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( 12 février, 2022 )

Un récit méconnu.Témoignage du commandant Duuring sur les journées des 16,17 et 18 juin1815…

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Le témoignage qui suit est extrait d’un article paru dans le « Carnet de la Sabretache » en 1910, sous le titre de « L’infanterie de la Garde à Waterloo ». L’auteur était alors chef de bataillon au 1er régiment des chasseurs de la Garde. 

Juin 1815, le 16.- Le 1er régiment a traversé Fleurus dans l’après-midi, je ne me rappelle plus à quelle heure. Toute la division, ainsi que celle des grenadiers, prirent position à droite et un peu en arrière. Les régiments reçurent l’ordre de partir  alternativement, excepté le 1er régiment de chasseurs, le 1er et le 2ème de grenadiers, qui restèrent auprès de l’Empereur. Ces trois régiments reçurent l’ordre de suivre l’Empereur, qui se porta vers la droite, une heure avant la brune. Nous marchâmes en colonne par division sous les boulets, qui nous blessèrent deux hommes. Ensuite, les trois régiments traversèrent le village après la grosse cavalerie ; en débouchant, nous nous mîmes en bataille à droite du village, et ensuite nous formâmes les carrés par bataillon. Les grenadiers prirent plus à gauche et en avant ; notre cavalerie fut ramenée, et les grenadiers soutinrent plusieurs charges contre la cavalerie de l’ennemi, qui ont éprouvé une perte assez considérable, car ils ont cru qu’ils étaient de la Garde nationale avec leurs chapeaux [Une partie des soldats de la Vieille Garde n’avaient pas reçu de bonnet à poil]. Les boulets de nos batteries qui étaient sur la hauteur de l’autre côté du village, passèrent à chaque instant le long du 1er bataillon sans nous faire aucun mal, mais à notre grosse cavalerie ; quelques tirailleurs de l’ennemi nous tirèrent également, sans qu’on perdît un homme. Nous bivouaquâmes dans cette position la nuit, en carrés, sans feu ; nous entendîmes une attaque après minuit, nous prîmes les armes, mais rien n’est venu à nous.  

Le 17.- Le régiment se mit en route après midi. La Vieille etla Jeune Garde se rassemblèrent successivement ; on fit une halte à droite de la route, où je fus détaché avec mon bataillon pour rejoindre l’Empereur, qui fut en avant. Le général Friant me trouva en chemin, et me donna contrordre de rentrer dans la colonne. Toute la colonne se met en mouvement. On entendait au loin la canonnade. Le soir, je fus de nouveau détaché pour rejoindre l’Empereur, à la ferme [celle du Caillou], à peu près à un bon quart de lieue de la ligne de bataille du lendemain. Le bataillon bivouaqua dans le jardin, sans feu ; il fit un temps affreux. 

Le  18.- L’Empereur me donna l’ordre environ à sept heures du matin, de rester avec mon bataillon à la ferme pour garder son quartier-général, trésor, etc. Plusieurs régiments d’infanterie, cavalerie, passèrent successivement du côté de la ligne de bataille, ainsi que  la Vieille Garde ; au passage du 2ème  bataillon, j’ai remis l’aigle au général Cambronne. La canonnade s’engagea de part et d’autre. Le bataillon que je commandais resta à la ferme.  A peu près deux ou trois heures dans l’après-midi, je fus instruit que plusieurs soldats se débandaient, même sans armes ; cette fuite venait principalement de notre droite. Je fis prendre les armes au bataillon, détachai une compagnie à droite et une à gauche, en gardant deux au centre. Je montai à cheval avec la gendarmerie au quartier-général, fis arrêter les fuyards, les rassembler et conduire au centre de l’armée. Cette fuite cessa une heure après, et tout fut très tranquille ; nous vîmes arriver plusieurs officiers de la cavalerie anglaise comme prisonniers. Une heure plus tard, plusieurs caissons et des pièces arrivèrent du champ de bataille, disant qu’il n’y avait plus de munitions ; à la vérité, j’en ai trouvé de vides, mais d’autres en avaient encore. Je fis parquer tout cela à droite et à gauche de la route derrière la ferme, et priai l’écuyer de l’Empereur de faire atteler le Trésor. 

Environ à cinq ou six heures du soir, je fus instruit par un poste de ma droite, qu’on voyait deux colonnes qui débouchant du bois, que je suis allé reconnaître. Aussitôt de mon arrivée, je fus à même de me convaincre qu’elles étaient de l’ennemi ; chacune peut avoir eu huit cents hommes ; mais la queue étant dans le bois, il était très difficile d’évaluer leurs forces. J’ai pris mes dispositions pour recevoir cette attaque, fis mettre deux pièces en batterie chargées à mitraille et couvrir par un  détachement d’un officier et cinquante hommes, de manière qu’on pouvait difficilement les apercevoir, je donnai l’ordre de ne point tirer avant que j’y fusse. Mon adjudant-major vient m’instruire que beaucoup de soldats arrivent de nouveau, qui se débandèrent ; j’ai fait mettre mes deux compagnies que j’avais conservées au centre, les baïonnettes croisées, sur la route et à côté, avec ordre de ne laisser passer qui que ce soit, hormis les blessés. J’ai trouvé parmi ce nombre, plusieurs officiers, entre autres un chef de bataillon, que j’ai forcé de prendre le commandement d’un bataillon que j’avais rassemblé, avec menaces de faire feu sur lui s’il n’obéissait pas à l’instant même ; j’ai trouvé un maréchal de camp dont j’ignore le nom ou ce qu’il voulait, que j’ai prié de conduire une autre colonne. L’officier que j’avais détaché pour couvrir les deux pièces, me fit rendre compte que l’officier d’artillerie avait jugé à propos de s’en aller avec ses pièces, en disant qu’il n’avait point d’ordre à recevoir de moi, et que l’ennemi s’approchait. J’ai prié alors même des officiers supérieurs de l’artillerie, de faire mettre d’autres pièces en batterie, mais rien ne s’effectua. 

Me voyant sur le point d’être attaqué sans le soutien de personne et d’une façon bien supérieure à la mienne, je me décidai à former un bataillon d’environ deux cents hommes des différents régiments que j’avais fait rassembler, auquel je fis prendre position à ma droite en potence et un peu en arrière pour qu’on ne me dépassât pas, fis filer le Trésor et les équipages, et ensuite les pièces sans donner un homme d’escorte, pour repousser une attaque qui pouvait être très nuisible à l’armée, si la route derrière elle se trouvait coupée. Je fis rassembler mon bataillon adossé à la ferme, détacher cent hommes en tirailleurs dans le bois et cent autres en réserve, au même moment que le général (le prévôt général de l’armée) fit attaquer le bataillon d’infanterie au pas de charge, qui se déployait à demi-portée, et entrât également dans le bois. Cette combinaison eut un heureux résultat ; nous éprouvâmes peu de pertes, et les Prussiens furent repoussés.  J’avais en même temps envoyé mon adjudant-major pour en donner connaissance à l’Empereur, qui m’a fait dire d’avoir bien fait et de tenir la position. Peu de temps après, nous vîmes arriver une déroute complète qu’on ne pouvait pas arrêter, infanterie, cavalerie, artillerie, toutes étant mêlées. Alors, crainte d’être chargé par la cavalerie ennemie, et pour pouvoir faire un mouvement en cas de besoin, je fis rassembler le bataillon en colonne par division à distance de pelotons : officiers et soldats de tous les régiments voulaient se mettre dans nos rangs, mais je ne recevais personne, car il eût été impossible de conserver l’ordre.

Par la suite, j’ai donné l’ordre de placer dans les rangs les hommes de  la Vieille Garde, de manière à ce que à la fin mes divisions furent d’environ 300 hommes chacune.  Dans ce triste désordre, et au moment où l’on tiraillait sur notre arrière (ce qui fut fait à la brune), nous vîmes arriver l’Empereur accompagné de quelques chasseurs à cheval et de quelques généraux, en outre les comtes Drouot et Lobau. Sa Majesté vint à moi, me demanda ce que j’avais fait, ma force et ma position. Je répondis d’après le détail que j’en ai fait. Elle me donna en personne l’ordre de serrer en masse et de le suivre en disant : « Je compte sur vous. ». Je mis le bataillon en route, il marcha dans le blé qui était d’une hauteur au-dessus de la tête des hommes. Au bout d’une heure de chemin, nous rencontrâmes plusieurs généraux de la Garde qui faisaient le rassemblement de  la Garde. Me trouvant alors parmi les autres corps, plusieurs ravins très difficiles à passer occasionnèrent la perte de beaucoup de mes hommes. 

La nuit s’avança, je continuai à marcher suivant la direction dans laquelle je crus que l’Empereur s’était dirigé. A la fin, n’ayant point de guides, je m’apercevais que ma direction d’éloignait trop de la grande route ; je fis appuyer de ce côté, rencontrai quelques détachements de la Garde, en outre l’aigle des grenadiers que je fis rester avec moi ; mais bientôt, je fus de nouveau forcé de m’éloigner de la route, car l’endroit où je voulais l’approcher se trouva derrière l’avant-garde de l’ennemi. Dans la direction que j’avais indiquée, nous fîmes la découverte d’une maison où il y avait du monde ; j’engageai moi-même et avec beaucoup de douceur les gens de nous conduire par un chemin sûr dans la direction de Fleurus, que nous découvrîmes à la pointe du jour, que je fis tourner avec les précautions nécessaires.  Nous vîmes  à gauche de la route, près de la ville, les pièces de prises sur l’ennemi dans la journée du 16. Entre cinq et six heures du matin, nous approchâmes de Charleroi où les paysans nous conseillèrent de ne pas approcher la ville disant qu’elle était déjà occupée par l’ennemi. Ils m’indiquèrent de passer la rivière plus à gauche dans la direction de Philippeville. Je continuai la route de Charleroi que j’ai traversée avec environ 300 hommes dont quelques grenadiers ainsi que l’aigle. Nous trouvâmes toutes  les rues encombrées, et à notre gauche, sur une petite place, nous vîmes plusieurs pièces de l’ennemi prises dans la journée du 16. 

Signé : DUURING.  

  

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( 18 juin, 2019 )

Légendes et erreurs [au sujet du séjour de Napoléon au Caillou la veille de la bataille de Waterloo et d’autres faits]

Waterloo

« Dans le n°5 de notre Bulletin (juin 1952), un article du regretté historien Winand Aerts, le grand spécialiste de Waterloo, faisait justice de quelques légendes nées on ne sait comment, acceptées par des historiens et prenant désormais la place de la vérité. C’est ainsi qu’il démontrait péremptoirement que Napoléon, dans la nuit du 17 au 18 juin 1815, celle précédent Waterloo, n’avait pas quitté Le Caillou pour faire une reconnaissance du terrain, à pied, avec le grand-maréchal Bertrand et le page Gudin. Cette légende était déjà contredite par les « Souvenirs » du mameluck Ali. A la solide argumentation de Winand Aerts devait se joindre un peu plus tard un témoignage de la première importance : celui du valet de chambre de l’Empereur, Marchand, qui, dans ses « mémoires » (tome I) publiés en 1952, conte en détail la nuit de Napoléon, nuit passée dans son lit et sans sortie.

Dans son remarquable ouvrage, « Les Cent-Jours », Louis Madelin a néanmoins repris la légende, faisant sortir l’Empereur à 2 heures du matin ; l’éminent et regretté académicien a préféré s’en tenir à la relation de l’Empereur, manifestement « arrangée » plus tard à Sainte-Hélène. Mais pourquoi, en publiant son livre en 1954 négligea-t-il le récit sensationnel de Marchand publié deux ans plus tôt ? Or, Louis Madelin, n’ignorait pas les « Mémoires » du valet de chambre puisqu’il les cite quelques pages plus loin. D’ailleurs, il estimait que « peut-être, aurait-il (Napoléon) mieux fait de se reposer ». Justement, Marchand précise que Napoléon, couché peu après son arrivée au Caillou, est resté au lit pendant toute la nuit, ce qui, d’ailleurs, ne devait pas l’empêcher de s’inquiéter du temps en questionnant le valet de chambre, de faire venir Gourgaud pour lui dire d’aller reconnaître le terrain. (Il ne le reconnaît donc pas lui-même). L’Empereur reçoit aussi Drouot, et marchand ajoute : «  Après ce rapport, l’Empereur continua de rester dans son lit… L’Empereur se leva de bonne heure et vit avec plaisir le temps s’éclaircir… Il se promena longuement de long en large dans cette chambre, les mains derrière le dos, il prit des ciseaux, les tourna autour de ses ongles, paraissant bien plus occupé de la bataille qui allait s’engager que de ce détail de toilette ; il s’approchait souvent de la fenêtre et regardait l’état du ciel ; sa barbe faite, il s’habilla et fit demander le général Gourgaud qu’il fit encore écrire sous sa dictée. A 9 heures, l’Empereur demanda son déjeuner. »

Voici donc Louis Madelin en contradiction avec l’un des principaux témoins oculaires, et l’un des plus sérieux. Mais à la suite de son récit, il ajoutera, pour notre surprise, une bien singulière invention. En effet, ayant conté le départ du Caillou de l’Empereur, dans la matinée, afin d’assister au défilé des troupes, Madelin fait ensuite retourner Napoléon au Caillou pour… dormir ! « Ce défilé  terminé, écrit-il, et pendant que les troupes prenaient leurs positions de départ, l’Empereur se jeta sur son lit, priant qu’on ne le réveillât qu’à onze heures. » Ceci est pour le moins inattendu. Consultons la montre, tout d’abord. L’Empereur déjeune vers 9 heures ; après cela il fait étalier les cartes et commente son plan de bataille pour Jérôme, Ney, Reille, etc. Ensuite, il reçoit le fermier Boucquéau. Puis il monte à cheval. Déjeuner, exposé stratégique (et vive discussion avec Soult), entretien avec le fermier, tout cela lui prend bien une heure. Il va à cheval vers Rossomme, il y assiste au défilé des troupes. Trajet, défilé et retour au Caillou lui prennent certainement une autre heure. Il est onze heures ! Et Louis Madelin plaçait lui-même l’Empereur à 11 heures, beaucoup plus loin : à la Belle-Alliance !

Quand a-t-il donc dormi ?

Ce qui ne tient pas devant la montre, ne tient pas plus au raisonnement. Après avoir été si impatient durant toute la nuit, si pressé d’engager le combat, l’Empereur voit enfin ses troupes prendre position et… il va se coucher ! Il se met au lit au moment d’engager la plus décisive des batailles ! On serait curieux de savoir d’après quel document Louis Madelin a pu reprendre pareil conte. On ne le saura jamais, d’ailleurs : ce témoignage n’existe pas. Le mameluck Ali, qui n’en conte pas, lui, et qui ne quitte pas l’Empereur, dit bien clairement : « Quand tous les corps eurent opéré leurs mouvements, il parcourut les rangs où il fut accueilli avec enthousiasme ; après quoi il vint s’établir sur une hauteur en arrière de Rossomme. L’action commença au parc [verger] d’Hougoumont ». Tous les autres témoignages des témoins présents concordent. Tout le monde a vu l’Empereur sur le terrain ; personne n’a vu le dormeur fantôme au Caillou. Avec Ali, il y a Marchand, le fermier Boucquéau et son fils, le secrétaire Fleury de Chaboulon, le commandant Duuring, etc., etc., etc. 

Peut-être dira-t-on que ce sont là des détails secondaires. Il n’y a rien de négligeable dans le comportement de Napoléon pendant cette grande journée ; en outre, faut-il, en matière d’Histoire, faire fi des précisions mineures ? Si un historien-et lequel ! Puisqu’il s’agit de Louis Madelin-donne ces indications c’est aussi qu’il y attache lui-même de l’importance. Dès lors, les erreurs ont, elles aussi, de l’importance.

Encore à ce propos de Waterloo, nous ressentons une certaine surprise en lisant un autre ouvrage, « le Secret de Waterloo » du commandant Henry Lachouque. Cet ouvrage, écrit avec verve, certes, de l’intérêt, quoique l’historien militaire belge M. Henri Bernard, professeur à l’École Royale Militaire, ait pu dire avec raison : « Nous avouons ne pas avoir compris quel était ce Secret ». Pourquoi faut-il trouver dans ce livre où il y a de « bons moments », et dans lequel Louis Madelin prit fréquemment sa documentation, de ces erreurs « mineures » que l’on est en droit déplorer ?

Signalant que, dans la nuit du 17 au 18 juin 1815, couchèrent à Genappe, en l’Auberge du Roi d’Espagne, le prince Jérôme, le général Reille et ses divisionnaires, le commandant Lachouque ajoute du pittoresque en racontant que de nombreux officiers « se rendent  à l’hôtel du Roi d’Espagne où un bal impromptu est organisé; les dames de la ville accourent l’on dansera fort avant dans la nuit… Pourquoi pas ? » Où le commandant Lachouque a-t-il trouvé cela ? Nous ne le suivrons pas dans ces joyeux quadrilles car il nous faudrait, pour cela, oublier que pendant toute la journée la bataille a fait rage, tout près de là, aux Quatre-Bras, que Genappe est envahie de blessés et de moribonds et que Reille et ses généraux sortent à peine d’un sanglant combat pour marcher, tôt le lendemain, vers une nouvelle bataille. Il est bien peu vraisemblable que le prince et ces généraux aient toléré que s’improvise une telle fête en ces circonstances et dans le lieu où ils prenaient enfin un peu de repos. L’atmosphère générale, d’ailleurs (et le commandant Lachouque insiste lui-même là-dessus), était, au contraire bien tragique. La troupe et les officiers étaient éreintés et obsédés par l’idée de trahison. Quant aux dames de la ville, une telle réjouissance devait cadrer fort mal ave c leur état d’esprit cette nuit-là.

Autre détail concernant le duc de Wellington « installé à l’auberge située vis-à-vis de l’église et portant enseigne « A Jean de Nivelles ; Wellington, dans le village de Waterloo, n’a jamais mis les pieds à l’auberge Jean de Nivelles. Son quartier-général était installé en face de l’église dans le relais de poste, auberge connue sous ce nom et tenue pat le veuve Bodenghien, maison qui existe encore aujourd’hui. L’auberge Jean de Nivelles n’était pas située en face de l’église, mais plus loin, sur le même alignement que le relais, au-delà  d’un chemin dont ce dernier formait le coin (aujourd’hui avenue reine Astrid). Cette auberge Jean de Nivelles a disparu depuis longtemps et personne, depuis 1815, n’y a situé le quartier-général de Wellington-sauf le commandant Lachouque. Le commandant Lachouque, en décrivant  la retraite de Napoléon le soir de la bataille, le fait entrer au Caillou où « depuis 5 heures l’attendait le rôti de mouton commandé le matin à Mme Boucquéau ». Ce n’est pas nous qui arrêtons à cette côtelette, c’est notre auteur. Et puisqu’il nous invite à déguster ce détail historico-culinaire, faisons lui remarquer :

1°/ Que la commande n’avait pas été faite le matin à Mme Boucquéau, car celle-ci n’était pas au Caillou à ce moment-là, mais encore à Plancenoit (voir le témoignage de son fils).

2°/ Que la côtelette n’était pas trop grillée. Pas du tout même car le fils en question a noté que la servante du Caillou, Marie Houzeau, envoyée dans l’après-midi pour la chercher, n’en avait pas trouvé.

En plus, le commandant Lachouque, qui cite le témoignage du commandant Duuring chargé de la garde du Caillou, mais a mal lu ce témoignage qui précise bien que Napoléon n’est pas entré au Caillou, mais s’est arrêté quelques instants devant la ferme, sans descendre de cheval, pour entendre son rapport.

Détails… Nous ne tombons d’accord. Mais si on veut nous offrir des détails, qu’on nous autorise à les désirer exacts. Pour le surplus, l’Histoire est une grande fresque faite d’une multitude de touches minuscules. Quant la fantaisie s’empare du peintre qui applique ces touches, il est à craindre que la fresque toute entière ne se ressente de cette fantaisie.

X. »

——–

Les « Souvenirs » du mameluck Ali ont été publiés la première fois en 1926 chez Payot, avec introduction de G. Michaut. Il y a eu une nouvelle édition en 2000, chez Arléa, avec une présentation et des notes de Christophe Bourachot. 

Les « Mémoires » de Louis Marchand ont été publiés en 1952-1955 chez Plon, en 2 volumes.  Il y a eu des rééditions successives chez Tallandier en 1985 (en 2 volumes), chez le même en 1991 (idem) et en 2003 (en un seul volume cette fois rassemblant les 2, toujours chez Tallandier).

L’ouvrage de Louis Madelin qui est concerné est le 16ème (et dernier) de sa grande série publiée chez Hachette et qui porte le titre d’Histoire du Consulat et de l’Empire. Il est paru en 1954.

« Le Secret de Waterloo » du commandant Henry Lachouque a été publié en 1952 chez Amiot-Dumont.

 

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( 4 juin, 2015 )

De BEAUMONT à PHILIPPEVILLE. NAPOLEON en JUIN 1815 (2ème partie).

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Les tambours de la Garde battent la fameuse « Grenadière » dont les roulements annoncèrent si souvent l’assaut décisif, l’attaque finale. Mais cette fois, c’est avec l’obscurité qui gagne et qui empêche de se reconnaître, le crépuscule de l’Empire que les caisses dela Vieille Garde paraissent rythmer ! On a dit que les Français étaient à l’attaque courageux comme des lions, mais que venaient les revers, ils se révélaient être des moutons. A Waterloo, une démonstration de cette affirmation fut donnée et on vit la première armée du monde fuir comme un troupeau de moutons. Napoléon qui est malade et qui pourtant donne un exemple de courage surhumain s’efforce d’endiguer ce flot, mais on ne l’entend plus, et il n’y a aucune réserve pour arrêter cette déroute qui se transforme en désastre sous la ruée de la cavalerie prussienne. D’un geste désespéré il a fait signe aux quelques escadrons de service rangés autour de lui, de charger pour repousser cette cavalerie qui menace de tout submerger. Quelques grands coups de sabre, holocauste inutile, puis l’hallali, un instant interrompu, recommence. Napoléon n’a plus d’armée ! A Genappe, il lui faudra près d’une heure  pour traverser le flot toujours grossissant de cette cohue qui s’écrase dans les rues du village et encombre le pont de la Dyle.

« Au bout d’une heure, les vagues de la foule le poussèrent comme une épave hors du village », rapporte Charras. Mais vers minuit, alors qu’étant monté dans sa berline de campagne, il s’apprêtait  à quitter sa malheureuse armée désorganisée, les Prussiens de Von Keller apparurent bien décidés d’en finir en se saisissant de sa personne. Ce détachement de fusiliers du 15ème régiment observait depuis six heures le quartier-général de Napoléon au Caillou. Il avait fait plusieurs pointes offensives que le vaillant Duuring commandant des Grenadiers de la Garde en service de surveillance à cet endroit, avait repoussées. On s’est demandé si cette troupe qui formait l’extrême gauche de l’armée de Blücher, n’avait pas pour mission de capturer l’Empereur. Toujours est-il qu’elle fut la première force prussienne à se montrer autour de la berline de campagne de Napoléon.  Le major baron Von Keller qui commandait ce véritable commando d’assaut s’imagina que son bonheur était complet et croyant l’Empereur entre ses mains, il ordonna au cocher de s’arrêter et comme celui-ci ne paraissait pas décidé à obéir aussitôt, il frappa le postillon qui fut d’ailleurs bientôt abattu, en mme temps que ses chevaux. 

Alors, la berline arrêtée, Von Keller ouvrit une des portières mais Napoléon avait disparu.

Prévenu quelques secondes avant l’arrivée des Prussiens, il avait eu le temps de sauter à cheval et de recommencer son calvaire au milieu de la cohue hurlante. La berline de Napoléon fut visitée par les Prussiens qui y trouvèrent outre le chapeau de l’Empereur, son épée, un télescope et un manteau, dans la doublure duquel se dissimulait la fortune que représentaient les diamants de la princesse Pauline. Demain cette berline s’en ira captive et elle sera offerte à la curiosité des foules. C’est ainsi qu’elle alla à Liège où dès le 23 juin 1815, elle fut exposée dans la Cour des Mineurs.

Le public était admis à la voir moyennant un droit d’entrée de 50 centimes. Ce fut un gros succès paraît-il, bien que la presse locale garde le silence à ce propos. La plupart des équipages qui avaient échappé à la capture sur le champ de bataille, tombèrent au pouvoir des Prussiens à Genappe ; parmi eux il y avait un carrosse ayant servi au sacre de Napoléon à Milan en 1805 et destinée à servir à son entrée à  Bruxelles.

L’entrée à Bruxelles !  Le souper au Palais Impérial de Laeken ! De ces rêves morts il y avait pourtant un témoin : dans un fourgon aux armes impériales, les Prussiens trouvèrent des paquets d’une proclamation aux Belges. Elle avait été imprimée en France et sa lecture dans la nuit de Waterloo, à la lueur des incendies de Genappe ne manquait pas d’ironie.  « Le succès éphémère de mes ennemis vous a détachés pour un moment de mon empire. Dans mon exil, sur un rocher, au milieu des mers, j’ai entendu vos plaines.  Le Dieu des batailles a décidé du destin de vos belles provinces. Napoléon est parmi vous. Vous êtes dignes d’être Français. Levez-vous en masse, rejoignez mes invincibles phalanges pour exterminer le reste de ces barbares qui sont vos ennemis et les miens. Ils fuient avec rage et le désespoir au cœur. 

Bruxelles, Palais impérial de Laeken. Napoléon. » 

Les invincibles phalanges n’étaient plus qu’une proie offerte à la fureur de la cavalerie prussienne qui, continuant la poursuite, croyait vivre les scènes de la chasse de Lützow qui, depuis 1813 et la guerre de l’Indépendance, enfiévrait leur imagination exaltée. Mais l’horreur n’était pas encore à son comble et ce ne fut qu’aux Quatre-Bras que Napoléon devait avoir une vision aussi terrible que celles d’Essling et d’Eylau, mais avec en plus un affreux sentiment de sacrifice inutile. « La lune éclairait le champ de bataille », écrivent W.Aerts et L.Wilmet, les auteurs d’une excellente brochure sur la fin de la bataille.  « Les corps des hommes et des chevaux n’avaient pas été enlevés et gisaient nombreux et épars dans ces blés foulés. Dépouillés, trempés de pluie et souillés de boue noirâtre, ils s’étaient décomposés par la chaleur et une odeur pestilentielle s’exhalait de ce champ de mort. L’impression était horrible ». 

A suivre… 

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