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( 16 décembre, 2017 )

Boire et mourir… (A Zizmori, vers le 13 décembre 1812).

 Boire et mourir… (A Zizmori, vers le 13 décembre 1812). dans TEMOIGNAGES campagnerussie« Au détour d’une rue j’aperçois un encombrement devant une maison. Quelques-uns en sortaient, porteurs de bouteilles d’eau-de-vie ou de pomme de terre. Ils sont immédiatement assaillis. Je les laisse aux prises avec le résultat de leur imprudence et j’entre, bousculé par la foule, dans une cour où régnait une forte odeur d’alcool. Puis je suis porté sur les marches d’un escalier descendant à une cave, où le courant dont je faisais partie était repoussé par celui qui voulait remonter. Je commençais à regretter fortement de me trouver dans cette bagarre, lorsque, bien malgré moi, j’atteignis le sol de la cave. Des barriques défoncées y laissaient couler du vin, du rhum, de l’eau-de-vie, on piétinait jusqu’à la cheville dans ce liquide. Cette cave fut bientôt plus que comble. Dans une sinistre obscurité des cris de détresse se font entendre. Ceux qui tombent de se relèvent plus et sont étouffés dans l’alcool, personne ne pouvait avancer ou reculer. Ne voulant pas périr misérablement dans ce souterrain je rassemble  toute mon énergie, toutes mes forces, pour me faire jour à tout prix, sans pitié pour les malheureux écrasés, dont les cris ne peuvent même plus se faire entendre. Mais bientôt j’acquiers la conviction qu’il n’est plus possible de sortir par l’escalier qui déverse le flot toujours grossissant, venu du dehors. Apercevant près de moi un soupirail, je comprends que c’est la seule issue vers la vie, et fais part de mon projet à un maréchal-des-logis chef, d’artillerie, le seul à ma proximité qui me parut capable de le mettre à exécution. Comme premier remerciement il me serre fortement la main, puis, ensemble nous franchissons des cadavres amoncelés et arrivons au pied du soupirail. J’y grimpe le premier, tous mes muscles sont rendus, toute ma volonté est en jeu pour y parvenir. Enfin, après des efforts désespérés, je l’atteins, le traverse, et me trouve dans une cour, sur la neige : de suite je tends la main au maréchal-des-logis chef, et, lorsque nous nous voyons sains et saufs nous nous embrassons à plusieurs reprises sans pouvoir parler, remerciant  Dieu de notre délivrance. Avant de quitter l’enclos où nous nous trouvions nous nous penchons au soupirail afin d’aider les camarades qui auraient la même idée que nous. Nous n’entendîmes que des cris de désespoir qui allèrent en s’affaiblissant, et auxquels succéda bientôt un morne silence. »

(Capitaine V. Bertrand, « Mémoires… », A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.170-171).

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( 1 décembre, 2017 )

Une seconde LETTRE du GENERAL PARTOUNEAUX sur la CAMPAGNE de RUSSIE…

Une seconde LETTRE du GENERAL PARTOUNEAUX sur la CAMPAGNE de RUSSIE... dans TEMOIGNAGES partouneaux

Voici une lettre de cet officier, en date du 24 août 1817, dans laquelle il proteste de nouveau contre le fameux 29ème Bulletin de la Grande-Armée et contre les assertions de plusieurs historiens. Je vous invite à voir plus haut dans « L’ Estafette » la précédente lettre du général Partouneaux. 

C.B. 

Toulouse, 24 août  1817. 

Un nouvel ouvrage intitulé « Mémoire pour servir à l’histoire de la campagne de Russie », vient, en 1817, d’être publié par un officier de l’état-major de l’armée française. Je déclare que le passage de ce « Mémoire » qui est relatif à la 12ème  division d’infanterie de la Grande-Armée, que j’avais l’honneur de commander, est de la plus grande inexactitude. Si l’auteur eût lu le Mémoire que j’ai fait publié pendant l’interrègne et que j’ai envoyé à Napoléon et à ses ministres, il eût assurément payé à cette brave troupe et à son chef le tribut qui leur était dû. Par conséquent, il n’eût pas laissé ignorer que le 12ème division, complètement cernée par les trois armées russes des généraux Tchitchagov, Platov et Wittgenstein, avait été sommée de se rendre, et que, déjà réduite à 3.000 hommes mourant de faim et de froid, elle avait voulu combattre.  Que, dans un défilé, au milieu d’une grande partie des bagages de la Grande-Armée, au milieu de 7 à 8.000 malheureux traîneurs, sans armes, de cette même armée, elle avait été écrasée par le feu de l’ennemi, maître des hauteurs qui dominaient la route. Qu’elle avait été laissée à Borisov, à trois lieues en arrière de l’armée, sans être échelonnée, sans avoir été secourue ! Ne pourrait-on pas dire encore : « Il est facile aujourd’hui, sous la température la plus douce, de se livrer à des réflexions, de faire des épisodes, d’embellir son roman et de distribuer le blâme ou les éloges !

Mais alors, on était si malheureux, si accablé par tous les maux, que personne n’a songé à se retourner pour nous donner le moindre secours, et c’est ainsi que l’homme le meilleur abandonnait souvent son ami qui succombait auprès de lui ! »Je déclare, en outre, que tous ceux qui ont écrit jusqu’à ce jour sur cette malheureuse circonstance, ont été aussi inexacts que l’auteur de ce mémoire.  J’engage donc les personnes  qui s’occupent d’écrire cette partie de notre histoire, à consulter le mémoire intitulé « Adresse à l’armée » que j’ai publié pendant l’interrègne et qui s’est vendu publiquement à  Paris. MM. les maréchaux ducs de Dalmatie, prince d’Eckmühl, duc de Feltre, comte de Gouvion St.-Cyr, qui ont été successivement ministres de la Guerre, voudront assurément bien me rendre la justice de dire que j’ai vivement réclamé contre l’article du 29ème Bulletin qui était relatif à la 12ème division.  Voici, au sujet de Bulletin, le passage d’une lettre que j’écrivis à Napoléon lors de son retour de l’île d’Elbe, pour qu’on puisse juger si j’avais le sentiment d’avoir rempli tous mes devoirs : « Vous avez été bien injuste envers moi dans votre 29ème Bulletin. Vous m’avez frappé d’un coup de massue. Ceux qui ignoraient les ordres que j’avais reçus, les obstacles que j’avais rencontrés, m’accusaient, me trouvaient des torts ; les braves qui me connaissaient, ne pouvaient m’en supposer, mais ils craignaient pour moi. Je ne me plaignis alors que de votre extrême injustice.

Chaque jour, je suis encore dans la nécessité d’expliquer cette cruelle et malheureuse affaire. Humilié, accablé par ce coup, je recueillis les pièces officielles et je composai une « Adresse à l’Armée ». Ces pièces s’impriment en ce moment à Paris, à moins que mes amis n’en soient empêchés par la suite de votre retour en France. Quant à moi, je suis sans inquiétude, car je ce que j’ai de plus est à l’honneur ». A mon retour de Russie, me trouvant à Marseille, je communiquai ces pièces à  monsieur, frère du Roi [le comte d’Artois, futur Charles X].

Ce prince me dit le lendemain : « J’ai lu avec intérêt le mémoire que vous m’avez remis ; il convient à un brave homme comme vous de le faire imprimer ; j’aime le ton de modération avec lequel vous parlez de Napoléon ». En l’an 1813, lorsque j’étais prisonnier et malheureux, si Napoléon avait eu à se plaindre de ma conduite ne Russie, il n’eût certainement pas placé mes trois enfants dans un lycée à ses frais. Pendant l’interrègne, je n’ai pas reçu un mot d’improbation sur ma conduite ne Russie, et je n’ai pas éprouvé une seule marque de manque d’estime, même lorsque j’ai demandé la permission de me retirer en Provence [« Il n’y a pas d’inconvénient, écrivait Napoléon à Davout le 7 avril 1815, à renvoyer le général Partouneaux en Provence. Qu’il aille dans sa famille, puisque ses blessures l’exigent. Quant à son serment, vous lui paierez, s’il le prête, un traitement quelconque où il se trouvera. S’il ne le prête pas, vous le destituerez. » (Note d’A.Chuquet)]. Je ne publie ces détails que pour satisfaire à un sentiment d’honneur, et pour éviter à des écrivains de commettre de nouvelles erreurs, d’après celles qui ont déjà été commises envers moi, envers la 12ème  division.Mon mémoire est au ministère de la Guerre. 

(Extrait de l’ouvrage : « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents », d’Arthur Chuquet, publié en 3 volumes chez Fontemoing en 1912). 

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( 18 novembre, 2017 )

Extraits des papiers d’un cavalier de la Grande-Armée…

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Ce texte, rédigé par Jean-Baptiste Villeminot,  paru la première fois dans le « Carnet de la Sabretache » en 1908. Je l’avais reproduit dans « La Chronique des Deux Empires » en 1996. Mais laissons parler le commandant Carlet, préfacier de l’édition de 1908.

C.B.

La complaisance d’un de nos amis nous a valu la communication de papiers provenant de la succession d’un vieux brave, qui a fait presque toutes les campagnes de la Révolution et de l’Empire et qui, parti simple cavalier au 25ème régiment de cavalerie, en 1792, prit sa retraite en 1815, comme sous-lieutenant au 2ème cuirassiers. Parmi ces notes, prises au jour le jour, nous avons trouvé, entres autres, un tableau assez intéressant dans lequel il relate les différentes étapes parcourues par son corps pendant la funeste retraite de Russie. Nous les reproduisons ci-après, en en respectant l’orthographe. Nous avons également remarqué, dans ce carnet, une chanson de route intitulée : Les Français en Autriche, qui dut être composée avant la capitulation d’Ulm ; nous la donnons à la suite de l’itinéraire. Mais, demandons la permission de présenter tout d’abord notre héros : Jean-Baptiste Villeminot, fils de François et de Marguerite Eloy, naquit à Tornay, localité située, à vol d’oiseau, à environ 27 kilomètres au sud-est de Langres, le 8 décembre 1771. Il n’avait pas tout à fait vingt et un ans, quand il rejoignit le 25ème régiment de cavalerie, le 24 août 1792. Il y devint successivement, brigadier le 6 frimaire de l’an VI ; fourrier le Ier vendémiaire de l’an VII ; maréchal des logis le 16 thermidor de l’an VIII. Le 10 janvier 1804, il passait avec son grade au 2ème cuirassiers où il fut nommé maréchal des logis-chef le Ier novembre 1806, et sous-lieutenant le 14 mai 1809, c’est-à-dire quelques jours avant la bataille d’Essling. Il était chevalier de la Légion d’honneur depuis le 1er octobre 1807. La première Restauration le confirma dans son grade de sous-lieutenant au 2ème cuirassiers, devenu cuirassiers de la Reine.Villeminot prit sa retraite le 10 décembre 1815, après le licenciement à Saumur de son régiment ; il se retira à Chaumont. D’après ses états de service, ses campagnes furent les suivantes : Campagnes de 1793, ans II, III, IV, V et VI à l’armée du Rhin ; de l’an VII à l’armée de l’ouest ; des ans XIII et XIV, 1806, 1807 à la Grande Armée ; de 1809 à l’armée d’Allemagne ; de 1812 en Russie ; de 1813 et 1814 à Hambourg.

Commandant CARLET.

Noms des villes et des villages où j’ai passé à la retraite de Russie.

- Le 18 octobre 1812, à 7 heures du matin, à la Saskowa, grand houra.
- Le 19 et le 20, à Wornowo et devant le château de M. Rotopschin, gouverneur de Moskou.
- Le 21, à Formineskoé, où j’ai appris par un officier italien la révolution qui avait eu lieu à Paris.
- Le 22, à Borovsk, sur la Protwa (rivière), ville aux oignons.
- Le 23 et 24, près de Malojaroslavetz. Grande bataille par le corps italien.
- Le 25, à 7 lieu[es] de Kaluka.
- Le 26, à Ouvarovskoé, en pleine retraite.
- Le 27, à Alferewa, petite ville qui a été entièrement brûlée. .
- Le 28, à Mitiaewa.
- Le 29, à Ouspeuskoué, où j’ai perdu mon dernier cheval.
- Le 30, à Prokorefo, Guillemot a eu son porte-manteau de volé.
- Le 31, à Giot, un très jolie ville (toute brûlé[e]).
- Le 1er novembre, à Velistschewo, (grand froid et grande neige).
- Le 2, à Foederowskoé, sans pain ni viande et couché en plaine.
- Le 3, à Wiasma, très jolie ville où il y avait de très jolis édifices, mais tout a été brûlé.
- Le 4, à Roulkeki. .
- Le 5 et 6, Jalkow, rien…
- Le 7, à Zazelé, dans les bois, je me suis couché dans mon manteau, à mon réveil j’avais au moins six pouces de neige sur moi et je ne me suis pas ressenti du froid.
- Le 8, à Stoboda.
- Le 9, dans les bois.
- Le 10, soi-disant à Doukovchtchina.
- Le 11, à Wolodemerowa où j’ai eu environ un quart de livre de pain pour 6 francs, que nous avons partagé à quatre personnes ; il y a neuf jours que je n’en avais vu.
- Le 12 et 13, à Smolensk.
- Le 14, à Toubna, à 2 lieues de Smolensk.
- Le 15 et 16, à Krasnoé, grand houra. .
- Le 17, à Piadoui, dans la forêt.
- Le 18, à Doubrowna avec un colonel de lanciers, du pain pris des Juifs à force d’argent.
- Le 19, à Orcha.
- Le 20 et 21, à Kokhanowo, rien.
- Le 22, dans le bois où la 2e division de cuirassiers. Grand houra.
- Le 23, à Toloczin, rien.
- Le 24, à Bobr, forêt.
- Le 25, à Nalscha, près d’une chapelle dans la forêt.
- Le 26, à Nemonitza, nous avons trouvé à force de bras (car la terre était extrêmement gelée), quelques carottes dans la terre.
- Le 27, à Weselowo, près la Bérézina.
- Le 28, à Zembin. C’est le 28 que nous avons passé la Bérézina. C’est dans cet rivière où il a péris beaucoup de misérables qui se sont jetés dans la glace pour se sauver de l’ennemi.
- Le 29, à Kamen.
- Le 30, à Zowichino où nous avons trouvé le commencement des pommes de terre.
- Le 1er décembre, à Hia.
- Le 2, à Molodetschino, plus de misère.
- Le 3, à Markovo, chez les Juifs, pain, vin, etc.
- Le 4, à Smorgoni.
- Le 5, à Joupronoul, où le fils de M. le major Dubin est mort.
- Le 6, arrivé à Vilna, ayant fait 16 lieue[s].C’est le 5 et 6 décembre où il a fait les plus grands froids et où il a perri le plus de monde ; il y avait 28 degrés de froid.
- Et le 7, 8 et 9 inclus, Villena.
- Le 10, à Evé, petit village dans les bois.
- Le 11, à Zismovi.
- Le 12, à Kowno. Ici finissent nos peines.

L’armée française contre la Russie était, le 24 juin 1812, forte de 680.500 hommes, 176.850 chevaux et de 1.200 pièces de canons – Il n’en est pas rentré une seule.

- Arrivé à Koenigsberg le 20 décembre, le 25 à Elbing.

1813

- Arrivé le 8 janvier à Stetin, jusqu’au 15 inclus.
- Arrivé le 24 à Berlin.
- Arrivé le 2 février à Brunswick (logé chez Mayer).

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( 17 novembre, 2017 )

JERZMANOWSKI : un POLONAIS au SERVICE de la FRANCE…

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Jan Pawel Jerzmanowski naît le 25 juin 1779 à Podkielecki (Pologne). En l’an VII, il s’engage dans la Légion du Danube et prend part à la campagne d’Allemagne. Ses qualités lui permettent de passer sous-lieutenant le 1er vendémiaire an VIII (23 septembre 1800) puis lieutenant le 1er pluviôse an IX (21 janvier 1801).Il devient aide-de-camp du général Ordener en l’an XII et combat à Hollabrünn et Austerlitz. Le 24 juillet 1806, il passe au service du général Duroc qu’il accompagne dans les campagnes de Pologne et de Prusse. Le 7 avril 1807, il est nommé capitaine dans le Régiment des chevau-légers de la Garde et participe à la campagne d’Espagne, d’Autriche en 1809, reçoit une blessure à Wagram, et aux campagnes d’Espagne et du Portugal de 1810 et 1811.Il devient chevalier de la Légion d’honneur le 10 mars 1809, chevalier de l’Empire le 15 mars 1810 et chef d’escadrons le 17 février 1811.Avec ce grade, il prend part à la campagne de Russie en 1812 et à celle d’Allemagne en 1813, où il se distingue à Dresde et à Leipzig ce qui lui vaut d’être élevé aux rangs d’officier de la Légion d’honneur le 14 avril 1813, de baron de l’Empire le 16 août 1813 et chevalier de l’ordre de la Réunion le 28 novembre 1813.

En 1814, il participe à la campagne de France et passe major. Après l’abdication, il accompagne l’Empereur en exil et commande l’escadron de lanciers de l’armée elboise.Il est nommé colonel le 1er  mars 1815, conduit l’escadron polonais pendant la campagne des Cent-Jours et reçoit une blessure à Mont-Saint-Jean.Après un court service dans l’armée du Royaume de Pologne, il s’installe définitivement en France.Après la révolution de 1830, Louis-Philippe l’élève aux grades qui lui avaient été promis par l’Empereur:Il est nommé général de Brigade et commandeur de la Légion d’honneur, le 28 novembre 1831. Jerzmanowski s’éteint le 15 avril 1862 à Paris. 

Alexandre TOLOCZIN

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( 12 novembre, 2017 )

Le général François Dufour….

Né à Fruges dans le Pas-de-Calais le 5 décembre 1769, François-Marie Dufour, capitaine, puis lieutenant- colonel en second du 8ème bataillon de son département en 1792, chef de bataillon à la 79ème demi-brigade en l’an IV, chef de brigade ou colonel du 6ème  régiment de ligne qu’il nommait un des beaux régiment de l’arméLe général François Dufour.... dans FIGURES D'EMPIRE 06-513465e, général de brigade le 19 janvier 1807, général de division le 4 mars 1813, mourut à Lille le 14 avril 1815. Il avait fait en 1812 la campagne de Russie, et voici comment, par deux fois, dans deux lettres au prince Eugène, l’une du 28 janvier, l’autre du 5 février 1813, il expose le rôle qu’il a joué.

————-

J’ai l’honneur de faire connaître à Votre Altesse Impériale que, depuis le 7 septembre, à 4 heures après midi, j’ai pris le commandement de la 2ème division du 1er corps, qui n’a pas cessé de faire l’avant-garde sous les ordres de S. M. le roi de Naples; qu’à la tête de cette division, j’ai eu plusieurs combats honorables pour les armes de l’Empereur; que le 7 septembre, je me suis emparé, à la tête de trois bataillons du 15ème régiment d’infanterie légère du plateau du Village brûlé où je me suis maintenu en carré et où sept charges de cavalerie ont été repoussées avec une perte considérable de l’ennemi ; enfin, que les 18, 19 et 20 novembre, j’ai pris une part honorable aux combats glorieux soutenus par S. E. le maréchal Ney.

———–

Le 7 septembre, jour de la bataille, je commandais les trois bataillons du 15ème  régiment d’infanterie légère qui s’emparèrent à la baïonnette du plateau du Village brûlé. Je me suis maintenu dans cette position malgré une grôle de mitraille, de balles et de boulets et plusieurs charges de cavalerie que j’ai eu le bonheur de repousser aux cris de « Vive l’Empereur ! » Le même jour, à 4 heures, le général de division comte Friant, blessé, m’appela et me donna le commandement de sa division que j’ai commandée toute la campagne et à l’avant-garde. Les 9 et 10 septembre, ainsi que les 4 et 18 octobre, la 2ème division, sous mes ordres, a eu des affaires très chaudes et dont les résultats ont toujours été glorieux pour les armes de l’Empereur. Destinée à faire partie de l’arrière-garde avec le maréchal Ney, la 2ème  division a soutenu sa réputation aux combats des 18, 19 et 20 novembre et a eu sa part de gloire à cette brillante retraite. J’ai pris une part honorable aux combats glorieux soutenus par le maréchal duc d’Elchingen. J’y ai été blessé d’un coup de feu au bras. Dans ces affaires comme à Smolensk le 17 août, et le 7 septembre à La Moskowa, j’ai été démonté. C’est trois fois dans la campagne.

(Arthur CHUQUET, « 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.345-346).

 

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( 9 novembre, 2017 )

Une LETTRE du GENERAL COMPANS…

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J’ai déjà diffusé sur le présent Blog, une lettre de ce général. Celle-ci est adressée à sa femme depuis les neiges de Russie… 

Dorogobouje, le [resté en blanc] novembre 1812. 

Ma chère Louise, j’ai reçu hier avec une extrême joie cinq de tes lettres. Elles ont calmé une double inquiétude que j’éprouvais depuis plusieurs jours, celle d’être sans nouvelles de toi et celle de voir par ta correspondance qu’aucune des lettres, que j’avais écrites après celle du 7 septembre, ne te parvenait ; cette double inquiétude cesse enfin. Je me rapproche tous les jours de toi et j’espère que cet hiver notre correspondance qui fait tout mon bonheur reprendra toute son activité. Ma division a combattu plusieurs jours de suite à l’arrière-garde  et toujours avec beaucoup d’ordre et de bravoure ; mais le 2 de ce mois devant Viasma elle prit part à un combat assez sérieux  où elle ajouta beaucoup à la gloire qu’elle s’est acquise pendant cette campagne. Le 57ème régiment a bien  justifié le surnom de « Terrible » que l’Empereur lui donne en Italie. Il s’est fort distingué dans cette campagne ; j’ai été aussi très satisfait des trois autres régiments [25ème, colonel Dunesme, 61ème  colonel Bouge et 111ème, colonel Julliet]. Mon artillerie ne m’a rien laissé à désirer ; elle était parfaitement conduite. Je connaissais déjà l’intérêt que Mme de Lépine avait bien voulu prendre à ma blessure et je t’avais priée d’être auprès d’elle l’interprète de ma gratitude et de tous mes sentiments. On dirait que je me suis donné le mot avec cette aimable dame pour te mettre dans la confidence de ce que nous avons l’un pour l’autre. Réitère-lui que je l’aime bien et que je saisirai toutes les occasions de le lui témoigner. Je ne m’intéresse pas moins à sa santé qu’elle ne s’est intéressée à ma blessure. Je conçois que ta famille n’ait pas été moins inquiète que toi sur mon compte, voyant ma correspondance cesser après le 7 septembre. Je conçois aussi qu’elle ait vivement partagé toute la joie lorsque tu reçus à la fois cinq lettres qui te donnent de mes de mes nouvelles jusqu’au 14. J’aime cette bonne famille autant qu’elle peut m’aimer et j’espère qu’un temps viendra où nous passerons d’heureux jours ensemble. L’accident d’un de tes beaux yeux n’aura probablement pas de suites fâcheuses, ma chère Louise. C’est ordinairement un mal très passager qu’un coup d’air de cette espèce. Je vois  avec plaisir que ta santé et celle du petit Monique-Napoléon [Dominique-Napoléon, son fils] ; ménage-les bien l’une et l’autre.

Je t’écris au bivouac, la neige tombe en ce moment d’une telle force qu’elle m’oblige à finir cette lettre. Je vous embrasse de cœur et d’âme. 

Comte D.COMPANS 

 

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( 4 novembre, 2017 )

Les POMMES DE TERRE: un TRESOR durant la CAMPAGNE de RUSSIE !

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On sait l’hommage que les Français dans la marche d’Alexandrie au Caire,rendirent aux pastèques.  « Elles m’ont fait tant de plaisir, disait l’un d’eux, par leur fraîcheur, par la douce boisson qu’elles nous offraient !  » et un autre assure que les soldats ont conservé au melon d’eau la plus vive reconnaissance et qu’ils auraient mis volontiers ce fruit savoureux au rang des dieux, lui auraient volontiers élevé des autels. La pomme de terre fut en Russie ce qu’était la pastèque en Egypte. « Nous sommes, disait Stendhal, à genoux devant des pommes de terre. » Dans la plaine de Moscou, lorsque Auguste Thirion [officier de cuirassiers dont les « Souvenirs militaires » ont été réédités en 1998 à la Librairie des Deux Empires] et ses frères d’armes rencontrent des champs de pommes de terre, ils font une ample moisson de ces « précieux tubercules » et c’est pour eux une aubaine, une « bonne fortune gastronomique ». De même, durant la retraite. Le 29 novembre 1812, près de Kamen, dans le château d’un baron- l’armée appelait « barons » tous les grands propriétaires et tous les châtelains- les officiers de l’Empereur trouvent des pommes de terre. Ce fut un événement. Il fallait voir ces jeunes gens allumer aussitôt dans la cour du château un feu de bivouac et y faire cuire les pommes de terre au bout de leur sabre. On en mangea, dit le futur maréchal de Castellane, dans son « Journal », tant et plus. Ouvrons les « Mémoires » du sergent Bourgogne. Notre brave officier, rencontrant à la lisière d’un bois un soldat qui fait cuire des pommes de terre, le somme de lui en vendre et en achète sept pour quinze francs. Dans le délire de la fièvre, il croit manger des pommes de terre comme à Condé-sur-Escaut, sa patrie, et quel bonheur lorsqu’il découvre après le passage de la Bérézina, dans un village, sous un four, trois petites pommes de terre qu’il fait cuire à un feu abandonné, assez loin pour ne pas être vu de ses camarades ! 

A .CHUQUET 

Extrait du 2ème tome de  l’ouvrage d’Arthur Chuquet, « 1812, la guerre de Russie », (Fontemoing et Cie, 1912, 3 volumes).   

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( 2 novembre, 2017 )

Une LETTRE du COMMISSAIRE DES GUERRES PLAYOULT DE BRYAS, écrite durant la CAMPAGNE de RUSSIE.

Marie-Joseph-Quentin Playoult de Bryas était commissaire des guerres faisant fonctions d’ordonnateur à la 12ème division d’infanterie; il est décédé sous-intendant militaire, le 24 mars 1829. Cette lettre est adressée à son épouse. 

Au quartier-général de Voniskoe-Gorodistche, le 7 novembre 1812. 

 Au moment où nous allions monter la voiture, le général Partouneaux et moi, ce matin pour venir ici, un officier d’ordonnance est venu nous annoncer l’arrivée de M. le maréchal duc de Reggio [Oudinot] qui passait parle quartier-général pour aller rejoindre son corps d’armée qui pendant quelques jours a été fondu dans le nôtre ; peu d’instants après Son Excellence [le maréchal Oudinot] et j’en reçus l’accueil le plus flatteur. Si je n’avais été prévenu de son arrivée il m’eût été impossible de le reconnaître tellement il est changé ; il déjeuna avec nous ou pour mieux dire dévora quelques morceaux et partit comme un éclair après m’avoir chargé de le rappeler au souvenir de ma famille.Une LETTRE du COMMISSAIRE DES GUERRES PLAYOULT DE BRYAS, écrite durant la CAMPAGNE de RUSSIE. dans TEMOIGNAGES 86001577

Sa blessure le fait encore souffrir, il est même estropié, mais il n’est heureux qu’où on se bat et le malheur qui le poursuit ne le dégoûte pas de voler partout où il y a des dangers à courir. 

L’espoir que tu avais conçu de nous voir prendre des cantonnements à Vilna ou aux environs ne s’est pas réalisé, car comme tu le vois nous sommes toujours par voies et par chemins ; selon toute apparence cependant nous allons y entrer et c’est cette époque que nous avons fixée, le général Partouneaux et moi, pour solliciter ma rentrée en France. Si nous attendions le retour de la belle saison le chose deviendrait impossible, c’est une faveur qu’on n’obtiendrait pas à l’époque de l’ouverture d’une nouvelle campagne. Il faut donc saisir le moment puisqu’il est favorable. Le général est certain de la réussite, mais si contre toute attente je ne réussissais pas, j’obtiendrais au moins une résidence fixe, ce qui serait doublement avantageux, puisque je serai sûr de la régularité de notre correspondance et que je pourrai là compter sur la rentrée des sommes qui me sont dues, ce que je n’obtiendrai jamais tant que je serai employé dans une division active ; au reste, ce ne serait pas encore là mon compte, car mon unique désir est de me réunir à toi et de servir aussi efficacement l’Empereur que je le fais ici dans une résidence de l’intérieur, puisque ma santé ne me permet pas de le faire aux armées.

C’est aussi ce que j’ai l’espoir et la presque certitude d’obtenir. Depuis longtemps je suis privé de tes nouvelles et cela me contrarie fort, aussi enverrai-je après-demain M. Bouillon que je ferai escorter par quelques-uns de mes hussards porter cette lettre à la poste et chercher les tiennes ; il peut aller et revenir en un jour au grand quartier-général et c’est une corvée qu’il fera d’autant plus volontiers qu’il est amateur de savoir ce que le sort lui a réservé. S’il ne l’a pas traité favorablement, toutes mes mesures sont prises pour le servir dans cette circonstance et la chose m’a été d’autant plus facile qu’il s’est fait estimer par sa bonne conduite et par sa sévère probité ; c’est réellement un honnête garçon que je perdrais avec peine et je fais des vœux sincères pour qu’il n’en soit rien. 

Depuis quatre jours il neige beaucoup dans ce pays, mais le temps est doux et la neige ne tient pas ; cela n’améliore pas les chemins, mais le moment est venu où il en tombera une grande  quantité, alors les communications en traîneau seront faciles et promptes et c’est ainsi que je voudrais voler vers toi. Le général Partouneaux me comble d’amitié et de caresses, nous ne nous quittons plus, sa chambre est la mienne et sa table également, ses blessures le font cruellement souffrir [un coup de feu au genou droit reçu en 1793 à l’attaque de la redoute anglaise sous Toulon], et si cela continue il lui sera impossible de continuer de faire le dur métier de la guerre. 

Bonsoir, chère bonne amie, je te fais mille caresses ainsi qu’à maman et à mes chers enfants. 

 

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( 24 octobre, 2017 )

Le général Almeras…

Louis Almeras, né en 1768 à Vienne en Dauphiné, mort à Bordeaux en 1828, sergent-major, puis sous-lieutenant au 5ème bataillon de l’Isère en 1791, adjudant- major, puis adjudant général chef de bataillon en 1793, aide de camp de Carteaux devant Toulon, adjudant général chef de brigade en 1795, appelé par Bonaparte à l’armée d’Italie en 179Le général Almeras... dans FIGURES D'EMPIRE 06-5134717 et chargé en 1799 du commandement de Damiette, nommé général de brigade par Kléber en 1800, employé durant quelques années à l’île d’Elbe, fut promu général de division le 16 octobre 1812, et lui-même raconte ainsi ce qu’il fait pendant la campagne de Russie : «Il a été grièvement blessé d’un coup de feu à la bataille de Mojaïsk sous les ordres du prince Eugène. Il y fut chargé de reprendre la redoute de droite en avant de laquelle sa brigade se maintint le reste de la journée. Il prit à l’ennemi dix-huit pièces de canon. Par suite de cette affaire, il fut nommé lieutenant général. Sa blessure l’empêchant de monter à cheval, il fut fait prisonnier près de Krasnoïé le 15 novembre 1812. » Almeras ne revint en France qu’au mois d’août 1814. Sous les Cent-Jours il commanda une division d’infanterie à La Rochelle, et le gouvernement provisoire l’envoya le 7 juillet 1815 à Rochefort pour hâter avec Beker l’embarquement de Napoléon.

A. CHUQUET

(« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, p.326).

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( 17 octobre, 2017 )

La GRANDE-ARMEE quitte MOSCOU…

« Le maréchal Mortier, avec huit à dix mille hommes de la jeune Garde Impériale, avait reçu ordre de Napoléon de rester à Moscou pour assurer la retraite de nos convois sur Mojaïsk et couvrir notre marche sur Kalouga ; en même temps il ferait faire sauter le Kremlin et incendier le reste des bâtiments de la ville échappés aux flammes ; Cette triste vengeance, exercée sans but et si peu digne du chef de notre expédition, ne sera-t-elle pas jugée par la postérité plus sévèrement que la conduite de Rostopchine ?

Lorsque nous sortîmes de l’ancienne capitale de la Russie, rien de plus curieux à voir que le cortège extraordinaire que formait l’armée : elle rappelait les scènes des armées grecques et romaines quittent les ruines de Troie et de Carthage. Que de milliers de voitures chargées de vires, de denrées de toute espèce, de fourrage et de riches dépouilles de Moscou, elle traînait à sa suite ! On remarquait parmi ces voitures une foule de carrosses de toute beauté, et dont on s’était emparé par le droit bizarre de la conquête. Que de personnes, mêmes des sous-employés, de faisaient traîner dans des équipages magnifiques ! Toutes ces voitures, marchant sur plusieurs files, qui s’étendaient à plus de quatre ou cinq lieues, faisaient naître l’encombrement et la confusion, Dans ce singulier cortège on remarquait des vivandiers, des domestiques et  d’autres goujats revêtus d’habits de cour et en costume les plus élégants, enlevés à Moscou. C’était une scène réellement comique : un peintre n’aurait pu trouver un sujet plus piquant. »

(Joseph de KERCKHOVE, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Édité par un Demi-Solde, 2011, pp.95-96). L’auteur était à cette époque médecin attaché au quartier-général du 3ème corps (Maréchal Ney).

 

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( 6 octobre, 2017 )

Le GENERAL ROUSSEL d’HURBAL lors de la CAMPAGNE de RUSSIE…

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Ce personnage a commandé pendant la campagne de Russie le brigade composée du 6ème et du 8ème régiment de lanciers polonais et du 2ème hussards prussiens. Il reçut à la bataille de La Moskowa plusieurs contusions, et eut deux chevaux tués sous lui.  Vers huit heures du matin, il chargea les cuirassiers russes avec le 6ème lanciers polonais. Les chevaux se croisèrent. Les lanciers renversèrent des cuirassiers au milieu des rangs, les forèrent à tourner bride, et les poursuivirent jusqu’au milieu de l’infanterie ennemie. Cette charge, l’une des plus brillantes qui aient été faites, mérite d’être citée.  Dans la soirée, Murat ordonna au général Roussel d’Hurbal de charger la ligne russe. Un profond ravin qui la couvrait empêcha cette charge, ainsi que toutes celles qui furent ordonnées vers la fin de la bataille. Le vicomte Roussel d’Hurbal fut nommé général de division à Smorgoni, le 5 décembre 1812, au moment où Napoléon quittait l’armée. 

(« Le Spectateur Militaire. Tome huitième. Du 15 octobre 1829 au 15 avril 1830 »). 

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( 4 octobre, 2017 )

Le Général Dery….

César Dery, né à Saint-Pierre, dans l’île de la Martinique, le 2 février 1768, avait d’abord servi dans la marine comme pilote à bord d’une frégate et comme garde-marine surnuméraire à bord d’une corvette. En 1788 il s’engage au 12ème régiment de chasseurs et il devient successivement brigadier (1791), maréchal des logis et sous-lieutenant (1793), lieutenant (1794). Blessé à Marengo, après avoir été blessé à Saint-Trond et à Fleurus, il est Le Général Dery…. dans FIGURES D'EMPIRE Lutzencapitaine en 1801. Aide de camp de Murat en 1805, chef d’escadron en 1806 et colonel du 5ème régiment de hussards en décembre de la même année, il fait toutes les campagnes de la Grande Armée et reçoit le titre de baron de l’Empire en 1810. Passé au service du roi de Naples en 1809, il rentre au service de France et obtient, le 6 août 1811, le grade de général de brigade. Il était pendant la campagne de Russie aide de camp de Murat, et il se distingua à la Moskova. Ce fut lui qui, après la bataille, alla reconnaître le terrain en avant de Mojaïsk et jusqu’aux portes de la ville, et il revint dire à Murat qui s’avançait avec fougue sans soupçonner d’obstacle, qu’un profond ravin se trouvait entre les Russes et lui. Mais le 18 octobre, à Winkowo, il périt. « Je le vis, dit Combe, atteint mortellement d’une balle dans la poitrine, se pencher sur le cou de son cheval en abandonnant les rênes, son sabre soutenu à son poignet par la dragonne, ses mains cherchant à se cramponner à la crinière. Il resta quelques secondes dans cette position et tomba enfin sur le dos. Des Cosaques eurent la barbarie de percer de coups de lance le corps du général qui se roulait sur le sable dans les dernières convulsions de l’agonie. A cette vue, saisis de rage, nous nous précipitâmes sur le groupe et en tuâmes une dizaine. » Il était mulâtre et il devait sa fortune à Murât dont il aurait été, au 12ème  chasseurs, le camarade de lit; aussi, Lamarque, arrivant à Naples et apprenant qu’Exelmans était le favori de Murat, disait-il plaisamment : « Ah je vois, c’est un Dery blanc. » Mais Labaume, dans son témoignage sur la campagne de Russie, assure qu’en 1812, dans toutes les occasions, Dery avait fait preuve d’un grand courage et d’une haute capacité.

Arthur CHUQUET

(« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.339-340).

 

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( 3 octobre, 2017 )

Le sergent Réguinot.

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« Mes camarades, j’ai pris la plume pour vous écrire ces mots : « Nous avons fait la campagne de Moscou, beaucoup y sont morts, peu en sont revenus, tous s’y sont couverts de gloire ; quant à moi, j’y ai cruellement souffert, mais je me porte bien, et désire ardemment que le présent livre vous trouve de même ». Ainsi commencent les « Mémoires » qu’i la laissées sur la campagne de Russie ; un ouvrage publié en 1831 « Au profit des Polonais » (La Pologne alliée de la France sous l’Empire, venant alors de se soulever contre les Russes). Avec son régiment, le 26ème d’infanterie légère, il passe le Niémen fin juin 1812. « Notre régiment particulièrement, reçut l’ordre de traverser Kowno, et de prendre position de l’autre côté de la Wilia. L’ennemi en battant en retraite, avait brûlé un pont qui devait servir de passage aux troupes. Il nous fut enjoint de le rétablir, et en quelques heures tout était terminé ».

Le témoignage du sergent Réguinot ne laisse aucun répit au lecteur. Avec lui, on suit le soldat dans son ravitaillement, à la préparation d’un bivouac. On est à ses côtés lors d’une halte nocturne dans les bois, ne pouvant aller plus loin sous peine d’être fait prisonnier par les cosaques…Rien n’est jamais acquis d’avance dans cette campagne de Russie qui a fait couler tant d’encre : « …nous trouvâmes pour la première les Russes disposés à se défendre. Les voltigeurs étaient près du château [celui de Jacobowo]. On fit faire à quelques-uns des battues dans le bois pour faire de la soupe ; mais les Russes ne nous laissèrent pas le temps de la manger : une grêle de biscayens et d’obus enlevèrent nos marmites. On nous donna l’ordre de nous former en tirailleurs. Nous exécutâmes ce mouvement avec la rapidité de l’éclair, et nous fîmes bientôt reculer les tirailleurs russes. »

Plus tard, Réguinot doit affronter la neige, à laquelle vient s’ajouter un froid intense, la faim, le typhus, et la mort omniprésente qui peut vous faucher d’un instant à l’autre…Sérieusement blessé par un éclat de mitraille, son témoignage prend alors une intensité supplémentaire. Dans cet « enfer blanc », il souffre comme un damné, en proie à une fièvre très virulente. Le 12 janvier 1813, Réguinot arrive à Dantzig comme par miracle : « On me donna un billet de logement. Les personnes chez lesquelles j’étais, s’empressèrent, à mon arrivée, de me prodiguer tous les soins qu’exigeait ma position. ». Après sa convalescence, mais encore faible, il demande à reprendre du service. Le sergent Réguinot rejoint les rangs du 2ème léger, troisième compagnie. Confiné à l’intérieur de la ville, alors assiégée par les russes, il écrit : « Je regrettais d’autant plus de n’avoir point assez de force pour combattre l’ennemi, et chercher une mort glorieuse, que dans la ville, on courait autant de dangers, en raison du grand nombre de bombes et de boulets qui y tombaient. C’était mourir dans se défendre ».

Fin décembre 1813, intervient la chute de Dantzig, Réguinot y sera retenu prisonnier durant trois mois puis renvoyé en France. Après le débarquement de l’Empereur à Golfe-Juan, il rejoint les rangs du 5ème régiment de voltigeurs de la Jeune Garde.

C.B.

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( 1 octobre, 2017 )

Le général Van Hogendorp.

général Hogendorp

Dirk van Hogendorp est né le 3 octobre 1761 à Heenvliet (Hollande) d’un père député et membre de la régence et d’une mère fille du baron de Haren, c’est-à-dire au sein d’une famille aisée ayant de nombreuses et puissantes relations. C’est d’ailleurs grâce à ces relations que le jeune Dirk est admis au corps des cadets nobles de Berlin, par autorisation spéciale du grand Frédéric (7 juin 1773).

Au bout de trois ans d’enseignement militaire à la prussienne Hogendorp est nommé sous-officier et, en 1777, à l’âge de 16 ans, il termine ses cours avec succès et est nommé porte-enseigne au régiment de Steinwehr. L’année suivante, il fait la campagne contre l’Autriche mais, de marches en contremarches, il ne participe à aucune bataille. Néanmoins, en 1779, il est désigné pour suivre des cours à l’école de guerre de Königsberg d’où il sort avec le grade de lieutenant. Il s’intéresse également à l’art des ingénieurs-géographes, à la topographie et à la philosophie (il suit les cours de Kant). Toutefois, au cours d’un duel avec le baron de Woelwarth, il est blessé d’un coup de pistolet à la cuisse et en profite quitter le service de la Prusse en donnant sa démission pour raison de santé. Il est tout de même nommé capitaine (16 juin 1782).

 En fait, Hogendorp souhaite rejoindre la Hollande qui commence son réarmement après avoir rompu avec l’Angleterre et s’être alliée à la France. Il demande et obtient son basculement dans la Marine et embarque à bord de l’Utrecht au sein de l’escadre de Suffren à destination des Indes (1784). Sur place, Hogendorp se distingue en faisant lever le siège de Malacca et en chassant le rajah Ali. Il se marie avec Mademoiselle Bartlo, fille du vice-président des échevins de Batavia. En juin 1786, il est nommé résident à Patna, au Bengale, et remonte le Gange avec son épouse. Un fils, Charles-Sirandus-Guillaume [1], nait le 15 août 1788.

 Pendant 4 ans, Hogendorp court les mers de l’Inde. Nommé sous-Gouverneur à Sourabaya, sur l’île de Java, il accueille les rescapés de l’expédition de d’Entrecasteaux partis à la recherche de La Pérouse (octobre 1793). Il essaie d’imposer des idées libérales[2] et de lutter contre la corruption qui règne au sein de la Compagnie hollandaise des Indes[3] mais les difficultés rencontrées l’amènent à rentrer en Europe en 1798 en laissant son épouse sur place. Celle-ci mourra à Java en 1801.

 De retour en Hollande, Hogendorp envoie son fils au collège militaire de Sorrèze et se remarie, en septembre 1802, avec une de ses cousines germaines, Augusta, fille du prince Frédéric-Ernest de Hohenlohe-Langenbourg. Nommé ministre auprès de la cour de Russie, Hogendorp et son épouse partent pour Saint-Pétersbourg en avril 1803. Ils arrivent y deux jours avant l’assassinat de l’empereur Paul Ier. Deux enfants du couple naîtront en Russie, dont l’un aura le nouveau Tsar Alexandre pour parrain (les deux mourront toutefois assez jeunes).

A la fin de l’année 1805, Hogendorp rentre en Hollande. Suite aux victoires sur l’Autriche et la Russie (Austerlitz, 1805) puis sur la Prusse (Iéna/Auerstaedt, 1806), Napoléon place son frère Louis sur le trône de Hollande. Le 21 janvier 1807, Louis nomme Hogendorp ministre de la Guerre. Sa première mission est de faire passer l’armée hollandaise de 17.000 à 40.000 hommes. Il y parvient assez rapidement en recrutant des prisonniers de guerre prussiens. Il doit ensuite créer une école militaire, ce dont il s’acquitte. Subissant, comme ses collègues, la versatilité du roi Louis, Hogendorp est nommé ambassadeur de Hollande à Vienne (janvier 1808). Sa femme et ses enfants viennent l’y rejoindre. Lorsque les Français entrent à Vienne, après la bataille de Wagram (juillet 1809), Hogendorp regagne la Hollande et y prend un peu de repos. Il refuse l’ambassade à Berlin que lui propose Louis mais accepte Madrid (17 juin 1810).

Toutefois, le roi Louis refusant d’appliquer rigoureusement le blocus continental imposé par Napoléon, les relations entre les deux frères se sont considérablement dégradées. A tel point que Louis abdique et que le royaume de Hollande est réuni à la France. Hogendorp en est consterné : «  Le vœu naturel de tous les cœurs était la conservation de l’existence nationale, quelque modification que dût recevoir cette existence, qui est réellement pour le peuple ce que la vie est pour l’individu. Quand la nouvelle calamiteuse de l’incorporation vint surprendre et frapper nos oreilles et nos esprits la consternation fut universelle. Je ne crois pas qu’un seul Hollandais, quelle que fût son opinion ou son intérêt, ait senti alors de la joie ». Hogendorp est pourtant désigné par le maréchal Oudinot pour présider la députation chargée d’aller présenter l’hommage de ses nouveaux sujets à l’Empereur.

Au sein de la Commission chargée d’élaborer les mesures de transition, Hogendorp n’hésite pas à exprimer son avis, notamment sur la nécessité d’une unité fiscale entre la Hollande et le reste de l’Empire. Il est donc inquiet lorsque l’Empereur le convoque un matin à Fontainebleau. Napoléon le questionne, découvre qu’il est militaire d’origine, qu’il a longtemps vécu en Asie, que son fils ainé a servi à Friedland et est décoré de la Légion d’honneur et lui demande de s’installer à Paris avec femme et enfants. Dès le lendemain, à sa grande surprise, Hogendorp est incorporé à l’armée française avec le grade de général de division. Le 5 mars 1811, il est nommé aide-de-camp de l’Empereur. A l’occasion du baptême du roi de Rome, Hogendorp est fait comte de l’Empire, avec une dotation en majorat. Puis il reçoit la mission de se rendre à Wesel et d’emmener au maréchal Davout, qui commande l’Armée d’Allemagne, des troupes de conscrits réfractaires et de déserteurs qu’il faut équiper, armer et mettre en route (4 août 1811). La mission se passe bien mais le premier contact entre Davout et Hogendorp est un peu difficile.

En septembre 1811, le général comte van Hogendorp accompagne l’Empereur et l’Impératrice en Hollande. Les relations sont tellement bonnes avec Napoléon que Hogendorp choisit de franciser son prénom en Thierry. Avec la croix d’officier de la Légion d’honneur, l’aide-de-camp est affecté à Königsberg au commandement militaire de la Prusse orientale, aux côtés du duc de Bassano (Maret). Marbot critique d’ailleurs (a-posteriori) cette nomination, Hogendorp « parlant très mal notre langue, n’ayant aucune notion de nos usages et règlements militaires ». Quelques temps après, Davout fait une visite à Königsberg que Hogendorp apprécie assez mal : « D’après sa coutume, il se mêla de tout, voulait tout faire, toujours grondant et fulminant, et indisposa tout le monde, autorités civiles, généraux prussiens et français. Il traita en ma présence le contre-amiral Baste d’une manière indécente, et lui adressa des paroles si injurieuses que je ne pus comprendre comment on osât tenir de pareils discours à un général français, et comment celui-ci put les supporter. Pour moi, je me serais fait à l’instant même justice de ma propre main ; je ne pus m’empêcher de le témoigner au maréchal, qui me regarda fixement. Mais je n’étais pas alors sous ses ordres ».

Le 8 juillet 1812, Hogendorp devient Gouverneur général de la Lituanie, à Wilna (aujourd’hui Vilnius), où il a une très sérieuse altercation avec le général Jomini « qui se croyait un homme fort important pour avoir fait un livre sur la tactique, tandis qu’il n’avait réellement pas assez de connaissances militaires pour commander un bataillon ». Le gouverneur général commence par équiper et armer un corps d’armée lituanien qu’il envoie à la Grande Armée qui marche sur Moscou. Puis, pendant toute la campagne, il forme et équipe des demi-brigades ou des bataillons de blessés convalescents ou de nouvelle recrues qu’il expédie vers l’Empereur ; mais, au moment de la retraite, il se retrouve isolé et sans ordre. Il organise à Wilna la réception des débris de l’armée, mais c’est bientôt le chaos dans la ville. Des hordes de soldats affamés et épuisés pillent tout ce qui est possible et meurent par centaines. Murat, auquel l’Empereur a laissé le commandement, et Berthier s’enfuient. Les Cosaques arrivent. Hogendorp fait route vers Kowno puis Königsberg où il retrouve sa femme malade et sa fille âgée de 6 ans. Il perdra l’une et l’autre peu après.

Par Berlin, Hogendorp regagne Paris où un violent accès de goutte le cloue au lit pendant 3 semaines. Puis il repart pour l’Allemagne et rejoint l’état-major à la veille de la bataille de Bautzen où il assiste à la mort de Duroc. Napoléon le nomme gouverneur de Hambourg sous le commandement du maréchal Davout.

 Il y arrive le 22 mai avec quelque angoisse au regard de ses précédents contacts avec le maréchal : « J’avais une extrême inquiétude en pensant que j’allais être en relation avec le prince d’Eckmühl et sous son commandement ; j’avais appris à connaître son caractère difficile et ombrageux ; et tous les officiers généraux présents au grand quartier impérial, avec lesquels je parlais de ma nomination au gouvernement de Hambourg, m’en faisaient un tableau plus effrayant encore, en me plaignant d’être dans la nécessité de servir sous lui ». Effectivement, la rencontre entre les deux hommes semble assez pénible : « Il me reçut avec une apparente cordialité ; mais je m’aperçus bien que ma venue ne lui était guère agréable. Il avait l’air agité, rêveur, inquiet. Il me parut croire que j’avais été envoyé pour l’observer et fut, par conséquent, réservé et même gêné avec moi. Je compris alors pourquoi l’Empereur m’avait fait son aide-de-camp » raconte dans ses « Mémoires ». Après la défaite de Napoléon à Leipzig, Davout renforce les mesures de sécurité à Hambourg. L’une d’elles, le 18 décembre, prévoit l’expulsion de la ville de toutes les bouches inutiles sous peine de coups de bâton. Ces dispositions apparaissent outrancières à Hogendorp qui préfère démissionner et est remplacé dans ses fonctions le 19 décembre 1813 par M. de Fernig [4].

Le 30 avril 1814, l’Empire étant démembré et la Hollande ayant retrouvé son indépendance, Hogendorp exprime le vœu d’être dégagé de ses serments. Davout ayant fait connaître son intention d’évacuer Hambourg, Hogendorp reçoit le passeport qu’il avait demandé, avec l’ordre de quitter la ville dans les vingt-quatre heures.

Le général comte de Hogendorp rentre donc en Hollande mais il est l’objet, conjointement à Davout, de la haine des royalistes à l’égard des chefs de Hambourg. Le général Tettenborn notamment publie une violente diatribe contre Hogendorp le 2 octobre 1813. Les deux hommes opposent d’abord le silence à ces attaques, mais Davout publie bientôt son «Mémoire au Roi »[5] pour se justifier des accusations lancées contre lui. A la lecture de ce texte, Hogendorp a l’impression que le prince d’Eckmühl se défausse de ses responsabilités sur son ancien gouverneur d’Hambourg. Il est vrai que Davout implique Hogendorp dans l’affaire de la banque, alors que le Hollandais n’est déjà plus gouverneur depuis plus de cinq mois. Hogendorp répond alors à son tour par un Mémoire terrible pour Davout qui est publié à Amsterdam et à La Haye [6].

 Mais dès le retour de l’Aigle, Hogendorp n’hésite pas. Ruiné et sans famille, il rejoint l’Empereur, rompant ainsi définitivement avec la Hollande dont le souverain, le prince d’Orange, appartient à la coalition.

 La chute de l’Empire le laisse seul, démuni. Il se rend à Nantes (mai 1815) et finit par s’embarquer pour le Brésil pour y fonder une colonie agricole (1816). Un de ses anciens compagnons de l’île de Java devenu amiral, Jurien de La Gravière, s’embarque en juin 1820 pour une mission en Amérique du Sud et arrive à Rio-de-Janeiro le 18 août. Il y découvre Hogendorp, vivant en ermite sur un rocher, regardant au large dans la direction de Sainte-Hélène. L’exilé écrit alors ses Mémoires qu’il confie à un voyageur, Jacques Arago, frère du savant. Il y critique férocement Davout, mais exige que ces « Mémoires » ne soient publiés que si Davout peut se défendre. Le prince d’Eckmühl mourant dès 1823, les « Mémoires » d’Hogendorp durent effectivement attendre très longtemps avant d’être publiés par le petit-fils de l’auteur [7].

Le comte van Hogendorp, s’était éteint depuis longtemps ; un an après Napoléon, à peine un an avant Davout : le 29 octobre 1822. On ne sait pas où il a été enterré.

Mais Napoléon ne l’avait pas oublié : dans son testament (codicille en date de 24 avril 1821), il léguait 100.000 francs à son ancien aide-de-camp.

Alexandre TOLOCZIN                                                                                                                                                   


[1] Charles-Sirandus-Guillaume van Hogendorp nait le 15 août 1788 au Bengale. Il entre au service militaire comme cadet dans la Marine. Devenu officier d’ordonnance du roi de Hollande en octobre 1806, il passe lieutenant dans le 2ème cuirassiers deux mois après. Chevalier de la Légion d’honneur, il est nommé capitaine en 1809 et se distingue particulièrement cette même année contre les Anglais en Zélande. En 1812, il effectue la campagne de Russie dans la cavalerie de Gouvion-Saint-Cyr dont il devient aide-de-camp au mois de novembre. Chef d’escadron le 17 juin 1813, il est fait prisonnier de guerre après la capitulation de Dresde (novembre 1813). De retour en France, il y reste jusqu’à la seconde Restauration.

[2] Dirk van Hogendorp était pour une abolition immédiate de la traite et une abolition progressive de l’esclavage, tout au plus jusqu’en 1820. Il voyait déjà le bonheur des fermiers, travaillant leur terre, une fois que le système féodal aurait été aboli. La propriété privée ou un nouveau genre de contrat agraire transformeraient les fermiers, les esclaves et les ouvriers agricoles en de bons travailleurs, de grands producteurs, impatients de cultiver leurs terres fertiles, pour le plus grand bien de la mère-patrie. Les révolutionnaires bataves n’étaient pas aussi optimistes et craignaient que ce genre de réformes aient un effet inverse, sous prétexte que les Javanais étaient aussi paresseux et indolents que les autres peuples non-européens.

[3] A son retour en Hollande, il rédigera un « Exposé de l’état actuel des possessions de la République Batave aux Indes Occidentales ». Bien plus tard il fera paraître : « Du système colonial de la France, sous les rapports de la politique et du commerce… », J.G. Dentu, Imprimeur-Libraire, 1817.

[4] Le biographe de Hogendorp, Pierre Mélon (« Le général Hogendorp », Paris, Calmann-Lévy, 1938), convient pourtant que les mesures prises par Davout étaient justifiées par la situation et que personne ne fut fusillé, fouetté ni bâtonné.

[5] « Mémoire de M. le Maréchal Davout, prince d’Eckmühl, au Roi », A Paris, chez Gabriel Warée, Libraire, 1814.

[6] « Mémoire du général Comte de Hogendorp pour servir à la réfutation des bruits injurieux, et des calomnies, répandues contre lui, dans des gazettes, des journaux, et des pamphlets pendant qu’il était gouverneur de Hambourg, lors du dernier blocus de cette place », A Amsterdam et à La Haye, chez les frères van Cleef, à Paris, chez Fournier frères, à Hambourg, chez J. M. Menck, à Bruxelles, chez P.J. de Mat, 1814.

[7]  Ils ne le seront à La Haye qu’en 1887, chez Martinus Nijhoff. Il semblerait que ce témoignage ait été rédigé directement en français.

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( 19 septembre, 2017 )

Lejeune, témoin et peintre de l’Épopée…(2 et fin)

La Moskowa

« La bataille de la Moskowa ».

La Bataille de la Moskowa est probablement le tableau de bataille le plus accompli de Lejeune, celui où son art atteint sa plénitude, où la représentation exacte de divers épisodes de cette journée célèbre se situe dans un cadre grandiose dont le ciel occupe près de la moitié de la toile, reflétant en une sorte d’abstraction de formes et de couleurs aériennes le drame qui se déroule en cent actes divers, depuis le premier plan jusqu’à l’horizon, sur le champ de bataille.  Les deux parties du tableau, terrestre et aérienne, sont en quelque sorte rattachées l’une à l’autre par le panache léger d’un seul arbre, bouleau élancé, plus haut que nature, et la sombre fumée que dégage l’explosion d’un caisson de munitions qui contenait quelques barils de poix, l’horizon étant masqué par d’épaisses fumées et brumes blanches, jetant un éclairage de soufre sur tout le tableau. Dans la notice sur les tableaux de Lejeune, de 1850, on trouve les passages suivants relatifs à ce tableau :

« Le terrible combat, que l’on peut compter comme le dernier succès des Français en Russie, est peint avec une verve et une exactitude qui ont été aussi vivement appréciées par les hommes de guerre que par les artistes. Il représente une armée française de cent mille hommes à six cents lieues de son pays natal, rencontrant cent quarante mille Russes aux portes de leur ancienne capitale, au milieu d’une plaine sur laquelle se détachent quelques hauteurs, garnies de redoutes et fortifiées avec tout ce que l’art a jamais pu inventer… Le peintre a choisi le fait d’armes le plus extraordinaire que des guerriers puissent voir : celui d’une redoute armée de quarante pièces de canon vaillamment défendue et prise par la cavalerie. L’idée de cette action est due au général Belliard et l’exécution au général de Caulaincourt; elle fut éclatante et décisive comme le coup de foudre à la fin d’un long orage. C’est celle que le tableau représente ».

Ensuite, la notice de 1850 explique que l’action de Ney la position de Napoléon « ne pouvaient trouver place dans le présent tableau, sans que le peintre ne sacrifiât la vérité historique à l’arrangement pittoresque de son oeuvre; il s’y est absolument refusé ». Le tableau, comme beaucoup d’oeuvres de Lejeune, n’est pas signé mais, par contre, il est daté: La Moskowa, le 7 septembre 1812-1822. Il fut exposé au Salon de 1824. Ces deux dernières dates paraissent un motif suffisant pour expliquer l’absence des portraits de Napoléon et du Prince de la Moskowa d’une toile représentant une action où ils s’illustrèrent l’un et l’autre ! Encore que l’apathie relative de l’Empereur pendant toute cette journée surprit son entourage. Voici ce qu’en dit Lejeune: « En attendant le repas frugal qui allait nous réconforter, je résumai ce que j’avais vu dans la journée (7 septembre 1812) et comparant cette bataille à celles de Wagram, d’Essling, d’Eylau, de Friedland, j’étais étonné de n’y avoir pas vu l’Empereur, comme dans les années précédentes, déployer cette activité qui forçait le succès. Aujourd’hui il n’était monté à cheval que pour se rendre sur le champ de bataille ; là il s’était assis au-dessous de sa garde, sur un tertre incliné d’où il pouvait tout voir. Plusieurs boulets passèrent par-dessus sa tête. Au retour de toutes mes courses, je l’y avais trouvé constamment assis, dans la même attitude, suivant de l’oeil, avec sa lunette de poche, tous les mouvements et donnant ses ordres avec un calme imperturbable. Mais nous n’avions pas eu le bonheur de le voir, comme autrefois, aller électriser par sa présence les points où une résistance trop vigoureuse prolongeait le combat et rendait le succès douteux. Chacun de nous s’étonnait de ne pas trouver l’homme actif de Marengo, d’Austerlitz, etc. Nous ignorions que Napoléon fut souffrant et que cet état de malaise le mettait dans l’impossibilité d’agir dans les grandes affaires qui se passaient sous ses yeux, pour l’unique intérêt de sa gloire ».

Pour en revenir au tableau, la scène représente le second assaut contre la grande redoute que livra Caulaincourt (monté sur un cheval blanc), assaut où il trouva la mort à la tête d’une division de cuirassiers. L’infanterie du général Gérard gravit la colline sous la direction du général Grand près duquel on voit le peintre, sur un cheval gris. Les carabiniers, en jaune, suivent les cuirassiers, en bleu, et après eux vient la cavalerie saxonne. L’armée russe s’étend en cercle dans l’éloignement, de droite à gauche, en laissant Moscou sur sa gauche.

Au centre, on voit Murat, Roi de Naples, qui commandait toute la cavalerie. Il est avec le général Belliard et un aide de camp, la tête nue. Quelques instants avant Lejeune raconte : « J’aperçois au loin devant moi, dans la plaine, le Roi Murat caracolant au milieu des tirailleurs à cheval et bien moins entouré de ses troupes, bien moins occupé de sa cavalerie que des cosaques nombreux qui le reconnaissaient à son panache, à sa bravoure et au petit manteau de cosaque en long poil de chèvre qu’il porte comme eux. Ces derniers, heureux comme dans un jour de fête, l’entouraient avec l’espoir de s’en emparer et en criant « Houra ! Houra! Maurat ! » mais aucun n’osait aborder, même à la longueur de sa lance, celui dont le sabre vif comme l’éclair écartait avec adresse le danger et portait la mort au coeur des plus audacieux ». C’est Lejeune qui prévient Murat que la cavalerie soutenue par l’artillerie du général Sorbier va donner. « Le Roi quitta la ligne de tirailleurs pour venir donner ses ordres… les cosa ques prirent son mouvement pour une fuite ou une retraite et ils nous poursuivirent. Mon cheval, moins léger que celui de Murat, qui montait un bel arabe couleur fauve, eut les quatre pieds pris et fut renversé par la prolonge d’une pièce de canon qui accomplissait au galop son quart de conversion. L’animal, quoique blessé par le choc et la chute, se releva furieux, sans me désarçonner, et me ramena près du général Sorbier ».

Un peu plus en avant sur le tableau et un peu vers la droite est le maréchal Berthier, rendant au général russe Sokereff son épée. Derrière celui-ci est le grenadier qui l’avait fait prisonnier, lequel dit à Berthier: « Vous faites bien de lui rendre son épée, mon Général; car c’est un brave à qui j’ai eu bien du mal à l’arracher ». Au pied de l’arbre est le général Pajol, grièvement blessé.

Sur la gauche, un peu en arrière du talus où se trouve Murat, le Prince Eugène de Beauharnais, poursuivi par la cavalerie russe, se jette au milieu d’un carré d’infanterie française et demande vivement: « Où suis-je ? « Le colonel lui répond avec toute la confiance d’un brave: « Au milieu du 84e Régiment, Monseigneur, où Votre Altesse est aussi en sûreté qu’au Louvre ».

A l’extrême gauche, dans le fond, l’artillerie et la cavalerie françaises passent un ruisseau et traversent un profond défilé, mouvement qui contribue à rendre la position des Russes extrêmement précaire. Au premier plan, vers le centre, le Docteur Larrey, chirurgien en chef de l’Armée, panse les blessures du général Morand, dont le frère se meurt à ses côtés. Le comte Lariboisière, premier inspecteur général de l’artillerie, dit un adieu éternel à son fils qui est mortellement blessé ; son frère lui apporte la croix de la Légion d’honneur que Napoléon lui a décerné. Un groupe de cavaliers ramène le corps du général Montbrun.

A l’extrême droite, un soldat chargé de la garde de quelques prisonniers russes pousse du pied, dans un trou d’eau, un obus qui vient de tomber.

Lejeune, peintre et dessinateur…

Lejeune peignit toute sa vie avec passion. En dehors des « grands » tableaux de batailles, il sillonna les Pyrénées et en rapporta maintes charmantes scènes peintes à l’huile ou à l’aquarelle et de nombreux cahiers d’esquisses diverses. Certains dessins furent faits pour être gravés, dont deux tirés en de multiples exemplaires: Napoléon visitant le champ de bataille d’Eylau et  L’entrevue de TilsittCurieux de tous les procédés nouveaux, il introduisit en France la lithographie, récemment inventée par les Frères Sennefelder ; voici comment il raconte cet épisode : « En repassant par Munich, (après Austerlitz) j’eus l’honneur d’aller saluer le Roi de Bavière, qui me combla de gracieusetés, me fit voir sa belle galerie de tableaux et toutes les curiosités réunies dans son palais. Il me dit, en me parlant de ma mère : « Elle te promettait un merle blanc pour le jour où tu serais sage et tu n’en as jamais vu ; je vais t’en montrer deux qui sont vivants dans mes cages ». En effet, ces oiseaux rares s’y trouvaient, au milieu de beaucoup d’autres non moins remarquables. Le roi ne voulut pas me laisser partir de Munich sans me faire conduire chez les frères Sennefelder qui venaient de découvrir les procédés de l’impression lithographique. Leurs résultats me parurent incroyables ; ils désirèrent que j’en fisse un essai. Je m’arrêtai quelques heures de plus pour faire avec leurs crayons un croquis sur une de leurs pierres et je leur remis ce dessin. Au bout d’une heure, ces messieurs me renvoyèrent la pierre avec cent épreuves de mon croquis, ce qui me surprit extrêmement. J’emportai à Paris cet essai, je le montrai à l’Empereur ; il saisit à l’instant tous les avantages que l’on pourrait tirer de cette précieuse découverte et il m’ordonna d’y donner suite. Je trouvai, dans le principe, peu de personnes disposées à me seconder et d’autres soins m’appelèrent bientôt ailleurs. Ce ne fut qu’en 1812 que la lithographie fut établie en France et qu’elle commença à recevoir des perfectionnements admirables, auxquels les premiers inventeurs étaient bien loin de s’attendre. J’ai l’honneur d’en avoir apporté l’idée et le premier essai. L’épouse du ministre du Trésor, Madame la comtesse Mollien, qui a beaucoup de talent, a été l’une des premières à faire connaître par ses jolis dessins, le parti que l’on pourrait tirer de cette invention pour produire de belles choses ».

L’Empereur, connaissant l’habileté de Lejeune, lui demandait parfois de matérialiser sur le papier certaines idées. C’est ainsi qu’à Osterode, à son retour d’une mission qui lui avait été confiée pendant l’hiver 1806-1807 de raccompagner un parlementaire prussien, il rendit compte à Napoléon de l’agression dont lui-même et le général de Kleist avaient été, par erreurs, les victimes, de la part des cosaques. 
« L’Empereur parut prendre plaisir au récit de ces détails mais surtout de celui concernant les cosaques, avec leurs lances qui peuvent atteindre l’ennemi à plus de quatre mètres. Il me demanda mon opinion sur l’avantage qu’il y aurait à introduire cette arme dans notre cavalerie. Sur l’avis favorable que j’émis, il me chargea de dessiner le costume que l’on pourrait donner à ces lanciers. Le maréchal Murat entra pendant cette conversation et l’Empereur lui dit : « Tu vas faire équiper cent hommes suivant le dessin que Lejeune te donnera et tu t’occuperas de les former promptement au maniement de la lance ». Murat adopta la coupe du vêtement que j’indiquai ; il choisit les couleurs et fit de ces cent hommes la garde du grand duché de Berg. L’Empereur fut très satisfait de cet essai et plus tard, il fit des règlements entiers de lanciers dans sa garde et dans l’armée en conservant le costume que j’avais proposé ».

Ailleurs Lejeune écrit: « L’Empereur avait aussi ses délassements, pendant lesquels il n’oubliait pas de témoigner sa gratitude à ceux qui l’avaient si noblement servi dans les rudes campagnes qu’il nous faisait faire. Il n’aurait pu, sans désorganiser l’armée, donner des grades à tous ceux qui avaient mérité de l’avancement ou des récompenses. Beaucoup de ses plus valeureux soldats étaient des hommes illettrés qu’il ne pouvait faire officiers ; et cependant, il tenait à leur créer un rang distingué. Il conçut donc l’idée de faire de ces intrépides compagnons les défenseurs immédiats du drapeau, de l’aigle de leur régiment, en leur donnant un costume et un armement d’honneur appropriés au devoir qu’ils allaient remplir. Ces braves, mis en évidence et bien payés, allaient être un nouveau motif d’émulation pour toute l’armée. « L’Empereur me fit venir, m’expliqua sa pensée et me demanda de lui faire le costume qu’il désirait donner aux garde-aigles ; c’est le nom qu’il destinait aux sous-officiers placés autour de l’officier porte-aigle, pour le défendre. Ils devaient être armés d’un pistolet, d’une épée et de la lance pour armes principales, afin qu’ils ne fussent jamais distraits de leur devoir, pendant le combat, par le soin de charger un fusil. L’or devait être mêlé à leurs épaulettes, à leur ceinturon et aux ornements de leurs coiffures. Je portai ce dessin à l’Empereur et il le joignit aux prescriptions qu’il envoyait à ce sujet. «L’Empereur me demanda ensuite de crayonner, sous ses yeux, la décoration de l’ordre nouveau qu’il voulait instituer. L’Ordre de la Toison d’Or, me dit-il, a été une allégorie de conquérant ; mes aigles ont conquis la Toison d’Or des rois d’Espagne et la Toison d’Or des empereurs d’Allemagne. Je veux créer, pour l’Empire français, un ordre impérial des Trois Toisons d’Or. Ce sera mon aigle aux ailes déployées, tenant, suspendues dans chacune de ses serres, une des toisons antiques qu’elle a enlevées, et elle montrera fièrement, dans son bec, la toison que j’institue. Ensuite, il prit la plume et traça quelques lignes pour marquer les dimensions que je devais donner. Il voulait que la chaîne destinée à suspendre cet ordre autour du cou devint un riche ornement, dont l’allégorie serait toute martiale. La chaîne ancienne est composée de briquets en pierres de silex, jetant du feu en se heurtant ; des éclats de grenades enflammées devaient former la chaîne nouvelle. Je lui remis ces dessins ; il donna ses ordres en conséquence. L’avis en fut annoncé dans le Moniteur mais les suites du traité l’engagèrent à supprimer une distinction qui avait été conçue dans le but d’humilier l’Autriche et l’Espagne vaincues».

Enfin, c’est évidemment Lejeune qui dessina le magnifique uniforme dont furent dotés les aides de camp du Prince Major Général ; il en fait une description détaillée dans ses Mémoires lorsqu’il relate l’entrée des Français à Madrid et c’est dans cette tenue qu’il fit faire son portrait par Guérin. On la retrouve, portée par lui ou par d’autres aides de camp de Berthier, dans plusieurs de ses tableaux.

En terminant ce bref aperçu de quelques aspects des activités artistiques de Lejeune, il n’est pas sans intérêt de constater par les dates de ses principales oeuvres, dont la liste est donnée ci-après, qu’il a présenté ses tableaux au public avec une grande régularité de 1798 à 1845, soit pendant près d’un demi siècle! Si, dès ses premières œuvres, grâce à son maître Valencienne, Lejeune est en pleine possession du paysage du rendu de la végétation en particulier, et ceci est apparent dans la Mort de Marceau, il peut y être perçu une certaine raideur dans le traitement des personnages, une gaucherie dans la composition, qui rappellent par le style – non par la conception, qui lui a toujours été propre et le distingue de tous les autres peintres – les peintres militaires du XVIIIe siècle.

Mais son style s’affirme rapidement au contact des grands peintres de son époque, dont David et d’autres qui étaient ses amis, grâce à son travail et à la réflexion, il maîtrise les techniques, l’aisance se manifeste dans les compositions et l’imagination leur donne l’élan voulu et la couleur tout en respectant la vérité des scènes représentées, nonobstant une légère idéalisation qui en atténue la brutalité.
Au fur et à mesure des années et des productions, cette maîtrise s’affirme, puis insensiblement, avec le changement des sujets traités, glisse vers une certaine facilité, influencée par la mode du jour, qui incitera l’artiste à la poursuite d’effets de composition un peu recherchés qui donneront irrésistiblement à ses dernières oeuvres un air de virtuosité et une certaine légèreté, une sorte d’excès d’aisance qui se manifestent dans les volutes du dessin, le fondu des teintes.

Mais nul ne contestera que sa « chasse » et sa « pêche » empreints de romantisme souriant, ne soient des tableaux à la fois charmants et charmeurs, bien éloignés du fracas des batailles, et qui portent l’empreinte d’un artiste qui, jusque dans sa vieillesse, sut demeurer épris de beauté, jeune de cœur et d’imagination.

Général du TEMPLE de ROUGEMONT.

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( 14 septembre, 2017 )

Le « Palais » de l’Empereur…

N1

Dans tous les endroits, villes, villages où séjournait Napoléon, sa demeure, quelle qu’elle fût, hôtel ou chaumière, prenait aussitôt le nom de « Palais » et c’est ainsi qu’en 1815, à Rochefort, avant l’embarquement de l’Empereur, Gourgaud écrit qu’il couche au palais, c’est-à-dire à la Préfecture maritime. De même en 1812, durant la campagne de Russie, à l’aller et au retour. La maison que l’Empereur occupa pendant la retraite, fût-ce une masure, était le « palais », et les aides-de-camp, les officiers de l’état-major qui se rendaient dans la méchante cabane de paysans où habitait Napoléon, ne pouvaient s’empêcher de rire lorsqu’ils disaient : « Je vais au Palais ». 

Arthur CHUQUET, («Lettres de 1812. 1ère série [Seule parue]», Champion, 1911, p.231.)

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( 3 septembre, 2017 )

Quelques témoignages lus…

A partir de la fin des années 1990, les amateurs de témoignages sur l’Épopée eurent la satisfaction  de voir rééditer de nombreux textes militaires. Nous nous approchions alors, afin de l’atteindre, du bicentenaire des grandes batailles de l’Empire.

La maison Teissèdre, avec d’autres (parmi lesquelles la Librairie des Deux Empires, La Vouivre, la Boutique de l’Histoire et LCV), livrèrent à la curiosité du public, comme on disait si bien autrefois, des témoignages souvent difficilement trouvables en édition originale.

Voici quelques titres lus au hasard, ils ont pour point commun d’avoir été publiés par ce même éditeur.

C.B.

« Les Gardes d’Honneur pendant la campagne de 1813-1814 », Librairie Historique Teissèdre, 2000, 108 p.

La première partie de ce livre est composée par le témoignage du jeune Stanislas Girard (né en 1790), du 2ème régiment des Gardes d’Honneur. Son récit fut publié la  première fois, en volume, en 1920 mais il y avait eu une prépublication fragmentaire dans la « Nouvelle Revue Rétrospective en 1903/1904 (ce que n’indique pas la Bibliographie de J. Tulard).Son témoignage couvre en grande partie la campagne de 1813. Il est présent notamment lors de la bataille de Leipzig. Fin décembre 1813, Girard se dirige vers la France. La campagne de 1814 vient de commencer. Mais il ne prend part à aucun combat. Néanmoins son récit, pour ces deux campagnes, est détaillé et intéressant. La réédition de ce texte est donc une bonne initiative. Le témoignage de Stanislas Girard est suivi par des extraits du « Livre d’ordres du 2ème régiment de Gardes d’honneur », formation à laquelle il appartenait. On y trouve essentiellement des ordres du jour

 

« Murat en 1815. Mémoires et Correspondances », Editions Historiques Teissèdre, 2000, 115 p.

Un volume composé par deux textes. Tout d’abord le témoignage du général d’Ambrosio, publié (anonymement) la première fois en 1899 et suivi par : « Documents sur la dernière expédition et la mort de Murat » dûs à Macéroni qui fut secrétaire du Maréchal et qui parurent à l’origine en 1838. Je dois avouer  que j’ai été un déçu par la lecture de ces textes. Il faut réellement s’intéresser aux dernières semaines du roi de Naples afin d’en saisir l’intérêt et d’oublier le côté « soporifique » qu’ils présentent.

« Les mémoires de Jakob Walter, 1812 », Editions Historiques Teissèdre, 2003, 190 p.

On connaissait parmi les témoignages wurtembergeois, notamment ceux de Faber du Faur, Roos et Suckow; tous portant sur la campagne de Russie. Celui de Jakob Walter était jusqu’à présent inédit en français. L’auteur, fantassin, est affecté à la 25ème division du IIIème corps d’armée (Ney). Son récit est extrêmement détaillé et plonge le lecteur dans un grand réalisme. On regrettera simplement que les nombreuses notes établies par Jean Dif, ne se trouvent pas plus commodément en bas de page.

 

Alexandre de Chéron, « Mémoires inédits sur la campagne de Russie. Présentés par Robert de Vaucorbeil », Editions Historiques Teissèdre, 2001, 81 p.

Ce témoignage comme le laisse entendre le titre n’est pas réellement inédit car il fut publié une première fois dans la « Revue de l’Institut Napoléon », en 1983 (dans son n° 140), du moins jusqu’à la page 51 du livre. Le récit de ce sous-lieutenant au 26ème léger, et qui fut par la suite aide-de-camp du général de la Houssaye peut figurer parmi les bons témoignages sur la campagne de 1812. Alexandre de Chéron sera fait prisonnier début janvier 1813 par les Russes à Königsberg et ne revoit la France qu’en décembre 1814.

Il est regrettable que cette édition ne soit pas assortie d’un appareil critique qui aurait mis en lumière ces mémoires. A noter qu’on trouve à la fin de ce volume quelques pages ayant trait à la campagne de Belgique.

 

 

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