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( 26 mars, 2015 )

«Point de paix avec ‘Bonaparte’.»

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« Dès que l’Europe sait Napoléon aux Tuileries, elle se regarde comme en état d’hostilité avec la France. Le 26 mars 1815, deux dragons ayant passé par mégarde la frontière près de Maubeuge sont odieusement maltraités ; les soldats anglais les frappent arrachent les aigles des casques et les piétinent dans la boue. Le 29, cent trente-deux prisonniers de guerre revenant de Russie sont arrêtés à Tirlemont par les ordres du prince d’Orange et internés à Bréda. Le 30, des Autrichiens tirent sur une barque qui longe de trop près, à leur gré, la rive droite du Rhin. Le 31, la commission austro-bavaroise, siégeant à Kreusnach, prohibe à peine de confiscation l’exportation en France des vivres, chevaux et munitions de guerre. Il y a ordre d’arrêter Joseph à Prangins et Jérôme à Trieste. La princesse Elisa est conduite à Brünn, la reine Catherine est internée à Goeppingen, la princesse Pauline est retenue en Toscane . Le droit des gens n’est pas violé seulement à l’égard des membres de la famille impériale. Des Prussiens arrêtent à Liège trois négociants de Beaune. Des soldats badois arrêtent à Loerach un des frères Kœchlin, de Mulhouse, et le mènent en prison, les fers aux pieds. Entre Forbach et Wissembourg, les patrouilles de cavalerie se font un jeu d’entrer sur le territoire français et de sabrer les douaniers. Bien que selon les instructions de Decrès les bâtiments naviguent jusqu’à nouvel ordre sous pavillon royal, les Anglais leur donnent la chasse. En quinze jours, cinquante bâtiments de commerce et barques de pêche sont capturés sur les côtes de l’Océan et de la Manche . Dans la Méditerranée, la Dryade est attaquée par trois navires anglais. Le 29 avril, le vaisseau the Rivoli, de 84, s’approche à deux portées de canon de la frégate la Melpomène, hisse le pavil]on britannique et l’assure par cinq coups à boulets; puis, tandis que le capitaine Collet, surpris par cette agression, commande le branle-bas, le bâtiment anglais s’avance à portée de pistolet et lâche toute sa bordée à mitraille. Après une demi-heure de combat, la Melpomène a ses basses vergues coupées, sa mâture chancelante, sa cale inondée, sa soute à poudre traversée au-dessous de la ligne de flottaison par un boulet de 68, et cinquante hommes de son équipage tués ou blessés. Les Anglais capturent la frégate et la conduisent à Palerme Dès le 30 mars, on interdit le passage aux courriers diplomatiques. Les dépêches de Caulaincourt, les lettres de l’Empereur, sa circulaire aux souverains sont arrêtées à Kehl, à Mayence, à Saint-Jean-de-Maurienne. Bientôt toutes les frontières sont fermées même aux correspondances privées et aux journaux. On élève autour de la France, traitée en pestiférée et mise en quarantaine, les murailles d’un immense lazaret. Pour forcer ce blocus, l’empereur eut recours à des émissaires secrets. Le général de Flahaut, M. de Montrond, familier de Talleyrand, M. de Saint- Léon, créature de Fouché, le baron de Stassart, ancien préfet de Vaucluse et des Bouches-de-la-Meuse, devenu chambellan de l’empereur d’Autriche, se chargèrent des dépêches que les courriers de cabinet n’avaient pu réussir à passer. Flahaut fut arrêté à Stuttgart; Stassart, à Linz. Muni d’un passeport au nom d’un abbé italien, Montrond put gagner Vienne. Mais il ne s’agissait pas seulement de porter aux souverains les paroles de l’Empereur; il fallait les faire écouter. La circulaire du 4 avril était bien parvenue à Londres, et Castlereagh avait répondu à Caulaincourt : « Le prince régent a décliné de recevoir la lettre qui lui a été adressée. » Cette lettre que le prince anglais ne daignait pas même ouvrir était signée: Napoléon. A Vienne, on était dans les mêmes dispositions. Metternich déposa toutes cachetées sur la table du congrès les lettres prises au baron de Stassart. Après en avoir entendu la lecture, les plénipotentiaires furent unanimes à déclarer « qu’il n’y avait pas à y répondre ». Montrond ne réussit pas mieux. Il vit Talleyrand et tenta de le détacher de la cause des Bourbons; il vit Metternich, il vit Nesselrode. Talleyrand lui dit: « -Lisez la Déclaration du 13 mars. Elle ne contient pas un mot qui ne soit mon opinion. »

Metternich lui dit: «  Nous ne voulons même pas de la Régence. » Nesselrode lui dit: « -Point de paix avec Bonaparte »

 (Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.443-447)

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