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( 25 février, 2019 )

Depuis le quartier-général de l’Empereur, à Troyes, le 25 février 1814…

G.Peyrusse

Une lettre écrite par Guillaume Peyrusse, Payeur de l’Empereur, à son frère André.

« … Nous avons vu arriver hier au quartier-général de l’Empereur le prince Lichtenstein. Sa Majesté l’a vu, l’a laissé en conférence avec le major général [maréchal Berthier] et est partie pour marcher sur Troyes. On s’attendait que l’ennemi tiendrait devant la ville, qui elle-même est à l’abri d’un coup de main ; mais nous n’avons eu affaire qu’à une arrière-garde qui a tiré quelques coups de fusil et qui a évacué la ville. Le prince Lichtenstein est revenu pendant la nuit. Par une suite de cette mission, le village de Lusigny, à deux lieues d’ici, a été neutralisé, et des conférences se sont établies entre les généraux Flahaut pour la France, Toucas pour l’Autriche, Schouvaloff pour la Russie et……(sic) pour la Prusse. Elles durent encore et nous sommes encore ici. J’ignore ce qu’il ne résultera. Rien ne transpire. A la vérité il fait un froid excessif. Nous avons trouvé ici les proclamations les plus ridicules, la suppression des droits réunis, etc. ; les actions de ces messieurs ont bien démenti leurs paroles emmiellées. A notre approche, les paysans ont ressaisi leurs armes, et ont amené hier à mille à douze cents prisonniers. La veille on en avait fait pas mal et pris, je crois, quelques pièces de canon. Depuis trois jours, leur retraite était commencée. En arrivant ici, ils ne voulaient pas se pourvoir de soieries dont ils sont très amateurs, espérant les avoir meilleur marché à Paris ; en battant en retraite, ils ont jugé convenable de faire leurs emplettes ici. Ils se retirent pour nous attirer, disent-ils. Notre armée est animée d’un bon esprit. Sa Majesté a profité de cette faute et les a successivement rossés. Ils se sont retirés sur Bar-sur-Aube. Notre armée les suit; un certain camarade émigré amnistié a fait le joli cœur de porter la croix de Saint-Louis et de dîner chez les princes, etc. a notre arrivée, son affaire n’a pas été longue. On lui a lavé la tête avec du plomb.

Une certaine merveilleuse, Mme Bourgeois avait reçu l’empereur Alexandre, avait donné une soirée, enfin, après avoir reçu un cadeau de Sa Majesté, elle avait été conduite en pompe à Châtillon. Le pauvre mari a comparu devant Sa Majesté, qui, en plein salon de service, a tourné en ridicule la conduite de sa femme et lui a dit : « Que votre femme vous fasse cocu avec un de mes officiers d’ordonnance, à la bonne heure ! Mais que ces messieurs non contents de tout le mal qu’ils font à la France viennent encore foutre les femmes, c’est un peu fort ! Que votre femme rentre et que ce qu’elle a reçu soit versé à la commission des hospices, ou je vous envoie tous les deux à la Salpêtrière. »- « Oui, Sire » a dit le mari. Tu auras vu par le Moniteur que Reims a eu aussi son paquet. Cette ville ne risque rien de faire du pain d’épices pour payer ce à quoi l’on imposera pour sa complaisance envers des Cosaques qui n’ont d’humain que la figure… »

Guillaume.

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse, écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… », Perrin et Cie, Libraires-Éditeurs, 1894, pp.186-188).

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( 25 février, 2019 )

Tableau récapitulatif des combats du 15 au 18 juin 1815.

Waterloo

15 juin. Des combats sont engagés avec les troupes alliées. Les Français parviennent au soir du 15 juin à encercler Charleroi sans avoir eu trop de difficultés.

16 juin. Bataille des Quatre-Bras. Ney est confronté à l’armée anglo-néerlandaise. Leur position allait être enlevée quand arrivèrent la division Picton et le corps de Brunswick. Les combats continuèrent jusqu’à vingt heures. Chacune des armées avait presque repris au soir  les positions du matin. Bataille de Ligny. L’Empereur est confronté au feld-maréchal Blücher. Les Prussiens engagent toutes leurs forces. Cependant, la victoire sera française. Les Prussiens sont en déroute. Les pertes sont considérables des deux côtés.

17 juin. Grouchy est envoyé à la poursuite des Prussiens vers Gembloux. Napoléon s’avance avec ses troupes au nord des Quatre-Bras vers Bruxelles. Cela va conduire à des engagements à Genappe contre les Anglo-néerlandais. Les Français attaquent et poussent jusqu’à la Belle-Alliance mais les mauvaises conditions climatiques vont perturber le mouvement des troupes. Vers 18 h., Napoléon arrive à la ferme du Caillou pour y passer la nuit.  A la mi-journée, Wellington décide un repli de ses troupes sur Mont-Saint-Jean. Ses troupes prennent position pour l’attaque du lendemain aux fermes d’Hougoumont, de La Haie-Sainte et de la Papelotte.

18 juin. 11h30. Début des hostilités à la ferme d’Hougoumont. 13h30. Attaque de l’infanterie du 1er corps de Drouet d’Erlon. 14 heures. Les Français sont, une première fois, repoussés. 14h30. Attaque de l’infanterie anglaise. 15h00. Échec de l’attaque de la cavalerie française. 15h30. Quatre charges de Ney, sans succès. 16h30. Arrivée des Prussiens. 19h00. Napoléon engage ses dernières ressources : la Vieille Garde, mais au vu de la disproportion des forces, la Garde est repoussée. A Plancenoit, la situation se dégrade pour les Français. 20h15. Attaque générale des Alliés. 20h30. L’armée française est enfoncée et se retire en désordre.

Source: Bulletin de la Société Royale Belge d’Etudes Napoléoniennes, 2005, n°46, pp.48-49. Numéro spéciale 190ème anniversaire de la campagne de Belgique.

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( 24 février, 2019 )

Retour sur la vie et le parcours d’un « Brave »: Jean-Marie Putigny (1774-1849).

Putigny portraitJean-Marie Putigny naît en 1774 au hameau des Bordes à Saillenard, aîné de quatre frères et sœurs, il devient à la mort de sa mère et de son père chef de famille, il n’a qu’à peine 16 ans. L’un de ses oncles, des voisins charitables ainsi que la bonté du marquis de Beaurepaire aideront les cinq enfants, sans aucune instruction ni argent à vivre dans leur chaumière du hameau des Bordes avec quelques arpents de terre à cultiver. En 1792, c’est jour de fête à Beaurepaire et avec six de ses camarades il s’engage pour défendre la patrie en danger auprès d’agents recruteurs venus de Louhans. Le dimanche 20 mai de cette même année, après la messe et les adieux, c’est le départ, à pied bien évidemment. Sur la route qui les conduit jusqu’au 5ème régiment de ligne à Valenciennes, quatre d’entre eux retrousseront chemin. A leur arrivée, sur les trois restants, deux seront jugés trop vieux, quant à Putigny, avec ses quatre pieds onze pouces il est trop petit  « N’ai que 17 ans aux dernières moissons, en grandira bien en servant la patrie ». Cette réponse lui valu le droit de rester. Pendant ses classes, le « Bressan » comme il fut baptisé par son caporal qui trouvait que Saillenard était bien trop compliqué à prononcer, appris le maniement des armes ainsi qu’à lire et à écrire.

Commence alors une carrière longue de 24 années de guerre et 60 batailles auxquels il prit part. A Maastricht, avec 15 de ses camarades il repousse la cavalerie hollandaise et lutte seul contre trois cavaliers qu’il mit en fuite, lors de la prise de Furnes, il franchit sur un madrier les fossés de la ville ou il pénétra un des premiers. Le 16 avril 1794, il est nommé caporal. Entre Ypres et Dixmude, il défend un pont avec une poignée d’homme alors que plusieurs milliers de Hessois arrivent. Une première blessure en Vendée contre les chouans qu’il qualifie de guerre répugnante car il doit se battre contre des français failli le priver de l’une de ses jambes, elle lui en coûta quand même cinq mois d’hôpital. En 1797 il participe à la bataille de Rivoli sous les ordres de Bonaparte et des généraux Masséna et Joubert ou il reçoit une balle dans sa giberne et une autre dans son chapeau, mais il est à nouveau blessé à la cuisse, ce qui ne l’empêchera pas de continuer la guerre. Le 15 août 1799, il est nommé sergent après sept années de service.

Un bref passage de quatre jours par Saillenard, après huit années d’absence ou il retrouve ses amis, sa  famille venu l’écouter raconter ses compagnes chez Louis l’aubergiste avant de pouvoir rejoindre son hameau des Bordes.

1804, marque son  retour à Paris où il est choisi comme porte-drapeau pour assister au couronnement de l’Empereur à Notre Dame et à la distribution des aigles au Champ de Mars.

Le 2 décembre 1805, à Austerlitz, Putigny sauve son drapeau en plongeant, sous les balles dans un étang glacé. Après la victoire, une voix l’appelle et lui demande d’approcher, il reconnaît la voix de Napoléon « tu vas à la pêche avec ton drapeau, allons, rassure-toi, il est encore plus beau qu’avant, tu es un brave, je te donne l’étoile de ma légion d’Honneur ». Le 3 avril 1806, il est nommé sous-lieutenant au choix des officiers du corps. Dans le village de Spielberg, il fait 20 prisonniers après avoir tranché d’un coup de sabre le bras d’un prussien qui le menaçait d’un pistolet. A Eylau, une balle brise sa pipe dans sa poche, un deuxième boulet le blesse au mollet. Devant Ratisbonne, en 1809, il est le premier officier français à escalader les remparts suivi de ses hommes. Napoléon, passant ses soldats en revue le nomme lieutenant, Baron d’Empire sur le front des troupes qui l’acclament et lui accorde une dotation de 4000 francs de revenus. Il est nommé capitaine des grenadiers en 1812, participe à la campagne de Russie. A Bromberg, sur les 138 hommes que compte sa compagnie, il n’en revient que quatre.

C’est de nouveau le retour vers Saillenard, 10 jours de permissions cette fois après 21 ans de guerre. C’est ainsi que le premier juin 1813, raconte Putigny, « vers deux heures de l’après-midi, j’y entrai au grand trop après 13 ans d’absence. J’y revoyais les lieux de mon enfance, les champs que je labourais avec mon père et la pauvre chaumière ou j’étais né presque 39 ans plus tôt, dans le hameau des Bordes. Je retrouvais mon frère Claude, estropié, et ma petite sœur Jeannette, vieillie et malade. Je payais les deux mille francs de dettes à mon frère et achetais une vache laitière à ma belle-sœur et envoyais quatre cents francs pour l’aider à monter son ménage… Les messieurs de Beaurepaire m’invitèrent à dîner le 3 juin au château. Autrefois, j’y étais venu, mais dans la cour, en sabots aux pieds nus et aussi pour prendre la garde au grand mur au début de la Révolution. Jamais à ce moment, je n’aurais pu penser que j’y retournerai un jour en bel uniforme, dans le grand salon, accueilli en héros par ces messieurs…Le dimanche après la messe, Claude Allarme donna en mon honneur un grand banquet servi sur deux longues tables à l’ombre des tilleuls…Dans leur discours le curé et le maire Allarme après des louanges bien exagérées à mon égard me dirent que le plus cher désir des habitants de Saillenard était que je revienne bientôt m’installer au pays… On se serait cru à la fête de Saillenard et j’avais l’impression d’être devenu le héros du pays… Après qu’une petite fille m’offrant un gros bouquet m’ai dit un compliment, Guénot joua de la vielle, Coulon prit son violon et la jolie Marcelle Petitjean vint me faire danser. La joyeuse assemblée se sépara enfin et l’on me fit cortège jusqu’à la maison… »

 Puis Jean-Marie Putigny repart au combat, à Mayence, Luxembourg, Fleurus et St Amand ou il est à nouveau grièvement blessé. Refusant de se faire panser le bras droit en écharpe, il continu de se battre. Le lendemain l’Empereur s’adresse à lui « voici un bras de moins à mon service. Mais cela ne t’empêche pas de te servir de l’autre. Je te nomme chef de bataillon et officier de la légion d’honneur ».

 Le lendemain ce sera Waterloo puis l’abdication. Il connaîtra le licenciement à Murcheau. Démobilisé, Putigny se retire d’abord à Mâcon ou il vit d’une maigre retraite et se trouve souvent confronté aux représentants du gouvernement de Louis XVIII a cause de ses bagarres, de ses duels, que l’on n’ébruite pas compte tenu de son glorieux passé militaire. Le 21 novembre 1821, il épouse Adélaïde Bidat âgée de 27 ans, fille du capitaine Bidat résista face aux Autrichiens, à Tournus; cet acte de bravoure valut  la Légion d’honneur à cette ville. en 1814. Après avoir habité Cuisery, le couple s’installera définitivement dans leur propriété de Tournus appelée « le Clos Putigny ».

 Avant de mourir le 5 mai 1849, jour-anniversaire de la mort de l’Empereur, Jean-Marie Putigny a retracé dans six gros cahiers ses 24 années qui l’avaient éloigné de son cher village natal et conduit  un peu partout à travers le monde.

Aujourd’hui, le souvenir du capitaine Putigny et baron d’Empire est toujours bien présent, au Clos Putigny à Tournus où il finit ses jours, mais aussi bien sûr à Saillenard où il est né et a grandi, en toute simplicité, dans son hameau des Bordes.

Du témoignage qu’il a rédigé, un livre est sorti la première fois en 1950 chez Gallimard, sous les auspices de Bob Putigny ; ce livre a été réédité en 1980 aux Editions Copernic. Une publication intégrale de tout ce qu’a laissé le brave Putigny serait vivement souhaitable !  Bob Putigny  a peut-être arrangé le texte original du récit rédigé par son ancêtre; en tout cas d’importantes coupures ont eu lieu: Putigny, comme dit plus haut, a laissé six gros cahiers  et  le lecteur, depuis 1950, doit se contenter d’un simple  petit volume édité !

Capitaine P. MATZYNSKI

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Chronologie sommaire.

9 juin 1774 : Jean-Marie Putigny naît à Saillenard.
Mai 1792 : après s’être engagé au régiment de Navarre-infanterie, connaît son premier combat près de Moeulde. Son descendant, Bob Putigny, dans le « Dictionnaire Napoléon » (Fayard, 1987), commet l’erreur de nous parler de l’année 1791, date à laquelle la France n’était point en guerre), puis se distingue lors de la prise de Remegy.
1793 : lors du siège de Maastricht, repousse avec quinze compagnons d’armes une sortie de la cavalerie hollandaise ; au bois de Vicogne, contribue au sein d’une unité de tirailleurs à attirer une colonne ennemie sur des batteries françaises dissimulées, poussant cette dernière à la retraite.
1794 : quelques temps après avoir été nommé caporal, entre parmi les premiers dans Furnes.
1795 : combat les chouans de Basse-Normandie ; il sera blessé lors de cette campagne.
8 août 1799 : est nommé sergent.
3 juillet 1801 : est nommé sergent-major.
8 février 1807 : reçoit cinq blessures à Eylau (on raconte qu’une balle brisa la pipe qu’il avait dans une poche de son carrick, et ainsi se détourna de la poitrine).
1809 : après l’assaut de Rastibonne (23 avril), reçoit le grade de lieutenant et le titre de baron d’Empire, avec une dotation de quatre mille francs.
22 juin 1811 : est nommé capitaine.
1814 : est décoré de l’ordre du lys.
16 juin 1815 : après sa blessure, est proposé pour la croix d’officier de la Légion d’Honneur (il ne l’obtint que le 23 novembre 1831).
5 mai 1849 : meurt à Tournus, le jour-anniversaire de la disparition de l’Empereur.

 

 

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( 19 février, 2019 )

La bataille de Montereau…

Guillaume Peyrusse

Extrait d’une lettre de G. Peyrusse à son frère.

Au château de Surville, près Montereau, le 19 février 1814.

Avant que Sa Majesté n’eut rejoint les corps laissés sur la Seine, nous étions mal de ce côté-là. Sa Majesté est arrivée le 16 au soir à Guignes ; le 17, une tête de colonne Russe et Prussienne a été taillée en pièce ; nous avons fait trois mille cinq cents prisonniers, pris des caissons et des canons. Le 18, on a poursuivi l’ennemi l’épée dans les reins sur les rotes de Bray et de Montereau ; on est entré pêle-mêle avec l’ennemi à Montereau, le 10ème hussards en a fait un horrible carnage. La ville est jonchée de morts et de fusillés. Nous avons dans le château deux mille cinq cent prisonniers Bavarois et Wurtembergeois forts désappointés : ils ne reviennent pas de leur étonnement de voir notre armée. Ils étaient naguères plein d’orgueil et de projets les plus insensés. Ils ne rêvaient que [de] Paris. Je crois que tout danger a cessé pour la capitale. Les manœuvres et l’activité ardente de S.M. ont tout déjoué.

Je crois que nous allons dans la journée balayer Sens et tout le côté de Fontainebleau. Sa Majesté paraît fort contente. Les soldats chantent…

Guillaume

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse, écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… », Perrin et Cie, Libraires-Éditeurs, 1894, pp.184-185).

 

 

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( 18 février, 2019 )

Une lettre du général Charpentier à sa femme, durant la campagne de Russie.

Depuis ma dernière lettre je n’ai reçu encore aucune lettre de France. Je ne peux pas songer à ce service des postes sans me mettre en colère, je profite pour t’écrire de tous les courriers extraordinaires de tous les officiers en mission, cela ne me réussit pas mieux. Cependant ma  dernière lettre et celle-ci vont sous la protection d’un M. Anglès, inspecteur des postes, qui m’assure qu’elle te parviendra. L’hiver a commencé, nous sommes dans la neige, les nuits sont déjà bien longues et bien fraîches. Si je pouvais de temps en temps lire de tes lettres, cela me réchaufferait, mais pas un mot, pas une lettre, et depuis quatre mois et huit jours pas un signe de vie. Il faut convenir que cela est bien dur. Je te chante toujours la même  antienne parce qu’elle m’occupe beaucoup, on parle que nous allons bientôt prendre des quartiers d’hiver, peut-être l’ordre dans les postes pourra se rétablir et obtiendrons-nous que les paquets amoncelés à Gumbinnen verront enfin le jour. C’est un pays bien vivant que Smolensk et si j’avais une bonne table et ma cave d’Oigny [propriété du général Charpentier, dans l’Aisne] j’aurais de belles occasions de m’en faire honneur, mais je n’en fais rien. Je vis comme un grisgoux [grigou] tout seul. Je fais l’ours et le ferai tant que je n’aurai pas de tes nouvelles. Mets bien sur toutes mes lettres: « Gouverneur général à Smolensk ».

Adieu, embrasse bien pour moi nos petits enfants.

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Le général Comte Charpentier (1769-1831) est général de division, d’abord chef d’état-major du 4ème corps, puis gouverneur de Witebsk, puis de Smolensk en 1812. Son épouse était la fille du général Aubert du Bayet. Lettre extraite du recueil de correspondances interceptées par les Russes durant la campagne de 1812. Publié sous les auspices de La Sabretache en 1913.

Une lettre du général Charpentier à sa femme, durant la campagne de Russie. dans TEMOIGNAGES retraitederussie

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( 17 février, 2019 )

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie…

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie... dans TEMOIGNAGES campagnerussie1Il y eut certainement, quoiqu’en dise Gourgaud, des actes d’anthropophagie pendant la retraite de Russie. Un sous-officier portugais assure au sergent Bourgogne que les prisonniers russes, n’ayant rien pour se nourrir, ont mangé quelques-uns de leurs morts. Ségur raconte que des soldats français, affamés, attiraient à eux les corps de leurs camarades grillés par les flammes et osaient porter à leur bouche cette révoltante nourriture. De même, Labaume : « Beaucoup, dit-il, étaient réduits à un état de stupidité frénétique qui leur faisait rôtir des cadavres pour les dévorer… » [On se méfiera de ce dernier témoignage, écrit sous la Restauration et qui avait intérêt à plaire au pouvoir royal…]Koutouzov n’écrit-il pas que plusieurs individus de l’armée française se sont portés à des actes de cannibales ? Il y eut même des actes d’autophagie. On vit, rapporte Vionnet de Maringonné, des « hébétés », des forcenés dont la faim avait altéré la raison, déchirer leurs propres membres, sucer leur propre sang, et Labaume affirme qu’on les voyait se ronger les mains et les bras.  

Arthur CHUQUET. 

Article publié dans le 2ème  volume de la série d’Arthur Chuquet et  intitulée : « 1812, la guerre de Russie », Fontemoing, 1912 (3 volumes). 

 

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( 17 février, 2019 )

Le Général Claparède, un « mauvais camarade » ?

claparde2.jpgDurant la guerre de Russie, le général Claparède commande la division polonaise. Mais cette division, n’appartenait pas au 5ème corps d’armée ou  corps polonais ; elle était portée à la suite de la Garde Impériale. Elle se composait des régiments de la Vistule. « Je donne, écrivait Napoléon le 8 mars 1812 au duc de Feltre, le commandement de la division polonaise composée des régiments de la Vistule au général Claparède », et le même jour Berthier écrivait au Ministre que les quatre régiments de la Vistule formeraient une division à la suite de la Garde Impériale. Brandt vit Claparède au dépôt de Sedan pour la première fois, le 5 avril. « Il était, écrit-il, imposant ; il avait tout à fait la marque d’un général français ; résolu, rude, brusque, et la campagne de 1809 lui valait bon renom. » Mais l’adjudant-major Rechowicz disait à Brandt : « Cet homme-là me paraît être un mauvais camarade ; nous le trouverons toujours en quête de sa proie ; quaerens quem devoret » et quelques mois plus tard, au sortir de Vilna, Brandt accuse Claparède de brutalité : «Nous avions appris à Paris par des officiers qui avaient servi sous Claparède en Allemagne et en Espagne que c’était un homme sans cœur, et nous avions sujet tous les jours de nous en convaincre. Dans nos conversations sa conduite était l’objet du blâme le plus amer. On lui reprochait d’être fier et hautain, de se tenir éloigné des officiers. Quelques-uns prétendaient même, et à tort, qu’il voulait ruiner les troupes polonaises pour en être débarrassé. On rappelait toutes les marches que nous avions faites depuis Vilna, ces nombreuses marches de nuit, ces bivouacs mal choisis » Le payeur Duverger rend le même témoignage ; il assure que  Claparède eut, pendant la retraite, « toute l’urbanité d’un cosaque » et qu’il fut au-dessous de lui-même, qu’il avait, comme tant d’autres, cédé à l’influence de la mauvaise fortune, qu’il n’était plus ce guerrier qui, dans la guerre d’Allemagne, avait mérité les éloges de Napoléon. Quoiqu’il en soit, la division Claparède se signala pendant la campagne, et durant la retraite, elle ne vit guère son général qui fut blessé. Le 28 novembre 1812, à la bataille de  la Bérézina. Aussi, le 12 décembre, à Kowno, Claparède se faisait-il donner par Berthier un congé de convalescence de trois mois « pour se rendre en France et s’y guérir de sa blessure. »  Près de trois mois après, il mande qu’il désire « entrer en campagne » et donner à l’Empereur des preuves nouvelles de son dévouement, mais qu’il est toujours souffrant et hors d’état de mettre ses bottes et de monter à cheval. Le 10 juin 1814, Ney écrivit en sa faveur cette lettre élogieuse au ministre de  la Guerre Dupont :  « M. le lieutenant général Claparède me demande une lettre de recommandation pour vous, et je la lui donne avec d’autant plus de plaisir que cet officier général qui a servi sous mes ordres avec une grande distinction pendant la campagne de 1812, et notamment à la bataille de la Bérézina, est tout à fait digne de votre bienveillance.

Je prie Votre Excellence de vouloir l’accueillir favorablement. » 

Arthur CHUQUET 

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( 16 février, 2019 )

Les maux de la Grande-Armée en 1812…

1812°

Les extraits qui suivent sont tirés de l’ouvrage du chirurgien-major MAURICHEAU-BEAUPRE qui participa à la campagne de Russie. Depuis octobre 1811, il était attaché au régiment d’Illyrie.  Fait prisonnier le 18 novembre 1812, il ne retrouve la France qu’en 1816. L’année suivante, MAURICHEAU-BEAUPRE rédigea et soutint , sa thèse de médecine intitulée : « Des effets et des propriétés du froid. Avec un aperçu sur la campagne de Russie » (Montpellier, chez Jean Martel aîné, 1817) . Son texte ressemble au témoignage d’un autre médecin : celui de Joseph de Kerckhove. Les degrés indiqués sont issus de l’échelle de Réaumur. J’ai attribué un titre à chaque passage reproduit.

Météorologie russe…

« Année commune, l’hiver s’annonce dans cette partie de la Russie en septembre, et la neige commence à tomber en octobre. Le retour de cette saison se montra, au grand étonnement des Russes , plus tardif que de coutume. Le soleil était vers le milieu du jour, quoique moins chaud, aussi radieux que dans le midi de la France; mais aussitôt qu’il avait quitté l’horizon, il faisait très-froid ; l’atmosphère piquante avertissait de la nécessité d’allumer de bons feux dans les bivouacs ,et les épaisses gelées blanches qui le matin couvraient le sol , étaient un signe précurseur des frimas sur lesquels les Russes fondaient l’espoir de notre ruine et de leur délivrance. Une retraite en ordre, faite dès la fin de septembre ou le commencement d’octobre, eût conservé la vie à des milliers d’individus » (MAURICHEAU-BEAUPRE, p.120)

Le chaos au quotidien…

« L’automne s’était maintenu beau; les beaux jours semblaient ne se prolonger et ne retarder l’époque des frimas, que pour mieux aveugler le chef de l’armée. Le froid se fit vraiment sentir du 20 au 25 octobre, et la rigueur de l‘hiver commença à peser sur l’armée à sa sortie (le Moscou. A quelques journées de cette ville, les privations devinrent plus sensibles, par la rareté des vivres , par la consommation avancée de la petite quantité dont chacun avait pu se pourvoir, par la diminution et l’abandon des transports , dont les chevaux mouraient d’épuisement sur la route. De malheureux soldats, aussi épuisés que ces animaux, subissaient le même sort. Le froid sévissait toujours plus; la gelée était si forte, qu’elle rendait , pendant la nuit et vers le matin , la marche des troupes lente et pénible. Les besoins les plus pressants se firent davantage sentir de jour en jour; les corps d’armée étaient constamment inquiétés, poursuivis , harcelés ; il n’était guère possible de s’éloigner individuellement de la route sans danger; les vivres finirent par manquer totalement, ce qui accrut les souffrances. On vit dès-lors , par un sentiment qui semble justifier l’égoïsme qui régnait dans cette circonstance , chacun penser à sa propre conservation et cacher soigneusement le peu de provisions qui lui restaient, mais qui se réduisaient à si peu de chose qu’elles furent bientôt consommées. Un besoin impérieux força dès-lors les soldats à se sustenter avec la chair de cheval. La nécessité devint générale. C’est vraiment là que le malheur et les premiers besoins établissaient une triste et parfaite égalité parmi les hommes. Les routes, les champs, les ravins étaient jonchés de cadavres de chevaux. Soldats, officiers, médecins , commissaires, administrateurs, employés , tous se jetaient dessus. J’ai vu des hommes, pressés par la faim, manger cette chair crue, mais on la faisait ordinairement rôtir au feu du bivouac, qui ne la rendait que plus dure et plus sèche. Les soldats n’avaient plus aucune boisson fortifiante; le café soutenait un peu les officiers. Il fallait déjà rompre la glace des ruisseaux pour avoir de l’eau, afin de faire cuire la viande de cheval, les rebuts des végétaux , enfin , tous les bons et mauvais aliments que procuraient les perquisitions des plus hardis et rusés maraudeurs. Aux fatigues extrêmes et à la disette qui faisait dépérir les hommes, se joignirent d’autres circonstances qui rendaient la position de l’armée encore plus affreuse et plus critique. Elle traversait un pays dévasté par le passage de deux armées, devenu désert par la fuite des seigneurs et de la plupart de leurs vassaux, par l’effet de la terreur que répandaient au loin les foudres exterminateurs de la guerre, et par l’horrible incendie des villes, des villages et des bourgs. Les troupes détruisaient elles-mêmes ce qui restait, et enlevaient ainsi des ressources à ceux qui venaient par derrière, aux malades qui manquaient d’asiles , et devaient rester exposés aux injures de l’air, souvent sans de la paille sur laquelle ils pussent au moins goûter, pendant quelques heures, les douceurs du sommeil. Un convoi de malades fut for cément abandonné dans la forêt de Wiasma; ces infortunés périrent tous de froid ou de faim. Les hommes qui se trouvaient encore davantage affaiblis par des indispositions ou des maladies, marchant lentement, restant en arrière, tombèrent au pouvoir de l’ennemi ou furent les premières victimes du froid. Il ne se passait pas de jour qu’il ne s’engageât quelque affaire : malheur aux blessés qui ne pouvaient se relever et s’acheminer !

L’armée s’avançait vers Smolensk, où, disait-on, on allait s’arrêter , établir des quartiers d’hiver, et où l’on devait surtout trouver d’abondantes provisions. Tous ces bruits flatteurs et illusoires furent répandus à dessein pour sou tenir l’esprit et le courage des soldats; mais les gens sensés savaient à quoi s’en tenir, et on n’avait point oublié l’état de ruine et de dévastation dans lequel on avait laissé cette dernière ville et ses environs. La discipline s’était relâchée; la licence était un triste effet du manque de vivres. Un grand nombre de soldats s’écartaient imprudemment de la route, erraient çà et là dans les campagnes, et périssaient de froid ou de faim , par le fer des cosaques ou la vengeance des paysans aigris. L’armée était obligée de camper sur le sol glacé, sans avoir parfois du bois pour allumer des feux. Il n’est rien que les soldats, dont les vêtements étaient usés, décousus , déchirés ou tombaient en lambeaux , n’imaginassent pour se garantir du froid. On les voyait dans un accoutrement aussi pitoyable que bizarre, affublés de pelisses, d’habillements de femmes, de bonnets à poil, de mauvaises couvertures, de sacs de toile, de haillons , de nattes et de peaux d’animaux récemment écorchés. Ils s’étaient aperçus que pour s’emparer facilement des habillements des hommes qui périssaient de froid, il ne fallait pas attendre qu’un trop haut degré de congélation roidit leurs membres; aussi , plus d’un malheureux fut souvent dépouillé avant d’avoir rendu le dernier soupir. Les officiers supérieurs, partageant cet état de misère, avaient un sort commun avec le soldat. Plusieurs privés de leurs chevaux , de leurs domestiques , obligés d’aller à pied , supportaient difficilement les fatigues de la marche. Il en était de même de tous les cavaliers démontés. Il y avait sous les armes un grand nombre de soldats souffrants et malades, qu’un courage intrépide et le sentiment d’honneur retenaient dans les rangs. Il n’était pas difficile de s’apercevoir que les privations de toute espèce avaient, altéré les forces de tous les individus : la peau était sèche, aride, décolorée , sale , terreuse et comme contractée ; les ligures hâves et tirées ; ajoutez à cela une longue barbe qui donnait aux physionomies quelque chose de sinistre , et un défaut absolu de propreté du corps. L’affreuse boulimie fit beaucoup de victimes. » (MAURICHEAU-BEAUPRE, pp.123-128)

Vers la Bérézina, puis en route vers Wilna

« Vers le 19, 20 et 21 novembre, la température se radoucit un peu. Après avoir traversé le Dnieper, on trouva à se procurer, par les juifs polonais, un peu de pain et quelques boissons =, faibles ressources pour un aussi grand nombre d’individus affamés. Quelques distributions de vivres furent faites à Orcha. La viande de cheval était toujours une ressource ; elle ne manquait pas, tant il périssait de ces animaux. On raffinait encore sur le goût, car le cerveau , la langue et le foie étaient les premières parties enlevées , comme les plus tendres et les plus délicates. Les chemins devinrent fangeux et glissants ; les pertes en hommes continuèrent ; et le froid humide très-vif porta le dernier coup à la santé délabrée d’un grand nombre d’officiers et de soldats. Le froid sec recommença à se faire sentir avec force, lorsqu’on arriva sur les bords de la Bérézina.

Le malheur unit ordinairement les hommes ; légalité d’une triste condition , le sentiment des mêmes peines et des mêmes souffrances , les porte à se consoler mutuellement et à s’entraider même dans les plus petites choses. Mais quel étrange effet du mécontentement général, de la sensation continuelle du froid , des besoins physiques non satisfaits , des craintes et de l’inquiétude bien fondée de chacun sur son propre sort, des affections morales particulières à chaque individu, et de l’idée affreuse d’être exposé à périr de froid ou de faim ! Il semblait dans notre retraite, que le malheur eut aigri les caractères et endurci les cœurs. On était insensible , égoïste , avare , et les remarques faites par M. Labaume sont très-vraies.

L’historien philosophe , dont la plume véridique transmettra à la postérité le récit fidèle et circonstancié de cette campagne , devra représenter la marche triste et silencieuse des débris d’une armée jadis florissante ; cette foule de soldats de toutes les nations , obligés de marcher, presque sans chaussure, dans la neige ou dans des bourbiers glacés , se pressant en masse, au milieu des cris , de la confusion et du tumulte , pour passer la Bérézina ; ce grand nombre de blessés abandonnés sur ses rives dans le plus grand accablement physique et moral , exposés la nuit et le jour à la rigueur du froid si funeste aux plaies , et sur lesquels la mort promena impitoyablement sa faulx.

Les mêmes causes de misère et de destruction pesèrent sur les restes de l’armée dans sa marche de la Bérézina sur Wilna. Malgré le fait que l’on trouvât par ci et par-là quelques subsistances , l’excès du froid et le degré de faiblesse qui existait chez le plus grand nombre d’individus , ne leur permettaient pas de se remettre. Les affections maladives dont ils étaient atteints 9 abandonnées à elles-mêmes , contrariées et aggravées , les exposaient à périr d’un moment à l’autre. Sentant leurs forces s’évanouir, ils se laissaient souvent aller à un repos qui leur paraissait agréable; il y en avait qui se souciaient peu de mourir. Quantité d’individus eurent les pieds, les mains et les oreilles gelés; trop heureux encore , s’ils avaient eu le bonheur d’échapper au danger par le sacrifice de quelque partie de leur corps. Des hommes restaient quelque fois mortellement saisis par le froid, lorsqu’ils étaient obligés de s’arrêter pour satisfaire de pressants besoins. L’arrivée de ce moment , que l’on redoutait, était en effet fort embarrassante, tant à raison du danger de s’exposer à l’air qu’à cause de l’engourdissement des doigts , qui ôtait la force de rajuster les vêtements. » (MAURICHEAU-BEAUPRE, pp.134-137)

Wilna…

« Wilna, déjà épuisé par le passage continuel des troupes, ne fournit que peu de ressources à l’armée. Le froid était alors très-rigoureux ; car, dans le commencement de décembre, il alla de 18 à 23 °.  Ce ne pouvait être qu’un spectacle affligeant, de voir réunis, dans une ville en proie au désordre et à l’alarme, une immense quantité d’hommes faibles et abattus , de malades et de blessés moribonds, étendus dans les rues, sur les places , sans feu et sans nourriture. Nombre de ces malheureux furent victimes de la barbarie des Juifs, peuple nulle part aussi ignoble qu’en Pologne, qui les dépouillaient et les abandonnaient dans cet état , après leur avoir versé de l’eau froide sur le corps , sous prétexte de les dégeler. Les hôpitaux et les maisons particulières étaient remplis par i 5 à 18 000 malades, à la majeure partie desquels on ne pouvait administrer les secours convenables et pressants dont ils avaient besoin. Les asiles de l’humanité étaient devenus, pour ainsi dire, ceux delà mort. L’encombrement augmentait encore les difficultés administratives et sanitaires, ainsi que la gravité des maladies. Les hommes malades arrivaient en foule dans les locaux destinés à les recevoir; transis de froid, gelés, morfondus, et dans l’impossibilité où ils étaient de pouvoir se déshabiller, ils s’étendaient sur des lits sans couvertures, sur de la paille, sur le carreau, plus morts que vifs, et ils expiraient dans cet état. M. Bertrand, médecin de l’armée, qui resta , par ordre, à Wilna pour donner ses soins aux malades, a observé l’épidémie de typhus catarrhal qui a régné en Lituanie pendant l’hiver de 1812 . Il a noté que toutes les causes qui ont agi défavorablement sur l’armée , avaient également disposé à la même maladie les malheureux habitants des villes et des campagnes, obligés de quitter leurs demeures ; que , dès le mois de novembre , le froid excessif avait engourdi la tonicité cutanée, mais que celle du tissu des membranes muqueuses avait reçu un degré d’accroissement considérable et caractéristique des affections phlegmasiques de ce système. C’est ce même typhus dont ont continué à être atteints les officiers et les soldats, et qui a considérablement accru le nombre des malades dans les hôpitaux de Wilna, Königsberg , Varsovie, Thorn , Posen , Dresde, etc. Il fut déjà reconnaissable sur les troupes, peu de jours après leur sortie de Moscou, et il ne fit que s’étendre de plus en plus, à proportion de la multiplicité et de l’intensité des causes qui y ont donné lieu. Il a aussi régné sur les prisonniers de guerre français et russes. » (MAURICHEAU-BEAUPRE, pp.137-139)

Réflexions et constatations médicales…

« Après le récit de cette campagne, je demande quelle armée aussi considérable s’est trouvée dans une position plus critique, et a vu pleuvoir à la fois sur elle un plus grand déluge de désastres et de calamités ? Quels hommes ont eu à résister à plus de causes débilitantes réunies ? Des hommes obligés de supporter , au milieu d’un vaste désert couvert de neige , les fatigues de la guerre , les horreurs de la faim , les traits mortels du froid , la pénurie et la misère la plus complète , ne pouvaient se montrer ni plus braves , ni plus courageux ; ils écoutèrent encore la voix de l’honneur, malgré tant de motifs de découragement. Une campagne de six mois a détruit la plus belle des armées. Sans l’imprévoyance du chef, sans tant de causes qui ont détérioré la santé du militaire et énervé ses forces , avec des vivres et des habillements con formes à la saison , la retraite eût été bien moins fatale ; elle se serait opérée avec ordre et sûreté ; la rigoureuse inclémence du nord ne serait pas venu porter le dernier coup à tant de malheureux morts de froid , et qui ont trop bien justifié cette triste vérité de la destinée des hommes , qui les envoie souvent mourir loin d’une patrie qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Tous les individus affaiblis et exténués par les causes dont nous avons parlé, et qui se trouvaient dans l’impossibilité de se.garantir du froid excessif, ne pouvaient espérer d’échapper au danger. Les uns, pâles et abattus par l’inanition, tombaient en défaillance et mouraient étendus sur la neige. Les autres, quoique pour vus de quelques aliments , en suffisante quantité au moins pour calmer le sentiment de la faim , étaient pris d’un frisson auquel succédaient plus ou moins promptement la langueur et la propension au sommeil. On en voyait marcher sans avoir leur connaissance, et sans savoir où ils allaient: à peine parvenait-on à leur faire entendre quelques mots,  ils avaient presque totalement perdu l’usage des sens ; enfin, lorsqu’ils étaient hors d’état de pouvoir continuer à marcher, n’en ayant plus ni la force ni la volonté ils tombaient sur leurs genoux. Les muscles du tronc étaient les derniers à perdre la force de contraction. Plusieurs de ces malheureux restaient un certain temps, dans cette position, à se débattre contre la mort. Une fois tombés il leur était impossible, quelques efforts qu’ils fissent, de se relever. On s’était bien aperçu du danger qu’il y avait à s’arrêter ; mais, hélas ! La présence d’esprit et une ferme détermination ne suffisaient pas toujours pour défendre des attaques mortelles dirigées de toute part contre une misérable vie. Il m’est arrivé trois ou quatre fois , après avoir fait avaler un peu d’eau-de-vie sucrée à quelques-uns de ces infortunés qui venaient de tomber et qui commençaient à s’assoupir , de les aider à se relever , et de tenter de les remettre en mouvement. C’était en vain: ils ne pouvaient ni avancer, ni se soutenir, et ils retombaient sur la même place, où il fallait forcément les abandonner à leur malheureux sort. Leur pouls était petit et imperceptible ; la respiration rare, et à peine sensible chez quelques-uns, était accompagnée chez d’autres de plaintes et de gémissements. Tantôt les yeux étaient ouverts, fixes, ternes, hagards ; et la tête prise par délire tranquille, tantôt ils étaient rouges , et annonçaient une excitation passager du cerveau : il y avait alors délire plus marqué. Les uns balbutiaient des mots incohérents ; les autres avaient un rire serré et convulsif. Du sang fluait, chez quelques-uns, par le nez et par les oreilles ; ils agitaient leurs membres comme s’ils cherchaient à tâtons. On a répandu que des soldats, en proie à un délire frénétique, s’étaient rongés les mains et les bras : je me permets d’en douter. Les symptômes nerveux qui accompagnaient la mort par le froid, lorsqu’elle était lente, ont pu en imposer à ceux qui disent l’avoir vu. J’ai contemplé des hommes terrassés par le froid ; je les ai vus se découvrant la poitrine, agitant leurs bras comme un malade travaillé par un délire sourd dans une fièvre ataxique ; ils ne sentaient certainement plus, dans cet état, le besoin des aliments; d’ailleurs, le serrement spasmodique de la mâchoire inférieure confie la supérieure était constant chez la plupart, et il ne faisait qu’augmenter avec les effets progressifs du froid, qui amenaient la torpeur et la mort. C’est ainsi qu’ont péri des milliers d’individus. Il est peu de ceux qui ont eu le bonheur d’échapper au danger, qui n’aient été dans la suite malades. Une quantité de soldats atteints de lésions plus ou moins graves par l’effet de la congélation, remplirent, en 1813, les hôpitaux de la Pologne, de la Prusse et de l’Allemagne. Des rives du Niémen jusqu’aux bords du Rhin, on reconnaissait facilement en eux les tristes débris d’une armée victime du froid et de la plus affreuse misère. Plusieurs, n’ayant point encore touché au terme de leurs souffrances, se répandirent dans les hôpitaux en-deçà du Rhin, et même jusque dans le midi de la France, où ils vinrent subir diverses extirpations, résections ou amputations nécessitées par le désordre physique si souvent inséparable de la gangrène pro fonde et du sphacèle.

Des mutilations aux pieds et aux mains, la perte du nez, d’une oreille , la faiblesse de la vue , la surdité complète ou incomplète, des névralgies, des rhumatismes , des paralysies des diarrhées chroniques, des affections de poitrine, rappellent plus vivement encore à ceux qui portent ces douloureux souvenirs , les horreurs d’une pareille campagne. » (MAURICHEAU-BEAUPRE, pp.142-143)

Une expérience personnelle.

« Je consignerai ici le souvenir d’une circonstance à laquelle je dois probablement mon salut. Je sentis, pendant l’affreuse nuit où nous quittâmes Smolensk, un grand malaise; vers les cinq heures du matin , un sentiment de lassitude m’invita à m’arrêter pour me reposer. Je m’assis sur un tronçon de bouleau, a côté de huit cadavres gelés, et je ne tardai pas à éprouver de la propension au sommeil auquel je cédai d’autant plus volontiers, qu’il me paraissait délicieux. Je fus heureusement tiré de cette somnolence commençante, qui aurait infailliblement amené la torpeur, par les cris et les jurements de deux soldats, qui frappaient vis-à-vis de moi, à coups redoublés, un pauvre cheval épuisé qui s’était abattu. Je sortis de mon état par une espèce de secousse. Le spectacle que j’avais à mes côtés me retraça vivement le danger auquel je m’étais exposé; je pris un peu d’eau-de-vie, et je me mis à courir pour faire cesser l’engourdissement des jambes, que leur froideur et leur insensibilité étaient propres à me faire croire plongées dans un bain à la glace. » (MAURICHEAU-BEAUPRE, p.144, note)

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( 14 février, 2019 )

Louis Lemarchant, chirurgien-major à Waterloo…

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(Image d’illustration)

Louis Lemarchant est né à Saint-Jouan de l’Isle (Côtes d’Armor) le 9 octobre 1780.  A l’âge de vingt-ans il se décide à étudier la médecine, à l’image de son père qui était chirurgien.  Après avoir suivi les cours, à Rennes, de l’Ecole spéciale de Médecine en 1803, il obtient le prix de cette école. Afin de se soustraire à  la conscription, le jeune Lemarchant s’oriente vers la chirurgie militaire. Il se fait admettre comme « chirurgien surnuméraire » au tout nouvel hôpital militaire de  Rennes. 

Après un passage au camp d’Etaples, près de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) où il occupe les fonctions de chirurgien sous-aide dans les rangs du 6ème régiment d’infanterie. Plus tard, Louis Lemarchant sera présent à Eylau, de 1808 à 1813, il est en Espagne et au Portugal. Il participe à la bataille de Toulouse le 10 avril 1814. Nommé chirurgien-major en 1811, par décret impérial, il prépare son doctorat en médecine durant le Première Restauration, n’étant plus employé à son régiment, durant cette période. Reçu docteur à Strasbourg le 4 novembre 1814, il s’en retourne dans ses foyers à Saint-Jouan de l’Isle. Lors de la campagne de Belgique, en 1815, Lemarchant reprend du service, en étant attaché au grand parc d’artillerie. Après la chute de l’Empire, il se est mis pendant quelque temps en inactivité avant d’être nommé en décembre 1816, chirurgien-major à la Légion de la Seine-Inférieure [Seine-Maritime], en garnison à Calais. En septembre 1817, nous le retrouvons dans les rangs de la Légion de la Seine qui devient en 1820 le 55ème de ligne. Lemarchant achève sa carrière militaire à Strasbourg dans le 1er escadron du train des parcs d’artillerie. Il est admis à la retraite le 20 mai 1835. Sa date de décès reste inconnue.

Louis Lemarchant a laissé des souvenirs jusqu’à présents toujours inédits et qui portent le titre original de « Mémorial historique des Campagnes… » dont le manuscrit se trouve à la Bibliothèque Nationale de Biélorussie, à Minsk. Mais laissons parler l’auteur au travers d’un extrait de son témoignage.

C.B.

Me  trouvant sans emploi et voisin de l’École de Médecine de Strasbourg, ayant en outre toutes mes inscriptions de Paris, je profitai de ces circonstances, en attendant mon licenciement définitif, pour aller soutenir ma thèse à Strasbourg, ce qui eut lieu le 4 novembre 1814.

Janvier 1815. Rentré dans ma famille le 6 de ce mois, après une absence de 11 années consécutives et toujours dans une service actif à l’armée pendant lequel je n’ai pas eu un jour de maladie, quoique exposé à des températures bien opposées, en plus ou en moins, accompagnées de fatigues et de privations des choses les plus nécessaires à l’existence, souvent entretenue par des alimentations bien variées que le besoin faisait trouver bonnes. Demeuré dans ma famille jusqu’au 15 avril [1815], Napoléon débarqué dans les premiers jours de mars au Golfe-Juan avec une partie du bataillon de sa Garde. Il marcha sur Paris entouré des régiments de toutes armes qui allaient le rejoindre avec empressement, avec ou sans leurs chefs. Il entra à  Paris le 20 mars. Louis XVIII l’avait quitté le 19 avec sa famille. Napoléon réorganisait son armée. Je reçus un ordre ministériel de me rendre à Vincennes pour être attaché comme chirurgien-major au grand parc d’artillerie et 8ème escadron du train de cette arme.

Parti de Paris les premiers jours de juin pour Douai et le 10 pour l’armée, j’ai assisté à la bataille de Fleurus (ou de Ligny), le 16 juin, où l’armée prussienne fut battue complètement, puis à Waterloo le 18 juin : l’armée anglo-hollandaise, forte de 115.000 homme fut attaquée à son tour par 65.000 français. Battu toute la journée, la victoire était assurée lorsque la trahison et, d’un autre côté, la désertion de chefs de corps et de généraux contribuèrent à décider une division prussienne à passer dans un intervalle de nos lignes pour se porter sur nos derrières pour s’amuser que nous n’avions point de réserve à leur opposer ; ce que l’ennemi ignorait. Ce mouvement de la part des Prussiens fut la cause de notre perte et c’est à tort que l’on donne la gloire de cette bataille aux anglais, car ils étaient en pleine retraite. Dans Bruxelles même, lorsqu’on apprit la nôtre par les motifs ci-dessus indiqués, événement malheureux que le général Grouchy, avec 20.000 hommes, dans l’inaction devant Namur, pouvait prévenir en appuyant sa gauche à notre droite, au moins par quelques régiments en observation, faute qui lui a été bien reprochée. Profitant de la nuit, on effectua la retraite en ordre jusqu’à Soissons que le maréchal Soult rassembla sur la route les corps en leur faisant sentir, pour l’honneur de l’armée, combien il était important de marcher en ordre. Nous rentrâmes à Paris et prîmes position sur les deux rives de la Seine, la plaine de Montrouge et Vincennes. Je suis parti de cette dernière position avec toute notre artillerie pour passer la Loire. Pris des cantonnements à La Rochefoucauld, Angoulême et Limoges pendant les mois de fin juillet, août et septembre ; une partie d’octobre. Ayant quitté Limoges le 20, avec un parc nombreux d’artillerie pour le conduire à Grenoble, passant par Saint-Léonard, Aubusson (loup affamé), Pont-Gibaud [Pontgibaud, dans le département du Puy-de-Dôme], grande et bonne auberge au pied de la montagne, Clermont, Thiers, Roanne, Lyon, Vienne, Valence, destination où je restai jusqu’au 15 novembre. Je fus remplacé à l’escadron par M. Sauveur.

Parti pour Paris, le 20 novembre 1815, après un très beau dîner donné par les officiers d’artillerie à Saint-Pérez [Saint-Péray, dans l’Ardèche], de l’autre côté du Rhône, en face de Valence, vins renommés. 

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( 13 février, 2019 )

L’année 1814…

Steuben 1810.

1814.

Napoléon est rentré en France en novembre 1813 à la fin de la campagne d’Allemagne. Mais les forces coalisées, décidées d’en finir avec l’Empereur, approchent des frontières. La France est menacée. Voici une chronologie des principaux événements…

23 janvier. La Régence est confiée à l’impératrice Marie-Louise.

25 janvier. Napoléon quitte Paris. La veille, il a nommé son frère Joseph, lieutenant-général de l’Empire, puis embrassé sa femme et son fils. Il ne les reverra jamais…

27 janvier. Bataille de Saint-Dizier.

29 janvier. Bataille de Brienne.

31 janvier. Combat de Montier-en-Der.

1er février. Bataille de La Rothière.

2 février. Combat de Lesmont.

4 février. Ouverture du Congrès de Châtillon.

10 février. Bataille de Champaubert.

11 février. Batailles de Montmirail et de Nogent-sur-Seine.

12 février. Combat de Château-Thierry.

14 février. Bataille de Vauchamps.

17 février. Combat de Mormant.

18 février. Bataille de Montereau.

22 février. Combat de Méry-sur-Seine.

26 février. Combat de Bar-sur-Aube.

27 février. Bataille d’Orthez opposant le maréchal Soult à Wellington.

1er  mars. Traité de Chaumont. L’Angleterre, la Prusse, la Russie et l’Autriche signent entre elles un pacte afin de poursuivre leur lutte commune contre la France pendant vingt ans.

3 mars. Bataille de Soissons. Combat de Laubressel.

5 mars. Combat de Berry-au-Bac.

7 mars. Bataille de Craonne.

9 et 10 mars. Bataille de Laon.

12 mars. Bordeaux tombe aux mains des Anglais avec la complicité de J.-B. Lynch, maire de la ville et royaliste.

13 mars. Bataille de Reims.

17 mars. Fin du Congrès de Châtillon.

20 mars. Bataille de Limonest,  au nord-ouest de Lyon.

20 et 21 mars. Bataille d’Arcis-sur-Aube.

21 mars. Lyon est occupée par les Autrichiens.

25 mars.  Bataille de Fère-Champenoise.

26 mars. Bataille de Saint-Dizier.

27 mars. Combat de Claye-Souilly.

29 mars. L’impératrice Marie-Louise et son fils quittent Paris pour Blois.

30 mars. Joseph quitte la capitale Bataille de Paris.

31 mars. Capitulation de la ville. Entrée des Alliés.

1er avril. Le Sénat désigne un gouvernement provisoire.

3 avril. Cette assemblée prononce la déchéance de Napoléon.

6 avril. L’Empereur abdique.

10 avril. Le maréchal Soult affronte Wellington à Toulouse.

11 avril. Traité de Fontainebleau.

20 avril. Dans la cour du château de Fontainebleau, Napoléon fait ses adieux à sa Garde et prend la direction de l’île d’Elbe, son lieu d’exil.

24 avril. Louis XVIII débarque à Calais, venant d’Hartwell (Angleterre) et prend la route de Paris.

3 mai. Entrée de Louis XVIII à Paris.

4 mai. Napoléon débarque à Portoferraio, capitale de l’île d’Elbe.

30 mai. Traité de Paris entre la France et les puissances alliées. La France est ramenée à ses limites de 1792, avec quelques enclaves (Comtat Venaissin, Principauté de Montbéliard…)

4 juin. Adoption par Louis XVIII de la Charte Constitutionnelle.

1er novembre. Ouverture du Congrès de Vienne.

 

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( 12 février, 2019 )

Quelques figures d’Empire (III et fin).

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LABORDE (Lieutenant-colonel Etienne), 1782-1865. Après s’être enrôlé dans le 85ème de ligne, il est sous-lieutenant en 1809, puis passe lieutenant en 1811. Laborde est nommé capitaine le 8 avril 1813. Il participe aux campagnes d’Allemagne, de Prusse et de Russie. Après avoir été blessé à Viazma, il est appelé comme lieutenant en premier au 2ème régiment de chasseurs à pied de la Garde. Engagé dans la mémorable campagne de France, Etienne Laborde est nommé capitaine-adjudant-major dans la Garde le 8 mars 1814. C’est avec ce grade qu’il passe le 13 avril, après l’abdication de Napoléon à Fontainebleau, dans le Bataillon Napoléon qui devait suivre le souverain dans son exil de l’île d’Elbe. Plus tard, Etienne Laborde participe à la campagne de Belgique avec rang de lieutenant-colonel et le grade de chef de bataillon toujours aux chasseurs à pied de la Garde ; il est présent à Waterloo…Durant la seconde Restauration, Laborde, est rétrogradé au rang de capitaine et passe dans la Légion du département de l’Aude, puis dans plusieurs compagnies de fusiliers sédentaires. On le retrouve en 1830 lieutenant-colonel du 45ème de ligne. Après avoir participé à la campagne de Belgique  de 1831, cette fois, il prend le commandement de la place militaire de Cambrai. Etienne Laborde est admis en 1838 à la retraite. En août 1840, il participe à la seconde tentative de soulèvement de Boulogne-sur-Mer, dirigée par le prince Louis-Napoléon, dans laquelle on trouve le comte de Montholon, et plusieurs des combattants des guerres de l’Empire. Notamment le commandant Charles-Denis Parquin, auteur de fameux « Souvenirs », et qui avait déjà participé à la tentative de Strasbourg en 1836, le colonel de cavalerie en retraite Jean-Baptiste Voisin, présent à Austerlitz et en Allemagne en 1813. Arrêté, avec ses comparses, Laborde est condamné par la Cour des Pairs à une peine de « deux années d’emprisonnement » assortis de deux années de surveillance policière. Après avoir échoué, en 1848, aux élections pour entrer à l’Assemblée constituante, il fut élu, le 13 mai 1849, représentant de la Charente-Inférieure (devenue en 1941 la Charente-Maritime) à l’Assemblée législative. Etienne Laborde prit place dans les rangs de la majorité hostile aux institutions républicaines. La même année il occupe également les fonctions de « Commandant supérieur du Palais de Saint-Cloud ». Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il est nommé Gouverneur du Palais du Luxembourg.  L’historien Paul Bartel (dans son « Napoléon à l’île d’Elbe… », Perrin, 1947, p.143), juge  « Laborde, brave et bon soldat, est instruit, cultivé. Il admire Napoléon profondément et estime que jamais plus grand homme ne vint au monde. Il est surtout, communicatif, comme tour méridional. Aussi, répond-il avec force détails aux questions précises, embrassant tout ce que l’Empereur fait pleuvoir sur lui. »

LEFOL (Sous-lieutenant Louis-Hercule DUVAL) 1787-1824. Il quitte le Prytanée de Saint-Cyr en novembre 1813 avec le grade de sous-lieutenant et rejoint les rangs du 100ème  régiment d’infanterie de ligne. Louis-Hercule devient, par hasard, aide-de-camp de son oncle, le général Lefol. Il participera à ses côtés à la campagne de 1814 et à celle de 1815.

LEVAVASSEUR (Capitaine Octave), 1781-1866. Après avoir été élève à l’École polytechnique en 1800, puis élève sous-lieutenant à l’École d’application de Metz, en 1802, Levavasseur est nommé lieutenant en second dans les rangs du 2ème régiment d’artillerie à cheval l’année suivante. Il fit la campagne de 1805, fut blessé à Austerlitz, de 1806, présent à Iéna. Il est présent à Friedland en 1807, il sera nommé chevalier de la Légion d’honneur en avril de cette même année. Il se bat lors de la campagne d’Espagne, en 1808-1809. Levavasseur ayant été nommé aide-de-camp du général Seroux en 1806, il occupe quelques mois après cette même fonction auprès du maréchal Ney qu’il suivra jusqu’à sa mort (il sera fusillé en décembre 1815). Il est nommé successivement capitaine et chef de bataillon, tout en restant aide-de-camp du maréchal. Après la première abdication de Napoléon, il est réadmis comme chef de bataillon dans le corps de l’artillerie, puis devient aide-de-camp du général Dessolle ; enfin en cette même année 1815, Levavasseur est nommé capitaine en 1er dans l’artillerie à cheval de la Garde royale. Mis en non-activité en 1816, il est nommé, deux ans plus tard, chef d’escadron d’artillerie à cheval en demi-solde.

MARCHAND (Louis), 1791-1876. Il entre en 1811 dans la maison impériale comme garçon d’appartement. Sa mère est la première des trois berceuses du Roi de Rome, fils de Napoléon. En 1814, après la défection de Constant,  valet de chambre de Napoléon, Louis Marchand est choisi pour le remplacer, par le général Bertrand, grand maréchal du Palais. Marchand suivra Napoléon dans son exil à l’île d’Elbe, sera présent à Waterloo, et fera partie de ceux qui suivront l’Empereur à Sainte-Hélène. D’un dévouement sans borne, discret et efficace, il respectera la volonté de Napoléon en épousant la fille d’un des généraux s’étant illustré durant les guerres de l’Empire : celle du général Brayer.

MARTIN (Jacques-François), 1794-1874.  Il entre à l’École militaire de Saint-Cyr en 1812. L’année suivante, le sous-lieutenant Martin est en Allemagne dans les rangs du 154ème  régiment d’infanterie de ligne ; présent aux batailles de Lützen, à Bautzen, à La Katzbach. Il est nommé lieutenant peu avant celle de Leipzig. Il participe à la campagne de France. Durant la première Restauration, son régiment devient le 42ème de ligne, puis au retour de Napoléon, le 45ème. Le lieutenant Martin combat à Waterloo, son régiment faisant partie du 1er corps (Drouet d’Erlon), 3ème division (général Marcognet).

MAUDUIT (Hyacinthe-Hippolyte de), 1794-1862. À l’âge de 19 ans, ainsi que le lui permettait sa condition, il s’enrôla dans les Gardes d’honneur. Incorporé le 5 juin 1813 au 3ème régiment, il fut nommé fourrier le 24 juillet suivant, et c’est en cette qualité qu’il termina la campagne de 1813 en Allemagne, fit celle de France l’année suivante et fut blessé d’un coup de lance à la cuisse droite dans l’affaire livrée près de Reims le 15 mars 1814. Après l’abdication de l’Empereur, il rentra dans ses foyers avec le grade de sous-lieutenant de cavalerie honoraire. Mais son inaction fut de courte durée. Le nouveau gouvernement ayant réuni les débris des grenadiers de la Vieille Garde pour former le noyau du Corps Royal des Grenadiers de France, le 11 novembre 1814 le jeune Mauduit sacrifia allégrement son grade d’officier de cavalerie et entra comme sergent aux « Grenadiers de France ». Aux Cents-Jours, le 19 avril 1815 ce corps fut dissous et ses éléments servirent à constituer les 1er, 2ème  et 3ème  régiments de grenadiers à pied (Vieille Garde). Mauduit fut affecté au 1er  régiment. Il participa à la bataille de Ligny le 16 juin, à celle de Mont-Saint-Jean [dite de Waterloo] le 18, puis lors du licenciement définitif de la Garde, il retourna dans sa famille. Trois mois après, le 26 novembre 1815, il reprenait du service comme sergent-major au 5ème  régiment d’infanterie de la Garde royale.

MENEVAL (Baron Claude-François de), 1778-1850. Ce personnage fut tout d’abord secrétaire de Joseph Bonaparte (à partir de 1800) et employé pendant les négociations qui précédèrent la paix de Lunéville (1801), le Concordat et la paix d’Amiens (1802). C’est Joseph qui le propose à Napoléon, voulant se séparer de Bourrienne, pour occuper la fonction de secrétaire du Portefeuille ou secrétaire intime. Il restera à ce poste durant onze années, de 1802 à 1813 avant d’être remplacé par le baron Fain. Méneval occupe ensuite les fonctions de secrétaire des commandements de l’impératrice Marie-Louise. En 1810,  il est nommé maître des requêtes au conseil d’État, puis reçoit le titre de baron. Sous la première restauration, il suit la souveraine à Vienne. Méneval revient à Paris durant en mai 1815.

MIOT DE MELITO (Comte André-François), 1762-1841. Il entre dans l’administration militaire la veille de la révolution. En 1795, Miot est envoyé à Florence, puis à Rome et ensuite en Corse comme commissaire du pouvoir exécutif. L’année suivante il est ministre plénipotentiaire au Piémont .Après le coup d’état du dix-huit Brumaire, Miot est nommé  secrétaire général du ministre de la Guerre, le général Berthier. Après avoir occupé les fonctions d’administrateur général en Corse, il réintègre le Conseil d’État, où il avait été nommé une première fois. En 1806, Miot est mis à la disposition de Joseph Bonaparte, roi de Naples. Il occupe dans ce royaume les fonctions de ministre de l’Intérieur et suivra Joseph en Espagne, lorsqu’il est nommé souverain de ce pays. Miot est intendant de la maison du Roi. Il rentre en France avec lui après la chute de son royaume en 1813. En 1814, Miot reprend sa place au Conseil d’État et reçoit le titre de comte de Mélito. Il suivra Joseph, nommé lieutenant-général de l’Empire (chargé de la défense de Paris), lorsque ce dernier part à Blois avec le conseil de régence, alors que la capitale connaît de vifs affrontements, et qu’approchent les troupes alliées…  L’année 1815 sera particulièrement douloureuse pour le comte Miot de Mélito : à Waterloo, le 18 juin 1815, son fils est grièvement blessé (et mourra six mois après) ; son gendre, le général Jamin (major des grenadiers à cheval de la Garde) est tué.

MONTHOLON  (Comtesse Albine-Hélène de, née VASSAL), 1779-1848. Après un premier mariage elle épouse en 1812 le fameux général Charles-Tristan, comte de Montholon (1783-1853), ce qui déplaira à Napoléon, par la mauvaise réputation. Le couple suit l’Empereur à Sainte-Hélène. Dans ce huis-clos particulier qu’est la captivité de Napoléon, elle aurait adouci le séjour du plus célèbre prisonnier du monde… En juillet 1819, sous prétexte médical, la comtesse de Montholon quitte Sainte-Hélène, laissant son époux. Il convient de préciser que, quelques mois auparavant, son chemin avait croisé celui de Basil Jackson (1795-1889), lieutenant de l’état-major de Hudson Lowe. Elle le retrouvera bientôt à Bruxelles.

PASQUIER (Etienne-Denis, baron), 1767-1862.  Napoléon le choisit en 1810 comme Préfet de police, en remplacement de Dubois. Après le départ de l’Impératrice le 29 mars 1814,  il représente la seule autorité avec le Préfet de la Seine. Pasquier parvint à y maintenir l’ordre tout en favorisant  les intrigues de Talleyrand en faveur de Louis XVIII. Renvoyé le 21 mai 1814, le poste de Préfet de police ayant été supprimé, il se retrouve la direction des Ponts et Chaussées. Écarté durant les Cent-Jours et exilé de Paris, Pasquier devient par la suite garde des Sceaux et ministre de l’Intérieur par intérim dans le gouvernement Talleyrand-Fouché en juillet 1815. 

PAULIN (Général Jules-Antoine), 1782-1876.  Élève à l’École Polytechnique en 1799 puis élève sous-lieutenant du génie à l’École d’application de Metz en 1801. Il est nommé à sa sortie, quelques mois plus tard,  lieutenant au corps impérial du génie. Nommé capitaine en 1804, il devient deux ans plus tard, aide-de-camp du maréchal Augereau, puis occupe les mêmes fonctions auprès du général Bertrand. Il servira auprès de ce dernier en Espagne puis à l’armée d’Allemagne, avant de le retrouver en 1813 en Saxe. Nommé major du génie en novembre 1813 puis envoyé en mission de reconnaissance sur la frontière suisse à la fin de cette même année. Directeur du génie de l’armée de Champagne en 1814, Paulin occupe à nouveau les fonctions d’aide-de-camp auprès du général Bertrand (ce dernier occupe également depuis l’année précédente les fonctions de grand maréchal du Palais). Il est nommé colonel le 15 mars 1814. Sous la première Restauration on le retrouve directeur des fortifications à Antibes. Affecté à l’état-major du génie du 7ème corps d’observation en avril 1815, il devient par la suite directeur des travaux de défense de Lyon. Dans un premier temps mis en non-activité après la chute de l’Empire, Paulin reprend du service en 1816 puis accède au poste de directeur des fortifications de Paris en 1818. Maréchal de camp en 1839, il est nommé membre du comité des fortifications, puis inspecteur général du génie. Il obtient sa retraite en 1848 mais sera affecté  à la 2ème  section du cadre de l’état-major général en 1852.  Paulin était chevalier de la Légion d’honneur depuis 1807 ; nommé officier (en 1815) puis commandeur (en 1831) du même ordre. En outre, il était chevalier de l’ordre de Saint-Louis depuis 1814. Ce brillant officier prit part à toutes les campagnes de l’Empire, sauf à celle de Russie.

PEYRUSSE (Guillaume-Joseph-Roux), 1776-1860. Engagé dès l’âge de dix-sept ans dans la « Compagnie de chasseurs du bataillon de la masse de Carcassonne », on le retrouve durant plusieurs années au sein de l’Armée des Pyrénées-Orientales. Entre l’automne 1793 et l’année 1800, le jeune Peyrusse y occupe les fonctions de soldat ou, alternativement, celles de secrétaire dans les bureaux de l’état-major. En l’an II (1794), il demande un congé pour maladie et reçoit son congé définitif le 5 thermidor an VIII (24 août 1800). Jusqu’à l’automne 1805, Peyrusse restera au sein de sa famille. Plus tard, grâce à  son frère André, déjà dans la place,  il intègre les bureaux du Trésor de la Couronne. L’année 1809, celle de la campagne d’Autriche, marque un tournant dans sa carrière. Il est nommé successivement, le 1er février et le 7 mars de cette même année, « inspecteur et seul inspecteur du Trésor de la Couronne ». Puis le 24 mars, il est désigné par son supérieur, le Trésorier général Estève, pour faire « le service de Payeur du Trésor général de la Couronne à la suite du Quartier-Général impérial ». Dès le lendemain de sa nomination, Guillaume Peyrusse suit la Grande Armée qui part pour l’Autriche. Il retrouve l’Autriche en février 1810, pacifiquement cette fois: il est désigné pour aller au-devant de Marie-Louise, la future impératrice des Français. Le 5 mars 1812, peu après sa nomination de Payeur du Trésor de la Couronne à la suite de l’Empereur, il prend la route de l’est. Peyrusse traverse l’Allemagne et en profite pour visiter de nombreux lieux et monuments. Tout au long de sa vie, il est animé par une soif de curiosité intellectuelle, cette volonté d’en apprendre chaque jour un peu plus.  L’année 1813 le trouve en Allemagne, se remettant lentement de son retour de Russie et découvrant Berlin. Peyrusse s’embarque pour la campagne de Saxe, qui verra la mort tragique de Duroc, son protecteur. Le général de Caulaincourt, Grand-Écuyer de l’Empereur et le baron Fain, secrétaire de Napoléon, prennent le relais et l’assurent de leur bienveillance. «Vers la fin de la campagne de Saxe », il est nommé cette fois « Payeur de l’Empereur », mais ce titre ne sera jamais officialisé.  Peyrusse assiste en témoin observateur à la campagne de France. Présent à Fontainebleau lors de la première abdication de l’Empereur, il est encore là lors de la scène mémorable des Adieux. Volontaire pour suivre le souverain dans son minuscule empire de l’île d’Elbe, il en sera un des acteurs les plus importants et un collaborateur de Napoléon incontournable. En toute logique c’est lui qui occupe les fonctions de « Trésorier général de l’Empereur et Receveur général de l’île ». Celui que Napoléon aime à appeler, avec son accent si particulier, Peyrousse, a su obtenir  la confiance du souverain. Le 26 février 1815, Peyrusse suit l’Aigle dans son envol historique vers les côtes de France. « Napoléon à l’île d’Elbe, n’avait pas perdu son Empire ; il y rentrait après onze mois d’absence, et déjà il régnait dans tous les lieux où pénétrait la nouvelle de cet étonnant retour. », écrit notre témoin. Napoléon le nomme, le 23 mars 1815, Trésorier général de la Couronne. Puis, quelques jours après, Peyrusse est fait Baron de l’Empire. Resté à Paris, il ne participe pas à la campagne de Belgique. Le 21 juin 1815, à trois heures du matin, il apprend la défaite de Waterloo… Il est nommé officier de la Légion d’honneur ce même jour. Cinq jours plus tard, au château de Malmaison, Guillaume Peyrusse rencontre le souverain déchu qui lui dicte ses ultimes instructions. A Sainte-Hélène, L’Empereur, confie aussi à ses compagnons de captivité, ses opinions sur les centaines de personnages qu’il a rencontrés durant son règne. Son jugement est quelquefois sévère ou erroné. Aussi Guillaume Peyrusse est-il accusé à tort, par Napoléon d’avoir détourné « 2 à 300 000 francs en lettres de change » Après la mort de l’Empereur, Peyrusse n’a de cesse de se justifier, chiffres à l’appui. Il est soutenu dans son combat par d’autres proches de Napoléon. Les  compagnons de la Captivité, les généraux Bertrand et Montholon, le baron Fain, ou encore Louis Marchand, valet de chambre du souverain, et Louis-Etienne Saint-Denis, le fameux mameluck Ali, assurent Peyrusse de son bon droit. Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, Peyrusse réside dans sa ville de Carcassonne. Il se marie et une fille, Louise, vient combler son existence. De 1832 à 1835, il en est le premier magistrat et sera, par la suite, durant neuf années, membre du Conseil général du Département de l’Aude. Le 1er juillet 1853, Guillaume Peyrusse est fait Commandeur de la Légion d’honneur. Napoléon III, en lui remettant cette haute distinction, lave ainsi l’accusation de l’Empereur, son oncle.

PLANAT DE LA FAYE (Capitaine Nicolas-Louis), 1784-1864. Simple soldat au 8ème bataillon bis du train d’artillerie, Planat est nommé l’année suivante successivement fourrier puis maréchal des logis. En 1808, il est nommé maréchal des logis chef à ce même régiment. En 1809, il devient sous-lieutenant adjoint à l’Inspection générale du train d’Artillerie à la Grande-Armée. Trois ans plus tard, Planat est nommé lieutenant et aide-de-camp du général Lariboisière, occupant alors les fonctions de 1er inspecteur général d’artillerie. En 1813,  il est désigné pour être aide-de-camp du général Drouot ; en octobre de la même année, il est nommé capitaine. Blessé grièvement au combat de Château-Thierry, le 12 février 1814, il ne peut suivre l’Empereur à l’île d’Elbe. En novembre 1814, il est affecté comme capitaine au 1er escadron du train d’Artillerie. Le mois suivant il est nommé aide-de-camp du général Evain.  Fin avril 1815, il est désigné par l’Empereur pour être un de ses officiers d’ordonnance. Planat était en mission à Toulouse quand la nouvelle du désastre de Waterloo lui parvint. Il se précipite à Paris. Napoléon voulut l’emmener avec lui à Sainte-Hélène, mais absent au moment de l’embarquement, c’est le général Gourgaud qui est désigné à sa place. Après le départ de l’Empereur, Planat est expédié à l’île de Malte comme prisonnier de guerre. A sa libération, il s’efforça de rejoindre l’illustre prisonnier. Il obtiendra enfin l’autorisation nécessaire trop tard : Napoléon venait de s’éteindre… L’Empereur, dans son testament lui lègue quarante mille francs. Considéré comme démissionnaire, Planat est rayé des contrôles de l’armée le 3 juillet 1815. Il devint le secrétaire de Jérôme Bonaparte puis celui d’Eugène de Beauharnais. Il avait participé aux campagnes de Prusse, de Pologne, d’Allemagne : à celles de Russie, de Saxe et de France. Chevalier de la Légion d’Honneur le 21 juin 1813 il nommé officier du même ordre le 15 mars 1814.  Planat, fut autorisé, en 1860, à ajouter à son nom celui de « de la Faye ».

ROEDERER (Baron Antoine-Marie), 1782-1865. Second fils du conseiller d’État Pierre-Louis Roederer, ce personnage fut d’abord attaché au ministère des Relations extérieures, puis auditeur au conseil d’État. Détaché au royaume de Naples, sous le règne de Joseph Bonaparte, il occupe de hautes fonctions administratives. Rentré à Paris après le remplacement de Joseph par Joachim Murat, sur le trône du Royaume de Naples, il est nommé en 1810 préfet du département du Trasimène (Italie), puis début 1814, il devient celui de l’Aube. Roederer est obligé d’évacuer son département avec l’avancée des troupes ennemies. Le jeune fonctionnaire n’hésitera pas à embrasser une carrière militaire lors de la campagne de France. Il retrouve sa préfecture durant les Cent-Jours et la Seconde Restauration. Ce personnage fut nommé officier dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1811, puis chevalier en 1858. Napoléon Ier  l’avait nommé baron de l’Empire en 1810.

RUMIGNY (Colonel Théodore de GUEULLUI de) 1789-1860.  Issu d’une famille d’émigrés, autorisée à rentrer en France après le dix-huit brumaire, le jeune Rumigny débute une carrière dans les bureaux du ministère des Affaires étrangères, avec la bienveillance du Premier Consul.  Plus tard, il est admis en 1805 à l’École militaire de Fontainebleau. Théodore de Rumigny en sort avec le grade de sous-lieutenant l’année suivante. C’est durant la campagne de Prusse, qu’il fait ses premières armes sous les ordres du général Gudin. Remarqué au combat de  Presbourg, où il est blessé, Rumigny est nommé lieutenant dans les rangs du 12ème régiment d’infanterie de ligne. Il est de nouveau blessé à Wagram. Nommé adjudant-major en juillet 1809 puis capitaine en 1811 au même régiment, il participe à la campagne de Russie et devient aide-de-camp du général Gérard, début janvier 1813.. Chef de bataillon en juillet 1813, tout en gardant ses fonctions d’aide-de-camp, il participe à la campagne d’Allemagne et à celle de France.En avril 1814, Rumigny est nommé colonel. Durant la campagne de Belgique, il est attaché à l’état-major du général Gérard (commandant le 4ème corps). Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur en août 1812, puis officier du même ordre en septembre 1813.

TOUSTAIN-FRONTEBOSC (Victor-Louis-Alexandre, marquis de), 1774-1829. Admis fort jeune à l’école d’artillerie de Metz, il entre, quatre ans après, dans les gardes du corps, compagnie de Luxembourg. Toustain obtient le brevet de sous-lieutenant de remplacement aux chasseurs de Flandres. Il émigre en 1791, passe à l’armée des Princes. Toustain passe en Russie dans les rangs de l’armée de Condé. Plus tard, de 1801 à 1807, on le retrouve en Angleterre à l’état-major de celle du Portugal. En 1814, le marquis de Toustain réside à Chartres, où il est depuis l’année précédente, capitaine de la Garde urbaine. Il assiste à une étape de l’impératrice Marie-Louise qui passe une nuit dans cette ville,  ayant fui  Paris (le 29 mars) pour Blois (où elle arrivera le 2 avril). Toustain se croyant être plus utile à Paris, « pour la cause royale », se rendra plusieurs fois dans la capitale. Après la Première restauration, il fit partie de la compagnie de Wagram,  mise sur pied par le Roi et confiée au maréchal Berthier, prince de Wagram, et ancien serviteur de l’Empereur. Pendant les Cent-Jours, le marquis de Toustain suit Louis XVIII à Gand, en Belgique.

C.B.

 

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( 9 février, 2019 )

Quelques figures d’Empire (II).

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CANLER (Louis), 1797-1865. Très jeune, il suit son père, officier des armées de la République. Enfant de troupe, Canler est nommé tambour  par l’Empereur en personne, en juin 1805. En 1811, il s’engage au 28ème de ligne toujours en tant que tambour. Cinq ans plus tard, comme il l’écrit lui-même dans ses « Mémoires », « je quittai les baguettes pour le fusil. Je venais d’être nommé caporal… » C’est dans les rangs de ce régiment qu’il participera à la campagne de Belgique de 1815. En 1820, il entame une brillante carrière dans la police et deviendra, par ses compétences, chef du Service de Sûreté.

CAULAINCOURT (Général Armand-Augustin, marquis de). Grand-Écuyer de l’Empereur, duc de Vicence, 1773-1827. Entré à l’âge de quatorze ans au Royal-Étranger, sous-lieutenant en 1789, Caulaincourt est nommé capitaine au début de la Révolution. Il grimpe rapidement les échelons. En 1797, il est chef d’escadron. Colonel en 1801, il rencontre la même année Bonaparte ce qui marquera le début d’une nouvelle carrière. En 1802, le Premier Consul le nomme aide-de-camp. Caulaincourt est fait général de brigade en 1803.  Il participe à l’enlèvement du duc d’Enghien en mars 1804, en territoire étranger. Grand-Écuyer de l’Empereur en juin 1804, Caulaincourt est nommé général de division en février 1805. Nommé ambassadeur de France en Russie, en 1807, il s’avère être un diplomate confirmé. Il suit Napoléon en Russie, revient avec lui en France en décembre 1812, au terme d’un voyage mémorable de Smorgoni à Paris. Caulaincourt en profitera pour prendre quotidiennement des notes, à l’insu de l’Empereur. Ces derniers formeront un passage de ces Mémoires qui ne paraîtront qu’en 1933. Il participe aux négociations diplomatiques entourant la campagne de Saxe en 1813. Il est nommé ministre des affaires étrangères en novembre de la même année. En 1814, son rôle est primordial lors de la campagne de France et lors du Congrès de Châtillon. Après Waterloo, Caulaincourt est désigné pour siéger au gouvernement provisoire (du 22 juin 1815 au 9 juillet 1815). Cet homme de qualité, fin diplomate et grand serviteur de l’Empire, s’éteint en 1827.

CHASTENAY (Louise-Marie-Victorine de), 1771-1855. Issue d’une famille royaliste, poursuivie par la Révolution, la jeune Victorine se préoccupe de politique. Elle côtoie Bonaparte, Barras, Fouché et d’autres personnages appelés à prendre une importance. Parfaitement à son aise en fréquentant le monde aristocratique et littéraire, elle rencontre madame de Genlis et madame de Staël. Cultivée, très aux faits des événements, elle laissa des « Mémoires » qui témoignent de son esprit d’observation.

DAUTANCOURT (Général Pierre), 1771-1832. Ayant embrassé la carrière des armes en 1792, comme volontaire dans les rangs du 2ème bataillon de Vervins (Aisne), Dautancourt grimpe rapidement les échelons. En 1800, il est capitaine de cavalerie dans la gendarmerie d’élite, en 1804, chef d’escadron et en 1807 major du 1er régiment de chevau-légers lanciers polonais de la Garde Impériale. Nommé général de brigade en 1813, il commande, durant la campagne de France, la 2ème brigade de cavalerie de la Garde. De la campagne de Prusse à celle de France, en passant par la campagne d’Autriche, Dautancourt se bat courageusement. Il est mis en non-activité en septembre 1814, puis reprend du service durant les Cent-Jours en tant que commandant de la Gendarmerie de la Garde Impériale. De nouveau licencié au retour du Roi, en 1815, il sera admis à la retraite comme maréchal-de-camp en 1825 et ne reprendra qu’une brève activité dans les années 1830-1832, occupant les fonctions de commandant de la 1ère subdivision et de la 15ème division militaires.

DURAND (Jean-Baptiste-Alexis), 1794-1853. Originaire de Fontainebleau, d’abord apprenti-menuisier à Paris, il décide d’embrasser la carrière des armes en rejoignant les rangs du 1er régiment des Gardes d’honneur. En 1814, après la première abdication, Durand est à Nantes puis à Bordeaux, cherchant à s’embarquer pour l’Amérique. En mars 1815, avec le retour de Napoléon, il devient sous-lieutenant dans la Garde nationale. Arrêté par les Vendéens insurgés à Saint-Maixent, délivré par la gendarmerie au bout de trois semaines, Durand rejoint l’armée. Au moment de la bataille de Waterloo, il est à Soissons. Après la chute de Napoléon on le retrouve à Bordeaux, puis parcourant le midi de la France, en Suisse et en Italie. Expulsé de Rome à cause de sa pauvreté, Alexis Durand s’installe à Fontainebleau, se marie, et exerce son premier métier de menuisier tout en s’adonnant à sa grande passion de l’écriture.

DURAND (Sophie, née COHONSET).  Épouse du général Durand, elle occupait les fonctions de première dame de l’impératrice. 

FAIN (Agathon-Jean-François, baron), 1778-1837. Lorsque le 27 octobre 1795, le général Bonaparte s’installe à l’hôtel de la première division militaire, rue des Capucines, à Paris, il y trouve un jeune garçon de dix-sept ans, « commis dans les bureaux de la Convention ». C’est Fain. C’est à lui que Bonaparte dicta ses premiers ordres de général en chef.  Par la suite il est chargé de la division des archives à la Secrétairerie d’État aux Tuileries. Par la suite il suivra Maret, secrétaire d’État, tous ses voyages officiels, approchant ainsi le Premier Consul, puis l’Empereur. Début 1806, Fain accède au cabinet de Napoléon en tant que secrétaire-archiviste. Nommé baron en 1809, commandeur de la Légion d’honneur et maître des requêtes au Conseil d’État en 1811, il remplace Méneval en mars 1813, alors secrétaire du Portefeuille. Après la première abdication, Fain se fait plus discret, en se retirant en province, dans sa propriété du Loiret. Après son retour de l’île d’Elbe, Napoléon le réintègre dans ses fonctions. Il suivra l’Empereur à Waterloo.

FÉE (Antoine-Laurent-Apollinaire), 1789-1874.  Nommé pharmacien sous-aide en octobre 1809, il participe à la campagne d’Espagne, à propos de laquelle, il laissera d’intéressants  « Souvenirs ».  En 1815, après avoir été reçu Maître en pharmacie au sein de l’École de pharmacie de Strasbourg, Antoine Fée participe à la campagne de Belgique. En avril de la même année, il est nommé pharmacien aide-major à la 3ème division (général Marcognet) du 1er corps d’armée (général Drouet d’Erlon).

FRANCONIN (Commandant François), 1788-1857. Entré au service en 1807 aux fusiliers-grenadiers, il passe caporal en 1810 au  1er régiment de tirailleurs, puis fourrier au même régiment, en mai 1811. Quelques mois plus tard on le retrouve dans les rangs du 2ème régiment de grenadiers avec ce même grade. En  avril 1813, Franconin est nommé sergent-major au 1er régiment de grenadiers, puis lieutenant en deuxième second en mars 1814.  Passé au fameux Bataillon de l’île d’Elbe (4ème compagnie) en mai de la même année, il est nommé après le retour de Napoléon à Paris lieutenant en premier, sous-adjudant-major.

GIROD DE L’AIN (Général Félix) 1789-1874. En décembre 1805, le jeune Girod de l’Ain entre à l’École militaire de Fontainebleau. A sa sortie, il est nommé sous-lieutenant et affecté à titre provisoire au 9ème régiment d’infanterie légère. Il se bat en Pologne et en Espagne. Il sera nommé en 1810 adjudant-major. Début 1812, il quitte le 9ème léger et devient capitaine aide-de-camp du général Dessaix. L’année suivante nous le retrouvons comme aide-de-camp du général Curial. Il participe à la campagne de 1813 en Allemagne et devient chef de bataillon. Girod de l’Ain est engagé dans la campagne de France avec ce même grade. Durant les Cent-Jours, il suit le général Curial nommé par l’Empereur commandant de la 7ème division militaire. Mis en demi-solde après l’Empire, il est néanmoins réintégré dans l’armée dès 1818.

GOURGAUD (Général Gaspard), 1783-1852. Il entre en 1799 à l’École polytechnique, puis rejoint en 1801 l’école d’artillerie de Châlons comme sous-lieutenant. Affecté comme lieutenant en second en 1802 au 7ème régiment d’artillerie à pied Gourgaud devient au début de l’année suivante adjoint au professeur de fortification de l’École d’artillerie de Metz. Mais quelques mois plus tard, il passe au 6ème régiment d’artillerie à cheval. Gourgaud participera à toutes les campagnes de l’Empire. Il est à Ulm, à Vienne, à Austerlitz. Il combat en Prusse et en Pologne. En 1808 il est nommé capitaine, après avoir reçu l’année suivante la croix de la Légion d’honneur. Il se bat en Autriche dans les rangs de son 6ème régiment d’artillerie à cheval. Après un passage en 1810 à la manufacture d’armes de Versailles où il travaille à l’élaboration d’un nouveau fusil, Gourgaud part en Espagne. Il se distingue au siège de Saragosse, puis est rappelé et expédié en mission à Dantzig. Le 3 juillet 1811, Gourgaud est nommé officier d’ordonnance de l’Empereur.  Présent lors de la campagne de Russie, il sauve (une première fois) la vie de Napoléon en découvrant lors de l’incendie de Moscou, un énorme dépôt de poudre dans le Kremlin, où résidait l’Empereur et son état-major. En récompense il reçoit le titre de baron d’Empire alors qu’il n’est encore qu’un simple capitaine. Lors du passage de la Bérézina, Gourgaud traversa par deux fois à la nage ce cours d’eau glacé, afin de reconnaître les rives et permettent ainsi l’établissement des ponts  qui permirent le passage de l’armée. Cet exploit lui valut le grade de chef d’escadron et le titre de premier officier d’ordonnance de l’Empereur ; un titre crée spécialement pour lui.  En 1813, en Saxe, il est non loin de l’Empereur. Lors de la campagne de France, à Brienne, le 29 janvier 1814, il sauve une seconde fois l’Empereur en tuant d’un coup de pistolet un cosaque qui était sur le point de transpercer le souverain de sa lance. Il est nommé par la suite colonel et commandeur de la Légion d’honneur. Après la première abdication, Gourgaud  est admis dans les gardes du corps de Louis XVIII et reçoit la croix de Saint-Louis, puis nommé chef d’état-major de la 1ère division militaire. Au retour de l’Empereur, il participe à la campagne de 1815. Nommé général de brigade et aide-de-camp de l’Empereur le 21 juin 1815, il le suivra dans son exil à Sainte-Hélène. Toutefois, ce personnage, militaire courageux et tout dévoué, est d’un caractère ombrageux, impulsif et jaloux. Le huit-clos si particulier de Sainte-Hélène lui deviendra rapidement insupportable. Il en part le 14 mars 1818.

GRIOIS (Général Charles), 1772-1839. Après avoir achevé ses études, Griois décide d’embrasser la carrière des armes et passe le concours d’entrée de l’École d’artillerie de Châlons en 1792. Il est reçu 26ème sur 47. Nommé lieutenant au 4ème régiment d’artillerie, il est dans les Pyrénées-Orientales en mars 1793, puis regagne la vie civile. En mai 1800, Griois est nommé capitaine en second au 4ème d’artillerie et rejoint  l’état-major de l’artillerie à l’Armée de réserve. Il participe à la campagne d’Italie, puis est nommé capitaine en premier et tient garnison à Brest, à Grenoble et à l’île d’Elbe. Premier chef d’escadron au 1er régiment d’artillerie à cheval en 1803, il est nommé major quelques mois plus tard. Au début de l’année 1806 Griois est chef d’état-major de l’Armée de Naples, nous le retrouvons trois ans plus tard en Autriche. Il y arrive alors que la campagne est achevée et regagne l’Italie. En juin 1811, il est nommé colonel du 4ème régiment d’artilleur à cheval et prend part à la campagne de Russie. En 1813, Griois accède au grade de major de l’artillerie de la Garde et participe à la  campagne d’Allemagne. L’année suivante, il est attaché à la cavalerie de la Garde, placée sous les ordres de Nansouty, puis de Belliard et enfin de Sébastiani. Nommé directeur de l’artillerie à Mézières, durant la Première Restauration, il est chargé au  retour de l’Empereur en mars 1815, d’organiser la défense des places de l’Ardenne, sous les ordres du général Vandamme. A la fin de 1815 Griois occupe les fonctions de directeur d’artillerie au Havre. Il était commandeur de l’ordre de la Légion d’honneur (12 août 1813) et chevalier de l’ordre royal de Saint-Louis. Griois était également chevalier de la Couronne de Fer et enfin baron de l’Empire depuis le 16 août 1813.

C.B. 

A suivre.

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( 8 février, 2019 )

De quelques personnages méconnus…

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Le retour de l’île Elbe est le prétexte d’évoquer ici plusieurs personnages…

Commençons par Jean Dumoulin (1786-1856). « Il suivra l’Empereur jusqu’à Paris, jusqu’à Waterloo où un coup de sabre le rend à demi-sourd. Prisonnier quelque temps des anglais, il réussira à faire fortune à Londres puis à Amsterdam. Revenu en France, il s’établit à Paris où il essuie des revers… » (Sophie et Anthelme Troussier, « La Chevauchée héroïque du Retour de l’île d’Elbe », Grenoble, Imprimerie Allier, 1964, p.148). N’oublions pas son compère, un autre des partisans de l’Empereur : « Apollinaire Emery [1786-1821], alors âge de trente ans, né au Grand-Lemps (Isère), dans l’arrondissement de La Tour du Pin, avait, comme chirurgien de la Garde, suivi Napoléon à l’île d’Elbe. Il accompagnait l’Empereur dans la marche sur Paris. Le 3 mars 1815, il reçut à Castellane un des passeports en blanc que Napoléon avait exigés du maire de cette ville et il partit en avant, comme s’il avait un congé et rentrait dans sa famille. Sur son chemin, il rencontra le général Mouton-Duvernet et lui assura que la garnison d’Antibes et que Masséna même s’étaient déclarés pour l’Empereur .Mouton écrivit au général Marchand qu’Emery allait à Grenoble et qu’il fallait l’arrêter. Mais Emery se cacha et il avait eu le temps d’annoncer l’arrivée de Napoléon et de distribuer ses proclamations », écrit à son propos Arthur Chuquet dans ses « Lettres de 1815 » (Librairie Ancienne, Honoré Champion, Éditeur, 1911). « L’Empereur avait, depuis quelques années, dans sa Garde, une jeune chirurgien de Grenoble (Emery), qui avait offert de suivre à l’île d’Elbe les compagnies accordées à Napoléon par le traité de 1814. Il avait quitté momentanément ces compagnies, à Lyon, pour venir à Grenoble prendre congé de ses parents et de ses amis. M. Emery mit à profit son séjour dans cette ville et y forma des liaisons avec quelques partisans déterminés de l’Empereur, entre autres avec un de ses confrères et un jeune gantier (Jean Dumoulin). On présume qu’ils se concertèrent pour établir entre eux une correspondance secrète et l’on assure que des paquets de gants de Grenoble transportaient périodiquement à Porto-Ferrajo [Portoferraio] des bulletins circonstanciés des bulletins sur l’état des choses et des esprits en France ». (J. Berriat de Saint-Prix, «Napoléon 1er à Grenoble. Histoire du 7 mars 1815 », Grenoble, Maisonville et Fils et Jourdan, Libraire-Editeurs. Paris, Auguste Durand, Libraire de la Bibliothèque des Avocats, p.25). Sur ces deux personnages, il faut lire l’ouvrage d’Albert Espitalier et intitulé : « Deux artisans du Retour de l’île d’Elbe. Le chirurgien Emery et le gantier Dumoulin » (Grenoble, B. Arthaud, 1934).

Qui connaît Jean Sari (1792-1863) ? Aspirant de marine en 1814, Sari refuse de se rallier à la Première Restauration et gagne l’île d’Elbe. Napoléon le reçoit avec empressement. Il est nommé enseigne en second de l’Inconstant le 9 juillet 1814. Ayant fait preuve d’audace au cours du premier voyage que fit l’Empereur à l’île de la Pianosa, c’est lui qui tient la barre de l’Inconstant dans la nuit 26 février 1815. Sari devient commandant de ce même navire le 27 mai 1815. Rayé des cadres de la marine en juillet 1815, il est obligé de quitter la France. En 1818, Sari est envoyé par Madame Mère au service de Joseph Bonaparte, au États-Unis. Il sera à son service durant quinze ans. Il devient son intendant et effectue pour son compte plusieurs missions en Europe. Sari sera en relation avec le prince Louis Napoléon, futur Napoléon III, dans ses menées bonapartistes.

Honoré de Grimaldi (1778-1841), qui règnera en 1819 à Monaco, après la mort de son père, sous le nom d’Honoré V. Entre 1798 et 1809, il fut aide camp de Grouchy, puis de Murat. « Dans la soirée, le poste avancée du côté de Cannes arrêta un courrier qui fut amené au bivouac de l’Empereur. Cet homme fit connaître qu’il était au service du Prince de Monaco, dont il précédait la voiture et qu’antérieurement il avait postillon de l’impératrice Joséphine. Quelques gens des écuries le reconnurent pour tel. L’Empereur le questionna sur l’esprit public de la capitale, sur ce que l’on disait de lui, Napoléon, sur les Bourbons, etc. Sa Majesté parut assez satisfaite de ce lui répondit ce courrier ; elle congédia en lui disant de continuer sa route. Il allait à Monaco » (Mameluck Ali, « Souvenirs sur l’empereur Napoléon 1er. Présentés et annotés par Christophe Bourachot », Arléa, 2000, pp.91-92). « 2 mars [1815]. A minuit, le départ eut lieu. Cette première marche fut silencieuse. Nous nous trouvions lancés dans une entreprise très périlleuse. L’Empereur vit à la poste le prince de Monaco, lui fit beaucoup de questions et lui dit en partant : – « Venez-vous avec nous, Monaco ?… » (G. Peyrusse, « En suivant Napoléon. Mémoires… », Editions AKFG, 2018). « Vraisemblablement, le seul encouragement que Napoléon reçut à Cannes lui fut donné par le courrier du duc de Valentinois. Cet homme assura que la Provence une fois traversée, tout le monde serait pour l’Empereur. Le prince fut aussi amené au bivouac. « -Venez-vous avec nous, Monaco ? » demanda l’Empereur en riant. « -Mais, Sire, je vais chez moi. » « -Et moi aussi, « répondit Napoléon. » (Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…», p.214). Chuquet a publié en 1913 dans sa revue « Feuilles d’Histoire » deux lettres inédites sur cet épisode.

André Pons de l’Hérault (1772-1853) prend la direction des mines de fer de l’île d’Elbe, dès son arrivée sur place le 16 octobre 1809. Républicain de la première heure, ayant croisé Bonaparte en 1793 à Toulon, il apprend à connaître l’Empereur durant son séjour elbois. Il en deviendra un des plus actifs partisans. Pons de l’Hérault suit le souverain lors de son retour en France et il est envoyé en mission par Napoléon auprès de Masséna (à Marseille), afin de le rallier à sa cause. Durant les Cent-Jours, Il est nommé préfet du Rhône. André Pons de l’Hérault a laissé un très précieux témoignage qui parut pour la première fois en 1897sous les auspices de Léon-G. Pélissier. Pons est également l’auteur d’un autre témoignage intitulé « Mémoire aux puissances alliées », qui sera publié en 1899.

Le docteur Foureau de Beauregard (1774-1848), élève du célèbre Corvisart, avait été médecin par quartier de l’Infirmerie impériale. Il avait fait comme tel la campagne de France. « Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement « une commère » et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », p.93). Présomptueux et suffisant, phraseur sans idées, Foureau de Beauregard se croit un aigle, alors qu’il n’est qu’un homme très ordinaire. Médisant et de mauvaise foi, il se crée des ennemis partout ; il est la risée de la cour où on l’appelle Purgon, allusion à l’un des médecins de la pièce du grand Molière, « Le Malade imaginaire ».

François Gatte (ou Gatti) (1789-1832) était pharmacien de l’hôpital militaire de Portoferraio. Reçu docteur en pharmacie à Paris, Gatte participe a partir de 1808 aux campagnes de l’Empire. A l’île d’Elbe il est en charge du personnel de la maison de l’Empereur. « C’est un homme sans instruction qui ne cherche même pas à se perfectionner. Il se contente de préparer le plus consciencieusement possible les ordonnances qu’on lui remet. Avec cela modeste et doué d’une nature aimable, complaisante. Il a le désir de plaire et est aimé de tout le monde, surtout de sa femme, la belle et vertueuse Bianchina Ninci qu’il a épousé le 28 octobre 1814 à l’île d’Elbe. Malgré son caractère facile, il se dispute violemment avec le médecin-chef [Foureau de Beauregard] et de nombreuses querelles s’élèvent entre eux. Napoléon est souvent obligé d’intervenir. »

Jules Loubers (1785-après 1840) commandait à l’île d’Elbe la 4ème compagnie de la Garde Impériale. Après un début dans les troupes italiennes, Loubers entre comme capitaine au 1er grenadiers à pied de la Garde Impériale. « Le capitaine Jules Loubert [Loubers] affectait les allures de ce qu’on appellerait une personne bien née ; ce qui n’est pas toujours la preuve d’une haute naissance. Cependant le capitaine Loubert [Loubers] était « fils de famille », comme on disait jadis. Ses prétentions aristocratiques le rendaient impopulaire ; il n’était pas aimé. L’Empereur le chargea d’aller à Gênes acheter des draps. Puis il le choisit pour être le danseur de la princesse Pauline, ce qui était un bon choix, car le capitaine Loubert [Loubers] dansait parfaitement. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », pp.326-327).

Le commandant Anselme Malet (1779-1815) était chef d’état-major de la Garde à l’île d’Elbe. Il sera tué à Waterloo… André Pons de l’Hérault qui l’a côtoyé sur place, écrit dans ses « Souvenirs » qu’il « avait peu d’instruction, mais c’était une belle nature de soldat, de bon soldat, franc, loyal, dévoué, pouvant honorablement remplir sa tâche et la remplissant à la complète satisfaction de l’Empereur… ». Cet officier, blessé plusieurs fois, participa aux campagnes d’Italie, d’Égypte, de 1805/1807. On retrouve Malet en Espagne, puis plus tard en Autriche. Il est en Russie, en Allemagne et participe à la campagne de France. « Après avoir commandé le bataillon de la Garde Impériale ayant accompagné l’Empereur à l’île d’Elbe, il est promu major dans la Garde Impériale le 27 février 1815 à l’âge de 37 ans et 22 ans de service. Major du 3ème régiment de chasseurs à pied de la Garde Impériale le 13 avril 1815, il participe avec l’Armée du Nord à la campagne de Belgique et est blessé d’un coup de boulet à l’épaule gauche à la bataille de Waterloo, 18 juin 1815. Décédé aux ambulances de Charleroi des suites de ses blessures le 9 août 1815. » (B. Quintin, « Dictionnaire des colonels de Napoléon », SPM, 1996, pp.563-564).

Nicolas Raoul (1788-1850) que l’on ne confondra pas avec un autre officier, Jacques Roul (1775-1840). Raoul, enfant de troupe au 5ème régiment d’artillerie à pied le 21 mai 1802, entre le 1er octobre 1806 à l’École polytechnique et passe comme élève sous-lieutenant au 5ème régiment d’artillerie à pied le 27 juin 1809 pour prendre part aux campagnes d’Allemagne de 1809 à 1811. Il sert au siège de Riga pour être promu capitaine le 22 juillet 1812. Nicolas Raoul participe à la campagne de Russie et entre dans l’artillerie de la Garde Impériale, comme lieutenant le 1er octobre 1812. Il est à Bautzen, Dresde et à Leipzig, en 1813. Il a un cheval tué sous lui à Hanau. En 1814, Raoul se bat à Brienne, Montereau, et à Arcis-sur-Aube. Lors de la première abdication de l’Empereur, il suit le général Drouot, avec le grade de capitaine de la Vieille Garde, à l’île d’Elbe. Il sera notamment chargé de fortifier la petite île de la Pianosa et d’aménager la résidence impériale de San Martino. Au retour de Napoléon, qu’il a suivi jusqu’à Paris, Raoul est nommé chef de bataillon dans l’artillerie de la Garde, avec rang de major dans ligne. Il participe à la campagne de Belgique. Grièvement blessé à Waterloo, il reste sur le champ de bataille, la cuisse brisée. Il est fait prisonnier. Soigné probablement à Bruxelles, Raoul est libéré sur parole et rentre des foyers à Neufchâteau (Vosges) en septembre 1815. Plus tard, il devra fuir la France pour les États-Unis d’Amérique, puis le Guatemala ou il œuvra, afin que ce pays reste indépendant, tout en exploitant une importante propriété agricole. Début 1833, Nicolas Raoul rentre en France. Sur les recommandations des généraux Drouot et Bertrand, Raoul avait été nommé par Louis-Philippe lieutenant-colonel et réintégré sur les contrôles de l’artillerie française. Il occupe donc des postes à Douai, à Lyon, Perpignan et Besançon. Le 19 juillet 1845, il est nommé maréchal de camp, puis le 24 octobre 1848, commandeur de la Légion d’honneur. Enfin, le 7 janvier 1849, Raoul est nommé commandant de l’artillerie de la 1ère division militaire à Vincennes. Il s’éteint le 20 mars 1850, date-anniversaire du retour de Napoléon à Paris. Concernant Jacques Roul, dont le nom est parfois orthographié Ruhl, cet « officier casseur d’assiettes et tapageur » Napoléon transmet une note à son sujet au grand maréchal Bertrand : « Longone, le 11 septembre 1814. Fonctions du chef d’escadron Roul. Le sieur Roul aura le commandement de toute ma cavalerie : en conséquence, les Polonais, chasseurs, Mamelucks, tant à pied qu’à cheval, seront sous ses ordres ; il m’accompagnera constamment à cheval, et il lui sera donné un cheval de mon écurie avec deux pistolets ; il commandera mes escortes et prendra les mesures de sûreté convenables ; il se concertera avec le commandant de gendarmerie pour le placement des gendarmes dans les lieux de passage, mais jamais les gendarmes ne devront me suivre… » (Léon-G. Pélissier, « Le Registre de l’île d’Elbe… », pp.113-114). A noter que Roul était « arrivé à l’île d’Elbe après le débarquement de Napoléon, il se disait chef d’escadron d’artillerie et manifestait une exaltation débordante pour l’Empereur à qui il avait offert ses services. Les soldats de la Garde l’accueillirent avec empressement et Napoléon le nomma premier officier d’ordonnance. On sut rapidement qu’il n’était que capitaine d’où des explications violentes avec des officiers de la Garde. Bien qu’aucun document officiel ne parle de ce premier officier d’ordonnance il est pourtant repris comme tel dans des lettres de l’Empereur ».

C.B.

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( 7 février, 2019 )

Un méconnu de l’Épopée: l’adjudant-commandant Zenowicz

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Georges Zenowicz voit le jour, probablement en 1775 dans une famille de la noblesse polonaise qui possède d’immenses propriétés dans le nord-est lithuanien. En 1797, il s’attire les foudres de la police du Tsar en conspirant contre la toute puissante Russie occupée à dépecer son pays. Pourchassé, il rejoint Dombrowski, un autre patriote polonais, en Italie. Après plusieurs péripéties, Zenowicz gagne l’état-major de l’armée d’Italie qui est alors commandée par un jeune général du nom de Bonaparte. Blessé une première fois lors du combat de La Trebbia, en juin 1799, il reçoit une nouvelle blessure à Novi, en août suivant. Promu chef d’escadron en 1800, il est confirmé dans son grade par une lettre de service datée du 5 décembre 1805. C’est à cette époque qu’il entame les démarches nécessaires afin d’être naturalisé français. 1805, Zenowicz combat en Autriche. Il est également présent en Prusse, en 1806 ainsi qu’en 1807, où il sert sous Oudinot. Il se distingue à Essling, en mai 1809; se fait remarquer à Wagram, le 6 juillet de la même année, en marchant à la tête de son bataillon, qui fait partie de la colonne d’attaque destinée à briser le centre ennemi. Au cours de cette action, il reçoit une contusion à la tête. Suite à cette action, un décret impérial, peut-être signé à Vitebsk, le nomme adjudant-commandant. Le 9 août 1812, sa probité étant mise en doute, une enquête administrative lui vaut d’être mis en disponibilité ce qui l’empêche de participer aux campagnes de 1812 et de 1813. Le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe Juan. Zenowicz assaille littéralement les bureaux afin d’être réincorporé dans l’armée. Il finit par obtenir gain de cause. Il est affecté à l’état-major du 1er Corps de l’Armée du Nord placé sous les ordres du général Drouet d’Erlon. Le 15 juin 1815, l’armée française franchit la frontière au sud de Charleroi. Vers midi, les marins de la Garde enlèvent le pont qui enjambe la Sambre à Charleroi, ouvrant ainsi la ville aux troupes dirigées par l’Empereur en personne. Zenowicz, à la recherche de l’état-major du 1er Corps, passe par Charleroi où il rencontre Maret, duc de Bassano qui le charge de porter plusieurs dépêches à l’Empereur. C’est ainsi qu’on retrouve Zenowicz au Caillou le 17 juin au soir. Le 18 juin, bien que ne faisant pas partie de l’état-major général, c’est à lui que Napoléon confie le premier ordre destiné au maréchal de Grouchy. En effet, il est étonnant qu’un officier se trouvant par hasard au quartier-général, et n’ayant fait l’objet d’aucune autorisation de déplacement, soit choisi en lieu et place des aides-de-camp et autres officiers d’ordonnance attachés à la personne de l’Empereur. Le 19 juin, lors de la retraite de Grouchy, Zenowicz se trouve auprès du commandant du 3ème  Corps, le général Vandamme. Il a été quelquefois accusé de la transmission tardive des ordres de l’Empereur auprès du maréchal de Grouchy. De retour en France, il a recours aux chevaux de poste pour se rendre à Laon afin d’être, selon ses dires, le premier à apporter la nouvelle au quartier-général que le corps de Grouchy est sauvé. Par la suite il suivit l’armée de la Loire, où il était employé pour la communication avec les Alliés sur la ligne attribuée à l’armée selon le Traité de Paris. Sous la Restauration, Zenowicz sera impliqué dans l’impression d’écrits hostiles au gouvernement royal. Expulsé de France, il passe en Allemagne, puis en Espagne et en Angleterre, avant de s’installer à Bruxelles, où il s’éteint en 1853.

Zenowicz avait rédigé un ouvrage : « Waterloo. Déposition sur les quatre journées de la campagne de 1815 » (Paris, Ledoyen, Libraire, 1848, 71 pages).

Capitaine P. MATZYNSKI

 

 

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( 6 février, 2019 )

Quelques figures d’Empire (I)

Napoléon à cheval

ALI (Mameluck), de son vrai nom Louis-Etienne SAINT-DENIS, 1788-1856. En 1806, Saint-Denis entre au service des équipages de la maison de l’Empereur, grâce à l’appui d’une connaissance de son père : le général de Caulaincourt, grand-écuyer de Napoléon. Il suit le souverain en Espagne, en Allemagne et en Hollande. En décembre 1811, il passe au service intérieur comme second mameluck ; le premier étant Roustam. Cette promotion lui vaut de changer de nom. Désormais il s’appellera Ali. Les deux mamelucks suivent Napoléon en tous lieux et veillent sur sa personne. Plus d’une fois, Ali couchera en travers de la porte conduisant aux appartements de Napoléon, allongé tout habillé sur un simple matelas posé sur le sol, son sabre à ses côtés, prêt à bondir au moindre bruit suspect. Il participe à la campagne de Russie et à une grande partie de celle de 1813 Après la fuite de Roustam en avril 1814, Louis-Etienne Saint-Denis devient premier mameluck ; il suit l’Empereur à l’île d’Elbe, sera présent non loin de lui à Waterloo, avant de l’accompagner dans le dernier acte de son existence : Sainte-Hélène…

ABOVILLE  (Général Augustin-Marie, baron d’), 1776-1843. En 1792, il est élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie de La Fère. Il en sort avec le grade de lieutenant au 7ème régiment d’artillerie. Durant la période 1792-1794, il rejoint les rangs de l’armée d’Italie (il y obtient le grade de capitaine), de l’armée de Moselle (suspendu pendant près d’un an comme étant noble), de celle de Rhin-et-Moselle et à nouveau de celle d’Italie. En 1807, d’Aboville est nommé colonel et chevalier de la Légion d’honneur, puis l’année suivante il reçoit le grade de major de l’artillerie à cheval de la Garde Impériale. Il se fait remarquer lors de la campagne d’Autriche en 1809 ; a un bras  emporté à la bataille de Wagram. Il est nommé général de brigade peu après, reçoit le titre de baron de l’empire et est nommé à la direction de l’école d’artillerie de La Fère. En 1814, d’Aboville est appelé au commandement de l’artillerie destinée à la défense de Paris. Il combattit vaillamment face à un ennemi nombreux et déterminé.

AUBRY (Capitaine Thomas-Joseph), 1780-1865. Il entre au 12ème régiment de chasseurs à cheval en 1798. Durant toute sa carrière militaire Aubry ne quittera pas ce régiment et participe à de nombreuses campagnes de l’Épopée. Citons celles d’Italie, de 1805 (présent à Austerlitz), à celles de Prusse (il est à Iéna), de Pologne (Aubry est à Eylau et à Friedland). En 1809, il est de nouveau en Autriche et se bat à Eckmühl et à Wagram. En 1812, le capitaine Aubry il part pour la campagne de Russie. Fait prisonnier fin 1812, il ne recouvre la liberté qu’en 1814 et songe alors à prendre sa retraite. Mais le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan. Aubry ne pose pas son sabre comme prévu et on le retrouve lors de la campagne de Belgique. Pus tard, il combat à Rocquencourt (1er juillet 1815) et sera de cette armée en retraite sur la Loire.

BELLIARD (Général Augustin-Daniel), 1769-1832. Engagé volontaire dans la tourmente révolutionnaire en 1790, il est élu par ses concitoyens de Fontanay-le-Comte (Vendée) capitaine de la 1ère compagnie des volontaires. Engagé en 1791, Belliard participe, dans les rangs de l’armée du nord, aux batailles de Valmy, de Jemmapes et de Neerwinden. Plus tard, on le retrouve dans l’armée d’Italie commandée par le général Bonaparte. En 1796, il se bat notamment  à Castiglione et à Arcole, puis durant la campagne d’Égypte (1798-1800). Nommé général de division à son retour, il dirige la 24ème division militaire à Bruxelles, puis prend part aux fameuses campagnes d’Allemagne et de Prusse, en 1805-1806, comme chef d’état-major de Murat ; il combat à Austerlitz. Belliard est à Eylau et à Friedland en 1807, puis occupe les fonctions de gouverneur de Berlin avant d’être expédié en Espagne, où il sera nommé gouverneur de Madrid en 1808. Le général Belliard s’illustre encore durant la campagne de Russie ; il est grièvement blessé à Mojaïsk, en septembre 1812. Nommé colonel-général des cuirassiers, Belliard participe à la campagne d’Allemagne de 1813. Blessé une nouvelle fois grièvement à Leipzig (octobre 1813), il se bat à Hanau. Nommé major général de l’armée, il réorganisera à Metz les troupes, décimées et affaiblies. En 1814, Belliard reprend du service. Il commande un corps de cavalerie. Il  combat à Montmirail, à Château-Thierry, à Reims, à Fère-Champenoise. C’est lui qui, dans la soirée du  30 mars 1814, à Juvisy, apprendra à Napoléon la chute de Paris. Sous la première Restauration, Belliard est nommé Pair de France, chevalier de Saint-Louis par le Roi. Durant les Cent-Jours, il rejoint Murat à Naples et prend part à la bataille de Tolentino (mai 1815). A son retour à Paris, Napoléon le nomme au commandement des 3ème et 4ème divisions militaires chargées de mettre les places-fortes de l’Est en état de défense.  Comte de l’Empire en 1810, Belliard avait été nommé grand-croix de l’ordre de la Légion d’honneur.

BELLOT DE KERGORRE (Alexandre), 1784-1840. De 1806 à 1810, il est employé au quartier-général de la Grande-Armée, en tant qu’aide-garde-magasin du service des vivres, puis comme garde-magasin et enfin comme contrôleur. Après son licenciement en 1810, il est employé dès l’année suivante comme secrétaire de l’ordonnateur en chef Mazeau pour l’organisation des équipages de l’armée d’Espagne. En 1812, nous le trouvons comme employé au quartier-général de la Grande-Armée en Russie, occupant  les fonctions d’adjoint provisoire aux commissaires des guerres. L’année suivante, Bellot de Kergorre est nommé adjoint titulaire et employé au quartier-général de la Garde, et dans la 4ème division de cette même garde. En 1814, il est nommé dans la Vieille-Garde afin d’être employé au quartier-général de la Garde et dans la 2ème division (Vieille-Garde). Mis en non-activité septembre 1814, Bellot de Kergorre reprend du service en mars 1815 ; il est employé dans les places de Paris et d’Amiens. Une ordonnance en date du 15 novembre 1815 lui confère à part entière le titre de commissaire des guerres, rétroactivement à compter du 7 janvier de la même année. Il avait été nommé chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1823.

BELLY DE BUSSY (Colonel David-Victor) 1768-1848. En 1784, il est aspirant au corps royal d’Artillerie.  Nommé lieutenant en second au régiment de La Fère, le 1er septembre 1785, le même jour que le jeune Bonaparte. Belly de Bussy fut respectivement promu lieutenant le 1er avril 1791 et second capitaine le 6 février 1792.  Démissionnaire le 1er juin 1792, il émigre et sert, de 1793 à 1796, dans un « rassemblement » d’officiers d’artillerie alors réuni à Ostende sous les ordres du colonel de Quiefdeville. Il fit campagne avec ce « rassemblement » en Hollande et dans la baie de Quiberon, puis alla s’établir en Allemagne où, pour vivre, il loua paraît-il, une boutique, et devint un excellent pâtissier dont les affaires prospérèrent vite. Étant parvenu à se faire rayer de la liste des émigrés, Bussy rentra en France en 1802. Pris pour guide, le 7 mars 1814, à la bataille de Craonne, il fut remis en activité, nommé colonel d’artillerie et aide de camp de l’Empereur le 11 mars ; c’est en cette qualité qu’il assista aux batailles de Reims, d’Arcis-sur-Aube et de Saint-Dizier. A Fontainebleau, avant de quitter la France pour l’île d’Elbe, Napoléon lui fit don de 50.000 francs. Mis en non-activité le 1er juillet 1814, Belly de Bussy, qui avait sollicité un service actif, fut nommé à la Direction d’artillerie de La Fère, le 12 mars 1815.  Quelques jours après, au retour de l’île d’Elbe, il rejoignit l’Empereur à Paris et reçut, le 11 avril 1815, la Direction du parc d’artillerie de la Garde impériale. Le 10 juin suivant, il quitte Paris pour Laon, en qualité d’aide-de-camp de l’Empereur. Après Waterloo, Bussy s’arrêta à Laon, le 20 juin ; il y tomba malade et se fit transporter à Paris dix jours après. Mis en non-activité le 1er septembre 1815.

BEUGNOT (Comte Jean-Claude), 1761-1835. Député à la Législative, puis emprisonné sous la Terreur, Beugnot entre au Ministère de l’Intérieur au lendemain du 18 Brumaire. Préfet de la Seine-Maritime, il devient conseiller d’État en 1806, chargé de l’organisation du Royaume de Westphalie (gouverné par Jérôme Bonaparte). En 1807, il y devient ministre des Finances, puis administrateur du Grand-duché de Berg et chevalier de l’Empire en 1808. En 1809, ce haut fonctionnaire est nommé officier de la Légion d’honneur et comte de l’Empire. Préfet du Nord en 1813, Louis XVIII le nomme en 1814, Directeur général de la Police, puis ministre de la Marine en décembre de la même année (c’est le comte Anglès qui le remplacera dans cette première fonction). Beugnot suit le Roi à Gand (Belgique) durant les Cent-Jours.

BIOT (Colonel Hubert-François) 1778-1842. Il s’engage au 11ème chasseurs, peu avant sa vingtième année. Nommé sous-lieutenant en mai 1809, lieutenant en août de la même année, il devient aide-de-camp du général de cavalerie Pajol, qu’il suivra jusqu’en 1815. Nommé capitaine en avril 1812, il reçoit la croix de la Légion d’honneur en septembre pour le courage dont il a fait preuve lors des combats autour de Minsk et de Smolensk. Il participe à la campagne d’Allemagne l’année suivante. Lors de celle de France, il se fera remarquer une nouvelle fois à Montereau, aux côtés du général Delort, dévalant, dans une charge furieuse, le plateau de Surville en direction des ponts qui enjambent  l’Yonne et la Seine. En 1815,  Biot sera en Belgique. Il s’est éteint en 1842.

BOURGOING (Baron Paul de), 1791-1864. Ce fils de diplomate embrasse la carrière militaire à l’âge de vingt ans. Après deux années passées à Saint-Cyr, il devient sous-lieutenant, puis est placé dans la Jeune Garde. Il participe à la campagne de Russie, à celle d’Allemagne, avant de combattre en 1814. Le sous-lieutenant de Bourgoing est présent à Fère-Champenoise puis à Paris, lors des combats autour de la capitale. Il était aide-de-camp du maréchal Mortier (duc de Trévise). Démissionnaire en 1815, Paul de Bourgoing entame une carrière diplomatique. Pair de France en 1841, il est ambassadeur en Espagne en 1849, puis est nommé sénateur à la fin de l’année 1862.

BRO (Général Louis), 1781-1844. Après avoir participé très jeune à la campagne de Saint-Domingue dans les rangs du 1er régiment de hussards, il est nommé brigadier en février 1801. En 1804, Bro accède au grade de lieutenant, occupant les fonctions d’aide-de-camp du général Augereau (le frère du maréchal). Il part pour l’Allemagne afin de rejoindre le 7ème corps de la Grande-Armée. Début 1807, il est nommé capitaine au 7ème hussards (commandé alors par le fameux Édouard de Colbert). Il est présent à Eylau, à Heilsberg et à Friedland. En 1809, Bro se distingue à Wagram et passe en septembre 1809 aide-de-camp du général de Colbert.  Affecté début décembre 1811 au 5ème escadron de chasseurs à cheval de la Garde, il est lieutenant en premier. Bro participe à la campagne de Russie, puis à celles d’Allemagne et de France. Au retour de l’Empereur en 1815, il est nommé colonel chef d’état-major de la 3ème division de cavalerie du 2ème corps d’observation, puis, quelques jours après, l’Empereur le met à la tête du 4ème régiment de chevau-légers lanciers. Blessé grièvement à Waterloo, il doit quitter le champ de bataille.

C.B. 

A suivre.

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( 5 février, 2019 )

Le lieutenant-colonel Louis-Nicolas Périolas, vétéran de la Grande-Armée et personnage balzacien…

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Le lecteur qui parcourt « Le médecin de campagne » (paru pour la première fois en 1833) d’Honoré de Balzac, peut y croiser un certain commandant Genestas « … ma vie est la vie de l’armée ; toutes les figures militaires se ressemblent. N’ayant jamais commandé, étant toujours resté dans le rang à recevoir ou à donner des coups de sabre, j’ai fait comme les autres.  Je suis allé là où Napoléon nous a conduits, et me suis trouvé en ligne à toutes les batailles où a frappé la Garde impériale. », Genestas au bon docteur Benassis (le fameux Médecin de campagne). Comme bien souvent dans l’œuvre du grand écrivain, l’imaginaire est inspiré de la réalité. Le personnage qui avait les traits du lieutenant-colonel Pierre-Joseph Genestas, était un des amis de Balzac : Louis-Nicolas Périolas, ayant participé aux campagnes de l’Empire. « Périolas était d’une taille au-dessus de la moyenne et d’une figure « si belle et impassible » qu’elle resta gravée dans la mémoires de ceux qui la connurent », écrit Jouenne d’Esgrigny dans ses « Souvenirs de Garnison » (publiés en 1873).  Marcel Bouteron, un des plus éminents balzaciens du début du 20ème siècle, ajoute que « Le caractère de Périolas était à l’avenant : « froid et réfléchi, calme et ferme, quelquefois un peu roide, quoique soumis », nous disent les notes des inspecteurs.

Un beau type de soldat !

Avec cela, « capable », savant, d’une grand instruction théorique, connaissant toutes les manœuvres, parlant l’allemand et l’italien ».  Si Balzac fait naître Genestas en 1779, Louis-Nicolas Périolas, lui en revanche,  voit le jour le 23 octobre 1785, à Tournon, dans l’Ardèche. Issu d’une famille d’ingénieurs des travaux publics du Vivarais, il fait ses études au célèbre collège des Oratoriens de sa ville natale, devenu École centrale sous le directoire. » Bouteron précise : « Nous savons même que ce futur guerrier y remporta ; en l’an IX, un deuxième accessit de grammaire et un troisième prix d’histoire qu’il vint recevoir le 28 fructidor, vêtu de neuf et les cheveux bien poudrés, en présence de la plus noble assemblée. »  Toujours selon Marcel Bouteron : « Son père, devenu officier du génie an l’an III, avait fait campagne sous l’Empire, principalement en Italie, avec le prince Eugène, et, directeur des ponts sur pilotis de la Grande Armée, était mort Dantzig, en 1813.  Son frère cadet, Michel, qui avait débuté dans l’armée comme vélite, « est péri », nous dit un certificat de 1815 « dans les dernières guerres d’Espagne ».  « Louis-Nicolas Périolas, quant à lui, entra au service à l’âge de dix-huit, comme lieutenant de 2ème classe dans l’armée italienne en 1803. Tour à tour sapeur, artilleur à pied, artilleur à cheval, il fait campagne en Italie, Dalmatie, Allemagne, Tyrol, Russie, prend part au siège de Raab, où il est décoré, assisté à dix-huit batailles, dont Caldiero, Wagram, Ostrowno, La Moskowa. Quels souvenirs !

A la chute de l’Empire, l’armée italienne est dissoute, et Périolas mis en non-activité comme capitaine. Il reprend du service aux Cents-Jours, est remis en non-activité après Waterloo, puis rappelé à l’activité en 1816, comme capitaine au 3ème régiment d’artillerie à pied à Valence.  Enfin en 1820, selon Bouteron, il est nommé capitaine instructeur à Saint-Cyr, et c’est là que Balzac le connut, sans doute en l’année 1828. »  A cette époque Périolas, âgé de 43 ans, toujours capitaine, et chevalier de Saint-Louis, instruisait, depuis huit années, les subtilités de l’artillerie.  Il convient de souligner qu’il avait succédé dans ce domaine au commandant Carraud, promu sous-directeur des études.  Le couple Carraud faisait partie du petit cercle des amis intimes de Balzac.  Le grand écrivain avait connu tout d’abord Zulma Tourangin (1796-1889)  qui fut son ami d’enfance, comme l’a montré le balzacien Thierry Bodin (et non par Laure, la sœur de l’écrivain).  Zulma avait épousé en 1816, un autre militaire des armées de Napoléon : François-Michel Carraud (1781-1864).  C’est donc dans le cadre de l’école militaire de Saint-Cyr, lors de ses séjours qui le dépaysaient, que Balzac rencontre la première fois Périolas, mais pas seulement. « …il y a là quelques officiers qui aiment [à] évoquer leurs campagnes de la Révolution et de l’Empire », selon Th. Bodin. Non seulement le nouvel ami de Balzac mais aussi le lieutenant Dupacq, le chef de bataillon Viennot, le capitaine Chapuis (blessé à Waterloo à la tête de sa compagnie de Grenadiers et auteur notamment d’une étude sur la Bérésina) et le colonel Nacquart. « Balzac écoute avec enthousiasme toutes ces histoires de militaires, qu’il retiendra pour écrire ses Scènes de la vie militaire, comme Adieu, Une passion dans le Désert, Le Colonel Chabert, ou bien le grandiose projet de La Bataille, qu’il portera en lui des années, et dont il n’écrira jamais qu’une dizaine de mots » (Thierry Bodin).  «La Révolution de 1830 va rompre ces amicales relations. L’École a pris parti pour le roi déchu, la disgrâce est menaçante. En juillet 1831, le petit groupe commence à se disloquer : les Carraud étaient nommés à la poudrerie d’Angoulême.  Mais  Périolas restait, Périolas de qui l’on avait déjà tiré plus d’un renseignement profitable sur les horreurs d’Eylau et de la Bérésina.  Justement, en mai 1832, il était encore là, et sa présence pouvait véritablement passer pour providentielle », écrit Marcel Bouteron.  Pour en revenir à « La Bataille », roman avorté, ce n’est pas faute pourtant d’avoir puisé dans les souvenirs et récits du fidèle Périolas ! « La Bataille », au titre si prometteur, ne verra jamais le jour. Projet sans cesse reporté, il est définitivement rangé dans les tiroirs suite à l’accident de voiture de Balzac, survenue le 20 mai 1832. En effet, Balzac qui avait promis à Périolas de venir à Saint-Cyr, lui fera faux-bond. Ce qui fera écrire au militaire un peu amer, à Balzac, le 21 mai 1832 : « Vous n’avez pas manqué seulement à votre parole, mais vous avez été encore été mal avisé, et pour un homme d’esprit ceci est autrement désolant : sachez donc que vous auriez fait un excellent dîner servi par la délicieuse main de Mme Bergeron [Femme du commandant Xavier Bergeron, officier de Saint-Cyr] : la circonstance était on ne peut plus favorable pour prendre un avant-goût  des douceurs de la survivance. De plus, vous eussiez siroté le champagne avec quatre troupiers finis échappés aux gloires de Wagram, et les renseignements que vous désirez eussent tombés [sic] sur vous comme de la mitraille céleste… Maintenant vous pouvez venir quand vous voudrez, mais avec la meilleure volonté du monde, je ne pourrai vous donner à exploiter une mine aussi riche de sensations et de renseignements : vous ne trouverez que des atlas, des livres et mon triste verbiage. Mme Berg.[eron] vous boude, moi je vous abomines [sic] »  «  Après un séjour à Saché [en Touraine, chez son ami Jean de Margonne, lequel possédait le charmant château que l’on peut encore voir de nos jours] de juin à octobre 1832, l’homme de lettres ne retrouvera pas « le bon Périolas » à Saint-Cyr : ce dernier a été nommé chef d’escadron à Metz au 2ème régiment d’artillerie ; il quitte donc l’École vers septembre 1832.  Dans toutes sa correspondance, de juillet 1832 à janvier 1833, Balzac évoque « La Bataille », il croit en entendre le ronflement du canon, il est à Wagram, le 6 juillet 1809 !  Ne s’est-il pas s’est engagé auprès des éditeurs Dieulouard et Mame à livrer dans les délais son manuscrit ?  Mais le 10 octobre 1832, il confie à son amie de toujours, Zulma Carraud : « Vous avez gagné ! Il n’y a pas une ligne d’écrite sur la Bataille ».  L’écrivain remboursera en 1833  ses acomptes, mais ce projet le hantera jusqu’à sa mort…  Quant à Périolas après son séjour à Metz, « il tiendra garnison à Bourges en 1835, à Besançon en 1837, à Lyon en 1839 »  écrit M. Bouteron qui ajoute : « Les deux amis ne se verront plus guère, s’écriront peu, mais toujours dans les termes les plus affectueux. En 1838, Périolas envoie aux Jardies [La propriété que Balzac possède à Sèvres près de Paris. Il sera obligé de s’en défaire en 1840, après l’échec du lancement  de sa « Revue Parisienne »] deux barriques de vin de son pays de Tournon, du vin de l’Ermitage, demandées par Balzac ».  La fidèle Zulma Carraud, amie de l’un et de l’autre, continue par sa correspondance entretenue avec ces derniers, à être une intermédiaire improvisée.  Plus tard, en 1844, le grand écrivain dédie son roman « Pierre Grassou » à Louis-Nicolas Périolas, « comme un témoignage de l’affectueuse estime de l’auteur » 

Le militaire continue sa route : devenu officier de la Légion d’honneur en 1837, lieutenant-colonel en 1843, il est nommé en 1845 sous-directeur de l’artillerie au Hâvre. « C’est là que Balzac le revoit en débarquant d’un de ses voyages d’Allemagne ».  Périolas est mis à la retraite en 1845 ; il s’installe alors à Lyon.  Celui qui fut un des inspirateurs militaires d’Honoré de Balzac survivra de neuf années à ce dernier : il s’éteint le 16 mars 1859, âgé de 74 ans.

C.B.

Sources 

Honoré de Balzac : « Correspondance inédite avec le Lieutenant-Colonel Périolas (1832-1845) », Paris, Les Cahiers Balzaciens, 1923. 

Honoré de Balzac : « Correspondance. Textes réunis, classés et annotés par Roger Pierrot », Tome I, Editions Garnier Frères, 1960. 

Honoré de Balzac : « Le Médecin de campagne. Introduction, notes et relevés de variantes par Maurice Allem », Classiques Garnier, 1961. 

Fernand Lotte : « Dictionnaire biographique des personnages fictifs de la Comédie Humaine. Avec un avant-propos de Marcel Bouteron »,

Librairie José Corti, 1952. 

«Une amie de Balzac : Zulma Carraud », par Thierry Bodin sur le site : http://carraud.com/ 

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( 1 février, 2019 )

Une lettre du payeur du Trésor de la Couronne…

Guillaume Peyrusse

« Au quartier-général de Wittebsk [Vitebsk], le 1er août 1812.

Ma dernière [lettre] était de Vilna, mon cher André. J’ai quitté cette résidence le 17 juillet pour suivre les mouvements de l’Empereur et suis arrivé ici le 29 juillet, en fort bonne santé, quoique j’aie fait une route de plus de cent lieues dans des pays arides ; heureusement que j’avais avec moi ma cantine et que bivouaquant au milieu d’une forêt, je buvais du bon vin, je mangeais de l’excellent biscuit et de la très bonne salade et avait dans un de mes fourgons un très bon lit fait avec des peaux d’ours. Nos troupes ont toujours marché depuis Vilna en arrière des russes ; enfin ils avaient pris position à Ostrovana, à deux lieues de Wittepsk dans une position superbe, et faisaient mine de vouloir nous arrêter. Sa Majesté s’y est portée de sa personne, et, dans les journées du 25 et du 26, 80,000 Russes commandés par le grand duc Constantin ont été chassés par l’armée d’Italie et la cavalerie du roi de Naples [Murat], avec une telle précipitation que l’affaire n’a pas été générale. Le grand duc Constantin s’est jeté dans Vitteps[Vitebsk], a brûlé le pont et s’est dirigé sur Saint-Pétersbourg et sur Moskou [Moscou], mais déjà sur les deux routes on l’a gagné de vitesse. Cette armée n’a pas de plan fixe. Sa Majesté les déconcerte par ses manœuvres ; elle est toujours là où on ne la croit pas. Nous voilà établis à Vitepsk [Vitbesk]. Sa Majesté y est entrée le 28 [juillet] au matin. Cette ville est assez jolie : elle est la capitale du gouvernement russe de Vitepsk [Vitebsk], dans une jolie position sur la Duna ; elle renferme douze mille habitants. Sa Majesté paraît devoir s’y établir pour quelque temps. Nous sommes à cheval sur les deux premières grandes routes de Russie. Nous commençons à éprouver de fortes chaleurs et à n’avoir presque pas de nuit. Notre armée est toute en avant. Je crois qu’on la laisse reposer : on ne fait pas sept cent lieues [environ 2800 kilomètres] impunément… »

Guillaume [PEYRUSSE]

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier», Perrin et Cie, 1894, pp.77-78). L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.)

-————

A lire: les « Mémoires » de Guillaume Peyrusse qui viennent d’être réédités par les Editions AKFG.

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

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( 1 février, 2019 )

Lariboisière et Eblé…

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Le général Lariboisière.

Lariboisière et Eblé appartenaient à cette race d’artilleurs qui, selon le mot de Napoléon, étaient purs comme de l’or. Jamais officiers de l’armée, disait l’Empereur, n’ont servi avec plus de distinction ni montré plus d’habileté, et il ajoutait que Lariboisière était bon et brave, qu’Eblé était un homme du plus grand mérite, vraiment extraordinaire. Mais ces deux héros de la retraite, ces deux généraux qui, suivant l’expression de Pion des Loches, furent les colonnes et les soutiens de l’artillerie, moururent à la fin de l’année 1812, tous deux à Königsberg et à peine échappés de Russie, Lariboisière, le 21 décembre 1812, Eblé, le 30. Lariboisière avait perdu son jeune fils à La Moskowa, et les épreuves de cette terrible campagne l’avaient brisé. Aussi demandait-il, obtenait-il le 9 décembre 1812 un congé du roi de Naples. Ce jour-là, le major-général Berthier écrivait, de Vilna, au duc de Feltre, ministre de la Guerre : « Par décision de ce jour, Sa Majesté a accordé un congé de convalescence, à M. le général Lariboisière, M. le général Eblé a été  désigné pour le remplacer dans le commandement de l’artillerie de l’armée. » 

L’Empereur confirma la décision du roi de Naples. Le 28 décembre 1812, il nommait Eblé commandant en chef de l’artillerie en remplacement de Lariboisière autorisé à rentrer en France. Bientôt, il sut que Lariboisière n’était plus. « J’ai, marquait-il à Berthier, le 30 décembre, appris avec bien de la peine la mort de Lariboisière. » Eblé était toutefois supérieur à Lariboisière, et Gassendi, l’homme certes le plus compétent en la matière, a nommé Eblé « le premier général d’artillerie de France sans contredit ». N’a-t-il pas construit les ponts de la Bérézina ? Service immense, et le plus signalé, le plus important des services qu’il ait, de son propre témoignage, rendus à la patrie ?

On ne peut, écrivait Castellane à la date du 26 novembre, « on ne peut donner trop d’éloges au général de division Eblé qui s’est donné une peine horrible. » Lui aussi mourait d’épuisement. Berthier espérait encore, le 24 décembre, qu’il pourrait reprendre son service dans quinze jours. Mais le 28, il mandait à l’Empereur qu’Eblé était dangereusement malade, et, dans le moment, sans connaissance. Eblé avait, durant la retraite, refusé de monter dans sa voiture et toujours couché, comme ses officiers, au bivouac. Et quelle douleur ce fut pour lui, à Königsberg, lorsqu’il constata que de toute l’artillerie allée à Moscou, il ne restait que cinq caissons et neufs bouches à feu, que les soldats étaient rentrés sans armes et sans équipement, qu’il fallait tout réorganiser ! 

Arthur CHUQUET. 

 

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