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( 12 décembre, 2019 )

Pourquoi quitter l’île d’Elbe ?

Vue Portoferraio

Lorsque Napoléon débarque à l’île d’Elbe, il entend se consacrer désormais à son nouveau royaume. Il s’en occupera d’ailleurs pleinement. Au travers du témoignage d’André Pons de l’Hérault, on retrouve l’Empereur en grand organisateur, tour à tour ordonnant la construction de nouvelles routes, de casernes, de fortifications, de ses résidences impériales ; décidant de la réparation d’une rue, analysant tel ou tel budget, s’occupant d’approvisionnement de bois pour Portoferraio. Afin de mieux se rendre compte de l’activité  débordante de Napoléon, il suffit consulter l’ouvrage rassemblant les lettres et ordres édictés par le souverain de l’île d’Elbe (« Le Registre de l’île d’Elbe. Lettres et ordres inédits de Napoléon 1er (28 mai 1814-22 février 1815)», A.Fontemoing,  Éditeur, 1897) et rassemblés par Léon-G. Pélissier, le publicateur de la première édition du « Souvenirs et Anecdotes » de Pons de l’Hérault. Toutefois, Napoléon restait attentif à ce qui se passait en France : un mécontentement s’installait peu à peu contre le gouvernement des Bourbons.  Recevant périodiquement des informations il est presque certain que l’idée d’un retour mûrit lentement dans son esprit. Plusieurs éléments sont à prendre en ligne de compte. Tout d’abord l’absence de Marie-Louise et de son fils. Même si cette dernière a été cruellement ressentie par l’Empereur, comme le notera Pons ce n’est pas ce qui motiva Napoléon. Le départ de l’île d’Elbe est dû à des causes politiques et matérielles.

Politiques, car comment imaginer un seul instant que, connaissant l’échec du gouvernement de Louis XVIII, Napoléon soit resté confiné dans son île ?  L’Aigle se devait de relever le pari d’un nouvel envol. Les causes matérielles ont également leur importance et en particulier les difficultés financières qui commençaient à se faire ressentir dans le fonctionnement des institutions mises en place par Napoléon à l’île d’Elbe.

« Le revenu  annuel de l’île était d’environ 470 000 francs, 120 par les droits fiscaux, 350 par le Domaine (mines de fer, salines, pêcheries). Ces rentrées équilibraient à peine le budget civil (fonctionnaires, clergé, justice, ponts et chaussés) fixé à 120 000 francs, et les dépenses de la maison de Sa Majesté qui engloutit 480 000 francs pendant les sept derniers mois de 1814, ramenées à 380 000 sur les évaluations du budget de 1815. Restait à combler le déficit béant du million annuel prévu pour les dépenses militaires, qu’aucune ressource ne pouvait équilibrer. Napoléon le préleva entièrement sur les débris de sa lite civile sauvée à Fontainebleau, chiffrée par Peyrusse à 3 980 000 francs le jour de son entrée à Portoferraio. Dix mois plus tard, ce trésor est déjà amputé de moitié : le 26 février [1815], en s’embarquant pour la France, il ne reste en caisse que 1 863 000 francs. Au plus juste, en multipliant les économies, Napoléon pourrait tenir encore deux ans, mais il ne disposerait plus de cette masse de manoeuvre sur laquelle vivront ses cinq cent compagnons de Fréjus à Paris.», comme l’écrit G. Godlewski.

De plus, le pouvoir royal ne tient pas ses engagements. En effet, l’article 3 du Traité de Fontainebleau prévoyait à Napoléon le versement « d’un revenu annuel de 2 millions de francs en rente sur le Grand Livre de France, dont 1 million réversible à l’Impératrice ». Ni l’Empereur ni aucun membre de sa famille (car une disposition complémentaire prévoyait que ces derniers reçoivent également une compensation financière), ne percevront un centime. Louis XVIII ira même plus loin dans son mépris en décrétant le 18 décembre 1814, sur proposition de ses ministres, la mise sous séquestre de tous les biens de la famille impériale. Ainsi le trésorier Peyrusse, fidèle collaborateur de Napoléon écrit-il dans ses mémoires : « Les jours de mon travail avec Sa Majesté étaient fixés ; nous préparions les éléments du budget de 1815, et je présentai à Sa Majesté un projet sur la régie des tabacs à l’île d’Elbe. Pendant ces diverses séances, l’Empereur laissait percer l’humeur que lui donnait le refus que faisait la France d’acquitter la somme stipulée par le traité du 11 avril [1814]. M. de Talleyrand écrivait de Vienne à notre grand maréchal [le général Bertrand], que Sa Majesté Louis XVIII ne reconnaissait pas le traité de Fontainebleau. Les revenus de l’île et ma caisse eussent été insuffisants pour parer au budget futur, maintenu sur le pied du précédent, ce qui avait décidé Sa Majesté à arrêter que je payerais que la moitié des traitements fixés, et que je ne fournirais le surplus aux parties prenantes en bons sur le trésor public français et à valoir. Cette situation, le projet de certaines réductions à imposer à la Garde, affectaient vivement Sa Majesté. C’était le secret de son cabinet ».

Et pendant ce temps, le gouvernement royal, faut de budget suffisant, licenciait 200 000 hommes de cette armée qui jadis avait fait trembler l’Europe, jetant sur les routes des hommes démunis de tout , réduit à la mendicité pour survivre. Parallèlement, était crée une « maison du Roi », composé de  6000 hommes appartenant pour les trois-quarts à la noblesse. Cette  armée  d’Ancien Régime était une armée de parade et beaucoup de ceux qui en faisait partie, n’eurent jamais entendu tonner le canon. De maladresse en maladresse, on pourrait souligner notamment la place exagérée faite à un clergé ranimant les divisions d’autrefois,  le régime de Louis XVIII en qui une partie des français avait apporté sa confiance, ne sut pas la conserver. « Le menu peuple souffrait comme il n’avait pas souffert depuis le Directoire », Guy Godlewski dans son ouvrage consacré à l’île d’Elbe (Hachette, 1961).

Les yeux de bien des français étaient dorénavant tournés vers une certaine île d’Elbe…

Napoléon est rentré « en triomphateur, parce qu’il incarnait, malgré son autorité despotique, le plus grand courant des idées révolutionnaires, l’opposition la plus ferme à la réaction nobiliaire et cléricale de l’Ancien Régime, incapable de s’adapter. Sans doute aussi parce que son génie rayonnant, son magnétisme personnel offraient aux Français de 1815 un saisissant contraste avec la médiocrité de leurs nouveaux dirigeants», comme le souligne encore Guy Godlewski.

C.B.

 

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( 10 décembre, 2019 )

Quelques figures elboises…

Elba

André Pons de l’Hérault, directeur des mines de l’île d’Elbe, évoque quelques personnages faisant partie de l’entourage de l’Empereur : « Le général Drouot, aide de camp de l’Empereur, avait été nommé gouverneur de l’île et chargé des affaires militaires, ce qui équivalait au ministère de la guerre. Lisez Plutarque, voyez le plus beau caractère nde ses grands hommes: c’est le caractère du général Drouot. Le général Drouot était la perfection de l’homme moral. Il avait suivi l’Empereur à condition qu’il ne lui serait payé aucun appointement. C’était le seul compagnon de Napoléon qui eût fait cette réserve. Il y avait deux hommes dans le général Drouot: l’homme public et l’homme privé. L’homme privé était trop bon, l’homme public était trop sévère.

M. Peyrusse, payeur de la Couronne, était devenu trésorier de la Couronne et receveur général de l’île d’Elbe. Cadet de Gassicourt, dans un « Voyage fait en Autriche à la suite de l’empereur Napoléon », dit au chapitre intitulé « Club des francs-blagueurs »: « M. Peyrusse, payeur de la Couronne, jeune Méridional plein d’esprit, de vivacité, de franchise, toujours gai, toujours obligeant, fort attaché à ses devoirs», et à l’île d’Elbe ce portrait n’avait presque subi aucune altération. Seulement les années avaient amené un peu plus d’aplomb. M. Peyrusse ne faisait pas parade de son dévouement pour l’Empereur, car il disait à qui voulait l’entendre, toutefois en riant: «Je n’ai pas suivi l’empereur Napoléon, j’ai suivi ma caisse», et c’était vrai. Les militaires n’étaient pas toujours bons à son égard; ce qui ne l’empêchait pas de leur rendre tous les services qui dépendaient de ses fonctions. L’Empereur, sur les bords de la tombe, a, dans son testament, été injuste à l’égard de M. Peyrusse, et cette injustice a tenu à sa malheureuse incrédulité des hommes probes.

Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était, à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement «une commère» et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. Il était, d’ailleurs, trop obséquieux auprès de l’Empereur. Cette obséquiosité faisait contraste avec sa vanité envers les personnes qui lui étaient subordonnées. Disons un mot pris dans le domaine de la plaisanterie, ce sera une petite escapade d’historien. L’Empereur était au bain: M. Foureau de Beauregard lui avait présenté un consommé, ce consommé était trop chaud, et, pour ne pas se brûler, l’Empereur le humait. Le médecin en chef voulut empêcher l’Empereur de humer son potage «parce qu’en le humant, il avalait des colonnes d’air, et que ces colonnes d’air pouvaient lui donner la colique». L’Empereur, peut-être un peu impatienté, s’écria: «Docteur, quoi qu’en dise Aristote et sa docte cabale, à mon âge, l’on sait comment il faut boire, et vous pouvez m’épargner votre leçon.» M. Foureau de Beauregard dut cesser sa harangue. C’était, au fond, un fort brave homme, mais il ne savait pas se faire aimer, et généralement on l’avait pris à tic, à ce que disait l’Empereur, défenseur-né de toutes les personnes impopulaires.

L’Empereur allait partir de Fontainebleau, que l’on n’avait pas encore trouvé un pharmacien. M. Gatti tomba sous la main de M. Foureau de Beauregard: on le prit. M. Gatti n’était pas instruit, il ne chercha pas à apprendre, et il fut loin de briller dans son emploi. Cependant on le critiquait beaucoup moins que le médecin en chef: c’est qu’il ne faisait pas flamboyer sa broderie, c’est que, dans l’exercice de ses fonctions, sa parole n’était pas insultante et qu’on le considérait comme un bon camarade. »

(André Pons de l’Hérault, « Souvenirs et Anecdotes de l’île d’Elbe », Plon, 1897).

 

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( 9 décembre, 2019 )

Une lettre du général Curial au général Clarke, duc de Feltre et ministre de la Guerre.

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Le général Curial était, en 1815, colonel des chasseurs royaux de France, naguère les chasseurs à pied dela Vieille Garde. Il voulut rester fidèle à Louis XVIII qui l’avait nommé pair. Son, régiment l’abandonna pour courir au-devant de Napoléon et les officiers lui disaient alors qu’ils le reconnaissaient toujours comme leur colonel et qu’ils lui obéiraient… à condition qu’il les mènerait à la rencontre de l’Empereur.  Aussi ne devait-il pas rester colonel des chasseurs à pied. Napoléon ne tenait pas pour un homme « sûr et chaud » ; il lui donna d’abord le commandement de Lyon, puis le lui ôta pour l’employer du côté de Montpellier et de Marseille, puis lui donna une division à l’Armée des Alpes.  Dans la lettre suivante, datée de Paris et du 16 octobre 1815, Curial retrace sa conduite au duc de Feltre, le général Clarke, Ministre de la Guerre, et lui expose, trop brièvement, à notre gré, « les faits tels qu’ils se sont passés ».

Arthur CHUQUET.

 Commandant, lors du funeste débarquement de Bonaparte, les chasseurs royaux de France [voulurent rejoindre les troupes de l’Empereur], je n’ai rien négligé pour les contenir dans le devoir et le sentier de l’honneur. Harangues, promesses, menaces, châtiments, j’ai tout employé infructueusement. Quelques officiers et surtout une députation des grenadiers à pied royaux, les avaient exaltés au point que le corps d’officiers réuni dans mon logement, à  Chaumont, me déclara malgré mes nouvelles remontrances, mes reproches et même prières, que le régiment allait partir pour se rendre auprès de Napoléon. Je les prévins alors que je cessais de les commander ; j’écrivis de suite à Votre Excellence pour lui rendre compte de cette défection ; je lui expédiai un aide-de-camp en courrier et je me rendis en poste à Troyes où je vous priai, Monseigneur, de me faire passer vos ordres ; mais Votre Excellence n’a pas reçu ma lettre ; elle avait déjà quitté  Paris lorsque mon officier y est arrivé. Pendant ce laps de temps, j’avis été dénoncé à Bonaparte par deux officiers partis en poste de Chaumont, non seulement pour avoir dit ce que je pensais sur son compte, mais encore pour avoir cherché par tous les moyens possibles à arrêter la marche du régiment. De là mon renvoi de la Garde, mon remplacement a Lyon où j’avais reçu l’ordre d’aller, quoique j’eusse demandé ma retraite, et enfin un exil de vingt-six jours à Chambéry.

Voulant éviter ensuite dans cette ville les vexations populaires, je pris le commandement d’une division de l’Armée des Alpes, lorsque les hostilités furent commencées : commandement que je n’ai conservé » que dix ou douze jours.

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( 6 décembre, 2019 )

Partir un jour ou quitter l’île d’Elbe…

Napoléon 1er

La décision du retour fut mûrement réfléchie ; l’Empereur prenant en ligne de compte tous les éléments dont il disposait. Mais il fallait agir sans tarder comme le souligne Guy Godlewski : « A l’automne de 1814, Napoléon entrevoyait donc l’avenir sous de tels auspices qu’à une échéance plus ou moins certaine il serait contraint d’opter entre la faillite certaine et une aventure dont les chances de succès se précisaient de mois en mois » . A la date du 7 décembre 1814, le trésorier Peyrusse mentionne dans ses mémoires la visite d’un étranger « mystérieusement introduit dans le cabinet de Sa Majesté » . A la suite de cette entrevue, Peyrusse reçoit l’ordre de faire préparer [i]L’Inconstant [/i]« pour un voyage » et « de mettre à son bord 100,000 fr. ». De plus, sans doute vers la fin de l’année 1814 ou au tout début de 1815, une nouvelle importante parvient jusqu’à l’Empereur. Elle est relevée par Pons : « …nous apprîmes par deux Anglais, venus exprès dans l’île pour donner cet avis qu’il avait été question au congrès de Vienne d’envoyer l’empereur Napoléon à Sainte-Hélène » . L’administrateur des mines en bon observateur écrit dans ses « Anecdotes » que « A dater de cette époque, la conduite de l’Empereur prit une autre direction, et en l’observant il était permis de penser que Sa Majesté ne se croyait plus liée par le traité de Paris qui la reconnaissait souverain de l’île d’Elbe ».

Dès lors, Napoléon va demander à Pons « un rapport sur les moyens d’organiser une flottille expéditionnaire » . On note durant toute cette période une augmentation de préparatifs pouvant laisser penser que l’Empereur prépare son départ, même si aucune nouvelle officielle ne transpire : « …Sa Majesté préparait de grands moyens de défense pour l’île et les moyens nécessaires à une expédition militaire », ajoute Pons dans son « Mémoire aux puissances alliées » . G. Godlewski souligne à juste titre que « la facilité du débarquement reposa sur le secret absolu de sa préparation. Aucune parole, aucun ordre imprudent ne donnèrent l’éveil. Rien ne transpira pendant deux mois » . Le mameluck Ali, indique que « peu de personnes du dehors étaient dans la confidence ».

Peyrusse, lié à bien des confidences impériales, note encore que [i]l’Inconstant[/i] qui revient à Portoferraio avec « quatre mille sacs de blés » est envoyé à Gênes avec à son bord deux officiers de la Garde chargés d’acheter des draps et de la toile .

Selon le récit de Pons, c’est vers cette période que le capitaine Taillade tentera de mettre ce navire hors d’usage. Il est très probable que cela ne soit pas le fait du hasard… « Le 20 [février 1815], je reçus les premiers ordres pour les préparatifs », écrit Pons . Le 21 février, des caisses de munitions sont embarquées à bord de L’Inconstant, réparé de son avarie ; de l’artillerie est installée à bord du chébec [i]L’Etoile [/i]. Deux jours plus tard, ces bâtiments reçoivent un stock de vivres et d’eau douce. Précisons que Campbell, ne se doutant de rien, s’était embarqué pour Livourne le 16 février comme on le verra plus bas. « Quelques jours avant le 26 février, l’Empereur avait fait donner l’ordre à la Garde de faire un jardin d’un terrain inoccupé attenant à la caserne dans la partie ouest », précise encore Ali ; histoire de tromper les apparences. Il est fort à parier qu’à cet instant les soldats ne se doutent pas de ce que leur prépare le Petit Caporal.

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( 6 décembre, 2019 )

Une visite faite à Napoléon lors de son exil à l’île d’Elbe…

 Ce témoignaUne visite faite à Napoléon lors de son exil à l'île d'Elbe... dans TEMOIGNAGES 03008150ge est paru dans la revue « Feuilles d’Histoire » dans sa livraison de janvier/juin 1909.

« Le « Daily Mail » a donné récemment quelques extraits d’un document inédit trouvé, il y a peu de temps dans les archives familiales d’Arley-Castle. C’est le carnet de voyage d’un étudiant de l’Université de Cambridge, nommé Scott.  En septembre 1814, il se rendit à l’île d’Elbe en compagnie de quatre officiers anglais détachés à Livourne, les colonels Douglas et Lemoine, le major Maxwell, le capitaine Smith, et ce sont les passages relatifs à cette visite que nous citons ici :

16 septembre 1814, Livourne.

Dîné chez M. Fraser, banquier anglais, qui habite ici. Tout parfaitement anglais : mouton bouilli à la sauce du sang, roastbeef, fromage de Chester, porto, vin. Presque tous les invités sont intimement liés avec le colonel Campbell (commissaire à  l’île d’Elbe) et les capitaines Usher et Tower. Le colonel Campbell considère Bonaparte comme un homme très heureux de talents ordinaires ; Bonaparte se comporte à leur égard avec la plus grande familiarité ; il leur permet de lui poser les questions qui lui plaisent sur ses campagnes et ses plans. Il disait à Campbell : « Regardez-vous Wellington comme le plus grand général du monde ? »-« Vous aviez tant de bons de maréchaux, répondit Campbell, qu’on n peut dire quel est le premier général. »-« Non, réplique Bonaparte, c’est Wellington qui est le premier général ! »

19 septembre 1814, Elbe.

D’habitude Bonaparte se lève avec le jour et il prend infiniment d’exercice. Souvent il réveille lui-même le colonel Campbell. Il fait de longues courses à cheval dans tous les coins de l’île et ne rentre que lorsque ses compagnons sont exténués ; mais c’est pour repartir aussitôt sur un nouveau cheval, jusqu’à l’heure du dîner. Après son repas, il se  promène dans sa chambre pendant deux ou trois heures. Il semble, nous déclare Campbell, s’efforcer de penser le moins possible au passé. Parfois, dans la matinée, il sommeille très peu de temps dans son  fauteuil. Il mange beaucoup, il est surtout amateur de poisson, il boit séparément de l’eau et du vin, selon la mode anglaise, mais surtout de l’eau… Nous nous trouvions sur chemin large d’environ cinq mètres, lorsque nous rencontrâmes l’Empereur ; nous nous effaçâmes pour nous ranger, tête nue, les uns à côté des autres, sur le côté droit de la route. Il s’arrêta  son cheval et nous salua en portant la main à son chapeau. Ma première impression fut telle que je me demandai si cet homme, au visage peu gracieux, à l’air plutôt emprunté et lourd, était bien le grand Napoléon, qui avait rempli de terreur les empereurs et les rois. Il me semble que c’était impossible. Je répète que ce fut que ma première impression. Mais bien que celle-ci ait bientôt modifiée, je déclare encore aujourd’hui que Napoléon  avec sa carrure épaisse et large ne me fit pas l’effet d’un guerrier. Il parait être âgé  de quarante-cinq ans ; son ventre est très fort, et ses cuisses, grosses et tout à fait hors de proportion. Lorsque nous le vîmes, il était coiffé d’un chapeau enfoncé sur son front, chapeau dont la forme, basse par devant et très relevé par derrière, contribuait à rendre sa physionomie peu agréable. La teinte brune de ce chapeau, auquel est piquée une gosse cocarde rouge et blanche, montre suffisamment qu’il a fait avec lui de nombreuses campagnes.

Il portait une grande redingote à revers rouges ; ce vêtement, étroitement boutonné, laissait à peine apercevoir la cravate noire, entourant son cou, peu dégagé naturellement.  Il avait deux épaulettes en argent assez usées, la plaque de la Légion d’honneur et trois décorations plus petites… Il avait une culotte blanche, un gilet blanc et des gants. Les bottes, vieilles, usées, étaient munies d’éperons en argent, assujettis par des noires. Il montait un petit cheval corse, dont la selle portait des fontes, mais dont les rênes et le mors étaient sales. Quoiqu’en général ses vêtements fussent usagés, l’ensemble était celui d’une personne soigneuse et ordonnée. Il se tient fortement incliné en avant sur son cheval.  Celui-ci s’étant mis à ruer, Napoléon, le maîtrisa nerveusement. Durant les vingt-deux minutes que dura notre conversation, il ne prisa qu’une seule fois, dans une petite tabatière noire ornée de trois camées. Ses mains sont d’une blancheur remarquable, les doigts sont petits et minces. Ses cheveux sont noirs et pendant en longues mèches sur le sol de son vêtement, tout en gardant un aspect très propre. Les yeux sont bleus et petits, les sourcils noirs et plutôt épais, le nez et la bouche élégamment dessinés et dimensions moyennes, le menton n’est pas trop prononcé. L’ensemble du visage, pâle, légèrement jaunâtre, est assez empâté. Le front d’avance, anguleux et puissant.  L’Empereur parle vite et presque sans pause, d’une voix profonde et un peu saccadée. Durant tout notre entretien, la physionomie de Napoléon ne cessa de s’éclairer d’un demi-sourire et de refléter un parfait contentement. Ses yeux sont remarquablement vifs et expressifs ; ses regards et sa voix inspirent le respect et ses manières indiquent un grand talent, mais son sourire met à l’aise ses auditeurs et leur donne confiance. Néanmoins mes compagnons furent unanimes à penser qu’il avait plutôt l’air d’un prêtre habile et rusé que d’un héros. Sa personne n’a sûrement rien d’héroïque. »

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( 5 décembre, 2019 )

Le général Sébastiani (devenu maréchal de France en 1840).

Sebastiani devint maréchal de France en 1840

François-Horace-Bastien Sébastiani,  comte et maréchal de France est né le 10 novembre 1772 à La Porta d’Ampugnani, et son oncle qui l’élève le destine à une carrière religieuse. Davantage attiré par le métier des armes, il s’engage comme sous-lieutenant dans le régiment de Vintimille en août 1789. Il peut être considéré comme l’un des plus « beaux soldats » qui ont servi l’Empereur : courageux, sérieux, énergique, froid et décidé. Intègre et loyal, il était considéré par ses pairs comme un « brave ». Napoléon, malgré une courte période de défiance, le tenait en grande estime. Il est inhumé aux Invalides et a son nom inscrit sur l’Arc de triomphe de l’Étoile. Il a participé a toutes les grandes batailles de la Révolution, du Consulat et de l’Empire : Arcole (1796), Marengo, Austerlitz (où il est grièvement blessé en 1803), guerre d’Espagne (1809/1811), campagne de Russie (1812), campagne de 1813/1814 (Leipzig, Hanau, etc.). Lors du 18-Brumaire, il seconde activement Bonaparte avec son régiment de dragons en chassant les députés de Saint-Cloud. Des missions diplomatiques lui sont confiées : en 1802 à Constantinople, il gagne l’amitié du sultan Selim III, puis en 1806 où comme ambassadeur il dirige la défense de la ville contre les Anglais qu’il force à repasser les Dardanelles (1807). Après Waterloo, il est l’un des commissaires désignés pour traiter la paix avec les alliés, mais ne peut rien obtenir en faveur de Napoléon. Mis en demi-solde par les Bourbons, il s’exile en Angleterre jusqu’en 1816. En 1819, il est élu député de la Corse et siège à l’extrême gauche, puis député de l’Aisne en 1826. Ambassadeur à Naples (1834), il est à nouveau député de la Corse en 1835, puis Ambassadeur à Londres (1835/1840). Sous la Monarchie de Juillet, il est nommé, dans un premier temps, Ministre de la Marine (1830) puis Ministre des Affaires Étrangères (1830/1832). Sa fidélité absolue à la politique de paix en Europe, voulue par Louis-Philippe, suscite une vive émotion à la Chambre le 16 septembre 1831, quand il annonce que la Russie vient d’écraser l’insurrection polonaise et ajoute que « la tranquillité régnait à Varsovie ». Cette phrase indigne les libéraux, partisans de l’insurrection et devient proverbiale sous la forme «  l’ordre règne à Varsovie.  » En octobre 1840, il est élevé à la dignité de maréchal de France. Les dernières années de sa vie sont accablées par la mort tragique de sa fille, la duchesse de Choiseul-Praslin, assassinée par son mari en 1847. Il décède à Paris le 20 juillet 1851. Au-delà du comportement traditionnel de la classe des notables dans l’île, le monopole politique détenus par quelques familles clanistes est favorisé par un système électoral censitaire qui, en accordant le droit de vote aux seuls propriétaires, autorise les abus, renforce le clan et laisse peu d’espaces d’expression, politique ou sociale, aux autres composantes de la société. Les représentants du pouvoir central, et au premier rang les préfets, apparaissent davantage aux yeux de la société préoccupés par les résultats électoraux que par les difficultés quotidiennes des insulaires. C’est dans ce contexte que se développe une forte criminalité.

La littérature romantique s’est emparée du mythe du « bandit d’honneur ». La réalité est beaucoup plus cruelle et parfois plus sordide. Entre 1818 et 1852, quatre mille six cent quarante-six meurtres sont commis dans l’île, soit une moyenne annuelle de cent trente. Réfugiés dans les montagnes, les bandits assassinent en quasi toute impunité, terrorisent et rançonnent les populations et parfois même les villes. Si la vendetta a sa part dans cette explosion de violence individuelle, nombreux sont ceux qui trouvent dans le banditisme « un moyen facile de pourvoir à leurs besoins » (X. Versini ’ Un siècle de banditisme en Corse, les Editions de Paris). Les populations locales, en dépit de quelques sympathies, subissent ce tribut criminel et ne se trompent guère sur les ressorts qui animent ces hommes en les nommant : «  I Parcitori  » (les percepteurs). La position de bandit est même une source d’influence dans la société insulaire où la justice a toujours été considérée comme inefficace ou insuffisante. La création en 1822 d’un corps de voltigeurs, composé uniquement d’insulaires, obtient quelques succès. Il se livre aussi à des excès ou exerce mollement sa mission contre parents et amis ce qui conduit à sa dissolution en 1850. Le banditisme est le révélateur des tensions sociales et d’une certaine forme de rejet de l’État. Quelques progrès timides sont enregistrés dans le domaine des transports : les premiers bateaux à vapeur sont mis en service entre la Corse et le continent en 1830. Les voies de communication internes sont améliorées à partir de 1836. L’industrie ne connaît guère de succès et l’artisanat reste traditionnel. La Corse enregistre cependant un « boom démographique » (F. Pomponi : Histoire de la Corse, Hachette) qui double sa population entre 1827 et 1870. Cet essor entraîne l’extension des surfaces cultivées, en particulier en céréales, et un accroissement corrélatif de la production. L’arboriculture progresse : le vignoble double sa surface, la châtaigneraie est mieux exploitée et la mise en valeur de l’oliveraie permet une activité exportatrice rémunératrice. Ces exigences économiques nouvelles modifient l’utilisation gratuite et la répartition des biens communaux. Le principe du recours à l’usage des biens communaux par adjudication, pour le pacage et pour l’ensemencement, est encouragé et rendu obligatoire par l’administration.

Il nourrit un mécontentement généralisé de la part des utilisateurs traditionnels et constitue pour le clan une arme efficace contre ses adversaires. Enfin ce système favorisa l’appropriation privée d’une partie terres communes et provoqua des tensions. La vaine pâture fut aussi strictement réglementée en 1825 et, en accentuant les clivages entre les éleveurs, constitua un facteur supplémentaire de tensions. Des années de sécheresse et de mauvaises récoltes vers le milieu du siècle coïncident avec les premiers troubles de la Révolution de 1848 qui sont marqués, en Corse, par des violences agraires avec parfois le concours actifs de « bandits d’honneur ». Dans l’île, l’annonce de la chute de Louis-Philippe est accueillie avec un enthousiasme certain. Les Corses pensent enfin tenir leur revanche en soutenant massivement la candidature de Louis Napoléon à la présidence de la République en décembre 1848.

Philibert DUMAS

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( 28 novembre, 2019 )

Le général Bachelu

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Gilbert-Désiré-Joseph Bachelu est né le 9 février 1777 à Dôle (Franche-Comté).Reçu en l’an II à l’école du génie de Metz, en qualité d’élève sous-lieutenant.Nommé capitaine en l’an IV, il fait la campagne du Rhin puis la campagne d’Egypte où il est nommé chef de bataillon en l’an VIII. Après son rapatriement, il passe colonel du génie et embarque pour Saint-Domingue. De retour en France, il exerce les fonctions de chef d’état-major du génie au camp de Boulogne de l’an XI à l’an XIII, où il devient membre de la Légion d’honneur le 19 frimaire an XII et officier de l’Ordre le 25 prairial. Le 12 nivôse an XIII, il prend le commandement du 11ème de ligne ; à sa tête, il participe à la campagne d’Austerlitz puis à celle de Dalmatie. Il est nommé général de brigade le 5 juin 1809, se distingue à Wagram et au siège de Dantzig, ville dont il est nommé commandant en second en 1811. Il obtient le titre de baron de l’Empire le 29 août 1810. En 1812, il fait la campagne de Russie, puis revient à Dantzig dont il assure la défense jusqu’au 1er janvier 1814.

Il est nommé général de division le 26 juin 1813. Revenu en France, il reçoit la croix de Saint-Louis le 19 juillet 1814. Au retour de l’île d’Elbe, Napoléon lui confie le commandement de la 5èmedivision du 2ème corps (général Reille).Il se bat aux Quatre-bras et il est blessé à Mont-Saint-Jean. 

Après le licenciement de l’armée de la  Loire, il est arrêté et condamné à l’exil. Rappelé en 1817, il est replacé à l’état-major de l’armée. Il est finalement admis à la retraite en 1824. Bachelu s’éteint le 16 juin 1849 à Paris.

Son nom est inscrit sur l’Arc-de-Triomphe de l’Étoile, côté sud. 

Capitaine P. MATZYNSKI

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( 27 novembre, 2019 )

Le passage de la Bérézina ou un voyage dans l’enfer blanc…

 

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Du 26 au 29 novembre 1812, se déroula le dernier acte de la Campagne de Russie. Après avoir procédé à la réorganisation de ses troupes à Orcha, Napoléon apprend que les ponts de Borisov, enjambant la Bérézina sont aux mains des Russes. Il faut pourtant passer. L’Empereur ordonne alors un important mouvement de troupes au Maréchal Oudinot devant la petite ville de Borisov afin de tromper l’amiral russe Tchitchakov, puis charge le Général du génie Eblé de construire dans l’urgence deux ponts au gué de Studianka. Le passage des troupes s’effectue alors dans des conditions météréologiques extrêmes: si dans la journée le froid n’est pas excessif, la nuit la température oscille entre moins 20 degrés et moins 30 degrés…Trois batailles se déroulent autour des ponts. A Borisov, le Général Partouneaux et sa division se heurtent à Tchitchakov. Le Général Doumerc et sa cavalerie effectuent des charges héroïques sur la rive opposée de Studianka à Brill; enfin le dernier combat se situe aux abords même du gué de Studianka. Les 25 000 hommes qui constituaient le noyau dur de l’armée sont sauvés mais il fallut abandonner aux mains de l’ennemi autant de blessés et une très grande quantité de bagages. Le 26 novembre 1812, 9300 combattants passèrent sur l’autre rive; le 27 novembre, de nombreux corps d’armée passent devant l’Empereur en personne. Etonnamment, les Russes ne se sont pas encore montrés. La Division Partouneaux capitule le 28 novembre (à 7 heures du matin). 

Selon Alain PIGEARD, d’un point de vue stratégique, la Bérézina est une victoire française dans la mesure où l’armée russe avait pour objectif principal d’empêcher les français de passer cette rivière et qu’elle n’y réussit pas. 

Quelques chiffres:

Forces Françaises: environ 40 000 hommes.
Forces Russes: 84 000 hommes.

Pertes françaises: 2000 tués
7000 à 10 000 prisonniers plus la division Partouneaux,
soit 4000 tués, blessés et prisonniers.

Pertes Russes: Environ 10 000 tués et blessés et 3000 prisonniers faits sur la rive droite. 

Le capitaine Coignet témoigne…

Le 14 novembre, nous partîmes de Smolensk avec l’Empereur et la vieille Garde à huit heures du matin, pour Krasnoïe. Il arriva le 15 au soir, et attaqua Koutouzov le 17. Le même jour, il établit son Quartier général à Liadj, qu’il quitta dans la nuit avec son état-major. Il arriva avant le jour à Doubrowna et en partit pour Ortza le 19 novembre, au point du jour. Le 20 novembre au soir. il transporta son Quartier général à Baranui, sur la route de Borisov. Le 21, le mouvement général de retraite continua, et l’Empereur vint s’établir à Kokhanow. Les Russes nous serraient de près. Le 22, il apprit que les Russes venaient de s’emparer de la tête du pont et de la ville de Borisov. Il se vit forcé, par suite de cet événement d’exécuter le passage de la Bérézina, attendu qu’il était poursuit  par Koutouzov et Wittgenstein.  Le 24 novembre, l’Empereur vint fixer son Quartier général à Losnitza, et arriva le 26 à sept heures du matin à Studianka, village situé sur le penchant d’une colline qui borde la Bérézina et qui n’est éloigné de cette rivière que d’environ soixante toises. Pour arriver à cette belle position, il faut longer la Bérézina à droite et remonter trois lieues. Nous passâmes devant le grand pont que les Russes avaient brûlé; ce pont est sur pilotis, et ils n’en avaient brûlé que la moitié. Ils étaient de l’autre côté à nous attendre. Ils venaient, dit-on, de Turquie; ils avaient fait la paix avec le Grand Turc. Cette armée était de quatre-vingt mille hommes. Ils étaient dans des bois, en face de leur grand pont, à nous contempler. Mais ils étaient comme nous, dans la neige, sans échanger un seul coup de fusil. Nous étions déjà dans la misèr. À une heure de l’après-midi -26 novembre -le pont de droite fut achevé, et l’Empereur y fit immédiatement passer sous ses yeux le corps du duc de Reggio et le maréchal Ney avec ses beaux cuirassiers. Il nous avait rejoints au passage de la Bérézina. L’artillerie de la Garde passa avec ses deux corps et traversa un marais; heureusement, il était gelé et pouvait porter l’artillerie. Pour pouvoir gagner le village de Zaniwski, ils repoussèrent les Russes à gauche, dans des bois, et donnèrent le temps à l’armée de passer le 27 novembre.

La Bérézina. 

L’Empereur passa la Bérézina à une heure de l’après-midi, et alla établir son Quartier général dans le petit hameau de Zaniwski. Le passage de la rivière continua dans la nuit du 27 au 28. L’Empereur, avant de passer le pont de droite, fit appeler le maréchal Davout, et je fus chargé d’accompagner le maréchal pour garder la tête du pont et ne laisser passer que l’artillerie et les munitions; le maréchal à droite et moi à gauche.

Lorsque tout le matériel fut passé, le maréchal me dit :

« Allons, mon brave! tout est passé, allons rejoindre l’Empereur. » 

Nous traversâmes le pont et un marais profond. Heureusement qu’il était gelé et qu’il pouvait porter notre matériel, sans quoi tout était perdu. Durant notre pénible service, l’Empereur faisait de bonnes  affaires avec les Russes. Il les avait renversés à gauche, dans des bois, avec le corps du duc de Reggio, et le maréchal Ney avait taillé pièces les Russes qui remontaient pour nous couper la route.Nos troupes les avaient surpris en pleins bois, et cette bataille coûta cher aux Russes. Nos braves cuirassiers les ramenaient par mille, couverts de sang; c’était pitié à voir. Nous arrivions sur ce beau plateau, et l’Empereur passa les prisonniers en revue. La neige tombait si large que tout le monde était couvert. On ne se voyait pas ! Mais derrière nous il se passait une scène des plus effrayantes : à notre départ du pont, les Russes dirigèrent sur la foule qui entourait les ponts les feux de plusieurs batteries, qui firent sur ces masses effrayées un effroyable ravage. De notre position, on voyait la foudre tomber sur ces malheureux abandonnés, sans pouvoir leur porter secours. Ils se précipitaient vers les ponts, et les voitures se renversèrent. La confusion fut si grande que les hommes et les femmes se précipitaient sur les ponts et qu’ils se renversèrent dans la Bérézina et furent engloutis dans les glaces. Non, personne ne peut se faire une idée d’un pareil tableau! Combien de personnes de tous sexes et de tous âges restées sur la rive gauche ! Les ponts furent brûlés le lendemain matin à huit heures et demi. Cinq mille personnes périrent à la Bérézina, et un riche butin. » 

Un autre témoignage… 

Celui du wurtembergeois de Suckow. Ce dernier, au sein de la Grande-Armée, participe à la campagne de 1809 en Autriche et à celle de Russie. Lors de cette dernière, il se trouve dans une division wurtembergeoise, la 25ème de la Grande-Armée, rattachée au 3° corps sous les ordres de Ney. « Dès la première heure, nous entendîmes le canon dans le lointain. C’était notre arrière-garde, commandée par le Maréchal Victor et le Général Dombrowski, qui livrait aux Russes un combat des plus violents. Les grondements se rapprochaient sensiblement de nous, et ceci prouvait que nos défenseurs étaient refoulés. Le moment était donc venu de nous en aller, si nous ne voulions pas nous exposer à la honte d’être faits prisonniers.  L’artillerie ennemie accélérait de plus en plus son tir, et déjà ses projectiles venaient tomber autour de nous. J’adressai donc un bref adieu à mes Français, qui se mirent aussi en route dans la direction du pont vers lequel les fuyards, affolés et sans armes, convergeaient.  Avant d’atteindre la cohue énorme qui se pressait à l’entrée de celui-ci, je fus encore témoin d’une scène véritablement déchirante : Une voiture, que dans les circonstances actuelles on pouvait qualifier d’élégante, attelée de deux chevaux, arrivait à fond de train et essayait de traverser. Il y avait à l’intérieur une dame et deux enfants. Tout à coup un boulet russe, tombant au milieu de l’attelage, met l’une des bêtes en pièces. La mère saute à bas de la chaise de poste et, tenant les deux petits dans ses bras, supplie les passants de venir à son secours; elle prie, elle pleure, mais aucun de ces êtres fuyant, en proie à une terreur panique, ne s’occupe d’elle, ne veut l’entendre. Je l’ai seulement dépassée de quelques pas, lorsque je n’entends plus sa voix gémissante; je me retourne, mais je ne la vois plus; elle a disparu avec ses enfants ou plutôt elle a été renversée par le flot humain, écrasée et broyée par lui. » 

En savoir plus sur le sujet: 

Christophe BOURACHOT: « Les Hommes de Napoléon. Témoignages, 1805-1815″. Omnibus, 2011.

Alain PIGEARD: « Dictionnaire de la Grande-Armée ». Paris, Tallandier, 2002. 

Jean-Roch COIGNET: « Cahiers du capitaine Coignet ». Paris, Arléa, 2001. Présentés par Jean Mistler de l’Académie française. Avant-propos de Christophe Bourachot. (Un classique dont on ne se lasse pas !). 

 Colonel DE SUCKOW: « D’Iéna à Moscou. Fragments de ma vie, 1800-1812″. Paris, à la Librairie des Deux Empires, 2001 (Un témoignage peu connu mais de premier ordre…).

Sergent BOURGOGNE: « Mémoires. Présentés par Alain Pougetoux ». Paris, Arléa, 2002. (Un classique au même titre que les « Cahiers » du Capitaine Coignet…).

 

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( 27 novembre, 2019 )

Officiers d’ordonnance de l’Empereur…

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« 6677. — Paris, 22 avril 1815.

Sont nommés nos officiers d’ordonnances : les sieurs.

Lariboisière, capitaine d’artillerie (1).

Saint-Jacques, capitaine d’artillerie (2)

Planat, capitaine aide-de-camp (3)

Amillet, capitaine du génie (4)

Lannoy, capitaine au 7ème  de ligne (5)

Résigny, capitaine aide-de-camp (6).

NAPOLEON. »

———–

1. Honoré-Charles Lariboisière, promu capitaine d’artillerie après la Moskowa, chambellan de l’Empereur (6 avril 1813), quitte le service après les Cent Jours avec le grade de chef de bataillon, mais devient pair de France en 1835 et sénateur en 1852. Il avait épousé Melle Elisa Roy qui laissa à la ville de Paris une somme de 2.600.000 francs pour améliorer l’hospice du Nord lequel reçut le nom d’hôpital Lariboisière.

2.François-Louis Saint-Jacques, né à Sedan le 3 février 1784. Elève à l’Ecole polytechnique, puis à l’Ecole d’application (21 février 1804), second lieutenant au l 1′ régiment d’artillerie (9 mars 1806), premier lieutenant au même régiment (24 décembre 1807). aide-de-camp de Sénarmont (12 septembre 1808).

3. Louis-Nicolas Planas, né à Paris le 3 mai 1784, soldat en 1806. Sous-lieutenant du train d’artillerie en 1800, lieutenant en 1812, capitaine en 1813, aide-de-camp de Lariboisière. puis de Drouot, puis d’Evain, rayé du contrôle de l’armée en 1816, admis au traitement de réforme en 1828, confirmé chef d’escadron eu 1831, et mis en solde de congé, puis (1834) en non activité, puis (1851) à la retraite.

4. Amillet, fils d’un médecin de Poitiers, capitaine en janvier 1810, envoyé à l’armée d’Espagne et attaché à l’état-major du général Lery, employé à Rochefort et à l’île d’Oléron, â Anvers, à Poitiers, puis, après Waterloo, à la commission du Gouvernement provisoire, mis en non activité (5 août 1816), remis en activité (17 janvier 1817), mis en congé avec demi-solde (19 octobre 1818). Admis au traitement de réforme (19 mai 1825), chef de bataillon et commandant du corps des sapeurs-pompiers de Paris (30 août 1830).

5. Lannoy ou mieux Delannoy  (Henri), capitaine au 7ème  régiment de ligne, était aide-de-camp du maréchal de camp Labédoyère qui, le 28 mars, avait dit de lui : « ses talents, son zèle, son dévouement à la personne de S. M. et le vif intérêt que je lui porte sont les motifs qui me le font attacher à ma personne ».

6. Marie-Jules-Louis d’Y de Résigny, né en 1788, élève à l’Ecole de Fontainebleau en 1805, sous-lieutenant au 7ème  chasseurs à cheval (1806), lieutenant (1811), capitaine et aide-de-camp du duc de Plaisance (1813), considéré comme démissionnaire (23 juin 1815), chargé de la formation d’un régiment de hussards (2 août 1830), chef d’état-major du général Colbert (5 août 1830), lieutenant-colonel du 6ème  hussards (21 août 1830), colonel du 1er  dragons (24 janvier 1832). Maréchal de camp (18 décembre 1841), retraité (11 octobre 1850).

(Notes d’A. Chuquet).

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, p.549).

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( 25 novembre, 2019 )

A l’île d’Elbe, Napoléon reste attentif à ce qu’il se passe en France…

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« Napoléon lit à l’île d’Elbe non seulement des journaux et des brochures, mais des lettres particulières, les lettres qu’il reçoit et celles que reçoivent les soldats, les officiers, les fonctionnaires. Le chef de bataillon Malet ne recommandait-il pas à tous les grenadiers qui retournaient en France, d’envoyer des nouvelles à leurs camarades ? La police française s’efforçait d’intercepter ces messages, et Beugnot fit parfois de beaux coups de filet. Le 13 juillet [1814] ses agents prirent à Mme la générale Bertrand des papiers qu’elle portait à l’île d’Elbe, et peu après, lorsque la mère de Mme Bertrand, Mme Dillon, voulut envoyer à sa fille des bonnets brodés où elle cacha quelques lettres, Beugnot dit malicieusement à Mme de la Tour du Pin: « Prévenez donc Mme Dillon que Mme Bertrand n’a pas besoin de bonnets brodés.» Mais ce que Beugnot avait enlevé à la générale Bertrand était insignifiant et ce fut cette dame qui remit à Napoléon des lettres du prince Eugène. La correspondance de Paris avec l’île d’Elbe était organisée avec habileté. Elle passait d’abord par les mains du général Evain, chef de la 6ème division ou bureau de l’artillerie au ministère de la guerre; Evain l’adressait à sa soeur, directrice de la poste d’Angers, et Mlle  Evain la transmettait simplement au directeur de la poste de Toulon qui l’envoyait à Porto-Ferrajo. Deux personnes connaissaient le secret: le colonel de Caux, collègue d’Evain, chef de la division du génie, et Masséna. C’est pourquoi, dit-on, le maréchal fut, après les Cent jours, disgracié par  les Bourbons; ils lui reprochèrent d’avoir laissé le directeur de la poste de Toulon de communiquer avec l’île d’Elbe. Mais il existait d’autres moyens d’expédition. Tous les bateaux génois et elbois apportaient des lettres : Peyrusse assure que ses relations avec ses amis ne furent jamais interrompues, et Méneval, sous le couvert des négociants viennois, envoyait par Livourne et Florence tout ce qu’il voulait. Quant aux lettres qui partaient de l’île d’Elbe pour la France, elles passaient par Gènes et par la Suisse. Le plus souvent un bateau elbois les remettait à des courriers de Piombino ou bien l’Inconstant les portait aux stations postales de Civita-Vecchia, de Gènes et de Naples ou bien elles étaient confiées à des voyageurs. C’est ainsi que Napoléon correspondait avec le continent. Il a raconté qu’il reçut 5.000 lettres d’officiers et de soldats qui lui demandaient du service : 500 de France, 2.000 de Corse,  2.500 de Gênes, du Piémont et du reste de l’Italie ; tous, licenciés ou revenus de captivité connaissaient la France et rendaient compte de l’état des esprits. Les lettres que son entourage lui communiquaient, contenaient parfois des choses intéressantes ou instructives. »

(Arthur CHUQUET, « Le départ de l’île d’Elbe », Editions Ernest Leroux, 1921, pp.84-86)

 

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( 24 novembre, 2019 )

Retour sur le 18 juin 1815…

Waterloo

« Mais revenons à notre journée du 18 juin. Croyant quitter pour toujours le colonel Marion, je rejoignis mon général à Wavres, où le combat, commenté depuis quatre heures, continua, avec une violence égale départ et d’autre, jusque fort avant dans la nuit. Le 19 juin, à une heure du matin, Napoléon expédia plusieurs officiers à Grouchy, pour lui annoncer la perte de la bataille de Waterloo, et lui ordonner de faire sa retraite, sur Namur. Le soir, le corps d’armée bivouaqua près de Gembloux; et, le lendemain, nous nous dirigeâmes sur Namur, suivi par l’ennemi, qui avait tenté en vain de nous dépasser, pour nous couper la retraite.

A trois-quarts de lieue de Namur près d’un village nommé Fallise, le général se doutant que nous allions être chargés par une forte colonne de cavalerie ennemie qui nous suivait de près, fit aussitôt former le carré à un régiment, au milieu duquel nous nous réfugiâmes; mais ce carré était à peine créé, que la cavalerie ennemie l’avait déjà attaqué avec un certain avantage, car sans un petit bois voisin où nos troupes se précipitèrent en désordre, ce qui empêcha les Prussiens de poursuivre leur succès, nous-étions sabrés impitoyablement. En nous ralliant de l’autre côté de ce bois, le général s’aperçut qu’il lui manquait deux canons que, dans notre fuite, l’on avait laissés embourbés au milieu d’un taillis; il donna l’ordre aussitôt qu’on allât les retirer, et je fus désigné, pour accompagner les hommes appelés à cette expédition. Après des efforts inouïs, inquiétés en même temps par ,des coups de pistolet que nous envoyaient les cavaliers prussiens, nous pûmes ramener ces deux pièces aux cris de joie de nos braves soldats. On se battait toujours, et la résistance fut opiniâtre; nous fûmes poursuivis à la baïonnette jusqu’à Namur, où l’engagement fut très acharné, et où nous perdîmes beaucoup de monde. Obligés de nous défendre jusque dans les faubourgs , nous fûmes poussés avec une telle vigueur jusqu’à la dernière porte de la ville, que cette retraite ressemblait à une fuite. On avait entouré cette porte d’énormes morceaux de bois garnis de paille et enduits de poix, auxquels on mit le feu à l’arrivée des Prussiens, ce qui les empêcha de nous poursuivre, heureusement pour nous, car l’ennemi eût eu beau jeu pour nous inquiéter dans notre retraite, attendu que nous étions resserrés sur une seule route, entre la Meuse et d’énormes rochers.

Bref, notre retraite s’effectua heureusement jusqu’à Paris, où notre corps d’armée arriva presque intact et sans avoir perdu une seule pièce de canon. » 

(« Souvenirs sur le retour de l’empereur  Napoléon de l’île d’Elbe et sur la campagne de 1815 pendant les Cent-jours », par M. LEFOL,  Trésorier de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, ancien aide-de-camp du général de division baron Lefol, sous l’Empire », Versailles, imprimerie de Montalant-Bougleux, 1852, pp.35-36)

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( 22 novembre, 2019 )

Lettre d’un colonel sur la bataille de La Moskowa…

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Ce témoignage, dont l’auteur est resté anonyme selon A. Chuquet, retrace avec réalisme cette fameuse bataille ; notons qu’il a été rédigé le soir même du 7 septembre 1812.   

 Mojaïsk, le 7 septembre 1812, à 9 heures du soir.  

J’ai vu une des plus terribles batailles qui se soient jamais données, depuis que les hommes étudient l’art de se détruire ; je me suis trouvé, pendant l’action, successivement sur tous les points. Accoutumé à observer froidement l’ensemble des dispositions générales d’une affaire, je crois qu’aucunes de celle-ci ne m’ont échappé : je n’entrerai pas dans les détails, cela nous mènerait trop loin.  Voici la position de l’ennemi, dont j’évalue la force de 110 à 130.000 hommes. Sa gauche était appuyée à un bois, et soutenue par une redoute construite sur un mamelon ; deux redoutes couvraient la ligne ennemie jusqu’au centre, également couvert par trois grandes redoutes placées sur des élévations : la droite, laissant la Kolotcha et le village de Borodino entre elle et notre gauche, s’appuyait à deux mamelons sur lesquels étaient construites les dernières redoutes de la ligne ennemie ; deux profonds ravins couvraient presque en entier l’armée russe, et ajoutaient beaucoup à la force de la position avantageuse qu’elle avait choisie. L’armée française, prenant l’offensive, quitta ses positions désavantageuses au point du jour. La gauche, commandée par le vice-roi [Eugène], surprit, à 6 heures du matin, le village de Borodino. Le 3ème corps attaqua à 7 heures, au centre, secondé par le feu de soixante pièces de canon. Le 1er corps, commandé par le prince d’Eckmühl [Davout], avec le 5ème, aux ordres du prince Poniatowski, placés à l’extrême-droite, avaient déjà commencé leur mouvement pour tourner le bois et la gauche de l’ennemi. Dans cet état de choses, à 7 heures [et] ½, notre armée était entièrement engagée : mille pièces de canon vomissaient la mort sur les deux armées. 

Napoléon, entouré de toute sa Garde, dirigeait les attaques du haut d’un plateau hors de la portée de canon. On doit croire que la supériorité de nos troupes et leur extrême bravoure lui firent juger inutiles toutes ces manœuvres qui auraient pu, en épargnant cependant beaucoup de sang, nous donner également la victoire. Car il n’attendit pas le résultat du mouvement du corps commandé par le prince Poniatowski sur notre droite et ne fit ni poursuivre, ni soutenir par la Jeune Garde, comme on s’y attendait, le premier succès du vice-roi à notre gauche. Il fit attaquer les redoutes par l’infanterie et la cavalerie : avec des troupes comme les nôtres, on est certains d’arriver ; mais leurs pertes sont énormes.  Avant que le feu de nos batteries et l’adresse de nos pointeurs eussent produit leur effet ordinaire sur l’artillerie ennemie, et pendant le feu le plus soutenu, nos troupes avaient marché sur ses redoutes, et les avaient attaquées de front. Elles ont été prises et reprises plusieurs fois. A 9 heures, l’ennemi ayant perdu toutes ses positions du centre, qu’il avait vraisemblablement dégarnies pour renforcer sa droite, si vivement menacée trois heures auparavant, voulut les reprendre ; il soutint cette attaque, faite par une partie de sa réserve par la garde impériale russe, avec une grande fermeté, mais avec trop peu d’énergie et de résolution. Ses colonnes furent arrêtées par notre artillerie et restèrent stationnaires pendant plus d’une heure et demie sous notre mitraille, sans perdre un pouce et demi de terrain. Mais enfin une charge du 4ème corps de cavalerie mit fin à leur indécision ; elles se débandèrent. Les troupes ennemies, qui avaient réussis à reprendre leurs redoutes de droite à 9 heures du matin, nous abandonnent leur ligne et le champ de bataille. A 2 heures [de l’] après-midi, la victoire se déclare pour nous. Il ne reste aux Russes qu’une des redoutes de droite, d’où ils font un feu soutenu, jusqu’à la fin de la journée, pour protéger leur retraite. Tout porte à croire qu’à l’heure où je vous écris elle est également abandonnée. Nos trophées consistent en soixante pièces de canon, et quatre à cinq mille prisonniers. Sous le rapport des morts et des blessés, je ne crois pas nos pertes moindres que celles de l’ennemi. Mais je compte pour rien ce que nous avons aujourd’hui. S’il est poursuivi cette nuit par la Garde impériale, comme nous l’espérons, la journée de demain ne se passera pas sans que son artillerie et la majeure partie de ses débris ne soient entre nos mains. Nos forces étaient égales à celles de l’ennemi, distraction faite de la Garde impériale, qui n’a pas donné.  Nos soldats se sont battus à jeun ; leur ardeur leur a fait oublier la faim. Après l’affaire, j’ai vu Napoléon parcourir le champ de bataille ; je l’ai suivi partout ; il était rayonnant, il se frottait les mains en répétant avec satisfaction : « Il y a cinq Russes morts pour un Français ». Je crois qu’il a pris les Allemands pour des russes, etc. Il y a plus de chevaux tués que d’hommes ; notre grosse cavalerie est presque entièrement démontée, mais elle a fait des prodiges de valeur, comme toute l’armée. Nous avons perdu beaucoup de généraux ; plusieurs sont blessés grièvement.   

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet : « Lettres de 1812.1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911.      

 

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( 22 novembre, 2019 )

Le général Haxo en 1815

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Le général du génie Haxo avait été chargé par le duc de Berry de reconnaître les positions en avant de Paris pour arrêter Napoléon, et il voulut couper des ponts ; mais les habitants s’opposèrent à son dessein. Le 20 mars 1815, avec son bataillon de sapeurs, il prit la route du Nord. Le surlendemain, à Beaumont, sur l’ordre des princes, il reprenait le chemin de Paris, et, avec lui, ses sapeurs « déjà fort inquiets et impatients ». Le lieutenant-général Haxo était employé au Comité central des fortifications en sa qualité d’inspecteur général du génie, lorsqu’il fut question de former dans Paris une armée aux ordres de S. A. R. Mgr. Le duc de Berry. Vers le 10 mars, il fut nommé par le ministre de la guerre commandant du génie à cette armée et, après avoir pris les ordres de S. A. R., il s’occupa de suite à organiser le matériel nécessaire à son service. Il reconnut, en avant de Paris, à la hauteur de Corbeil, une position dans laquelle il proposait de réunir les troupes et d’essayer de combattre. Quelques jours après, en conséquence des ordres de S. A. R., il envoya des officiers du génie pour faire couper les ponts de Joigny, de Montereau, de Notent, etc. ; mais ils ne purent remplir l’objet de leur mission, parce que les habitants s’y opposèrent. Le 19 mars, le lieutenant-général Haxo se rendit à Villejuif où devait se réunir le quartier général. Mais il ne s’y trouva que le maréchal duc de Tarente, les généraux Rapp et Ruty. Vers le matin, il reçut l’ordre de rétrograder avec son matériel et son personnel et de se rendre à Saint-Denis où le quartier-général devait être établi. Il attendit la pointe du jour pour se mettre en marche, de crainte de manquer pendant l’obscurité un bataillon de sapeurs qui, depuis les ordres de la veille, était attendu à Villejuif.

Le 20 mars, il rentra à Paris vers 8 heures du matin, trouva les Tuileries désertes et, après s’être arrêté environ une heure pour réunir ses officiers et s’assurer du départ du bataillon de sapeurs pour Saint-Denis, il se rendit lui-même dans cette ville. Il y trouva le maréchal duc de Tarente de qui il reçut l’ordre d’aller coucher le même soir à Moisselles et de continuer le lendemain sa retraite vers les places du Nord. Dans ce moment, les troupes du général Maison l’abandonnèrent ; mais les sapeurs demeurèrent tranquilles parce qu’on avait eu soin de les tenir séparés des autres soldats.

Le 21 mars, il se trouva absolument seul avec le général Ruty, quelques officiers d’artillerie et les ofliciers de troupe du génie qui étaient sous ses ordres. Il se remit en marche et arriva d’assez bonne heure où Beaumont où il jugea à propos de demeurer pour  faire donner des vivres aux soldats et pour attendre de nouveaux ordres de la part du général Belliard, chef de l-état-major général, qui s’était rendu à Beauvais pour rejoindre les princes et leur en demander. Impatient de ne pas voir revenir ce général, il prit vers 2 heures de l’après-midi le parti de se mettre avec le général Ruty dans une chaise de poste pour aller lui-même jusqu’à Beauvais et tâcher de recevoir des ordres des princes. A pou de distance de cette ville, il rencontra le général Belliard qui revenait et qui lui annonça que leurs Altesses royales en étaient parties et l’avaient chargé de nous remercier et de nous congédier. Cette nouvelle fut confirmée par M.  le maréchal de camp comte de La Roche Aymon qui revenait lui-même de Beauvais. En conséquence, le lieutenant-général Haxo retourna à Beaumont et fît annoncer cet événement le 22 aux soldats déjà fort inquiets et impatients. A son retour à Paris, il fut présenté à Bonaparte avec tous les officiers généraux du génie qui s’y trouvaient. Celui-ci lui reprocha plusieurs fois d’avoir voulu arrêter sa marche en faisant couper les ponts de Joigny, Montereau, etc., chose dont il avait eu connaissance par les ordres écrits et signés par le général Haxo qui étaient tombés entre ses mains, et c’est sans doute par suite du mécontentement qu’il en eut qu’il supprima la place de commandant du génie de la garde pour en priver le lieutenant-général Haxo qui en était pourvu à l’époque de l’abdication.

Paris, 24 octobre 1815.

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. 1ère série [seule série parue] »,Librairie Ancienne, Honoré Champion, Editeur,1911 pp.288-291).

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( 21 novembre, 2019 )

Un portrait méconnu de Guillaume Peyrusse…

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Voici un gros plan du fameux (et très beau) tableau de Joseph Beaume représentant le départ de Napoléon de l’île d’Elbe le 27 février 1815. Et si le personnage dont j’ai grossi l’image était Guillaume Peyrusse ? . Hypothèse séduisante et même troublante car en effet, cet homme qui se trouve derrière l’Empereur, entre Cambronne et le vertueux Drouot, ressemble beaucoup au portrait de Peyrusse figurant dans mon édition de ses « Mémoires , (Editions AKFG, 2018 ). On sait que Guillaume Peyrusse, personnage de qualité, suivit Napoléon durant les 300 jours de son exil elbois. Il fut en charge de toute la trésorerie du souverain et même des finances publiques. Il est donc très probable que l’anonyme du tableau soit celui que l’Empereur appelait avec son accent méditerranéen « Peyrousse ».

C.B.

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

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( 21 novembre, 2019 )

Quand un ex-capitaine de gendarmerie rencontre Napoléon à l’île d’Elbe

Vue Portoferraio

« Ajaccio, 1er juillet 1814.

Cet officier a rapporté avoir vu deux fois l’empereur napoléon pendant son séjour à l’île d’Elbe. Il l’a trouvé dans sa chambre, sans bas ni habit, l’air assez gai, mais marquant de temps en temps un esprit préoccupé et triste. Bonaparte lui a fait beaucoup de question sur la dernière révolution de la Corse en disant que les corses avaient eu tort, qu’ils devaient rester tranquilles et servir Louis XVIII avec fidélité. Il a ajouté qu’il désirait former un bataillon corse et il demanda au capitaine Costa s’il pouvait compter sur quelques recrues du pays ; ce à quoi ce dernier lui répondit qu’il craignait que le gouvernement français n’y consentit pas.

« Il ne peut pas l’empêcher. Qu’est-ce que cela lui fait » 

Il demanda ensuite s’il voulait entrer à son service ; il lui aurait donné le commandement de ce bataillon.  L’ex-capitaine Costa le remercia en disant qu’il voulait entrer à son service ; il lui aurait donné le commandement de ce bataillon. L’ex-capitaine Costa le remercia en disant qu’il voulait rester tranquille et qu’il avait déjà dans le temps refusé le commandement d’un bataillon et qu’il ne pouvait d’ailleurs servir que dans son pays. Napoléon le fit asseoir et prendre une glace. M. Costa  rapporte que le général Bertrand paraît être très indisposé contre les Corses et qu’il les reçoit très mal; que la plupart des hommes qui ont été enrôlés en Corse pour l’Elbe en désertent au premier moment : ils disent que ce n’était pas la peine de s’expatrier pour n’avoir que neuf sous par jour et le pain. Napoléon fait bâtir une maison de campagne sur une hauteur. Il attend la princesse Borghèse. On dit à l’Elbe que le pape n’a pas voulu  recevoir le prince Borghèse dans ses états, mais qu’il a très bien reçu Lucien Bonaparte et sa mère. On dit que Louis Bonaparte se fait moine [encore une rumeur stupide !] et que Joseph est en Suisse. Napoléon Bonaparte a répété en quittant le capitaine Costa que les Corses devaient rester tranquilles et fidèles à Louis XVIII, qu’ils n’avaient que cela à faire ».

(Arthur CHUQUET, « L’année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, pp.397-398)

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( 21 novembre, 2019 )

En quittant SMOLENSK…

En quittant SMOLENSK... dans TEMOIGNAGES Mailly« Après avoir passé trois jours francs à Smolensk, nous ne partîmes le matin vers huit heures, et nous [nous] dirigeâmes sur Vilna par Minsk. En sortant de cette triste ville, nous vîmes la terre absolument couverte de cadavres d’hommes et de chevaux dont les boyaux sortaient du ventre et dont on avait arraché les membres pour les manger. Nous y retrouvâmes encore les tristes débris des combattants qui avaient été tués à la prise de cette ville, ou qui étaient morts de froid et d’inanition. Tout cela gisait amoncelé dans un affreux pêle-mêle, ou bien éparpillé le long du chemin, et l’on ne pouvait marcher sans faire rouler des ossements et sans affaisser des chairs corrompues. Les canons étaient entassés les uns sur les autres, et malgré les efforts des malheureux canonniers, les chevaux tombaient et nez pouvaient plus se relever. Les roues avec leurs essieux étaient mastiqués ou plutôt maçonnés par le gelée ; il faisait un verglas détestable et sur lequel toutes les roues glissaient sans pouvoir tourner. Il en résultait un gémissement continu, lequel était produit par le frottement du fer des jantes. »

Adrien de MAILLY, « Souvenirs de la campagne de Russie en 1812. Présentés par Christophe Bourachot », Editions du Grenadier, 2012. L’auteur était sous-lieutenant au 2ème régiment de carabiniers .

——

Ce régiment faisait partie du 2ème corps d’armée de cavalerie (général Montbrun), 4ème division de cuirassiers (général Defrance), 2ème brigade (général Chouard) et appartenant à la Réserve de cavalerie commandée par Murat. (Source: François Houdecek,  «La Grande Armée de 1812. Organisation à l’entrée en campagne », Fondation Napoléon, 1812, p.53).

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( 19 novembre, 2019 )

La Grande-Armée à la veille de la campagne de Russie: ordre de bataille.

Ombre 3

Ces chiffres sont tirés de l’ouvrage de Thibaudeau (1765-1854): « Le Consulat et l’Empire ou l’Histoire de la France et de Napoléon… », Tome VI (Paris, J. Renouard, 1835), pp.28-29. L’auteur, préfet et conseiller d’Etat, quitta la France en 1815 et rédigea son ouvrage durant son exil.

A son départ, l’armée française et alliée, était ainsi composée : 

Vieille Garde, maréchal Lefebvre et Jeune Garde, Maréchal Lefebvre et Maréchal Mortier : 40 000 hommes. 

1er corps- Maréchal Davout : 70 000 hommes. 2ème corps- Maréchal Oudinot : 42 000 hommes. 3ème corps- Maréchal Ney : 40 000 hommes

4ème corps -Italiens- Prince vice-roi  [Eugène de Beauharnais] : 45 000 hommes 5ème corps- Prince Poniatowski : 35 000 hommes 

6ème corps- Bavarois Maréchal Saint-Cyr : 22 000 hommes 7ème corps- Saxons- Général Reynier : 16 000 hommes. 8ème corps- Westphaliens- Général Junot : 16 000 hommes 9ème corps- Maréchal Victor : 32 000 hommes. 10ème corps- Prussiens- Maréchal Macdonald : 32 000 hommes. 11ème corps- Réserve- Maréchal Augereau : 50 000 hommes 

Cavalerie1er corps- Général Nansouty : 12 000 hommes 2ème corps- Général Montbrun : 10 000 hommes  3ème corps- Général Grouchy : 7 700 hommes 4ème corps- Général Latour-Maubourg : 8 000 hommes Armée autrichienne- Schwarzenberg : 32 000 hommes TOTAL :   509 700 hommes  

On estime qu’à l’arrivée de l’armée sur la Dwina, il fallait compter en moins un tiers de diminution sur chaque corps ; car ces masses formidables étaient arrivées de la Poméranie, de Mayence, de Paris, de Boulogne, de Valladolid, de Milan et de Naples.L’armée traînait avec elle plus de 1 200 pièces de canon, 3 000 voitures d’artillerie, 4 000 voitures d’administration, sans compter les fourrages des régiments, les équipages des chefs, les voitures enlevées dans le pays, en tout 20,000 voitures et 200 000 chevaux. 

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( 18 novembre, 2019 )

Les pommes de terre du général Savary, duc de Rovigo…

Savary duc de Rovigo

« Bulletin du 25 octobre 1814. Paris.- J’avais, dès le 19 de ce mois, reçu une dénonciation anonyme portant que M. le duc de Rovigo faisait un accaparement de pommesde terre; que c’était pour affamer le peuple et exciter par là des désordres. Je n’avais vu en cela qu’une de ces invraisemblables accusations qui se multiplient pour tourmenter le gouvernement et le porter à un système de violences que l’esprit de parti provoque avec d’autant plus d’ardeur qu’on y sait le caractère du Roi plus opposé. Fidèle à mon système de ne négliger aucun avis, j’avais de suite fait recueillir des renseignements dont je n’avais pas encore reçu ce matin le résultat, lorsque S. A. R. Mgr le duc de Berry m’a fait répéter les mêmes détails qui lui avaient sans doute été transmis par les mêmes individus : tactique ordinaire des agents de cette nature qui, craignant de n’être pas crus assez aveuglément d’un côté, se retournent d’un autre, et espèrent par là surprendre la confiance des plus augustes personnages pour arriver à leur but. Mon premier mouvement a été d’ordonner une visite chez le duc de Rovigo pour vérifier ce qui s’y trouvait. Mais j’ai craint, je l’avoue, le ridicule d’une pareille démarche et d’une conspiration appuyée sur un achat plus ou moins considérable de pommes de terre ! Le Roi sait qu’une autorité qui en France s’offrirait ainsi aux rieurs, perdrait toute force morale, et s’ôterait à elle-même le moyen de faire le bien. J’ai donc eu recours à d’autres moyens de connaître la vérité et voici ce qui m’est donné pour certain. M. le duc de Rovigo n’est point à Paris. Il y était venu le 15 pour y conduire sa femme qui accoucha le même jour. Il est reparti, dès le 18, pour sa terre de Nainville [Nainville-lès-Roches, Essonnes], d’où il n’est pas sorti depuis. Il n’a pas pu tenir à Paris les conciliabules dont on a parlé pour donner du poids à l’accaparement des pommes de terre. M. de Montalivet, qu’on faisait paraître dans ces réunions, est depuis plusieurs semaines dans une terre près de Valence, comme le Roi l’a vu par mes bulletins.

Mme la duchesse de Rovigo étant seule à Paris, au neuvième ou dixième jour de ses couches, n’a pu recevoir grand monde ni se mêler d’intrigues. Si son mari avait eu dans son hôtel les matériaux d’un complot, il est vraisemblable qu’il ne les eût pas perdus de vue. Il a en effet  fait acheter depuis quelque temps, non au marché de Paris où il les eût payées plus, mais aux environs de Nogent, trois cents setiers de pommes de terre, formant environ trente voitures qui ont été amenées dans son hôtel de Paris, rue d’Artois, n° 11. Elles y attendent le moment où elles pourront être transportées à sa terre de Nainville où il a établi une distillerie qu’on dit être en activité depuis dix jours. On y fait de l’eau-de-vie avec du marc de raisin et des pommes de terre. Le reste se donne aux bestiaux pour les engraisser. Les pommes de terre sont blanches et plus à l’usage des bestiaux qu’à celui des hommes. Pour établir sa distillerie et exploiter sa terre, le duc de Rovigo a récemment fait venir des environs de Strasbourg une famille d’anabaptistes qui sont à ses gages et qui travaillent à son profit. Ces détails, qui me sont garantis par le concierge même du duc, le nommé Vallette, semblant expliquer très simplement l’objet de la dénonciation et la réduire à sa juste valeur. J’aime beaucoup mieux apprendre que le duc s’occupe lui-même de semblables spéculations à douze lieues de Paris, que de le voir y battant le pavé et ne sachant que faire d’une inquiète activité qui est dans son caractère. Pendant qu’on le dénonce à Paris, il dénonce à son tour un complot qu’il prétend avoir été formé pour assaillir sa campagne et l’y assassiner. Il a envoyé ce soir à Paris un de ses gens pour me déclarer qu’il était informé que treize à quatorze individus devaient aller l’attaquer, une de ces nuits, et me désigner, dans ce nombre, les sieurs Douleri, Karégo, Sans-Pitié ou Piogé, Josmette et Colin, qu’on dit avoir été prisonniers d’Etat sous Bonaparte. Je ne connais point ces noms, sur lesquels je fais prendre quelques informations. Il est vraisemblable que ce complot contre lui n’a pas plus de fondement que celui de ses pommes de terre. En attendant, il annonce qu’il s’est mis sur ses gardes et barricadé durant la nuit pour éviter une surprise qu’il parait beaucoup redouter et se défendre en cas d’attaque. Si ce danger n’était pas, comme je le pense, imaginaire de sa part, il serait possible que la dénonciation contre lui fût venue à Mgr le duc de Berry comme à moi de quelques-uns de ceux qui auraient eu à son égard des vues sinistres, et qui auraient songé à couvrir ainsi une irruption dans sa maison.  »

(« Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annotés par Eugène Welvert », R. Roger  et F. Chernoviz, Libraires-Editeurs,  s.d., pp.248-250).

 

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