• Accueil
  • > Recherche : cavalerie austerlitz
( 13 juin, 2019 )

Paris en 1810. Le témoignage de Karl de Luternan…

 tuileries.jpgLe document qui suit, fut publié en août 1950 dans la « Revue de Paris ». Henry d’Estre, le publicateur d’alors, apporte quelques détails biographiques sur son auteur :

Rudolf-Samuel-Karl de Luternan.   

« Né en 1769, la même année que Napoléon, il avait été avant 1789 officier au régiment d’Ernest, corps d’infanterie au service du Roi de France, qui l’utilisa notamment en corse. Membre du Conseil de Berne en 1803, il était inspecteur général de l’artillerie helvétique à l’époque de la rédaction de son « Journal », commencée le 31 juillet 1810, terminée le 19 octobre. Son Gouvernement l’avait envoyé à Paris dans un double-but : en mission officielle pour féliciter S.A.S. le Prince de Neuchâtel et de Wagram [le maréchal Berthier], vice-connétable, grand-veneur, etc., au titre de sa nomination de colonel-général des troupes suisses au service de la France ; en mission secrète, pour s’enquérir des intentions du tout-puissant empereur sur leur pays, qui craignait d’être annexé par décret, comme venait de l’être la Hollande, comme l’avaient été, l’année précédent, les états pontificaux. Les libres habitants de la libre Helvétie s’alarmant à ce sujet, ses dirigeants expédièrent à Paris un homme sachant voir et dire ce qu’il avait vu ». 

UNE REVUE AUX TUILERIES. 

Le 22 septembre 1810, le colonel de Luternan assiste à la grande revue qui se déroule. « Il avait pu prendre place à une croisée du rez-de-chaussée du château des Tuileries, tout proche de la grande porte ». Mais à présent, laissons parler l’auteur : « En disant que toutes ces troupes, deux bataillons d’infanterie légère française et les quatre faibles bataillons portugais exceptés, appartenaient à la Garde Impériale, il est à peine nécessaire de parler de la beauté des hommes et de leur tenue. Le coup d’œil me parut magnifique ; point de clinquant inutile, hors la chamarrure ordinaire des tambours-majors et des musiques de régiment.  A une heure, un roulement général de tambour que l’écho, ou plutôt l’encaissement du château, rendait semblable à celui du tonnerre, annonça l’Empereur. Son cheval blanc l’attendait sous l’escalier du château.  Il saute dessus assez pesamment et part au petit galop, suivi du prince de Neuchâtel, du maréchal Bessières, du duc de Feltre [Clarke, alors ministre de la Guerre] et d’une dizaine de généraux. Après s’être arrêté un petit quart d’heure à l’aile droite des grenadiers portugais, où il fit des questions que je ne pus comprendre, il parcourut rapidement toutes les lignes et revint ensuite mettre pied à terre où il était monté à cheval. Toute sa suite en fit autant, à l’exception du général Mouton, destiné à répéter les mots de commandement de l’Empereur aux exercices et manœuvres qui allaient commencer.  Ici, je dois faire mention d’une chose peu royale, peu impériale, qui se passa sous nos yeux, même sous les yeux des dames, qui remplissaient les appartements du [grand-] maréchal Duroc. Bonaparte fut pris d’un besoin et, sans se gêner, il vint (en quittant son cheval) le satisfaire au coin de la porte d’entrée. Je n’en dis pas davantage. Après ce galant épisode je vis que S.M. dirigeait ses pas nonchalamment vers nous, le long du mur du château, se grattant le nombril et prenant du tabac, etc.…, etc. J’étais loin de penser, en le voyant approcher ainsi s’asseoir sur une borne sous ma fenêtre, qu’il y fixerait sa station et que, pendant trois heures de suite, il n’en bougerait pas. Néanmoins, c’est ce qui arriva : le destin, favorable à mes yeux, l’avait tout de bon arrêté à quatre pas (quatorze pieds mesurés) de ma fenêtre et me procurait ainsi la plus étrange occasion d’observer à mon aise cet homme extraordinaire, dont aucun geste, aucune parole, aucun mouvement de physionomie, pendant trois heures d’une activité très soutenue, ne pouvaient m’échapper. En pareil cas, les moindres circonstances prennent de l’intérêt ; voici donc la disposition du groupe tel qu’il vint se former sous mes yeux. 

 La borne impériale était obliquement à sa gauche, à huit pieds du mur ; la croisée où je me trouvais était élevée à peu près de sept pieds au-dessus du sol, ce qui me faisait plonger par-dessus la suite de l’Empereur rangée sous moi, le long du mur du château, et me donnait l’avantage de voir Bonaparte isolé et à découvert de la tête aux pieds. Je me trouvais si près des généraux composant sa suite que, de la main, j’aurais pu enlever le chapeau du prince d’Eckmühl [le maréchal Davout] et du duc de Reggio [le maréchal Oudinot] qui étaient devant moi. Le prince de Neuchâtel était à la gauche de l’Empereur, un peu en arrière. Le grand nombre de troupes entassées sur neuf lignes, dans la cour du château, semblait devoir rendre toute manœuvre impossible. Mais l’Empereur n’en éprouva pas le moindre embarras et montra, dans cette occasion, une connaissance parfaite des détails de l’école du bataillon. Donnant à mi-voix les commandements nécessaires, que répétait à haute voix le général Mouton, il amena successivement les neuf lignes d’infanterie vis-à-vis de lui, au bord de la grille. Là, il faisait exécuter quelques feux de bataillon, puis marcher la baïonnette en avant, au pas de charge, jusqu’à dix pas de lui et renouveler les feux.  Rien de plus facile à ce moment à un traître… C’était à faire venir l’eau à la bouche et je me rappelai alors les balles qu’en pareille occasion, j’avais entendu siffler autour de sa tête à Milan  [au cours d’une grande parade, en mai 1805, alors que Napoléon était allé à Milan pour s’y faire couronner roi d’Italie]. 

La première ligne, composée d’un régiment d’infanterie légère, ne brilla pas dans ses manœuvres, mais ses feux allaient bien. Au bout d’un quart d’heure il fut expédié. Les quatre bataillons de Portugais, qui vinrent après, et quoique leur général, homme d’un certain âge et d’une tournure assez commune, reçût les commandements en français et qu’il fût obligé de les rendre dans son idiome, il n’y eut pas de malentendus, pas un instant de confusion. Après avoir travaillé cette troupe pendant une demi-heure, l’Empereur quitta sa place, se rendit devant son front, appela tous les officiers et sous-officiers et, après les avoir formés en carré ouvert devant lui, il les harangua de la manière suivante : « Soldats portugais, je suis content de vous. Votre conduite, votre discipline vous ont distingués en Allemagne. Je vais vous donner une preuve de ma confiance. Les Anglais vous calomnient. Ils osent dire que vous avez tous péri de misère. Vos baïonnettes sauront donner un démenti à ces perfides insulaires. Officiers, sous-officiers, me répondez-vous de vos soldats ? »  Un « hourra ! » général fut la réponse à ce discours prononcé d’un ton très énergique et qui avait été intercepté par le général portugais, à qui l’Empereur adressa ensuite directement des choses obligeantes qui parurent lui faire plaisir. Je n’osais pas espérer que l’Empereur, après cela, revint au poste modeste qu’il avait quitté avec toute sa suite. Mais, comme si un contrepoids l’eût lié à mes pieds, j’eus le plaisir de le voir s’en rapprocher de nouveau. Après avoir renvoyé les Portugais sur la droite, au fond de la cour, l’Empereur, de retour à sa borne, fit avancer les grenadiers de la Garde hollandaise.  Cette troupe magnifique répondit à tout ce que l’on pouvait attendre d’elle. Mais Bonaparte ne tarda pas à monter clairement qu’il lui était défavorable. Il ordonna des manœuvres difficiles pour un terrain aussi resserré. On voyait qu’il cherchait à les égarer, mais il n’y réussit pas ; enfin, voyant que ce régiment se tirait toujours d’affaire, il eut recours à la plus flagrante injustice pour les faire broncher ; il commandait nouvelle manœuvre pendant que la précédente s’exécutait. 

Au premier indice d’hésitation qu’il aperçut chez le colonel [le colonel Tindal qui avait rang de général de brigade], qui n’avait pu comprendre le commandement à cause du bruit et de la distance, il l’apostropha d’un ton aussi grossier que peu généreux : « Eh bien ! F… tre, dit-il, que fait ce colonel ? Je crois qu’il délibère. » Cette apostrophe n’échappa pas à ceux qui purent l’entendre et je peux juger de la sensation générale par celle qu’elle produisit à notre croisée. Heureusement que le colonel hollandais se trouvait alors hors de portée et qu’il ne l’entendit pas. Les gardes nationaux de la Garde, troupe formée depuis un an, parurent à leur avantage, même après les Hollandais. Ils donnèrent néanmoins, aussi, un moment d’humeur à leur maître. C’était dans feux. L’un des chefs de bataillon commanda le feu en courant à son poste, devant le front : « Qu’est-ce que ce chef de bataillon qui reste devant le front ? Aux arrêts ! » 

« Eh bien ! F…, ce tambour-major, ne sait pas son devoir, le coup de baguette donc après le roulement. » Il l’avait, en effet, oublié. 

Les grenadiers et les chasseurs de la Vieille Garde, qui suivirent la Garde nationale, parurent posséder la bienveillance du Maître, car il les traita bien mieux que les autres, quoique, assurément, les Hollandais eussent bien mérité les mêmes égards. Les bataillons, après chaque manœuvre finie, étaient renvoyés et formés en colonne serrée, à droite et à gauche, au fond de la cour. Ils défilèrent ensuite tous ensemble au pas accéléré, à l’exception des bataillons de la Vieille Garde, auxquels le monarque semblait se complaire davantage et qu’il fit défiler au pas ordinaire. On ne voit pas de troupe de plus noble ni de plus guerrière dans leur apparence ; on n’entend pas de musique plus brillante que celle de ces régiments. A mesure que l’infanterie quittait la cour par la porte près de la galerie du Louvre, la cavalerie y entrait en passant sous l’Arc-de-Triomphe [du Carrousel]. Elle ne manoeuvra point, à l’exception des chasseurs hollandais et portugais. Ceux-ci n’eurent pas le bonheur de paraître à leur avantage et l’Empereur, qui les jugea sur leurs premiers mouvements, les renvoya par un geste assez méprisant. Les Hollandais étaient bien et défilèrent en très bon ordre, après quelques conversions par escadron. Ces trente-quatre escadrons, seize pièces d’artillerie à quatre et six chevaux, prirent du temps et quoique l’Empereur parût impatient d’en voir la clôture (car il avait plusieurs fois regardé sa montre), il ne souffrit pas que les chevaux prissent le trot. Malgré cette précaution très sage sur le pavé, il arriva un accident. Deux dragons furent abattus ensemble sur leurs chevaux. L’un d’eux, très maltraité, fut ramené au Palais et deux généraux se détachèrent par ordre du Maître, pour le voir. Il était alors quatre heures. La parade était finie. L’Empereur rentra au château et chacun, comme il put, regagna son logis où à mon retour, je notai toutes les circonstances du rare spectacle qu’y avait tenu l’Empereur, pendant trois heures d’horloge, cloué sous mes yeux, occasion rare pour observer cet homme extraordinaire et terrible. Il portait aujourd’hui, comme presque toujours, l’uniforme de sa Garde, deux petites épaulettes de colonel assez mesquines et la petite croix étaient ses seules marques de distinction. Un petit chapeau noir sans autre accessoire qu’une cocarde de la grandeur d’un écu, une épée fort simple, veste et culotte blanche, bottes fortes, tel était son habillement. 

 Un maintien aisé mais sans noblesse, des manières libres et un oubli marqué de toute bienséance caractérisaient Bonaparte aujourd’hui. Je ne sais s’il prenait à tâche de paraître dur et grossier, parce qu’il commandait à ses soldats et s’il empruntait ainsi à dessein les grâces et l’énergique langage du noble métier. A moitié assis sur sa borne, où négligemment appuyé sur le coude gauche, il avait tantôt la main droite dans ses culottes, tantôt les bras et les jambes croisés. A tout moment, il prenait du tabac portant si vivement et d’un seul coup de la main droite. Sa tabatière est dans la poche gauche de l’habit et je lui en vis vider une et demie pendant la parade. Lorsqu’il eut vidé la première, il continua à l’ouvrir, à en flairer le parfum et à en considérer le médaillon, jusqu’à ce qu’on lui en eût apporté une deuxième. La physionomie de l’Empereur variait selon  l’impression du moment. Je l’ai vue dans les deux extrêmes. Elle annonçait aujourd’hui beaucoup de sévérité et de mépris [« On attribuait sa mauvaise humeur aux nouvelles d’Espagne, qui n’étaient pas favorables », note de Luternan]. Son impatience éclate quelquefois d’une manière peu digne de lui. En voici quelques traits : A l’une des charges à la baïonnette qu’il fit exécuter à sa Garde, mécontent des tambours, qui, selon lui ne battaient pas à la charge avec assez de vigueur, il s’emporta contre eux en criant : « Allons donc, tambours, plus vite : rrum, rrum, rrum ! » et il accompagnait cela comme un polisson de huit ans, et des mains et de la voix. 

L’infanterie légère ne défilait pas avec assez de rapidité. Il s’en fâcha et, précipitant le mouvement d’un signe de main, il cria : « Allons donc, f… tre ! » Plusieurs fois, lorsqu’on ne remédiait pas très promptement à quelque chose qui n’allait pas à son gré, je l’ai vu jeter un regard dur et sévère sur ses maréchaux placés derrière lui, et d’un ton impatient et grossier, accompagné d’un geste de la main très expressif, leur dire, sans désignation de personne : « Allons donc, allez ! » Aussitôt deux pour un se détachaient et couraient. Si pendant la durée de cette très active parade, il donna des preuves multipliées d’injustices, de sévérité, d’impatience, il sut y mêler, par moments, l’expression de sentiments opposés. Il fit par exemple toujours un accueil gracieux aux soldats qui venaient lui présenter des placets. Un seul fut rabroué, parce qu’il était sorti mal à propos de son rang. Même dans les moments qui semblaient devoir faire éclater son humeur, je le vis, à ma très grande surprise, se tourner du côté de ses généraux et leur adresser, d’un air souriant, la parole, faisant semblant de ne pas s’apercevoir d’un peu de désordre. Le bruit des tambours m’empêcha de comprendre ses paroles, mais un sourire sardonique et moqueur était sur ses lèvres… Ce désordre, si tant il est vrai qu’on puisse l’appeler ainsi, n’était autre chose qu’une complication apparente, formée au gré de l’Empereur, qui aimait sans doute, fortifier, en l’exerçant, sa très grande habitude à confondre et à dérouler ses masses entassées les unes sur les autres. Tel est le souvenir que je conserve d’une journée qui fut pour moi du plus grand intérêt.

 LE «PANORAMA DE WAGRAM ». 

Comme je suis logé à l’hôtel Mirabeau, rue Napoléon [actuelle rue de la Paix], très près du « Panorama de Wagram », Fischamm nous y conduit May et moi. On nous dit que cette invention vient d’Angleterre. M. Prévost, anglais d’origine, est l’auteur de celle-ci. Nous entrons (pour 40 sols) dans l’enceinte circulaire, murée par un escalier sombre et tournant, qui descend sous le sol et remonte bientôt. La faible lueur d’une lampe guide nos pas. Au bout d’une vingtaine de marches, on se trouve, ou plutôt on croit arriver au sommet d’un belvédère et l’on se croit, comme par enchantement, transporté au milieu de la plaine du Marchfeld. Un beau soleil d’été éclaire la scène terrible, qui se développe ici tout autour du spectateur étonné. Placé derrière le centre de l’armée française, l’on voit devant et dessous, à cinquante pas de distance, l’Empereur à la tête de son état-major donnant des ordres au général de Wrède. Le moment choisi est celui qui précéda immédiatement la victoire. On devine aux fumées, on croit entendre les progrès du maréchal Davout, qui a tourné la gauche des autrichiens derrière la colline de Margrafen-Neusiedel. L’on voit arriver au galop l’artillerie de la Garde, et cette formidable batterie jouer à mesure qu’elle se forme. Quarante et quelques pièces sont déjà dans le feu. Tous les villages (celui de Rausdorf) où sont les ambulances, excepté, brûlent ou commencent à brûler. Ce spectacle vraiment magique inspire d’autant plus d’intérêt, qu’il surpasse de beaucoup ce que, par ouï-dire, l’on pourrait en attendre. L’on se croit sur les lieux et l’illusion serait complète, si, par quelques arrangements faciles, on cherchait à y réunir le bruit confus du canon, de la mousqueterie et les cris plaintifs de tant de blessés que l’on voit étendus ou passer devant soi.

Les détails de cet immense tableau paraissent tous en grandeur naturelle. Tel est l’effet merveilleux de la perspective. Les tourbillons de flamme et de fumée des villages en plein incendie, le mouvement des corps de troupes et des soldats épars, les scènes pitoyables d’un champ de bataille durant quarante-huit heures, les blessés enflammés par les obus, qui brûlent autour des cadavres et des agonisants, le spectacle des troupes engagées, où l’on croit voir du mouvement et apercevoir des brèches nouvelles chaque fois qu’on y reporte les yeux, leur désordre bien ordonné, les bouffées roulantes des fumées de canons dont on croit voir le recul, la teinte argentine et légère des fumées des feux d’infanterie, la poussière roussâtre dont tous les corps en mouvement sont environnés, tout, même les boulets qui sillonnent ce champ de carnage, et dont on croit entendre le sifflement et suivre des yeux les rapides ricochets, tout, dis-je, donne à ce tableau un caractère de vérité incroyable, dont l’illusion, bien loin de s’affaiblirent le détaillant, croît et se fortifie, au contraire à mesure que l’on s’en occupe davantage. 

Ajoutez à cela une perspective admirable et qui s’étend du côté de la Hongrie à plus de vingt-cinq lieues, une fidélité scrupuleuse, dit-on, dans le dessin du paysage, un coloris naturel, un ciel d’une transparence admirable, une teinte vaporeuse qui règne et plane sur le champ de bataille sans l’obscurcir, un dessin très correct des figures, et l’on aura encore une idée bien faible de ce spectacle.  

PROMENADE SUR LES BOULEVARDS. 

 Mes occupations ont traîné aujourd’hui jusqu’à quatre heures. Mon compagnon, en revanche, a couru la ville dès le matin. Nous nous retrouvons à quatre heures et demie pour dîner chez Frascati, très joli jardin sur les boulevards, forts à la mode il y a peu d’années et totalement délaissé depuis quelque temps. Nous n’y trouvons qu’un groupe d’Anglais, prisonniers sur parole, qui viennent sans doute ici en faveur de la solitude qu’ils sont sûrs d’y trouver. Nous dînons bien et courons ensuite les boulevards, promenade toujours nouvelle et charmante, dont les détails variés ne cessent de nous intéresser. On y reviendrait cent fois, on y verrait toujours des objets nouveaux. Ce n’est qu’aujourd’hui, par exemple, que nous remarquons ces magasins d’oiseaux vivants, où depuis le serin jusqu’au cygne, la gent emplumée compte de nombreux représentants. Des faisans, des pigeons rares, et de fort belles oies d’Amérique font ménage ensemble, c’est ici que nous voyons et examinons avec complaisance les premières perdrix françaises : elles nous donnent l’avant-goût de celles que nous espérons voir bientôt en rase campagne. 

TIVOLI. 

 A huit heures, nous quittons les boulevards pour nous rendre au jardin de Tivoli (rue Saint-Lazare), où pour 6 heures une fête charmante nous attendait. Les premiers pas que l’on fait préparent l’imagination à un « spectacle féérie ». Il fait obscur. On entend, sans la voir, une assez bonne musique. L’entrée est décorée de fleurs et de beaux orangers. Les ombres de la nuit, une faible lumière, rendent cette entrée mystérieuse : on devine à peine les objets, néanmoins, le parfum des fleurs vous indique un jardin. Peu à peu, le théâtre s’agrandit, on a quitté la faible lumière, et on se trouve au milieu d’une société assez choisie et nombreuse, qui se promènent de tous côtés dans les allées du vaste jardin, illuminé avec goût de lampions de couleurs variées. Des guirlandes de feux tiennent les arbres décorent la verdure et la rendent brillante. Sous ces feuillages étoilés, il règne juste assez de clarté pour reconnaître son monde. Mon ami, quoique myope, voit enfin ce que depuis longtemps, disait-il, il avait cherché vainement : des jolies femmes. Mais à son grand déplaisir, il s’aperçoit aussi en même temps, que les hommes sont grands, qu’ils sont beaux et il n’aime pas laisser croître dans son esprit ces Parisiens, dont il avait eu jusqu’ici une si petite opinion. Nous circulons au milieu des préparatifs de tous genres, passant d’un spectacle, d’un bosquet à un autre. Nous nous arrêtons avec la foule devant le célèbre Olivier, escamoteur fameux, dont les tours surprenants, ainsi que ceux de ses automates, nous intriguèrent beaucoup. Nous poussons plus loin : ici, c’est un bal, là un grimacier. Dans le lointain, on entend un concert. Nous approchons, mais avant que d’y arriver, nous rencontrons mille détails nouveaux : une grande optique, un grand microscope, etc., etc. Des couples heureux, mais fugitifs, traversent çà et là. On croit les suivre, mais bientôt les lumières plus rares et leur faible clarté en font perdre la trace ; on se trouve dans les bosquets mystérieux de Cythère et l’œil indiscret n’y doit pas pénétrer. Nous revenons donc sur nos pas, et voyons un rassemblement très nombreux qui s’est formé autour d’un tréteau. Ce sont des danseurs de corde, dont on admire l’agilité successivement éclipsée par ceux qui les suivent. Mademoiselle Pachy et un très joli danseur paraissent et viennent surprendre par leur adresse, leur aplomb et leurs grâces. Jamais je n’avais encore vu dans ce genre quelque chose qui s’en approche. Le saut périlleux est exécuté sur la corde, en avant et en arrière, sur un seul pied. Je n’y conçois rien. Pendant  qu’on les admire, un coup de canon se fait entendre. Un ballon de feu se lève dans les airs avec rapidité ; il plane sur Paris : chacun le suit de yeux et fait ses conjectures sur ce qu’il va devenir. Mais avant qu’on l’ait perdu de vue, la détonation d’un artifice qui éclate près de là, a détourné subitement l’attention. On se trouve tout à coup au milieu des étoiles romaines qui s’élèvent de tous côtés. Les feux augmentent, le spectacle s’agrandit : on voit la Pachy, deux étendards à la main, mesurer des yeux une corde, qui, partant de terre s’élève et conduit au sommet d’un temple de plus de cinquante pieds de hauteur. Elle s’élance sur le rapide sentier ; à l’instant, les feux redoublent ; de tous côtés, ils jaillissent sur elle ; on la croit dans le danger le plus imminent. La courageuse Pachy monte avec intrépidité : ses étendards saluent la foule, la foule lui répond par des fanfares et des cris redoublés. La musique, les trompettes, mille coups de feux qui partent et brûlent autour d’elle rendent cette scène charmante et d’un véritable intérêt. Au milieu des fracas de cette brillante ascension, la Pachy est arrivée au sommet de son temple. Au même instant, l’édifice, embrasé par sa main, présente à l’œil étonné une vaste et superbe illumination. Ce moment, je ne l’oublierai jamais, est du plus grand effet. La Pachy suspendue dans les airs, au milieu des feux pétillants qui semblent devoir la dévorer, les traverse avec calme et redescend en triomphe. Ce moment fait trembler pour elle le spectateur nouveau et non prévenu. Elle arrive enfin à travers les flammes, et pendant que l’air retentit des cris de joie mille fois répétés, et au moment où l’on croit le spectacle fini, une détonation effroyable fait tourner les têtes du côté opposé. C’est un volcan qui s’est ouvert tout à coup au sommet d’une colline, et qui vomit des feux de toutes couleurs. Cette transition subite et d’un à-propos admirable produit le plus grand effet : tout à l’heure, c’étaient des feux brillants et d’une blancheur éblouissante ; ici, c’est au contraire la sombre et menaçante rougeur d’une lave brûlante. On la voit se former au milieu des éclats souterrains, pendant près d’un quart d’heure, et détruire enfin dans ses torrents le simulacre d’Herculanum. Voilà, en abrégé, ce que nous venons de voir dans ces lieux enchanteurs. Le silence qui a succédé à ce beau tintamarre nous permet de sentir que nous avons faim et soif. Nous passons un quart d’heure au café et cherchons enfin la sortie du jardin. Mais avant d’arriver à l’issue, deux voix d’homme, délicieuses, qui partent d’un kiosque de verdure, arrêtent nos pas. Leur chant mélodieux semble être l’adieu de l’entrepreneur de la fête. Nous l’écoutons un bon moment, et quittons enfin ces lieux, bien satisfaits de tout ce que nous venons d’y voir. Nous conserverons longtemps, May et moi, le souvenir de cette agréable, dont les détails, les variations multipliées, et surtout l’à-propos de transition et des grands coups de théâtre, ne laissaient rien, absolument rien à désirer. Et tout çà pour 6 francs. 

SPECTACLE DE M. PIERRE. 

Un bon dîner chez M. d’Hauteville, auquel je ne peux pas faire honneur comme je l’aurais voulu, me fait aller au faubourg du Roule, à cinq heures et je termine cette journée au spectacle de M. Pierre, qu’on nous avait conseillé d’aller voir une fois.  Ce divertissement  nouveau et singulier, du genre des ombres chinoises, représente, dans des tableaux mouvants coloriés, des scènes vivantes, des ports de mer, des villes, des orages, etc., etc. Vous voyez des eaux couvertes de bateaux, de vaisseaux, qui vont à rames et à pleines voiles. Des chasses à courre et au tir- celle du canard, entre autre, est admirable. Des ponts, des chaussées sont animés de voyageurs à pied et en carrosse, de chariots d’artillerie, de troupes de toutes armes. Tout cela va et vient dans tous les sens et sans confusion. Même le bruit du roulage est imité à s’y méprendre. Le tableau du coucher du soleil est frappant. Dans l’orage, on voit les nuages changer peu à peu de nuances et de formes, les éclairs, le tonnerre sont imités au mieux. La foudre éclate sur un vaisseau battu par la tempête et y met le feu ; le navire s’échoue sur un écueil, ajoutant au péril un degré supplémentaire. Une chaloupe vient heureusement en secourir les passagers, etc.etc. Tout cela qui, au récit, ne paraît être qu’un jeu d’enfant, mérite d’être vu et l’on ne quitte pas M. Pierre sans applaudir à son spectacle et à la modestie avec laquelle il le produit. Mais je n’y retournerai plus : car, outre que cela n’est bon que pour une fois, j’en eus les yeux abîmés. 

LES TUILERIES. 

Nous profitons aujourd’hui d’un moment favorable pour voir les appartements du château des Tuileries. J’avais déjà vu plusieurs pièces du Palais avant la revue ; mais le grand mouvement de ce jour-là avait entièrement absorbé mon attention et l’avait détournée des objets purement et simplement matériels. Au 10 août 1792, le sang coulait dans tous ces appartements. Aujourd’hui, ils étonnent par leur richesse et leur magnificence. Nous parcourons successivement ceux de l’Empereur, de l’Impératrice, les salles du lit, du trône, des spectacles, la galerie de Diane, etc., etc. Tout ce que les arts réunis produisent de plus somptueux et de plus galant, se voit au pied de la souveraine dans ses appartements. Dans la salle du lit est la superbe toilette dont Paris lui a fait hommage : rien n’égale le goût et la beauté de cet ouvrage-là. Elle consiste en une psyché d’une élégance parfaite, une table à toilette, avec un miroir tournant, deux vases ou bassins sur des trépieds, un cabriolet et différents accessoires, tels que vases, cassolette, aiguières, etc., etc., en or et vermeil. 2 224 marcs d’argent sont affectés à cette bagatelle, pour laquelle Thomire a fourni un mémoire de 574 000 francs. Le lit, en velours cramoisi, frangé et brodé en or, les meubles de tous les appartements où l’or, le velours, les gobelins, les porcelaines les plus précieuses sont étalés, forment un assemblage de richesse fatigant pour les yeux et difficile à décrire. Il règne néanmoins un caractère différent dans les appartements de l’Empereur que dans ceux de l’Impératrice. Dans les premiers, les emblèmes sont guerriers ; dans le dernier, en revanche, tout y respire le bon goût et la magnificence. La Grande Galerie dite « de Diane » est ornée des plus riches Gobelins. On y voit aussi de grands tableaux militaires, dont les campagnes de Bonaparte ont fourni les sujets. Un des plus frappants, par son effet, est le « Bivouac d’Austerlitz », peint par Lejeune. Dans la Salle des Maréchaux, je considère à mon aise, les bustes, les portraits en pied des maréchaux d’Empire morts et vivants. Autant que je peux en juger, ils sont très ressemblants. La tournée que nous venons de faire en deux heures suffit à peine pour bien visiter l’intérieur d’un palais qui a quatre cent vingt pas de long sur quarante de large. 

LA SAVONNERIE DE PASSY. 

A deux heures, nous allons à la Manufacture de la Savonnerie [Cet établissement, fondé en 1627, fut installé à Chaillot jusqu’en 1826, date à laquelle elle fut réunie à la Manufacture des Gobelins. Elle se trouvait approximativement à l’emplacement de l’actuel palais de Tokyo], où se font les tapis en laine pour l’Empereur. Cette manufacture travaille à l’instar de celle des Gobelins, avec la seule différence que l’ouvrage n’est pas à l’envers et que le modèle n’est pas derrière l’ouvrier, mais droit au-dessus de lui. Tous ces tapis sont veloutés : celui auquel on travaille depuis deux ans et demi est magnifique, tant par la grandeur du dessin que par l’exécution et la vivacité des couleurs. Il coûtera 50 000 francs. Que d’argent pour une natte ! A peu de distance de l’emplacement de cette manufactue  est la Grande pompe à feu qui fournit de l’eau au quartier de Chaillot [fondée en 1781 par les frères Perrier, elle fonctionna jusqu’en 1900. Elle se trouvait tout près de la place de l’Alma. L’actuelle rue des Frères-Périer a été percée sur son emplacement]. La vapeur d’eau fait jouer un immense piston, qui, à chaque coup, aspire douze cents bouteilles d’eau de Seine. Cette eau est élevée et conduite jusque sur une hauteur qui la met de niveau avec le quartier qu’elle doit abreuver, où elle se distribue par plusieurs canaux. Le tube dans lequel le piston joue est un immense cylindre de fer, qui pèse quatre cents quintaux [400 Kg]. Il y en a deux afin de prévenir toute suspension en cas d’accident. On se sert de houille pour chauffer l’eau. La force de la vapeur est incroyable : renfermée hermétiquement dans un grand vase, elle fait monter et descendre un piston, dont l’action prodigieuse augmente en raison de la grandeur de la machine. Il y en a vingt-neuf d’identiques à Paris, mais celle-ci est la plus considérable de toutes. Au surplus, ce procédé, dû aux Anglais, n’est point encore généralisé ici. Le puits de Bicêtre, les bains de la Seine marchent encore à bras d’hommes, ou par le moyen de chevaux, ce qui est plus lent et plus coûteux. Après avoir vu la puissante machine qui donne à Paris des eaux sales et dégoûtantes, nous allons directement à l’établissement formé depuis peu, auprès de Notre-Dame, pour la dépurer et la clarifier. Traversant d’abord une quantité d’entonnoirs horizontalement couchés et dans lesquels sont des éponges, cette eau trouble et jaunâtre passe ensuite par des ouvertures nombreuses, bouchées aussi avec des éponges, et coule dans de grandes caisses où il y a cinq couches de grès et de sable de grosseur et de finesse différentes. Entre la deuxième et la troisième couche, il y en a une de poudre de charbon. C’est en sortant de ces caisses que l’eau distillée, parfaitement pure et claire comme de l’eau de roche, coule dans de grands réservoirs, d’où soixante chevaux, entretenus par les entrepreneurs la distribuent aux abonnés. La voie coûte 2 sols et ½ à ceux qui ne sont pas abonnés, et seulement 2 à ceux qui le sont. Il ne manque que la fraîcheur à cette eau, mais on peut lui donner cette qualité à très peu de frais, vu la grande abondance de glace que l’on trouve en toute saison à Paris.  

« LE PASSAGE DU SAINT-BERNARD ».

Le soir, nous allons aux Jeux Gymniques, boulevard Saint-Martin, spectacle subalterne qu’il est bon de voir une fois. Ce sont des pantomimes, des vaudevilles, etc. dans l’une des pièces qu’on donne ce soir, « La Petite Guerre », on est frappé de l’étonnante vitesse des métamorphoses de Seymour, cela semblait tenir du prodige. « Le Passage du Saint-Bernard », par l’armée de réserve, présentait de jolies décorations. Le déblaiement des neiges, les rondes des chiens et l’aspect du couvent étaient bien. Mais ce qui devait le plus surprendre, dans cette pièce, était la ressemblance frappante de l’acteur, qui jouait le rôle du premier Consul, avec Bonaparte lui-même : taille, grosseur, maintien, coup de physionomie, attitudes, manières, en un mot, tout y était au plus naturel. L’Empereur, en ayant entendu parler, voulut un jour en juger par lui-même. Il se rendit au spectacle (sa loge conserve encore en souvenir la décoration très simple qu’on y fit) et il en fut si satisfait qu’il envoya le lendemain 600 francs à l’acteur pour, dit-il, « se laver les mains qu’il avait assez sales ». 

LE « COSMORAMA ». 

Ce soir nous allons au Palais-Royal, voir d’abord le « Cosmorama », qui, sous ce nom boursouflé, ne présente au spectateur intrigué qu’une grande optique où, pour  30 sols nous faisons une petite promenade dans les ruines de Palmyre, dans la basilique de Saint-Pierre à Rome et dans quelques autres monuments grecs et romains. Ce voyage dura dix minutes et nous quittâmes bientôt ces ruines fantastiques, pour rejoindre en tout bien tout honneur les ruines ambulantes du jardin, et pour faire ensuite un brin de cour à la beauté du Café des Milles-Colonnes [allusion à l’épouse de M. Romain, propriétaire de ce célèbre établissement se trouvant au n°36 de la Galerie de Montpensier. Walter Scott en personne fit partie des admirateurs de la « Belle Limonadière »], où un punch à la glace délicieux, le spectacle du monde qui se renouvelait sans cesse nous retint, au milieu d’une illumination éblouissante, jusqu’à l’heure où j’aime à me coucher. Nous rentrâmes à pied et même assez difficilement, n’ayant pas trouvé le chemin direct de notre gîte. 

L’ATELIER DE THOMIRE. 

Pour avoir une idée du luxe qui règne dans les grandes maisons de Paris, il faut aller voir quelques magasins de meubles. Quoi que nous eussions vu celui de MM. Jacob et Desmalter, nous voulons encore allez chez Thomire [Pierre-Philippe Thomire, 1751-1843, un des plus extraordinaire bronzier de l’époque], parce que c’est lui qui a fourni la toilette de l’impératrice Marie-Louise. Ce magasin, situé rue Taitbout [peut-être au n°41], l’emporte sur celui de Jacob en magnificence. Il est impossible de décrire ; il faut voir ces meubles, ces pendules, cheminées, candélabres, secrétaires, tables, etc., etc., en malachite, porphyre, marbre et bronzes dorés. On ne peut se faire une idée de la beauté, du fini, de la richesse de des ouvrages. M.Thomire nous fit remarquer la présence d’une grande table ronde, portée par un pied de bronze à l’antique, assortie de deux urnes, de deux candélabres et d’une pendule, le tout en malachite richement décoré en bronze doré. Il avait fourni ces ouvrages à un prince souverain (qu’il ne voulut pas nommer) : ce prince s’en dégoûta d’abord et les laissa pour la valeur intrinsèque de la matière, qui était de 150,000 francs : qu’on juge du prix de la façon. Fabricant de la magnifique toilette que Paris a donnée à Marie-louise, M.Thomire nous dit, qu’ayant été obligé de brusquer cet ouvrage qui proprement eût exigé des années de travail, il avait nuit et jour employé trois cents ouvriers pour arriver à en venir à bout en tris mois. On ne conçoit pas, en voyant tous ces meubles, qu’il soit possible de pousser plus loin le luxe effréné, devenu ruineux, par l’instabilité du goût et l’esprit inquiet de changement qui calcule sans cesses de nouvelles formes. Le suprême bon ton entraîne tout sous le char de la mode : peu que ces princes, ces généraux, ces financiers et leur imitateur en soient écrasés. Qu’ils sont pauvres ces riches dans leur magnificence, pensais-je, en sortant de là, pour chercher chez Hardy un modeste dîner. 

MONTMARTRE. 

Nous remontons en carrosse jusqu’au pied de Montmartre ; nous en gravissons la hauteur à pied. Arrivés au sommet, nous allons tout droit au télégraphe, d’où l’on découvre une vue superbe. C’est ici que l’on prend une idée juste de l’immensité de Paris et de la richesse de ses environs. La plaine se présente ici dans toute son immense étendue. On découvre tout autour de soi une telle quantité d’habitations, et la distance de l’une de l’autre est si petite, que l’on croit voir, non la campagne, mais les faubourgs de la ville se prolonger à l’infini et se perdre à l’horizon. Je n’oublierai jamais ce coup d’œil, dont une indisposition ne me permit pas de jouir au gré de mes désirs. L’air était frais et on le sent au sommet d’un télégraphe. Celui-ci pendant que nous y étions, était en grande activité de correspondance avec la Hollande : chose vraiment bien ingénieuse et bien simple, que nous considérerions avec beaucoup de plaisir. Montmartre étant couvert de moulins à vent, j’allai les examiner parce que je n’en avais jamais vu.  On voit aussi sur cette colline calcaire, d’immenses plâtrières, qui fournissent tout le plâtre qui se consomme à Paris.

De ces moulins à vent, on plonge directement sur les travaux du Faubourg Montmartre, où s’élèvent les nouveaux abattoirs qui délivreront l’intérieur de la ville d’un spectacle odieux [ces abattoirs se trouvaient sur l’actuel boulevard Rochechouart. Ils occupaient la partie nord de l’avenue Trudaine. Achevés en 1818, il fonctionnèrent pendant près d’un demi-siècle]. A droite, dans la rue des Martyrs, et à gauche, le long du canal de l’Ourcq, depuis la barrière de La Villette jusqu’à la Seine, on distingue plusieurs ouvrages entrepris, et une multitude d’ouvriers qui les poussent avec activité. Ici, c’est un nouvel égout voûté de quinze pieds de large sur neuf de haut. Là, c’est la jonction du bassin avec la rivière qui s’opère à grands frais et c’est la même chose dans tous les quartiers de Paris.

Assurément, Bonaparte doit trouver des amis dans la classe ouvrière, car le nombre de ceux auxquels il procure du pain est immense. «  

 KARL DE LUTERNAN. 

                                                                                                                                                         

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 27 mai, 2019 )

Une lettre sur Austerlitz…

06513391.jpg

Voici quelques mots à propos de son auteur : « Né le 28 octobre 1771 à Létenville (Calvados), VIEL Antoine, l’auteur de cette missive, a donc à la date qu’elle porte, trente-quatre ans. Entré au service, comme volontaire dans la cavalerie de Bayeux, le 16 brumaire an II [6 novembre 1793], et passé peu après au 19ème régiment de cavalerie, il a guerroyé partout : en Vendée, en l’an II ; aux armées de Sambre-et-Meuse et du nord, en l’an III ; à l’armée du Rhin les deux années suivantes. En l’an VI, devenu fourrier, il est avec son régiment à l’armée d’Allemagne ; en l’an VII, à celle du Danube, où il se fait nommer, à quelques jours d’intervalle, maréchal des logis chef et adjudant. Revenu à l’armée du Rhin, il s’y couvre de gloire et se fait citer plusieurs fois à l’ordre, aux cours des années VIII et IX. C’est le 5 pluviôse an XI (25 janvier 1803), qu’il est passé avec son grade au 9ème régiment, devenu le 9ème de cuirassiers. Le 10 prairial [30 mai 1803] suivant, le premier Consul lui a décerné un sabre d’honneur, et, de l’an XI à l’an XII, il est resté employé dans les 25ème et 26ème divisions militaires. Sa nomination de sous-lieutenant date de quelques mois à peine : elle est du 16 pluviôse an XIII [5 février 1805] : il a été, à sa grande joie, maintenu à son cher régiment, désigné pour faire partie de la 1ère division de grosse cavalerie de la Grande Armée. C’est ici le moment de lui laisser la parole. Voici sa lettre, in extenso  : 

A monsieur Guérould Pierre, commune de Létenville (Calvados), par Isigny. 

 [Nom de lieu illisible], le 6 nivôse an 14 [27 décembre 1805

Convaincu comme je le suis, mon cher M. Guéroult, de l’intérêt que vous prenez à moi, je profite d’un moment de repos pour vous écrire et vous faire connaître que malgré les efforts de nos ennemis je vis encore. Vous saurez aussi que depuis le 26 messidor [15 juillet 1805], époque où nous sommes partis de Mayence pour aller à Lille, où nous arrivâmes le 25 thermidor [13 août 1805] et fûmes de suite sous les ordres du général Nansouty, qui réunit là sa division composée ainsi qu’il suit : les 2ème, 3ème, 9ème, 12ème de cuirassiers et les 2 régiments de carabiniers (convenez que c’est un joli commandement, mais il en est digne). Huit jours se sont passés dans des revues et manœuvres. Mais pas plus surpris de voir arriver l’ordre de partir sur le champ pour nous diriger sur le Rhin et notamment sur la ville de Mannheim où nous le passâmes le 8 vendémiaire [30 septembre 1805]. Voilà donc 300 lieues faites pour les Capucins, puisque nous sommes revenus à onze lieues d’où nous étions partis) et cela à grandes journées, ce qui nous a ruiné nos chevaux. Il faut vous dire, cher ami, que dans mon retour la fièvre me prit et j’ai fait cent lieues passées avec ce maudit fardeau : elle m’a mis dans un état déplorable ; vous ne aurez une faible idée dans ce petit détail. Jugez d’un homme qui a la fièvre des plus violentes pendant sept ou huit heures, qui à peine passée, se met dans une voiture et fait des 7, 8 et 9 lieues, qui, les jours qu’elle lui donne congé, part d’un grand matin, arrive à dix ou onze heures, se met au lit et au bout de deux heures prend médecine ; le lendemain, part croyant arriver avant lui. Jugez quelle jouissance d’avoir de grands maux de tête et d’avoir à supporter les cahots d’une mauvaise voiture. Dix-sept jours de jeûne, d’émétique, de médecine et de limonade m’en ont débarrassé ; huit jours de repos dans un très mauvais village m’a mis à même de pouvoir passer le Rhin et de partager avec mes camarades les maux de cette glorieuse campagne. Je dis « les maux » car je crois que jamais on en a fait une pareille. Jamais un jour de repos. Tous les jours monter à cheval avant le jour, n’en descendre qu’à 9 et 10 heures du soir, enfin nous sommes restés jusqu’à 22 heures à cheval, mais très souvent dix-huit mais quand on remporte une victoire complète, on doit oublier tous ces maux. Que pourrai-je vous dire, cher ami, quand les papiers publics vous ont instruits mieux que je ne pouvais le faire, attendu qu’ils vous ont appris tout ce qui s’est passé dans l’armée, et moi, je ne pourrais vous dire que ce que j’ai vu en grand et cela dans la position qu’a occupé la division. Je me permettrai seulement une réflexion : c’est qu’il n’appartient qu’à notre empereur de faire la guerre quand on considère qu’en dix jours il a détruit à l’Autriche une armée de 80 à 90 mille hommes ; cela paraît incroyable et cependant c’est vrai. J’en fus témoin et notre division ne les battit que par sa présence, nous ne mîmes pas même le sabre à la main pour les faire rentrer dans Ulm au nombre de 20 mille hommes.La Garde Impériale et nous, fûmes la seule cavalerie qui y parut et ils n’eurent pas le front de se mesurer avec nous. Cependant, nous désirions avoir cet honneur-là. Seulement une brigade de notre division fut détachée à la poursuite du prince Ferdinand qui le rejoignit à quelques lieues où conjointement avec d’autres, lui prit 17 à 18 mille hommes de 25 mille qu’il avait sauvés et dont le reste fut pris en détail. Nous continuâmes notre route sur Vienne où nous arrivâmes sans de grands combats : presque toute la cavalerie se rassembla sous ses murs le 20 brumaire [11 novembre 1805] ; le 22 [13 novembre 1805] ce fut notre division qui traversa la ville capitale de ce grand empire, passa le Danube, traversa les troupes autrichiennes, et fut s’établir à deux lieues au-delà, où un régiment de cuirassiers d’Autriche lui céda la place. Après notre passage, toutes ces troupes furent désarmées, nous nous crûmes en paix, on nous dit même que nous allions prendre des cantonnements. Nous marchâmes pendant deux jours dans cette douce espérance, quant on nous dit que les russes ne voulaient pas s’en retourner chez eux sans un ordre de leur souverain : il nous fallut donc encore battre ces messieurs pour les mettre à la raison, mais une fois ni deux n’ont pas suffit. Il en fallut venir aux gros mots.

Aussi, j’ose croire qu’ils se rappelleront de la bataille d’Austerlitz. Celle-là, je l’ai vue de tout mon saoul, et je peux dire que jamais champ de bataille de fut aussi sanglant. Jugez que cent cinquante mille mousquetaires tirèrent depuis sept heures du matin jusqu’à une heure de l’après-midi et que plus de deux cents pièces d’artillerie tirèrent également. Jugez, dis-je, du carnage que cela a pu faire. Je n’ai pu encore deviner ce que c’est que le caractère russe, mais je n’ai pas vu sans une surprise étrange, des russes sans nombre, mutilé par le boulet, par la mitraille et autres armés, les uns des bras, les autres des jambes emportées, et bien, ils ne poussent pas un soupir, pas une plainte.  Je suis repassé au bout de six jours sur le champ de bataille : on travaillait à enterrer les morts, j’en ai vu qui ne l’étaient pas, par des temps semblables, et blessés : quel courage ! 

Laissons là ce champ de tristesse et de carnage et revenons au 11 frimaire [2 décembre 1805], où Napoléon les écrasa tous, quand je dis « tous », je pourrais ajouter que nous lui avons aidé un peu… Voici comment nous avons travaillé. Vous savez, ou vous ne savez pas, la grosse cavalerie ne doit pas donner à propos de rien et on doit la regarder comme emporte-pièce à qui rien ne doit résister, en voici une preuve : à midi, les affaires n’allaient pas des mieux pour nous. L’ennemi nous chagrinait fortement, quand le prince Murat envoya l’ordre à notre général de se porter en avant pour charger la cavalerie. Cette cavalerie (la tête de l’armée russe) était placée sur un plateau assez élevé, flanquée de 8 pièces d’artillerie qui faisant un feu croisé sur nous. Ils comptaient par cette manœuvre, sans doute, nous arrêter. Point du tout ! Nous avons manœuvré avec sécurité et avec autant de sang-froid que si ce fût pour notre instruction. L’ennemi fit si tellement effrayé de cela qu’il n’osa pas faire un pas sur nous. Nous montâmes sur le plateau, nos têtes hérissées de nos sabres, que nous leur avons enfoncés dans le ventre et partout, car ils sont restés là comme des murs, on en a tué tant qu’on a pu, forcé le reste à la retraite ; mais la majeure partie ont emporté des blessures mortelles. Nous avons pris les 8 pièces qui nous avaient fait tant de mal, donné l’exemple à toute la ligne, une charge générale s’opère, l’ennemi partout est mis en fuite et là se termine la journée du 11 frimaire, dite « Bataille des trois empereurs ou d’Austerlitz ».  Mon cher Monsieur Guéroult, ce qu’il y a de flatteur pour nous c’est que nous avons perdu très peu de monde et que ce fut notre régiment qui perça le premier l’ennemi, ce qui fut remarqué par le prince Murat, qui, sur le champ de bataille passa devant. « Braves cuirassiers, dit-il, vous avez chargé l’ennemi avec intrépidité et sang-froid, cela est digne de vous ! » Tous criaient :  » Vive le prince Murat !  »  Le prince Murat dit : « Vive les cuirassiers qui savent vaincre nos ennemis, etc. ».  Il fit son rapport à l’Empereur qui dit qu’il portrait les régiments de cuirassiers à 1.000 hommes, ce qui fait une augmentation de 400. J’écris beaucoup sur une grande feuille de papier et je vous dis peu, mais vous excuserez le petit génie de votre ami et vous direz mille choses honnêtes de ma part à Mme Guéroult ainsi qu’à tous ses enfants.

Mes compliments à ma sœur et à son mari, je vous prie de leur donner de mes nouvelles le plus tôt possible. Je ne leur écrirai pas par la raison que ici on ne peut affranchit les lettres pour la France, étant trop éloignés de la poste. Nous sommes cantonnés à douze lieues de Vienne du côté de la France.

Nous avons repassé dans cette capitale le 23 frimaire [14 décembre 1805] après avoir parcouru les belles plaines de la Moravie. Milles choses à tous nos amis. Je suis, en attendant votre réponse, votre bien sincère, 

VIEL. 

J’ai oublié de vous dire que l’on vient de nous payer trois mois de solde en billets de banque de Vienne lesquels perdent seulement 45 %. Il est vrai que l’on nous a donné un tiers en sus. Convenez que si cela n’est pas gratifiant ce n’est pas galant de la part de notre Empereur. Mon adresse est : VIEL, sous-lieutenant au 9ème régiment de cuirassiers, membre de la Légion d’honneur, 1ère division de cavalerie commandée par le général Nansouty, à la Grande armée.  Bonsoir, je vais faire un lit avec deux bottes de paille. Le papier me manque comme vous voyez. Je ne peux vous en dire davantage. Portez-vous aussi bien que moi. C’est tout ce que je désire ; il est dix heures, je veux cacheter ma lettre pour l’envoyer demain matin à la poste, car si je manque cette occasion je serait 8 jours sans la retrouver.

L’année suivante, Viel gagne ses galons de lieutenant à la bataille d’Iéna ; en 1807, il se bat à Eylau comme lieutenant adjudant-major ; en 1809, capitaine commandant, il est blessé à Wagram d’un éclat d’obus au pied. Il fait en 1812 la campagne de Russie et, en 1813, celle de Saxe, au cours de laquelle, pour sa belle conduite à la bataille de Dresde, il est fait officier del a Légion d’honneur, ce qui l’incite à se distinguer de plus belle à celle de Leipzig, où il reçoit trois coups de sabre. Nommé chef d’escadron au début de la campagne de France, le 19 février 1814, il passe le 6 août suivant au 10ème cuirassiers. Il fait enfin la campagne des Cent-Jours avec la 14ème division de cavalerie, assiste à la bataille de Ligny et couronne sa glorieuse carrière en prenant part, le 18 juin 1815, à l’immortelle chevauchée de Mont-Saint-Jean. Le 25 décembre 1815, après le licenciement de l’armée, il se retire dans ses foyers à Létanville ; il est dans toute la force de l’âge, n’ayant que quarante-quatre ans. Il en vivra quarante encore, entouré de l’estime et de la considération de tous et mourra maire de sa commune, le 16 février 1855. 

Valère FANET. 

Cette lettre fut publiée en 1905 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 26 mai, 2019 )

A propos de l’ouvrage du général de Brack…

N238

Ouvrage publié pour la première fois en 1831 par un ancien cavalier de l’Empire, Avant-postes de cavalerie légère eut un succès qui ne se démentit guère chez les officiers des XIXe et XXe siècles. De nombreuses fois réédité, son avant-dernière édition fut préfacée en 1942 par le général Weygand, qui compare la dialectique du général de Brack à celle du maréchal Foch et de son « de quoi s’agit-il ? » en matière de combat. Avant-postes de cavalerie légère se présente comme un manuel ou vade-mecum destiné aux officiers en général et aux officiers de cavalerie légère en particulier. Son auteur, ancien officier des lanciers dela Garde, y théorise les pratiques en vigueur lors des campagnes napoléoniennes de 1806 à 1815. Présenté sous la forme d’un questionnaire, l’ouvrage s’organise en quarante chapitres traitant tant du service courant, de la remonte, du harnachement, du cantonnement et de l’habillement, que des valeurs morales, de l’obéissance, de l’autorité et du courage, en développant les missions spécifiques de la cavalerie légère en temps de guerre, reconnaître, charger et escorter. Formalisant la doctrine d’emploi de la cavalerie légère en 1831, après quinze ans d’inactivité, de Brack puise dans ses souvenirs et dans son expérience pour présenter une culture d’arme, qui trouve sans doute ses premiers traités dans l’armée d’Ancien Régime, mais que les guerres napoléoniennes ont amplifiée. L’auteur a ainsi pour but de diffuser cette culture chez ses cadets. De la cavalerie légère, cet ancien subordonné des généraux Lasalle, Montbrun, Pajol, Colbert et Maison écrit que son rôle est « d’éclairer et de protéger la marche de notre armée (…) en devançant nos colonnes, éclairant leurs flancs, les entourant et couvrant d’un rideau vigilant et courageux suivant l’ennemi pas à pas, le harcelant, l’inquiétant, éventant ses projets, épuisant ses forces en détail, détruisant ses magasins, enlevant ses convois, et le forçant enfin à dépenser en défensive les puissances offensives dont autrement il aurait tiré les plus grands avantages. »  Le rôle et les qualités essentiels de l’officier de cavalerie légère et ceux du chef sont rappelés en premier lieu. « Le sentiment juste, l’appréciation froide, mathématique de ses forces matérielles, et celles ennemies (…) la rapidité et la sûreté du coup d’œil (…) ; le regard qui, de tel côté qu’il aborde le terrain, l’apprécie d’ensemble et dans ses moindres détails ; la promptitude de détermination et d’action ; l’élan qui enlève tout ; la fermeté qui ne désespère de rien et le sang-froid qui ne fausse jamais le regard… » . Puis l’auteur aborde tour à tour les moyens nécessaires à l’accomplissement des missions de l’arme. Parmi ceux-ci, ce que l’on nomme aujourd’hui le renseignement opérationnel, ainsi que ce qui fait l’essence même de l’arme, le cheval.

De Brack présente, dans un chapitre intitulé Des Indices, « les moyens de connaître les mouvements de l’ennemi » . Il en dénombre quatre : les rapports des prisonniers, déserteurs, et voyageurs ; les rapports des espions ; les reconnaissances ; les indices. Les pratiques de collecte du renseignement en opération des hommes de la cavalerie légère sont ici décrites. À la question « Qui vous fait découvrir les indices ? », il répond « la connaissance des usages généraux de la guerre, et des habitudes particulières de l’ennemi. Elle ne s’acquiert que par une grande constance d’observation. » L’auteur illustre son propos par des exemples « d’usages généraux » dont celui-ci : « Si l’on apprend qu’on a distribué des souliers dans les cantonnements, que les troupes nettoient leurs armes, que l’on rassemble des bestiaux, ce sont là des signes infaillibles de marches ou de mouvements quelconques. » Puis de Brack s’arrête sur des « usages particuliers » : « Les Russes, confiants dans leur nombreuse et excellente cavalerie irrégulière, se gardent mal derrière la ligne qu’elle forme en avant de leur armée ; ainsi si vous pouvez tourner leurs cosaques et vous dérober à leur yeux de lynx (ce n’est pas facile), il est plus que probable que vous réussirez dans les surprises que vous tenterez sur leurs régiments de ligne. La vigilance des cosaques n’est donc pas un indice de la vigilance des autres corps de l’armée russe. »  Découvrir des indices ne correspond pas seulement à une opération de collecte. Cette action est liée à une analyse immédiate de l’information, d’où procède une hypothèse plus que probable. Cette analyse est le fruit d’une connaissance de la culture de guerre de l’ennemi, connaissance née sous la Révolution et l’Empire de la pratique et de l’expérience plutôt que de la théorie. Pour reconnaître la première fois le terrain, l’ancien soldat de Napoléon écrit qu’il est utile de prendre des guides, seulement « s’il est possible de les avoir montés, afin de ne pas subordonner la vitesse de la marche à celle d’un homme à pied » et, si ceux-ci conduisent la reconnaissance, l’officier qui les emploie prendra toutes ses précautions en l’attachant près de lui, tout en le traitant poliment. Puis en abordant le chapitre des Reconnaissances, l’auteur définit le thème traité : « La base de toute opération militaire est, d’abord, la connaissance du terrain sous son double aspect défensif et offensif ; puis celle de la position, de la force, et si l’on peut celle de la pensée de l’ennemi. C’est pour établir avec certitude cette base, que les officiers sont envoyés en reconnaissance. (…) Là, il ne s’agit pas de voir mais de bien voir, pour ne pas fournir au corps d’armée qui réglera ses déterminations sur le rapport que vous lui ferez…» En ce qui concerne la topographie, partie intégrante d’une reconnaissance, de Brack cite le général Laroche-Aymon  : « Voici les traits principaux à observer dans les objets tant naturels, qu’accidentels, qui composent les localités d’un terrain (…) les bois, montagnes, rivières et ruisseaux, plaines, chemins, villes, bourgs et villages. » L’auteur, qui tire de ses souvenirs les reconnaissances qu’il a pu lui-même effectuer, préconise la plus grande prudence lorsqu’il s’agit d’utiliser la force du cheval pendant la réalisation de la mission : « Je le répète, les forces du cheval sont la fortune du cavalier ; si tout est dépensé en une heure, que reste-t-il après ? »

Parmi les techniques de collecte de l’information, le général rappelle le rôle des espions : « Un officier d’avant-garde emploie-t-il des espions ? Oui, mais malheureusement trop rarement, parce qu’il n’a pas assez d’argent pour les bien payer, et qu’en pays ennemi surtout, il est plus que probable que l’espion mal payé, que vous employez, deviendra le vôtre ; tous ses intérêts se trouvent réunis pour qu’il en agisse ainsi. » Il continue : « À quoi faut-il subordonner l’emploi des espions, et le degré de confiance qu’on en a d’eux ? Au pays dans lequel on se trouve ; aux intérêts que les habitants ont à vous servir ; à l’opinion que ces habitants ont de votre force. » L’auteur conseille la méfiance, l’évaluation de l’intelligence d’autrui et l’intoxication lorsqu’il s’agit pour les cavaliers légers, en mission de renseignement, d’employer des espions. Les rapports des prisonniers, déserteurs et voyageurs constituent une autre méthode de collecte du renseignement. De Brack aborde à ce propos l’interrogatoire, dans le chapitre des Questions à faire : « Quel est le premier soin qu’on doit avoir lorsqu’on interroge ? C’est de juger des dispositions morales de celui qui va vous répondre. » 

Il livre une liste de questions différentes selon que la personne interrogée est un prisonnier, un déserteur ou un voyageur. Les interrogatoires correspondent à des situations : « Quand on arrive dans un village, qui d’abord, interroge-t-on ?  Le maire, ou celui qui remplit les fonctions municipales, le maître de poste, le curé ou pasteur, le maître d’école, le seigneur, les hommes désignés pour avoir servi de guides à l’ennemi. »  Après les techniques de collecte et de première analyse du renseignement, le général de Brack s’attache à décrire les méthodes de transmission : les rapports écrits et les rapports verbaux . Il constate que l’oralité est plus fréquemment utilisée dans le mode de rapport adopté que l’écriture. Cela s’explique aisément par la nature même de missions confiées à la cavalerie légère. Mobiles, rapides, le cavalier et son cheval sont au plus près des combats. Le soldat voit, retourne vers son chef, rend compte et repart en mission. Selon de Brack, les rapports, qui éclairent le commandement, lui sont donc indispensables. La qualité première d’un rapport doit être l’exactitude ; à cela s’ajoutent, pour l’écrit, la clarté de la rédaction, la netteté de l’écriture et de l’orthographe des noms propres. Dans cette partie, de Brack marque la différence entre les rapports « d’avant-gardes » et ceux « de reconnaissances ». Si les deux comportent description de l’espace, du terrain et de l’ennemi, les rapports de reconnaissances mentionnent en plus les mouvements et les forces ennemis.

Ainsi, la mission de renseignement opérationnel sous l’Empire constitue pour l’auteur une priorité. Elle est une des composantes propres à la cavalerie légère où l’apport du cheval est le plus évident. En effet, le cheval permet la rapidité dans l’exécution des missions de cavalerie légère. Les guerres napoléoniennes ajoutent à la rapidité, la nécessité d’être autonome. Sous l’Empire, la guerre change de visage. L’Empereur étire ses lignes d’opérations dès la campagne de 1805.La Grande Armée parcourt près de 1 500 km, entre le camp de Boulogne et Austerlitz, en un peu plus de quatre-vingt-dix jours. Rien d’étonnant alors de trouver chez l’auteur, des chapitres propres à l’entretien du cheval, propice à rendre les cavaliers de l’arme plus autonomes. Il s’attache particulièrement au harnachement, au ferrage et à la remonte. « Pourquoi, souvent un sous-officier, un chasseur est-il privé de l’avancement, de la croix, qu’il aurait pu obtenir ? C’est qu’au lieu de continuer une campagne avec les escadrons de guerre, auxquels il appartenait, il est resté sur les derrières dans un petit dépôt. Pourquoi ? Parce que son cheval était blessé et hors de service. Qui l’a blessé ? La selle. Pourquoi la selle l’a-t-elle blessé ? Parce qu’en la désignant, le commandant d’escadron, et le cavalier en la recevant, n’ont pas étudié scrupuleusement l’assiette de cette selle sur le dos du cheval. » Le cavalier doit donc placer l’arçon à nu et vérifier si les bandes se posent bien parallèles à l’assiette. De Brack redouble de conseils pour le choix de la selle, le serrage de la sangle et les soins à apporter à son cheval lorsque celui-ci est blessé. « L’homme et son cheval ne font qu’un. » 

Du ferrage, l’auteur rappelle que tout cavalier doit en connaître les techniques et doit prévoir avant chaque campagne des clous et des fers de rechange. Enfin, dans le chapitre intitulé Des remontes, de Brack dresse la liste des maladies et des blessures dont un cheval peut être atteint, explique les soins à prodiguer et, ce afin que, sans la présence d’un vétérinaire, les cavaliers de l’arme puissent agir en conséquence. « Lampas ou fêve ; l’angine ; la gourme ; la morve ; le farcin ; la gale ; les dartres ; le rouvieux ; la gastrite ; la colique stercorale ; les coliques cystiques ; la péritonite ; la pneumonie ; le tétanos ; le vertige essentiel ; l’ophtalmie ; la cataracte ; la goutte sereine ; la taupe ; le mal de garrot ; mal de rognon ; les plaies d’armes à feu ; les coups de sabre ; l’écart ; l’effort de hanche ; l’effort de boulet ; l’enchevêtrure ; les crevasses et les eaux aux jambes ; les atteintes ; les javarts ; les seimes ; la fourbure ; la fourchette échauffée (…) » 1 Par ailleurs, l’auteur classe les races de chevaux les plus adaptées au service de la cavalerie légère. « Les russes, polonais, hongrois, de petite espèce danoise, de litoche, française, ardennaise et dite allemande. » Il faut chercher la vigueur et l’endurance chez les chevaux choisis pour le service. Quant à la race normande, le général l’estime trop chère pour la cavalerie légère.

De Brack regrette dans la postface de cet ouvrage que l’enseignement théorique de la cavalerie est le même pour les subdivisions de l’arme, pour la cavalerie lourde et la cavalerie légère. « Je suis encore à m’expliquer comment la même théorie est mise entre les mains du cuirassier et du hussard, lorsqu’en guerre leurs deux services sont si complètement distincts et opposés. » Les Avant-postes prennent alors tout leur sens. Si l’on regrette que l’auteur présente son enseignement de manière parfois désorganisée, il n’en reste pas moins que de Brack compile et diffuse les techniques spécifiques de la cavalerie légère, qui se sont considérablement développées durant les guerres napoléoniennes, preuve à la fois d’une grande pratique et d’une acculturation des techniques de guerre, notamment du renseignement. Le cheval devient alors l’objet de nouvelles préoccupations. Il doit être plus endurant et plus autonome. Une meilleure connaissance par son cavalier des soins à prodiguer y contribue.

Michel ROUCAUD

Source : « Revue Historique des Armées, 249/2007 » : http://rha.revues.org/index613.html

Un mot au sujet d’Antoine-Fortuné de Brack :« Fils d’un censeur royal, directeur général des fermes, Antoine-Fortuné de Brack naît à Paris le 8 avril 1789. Il entre, le 30 décembre 1805, à l’école de Fontainebleau, âgé de 17 ans. Il y reste jusqu’au 5 mars 1807, date à laquelle il rejoint la Grande Armée, affecté au 7e hussards, stationné en Silésie. Il est placé sous les ordres du général Colbert, puis affecté dans la brigade Pajol. En 1809, la brigade Pajol passe sous les ordres de Montbrun. En 1812, il retrouve le général Colbert aux lanciers dela Garde, il participe à la campagne de Russie, à celles de 1813, 1814 et 1815. Il est mis en non-activité le 18 août 1815. Il ne regagne l’armée qu’en 1830 dans les chasseurs avec le grade de lieutenant-colonel. Il est nommé maréchal de camp en 1838, prend sa retraite en 1849 et s’éteint en janvier 1850.

(Source : SHD/DAT, 8Yd 2878, dossier de carrière).

 

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 9 avril, 2019 )

Lettre du lieutenant général Margaron (1815)

DIVISION DE LA CAVALERIE  Inspection Générale                                                                                         

Limoges, 28 juillet 1815.                 

A Monsieur le lieutenant général de Prévost, directeur de la division de cavalerie au Ministère de la Guerre. 

Mon cher général, 

Les événements qui se passent autour de moi me paraissent inexplicables : toutes nos armées ont capitulé et cependant, on annonce la continuation de la marche des Autrichiens sur le Languedoc d’un côté et sur la Loire de l’autre ; on parle de celle des Prussiens sur Orléans, Tours et Saumur. L’armée du prince d’Eckmühl [le maréchal Davout] a fait sa soumission pure et simple au Roi et cependant, elle reste réunie et travaille à arrêter la désertion et à se renforcer. Les colonels des régiments de hussards ont envoyé l’ordre à leurs dépôts de diriger sur les escadrons de guerre tous les hommes disponibles et cependant, incertain encore du véritable esprit de ces corps, je ne sais si je dois en permettre l’exécution. La cocarde blanche est arborée dans toutes les villes et par tous les militaires qui agissent avec franchise et loyauté et néanmoins, l’on prétend que des chefs marquants permettent encore que celle tricolore paraisse dans leurs rangs ? C’est sous le prétexte des couleurs que des bandes s’organisent, parcourent les campagnes et portent le pillage, la désolation et l’effroi. J’en fais poursuivre une composée d’une vingtaine d’hommes du 5ème régiment de chasseurs commandés par un officier qui a fait contribuer la commune de Saint-Germain-les-Belles [Haute-Vienne], a dépouillé, sur la route, des officiers revêtus de la cocarde blanche et a enlevé tous les chevaux du général Souham dans sa terre de Gourgoudry. Des généraux de cavalerie dont les dispositions ne sont pas fort intelligibles, font exécuter des mouvements aux régiments qu’ils commandent et font prescrire aux dépôts de ces corps de les suivre, cherchant ainsi à s’assurer toutes les ressources qu’ils peuvent avoir. N’ayant aucune instruction du général en chef, en ayant au contraire du Ministre qui me prescrit de continuer à surveiller les dépôts, je m’oppose vigoureusement à ces mouvements. Je les groupe autour de moi et leur donne des chefs capables de les retenir ; mais ils peuvent se laisser persuader et nous échapper. Je ne reçois aucun ordre positif de S.E. le Ministre de la Guerre ; le prince d’Eckmühl ne me donne aucune communication de ce qui se passe à l’armée, de sorte qu’il m’est impossible de me former une règle invariable de conduite et de me prémunir contre les entreprises de ceux qui n’iraient point dans les intérêts généraux de la France et du Roi. Tous les actes publics du général en chef annoncent un bon Français, un excellent citoyen parfaitement décidé à se sacrifier lui-même au bien de son pays, mais il existe des méfiances sur quelques-uns de ceux qui partagent le pouvoir. Cette ignorance des faits, les rapports contradictoires qu’on reçoit à chaque instant, les fables inventées, les exagérations, etc., placent dans une position bien pénible l’officier général qui ne voit que son pays et qui se dévoue entièrement à son service, en évitant tous les partis.

Il me semble cependant qu’il serait bien facile de lui donner une direction sûre et de le faire concourir au bien général en lui faisant connaître la volonté du Gouvernement et tout ce qui se trouverait en opposition avec cette volonté. Il ne craindrait plus alors d’avoir des préventions injustes ; il serait à même d’éviter des fautes et d’inspirer une grande confiance à tous ses subordonnées qui s’étonnent avec raison que leur chef ne soit pas plus instruit qu’eux des décisions du souverain et des intentions du Gouvernement. Je le répète, il faut parler aux troupes, aux officiers de tous les rangs, de tous les grades, il faut dissiper leurs craintes, leur incertitude, rendre à chacun d’eux la confiance et l’énergie et fixer ses principes en lui faisant connaître ses devoirs.

Communiquez, mon cher général, cette lettre à S.E. le Ministre de la Guerre et dites lui que les observations qui y sont contenues méritent toute son attention.

Recevez l’itérative assurance de mon sincère attachement.

Le lieutenant général, inspecteur de cavalerie.

Baron MARGARON. 

P.-S. Comment permet-on de publier, en parlant de l’Armée de la Loire, que ce sont des rebelles, pendant qu’elle est soumise,  qu’elle n’ a plus de volonté que celle du Roi, que la presque totalité des généraux se sont franchement et ouvertement prononcés pour son Gouvernement qu’ils auraient soutenu si on leur eût montré de la confiance et qu’on les eût appelés à la défense du monarque ? Comment permet-on de présenter comme proscrits et désavoués du souverain, des militaires qui se dévouent de bonne foi à sa cause, qui n’ont d’autre volonté que la sienne, d’autre désir que de la connaître pour s’y conformer !  Toutes ces choses affligent les hommes probes, ceux dont toute la carrière militaire est sans tache et qu’il est de la dignité des hommes en place de ménager et d’attacher de plus en plus aux intérêts de la patrie et du monarque.

Je joins à la présente, l’adhésion individuelle d’un officier qui était absent au moment où celle du dépôt m’a été envoyée. 

Lettre publiée en 1907 dans le « Carnet de la Sabretache ».

——————–

A propos du général MARGARON. 

« C’est le type même de l’officier général de l’Empire bien que n’ayant pas un renom aussi important que beaucoup de ses frères d’armes, il eut une carrière très riche. Sa sépulture a fait l’objet d’une restauration grâce au Souvenir Français. Il repose à Paris, au Cimetière du Père-Lachaise, dans la 39ème division. Né à Lyon (Rhône) le 4 mai 1765, Pierre Margaron débuta dans la carrière des armes par le grade de capitaine provisoire dans une compagnie franche qui fut incorporée dans la Légion des Ardennes le 15 août 1792. Nommé second chef de bataillon le 10 décembre suivant, et premier du grade dans cette légion le 10 avril 1793, il en prit le commandement le 14 du même mois. Adjudant-général en l’an III à l’armée du Nord, il passa en l’an IV à l’armée de Sambre-et-Meuse. Le 3 nivôse an VII, devenu chef de brigade du premier régiment de cavalerie, depuis 1er cuirassiers, il fut blessé d’une balle à la bataille de Novi, et, quelques jours après, à la bataille de Fossano, il eut la jambe droite cassée en remplissant une mission du général en chef Championnet. En l’an IX, par suite d’un contre-ordre de Brune, alors général en chef de l’Armée d’Italie, Margaron, qui n’avait avec lui que 200 chevaux et deux pièces d’artillerie, se trouva presque enveloppé par un corps de cavalerie légère ennemie sorti du camp retranché de Vérone, toutefois, il effectua deux charges vigoureuses, reprit le village de San-Massino , y soutint deux attaques du corps qu’il venait de traverser, le repoussa et s’empara de 100 chevaux. Nommé général de brigade en l’an XI, membre et commandant de la Légion d’honneur, les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il avait alors un commandement dans la division de cavalerie du camp de Saint-Omer, qui, sous les ordres du maréchal Soult, forma le 4ème corps de la Grande-Armée, avec lequel il fit la campagne de l’an XIV et combattit à Austerlitz. Blessé de deux coups de feu pendant cette mémorable campagne, il revint en France, et, mis d’abord en disponibilité le 11 avril 1806, il reçut ensuite l’ordre, le 28 juillet, de rejoindre le quartier général de la grande armée, qu’il quitta de nouveau en 1807 pour se rendre au corps d’observation de la Gironde, et de là à l’Armée de Portugal que commandait Junot. Apprenant qu’un corps de 20 000 insurgés s’avançait des rives de Mondego sur Lisbonne, Junot envoya à sa rencontre le général Margaron, qui le battit à Leira, lui tua 8 à 900 hommes, prit tous ses drapeaux et s’empara de Thomar. Faisant ensuite sa jonction avec le général Loison, il déploya la valeur la plus brillante à la bataille d’Évora, en enfonçant le centre de la ligne portugaise, à la tête du 86ème régiment, et en se rendant maître de trois pièces de canon. « Dans cette affaire, écrivait Loison à Junot, les généraux Solignac et Margaron se sont conduits comme ils l’avaient fait dans les campagnes précédentes, c’est-à-dire avec talent, sang-froid, intrépidité, et ont encore ajouté à leurs anciens titres.» Chargé, pendant le siège d’Evora, de l’attaque dirigée du côté de Beja, de Montemor et de l’Aqueduc, Margaron balaya devant lui tout ce qui s’opposait à son mouvement sur les portes de la ville ; n’ayant pu les enfoncer, il fit démolir la muraille à droite et à gauche, sous le feu le plus terrible, et, la brèche pratiquée, lui, le chef d’escadron Simmer, et le capitaine Auguste de Fortin, se précipitèrent dans la place, qui ne se rendit qu’après la résistance la plus opiniâtre. Il se signala d’une manière non moins éclatante, le 20 août de la même année , à la bataille de Vimeira , laquelle décida de l’occupation du Portugal.Rentré en France, il fut investi du commandement des dépôts de cavalerie établis dans les départements des Deux-Sèvres et de la Charente-Inférieure. Créé baron de l’Empire, il retourna en Espagne, attaché au 2ème corps, en 1809, et revint en France par congé vers la fin de la même année. Le 6 septembre 1810, il prit le commandement du département de la Haute-Loire, et le garda jusqu’au 22 juillet 1812. Envoyé à la Grande-Armée, il fut nommé général de division en 1813, et adhéra en 1814 aux actes du Sénat.

Fait chevalier de Saint-Louis et inspecteur général de la gendarmerie, il accepta une inspection générale pendant les Cent-Jours et fut mis en non-activité le 22 octobre 1815. Nommé de nouveau, le 14 août 1816, inspecteur général de la gendarmerie, être placé en disponibilité le3 juillet 1821, il mourut à Paris le 16 décembre 1824. »

Source : Site des AMIS et PASSIONNES du PERE-LACHAISE : http://www.appl-lachaise.net/ 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 12 mars, 2019 )

Après Waterloo…

waterloo.jpg

Le capitaine Aubry, né en 1790, s’engage au 12ème chasseurs à cheval en 1798. Durant toute sa carrière, il ne quittera pas ce régiment. Après avoir été présent, notamment, à Austerlitz, à Iéna et à Friedland, Aubry participa à la campagne d’Autriche en 1809, puis à celle de Russie au cours de laquelle il est fait prisonnier.  Le capitaine Aubry ne retrouve la France qu’en 1814 et songe à prendre sa retraite lorsque survient, l’année suivante,  le retour de Napoléon de l’île Elbe. En Belgique, en 1815, il combat à Fleurus, où son cheval est tué par un boulet ; lui-même est blessé au pied. Mis au repos dans une maison de Fleurus. Subitement tiré de son petit confort ,par le mouvement de retraite de l’armée française après Waterloo, Il est obligé de fuir. Son périple ne prendra fin qu’à Villejuif, près de Paris.

« Il y eut un sauve-qui-peut et une panique générale ; personne n’a mieux été à même que moi de voir cette terrible échauffourée. Je fus réveillé en sursaut par le domestique de la maison où j’étais logé, qui m’annonça que l’armée française était en retraite et que la division qui occupait Fleurus venait de partir subitement.

Accablé d’une telle nouvelle, je m’habille à la hâte avec l’aide de ce brave garçon et conduit par lui, j’arrive à l’écurie où étaient mes chevaux et mes domestiques. Je fais seller mon cheval andalou, ayant soin de cacher à mes hommes le motif de cette précipitation, une fois en selle sur un des premiers chevaux de l’armée, toute mon inquiétude a disparu ; jusque-là j’avais la chair de poule et j’étais tout tremblant d’être de nouveau fait prisonnier : – je sortais d’en prendre. – Je cours en avant de la ville voir ce qui se passait après avoir envoyé mes gens prendre mes effets à mon logement. Puis, voyant que l’ennemi n’était pas à notre poursuite, je quitte Fleurus fort tranquillement et viens repasser la Sambre à environ une lieue de là.

Imagine-toi, tout le long de la route, des troupes par groupes, marchant isolément, sans ordre, sans autre idée que la fuite. Jamais je n’ai vu pareille déroute. Et c’était précisément la Garde impériale qui, morne, silencieuse, suivait cette route. Je me suis avisé d’adresser la parole à quelques généraux et officiers supérieurs, et je n’ai reçu aucune réponse ; la démoralisation était telle qu’une méchante patrouille de quatre hussards prussiens ou anglais aurait pu enlever par milliers les meilleurs soldats français, la Garde impériale en un mot.

A ce moment, je reconnus un officier porte-drapeau, nommé Aubry de Bain, qui sortait en même temps que moi des prisons de la Russie.

- Comment, lui dis-je, on te laisse seul avec ton aigle ?

- Que veux-tu ! me répondit-il, c’est une terreur panique inconcevable !

Nous avons passé la Sambre ensemble et, une fois de l’autre côté, je suis parvenu à faire comprendre que nous n’étions pas poursuivis. Le calme est alors un peu rentré dans les têtes et poursuivant la route nous avons déjeuné au premier village avec quantité de généraux et d’officiers de la Garde ; puis j’ai continué ma route sur Laon. Dans ce trajet l’Empereur est passé plusieurs fois devant moi, notamment à Philippeville où il s’est arrêté deux heures.

Sur toute la route que je parcourais, c’était une confusion inexprimable ; toutes les armes étaient confusément mêlées : cavalerie, artillerie, infanterie, voitures de cantiniers, tout le train d’une armée marchait pêle-mêle, se croyant poursuivi, tandis que l’ennemi était resté sur le champ de bataille de Waterloo, ignorant notre déroute et appréhendant la continuation de cette terrible lutte pour le lendemain.

En arrivant à Laon, j’y trouvai l’Empereur à l’entrée de la ville ; il était là, seul avec Berthier, sans escorte et il me dit que les blessés prenaient la route de Soissons. Je suis descendu de cheval dans le premier village, comptant y passer la nuit, car j’avais fait déjà près de 40 lieues ; mais, après avoir fait rafraîchir mes hommes et mes chevaux, il y avait tant d’encombrement et de confusion dans l’auberge où je m’étais arrêté que je me vis obligé de remonter à cheval et de gagner Soissons, où, après avoir bien déjeuné, je me décidais à me remettre en route pour Compiègne où était notre dépôt.

J’ai laissé mes chevaux au dernier relais et j’ai pris la poste. J’avais fait mes 50 lieues tout d’une traite et je me suis trouvé avec bonheur dans ma famille, c’est-à-dire au milieu d’une partie de mon cher régiment. Il y avait à Compiègne un beau détachement d’environ 200 hommes qui étaient prêts à partir rejoindre le régiment. J’ai reçu là le meilleur accueil ; bientôt j’ai eu tous les officiers dans les bras qui m’ont fait la plus chaleureuse réception. Arrivé dans mon logement, des dames se sont empressées de venir panser ma blessure, et de toutes parts j’ai été accablé de questions.

Sur ces entrefaites l’ordre de nous rendre à Versailles est arrivé et nous sommes partis nombreux. Tout le long de la route, j’étais soigné et pansé par des dames charmantes. Il a été blessé ? Oui voir mon intro. Cheval tué, étrier brisé le blessant au pied. Nous sommes restés quelques jours à Versailles. J’en ai profité pour me soigner et prendre médecine, parce que c’est l’usage après les fortes blessures.

J’ai rejoint à Villejuif le régiment, qui, au moyen de ce beau détachement venu de Compiègne, s’est trouvé même plus fort qu’au moment de son entrée en campagne. En résumé, nous n’avions pas perdu beaucoup de monde après d’aussi chaudes affaires que Fleurus et Waterloo. »

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 6 mars, 2019 )

Daumesnil, le héros de Vincennes (1ère partie).

daumesnil.jpg

Yriex-Pierre Daumesnil (il abandonnera pour le second son premier prénom trop singulier), né à Périgueux le 27  juillet 1776, engagé au 22ème chasseurs à cheval le 10 novembre 1793, fait campagne dans les Pyrénées, sous les ordres de Bessières, puis en Italie ; il aide à retirer le général Bonaparte des marais du pont d’Arcole où il s’enlisait. Il charge à Rivoli et, au cours de cette campagne, enlève six drapeaux à l’ennemi. Sous le commandement de Lannes est créé un corps monté de « Guides », devenus plus tard les Chasseurs à cheval de la Garde consulaire puis de  la Garde Impériale. En 1797 on y trouve Daumesnil, brigadier, puis maréchal des logis, un beau garçon, cheveux et sourcils châtains, front haut, yeux gris, héroïque, indomptable. Le 19 mai 1798, il s’embarque pour l’Egypte avec le corps expéditionnaire, se bat devant les Pyramides, monte un des premiers à l’assaut de Saint-Jean d’Acre et reçoit un sabre d’honneur. A Aboukir, il sauve une fois de plus la vie de Bonaparte, qui le choisit avec quelques autres chasseurs pour l’accompagner à son retour en France. Il prend part à la seconde campagne d’Italie et charge à Marengo. Mais, six ans près son engagement, il doit à son caractère difficile d’être encore sous-officier, adjudant sous-lieutenant en mai 1800. Il est enfin lieutenant le 18 juillet 1800, puis capitaine le 1er août 1801,Le 15 juillet 1804, au cours de la cérémonie des Invalides, il reçoit l’étoile de la Légion d’honneur de la main de l’Empereur. Et voici le camp de Boulogne, l’Armée des Côtes de l’Océan ; Austerlitz ; la terrible charge des Chasseurs de la Garde contre les Chevaliers-gardes du tsar Alexandre. Daumesnil, quoique blessé, sauve la vie de Rapp. Le 18 décembre 1805, il est nommé chef d’escadron dans la Garde. A l’automne 1806, c’est la campagne de Prusse, l’entrée à Berlin, à Varsovie, les tempêtes de neige sur les plaines glacées qui dégage Bessières cerné par l’ennemi. Daumesnil s’empare de dix-huit pièces de canon. Un détachement de  la Garde Impériales quitte Paris le 25 janvier 1808. Daumesnil en est,  à la tête d’un escadron de Chasseurs et de la compagnie de Mamelucks. Le 23 mars, Murat fait son entrée à Madrid.Quelques jours plus tard, Daumesnil, face à l’émeute, a deux chevaux tués sous lui. La guerre d’Espagne se déroule, atroce, inexpiable. Le 27 novembre 1808, Daumesnil, officier de la Légion d’honneur depuis le 14 mars 1806, est fait chevalier de la Couronne de Fer. Au printemps de 1809, 5ème Coalition : « Les Chasseurs et les Mamelucks de Daumesnil sont à Abensberg, Landshut, Eckmühl, Ratisbonne. Allant de victoire en victoire, l’Empereur, après une campagne-éclair, entre dans Vienne, le 11 mai. Après Essling, les régiments se regroupent. Le 13 juin, Napoléon élève Daumesnil au rang de major, c’est-à-dire de lieutenant-colonel. Mais un major de la Garde, lui, a rang de colonel. Daumesnil commande le 1er régiment de Chasseurs à cheval de la Garde, qui forme avec les chevau-légers polonais la brigade légère de la cavalerie de  la Garde. Il a 32 ans. Le voici au matin de Wagram : « Il arbore la tenue de parade, avec le lourd colback noir, le dolman vert, la pelisse écarlate bordée d’hermine, les culottes jonquille, bottes à la hussarde ; il est splendide, flamboyant. » En fin de journée, ses chasseurs font une brillante charge. Mais Daumesnil n’est plus là pour les enlever : un boulet lui a brisé la jambe gauche. Sa carrière militaire active est finie. Larrey va « scier sa jambe au-dessous du genou ». 

A suivre.

 

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 24 février, 2019 )

Retour sur la vie et le parcours d’un « Brave »: Jean-Marie Putigny (1774-1849).

Putigny portraitJean-Marie Putigny naît en 1774 au hameau des Bordes à Saillenard, aîné de quatre frères et sœurs, il devient à la mort de sa mère et de son père chef de famille, il n’a qu’à peine 16 ans. L’un de ses oncles, des voisins charitables ainsi que la bonté du marquis de Beaurepaire aideront les cinq enfants, sans aucune instruction ni argent à vivre dans leur chaumière du hameau des Bordes avec quelques arpents de terre à cultiver. En 1792, c’est jour de fête à Beaurepaire et avec six de ses camarades il s’engage pour défendre la patrie en danger auprès d’agents recruteurs venus de Louhans. Le dimanche 20 mai de cette même année, après la messe et les adieux, c’est le départ, à pied bien évidemment. Sur la route qui les conduit jusqu’au 5ème régiment de ligne à Valenciennes, quatre d’entre eux retrousseront chemin. A leur arrivée, sur les trois restants, deux seront jugés trop vieux, quant à Putigny, avec ses quatre pieds onze pouces il est trop petit  « N’ai que 17 ans aux dernières moissons, en grandira bien en servant la patrie ». Cette réponse lui valu le droit de rester. Pendant ses classes, le « Bressan » comme il fut baptisé par son caporal qui trouvait que Saillenard était bien trop compliqué à prononcer, appris le maniement des armes ainsi qu’à lire et à écrire.

Commence alors une carrière longue de 24 années de guerre et 60 batailles auxquels il prit part. A Maastricht, avec 15 de ses camarades il repousse la cavalerie hollandaise et lutte seul contre trois cavaliers qu’il mit en fuite, lors de la prise de Furnes, il franchit sur un madrier les fossés de la ville ou il pénétra un des premiers. Le 16 avril 1794, il est nommé caporal. Entre Ypres et Dixmude, il défend un pont avec une poignée d’homme alors que plusieurs milliers de Hessois arrivent. Une première blessure en Vendée contre les chouans qu’il qualifie de guerre répugnante car il doit se battre contre des français failli le priver de l’une de ses jambes, elle lui en coûta quand même cinq mois d’hôpital. En 1797 il participe à la bataille de Rivoli sous les ordres de Bonaparte et des généraux Masséna et Joubert ou il reçoit une balle dans sa giberne et une autre dans son chapeau, mais il est à nouveau blessé à la cuisse, ce qui ne l’empêchera pas de continuer la guerre. Le 15 août 1799, il est nommé sergent après sept années de service.

Un bref passage de quatre jours par Saillenard, après huit années d’absence ou il retrouve ses amis, sa  famille venu l’écouter raconter ses compagnes chez Louis l’aubergiste avant de pouvoir rejoindre son hameau des Bordes.

1804, marque son  retour à Paris où il est choisi comme porte-drapeau pour assister au couronnement de l’Empereur à Notre Dame et à la distribution des aigles au Champ de Mars.

Le 2 décembre 1805, à Austerlitz, Putigny sauve son drapeau en plongeant, sous les balles dans un étang glacé. Après la victoire, une voix l’appelle et lui demande d’approcher, il reconnaît la voix de Napoléon « tu vas à la pêche avec ton drapeau, allons, rassure-toi, il est encore plus beau qu’avant, tu es un brave, je te donne l’étoile de ma légion d’Honneur ». Le 3 avril 1806, il est nommé sous-lieutenant au choix des officiers du corps. Dans le village de Spielberg, il fait 20 prisonniers après avoir tranché d’un coup de sabre le bras d’un prussien qui le menaçait d’un pistolet. A Eylau, une balle brise sa pipe dans sa poche, un deuxième boulet le blesse au mollet. Devant Ratisbonne, en 1809, il est le premier officier français à escalader les remparts suivi de ses hommes. Napoléon, passant ses soldats en revue le nomme lieutenant, Baron d’Empire sur le front des troupes qui l’acclament et lui accorde une dotation de 4000 francs de revenus. Il est nommé capitaine des grenadiers en 1812, participe à la campagne de Russie. A Bromberg, sur les 138 hommes que compte sa compagnie, il n’en revient que quatre.

C’est de nouveau le retour vers Saillenard, 10 jours de permissions cette fois après 21 ans de guerre. C’est ainsi que le premier juin 1813, raconte Putigny, « vers deux heures de l’après-midi, j’y entrai au grand trop après 13 ans d’absence. J’y revoyais les lieux de mon enfance, les champs que je labourais avec mon père et la pauvre chaumière ou j’étais né presque 39 ans plus tôt, dans le hameau des Bordes. Je retrouvais mon frère Claude, estropié, et ma petite sœur Jeannette, vieillie et malade. Je payais les deux mille francs de dettes à mon frère et achetais une vache laitière à ma belle-sœur et envoyais quatre cents francs pour l’aider à monter son ménage… Les messieurs de Beaurepaire m’invitèrent à dîner le 3 juin au château. Autrefois, j’y étais venu, mais dans la cour, en sabots aux pieds nus et aussi pour prendre la garde au grand mur au début de la Révolution. Jamais à ce moment, je n’aurais pu penser que j’y retournerai un jour en bel uniforme, dans le grand salon, accueilli en héros par ces messieurs…Le dimanche après la messe, Claude Allarme donna en mon honneur un grand banquet servi sur deux longues tables à l’ombre des tilleuls…Dans leur discours le curé et le maire Allarme après des louanges bien exagérées à mon égard me dirent que le plus cher désir des habitants de Saillenard était que je revienne bientôt m’installer au pays… On se serait cru à la fête de Saillenard et j’avais l’impression d’être devenu le héros du pays… Après qu’une petite fille m’offrant un gros bouquet m’ai dit un compliment, Guénot joua de la vielle, Coulon prit son violon et la jolie Marcelle Petitjean vint me faire danser. La joyeuse assemblée se sépara enfin et l’on me fit cortège jusqu’à la maison… »

 Puis Jean-Marie Putigny repart au combat, à Mayence, Luxembourg, Fleurus et St Amand ou il est à nouveau grièvement blessé. Refusant de se faire panser le bras droit en écharpe, il continu de se battre. Le lendemain l’Empereur s’adresse à lui « voici un bras de moins à mon service. Mais cela ne t’empêche pas de te servir de l’autre. Je te nomme chef de bataillon et officier de la légion d’honneur ».

 Le lendemain ce sera Waterloo puis l’abdication. Il connaîtra le licenciement à Murcheau. Démobilisé, Putigny se retire d’abord à Mâcon ou il vit d’une maigre retraite et se trouve souvent confronté aux représentants du gouvernement de Louis XVIII a cause de ses bagarres, de ses duels, que l’on n’ébruite pas compte tenu de son glorieux passé militaire. Le 21 novembre 1821, il épouse Adélaïde Bidat âgée de 27 ans, fille du capitaine Bidat résista face aux Autrichiens, à Tournus; cet acte de bravoure valut  la Légion d’honneur à cette ville. en 1814. Après avoir habité Cuisery, le couple s’installera définitivement dans leur propriété de Tournus appelée « le Clos Putigny ».

 Avant de mourir le 5 mai 1849, jour-anniversaire de la mort de l’Empereur, Jean-Marie Putigny a retracé dans six gros cahiers ses 24 années qui l’avaient éloigné de son cher village natal et conduit  un peu partout à travers le monde.

Aujourd’hui, le souvenir du capitaine Putigny et baron d’Empire est toujours bien présent, au Clos Putigny à Tournus où il finit ses jours, mais aussi bien sûr à Saillenard où il est né et a grandi, en toute simplicité, dans son hameau des Bordes.

Du témoignage qu’il a rédigé, un livre est sorti la première fois en 1950 chez Gallimard, sous les auspices de Bob Putigny ; ce livre a été réédité en 1980 aux Editions Copernic. Une publication intégrale de tout ce qu’a laissé le brave Putigny serait vivement souhaitable !  Bob Putigny  a peut-être arrangé le texte original du récit rédigé par son ancêtre; en tout cas d’importantes coupures ont eu lieu: Putigny, comme dit plus haut, a laissé six gros cahiers  et  le lecteur, depuis 1950, doit se contenter d’un simple  petit volume édité !

Capitaine P. MATZYNSKI

  ———-

Chronologie sommaire.

9 juin 1774 : Jean-Marie Putigny naît à Saillenard.
Mai 1792 : après s’être engagé au régiment de Navarre-infanterie, connaît son premier combat près de Moeulde. Son descendant, Bob Putigny, dans le « Dictionnaire Napoléon » (Fayard, 1987), commet l’erreur de nous parler de l’année 1791, date à laquelle la France n’était point en guerre), puis se distingue lors de la prise de Remegy.
1793 : lors du siège de Maastricht, repousse avec quinze compagnons d’armes une sortie de la cavalerie hollandaise ; au bois de Vicogne, contribue au sein d’une unité de tirailleurs à attirer une colonne ennemie sur des batteries françaises dissimulées, poussant cette dernière à la retraite.
1794 : quelques temps après avoir été nommé caporal, entre parmi les premiers dans Furnes.
1795 : combat les chouans de Basse-Normandie ; il sera blessé lors de cette campagne.
8 août 1799 : est nommé sergent.
3 juillet 1801 : est nommé sergent-major.
8 février 1807 : reçoit cinq blessures à Eylau (on raconte qu’une balle brisa la pipe qu’il avait dans une poche de son carrick, et ainsi se détourna de la poitrine).
1809 : après l’assaut de Rastibonne (23 avril), reçoit le grade de lieutenant et le titre de baron d’Empire, avec une dotation de quatre mille francs.
22 juin 1811 : est nommé capitaine.
1814 : est décoré de l’ordre du lys.
16 juin 1815 : après sa blessure, est proposé pour la croix d’officier de la Légion d’Honneur (il ne l’obtint que le 23 novembre 1831).
5 mai 1849 : meurt à Tournus, le jour-anniversaire de la disparition de l’Empereur.

 

 

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 12 février, 2019 )

Quelques figures d’Empire (III et fin).

08-500530

LABORDE (Lieutenant-colonel Etienne), 1782-1865. Après s’être enrôlé dans le 85ème de ligne, il est sous-lieutenant en 1809, puis passe lieutenant en 1811. Laborde est nommé capitaine le 8 avril 1813. Il participe aux campagnes d’Allemagne, de Prusse et de Russie. Après avoir été blessé à Viazma, il est appelé comme lieutenant en premier au 2ème régiment de chasseurs à pied de la Garde. Engagé dans la mémorable campagne de France, Etienne Laborde est nommé capitaine-adjudant-major dans la Garde le 8 mars 1814. C’est avec ce grade qu’il passe le 13 avril, après l’abdication de Napoléon à Fontainebleau, dans le Bataillon Napoléon qui devait suivre le souverain dans son exil de l’île d’Elbe. Plus tard, Etienne Laborde participe à la campagne de Belgique avec rang de lieutenant-colonel et le grade de chef de bataillon toujours aux chasseurs à pied de la Garde ; il est présent à Waterloo…Durant la seconde Restauration, Laborde, est rétrogradé au rang de capitaine et passe dans la Légion du département de l’Aude, puis dans plusieurs compagnies de fusiliers sédentaires. On le retrouve en 1830 lieutenant-colonel du 45ème de ligne. Après avoir participé à la campagne de Belgique  de 1831, cette fois, il prend le commandement de la place militaire de Cambrai. Etienne Laborde est admis en 1838 à la retraite. En août 1840, il participe à la seconde tentative de soulèvement de Boulogne-sur-Mer, dirigée par le prince Louis-Napoléon, dans laquelle on trouve le comte de Montholon, et plusieurs des combattants des guerres de l’Empire. Notamment le commandant Charles-Denis Parquin, auteur de fameux « Souvenirs », et qui avait déjà participé à la tentative de Strasbourg en 1836, le colonel de cavalerie en retraite Jean-Baptiste Voisin, présent à Austerlitz et en Allemagne en 1813. Arrêté, avec ses comparses, Laborde est condamné par la Cour des Pairs à une peine de « deux années d’emprisonnement » assortis de deux années de surveillance policière. Après avoir échoué, en 1848, aux élections pour entrer à l’Assemblée constituante, il fut élu, le 13 mai 1849, représentant de la Charente-Inférieure (devenue en 1941 la Charente-Maritime) à l’Assemblée législative. Etienne Laborde prit place dans les rangs de la majorité hostile aux institutions républicaines. La même année il occupe également les fonctions de « Commandant supérieur du Palais de Saint-Cloud ». Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il est nommé Gouverneur du Palais du Luxembourg.  L’historien Paul Bartel (dans son « Napoléon à l’île d’Elbe… », Perrin, 1947, p.143), juge  « Laborde, brave et bon soldat, est instruit, cultivé. Il admire Napoléon profondément et estime que jamais plus grand homme ne vint au monde. Il est surtout, communicatif, comme tour méridional. Aussi, répond-il avec force détails aux questions précises, embrassant tout ce que l’Empereur fait pleuvoir sur lui. »

LEFOL (Sous-lieutenant Louis-Hercule DUVAL) 1787-1824. Il quitte le Prytanée de Saint-Cyr en novembre 1813 avec le grade de sous-lieutenant et rejoint les rangs du 100ème  régiment d’infanterie de ligne. Louis-Hercule devient, par hasard, aide-de-camp de son oncle, le général Lefol. Il participera à ses côtés à la campagne de 1814 et à celle de 1815.

LEVAVASSEUR (Capitaine Octave), 1781-1866. Après avoir été élève à l’École polytechnique en 1800, puis élève sous-lieutenant à l’École d’application de Metz, en 1802, Levavasseur est nommé lieutenant en second dans les rangs du 2ème régiment d’artillerie à cheval l’année suivante. Il fit la campagne de 1805, fut blessé à Austerlitz, de 1806, présent à Iéna. Il est présent à Friedland en 1807, il sera nommé chevalier de la Légion d’honneur en avril de cette même année. Il se bat lors de la campagne d’Espagne, en 1808-1809. Levavasseur ayant été nommé aide-de-camp du général Seroux en 1806, il occupe quelques mois après cette même fonction auprès du maréchal Ney qu’il suivra jusqu’à sa mort (il sera fusillé en décembre 1815). Il est nommé successivement capitaine et chef de bataillon, tout en restant aide-de-camp du maréchal. Après la première abdication de Napoléon, il est réadmis comme chef de bataillon dans le corps de l’artillerie, puis devient aide-de-camp du général Dessolle ; enfin en cette même année 1815, Levavasseur est nommé capitaine en 1er dans l’artillerie à cheval de la Garde royale. Mis en non-activité en 1816, il est nommé, deux ans plus tard, chef d’escadron d’artillerie à cheval en demi-solde.

MARCHAND (Louis), 1791-1876. Il entre en 1811 dans la maison impériale comme garçon d’appartement. Sa mère est la première des trois berceuses du Roi de Rome, fils de Napoléon. En 1814, après la défection de Constant,  valet de chambre de Napoléon, Louis Marchand est choisi pour le remplacer, par le général Bertrand, grand maréchal du Palais. Marchand suivra Napoléon dans son exil à l’île d’Elbe, sera présent à Waterloo, et fera partie de ceux qui suivront l’Empereur à Sainte-Hélène. D’un dévouement sans borne, discret et efficace, il respectera la volonté de Napoléon en épousant la fille d’un des généraux s’étant illustré durant les guerres de l’Empire : celle du général Brayer.

MARTIN (Jacques-François), 1794-1874.  Il entre à l’École militaire de Saint-Cyr en 1812. L’année suivante, le sous-lieutenant Martin est en Allemagne dans les rangs du 154ème  régiment d’infanterie de ligne ; présent aux batailles de Lützen, à Bautzen, à La Katzbach. Il est nommé lieutenant peu avant celle de Leipzig. Il participe à la campagne de France. Durant la première Restauration, son régiment devient le 42ème de ligne, puis au retour de Napoléon, le 45ème. Le lieutenant Martin combat à Waterloo, son régiment faisant partie du 1er corps (Drouet d’Erlon), 3ème division (général Marcognet).

MAUDUIT (Hyacinthe-Hippolyte de), 1794-1862. À l’âge de 19 ans, ainsi que le lui permettait sa condition, il s’enrôla dans les Gardes d’honneur. Incorporé le 5 juin 1813 au 3ème régiment, il fut nommé fourrier le 24 juillet suivant, et c’est en cette qualité qu’il termina la campagne de 1813 en Allemagne, fit celle de France l’année suivante et fut blessé d’un coup de lance à la cuisse droite dans l’affaire livrée près de Reims le 15 mars 1814. Après l’abdication de l’Empereur, il rentra dans ses foyers avec le grade de sous-lieutenant de cavalerie honoraire. Mais son inaction fut de courte durée. Le nouveau gouvernement ayant réuni les débris des grenadiers de la Vieille Garde pour former le noyau du Corps Royal des Grenadiers de France, le 11 novembre 1814 le jeune Mauduit sacrifia allégrement son grade d’officier de cavalerie et entra comme sergent aux « Grenadiers de France ». Aux Cents-Jours, le 19 avril 1815 ce corps fut dissous et ses éléments servirent à constituer les 1er, 2ème  et 3ème  régiments de grenadiers à pied (Vieille Garde). Mauduit fut affecté au 1er  régiment. Il participa à la bataille de Ligny le 16 juin, à celle de Mont-Saint-Jean [dite de Waterloo] le 18, puis lors du licenciement définitif de la Garde, il retourna dans sa famille. Trois mois après, le 26 novembre 1815, il reprenait du service comme sergent-major au 5ème  régiment d’infanterie de la Garde royale.

MENEVAL (Baron Claude-François de), 1778-1850. Ce personnage fut tout d’abord secrétaire de Joseph Bonaparte (à partir de 1800) et employé pendant les négociations qui précédèrent la paix de Lunéville (1801), le Concordat et la paix d’Amiens (1802). C’est Joseph qui le propose à Napoléon, voulant se séparer de Bourrienne, pour occuper la fonction de secrétaire du Portefeuille ou secrétaire intime. Il restera à ce poste durant onze années, de 1802 à 1813 avant d’être remplacé par le baron Fain. Méneval occupe ensuite les fonctions de secrétaire des commandements de l’impératrice Marie-Louise. En 1810,  il est nommé maître des requêtes au conseil d’État, puis reçoit le titre de baron. Sous la première restauration, il suit la souveraine à Vienne. Méneval revient à Paris durant en mai 1815.

MIOT DE MELITO (Comte André-François), 1762-1841. Il entre dans l’administration militaire la veille de la révolution. En 1795, Miot est envoyé à Florence, puis à Rome et ensuite en Corse comme commissaire du pouvoir exécutif. L’année suivante il est ministre plénipotentiaire au Piémont .Après le coup d’état du dix-huit Brumaire, Miot est nommé  secrétaire général du ministre de la Guerre, le général Berthier. Après avoir occupé les fonctions d’administrateur général en Corse, il réintègre le Conseil d’État, où il avait été nommé une première fois. En 1806, Miot est mis à la disposition de Joseph Bonaparte, roi de Naples. Il occupe dans ce royaume les fonctions de ministre de l’Intérieur et suivra Joseph en Espagne, lorsqu’il est nommé souverain de ce pays. Miot est intendant de la maison du Roi. Il rentre en France avec lui après la chute de son royaume en 1813. En 1814, Miot reprend sa place au Conseil d’État et reçoit le titre de comte de Mélito. Il suivra Joseph, nommé lieutenant-général de l’Empire (chargé de la défense de Paris), lorsque ce dernier part à Blois avec le conseil de régence, alors que la capitale connaît de vifs affrontements, et qu’approchent les troupes alliées…  L’année 1815 sera particulièrement douloureuse pour le comte Miot de Mélito : à Waterloo, le 18 juin 1815, son fils est grièvement blessé (et mourra six mois après) ; son gendre, le général Jamin (major des grenadiers à cheval de la Garde) est tué.

MONTHOLON  (Comtesse Albine-Hélène de, née VASSAL), 1779-1848. Après un premier mariage elle épouse en 1812 le fameux général Charles-Tristan, comte de Montholon (1783-1853), ce qui déplaira à Napoléon, par la mauvaise réputation. Le couple suit l’Empereur à Sainte-Hélène. Dans ce huis-clos particulier qu’est la captivité de Napoléon, elle aurait adouci le séjour du plus célèbre prisonnier du monde… En juillet 1819, sous prétexte médical, la comtesse de Montholon quitte Sainte-Hélène, laissant son époux. Il convient de préciser que, quelques mois auparavant, son chemin avait croisé celui de Basil Jackson (1795-1889), lieutenant de l’état-major de Hudson Lowe. Elle le retrouvera bientôt à Bruxelles.

PASQUIER (Etienne-Denis, baron), 1767-1862.  Napoléon le choisit en 1810 comme Préfet de police, en remplacement de Dubois. Après le départ de l’Impératrice le 29 mars 1814,  il représente la seule autorité avec le Préfet de la Seine. Pasquier parvint à y maintenir l’ordre tout en favorisant  les intrigues de Talleyrand en faveur de Louis XVIII. Renvoyé le 21 mai 1814, le poste de Préfet de police ayant été supprimé, il se retrouve la direction des Ponts et Chaussées. Écarté durant les Cent-Jours et exilé de Paris, Pasquier devient par la suite garde des Sceaux et ministre de l’Intérieur par intérim dans le gouvernement Talleyrand-Fouché en juillet 1815. 

PAULIN (Général Jules-Antoine), 1782-1876.  Élève à l’École Polytechnique en 1799 puis élève sous-lieutenant du génie à l’École d’application de Metz en 1801. Il est nommé à sa sortie, quelques mois plus tard,  lieutenant au corps impérial du génie. Nommé capitaine en 1804, il devient deux ans plus tard, aide-de-camp du maréchal Augereau, puis occupe les mêmes fonctions auprès du général Bertrand. Il servira auprès de ce dernier en Espagne puis à l’armée d’Allemagne, avant de le retrouver en 1813 en Saxe. Nommé major du génie en novembre 1813 puis envoyé en mission de reconnaissance sur la frontière suisse à la fin de cette même année. Directeur du génie de l’armée de Champagne en 1814, Paulin occupe à nouveau les fonctions d’aide-de-camp auprès du général Bertrand (ce dernier occupe également depuis l’année précédente les fonctions de grand maréchal du Palais). Il est nommé colonel le 15 mars 1814. Sous la première Restauration on le retrouve directeur des fortifications à Antibes. Affecté à l’état-major du génie du 7ème corps d’observation en avril 1815, il devient par la suite directeur des travaux de défense de Lyon. Dans un premier temps mis en non-activité après la chute de l’Empire, Paulin reprend du service en 1816 puis accède au poste de directeur des fortifications de Paris en 1818. Maréchal de camp en 1839, il est nommé membre du comité des fortifications, puis inspecteur général du génie. Il obtient sa retraite en 1848 mais sera affecté  à la 2ème  section du cadre de l’état-major général en 1852.  Paulin était chevalier de la Légion d’honneur depuis 1807 ; nommé officier (en 1815) puis commandeur (en 1831) du même ordre. En outre, il était chevalier de l’ordre de Saint-Louis depuis 1814. Ce brillant officier prit part à toutes les campagnes de l’Empire, sauf à celle de Russie.

PEYRUSSE (Guillaume-Joseph-Roux), 1776-1860. Engagé dès l’âge de dix-sept ans dans la « Compagnie de chasseurs du bataillon de la masse de Carcassonne », on le retrouve durant plusieurs années au sein de l’Armée des Pyrénées-Orientales. Entre l’automne 1793 et l’année 1800, le jeune Peyrusse y occupe les fonctions de soldat ou, alternativement, celles de secrétaire dans les bureaux de l’état-major. En l’an II (1794), il demande un congé pour maladie et reçoit son congé définitif le 5 thermidor an VIII (24 août 1800). Jusqu’à l’automne 1805, Peyrusse restera au sein de sa famille. Plus tard, grâce à  son frère André, déjà dans la place,  il intègre les bureaux du Trésor de la Couronne. L’année 1809, celle de la campagne d’Autriche, marque un tournant dans sa carrière. Il est nommé successivement, le 1er février et le 7 mars de cette même année, « inspecteur et seul inspecteur du Trésor de la Couronne ». Puis le 24 mars, il est désigné par son supérieur, le Trésorier général Estève, pour faire « le service de Payeur du Trésor général de la Couronne à la suite du Quartier-Général impérial ». Dès le lendemain de sa nomination, Guillaume Peyrusse suit la Grande Armée qui part pour l’Autriche. Il retrouve l’Autriche en février 1810, pacifiquement cette fois: il est désigné pour aller au-devant de Marie-Louise, la future impératrice des Français. Le 5 mars 1812, peu après sa nomination de Payeur du Trésor de la Couronne à la suite de l’Empereur, il prend la route de l’est. Peyrusse traverse l’Allemagne et en profite pour visiter de nombreux lieux et monuments. Tout au long de sa vie, il est animé par une soif de curiosité intellectuelle, cette volonté d’en apprendre chaque jour un peu plus.  L’année 1813 le trouve en Allemagne, se remettant lentement de son retour de Russie et découvrant Berlin. Peyrusse s’embarque pour la campagne de Saxe, qui verra la mort tragique de Duroc, son protecteur. Le général de Caulaincourt, Grand-Écuyer de l’Empereur et le baron Fain, secrétaire de Napoléon, prennent le relais et l’assurent de leur bienveillance. «Vers la fin de la campagne de Saxe », il est nommé cette fois « Payeur de l’Empereur », mais ce titre ne sera jamais officialisé.  Peyrusse assiste en témoin observateur à la campagne de France. Présent à Fontainebleau lors de la première abdication de l’Empereur, il est encore là lors de la scène mémorable des Adieux. Volontaire pour suivre le souverain dans son minuscule empire de l’île d’Elbe, il en sera un des acteurs les plus importants et un collaborateur de Napoléon incontournable. En toute logique c’est lui qui occupe les fonctions de « Trésorier général de l’Empereur et Receveur général de l’île ». Celui que Napoléon aime à appeler, avec son accent si particulier, Peyrousse, a su obtenir  la confiance du souverain. Le 26 février 1815, Peyrusse suit l’Aigle dans son envol historique vers les côtes de France. « Napoléon à l’île d’Elbe, n’avait pas perdu son Empire ; il y rentrait après onze mois d’absence, et déjà il régnait dans tous les lieux où pénétrait la nouvelle de cet étonnant retour. », écrit notre témoin. Napoléon le nomme, le 23 mars 1815, Trésorier général de la Couronne. Puis, quelques jours après, Peyrusse est fait Baron de l’Empire. Resté à Paris, il ne participe pas à la campagne de Belgique. Le 21 juin 1815, à trois heures du matin, il apprend la défaite de Waterloo… Il est nommé officier de la Légion d’honneur ce même jour. Cinq jours plus tard, au château de Malmaison, Guillaume Peyrusse rencontre le souverain déchu qui lui dicte ses ultimes instructions. A Sainte-Hélène, L’Empereur, confie aussi à ses compagnons de captivité, ses opinions sur les centaines de personnages qu’il a rencontrés durant son règne. Son jugement est quelquefois sévère ou erroné. Aussi Guillaume Peyrusse est-il accusé à tort, par Napoléon d’avoir détourné « 2 à 300 000 francs en lettres de change » Après la mort de l’Empereur, Peyrusse n’a de cesse de se justifier, chiffres à l’appui. Il est soutenu dans son combat par d’autres proches de Napoléon. Les  compagnons de la Captivité, les généraux Bertrand et Montholon, le baron Fain, ou encore Louis Marchand, valet de chambre du souverain, et Louis-Etienne Saint-Denis, le fameux mameluck Ali, assurent Peyrusse de son bon droit. Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, Peyrusse réside dans sa ville de Carcassonne. Il se marie et une fille, Louise, vient combler son existence. De 1832 à 1835, il en est le premier magistrat et sera, par la suite, durant neuf années, membre du Conseil général du Département de l’Aude. Le 1er juillet 1853, Guillaume Peyrusse est fait Commandeur de la Légion d’honneur. Napoléon III, en lui remettant cette haute distinction, lave ainsi l’accusation de l’Empereur, son oncle.

PLANAT DE LA FAYE (Capitaine Nicolas-Louis), 1784-1864. Simple soldat au 8ème bataillon bis du train d’artillerie, Planat est nommé l’année suivante successivement fourrier puis maréchal des logis. En 1808, il est nommé maréchal des logis chef à ce même régiment. En 1809, il devient sous-lieutenant adjoint à l’Inspection générale du train d’Artillerie à la Grande-Armée. Trois ans plus tard, Planat est nommé lieutenant et aide-de-camp du général Lariboisière, occupant alors les fonctions de 1er inspecteur général d’artillerie. En 1813,  il est désigné pour être aide-de-camp du général Drouot ; en octobre de la même année, il est nommé capitaine. Blessé grièvement au combat de Château-Thierry, le 12 février 1814, il ne peut suivre l’Empereur à l’île d’Elbe. En novembre 1814, il est affecté comme capitaine au 1er escadron du train d’Artillerie. Le mois suivant il est nommé aide-de-camp du général Evain.  Fin avril 1815, il est désigné par l’Empereur pour être un de ses officiers d’ordonnance. Planat était en mission à Toulouse quand la nouvelle du désastre de Waterloo lui parvint. Il se précipite à Paris. Napoléon voulut l’emmener avec lui à Sainte-Hélène, mais absent au moment de l’embarquement, c’est le général Gourgaud qui est désigné à sa place. Après le départ de l’Empereur, Planat est expédié à l’île de Malte comme prisonnier de guerre. A sa libération, il s’efforça de rejoindre l’illustre prisonnier. Il obtiendra enfin l’autorisation nécessaire trop tard : Napoléon venait de s’éteindre… L’Empereur, dans son testament lui lègue quarante mille francs. Considéré comme démissionnaire, Planat est rayé des contrôles de l’armée le 3 juillet 1815. Il devint le secrétaire de Jérôme Bonaparte puis celui d’Eugène de Beauharnais. Il avait participé aux campagnes de Prusse, de Pologne, d’Allemagne : à celles de Russie, de Saxe et de France. Chevalier de la Légion d’Honneur le 21 juin 1813 il nommé officier du même ordre le 15 mars 1814.  Planat, fut autorisé, en 1860, à ajouter à son nom celui de « de la Faye ».

ROEDERER (Baron Antoine-Marie), 1782-1865. Second fils du conseiller d’État Pierre-Louis Roederer, ce personnage fut d’abord attaché au ministère des Relations extérieures, puis auditeur au conseil d’État. Détaché au royaume de Naples, sous le règne de Joseph Bonaparte, il occupe de hautes fonctions administratives. Rentré à Paris après le remplacement de Joseph par Joachim Murat, sur le trône du Royaume de Naples, il est nommé en 1810 préfet du département du Trasimène (Italie), puis début 1814, il devient celui de l’Aube. Roederer est obligé d’évacuer son département avec l’avancée des troupes ennemies. Le jeune fonctionnaire n’hésitera pas à embrasser une carrière militaire lors de la campagne de France. Il retrouve sa préfecture durant les Cent-Jours et la Seconde Restauration. Ce personnage fut nommé officier dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1811, puis chevalier en 1858. Napoléon Ier  l’avait nommé baron de l’Empire en 1810.

RUMIGNY (Colonel Théodore de GUEULLUI de) 1789-1860.  Issu d’une famille d’émigrés, autorisée à rentrer en France après le dix-huit brumaire, le jeune Rumigny débute une carrière dans les bureaux du ministère des Affaires étrangères, avec la bienveillance du Premier Consul.  Plus tard, il est admis en 1805 à l’École militaire de Fontainebleau. Théodore de Rumigny en sort avec le grade de sous-lieutenant l’année suivante. C’est durant la campagne de Prusse, qu’il fait ses premières armes sous les ordres du général Gudin. Remarqué au combat de  Presbourg, où il est blessé, Rumigny est nommé lieutenant dans les rangs du 12ème régiment d’infanterie de ligne. Il est de nouveau blessé à Wagram. Nommé adjudant-major en juillet 1809 puis capitaine en 1811 au même régiment, il participe à la campagne de Russie et devient aide-de-camp du général Gérard, début janvier 1813.. Chef de bataillon en juillet 1813, tout en gardant ses fonctions d’aide-de-camp, il participe à la campagne d’Allemagne et à celle de France.En avril 1814, Rumigny est nommé colonel. Durant la campagne de Belgique, il est attaché à l’état-major du général Gérard (commandant le 4ème corps). Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur en août 1812, puis officier du même ordre en septembre 1813.

TOUSTAIN-FRONTEBOSC (Victor-Louis-Alexandre, marquis de), 1774-1829. Admis fort jeune à l’école d’artillerie de Metz, il entre, quatre ans après, dans les gardes du corps, compagnie de Luxembourg. Toustain obtient le brevet de sous-lieutenant de remplacement aux chasseurs de Flandres. Il émigre en 1791, passe à l’armée des Princes. Toustain passe en Russie dans les rangs de l’armée de Condé. Plus tard, de 1801 à 1807, on le retrouve en Angleterre à l’état-major de celle du Portugal. En 1814, le marquis de Toustain réside à Chartres, où il est depuis l’année précédente, capitaine de la Garde urbaine. Il assiste à une étape de l’impératrice Marie-Louise qui passe une nuit dans cette ville,  ayant fui  Paris (le 29 mars) pour Blois (où elle arrivera le 2 avril). Toustain se croyant être plus utile à Paris, « pour la cause royale », se rendra plusieurs fois dans la capitale. Après la Première restauration, il fit partie de la compagnie de Wagram,  mise sur pied par le Roi et confiée au maréchal Berthier, prince de Wagram, et ancien serviteur de l’Empereur. Pendant les Cent-Jours, le marquis de Toustain suit Louis XVIII à Gand, en Belgique.

C.B.

 

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 9 février, 2019 )

Quelques figures d’Empire (II).

08-500529

CANLER (Louis), 1797-1865. Très jeune, il suit son père, officier des armées de la République. Enfant de troupe, Canler est nommé tambour  par l’Empereur en personne, en juin 1805. En 1811, il s’engage au 28ème de ligne toujours en tant que tambour. Cinq ans plus tard, comme il l’écrit lui-même dans ses « Mémoires », « je quittai les baguettes pour le fusil. Je venais d’être nommé caporal… » C’est dans les rangs de ce régiment qu’il participera à la campagne de Belgique de 1815. En 1820, il entame une brillante carrière dans la police et deviendra, par ses compétences, chef du Service de Sûreté.

CAULAINCOURT (Général Armand-Augustin, marquis de). Grand-Écuyer de l’Empereur, duc de Vicence, 1773-1827. Entré à l’âge de quatorze ans au Royal-Étranger, sous-lieutenant en 1789, Caulaincourt est nommé capitaine au début de la Révolution. Il grimpe rapidement les échelons. En 1797, il est chef d’escadron. Colonel en 1801, il rencontre la même année Bonaparte ce qui marquera le début d’une nouvelle carrière. En 1802, le Premier Consul le nomme aide-de-camp. Caulaincourt est fait général de brigade en 1803.  Il participe à l’enlèvement du duc d’Enghien en mars 1804, en territoire étranger. Grand-Écuyer de l’Empereur en juin 1804, Caulaincourt est nommé général de division en février 1805. Nommé ambassadeur de France en Russie, en 1807, il s’avère être un diplomate confirmé. Il suit Napoléon en Russie, revient avec lui en France en décembre 1812, au terme d’un voyage mémorable de Smorgoni à Paris. Caulaincourt en profitera pour prendre quotidiennement des notes, à l’insu de l’Empereur. Ces derniers formeront un passage de ces Mémoires qui ne paraîtront qu’en 1933. Il participe aux négociations diplomatiques entourant la campagne de Saxe en 1813. Il est nommé ministre des affaires étrangères en novembre de la même année. En 1814, son rôle est primordial lors de la campagne de France et lors du Congrès de Châtillon. Après Waterloo, Caulaincourt est désigné pour siéger au gouvernement provisoire (du 22 juin 1815 au 9 juillet 1815). Cet homme de qualité, fin diplomate et grand serviteur de l’Empire, s’éteint en 1827.

CHASTENAY (Louise-Marie-Victorine de), 1771-1855. Issue d’une famille royaliste, poursuivie par la Révolution, la jeune Victorine se préoccupe de politique. Elle côtoie Bonaparte, Barras, Fouché et d’autres personnages appelés à prendre une importance. Parfaitement à son aise en fréquentant le monde aristocratique et littéraire, elle rencontre madame de Genlis et madame de Staël. Cultivée, très aux faits des événements, elle laissa des « Mémoires » qui témoignent de son esprit d’observation.

DAUTANCOURT (Général Pierre), 1771-1832. Ayant embrassé la carrière des armes en 1792, comme volontaire dans les rangs du 2ème bataillon de Vervins (Aisne), Dautancourt grimpe rapidement les échelons. En 1800, il est capitaine de cavalerie dans la gendarmerie d’élite, en 1804, chef d’escadron et en 1807 major du 1er régiment de chevau-légers lanciers polonais de la Garde Impériale. Nommé général de brigade en 1813, il commande, durant la campagne de France, la 2ème brigade de cavalerie de la Garde. De la campagne de Prusse à celle de France, en passant par la campagne d’Autriche, Dautancourt se bat courageusement. Il est mis en non-activité en septembre 1814, puis reprend du service durant les Cent-Jours en tant que commandant de la Gendarmerie de la Garde Impériale. De nouveau licencié au retour du Roi, en 1815, il sera admis à la retraite comme maréchal-de-camp en 1825 et ne reprendra qu’une brève activité dans les années 1830-1832, occupant les fonctions de commandant de la 1ère subdivision et de la 15ème division militaires.

DURAND (Jean-Baptiste-Alexis), 1794-1853. Originaire de Fontainebleau, d’abord apprenti-menuisier à Paris, il décide d’embrasser la carrière des armes en rejoignant les rangs du 1er régiment des Gardes d’honneur. En 1814, après la première abdication, Durand est à Nantes puis à Bordeaux, cherchant à s’embarquer pour l’Amérique. En mars 1815, avec le retour de Napoléon, il devient sous-lieutenant dans la Garde nationale. Arrêté par les Vendéens insurgés à Saint-Maixent, délivré par la gendarmerie au bout de trois semaines, Durand rejoint l’armée. Au moment de la bataille de Waterloo, il est à Soissons. Après la chute de Napoléon on le retrouve à Bordeaux, puis parcourant le midi de la France, en Suisse et en Italie. Expulsé de Rome à cause de sa pauvreté, Alexis Durand s’installe à Fontainebleau, se marie, et exerce son premier métier de menuisier tout en s’adonnant à sa grande passion de l’écriture.

DURAND (Sophie, née COHONSET).  Épouse du général Durand, elle occupait les fonctions de première dame de l’impératrice. 

FAIN (Agathon-Jean-François, baron), 1778-1837. Lorsque le 27 octobre 1795, le général Bonaparte s’installe à l’hôtel de la première division militaire, rue des Capucines, à Paris, il y trouve un jeune garçon de dix-sept ans, « commis dans les bureaux de la Convention ». C’est Fain. C’est à lui que Bonaparte dicta ses premiers ordres de général en chef.  Par la suite il est chargé de la division des archives à la Secrétairerie d’État aux Tuileries. Par la suite il suivra Maret, secrétaire d’État, tous ses voyages officiels, approchant ainsi le Premier Consul, puis l’Empereur. Début 1806, Fain accède au cabinet de Napoléon en tant que secrétaire-archiviste. Nommé baron en 1809, commandeur de la Légion d’honneur et maître des requêtes au Conseil d’État en 1811, il remplace Méneval en mars 1813, alors secrétaire du Portefeuille. Après la première abdication, Fain se fait plus discret, en se retirant en province, dans sa propriété du Loiret. Après son retour de l’île d’Elbe, Napoléon le réintègre dans ses fonctions. Il suivra l’Empereur à Waterloo.

FÉE (Antoine-Laurent-Apollinaire), 1789-1874.  Nommé pharmacien sous-aide en octobre 1809, il participe à la campagne d’Espagne, à propos de laquelle, il laissera d’intéressants  « Souvenirs ».  En 1815, après avoir été reçu Maître en pharmacie au sein de l’École de pharmacie de Strasbourg, Antoine Fée participe à la campagne de Belgique. En avril de la même année, il est nommé pharmacien aide-major à la 3ème division (général Marcognet) du 1er corps d’armée (général Drouet d’Erlon).

FRANCONIN (Commandant François), 1788-1857. Entré au service en 1807 aux fusiliers-grenadiers, il passe caporal en 1810 au  1er régiment de tirailleurs, puis fourrier au même régiment, en mai 1811. Quelques mois plus tard on le retrouve dans les rangs du 2ème régiment de grenadiers avec ce même grade. En  avril 1813, Franconin est nommé sergent-major au 1er régiment de grenadiers, puis lieutenant en deuxième second en mars 1814.  Passé au fameux Bataillon de l’île d’Elbe (4ème compagnie) en mai de la même année, il est nommé après le retour de Napoléon à Paris lieutenant en premier, sous-adjudant-major.

GIROD DE L’AIN (Général Félix) 1789-1874. En décembre 1805, le jeune Girod de l’Ain entre à l’École militaire de Fontainebleau. A sa sortie, il est nommé sous-lieutenant et affecté à titre provisoire au 9ème régiment d’infanterie légère. Il se bat en Pologne et en Espagne. Il sera nommé en 1810 adjudant-major. Début 1812, il quitte le 9ème léger et devient capitaine aide-de-camp du général Dessaix. L’année suivante nous le retrouvons comme aide-de-camp du général Curial. Il participe à la campagne de 1813 en Allemagne et devient chef de bataillon. Girod de l’Ain est engagé dans la campagne de France avec ce même grade. Durant les Cent-Jours, il suit le général Curial nommé par l’Empereur commandant de la 7ème division militaire. Mis en demi-solde après l’Empire, il est néanmoins réintégré dans l’armée dès 1818.

GOURGAUD (Général Gaspard), 1783-1852. Il entre en 1799 à l’École polytechnique, puis rejoint en 1801 l’école d’artillerie de Châlons comme sous-lieutenant. Affecté comme lieutenant en second en 1802 au 7ème régiment d’artillerie à pied Gourgaud devient au début de l’année suivante adjoint au professeur de fortification de l’École d’artillerie de Metz. Mais quelques mois plus tard, il passe au 6ème régiment d’artillerie à cheval. Gourgaud participera à toutes les campagnes de l’Empire. Il est à Ulm, à Vienne, à Austerlitz. Il combat en Prusse et en Pologne. En 1808 il est nommé capitaine, après avoir reçu l’année suivante la croix de la Légion d’honneur. Il se bat en Autriche dans les rangs de son 6ème régiment d’artillerie à cheval. Après un passage en 1810 à la manufacture d’armes de Versailles où il travaille à l’élaboration d’un nouveau fusil, Gourgaud part en Espagne. Il se distingue au siège de Saragosse, puis est rappelé et expédié en mission à Dantzig. Le 3 juillet 1811, Gourgaud est nommé officier d’ordonnance de l’Empereur.  Présent lors de la campagne de Russie, il sauve (une première fois) la vie de Napoléon en découvrant lors de l’incendie de Moscou, un énorme dépôt de poudre dans le Kremlin, où résidait l’Empereur et son état-major. En récompense il reçoit le titre de baron d’Empire alors qu’il n’est encore qu’un simple capitaine. Lors du passage de la Bérézina, Gourgaud traversa par deux fois à la nage ce cours d’eau glacé, afin de reconnaître les rives et permettent ainsi l’établissement des ponts  qui permirent le passage de l’armée. Cet exploit lui valut le grade de chef d’escadron et le titre de premier officier d’ordonnance de l’Empereur ; un titre crée spécialement pour lui.  En 1813, en Saxe, il est non loin de l’Empereur. Lors de la campagne de France, à Brienne, le 29 janvier 1814, il sauve une seconde fois l’Empereur en tuant d’un coup de pistolet un cosaque qui était sur le point de transpercer le souverain de sa lance. Il est nommé par la suite colonel et commandeur de la Légion d’honneur. Après la première abdication, Gourgaud  est admis dans les gardes du corps de Louis XVIII et reçoit la croix de Saint-Louis, puis nommé chef d’état-major de la 1ère division militaire. Au retour de l’Empereur, il participe à la campagne de 1815. Nommé général de brigade et aide-de-camp de l’Empereur le 21 juin 1815, il le suivra dans son exil à Sainte-Hélène. Toutefois, ce personnage, militaire courageux et tout dévoué, est d’un caractère ombrageux, impulsif et jaloux. Le huit-clos si particulier de Sainte-Hélène lui deviendra rapidement insupportable. Il en part le 14 mars 1818.

GRIOIS (Général Charles), 1772-1839. Après avoir achevé ses études, Griois décide d’embrasser la carrière des armes et passe le concours d’entrée de l’École d’artillerie de Châlons en 1792. Il est reçu 26ème sur 47. Nommé lieutenant au 4ème régiment d’artillerie, il est dans les Pyrénées-Orientales en mars 1793, puis regagne la vie civile. En mai 1800, Griois est nommé capitaine en second au 4ème d’artillerie et rejoint  l’état-major de l’artillerie à l’Armée de réserve. Il participe à la campagne d’Italie, puis est nommé capitaine en premier et tient garnison à Brest, à Grenoble et à l’île d’Elbe. Premier chef d’escadron au 1er régiment d’artillerie à cheval en 1803, il est nommé major quelques mois plus tard. Au début de l’année 1806 Griois est chef d’état-major de l’Armée de Naples, nous le retrouvons trois ans plus tard en Autriche. Il y arrive alors que la campagne est achevée et regagne l’Italie. En juin 1811, il est nommé colonel du 4ème régiment d’artilleur à cheval et prend part à la campagne de Russie. En 1813, Griois accède au grade de major de l’artillerie de la Garde et participe à la  campagne d’Allemagne. L’année suivante, il est attaché à la cavalerie de la Garde, placée sous les ordres de Nansouty, puis de Belliard et enfin de Sébastiani. Nommé directeur de l’artillerie à Mézières, durant la Première Restauration, il est chargé au  retour de l’Empereur en mars 1815, d’organiser la défense des places de l’Ardenne, sous les ordres du général Vandamme. A la fin de 1815 Griois occupe les fonctions de directeur d’artillerie au Havre. Il était commandeur de l’ordre de la Légion d’honneur (12 août 1813) et chevalier de l’ordre royal de Saint-Louis. Griois était également chevalier de la Couronne de Fer et enfin baron de l’Empire depuis le 16 août 1813.

C.B. 

A suivre.

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 6 février, 2019 )

Quelques figures d’Empire (I)

Napoléon à cheval

ALI (Mameluck), de son vrai nom Louis-Etienne SAINT-DENIS, 1788-1856. En 1806, Saint-Denis entre au service des équipages de la maison de l’Empereur, grâce à l’appui d’une connaissance de son père : le général de Caulaincourt, grand-écuyer de Napoléon. Il suit le souverain en Espagne, en Allemagne et en Hollande. En décembre 1811, il passe au service intérieur comme second mameluck ; le premier étant Roustam. Cette promotion lui vaut de changer de nom. Désormais il s’appellera Ali. Les deux mamelucks suivent Napoléon en tous lieux et veillent sur sa personne. Plus d’une fois, Ali couchera en travers de la porte conduisant aux appartements de Napoléon, allongé tout habillé sur un simple matelas posé sur le sol, son sabre à ses côtés, prêt à bondir au moindre bruit suspect. Il participe à la campagne de Russie et à une grande partie de celle de 1813 Après la fuite de Roustam en avril 1814, Louis-Etienne Saint-Denis devient premier mameluck ; il suit l’Empereur à l’île d’Elbe, sera présent non loin de lui à Waterloo, avant de l’accompagner dans le dernier acte de son existence : Sainte-Hélène…

ABOVILLE  (Général Augustin-Marie, baron d’), 1776-1843. En 1792, il est élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie de La Fère. Il en sort avec le grade de lieutenant au 7ème régiment d’artillerie. Durant la période 1792-1794, il rejoint les rangs de l’armée d’Italie (il y obtient le grade de capitaine), de l’armée de Moselle (suspendu pendant près d’un an comme étant noble), de celle de Rhin-et-Moselle et à nouveau de celle d’Italie. En 1807, d’Aboville est nommé colonel et chevalier de la Légion d’honneur, puis l’année suivante il reçoit le grade de major de l’artillerie à cheval de la Garde Impériale. Il se fait remarquer lors de la campagne d’Autriche en 1809 ; a un bras  emporté à la bataille de Wagram. Il est nommé général de brigade peu après, reçoit le titre de baron de l’empire et est nommé à la direction de l’école d’artillerie de La Fère. En 1814, d’Aboville est appelé au commandement de l’artillerie destinée à la défense de Paris. Il combattit vaillamment face à un ennemi nombreux et déterminé.

AUBRY (Capitaine Thomas-Joseph), 1780-1865. Il entre au 12ème régiment de chasseurs à cheval en 1798. Durant toute sa carrière militaire Aubry ne quittera pas ce régiment et participe à de nombreuses campagnes de l’Épopée. Citons celles d’Italie, de 1805 (présent à Austerlitz), à celles de Prusse (il est à Iéna), de Pologne (Aubry est à Eylau et à Friedland). En 1809, il est de nouveau en Autriche et se bat à Eckmühl et à Wagram. En 1812, le capitaine Aubry il part pour la campagne de Russie. Fait prisonnier fin 1812, il ne recouvre la liberté qu’en 1814 et songe alors à prendre sa retraite. Mais le 1er mars 1815, Napoléon débarque à Golfe-Juan. Aubry ne pose pas son sabre comme prévu et on le retrouve lors de la campagne de Belgique. Pus tard, il combat à Rocquencourt (1er juillet 1815) et sera de cette armée en retraite sur la Loire.

BELLIARD (Général Augustin-Daniel), 1769-1832. Engagé volontaire dans la tourmente révolutionnaire en 1790, il est élu par ses concitoyens de Fontanay-le-Comte (Vendée) capitaine de la 1ère compagnie des volontaires. Engagé en 1791, Belliard participe, dans les rangs de l’armée du nord, aux batailles de Valmy, de Jemmapes et de Neerwinden. Plus tard, on le retrouve dans l’armée d’Italie commandée par le général Bonaparte. En 1796, il se bat notamment  à Castiglione et à Arcole, puis durant la campagne d’Égypte (1798-1800). Nommé général de division à son retour, il dirige la 24ème division militaire à Bruxelles, puis prend part aux fameuses campagnes d’Allemagne et de Prusse, en 1805-1806, comme chef d’état-major de Murat ; il combat à Austerlitz. Belliard est à Eylau et à Friedland en 1807, puis occupe les fonctions de gouverneur de Berlin avant d’être expédié en Espagne, où il sera nommé gouverneur de Madrid en 1808. Le général Belliard s’illustre encore durant la campagne de Russie ; il est grièvement blessé à Mojaïsk, en septembre 1812. Nommé colonel-général des cuirassiers, Belliard participe à la campagne d’Allemagne de 1813. Blessé une nouvelle fois grièvement à Leipzig (octobre 1813), il se bat à Hanau. Nommé major général de l’armée, il réorganisera à Metz les troupes, décimées et affaiblies. En 1814, Belliard reprend du service. Il commande un corps de cavalerie. Il  combat à Montmirail, à Château-Thierry, à Reims, à Fère-Champenoise. C’est lui qui, dans la soirée du  30 mars 1814, à Juvisy, apprendra à Napoléon la chute de Paris. Sous la première Restauration, Belliard est nommé Pair de France, chevalier de Saint-Louis par le Roi. Durant les Cent-Jours, il rejoint Murat à Naples et prend part à la bataille de Tolentino (mai 1815). A son retour à Paris, Napoléon le nomme au commandement des 3ème et 4ème divisions militaires chargées de mettre les places-fortes de l’Est en état de défense.  Comte de l’Empire en 1810, Belliard avait été nommé grand-croix de l’ordre de la Légion d’honneur.

BELLOT DE KERGORRE (Alexandre), 1784-1840. De 1806 à 1810, il est employé au quartier-général de la Grande-Armée, en tant qu’aide-garde-magasin du service des vivres, puis comme garde-magasin et enfin comme contrôleur. Après son licenciement en 1810, il est employé dès l’année suivante comme secrétaire de l’ordonnateur en chef Mazeau pour l’organisation des équipages de l’armée d’Espagne. En 1812, nous le trouvons comme employé au quartier-général de la Grande-Armée en Russie, occupant  les fonctions d’adjoint provisoire aux commissaires des guerres. L’année suivante, Bellot de Kergorre est nommé adjoint titulaire et employé au quartier-général de la Garde, et dans la 4ème division de cette même garde. En 1814, il est nommé dans la Vieille-Garde afin d’être employé au quartier-général de la Garde et dans la 2ème division (Vieille-Garde). Mis en non-activité septembre 1814, Bellot de Kergorre reprend du service en mars 1815 ; il est employé dans les places de Paris et d’Amiens. Une ordonnance en date du 15 novembre 1815 lui confère à part entière le titre de commissaire des guerres, rétroactivement à compter du 7 janvier de la même année. Il avait été nommé chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1823.

BELLY DE BUSSY (Colonel David-Victor) 1768-1848. En 1784, il est aspirant au corps royal d’Artillerie.  Nommé lieutenant en second au régiment de La Fère, le 1er septembre 1785, le même jour que le jeune Bonaparte. Belly de Bussy fut respectivement promu lieutenant le 1er avril 1791 et second capitaine le 6 février 1792.  Démissionnaire le 1er juin 1792, il émigre et sert, de 1793 à 1796, dans un « rassemblement » d’officiers d’artillerie alors réuni à Ostende sous les ordres du colonel de Quiefdeville. Il fit campagne avec ce « rassemblement » en Hollande et dans la baie de Quiberon, puis alla s’établir en Allemagne où, pour vivre, il loua paraît-il, une boutique, et devint un excellent pâtissier dont les affaires prospérèrent vite. Étant parvenu à se faire rayer de la liste des émigrés, Bussy rentra en France en 1802. Pris pour guide, le 7 mars 1814, à la bataille de Craonne, il fut remis en activité, nommé colonel d’artillerie et aide de camp de l’Empereur le 11 mars ; c’est en cette qualité qu’il assista aux batailles de Reims, d’Arcis-sur-Aube et de Saint-Dizier. A Fontainebleau, avant de quitter la France pour l’île d’Elbe, Napoléon lui fit don de 50.000 francs. Mis en non-activité le 1er juillet 1814, Belly de Bussy, qui avait sollicité un service actif, fut nommé à la Direction d’artillerie de La Fère, le 12 mars 1815.  Quelques jours après, au retour de l’île d’Elbe, il rejoignit l’Empereur à Paris et reçut, le 11 avril 1815, la Direction du parc d’artillerie de la Garde impériale. Le 10 juin suivant, il quitte Paris pour Laon, en qualité d’aide-de-camp de l’Empereur. Après Waterloo, Bussy s’arrêta à Laon, le 20 juin ; il y tomba malade et se fit transporter à Paris dix jours après. Mis en non-activité le 1er septembre 1815.

BEUGNOT (Comte Jean-Claude), 1761-1835. Député à la Législative, puis emprisonné sous la Terreur, Beugnot entre au Ministère de l’Intérieur au lendemain du 18 Brumaire. Préfet de la Seine-Maritime, il devient conseiller d’État en 1806, chargé de l’organisation du Royaume de Westphalie (gouverné par Jérôme Bonaparte). En 1807, il y devient ministre des Finances, puis administrateur du Grand-duché de Berg et chevalier de l’Empire en 1808. En 1809, ce haut fonctionnaire est nommé officier de la Légion d’honneur et comte de l’Empire. Préfet du Nord en 1813, Louis XVIII le nomme en 1814, Directeur général de la Police, puis ministre de la Marine en décembre de la même année (c’est le comte Anglès qui le remplacera dans cette première fonction). Beugnot suit le Roi à Gand (Belgique) durant les Cent-Jours.

BIOT (Colonel Hubert-François) 1778-1842. Il s’engage au 11ème chasseurs, peu avant sa vingtième année. Nommé sous-lieutenant en mai 1809, lieutenant en août de la même année, il devient aide-de-camp du général de cavalerie Pajol, qu’il suivra jusqu’en 1815. Nommé capitaine en avril 1812, il reçoit la croix de la Légion d’honneur en septembre pour le courage dont il a fait preuve lors des combats autour de Minsk et de Smolensk. Il participe à la campagne d’Allemagne l’année suivante. Lors de celle de France, il se fera remarquer une nouvelle fois à Montereau, aux côtés du général Delort, dévalant, dans une charge furieuse, le plateau de Surville en direction des ponts qui enjambent  l’Yonne et la Seine. En 1815,  Biot sera en Belgique. Il s’est éteint en 1842.

BOURGOING (Baron Paul de), 1791-1864. Ce fils de diplomate embrasse la carrière militaire à l’âge de vingt ans. Après deux années passées à Saint-Cyr, il devient sous-lieutenant, puis est placé dans la Jeune Garde. Il participe à la campagne de Russie, à celle d’Allemagne, avant de combattre en 1814. Le sous-lieutenant de Bourgoing est présent à Fère-Champenoise puis à Paris, lors des combats autour de la capitale. Il était aide-de-camp du maréchal Mortier (duc de Trévise). Démissionnaire en 1815, Paul de Bourgoing entame une carrière diplomatique. Pair de France en 1841, il est ambassadeur en Espagne en 1849, puis est nommé sénateur à la fin de l’année 1862.

BRO (Général Louis), 1781-1844. Après avoir participé très jeune à la campagne de Saint-Domingue dans les rangs du 1er régiment de hussards, il est nommé brigadier en février 1801. En 1804, Bro accède au grade de lieutenant, occupant les fonctions d’aide-de-camp du général Augereau (le frère du maréchal). Il part pour l’Allemagne afin de rejoindre le 7ème corps de la Grande-Armée. Début 1807, il est nommé capitaine au 7ème hussards (commandé alors par le fameux Édouard de Colbert). Il est présent à Eylau, à Heilsberg et à Friedland. En 1809, Bro se distingue à Wagram et passe en septembre 1809 aide-de-camp du général de Colbert.  Affecté début décembre 1811 au 5ème escadron de chasseurs à cheval de la Garde, il est lieutenant en premier. Bro participe à la campagne de Russie, puis à celles d’Allemagne et de France. Au retour de l’Empereur en 1815, il est nommé colonel chef d’état-major de la 3ème division de cavalerie du 2ème corps d’observation, puis, quelques jours après, l’Empereur le met à la tête du 4ème régiment de chevau-légers lanciers. Blessé grièvement à Waterloo, il doit quitter le champ de bataille.

C.B. 

A suivre.

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 21 janvier, 2019 )

La mort de Duroc…

La mort de Duroc... dans FIGURES D'EMPIRE duroc2

Dans ses « Mémoires », Bausset, préfet du Palais, qui fut longtemps l’un des collaborateurs les plus immédiats, relate la conversation qu’il eut avec Duroc quelques jours avant qu’il ne fût tué à Bautzen. « Nous causions des succès du commencement de la campagne et nous donnions de justes regrets à la perte du maréchal Bessières. Je n’oublierai jamais les derniers mots de cette conversation : « Ceci devient trop long, me dit-il, nous y passerons tous ».

A l’aube du 22 mai 1813, lendemain de victoire, toute l’armée est en route ver l’Est, aux trousses de l’ennemi vaincu à Bautzen. L’Empereur galope vers l’avant-garde. La cavalerie de la Garde le suit, commandée par le général Walther, tandis qu’au bivouac matériel et bagages sont chargés sur les voitures du général Duroc. Dans l’aube grise, celui-ci vient de confier ses papiers personnels à son domestique Coursot (un ancien d’Austerlitz, qui rejoindra Napoléon comme valet de chambre à Sainte-Hélène  en 1819). A quoi pense-t-il donc ? Il lu remet aussi sa montre : « Tiens, mon vieux Coursot, si j’ai la gueule cassée, tu la garderas ». Puis il rejoint rapidement la suite de Napoléon, où sont les maréchaux Berthier, Mortier et Soult, le grand-écuyer Caulaincourt et le général Kirgener, beau-frère de Lannes.

Au-delà du petit village de Markersdorf, la cavalerie russe et des uhlans prussiens font tête. Napoléon surpris et impatient, d’écrie : « Mais ces gens-là renaissent donc de leurs cendres ? ». En fait ce n’est qu’une action retardataire de l’ennemi. Aussi le combat s’achève-t-il vers le soir par son repli raide, couvert de quelques salves d’obus. A ce moment l’Empereur et sa suite ont dépassé le village, et gagné une petite éminence garnie de quelques arbres pour observer la retraite des derniers éléments allés vers Görlitz. Mortier, Duroc et Kirgener sont resté un peu en arrière. Un dernier boulet russe : Mortier est indemne, mais Kirgener est tué net, et Duroc frappé mortellement au bas-ventre. 

 Marcel DOHER.

(Revue du Souvenir Napoléonien, n°278, novembre 1974).

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 29 décembre, 2018 )

A propos des chevaux de bataille de Napoléon 1er (2ème et dernière partie).

06507905.jpg

Suite et fin de cet excellent article dû à l’éminent Jean BRUNON et publié en 1932 dans la « Revue des Etudes napoléoniennes ».

Le fils de celui qui lui déchargea un coup d’escopette vit encore [1892] et, dans son parc, on peut lire sur une petite colonne l’épitaphe suivante : « Sous cette pierre repose « Jaffa », fameux cheval de bataille  de Napoléon, âgé de 37 ans ». C’est de lors Wolseley, qui connaît à fond tout ce qui a trait au grand capitaine, que l’auteur tient cette anecdote. Un autre admirateur anglais de Napoléon a remis à M. Lawley un portrait d’ « Ali » avec cette légende : «Ali », cheval de bataille de Napoléon 1erCe cheval fut pris en Egypte sous Ali-Bey, monté par un soldat du 18ème dragons, capturé par les Mamelucks et repris par les Français.Ceci le fit remarquer du général Menou qui l’emmena en Europe et en fit cadeau au Premier Consul. Depuis lors, Bonaparte le monta dans toutes les batailles ; à celle de Wagram, par exemple, où il resta en selle de quatre heures du matin à six heures du soir. Il faut faire la part de la confusion et de l’exagération en ce qui concerne les noms des chevaux montés par Napoléon dans ses diverses campagnes, mais il serait nullement impossible que, par exemple, « Ali » et « Marengo » aient été montés par Napoléon dans ses diverses campagnes, mais il ne serait nullement impossible que, par exemple, « Ali » et « Marengo »  aient été montés le même jour, puisque, dans ses « Mémoires », Mme de Rémusat nous dit que son protecteur éreintait souvent quatre ou cinq chevaux en un jour. Il semble y avoir contradiction entre la légende qui attribue à « Marengo » l’honneur d’avoir porté Napoléon à Austerlitz et les « Mémoires » du général Vandamme [Il s’agit ici d’une confusion car cet officier n’a pas laissé de « Mémoires ». Note de C.B.], où il est fait mention d’un cheval gris de fer, 1 mètre 60, qui fut baptisé « Austerlitz » après la victoire. Il est certain de Napoléon avait un cheval de ce nom correspondant bien à la description donnée par Vandamme, puisqu’il y a un portrait de lui à Londres chez Lors Rosebery, un des hommes les plus compétents sur tout ce qui se rattache à l’épopée napoléonienne. Passons à la jument « Maria ». M. Lawley a eu la bonne fortune de rencontrer un vieux Mecklembourgeois, nommé Schallen, âgé de plus de 95 ans, qui se souvenait d’avoir vu les régiments de cavalerie française traverser la petite ville d’Ivenack, dans le Mecklembourg, en marche sur Moscou. Le général Lefebvre-Desnouettes y admira beaucoup les chevaux de race du baron de Plessen, et, en particulier, une jument grise qui descendait de « King–Herald » un des plus fameux étalons du Stud-Book britannique. Le général l’acquit et l’envoya à l’Empereur, qui lui donna le nom de « Maria »-celui de sa femme- et la monta pendant une grande partie de la campagne de 1813. Plus tard, la jument tomba on ne sait comment, aux mains des Prussiens, qui la restituèrent au baron de Plessen. Elle mourut à Ivenack, et Schallen raconte qu’on y voit encore son squelette religieusement conservé par les héritiers du baron dans leur vieux château d’Ivenack. Naturellement l’équipement des chevaux de Napoléon était de « primo cartello ». La sellerie ne laissait rien à désirer : siège, troussequins, genouillères, tout était parfait de matériaux et de confection. Le Musée de Lausanne en possède des spécimens probants, c’est-à-dire : trois excellentes selles à l’anglaise, revêtues de velours cramoisi, avec housses et fontes à l’avenant et étriers en argent suspendus à de fortes et fines courroies ; trois brides et trois martingales à garnitures d’argent. 

Le grand Empereur destinait à son fils ces effets personnels et, pour cela, il les avait confiés à son fidèle  Noverraz qui les conserva longtemps à sa villa « La Violette » à Lausanne. En juin 1848, Noverraz, las d’attendre un ayant-droit, remis son précieux dépôt au gouvernement vaudois qui en orne le musée cantonal de Lausanne. Avec d’autres objets de même provenance, entres autres quatre fusils de chasse et quelques reliques de Longwood, notre habile préparateur, M. Bastian, en a composé une fort intéressante vitrine qui attire de nombreux visiteurs étrangers. L’auteur de l’article de la « Revue militaire suisse » ne donne que des indications peu précises, ou encore légèrement inexactes, sur les souvenirs de Napoléon, provenant du piqueur Noverraz, conservés au Musée de Lausanne (Don de J.-J. Mercie).  Ces équipages de cheval de l’Empereur, du type de ceux qu’il utilisait en campagne, sont les seuls que nous connaissions ; à ce titre, leur intérêt est donc plus considérable encore que les harnachements de luxe, magnifiquement ornés, plus généralement connus, et nous jugeons qu’il vaut la peine d’en donner la nomenclature détaillée, d’après les notes que nous avons prises sur place, au Musée de Lausanne : - Trois selles à la française en velours cramoisi, avec leurs fontes, couvre fontes, et leur tapis de selle (deux de ces derniers en drap cramoisi, en un drap écarlate). Ces tapis de selle sont ornés d’un double galonnage or : le galon intérieur de 10 centimètres, du modèle dit « à bâtons ».

Ces galons sont bordés d’une double course en soutache or. 

- Deux paires d’étriers (une paire manque) en argent (ou argentés) forme classique des étriers d’officiers généraux. 

- Trois brises complètes, à peu près semblables, très simples, en cuir noir ; boucles, légèrement ouvragées, en argent. Deux de ces brides à mors à grandes bossettes, argentées ; une à mors sans bossettes ; les trois mors du modèle de cavalerie légère. 

Toutes ces pièces sont en parfait état de conservation. 

Revenant aux chevaux de bataille de l’Empereur, il y lieu de signaler que le Musée de Malmaison, possède neuf petites peintures représentant neuf chevaux montées par Napoléon ; leurs noms sont les suivants : « Le Familier », « Le Triomphant », l’Aboukir », « Le Major », « Le Vizir » [Ce cheval a été naturalisé après sa mort ; il est conservé au Musée de l’Armée et porte sur la cuisse gauche l’N couronné], « le Cheick », « Le Sahara » , « Le Distingué »  (le neuvième portrait  ne porte pas de nom). Ces tableaux proviennent dela Manufacture de Sèvres. Ajoutons que l’Empereur a également possédé une jument qui portait le nom de « Nicole » et non « Nickel ». Citons en outre le beau portrait de « Tamerlan » peint par Géricault. Du reste, et comme le laisse comprendre l’auteur de l’article cité, plus haut, l’Empereur utilisa, au cours de sa vie, une quantité considérable de chevaux de selle.  On en jugera par la lecture du document que nous reproduisons ci-après pour terminer ce rapide aperçu sur un sujet peu ou point battu sur lequel  il reste encore à écrire une belle étude ; il se passe de tout commentaire.  Avant la campagne de 1812 et sur son ordre, un projet de règlement réorganisant ses équipages de guerre fut présenté à l’Empereur qui l’adopta le 14 janvier 1812.  Voici le texte de la partie qui concerne l’équipage de selle : 

« CHAPITRE V- Equipage de selle Article 11- L’équipage de selle comprend 10 brigades, chacune de 13 chevaux. Total : 130 chevaux. Article 12.- Cheque brigade se compose ainsi, savoir : 2 chevaux de bataille pour Sa Majesté, 1 cheval d’allure pour Sa Majesté, 1 pour le Grand-Ecuyer, 1 pour l’Ecuyer de service, ou tout autre, 1 pour le page de service, 1 pour le Mamelucks de Sa Majesté, 1 pour le guide (paysan du pays), 3 chevaux de palefreniers montés et un à pied, 1 cheval pour le chirurgien, 1 pour le piqueur de service. 

Total : 13 

Article 13.- Une paire de pistolets fera partie de l’équipement de tous les chevaux de selle destinés pour l’Empereur ; ces pistolets seront chargés tous les jours, et déchargés avec le tire-bourre par le Mameluck de service, sous l’inspection du Grand-Ecuyer ou en son absence, de l’Ecuyer de service au bivouac ou sous la tente ; le déchargement ou le rechargement des pistolets se fera chaque soir. Article 14.- Le Page de service porte en bandoulière la lunette de Sa Majesté, et il a sur le devant de sa selle des sacoches arrangées, qui renferment un mouchoir et une paire de gants pour Sa Majesté  et un petit assortiment de bureau contenant papier, plumes, encre, crayons, compas, cire d’Espagne ; le tout conforme à l’état B ; il porte sur le derrière de sa selle un petit porte-manteau avec des armes à son usage. Le chirurgien porte derrière sa selle un porte-manteau avec un assortiment d’instruments et de tout ce qu’il faut pour panser, conforme à l’état E. Le mameluck porte en bandoulière une fiole pleine d’eau-de-vie, et sur le devant de sa selle, le manteau et le frac de Sa Majesté. Le Piqueur porte, sur le chevet, des petites sacoches pour cantines, approvisionnées conformément à l’état D ; et sur le derrière de sa selle, un porte-manteau d’effets à l’usage de Sa Majesté conformément à l’état T ; il porte aussi en bandoulière un flacon plein d’eau-de-vie. En conséquence, il est attaché un porte-manteau semblable à chacune des brigades des chevaux de selle. Les deux valets de chambre, qui sont à cheval, auront devant eux un petit appareil contenant de la charpie, des sels, de l’éther, de l’eau, une demi-bouteille de vin de Madère et quelques ustensiles de chirurgie, dont le Chirurgien ordinaire donnera le détail. Les trois maîtres d’hôtel, qui sont à cheval, auront chacun devant eux une petite cantine semblable à celle détaillée pour les Piqueurs. » 

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
12
Page Suivante »
|