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( 19 juillet, 2021 )

« J’ai vu Napoléon… »

Le texte qui suit est extrait de la revue « Je sais tout », du 15 avril 1912. Maurice Level, journaliste de cette publication, part à la rencontre d’un centenaire, Pierre Schamel-Roy.

Le vieillard, âgé de 105 ans, a eu l’occasion de rencontrer Napoléon…

Le 25 août 1807, comme il se promenait dans le parc de Saint-Cloud, les oreilles encore remplies des clameurs enthousiastes dont, dix jours plus tôt, Paris avait salué sa fête, Napoléon s’arrêta devant une femme qui portait un bébé dans les bras. Et là, la femme déjà vieille, voyant sourire l’Empereur, lui dit : -Sire, je vous présente un nouveau citoyen…-Vous pourriez dire « un Français », interrompit l’Empereur.  Alors la bonne vieille s’inclina et, répondit un peu plus bas, mais non sans malice : – Que Votre Majesté m’excuse, mais je me souvenais que le Premier Consul et l’Empereur n’étaient qu’une même personne. Nul dans l’Histoire n’a jamais raconté cette anecdote. Elle me fut contée par Pierre Schamel-Roy à qui, bien souvent, sa grand’mère la conta ; car Pierre Schamel-Roy, bien vivant, solide, est ce petit enfant auquel le vainqueur d’Austerlitz sourit un matin sous les grands arbres de Saint-Cloud.

Tout au bout d’Ivry, presque en face d’une porte où l’on peut lire sur une plaque de marbre blanc : « Monsieur Coutant, député, maire d’Ivry, ne reçoit que le dimanche et le jeudi, de 9 heures à 11 heures, au 22 ter, de la rue Parmentier », au bout d’un petit couloir, sur une porte figure une plaque émaillée : « Pierre Schamel-Roy, centenaire ».  C’est là qu’habite l’homme qui a vu l’Empereur. 

« Papa et maman (comme ces mots sont drôles sur les lèvres de ce vieillard !) s’étaient mariés par amour ; maman avait seize ans et demi, papa n’en avait guère plus de dix-neuf. Ils auraient pu vivre côte à  côte, mais les hommes, mais les hommes à  ce moment-là ne restaient guère en repos, et papa partit pour l’armée. Quant à maman, elle fut placée chez M. Talma [Le célèbre tragédien], par sa propre mère, ma grand’mère, qui avait connu M. Talma pendantla Révolution.

C’est comme cela, par M. Talma séjournant souvent à Saint-Cloud, que je suis venu au monde, tout près de l’Empereur. Il paraît- çà, on me l’a dit- que j’étais un enfant très faible. J’avais une maladie de la colonne vertébrale, et pendant des mois on me laissa étendu. M. Talma, qui m’aimait bien me gardait dans sa chambre mon petit berceau près de son lit. Quand je commençai à aller mieux, on me promena dans le parc de Saint-Cloud. A partir de là, j’ai des souvenirs. J’avais un peu plus de quatre ans, maman passait ses journées avec moi, assise sous les arbres, et c’est là, que, consciemment, j’ai vu pour la première fois l’Empereur. Je ne sais plus d’où il revenait ni en quelle saison c’était, mais je me souviens bien qu’il avait une escorte comme un régiment, qu’ils étaient tous à cheval, gris de poussière, et que l’Empereur passa très vite. Maman me dit : « Tu as vu ton papa ? ». Il faut vous dire que papa était au service de l’Empereur, qu’il était toujours à cheval derrière lui, qu’il ne le quittait jamais. Mais n’est-ce pas, j’étais si petit quand j’avais vu papa pour le dernière fois que je ne l’avais pas reconnu. Je n’avais vu que l’Empereur ». 

Le père de l’honorable vieillard semble avoir été ordonnance de Napoléon, et comme tel avoir voyagé « à la suite ». Ce qui est certain, c’est qu’il fit toutes les campagnes avec l’Empereur, et que l’Empereur lui parla souvent. Or, devant l’Histoire, cela est presque un titre véritable, et l’anecdote suivante en tire la valeur réelle d’un document. Un jour, pendant la campagne d’Iéna, l’Empereur ayant froid, appela Schamel et lui dit : -Passe-moi ton bonnet à poil. Puis, coiffé de cette montagne de fourrure, il tendit à l’homme son petit chapeau : « Tu me le rendras tout à l’heure ». Tout à l’heure, ce fut vers la fin de la journée, quand la nuit tombait déjà, et Schamel, qui n’avait pas chaud, lui non plus, avait bravement placé sur sa tête le chapeau glorieux. Le souvenir de ce récit est un de ceux auxquels le centenaire s’attarde le plus volontiers. Sans doute son « papa » le lui avait-il redit bien souvent, avec orgueil, comme il redit lui-même, à tout instant : 

« J’ai vu l’Empereur ! Je l’ai vu, et il me semble bien des fois, un peu partout, aux revues du Carrousel, au théâtre, où il apparaissait au milieu de théâtre, où il apparaissait au milieu de tant d’or, qu’on ne voyait que lui ; à Saint-Cloud, mais là je l’ai bien regardé. Il avait une figure qu’on n’oublie pas. Je ne peux pas vous dire s’il était grand ou petit, ou, si je vous le dis, c’est qu’on me l’a dit, parce que, à l’âge que j’avais, on ne se rend  pas bien compte de la taille. Mais ce qui m’est resté bien présent, ce sont ses yeux. Ah ! les beaux yeux ! Il ne vous regardait pas souvent, mais quand il vous regardait ! Oui, ses yeux ! Je n’en ai jamais vu de pareils. Ils n’étaient pas noirs, ni marrons, ni bleus, ils étaient mauves, d’un mauve sombre, profond, mais qui changeait quand il se mettait en colère. Je l’ai aperçu un jour comme çà dans une allée, et je n’ai pas osé m’approcher. Pourtant, il m’aimait bien, et souvent, en passant, me donnait une petite tape sur la joue. Et puis, il connaissait son monde ! Quand le Roi de Rome est né, vous pensez si ce furent des fêtes à Saint-Cloud ! Moi, j avais quatre ans, et, comme j’étais sage et bien élevé, on me permit de jouer avec le petit enfant. Quand il fut un peu plus grand, on venait souvent même me chercher pour l’amuser. On me donnait aussi ses vieux joujoux, et j’ai gardé une poupée qu’il tenait souvent dans ses bras. C’est à peu près tout ce qui me reste de la famille impériale, mais j’y tiens et on pourrait me donner n’importe quoi, je m’en déferais pas. Ensuite, les mauvais jours sont venus. Je voyais maman toute triste. On ne riait plus à Saint-Cloud, puis on y pleura tout à fait : on venait d’apprendre le grand malheur de Waterloo. Maman, M. Talma et moi nous partîmes pour Paris. Comme c’était triste ! Nos, nous nous étions mis en deuil… » 

Sous la Restauration et après, le jeune Schamel-Roy apprit le métier de tailleur et devint habilleur. Il fut engagé par Talma. Après la mort du grand tragédien [en 1826] il devint costumier à l’opéra [celui de la rue Le Peltier à Paris ?]. Plus loin dans son récit, il déclare qu’il se trouvait en Russie lors de la Révolution de 1830. En 1848, Schamel-Roy est blessé lors de l’attaque du Palais-Royal : « Un biscayen me broya le pied droit », écrit-il. Lamartine qui fut son protecteur lui fit obtenir un bureau de tabac par le gouvernement. Il le conserva dix ans, « sans quitter mon métier [de costumier] pour cela, mais passant de l’Opéra à l’Opéra-Comique », écrit-il.  « Du n°24, boulevard Poissonnière où j’habitais, je voyais très souvent le Prince-Président [Louis-Napoléon], celui qui allait être l’autre Napoléon [il devint Napoléon III en décembre 1852], entre au restaurant Baurel situé tout près de chez moi. C’était un bon homme, mais j’avais trop connu l’autre pour être impressionné par celui-ci. Pourtant, le hasard me rapprochait de lui. J’étais le grand ami d son écuyer-chef [Sans dote le général Fleury] et souvent, car j’étais bon cavalier, j’allais essayer les chevaux de l’empereur au Bois [de Boulogne]. Je rappelai un matin à l’Empereur le petit restaurant du boulevard Poissonnière. 

- Je m’en souvins aussi, Pierre, me dit-il en riant. 

Oui, c’était un bon homme, et l’Impératrice était bien jolie. Je la vis bien souvent lors du choléra à Amiens [en 1866] où j’accompagnai les artistes en représentation. Elle allait dans les pauvres maisons où on travaillait le velours, habillée de noir avec un tablier blanc, comme une bonne femme, accompagnée de l’épouse du Préfet, Mme Cornuau. Et puis je revis encore l’Empereur aux Tuileries, c’est lui qui me fit nommer costumier chef à l’Opéra… Mais, tout çà, voyez-vous, Monsieur, quand on a vu comme moi Napoléon 1er… Comme c’est peu de chose !… » 

Peu de choses, en effet, que la vie, même la vie étonnante de cet homme devant lequel défila plus d’un siècle d’Histoire ! Et pour lequel rien n’est rien, sauf, ces deux yeux profonds, inoubliables, ces yeux mauves, changeants, qu’il vit un jour sous les arbres de Saint-Cloud, et dont le regard l’accompagne aux extrêmes limites de la vieillesse. 

 Maurice LEVEL. 

En complément à ce témoignage, voici un article que publia le 7 janvier 1909, « L’Humanité ». Elle est d’une version différente quant aux origines de Pierre Schamel-Roy : 

A l’asile d’Ivry, les pensionnaires et la direction viennent de célébrer le cent deuxième anniversaire de Pierre Schamel-Roy.  Sa jeunesse est telle, sa vigueur et sa souplesse sont si surprenantes, que l’on croit rêver en pensant que Schamel fut le contemporain de Talma qu’il habilla pendant plus de vingt ans. M.Schamel était tailleur et il l’est encore, puisque, dans le petit atelier qu’il possède en dehors de l’asile d’Ivry, il coupe encore de nombreux costumes de scène et de carnaval. Le tailleur se réclame cependant d’illustres origines. Sa grand’mère était comtesse de Kérul ; elle quitta le toit paternel pour fuir avec son jardinier en Amérique.  De retour en France, ils eurent un fils, père du centenaire. Ce fils fut carrossier de Napoléon, à Versailles, et c’est là que Schamel connut l’Empereur qui le faisait sauter quelquefois dans ses bras. Il se souvient que son père, ardent républicain, se refusait à donner d’autre nom à Napoléon que celui de « Mon général». 

Sous la Restauration, Schamel eut un commerce de socques. Mais son industrie ne le charmait pas, et il se fit tailleur de théâtre. A ce titre, il accompagna Talma comme costumier dans toutes ses tournées en Europe. Il a conservé un souvenir ému de Talma, qui lui a donné un portrait de Napoléon fait à Moscou. Après la mort de Talma, M. Schamel fut tailleur de divers théâtres, notamment à la Porte-Saint-Martin; enfin, à l’Opéra, en 1883; sous la direction Ritt et Gaillard, et il y est resté jusqu’en 1893. 

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( 12 juin, 2021 )

1821-2021…Très contestable Dr Antommarchi !

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Ce Corse né en 1789, entreprend en 1808 des études de chirurgie à Florence, en Italie, et soutient une thèse de médecine en 1812 sur la cataracte.  Mais son véritable centre d’intérêt est l’anatomie. Initié à cette discipline par le célèbre professeur Mascagni, Antommarchi est nommé professeur d’anatomie à l’université de Pise. Après le départ d’O’Meara de Sainte-Hélène, en juillet 1818, Napoléon dicte une lettre pour le cardinal Fesch, son oncle. Il lui demande un médecin, un aumônier et deux domestiques.  C’est ainsi qu’Antommarchi est choisi par le cardinal et par Mme Mère.  Plus anatomiste que médecin entre dans le cercle de l’histoire hélénienne.  Il quitte Rome le 25 février 1819, arrive à Londres en avril et y rencontre O’Meara. Antommarchi s’embarque enfin en juillet pour Sainte-Hélène qu’il finit par atteindre le 18 septembre 1819. Quelle aventure !  Le 21 du même mois, Antommarchi rencontre Napoléon pour la première fois et se livre à un examen médical de son illustre patient.  Il confirme le diagnostic de ses confrères O’Meara et Stokoe et conseille à l’Empereur de faire de l’exercice, de prendre l’air, de changer de mode de vie. Ce dernier s’exécute en entreprenant d’importants travaux d’aménagement des jardins de Longwood.  Sa santé semble stationnaire mais au milieu de l’année 1820 elle se dégrade rapidement. C’est à partir de l’automne cette même année qu’Antommarchi commence à faire preuve d’une inconstance inexcusable auprès de Napoléon qui s’en plaint ouvertement.  Désormais, ne visitant son impérial patient qu’une seule fois par jour, Antommarchi est trop souvent absent quand l’Empereur le fait demander et reste introuvable.  Quand il ne court pas après la gente féminine de Jamestown, il va bavarder avec les officiers anglais du camp de Deadwood. Autant, Antommarchi est aux petits soins pour Mme Bertrand encore tant fragilisée par plusieurs fausses-couches, qu’il semble prendre bien à la légère la mission qui lui a été confiée : celle de veiller sur Napoléon ! Mais ce personnage cynique en a-t-il seulement conscience ?  A partir de début avril 1821, avec l’appui de l’entourage de l’Empereur,  le docteur Archibald Arnott examine Napoléon ; il apporte également son assistance à Antommarchi. Dans les  semaines qui précédèrent sa douloureuse agonie, Napoléon conscient de la médiocrité de ce praticien écrira qu’il lui laisse la somme de 20 francs afin de s’acheter une corde pour se pendre !  Après la mort de Napoléon, Antommarchi fait preuve de ses talents d’anatomiste en réalisant, dans les règles de l’art, l’autopsie du corps de l’Empereur et rédige un compte-rendu précis du travail qu’il a effectué. Selon le valet de chambre Louis Marchand, écrit dans ses « Mémoires », qu’Antommarchi, avec Archambault, secondent le Dr Burton lorsque celui-ci réalise son fameux masque en plâtre dont l’empreinte est prise sur le visage de Napoléon défunt, le 7 mai 1821. A son retour en Europe, Antommarchi voyage. Il fait paraitre en 1825 (en 2 volumes) la première édition de son témoignage sur Sainte-Hélène. Il ouvre à Paris, ouvert un cabinet de médecin, puis en 1830, on le retrouve en Pologne où il prend fait et cause pour la révolution qui s’y déroule alors. De retour à Paris, il soigne les malades de la terrible épidémie de choléra.  Mais effectuons un petit retour en arrière : en 1828,  s’éteint le Dr Burton seul auteur du masque mortuaire de Napoléon. Antommarchi voit là l’occasion d’une belle opération… financière celle-là !  En 1833, il vend par souscription une reproduction du fameux masque en remplaçant le  nom du Dr Burton par le sien ! Une démarche déontologique très contestable ! Ainsi, le « Masque moulé à Sainte-Hélène par le docteur Antommarchi » (selon la nouvelle appellation officielle) connaîtra un certain succès commercial (malgré une hésitation du public, au départ[1]), à défaut de posséder une authenticité historique fiable !  Voyageur infatigable, il part s’installer à l’île de Cuba au début de l’année 1838, en pleine épidémie de choléra. Il décède de cette maladie à Santiago le 30 mars de la même année.

Christophe BOURACHOT

 

 


[1] Lors de la souscription du fameux masque mortuaire sensé figurer Napoléon le grand public s’est imaginé « qu’Antommarchi mettait sur le marché était un buste ordinaire, c’est-à-dire un plâtre ou du bronze réplique d’une représentation en marbre ciselée du vivant de l’Empereur. C’était afin de supprimer cette idée fausse qu’il envoya à la presse la lettre qui suit :

Paris, le 27 septembre 1833

Je vous prie d’insérer dans le prochain numéro de votre journal ces quelques lignes, afin pour satisfaire les nombreuses requêtes des abonnés au plâtre ou masque, de l’empereur Napoléon moulé à Sainte-Hélène. Aucune défiguration, aucun changement dû à la mort n’est visible sur cette impression du visage de l’Empereur. Malgré les affres d’une longue et terrible agonie, les traits magnifiques de cette illustre tête n’ont rien perdu de ce calme, de cette dignité et de cette expression de génie qui, pendant tant de années ont commandé le respect et l’admiration des hommes. En le voyant, on dirait que le l’Empereur, ayant  perdu son embonpoint, était tombé dans un sommeil profond, un léger sourire sardonique jouant sur ses lèvres. L’objet proposé à l’abonnement n’est pas un buste, mais en effet un plâtre ou un masque, manquant la région occipitale et la partie arrière du cou. Il peut être encadré et suspendu comme une gravure, ou il peut être tout aussi bien placé sur une une cheminée, une commode, etc., ou reposant sur un socle sous une vitre comme une horloge. Les acheteurs doivent savoir que chaque spécimen en plâtre ou en bronze comporte mon sceau et ma signature en fac-similé. » Le passage entre guillemets et la lettre citée sont extraits de l’ouvrage de G.L. de St. M. Watson: « The Story of Napoleon’s Death-Mask, told from the original documents ». Les arguments avancés par Antommarchi afin de convaincre un public hésitant prêtent à sourire quand on constate le résultat final…

 

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( 10 juin, 2021 )

1821-2021. Mystérieux Cipriani…

Sainte LN

Le Corse Franceschi Cipriani est né en 1773. Si, à Sainte-Hélène, il occupe les fonctions anodines de maître d’hôtel de l’Empereur, il n’en a pas toujours été ainsi dans son existence. Au service de la famille Bonaparte dès son plus jeune âge, Cipriani devient intendant de Salicetti puis du roi Joseph, frère aîné de l’Empereur, à Naples.  Il est chargé de missions d’espionnage visant l’île de Capri alors occupée par les troupes anglaises commandées par le colonel… Hudson Lowe ! En 1814, alors que l’Empereur est exilé dans son île d’Elbe, Cipriani est envoyé en Autriche afin de récolter des informations sur le fameux Congrès qui se tient en permanence dans la capitale autrichienne.  Nommé maître d’hôtel au Palais des Tuileries après le retour de Napoléon à Paris, en 1815, il suit le souverain lors son exil à Sainte-Hélène. Il est très fort probable que lors des courses d’approvisionnements à Jamestown, le Corse ait pris contact avec plusieurs capitaines de navires marchands ; afin de faire passer en Europe des correspondances clandestines. A Longwood, il entretient des rapports non dénués d’une certaine complicité avec l’illustre captif. Fut-il contacté par les anglais afin de recueillir et de leurs transmettre nombre d’informations sur ce qu’il voyait ? A-t-il reconnu en la personne du gouverneur Hudson Lowe ce colonel anglais qui commandait autrefois à l’île de Capri ? Il décède brutalement le 27 février 1818 d’une maladie intestinale, peut-être d’une péritonite. Sa mort soudaine ne manque pas d’interroger la petite cour impériale de Longwood. De nos jours, certains y voient la trace d’un meurtre. Cipriani, l’homme qui en savait tant aurait été empoisonné ! Mais par qui et pourquoi ?[1]

Daniel LEUWEN


[1]  Paul Fleuriot de Langle, déchiffreur du témoignage du général Bertrand (« Cahiers de Sainte-Hélène »), dans les années 1950, écrit dans une note se trouvant dans le tome II (p. 463) : « Sa mort attribuée à une crise d’appendicite aigüe, peut très bien avoir une cause naturelle. »

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( 12 mai, 2021 )

1821-2021. Fidèle et discret Louis Marchand

Marchand

En 1811, Marchand (né en 1791) entre dans la Maison impériale comme garçon d’appartement. Sa mère est la première des trois berceuses du Roi de Rome, fils de Napoléon. En avril 1814, après la fuite de Constant, valet de chambre de Napoléon, Marchand est choisi pour le remplacer.  Personne de confiance, il est présent à l’île d’Elbe, à Waterloo et suit l’Empereur dans son exil de Sainte-Hélène[1]. D’un dévouement sans bornes, discret et efficace, il tient un rôle primordial durant la captivité de Napoléon. Il fait partie de ceux qui veilleront l’Empereur durant sa terrible agonie et sera son exécuteur testamentaire. Il respecte la volonté de Napoléon en épousant la fille de l’un des  officiers ou soldat de sa Vieille Garde : Mathilde, fille du général Brayer[2]. Le fidèle serviteur de l’Empereur ne mourra qu’en 1876, dans la petite maison dans laquelle il se rendait parfois en villégiature, rue de la Cavée, à Trouville-sur-Mer.[3]

Daniel LEUWEN


[1]  A Sainte-Hélène, Marchand eut une liaison avec Esther Vesey (1800-1838), fille d’un soldat anglais basé dans l’île et d’une habitante.  Un fils naîtra de cette relation en juin 1817. Selon Albéric Cahuet (« Après la mort de l’Empereur. Documents inédits »), ce personnage « qui avait une vingtaine d’années en 1840, était devenu un fort mauvais sujet que l’on avait dû chasser de l’île et transporter au Cap ».

 [2] Dans son testament, Napoléon écrit : « Je lègue à Marchand, mon premier valet de chambre, 400 000 francs. Les services qu’il m’a rendus sont ceux d’un ami. Je désire qu’il épouse une veuve, sœur ou fille d’un officier ou soldat de ma vieille Garde. »  « Louis Marchand, revenu depuis peu de mois de Sainte-Hélène, fut introduit par Montholon dans la maison Brayer », écrit encore A. Cahuet dans son livre précédemment cité.

[3] Napoléon nomma Marchand comme son troisième exécuteur testamentaire et écrivit cette phrase : « J’institue les comtes  [de] Montholon, Bertrand et Marchand mes exécuteurs testamentaires ». Il n’en faut guère plus afin que Marchand interprète d’une façon particulière son nom dans cette phrase et s’imagine que l’Empereur lui donne le titre de comte !  « Napoléon n’a manifestement pas songé à parer son serviteur du titre de ses partenaires [Montholon et Bertrand]. La preuve en est qu’au cours du testament et des codicilles, il cite plusieurs fois « le comte Bertrand », « le comte [de] Montholon » et « Marchand, mon premier valet de chambre ». Pourtant, dès son retour en Europe, le jeune homme va se prévaloir de l’absence d’une virgule entre le nom de Bertrand et le sien pour affirmer que Napoléon l’a anobli. Il signe « comte Marchand » les lettres qu’il écrit aux membres de la Famille impériale et sous ce vocable qu’ils lui répondent affectueusement. Trente-cinq ans plus tard [en fait par des lettres patentes en date du 7 avril 1869], Napoléon III régularisera cette entorse à l’état-civil ; Horace de Viel-Castel, la plus mauvaise langue du Second Empire, l’avait déjà baptisé le comte de la Virgule. «  (G. Godlewski, in Revue du Souvenir Napoléonien, n° 314, novembre 1980).

 

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( 10 mai, 2021 )

1821-2021. Le jour au cours duquel le fils Las Cases cravacha Hudson Lowe…

Hudson_Lowe

Le fils de l’auteur du « Mémorial de Sainte-Hélène », a été un des plus jeunes témoins de la captivité de l’Empereur. Né en 1800, il  avait donc quinze ans au début de l’épisode hélénien [1]. Le 30 décembre 1816, son père et lui furent expulsés de l’île. Le texte qui suit est un des rares à aborder l’acte de violence à laquelle se livra Emmanuel de Las Cases sur la personne d’Hudson Lowe, en 1822 à Londres. Ecrit par un certain Gabriel Vauthier, il parut la première fois en 1923, dans la « Revue des Etudes Napoléoniennes ».   

C.B.         

Ci-dessus , portrait d’H. Lowe.                                                                             

On sait quel rôle Hudson Lowe joua auprès de Napoléon. L’Empereur ne fut pas le seul qui eut à souffrir de l’esprit mesquin et agressif de ce personnage. Ses plus dévoués serviteurs ne tardèrent pas à devenir suspects à ce geôlier. Las cases et son fils âgé de quinze ans furent bientôt éloignés de Sainte-Hélène et envoyés au Cap comme prisonniers. Ils y restèrent huit mois. Revenu en Europe, le jeune homme séjourna successivement en Belgique et en Allemagne ; en 1819, il put rentrer en France sous un nom supposé. Il avait toujours sur le cœur la conduite d’Hudson Lowe à l’égard de son père, de sa propre personne, et surtout de l’Empereur. En 1821, Hudson Lowe était revenu d’Angleterre, où on le mit à la tête d’un régiment, et où il fut bien accueilli par le public. Mais la vérité avait fini par filtrer, celle d’O’Meara, ‘Bonaparte en exil ou la voix de Sainte-Hélène’[2]. Cette même année, le fils de l’auteur ‘Mémorial ‘, Emmanuel, se rendit à Londres, et de sa cravache frappa Hudson Lowe en plein visage. Cet affront sanglant appelait une réparation : l’Anglais se tient coi. Or, le 13 novembre 1825, les journaux publiaient dans les faits divers le récit suivant : « La commune de Passy [3], près Paris, a été hier le théâtre d’un horrible attentat. M. Emmanuel de Las Cases, fils de M. le comte de Las Cases, y a été frappé la nuit de deux coups d’une arme à deux tranchants, l’une sur le cœur, auquel n’a échappé que par un bienfait tout particulier de la Providence, le coup ayant traversé son portefeuille et ne s’étant arrêté que sur un paquet de cartes de visite  dont plusieurs sont percées ; le second coup a produit une blessure grave à la cuisse droite, mais qui ne laisse à craindre néanmoins aucune suite fâcheuse. « M. Emmanuel de Las Cases sortait vers les huit heures et demie de chez son père, où il avait dîné, et retournait à Paris. Il avait fait à peine deux cents pas lorsqu’au coin d’une rue isolée -celle du Haut-Moulin [4]- et en communication avec la plaine, il s’est trouvé subitement assailli par deux scélérats. Il en a terrassé un, et allait atteindre l’autre, quand le mauvais état des chemins l’a fait tomber lui-même et a facilité l’évasion des meurtriers. La justice, saisie de cette affaire, est à la poursuite des coupables. » Le ‘Journal des Débats’, d’où est tirée cette citation, termine par ces mots : « M. de Las cases, n’ayant point d’ennemis, pense qu’on s’est trompé. » Cette dernière phrase est bien discrète ; il semble qu’elle ait été écrite à dessein pour empêcher de prononcer un nom que l’on ne tarde pas à avoir sur les lèvres. ‘Le Constitutionnel’ donne des détails plus circonstanciés : « M. de Las Cases se traîna vers la maison de son père, mais son sang coulait avec abondance ; il perdit ses forces et s’évanouit à quelques pas de la porte. Avant de sortir, il avait vu deux hommes à vingt pas auprès la maison. On ignore encore quel a pu être le motif de ce crime. La famille l’attribue à une vengeance particulière, et M. de Las Cases rapporte que l’homme qui l’a frappé parlait à peine français. Le maréchal des logis de la gendarmerie s’est aussitôt rendu sur les lieux pour dresser son procès-verbal et a ordonné une patrouille extraordinaire.

Des détachements de la Garde nationale ont aussitôt parcouru les rues de Passy. Jusqu’à présent toutes les recherches ont été infructueuses. » Cette vengeance particulière, la famille n’en ignorait pas l’auteur. Une citation empruntée par ‘Le Constitutionnel’ au ‘Courrier français ‘ donne ce nom en toutes lettres : « Sir Hudson Lowe, logeant à Paris, rue de Rivoli, Grand hôtel de Paris, avait en même temps un appartement à  Passy, rue Franklin, n°21, qu’i a occupé depuis le 29 octobre jusqu’au vendredi soir 11 novembre. Il a pris en  personne lundi 14 chez M. Laffitte des lettres de crédit sur la Turquie, et il a quitté Paris mardi 15 entre 6 et 7 heures du soir. La veille de son départ, il disait que, puisque la calomnie le poursuivait, il retarderait le voyage qu’il avait projeté jusqu’à ce qu’on eut reconnu les coupables. Le soir même du 11 novembre, jour de l’assassinat[5] de M. Emmanuel de Las Cases, deux hommes de mauvaise mine se présentent plusieurs fois chez M. Emmanuel, rue Neuve-du-Luxembourg, n°13,[6] et demandèrent à son portier s’il était allé à Passy, et à quelle heure. Tous ces détails sont rigoureusement exacts. » Ce qui est singulier, c’est que l’enquête judiciaire n’eut lieu que le 17 novembre : « Le procureur du roi et M. Brière-Valigny, juge d’instruction, dit ‘Le Moniteur’, se sont rendus hier (17) à Passy auprès de M. le baron de Las Cases, et ont procédé conjointement avec M. le baron Dupuytrens et M. le docteur Marc à l’examen des blessures de M. de Las Cases. Les cochers de cabriolets avaient été appelés hier à la préfecture de police pour faire leur déposition sur un fait qui se rattache à la tentative d’assassinat sur la personne de M. de Las Cases. Il paraît que l’on a su que, le 12 octobre, un cabriolet avait amené deux personnes à la porte de Franklin[7] et qu’il les y avait attendues depuis trois heures jusqu’à huit heures et demie. » Le départ précipité d’Hudson Lowe entraîna la presse à penser qu’il était l’auteur du guet-apens. Il fuit, mais ce n’est pas en Angleterre qu’il se rend ; il va en Allemagne, et le 19 novembre, les journaux signalent sa présence à Francfort. Il suivit un singulier chemin pour aller prendre possessions de ses nouvelles fonctions. En effet, il avait été nommé commandant des forces militaires à Ceylan, ce qui était un poste secondaire et une disgrâce. Ce n’était pas la première qu’il éprouvait, car on lui avait refusé une pension après son retour de Sainte-Hélène. Il voulait se venger avant de partir pour un pays où il était difficile de le poursuivre. Les journaux anglais cités par les nôtres s’occupèrent de l’affaire. « L’un d’eux, le ‘Star’, rejette sur ceux qu’il appelle ‘les bonapartistes’  l’assassinat de M. de Las Cases, parce que, dit-il, on voulait faire tomber les soupçons sur Hudson Lowe ».

L’affaire fut classée, et la presse ne parla plus de cet attentat. Les meurtriers restèrent donc inconnus. Rappelons qu’ Emmanuel de Las Cases fut député du Finistère sous Louis-Philippe et sénateur en 1852. Il mourut rue de la Pompe, le 8 juillet 1854.

  Gabriel VAUTHIER.


[1] Il était né le 8 juin 1800 à Vieux-Châtel, près de Brest (Finistère).

[2] Le témoignage du docteur irlandais O’Meara, qui fut publié à Paris, chez Plancher en fait en 1822  (en 2 volumes). Mais il y avait eu une première édition en 1819  chez Chaumerot.

[3]  Le petit village de Passy est une des communes qui furent annexées à Paris en 1860, sous Napoléon III. C’est aujourd’hui une partie (avec l’ancien village de Chaillot) du 16ème arrondissement nord.

[4] Très probablement la rue Scheffer actuelle (16ème arrondissement), appelée à cette époque la rue du Moulin.

[5] Terme un peu excessif, car Emmanuel de Las Cases, fut « juste » grièvement blessé…

[6] C’est actuellement  (2007), la rue Cambon (1er arrondissement).

[7] Appelée aussi à cette époque «Barrière de Franklin ».

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( 8 mai, 2021 )

En souvenir de Sainte-Hélène !

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En 1822, à Londres, eut lieu un incident opposant deux personnages qui s’étaient connus lors de la captivité de Napoléon. Emmanuel de Las Cases, âgé d’une vingtaine d’années,  apostropha Hudson Lowe le geôlier de Sainte-Hélène. Ecoutons-le.

Londres, 23 octobre 1822

Hier matin, je rencontrai Sir Hudson Lowe à Padington Green, vers les neuf heures du matin, au moment où il sortait de chez lui pour monter en fiacre. Une courte altercation eut lieu, à la suite de laquelle je ne pus m’empêcher de le frapper avec une cravache que je tenais à la main allant, monter à cheval. Je lui offris à l’instant une carte [1], mais il la rejeta à terre sans vouloir la lire  et monta dans son fiacre. Je lui en présentai un seconde, puis une troisième, qu’il rejeta pareillement ; sa servante, qui était sortie, avait ramassé les cartes, elle les rapporta dans la maison; Sir Hudson Lowe avait ordonné à son fiacre de partir et je continuai mon chemin. Peu de personnes connaissent les griefs que mon père et moi avons contre cet homme. A Sainte-Hélène, il nous arrêta avec les formes les plus brutales, tout-à-fait indignes de gens d’honneur; il nous garda pendant un mois au secret, nous traitant comme des criminels, j’étais alors fort malade, par suite du climat des tropiques. Les médecins représentaient que la seule chance de rétablissement qui me restât était d’être envoyé en Europe, dans mon climat natal.

Mais Sir H. Lowe n’y eut aucun égard, il nous envoya mon père et moi au cap de Bonne-Espérance, où nous fumes gardés sept mois, prisonniers, en conséquence de ses instructions. Cette captivité, l’éloignement de sa famille, de ses amis, de sa patrie, les peines morales qui en ont été la suite, ont causé à mon père des infirmités qui l’accompagneront jusqu’au tombeau. Après notre départ de Sainte-Hélène, sir H. Lowe employa tous les moyens que la calomnie peut fournir pour noircir le caractère de mon père et le rendre suspect à Napoléon et aux officiers de sa suite.

Lors des jours qui suivirent cet incident, le fils Las Cases, écrivit à deux reprises à Hudson Lowe afin de le rencontrer pour une franche explication.  N’ayant eu aucune réponse, le jeune homme s’en retournât en France, tout en précisant à Lowe qu’il se tenait à sa disposition que ce soit à Paris, à Ostende, en France ou en Belgique. L’affaire en resta là. Mais le 12 novembre 1825, à Passy, qui est à cette époque un petit village situé à l’ouest de Paris,  alors que le jeune Las Cases revenait de dîner chez son père il fut agressé par des inconnus. Il fut blessé de deux coups de couteau : un en direction de la région du cœur qui fut arrêté par miracle, par le portefeuille de la victime contenant un paquet de cartes de visite et l’autre plus grièvement à la cuisse droite.  Est-ce Hudson Lowe qui organisa ce guet-apens ?  On mena une enquête mais les coupables, deux hommes non-identifiés, dont un qui parlait mal le français d’après le fils Las cases, ne furent jamais identifiés. L’affaire en resta là [2].


[1] Carte de visite.

 2]  Selon la presse de l’époque, Hudson Lowe, hormis une chambre au Grand Hôtel de Paris (rue de Rivoli), loua un appartement, au 21, rue Franklin (tout près du lieu de l’agression), du 29 octobre au 11 novembre 1825.

 

 

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( 5 mai, 2021 )

1821-2021 «Je l’ai vu étendu mort. C’était un spectacle des plus tristes.» Lettres de l’enseigne anglais Duncan Darroch.

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Duncan Darroch, est tout juste âgé de vingt ans quand il arrive à Sainte-Hélène le 29 février 1820.  Enseigne au 20ème régiment d’infanterie. Il a laissé une série de lettres adressées à sa mère sur les événements auquel il assista après la mort de Napoléon. Dans sa correspondance, le jeune Darroch ne cache pas son admiration pour le grand homme.  Les lettres de ce jeune homme furent publiées la première fois à l’issue de l’ouvrage (paru en 1915) regroupant les lettres (en anglais) du capitaine Lutyens. Ce dernier fut un des officiers en poste à Longwood durant la captivité de l’Empereur.

Deadwood, 6 mai 1821.

Ma chère mère bien-aimée,

Avant que cela vous parvienne, vous serez conscient de l’état dans lequel nous sommes ici; vous savez que le général Bonaparte est très gravement malade, un militaire a été expédié il y a quelques jours avec ces nouvelles. Le vieux Nap était malade depuis si longtemps; mais, il y a environ une semaine, il a été délivré. Le navire était déjà parti sans avoir pu emporter la nouvelle de sa mort.

Il était allongé inconscient le soir du du 2 mai ; le matin du 3, il est redevenu conscient et a reconnu les gens autour de lui. Il retomba ensuite dans une sorte d’insensibilité inanimée, et devint progressivement froid, jusqu’à hier matin, le 5, quand vers 11 heures un signal fut fait par le Gouverneur à l’Amiral qu’il expirait, et qu’un signal devait être fait immédiatement qu’il est mort. Les membres du Conseil avaient reçu l’ordre, le 3, de se tenir prêts à se rendre à Longwood  afin de témoigner de sa mort; et quant au gouverneur, il a presque élu domicile dans la nouvelle maison. Les choses ont continué dans cet état jusqu’à environ 10 minutes avant 6 heures du soir, quand il est mort, juste au moment du coucher du soleil. Le commissaire français, l’amiral et toutes les  personnalités étaient immédiatement assemblés pour voir le corps, et des ouvriers étaient employés pour tendre les chambres avec du noir. Des ordres ont été envoyés pour le plâtre de Paris afin de prendre un buste de lui; mais je crois qu’il n’y en a pas assez sur l’île. Ils essaient de savoir comment le ciment romain, qu’ils ont dû utiliser, répondra à leurs attentes.

Sa mort est annoncée dans les ordres d’aujourd’hui et il doit être enterré à Longwood avec les honneurs militaires. Le général comte de Montholon a pris la direction des funérailles: le corps restera en l’état, et nous devons monter ce soir pour le voir. Je serai alors en mesure de vous donner plus d’informations sur cet homme merveilleux, qui a pendant si longtemps gardé le monde en ébullition, et qui repose maintenant  tel un morceau d’argile inanimé, sans personne près de lui! Quel changement !

Le fil de son existence étant rompu a causé dans cette île !

Les gens  qui ont constitué des stocks afin de servir pour servir les troupes vont maintenant les avoir sur les bras. Les chevaux qui valaient 70 livres sterling cette semaine ne rapporteront pas 10 livres sterling. Nos huttes que nous avons été obligés de construire pour y loger nos domestiques, et qui ont coûté de 6 à 10  livres sterling chacune, sont maintenant inutiles, car cette partie de l’île sera inhabitée après notre sortie; de sorte que nous ressentirons tous plus ou moins les effets de sa mort.

Le rapport ici est que nous devons être renforcés  par le 66ème régiment (qui doit rentrer chez nous) et continuer jusqu’à Bombay et remonter le golfe Persique. Il (Nap) a choisi un endroit extraordinaire pour y être enterré, au cas où il ne serait pas renvoyé en Europe, et c’est dans un endroit appelé le Punch Bowl un peu en dessous de la route publique.

Je l’ai vu étendu mort. C’était un spectacle des plus tristes. Nous nous sommes réunis à Longwood vers 4 heures; il y avait presque tous les officiers et  les citoyens de  l’île. Après un peu de temps, nous avons été admis. La première chambre était vide, à l’exception de quelques domestiques. Dans la seconde,  se trouvait la comtesse Bertrand. Elle avait l’air misérablement malade et pâle, les yeux rouges et gonflés. Je suis resté avec des officiers qu’elle connaissait qui lui parlaient. Elle a dit qu’elle n’avait pas pris de repos pendant six jours et six nuits; qu’elle était heureuse que la cause dont il était mort était telle qu’il était impossible de le sauver ou que le climat puisse avoir un effet sur lui: c’était un cancer de l’estomac. Son père en est mort. Elle a dit qu’elle espérait être autorisée à rentrer chez elle, car Maintenant tout était fini ».Peu de temps après, je suis passé par cette pièce (qui était celle dans laquelle il est mort) et la salle à manger, où il reposait. J’ai été emmené par le capitaine Crokat l’officier de l’état-major. Il (le général Bonaparte) était vêtu d’un uniforme complet, vert, retroussé avec du rouge, une culotte et de longues bottes, un bon nombre d’ordres sur sa poitrine, une épée à ses côtés, et  coiffé du chapeau;  avec ses éperons également. Il gisait sur le lit de camp de fer qu’il avait toujours porté avec lui, et sur lequel était étendu son manteau militaire, sur lequel il repose..

Le comte Bertrand se tenait à la tête du lit, vêtu de noir. Le prêtre était agenouillé à côté de lui, et un préposé, qui était la seule personne dans la pièce qui semblait avoir la vie, ne l’a montré qu’en chassant les mouches. Son visage était serein et placide; il avait, certes changé. Ses traits étaient beaux et audacieux, sa main très délicate et petite et une belle couleur. Un crucifix était posé sur sa poitrine. Son nez était particulièrement beau. Ils l’avaient, le tournant dans le lit, un peu meurtri. Voir ainsi un homme, qui avait causé tant de tourment à l’Europe et au monde, allongé dans une petite pièce, sur son manteau militaire et son camp lit, vêtu de son uniforme complet, avec seulement deux de ses officiers généraux près de lui, était une vue terrible. Ça m’a tellement frappé. J’aurais pu le regarder pendant des heures, après lui avoir pris la main et l’avoir embrassée; mais, je pouvais à peine respirer. Pendant que je regardais, je l’ai imaginé dans les différentes situations qu’il a vécues à Lodi, à Marengo ! En fait, même si j’étais à peine deux minutes dans la pièce, plus d’idées se pressaient dans mon esprit, se chassant aussi vite que formées, et dépassant ce que je ne pouvais écrire ce soir. En sortant, j’ai longtemps  médité  sur l’instabilité de la destinée humaine et sur le peu d’utilité que ses conquêtes furent pour lui alors ! Qu’est-ce que des milliers de personnes n’auraient pas donné pour voir ce quej’ai vu ! Il sera déposé dans son cercueil, enveloppé dans son manteau, comme nous l’avons vu. Le premier sera en étain, le deuxième en plomb et le  troisième et le quatrième en bois.

Je serai de garde demain, quand j’essaierai de le revoir. J’ai eu la chance de me procurer une mèche de ses cheveux, aussi un morceau de charpie trempé dans son sang ; des souvenirs curieux, certes, mais tout ce qui appartient à un si grand homme mérite d’être conservé.

—–

7 mai 1821, de garde à Longwood, 7 heures et demie du soir

J’ai eu beaucoup de difficulté toute la journée avec des gens qui souhaitaient voir Bonaparte. Je me suis maintenant débarrassé de tout le monde et j’aurai le temps de vous parler, ma mère bien-aimée. Je suis allé ce matin dans la chambre, peu de temps après avoir monté la garde et, après avoir demandé la permission ; je suis entré dans la pièce. Il gisait comme auparavant; ses traits se sont affaissés un peu plus; il n’y avait que le prêtre et le préposé et moi-même dans la pièce. Je pris sa main et la maintins pendant un certain temps, examinant les doigts et ses traits; cette main que les rois avaient embrassée et qui avait fait tant trembler. Je n’ai jamais vu de ma vie un visage plus serein et placide. Il semblait être plongé un sommeil profond et calme, à l’exception de la couleur livide de ses lèvres et de ses joues. À sa gauche [sur la poitrine], il y avait une étoile et deux ordres. C’étaient tous les ornements autour de lui. Son chapeau était parfaitement uni, avec une boucle noire et une petite cocarde tricolore. Je suis entré ensuite avec nos hommes et, comme il n’y avait que deux officiers, Rae et moi, je me suis tenu au pied du lit pendant que les hommes passaient. Les visages des hommes étaient sévères en regardant le corps. L’odeur à ce moment-là a commencé à être très forte, et j’étais heureux de sortir dès que les hommes étaient partis. J’ai ensuite été sollicité par l’un des médecins  qui me montra son cœur et son estomac, qui se trouvaient dans une urne en argent à côté de lui. Ils étaient couverts de graisse. Dans l’estomac, on m’a montré le trou qui avait causé sa mort ; un trou dans lequel j’aurais pu mettre mon petit doigt. J’ai alors eu l’occasion d’observer l’épée, plutôt vieille, avec en or et poignée en nacre, ceinturon blanc uni, celle que je suppose qu’il portait habituellement. Après être sorti cette fois, je suis entrée dans la pièce où était assise la comtesse [Bertrand]. Après lui avoir parlé  un moment elle m’a conseillé de revenir en arrière et de le regarder à nouveau, comme la dernière fois que je devrais voir ce grand homme. Je l’ai fait, je l’ai pris par la main et lui ai murmuré un adieu ! Je suis rentré encore une fois, quand ils ont pris le plâtre de sa tête; mais, la puanteur était si horrible que je ne pouvais pas rester. Le docteur Burton le prenait avec les médecins français. Environ un quart après quatre heures, le gouverneur est monté et a ordonné au capitaine Crokat d’être à bord du Héron et de naviguer avec les dépêches au coucher du soleil . En conséquence, il  est parti très vite, car le soleil se couche environ un quart avant six heures maintenant.

Nous  devons enterrer le corps de Napoléon Bonaparte près du Devil’s Punch Bowl à 11 heures le mercredi 9 mai. Son cœur et son estomac seront placés dans une urne en argent (soudée) à ses côtés, afin d’être transportés en Europe, si cela est jugé approprié par la suite. Nous devons l’enterrer avec les honneurs militaires les plus élevés possibles. Ce sera un spectacle lugubre, certes, mais plus que cela à l’avenir. Je dois parler, du mieux que je peux, de ce qui se passe actuellement. Une plus belle tabatière, qui a été léguée à la comtesse [Bertrand], m’a été montrée hier. Sur le couvercle se trouvait la miniature de Nap, sertie de diamants les plus gros que j’aie jamais vus de ma vie. La ressemblance était extrêmement réussie lorsqu’il était en bonne santé. Notre anxiété est maintenant de savoir ce que nous deviendrons. Ils disent que nous (le 20ème.) resterons ici, jusqu’à ce que des  ordres arrivent de chez nous pour savoir où nous devons aller; mais, tous conviennent que nous irons en Orient. Si nous le faisons, de nombreuses années vont s’écouler de revoir l’Europe. Une seule chose me ferait souhaiter que nous revenions sur nos pas. Vous pouvez facilement deviner ce que c’est. Pour tout le reste, je suis très content de me rendre en Nouvelle-Zélande, s’ils choisissent de nous y envoyer. J’espère que nous n’irons pas au Cap. Le 66ème  rentrera immédiatement chez lui. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je me sens seul lors de la garde  de ce soir. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi. Je viens de poster les dernières sentinelles.  Je suppose, que je monterai plus la garde autour de sa dépouille. Je ne peux pas chasser son visage de l’œil de mon esprit; cela me hante continuellement, et l’odeur est toujours dans mon nez et sur mes mains.

J’ose dire que cet événement fera beaucoup de bruit en Angleterre avant que vous ne l’appreniez, et vous vous demanderez pourquoi je n’ai pas écrit par le  navire qui prend les dépêches. C’est cependant plus facile à dire qu’à faire. Personne n’a pu, je crois, écrire par ce navire.

—-

Jeudi 10 mai 1821.

Nous avons enterré Napoléon Bonaparte avec les honneurs militaires. Les funérailles que je vais décrire du mieux que je peux. En premier lieu, vous devez comprendre la  configuration du sol près de Longwood. L’île, en général, est composée de crêtes hautes et étroites de collines qui courent, ou plutôt divergent, du Pic de Diana vers la côte, où elles se terminent brusquement en d’immenses précipices. Les vallées entre elles sont très raides. Longwood est situé sur l’une des crêtes, et l’endroit où Nap a choisi  de reposer  est dans la vallée entre celle-ci et la vallée de Jamestown, où se trouve la ville de Jamestown, et qui, par sa forme circulaire, est appelée, au moins près de la tête de celui-ci, comme je l’ai déjà dit, le Punch Bowl. Cette une partie près de la mer  qui est appelée la Vallée de Rupert. Pour descendre vers la tombe, une route a été faite à partir de la voie publique (que j’ai oublié de mentionner et elle tourne complètement autour du Punch Bowl, à quelques pieds du sommet de la colline), s’inclinant vers le bas dans la vallée, et commençant exactement sur le côté de Longwood. Les troupes, qui étaient environ composées  1 600 hommes ont été  disposées à partir du poste de garde de  Longwood, sur  le bord au-dessus de la route, successivement par ancienneté : 20ème, troupes de marine,  puis 66ème, et ensuite régiment d’artillerie  de volontaires de Sainte-Hélène ; sur la gauche, onze canons de l’artillerie royale désignés afin d’effectuer les tirs [lors de la cérémonie ?]. Nous étions en  bon ordre, présentant nos armes renversées, l’orchestre jouant  un  chant funèbre. Après un peu de temps, le cortège est apparu par la porte. D’abord vint le prêtre, et Henry Bertrand portant l’encensoir; après eux. Le docteur Arnott et le médecin français [Dr Antommarchi]. Ensuite, les pompes funèbres, puis le corps. Le  Il avait été déplacé de sa propre voiture et quelque chose comme un corbillard ouvert avait été mis à sa place. Il était attiré par quatre de ses propres chevaux, avec des postillons dans sa livrée impériale. Il y avait un cercueil simple en acajou et, au lieu d’un voile, son manteau a été jeté dessus. Au sommet, il y avait un grand livre avec son épée posée dessus.

Napoléon Bertrand [un des fils du général Bertrand] et le valet de chambre [Louis Marchand]  marchaient de chaque côté du corbillard. Six de nos grenadiers, sans armes, ont marché de chaque côté. Après que le corps  soit transféré dans le corbillard, le cheval  qui le tirait a été magnifiquement caparaçonné. De chaque côté, montaient les comtes Bertrand et Montholon. Après eux, une petite voiture avec la comtesse [Bertrand] et deux de ses enfants. Tous les Français étaient en noir. Les officiers  militaires de la marine et de l’état-major ont suivi et, dès que l’ensemble a passé la gauche de la ligne, nous avons inversé les armes et avons suivi. Les troupes ne sont pas descendues dans la vallée, mais se sont formées sur la route immédiatement au-dessus de la tombe, dans le même ordre,  présentant nos armes inversées, pendant la cérémonie. Arrivé au tournant de la route qui descend, corps a été retiré du corbillard et transporté par des grenadiers des 20ème  et 66ème  régiments, sous le commandement du lieutenant Connor. Je dois maintenant décrire la tombe qui a été préparée pour lui. L’endroit qu’il a choisi est à l’extrémité la plus haute d’un petit jardin appartenant à un M. Torbett. Il est complètement surplombé, pour un espace d’une trentaine de mètres carrés ou plus, avec cinq ou six saules pleureurs. Un peu d’un côté était une source de la meilleure eau de l’île, et qu’il utilisait chaque jour. Cela descend la vallée. Aucun  ruisseau n’est perceptible. Près de la tombe, l’humidité est juste suffisante pour garder le gazon complètement vert et l’endroit frais. Ici, la tombe a été creusée. Sa capacité intérieure était de douze pieds de profondeur, huit pieds de long et six pieds de large, entourée d’un mur d’environ trois pieds d’épaisseur tout le long, et enduit de ciment romain. À environ deux pieds du fond et reposant sur des blocs de pierre, le  coffrage en pierre était, construit comme une grande boîte, avec le couvercle ouvert et le couvercle reposant sur l’un de ses bords. Au-dessus de la tombe ont été placées des poutres et des cordes utilisées pour abaisser le cercueil. À chaque extrémité de la tombe, un triangle a été érigé et une poutre a été posée d’un côté à l’autre sur la tombe. Les cordes, les poutres et les poulies étaient couvertes de noir. La tombe était tapissée de tissu noir et le sol, sur environ deux pieds de diamètre, en était recouvert. Le reste était du gazon vert.

Une fois cercueil en bois  descendu dans  le coffrage en pierre, le couvercle en fut fermé et une salve de fusils tirée. Ils ont ensuite procédé aux cérémonies catholiques romaines. Un gardien subalterne nous a alors ordonné de prendre en charge le tombeau ou la tombe, et trois tentes ont été installées pour leur logement. Une immense foule s’est rassemblée pour assister à la cérémonie, et le Punch Bowl ressemblait à un vaste amphithéâtre.

Je vous ai donné une déclaration  inexacte des cercueils. Le premier est en fer blanc, le deuxième en  acajou, le troisième en plomb, le quatrième  en acajou et la cinquième, le coffrage, en pierre.  Ils avaient l’intention de l’enterrer avec une cruche d’argent, une assiette, un couteau, une fourchette et une cuillère, avec du pain et certaines de ses propres pièces de monnaie. Mais ils ont été obligés de laisser de côté la cruche, le pain, l’épée et le manteau, n’ayant pas de place pour eux. Sir Hudson  Lowe n’a autorisé aucune inscription sur le cercueil, donc  il était parfaitement simple. Peu de temps après le départ de la garde, nous sommes partis. J’aurai le plaisir de la monter demain.

Les Français ont exposé  [à Longwood] l’assiette, les armes, les vêtements, etc., etc. de Bonaparte pour que nous puissions les voir, et nous montons dans environ une heure pour les regarder. Nous sommes montés hier, ma mère bien-aimée, pour voir les effets du grand homme. Ses chambres étaient disposées exactement comme elles l’étaient quand il les habitait. C’étaient deux pièces d’environ 14 pieds sur 10 pieds chacune. Elles formaient l’une des ailes de la maison et s’ouvraient les unes aux autres aux extrémités. Celle qui est  a plus proche du corps de la maison ouvre par une porte vitrée sur les jardins. La meilleure façon sera de l’esquisser sur une demi-feuille de papier et de vous la joindre. Il avait un lit dans chaque chambre, exactement semblable les uns aux autres; sommiers portatifs en fer, avec lattes en laiton sur lesquelles le lit peut reposer. Les pièces étaient  tapissées de blanc. Étant des lits de campagne, vous savez, le rail intérieur était bas, et à chacun était attaché un mouchoir de poche blanc[1]Au-dessus de la cheminée, qui était à l’autre bout de la pièce intérieure, étaient accrochés les portraits de sa mère, de Joséphine, Jérôme et  de deux de ses fils à des âges différents. Un canapé était placé près de la cheminée, et par-dessus, était accrochée Marie-Louise et son enfant, magnifiquement peints. Autant que je sache, il s’efforçait de cacher son infortune; mais, après que tout le monde l’avait quitté la nuit, et qu’il se croyait inobservé, cela ressortait d’une manière éclatante. Il avait l’habitude d’aller au canapé d’un lit et de celui à un autre, puis de revenir au canapé; de sorte qu’il ne se reposait presque jamais quatre heures d’affilées.

La vieille maison de Longwood où il vivait est misérable. Je ne savais pas que ça aurait pu être si mauvais. Ses propres appartements qu’il avait arrangés très soigneusement, mais le reste était dans un état horrible. Il n’y a pas une seule fenêtre dans la salle à manger; trois portes s’ouvrent sur d’autres pièces et une quatrième sur le jardin. Je n’aurais pas pu vivre comme lui, j’en suis sûr, la moitié du temps. Il avait certainement assez à manger et à boire, mais  je parle de choses stupides qui ne me concernent pas. Ses vêtements étaient tous disposés dans une seule pièce – manteaux, culottes, chapeaux, chemises, bas, chaussures et bottes,  longue-vues, fusils, pistolets, manteaux, gants, etc. Les  vestes étaient des uniformes ordinaires de différents corps. Pas d’ornements, sauf l’étoile et les épaulettes. J’ai essayé l’un de ses chapeaux armés. Il devait avoir une tête extraordinairement large, car il ne me convenait pas lorsqu’il était mis sur un carré (comme il le portait toujours), mais le faisait quand il était mis en avant et en arrière. Les pistolets étaient les plus beaux que j’aie jamais vus de ma vie. Il y avait seulement un écrin qui en contenait deux paires, magnifiquement sculptés et incrusté d’or et d’argent. Le harnais de son cheval était là aussi, bordé d’écarlate avec de grandes franges d’or. Les fusils étaient des pièces de chasse de différentes sortes. Un lui avait été envoyé par notre roi. Dans l’autre pièce, l’assiette et la porcelaine. Il y avait un jeu complet de couverts en argent. Il y avait un ensemble de couteaux, de fourchettes et de cuillères en or. Pas d’assiettes ni rien d’autre. Bien sûr, l’aigle, avec la couronne sur la tête et la foudre à sa portée, était partout. Il y avait un service à dessert et un service à café en porcelaine, le plus beau, je suppose, qui ait jamais été préparé. Sur chaque assiette était représentée une action de Nap. mais l’assiette la plus curieuse de toutes était une avec la carte de France dessus. Chaque paysage et figure représentés pourraient faire l’objet du regard le plus minutieux. Dans chaque soucoupe, la tête d’une personne était peinte. J’ai encore oublié de mentionner d’où j’écris. Je sais que vous admirez certains des noms que nous donnons à des endroits, vous aurez donc ceci: la Garde du Sépulcre [Tombeau].

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13 mai 1821.

Il est maintenant près de neuf heures. Le vent balaie furieusement le Punch Bowl et sur la tombe du pauvre Napoléon. Il y une sentinelle qui se promène de chaque côté, pour l’attraper s’il se lève de sa tombe. Le tombeau n’est pas fini. Il est recouvert d’une chose comme une porte couverte de tissu noir. Deux Français sont venus lui rendre visite aujourd’hui. Ils ont beaucoup déploré sa perte. On m’a demandé un morceau de saule qui surplombait sa tombe. Je ne pouvais pas le refuser à un vieux serviteur. Il le partagea avec l’autre, et le mit dans les couronnes de leurs chapeaux, et me remercia très chaleureusement, et leur déclara plus de valeur que les couronnes d’or. Ils ont ensuite pris un verre à la source d’eau.

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20 mai 1821.

J’aimerai que cette lettre soit postée ce soir soir. Je dois donc conclure bientôt. Je dois encore vous donner un plan au sol de la maison. Peintre miniature ici, M. Rubidge, a pris une très heureuse ressemblance avec Napoléon après sa mort; il a l’intention de le ramener chez lui et de le graver. J’ai souscrit à deux  exemplaires, que j’ai souhaité destiner à mon père avec M. R Binnie. J’espère que vous les aimerez. Je souhaiterais, si cela est possible, que vous m’en envoyiez une. Mais peut-être pourraient-ils se briser ; alors, gardez-les jusqu’à ce que je vous vois. La ressemblance a été prise le deuxième jour après sa mort, juste avant la formation du plâtre de la tête. Nap a laissé au Dr Arnott, qui est des nôtre et qui l’a assisté, une tabatière en or, sur laquelle, quelques jours avant sa mort, il a gravé  un ‘N’. lui-même, ainsi que 600 Napoléons, d’un jaune brillant, les pièces étant neuves. Le 66ème régiment s’en retourne par certains navires que nous avons ici, et leur embarquement  est prévu dans le courant de la semaine prochaine. Nous leur avons donné un dîner d’adieu hier. Je pense que nous irons en Inde.  Mais quand reviendrons-nous? Dieu seul le sait ! Cependant, je suis content quoi qu’il arrive. Nous devrons brûler nos meubles, je pense, car l’île est maintenant surchargée par le 66ème  régiment qui vend les siens. Nous aurons un feu glorieux de cabanes, de tables et de chaises. Je dois me hâter et vous dire au revoir.

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( 29 avril, 2021 )

1821-2021. Le général Charles de Montholon…

ApMontholonrès s’être engagé à l’âge de seize ans, en 1799, dans les rangs de l’armée d’Italie, on le retrouve en 1805 au service du maréchal Berthier en tant qu’officier d’ordonnance à l’état-major de la Grande-Armée. Nommé colonel en 1809, il est nommé par la suite ministre plénipotentiaire.  Montholon, promis à une carrière honorable commet un faux-pas en épousant une femme divorcée et d’une réputation de femme volage, malgré l’avis contraire de Napoléon : Albine de Vassal.  L’Empereur le destitue de son poste. Rien de très marquant dans la carrière de Montholon. Rallié à Napoléon après son retour à Paris, le 20 mars 1815,  il avait été nommé général durant la Première Restauration. Montholon ne participe pas à la campagne de 1815 en Belgique. Au lendemain de Waterloo, il est nommé aide-de-camp de l’Empereur. Il se met à la disposition de Napoléon, persuadé que ce dernier partira en exil en Amérique. Ce sera Sainte-Hélène mais Montholon, qui a entraîné dans l’aventure sa femme Albine et Tristan, leur jeune fils, sont du voyage.  Nous le retrouvons donc dans l’île parmi les proches de l’Empereur, le couple étant l’objet de leurs dissensions parmi ces derniers. Fin 1816, Las Cases (et son fils), qui était l’interlocuteur privilégié de Napoléon quitte l’île ; puis en 1818, c’est au tour de l’irascible Gourgaud. La situation ne peut que profiter à Montholon qui possède du tact une personnalité moins fade que celle du général Bertrand et qui a en poche un atout magistral : sa femme, encore jolie, n’entretient-elle pas des rapports privilégiés avec Napoléon ? En juillet 1819, Albine de Montholon quitte Sainte-Hélène. Les rapports de Montholon avec l’Empereur deviennent plus étroits, presque filiaux à un tel point que l’Empereur lui lègue par testament la moitié des fonds dont il peut disposer.  Après la mort de Napoléon, on retrouve Montholon en  Europe, alternant appels en faveur de Napoléon II, le fils de l’Empereur et opérations financières qui tournent à l’échec. Montholon réside en Suisse, pays où il fait la connaissance de Louis-Napoléon, le futur Napoléon III. Il soutiendra ce prince dans l’une de ses deux tentatives de prise de pouvoir, celle de Boulogne-sur-Mer, en 1840. Il est arrêté, jugé et condamné à six ans de prison qu’il passe ainsi aux côtés du neveu de Napoléon.  Montholon s’éteint en 1853. 

Christophe BOURACHOT

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( 28 avril, 2021 )

1821-2021. Infortuné Planat (de la Faye) !

Portrait de Planat

C’est cet officier (et non l’impétueux Gourgaud)  qui figurait sur la liste établie par le général Bertrand et qui désignait les personnes devant accompagner l’empereur à Sainte-Hélène. Ecoutons-le :

« Entré au service en 1806, aide-de-camp du général Lariboisière pendant la campagne de Russie, du général Drouot pendant celles de Saxe et de France, je fus nommé officier d’ordonnance de l’Empereur à son retour de l’île d’Elbe au mois de mars 1815[1]. L’admiration mêlée de réserve, qui jusque-là avait prédominé dans mes sentiments pour l’Empereur, se changea à cette époque en un dévouement sans bornes, et bientôt en un véritable culte pour le grand homme malheureux. Après le revers de Waterloo, je suivis l’Empereur à Rochefort et je montai avec lui sur le Bellérophon. Le 7 août 1815 je fus séparé de sa personne par ordre du gouvernement anglais[2]; le Northumberland emporta l’Empereur à Sainte- Hélène, un autre bâtiment anglais me transporta avec les généraux Lallemand, Savary et autres, à Malte où nous fûmes retenus pendant une année dans une étroite captivité. Relâché en août 1816, mais rayé des cadres de l’armée française, ne pouvant ni ne voulant, au moment de la plus furieuse réaction, rentrer dans ma patrie, je dirigeai mes premiers pas vers Rome. Une partie de la famille de l’Empereur y résidait auprès du cardinal Fesch, son nouveau chef. La nature et les motifs secrets de l’hospitalité accordée par la cour de Rome à l’ex-famille impériale ressortiront surabondamment des pièces que je publie; les mêmes motifs n’existant pas à mon égard, je fus invité, sur la demande de l’ambassadeur de France, M. de Blacas, à quitter Rome sous vingt-quatre heures. Je partis pour Florence, mais la persécution de M. de Blacas m’y suivit et me força bientôt de quitter Florence et l’Italie et de me réfugier en Autriche, malgré ma répugnance. L’année suivante,  le comte de Las Cases revint en Europe [3]. Il m’écrivit que l’Empereur avait, à plusieurs reprises, exprimé le vif regret de ne pas m’avoir auprès de lui… »

Illustration: Portrait de  Planat dans sa vieillesse .


[1] C’est seulement en 1818, par Las Cases, que le capitaine Planat de la Faye apprit qu’il avait été choisi par Napoléon afin de l’accompagner à Sainte-Hélène.


[2] Le dossier militaire de Planat (autorisé, par décret impérial du 31 mars 1860,  à ajouter à son nom celui de « de la Faye »), ne mentionne pas  le fait qu’il fut nommé officier d’ordonnance de l’Empereur. Cela ne veut pas dire que Planat ment mais que cette nomination n’a pas été actée par écrit. Voir la base « Léonore » de la Légion d’honneur, accessible librement sur internet. Cote du dossier Planat : LH/2175/62. Planat de la Faye était né en 1784; il s’éteint en 1864.

[3] Planat a la délicatesse de ne pas raconter ici la crise de nerfs que fit le caractériel Gourgaud afin de le remplacer sur la liste établie par le général Bertrand ! Cette attitude incroyable est inacceptable de la part d’un officier de la Grande-Armée ! Il convient de souligner que le 7 août 1815, au moment au cours de laquelle éclate cette crise, Planat se trouve depuis dix jours sur l’Eurotas, un autre navire de l’escorte du Bellérophon. Gourgaud avait une carte d’avance sur l’infortuné Planat : il se trouvait déjà sur ce navire et pu, immédiatement, faire éclater ces récriminations !

 

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( 24 avril, 2021 )

Proscrits et exilés…

Vaudoncourt

En Europe et ailleurs dans le monde, nombreux furent les partisans de Napoléon qui durent fuir la France. Ainsi  le général de Flahaut, aide-de-camp de Napoléon se retrouva en Angleterre, après bien des pérégrinations.   Le général Guillaume  de Vaudoncourt, passa également au Royaume-Uni, avant d’aller en Belgique puis de se fixer à Munich, près du Prince Eugène de Beauharnais[1].

La destination la plus « exotique » pour l’époque reste l’Amérique du Nord et accessoirement celle du Sud.

Joseph, frère aîné de Napoléon s’est installé aux Etats-Unis où il arriva fin août 1815. En juillet de l’année suivante, il achète une propriété à Point Breeze, non loin de Philadelphie et il s’y fixe pour plus de quinze ans.  Joseph recevra tout ce que l’Amérique compte comme exilés français:  Réal, Regnault de Saint-Jean d’Angély, les généraux Grouchy, Clauzel, Vandamme, Lefebvre-Desnouettes,  Rigau Henri et Charles Lallemand, Bernard,  brillant officier du Génie, pour ne citer que ceux-là. Dans cette Amérique, ce pays neuf qui attire tant de proscrits, de ces exilés loin de la France et qui se rassemblent autour de Joseph[3], il y a aussi la Louisiane qui fut province française jusqu’à sa vente en  mai 1803  par Bonaparte, Premier Consul) La Nouvelle-Orléans. Certaines de ses rues portent ou ont porté les noms évocateurs de Napoléon [2], Marengo, Austerlitz, Iéna…. On peut encore voir dans cette ville « La Maison Napoléon » appelée aussi « Maison Girod »[4], du nom de Nicolas Girod (1751-1840), ce français émigré aux Etats-Unis, bien avant l’Empire, et qui fut le Maire de cette ville de 1812 à 1815. Grand admirateur de l’Empereur, Girod voulait tenir sa demeure à la disposition de Napoléon dans le cas selon lequel il aurait choisir de partir pour l’Amérique en 1815. En mars 1817, le Congrès américain, à l’initiative de Monroe, président des Etats-Unis accorde des milliers d’hectares de terrain dans l’Alabama à la Société  Agricole et Manufacture française, appelée aussi « Société de la Vigne et de l’Olivier ». Cette dernière a été créée par des exilés bonapartistes français.  Environ trois cents colons ont à se partager cette vaste étendue, parmi lesquelles Clauzel, Lefebvre-Desnouettes, Henri Lallemand… Dans un environnement  naturel plutôt hostile et marécageux fut fondée Démopolis. Mais une erreur dans le plan d’attribution obligea ses habitants à déménager. Ils créèrent un peu plus au nord les villes d’Aigleville, Marengo et même Toulouse ! Ils fondent l’Etat de Marengo au nom évocateur et qui engloba ces trois villes. En 1818, au Texas (alors possession espagnole), le général Lallemand et cent-vingt officiers bonapartistes fondèrent « Le Champ d’Asile ».  Cette colonie est ouverte à tous les Français et étrangers ayant servi dans les armées de la République et de l’Empire.  Hélas, son existence finit par péricliter à l’automne 1818 ; tout comme la colonie d’Aigleville. L’Amérique du Sud et ses républiques naissantes accueillirent d’autres exilés français. Au Chili, par exemple, le général Brayer, dont Louis Marchand, le valet de chambre de Napoléon,  épousera la fille à son retour de Sainte-Hélène, y trouve refuge.  C’est aussi dans ce pays que l’on voit le colonel Latapie entouré de quelques soixante-dix volontaires et qui fut associé, avec d’autres officiers, à un projet afin de faire évader Napoléon de Sainte-Hélène. Exilé en Amérique du Sud  durant l’été 1817,  le capitaine  de cavalerie Persat [5] qui veut servir dans les armées du célèbre général Simon Bolivar, a également le même objectif. Toutes ces initiatives de complots afin de faire de resteront à l’état d’ébauche ; une importante mobilisation  collective faisant défaut et Joseph, frère de l’Empereur ne prit par prudence  jamais aucune position. L’ancien Roi d’Espagne préféra goûter à la quiétude de sa demeure de Point Breeze plutôt que de donner l’impulsion nécessaire, financière entre autre, à des projets qu’il jugeait comme étant peu réalistes voire dangereux[6]. L’Histoire a retenu le nom du général Van Hogendorp. Cet hollandais qui servit si bien Napoléon et qui fut un de ses aides-de-camp, est exilé depuis 1817 au Brésil. Il mène désormais une existence d’ermite à Rio de Janeiro. Hogendorp se consacre à ses plants d’orangers et de caféiers sur les pentes du célèbre Corcovado.  Nul ne sait, s’il songea un jour à faire évader Napoléon de son rocher de Sainte-Hélène[7].

Christophe BOURACHOT

Ci-dessus: portait du général Guillaume de Vaudoncourt. 


[1]  Avant de poursuivre sa route en Amérique du Sud, Persat rencontra Joseph Bonaparte à New-York en août 1817. Voici ce que le frère aîné de Napoléon lui confia : « «  Il m’assura dans des termes touchants qu’il était prêt à sacrifier sa vie et sa fortune pour la délivrance de l’Empereur, mais qu’il avait été forcé de renoncer à ce projet par des avis positifs qu’il avait reçus de Londres et qui lui faisaient connaître les ordres barbares du gouvernement anglais. Ces ordres étaient de mettre à mort l’Empereur au cas d’une attaque sérieuse contre les quatre mille geôliers qui le gardaient à vue comme les cannibales surveillent le prisonnier qu’ils vont dévorer! On se rappelle que le chef de ces geôliers était l’infâme et sanguinaire Hudson Lowe, digne en tous points d’exécuter les volontés de son exécrable gouvernement. »

[2] Napoléon savait que le général Hogendorp se trouvait au Brésil, comme il l’écrit, dans le Sixième Codicille de son testament, en lui léguant la somme de 100 000 francs.

[3] A La Nouvelle-Orléans  il existe une « Avenue Napoléon ».

[4] C’est actuellement un beau restaurant qui appartient à Ralph Brennan, un restaurateur qui possède d’autres établissements à La Nouvelle-Orléans. Sa carte, proposant des plats sympathiques, porte en gros plan (au moment où nous le constatons) la mention « Eating in exile » (« Manger en exil »), faisant allusion au caractère de demeure d’exil qu’aurait pu avoir cet endroit pour Napoléon. Mais l’Histoire en a voulu autrement ! Cet établissement dispose de plusieurs salles et salons pour organiser des réceptions. On y trouve même une « Napoléon Room » (« Salle Napoléon ») ! Site officiel : https://www.napoleonhouse.com/

[5] Comme il le dit dans la préface de ses « Mémoires », cet officier a servi depuis Austerlitz jusqu’à Waterloo, dans les rangs des grenadiers cheval,  ceux du 9ème dragons et du 4ème lanciers.

[6]  Par la suite, Le général de Vaudoncourt, se battra en Italie alors en proie à des mouvements révolutionnaires. On le retrouve ensuite en Espagne, pays qui connaît également un soulèvement du même ordre face au régime royal en place. Cet officier a publié notamment un témoignage qui fut réédité il y a quelques années : « Mémoires d’un proscrit, 1812-1854», La Louve, 2012, 2 volumes.

[7] Rien que dans la ville de Philadelphie (20 000 habitants à l’époque) comptera jusqu’à plus d’un millier d’exilés français qu’ils soient civils ou militaires. En Amérique, à la même époque, J. Lucas-Dubreton (« Le Culte de Napoléon »), écrit que l’on compte « près de 25.000 Français –émigrés de 93, terroristes, proscrits,- refugiés à New-York, Baltimore, Boston, Philadelphie, surtout, ville des grands loges maçonniques, où il y a des tavernes, la liberté d’opinion et des femmes. ». J. Thiry, dans son « Sainte-Hélène », cite le passage suivant : « Ayant appris que son frère Joseph avait acheté de grandes propriétés en Amérique et que de nombreux Français se groupaient autour de lui, l’Empereur pensa que des hommes très forts pourraient combattre victorieusement le système qui triomphait en Europe. S’il avait gagné l’Amérique, il aurait appelé auprès de lui tous ses proches qui auraient pu réaliser au moins quarante millions [de francs]. Ainsi se serait créé le noyau d’un rassemblement national et d’une patrie nouvelle. Napoléon pensait qu’avant un an, il aurait groupé autour de lui cent millions [de francs] et soixante mille individus dont la plupart auraient eu propriété, talents et instruction. Il aurait aimé réaliser ce rêve et acquérir ainsi une gloire nouvelle. « L’Amérique, continuait-il, était notre véritable asile sous tous les rapports. C’est un immense continent d’une liberté toute particulière. Si vous avez de la mélancolie, vous pouvez monter en voiture, courir mille lieues et jouir constamment du plaisir d’un simple voyageur; vous êtes l’égal de tout le monde; vous vous perdez à votre gré dans la foule, sans inconvénients, avec vos mœurs, votre langue, votre religion. »

 

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( 23 avril, 2021 )

L’impératrice Marie-Louise…

ML3

Née en 1791, l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, est élevée dans la haine et la terreur des Français, elle assiste aux deux grandes invasions de 1805 et de 1809. Lorsqu’en décembre 1809, l’Europe apprend le divorce de Napoléon et de Joséphine, et son intention d’épouser une princesse de sang royal, Marie-Louise écrit : « Je plains la pauvre princesse qu’il choisira. ».Ce sera elle … Elle doit prendre le chemin de la France en mars 1810. En avril elle devient l’épouse de l’Empereur des Français et lui donne un héritier le 20 mars 1811 : Napoléon II, le roi de Rome.  En 1813, elle est nommée régente par Napoléon, ayant pour finalité d’assurer l’accession au trône de leur fils au cas où il arriverait malheur à l’Empereur. A la fin de la campagne de France, Paris étant menacée, Marie-Louise quitte la capitale le 29 mars 1814, sur l’insistance de Joseph, lieutenant-général de l’Empire qui fait état d’une lettre de Napoléon stipulant que l’Impératrice et son fils ne doivent jamais tomber au pouvoir des ennemis de la France. Réfugiée à Blois puis à Rambouillet elle prend le chemin de l’Autriche, après l’abdication de Napoléon. Marie-Louise espère pouvoir rejoindre l’Empereur dans son exil de l’île d’Elbe. En août 1814, son père, François II, empereur d’Autriche, lui adjoint pour la surveiller, le comte de Neipperg (1775-1829), qui a perdu un œil en combattant les Français à Dolen en 1794. Séduite par cet officier prévenant et malgré tout encore d’une belle prestance, une liaison débute. L’île d’Elbe est oubliée ! Elle épouse Neipperg en 1821, après la mort de l’Empereur à Sainte-Hélène. De cette union naissent quatre enfants ; dont deux avant son mariage, alors qu’elle est encore légalement l’épouse de Napoléon. Son entourage autrichien mettant tout en œuvre pour la détacher de ce dernier, pas un seul instant, en 1815, elle ne songe à son impérial époux et au malheur qui s’abat sur la France. Duchesse de Parme, de Plaisance et de Guastalla, en 1816, blessée dans sa chair par la mort de son fils, l’Aiglon, en 1832, elle épouse en 1834 le comte Charles-René de Bombelles (1785-1856), son premier gentilhomme de la Cour et s’éteint à Vienne en 1847.

C.B.

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( 22 avril, 2021 )

1821-2021. Une vengeance d’Hudson Lowe ?

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Le fils de l’auteur du « Mémorial de Sainte-Hélène », a été un des plus jeunes témoins de la captivité de l’Empereur. Né en 1800, il  avait donc quinze ans au début de l’épisode hélénien. Le 30 décembre 1816, son père et lui furent expulsés de l’île. Le texte qui suit est un des rares à aborder l’acte de violence à laquelle se livra Emmanuel de Las Cases sur la personne d’Hudson Lowe, en 1822 à Londres. Ecrit par un certain Gabriel Vauthier, il parut la première fois en 1923, dans la « Revue des Etudes Napoléoniennes ».      

On sait quel rôle Hudson Lowe joua auprès de Napoléon. L’Empereur ne fut pas le seul qui eut à souffrir de l’esprit mesquin et agressif de ce personnage. Ses plus dévoués serviteurs ne tardèrent pas à devenir suspects à ce geôlier. Las Cases et son fils âgé de quinze ans furent bientôt éloignés de Sainte-Hélène et envoyés au Cap comme prisonniers. Ils y restèrent huit mois. Revenu en Europe, le jeune homme séjourna successivement en Belgique et en Allemagne ; en 1819, il put rentrer en France sous un nom supposé. Il avait toujours sur le cœur la conduite d’Hudson Lowe à l’égard de son père, de sa propre personne, et surtout de l’Empereur. En 1821, Hudson Lowe était revenu d’Angleterre, où on le mit à la tête d’un régiment, et où il fut bien accueilli par le public. Mais la vérité avait fini par filtrer, celle d’O’Meara, ‘Bonaparte en exil ou la voix de Sainte-Hélène’. Cette même année, le fils de l’auteur ‘Mémorial ‘, Emmanuel, se rendit à Londres, et de sa cravache frappa Hudson Lowe en plein visage. Cet affront sanglant appelait une réparation : l’Anglais se tient coi. Or, le 13 novembre 1825, les journaux publiaient dans les faits divers le récit suivant : « La commune de Passy près Paris, a été hier le théâtre d’un horrible attentat. M. Emmanuel de Las Cases, fils de M. le comte de Las Cases, y a été frappé la nuit de deux coups d’une arme à deux tranchants, l’une sur le cœur, auquel n’a échappé que par un bienfait tout particulier de la Providence, le coup ayant traversé son portefeuille et ne s’étant arrêté que sur un paquet de cartes de visite  dont plusieurs sont percées ; le second coup a produit une blessure grave à la cuisse droite, mais qui ne laisse à craindre néanmoins aucune suite fâcheuse. « M. Emmanuel de Las Cases sortait vers les huit heures et demie de chez son père, où il avait dîné, et retournait à Paris. Il avait fait à peine deux cents pas lorsqu’au coin d’une rue isolée -celle du Haut-Moulin et en communication avec la plaine, il s’est trouvé subitement assailli par deux scélérats. Il en a terrassé un, et allait atteindre l’autre, quand le mauvais état des chemins l’a fait tomber lui-même et a facilité l’évasion des meurtriers. La justice, saisie de cette affaire, est à la poursuite des coupables. » Le ‘Journal des Débats’, d’où est tirée cette citation, termine par ces mots : « M. de Las cases, n’ayant point d’ennemis, pense qu’on s’est trompé. » Cette dernière phrase est bien discrète ; il semble qu’elle ait été écrite à dessein pour empêcher de prononcer un nom que l’on ne tarde pas à avoir sur les lèvres. ‘Le Constitutionnel’ donne des détails plus circonstanciés : « M. de Las Cases se traîna vers la maison de son père, mais son sang coulait avec abondance ; il perdit ses forces et s’évanouit à quelques pas de la porte. Avant de sortir, il avait vu deux hommes à vingt pas auprès la maison. On ignore encore quel a pu être le motif de ce crime. La famille l’attribue à une vengeance particulière, et M. de Las Cases rapporte que l’homme qui l’a frappé parlait à peine français. Le maréchal des logis de la gendarmerie s’est aussitôt rendu sur les lieux pour dresser son procès-verbal et a ordonné une patrouille extraordinaire. Des détachements de la Garde nationale ont aussitôt parcouru les rues de Passy. Jusqu’à présent toutes les recherches ont été infructueuses. » Cette vengeance particulière, la famille n’en ignorait pas l’auteur. Une citation empruntée par ‘Le Constitutionnel’ au  ‘Courrier français ‘ donne ce nom en toutes lettres : « Sir Hudson Lowe, logeant à Paris, rue de Rivoli, Grand hôtel de Paris, avait en même temps un appartement à  Passy, rue Franklin, n°21, qui a occupé depuis le 29 octobre jusqu’au vendredi soir 11 novembre. Il a pris en  personne lundi 14 chez M. Laffitte des lettres de crédit sur la Turquie, et il a quitté Paris mardi 15 entre 6 et 7 heures du soir. La veille de son départ, il disait que, puisque la calomnie le poursuivait, il retarderait le voyage qu’il avait projeté jusqu’à ce qu’on eut reconnu les coupables. Le soir même du 12 novembre, jour de l’assassinat de M. Emmanuel de Las Cases, deux hommes de mauvaise mine se présentent plusieurs fois chez M. Emmanuel, rue Neuve-du-Luxembourg, n°13 [actuellement rue Cambon, Paris 1er], et demandèrent à son portier s’il était allé à Passy, et à quelle heure.

Tous ces détails sont rigoureusement exacts. » Ce qui est singulier, c’est que l’enquête judiciaire n’eut lieu que le 17 novembre :

« Le procureur du roi et M. Brière-Valigny, juge d’instruction, dit ‘Le Moniteur’, se sont rendus hier à Passy auprès de M. le baron de Las Cases, et ont procédé conjointement avec M. le baron Dupuytrens et M. le docteur Marc à l’examen des blessures de M. de Las Cases. Les cochers de cabriolets avaient été appelés hier à la préfecture de police pour faire leur déposition sur un fait qui se rattache à la tentative d’assassinat sur la personne de M. de Las Cases. Il paraît que l’on a su que, le 12 octobre, un cabriolet avait amené deux personnes à la porte de Franklin et qu’il les y avait attendues depuis trois heures jusqu’à huit heures et demie. » Le départ précipité d’Hudson Lowe entraîna la presse à penser qu’il était l’auteur du guet-apens. Il fuit, mais ce n’est pas en Angleterre qu’il se rend ; il va en Allemagne, et le 19 novembre, les journaux signalent sa présence à Francfort. Il suivit un singulier chemin pour aller prendre possessions de ses nouvelles fonctions. En effet, il avait été nommé commandant des forces militaires à Ceylan, ce qui était un poste secondaire et une disgrâce. Ce n’était pas la première qu’il éprouvait, car on lui avait refusé une pension après son retour de Sainte-Hélène. Il voulait se venger avant de partir pour un pays où il était difficile de le poursuivre. Les journaux anglais cités par les nôtres s’occupèrent de l’affaire. « L’un d’eux, le ‘Star’, rejette sur ceux qu’il appelle ‘les bonapartistes’  l’assassinat [terme un peu fort car l'intéressé ne fut "que" grièvement blessé] de M. de Las Cases, parce que, dit-il, on voulait faire tomber les soupçons sur Hudson Lowe ». 

L’affaire fut classée, et la presse ne parla plus de cet attentat. Les meurtriers restèrent donc inconnus. Rappelons qu’Emmanuel de Las Cases fut député du Finistère sous Louis-Philippe et sénateur en 1852. Il mourut rue de la Pompe, le 8 juillet 1854. 

Gabriel VAUTHIER.  

 


Cet incident a peut-être eu lieu dans la rue Scheffer actuelle (16ème arrondissement), appelée à cette époque rue du Moulin, une voie de l’ancien village de Passy.

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