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( 19 juin, 2014 )

Musée de l’armée ou Musée des larmes ?

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Depuis ma visite de juillet 2010 des salles « Empire » du Musée de l’Armée (Paris), et ma déception quant à leur muséographie, peu de médias, voire aucuns, n’avaient souligné l’absurdité avec laquelle les magnifiques objets historiques qu’elles contiennent sont présentés au public. Aussi, quelle a été ma surprise, quand dans « Le Figaro » de ce jeudi 19 juin 2014, je m’aperçois qu’Adrien Goetz abonde dans ce sens. Son article s’intitule « Jeu de massacre au Musée de l’Armée »; avec en sous-titre : « Si l’exposition « Mousquetaires ! »  est une réussite, les chefs-d’œuvre des Invalides sont présentés dans une scénographie ratée ». 

 C.B.

 ———————–

« Dans les salles rénovées en 2010- le parcours qui va du XVIIème  siècle au Second Empire, avec des morceaux de bravoure, l’Indépendance des États-Unis d’Amérique, la Révolution, Napoléon.-, la déception est grande. Domine une esthétique de salle d’honneur de caserne, avec des sabres alignés dans des vitrines au carré, des espaces fragmentés qui semblent plus conçus par un cuisiniste que par un muséographe, des spots alignés comme à la parade. Perdues au milieu de cette morne plaine, quelques reliques qui pourraient faire rêver : Vizir, le cheval emblématique de l’Empereur, le mocassin indien du vicomte de Noailles… Ces salles autrefois avaient un vrai charme, elles l’ont  perdu. Et n’ont guère gagné à se trouver enrichies de ces bornes bien nommées qui racontent sur écran, campagnes et coalitions, jusqu’au désastre de Sedan, pour lequel il ne manque pas un bouton de guêtre.

Le portrait de Napoléon sur le trône impérial peint par Ingres est la plus grande victime de cette mise en scène à la fois ringarde et high-tech. Ce tableau mondialement connu, aux Invalides depuis Louis-Philippe, était jadis au cœur de la salle des Emblèmes, au milieu des étendards des régiments dissous de l’armée française, et cela n’était pas sans grandeur. Aujourd’hui, entouré de vitrines de grand magasin, avec deux spots en pleine figure, sous un plafond trop bas aux poutres badigeonnées, barré d’un large ruban rouge, entre des plots de mise à distance, il n’est plus une œuvre d’art, il est un document . Pire, il a l’air faux. Comme une image de chocolat collée dans un bel album consacré aux grandes batailles du passé.

A côté de lui, un grand collier de la Légion d’honneur, des uniformes portés par Lannes, c’est intéressant, mais c’est Ingres qu’au passage on a assassiné, et Napoléon aussi. Rendre illisible une œuvre majeure, et si célèbre, c’est navrant. Si la Joconde était au Musée de l’armée, l’accrocherait-on au bout du couloir consacré à Marignan ? Pour faire écho à Clémenceau : le Musée de l’armée doit-il vraiment être à nos musées ce que la musique militaire est à la musique et les tribunaux militaires à la justice ? « 

 Mon reportage de l’époque est en ligne ici : http://lestafette.unblog.fr/2010/07/11/nouvelles-salles-empire-du-musee-de-larmee-paris-quelle-deception/

 Et là : http://lestafette.unblog.fr/2010/07/11/musee-de-larmee-paris-quelques-photos-commentees/

 

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( 19 juin, 2014 )

«Tout n’est point perdu…»

«Tout n’est point perdu…» dans TEMOIGNAGES waterloo

Nous sommes au lendemain de la défaite de Waterloo… Dans cette lettre au roi Joseph, son frère, Napoléon a encore l’espoir de retourner la situation…

Philippeville, 19 juin 1815.

Tout n’est point perdu. Je suppose qu’il me restera, en unissant mes forces, 150,000 hommes. Les fédérés et les gardes nationaux qui ont du cœur me fourniront 100,000 hommes ; les bataillons du dépôt, 50,000. J’aurais donc 300,000 soldats à opposer  de suite à l’ennemi. J’attellerai l’artillerie avec des chevaux de luxe ; je lèverai 100,000 conscrits ; je les armerai avec les fusils des royalistes et des mauvaises gardes nationales ; je ferai lever en masse le Dauphiné, le Lyonnais, la Bourgogne, la Lorraine, la Champagne, j’accablerai l’ennemi ; mais il faut qu’on m’aide et qu’on ne m’étourdisse point. Je vais à Laon : j’y trouverai sans doute du monde. Je n’ai point entendu parler de Grouchy ; s’il n’est point pris, comme je le crains, je puis avoir dans trois jours 50,000 hommes. Avec cela j’occuperai l’ennemi, et je donnerai le temps à Paris et à la France de faire leur devoir. Les Autrichiens marchent lentement ; les Prussiens craignent les paysans et n’osent pas trop s’avancer ; tout peut se réparer encore. Écrivez-moi l’effet que cette horrible échauffourée aura produit dans la Chambre. Je crois que les députés se pénétreront que leur devoir, dans cette grande circonstance, est de se réunir à moi pour sauver la France. Préparez-les à me seconder dignement ; surtout du courage et de la fermeté.

(« Lettres inédites de Napoléon 1er (An VIII-1815). Publiés par Léon Lecestre » Plon, 1897, tome II, pp.357-358).

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( 16 juin, 2014 )

Strasbourg, 16 juin 1814…

Capitaine de la Garde Impériale

Capitaine de la Garde Impériale . (Image d’illustration).

« Des scènes vraiment indécentes et criminelles ont eu lieu à Strasbourg. Le sieur Heitz, imprimeur-libraire, avait exposé le portait de Bonaparte avec une notice sur sa déchéance et sur quelques-uns de ses crimes, tels que l’assassinat du duc d’Enghien [Anglès veut dire l’exécution du duc d’Enghien, dans les fossés de Vincennes le 21 mars 1804]. Un officier est entré dans son magasin, lui a enjoint de retirer sa gravure, a visité tous ses tiroirs et a déchiré ce qui n’était pas de son goût, en lui faisant de violentes menaces. Sur ces entrefaites, l’adjoint est survenu ; il a demandé son nom à l’officier qui lui a répondu en lui demandant le sien. L’adjoint s’est alors nommé, mais l’officier s’est borné à lui répondre avec dérision : « Moi aussi, je suis officier de police militaire. »

Le lendemain, le spectacle a été fort orageux: on jouait « Le retour des Lys »; quelques passages de la pièce ont déplu aux officiers ; du bruit, on est passé à des menaces, on a crié « Vive l’Empereur ! » ; on est monté sur la scène dont les décors ont été brisés. Bref, le tumulte était à son comble; l’adjoint a fait tous ses efforts pour rétablir l’ordre, mais sans y réussir. Il en a été tellement affecté, qu’il est mort le soir même. D’autres officiers, qui avaient été prisonnier chez l’ennemi, sont rentrés à Strasbourg avec des cocardes tricolores toutes neuves ; ils s’expriment de la manière la plus violente sur la Restauration.

Je dois ajouter qu’aucun habitant n’a pas participé à ces excès, qui exigent la plus prompte répression de la part de l’autorité militaire. » 

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie Éditeurs, s.d. [1897], pp.41-42).

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( 14 juin, 2014 )

La marine à l’île d’Elbe…

Marin

Ordre de Napoléon au général Drouot.

Traitement des marins de la Garde.

Les marins de la Garde seront traités de la manière suivante :

Les sergents, 60 francs.

Les caporauc, 37 francs.

Les marins de première classe, 28 fr. 50.

Les marins de seconde classe, 25 fr.50.

Ils auront de plus, quand ils seront embarqués, les vivres journaliers sans aucune retenue. Toutes les fois qu’ils seront casernés à terre, ils n’auront que la ration de terre.

Il faudra donner des ordres  pour qu’ils aient des chapeaux de paille avec une couverture blanche, et des pantalons et des gilets de coutil, afin que, lorsque ils seront dans les canots et à bord, ils puissent ménager leurs habits de drap.

Il faudra assigner aux sergents et caporaux un grade dans ma marine conforme aux privilèges de la Garde.

Tous les soldats qui sont nouvellement admis dans la Garde seront traités comme le deuxième régiment.

——

Napoléon au grand-maréchal Bertrand.

14 juin 1814.

Entretien des bâtiments de la marine.

Le budget de la marine doit comprendre un chapitre pour l’entretien des bâtiments. Il sera accordé provisoirement six cents francs sur ce chapitre, savoir :

Cinquante francs, pour une boussole, en cuivre pour mon canot.

Quatre cent cinquante francs, pour coussins, tapis, rideaux et autres objets.

Cent francs, pour suiffer la Caroline, peindre les canots, et autres dépenses nécessaires.

Donnez des ordres pour que mon canot ait tout ce qui lui est nécessaire avant la fin de la semaine.

 

(« Le Registre de l’île d’Elbe. Lettres et ordres inédits de Napoléon 1er (28 mai 1814-22 février 1815). Publiés par Léon-G. Pélissier », A. Fontemoing, Éditeur, 1897, pp.8-10)

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( 13 juin, 2014 )

«L’Empereur a besoin de nous à l’île d’Elbe !»

Napoleon Ile Elbe

Bulletin du 13 juin 1814. Paris.- Ce matin, les ouvriers étaient à la Grève [Place de Grève, actuelle place de l’Hôtel-de-Ville. Cet endroit était connu des ouvriers comme lieu de rassemblement] au nombre d’environ quatre cents, attendant de l’ouvrage. Il en a été employé une vingtaine. Le bruit courait parmi eux que Bonaparte avait des travaux à faire à l’île d’Elbe, et qu’il en occuperait une partie s’ils s’y rendaient. Je fais rechercher avec soin ceux qui accréditeraient de telles fables dans l’intention d’indisposer les esprits.

-Les journaux ont annoncé que général Bertrand était de retour de l’île d’Elbe à Paris ; c’est une imposture.

-Le maréchal Davout est arrivé hier soir à Paris. Il paraît qu’il est arrivé sous un nom supposé de Hambourg à Dunkerque sur un navire marchand.  Je n’ai point encore de rapport de l’autorité locale.

(« Napoléon et la police sous la Première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert», R. Roger et F. Chernoviz, s.d., pp.8-9).

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( 9 juin, 2014 )

Napoléon à Lyon…

N13

En route pour son exil à l’île d’Elbe, Napoléon était passé à Lyon le 23 avril 1814 : « Le 23 avril [1814] au soir, sa voiture, attelée de six chevaux, entrait à Lyon par la barrière de Vaise ; quelques autres la suivaient ; elles traversèrent la ville rapidement, et ce n’est qu’à La Guillotière qu’on s’arrêta. On avait fait tout ce qu’on avait pu pour laisser ignorer ce passage ; cependant, comme cela arrive toujours dans ces occasions, beaucoup de personnes le savaient, et une foule assez nombreuse, malgré l’heure avancée, voulut en lui adressant un dernier adieu qu’on croyait devoir être éternel, protester contre le nouveau régime. Cette manifestation fut assez forte pour imposer [le] silence à quelques exaltés qui croyaient devoir fêter le retour des Bourbons, en insultant dans son infortune l’homme qu’ils avaient, il y a quelques jours, encensé à genoux. Quoiqu’il en soit, après le temps nécessaire pour relayer, à onze heures précises du soir, la voiture qui emportait l’Empereur continua sa route, laissant derrière elle Lyon, où Napoléon devait encore repasser une fois. »

(Honoré Vieux, « Napoléon à Lyon. Recherches historiques sur ses passages et séjours en cette cité », Lyon, Chez les principaux Libraires, 1848, pp.76-77). 

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( 31 mai, 2014 )

Le départ des troupes alliées…

Hussard prussien

« Rien n’est égal à la joie qu’on ressent à Paris du départ des troupes étrangères. Cette joie s’est manifestée, dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau, par des propos et des chants qui décèlent un patriotisme grossier mais ferme. Dans l’un de ces quartiers, quelques malveillants ont essayé de mettre à  profit le goût que montre le peuple pour l’air de « Vive Henri IV ! », en y appropriant des mots à la louange de Bonaparte ». Comte Anglès, rapport en date du 31 mai 1814.

Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie Éditeurs, s.d. [1897], p. 21).

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( 27 mai, 2014 )

La Garde a débarqué à l’île d’Elbe !

GI

« Le 26 mai [1814], beau temps, le vent variable du nord-ouest au sud-est, presque calme. De très grand matin, le souverain de l’île d’Elbe se rendit au quai où les transports anglais étaient accostés pour donner des ordres et assister lui-même au débarquement de ses troupes, des effets et des bagages. A six heures du matin, il fit armer à la hâte l’un de ses canots et se rendit inopinément à bord de la Dryade [frégate commandée par le capitaine Peytis de Moncabrié], accompagné de son grand maréchal du palais, du général Cambronne, commandant la Garde, qui venait d’arriver, de plusieurs autres officiers supérieurs, et du commandant des transports anglais. Comme on ne s’attendait pas à cette visite, du moins d’aussi bonne heure, on était encore occupé à laver et à nettoyer la frégate. Cela n’empêcha pas ce souverain de faire le tour du bâtiment sur les gaillards et les passe-avants. Chemin faisant, il demanda à plusieurs marins leurs nom, celui de leur quartier, leurs fonctions à bord. Ensuite, arrivé sur le gaillard d’arrière, il s’adressa à M. le commandant de Moncabrié pour s’informer de l’époque de son départ de Toulon et de l’objet de sa mission. Le commandant ayant satisfait à ses demandes, Napoléon se retira en lui disant :

- Capitaine, je viendrai vous voir dans un autre moment.

La Garde était sous les armes, le tambour battit « Aux Champs ! ». Il ne fut point fait de salut à la voix. L’équipage resta immobile, et dans le plus grand silence. En sortant de la Dryade où Napoléon avait passé environ dix minutes, le souverain se rendit à bord de la frégate anglaise où il resta à peu près le même temps. En débordant pour se rendre à terre, il fut salué, par l’équipage de cette frégate, de cinq cris de « Hourra ! » Tous les bâtiments anglais et autres qui étaient sur la rade, à l’exception de la Dryade et du brick l’Inconstant, le saluèrent également, les anglais par des « Hourra ! » Les autres par des cris de « Vive l’Empereur ! ». A neuf heures et demie du matin, les capitaines anglais de la frégate [Ussher] et du brick, et le colonel Campbell vinrent faire une visite à M. de Moncabrié. Ce commandant les invita à déjeuner pour le lendemain. »

(Vicomte de Charrier-Moissard, « Journal », in « Toute l’Histoire de Napoléon. La Déportation de Napoléon à l’île d’Elbe », n°3-Avril 1952, Editions Académie Napoléon, pp.48-49).
———
« La Garde était joyeuse de revoir son chef, et l’Empereur joyeux de se trouver au milieu de ses vieux grognards. Les habitants étaient dans l’ivresse : ils arrivaient de toute part. Ils disaient : « La disgrâce de l’Empereur fera la bonheur de l’île d’Elbe ».

(« Mes souvenirs de l’île d’Elbe » par Vincent, sellier de l’Empereur, in « Documents sur le séjour de Napoléon 1er à l’île d’Elbe », dans la « Nouvelle Revue Rétrospective », 1895).

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( 17 mai, 2014 )

Bulletin du 17 mai 1814…

Savary duc de Rovigo

Général Savary, duc de Rovigo.

Paris.- On prétend que Cambacérès, Laborde et Hulin fournissent de l’argent pour exciter les mouvements séditieux qui se manifestent depuis quelque temps parmi les ouvriers de la capitale. Mais on n’a pas pu se procurer encore la preuve matérielle de ce fait. M. Gingembre, inspecteur général de la Monnaie, M. Combe, payeur de l’armée, sont chacun signalés comme auteurs de propos exaspérés et injurieux contre  le gouvernement. Le premier a dit que dans six mois les Bourbons ne régneraient plus en France. Il est étonnant que, lui connaissant de telles dispositions, on lui laisse une place importante. Un jeune homme, parent de M. Combe, a tenu au même sujet les propos les plus révoltants. On le fait surveiller.

M. le duc de Rovigo [général Savary], ancien ministre de la police, a été prévenu que sa présence à Paris n’était pas agréable. Après une longue conversation avec celui qui le remplace, il est convenu qu’il partirait, demain 18, pour la province.

(« Napoléon et la police sous la Première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert», R. Roger et F. Chernoviz, s.d., pp.1-2).

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( 8 mai, 2014 )

L’état d’esprit à Paris…

« En général, la tournure des esprits est telle, qu’à présent on interprète à mal, avec une grande facilité, toutes les actions des souverains alliés qu’on avait accueillis, d’abord, d’une manière beaucoup plus favorable. Cependant, l’opinion publique fait toujours une grande différence en faveur de l’empereur Alexandre ; mais on ne peut parvenir à ôter de la tête de beaucoup de gens que la Prusse et l’Autriche demandent une contribution énorme. Il est vrai que tous les détails connus sur la conduite des généraux autrichiens, dans les pays qu’occupent leurs troupes, est fort propre à aigrir les esprits. Ils lèvent contributions sur contributions dans de misérables localités déjà ruinées de fond en comble. L’observation attentive avec laquelle on suit ce qui se passe dans les groupes, donne lieu de connaître, qu’en général, l’esprit s’y améliore un peu. Hier soir, dans ceux où se trouvaient des militaires français, on parlait assez de Bonaparte et de ce qu’il avait fait dans la dernière campagne. Les militaires, en général, défendaient sa bravoure que quelques personnes voulaient attaquer, mais il n’y avait rien de fort animé de part et d’autre.

 Caricature 1814

En général, il importe d’éviter de publier, d’aucune manière, des choses injurieuses à l’égard de Bonaparte, car on a remarqué que, presque toujours, elles produisaient un effet contraire à celui qu’on entendait. Par exemple, le Préfet de Police a été obligé, aujourd’hui, de faire retirer de beaucoup de boutiques des gravures représentant la figure l’ex-Empereur composée avec des cadavres humains. Cette image avait déjà occasionné beaucoup de murmures de la part de quelques militaires. Hier, un bijoutier, rue Saint-Honoré, avait mis à sa fenêtre un tableau où il représentait Bonaparte sous la figure d’un tigre; la Garde, même nationale, le trouva fort mauvais. On a sagement agi en faisant retirer ce tableau, avant le passage du cortège. »

 

Rapport en date du 4 mai 1814, extrait de l’ouvrage de Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot et Cie Éditeurs, s.d. [1897], pp.12-13. Au début de la première Restauration, le comte Anglès (1778-1828) est nommé par Louis XVIII « Commissaire du gouvernement provisoire à la police générale de la police du Royaume par intérim », dépendant du comte Beugnot, ministre de l’Intérieur.

 

 

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( 27 avril, 2014 )

Les cheveux me dressent sur la tête des crimes commis par les ennemis…»

Savary duc de Rovigo

Une lettre de l’Empereur au général Savary, ministre de la Police. Elle est pleine de remontrances. Nous sommes lors de la campagne de France.

Nogent[-sur-Seine], le 21 février [1814]

A Savary, Monsieur le duc de Rovigo, il y a bien peu de ressources à la police. Elle sert bien mal. Au lieu des bêtises dont on remplit chaque jour les petits journaux, pourquoi n’avez-vous pas des commissaires qui parcourent les pays d’où nous avons chassé les ennemis, et recueillent les détails des crimes qu’ils y ont commis ? Il n’y aurait rien de plus fort pour animer les esprits que le récit de ces détails. Dans ce moment, il nous faut des choses réelles et sérieuses, et non pas l’esprit en prose et en vers. Les cheveux me dressent sur la tête des crimes commis par les ennemis, et la police ne pense pas à recueillir un seul de ces faits ! En vérité, je n’ai jamais été plus mal servi ! Il est des habitants connus dans les communes et dont les récits excéderaient la croyance. Des juges de paix, des maires, des curés, des chanoines, des évêques, des employés, des anciens seigneurs qui écriraient ce qu’ils nous disent, voilà ce qu’il faut publier. Or, pour avoir ces lettres, il faudrait les leur demander. Il ne faut  pour tout cela ni esprit littéraire, ni littérature. Des femmes de soixante ans, des jeunes filles de douze ans ont été violées par trente ou quarante soldats. On a pillé, volé saccagé et brûlé partout. On a porté le feu à la mairie et dans les communes. Des soldats et des officiers ruses ont dit partout sur leur passage qu’ils voulaient aller à Paris, mettre la ville en cendres après avoir enlevé tout ce qu’ils y trouveraient. Ce n’est pas en faisant un tableau général que l’on persuadera. Le prince de… s’est couvert de boue. Il a volé et pillé partout où il a passé. Pourquoi ne pas citer ce fait ? Il est impossible que les bourgeois de Paris et les hommes du gouvernement ne reçoivent pas des lettres de toutes les parties d’où les ennemis ont été contraints de se retirer. Ne peut-on pas recueillir ces lettres et les imprimer ? C’est alors, après que tous les détails particuliers auront été signalés, que des articles bien faits seront d’un bon résultat. Ce seront des tableaux fait s su les éléments dont tout le monde connaîtra la vérité. Les préfets sont en général des hommes connus et estimés ; ils devraient écrire au ministre de l’Intérieur et celui-ci ferait imprimer leurs lettres. »

Lettre contenue dans l’ouvrage d’A. Périvier, « Napoléon journaliste », Plon, 1918, pp.303-304.

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( 19 avril, 2014 )

Un LOGEMENT MECONNU du GENERAL BONAPARTE…

Nous voici devant le n°10 de la rue de la Huchette (Paris 5ème). Ici logea le général Bonaparte de juillet à octobre 1795, dans une des chambres de Un LOGEMENT MECONNU du GENERAL BONAPARTE... dans HORS-SERIE snb16738l’Hôtel du Cadran Bleu (au 3ème ou au 4ème étage: fenêtres entourées en rouge). Cette petite rue aujourd’hui très touristique, a échappé comme quelques unes aux alentours, aux travaux importants du baron Haussmann durant le Second Empire (Place Saint-Michel, Boulevard Saint-Michel et Boulevard Saint-Germain).

 C.B.

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( 16 mars, 2014 )

« Nous faisons une rude campagne… »

« Nous faisons une rude campagne… » dans TEMOIGNAGES 1814-2014

Trois nouvelles lettres du jeune Faré, capitaine adjudant-major aux grenadiers de la Garde Impériale. Dans la première, l’auteur confie à ses parents son dénuement mais aussi son désespoir devant les horreurs qu’il croise, les exactions commises par ces hordes de cosaques, puis c’est l’angoisse pour les siens qui monte en lui. Au cours de la seconde, il parle du souhait général : « La paix, le repos ». Faré évoque, selon lui, la mission que devra avoir le nouveau gouvernement s’il veut se faire aimer des Français. La suite est connue…

C.B.

Reims, 16 mars 1814.

Mes chers parents, je profite d’un moment de repos qu’on nous accorde enfin pour vous donner de mes nouvelles. Au milieu de nos marches forcées et de nos bivouacs continuels, il m’a été impossible de trouver une seule occasion de vous écrire. Je ne me suis jamais trouvé dans une semblable situation. Je n’ai plus ni bottes ni pantalon. Jamais nous n’avons tant marché et avec si peu de repos. Nous faisons une rude campagne et, si nous parvenons enfin à chasser l’ennemi de notre patrie, je crois que nous aurons bien mérité d’elle. Que je vous félicite de n’avoir point encore eu à recevoir ces hôtes féroces ! On dit que dans l’intérieur on ne veut pas croire à l’atrocité de leur conduite. Certes, je ne désire pas aux incrédules d’être convaincus par leurs yeux. Je ne fais point de gazette et je dis ce que j’ai vu. Vingt fois des larmes de rages ont coulé de mes yeux à la vue et au récit des horreurs qu’ils ont commises. Le pillage le plus éhonté est le moindre de leurs forfaits. L’incendie le viol, la mort, voilà des biens qu’apportent les libérateurs de la France. Il semble que le sexe et l’âge, au lieu d’être pour eux un objet de respect, en soit un de fureur. Bien entendu, c’est dans les campagnes que se commettent les grandes horreurs. Pour les villes, où l’on observe une espèce d’ordre, ils ont une gentillesse. Ils rencontrent un bourgeois dans la rue, le jettent à terre et lui prennent ses bottes, ses boucles, ses souliers, sa montre. Ils entrent dans une maison, s’y font donner les couverts que l’on n’a pas eu le temps de cacher. Ils on surtout pour habitude de ne laisser aucun rideau dans les chambres où ils couchent. MM. Les officiers voient tout cela, et, loin de s’y opposer, en font autant.

Si le malheur voulait donc-ce qui, j’espère, n’arrivera pas, que ces monstres menaçassent la Touraine, cachez tout ce que vous trouverez en argent, linge, meubles, etc., et réfugiez-vous à la ville où l’on est toujours plus en sûreté. Mais par grâce, ne restez pas aux Amandières !

L’idée de les voir ravager nos belles contrées me rend furieux. Ah ! Pourquoi tous les Français n’entent-ils pas mieux leurs intérêts ? En moins d’un mois, tous ces brigands auraient repassé le Rhin. Ils sont pourtant parvenus à force d’horreurs, à animer les paysans de ces contrées-ci qui commencent à leur donner la chasse avec vigueur. Quand la saison sera moins rigoureuse, j’espère que tous se lèveront.

———-

Au bivouac près d’Essonnes, 5 avril 1814.

Mes chers parents, je me porte bien physiquement, et c’est beaucoup dans ces tristes circonstances. Du courage, de la santé, c’est ce que vous désire.

———

Egreville, 16 avril 1814.

Mes chers et bon parents, enfin, après bien des peines, biens des fatigues, je jouis d’un peu de clame et de repos. Lorsque je vous écrivis quelques mots au bivouac le 5 avril, nous ignorions encore les événements qui s’étaient passés à Paris [capitulation de la ville le 30 mars ; entrée des troupes alliées le lendemain] et nous nous attendions à  marcher sur cette ville. C’est le même jour qu’eut lieu la défection du maréchal Marmont, en suite de laquelle on nous fit revenir à Fontainebleau où nous apprîmes tout par les journaux. Que de trahisons ! Que de lâchetés ! Que d’ingratitude ! En vérité les hommes font horreurs et pitié tout ensemble. Quels ont été les premiers à abandonner l’Empereur ? Ceux qu’il avait comblés de biens et de dignités. Quels sont ceux qui lui sont resté fidèles jusqu’au dernier moment, qui presque tous ont demandé à l’accompagner dans son exil ? Nous, officiers subalternes de la Garde, et plus encore nos soldats dont une grande partie a déserté depuis que nous avons donné notre adhésion au nouveau gouvernement. Quelles faveurs avions-nous obtenues, quelle grâces particulières, que nos services ne nous eussent méritées sous quelque gouvernement que ce fût ?

Et nos braves grenadiers, sans solde depuis six mois, beaucoup sans souliers, sans pantalons, marchant sans cesse au milieu de la saison lap lus rigoureuse, volant d’une armée à l’autre, fixant la victoire par leur présence, est-ce l’intérêt qui les a guidés ? Non. C’est l’honneur fuyant les cordons, les plaques, les broderies et se réfugiant dans nos rangs.

Nous avons donné notre adhésion le 11. Nous ne pouvions pas faire plus pour l’Empereur qu’il ne voulait lui-même. Nous voilà donc sujets d’un nouveau gouvernement qui, quand nous aurons une fois prêté serment, pourra plus compter sur notre fidélité que sur cette foule de lâches dont l’intérêt et la crainte sont les seuls mobiles et qui ont si souvent brisé l’idole qu’ils avaient adorée la veille. Napoléon mérite une partie de ce qui lui est arrivé ; il a commis de grandes fautes ; chacun les dit. Une de celles que je lui reproche le plus, est d’avoir appelé ou souffert auprès de lui des gens qui n’étaient pas dignes de cet honneur. Il aurait pu et dû mieux choisir.

Si le nouveau gouvernement est prudent et ferme tout ensemble, il lui sera facile de se faire adorer. La paix. Le repos, c’est le cri général. Celui qui la donnera, cette paix tant désirée, sera un dieu pour la France. Heureux habitants des bords de la Loire, vous ignorez encore les maux de la guerre, vous ne les connaissez que par ouï-dire. Je vous ne félicité. Que mon père a bien fait de venir poser ses pénates dans notre belle et tranquille Touraine !

Nous sommes ici cantonnés à quatre lieues de Nemours, huit de Fontainebleau. Notre village, Egreville, est assez gentil. Nous attendons d’abord que la paix soit faite, ensuite ce que le nouveau gouvernement voudra faire de nous.

Toute votre société doit bien être triomphante, bien joyeuse de ce qui se passe. Eh bien, moi aussi, je serai content si le bien de la France en est la suite. Fidèle à l’honneur, j’ai fait tout ce que mon devoir exigeait de moi, sans animosité, sans passion. Que mon pays soit heureux et j’adorerai celui qui le rendra tel.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.123-126).

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( 15 mars, 2014 )

Reims,15 mars 1814…

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Le maréchal Berthier.

[Pièce n°2838]. Instructions du maréchal Berthier au général Vincent.

L’Empereur ordonne que vous vous rendiez avec les gardes d’honneurs et tous vos isolés à Epernay. A votre arrivée, vous ferez travailler sur-le-champ à faire des tambours au pont, vous lèverez la Garde nationale d’Epernay et vous l’organiserez. Sa Majesté vous recommande de voir s’il est possible de laisser dans le château de Château-Thierry quelques pièces de canon et quelques centaines d’hommes à l’abri de l’attaque des troupes légères et qui puissent garder le pont .

(Arthur CHUQUET, « Inédits napoléoniens. Tome second », E. de Boccard, Editeur, 1914-1919, p.331).

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( 4 février, 2014 )

Début février 1814…

Laubressel 3 mars 1814

[Pièce n°1324]. Napoléon au maréchal Berthier.

Brienne, 1er février 1814.

Donnez ordre que le 1er régiment de gardes d’honneur qui est à Dienville, rejoigne la division Defrance. Ce régiment pourra se rendre directement à Piney aussitôt qu’on saura que le général Defrance est arrivé. Faites-moi connaître les généraux de brigade qui se trouvent avec les gardes d’honneur ; il doit y avoir trois colonels en second généraux de brigade ; c’est plus qu’il n’en faut ; je désire en tirer un pour le service de la Garde.

——–

[Pièce n°1325]. Napoléon à Daru.

Brienne, 2 février 1814.

Vous recevrez copie d’un ordre du jour dans lequel vous verrez mon intention est que le centre de l’administration de l’armée soit établi à Sézanne. Il y a ici beaucoup de soldats qui n’ont pas de shakos ; Nous marchons toujours dans les boues ; il sera donc nécessaire que vous nous envoyiez des souliers ; mais ne faites rien partir de Paris sans mon ordre.

——–

[Pièce n°1326]. Napoléon au maréchal Mortier.

Piney, 2 février 1814, au soir.

J’arrive ici. Je serai demain à Troyes. Je désire que vous me donniez des renseignements positifs sur la situation des ennemis et sur tout ce qu’ils sont et ce qu’ils font du côté de Sens. Venez demain à ma rencontre et soyez en état de me dire ce qu’il en est.

(Arthur Chuquet, « Inédits napoléoniens [Tome I] », Fontemoing et Cie, 1913, pp.358-359)

 

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( 21 janvier, 2014 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(5)

Bataille Paris

Je fis faire un feu bien nourri avec quatre obusiers, ce qui écrasa leur cavalerie, et elle fut obligée de s’éloigner du passage.

Je profitai de ce moment pour faire marcher quatre bouches à feu sur le passage, j’y plaçai de l’infanterie, cette troupe était dans un taillis de dix ans au moins.

Je fis marcher ensuite quatre autres pièces qui se s’arrêtèrent qu’à la sortie du bois. Ensuite l’ennemi vint encore se montrer et voulut fournir une troisième charge, mais mes bouches à feu lui imposaient silence. Enfin, je finis par tout passer ce que j’avais sous mes ordres et je ne rejoignis le corps d’armée que vers minuit.

Nous arrivâmes à Fismes sur les 5 heures dure soir. Je priai le maréchal de faire venir devant lui M. le colonel untel.

« Saviez-vous, Monseigneur, dis-je devant le colonel, que Monsieur faisait partie des postes que vous mîtes hier sous mes ordres ? pourquoi cela ? J’ai besoin de le savoir, Monseigneur !

-Comment, colonel, vous vous trouviez là ? Pourquoi n’étiez-vous pas à votre régiment ?.

-Eh bien, Monseigneur, si j’avais cru Monsieur, nous serions au pouvoir de l’ennemi, je n’ai pas voulu lui permettre de commander l’infanterie, vu, Monseigneur, que vous l’aviez mis sous mes ordres. »

Le colonel fut puni et le maréchal me loua beaucoup sur ce que j’avais fait. On ne parlait au corps d’armée de que de ce qui venait d’avoir lieu. Le général Hubert dit devant tout le monde :

« Il n’y a plus que dans l’artillerie à cheval où on se bat bien. » [Il s’agit dans tout cela de l’intervention de la cavalerie de Tchernitcheff. Note de Camille Lévi, 1910] .

Le 20, à Château–Thierry.

Le 21 et le 22, à Champaubert.

Le 23, à Vertus.

Le 24, à Soudey (Soudé-Sainte-Croix)

Le 25, l’ennemi nous bouscula sens dessus-dessous, nous vînmes coucher dans un village près de Sézanne ; il était minuit.

Le 26, nous fûmes obligés de faire une trouée à Sézanne pour passer. En retraite par échelon de quatre bouches à eu jusque sur La Ferté-Gaucher. Là, l’ennemi y était. Encore une trouée pour nous jeter dans la plaine pour marcher  toute la nuit du 26 au 27, où nous arrivâmes  Provins sur les 7 heures du matin. Nous nous battîmes là jusqu’à 9 heures du soir où nous nous mîmes en marche pour activer le soir du 28 à Melun.

Le 29 au matin, nous quittâmes Melun ey nous vînmes bivouaquer à Charonne où nous passâmes la nuit.

Le 30 au matin, je marchai sur Belleville et Romainville avec quatre batteries d’artillerie à cheval faisant partie du 1er corps de cavalerie commandé, depuis le 5 mars, par le lieutenant général Bordessoulle, il n’y eut que six bouches à  feu de mises en batteries, encore firent-elles peu de choses.

Sur les 4 heures, on me donne l’ordre de me rendre avec mes vingt-quatre bouches à feu à la barrière d’Enfer, où, en y arrivant, il n’y avait pas une âme. Je poussai jusqu’à Montrouge où je bivouaquai la nuit du 30 mars au 31. 

A SUIVRE…

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( 17 janvier, 2014 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(4)

Montereau

Le maréchal, voyant que la cavalerie était ramenée de la sorte, piqua des deux et fut rejoindre l’infanterie qui suivait son mouvement de retraite et qui ne se doutait pas de ce qui se passait derrière elle, vu qu’un bois lui dérobait notre position.

Je me trouvais donc totalement coupé du corps d’armée. Je me suis mis en mouvement pour suivre la même route au lieu d’aller sur Reims. Je mis seulement six bouches à feu en batterie et les autres à la prolonge et marchant à une petite distance.

Mes postes d’infanterie étaient sous mes ordres, d’après ce que m’avait dit le maréchal. Je les plaçai sur la droite des batteries avec ordre de ne faire feu que quand je l’ordonnerai. Il n’y avait rien de bien rassurant pour nous, maos j’avais grande confiance dans la bravoure des canonniers de ma compagnie. Je me mis en avant et la cavalerie vint à nous, croyant avoir beau jeu. Je marchais toujours.

Les canonniers avaient l’ordre de ne tirer que de très près, de ne rien craindre, en leur disant :

« Soyez tranquilles, mes amis, nous n’avons que de la gloire à acquérir dans la position malheureuse où nous sommes. »

L’ennemi sonne la charge, il vient droit à nous. J’ordonne à mes six bouches à feu de tirer à mitraille et aux six autres de tirer à boulet. Ce feu fit un effet magique sur la cavalerie qui se retira près du bois où était le passage par où le corps avait passé et où nous devions passer aussi.

Le général ennemi m’envoya un officier avec un trompette et cet officier me dit qu’il m’était impossible de me retirer, que son général m’offrait de nous recevoir comme prisonniers, mais que nous irions en France avec notre promesse de ne pas servir contre eux avant un an et un jour.

Je lui dis : « Monsieur, je ne sais pas quel est le sort qui m’est réservé, mais je vous prie de dire à  votre général, en le remerciant de son offre que je n’ai jamais pu croire qu’un officier puisse penser à capituler en plaine ; si je ne peux mieux faire, j’accepterai ses offres. »

Un moment après, l’officier revint et me dit :

« On vous donne vingt minutes pour vous rendre à discrétion- Moi, Monsieur, je vous ne donne dix pour vous retirer. »

Je donnai l’ordre de marcher en avant. Je mis mes 4 obusiers sur la gauche de mes 12 bouches à feu. Le feu de mes batteries faisait sauter hommes et chevaux. Malgré cela ils tentèrent une charge. Je les laissai venir tout près.

Notre infanterie, quoique couverte par mes batteries, murmurait, et parlait de se rendre, il y avait avec elle un colonel et je n’en savais rien. Il voulut s’autoriser de son rang. Je lui dis :

« Mon colonel, après l’affaire je vous répondrai, en attendant, obéissez, je suis le chef ici. »

A SUIVRE…

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( 1 janvier, 2014 )

Au hasard de mes lectures…(5)

Au hasard de mes lectures...

Heurs et malheurs d’un élève de l’Ecole militaire de Saint-Germain…

Voici un document intéressant.  Il s’agit de la correspondance de Desiderio Sertorio, qui retrace ce que pouvait être l’existence d’un élève de l’École Militaire Spéciale de Cavalerie de Saint-Germain-en-Laye. Publiée par ses descendants, tout d’abord en 2004, au sein d’un volume consacré à la famille Sertorio, cette correspondance a été pour la première fois traduite en français cinq ans plus tard. On y partage le quotidien du jeune Desiderio (1792-1857), dont le nom francisé en « Didier Sertorio » figure en suscription des lettres expédiées presque quotidiennement par sa famille génoise ou des proches. Le jeune homme arrive à la fin mai 1812 dans cette institution. Il y retrouve des compatriotes, ce qui rend le séjour un peu plus acceptable. « A quatre et demi le matin, la trompette sonne et il faut se lever [et] recouvrir son lit parfaitement si on veut se lever. Les journées commencent ainsi; à 21 heures, extinction des feux. L’auteur, y évoque les repas, pris debout,  peu élaborés (« dans chaque gamelle peuvent manger 5, 6, 7 élèves, selon le ticket qui se trouve sur la gamelle »); le pain « assez bon » que l’on peut obtenir à profusion tout au long de la journée, ou bien encore le vin rouge qui ressemble à du vinaigre… Le 15 août, jour solennel, les élèves mangent assis et sont servis dans des assiettes avec nappes et serviettes, le tout sous la bienveillance de domestique. Un luxe pour ces braves gens !

La tenue que porte chaque élève est abordée en détail. Cet uniforme est complété par un casque « un long sabre et des gants ».

Les Italiens sont haïs par les autres élèves, ce qui créée un mauvais climat. S’en suivent de fréquents duels, interdits par le règlement. Il y a aussi des vols fréquents dans ces immenses chambrées où l’on gèle, la nuit, en hiver. « Il est interdit de faire du feu dans les dortoirs », précise Sertortio.

« La vie est toujours la même, l’ennui, la fatigue. Je me sens affligé. Ma seule consolation je la trouve en lisant vos lettres et je vous assure qu’elles me sont d’un grand soutien », écrit le jeune élève, déprimé.

En novembre 1813, il est nommé maréchal-des-logis. Le 28 décembre 1813, Desiderio quitte l’École  de cavalerie, sa formation étant achevée. Il va vivre son baptême du feu durant la fameuse campagne de France, dans les rangs du 2ème régiment de dragons. Le 29 janvier 1814, il s’est battu à Brienne, puis il a perdu début février, son cheval, sa selle, ses pistolets, son porte-manteau… « La guerre est affreuse et ils n’onr presque rien à manger. », écrit sa mère, au grand-père de l’auteur, après avoir reçu des nouvelles de son fils. Desiderio aura un pied gelé (le froid encore !) Malgré tout il aurait participé avec courage à toute la campagne de 1814. Après la première abdication de l’Empereur, le 6 avril 1814, il regagnera Paris afin de se soigner avant de rentrer à Gênes, fin 1814. L’auteur de cette correspondance épistolaire, devient, au fil des pages, attachant. Ses lettres méritent de figurer parmi les bons témoignages sur le Premier Empire.

« Correspondance de Desiderio Sertorio.[Présentation [de] Pompeo Sertotio] Suivie de « L’École militaire Spéciale de Cavalerie sous le 1er Empire », par Charles-Henri Taufflieb », Saint-Germain-en-Laye, Editions Hybride, 2009, 264 pages.

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Labédoyère méritait mieux !

Quelle déception en lisant la dernière biographie en date consacrée au général de La Bédoyère ! Ce personnage, au caractère absent de toute modération, est familier des amateurs d’histoire napoléonienne. Plutôt porté sur une carrière littéraire, ami des livres, familier à ses heures de la célèbre Germaine de Staël, Charles de La Bédoyère entame assez tard une vocation militaire. C’est en 1806, qu’il entre aux gendarmes d’ordonnance, avant d’être nommé en septembre 1807 lieutenant au 11ème  régiment de chasseurs à cheval. L’année 1808 le trouve aide-de-camp du maréchal Lannes. La Bédoyère est en Espagne, à Saragosse, puis passe en Autriche, et en Italie; on le retrouve alors aide-de-camp du prince Eugène. Il participera à la campagne de Russie et commandera, durant celle d’Allemagne, le 112ème de ligne. Le 21 octobre 1813, Charles de La Bédoyère épouse Georgine de Chastellux. Le couple s’installe fin janvier 1814 dans une maison de l’élégant Faubourg Saint-Germain, rue de Grenelle, plus exactement. Il convient de souligner que durant toute son existence, La Bédoyère, par sa fidélité sans faille à Napoléon, fera figure de tâche vis-à-vis de sa propre famille, et celle de son épouse, légitimistes l’une et l’autre. Le frère de Charles, Henry, ne cachera jamais ses idées royalistes et sa haine de « l’Usurpateur ». Tout un climat familial avec lequel celui qui est nommé colonel du 7ème de ligne (en octobre 1814) devra composer…

Au retour de l’Empereur, a lieu le fameux ralliement de La Bédoyère et de son régiment aux troupes de Napoléon venant de l‘île d’Elbe. Un grand moment historique et chargé d’une certaine émotion ! Durant la campagne de Belgique, La Bédoyère figure parmi les aides-de-camp de l’Empereur.

Sa fidélité ne lui sera jamais pardonnée. Arrêté le 2 août 1815, jugé, douze jours plus tard,  par les tribunaux iniques de Louis XVIII, Charles La Bédoyère termine son existence agitée devant un peloton d’exécution français. Nous sommes le 19 août 1815, vers 18h20, à la barrière de Grenelle (dont l’emplacement est situé non loin de station « Dupleix » de la ligne n°6 du métropolitain, 15ème arrondissement de Paris).

Le général Charles de La Bédoyère vient d’entrer au rang de martyrs de la Terreur Blanche.

Cette attachante figure de l’Épopée méritait mieux en terme de biographie. Pourtant établie à travers sa correspondance inédite elle déçoit par sa mise en page aléatoire, les nombreuses « coquilles », le style quelque fois maladroite de l’auteur. Lequel commet ci et là plusieurs erreurs, comme celle d’écrire (source à l’appui !) que madame de Lavalette, épouse du Directeur général des Postes de Napoléon, vécut avec ses cinq enfants et émigra en 1821 à Saint-Domingue, « où elle mourut tragiquement » (?). Cela est peu probable quand on sait que la pauvre femme, après avoir remplacé son époux prisonnier à la Conciergerie, lui sauvant ainsi la vie, perdit peu à peu la raison avant de s’éteindre à Paris le 18 juin 1855. Elle n’avait à notre connaissance qu’une fille.

Un grand travail de fond reste donc à réaliser sur ce personnage.

Geneviève MAZEL, « Un héros des Vingt-Jours. Le général de La  Bédoyère, à travers sa correspondance inédite. Préface de Jean Tulard », Editions SPM, 2004, 186 pages.

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