berthezène, un autre ancien combattant des guerres de l’Empire, devenu commandant en chef en Algérie.

Les « Mémoires » du général de Lorencez, écrits avec un peu plus de sobriété n’en présentent pas moins un intérêt certain. Ce personnage qui épousa une des filles du maréchal Oudinot et fut beau-frère du général Pajol, est un fin observateur. Après avoir combattu dans les rangs de l’armée des Pyrénées, nous le retrouvons engagé dans la campagne d’Italie, présent aux batailles de Loano, de Mondovi, de Lodi et d’Arcole. En décembre 1804, alors colonel, Lorencez prend le commandement du 46ème de ligne. Il se bat à Austerlitz et plus tard à Iéna.  Il  est présent à Eylau : « L’infanterie russe marchait en même temps que nous; la mêlée fut vive, mais elle fut courte. Le 46ème s’y maintint malgré une canonnade épouvantable de toute la ligne russe, qui mit le quart de mon monde hors de combat », écrit l’auteur. Il est de nouveau présent  sur le terrain lors des batailles d’Heilsberg et de Friedland. En 1809, Lorencez se bat en Autriche avant de se retrouver en Russie. Après avoir obtenu un congé de trois mois en France « bien nécessaire à ma santé, fort ébranlée », écrit-il, le voici en pleine campagne d’Allemagne, à la tête de la 3ème division du corps d’observation d’Italie. Il ne prit pas part à la campagne de France. Il reprend du service après le retour de l’Empereur en France, en mars 1815, chargé de former des bataillons de la Garde nationale dans les différents départements.

C.B.

(Marie-Henry, comte de LIGNIERES, « Souvenirs d’un chasseur à pied de la Vieille Garde », A la Librairie des Deux Empires, 2005 , 200 pages.)

Général de LORENCEZ « Mémoires  (1794-1815) », A la Librairie des Deux Empires, 2005, 220 pages.)

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