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( 7 avril, 2020 )

Napoléon à Oschmiana. Récit du chirurgien Geissler

Napoléon à Oschmiana. Récit du chirurgien Geissler dans TEMOIGNAGES Geissler-226x300Dans sa « Geschichte des Regiment Herzoge su Sachsen » (pp.136-137), le chirurgien Geissler raconte qu’il vit Napoléon arriver le 5 décembre 1812 au soir. Tel était l’enthousiasme que l’Empereur inspirait encore aux soldats qu’on eut du mal à empêcher les troupes allemandes de la division Loison de lui faire une ovation. 

Arthur CHUQUET 

‘Le 5 décembre au soir, Napoléon arrivait du quartier-général de Smorgoni- à une journée de marche d’Ochmiana- après avoir remis au roi de Naples [Maréchal Murat]  Le commandement en chef de l’armée. Il était près de 10 heures du soir lorsqu’il arriva à Ochmiana, accompagné d’un détachement de cavalerie polonaise. Il était dans une voiture de voyage drapée de fourrure et tirée par six petits chevaux lithuaniens ; Caulaincourt, duc de Vicence, à côté de lui ; sur le siège, le mamelouk Roustam et l’interprète polonais, le capitaine de la Garde Wonsowicz. Dans un traîneau suivaient le Grand Maréchal Duroc, duc de Frioul, et Mouton, comte de Lobau.

L’Empereur portait une pelisse verte garnie de brandebourgs d’or et un bonnet de même espèce. Il avait l’air grave et semblait être en très bonne santé. Depuis que nous l’avions vu de près à Gotha en 1807, à Erfurt et à Weimar en 1808, et, en dernier lieu, à Donauwörth  en 1809, son visage n’avait pas du tout changé. Nous considérions ce  puisant mortel à la distance de quelques pas- car, par hasard, il avait fait arrêter devant notre quartier- et avec la plus grande attention. Les généraux Gratien (qui remplaçait Loison, pas encore arrivé) et Vivier, avec les colonels des régiments, s’étaient mis en demi-cercle à la portière de la voiture. On parla du grand froid et de la surprise qui venait d’avoir lieu [celle tentée par le partisan Seslavine, qui à la tombée de la nuit, était soudain entré dans Ochmiana avec des canons sur traîneaux] et qui parut affecter désagréablement l’Empereur : il croyait peut-être que l’ennemi connaissait déjà son départ. La personnalité de cet homme extraordinaire, la plus attachante de l’époque moderne, ses traits marqués de l’empreinte de la plus grandiose originalité, ses puissantes actions qui avaient remué son temps et son monde, nous entraînaient à une involontaire admiration.

La voix que nous entendions à l’instant même, n’était-ce pas la voix dont le moindre accent résonnait dans toute l’Europe, déclarait des guerres, décidait des batailles, déterminait le destin des empires, élevait ou détruisait la gloire de tant et tant d’hommes ? Lorsque la nouvelle de son arrivée se répandit parmi les troupes, elles voulurent manifester. Malgré le froid rigoureux et d’autres conditions favorables, comme les troupes d’Oudinot et de Victor à Borisov, le saluer par l’habituel cri de joie.  Mais à cause de son incognito, de telles acclamations furent réprimées.  »

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( 4 avril, 2020 )

Une visite de Napoléon à la poudrerie d’Essonne…

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Ce témoignage fut publié la première fois en 1910, dans le « Carnet de la Sabretache », par le petit-fils de l’auteur, le docteur de Tastes. Le 31 mars 1805, l’Empereur se rendant à Milan pour s’y faire sacrer roi d’Italie, fait une étape dans la petite ville d’Essonne. Il y est reçu par Pierre Robin (1769-1826), commissaire des poudres et directeur de la Poudrerie.

Le 10 germinal an XII, a été un jour très remarquable pour nous par la visite de l’Empereur à la poudrerie que je dirige. Eugène était celui de nos enfants présents qui pouvait faire plus d’attention à cet événement et se le rappeler. On attendait l’Empereur depuis plusieurs jours sur la route d’Essonne où il devait passer pour aller se faire sacrer à Milan ; chaque jour, je faisais guetter son passage pour faire voir son cortège aux enfants ; ne me doutant guère qu’ils seraient à même de le voir d’aussi près. Le dimanche 10 germinal, jour auquel il devait passer, j’ai mené  dès le matin sur la route de Paris les enfants qui attendaient avec impatience ; nous nous sommes promenés fort longtemps, ensuite nous sommes entrés chez une personne dont les fenêtres donnaient sur la route. Il passait à chaque instant des voitures ; enfin, à quatre heures, lassés d’attendre en vain, nous sommes revenus dîner à la maison où quelques voisins étaient réunis, nous attendant à ne rien voir, et les enfants ayant pris leur parti.  A peine avions-nous à moitié dîné, que j’ai vu accourir à bride abattue un officier à cheval. Il m’a annoncé la visite de l’Empereur qu’il ne précédait que de quelques minutes. Je n’avais à la fabrique ni chefs, ni ouvriers, tous étaient allés sur la route pour voir le cortège et j’étais moi-même trop heureux d’être revenu à la maison et, plus encore, d’avoir différé un voyage à Paris que je devais faire à cette époque. J’ai fait sur-le-champ courir le portier à Essonne pour avertir le chef poudrier qui avait sur lui les clefs des ateliers et dont le logement était fermé, n’y ayant absolument personne chez lui. Je bouillais d’impatience et je m’occupais à faire soulever une fenêtre pour entrer chez lui lorsqu’il est heureusement accouru encore à temps. Quelques minutes après, l’Empereur est arrivé. Sa voiture est entrée dans la cour et s’est rangée du côté de notre habitation. Les gardes n’ont pu empêcher une centaine de personnes d’entrer dans la cour avec la voiture. L’Empereur, descendu de voiture, a demandé d’un ton sec et avec un son de voix de la gorge qui parait lui être naturel : « Où est le directeur ? » Je me suis présenté. Il m ‘a demandé toujours avec le même ton sec : « Pourquoi la fabrique n’est point en activité ? » Je lui ai répondu que je n’avais pas reçu d’ordre de travailler le dimanche et que ce jour était ordinairement consacré au repos des ouvriers. Il a répliqué qu’il fallait travailler les dimanches et fêtes, le jour et la nuit ; qu’il comptait sur cette fabrique pour l’approvisionnement des ports à cause de la facilité du transport par la Seine. Tout en parlant, je le conduisais machinalement vers les moulins, il y allait sans doute aussi sans y penser. Il me fit une foule de questions très serrées sur le nombre des pilons, la quantité de poudre fabriquée par chacun, celle que l’on fabriquait par jour, que l’on avait fabriqué hier. Je n’étais point préparé à toutes ces question ; elles étaient faites avec un ton sec et si impérieux, elles se succédaient si rapidement, il fallait trouver si promptement des réponses qui exigeaient quelque calcul de tête, que, je l’avoue, l’esprit assez présent pour répondre avec la vivacité et le ton positif qui eût été convenable. Il eût fallu ne pas hésiter, dire des quantités rondes et approximatives, mais je n’eux même pas cette idée, je voulais être exact, et j’avais l’air de n’être pas très bien au fait des travaux courants. Cependant, je m’en suis tiré et je suis persuadé que Bonaparte a dû s’apercevoir de mon émotion et lui attribuer l’hésitation que je mettais dans mes réponses. Il me demanda ensuite ce que j’avais en approvisionnements de matières premières, ce que je pouvais fabriquer en employant tous les moyens et ne manquant de rien. Je répondis à toutes ces questions par aperçu. Je me servais dans mes expressions du mot « kilogramme », mais il me faisait revenir au poids de marc et j’étais obligé de doubler toutes mes quantités pour arriver à cette mesure gothique. Cela me surprenait, car Bonaparte était bien assez instruit pour connaître le système des nouvelles mesures et en sentir tous les avantages, mais sans dote il était guidé par l’habitude et par le besoin de concevoir promptement. Je lui ai bien fit que je manquais d’argent, mais je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui dire que, depuis plus d’un an, je laissais mes appointements dans la caisse, ce qui était pourtant bien vrai. Je ne lui ai rien dit, ni à ma décharge, ni à ma louange. Il m’a parlé avec le ton dur et sec que l’on m’a dit généralement qu’il avait avec tous ceux qui dépendaient de lui ; il a écouté mes réponses avec attention et patience, quoiqu’en général, je lui aie parlé avec une grande liberté, ne lui ayant fait aucun compliment, lui ayant même répondu souvent sans lui dire ni « Sire », ni « Votre Majesté ». Je lui ai même dit une fois que je ne l’entendais pas ; il a répété sa question sans humeur et impatience. Je lui ai trouvé la physionomie dure et froide, la démarche peu noble, mais l’air vigoureux et la tête pensante, le son de voix aigre et guttural ; les manières, le ton peu aimables et très impérieux. Il m’a donné comme à tout le monde des preuves de la multitude de connaissances de détails qu’il a dans toutes les parties de l’administration et de la facilité avec laquelle il démêle toutes les idées et s’en sert dans les occasions, mais j’ai trouvé qu’il savait se faire craindre, obéir, admirer, et non pas se faire aimer. C’est un mélange de César, d’Alexandre, de Tamerlan, de Charlemagne, de Frédéric ; mais ce n’est point Henri IV. 

J’ai voulu consigner ici le récit de cet événement, les impressions, les réflexions qu’il a fait naître en moi. Pour ce qui concerne Eugène, voici ce que j’ai à en dire, c’est que, pendant les vingt ou trente minutes qu’a duré la présence de l’Empereur, il n’a pas cessé d’être auprès de moi et d’écouter tout ce que nous disions ; mais je ne sais cela parce qu’il me l’a dit depuis et que tout le monde me l’a affirmé. Je ne l’ai pas vu un seul moment tant j’étais préoccupé du soin de répondre. Au surplus, l’écuyer Caulaincourt était derrière et repoussait tous ceux qui voulaient approcher. M. Chapelain, mon élève, n’a pu parvenir à s’approcher de nous ; apparemment qu’on a fait moins d’attention à l’enfant. Lorsque l’Empereur est monté dans sa voiture, je lui ai demandé ses ordres ; il m’a répondu qu’il me les ferait donner par le ministre. Il est parti et, quelques minutes après, il m’envoya dire par un de ses officiers de me rendre le lendemain, à dix heures du matin, à Fontainebleau pour m’entretenir plus longuement, disait-il. Ce voyage a fait beaucoup jaser dans le canton, a causé beaucoup d’inquiétude à ma femme et, sans me donner aucune crainte, m’a tourmenté passablement. J’ai employé  la soirée à faire des notes pour répondre catégoriquement à toutes les questions possibles ; je suis parti le soir même pour coucher en route, je n’ai pas dormi de la nuit, je suis arrivé à Fontainebleau à huit heures du matin. Je me suis habillé, j’ai déjeuné et, à dix heures, j’étais au château. J’y ai pénétré facilement, mais tout le monde était surpris que j’eusse à parler à l’Empereur. Il était occupé à visiter le château avec ses architectes. Enfin, il a traversé à deux ou trois reprises  la pièce où j’étais et m’a regardé avec son air dur. Il a paru surpris de ce je ne baissais point les yeux et, au contraire, je les fixais sur lui avec assurance. Il m’a renvoyé au Ministre de la Guerre (Berthier) avec lequel j’ai conféré à deux reprises et que j’ai trouvé assez affable, mais u peu ahuri. On disposait d’une chasse qu’il devait commander en qualité de Grand veneur ; toute la cour était en habit de chasse. J’ai attendu longtemps et j’ai vu toute la foule de ces courtisans d’hier qui s’agitaient et avaient toute la mine de ne pas savoir encore bien leur métier. Alex. Berthier m’a transmis les ordres positifs de l’Empereur et je me suis retiré. J’ai été me promener dans la forêt avec un ami qui m’avait reçu chez lui, mais j’étais trop agité pour jouir de la promenade. Je suis revenu le lendemain à la maison où j’étais attendu avec impatience, et les habitants d’Essonne et de Corbeil, qui s’étaient épuisés en conjectures, ont vu que la montagne avait enfanté une souris, et que j’étais revenu comme j’étais parti, ce qui a fait cesser les coups de chapeau  dont j’avais été accablé la veille. 

Pierre ROBIN

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( 31 mars, 2020 )

Le retour de Napoléon raconté par un témoin lyonnais…

Ce témoignage qui fut publié dans le Carnet de la Sabretache, en 1923, est celui d’un royaliste. Malgré les inexactitudes qu’il recèle, l’atmosphère des jours qui précédèrent et qui suivirent le retour de l’Empereur y est bien retranscrite.

C.B.

Il semble qu’il ne reste plus rien à dire sur le Retour de l’île d’Elbe. Cependant, le récit qui va suivre nous a paru intéressant, non seulement parce qu’il nous donne les impressions d’un témoin de ce prodigieux événement, mais parce qu’il contient des détails inédits. Son auteur, le baron Balthazard Hubert de Saint-Didier, qui se livrait à de fréquentes allées et venues entre son château de La Tour-de-Priay, situé dans le département de l’Ain, et le domicile qu’il possédait à Lyon, était, par sa situation personnelle et par l’étendue de ses relations, mieux placé que bien d’autres pour Le retour de Napoléon raconté par un témoin lyonnais... dans TEMOIGNAGESconnaître l’état d’esprit des populations au milieu desquelles il vivait et pour tenir ses renseignements des meilleures sources. Il se rendait de Priay à Lyon, lorsqu’il apprit, à Montluel, le débarquement et l’arrivée imminente de l’Empereur. Comme il atteignait le but de son voyage, le comte d’Artois, accouru en toute hâte, venait d’arriver de Paris pour organiser la résistance. Il put donc de rendre compte par lui-même des efforts infructueux et du départ précipité de ce prince, assister à l’entrée de Napoléon et s’instruire en détail de ses moindres faits et gestes. C’est ainsi qu’il sut, bien avant que les « gazettes » aient eu le temps de les relater, tous les incidents survenus depuis le départ de l’île d’Elbe jusqu’à l’arrivée de l’Empereur à Lyon et fut ensuite et fut ensuite parfaitement informé de ceux qui marquèrent la fin de sa marche sur Paris. Le retour de Napoléon entraînait des conséquences trop graves pour ne pas produire une profonde sensation. Le baron de Saint-Didier dut en être d’autant plus ému que ses sentiments personnels et ses traditions de famille le rattachaient étroitement aux Bourbons. En effet, son père, le baron Ennemond Hubert de Saint-Didier, mestre de camp de cavalerie en 1773, et chevalier de Saint-Louis, avait été écuyer servant de Madame, comtesse de Provence. Lui-même, était né à Lyon, le 19 février 1779, mort à Neuville-sur-Ain en 1863.

Comte Louis de COLBERT-TURGIS.

Chaque jour la sollicitude du Roi s’étendait sur tous les points de l’administration. Des règlements justes, sur toutes ses branches, accroissaient le bonheur des Français et leur faisaient espérer un avenir calme. Toutes les plaies se fermaient. Les esprits qui avaient été le plus égarés se rattachaient de bonne foi au seul gouvernement juste et doux que la France eût éprouvé depuis ses affreuses convulsions. Mais l’esprit du mal n’était pas éteint. Quelques députés laissaient voir dans les discussions une habitude de révolution qui se trahissait jusque dans leurs expressions peu mesurées. Les grands mots de « Liberté », d’ « Egalité », de « Droits », dont trop de ses membres avaient fait un si cruel abus, retentissaient trop souvent dans cette Assemblée. Carnot avait fait un « mémoire » qu’il avait eu l’imprudence de dédier au Roi, où, sous prétexte de l’éclairer sur l’état des esprits, il attaquait avec silence les actes de son gouvernement. M. Méhée de La Touche dans une « lettre à l’abbé de Montesquiou » et dans un « mémoire » intitulé « Dénonciation au Roi des actes par lesquels les ministres de Sa majesté ont violé la constitution », se livrait à ses attaques non moins violentes et non moins injustes contre l’autorité royale. Le Roi, dans son système de douceur, de modération, d’était contenté de laisser dans l’oubli d’aussi horribles pamphlets. Les campagnes ne cessaient d’être travaillés par des émissaires. Quelques associations secrètes répondaient avec audace et profusion toutes les calomnies et les faussetés possibles. De nouvelles plus absurdes les unes que les autres, entretenaient un doute dangereux sur la force, la durée du gouvernement. Celle qu’ils se plaisaient le plus à répandre, et dont l’effet devait être si puissant, était le retour prochain de Buonaparte qui, en nourrissant l’espérance coupable de quelques uns, empêchait les autres de se livrer franchement et avec confiance à un gouvernement dont on leur présageait la chute prochain. Les administrations, suivant le plan que leur traçait la conduite du Roi, de qui on éloignait, sans doute, des rapports qui eussent peut-être excité une surveillance plus active, semblaient mépriser de tels bruits et ne prenaient aucune mesure pour comprimer les malveillants, dont l’audace s’accrut au point d’annoncer l’arrivée de Napoléon pour les premiers jours de mars. On ne peut douter, maintenant, que ces bruits ne fussent le résultat d’une conspiration affreuse, dont les rameaux propagateurs s’étendaient au loin et dont les chefs de l’Etat dirigeaient dans l’obscurité les horribles ressorts. Enfin, le 8 mars [1815], comme nous revenons à Lyon, nous apprîmes, à Montluel, une nouvelle qui nos terrassa. On nous dit que Buonaparte avait débarqué, avait pris Grenoble et serait peut-être le soir même à Lyon. Le peuple était dans l’étonnement, encore incertain de la vérité d’événements qu’on lui avait annoncés si souvent. Nous poursuivîmes notre route, et, aux environs de Lyon, nous trouvâmes quantité de gens qui quittaient cette ville où nous trouvâmes quantité de gens qui quittaient cette ville où l’on s’attendait d’un instant à l’autre à voir une révolution. Monseigneur le comte d’Artois était arrivé dans la nuit du mercredi 8 mars, au soir, à Lyon, avec le maréchal Macdonald. Le lendemain, il passa une revue des troupes qui étaient à Lyon, se composant du 24ème régiment de ligne, du 20ème, venue de Montbrisson, et du 13ème de dragons. Brayer, avait donné pendant tout l’hiver des démonstrations les plus exaltées de son attachement au Roi et à sa famille. Ses dragons étaient, selon lui, « parfaitement dévoués à sa cause et on pouvait compter autant sur eux que sut lui-même ». Le peu de zèle, ou plutôt le froide contenance de ces militaires ne montrèrent que trop au Prince combien peu il devait compter sur de pareils défenseurs. La Garde nationale, en grande partie, avait les meilleures dispositions ; mais n’étant pas exercée au maniement des armes, sans munitions, sans canons, et conduite par des chefs dont la majorité ne connaissait pas la guerre et que des intérêts particuliers éloignaient de ses dangers, elle ne pouvait offrir un bien grande ressource. Les démonstrations que le Prince reçut de sa bonne volonté lui furent extrêmement sensibles ; mais il était trop tard pour accepter des services dans lesquels Son Altesse prévoyait qu’elle serait mal secondée. Depuis plusieurs mois cette garde demandait qu’on lui accordât quelques pièces de canon ; mais, ou les circonstances, ou plus vraisemblablement, le plan des conspirateurs s’opposaient à ce que l’on multipliât les points d’une résistance que l’on redoutait. Une inscription volontaire pour s’armer fut bientôt remplie dans cette même gare ; mais les mesures étaient si bien prises que l’on ne trouva même pas des fusils en état et quelques cartouches à distribuer. La journée du jeudi se passa en reconnaissances dans les environs de la ville, en expéditions d’ordres pour réunir à Lyon des troupes. Le 4ème régiment de hussards, en garnison à vienne, se mit en marche ; mais à Saint-Symphorien d’Ozon, les officiers firent prendre au régiment la route de Bourgoin où ils se réunirent à Buonaparte. On avait proposé de couper le pont de La Guillotière et le pont Morand. On dit que le mécontentement que la populace témoigna, fit que le Prince se borna à faire placer quelques tonneaux pleins de terre ou fascines pour embarrasser et défendre le passage. Les gazettes étaient pleines d’adresse des différents corps qui juraient fidélité au Roi. Celui-ci avait, dès le 6 mars, par une proclamation, convoqué extraordinairement les Chambres qui avaient été ajournées le 31 décembre dernier, et par une ordonnance du même jour, déclaré traître à la patrie Napoléon Buonaparte, ainsi que les militaires et employés de tous grades ou administrateurs qui lui prêteraient aide et tout individu prenant part à la révolte. Une proclamation du comte d’Artois, appelait à Lyon tous les bons Français pour la défense du trône. Une autre, du ministre de la Guerre (Soult, duc de Dalmatie) à l’armée, en date du 8 mars 1815, contenait cette phrase : « Bonaparte…cherchera-t-il des traîtres parmi ces soldats qu’il a trompés ?…Il nous méprise assez pour croire que nous pouvons abandonner un souverain légitime, pour un homme… qui n’est plus qu’un aventurier !…etc. » Le préfet du Var avait envoyé des coursiers à tous les préfets voisions pour les avertir du débarquement de Buonaparte, et celui de Lyon l’avait annoncé télégraphiquement, le 5 mars 1815, à Paris. Cette annonce parut si extraordinaire que l’on ne put y ajouter foi et qu’une seconde dépêche la confirmât. On ne savait point encore de détails précis sur cet événement. On savait seulement que Buonaparte était entré sans coup férir à Grenoble ; qu’i : s’avançait sur Lyon, et on s’attendait à la voir s’y présenter à tout moment. Le 10, Monseigneur le comte d’Artois, après avoir, vu l’impossibilité de défendre Lyon, fait partir les caisses du gouvernement, mais non celles de la ville, voulut encore tenter un dernier effort sur les troupes. Une revue se fit sur place Bellecour. Le Prince y parut, accompagné du maréchal Macdonald. Il y parla aux soldats avec cette bonté qui lui est si naturelle ; mais la plupart des officiers, déjà gagnés, ou comptant sur un succès certain de Napoléon, se turent et m^me empêchèrent leurs soldats de faire le moindre signe qui put faire paraître l’émotion dont plusieurs ne pouvaient se défendre. On m’a assuré avoir vu et entendu un maréchal des logis passant derrière les rangs des dragons répétant à mi-voix : « Silence dragons ! Silence ! ». Le Prince leur dit (en les voyant muets au cri de « Vive le Roi ! ») : »Enfin, mes amis, dites au moins « Vive la Patrie ! ». Alors, la honte, sans doute, les retint dans le même silence. A 10 heures du matin, je traversais la place. L’on m’avait dit que le Prince était déjà parti. Un groupe d’officiers à cheval était près d’une troupe en bataille. En m’approchant, j’y reconnus le Prince qui parlait encore avec bonté à ces militaires qui le trahissaient déjà dans leur cœur. Sa figure noble était sereine. Il paraissait pourtant fatigué de tout ce qu’il avait fait depuis son départ de Paris. Après avoir étudié quelques minutes cette figure noble et malheureuse, je ne pus continuer et me retirai en versant des larmes sur lui et sur mon pays. Il partit, peu après, avec une seule voiture escortée par quatre gendarmes. Les troupes restèrent en bataille sur la place. Une petite partie des gens se portait sur le quai du Rhône. Nul cri ne se faisait encore entendre. Tout était dans la stupeur. A une heure, le 23ème régiment se mit en marche, en colonne, sur la place de la Charité, la cocarde blanche et le drapeau royal déployé. On disait vaguement qu’il se portait pour défendre le pont de La Guillotière, où Buonaparte était déjà arrivé… Au moment où il tournait sur la place de la Charité, on vit paraître, sur le pont, quelques hussards de son parti. La colonne fit halte. Le maréchal était auprès du poste du pont avec le comte de Damas. Il pérorait des murmures s’élevèrent et un soldat courut, la baïonnette en avant sur lui, en le menaçant. Alors, voyant que tout était perdu, ils partirent au galop. Deux ou trois dragons le poursuivirent, sabre à la main, sur place et les eussent atteints, si le jeune Damas, qui avait été chef de partisans pour Napoléon, n’eût arrêté ces furieux. Ces messieurs partirent aussitôt dans la voiture de Macdonald ; celle auprès de M. de Damas fut ramenée par des dragons. Après une halte d’un quart d’heure, le régiment revint se mettre en bataille sur la place. Alors quelques petits polissons parurent sur la place, criant : « Vive l’Empereur ! ». Leur nombre grossissait peu à peu de plusieurs individus dont les vêtements en lambeaux rendaient ce cri plus affreux. Enfin, sur les 2 heures, un détachement des troupes impériales entra et se mit en bataille, à quatre pas du 23ème, en poussant des cris de « Vive l’Empereur ! ». Alors, de toutes parts, parurent des groupes de la dernière classe du peuple poussant les mêmes cris. Le 23ème était toujours dans un silence parfait avec la cocarde blanche et le drapeau royal, mais ployé. Après environ une demi-heure passée ainsi en regard l’un de l’autre, deux ou trois hussards vinrent au galop. Les officiers du 23ème se formèrent en groupe autour d’eux, reçurent les premières des proclamations imprimées de Buonaparte, qui aussitôt furent distribuées aux soldats et au peuple avec profusion, avec des cocardes tricolores. Celles-ci remplacèrent bientôt toutes les cocardes blanches. Il entra successivement plusieurs petits détachements de troupes, infanterie et cavalerie, et on attendit l’arrivée de leur chef. Buonaparte n’entra dans la ville que sur les 8 heures du soir, accompagné d’une foule de gens de la lie du peuple qui, comme des forcenés, criaient : « Vive l’Empereur ! » en injuriant les personnes que la curiosité faisait mettre aux fenêtres. Peu après, ayant crié d’illuminer, ils jetèrent des pierres contre la plupart des fenêtres des maisons situées au nord de la place, surtout celles où l’on avait remarqué le plus de zèle, soit pour les illuminations des fêtes royales, soit par l’affluence à ces mêmes fêtes. Le Café Berger fut entièrement pillé et le désordre eût été bien grand si Buonaparte lui-même n’eût ordonné au maire de le faire cesser. Des paysans de La Guillotière et des environs étaient accourus dans l’espoir du pillage de la ville, et, le lendemain, plusieurs paysans de villages plus éloignés arrivèrent avec des sacs et des charrettes pour tirer leur part d’un événement qui leur paraissait tout naturel. M. Defargues, maire, avait fait afficher une proclamation assez sage pour la circonstance : »Vous allez, disait-il, revoir dans vos murs cet homme célèbre…etc., qui releva vos murailles, ranima votre commerce éteint, etc.… Recevez-le avec le calme qui convient aux circonstances…, etc., etc., « Le maire, à la tête du conseil municipal, fut le complimenter à l’archevêché. Il les reçut d’abord assez froidement, et, après plusieurs questions sur le commerce, l’état de la ville, il demanda si les dissensions entre les classes de la noblesse et des négociants étaient finies, ajoutant sur les prétentions de la noblesse, sur son orgueil, plusieurs phrases aussi injurieuses que fausses. M. d’Ambérieu, membre du conseil, répondit avec vigueur sur ces fausses imputations, sur l’état de la noblesse de Lyon, presque entièrement sortie du commerce, sur le mépris que lui-même avait commencé à montrer pour la noblesse qui, dans tous les cas, n’avait pu s’attacher à un prince qui l’accablait en toutes occasions…, etc. Buonaparte, peu accoutumé à une discussion aussi vigoureuse, parut touché du zèle que montrait ce Lyonnais et demandant son nom et son état reçut de ce respectable vieillard un exemple de ce peuvent la fermeté et le désintéressement joints à cause juste. On dit que, parlant de la beauté de la place de Bellecour, un membre de ce conseil dit : « Il y manque une statue ! » L’Empereur vit la basse flatterie et regarda cet homme avec mépris. Après les premiers moments de cette audience, Buonaparte se dérida, se mit à causer familièrement, prenant souvent quelques pastilles [sic], et prenant l’air tout à fait « bonhomme ». C’est ainsi que plusieurs présentes l’ont dépeint. Les grands vicaires lui ayant été présentés il leur fit une sortie sur le zèle de quelques prêtres : « Prêchez la morale et rien de plus, leur répéta-t-il, et soyez sage ! »-« Nous le serons toujours, Sire, etc. » L’on apprit alors des détails sur cette expédition singulière et audacieuse que les journaux ne donnèrent que plusieurs jours après. Buonaparte avait eu de fréquentes relations avec la France pendant tout le temps de son exil et surtout avec l’Italie. Sa sœur Caroline, reine de Naples, était venue souvent à l’île d’Elbe. Les soldats croyaient même que Marie-Louise y était venue. Ils disaient qu’à une certaine époque leur souverain s’était retiré dans une maison de campagne dans l’intérieur de l’île, y était demeuré six à huit jours seul, des gardes empêchant toutes personnes d’approcher. Ils en concluaient que c’était alors que cette princesse y était présente. Depuis plusieurs mois, Buonaparte entretenait ses confidents du projet vague de revenir en France, mais sans en désigner l’époque. Il y avait, dans le mois de décembre, renvoyé plusieurs soldats et officiers, sans doute pour sonder les esprits. Enfin, le 26 février, à 5 heures du soir, il s’embarqua à Portoferraio sur un brick de 25 canons avec 400 hommes de sa garde. Trois autres bâtiments portaient 400 hommes d’infanterie et 100 chevau-légers polonais. Il échappa, avec son escadre, à la croisière anglaise. On dit que lord Bentinck, qui la commandait, était alors descendu à Livourne où il était épris d’une dame [Ces faits sont exacts mais il s’agit du colonel Neil Campbell, chargé de la surveillance au large de l’île d’Elbe.]. Quoiqu’il en soit, on ignore comment il a pu se justifier et même s’il a été obligé de le faire, les journaux anglais n’ayant plus reparlé de la motion faite au Parlement d’examiner sa conduite et de le juger. Il en fut de même de la croisière française, composée de deux frégates et d’un brick qu’il rencontra à quelques lieues de Livourne. Le 1er mars 1815, à 3 heures après-midi, il entra au Golfe-Juan près d’Antibes. Un capitaine et 25 hommes se présentèrent dans cette ville, mais le gouverneur les fit prisonniers. Le débarquement effectué, on bivouaqua jusqu’à 11 heures. Napoléon se porta alors sur Cannes, Grasse, Saint-Vallier, et arriva le 2 au soir, au village de Séranon, ayant parcouru 20 lieues. Le 3, il était à Barème ; le 4, il dînait à digne ; le 5, le général Cambronne, venu de l’île d’Elbe, occupait Sisteron, tandis que Buonaparte couchait à Gap. Le lendemain 6, l’Empereur atteignait Corps, et Cambronne, avec 40 hommes, poussait jusqu’à La Mure. Il y rencontrait l’avant-garde d’un corps de 6000 hommes, venue de Grenoble pour s’opposer à sa marche. Cette avant-garde, après avoir refusé toute communication, s’était repliée de 3 lieues en arrière, vers les lacs de Laffrey. Buonaparte s’y porta. Il y trouva un bataillon du 3ème de ligne, une compagnie de sapeurs et une compagnie de mineurs ; en tout, 7 à 800 hommes. Le chef d’escadron Raoul se présenta à eux pour parlementer. On refusa de l’entendre. » Napoléon, dit « Le Moniteur », mit pied à terre et s’avança, suivi de sa garde portant l’arme sous le bras. Il se fit connaître et dit que « le premier soldat qui voudrait tuer son Empereur le pouvait ». Ce fut le signal de la défection. On cria de part et d’autre : « Vive l’Empereur ! » Des cocardes tricolores furent distribuées. L’un assura, dans le temps, que l’on creva plusieurs tambours de la troupe royale, qui avaient été d’avances remplis des ces cocardes. « Le Moniteur » a fait tenir à Buonaparte un discours à ces soldats où il dit : « Je compte sur le peuple et sur vous. Le trône des Bourbons est illégitime, n’ayant pas été élevé par la nation. Demandez à vos pères et au peule ici présent : ils vous diront que vous êtes menacés du retour des dimes, des droits féodaux… Ce n’est-il pas vrai, paysans ? »-« Oui Sire, on voulait nous attacher à la terre. Vous êtes l’Ange du Seigneur…etc. » auraient répond ses auditeurs ; mais on peut douter du récit de la gazette officielle et récuser les témoins. Napoléon continua alors à marcher sur Grenoble. Près de Vizille, l’adjudant-major du 7ème de ligne vint lui annoncer que le colonel Labédoyère venait avec son brave régiment se joindre à l’Empereur. Il le rencontra à une lieue de Grenoble et logea le soir même dans un faubourg de cette ville. Le colonel Labédoyère, né à Paris en 1786, venait d’épouser depuis peu la nièce du comte de Damas, gouverneur de Lyon, et le Roi l’avait nommé, à cette occasion, colonel du 7ème de ligne. Le général Marchand, qui commandait la place de Grenoble, y avait réuni le 3ème du génie, le 4ème d’artillerie, -celui où Buonaparte avait été élevé au grade de capitaine vingt-cinq ans avant, deux bataillons du 5ème et les fidèles hussards du 4ème, dit « Le Moniteur ». Marchand se retira dans le Fort Barraux. Sa femme fut, dit-on, se jeter aux pieds de Napoléon pour l’excuser. Le préfet de l’Isère, M. Fourier, avait quitté Grenoble à l’entrée de Buonaparte, qui lui fit dire qu’il l’attendait à Bourgogne, où, en effet, il alla le rejoindre et entra avec lui à Lyon où il fut nommé préfet. On a cherché à excuser sa conduite en disant qu’associé, à une époque glorieuse, à la destinée de Buonaparte, comme savant, En Egypte, il n’avait eu, pour récompense de ses travaux, que cette préfecture de l’Isère où le Roi l’avait confirmé. Il s’y était, de tout temps, attiré l’estime générale en cherchant à éluder ou modérer les lois rigoureuses de son gouvernement. Il se vit alors sans ressources et crut pouvoir se rattacher à une cause qu’il voyait vigoureusement soutenue. Le 9, Buonaparte coucha à Bourgoin. Les paysans du Dauphiné l’entouraient et l’accompagnaient depuis longtemps en proférant mille injures contre le gouvernement royal, les nobles, etc., et criant : « Vive l’Empereur ! » Buonaparte se montra fort peu pendant les deux jours qu’il resta à Lyon. On dit que, fatigué des cris d’une populace exaltée qui entourait son palais, il dit à ses officiers : « Que l’on fasse retirer cette canaille et qu’on me laisse en repos ! » [Propos douteux venant de l’Empereur. Rappelons que le témoin est royaliste]. Il avait fait afficher les proclamations qu’il nous avait apportées de l’île d’Elbe, datées du Golfe-Juan, le 1er mars 1815. L’unes d’elles, adressée à l’armée, disait : « Soldats, nous n’avons pas été vaincus. Deux hommes sortis de nos rangs ont trahi nos lauriers, leur pays, leur Prince, leur Bienfaiteur…etc.… Dans mon exil, j’ai entendu votre voix…Arborez cette cocarde tricolore !… vous la portiez dans nos grandes journées… Vos biens, vos rangs, votre gloire, les biens, les rangs et la gloire de vos enfants n’ont pas de plus grands ennemis que ces princes qui vous ont été imposés par l’étranger…Les vétérans des armées sont humiliés…Venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef… Son existence est la vôtre ! … La victoire marchera au pas de charge, et l’Aigle avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame…etc.… ». Une autre, s’adressant au peuple français, s’exprimait ainsi : « La défection du duc de Castiglione [Le maréchal Augereau] livra Lyon sans défense aux ennemis. L’armée qu’il commandait «était nombreuse et brave et à même de battre le corps d’armée autrichien qui lui était opposé et d’arriver sur le flanc gauche de l’armée qui menaçait Paris. Les victoires de Champagne, l’insurrection des paysans de Lorraine, de Franche-Comté, de Bourgogne, etc.…avaient mis celle-ci dans une situation désespérée. Les Français ne furent jamais sur le point d’être plus puissants…etc.…etc. Dans ces grandes circonstances, mon cœur fut déchiré… Je m’exilai. Elevé au trône par votre choix, tout ce qui a été fait sans vous est illégitime. Un gouvernement national et une dynastie née dans votre révolution peuvent seuls garantir vos nouveaux intérêts. J’ai entendu vos plaintes et vos vœux. J’ai traversé les mers au milieu des périls. Je viens reprendre mes droits qui sont les vôtres. La Nation a le droit de se soustraire au joug imposé. C’est à vous seuls et braves de l’armée que je me fais et me ferai toujours gloire de tout devoir. » Une autre, des généraux, officiers et soldats de la Garde Impériale disait à l’armée : « Nous vous avons conservé votre Empereur, malgré les nombreuses embûches qu’on lui a tendues. Nous vous le ramenons…etc. Foulez aux pieds la cocarde blanche, signe de la honte. Les Bourbons n’ont rien oublié ni rien appris ! Selon eux, vous êtes des rebelles, et l’on vous punira quand ils seront assez forts. Il faudra avoir une naissance conforme à leurs préjugés pour être officier. Le soldat sera toujours soldat ; le peuple n’aura que les charges. On a avili la Légion d’honneur en la distribuant à tous les traîtres et en lui ôtant ses privilèges politiques. Soldats de la grande Nation, du grand Napoléon, venez nous rejoindre…etc.…etc. Enfin, pour ses adieux aux Lyonnais, l’Empereur avait fait afficher cette quatrième proclamation : « Au moment de quitter votre ville pour me rendre dans ma capitale, j’éprouve le besoin de vous faire connaître mes sentiments. Vous avez toujours été au premier rang dans mon affection. Le caractère élevé qui vous distingue spécialement vous a mérité toute mon estime… Je reviendrai m’occuper de vos besoins, etc.… Lyonnais, je vous aime ! » Le matin de son départ, il fit une multitude de décrets qui ne parurent qu’après son entrée son entrée à Paris : sur le licenciement de la maison du Roi ; la suppression des ordres royaux ; le renvoi des émigrés, non rayés, hors de France ; le rappel des juges destitués ; la dissolution de la Chambre des pairs et de la Chambre des communes ; enfin la convocation des collèges électoraux des départements à Paris, au mois de mai, pour assister au couronnement de l’Impératrice et de son fils [Confusion de la part de l’auteur ! Il s’agit de la remise des aigles au Champ-de-Mars]. Enfin, Buonaparte, précédé de toutes ses troupes, partit, le 13 mars, à 2 heures après-midi. Il passa successivement à Villefranche, Mâcon, Tournus, Chalon ; coucha, le 15, à Autun ; le 16, à Avallon, et fut rejoint à Auxerre par le 14ème de ligne, le 6ème de lanciers, et le maréchal Ney, qui avait prendre, à tout son gouvernement, la cocarde tricolore avant de partir. Le 13, il y avait eu à Bourg une insurrection avec attroupements et cris de « Vive l’Empereur ! » On avait entouré la préfecture. Le préfet, M. Capelle, menacé, parvint à s’échapper. Il se rendit en toute hâte à Lons-le-Saulnier, où était le maréchal Ney, et lui dit, qu’ « entouré de traîtres, il pensait trouver en lui un fidèle sujet du Roi. » Le maréchal balbutia quelques vagues paroles et finalement déclara à M. Capelle qu’il allait passer ses troupes en revue. A celles-ci, il dit que « Napoléon était rentré en France pour se replacer sur son trône ; qu’il était maître de Grenoble et de Lyon ; mais qu’il pensait qu’ayant juré fidélité au Roi elles s’opposeraient à son entreprise et crieraient : « Vive le Roi ! » On lui répondit -comme il s’y attendait- par : « Vive l’Empereur ! »-« Eh bien oui mes amis, « Vive l’Empereur ! » reprit-il ; puis, se tournant vers le préfet, il ajouta : « Vous voyez, Monsieur, ce qu’il se passe ? »-« Oui, Monsieur, répondit celui-ci, je vois quel est mon devoir ». Et il lui demanda un passeport pour Paris ; mais ayant appris, en route, que le Roi en était parti, il passa sans danger en Suisse. Ney fit aussitôt la proclamation suivante, datée du 13 mars : « La cause des Bourbons est à jamais perdue ! La dynastie légitime que la Nation a adoptée va remonter sur le trône. C’est à l’Empereur Napoléon qu’il appartient seul de régner sur notre beau pays. Que la noblesse des Bourbons s’expatrie de nouveau, etc., ou qu’elle consente à vivre avec nous, que nous importe ! La liberté triomphe ! Je vous ai souvent mené à la victoire ; je vais vous mener à cette phalange immortelle que l’Empereur conduit à Paris, etc. » Le Roi, prévoyant que toute résistance de la part des troupes fidèles serait inutile, l’armée étant en pleine défection, fit rapprocher de Paris tout ce qui lui était attaché, et partit lui-même, le 19 mars, à minuit, suivi de quelques gardes du corps, laissant les Parisiens consternés, et emportant les regrets de la plus grande partie de cette immense population. Buonaparte, arrivé à Fontainebleau, le 20, à 4 heures du matin, apprit, à 7 heures, le départ du Roi, mais ne voulut ou n’osa entrer à Paris qu’à 9 heures du soir. Le 21, il passa une revue. « Le Moniteur » dit qu’il fit aux troupes un discours que sa longueur peut faire supposer, en grande partie, l’ouvrage du journaliste. « Je comptais sur l’amour du peuple et des soldats… La gloire de ce que nous venons de faire est toute au peuple et à vous… Le trône des bourbons était illégitime, puisqu’il était relevé par les étrangers ; qu’il avait été proscrit par nos Assemblées nationales et qu’il n’offrait pas de garantie… Le trône impérial peut seul garantir les droits du peuple et votre gloire…etc. » Et il leur distribua des Aigles en les pérorant de nouveau sur la trahison… les circonstances malheureuses… etc.… et termina par ces mots : «Enfin, jurez de les défendre…etc. » Carnot fut nommé ministre de l’Intérieur, Caulaincourt, duc de Vicence, ministre de l’Extérieur. Le roi, sous le nom de « comte de Lille » quitta Lille le 23. M. de Bossi ancien préfet de l’Ain, alors préfet de la Manche, fit une proclamation où il annonçait au peuple « l’entrée de Napoléon le Grand à Paris, fier et attendri de revoir son Libérateur, don Héros, son Père… etc.

BARON HUBERT DE SAINT-DIDIER

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( 28 mars, 2020 )

Parfums d’Empereur…

Parfums d'Empereur… dans HORS-SERIE farina1811

Napoléon ? Un homme de goût… 

« Après le chapeau, l’Empereur recevait de son valet de chambre un mouchoir sur lequel il se faisait verser de l’eau de Cologne et qu’il portait à ses lèvres, puis à son front, et le passait légèrement sur ses tempes » Le fait est prouvé d’une façon historique : Napoléon affectionnait tout particulièrement  l’Eau admirable, comme on l’appelait alors à l’époque. « Les ongles faits, Napoléon mettait son gilet de flanelle, se versait verser sur la tête l’eau de Cologne, et avec une brosse rude se frottait lui-même la poitrine et les bras. Le valet de chambre frottait ensuite avec la brosse le dos et les épaules, puis frictionnait tout le corps en y versant de pleins rouleaux d’eau de cologne. Cette habitude du frottage que Napoléon avait, disait-il, rapportée d’Orient et à laquelle il attribuait en partie sa santé,  lui semblait des plus importantes. Il ne fallait pas qu’on le ménageât : « Plus fort ! disait-il au valet de chambre, plus fort ! Comme sur un âne ! » . Ces fameux « rouleaux » provenant de chez Jean-Marie Farina, « Fabricant d’Eau de Cologne ». Ces flacons verts, fuselés, dont la forme ne fut changée une première fois qu’à la fin des années 1970, furent les seuls, avec les livraisons de « parfums » de M. Gervais-Chardin, à avoir accès à sa table de toilette. Génial stratège, Napoléon était aussi un homme de goût ; il fit de ces liqueurs parfumées une grande consommation.

Madame de Rémusat ne se trompait guère lorsqu’elle écrivait dans ses « Mémoires »:

«Jamais il ne faisait usage d’aucun parfum, contentant seulement d’Eau de Cologne, dont il faisait de telles inondations sur toute sa personne, qu’il en usait jusqu’à soixante rouleaux par mois. » Pour la maison Gervais-Chardin, les quantités sont du même ordre : la livraison du mois d’octobre 1808 comprend entre autres 72 bouteilles soit 150 francs [1 franc de l’époque valant approximativement 2,40 euros].

Pour février et mars 1810, on relève 144 bouteilles soit 300 francs.   

Un petit retour en arrière… 

Revenons un instant aux origines du parfumeur de l’Empereur, Farina. Tout a commencé en Italie avec un certain Giovanni Paolo Feminis. L’homme est droguiste en Lombardie, il vend aussi de la quincaillerie et des produits de parfumerie. Souhaitant développer son commerce, il quitte l’Italie pour l’Allemagne et crée, à Cologne, en 1693, une Aqua mirabilis baptisée Eau admirable en raison de ses vertus thérapeutiques reconnues par l’Université de médecine en 1727. On la recommande pour soigner rides, maux de ventre, vertiges, congestions sanguines, piqûres d’insectes. Elle se compose alors d’esprit-de-vin, d’eau de mélisse et d’esprit de romarin, associés à de l’essence de bergamote, de néroli, de cédrat et de citron.  A sa mort, en 1763, Feminis lègue le secret de sa formule aux trois fils d’un cousin germain. L’un d’entre eux, Jean-Marie Farina (1685-1766), donne à l’eau de Cologne ses lettres de noblesse. Ses descendants tiennent d’ailleurs toujours boutique dans cette ville d’Allemagne. En  1806, un descendant du parfumeur s’installa à Paris où il entreprit de créer, avec l’accord de la famille à Cologne, sa propre entreprise d’eau de Cologne. Il créa toutefois un parfum différent destiné à un autre public. Ce Farina qui s’installa à Paris portait sur son acte de naissance le nom de Jean-Joseph Farina (1785-1864) mais pour mieux vendre son parfum, il s’appropria le nom de Jean-Marie Farina, ce que la famille à Cologne toléra. Jean-Joseph Farina ouvrit donc boutique au n°331 de la rue Saint-Honoré. Toujours est-il qu’en 1840 la maison est vendue à son voisin du n°330, le parfumeur Jacques Collas qui à son tour transmit le flambeau en 1862 à ses deux cousins, MM. Armand Roger et Charles Gallet. Cette marque existe toujours et commercialise encore l’eau de J.-M. Farina mais elle a succombé à un marketing qui ne fait aucune allusion à son client le plus célèbre…

Revenons près de l’Empereur… 

Toutefois, Napoléon fit une infidélité à ses fournisseurs habituels : « En 1812 apparaît  un nouveau fournisseur, Durocheau, « fabricant d’eau de Cologne perfectionnée ». Du 20 janvier 1812 au 17 mars 1813, il livre  pour le service de l’Empereur 108 caisses d’eau de Cologne à 17 francs, soit 756,00 francs. » En 1815, c’est le départ pour Sainte-Hélène, et les quelques provisions d’eau de Cologne embarquées s’épuisent au fil des mois. Que faire ? Il n’y a pas d’eau de Cologne dans l’île ! Napoléon fait alors appel aux souvenirs de Marchand et à ceux du mameluck Ali. Il charge ce dernier de confectionner une eau de Cologne avec les moyens du bord.

Sa formule sera retrouvée dans les papiers du fameux mameluck. Jusqu’au début des années 1990, personne n’avait idée de ce à quoi pouvait ressembler cette dernière. Petit retour en arrière : en 1970 les manuscrits de Louis-Etienne Saint-Denis, dit Ali, ainsi que ses archives personnelles passèrent furent dispersés à Versailles. André Damien, grand napoléonien et maire de cette ville en fit l’acquisition d’une partie. Cette dernière contenant, par le plus grand des hasards la recette de l’eau de Cologne de Napoléon à Sainte-Hélène.  Cette formule fut confiée à l’Osmothèque de Versailles, organisme conservant et recréant les parfums disparus, qui recréa « le seul souvenir olfactif que l’on puisse avoir conservé de l’Empereur et des objets familiers qui l’entouraient. En 1998, la firme Cosmalia, puis « Les Parfums historiques-Gestor » obtient l’autorisation de produire et de commercialiser la fameuse « Eau de Cologne de Napoléon à Sainte-Hélène ». En comparant cette dernière avec celle produite par Roger et Gallet, on ne que constater une certaine filiation entre les deux : des parfums d’agrumes et de végétaux. Il y a donc une parenté olfactive. 

Hier et aujourd’hui… 

Citons quelques noms, parmi d’autres, de parfums disparus et qui se rapportaient à l’Épopée : « Rose Brumaire » de  Volnay crée en 1922, « Napoléon » de Juper , sorti en 1947 ; ou bien encore une « Eau du Grenadier » de Jean Sellier qui date de 1985 et retirée du commerce vers 1990.  Évoquons rapidement l’ « Eau Impériale » de Guerlain qui fut créée en 1853 mais pour l’impératrice Eugénie (et que l’on peut toujours se procurer), l’excellente eau de Cologne « 4711 » qui doit son nom à un fait historique proche de l’Empire (voir le site internet de la maison). En 2010, outre l’Eau de Cologne commercialisée par « Les Parfums historiques-Gestor », l’amateur de fragrances raffinées peut se procurer une « Eau de Gloire », produite par la firme « Parfum d’Empire ».                                                                     

C.B.

Sources : 

Colette FELLOUS, « Guerlain », Denoël, 1989. 

Frédéric MASSON, « Napoléon chez lui », Albin Michel, 1920. 

Madame de REMUSAT, « Mémoires, 1802-1808. Publiés par son petit-fils Paul de Rémusat », Calmann-Lévy, 1881, tome III. 

Alphonse MAZE-SENCIER, « Les fournisseurs de Napoléon Ier et des deux impératrices, d’après des documents inédits », Librairie Renouard-Henri Laurens, Éditeur, 1893. 

—————————

Sites internet  utiles à visiter : 

http://www.parfums-historiques.com/ 

http://www.farina.eu/ 

http://www.parfumdempire.fr/

http://www.4711.com/ 

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( 28 mars, 2020 )

Deux mamelucks (1814)…

Mamelouks

« Bouches-du-Rhône. Préfet, 8 octobre 1814.- Le préfet m’adresse les interrogatoires qu’il a fait subir à deux mamelucks débarqués à Marseille et venant de l’île d’Elbe. L’un, Barthélémy Corpi, âgé de trente-huit ans, a déclaré qu’il avait, dans le courant de mai dernier, quitté à Fontainebleau le service de Bonaparte. Il se retira dès lors à Marseille avec sa femme et ses enfants, et y vivait du produit de sa pension de retraite. Il avait vendu deux chevaux à un lieutenant de son corps, et c’est pour en obtenir de lui le paiement qu’il se rendit, au mois de juillet, à l’île d’Elbe où il a passé quinze jours. Durant cet espace, il a vu (dit-il) une seule fois Bonaparte, à Portoferraio. Celui-ci lui demanda d’où il revenait et ce qu’on disait de lui à Paris et à Marseille. Barthélémy assure qu’il répondit que chacun en parlait à sa manière; que Bonaparte en paraisse offensé, se retira brusquement et avec beaucoup d’humeur. Il se trouvait à Portoferraio le jour de la fête de Bonaparte. Il avoue y avoir été invité par des officiers de son ancien corps à un banquet splendide. Bonaparte n’y parut pas; mais il alla visiter la table des soldats. Cette indifférence mécontenta beaucoup les officiers. Ils se plaignaient encore davantage qu’on ne leur avait pas fait donner un mois de gratification, comme c’était l’usage en France. Suivant lui, la garde de Bonaparte se compose de 850 hommes. On aurait essayé de former en outre un corps franc de Corses, mais on n’aurait pu le compléter, et il diminuait tous les jours par la désertion. Les militaires de la Garde de Bonaparte paraissaient depuis quelque temps se dégoûter de son service et parlaient de rentrer dans leur patrie. Ils étaient humiliés de l’obligation qu’on leur imposait de travailler comme des mercenaires, quoiqu’on leur donnât trente sols par jour outre leur paye [Note de Beugnot: C'est très peu probable]. La mère de Bonaparte est logée dans une maison particulière, près de lui. Chaque jour, il parcourt l’intérieur de l’île. Il part à 4 heures du matin, emportant une lunette d’approche, visite ses ateliers et les salines qu’il a presque toutes achetées. Il va chez les paysans, boit et mange avec eux, rentre vers 11 heures pour déjeuner, ressort l’après-midi vers 5 heures, et ne revient qu’à la nuit avancée, tantôt en voiture, tantôt par mer. Bonaparte ni les siens ne manifestent pas l’espoir d’être jamais rappelés en France; mais ils n’usent point de la même réserve pour l’Italie. Ils se bercent de l’illusion qu’au Congrès de Vienne le trône d’Italie lui sera rendu, et que son beau-père et que Marie-Louise plaideront sa cause en ce sens auprès des puissances alliées. Le sieur Barthélémy, en quittant l’île  d’Elbe, s’embarqua avec un Anglais qui lui déclara pendant sa traversée que si jamais Bonaparte quittait l’île d’Elbe, il serait perdu.

Le second mameluck se nomme Michel Mosseri, il était parti de l’île d’Elbe en même temps que son camarade. Il est porteur d’un congé absolu délivré à Portoferraio. Il a confirmé la plupart des détails donnés par son compagnon de voyage. Il a ajouté qu’il s’était décidé à demander sa retraite et à rentrer en France, parce que, contre son goût et son engagement, on avait voulu le contraindre de faire le service de canonnier. Je donne des ordres aux autorités de leur résidence pour qu’ils y soient tous deux surveillés avec soin dans leurs propos comme dans leur conduite, et pour qu’on les empêche de se rendre à Paris. »

(« Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert », R. Roger  et F. Chernoviz, Libraires-Editeurs,  s.d., pp.238-240).

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( 28 mars, 2020 )

L’adjudant-commandant Auguste Petiet et son témoignage sur 1814.

Immage d'illustration 2

                                                                                                                                                                                                  Image d’illustration.

Rédigé par Auguste Petiet (1784-1858), et curieusement non–inclus dans les deux éditions de ses « Souvenirs » qui ont parues respectivement en 1844 et en 1996, son récit permet au lecteur de suivre la progression d’une division de cavalerie légère lors de la campagne de France. L’adjudant-commandant Petiet est nommé le 7 novembre 1813, chef d’état-major de la division de cavalerie légère faisant partie du  5ème corps de cavalerie (ce dernier étant sous les ordres du fameux général de division Milhaud). A l’issue de la campagne d’Allemagne, Petiet arrive à Strasbourg le 21 décembre, avec sa division. En Alsace, appuyée par l’infanterie, elle affronte les premières troupes ennemies à Sainte-Croix-en-Plaine, durant les derniers jours de l’année 1813. Il est difficile se stopper la progression des troupes alliées déterminées. « Le 8 [janvier 1814], l’arrière-garde resta en position. L’ennemi occupait Épinal avec quinze cents cosaques, et Saint-Dié avec mille », note l’auteur. On se bat à Rambervilliers, à Saint-Dié. « La cavalerie légère évacua Baccarat le 13 [janvier 1814], à une heure du matin, arriva devant Lunéville sans être suivie, et n’ayant fait que traverser cette place, elle s’établit à Nancy, où elle avait été précédée par le 2ème corps », précise Petiet. Le 27 janvier 1814, les troupes françaises reprennent Saint-Dizier. L’Empereur est acclamé. « Les habitants, maltraités par les cosaques, l’appelaient leur libérateur. Napoléon descendit de cheval et défendit à ses gardes d’éloigner cette population qui se pressaient autour de lui », raconte l’auteur. Le 28, il traverse Montierender. « Le 29, au point du jour, toute l’armée, commandée par l’Empereur en personne, se porta sur Brienne. Le 2ème corps fit l’avant-garde ; le 5ème corps de cavalerie, précédé comme à l’ordinaire par la division [celle de cavalerie légère], marchait à la tête de la colonne ». Il s’en suit un récit détaillé de cette fameuse bataille.  Le 1er février, Petiet se bat à La Rothière. Il continue son récit en précisant que le 3, « la cavalerie légère se plaça dans le faubourg de Troyes… Le 5, le mouvement de retraite continua vers Nogent… Le 7, le corps du maréchal Oudinot, duc de Reggio, qui avait couché la veille à Romilly, revint sur Nogent, et la division forma l’arrière-garde soutenue par le corps du comte Gérard ». Le 13 février, il est à Nangis, puis se dirige sur Mormant. Un engagement assez vif éclata avec un corps de l’avant-garde austro-russe. Quatre jours plus tard, la cavalerie légère charge « dans la vaste plaine de Guignes à Nangis une ligne de quinze cents chevaux cosaques, lanciers et chasseurs russes, elle les culbute, laissant les dragons s’occuper de l’infanterie, et poursuit la cavalerie russe l’épée dans les reins… ».   Plus tard, le 31 mars 1814, la division arrive à Saint-Mammès, après avoir traversé Villeneuve-l’Archevêque, Pont-sur-Yonne et Moret-sur-Loing. C’est là que Petiet et ses hommes apprirent la capitulation de Paris. « Cette nouvelle répandit la consternation dans l’armée.. », écrit-il, avant d’ajouter que « Le 1er avril, la division [était] réduite à trois cent cinquante chevaux, c’est-à-dire, ayant à peine le cadre de ses régiments, par suite des combats continuels et de ses marches forcées… ». Le 5ème corps de cavalerie dont fait partie la division de cavalerie légère de l’adjudant commandant Petiet sera dissous le 21 juin 1814.

On trouve notamment à la suite de ce « Journal », le rapport du maréchal Victor sur la bataille de Brienne et un second sur le combat de Mormant; le rapport du fils du maréchal Kellermann et ceux des généraux Bordesoulle et Milhaud, sur ce même combat. 

C.B.

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( 26 mars, 2020 )

Souvenir de la revue du 24 mars 1815, passée à Paris…

Revue

« Lorsque l’Empereur fut averti que tout était prêt, il parut à cheval et passa dans les rangs de ses soldats. Nous l’accompagnions; j’ai été témoin de tout ce qui s’est passé ce jour-là, mais pour en rendre un compte exact, il faudrait une autre plume que la mienne. Les soldats étaient ivres de joie, leurs schakos étaient au bout de leurs baïonnettes, et l’enthousiasme qui se manifestait en dehors des grilles, sur la place du Carrousel, où était le peuple, était sympathique avec la troupe. ers la fin de la revue, on vit arriver Cambronne à la tête des officiers du bataillon de l’île d’Elbe, qui portaient leurs anciennes aigles; l’esprit militaire en fut doublement exalté, et ces officiers, réunis aux troupes et aux officiers de toutes armes, qui s’étaient rassemblés spontanément, et qu’on nomma depuis le Bataillon sacré, défilèrent au son d’une musique guerrière qui jouait l’air « Veillons au salut de l’Empire » , cherchant ainsi à ressusciter les chants de triomphe et de gloire. Après le défilé, l’Empereur se plaça devant le pavillon de l’Horloge et fut aussitôt entouré par un nombre considérable d’officiers; là, diverses scènes remarquables se passèrent: des aigles, que ses soldats avaient conservées, lui furent présentées, et, s’en emparant, il les pressa sur son cœur en prononçant de ces paroles que lui seul savait rendre si émouvantes. C’est en parcourant ce cercle d’officiers qu’il me reconnut et que, s’avançant vers moi, il me décora de sa main. »

 (« Souvenirs sur le retour de l’empereur  Napoléon de l’île d’Elbe et sur la campagne de 1815 pendant les Cent-jours », par M. LEFOL,  Trésorier de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, ancien aide-de-camp du général de division baron Lefol, sous l’Empire », Versailles, imprimerie de Montalant-Bougleux, 1852, pp.17-18).

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( 25 mars, 2020 )

Les lectures russes de Napoléon…

Les lectures russes de Napoléon… dans HORS-SERIE napoleonAvant de partir pour la Russie, Napoléon voulut connaître le pays. Nous le voyons demander à son bibliothécaire Barbier, au mois de décembre 1811, les livres les plus propres à le renseigner sur la topographie de la Russie et surtout de la Lituanie « sous le rapport des marais, rivières, bois et chemins », ainsi que tout ce qui a paru de plus détaillé en français sur la campagne de Charles XIII et sur les opérations militaires dont ces contrées ont été le théâtre. Au mois de janvier 1812, il demande une histoire de la Courlande et tout ce qu’il y a de topographique, de géographique et d’historique sur Riga et la Livonie. 

Au mois de mai, il demande des traductions manuscrites, faites au bureau de Mounier, d’ouvrages sur l’armée russe : l’ouvrage du colonel Wilson, l’ouvrage du capitaine prussien Plotho, et d’autres : ces traductions, dit-il, pourront lui être utiles « dans le voyage ». 

Arthur CHUQUET (« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents », 3ème série, Fontemoing, 1912). 

 

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( 25 mars, 2020 )

Le général PIRE

Piré«L’Empereur me charge de vous témoigner toute sa satisfaction pour la belle conduite que vous avez tenue, pour le dévouement à sa personne et pour l’amour de la Patrie dont vous avez fit preuve dans ces dernières circonstances »

(Maréchal Davout au général Piré, Paris, 19 avril 1815).

Chargé au retour de Napoléon de l’île d’Elbe, de combattre les royalistes dans le Midi, Piré força le duc d’Angoulême à signer la capitulation de La Palud le 8 avril 1815.

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( 18 mars, 2020 )

La bataille de Waterloo racontée par les témoins…

waterloo

18 juin 1815. Une date mythique pour tous les napoléoniens… « Waterloo, la fin d’un monde… » comme l’a si joliment écrit le commandant Henry Lachouque. On ne compte plus les études en tout genre consacrées à cette bataille. Aussi, plutôt que de réécrire une nouvelle fois les faits de cette journée qui marque à jamais l’Histoire de notre pays mais aussi celle de l’Europe, nous avons préféré glaner çà et là quelques extraits de témoignages représentatifs. Nous avons complété ce choix de textes par une bibliographie d’ouvrages (et non exhaustive) se rapportant à Waterloo. 

Les troupes sont prêtes. La bataille éclate. 

Lieutenant au 26ème régiment d’infanterie légère et devenu aide de camp du général de La Houssaye (resté lui à Paris), le jeune Alexandre de Chéron a laissé une lettre (adressée à son général) et datée du 22 juin 1815. Il y raconte la bataille telle qu’il l’a vu :  »Le lendemain 18 juin, l’Empereur fit ses positions d’attaque. L’ennemi formait le fer à cheval devant nous. Notre corps tint la droite. La fusillade commença sur les neufs heures du matin [Chéron se trompe car tout le monde est d'accord pour dire que c'est à 11h30 que la bataille débuta]. Les colonnes d’attaque furent formées, on se porta en avant de tous côtés. L’attaque fut générale. Les soldats étaient dans un enthousiasme impossible à décrire. Les cris de  » Vive l’Empereur !  » se confondaient avec le bruit du canon. Cependant, l’ennemi, embusqué dans une position extrêmement avantageuse, protégé par une artillerie nombreuse et formidable ne parut point étonné de notre audace. Il fit un feu si terrible que nos têtes de colonne reculèrent en désordre ; alors la cavalerie chargea et dégagea l’infanterie en tuant beaucoup d’anglais ; ils prirent beaucoup de chevaux. L’ordre se rétablit et l’on continua à se battre avec un succès balancé. Enfin l’ennemi put dégager son centre pour se porter aux ailes. L’Empereur suivit ce mouvement. Les ailes tentèrent même à le rejoindre derrière nous et à nous couper la route. Le maréchal Blache [Chéron veut dire Blücher] était arrivé avec ses troupes sur notre droite. L’ennemi recommença le feu sur le centre, feu qu’il n’avait suspendu que pour nous donner plus de confiance et nous nous vîmes entourés pour ainsi dire, n’ayant pour tout point libre que la route. L’Empereur comptait sur les généraux Grouchy et Vandamme qui devaient prendre l’ennemi par derrière. Ils ne vinrent pas et nous fûmes sur les huit heures tellement pressés par des forces supérieures que nos troupes se replièrent successivement et finirent enfin par être dans un désordre impossible à décrire « .(Alexandre de Chéron, lettre du 22 juin 1815 contenue à la fin de ses  » Mémoires inédits sur la campagne de Russie. Présentés par Robert de Vaucorbeil « . Teissèdre, 2001)Victor Dupuy, quant à lui, est chef d’escadron, au 7ème hussards:  »Le 18 à quatre heures du matin, nous étions à cheval et vers huit heures, après avoir fait rafraîchir nos chevaux quelques instants, nous nous rendîmes sur le champ de bataille. Notre régiment fut détaché de la division et, avec trois escadrons de chasseurs, prit position à l’extrême droite, n’ayant pas d’ennemis devant nous ; Le combat s’engagea à notre gauche sur toute la ligne ; dès midi, la panique s’empara de quelques régiments d’infanterie du 1er corps d’armée et le sauve-qui-peut y fut prononcé. Ils fuyaient dans le plus grand désordre, je courus à eux avec un peloton de hussards pour les arrêter ; voyant parmi les fuyards, un porte-drapeau avec son aigle, je lui dis de me la remettre ; il l’avançait déjà pour me la donner, lorsque la réflexion me vint : « Je ne veux pas vous déshonorer, monsieur, lui dis-je, déployez votre drapeau, et portez-vous en avant, en criant avec moi, Vive l’Empereur !« . Il le fit sur-le-champ, le brave homme ! Bientôt les soldats s’arrêtèrent et dans peu d’instants, grâce à ses efforts et aux nôtres, près de trois mille hommes étaient réunis et avaient fait volte-face. Cette fuite était d’autant plus étonnante et extraordinaire que l’ennemi ne poursuivait pas ; mais par qui le malveillant sauve-qui-peut avait-il été prononcé ? On l’ignorait. Jusque vers quatre heures, nous restâmes paisibles spectateurs de la bataille. Dans ce moment le général Domon vint à moi ; le feu des Anglais était à peu près cessé ; il me dit que l’affaire était gagnée, que l’armée ennemie était en retraite, que nous étions là pour faire jonction avec le corps du maréchal Grouchy et que nous serions le soir à Bruxelles ; il partit. Peu de moments après, au lieu de faire jonction avec les troupes du maréchal Grouchy comme nous nous y attendions, nous reçûmes l’attaque d’un régiment de hulans prussiens. Nous le repoussâmes vigoureusement et lui donnâmes la chasse, mais nous fûmes forcés à la retraite par le feu à mitraille de six pièces de canon, derrière lesquelles les hulans se replièrent. Le colonel Marbot avait été blessé d’un coup de lance à la poitrine, dans l’attaque des Prussiens. Attaqués alors par l’infanterie, nous nous reployâmes sur le centre en battant en retraite. Dans notre mouvement rétrograde, nous rencontrâmes le maréchal Soult, major général, qui nous fit placer près d’une batterie de la garde pour la soutenir ; le canon ennemi nous fit quelque mal. »(Victor Dupuy :  » Souvenirs militaires, 1794-1816 « . A la Librairie des Deux Empires, 2001). Le fameux Capitaine Jean-Roch Coignet assiste au début de la bataille :  »L’Empereur, ne recevant pas de nouvelles du maréchal Grouchy, donna l’ordre de l’attaque sur toute la ligne et la foudre éclata sur tous les points aux cris de : « Vive l’Empereur ! » (Capitaine Coignet :  » Cahiers. Présentés par Jean Mistler, de l’Académie Française. Avant-propos de Christophe Bourachot « . Arléa, 2001.) 

Louis-Etienne Saint-Denis, plus connu sous le nom de mameluck Ali, se trouvait près de Napoléon lors de la bataille :  »L’action commença au parc d’Hougoumont [Le château d'Hougoumont entouré de son parc et de son petit bois (aujourd'hui disparu)]. Cet endroit étant peu éloigné et assez élevé, on put voir assez facilement l’attaque et la défense. Ce fut avec beaucoup de peine que l’on parvint à en déloger l’ennemi. Les autres parties de la ligne de bataille étant éloignées ou cachées par les inégalités du sol, on pouvait bien voir à l’œil nu les divers mouvements qui s’opéraient. Une bonne partie de la journée s’était écoulée, et ce n’était que fort lentement que l’on avait gagné quelque terrain.  Dans l’après-midi, le corps prussien du général Bülow, qu’on avait pris d’abord pour celui du maréchal Grouchy, commença à faire quelques progrès et à donner des chances de succès à l’ennemi. Il était, je crois, trois à quatre heures. Au moment où les premiers boulets prussiens arrivaient sur notre droite, je fus envoyé à la ferme du Caillou pour dire à Pierron, maître d’hôtel, d’apporter une petite cantine, l’Empereur et quelques personnes de sa suite ayant besoin de prendre quelque nourriture. En allant, quelques boulets seulement traversaient la chaussée, mais, en revenant, il en arrivait une assez grande quantité. Peu loin et en arrière de l’endroit où était l’empereur, il y avait un chemin creux dans lequel était un grand nombre d’hommes tués de la garde anglaise (horse-guard) ; on les reconnaissait à leur haute stature et à leur grand casque orné d’une chenille noire.  Bülow repoussé, l’Empereur fit avancer les bataillons de la Vieille Garde sur les Anglais. La cavalerie avait déjà été lancée. Dès que la Garde eut joint l’ennemi, elle y sema la mort., et de toutes parts le fit reculer. Nos blessés, qui étaient en grand nombre, nous firent connaître l’opiniâtreté que mettaient les Anglais dans la résistance. Parmi les blessés, je vis le général Friant qui était encore à cheval ; quelques moments après, le colonel Mallet, qui était porté par ses soldats. Ce dernier me reconnaissant, me fit signe de lui donner une goutte d’eau-de-vie. Je le satisfis immédiatement : je portais le flacon de l’empereur. L’Empereur, qui, une demi-heure avant et peut-être plus, avait laissé la plus grande partie de son état-major et de son piquet d’escorte, pour diriger l’attaque de l’infanterie de la Garde, vint nous rejoindre une demi-heure après. La nuit commençait à couvrir le champ de bataille de ses ombres, lorsque le maréchal Blücher entra en ligne sur notre droite et porta le désordre dans quelques régiments français ; et ce désordre, se communiquant de proche en proche, devint général en peu de temps. Il fallut que la Garde fît un changement de front et ensuite qu’elle se formât en carrés, dans l’un desquels se réfugia l’Empereur avec sa suite pour échapper à la cavalerie prussienne qui inondait le champ de bataille. Le corps de Bülow, qui avait repris l’offensive et qui coupait déjà la chaussée, menaçait de nous envelopper entièrement. (Mameluck Ali :  » Souvenirs sur l’empereur Napoléon. Présentés et annotés par Christophe Bourachot « . Arléa, 2000).

Octave Levavasseur, officier d’artillerie et aide de camp du Maréchal Ney, se trouve aux premières loges lors de cette journée historique :  »Le 18 juin, reconnaissant que l’ennemi a pris position en avant de la forêt de Soignes et hérissé la crête de Mont-Saint-Jean, l’Empereur juge que c’est là que Wellington veut fixer la bataille ; il fait défiler l’armée en colonnes d’attaque et dispose ses lignes parallèlement à celles des Anglais. Le Prince Jérôme commandait notre aile gauche ; les comtes Reille et d’Erlon marchaient au centre ; Lobau et Duhesme à droite. Le Maréchal Ney avait le commandement de l’infanterie et de la cavalerie. Nous étions séparés de l’armée anglaise par un petit vallon dans lequel se trouvait, sur la grande route, la ferme de La Haye-Sainte, très rapprochée de la ligne ennemie. Pendant que nos troupes prenaient position, des boulets enlevèrent quelques files. Déjà le comte d’Erlon avait commencé son mouvement d’attaque, la bataille était engagée. Le Maréchal fit appeler tous les colonels de cavalerie et leur donna l’ordre de lui envoyer chacun un escadron. Ces escadrons étant venus se former derrière lui, il dit à un de ses plus anciens aides de camp, Crabet, général de brigade en retraite, revenu depuis quelques jours auprès de lui, de prendre le commandement de cette cavalerie, et il ajouta : « Vous allez suivre par la gauche et balayer tout ce qui se trouve entre l’artillerie ennemie et son infanterie en passant sur le terrain occupé par l’ennemi derrière La Haye-Sainte « . Pendant ce temps, le comte d’Erlon s’avançait au milieu de la mitraille sur la pente du plateau, mais il ne réussissait pas à prendre la position. Crabet défile et s’enfonce dans le vallon ; le maréchal se retourne et s’adressant à moi : « Levavasseur, dit-il, marchez avec cette charge« . (Octave Levavasseur :  » Souvenirs militaires, 1800-1815 « . A la Librairie des Deux Empires, 2001).  Le Capitaine Robinaux, du 2ème de ligne a les yeux grands ouverts sur la bataille qui commence :  »Le 18 juin, ferme d’Hougoumont, crénelée et défendue par les anglais, attaquée par le 2ème corps d’armée commandé par le comte Reille qui s’en empare, ainsi que deLa Haie-Sainte. Planchenois [Plancenoit] et la ferme de La Belle-Alliance sont occupées par les français ; c’est vers ce point que Bülow se dirige… Sur les 10 heures du matin, toute l’armée française se mit en mouvement et s’avança dans la plaine ; l’armée était échelonnée et en colonnes serrées ; elles passèrent toutes, successivement, ces belles colonnes, au pied du mamelon de La Belle-Alliance où était l’Empereur et se dirigèrent chacune sur le point qui lui fut assigné. Le corps dont je faisais partie (le 2ème) se dirigea sur la ferme d’Hougoumont, crénelée et défendue par les Anglais ; elle est située sur une petite hauteur qui domine la plaine sur tous les points, et au pied de cette ferme il y a un grand bois de taillis assez mal plantés, au-dessous duquel nous étions en colonne serrée ; nous formions l’extrême gauche de l’armée. 

Le comte Reille, qui commandait en chef le 2ème corps, vint nous donner l’ordre d’enlever la position occupée par les Anglais et de prendre la ferme pour point d’appui et de nous maintenir dans cette position pendant la bataille, sans perdre ni gagner du terrain. Aussitôt la charge fut ordonnée et nous montâmes en masse, la baïonnette croisée sur l’ennemi, qui fit une ferme résistance. Le combat fut opiniâtre ; de part et d’autre et la fusillade la plus meurtrière se poursuivit avec une égale ardeur une demi-heure suffit aux français pour enlever cette position formidable ; si nous eussions fait un grand nombre de prisonniers, tandis que sur le centre et la droite de l’armée la canonnade la plus vive et la fusillade la mieux soutenue se faisaient entendre ; nous tenions toujours ferme cette position importante.   Sur les 6 heures du soir, le maréchal Ney vint à notre position et nous cria d’une voix forte : « Courage, l’armée française est victorieuse, l’ennemi est battu sur tous les points ! « .

L’Empereur, voyant un corps qui débouchait dans la plaine, annonça aussitôt l’arrivée du Général Grouchy, commandant en chef la cavalerie ; aussitôt il fit attaquer les plateaux dits Mont-Saint-Jean, occupés par les Anglais sous le commandement du général en chef commandant les armées combinées Lord Wellington ; là il trouva une ferme résistance ; une artillerie nombreuse et embusquée vomissait feu et flamme de toutes parts ; la garde impériale s’avança sur-le-champ et enleva la position qui fut reprise à l’instant ; la garde forma aussitôt le carré et se battit ainsi avec acharnement sans exemple ; sommée plusieurs fois de se rendre, elle préféra la mort au déshonneur, et bientôt l’on entendit ces mots si dignes du caractère et du beau nom français : « La Garde meurt, mais elle ne se rend pas !…  »

(Capitaine Robinaux :  » Journal de route (1803-1832). Publié par Gustave Schlumberger « . Plon, 1908). 

Louis Bro, commandant le 4ème régiment de chevau-légers lanciers est également un des témoins de cette bataille : « A une heure du soir [de l'après-midi], la division Donzelot, précédée des batteries, marche sur le château de Goumont [Hougoumont], repousse une division belge et s’éparpille dans un terrain accidenté. Le corps anglais de Picton attaque son flanc gauche. La division Marcognet se précipite, mais ne peut sauver une batterie enlevée par la troupe de Ponsomby qui charge à la tête des dragons gris d’Ecosse. Notre infanterie, coupée en tronçons, se débande ; Drouet d’Erlon fait ordonner à la cavalerie de charger. Un terrain détrempé ne nous permet pas de manœuvrer à l’aise. J’enlève mon 4ème lanciers.  A droite d’un petit bois, nous apercevons la cavalerie anglaise, qui, promptement reformée, menace de tourner le 3ème chasseurs. Je prends la tête des escadrons en criant : « Allons, les enfants, il faut renverser cette canaille ! » Les soldats me répondent : « En avant ! Vive l’Empereur ! » Deux minutes plus tard, le choc a lieu. Trois rangs ennemis sont renversés. Nous frappons terriblement dans les autres ! la mêlée devient affreuse. Nos chevaux écrasent des cadavres et les cris des blessés s’élèvent de toutes parts.  Je me trouve un moment comme perdu dans les fumées de la poudre. L’éclaircie venue, j’aperçois des officiers anglais qui entourent le lieutenant Verrand, porte-aigle. Ralliant quelques cavaliers, je me porte à son secours. Le maréchal des logis Orban tue d’un coup de lance le général Ponsomby. Mon sabre fauche trois de ses capitaines. Deux autres peuvent fuir. Je retourne sur le front pour sauver mon adjudant-major. J’avais vidé mon deuxième pistolet quand je sentis tout à coup mon bras droit paralysé. De la main gauche, j’abattis l’agresseur qui me bravait… Un éblouissement me força à saisir la crinière de mon cheval. J’eus la force de dire au major Perrot : « Prenez le commandement du régiment !« . Le général Jacquinot, survenu, en voyant le sang inonder mes vêtements, me soutint et dit : »Retirez-vous ! » Et il partit pour la charge. Le major Motet coupa mon dolman et appliqua un bandage sur charpie, en prononçant : « Ce n’est pas mortel, mais il ne faut pas rester ici. » La rage de quitter mes escadrons me fit verser des larmes. »(Général Bro :  » Mémoires, 1796-1844 « . A la Librairie des Deux Empires, 2001).  Le Colonel Trefcon, chef d’état-major de la 1ère division d’infanterie du corps d’armée de Reille, nous donne une affirmation bien révélatrice sur l’intensité des combats :  »A trois heures, le champ de bataille ressemblait à une véritable fournaise. Le bruit du canon, celui de la fusillade, les cris des combattants, tout cela joint au soleil ardent le faisait ressembler à l’enfer des damnés « . (Colonel Trefcon :  » Carnet de campagne, 1793-1815. « , A la Librairie des Deux Empires, 2003). Le chirurgien Louis-Vivant Lagneau, du 3ème régiment des grenadiers à pied de la Vieille Garde, a lui aussi sa propre vision de la bataille:  »On est obligé, sur le soir, de se retirer, ce qui n’a pas lieu sans désordre. L’Empereur, derrière lequel j’étais à dix pas, entre son état-major et la ferme de La Belle-Alliance, d’où j’avais été chassé ainsi que mes blessés, par les tirailleurs prussiens, qui débusquaient d’un petit bois sur notre droite, eut un instant son attention fixée sur ce point, où il s’attendait à voir arriver le maréchal Grouchy, auquel des ordres avaient été expédiés ; mais ils n’étaient pas arrivés au maréchal. L’Empereur comptait bien sur lui, car il regardait souvent à sa montre et faisait dire au général Duhesme, qui était à l’aile droite et qui demandait des secours, qu’il tint bon et que Grouchy ne tarderait pas à lui arriver en aide. J’étais là avec Larrey, le chirurgien en chef de la Garde, il y avait aussi Zinck, avec une ambulance. Il avait été forcé, comme nous, d’abandonner la partie et s’était rapproché, comme moi, du groupe de l’Empereur. Il y avait là aussi le collègue Champion, qui, avec Zinck avait établi l’ambulance de la Garde près de la mienne, dans une grange, sous les ordres de Larrey.   Napoléon croyait la bataille gagnée au moment où nous fûmes délogés de notre ambulance, parce qu’il croyait que les Prussiens, qui nous envoyaient des coups de fusil sur la ferme de La Belle-Alliance, étaient eux-mêmes poussés par derrière par le corps de Grouchy. Il était alors à peu près deux heures et demie ou trois heures. Malheureusement c’était bien les Prussiens et les Prussiens tout seuls, commandés par le général Bülow. Grouchy n’avait pas reçu trois messages que lui avait adressé l’Empereur. Les aides de camp avaient été pris par l’ennemi, et lui, Grouchy, qui avait eu au début de la bataille et peut-être dès la veille, l’ordre de retenir les Prussiens au pont de Wavre, pour en finir avec les Anglais, avant qu’ils pussent se réunir à eux, s’était contenté, avec ses 25 ou 30 000 hommes d’excellentes troupes, d’observer le pont, où les Prussiens avaient laissé une seule division, tandis qu’avec tout le reste de leur armée Bülow se dirigeait sur notre champ de bataille. » (Louis-Vivant Lagneau :  » Journal d’un chirurgien de la Grande-Armée, 1803-1815. Edition présentée et complétée par Christophe Bourachot ». LCV, Editeur, 2000). Dieudonné Rigau, chef d’escadrons au 2ème dragons, apporte dans ses  » Souvenirs des guerres de l’Empire  » un témoignage presque symbolique : »Je me suis retiré le dernier du champ de bataille avec un escadron et toujours au pas, sans que l’ennemi ait osé s’adresser à nous, quoique nous débordant de tous côtés. Arrivé près de la position où se trouvait l’Empereur, je m’arrêtai, et j’entendis distinctement Napoléon dire : « Que l’on déploie l’aigle du bataillon de l’île d’Elbe , qui était couvert de son étui. On cria Vive l’Empereur !. Mais le destin s’était prononcé ; il dut se retirer. «  (Dieudonné Rigau :  » Souvenirs des guerres de l’Empire « . A la Librairie des Deux Empires, 2000). 

Voilà Grouchy ! Non, ce sont les Prussiens !… 

Quelques pages plus loin, Levavasseur, aide de camp de Ney poursuit :  »Sur les 6 heures du soir arrive auprès du Maréchal Ney le général Dejean. « Monsieur le maréchal, lui dit-il, Vive l’Empereur ! Voilà Grouchy !  » Le maréchal m’ordonne aussitôt de passer sur toute la ligne et d’annoncer l’arrivée de Grouchy. Prenant le galop, élevant le chapeau au bout de mon sabre et passant devant la ligne : « Vive l’Empereur ! m’écrié-je, soldats, voilà Grouchy ! « . Ce cri soudain est répété par mille voix ; l’exaltation des soldats est à son comble ; ils s’écrient tous : « En avant ! En avant ! Vive l’Empereur ! » A peine arrivé à l’extrémité de notre ligne, des coups de canon se font entendre sur nos derrières. Le plus grand silence, l’étonnement, l’inquiétude succèdent à cet enthousiasme. La plaine se couvre de nos équipages et de cette multitude de non-combattants qui suivent toujours l’armée ; la canonnade continue et s’approche. Officiers et soldats se mêlent, se confondent avec les non-combattants. Je viens, atterré, auprès du maréchal, qui me prescrit d’aller reconnaître la cause de cette panique. J’arrive auprès du général [nom laissé en blanc par l'auteur] qui me dit :  » Voyez ! Ce sont les Prussiens !« . Je retourne cherchez le maréchal, que je ne retrouve pas. Notre armée ne formait plus alors qu’une masse informe, où tous les régiments étaient confondus. Dans cet instant fatal, il n’y a plus de commandement, chacun reste interdit en présence d’un danger qu’on ne peut définir. Vient Drouot qui s’écrie :  » Où est la Garde ? Où est la Garde ?  » Je la lui montre ; il s’en approche en criant :  » Formez le carré !  » Je vois alors l’Empereur passer près de moi, suivi de ses officiers. Arrivé près de sa Garde, placée en face de lui, de l’autre côté de la route :  » Qu’on me suive !  » dit-il, et il marche en avant sur le chemin que cent pièces de canon balayent « .  Le capitaine Coignet assiste lui aussi à l’arrivée des Prussiens :  » Arrive de notre aile droite un officier près de l’Empereur, disant que nos soldats battaient en retraite :  » Vous vous trompez, lui dit l’Empereur, c’est Grouchy qui arrive.  » Il ne croyait pas à un pareil contretemps. Il fit partir de suite dans cette direction pour s’assurer de la vérité. L’officier, de retour, confirma la nouvelle qu’il avait vu une colonne prussienne s’avancer rapidement sur nous et que nos soldats battaient en retraite. «  Robinaux, capitaine au 2ème de ligne écrit :  » Le prétendu corps du Général Grouchy n’était autre qu’un corps prussien fort de quinze mille hommes commandés par Blücher qui vint couper notre armée et la prendre en flanc ; l’épouvante devint générale; les bruits les plus sinistres se répandirent dans toute l’armée… «  

La bataille s’achève. La déroute commence. 

Robinaux, encore lui, poursuit :  »Nous avançâmes de 200 ou 300 pas dans la plaine pour voir les mouvements de notre armée, car nous ne recevions point d’ordres. Qu’y vîmes-nous ? Nos troupes en pleine retraite sur tous les points ; nous en avertîmes aussitôt le général qui commanda :  » Colonnes en retraites « , dès qu’il s’en fut assuré par lui-même, et nous recommanda de garder le plus grand ordre ; le tout ne fut pas de longue durée ; nous recevions quelques boulets par derrière, et des soldats effrayés, regardant derrière eux, aperçurent nos lanciers polonais ; ils les prirent pour de la cavalerie anglaise, et s’écrièrent : « Nous sommes perdus !  » Le bruit s’en répandit dans toute la colonne, et bientôt nous fûmes dans un désordre complet ; chacun ne pensa plus qu’à son propre salut ; impossible de rallier les soldats égarés ; la cavalerie suivit l’impulsion de l’infanterie ; j’ai vu des dragons en retraite, au galop, renverser des malheureux fantassins et monter sur leur corps avec leurs chevaux ; cela m’est arrivé une fois ; ennuyé d’un pareil désordre, et exténué de fatigue à force de courir, car il y avait une demi-heure que nous courions dans la plaine sans être poursuivis, je m’en étais aperçu plusieurs fois et je ne cessai de le répéter à haute voix, en criant :  » Halte, rallions donc, rien ne nous poursuit. «  Le chef d’escadron Victor Dupuy, poursuit son récit :  » Peu après, nous reçûmes l’ordre de nous porter en arrière, pour nous opposer à des tirailleurs prussiens. Jusque-là, nous pensions que la bataille était gagnée sur les autres points de la ligne ; mais lorsque, arrivés sur la grande route, nous la vîmes encombrée de fuyards, nous fumes détrompés. Nous cherchâmes d’abord à les rallier, mais cela fut impossible, il fallut faire aussi retraite, mais du moins, nous la fîmes en ordre, marchant à quelques centaines de pas sur le côté de la route, jusqu’à ce que la nuit et les difficultés du chemin nous eussent forcé à y rentrer et à marcher pêle-mêle, avec les fuyards de toutes armes. Notre défaite était calculée à l’avance : des caissons dételés, dont les timons étaient enchâssés les uns dans les autres, avaient été placés de distance en distance en travers de la grande route, pour entraver notre marche et arrêter notre matériel et nos bagages. De larges fossés la bordaient ; il fallut souvent faire mettre pied à terre à quelques-uns de nos hommes, pour en abattre les talus et pratiquer ainsi des passages. «  Ali, le mameluck de l’Empereur, après la prise par l’ennemi de la voiture de Napoléon et des équipages impériaux restés au Caillou, suit son souverain dans la déroute :  » Dans la longue colonne de soldats de toutes les armes, de tous les corps, de tous les régiments qui battaient en retraite, marchant pêle-mêle, chacun allant pour son compte, le très petit groupe dont l’empereur était le noyau marchait avec tout le monde, se dirigeant sur Philippeville. La nuit était une nuit d’été sans lune ; on voyait, mais on ne pouvait distinguer ; sur la route, çà et là, étaient des feux de bivouac où se reposaient des hommes fatigués et mourant de faim. Tranquillement et silencieusement, on cheminait au pas des chevaux « . Sur l’issue de la bataille, le chirurgien Lagneau a sa propre version des faits:  » La triste vérité fut que les Prussiens, qui n’étaient pas talonnés, comme le croyait Napoléon, par Grouchy, écrasèrent Duhesme et le corps de la Jeune Garde, qu’il commandait à notre aile droite, et qu’ils vinrent se placer sur nos derrières, sur la route de Charleroi, pour nous couper toute retraite. Heureusement qu’ils n’avaient d’abord que des pelotons de cavalerie. Le mouvement rétrograde se prononçant, je suis assez heureux, avec quelques blessés encore ingambes et des hommes valides, qui ne peuvent plus retourner où l’on se bat, pour me tirer de là grâce à mon excellent cheval. J’ai dans cette retraite, pour compagnon d’infortune, le capitaine (chef de bataillon) Friant, de la Vieille Garde. Il est le fils du général Friant, de la Garde. Nous marchons toute la nuit au milieu des colonnes en retraite et des hommes isolés et nous franchissons le matin à Charleroi, où tout est en désordre, les rues encombrées de voitures de charbon et de bagages militaires « . 

L’aide de camp Levavasseur découvre Génappe en plein désordre :  » Quel fut mon étonnement, à mon arrivée à Génappe, de voir cette ville encombrée de voitures, au point qu’il était impossible de passer debout dans les rues ; les fantassins étaient obligés de ramper sous les équipages pour se frayer un passage ; la cavalerie tournait la ville. Parvenu sur la route, au-delà de la place, indigné de ne voir aucun ralliement, je me plaçai en travers, et, tirant mon sabre, je m’écriai :  » De par l’Empereur, on ne passe pas !  » Un officier de hussards, croyant que j’avais reçu l’ordre d’agir ainsi, se mit à côté de moi, et l’un et l’autre nous barrâmes le passage. Alors nous entendîmes tous les officiers et soldats s’écrier :  » Par ici le 25ème, le 12ème, le 8ème ! etc., etc. Tous cherchaient à se rallier, et toute la nuit se passa au milieu de ces cris « Bro, cité plus haut, alors qu’il est blessé et qu’il se dirige dans une calèche en route d’abord pour Charleroi écrit encore :  » A cinq heures du soir, quand la canonnade faisait rage, nous étions arrivés devant Génappe. Un long charroi d’artillerie encombrait la voie. J’appris en ce lieu que l’armée française exécutait sa retraite. Deux cavaliers nous jetèrent en passant la nouvelle que Napoléon avait été tué dans un carré de la Garde. Cela me causa un malaise inexprimable. «  

Jean-Baptiste Jolyet, chef de bataillon au 1er régiment d’infanterie légère fait également partie des nombreux blessés.  » J’arrivai ainsi à Génappe. Là, les voitures, les caissons, les canons étaient tellement les uns sur les autres que ceux qui se hasardaient dans cette bagarre risquaient fort d’être écrasés… Tout à coup, au moment où nous nous y attendions le moins, nous entendîmes les trompettes de la cavalerie prussienne qui galopait dans les rues. Je me rappellerai toujours la tentation que j’éprouvai en entendant ces sonneries triomphantes ; nous nous disions les uns aux autres à voix presque basse :  » Pauvre France ! Pauvre armée !  » et nous songions avec rage et avec honte, que rien ne pouvait nous empêcher d’être prisonniers  » . (Jean-Baptiste Jolyet :  » Souvenirs de 1815 « , in  » Souvenirs et correspondance sur la bataille de Waterloo « . Teissèdre, 2000). Le Capitaine Aubry (du 12ème chasseurs) a été blessé au pied lors de la bataille de Fleurus. Il est emmené par le général Vinot (blessé lui aussi) dans une maison (à Fleurus). Les deux hommes se reposent. Nous sommes le soir du 18 juin 1815 :  » Nous étions couchés quand, dans la nuit le domestique de la maison est venu me dire que l’armée battait en retraite. Je me suis fait porter vers mes chevaux et, après être monté à cheval, j’ai été me poster en vedette à l’entrée de la ville…Il s’est trouvé que l’ennemi ne s’est pas mis à la poursuite des français, car il aurait pris toute l’armée qui, saisie de panique, s’était mise dans une déroute épouvantable, abandonnant tout son matériel, son artillerie, ses bagages, ses blessés sur le champ de bataille. Si il y avait eu une réserve pour soutenir la retraite, elle ne se serait pas changée en une déroute que l’ennemi devait ignorer : il était nuit, et lui-même se croyant battu et s’apprêtait pour continuer le lendemain… Le fait est que le soir de Waterloo il fallait cesser le feu et bivouaquer sur le champ de bataille. Les Anglais et les Prussiens étaient sur les dents et plus maltraités que nous ; c’est eux qui auraient battu en retraite pendant la nuit… Il y eut un sauve-qui-peut et une panique générale ; personne n’a été mieux à même que moi de voir cette terrible échauffourée… Et Aubry poursuit plus loin son témoignage :  » Sur toute la route que je parcourais, c’était une confusion inexprimable ; toutes les armes étaient confusément mêlées : cavalerie, artillerie, infanterie, voitures de cantinières, tout le train d’une armée marchait pêle-mêle, se croyant poursuivi, tandis que l’ennemi était resté sur le champ de bataille de Waterloo, ignorant notre déroute et appréhendant la continuation de cette terrible lutte pour le lendemain. « (Capitaine Aubry :  » Souvenirs du 12ème chasseurs « . A la Librairie des Deux Empires, 2002). 

Jean-Baptiste d’Héralde, était chirurgien-major au 12ème régiment d’infanterie légère. Présent lors de la campagne de Belgique, blessé le 16 juin à Fleurus, il ne participa pas à Waterloo. Néanmoins, se trouvant dans la ville même de Fleurus, il assiste lui aussi à la débâcle :  » A onze heures du soir [le 18 juin 1815], on entendait bien distinctement des coups de fusils sur le terrain où nous avions combattu le 16 [lors de la bataille de Fleurus]. Enfin, à minuit, plusieurs coureurs arrivèrent et tous nous assurèrent que notre armée était en retraite. Sur ces dires, on prit les armes et les quatre colonels arrêtèrent que la division quitterait Fleurus à une heure après minuit pour rétrograder sur Charleroi. Nous y arrivâmes le 19 à six heures du matin. A 300 pas de la ville, on trouve à sa droite la route de Bruxelles et c’est là, sur cette route, que nous pûmes nous convaincre des désastres de Waterloo. On voyait arriver en masse et dans le plus grand désordre notre cavalerie : lanciers, cuirassiers, hussards, dragons, chasseurs, tous marchaient pêle-mêle, les rangs et les armes étaient confondus. Presque toutes les lances étaient encore dégoûtantes de sang, ce qui attestait par écrit qu’on n’avait pas fait demi-tour sans combattre.  » (Jean-Baptiste d’Héralde :  » Mémoires d’un chirurgien de la Grande-Armée. Transcrits et présentés par Jean Chambenois « . Teissèdre, 2002). 

Le mot de la fin… 

Enfin, laissons la parole au célèbre Marbot, qui, à Waterloo, était colonel du 7ème hussards :  « Laon, 26 juin 1815. Je ne reviens pas de notre défaite !… On nous a fait manœuvrer comme des citrouilles. J’ai été, avec mon régiment, flanqueur de droite de l’armée pendant presque toute la bataille. On m’assurait que le maréchal Grouchy allait arriver sur ce point, qui n’était gardé que par mon régiment, trois pièces de canon et un bataillon d’infanterie légère, ce qui était trop faible. Au lieu du maréchal Grouchy, c’est le corps de Blücher qui a débouché !… Jugez de la manière dont nous avons été enfoncés, et l’ennemi a été sur-le-champ sur nos derrières !… On aurait pu remédier au mal, mais personne n’a donné d’ordres. Les gros généraux ont été à Paris faire de mauvais discours. Les petits perdent la tête, et cela va mal… j’ai reçu un coup de lance dans le côté ; ma blessure est assez forte, moi j’ai voulu rester pour donner le bon exemple. Si chacun eût fait de même, cela irait encore, mais les soldats désertent à l’intérieur ; personne ne les arrête, et il y a dans ce pays-ci, quoi qu’on dise, 50.000 hommes qu’on pouvait réunir ; mais alors il faudrait peine de mort contre tout homme qui quitte son poste et contre ceux qui donnent permission de le quitter. Tout le monde donne des congés, et les diligences sont pleines d’officiers qui s’en vont. Jugez si les soldats sont en reste ! Il n’y en aura pas un dans huit jours, si la peine de mort ne les retient… Si les chambres veulent, elles peuvent nous sauver ; mais il faut des moyens prompts et des lois sévères… On n’envoie pas un bœuf, pas de vivres, rien… ; de sorte que les soldats pillent la pauvre France comme ils faisaient en Russie… Je suis aux avant-postes, sous Laon ; on nous a fait promettre de ne pas tirer, et tout est tranquille… «  (Général Baron de Marbot :  » Mémoires « . Plon, 1891, 3 volumes.) 

Waterloo : quelques chiffres… 

Début de la bataille : 11h35.
Fin de la bataille : vers 21 heures. 

Forces françaises : Garde 1er, 2ème, 6ème corps, 3ème et 4ème corps de réserve de cavalerie. 

Forces anglo-hollando-belges : 85 000 hommes.
Forces prussiennes : 127 000 hommes (Les 4 corps prussiens) 

Pertes françaises : environ 20 000 tués et blessés.
Pertes alliées : environ 20 000 tués et blessés (dont 7000 prussiens)

 (D’après : Alain Pigeard :  » Dictionnaire de la Grande-Armée « . Tallandier, 2002, page 790).   

Pour en savoir plus sur le sujet : 

 Capitaine Jean-Baptiste Lemonnier-Delafosse:  » Souvenirs militaires. Présentés par Christophe Bourachot « . LCV, Editeur, 2002. (L’auteur, capitaine au 37ème de ligne, a consacré un excellent chapitre de ses souvenirs à la journée du 18 juin 1815).

 » Waterloo. Récits de combattants « Teissèdre, 1999 (Un recueil de plusieurs témoignages : Citons notamment ceux du colonel Heymès, aide de camp de Ney et du Général de Brack (« Récit inédit d’un combattant  » dont deux versions sont proposées ici) ; 

Jean Thiry :  » Waterloo « . Berger-Levrault, 1943. 

Henry Houssaye:  » 1815. Waterloo ». Perrin et Cie, 1898 (Réédité souvent, cet ouvrage reste de loin un des meilleurs qui soit). 

Commandant Henry Lachouque :  » Waterloo, la fin d’un monde « . Lavauzelle, 1985 (Bien illustré). 

Jacques De Vos :  » Les 4 jours de Waterloo, 15-16-17-18 juin 1815 « . Editions Jean Collet, 1997. 

 A.Brett-James :  » Waterloo raconté par les combattants « . La Palatine, 1969. 

Robert Margerit :  » Waterloo, 18 juin 1815 « . Gallimard, 1974. 

Jacques Logie:  » Waterloo, la dernière bataille ». Ed. Racine, 1998. 

C.B.

 

                                                                                               

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( 18 mars, 2020 )

Benjamin Constant…

Benjamin Constant

« Suisse à la Jean-Jacques [Rousseau], coureur d’aventures galantes,  passant à l’amour orageux avec Mme de Staël au culte platonique avec Mme Récamier, transformant en épanchements littéraires les phases de sa vie intime, cœur et esprit mobiles, imprégné du scepticisme et de l’incrédulité du dix-huitième siècle ; c’est le type de l’incohérence. Ses variations politiques lui ont valu une place d’honneur dans le dictionnaire des girouettes. Il soutint d’abord le Directoire, puis accepta d’entrer au Tribunat. Ses relations avec Mme de Staël combinées avec des intrigues politiques l’obligèrent à demeurer à l’étranger pendant le temps de l’Empire. Rentré à Paris en 1814, il mène dans les « Débats » une violente campagne royaliste. Rien ne peut donner idée de la fureur avec laquelle il fonça sur l’Empereur, exilé inoffensif pour le moment. Il faut citer quelques phrases qui paraissent incroyables de la part d’un écrivain dont le talent n’était pas sans charme ni délicatesse.  On venait d’apprendre le débarquement de Napoléon à Cannes [Golfe-Juan]. Chacun à Paris pensait que c’était là une aventure de casse-cou, sans lendemain.

Benjamin Constant écrit :

« Nous subirons sous Bonaparte un gouvernement de mamelucks. C’est Attila, c’est Gengis-Khan, plus terrible et plus odieux. Il prépare les ressources de la civilisation pour régulariser le massacre et pour administrer le pillage. Une année du règne de Louis XVIII n’a pas fait répandre autant de larmes qu’un seul jour du règne de Bonaparte. Je n’irai pas, misérable transfuge, me traîner d’un pouvoir à l’autre, couvrir l’infamie par le sophisme et balbutier des mots profanes pour racheter une vie honteuse. »

Cet article parut dans les « Débats » le 19 mars 1815. Le lendemain, Napoléon entrait aux Tuileries. Trois semaines plus tard, en avril, le « misérable transfuge » acceptait de l’Empereur une place de conseiller d’État. A cette absence de principes, Benjamin Constant ne joignait pas le courage. Quand il vit Napoléon à Paris, il se crut perdu. Il ne songea qu’à en finir avec la vie. Il se réfugia chez un ami et, déjà, il commença ses apprêts, certain qu’il ne ferait que devancer de quelques heures le châtiment. Une dépêche le mande aux tuileries, raconte Edgar Quinet. Il obéit, non sans crainte. Napoléon le reçoit d’un air riant. C’est à lui qu’il veut parler de liberté et de constitution ; c’est à  lui qu’il veut s’ouvrir.

« Et sachant qu’il s’adresse à un écrivain, c’est la liberté de la presse qu’il invoque. Il est pleinement converti sur ce point. L’interdire serait un acte de folie. Qu’au reste, Benjamin constant, lui apporte ses idées, ses vues ; il est  prêt à accepter ce qui est possible. Tout cela entremêlé de caresses et de sourires, comme en ont les maîtres du monde. Ces discours ne durèrent pas moins de deux heures. »

Benjamin constant se laissa facilement enguirlander. Pendant les quelques jours où Napoléon parut assuré sur le trône, il garda l’attitude du parfait courtisan. C’était, de part et d’autre, une comédie. Chacun savait qu’il reprendrait sa liberté et agirait selon sa vraie nature, dès que le spectacle aurait pris fin ; tout le monde, sauf peut-être Napoléon, savait qu’il serait de courte durée ! 

(A. PERIVIER, « Napoléon journaliste », Plon, 1918, pp.331-333.)

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Benjamin Constant de Rebecque (1767-1830) a laissé des « Mémoires sur les Cent-Jours » (Pauvert, 1961), non dépourvus d’intérêt.

 

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( 16 mars, 2020 )

Un air de révolution…

Napoléon à cheval.

« En débarquant de l’île d’Elbe, Napoléon s’était présenté aux Français non comme le vieil empereur venu pour reprendre le souverain pouvoir et l’appareil monarchique, mais comme le Premier Consul, le soldat de la Révolution, « l’homme du peuple ». Ses proclamations aux habitants des Basses-Alpes, des Hautes-Alpes, de l’Isère, commencent par ce mot : Citoyens. Sur toute sa route, il parle en tribun, dénonçant aux passions populaires les émigrés qui prétendent annuler les ventes des biens nationaux, les nobles qui veulent rétablir les privilèges et les servitudes féodales. A Grenoble, il déclare que ses droits ne sont autres que les droits du peuple et qu’il ne les reprend que pour arracher les Français au servage dont ils sont menacés: « — Je veux être moins le souverain de la France que le premier de ses citoyens. » A Lyon, il annonce qu’il reparaît pour défendre les intérêts de la Révolution; il proteste que le trône est fait pour la nation et non la nation pour le trône; il rend des décrets révolutionnaires, abolit les titres de noblesse, dissout la Chambre des pairs, bannit les émigrés, séquestre les biens des Bourbons. A Avallon, à Autun, à Auxerre, partout, ce sont les mêmes déclarations : « -Je viens pour délivrer la France des émigrés. » «-Je suis issu de la Révolution. » « — Je suis venu pour tirer les Français de l’esclavage où les prêtres et les nobles voulaient les plonger. Qu’ils prennent garde. Je les lanternerai. » Du golfe Juan à Paris, Napoléon se donne comme le chef de la Révolution, et c’est comme le chef de la Révolution qu’il est acclamé sur ce parcours de deux-cent-vingt lieues. Aux  »Vive l’Empereur! »  Se mêlent les cris: « Vive la liberté ! Vive la nation ! A bas les nobles ! A bas les prêtres ! Mort aux royalistes ! » A la rentrée de Napoléon aux Tuileries, à la réapparition des trois couleurs sur tous les clochers, l’effervescence révolutionnaire s’étend et s’accroît. La Marseillaise retentit des Alpes Cottiennes au cap Finistère. Des fédérations et des clubs s’organisent pour « défendre la liberté », « combattre l’inquisition des moines et la tyrannie des nobles », « maintenir les droits de l’homme menacés par la noblesse héréditaire, honte de la civilisation », « épouvanter les trahisons, déjouer les complots et terrasser la contre- révolution ». C’est la rhétorique de 93. Parmi ces fédérés, il y a beaucoup de vrais patriotes ; il y a aussi des néo-septembriseurs. Les fédérés de Toulouse promènent un buste de l’empereur en criant : « Les aristocrates à la broche! » Un fédéré lyonnais harangue ainsi ses camarades : « — Nous savons où sont les royalistes. Nous avons des baïonnettes, sachons nous en servir. » Molé dit à l’empereur : « — J’ai peur de la révolution menaçante, prête à vomir encore une fois sur la France la terreur et la proscription.  » A Bourg, à Nantes, à Rouen, à Lunéville, à Brest, à Bourges, à Rennes, à Dijon, on insulte, on menace, on maltraite les nobles et les prêtres. A Paris, même, on chante la Marseillaise et le Ça ira; il y a des bonnets rouges. Un jour, l’empereur traversant à cheval le faubourg Saint-Germain se voit entouré par une foule furieuse qui lui montre de ses poings levés les hôtels aristocratiques. « Une seule parole imprudente, dit-il plus tard à Las Cases, ou même une expression seulement équivoque de mon visage, et tout était saccagé. » Le 11 avril 1815, des bandes de populaire parcourent Saint-Brieuc aux cris de: Vive l’Empereur ! Les aristocrates à la lanterne ! « Des femmes ont éprouvé des accidents, » rapporte le commissaire de police sans préciser davantage. Le 25 avril, le bruit de l’assassinat de l’empereur s’étant répandu à Tarbes, cinq cents tanneurs et dinandiers s’assemblent pour attendre le courrier de Paris avec l’intention de « faire justice des royalistes » si la nouvelle se confirme. Après l’arrivée du courrier, le rassemblement se dissipe en criant : « Nobles, vous l’avez échappé belle, mais gare à vous! »A Bordeaux, en Bourgogne et dans le Dauphiné, les nobles redoutent d’être égorgés quand le premier coup de canon tonnera aux frontières. Une nuit, à Strasbourg, on pend à des lanternes trois mannequins avec cocarde blanche au chapeau et décoration du Lys sur la poitrine. Dans l’Isère, le château de Lissy est incendié, dans Seine-et-Oise, le château de Rosny. « On brûle un peu partout, » écrit Montlosier. Dans une commune de la Corrèze, les paysans démolissent le banc seigneurial de l’église, rétabli six mois auparavant, et en brûlent les débris sur la place publique. Le colonel Cuc écrit de Rodez: « On ne saurait comparer la journée du 5 avril qu’à celles qui ont signalé l’aurore de la Révolution. » « Il faut que le peuple fasse sentir sa force, » dit-on à Grenoble. A Dôle, les clubistes réclament la création de papier-monnaie et l’extermination des nobles et des prêtres.

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893, pp.482-485).

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( 15 mars, 2020 )

Le maréchal Berthier et le colonel Nicolas…

Le maréchal Berthier et le colonel Nicolas... dans TEMOIGNAGES 1814c

Le colonel Nicolas, du 11ème chasseurs à cheval- il devint en 1823 maréchal de camp -s’avisa de demander, à la fin de 1813, un congé au duc de Feltre [le général Clarke, Ministre de la guerre]. Il avouait naïvement qu’il voulait se rendre à Verdun, au dépôt, pour réorganiser l’administration de son régiment, mais qu’il profiterait du voyage pour aller, à six lieues de Verdun, revoir sa femme et ses propriétés et, pendant un mois, terminer des affaires très pressantes. Voici sa lettre.

Arthur CHUQUET.

« J’ai l’honneur de faire à Votre Excellence la demande d’une permission pour me rendre à mon dépôt à Verdun où ma présence est très urgente. Mon régiment ayant beaucoup souffert en campagne et étant presque détruit, il est indispensable que je me rende au dépôt pour en réorganiser l’administration. J’ajouterai à ces motifs que mon épouse et mes propriétés étant à six lieues de mon dépôt, je serais bien charmé de m’y rendre pour au moins un mois afin de terminer des affaires très pressantes, sans pour cela perdre de vue  les intérêts de mon régiment. »

Le duc de Feltre renvoya la  demande du colonel Nicolas à Berthier, major général, et il ajoutait que Nicolas avait eu peu de soin  de son régiment, que l’inspecteur comte de Nansouty ne faisait pas l’éloge du 11èle chasseurs. Berthier envoya au duc de Feltre la réponse suivante :

« Paris, 5 janvier 1814.

Je réponds à votre lettre du 4, relative à l’autorisation que demande M. le colonel Nicolas, de se rendre au dépôt de son régiment pour réorganiser les escadrons. Dans le moment actuel, où nous sommes en présence de l’ennemi, le poste d’honneur est aux escadrons de guerre. »

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur Chuquet : « L’année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, 1914).

——

Ce colonel Nicolas (Jean-Baptiste), né en 1773, mort en 1854, a fait l’objet d’une notice, à la page 646 du « Dictionnaire des colonels de Napoléon », de D. et B. Quintin (Éditions SPM, 1996).

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( 15 mars, 2020 )

Le maréchal Mortier…

Mortier

« Mortier m’a fait bien du mal en quittant le commandement de la Garde à Beaumont ; il connaissait tout ce corps. Si j’avais eu Lannes ou Bessières à la tête de la Garde, le malheur ne serait pas arrivé. Ce sera sûrement la faute de Mortier, à qui l’on aura écrit de Paris que Corps législatif conspirait. Le duc de Trévise [Mortier] est un brave homme, mais sa femme le mène »

(Napoléon au général Gourgaud, à Sainte-Hélène, 25 février 1815).

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( 12 mars, 2020 )

«VIVE la FRANCE, VIVE l’EMPEREUR !»

«VIVE la FRANCE, VIVE l’EMPEREUR !» dans TEMOIGNAGES elbeL’adjudant sous-officier Vincent Bertrand est en mars 1815 au sein de son régiment, le 7ème régiment d’infanterie légère, cantonné à Huningue (Haut-Rhin). C’est avec une certaine ferveur qu’il apprend le débarquement de Napoléon sur les côtes de France.

C.B.

 « Un des premiers jours de mars les trois bataillons du régiment venaient à peine d’arriver sur le terrain d’exercice, en dehors de la porte de France, lorsque le bruit du débarquement de l’Empereur à Fréjus circula dans les rangs. Officiers et soldats se regardèrent en face, les uns craignant une fausse nouvelle, les autres avec la joie de la certitude. Les deux heures passées sur le champ de manœuvres parurent bien longues et ne s’écoulèrent pas sans de nombreux commentaires. Rentrés à la caserne, sous-officiers et soldats allaient d’une chambre à l’autre cherchant à se persuader mutuellement que les journaux allaient confirmer cette grande et heureuse nouvelle. Le lendemain, le régiment ayant été consigné, chaque chambre devint un club et le nom de l’Empereur vint sur toutes les bouches. Le commandant de place invita, par affiches, les habitants et la garnison à ne pas propager un bruit mensonger, le colonel prescrivit, par la voie de l’ordre, aux officiers et soldats de rester calmes et fidèles au Gouvernement du Roi. Habitants et soldats obéirent, rien de plus. Nous restions toujours consignés, alors que l’Empereur, après sa marche triomphale dans le Var et l’Isère était déjà entré à Grenoble, mais, malgré l’ignorance officielle absolue dans laquelle on nous laissait, des nouvelles officieuses venaient chaque jour, nous rassurer et grandir notre espoir. Enfin, un dimanche, alors que le colonel passait la revue du régiment sur la place d’armes, un bourdonnement se fit entendre au loin, hors de la place, du côté de la porte de France. Peu après, les habitants des villages voisins entraient en ville, en foule, annonçant l’arrivée du courrier. Le commandant de place, effrayé de ce tumulte commença à prendre ses dispositions de défense, mais il était trop tard, le courrier franchissait les pont-levis et pénétrait dans la ville aux cris de « Vive l’Empereur ! ». Autour du chapeau du postillon flottaient des rubans tricolores, les chevaux en étaient littéralement couverts. Le courrier annonce l’entrée de l’Empereur à Lyon. Alors cette masse d’habitants et de paysans, ayant tous à leur chapeau ou à leur boutonnière les rois couleurs, pousse avec un enthousiasme difficile à décrire les cris de « Vive Napoléon, vive l’Empereur ! ». Nos officiers ne peuvent alors nous maintenir, nous rompons les rangs et fraternisons avec les habitants. Le malheureux courrier, abasourdi de questions, est escorté jusqu’à la porte  par un cortège composé de militaires, d’habitants avec femmes et enfants, tous criant « Vive la France, vive l’Empereur ! ». Le Directeur de la poste, voyant la foule réclamer, bien qu’avec calme et modération, la lecture de la dépêche, sort avec le colonel et confirme l’entrée de l’Empereur à Lyon. A cette nouvelle officielle l’enthousiasme n’a plus de bornes, on court dans les rues, on s’embrasse, tous les visages sont rayonnants de joie. Cependant, à la voix de nos chefs, nous reprîmes nos rangs pour rentrer à la caserne. Quelques instants après tous en sortaient, et, comme par enchantement, tous, officiers et soldats, avaient remplacé la cocarde blanche par la tricolore. Ce fut ensuite une journée de fête, puis vint la nuit qui fut aussi calme dans les rues qu’à la caserne. Le lendemain, nous étions déconsignés. Comme la veille, les chevaux du courrier, arrivant l’après-midi étaient couverts de rubans tricolores, de plus des drapeaux aux trois couleurs flottaient aux angles de la malle-poste. Soldats et bourgeois détellent les chevaux et roulent la voiture à bras jusqu’à la poste, les dépêches font connaître la réception faite à l’Empereur par les Lyonnais. Les jours suivants habitants et militaires allaient au-devant de la malle–poste pour l’escorter jusqu’au bureau, toujours avec le même enthousiasme. C’était un spectacle vraiment extraordinaire et touchant de voir cette foule marchant à côté de la voiture, accablant de questions le courrier qui n’en pouvait mais les interrogations se croisaient : « Avez-vous vu l’Empereur ? » « A-t-il toujours son petit chapeau et sa redingote grise ? ». « C’est lui qui m’a donné la croix dela Légiond’honneur, voyez, l’aigle est toujours à son poste ».Lorsque nous apprîmes enfin l’entrée de l’Empereur à Fontainebleau, puis à Paris, ce fut du délire. Schakos et chapeau volent en l’air et tout le monde entonne le fameux chant « Où peut-on être mieux… » Le soir toutes les maisons furent illuminées. A la caserne chaque soldat voulut avoir sa chandelle sur la croisée de sa chambre et l’on dut courir jusqu’à Bâle pour s’en procurer, le stock ayant été rapidement épuisé. La retraite fut retardée, et après ce jour d’allégresse chacun rentra paisiblement au quartier, heureux d’avoir vu disparaître le Drapeau blanc ». 

(Capitaine Vincent Bertrand, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815. Recueillis et publiés par le colonel Chaland de La Guillanche, son petit-fils. Réédition établie et complétée par Christophe Bourachot », A la Librairie des Deux Empires, 1998,  pp.273-277).

 

 

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( 12 mars, 2020 )

Réflexions…

Napoléon. Retour

«Napoléon arriva dans l’île d’Elbe avec la résolution d’y rester ou de n’en sortir que du consentement des puissances avec lesquelles il avait traité pour y venir. Ses paroles et ses actions étaient d’accord à cet égard. Mais dès que l’on crut être débarrassé de lui, l’on manqua aux promesses qu’on lui avait faites ; l’on insulta à son malheur, à sa famille, à ses amis. Cela commença à l’aigrir. Cependant il ne formait encore aucun projet pour rentrer en France. Je défie qui que ce puisse être, passionné ou non passionné, juste ou injuste, de pouvoir prouver que dans les six ou sept premiers mois de son séjour parmi les Elbois, l’Empereur ait fait la moindre chose qui ait pu faire croire qu’il formait le plan qu’il a ensuite si noblement exécuté. C’est à la fatale nouvelle de la question agitée au Congrès de Vienne pour faire aller Sa Majesté à Sainte-Hélène qu’il faut, non pas uniquement, mais particulièrement, attribuer l’illustre expédition qui nous avait reconduits dans notre belle et malheureuse patrie. »

(André Pons de l’Hérault, « Mémoire aux puissances alliées… », Alphonse Picard et Cie, 1899, p.106).

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( 11 mars, 2020 )

L’ordre de tirer sur Napoléon…

L'ordre de tirer sur Napoléon... dans HORS-SERIE napoleonLa Villette, le 29 juin 1815, à 2 heures du matin.

Monsieur le Général,  on vient de me faire le rapport que l’Empereur veut aller à Montmartre pour tâcher de faire un mouvement. Quelque invraisemblable que soit ce rapport, cependant il est bon de vous mettre en mesure. Prévenez le prince d’Essling [Maréchal Masséna] afin qu’il mette sous votre main quelques bataillons de la Garde nationale que vous ferez entrer à Montmartre à la première nouvelle que vous aurez d’un pareille tentative. Communiquez cette lettre au prince d’Essling ; il demeure rue de Bourgogne, près du ministère de la Guerre. Recevez, Monsieur le général, l’assurance de ma considération très distinguée. 

Signé:Le maréchal prince d’ECKMÜHL. 

Convaincu que Napoléon voulait s’emparer des redoutes de Montmartre, Desfourneaux résolut de « faire taire dans son cœur tout espèce de considération particulière », et, comme il s’en vante, de prendre les mesures les plus rigoureuses pour prévenir des desseins aussi contraires à l’intérêt général ; il ordonna de faire feu contre la personne de Napoléon, et il écrivit à son chef d’état-major l’ordre suivant : 

Montmartre, le 29 juin 1815, à 4 heures du matin. 

A Monsieur le chef d’état-major. Il résulterait, Monsieur, de l’avis qui vient de m’être donné que Napoléon Bonaparte doit se rendre dans la grande redoute de Montmartre avec quelques bataillons. Veuillez, de suite, défendre sévèrement dans la place l’introduction de toute espèce de forces armées qui n’auraient point d’ordre direct de moi. Vous ferez donner l’ordre de ma part à tous les postes de faire feu sur Napoléon Bonaparte s’il se présentait pour entrer dans la place.

Son abdication le rend tout à fait étranger à la France, et sa présence parmi nous ne servirait qu’à perpétuer les malheurs qui accablent la patrie et dont il est personnellement la cause.

Vous me répondrez de l’exécution de cet ordre dont j’ai donné connaissance à M. le maréchal de camp Saint-Pol. 

Signé: Le lieutenant-général baron DESFOURNEAUX. 

Le maréchal de camp Baille de Saint-Pol cité dans la lettre du lieutenant-général Desfourneaux, avait, de son côté, déjà reçu l’ordre de Davout. Sa surprise fut telle qu’il écrivit aussitôt au maréchal prince d’Eckmühl pour obtenir la confirmation de l’ordre ; il prétextait qu’il ne reconnaissait pas la signature du Ministre. 

Montmartre, 29 juin, 3 heures et demi du matin. 

Je viens de recevoir à l’instant une lettre datée de La Villette, le 29 juin 1815 à 2 heures du matin et signée « Maréchal Prince d’Eckmühl ». Je n’ai point reconnu dans cette signature celle de Votre Altesse Sérénissime et j’ai l’honneur de vous prier d’éclaircir mes doutes à cet égard. Voici ce que contient cette lettre ; « (suit le contenu de la lettre citée plus haut…) »   J’attends la réponse de Votre Altesse Sérénissime avec la plus vive impatience et j’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur, 

Signé: Le maréchal de camp, Commandant supérieur de Montmartre, B. BAILLE DE SAINT-POL. 

Napoléon ne pensait pas à faire sur Montmartre une tentative que Davout jugeait d’ailleurs invraisemblable. Il demanda toutefois dans la journée du 29 juin 1815 à la Commission du gouvernement le commandement de l’armée, non comme empereur, mais comme un général dont le nom et la réputation pouvaient encore exercer une grande influence sur le sort de la nation, et il promettait, foi de soldat, de citoyen et de Français, de partir pour l’Amérique après avoir repoussé l’ennemi. Ce message, porté par le général Beker, ne reçut d’autre réponse qu’un billet écrit par Fouché à Maret : le gouvernement provisoire, n’acceptait pas les propositions de l’Empereur et il priait Maret d’user de son influence pour conseiller à Napoléon de partir dans délai. Napoléon partit. Mais, malgré le gouvernement provisoire, malgré Fouché et Davout, l’armée voulait se battre. Elle éclata en cris de colère et de fureur lorsque la capitulation fut signée. Les lettres du maire et de l’adjoint de Montmartre à Desfourneaux témoignent de l’irritation du soldat.

Le maire, Finot, remercia Desfourneaux  d’avoir, par sa fermeté, empêché les bataillons de tourner leur artillerie contre la ville. « Tout Montmartre, écrit Finot au préfet Chabrol, a été témoin de la fermentation qui régnait parmi les troupes et des dangers que les chefs ont courus pour les forcer à se soumettre aux conditions de la convention. La conduite de M. le lieutenant-général Desfourneaux et des généraux employés sous ses ordres, celle de MM. Les officiers supérieurs et de MM. Les aspirants de la marine, dans cette horrible situation, a été des plus honorables.» L’adjoint Prost écrit de même à Desfourneaux que Montmartre a été durant la nuit du 3 au 4 juillet 1815 dans une « position affreuse », mais que le général a su « empêcher la troupe de diriger l’artillerie contre Paris » et calmer l’exaltation des esprits qui s’irritaient « de ce que tout était arrivé sans combat » et qui ne comprenaient pas « le besoin de se soumettre aux conditions de la capitulation ».

 

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( 9 mars, 2020 )

Une lettre de Marie-Louise à Napoléon…

ML3

Mon cher Ami,

J’ai reçue il y a une heure la lettre que tu m’as annoncée ce matin et qui contient les détails de la bataille [celle de Craonne, le 7 mars] que tu as gagnée. Je suis seulement fâchée de te savoir fatigué, ménage bien ta santé qui doit beaucoup souffrir par toutes ces courses par le froid. On est bien content à Paris de cette affaire, on espère que cela nous amènera la paix, on est cependant encore inquiet de voir que cela ne finit pas. Je voudrais aussi bien pouvoir te voir auprès de moi, je serais alors hors d’inquiétude…

Ta fidèle amie Louise.

[Paris] Ce 9 mars 1814, à 11 heures du soir.

(« Marie-Louise et Napoléon, 1813-1814. Lettres inédites… », Librairie Stock, s.d. [1955], pp.137-138)

 

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