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( 9 janvier, 2020 )

Réflexions de Napoléon à propos de la campagne de 1813…

Napoléon« Après la campagne de Russie, j’ai commis une grande faute en ne renvoyant pas Ferdinand en Espagne. Cela m’eût rendu 180,000 bons soldats. Si  je ne  les avais eux, durant la  campagne de Lützen, que n’aurais-je pas fait avec eux ? » (Journal de Gourgaud à Sainte-Hélène).

« Je crois bien que j’ai mal fait, mais j’espérais m’arranger avec l’Autriche ; mon armée était fatiguée ! Il faut rendre justice à Soult, il approuvait mon idée de ne pas signer l’armistice, mais Berthier, qui radotait, et Caulaincourt m’ont pressé. » (Gourgaud).

« Quand je reporte ma pensée sur les fautes que j’ai faites et qui ont amené les alliés en France, je me sens accablé de remords. Quelles fautes d‘avoir accordé une suspension d’armes après la victoire ! Si j’avais donné un coup de collier de plus, l’armée russe et l’armée prussienne étaient anéanties, et je dictais la paix. » (A Montholon à Sainte-Hélène).

« Voyez-vous, les malheurs se suivent à la file et, quand on est dans le malheur, tout tourne mal. Encore, si cette bataille de Vitoria était venue plus tôt, j’aurais signé la paix, mais elle est arrivée juste au moment où il ne fallait pas ! Quand les alliés ont vu que j’avais perdu la bataille, mes canons, mes bagages, et que les Anglais entraient en France, ils me jugèrent perdu. Les Français se sont, alors bien mal conduits pour moi. Les Romains, lors de Cannes, ont redoublé d’efforts, mais c’est qu’alors tout le monde avait peur pour soi d’être violé, égorgé, pillé. C’est faire la guerre, tandis que dans les campagnes modernes, tout se passe à  l’eau de rose ». (Gourgaud).

« Si j’ai commis des fautes, les Autrichiens risquaient bien plus en m’attaquant à Dresde sur la rive gauche que sur la rive droite ». (Gourgaud).

« Marmont qui était un faiseur, n’a pas voulu occuper ni fortifier la position que je lui avais indiquée à Leipzig » (Gourgaud).

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Toutes ces réflexions sont extraites de l’ouvrage : « Préceptes et Jugements de Napoléon. Recueillis et classé par le lieutenant-colonel Ernest Picard », Berger-Levrault, Éditeur, 1913, pp.303-304.

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( 7 janvier, 2020 )

Contrastes …

 

Contrastes … dans TEMOIGNAGES napoleon-en-route-pour-paris-decembre-1812-300x192

Quels contrastes ! Moscou et Paris ! La retraite avec ses misères et ses épouvantes, cette retraite qui fait dire à  un des acteurs : « Ah ! Certes nous avons le spectacle de grandes horreurs, pareille chose ne se reverra plus ! «  et le retour dans la patrie qui semblait si loin ! Castellane, qui consacre une partie du 1er volume de son « Journal » à la campagne de Russie, ne peut cacher son étonnement. Quelle différence ! A Paris, il fait des visites, et trois mois auparavant, sur les bords du Niémen, sans souliers, un pied nu et l’autre enveloppé dans un morceau de couverture lié avec une corde ! Il croît rêver. De même, Hochberg [le margrave Guillaume de Bade]. Au sortir des neiges et du froid le plus intense et le plus cruel, le voilà dans les salons du palais de Weimar. Il était naguère au bivouac et souffrait les privations les plus grandes, et il est maintenant dans une cour élégante, « au milieu des jouissances les plus délicates de la vie ! ». De même le colonel Combe, tombant dans le salon paternel, et pressant ses parents sur son cœur, goûtant une de ces joies inoubliables « dont la douceur dédommage de toutes les peines antérieures » et « qui rendent heureux même de ce qu’on a souffert. » De même, le fameux général Lejeune, peintre militaire de grand talent. Il rentre chez lui, il dort dans son lit, il cherche à s’endormir, et la campagne lui revient confuse comme un long cauchemar, il croit entendre encore le bruit du canon et voir ce terrible Tchitchagov qu’il na pas jamais vu et dont le nom faisait plus de peur que de mal, il a des rêves qui « rappellent les tourments de l’appétit » ; mais le lendemain il reçoit les caresses de ses amis et il oublierait ses maux s’il ne devait les raconter. Tous ces revenants de Moscou sont, en effet entourés, pressés de questions. A Weimar, tout le monde se précipite sur Hochberg pour avoir des nouvelles de l’armée. A Paris, Mme Fusil entend dire autour d’elle : « Elle a passé la Bérézina », et Ney se voit regardé, admiré, suivi comme un héros. Autre contraste. Les récits de ces réchappés de l’immense théâtre jettent l’effroi dans Paris qui, chaque jour, apprend avec un pénible étonnement une perte, une calamité nouvelle. L’Empereur donne des fêtes aux Tuileries, mais on trouve qu’il insulte à la douleur publique. Des officiers valsent le bras en écharpe. « Ces bal sont lugubres, dit un jeune colonel, et je crois voir danser sur les tombeaux. »

Arthur CHUQUET

(« 1812.La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série » Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.412-413).

 

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( 17 décembre, 2019 )

17 décembre 1812…

17 décembre 1812... dans TEMOIGNAGES campagnerussie1

Gumbinnen, le 17 décembre 1812.

Mon cher André, je ne t’ai pas écrit depuis longtemps, mais j’ai fait prier de vive voix Mélan, par un officier d’ordonnance expédié à l’empereur, de t’écrire que je me portais bien. Depuis environ un mois le service des estafettes est interrompu, et nous ne pouvons communiquer avec la France. Notre retraite continue. Nous sommes pressés. J’ai été assez heureux de sauver sur des chevaux et des traîneaux tous les fonds qui m’avaient été confiés, mais j’ai été forcé de brûler mon fourgon pour que l’ennemi ne s’en emparât pas. J’ai perdu presque tous mes effets. J’ai sorti de ma vache quelques chemises. Adieu pelisses et tout ce que je portais de Moscou. Mais je conserve de la force et de l’énergie. J’ignore où l’armée se réunira. Le roi de Naples la commande. J’ai ordre de rester pour faire le service. Je ne reçois de mettre de personne. Cela me désole plus que les 25 degrés de froid que nous éprouvons, et auxquels il est bien difficile de s’accoutumer. Tu auras appris avant l’arrivée de ma lettre l’arrivée de S.M. [Sa Majesté]. Elle nous a quittée le 5 décembre. M. Attalin, officier d’ordonnance, est dépêché en courrier. Il m’a promis de jeter cette lettre à la poste. Adieu, cher André. J’embrasse Pauline et Félix. Si tu écris à mon père, fais-moi le plaisir de lui donner de lui donner de mes nouvelles.

Adieu, adieu.

 Guillaume.

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrite à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814.Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.112-113). Rappelons que Guillaume Peyrusse assurait les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne, durant cette campagne. Sa correspondance est un bon complément à ses « Mémoires » (Voir la version intégrale réalisée par mes soins en novembre 2018 aux Editions AKFG).

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( 28 novembre, 2019 )

Le général Bachelu

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Gilbert-Désiré-Joseph Bachelu est né le 9 février 1777 à Dôle (Franche-Comté).Reçu en l’an II à l’école du génie de Metz, en qualité d’élève sous-lieutenant.Nommé capitaine en l’an IV, il fait la campagne du Rhin puis la campagne d’Egypte où il est nommé chef de bataillon en l’an VIII. Après son rapatriement, il passe colonel du génie et embarque pour Saint-Domingue. De retour en France, il exerce les fonctions de chef d’état-major du génie au camp de Boulogne de l’an XI à l’an XIII, où il devient membre de la Légion d’honneur le 19 frimaire an XII et officier de l’Ordre le 25 prairial. Le 12 nivôse an XIII, il prend le commandement du 11ème de ligne ; à sa tête, il participe à la campagne d’Austerlitz puis à celle de Dalmatie. Il est nommé général de brigade le 5 juin 1809, se distingue à Wagram et au siège de Dantzig, ville dont il est nommé commandant en second en 1811. Il obtient le titre de baron de l’Empire le 29 août 1810. En 1812, il fait la campagne de Russie, puis revient à Dantzig dont il assure la défense jusqu’au 1er janvier 1814.

Il est nommé général de division le 26 juin 1813. Revenu en France, il reçoit la croix de Saint-Louis le 19 juillet 1814. Au retour de l’île d’Elbe, Napoléon lui confie le commandement de la 5èmedivision du 2ème corps (général Reille).Il se bat aux Quatre-bras et il est blessé à Mont-Saint-Jean. 

Après le licenciement de l’armée de la  Loire, il est arrêté et condamné à l’exil. Rappelé en 1817, il est replacé à l’état-major de l’armée. Il est finalement admis à la retraite en 1824. Bachelu s’éteint le 16 juin 1849 à Paris.

Son nom est inscrit sur l’Arc-de-Triomphe de l’Étoile, côté sud. 

Capitaine P. MATZYNSKI

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( 24 novembre, 2019 )

Dans l’enfer !

 

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L’extrait qui suit est tiré du témoignage du médecin Joseph de Kerckhove. Durant la campagne de Russie, il était attaché au quartier-général du 3ème corps (maréchal Ney).

« Le 15 [septembre 1812] au soir, des incendies partiels commencèrent à se manifester. Plusieurs d’entre nous  pensaient d’abord qu’ils étaient produits par quelque accident. Nos gens s’employaient avec zèle pour les éteindre ; mais ils étaient dépourvus de pompes à feu. Ils en cherchaient vainement partout : elle étaient toutes enlevées ou brisées. Ces incendies partiels se multiplièrent avec promptitude, le feu se montra soudainement et à la fois dans plusieurs quartiers de la ville, très éloignés les uns des autres… Le 16 au matin, profondément endormis des fatigues de la veille, nous fûmes réveillés par le mugissement et le sifflement des flammes et le fracas des bâtiments qui s’écroulaient autour de nous. Quel aspect d’horreur ! Quel lugubre spectacle frappe nos regards !…des flammèches et des brandons volent de toutes parts. L’incendie, aidé par un vent impétueux, répand ses fureurs avec la plus grande intensité, l’embrasement s’étend avec une effrayante rapidité aux plus magnifiques quartiers, qui tombent promptement en cendres : c’était un véritable déluge de feu… On avait de la peine à se sauver, on était presque partout exposé à être atteint par les flammes. Ceux des habitants restés à Moscou et cachés dans leurs maisons, en sortirent, étant chassés par le feu qui s’emparait de leurs asiles ; pétrifiés de terreur, frappés de désespoir, faisant retentir l’air des plaintes les plus lamentables, ces malheureux ne savaient où aller, ne savaient que devenir : ils étaient sans abri et sans secours !… Ici l’on voit des hommes et des femmes chargés de meubles et d’effets pour les soustraire aux flammes ; là des pillards dépouillent ces infortunés de leurs effets les plus précieux ; là une épouse ou une mère éplorée cherche en vain son mari ou ses enfants ; là des enfants, jetant des cris touchants, pleurent un père ou une mère ; là des femmes vertueuses, couvertes de haillons pour échapper à la brutalité que la circonstance favorise, d’enfuient à travers les flammes ; là une mère abandonnant à la rapacité de notre soldatesque sa maison et tout ce qu’elle possède, n’emporte avec elle que ses enfants pour lesquels seuls elle tremble ; là une femme nouvellement accouchée, toute exténuée de souffrance et sans forces, se lance de son lit de couche et croit avoir tout sauvé en sauvant le fruit de son amour et de sa douleur ; là un père infirme, soutenu par son fils, ne sait où fuir pour être en sûreté ; là un malade hors d’état de marcher est porté par un ami, un frère ou un fidèle serviteur ; là un vieillard, accablé sous le poids des années, erre à l’aventure, s’arrachant les cheveux maudissant nos armes et implorant le ciel de lui ôter le peu de jours qui lui restent ; là un malade expire au milieu des flammes sans consolation… Mais une horreur qui fait frémir d’épouvante et pour laquelle l’imagination chercherait vainement des couleurs pour les peindre, c’est lorsque l’incendie se communiquait aux hôpitaux, où il se trouvait au-delà de vingt mille blessés et malades, qui, pour la plupart, appartenaient à l’armée russe. Plus de la moitié de ces malheureux périrent dans les flammes… Ces infortunés, voyant l’embrasement approcher, jetaient d’une voix mourante les cris les plus douloureux ; ils rassemblaient tout ce qu’il leur restait de force pour implorer du secours, pour se dérober à la mort cruelle qui les attendait… Les uns expirèrent de suite et furent ensevelis sous les cendres ; d’autres se jetèrent par les fenêtres et furent meurtris ou se tuèrent dans leur chute ; d’autres se traînèrent sous les ruines et les débris fumants ; d’autres à demi-brûlés parvinrent à se traîner jusque dans les cours et les rues avoisinantes ; mais la vitesse du feu et l’écroulement des bâtiments firent promptement taire leur horrible gémissements et achevèrent les nus comme les autres… Lorsque l’armée française, après avoir gagné la bataille de la Moskowa, approchait de Moscou, Rostopchine fit ouvrir les prisons des galériens et de tous les malfaiteurs, et leurs accorda la liberté sous la condition de brûler la ville dès que nous y serions entrés. A cet effet, il leur fit distribuer des mèches sulfureuses et goudronnées, que l’on prétend avoir été préparées sous la direction d’un mécanicien anglais, nommé Schmit… Pendant le spectacle horrible de l’incendie et les scènes tragiques qui l’accompagnaient, tout occupés de notre propre conservation, si fortement menacée, nous ne songions qu’à nous procurer des provisions ; car nous ne pouvions guère compter sur d’autres subsistances que celles que nous parvenions à soustraire aux flammes. Quelle terrible circonstance ! L’on n’a jamais vu de confusion plus effrayante : le sifflement des flammes et le fracas épouvantable des bâtiments qui s’écroulaient, les ports que l’on enfonçait, les vociférations des ivrognes, qui fourmillaient partout, les imprécations naissant du butin que l’on se disputait, les cris de douleur et de désespoir, tout cela produisait, surtout dans la nuit, un effet qu’aucune plume ne saurait rendre. Notre soldatesque commit tous les dérèglements imaginables. Sa rapacité ne connut plus de bornes : dans tous les quartiers de la ville, le pillage le plus effréné se fit observer ; on vit entrer, au mépris du plus grand danger, dans les bâtiments embrasés pour chercher des comestibles, des vins, des liqueurs et des objets précieux, une foule de soldats, de vivandiers, de domestiques, de sous-employés, etc. Foule à laquelle, dans ce moment de désordre et de confusion, se mêlaient les mendiants de Moscou, des déserteurs russes, des prisonniers dont on ne s’occupait plus, et même beaucoup de ces forçats qui avaient incendié la ville. Ces rapaces Moscovites désignèrent à nos gens les endroits qui fournissaient le plus de prises à leur cupidité. Les pillards, pour la plupart dans un état d’ivresse, firent partout les fouilles les plus minutieuses : aucun lieu n’échappa à l’avidité de leurs recherches ; ils allèrent jusqu’à troubler la paix des tombeaux et profaner les cendres des morts ! C’est ce qui eut lieu au caveau des empereurs dans l’église du Kremlin. Le jour n’aurait jamais dû éclairer tant d’horreurs. »

(Joseph de Kerckhove, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Édité par un Demi-solde, 2011, pp.80-86).

 

 

 

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( 23 novembre, 2019 )

« Les RUSSES se sont ralliés sous le CANON de SMOLENSK… »

Smolensk, 19 août 1812.

Mon cher père, je vous ai écrit de Witepsk. Depuis le 14 [août], Sa Majesté était à la poursuite des Russes qui évitaient tout engagement sérieux. Sept à huit cents prisonniers, onze pièces de canon et beaucoup de morts avaient été jusqu’à ce jour le résultat des petits engagements qui avaient eu lieu. Les Russes se sont ralliés sous le canon de Smolensk : ils étaient bien convaincus que, attendu que, dans le 17ème siècle, ils employèrent deux mois à faire le siège et que la place ne se rendit à leurs armes qu’après neufs assauts, nous emploierons au moins autant de temps. L’armée, la garnison, les habitants qui apparemment ne connaissaient pas M. de Vauban, étaient dans la plus intime croyance que la place était imprenable. Elle est à la vérité d’un accès difficile. Elle bat la grande route ; elle est environnée de ravins dans lesquels on ne peut pas être couvert. Des bois de quatre à cinq pieds de hauteur couvrent les ouvrages extérieurs. La ville est entourée d’une très épaisse muraille en brique et à créneaux comme la cité [allusion à la vieille ville de Carcassonne, dans l’Aude, d’où Peyrusse est natif]. Elle est flanquée de huit grosses tours où l’on peut établir de l’artillerie. Les portes sont masquées. L’intérieur de la ville est un sol très inégal, et plusieurs couvents sont établis sur des buttes et font un bon genre de batterie, de sorte que la ville peut-être prise et se défendre encore du haut des couvents. S. M. se fit rendre compte de la place dans la soirée du 15 ; le 16 il fit tâter l’armée par une nuée de tirailleurs qui pendant toute la journée firent un feu très soutenu, et aussi les ennemis ripostèrent très franchement. On essaya de pénétrer dans les faubourgs, mais on ne put s’y maintenir. La nuit arriva et suspendit la fusillade, qui dura jusqu’à onze heures du soir. Le lendemain, on recommença de plus belle. L’engagement devint général ; il y eut de fort belles charges. On tourna la ville dont le feu était très vif et très soutenu. Ces tiraillements ennuyèrent l’Empereur. Il somma la ville de se rendre. La réponse n’ayant pas été satisfaisante, on commença à la canonner et à faire pleuvoir sur elle une grêle de bombes et d’obus. Bientôt le feu s’étant manifesté dans le faubourg, gagna la ville. L’embrasement devint général et la ville fut toute en feu. Ce fut pour moi un spectacle horrible. Nous étions avec S. M. à six cent toises [environ 1km 160] de la place. La garnison ne pu tenir : elle commença à se décourager et à enlever son artillerie. Nos tirailleurs s’aperçurent que le feu se ralentissait, enfoncèrent les ports et pénétrèrent dans la ville à travers une grêle de balles, de boulets, de mitraille. Chaque maison était une forteresse : tout ce qui fut rencontré n’eut pas de quartier. Il y eut de la résistance sur les buttes de l’intérieur. Trois divisions formant la garnison repassèrent le pont en grand désordre, le brûlèrent, et purent se joindre au gros de l’armée établie sur les hauteurs de l’autre côté du Dniéper. Elles firent un feu continu sur la place et sur nos pontonniers qui commençaient à faire des préparatifs pour les ponts. S. M. entra hier à dix heures dans la place. Quatre ponts furent bientôt faits et jetés, malgré une pluie de mitraille, et le maréchal Ney passa malgré tout l’obstacle cette nuit et ce matin. Il a tourné la position des russes et les a rejetés sur la route de Moscou, où il les poursuit avec vigueur. Le feu est encore dans la ville et les faubourgs ; on fait tous ses efforts pour l’arrêter. La général a battu cette nuit pour que tout le monde se rendit à son poste et observer (sic) les progrès du feu.  Par prudence je suis sorti avec mes fourgons, et je me suis rendu au camp. La ville n’est qu’un monceau de cendres. C’est dommage ; elle était jolie, élégamment bâtie. Il y avait douze mille habitants que les russes ont amené (sic). On ne connaît pas encore les détails de ces trois journées. Je sais que le maréchal Ney a eu une balle dans la cravate qui lui a occasionné une forte contusion. Les Russes ont perdu beaucoup de monde. Pour enflammer leurs soldats, ils les avaient enivrés. Un de leurs généraux, qu’on croit [être] le gouverneur de la ville, a été trouvé mort sur la place d’armes. C’était là où il devait mourir, comme moi je dois périr sur ma caisse [allusion au Trésor impérial dont Peyrusse a la charge]. Nous ne sommes plus qu’à 85 lieues [environ 340 kilomètres] de Moscou. Nous présumons que nous ne tarderons pas à y arriver. Ce fameux Dniéper si chanté par les Grecs sous le nom de Tanaïs est bien peu de chose ici. Adieu mon cher père, je me porte aussi bien qu’on peut se porter en Russie. J’embrasse tous les miens. Bien des choses à Reboulh et à toute la famille. Je ne vous écrirai plus que de Moscou, et là je serai à mille lieues de vous.

Adieu.

Guillaume [PEYRUSSE] 

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André [et à son père], pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.81-84).

 

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( 21 novembre, 2019 )

Le général baron de Pamplona…

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Emmanuel-Ignace de Pamplona  né le 8 mai 1766 à Angra, dans l’île Tercère, une des Açores, était brigadier des armées en Portugal depuis 1802 lorsqu’il fut nommé (27 mars 1808) général de brigade au service de France. Il commanda la brigade de chasseurs à cheval de la Légion portugaise (14 juillet 1808), puis la place de Mayence (22 mars 1812). Il fît la campagne de Russie, dans la division Legrand, au 2ème corps de la Grande Armée, et il relate ainsi ce qu’il fît alors : « A couvert la retraite des 2ème et 6ème  corps à Polotsk; à la tête d’un régiment suisse a repoussé l’ennemi qui le serrait dans les rues de la ville sans pouvoir l’entamer; fit couper les ponts sur la Dvina, sous le feu de l’ennemi, après avoir fait passer toute l’artillerie et les bagages de l’armée. » A Borissov, il reçut une légère blessure à la cuisse gauche, et quelques jours auparavant, le 18 novembre 1812, il envoyait à Oudinot de précieux renseignements qu’il avait reçus du sous-préfet de Tolotchin. Ce fut lui qui, venant de Borissov, annonça à Bobr au duc de Reggio que les Russes venaient de nous enlever notre unique pont sur la Bérésina. Aussi, de Berlin, le 3 janvier 1813, Oudinot le recommandait ainsi à Berthier : « J’ai l’honneur d’envoyer à V. A. S. une lettre à son adresse, que je reçois de M. le général Pamplona. Je la prie d’y avoir égard et de traiter cet officier général comme digne de son intérêt. Sa conduite militaire pendant la campagne mérite la bienveillance de Sa Majesté à laquelle j’ai l’honneur de le recommander. » Pamplona resta au service de France; il suivit Louis XVIII à Gand, commanda le département de Loir-et-Cher et celui de la Côte-d’Or, et il était à la retraite depuis 1818 lorsqu’il fut nommé, en 1822, lieutenant général honoraire. 

(Arthur Chuquet, « 1812.La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912, pp. 378-379).

 

 

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( 21 novembre, 2019 )

En quittant SMOLENSK…

En quittant SMOLENSK... dans TEMOIGNAGES Mailly« Après avoir passé trois jours francs à Smolensk, nous ne partîmes le matin vers huit heures, et nous [nous] dirigeâmes sur Vilna par Minsk. En sortant de cette triste ville, nous vîmes la terre absolument couverte de cadavres d’hommes et de chevaux dont les boyaux sortaient du ventre et dont on avait arraché les membres pour les manger. Nous y retrouvâmes encore les tristes débris des combattants qui avaient été tués à la prise de cette ville, ou qui étaient morts de froid et d’inanition. Tout cela gisait amoncelé dans un affreux pêle-mêle, ou bien éparpillé le long du chemin, et l’on ne pouvait marcher sans faire rouler des ossements et sans affaisser des chairs corrompues. Les canons étaient entassés les uns sur les autres, et malgré les efforts des malheureux canonniers, les chevaux tombaient et nez pouvaient plus se relever. Les roues avec leurs essieux étaient mastiqués ou plutôt maçonnés par le gelée ; il faisait un verglas détestable et sur lequel toutes les roues glissaient sans pouvoir tourner. Il en résultait un gémissement continu, lequel était produit par le frottement du fer des jantes. »

Adrien de MAILLY, « Souvenirs de la campagne de Russie en 1812. Présentés par Christophe Bourachot », Editions du Grenadier, 2012. L’auteur était sous-lieutenant au 2ème régiment de carabiniers .

——

Ce régiment faisait partie du 2ème corps d’armée de cavalerie (général Montbrun), 4ème division de cuirassiers (général Defrance), 2ème brigade (général Chouard) et appartenant à la Réserve de cavalerie commandée par Murat. (Source: François Houdecek,  «La Grande Armée de 1812. Organisation à l’entrée en campagne », Fondation Napoléon, 1812, p.53).

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( 20 novembre, 2019 )

Une LETTRE de RUSSIE…

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Elle émane d’Alphonse de Vergennes, capitaine aide-de-camp du général Doumerc et est adressée à son père. 

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Oulianovitschi, le 4 novembre 1812. 

Depuis que je ne t’ai écrit, il nous est arrivé tant d’événements désagréables que je suis trop heureux de jouir de quelques instants de tranquillité pour te mettre un peu au courant. Il faut que je remonte un peu haut. Tu sauras donc que le 18 octobre 1812, nous étions encore à Polotsk avec notre petit corps d’armée, fort de 20.000 hommes. Mais depuis quelque temps l’ennemi ayant reçu des renforts, se trouvait avoir 52.000 hommes sous les armes. Avec renfort, fier de sa supériorité il nous chagrinait continuellement. Enfin, le 18 octobre, il se décida à attaquer et à prendre Polotsk. M. le maréchal Gouvion Saint-Cyr fit la plus belle défense et tint pendant quatre jours avec une résistance qui peut passer pour le plus beau fait d’armes de l’armée française, mais enfin nous fûmes obligés d’évacuer et nous quittâmes les bords de la Dwina, poursuivis continuellement. L’ennemi perdit dans cette défense 18 à 20.000 hommes. Etant trop faibles pour tenir seuls la campagne, nous cherchâmes à nous retirer sur le corps du maréchal Victor  [le 9ème corps] et malgré l’armée russe, nous le joignîmes il y a quatre jours. Dans notre retraite, notre division [le général Doumerc commandait la 5ème division de cuirassiers, attachée au 2ème corps de la Grande Armée] a eu de très brillantes affaires de cavalerie et plusieurs fois nous avons fait voir aux Russes que nous étions peu, mais bon bons. Nous avons beaucoup souffert, mais le passé s’oublie et ne devient pénible que par les souvenirs tristes et affligeants qu’il nous laisse. Nous regrettons tous le colonel Lebrun [du 3ème chevau-légers, tué en avant de Lepel le 26 octobre 1812], fils cadet du prince archi-trésorier, jeune homme de la plus grande espérance. 

Je t’embrasse. 

Alexandre de VERGENNES. 

 

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( 19 novembre, 2019 )

Une lettre du commissaire des guerres Playoult de Bryas écrite durant la campagne de Russie

Un bivouac de fortune (Russie, 1812)...

Marie-Joseph-Quentin Playoult de Bryas était commissaire des guerres faisant fonction d’ordonnateur à la 12ème division d’infanterie; il est décédé sous-intendant militaire, le 24 mars 1829. Cette lettre est adressée à son épouse. 

Au quartier-général de Voniskoe-Gorodistche, le 7 novembre 1812. 

 Au moment où nous allions monter la voiture, le général Partouneaux et moi, ce matin pour venir ici, un officier d’ordonnance est venu nous annoncer l’arrivée de M. le maréchal duc de Reggio [Oudinot] qui passait parle quartier-général pour aller rejoindre son corps d’armée qui pendant quelques jours a été fondu dans le nôtre ; peu d’instants après Son Excellence [le maréchal Oudinot] et j’en reçus l’accueil le plus flatteur. Si je n’avais été prévenu de son arrivée il m’eût été impossible de le reconnaître tellement il est changé ; il déjeuna avec nous ou pour mieux dire dévora quelques morceaux et partit comme un éclair après m’avoir chargé de le rappeler au souvenir de ma famille.

Sa blessure le fait encore souffrir, il est même estropié, mais il n’est heureux qu’où on se bat et le malheur qui le poursuit ne le dégoûte pas de voler partout où il y a des dangers à courir. 

L’espoir que tu avais conçu de nous voir prendre des cantonnements à Vilna ou aux environs ne s’est pas réalisé, car comme tu le vois nous sommes toujours par voies et par chemins ; selon toute apparence cependant nous allons y entrer et c’est cette époque que nous avons fixée, le général Partouneaux et moi, pour solliciter ma rentrée en France. Si nous attendions le retour de la belle saison le chose deviendrait impossible, c’est une faveur qu’on n’obtiendrait pas à l’époque de l’ouverture d’une nouvelle campagne. Il faut donc saisir le moment puisqu’il est favorable. Le général est certain de la réussite, mais si contre toute attente je ne réussissais pas, j’obtiendrais au moins une résidence fixe, ce qui serait doublement avantageux, puisque je serai sûr de la régularité de notre correspondance et que je pourrai là compter sur la rentrée des sommes qui me sont dues, ce que je n’obtiendrai jamais tant que je serai employé dans une division active ; au reste, ce ne serait pas encore là mon compte, car mon unique désir est de me réunir à toi et de servir aussi efficacement l’Empereur que je le fais ici dans une résidence de l’intérieur, puisque ma santé ne me permet pas de le faire aux armées.

C’est aussi ce que j’ai l’espoir et la presque certitude d’obtenir. Depuis longtemps je suis privé de tes nouvelles et cela me contrarie fort, aussi enverrai-je après-demain M. Bouillon que je ferai escorter par quelques-uns de mes hussards porter cette lettre à la poste et chercher les tiennes ; il peut aller et revenir en un jour au grand quartier-général et c’est une corvée qu’il fera d’autant plus volontiers qu’il est amateur de savoir ce que le sort lui a réservé. S’il ne l’a pas traité favorablement, toutes mes mesures sont prises pour le servir dans cette circonstance et la chose m’a été d’autant plus facile qu’il s’est fait estimer par sa bonne conduite et par sa sévère probité ; c’est réellement un honnête garçon que je perdrais avec peine et je fais des vœux sincères pour qu’il n’en soit rien. 

Depuis quatre jours il neige beaucoup dans ce pays, mais le temps est doux et la neige ne tient pas ; cela n’améliore pas les chemins, mais le moment est venu où il en tombera une grande  quantité, alors les communications en traîneau seront faciles et promptes et c’est ainsi que je voudrais voler vers toi. Le général Partouneaux me comble d’amitié et de caresses, nous ne nous quittons plus, sa chambre est la mienne et sa table également, ses blessures le font cruellement souffrir [un coup de feu au genou droit reçu en 1793 à l’attaque de la redoute anglaise sous Toulon], et si cela continue il lui sera impossible de continuer de faire le dur métier de la guerre. 

Bonsoir, chère bonne amie, je te fais mille caresses ainsi qu’à maman et à mes chers enfants. 

 

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( 19 novembre, 2019 )

La Grande-Armée à la veille de la campagne de Russie: ordre de bataille.

Ombre 3

Ces chiffres sont tirés de l’ouvrage de Thibaudeau (1765-1854): « Le Consulat et l’Empire ou l’Histoire de la France et de Napoléon… », Tome VI (Paris, J. Renouard, 1835), pp.28-29. L’auteur, préfet et conseiller d’Etat, quitta la France en 1815 et rédigea son ouvrage durant son exil.

A son départ, l’armée française et alliée, était ainsi composée : 

Vieille Garde, maréchal Lefebvre et Jeune Garde, Maréchal Lefebvre et Maréchal Mortier : 40 000 hommes. 

1er corps- Maréchal Davout : 70 000 hommes. 2ème corps- Maréchal Oudinot : 42 000 hommes. 3ème corps- Maréchal Ney : 40 000 hommes

4ème corps -Italiens- Prince vice-roi  [Eugène de Beauharnais] : 45 000 hommes 5ème corps- Prince Poniatowski : 35 000 hommes 

6ème corps- Bavarois Maréchal Saint-Cyr : 22 000 hommes 7ème corps- Saxons- Général Reynier : 16 000 hommes. 8ème corps- Westphaliens- Général Junot : 16 000 hommes 9ème corps- Maréchal Victor : 32 000 hommes. 10ème corps- Prussiens- Maréchal Macdonald : 32 000 hommes. 11ème corps- Réserve- Maréchal Augereau : 50 000 hommes 

Cavalerie1er corps- Général Nansouty : 12 000 hommes 2ème corps- Général Montbrun : 10 000 hommes  3ème corps- Général Grouchy : 7 700 hommes 4ème corps- Général Latour-Maubourg : 8 000 hommes Armée autrichienne- Schwarzenberg : 32 000 hommes TOTAL :   509 700 hommes  

On estime qu’à l’arrivée de l’armée sur la Dwina, il fallait compter en moins un tiers de diminution sur chaque corps ; car ces masses formidables étaient arrivées de la Poméranie, de Mayence, de Paris, de Boulogne, de Valladolid, de Milan et de Naples.L’armée traînait avec elle plus de 1 200 pièces de canon, 3 000 voitures d’artillerie, 4 000 voitures d’administration, sans compter les fourrages des régiments, les équipages des chefs, les voitures enlevées dans le pays, en tout 20,000 voitures et 200 000 chevaux. 

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( 18 novembre, 2019 )

A propos de Junot…

A propos de Junot… dans TEMOIGNAGES junot

Psychologiquement très perturbé, le duc d’Abrantès est mort le 29 juillet 1813, des suites de ses blessures, après s’être défenestré. Cette lettre de Napoléon est adressée au général Savary, duc de Rovigo, Ministre de la police générale.

Dresde, 7 août 1813

Je reçois votre lettre du 2 août. J’ai éprouvé une véritable peine de ce que vous m’avez écrit de ce pauvre Junot. Il avait perdu mon estime dans la dernière campagne [celle de Russie], mais je n’ai pas pour cela cessé de lui être attaché. Aujourd’hui il a recouvré cette estime, puisque je vois que sa pusillanimité était déjà l’effet de sa maladie. J’approuve toutes les propositions que bous me faites. Voyez l’archichancelier, à qui j’écris. On peut sans difficulté mettre les deux demoiselles [filles de Junot] à Ecouen. Vous ne me faites pas connaître l’âge des deux enfants.

Parlez aussi à l’archichancelier de la duchesse d’Istrie [veuve du maréchal Bessières, tué le 1er mai 1813 près de Weissenfels], et voyez ce qu’il faut faire pour arranger ses affaires ; mon intention est aussi de l’aider.

(« Lettres inédites de Napoléon 1er (An VIII-1815). Publiés par Léon Lecestre » Plon, 1897, tome II, pp.279-280).

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