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( 3 mars, 2020 )

MARS 1814…

Bataille Paris

C’est le tournant de la mémorable campagne de France… Écoutons  Guillaume Peyrusse, Payeur de l’Empereur, et, depuis le 24 février 1814, sous-inspecteur aux revues de la Garde Impériale…

« 1er mars. Le quartier impérial est levé; on se dirige sur La Ferté-Gaucher. L’ordre est donné de doubler le pas ; on ne doit pas s’arrêter ; on traverse La Ferté ; on prend la route de Rebais et on arrive fort tard sur les hauteurs de La Ferté-sous-Jouarre. L’Empereur avait eu l’intention, par sa marche rapide, de surprendre les Prussiens et de se rendre maître du pont ; mais l’ennemi, instruit de notre approche, a évacué la ville, fait sauter le pont et pris position sur la rive droite de la Marne. Le soir même, Sa Majesté donne les ordres les plus précis pour rétablir le pont. Les feux des bivouacs prussiens se distinguent dans la plaine.

2 mars.  Au point du jour, Sa Majesté va visiter les travaux du pont ; la pluie les rend difficiles.

3 mars. Le passage a commencé dans la nuit. On se dirige vers Château-Thierry ; le quartier de l’Empereur s’établit à Bézu-St-Germain.

4 mars. L’armée continue sa marche ; elle traverse La Fère-en-Tardenois et s’arrête à Fismes. On poursuivait les Prussiens ; les portes de Soissons s’ouvrent devant eux ; ils s’y enferment et échappent à Sa Majesté, à qui des officiers viennent en donner la nouvelle.

5 mars. On part de Fismes ; à quelque distance de la ville, j’entends une vive canonnade, elle n’a cessé qu’aux approches de Berry-au-Bac, où Sa Majesté passe la nuit.

6 mars. On se dirige sur Laon ; on arrive à Corbeny. On n’a pas ordre de dételer. Sa Majesté se porte en avant, suivie par les troupes ; elle rentre le soir à Corbeny, où l’on établit son quartier. Je bivouaque près de la Garde.

7 mars. Les dispositions de la soirée annoncent pour demain un sérieux engagement. Au point du jour, le feu commence. L’ennemi occupe Craonne en forces. La Garde a mis ses pièces en batterie ; le général Drouot les commande. Les Russes tiennent sur tous les points avec la plus grande ténacité. Dans la soirée, la position est enlevée auprès les plus vifs efforts. Le maréchal duc de Bellune, les généraux Grouchy et Nansouty sortent du champ de bataille, blessés. La journée a été meurtrière ; nos troupes poursuivent l’ennemi. Le quartier impérial quitte Corbeny dans la soirée. Nous traversons Craonne. Les bois qui couvrent le champ de bataille sont remplis de morts. Autour de Craonne, des Russes et des Français gisent pêle-mêle ; on n’a pu ramasser tous les blessés. On s’arrête au petit village de Bray-en-Laonnais, et chacun de nous se livre à ses tristes réflexions sur l’inutilité de nos efforts et de tant de sacrifices ; nous sommes entourés de mourants qui se traînent à notre suite.

8 mars. Nos troupes sont en marche vers Laon ; elles sont arrêtées par l’ennemi. On s’arrête à Chavignon. Le congrès de Lusigny est dissous ; le général Flahaut vient rejoindre Sa Majesté. Les propositions de l’ennemi sont inadmissibles.

9 mars. Dans la nuit, un corps de la Garde, confié au colonel Gourgaud, premier officier d’ordonnance, avait poussé une reconnaissance jusqu’à Chiry. Les grand’ gardes de l’ennemi avaient été surprises. Pendant cette diversion, les troupes du maréchal Ney, des ducs de Trévise et de Raguse s’étaient avancées sous les murs de Laon, dont l’ennemi tenait les avenues fermées. Cette ville est sur une hauteur. Toute la rampe qui y conduit est garnie d’artillerie. Une bataille est inévitable ; l’engagement de ce jour n’est que le prélude ; l’action de demain sera plus sanglante.

10 mars. Tout était prêt pour l’attaque de Laon, lorsque, à la pointe du jour, des fuyards du corps du duc de Raguse viennent annoncer que ce maréchal a été attaqué dans la nuit à Athies ; que ses troupes sont dispersées ; qu’une partie de son artillerie est perdue et qu’il n’a pu se maintenir dans la position où l’ordre de bataille l’avait placé. On escarmoucha toute la journée sous les murs de Laon. Mais les dispositions rétrogrades qui étaient ordonnées me firent juger que la dispersion du corps du duc de Raguse empêchait Sa Majesté de poursuivre ses projets sur Laon. J’avais profité du moment où nous étions assez rapprochés de Paris pour aller demander au ministre de la guerre l’autorisation de continuer mes fonctions de payeur pendant la campagne. N’ayant pu être reçu, je lui demanderai cette autorisation par lettre ; je rejoins le quartier-général à Chavignon.

11 mars L’armée tourne le dos à Laon et prend la route de Soissons. A notre arrivée dans cette ville, Sa Majesté était montée à cheval pour visiter les environs.

12 mars.  Séjour.

13 mars.  Au point du jour, le service des chevaux de selle de Sa Majesté a eu ordre de prendre la direction de Fismes. La générale a été battue dans le camp de la Garde. On quitte Soissons ; on fait halte à Fismes ; on lève le camp dans l’après-midi ; le service arrive tard, à une lieue en arrière de Reims, occupé par les Russes. Le général Corbineau, qui en avait le commandement, a été forcé de céder la ville ; on se bat toute la soirée. La nuit n’a pas été plus tranquille. L’Empereur ordonne de continuer le feu ; les Russes sont forcés d’évacuer la ville et Sa Majesté y entre à une heure du matin. Le général Corbineau qu’on croyait mort, est resté déguisé chez un habitant ; l’Empereur le revoit avec plaisir.

La maison de Sa Majesté a ordre d’arriver à Reims. Tous les désordres du combat de la nuit n’étaient pas effacés ; il y avait encore des morts au pied des murailles.

15 et 16 mars.  Séjour. Je fis le tour de la ville et des environs ; je fis plusieurs visites à la cathédrale. Le maréchal Soult a perdu la bataille d’Orthès [Orthez] ; la nouvelle vient de nous en être donnée. Il ne peut plus arrêter l’armée de Wellington ; il se retire sur Toulouse. L’ennemi perce de toutes parts. Sa Majesté, dans cette campagne, comme dans celle de Saxe, se consume en efforts inouïs pour lutter avec l’ennemi. Les corps d’armée à la tête desquels elle a entrepris l’expédition, montrent un dévouement qu’aucun danger, aucune fatigue ne peuvent diminuer.

17 mars. On quitte Reims ; on prend la direction d’Epernay ; l’Empereur s’y arrête.

18 mars. L’armée continue sa marche ; on s’arrête à La Fère-Champenoise.

19 mars. Le quartier-général est levé de bonne heure ; on arrive le soir à Plancy. J’appris en route l’entrée des Anglais à Bordeaux, qui tenait ses portes ouvertes pour le duc d’Angoulême, qui y est attendu.

20 mars. Napoléon se dirige sur Arcis, où l’on ne comptait pas trouver l’ennemi en force, parce qu’il avait caché ses masses derrière des rideaux boisés. Mais comme il vaut mieux prévenir l’ennemi que d’être attaqué, Sa Majesté a commencé l’attaque à trois heures ; elle a duré jusqu’à dix heures du soir. Le feu a été très vif, sans être meurtrier ; le tout n’a eu d’autre résultat que de bien connaître la force et la position de l’ennemi. C’était le corps de Wrède, avec deux divisions autrichiennes. Il n’y a pas eu de perte marquante. Les généraux Corbineau et Krasinskiont été blessés. Le général Drouot et le duc de Dantzig ont eu des chevaux tués.

21 mars. On s’attendait à une attaque générale. On semblait y préluder par quelques tiraillements, mais l’ordre est donné de repasser l’Aube et de marcher vers Vitry. La manœuvre de Sa Majesté paraît hardie ; Dieu veuille le couronner de succès ! Sa Majesté assure que l’ennemi n’ayant pas de plan, il faut l’étourdir par des manœuvres et se porter tantôt sur ses flancs, tantôt sur ses derrières. On s’arrête à Sommepuis. L’ennemi n’inquiète pas notre marche.

22 mars. L’ennemi occupait Vitry. Pendant qu’un officier va sommer le commandant d’ouvrir ses portes, Sa Majesté fait passer la Marne au gué de Frignicourt. Le commandant prussien répond à l’officier chargé de le sommer, qu’il ne se rendra que lorsqu’il aura été régulièrement attaqué. Sa Majesté passe outre et va s’établir au château du Plessis-ô-le-Comte.

23 mars. Couché à St-Dizier. Le duc de Vicence rejoint le Quartier impérial. Il est évident que le congrès n’avait été qu’un leurre. Sa Majesté a signé aujourd’hui ma nomination dans l’Ordre de la Légion d’honneur, sur la proposition qui lui en avait été faite, dans les termes suivants, par M. le Trésorier général :

                  « SIRE,

Le 1er janvier dernier, j’ai eu l’honneur de soumettre à Votre Majesté un rapport dans lequel je sollicite de sa bienveillance la croix de chevalier de la Légion d’honneur en faveur du sieur Georges, Caissier général de la Couronne et du sieur Peyrusse, payeur auprès de Votre Majesté ; mais les demandes pendant la campagne devant être particulièrement motivées sur une activité constante de services, je viens réitérer ma demande seulement en faveur du sieur Peyrusse, qui se trouve dans cette position, puisqu’il n’a pas quitté le service de Votre Majesté depuis les campagnes d’Autriche, de Prusse, de Russie et de Saxe. Ce comptable est probe et intelligent ; il a mis un zèle et une activité rares dans la conduite qu’il a tenue en revenant de Moscou. Il a sacrifié tout ce qui lui appartenait, pour sauver les portefeuilles de Votre Majesté, ses comptes et sa caisse, dont il m’a rendu un compte exact. Beaucoup de grands officiers, appartenant à la maison de Votre Majesté, qui, dans le retour de Russie, avaient versé dans la caisse du sieur Peyrusse leurs fonds, ont été intégralement remboursés, et m’en ont rendu témoignage ; enfin, je sais, Sire, que l’opinion de feu Son Excellence M. le Grand-Maréchal, et celle de Son Excellence M. le Grand-Ecuyer, lui ont toujours été favorables. 

 

                             Signé : DE LA BOUILLERIE,

                             Trésorier général de la Couronne.

Paris, le 15 mars 1814 »

24 mars. On traverse Wassy et on arrive à Doulevant.

25 mars. Séjour. Pendant ces deux jours, des partisans sont jetés sur toutes les lignes de communication de l’ennemi ; l’alarme est sur ses derrières ; on enlève des courriers, des voitures ; les paysans courent le pays en armes.

26 mars. Sa Majesté est partie à cinq heures du matin pour Wassy. Sa maison est restée à Doulevant. Un corps de cavalerie ennemie, après avoir dépassé Saint-Dizier, s’était établi derrière nous, Sa Majesté l’a fait attaquer et s’arrête à Saint-Dizier.

27 mars. La cavalerie ennemie continuait de harceler le duc de Tarente ; Sa Majesté pousse une grande reconnaissance vers Vitry, dans l’intention d’apprécier les forces de l’ennemi ; on reconnaît alors, mais trop tard, que pendant que Sa Majesté manoeuvrait sur les derrières de l’ennemi, sacrifiant tout à son tour, avait résolu de marcher sur Paris, et que le corps de cavalerie qui nous pressait n’était qu’un rideau qui nous cachait les grands mouvements des armées alliées. Sa Majesté est rentrée à Saint-Dizier. Il n’est plus possible de nous faire illusion sur notre situation ; l’ennemi nous tourne le dos ; il marche sur Paris.

28 mars. L’ordre de départ est donné ; on reprend la route de Doulevant. Avant de quitter St-Dizier, on amène au quartier-général des prisonniers de marque, entre autres M. de Weissemberg, ambassadeur d’Autriche en Angleterre. On rentre à Doulevant.

29 mars. On se dirige sur Troyes à marches forcées. On passe l’Aube à Dolancourt, et là, une troupe de courriers, d’estafettes se présentent. Sa Majesté et le major général sont vivement agités. Le général Dejean, aide-de-camp de Sa Majesté, est appelé ; il a ordre de se rendre à Paris pour annoncer aux Parisiens le retour de l’Empereur. Sa Majesté passa la nuit dans une ferme en arrière de Troyes, et son service se porta en avant pour entrer en ville à onze heures du soir.

30 mars. Le prince de La Moskowa est investi du commandement supérieur de l’armée. On marche militairement jusqu’à Villeneuve-sur-Vannes, et là, n’ayant plus de doutes sur la sûreté de la route, l’Empereur se jette dans une carriole de poste et court vers Paris. La maison couche à Villeneuve.

31 mars. Sous la protection des chasseurs à cheval de la Garde, le service de Sa Majesté part dans la nuit pour se rendre à marche forcées à Fontainebleau. On y arrive tard. Sa Majesté s’y trouvait depuis dix heures du matin. Parvenu le 30 à dix heures du soir à Fromenteau, l’Empereur avait appris que le 29 au soir les ennemis sont arrivés sous les murs de Paris ; que leur présence a été le signal du départ de l’Impératrice et du Roi de Rome, et qu’après une vive résistance, le Roi Joseph, ayant reconnu qu’on ne pouvait ni tenir, ni différer de capituler, en avait donné l’autorisation au duc de Raguse. Paris est au pouvoir de l’ennemi depuis le 30 au soir, et il n’est plus permis à l’Empereur d’intervenir dans le traité. Les souverains entreront le lendemain.

(Guillaume PEYRUSSE, «  Mémoires, 1809-1815… »,Editions AKFG, 2018 ).

 

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( 3 janvier, 2020 )

Les PREMIERS JOURS de la CAMPAGNE de FRANCE…

Claye 28mars1814

Guillaume Peyrusse, est un de mes témoins préférés de l’Épopée. A cette époque, il occupe les fonctions de Payeur de l’Empereur. Le 24 février 1814, Peyrusse sera nommé sous-inspecteur aux revues de la Garde, tout en restant Payeur. Voici un extrait de ses « Mémoires ».

C.B.

« Janvier 1814.  Les ennemis ont franchi le Rhin ; nos troupes sont en pleine retraite devant lui. L’Empereur est à Paris depuis le 9 novembre. La réorganisation de l’armée s’effectue avec une activité continue. Une levée de 300,000 hommes a été décrétée ; des commissaires extraordinaires sont envoyés dans les départements pour présider aux levées d’hommes et activer les mesures de défense ; de nombreux bataillons sont passés en revue. Le jour même de mon arrivée, je fus prévenu de me tenir prêt à rentrer en campagne. M. le duc de Vicence [général de Caulaincourt] était à Châtillon-sur-Seine ; des négociateurs pour la paix allaient s’y réunir. L’ouverture du Corps législatif avait eu lieu le 19 décembre ; Napoléon n’avait pu rien dire sur la négociation qui était le sujet de l’attente générale, si ce n’est « que rien ne s’oppose de sa part au rétablissement de la paix. » La négociation ne suspend pas les mouvements militaires de l’ennemi, qui, déjà, se montre à Nancy, Langres et Verdun. Nos divers corps s’établissent dans la Champagne.

Du 18 au 26 janvier. Mon ordre porte de me rendre à Châlons-sur-Marne. Je suis rendu le 20. Nos avant-postes sont à Vitry. Sa Majesté est entrée dans Châlons le 26 à minuit ; elle ne s’y est point arrêtée. Toute la maison a eu ordre de se rendre à Vitry.

27 janvier. Nous nous dirigeons sur St-Dizier. Dès le matin, on était aux prises avec les Russes ; l’Empereur s’y était porté ; l’ennemi avait fui à son approche et nous avait laissé maîtres de la ville. Les habitants de Saint-Dizier font éclater de vifs transports de joie à la vue de l’Empereur ; l’ennemi, pendant son court séjour, s’était appesanti sur eux.

28 janvier. L’Empereur s’arrête un moment au bourg d’Eclaron, pendant que les sapeurs en rétablissent le pont. On a pris dans la nuit quelques Cosaques. La pluie rend notre marche pénible dans les bois que nous traversons. On arrive à Montier-en-Der.

29 janvier. Au point du jour, Sa Majesté est en marche dans la direction de Brienne. Devant nous éclate une vive fusillade. On arrive à Mézières. En traversant le bois, on voit çà et là des cadavres d’hommes et de chevaux. Le service de Sa Majesté a ordre de s’établir dans ce village. Notre avant-garde a déjà paru devant Brienne ; le duc de Bellune [Maréchal Victor] est aux prises avec l’ennemi ; bientôt l’engagement devient général. Nos troupes attaquent avec fureur; les Russes s’opiniâtrent à garder le château ; ils sont en forces sur toutes les terrasses. A l’attaque du soir, la mêlée devient affreuse ; chaque maison, vivement défendue, est prise et reprise plusieurs fois. Tous les corps se trouvent confondus, et Brienne, éclairée par les feux de la mousqueterie et l’incendie de ses maisons, offre moins le spectacle d’un combat que celui d’une horrible boucherie. Le château fut occupé par le duc de Bellune qui s’y maintint. Nous étions à Mézières, dans l’attente du résultat de la journée, lorsque sur les dix heures du soir quelques coups de pistolets éclatent à quelque distance du quartier impérial. On se porte sur la route et on ne tarde pas d’apprendre qu’un petit parti de Cosaques s’est trouvé sur le passage de Sa Majesté au moment où elle rentrait à Mézières. Le général Corbineau et le colonel Gourgaud ont tué d’un coup de pistolet le Cosaque qui s’était déjà lancé sur l’Empereur, Sa Majesté est rentrée à dix heures à Mézières.

30 janvier. On arrive à Brienne ; cette ville est traversée par deux rues principales qui se coupent à angle droit. Les murs, les maisons portent l’empreinte d’un combat de nuit ; des cadavres nus, horriblement mutilés, jonchent les rues ; plus loin, des pièces d’artillerie démontées, des caissons éclatés, des casaques, des cuirasses embarrassent notre passage. On s’établit au château. Tout y est saccagé. Les souterrains servent encore d’asile aux principaux habitants. L’attaque la plus vive a eu lieu sur les terrasses et dans les jardins ; ils sont couverts de morts.

31 janvier.  Séjour. Je descends en ville. Tout y est haché ; il n’existe pas un seul carreau aux croisées ; l’incendie a dévoré quelques maisons. Les rues sont jonchées de débris. Sa Majesté est allée au pont de Lesmont pour en presser la reconstruction. Les deux armées sont sur la défensive. Sa Majesté paraît fort contente de son début, qui dégage Troyes et nous met en communication avec le duc de Trévise [Maréchal Mortier]. Ce début est, en effet, d’un heureux augure. L’ennemi se retire sur Bar-sur-Aube. S’il veut se retirer, tant mieux ; mais s’il résiste, nous avons encore plus de baïonnettes qu’il n’en faut pour le forcer. »

(Guillaume Peyrusse, « Mémoires »)

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( 19 août, 2019 )

19 août 1815. Le général de Labédoyère, un des martyrs de la Terreur blanche…

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Charles-Angélique-François Huchet de La Bédoyère, issu d’une vieille famille bretonne, naît à Paris le 17 avril 1786. Après avoir grandi dans un royalisme ambiant, le jeune Charles, au sortir de la tourmente révolutionnaire n’a qu’un but : « Il est dévoré de la passion de servir à la grandeur française« , comme l’écrit Marcel Doher dans la biographie qu’il lui a consacrée. Après un voyage au cours duquel, en compagnie de son frère Henry, il parcourt la France, la Suisse et l’Allemagne, il rencontre la célèbre Madame de Staël. Il devient d’ailleurs un des habitués de son salon de Coppet. Mais c’est la carrière des armes qui est son objectif ; en 1806, nous retrouvons Charles lieutenant en second à la 2ème compagnie des gendarmes d’ordonnance. Notons au passage que La Bédoyère était un cousin éloigné de Charles de Flahaut, lui même fils naturel de Talleyrand (et de Madame de Souza, une familière de la Reine Hortense). Selon Marcel Doher, c’est grâce à la bienveillance de cette dernière que le jeune Charles obtint son brevet de sous-lieutenant… La compagnie de Charles jusque là cantonné à Mayence, part début 1807 afin de traquer quelques bandes de  » partisans « .Il traverse donc l’Allemagne en direction de la Poméranie. La Bédoyère traverse Berlin, puis le voici en route pour Stettin et Colberg . Il participe à de  » petits engagements avec des groupes de partisans en embuscade « . Après une opération à Degow, devant Colberg,,  » en dehors des jours de combat, ce sont de longues reconnaissances, des bivouacs sur la neige, dans la solitude de forêts monotones et de lacs gelés « , écrit Marcel Doher. Le 14 juin 1807, La Bédoyère et ses camarades assistent à la bataille de Friedland. Après la dissolution des Gendarmes d’ordonnance, La Bédoyère est nommé lieutenant en 1er  au 11ème  chasseurs à cheval. Le 14 janvier 1808, il est nommé aide de camp de Lannes et le suit en Espagne.  On le retrouve ainsi au siège de Saragosse, puis au printemps 1809 il part pour l’Autriche et participe à toute la campagne s’y déroulant. En juin 1809, La Bédoyère passe aide de camp du Prince Eugène et le suit en Italie. Il y séjournera jusqu’en 1812. En cette année douloureuse pour la Grande-Armée, La Bédoyère suit Eugène en Allemagne lorsque celui-ci prend le commandement du IV° corps de la Grande-Armée. Puis c’est lé départ pour la Russie…

Il est présent à la bataille de La Moskowa (7 septembre 1812), à celle de Malojaroslavets (24 octobre 1812), puis lors du passage de la Bérézina (26-28 novembre 1812). n 1813, Charles de La Bédoyère reçoit le commandement du 112ème de ligne, compris dans la 35ème division du Général Gérard (XIème  corps du maréchal Macdonald). Le 1er mai 1813 il est nommé colonel et participe à la bataille de Bautzen (20-21 mai 1813). Blessé à Golberg, il est mis en congé et rentre en France pour se soigner.

Il épousera au cours de son séjour, Georgine de Chastellux, en novembre 1813. Les nouveaux époux profitent en cette fin d’année pleinement de leur bonheur.

1814 ! L’ennemi foule le sol de la France…

La Bédoyère, proposé à deux reprises pour le grade de général de brigade par le général Gérard, est affecté au commandement provisoire de la 2ème brigade de la 1ère division de Paris. Il refuse ce poste  » espérant rejoindre son régiment et désirant en garder le commandement « . Il est présent lors de la bataille de Paris, le 30 mars 1814, et  » se dépasse sans compter  » comme l’écrit si bien le Colonel Hippolyte de Marcas dans ses  » Souvenirs « . Après la première abdication, Charles de La Bédoyère remet sa démission afin de ne pas servir le nouveau pouvoir mais c’est sans compter avec sa belle-famille les de Chastellux ! « César de Chastellux, le frère aîné de Georgine, émigré servant aujourd’hui dans la Garde Royale, effectue une démarche, que Charles n’aurait jamais faite, auprès du Ministre de la Guerre « , écrit Marcel Doher. La Bédoyère est nommé le 4 octobre 1814, colonel du 7ème de ligne et doit rejoindre sa garnison à Chambéry.

Le 25 octobre de la même année, Georgine donne naissance à un petit garçon : Georges-César-Raphaël.

En janvier 1815, Charles de La Bédoyère est toujours à Paris ! Il ne semble pas pressé de rejoindre son régiment…Il quitte enfin la capitale le 22 février et arrive à sa destination quatre jours après. Déjà en France, devant le mécontentement général, certains ont le regard tourné vers l’île d’Elbe…

  » Que diriez-vous si vous appreniez que mon régiment a pris la cocarde tricolore et les aigles ?… » demandait Charles à la Reine Hortense avant son départ.

Le 26 février, jour de son arrivée à Chambéry, l’Aigle quitte son rocher ;il est en route vers les côtes de France…

Le général Marchand, commandant la place de Grenoble apprend le débarquement le 4 mars au soir. Le lendemain après une réunion avec tous les officiers de la garnison, Marchand envoie une dépêche à un certain Devilliers, commandant la brigade de Chambéry : il doit faire mouvement sur Grenoble afin de s’opposer à la progression du  » Corse  » ! Le 7ème et le 11ème de ligne se mettent en route. Le 7ème  ayant à sa tête le très bonapartiste La Bédoyère.  Celui-ci au cours d’une halte chez une certaine Madame de Bellegarde aurait déclaré :  » Adieu , Madame, dans huit jours je serai fusillé ou Maréchal d’Empire ! « . Puis c’est l’arrivée à Grenoble… On connaît l’épisode inoubliable de Laffrey… La Bédoyère n’y assistera pas: il est à Grenoble dans la ville en état d’alerte. Après avoir déjeuné avec le Général Marchand, ce 7 mars 1815, il rassemble son régiment aux cris de  » Vive l’Empereur !  » et après un conciliabule avec ses officiers et ses soldats, il sort de Grenoble, allant à la rencontre de l’Empereur qu’il retrouve  » avant Vizille, entre Tavernolles et Brié « .  Marcel Doher écrit :  » Celui-ci voit s’approcher le jeune et ardent colonel. L’an passé, aux jours douloureux de Fontainebleau, La Bédoyère s’est mis spontanément à sa disposition, demeurant auprès de lui jusqu’au dernier moment, à l’heure de tous les reniements « .  L’Empereur embrasse La Bédoyère et voyant que ce dernier n’a pas de cocarde tricolore, décroche celle qui orne son chapeau et la lui donne.  Plus tard c’est la prise de Grenoble, après bien des aléas. La Bédoyère suit l’Empereur vers Paris. Ce dernier y arrive le 20 mars vers 21 heures.  Le lendemain, à 3 heures du matin, Le 7ème de ligne commandé par La Bédoyère y fait son entrée. L’Empereur nomme La Bédoyère général de brigade et aide de camp. Il a vingt-neuf ans. Notons, que le « bon » roi Louis XVIII ne reconnaîtra pas cette nomination… 

Le 4 juin, Charles de La Bédoyère est fait comte de l’Empire et nommé membre de la Chambre des pairs. La campagne de Belgique débute alors. Le 12 juin 1815, l’Empereur quitte Paris, accompagné, notamment de son nouveau général de brigade. Ligny, les Quatre-Bras puis Waterloo… Durant cette ultime grande bataille, La Bédoyère parcourt les rangs afin de transmettre les ordres de l’Empereur. L’Empire vit ses derniers jours…C’est la retraite. L’Empereur entre dans Philippeville ; La Bédoyère n’est pas loin, accompagné des autres aides de camp : Flahaut, Dejean, Bussy, Corbineau et Canisy. Le 21 juin, Napoléon est à Paris. Charles de La Bédoyère se démène à la Chambre des députés afin de soutenir la reconnaissance de Napoléon II ; mais en vain …Pendant son vibrant plaidoyer, le maréchal Masséna lui assène cette phrase cinglante: « Jeune homme, vous vous oubliez !« .

Le 29 juin, l’Empereur quitte la Malmaison pour Rochefort. Sensible à la fidélité de La Bédoyère il le veut près de lui dans son exil. Mais Charles, tout occupé à réconforter sa chère Georgine, arrive trop tard. : Napoléon est parti et les prussiens approchent de la Malmaison. La Reine Hortense, amie fidèle , l’engage à quitter Paris sans délai. Il part de la capitale le 12 juillet en direction de Riom afin d’aller saluer son ami Exelmans qui lui a réservé le poste de chef d’état-major du 2ème corps de cavalerie. Mais partout en France, les royalistes crient vengeance…Il faut songer à quitter la patrie. Aussi, après s’être procuré un passeport pour l’Amérique, La Bédoyère remonte à Paris embrasser une dernière fois son épouse et son fils. Le 24 juillet 1815, est publiée l’ordonnance du Roi (dont Fouché et Talleyrand sont les véritables auteurs) poursuivant les anciennes gloires de la Grande-Armée. Ney, Les frères Lallemand, Drouet d’Erlon, Bertrand, Drouot, Cambronne et…La Bédoyère sont cités dans celle-ci. Ils ne sont pas les seuls…

Charles de La Bédoyère prend cette fois la décision d’aller en Amérique mais avant il tient à aller à Paris…

Repéré durant son voyage, il est arrêté le 2 août 1815 et expédié à la Préfecture de police. Interrogé par Decazes, le nouveau ministre de la police,  » il reconnaît et prend à sa charge tous les actes qu’il a accomplis « .Transféré à la Conciergerie puis à la prison de l’Abbaye, La Bédoyère attend sereinement son jugement. Son procès est fixé au lundi 14 août 1815. Entre temps, a lieu une tentative pour le faire évader. Elle n’aboutira pas.

Après un procès mémorable, Charles de La Bédoyère est condamné à la peine de mort. 

Chateaubriand, en bon courtisan, écrira au Roi :  » Vous avez saisi ce glaive que le souverain du ciel a confié aux princes de la terre pour assurer le repos des peuples… Le moment était venu de suspendre le cours de votre inépuisable clémence…votre sévérité paternelle est mise au premier rang de vos bienfaits.  » (Cité par Henry Houssaye (dans son  » 1815. La seconde abdication.-La Terreur blanche « . Paris, Perrin, 1905) 

Acta est fabula ! La pièce est jouée ! 

Malgré une dernière tentative de sa femme afin d’intercéder auprès de Louis XVIII, le destin de La Bédoyère semble devoir s’achever d’une façon irrémédiable…. Jugé par un conseil de guerre 5 jours auparavant, il est fusillé en fin de journée le 19 août 1815, vers 6h20 du soir, à la Barrière de Grenelle (appelée également des Ministres)  par un peloton dont il commanda lui-même le feu…

Le 22 août 1815, son corps est transféré au cimetière du Père-Lachaise où il repose depuis. Son fils Georges le rejoindra en 1867 et Georgine en 1871. 

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Le jugement de l’Empereur à Sainte-Hélène. 

«Le Colonel de La Bédoyère était animé des plus nobles sentiments ; il avait été aide de camp du maréchal duc de Montebello [Lannes] et du vice-roi d’Italie [Eugène de Beauharnais]. Jeune homme de trente ans, il avait été élevé dès sa plus tendre enfance aux cris de «Vive l’Empereur !» et était enivré de la gloire de la France. La conduite des Bourbons, leur asservissement à l’étranger, le déshonneur dont ils couvraient la nation, avaient révolté tous les sentiments de son âme, et, quoique sa famille, une des anciennes familles de Bretagne, fût attachée à la cour des Bourbons, il resta constamment en opposition, frémissant de l’avilissement de la France, et il appelait de tous ses souhaits, à grands cris, celui que la France voulait et que les étrangers redoutaient tant. Napoléon le reçut et le loua de son généreux dévouement, il y avait du courage, car il était le premier qui se ralliait à l’empereur, et il l’avait fait hardiment, au milieu de la place de Grenoble. Il n’y avait dans cet acte aucun sentiment personnel, aucune vue d ‘ambition, même aucun sentiment d’amour-propre.» 

(Comte de Las Cases, « Mémorial de Sainte-Hélène). 

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A Sainte-Hélène c’est par Gourgaud, qui l’avait lu dans les journaux reçus, que Napoléon apprit la mort de Charles de La Bédoyère. Nous étions le 7 décembre 1815, autre date sombre puisque ce fut ce même jour qu’était fusillé le Maréchal Ney, avenue de l’Observatoire… Dans son Testament en date du 15 avril 1815, l’Empereur lègue 100 000 francs aux enfants de La Bédoyère. Dans son Codicille (daté du 24 avril 1821) il ajoute la somme de 50 000 francs aux mêmes. (Source:  » Mémorial de Sainte-Hélène. « . Edition établie par Marcel Dunan (Paris, Garnier, 1983, 2 volumes). 

Sources:

-Marcel DOHER :  » Des rêves de gloire au peloton d’exécution. Charles de la Bédoyère, 1786-1815, aide de camp de l’Empereur. Préface du Commandant Henry Lachouque « . Paris, J. Peyronnet et Cie, 1963. 

-Comte de LA BEDOYERE et André de MARICOURT :  » Idylle et drame (1790-1815).Georgine de Chastellux et Charles de La Bédoyère « . Paris, Émile-Paul frères, 1924. 

 

 

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( 22 mars, 2019 )

Le général Corbineau durant les Cent-Jours…

corbineau

Le général de division Juvénal Corbineau avait repris auprès de Napoléon ses fonctions d’aide-de-camp et il accompagna Grouchy dans l’expédition du Midi. Il alla remplacer Delaborde à Angers avant l’arrivée de Lamarque. Corbineau était à Waterloo aux côtés de Napoléon.  Voici comment la commission d’examen apprécia dans sa séance du 23 décembre 1815 le rôle qu’il avait joué durant les Cent-Jours. 

Arthur CHUQUET. 

Rien, dans le dossier de M. le général Corbineau, n’indique qu’il était en activité de service le 1er mars dernier. On pense donc qu’il était en demi-solde  retiré à Paris, lieu de son domicile habituel.  Ayant repris en mars ses fonctions d’aide-de-camp de l’Usurpateur, il fut envoyé en mission à Lyon, où on le voit figurer dans un rapport fait par le général Grouchy au maréchal Davout le 7 avril 1815, comme s’occupant particulièrement des mesures de police et des arrestations des personnes suspectes.  Il est de notoriété publique qu’il était avec le général Grouchy, lorsque ce dernier fit arrêter S.A.R. Mgr le duc d’Angoulême [le fils du comte d’Artois, futur Charles X], contre la foi du traité.  Aussi est-il cité au Moniteur du 19 avril 1815, comme ayant reçu des témoignages de satisfaction de l’Usurpateur pour avoir terminé la guerre du Midi.  On le voit  ensuite indiqué sur la feuille du 7 mai comme accompagnant Bonaparte en qualité d’aide-de-camp. Il y a lieu de croire qu’il a suivi l’Usurpateur pendant sa courte campagne de Waterloo, et qu’étant rentré en même temps que lui, il est demeuré sans commandement, lors de sa fuite. On trouve, dans son dossier, une lettre du 1er juillet 1815 par laquelle la commission du gouvernement invite le maréchal Davout à donner un emploi à cette officier général.Après le mouvement de l’armée de la Loire, Corbineau est resté à Paris, chargé avec MM. Turreau et Grundler de la capitulation du 3 juillet, et, depuis, s’est borné à revendiquer son titre de commandant du 2ème corps de cavalerie, dans le cas où il serait proposé pour une distinction quelconque.

Cet exposé démontre :

1° Qu’il a arboré l’étendard de la rébellion dans le midi de la France. 2° Qu’il a réprimé et puni les mouvement des fidèles serviteurs du Roi en faveur de l’autorité légitime, et qu’enfin, ayant marché contre l’armée de S.A. Royale Mgr le duc d’Angoulême et concouru à l’arrestation de ce prince, il ne peut être noté d’une manière favorable. 

(Document extrait du livre d’Arthur CHUQUET, « Lettres de 1815. Première Série [seule parue] », Paris, Librairie ancienne, Honoré Champion, Editeur, 1911). 


 

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( 18 janvier, 2019 )

Un martyr de la sinistre Terreur blanche (1815)

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Charles-Angélique-François Huchet de La Bédoyère, issu d’une vieille famille bretonne, naît à Paris le 17 avril 1786. Après avoir grandi dans un royalisme ambiant, le jeune Charles, au sortir de la tourmente révolutionnaire n’a qu’un but :  » Il est dévoré de la passion de servir à la grandeur française « , comme l’écrit Marcel Doher dans la biographie qu’il lui a consacré.  Après un voyage au cours duquel, en compagnie de son frère Henry, il parcourt la France, la Suisse et l’Allemagne, il rencontre la célèbre Madame de Staël. Il devient d’ailleurs un des habitués de son salon de Coppet. Mais c’est la carrière des armes qui est son objectif ; en 1806, nous retrouvons Charles lieutenant en second à la 2ème compagnie des gendarmes d’ordonnance.

Notons au passage que La Bédoyère était un cousin éloigné de Charles de Flahaut, lui même fils naturel de Talleyrand (et de Madame de Souza, une familière de la Reine Hortense).

Selon Marcel Doher, c’est grâce à la bienveillance de cette dernière que le jeune Charles obtint son brevet de sous-lieutenant…

La compagnie de Charles jusque là cantonné à Mayence, part début 1807 afin de traquer quelques bandes de  » partisans « . Il traverse donc l’Allemagne en direction de la Poméranie. La Bédoyère traverse Berlin, puis le voici en route pour Stettin et Colberg . Il participe à de  » petits engagements avec des groupes de partisans en embuscade « . Après une opération à Degow, devant Colberg,  » en dehors des jours de combat, ce sont de longues reconnaissances, des bivouacs sur la neige, dans la solitude de forêts monotones et de lacs gelés « , écrit Marcel Doher.  Le 14 juin 1807, La Bédoyère et ses camarades assistent à la bataille de Friedland. Après la dissolution des Gendarmes d’ordonnance, La Bédoyère est nommé lieutenant en 1er au 11ème chasseurs à cheval. Le 14 janvier 1808, il est nommé aide de camp de Lannes et le suit en Espagne. On le retrouve ainsi au siège de Saragosse, puis au printemps 1809 il part pour l’Autriche et participe à toute la campagne s’y déroulant. En juin 1809, La Bédoyère passe aide de camp du Prince Eugène et le suit en Italie. Il y séjournera jusqu’en 1812. En cette année douloureuse pour la Grande-Armée, La Bédoyère suit Eugène en Allemagne lorsque celui-ci prend le commandement du IV° corps de la Grande-Armée. Puis c’est le départ pour la Russie…Il est présent à la bataille de La Moskowa (7 septembre 1812), à celle de Malo-Jaroslawetz (24 octobre 1812), puis lors du passage de la Bérézina (26-28 novembre 1812). En 1813, Charles de La Bédoyère reçoit le commandement du 112ème de ligne, compris dans la 35ème division du Général Gérard (XI ème corps du maréchal Macdonald). Le 1er mai 1813 il est nommé colonel et participe à la bataille de Bautzen (20-21 mai 1813). Blessé à Golberg, il est mis en congé et rentre en France pour se soigner. Il épousera au cours de son séjour, Georgine de Chastellux, en novembre 1813. Les nouveaux époux profitent en cette fin d’année pleinement de leur bonheur. 

1814 ! L’ennemi foule le sol de la France… La Bédoyère, proposé à deux reprises pour le grade de général de brigade par le général Gérard, est affecté au commandement provisoire de la 2ème brigade de la 1ère division de Paris. Il refuse ce poste  » espérant rejoindre son régiment et désirant en garder le commandement « . Il est présent lors de la bataille de Paris, le 30 mars 1814, et  » se dépasse sans compter  » comme l’écrit si bien le Colonel Hippolyte de Marcas dans ses  » Souvenirs « . Après la première abdication, Charles de La Bédoyère remet sa démission afin de ne pas servir le nouveau pouvoir mais c’est sans compter avec sa belle-famille les de Chastellux !

« César de Chastellux, le frère aîné de Georgine, émigré servant aujourd’hui dans la Garde Royale , effectue une démarche, que Charles n’aurait jamais faite, auprès du Ministre de la Guerre « , écrit Marcel Doher. La Bédoyère est nommé le 4 octobre 1814, colonel du 7ème de ligne et doit rejoindre sa garnison à Chambéry. Le 25 octobre de la même année, Georgine donne naissance à un petit garçon : Georges-César-Raphaël. En janvier 1815, Charles de La Bédoyère est toujours à Paris ! Il ne semble pas pressé de rejoindre son régiment…Il quitte enfin la capitale le 22 février et arrive à sa destination quatre jours après.

Déjà en France, devant le mécontentement général, certains ont le regard tourné vers l’île d’Elbe…  » Que diriez-vous si vous appreniez que mon régiment a pris la cocarde tricolore et les aigles ?…  » demandait Charles à la Reine Hortense avant son départ…  Le 26 février, jour de son arrivée à Chambéry, l’Aigle quitte son rocher ;il est en route vers les côtes de France…Le général Marchand, commandant la place de Grenoble apprend le débarquement le 4 mars au soir.

Le lendemain après une réunion avec tous les officiers de la garnison, Marchand envoie une dépêche à un certain Devilliers, commandant la brigade de Chambéry : il doit faire mouvement sur Grenoble afin de s’opposer à la progression du  » Corse  » !  Le 7ème et le 11ème de ligne se mettent en route. Le 7ème ayant à sa tête le très bonapartiste La Bédoyère. Celui-ci au cours d’une halte chez une certaine Madame de Bellegarde aurait déclaré :  » Adieu , Madame, dans huit jours je serai fusillé ou Maréchal d’Empire ! « .

Puis c’est l’arrivée à Grenoble… On connaît l’épisode inoubliable de Laffrey… La Bédoyère n’y assistera pas: il est à Grenoble dans la ville en état d’alerte.

Après avoir déjeuné avec le Général Marchand, ce 7 mars 1815, il rassemble son régiment aux cris de  » Vive l’Empereur !  » et après un conciliabule avec ses officiers et ses soldats, il sort de Grenoble, allant à la rencontre de l’Empereur qu’il retrouve  » avant Vizille, entre Tavernolles et Brié « .

Marcel Doher écrit :  » Celui-ci voit s’approcher le jeune et ardent colonel. L’an passé, aux jours douloureux de Fontainebleau , La Bédoyère s’est mis spontanément à sa disposition, demeurant auprès de lui jusqu’au dernier moment, à l’heure de tous les reniements « .

L’Empereur embrasse La Bédoyère et voyant que ce dernier n’a pas de cocarde tricolore, décroche celle qui orne son chapeau et la lui donne. Plus tard c’est la prise de Grenoble, après bien des aléas. La Bédoyère suit l’Empereur vers Paris. Ce dernier y arrive le 20 mars vers 21 heures.

Le lendemain , à 3 heures du matin, Le 7ème de ligne commandé par La Bédoyère y fait son entrée.

L’Empereur nomme La Bédoyère général de brigade et aide de camp. Il a vingt-neuf ans. Notons, que le « bon » roi Louis XVIII ne reconnaîtra pas cette nomination…Le 4 juin, Charles de La Bédoyère est fait comte de l’Empire et nommé membre de la Chambre des pairs. La campagne de Belgique débute alors. Le 12 juin 1815, l’Empereur quitte Paris, accompagné, notamment de son nouveau général de brigade. Ligny, les Quatre-Bras puis Waterloo…Durant cette ultime grande bataille, La Bédoyère parcourt les rangs afin de transmettre les ordres de l’Empereur. L’Empire vit ses derniers jours…C’est la retraite.

L’Empereur entre dans Philippeville; La Bédoyère n’est pas loin, accompagné des autres aides de camp : Flahaut, Dejean, Bussy, Corbineau et Canisy.

Le 21 juin, Napoléon est à Paris. Charles de La Bédoyère se démène à la Chambre des députés afin de soutenir la reconnaissance de Napoléon II ; mais en vain …Pendant son vibrant plaidoyer, le maréchal Masséna lui assène cette phrase cinglante: « Jeune homme, vous vous oubliez !« . Le 29 juin, l’Empereur quitte la Malmaison pour Rochefort. Sensible à la fidélité de La Bédoyère il le veut près de lui dans son exil. Mais Charles, tout occupé à réconforter sa chère Georgine, arrive trop tard. : Napoléon est parti et les prussiens approchent de la Malmaison. 

La Reine Hortense, amie fidèle, l’engage à quitter Paris sans délai. Il part de la capitale le 12 juillet en direction de Riom afin d’aller saluer son ami Exelmans qui lui a réservé le poste de chef d’état-major du 2ème corps de cavalerie. Mais partout en France, les royalistes crient vengeance…Il faut songer à quitter la patrie. Aussi, après s’être procuré un passeport pour l’Amérique, La Bédoyère remonte à Paris embrasser une dernière fois son épouse et son fils. Le 24 juillet 1815, est publiée l’ordonnance du Roi (dont Fouché et Talleyrand sont les véritables auteurs) poursuivant les anciennes gloires de la Grande-Armée. Ney, Les frères Lallemand, Drouet d’Erlon, Bertrand, Drouot, Cambronne et… La Bédoyère sont cités dans celle-ci. Ils ne sont pas les seuls…

Charles de La Bédoyère prend cette fois la décision d’aller en Amérique mais avant il tient à aller à Paris… Repéré durant son voyage, il est arrêté le 2 août 1815 et expédié à la Préfecture de police.  Interrogé par Decazes, le nouveau ministre de la police,  » il reconnaît et prend à sa charge tous les actes qu’il a accomplis « . Transféré à la Conciergerie puis à la prison de l’Abbaye, La Bédoyère attend sereinement son jugement. Son procès est fixé au lundi 14 août 1815.  Entre temps, a lieu une tentative pour le faire évader. Elle n’aboutira pas. Après un procès mémorable, Charles de La Bédoyère est condamné à la peine de mort.  Chateaubriand, en bon courtisan, écrira au Roi :  » Vous avez saisi ce glaive que le souverain du ciel a confié aux princes de la terre pour assurer le repos des peuples… Le moment était venu de suspendre le cours de votre inépuisable clémence…votre sévérité paternelle est mise au premier rang de vos bienfaits.  » (Cité par Henry Houssaye (dans son  » 1815.La seconde abdication.-La terreur blanche « . Paris, Perrin, 1905)

Acta est fabula ! La pièce est jouée !

Malgré une dernière tentative de sa femme afin d’intercéder auprès de Louis XVIII, le destin de La Bédoyère semble devoir s’achever d’une façon irrémédiable…. Jugé par un conseil de guerre cinq jours auparavant, il est fusillé en fin de journée le 19 août 1815 à la Barrière de Grenelle (tout près de l’actuelle station de métro « Dupleix ») par un peloton dont on dit qu’il commanda lui-même le feu…

Le 22 août 1815, son corps est transféré au cimetière du Père-Lachaise où il repose depuis. Son fils Georges le rejoindra en 1867 et Georgine en 1871.

C.B.

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( 19 octobre, 2018 )

CRAONNE et REIMS…

CRAONNE et REIMS… dans TEMOIGNAGES laubressel-3-mars-1814

Dans les quatre lettres qui suivent (8-15 mars 1814), Berthier semble partager les espérances et les illusions de l’Empereur ; il annonce cette bataille de Craonne qui, disait Napoléon, était glorieuse ; il annonce la reprise de Soissons et de Reims ; il avance même que l’ennemi est inquiété, menacé de  toutes parts et par la levée en masse et par Augereau et  par les garnisons d’Alsace.

I. A Macdonald.

Bray-en-Laonnais, 8 mars 1814.

Nous avons battu dans la journée d’hier le corps de York, de Voronzov et le restant du corps de Langeron venu de Mayence. Nous leur avons pris quelques pièces de canon et nous les avons poursuivis depuis Craonne jusqu’à L’Ange-Gardien. Pendant l’espace de cinq lieues, l’ennemi a été sous la mitraille de 100 pièces de canon. Notre perte n’a été que de 5 à 600 hommes tués ou blessés. Nous aurions pris ce corps qui était dans un épouvantable désordre, m   ais il n’y avait pas moyen à  la cavalerie de le déborder parce que l’affaire se passait sur un plateau qui se prolongeait entre deux ravins.

II. A Macdonald.

Chavignon, 8 mars 1814.

Les corps de Bulow, Wintzingerode, Langeron et Voronzov s’étaient portés sur Soissons. L’Empereur a marché sur les derrières de ce corps par Fismes et Berry-au-Bac. Nous sommes tombés sur plusieurs colonnes de leurs bagages, ayant coupé leur communication de Reims. Le général Corbineau s’est porté sur cette ville qu’il a surprise pendant la nuit ; il y a fait deux mille prisonniers et pris des bagages et des parcs. En arrivant à Berry-au-Bac, nous y avons trouvé 3.000 chevaux que nous avons culbutés. Le prince Gagarine a été pris. Sa Majesté a couché avant-hier à Corbeny. L’avant-garde de l’ennemi était déjà arrivée sur les premières hauteurs de Craonne. Les positions qu’il occupait étant trop près de nous, il en a été chassé le soir même. Pendant la nuit, l’ennemi qui arrivait pour nous attaquer, s’est mis en position et au jour, nous l’avons trouvé en bataille. Nous l’avons attaqué à 8 heures. Après un combat très vif d’artillerie, de cavalerie et d’infanterie, la ligne ennemie a été culbutée à 3 heures. Nous l’avons poursuivie l’épée dans les reins jusqu’à 6. Nous lui avons fait 2.000 prisonniers, pris 10 pièces de canon et lui avons tué beaucoup de monde. L’ennemi a continué sa retraite pendant la nuit dans le plus grand désordre. Nous sommes à sa poursuite sur Laon. Nous avons repris Soissons.

III.  Au général Vincent [fut chargé le 24 février par l’Empereur, de commander les gardes d’honneur de Château-Thierry et de tous les environs].

Soissons, 12 mars 1814.

L’Empereur trouve que vous ne réunissez pas assez de gardes nationaux. C’est cette levée, celle en masse qui augmente l’inquiétude de l’ennemi. Donnez-nous souvent des nouvelles.

L’Empereur, après avoir battu l’ennemi à Craonne et l’avoir rejeté sur Laon, a pris position à Soissons d’om il tient les armées ennemies en échec et est en mesure de tomber sur l’une d’elles. Le duc de Raguse [maréchal Marmont] est à Berry-au-Bac et le général Corbineau à Reims. Le duc de Tarente [Maréchal Macdonald], le duc de Reggio [Maréchal Oudinot] et le général Gérard tiennent de leur côté en échec l’armée autrichienne. Le maréchal, duc de Castiglione [Maréchal Augereau], avec une armée de 30,000 hommes, marche vers Lons-le-Saulnier sur les derrières de l’armée autrichienne.

Les Vosges, l’Alsace se lèvent en masse. Nos garnisons n’y sont pas bloquées et courent sur les communications.

IV. A Macdonald.

Reims, 15 mars 1814.

Nous sommes à  Reims depuis deux jours. Nous avons battu Saint-Priest qui avait 18,000 hommes, tant Russes que Prussiens, des Kalmouks et des Bachkirs ; mais ces derniers sont tellement canailles qu’il ne faut pas les compter. Nous avons réellement fait 4,000 prisonniers, pris 18 pièces de canon, 15 caissons, Saint-Priest, grièvement blessé à l’épaule d’un éclat d’obus, est mort, dit-on. Le prince de La Moskowa [Maréchal Ney] se porte sur Châlons. Nos partis sont à Epernay. Le gros de notre armée est ici. Le duc de Trévise [maréchal Mortier] est avec 25,000 hommes à Soissons. La levée en masse et les gardes nationales se lèvent de toutes parts et font une immense quantité de prisonniers. Communiquez toutes ces bonnes nouvelles au duc de Reggio  et à tout autre.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.70-72).

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( 16 septembre, 2018 )

Une lettre du général Drouot

Une lettre du général Drouot dans TEMOIGNAGES 75-000728

Celle-ci résume quelque peu les maux dont a été victime la Grande-Armée durant la campagne de Russie. 

Koenigsberg, 1er janvier 1813. 

Nous avons eu à combattre la faim et surtout le froid le froid, ennemis terribles sous lesquels un grand nombre d’hommes et de chevaux ont succombé. Ma santé n’a pas été altérée un seul instant ; j’ai conservé mes forces et toute ma vigueur ; peu de jeunes gens de vingt-cinq auraient pu lutter avec moi. J’ai eu la douleur de voir périr de froid et de misère un grand nombre de mes canonniers ; la perte successive de tous mes chevaux du train m’a forcé à abandonner tous mes canons ; ces sacrifices m’ont déchiré le cœur. J’ai perdu tous mes domestiques, chevaux et effets ; je regrette beaucoup mes domestiques ; la perte de mes chevaux ne m’affecte point. Si nous avons éprouvé des désastres, l’honneur entier est resté. Partout où nous avons voulu combattre les Russes, nous l’avons fait avec avantage. Les cosaques se sont enrichis de nos dépouilles ; mais cinquante fusiliers ou une pièce de canon suffisaient pour dissiper leurs troupes les plus nombreuses. » . Cette noble lettre du 1er janvier 1813, si fière et si touchante, suffit à réfuter Pion des Loches [Première édition en 1889 ; réédité en 2009 ].

Dans ses mémoires (« Mes Campagnes », p.318) Pion accuse Drouot d’avoir été, non seulement un homme fort médiocre à la guerre, mais un égoïste, un « tartuffe dévoré d’ambition qui sacrifiait tout pour se faire valoir et pour avancer », et il montre Drouot s’esquivant pendant la retraite pour boire à l’écart quelques gorgées d’une bouteille de vin. Mais il a beau dire que la réputation de Drouot finira par tomber. Drouot, a dit Macdonald, était « l’homme le plus droit, le plus modeste que j’aie connu, instruit, brave, dévoué, simple de manières, d’un caractère élevé, antique » ; Pons de l’Hérault le regarde comme un grand homme de Plutarque, comme la perfection de l’ordre moral, et Fain le nomme le dernier des Romains. C’était, a dit Ségur, « l’un de ces hommes doués de toute la force de la vertu, qui pensent que le devoir embrasse tout et qui sont capables de faire simplement et sans effort les plus nobles sacrifices ! » Drouot était, pendant la campagne, colonel dans l’artillerie de la Garde. Il fut, le 10 janvier 1813, promu général de brigade dans la ligne, et, dit-il, affligé de ce changement d’état, attristé de quitter ce corps d’artillerie qu’il venait de voir détruit et qui faisait l’admiration de tout le monde.

Mais il s’apprêta sur le champ à rentrer en campagne, et le 26 janvier 1813, l’Empereur le prit pour aide de camp, en même temps que Corbineau et Flahaut. Celui que Napoléon a nommé « Le Sage dela Grande-Armée », avait toutefois, durant la retraite de Russie, réfléchi sur ce que ferait son souverain. Il parlait rarement politique, mais il dit un jour à Pion : « Cette campagne, si triste qu’elle soit, aura un résultat favorable à la France ; l’Empereur va mettre désormais de l’eau dans son vin ; il se contentera et la gloire acquise ; il n’ira plus courir les aventures ; il a été battu, non par l’ennemi, mais par les éléments ; il fera la paix en cédant ses possessions de la rive droite du Rhin. » 

Arthur CHUQUET.

 

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( 21 mars, 2016 )

21 mars 1814…

Voici une lettre de Guillaume Peyrusse (Payeur de l’Empereur) à son frère André. Elle est extraite de l’un de mes livres favoris (publié par Léon.-G. Pélissier , chez Perrin en 1894), déjà cité ici, et qui rassemble la correspondance entre Guillaume et André entre 1809 et 1814.

C.B.

Sommepuis, le 21 mars 1814.

J’ai joint hier Sa Majesté à Plancy, mon cher André. Nous sommes partis aussitôt pour Arcis-sur-Aube. On ne comptait pas y trouver l’ennemi en force, parce qu’il avait caché ses masses derrières des rideaux boisés. Mais, comme il vaut lieux prévenir son ennemi que d’être attaqué, sa Majesté a commencé l’attaque à trois heures. Elle a duré jusqu’à dix heures du soir. Le feu a été très vif sans être meurtrier. Le tout n’a eu d’autre résultat que de bien connaître à la fois la force et la position de l’ennemi. C’était le corps de Wrède avec eux divisions autrichiennes. Il n’y a pas eu de pertes marquantes. Les généraux Corbineau et Krasinski ont été blessés. Le général Drouot et le duc de Dantzig [maréchal Lefebvre] ont eu des chevaux tués. Ce matin l’ennemi présentait moins de force. Cependant on s’attendait à une affaire, mais Sa Majesté qui avait annoncé hier soir qu’elle voulait se porter sur Vitry a fait son mouvement ce soir en présence de l’ennemi, et nous marchons sur Vitry, d’où nous ne sommes qu’à quatre petite lieues. L’ennemi a remué un peu de terre à Vitry, mais il faudra du canon et nous verrons demain…. Adieu, bon soir. Il est minuit, et je veux profiter d’un courrier pour te donner signe de vie. La manœuvre de Sa Majesté paraît hardie. Dieu veille la couronner d’un succès heureux ! Sa Majesté assure que l’ennemi n’ayant pas de plan, il faut l’étonner par des manœuvres et se porter tantôt sur ses flancs, tantôt sur ses derrières.

 

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( 19 juin, 2015 )

Napoléon le 19 juin 1815…

« 19 juin 1815. Napoléon est aux Quatre-Bras vers 1 heure. Il est vu par un officier, arrêté dans une clairière du Bossu, pleurant auprès d’un feu. Il passe par Gosselies et Lodelissart. Il est à  Charleroi entre 5 heures et 7 heures. Il passe la Sambre et s’arrête quelque temps  dans la prairie du débouché du  pont, à droite, cherchant à rallier des fuyards. Il mange. Il demande une calèche. On lui fait observer que les routes sont trop encombrées et que la cavalerie légère prussienne peut survenir d’un moment à  l’autre. Il remonte à cheval, marche sur Philippeville où il est à  9 heures. Là, il annonce le désastre à Joseph, en deux lettres. Il passe ensuite par Marienbourg, Rocroi, les Censes-Corbineau (halte), Maubert-Fontaine et Mézières (22 h30  à minuit). Il voyage dans la voiture du général Dupuy commandant la place de Philippeville. »

(Garros et Tulard, « Napoléon au jour le jour… », Tallandier, 1992, p.472)

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( 17 mai, 2015 )

Paris en avril et mai 1815…

« Dans la France agitée, Paris reste calme. « On est aussi tranquille que si ce singulier changement de scène ne s’était pas produit, » écrit le comte de Montlosier. On est tranquille mais on est triste. L’argent devient rare. La rente, qui avait atteint le cours de 78 au commencement de mars, tombe à 68, à 57, à 54. Les recettes des théâtres baissent de plus d’un désachalandées, on maudit tout bas le retour de Napoléon. Les dames de la Halle, qui se piquent de royalisme, chantent : « Dieu ! Rends-nous notre père de Gand… » La bourgeoisie est soucieuse, plutôt hésitante et défiante que franchement hostile. L’Empereur y compte même des partisans. « Il faudrait changer d’opinion selon chaque personne à qui l’on parle, » dit Barry. Il faudrait d’autant plus changer d’opinion selon chaque personne à qui l’on parle que bien des gens ont deux opinions, témoin l’austère Royer- Collard qui dans la même semaine entraîne par une chaude allocution les professeurs de l’École normale à prêter à l’Empereur le serment de fidélité et envoie Guizot comme émissaire à Gand. L’impression dominante est le sentiment du provisoire. On se réserve, on attend les événements pour se déclarer. Aura-t-on ou n’aura-t-on pas la guerre? Voilà la question. Et, si puissant est le désir de la paix, que jusqu’au 15 mai des gens raisonnables en conservent encore l’espérance. Les partisans des Bourbons se bornent à annoncer que le gouvernement va réquisitionner  l’argenterie chez les particuliers, à pronostiquer la victoire des Alliés, à parier dix louis contre un que Wellington sera à Paris avant un mois, à faire ces jeux de mots: « Les soldats de l’île d’Elbe sont revenus avec leur cartouche. Bonaparte finira avec un boulet ! » Et à afficher des placards comme celui-ci : « Aujourd’hui, grande représentation au théâtre de l’Ambition, place du Carrousel, au bénéfice d’une famille indigente de Corse. On donnera L’Empereur malgré tout le monde, farce tragi-comique ; Les princes et princesses sans le savoir, folie burlesque ; et le ballet des Esclaves. On terminera par une Entrée de Cosaques. » Les royalistes font une guerre d’épigrammes et de fausses nouvelles. Ils ne cherchent pas, comme à Marseille, à Bordeaux, en Vendée, à fomenter des troubles, car il leur manque l’appui de l’élément populaire. Le peuple de Paris, ils le savent bien, est tout à Napoléon. Les travaux se ralentissent et menacent de s’arrêter; les ouvriers n’en exaltent pas moins celui qu’ils appellent leur père. Ils fraternisent avec les soldats, chantent la Marseillaise, encouragent les camelots qui crient dans les rues: « Achetez des cocardes tricolores. Elles sont moins salissantes que les blanches. Elles dureront plus longtemps. » Les ouvriers disent: « L’Empereur ne nous laissera toujours pas mourir de faim. Nous comptons sur lui et il peut compter sur nous. L’an dernier, on n’a pas voulu nous donner des armes. Mais si l’ennemi revient devant Paris, il faudra bien nous en donner et on verra comme nous nous en servirons. » Et ce n’étaient pas là des paroles après boire. Les faubourgs présentèrent une Adresse à l’Empereur pour demander des armes, et on forma avec cette population vingt-quatre bataillons de tirailleurs. Au reste, malgré ses embarras financiers, Napoléon s’était préoccupé de la détresse de la classe ouvrière. On reprit les travaux du Louvre, de la fontaine de l’Éléphant, du nouveau marché Saint-Germain. Dès le 28 mars, quinze cents terrassiers, maçons, menuisiers et peintres y étaient employés; à la fin d’avril, leur nombre s’élevait à trois mille. A la même époque, deux mille armuriers, forgerons, serruriers, taillandiers, dinandiers, ébénistes étaient organisés en ateliers pour la réparation des fusils. Dans le courant de mai, quatre mille ouvriers travaillèrent aux ouvrages de défense de Montmartre, de Belleville et du Mont-Louis. A Paris, si l’ordre est quelquefois troublé, c’est par les manifestations bonapartistes : promenades triomphales à travers les Tuileries et le Palais-Royal du buste de Napoléon couronné de violettes et de lauriers, pèlerinages diurnes et nocturnes à la colonne de la Grande-Armée, feux de joie à la barrière d’Italie et à la barrière du Trône où les faubouriens chantent la Marseillaise, brûlent des drapeaux blancs et des proclamations de Louis XVIII. Le 2 avril, la garde impériale donne un immense banquet aux garnisons de Grenoble et de Lyon et aux gardes nationaux qui ont été de service le 20 mars. Quinze mille soldats et miliciens s’attablent dans le Champ de Mars; mille officiers dînent ensuite sous les galeries de l’École militaire. Les toasts se succèdent : « A l’Empereur ! A  l’Impératrice ! Au Prince impérial ! Puis tous les officiers tirent soudain leurs épées, les croisent au-dessus des tables et jurent de mourir, pour la patrie. Une voix crie: « A la colonne ! « On prend un buste de l’Empereur. Les tambours battent, la musique joue la Marseillaise, un long et tumultueux cortège se met en route vers la place Vendôme. Quelques officiers montent le buste au faîte du monument tandis que les habitants s’empressent d’allumer lampions et chandelles. Ceux qui tardent un peu à faire cette illumination spontanée reçoivent comme premier avertissement une volée de cailloux dans leurs fenêtres. Le 18 avril, la milice parisienne rend à la garde impériale, dans la grande salle du Conservatoire des Arts et Métiers, le banquet du Champ de Mars. Ce sont encore des « Vive l’Empereur !  des « Vive la liberté ! » des chants patriotiques. Chaque soir à l’Opéra, aux Français, à Feydeau, le parterre réclame la Marseillaise et Veillons au salut de l’Empire; le public des loges subit ces auditions le plus souvent à contrecœur, quelquefois en murmurant et en protestant1. Les royalistes et les modérés s’indignent des motions faites à la Société libre des Amis de la patrie et de L’humanité, nouvellement fondée sous la présidence honoraire de Carnot, et dénoncent les soirées du théâtre Montansier, transformé en café-concert, comme des saturnales odieuses. C’est un véritable club, à la différence qu’on y chante au lieu d’y parler. Des sous-officiers de la garde font le service d’ordre, le programme se compose non seulement de la Marseillaise, du Ça ira, du Chant du Départ, de saynètes contre les émigrés, d’hymnes napoléonistes, mais aussi de chants qui appellent tous les peuples de l’Europe à la liberté et à la révolution. Il ne se passait guère de jour que des gens du peuple ne vinssent crier: « Vive l’Empereur ! »Sous les fenêtres des Tuileries. Les royalistes prétendirent que ces rassemblements étaient payés par la police, qui enrôlait à cent sous la séance tous les commissionnaires et tous les décrotteurs de Paris. On a si beau jeu dans notre pays à mettre la police en cause! Il semble certain, au contraire, que l’Empereur, heureux tout d’abord de ces acclamations, en fut vite importuné. Dans les premiers jours, il s’était montré à la foule dans un dessein de popularité. Il se créa ainsi une sorte de servitude envers les enthousiastes et même envers les simples curieux. On conte que des individus  se firent une industrie de cette exhibition. Pour quelques pièces de monnaie, ils criaient : Vive l’Empereur! jusqu’à ce que le souverain eût paru au balcon. Une des causes qui engagèrent Napoléon, au milieu d’avril, à quitter les Tuileries pour l’Élysée fut vraisemblablement le désir de se dérober à ces ovations tyranniques. Le charme, en cette saison, du beau jardin de l’Elysée, où il pouvait se promener et converser à l’abri des regards, le détermina aussi à changer de résidence. Les malveillants ne manquèrent pas d’attribuer l’abandon des Tuileries à certains scrupules et à la peur des assassins. Comme si Napoléon s’était fait jadis un cas de conscience de « souiller la demeure des rois» et comme s’il s’enfermait à l’Elysée pour n’en jamais bouger ! Presque chaque jour, il passe en revue, au Carrousel ou aux Champs-Élysées, des

régiments qui partent pour les frontières. Le dimanche, il va entendre la messe dans la chapelle des Tuileries; à l’issue du service, il y a audience publique. Puis c’est un déjeuner à la Malmaison avec la princesse Hortense, Molé, Denon et La Bédoyère, ou une excursion à la maison de la Légion d’honneur de Saint- Denis. Ce sont des visites aux Invalides, à l’École polytechnique, au Muséum d’histoire naturelle, aux galeries du Louvre, chez le peintre David, à qui l’Empereur remet la croix de commandeur devant le tableau des Thermopyles, aux travaux du Champ de Mars, aux ouvrages de Montmartre et de Charonne, aux ateliers d’armes, à la filature de Richard Lenoir. Napoléon fait ces promenades sans escorte, accompagné seulement d’un ou deux aides de camp : Drouot, Flahaut, Corbineau, La Bédoyère. Dans les quartiers populeux, il descend de voiture, marche au milieu de la foule, s’arrête pour causer avec les ouvriers et les femmes du peuple. L’Empereur voulut se montrer une fois à l’Opéra et une fois à la Comédie-Française. A l’Opéra, il arriva à l’improviste, au commencement du ballet de Psyché. Mais aux Français, sa présence était en quelque sorte annoncée par le choix du spectacle. L’affiche portait : La Mort d’Hector, et l’on savait que l’Empereur aimait particulièrement cette tragédie de Luce de Lancival. La salle était comble: 4953 francs de recettes ! Avant le lever du rideau, on demanda la Marseillaise et le Chant du Départ. « On était au milieu de la troisième scène, raconte Hobhouse, quand Napoléon entra; tout le monde se leva en jetant des cris qui retentissent encore à mes oreilles. Les vivats continuèrent jusqu’à ce que l’Empereur, après avoir salué à droite et à gauche, se fut assis ; alors on recommença la pièce. » Tous les vers qui pouvaient paraître faire quelque allusion à la situation présente — ils étaient très nombreux2— furent applaudis avec enthousiasme. A ces mots :

C’était Achille !

Il reparaît enfin!

Le parterre se leva et interrompit Talma par une immense acclamation. « L’Empereur, dit Hobhouse, était très attentif. Il ne parlait à personne de ceux qui étaient derrière lui et paraissait insensible aux vivats. Il se retira si précipitamment à la fin de la pièce que la multitude n’eut pas le temps de le saluer. » On avait dissuadé à Napoléon de passer en revue la garde nationale. Composée en majorité de commerçants, presque tous hostiles à l’empire par besoin de la paix, la milice parisienne pouvait, disait-on, faire quelque manifestation qui produirait une impression funeste en France et à l’étranger. D’autres personnes redoutaient, non sans raison, une tentative d’assassinat. Napoléon goûta peu ces conseils. La revue eut lieu le dimanche 16 avril. Les quarante-huit bataillons de grenadiers et de chasseurs des douze légions parisiennes (les fusiliers n’étaient pas habillés) se massèrent dans la cour des Tuileries et sur la place du Carrousel. Napoléon, suivi de ses seuls aides de camp, « pour témoigner à la garde nationale son entière confiance en elle », passa devant le front de chaque compagnie. Les 1re ,2ème , 3ème , 10ème  et 11ème  légions (arrondissements du centre) gardèrent un froid silence, mais d’assez nombreux « Vive l’Empereur ! »  se firent entendre chez les autres miliciens qui mirent leurs chapeaux au bout des baïonnettes, et, après la revue, la harangue de Napoléon aux officiers fut chaudement accueillie. Pour le défilé, l’Empereur se plaça devant le pavillon Médicis, très en avant de son état-major, et ayant à sa droite le général Lobau et à sa gauche un grenadier sans armes, chargé de prendre les pétitions. C’était sa seule protection contre un flot de peuple que l’on avait laissé pénétrer dans la cour des Tuileries et qui s’agitait à dix pas de lui. « Il aurait été bien facile, dit un Anglais témoin de la scène, de faire feu sur Napoléon et même de le poignarder. J’admirais sa sérénité. Son visage est très pâle, ses mâchoires pendantes, mais pas autant que je l’avais entendu dire. Il n’est pas bien gros, mais son ventre est si saillant que l’on voit son linge passer au-dessous de son gilet. Il tenait ses mains jointes par devant ou par derrière, mais quelquefois il les séparait pour se frotter le nez, prendre plusieurs prises de tabac et regarder à sa montre. Il poussait souvent des soupirs, avalant sa salive et paraissant souffrir quelque douleur dans la poitrine. Il regardait tout ce qui se passait autour de lui en fronçant les sourcils et en les rapprochant l’un de l’autre, comme pourvoir plus distinctement. Le défilé dura deux heures. Il passa par toute cette ennuyeuse cérémonie avec une impatience paisible. »

(Henry HOUSSAYE, « 1815. La première Restauration.-Le retour de l’île d’Elbe.-Les Cent-Jours », Perrin et Cie, 1893,pp.518-527).

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( 20 avril, 2015 )

Les mouvements royalistes en France en mars-avril 1815 (IV et fin).

Decaen

« Le 12 mars 1815 le duc d’Angoulême était à Nîmes. Le 17 mars, il arrivait à Marseille, se rendait de là à Toulon pour retourner à Nîmes. Agé de quarante ans, de physionomie disgracieuse, froid, vertueux, très modeste, les manières embarrassées et les mœurs simples, d’intelligence assez médiocre, attentif à remplir avec exactitude tous les devoirs de son rang, plein de déférence envers son père, son oncle et sa femme, assez mélancolique et profondément dévot, le duc d’Angoulême avait reçu quelque éducation militaire et il ne manquait ni de courage ni même d’énergie. Comme il le disait lui-même, il voulait créer une « Vendée méridionale ». Mais, dès le début, sa tentative fut compromise, elle manqua à la fois d’un bon général, de troupes nombreuses et solides, et de l’appui étranger. Le duc pensait réserver à Masséna le commandement en chef: invoquant sa mauvaise santé le maréchal se déroba et se contenta de collaborer aux préparatifs de l’expédition. Le recrutement de l’armée royale donna lieu à des mécomptes. Au Vigan, le maire alléguait sa place pour ne pas s’éloigner, d’autres habitants de la ville, bien qu’ils se fussent d’abord inscrits pour servir, et en dépit des sermons du clergé, faisaient valoir, à la réflexion, « leur âge trop avancé, leurs infirmités et leurs fonctions ». A Nîmes, où une proclamation du duc condamnait les discordes religieuses des habitants, la population protestante, presque entièrement contraire aux Bourbons, fut encore détournée de les soutenir par les injures et les menaces des volontaires catholiques, et elle ne procura que peu de soldats . A la fin de mars, les départements du Gard, des Bouches-du Rhône, de l’Hérault et du Vaucluse n’avaient mis sur pied qu’environ 10.000 miquelets. Ces bandes, qui portaient une fleur de lys rouge « du côté du cœur», étaient composées surtout de gens pauvres, de la lie du peuple », même d’individus extraits des prisons, et une bonne partie vivait «dans l’anarchie la plus complète»  . Tardivement, le duc réclama l’assistance des troupes espagnoles et sardes, tout en méditant de livrer Toulon aux Anglais . Les Alliés ne songeaient guère à l’aider, et le 6 avril Talleyrand lui écrivait de «tenir jusqu’au moment où les opérations générales commenceront ». Lors de son premier séjour à Nîmes, les 13 et 14 mars, le duc d’Angoulême avait repoussé les conseils du général Ambert, qui l’invitait à envoyer en toute hâte des gardes nationales « sur la grande route de Lyon à Paris ». A la fin de mars il entrevit qu’un mouvement vers Lyon serait tardif et peu efficace, et il penchait à replier ses troupes sur Toulouse, Perpignan et les forts du Roussillon, l’Espagne offrant « une dernière ressource ». Son entourage l’amena à reprendre le plan du général Ambert. L’armée du Midi fut divisée en plusieurs corps, sous le commandement en chef du duc d’Angoulême, avec le général d’Aultanne pour chef d’état-major et, pour aides de camp, le duc de Guiche, le vicomte des Cars, le baron de Damas et le vicomte Melchior de Polignac. Le premier corps, dirigé par le général Ernouf, comptait deux régiments de ligne, les 58e et 83e, 3.000 gardes nationaux de Marseille et six bouches à feu : il marcherait de Sisteron sur Gap et Grenoble. Le deuxième corps, sous les ordres du duc d’Angoulême en personne, était formé par le 101ème de ligne, le Royal-Etranger, recruté avec des déserteurs allemands, le 14ème chasseurs à cheval, un détachement de garde nationale à cheval, 2.000 volontaires du Gard, de l’Hérault et du Vaucluse, et une batterie de douze pièces ; il déboucherait de Pont-Saint-Esprit sur Montélimar et Valence. Parvenus sur l’Isère, le premier et le deuxième corps franchiraient la rivière et s’avanceraient sur Lyon. Des gardes nationaux de l’Ardèche et de la Haute-Loire constitueraient une colonne chargée de remonter vers Lyon la rive droite du Rhône. D’autres troupes devaient surveiller l’Auvergne, seconder le mouvement sur Lyon, et « entretenir la communication avec le duc de Bourbon». Le 26 mars le deuxième corps commença son mouvement. Le 29 mars il occupa Montélimar, et le lendemain, après une fusillade de quelques heures, il refoula devant la ville les troupes du général Debelle, commandant le département de la Drôme. Chargé par Debelle de défendre à Loriol le passage de la Drôme, le colonel Noël y posta un bataillon du 39ème de ligne, un bataillon d’élite recruté avec « d’anciens militaires en retraite, en réforme et en demi-solde » , des gardes nationaux, environ vingt-cinq gardes d’honneur à cheval, vingt gendarmes et quelques canonniers avec deux pièces. Venues de Montélimar sous le commandement direct du duc d’Angoulême, les forces royalistes comprenaient le 10ème  de ligne, fort de 900 hommes environ, 200 soldats du Royal étranger, une batterie de six pièces servie par des canonniers du 3e régiment d’artillerie à pied et des volontaires ou gardes nationaux du Midi. A leur vue les soldats de Noël se replièrent sur le pont de la Drôme et sur la rive droite de la rivière. D’une berge à l’autre, par un vent très poussiéreux, la fusillade s’engagea. Profitant du terrain « montueux et coupé », les royalistes avançaient sans cesse, ils s’emparaient d’ « une grosse ferme près du pont», ils débordaient le flanc droit des bonapartistes. A ce moment la fusillade s’interrompit, deux compagnies du 10 ème    abordent le pont, le franchissent au pas de course, et, à cent pas, s’arrêtent devant le bataillon du 89 ème. Plusieurs soldats du 10ème  mettent la crosse en l’air, d’autres arborent « un pavillon tricolore », crient « Vive l’Empereur ! « Soldats du 39ème  et gardes nationaux s’avancent à leur rencontre. Noël voit ce spectacle, arrive à cheval sur le pont, au milieu de soldats qui fraternisent et d’officiers qui s’embrassent. Soudain, aux cris de « Vive le Roi ! » et en agitant un drapeau blanc, les soldats du 10ème, « à bout portant », font une décharge meurtrière, l’un d’eux menace le colonel en hurlant : « A bas la cocarde tricolore ! » Grâce à ce stratagème, vraisemblablement imaginé par le général Monnier, qui commandait l’avant-garde, les royalistes furent facilement victorieux et firent de nombreux prisonniers, parmi lesquels Noël lui-même. Des prisonniers furent massacrés ou mutilés par des volontaires royaux . Le 3 avril 1815 ,à sept heures du matin, le duc d’Angoulême entrait à Valence avec le 10ème de ligne. Il ordonna d’afficher dans la ville une courte proclamation où il réclamait des royalistes tout leur dévouement « pour ramener leurs frères égarés ». Les premiers succès du duc d’Angoulême ne pouvaient exercer une influence durable sur la campagne que si les garnisons du Midi restaient neutres. Or, à peine les troupes royales avaient-elles pénétré dans la Drôme qu’elles étaient menacées d’être prises à revers. Le 2 avril le général Ambert, commandant à Montpellier la 9edivision militaire, avait fait reconnaître l’Empire dans son gouvernement par un ordre du jour très ferme. Le 3 avril, à Nîmes, les officiers en demi-solde arborent la cocarde tricolore aux cris de Vive l’Empereur! et se rendent aux casernes. Le 63e de ligne se soulève. Un courrier envoyé par Ambert au général Briche survient trop tard. Déjà les généraux Briche et Pélissier, qui commandent l’un la subdivision, l’autre le département, ont été saisis par la troupe, celui-là à son domicile, celui-ci au moment où il s’interpose « pour arrêter le désordre ». Détenus d’abord aux casernes, ils sont dirigés le soir sur Montpellier avec une escorte de gendarmes. Puis le colonel du 63ème, Teulet, et le colonel de gendarmerie Rivaud organisent •un conseil de défense pour la ville de Nîmes», composé d’officiers en activité et en demi-solde. Le 5 avril, le général Gilly, qui a reçu les ordres de Davout, survient de Remoulins à Nîmes. Il se concerte avec Ambert pour rassembler des forces destinées à marcher contre l’armée du duc d’Angoulême. Cavaliers du 10ème chasseurs, fantassins du 13ème  de ligne, canonniers avec quatre bouches à feu, tous partis de Montpellier, gardes nationaux venus de la Gardonnenque, font leur jonction à Nîmes avec le 63ème. Gilly intitule ses troupes « premier corps de l’armée impériale du Midi ». Le 7 avril au matin il commence son mouvement, et arrive le soir à Uzès. Il est précédé par le 10ème  chasseurs, que commande le colonel Saint-Laurent. Le 8 avril, à six heures du matin, Saint- Laurent aborde Pont-Saint-Esprit, charge et refoule le millier d’hommes qui s’y trouvaient, traverse le pont et débouche sur la rive gauche du Rhône. Disputer Lyon aux bonapartistes devenait d’autant plus difficile que l’Empereur et ses lieutenants multipliaient les mesures de défense. Nommé au commandement supérieur des 7ème et 19ème  divisions militaires, le général de Grouchy arriva à Lyon dans la nuit du 2 au 3 avril. Les généraux Piré, Radet, Le Sénécal et Letellier lui avaient été subordonnés. Le 3 avril, Pire reçut la lâche de rallier les troupes de Debelle et de disputer «le plus longtemps possible » aux royalistes le passage de l’Isère. La nuit suivante Grouchy l’avisait, s’il ne pouvait défendre l’Isère, de « faire tout au monde » pour ralentir la marche de l’ennemi. « Il me  semble, lui écrivait-il, qu’à Saint-Vallier vous pouvez tenir derrière la Galaure pendant quelque temps ». La seule troupe disponible à Lyon était le 6ème  léger, venu de Lons-le-Saulnier et fort de 840 soldats : le 3 avril Grouchy le munit de quarante cartouches par homme, le harangua, constata son bon esprit et l’envoya par le Rhône à Pire, qui reçut encore trois caissons de cartouches et trois pièces. Le même jour Grouchy ordonnait au général La Salcette de se servir des gardes nationaux pour garnir la rive droite de l’Isère et occuper Romans et Saint-Marcellin, et le lendemain il chargeait le général de mettre Vienne en état de défense, d’y concentrer les gardes nationaux des environs et d’y préparer des vivres . 5.000 gardes nationaux de l’Isère, armés de fusils de chasse, de fourches, de faux, se réunirent à Saint- Marcellin . Secondé par le général Mouton-Duvernet, qui avait été nommé au commandement de la place, Grouchy mettait Lyon en état de siège, appelait les habitants aux armes, prenait des dispositions de combat, en trois heures se présentaient 2.000 volontaires lyonnais, sortis notamment du faubourg de La Guillotière. D’autres volontaires arrivaient des environs, remplissant les places et les quais, quelques-uns « en sabots et en sarraus de toile ». Ce mouvement, essentiellement populaire, étonnait et décourageait les royalistes. Grouchy était regardé par les patriotes lyonnais comme « le sauveur de la ville. » . Au-delà de Lyon, d’autres adversaires s’apprêtaient à combattre le duc d’Angoulème. Sa tentative suscitait parmi les populations de Bourgogne et de Franche-Comté un véritable soulèvement antiroyaliste, qui mit en pleine action des ressentiments et des inimitiés longtemps comprimés sous la première Restauration. Aux passions royalistes des « rebelles », tenants de l’aristocratie féodale, s’opposèrent, au nom de l’Empereur, les intérêts des Bourguignons et des Francs-Comtois, héritiers de la Révolution : dans la révolte méridionale ils virent le signal d’une réaction violente qui, en cas de succès, distribuerait leurs biens et extorquerait leur argent au profit de la caste nobiliaire et sacerdotale. Spontanément se constituèrent de nombreux groupes de volontaires, surtout parmi les jeunes gens des campagnes. Thibaudeau, commissaire extraordinaire dans la 18ème  division militaire, et Dumolard, commissaire extraordinaire dans la 6ème division militaire, après s’être vus à Dijon le 7 avril, répandirent des arrêtés qui stimulèrent ces dispositions. Les gens du Midi, disait Thibaudeau à Dijon, « prétendent à travers des Ilots de sang vous dépouiller de vos biens nationaux, rétablir les dîmes et les droits féodaux, vous remettre sous le joug des émigrés et des Bourbons ». A Besançon Dumolard tenait un langage analogue : «Acquéreurs de biens nationaux, propriétaires de toutes classes, délivrés depuis longtemps du joug des dîmes et de la féodalité, et vous tous dont les services militaires et civils seraient encore convertis en crimes, ne dormez pas sur les spoliations et les vengeances dont on ose vous menacer ». Anciens militaires, hommes de bonne volonté, gardes nationales, furent requis de marcher contre les insurgés, les maires invités à rassembler fusils, sabres, gibernes, tambours . Le 7 avril, à Dijon, 200 hommes s’enrôlèrent, pour la plupart armés de fusils chasse.  Le 10avril environ 800 paysans, venus des cantons voisins de Dijon, pénétrèrent dans celte ville aux cris de « Vive l’Empereur ! ». Dans les arrondissements de Gex, de Nantua et de Belley, l’élan fut « extraordinaire » , deux milliers d’hommes en partirent pour Lyon  . Sur les routes qui menaient à celte ville on entendait les paysans s’écrier : « Ils ne tiennent pas encore la dîme et les droits féodaux ! Vive l’Empereur! «  . Le duc d’Angoulême eût-il débouché de Valence, eut-il même emporté Lyon, que les populations rurales de l’Est se fussent énergiquement mesurées avec les « Marseillais ». Informé les 5 et 6 avril des événements de Montpellier et de Nîmes, sachant de plus que des troupes bonapartistes se préparaient à s’emparer de Pont-Saint-Esprit le duc d’Angoulême était au même moment assailli sur son front par les soldats du général Piré. Après un vif combat sur les bords de l’Isère, Pire, trompant les royalistes, avait franchi la rivière à Romans dans la nuit du 5 au 6 avril et il s’avançait sur Valence. Non seulement le duc était obligé à un mouvement rétrograde, mais toute ligne de retraite risquait de lui être coupée par le général Gilly. De plus les troupes du général Ernouf avaient subi de graves revers. Mal ravitaillés, abandonnés par les 58ème et 83ème  de ligne, qui se débandaient et passaient aux bonapartistes, les volontaires royaux avaient tenté, sous les ordres du général Loverdo, une attaque sur le défilé de La Saulce, près de Gap. Le 7 avril ils avaient été culbutés dans la Durance ou dispersés par les soldats et les gardes nationaux du général Proteau, laissant aux mains de leurs vainqueurs un drapeau blanc avec ces mots brodés en or : Les Bourbons ou  la mort ! Le lendemain des gardes nationaux les chassaient vers Sisteron . Les corps du duc, en même temps, se désagrégeaient. Le 14ème chasseurs  fit défection, les soldats du 10ème de ligne, qui avaient été travaillés à Valence par un affidé de Fouché, décidèrent en majorité, le 8 avril, de ne plus combattre, et leurs camarades de l’artillerie les imitèrent. L’insurrection royaliste était irrémédiablement vaincue. Le duc donna mission à d’Aultanne de traiter avec Gilly d’une convention qui lui permît de se retirer sur la Durance et sur Marseille avec le 1ème  de ligne. Saint-Laurent, à Pont- Saint-Esprit, accepta les conditions de d’Aultanne dans la matinée du 8 avril, mais peu après Gilly arriva d’Uzès. Gilly entama de nouveaux pourparlers avec le duc, qui se trouvait alors à Pierrelatte. Le baron de Damas, sous-chef d’état-major du duc d’Angoulême, et adjudanl-commandant

Charles-Stanislas Lefebvre, chef d’état-major de Gilly négocièrent dans l’après-midi du 8 avril une capitulation en huit articles qui fut approuvée par Gilly à huit heures du soir. Elle stipulait le licenciement de l’armée royale d Midi. Les gardes nationales de toute dénomination étalent désarmées et renvoyées dans leurs foyers, les troupes de ligne rentreraient dans leurs garnisons, les officiers généraux et supérieurs étaient autorisés à se retirer chez eux en attendant les ordres de l’Empereur. Quant au duc d’Angoulême, il irait « en poste » à Sète, où des bâtiments seraient préparés pour lui et sa suite. A chaque relais des détachements impériaux veilleraient sur sa sécurité. Peu  d’heures après la convention, Grouchy, qui avait rejoint ses troupes, expédiait à Gilly, par le Rhône, l’ordre de se porter à Mornas, entre Pont-Saint-Esprit et Avignon, avec le 63ème  de ligne et le 10ème  chasseurs, « afin de couper la route aux insurgés », et de les poursuivre sans tarder, s’ils avaient dépassé Mornas. Lui-même prenait ses dispositions pour les attaquer de front à La Palud- . Le général Corbineau, aide de camp de l’Empereur, l’avait rejoint, avec mission de le «seconder de toutes ses forces » .Tous deux arrivèrent à Pont-Saint-Esprit le 9 avril : malgré « les vives remontrances » de Gilly, et bien que Grouchy eût d’abord répugné à l’arrestation du duc, réclamée par Corbineau, il fut décidé que le duc serait gardé à Pont-Saint-Esprit en attendant les ordres impériaux. Qu’allaient faire Napoléon et ses conseillers ? Davout eût souhaité dans le Midi une répression vigoureuse, des arrestations, des jugements sommaires, il avait même prescrit à Grouchy de «faire impitoyablement fusiller tous les partisans sans du duc d’Angoulême que l’on pourrait saisir ». Aussi n’était-il nullement enclin h épargner le chef de la sédition, et, invoquant l’ordre royal de « courir sus » à Napoléon, il exposa en un rapport « les motifs de ne passe dessaisir d’un otage aussi précieux que l’était le duc d’Angoulême ». Bannir toute modération, faire un exemple solennel, appliquer sans retard vis-à-vis du duc d’Angoulême et de ses lieutenants une politique de sévérité, tel fut le parti vers lequel pencha d’abord Napoléon. Qu’il eût gardé captif le duc d’Angoulême pour l’échanger un jour contre Marie- Louise, qu’il eût même ordonné l’exécution d’un prince qui avait appelé sur le territoire français les armées étrangères, l’opinion d’un très grand nombre de Français n’eût point été douteuse : les anciens jacobins qui avaient autrefois souscrit au « gouvernement robuste de la première République, les patriotes de toute dénomination, bonapartistes, révolutionnaires, républicains, qui voulaient avant tout la ruine définitive des Bourbons et l’écrasement du royalisme,, tous ceux-là eussent approuvé l’Empereur. Mais Napoléon céda alors à un entraînement de clémence qu’il s’imaginait utile à ses relations avec les Etats étrangers, et en traitant le duc d’Angoulême avec égards, en le rendant à la liberté, il pensait en imposer à l’opinion européenne, à celle des souverains eux- mêmes: «…Il m’importe, avait-il dit à Grouchy, d’apprendre à ces brigands couronnés, que je vis si longtemps à mes genoux, et qui me mettent aujourd’hui hors de la loi des nations, que les droits que donne le malheur sont sacrés pour moi, et que je ne me venge d’ennemis tels qu’eux qu’en les vouant, par ma générosité, à l’exécration publique ». En outre, autour de lui, Maret, le général Belliard, d’autres encore, s’employaient pour le duc d’Angoulême, prêchaient l’indulgence, s’abandonnaient à une émotion plaintive et à « la plus chevaleresque courtoisie », comme si le royalisme pouvait être découragé par des oublis, des pardons et des renoncements. Ainsi que Grouchy lui-même, et rapprochant les circonstances de 1804 et celles de 1815, Maret se remémorait le supplice du duc d’Enghien, et «ce souvenir portait l’épouvante dans sa pensée », il connaissait encore l’ardeur des troupes et des gardes nationales employées contre le duc d’Angoulême, et redoutait que celui-ci en fût victime s’il traversait la France pour être emprisonné-. Napoléon ayant parlé à Belliard de l’arrivée du duc d’Angoulême à Paris, le général répliquait : « La route que M. le duc doit parcourir est fort longue, les têtes sont montées; il faut traverser de grandes villes, des pays exaltés; le prince peut courir des risques, quelques ordres que vous donniez pour sa sûreté. Qu’en ferez-vous à Paris, et s’il arrivait malheur, ne craindriez-vous pas qu’il en fût pour M. le duc d’Angoulême comme pour le duc d’Enghien ? » . Fouché, lui, s’était trop engagé avec le comte d’Artois pour qu’il ne conseillât point de relaxer son fils. L’Empereur hésitait, et ne se laissa convaincre par Maret qu’après de longues discussions. Il consentit enfin à respecter la capitulation, et se contenta d’exiger que, par un article additionnel, les diamants de la Couronne seraient restitués  . Le général de gendarmerie Radet arriva le 10 avril à Pont-Saint-Esprit. Il y trouva Grouchy et Corbineau. En l’apercevant Corbineau s’écria : «  Arrive donc !  Voilà le prince et toute sa suite en chartre privée; je te les remets, et t’en rends responsable ». La détention du duc surexcitait les passions adverses : des bonapartistes, vers « Bagnols et les Cévennes», projetaient d’empêcher l’embarquement du duc et même de l’amener à Paris, tandis que les royalistes de Pont-Saint-Esprit parlaient dé le déguiser en femme pour mieux l’enlever. Aussi Radet accumula-l-il les précautions . Il faisait aussi imprimer à Orange un « Ordre général à la gendarmerie du Midi de la France », où il mentionnait la ruine des «projets insensés» du duc et de la duchesse d’Angoulême, et opposait au gouvernement de l’Empereur les méfaits de la première Restauration, entre autres les menaces dirigées contre les acquéreurs de biens nationaux et le zèle fanatique du clergé, jaloux de rétablir « le plus affreux despotisme », la féodalité et la dîme. Retardée par le brouillard, la décision télégraphique de l’Empereur ,ne parvint à Pont-Saint-Esprit que le 14 avril. Corbineau et Damas ajoutèrent à la convention du 8 avril deux articles où le duc promettait de réclamer la restitution des diamants de la Couronne. Le 15 avril, à quatre heures de l’après-midi, le duc et ses compagnons quittèrent le bourg et partirent pour Celte avec une escorte de gendarmerie, Radet occupant dans une voiture « la tète du convoi ». Arrivé à Sète le 16 avril 1815 à huit heures du matin, le duc attendit jusqu’au soir avant de s’embarquer . Muni par les soins de Radet d’essences, de citrons, d’oranges, afin de combattre le mal de mer, il fut accompagné au port par le général, qui lui souhaita « un heureux voyage », et prit place avec sa suite, en tout dix-sept personnes, sur le navire suédois La Scandinavie. Le 18 avril il abordait à Barcelone, d’où il écrivait à sa femme : « Le bon Dieu a permis que je m’en tirasse : j’espère que c’est pour le servir de nouveau, ainsi que le Roi. J’ai fait tout ce que j’ai pu ». Pendant ce temps, à Arpaillargues , à cinq kilomètres d’Uzès, se déroulait un drame affreux. Les miquelets licenciés à La Palud rentraient chez eux. A l’approche d’une cinquantaine d’entre eux, plusieurs habitants du village répandirent les bruits les plus sinistres: à Serviers , non loin d’Uzès, ils avaient pillé les maisons, outragé les femmes, à Valence ils avaient même assassiné «quarante familles de protestants et quarante ministres ». Très animés par ces avis, auxquels la terreur inspirée par les volontaires royaux prêtait quelque véracité, les habitants des deux sexes s’emparent des armes les plus hétéroclites, bâtons munis d’un couteau, fourches, faux, bêches, broches, fusils, sabres, ils ferment l’entrée du village par des charrettes, et bien que les volontaires royaux s’avancent la crosse en l’air et consentent à livrer leurs fusils, ils tirent sur eux et en abattent quatre. On les dépouille de leurs vêtements, et deux d’entre eux, assaillis par des femmes, reçoivent d’elles des coups de fourche dans le ventre. L’une de ces femmes, qu’on surnommait la Coulourgole, s’acharne tant sur un corps qu’elle est obligée de « lui mettre le pied sur le ventre » pour en arracher la fourche. L’un des volontaires royaux expire, l’autre est achevé la nuit, la tête écrasée avec une Pierre. Stimulé, ce semble, par des émissaires de l’Empereur, prévenu par un officier de Grouchy que le duc d’Angoulême avait capitulé, Masséna se décida, le 10 avril, à prendre franchement parti pour Napoléons. A Toulon, où il s’était retiré, il lit d’abord arborer le drapeau tricolore et mettre en liberté Pons (de l’Hérault), puis il reçut la soumission de Marseille, qui lui fut portée par trois membres du Conseil municipal, il destitua le préfet des Bouches-du-Rhône et le maire de Marseille, il adressa enfin aux Marseillais une proclamation, datée du 14 avril, où il leur disait : « Soyez désormais calmes, livrez-vous à vos occupations journalières, suivez l’exemple que vous donne toute la France, partagez son bonheur : le grand Napoléon tient les rênes du gouvernement! Vous serez heureux si vous êtes confiants et dociles ». Mais les Marseillais n’étaient point aussi mobiles que le prince d’Essling. Ils gardèrent leurs sentiments royalistes et accueillirent fort mal les troupes de Grouchy. Le 6ème  de ligne étant arrivé d’Avignon à Marseille dans la soirée du 19 avril, des officiers de ce régiment, qui fêtaient bruyamment l’Empereur dans un café, furent hués et sifflés par des royalistes, ils sortirent du café, sabre en main, en criant « Vive l’Empereur ! », une violente bagarre éclata et ne prit fin que lorsque Grouchy eut fait battre la générale et sonner le boute-selle.

Masséna fut remplacé dans la 8ème division militaire par le maréchal Brune, mais, loin de le disgracier, Napoléon, en juin, le nomma membre de la Chambre des Pairs et lui offrit le commandement des 3ème  et 4ème divisions militaires. Grouchy, déjà illustré à Friedland, à Wagram et à Vauçhamps, fut fait maréchal.  Sur l’ordre de l’Empereur des salves d’artillerie célébrèrent à Paris et dans les places des frontières et des côtes la victoire bonapartiste en Provence ».

(Emile LE GALLO, « Les Cent-Jours. Essai sur l’histoire intérieure de la France  depuis le retour de l’île d’Elbe jusqu’à la nouvelle de Waterloo », Librairie Félix Alcan, 1923, pp.164-178).

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( 15 novembre, 2013 )

Au hasard de mes lectures…(3)

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Un ouvrage d’une qualité inégale.

Je viens de terminer l’ouvrage collectif, paru récemment et intitulé « Les Suisses de Napoléon à la Bérézina ». Je suis un peu déçu. Le livre commence par un article de Bénédict de Tscharner, président de la Fondation pour l’Histoire des Suisses dans le Monde : « Les Suisses de Napoléon et le Musée de Penthes [Musée des Suisses dans le Monde] ». Rien à dire, l’exposé est honnête avec cette neutralité (normal pour la Suisse…) qui permet une bonne compréhension. Mais quelle ne fut pas ma surprise en lisant le texte suivant, rédigé par François Walter, professeur d’histoire moderne… Là on tombe dans le dogmatisme anti-napoléonien « de base ». Napoléon est un « despote » (p.17), on y parle de « la démesure du despote » (p.20). L’auteur laisse entendre que les causes de la campagne de Russie sont dues à des aspirations nationales, à l’exemple de l’Espagne révoltés et des pays germaniques. C’est exact pour ces deux pays mais ce n’est pas le cas pour la Russie, au début de la campagne de 1812. Ce n’est pas un nationalisme exacerbé qui entre en ligne aux débuts des hostilités mais la violation par les Russes du blocus, cause initiale de l’entrée de l’armée française en Russie. Plus loin (p.21) il écrit : « D’un demi-million d’hommes en 1808, les effectifs vont rapidement doubler pour les campagnes de 1812 et de 1813 ».  Encore une inexactitude. 500 000 hommes en Espagne ? Cela voudrait supposer que la Grande Armée comprenait dans ses rangs 1 million d’hommes tant en Russie que dans les plaines de Saxe ? Invraisemblable quand on sait que 611.000 hommes entrent en Russie en juin 1812, sur un effectif maximal de 700.000 hommes (selon Alain Pigeard -dans son « Dictionnaire des batailles de Napoléon »- qui s’y connaît plutôt en terme de campagnes). L’historien Vilatte des Prugnes (« Revue des Études Historiques », 1913) estime à 104.000 le nombre des effectifs au sortir de la campagne de 1812. On est loin du million ! Le lecteur comprendra aisément qu’il est impossible à Napoléon de réunir le même chiffre pour la campagne d’Allemagne (162 000 hommes dans les rangs français pour démarrer cette campagne). Passons  à l’article suivant. Il est consacré à la bataille de la Bérézina, rédigé par Fred Heer, président de la Fondation Maison Thomas Legler. Intéressant, il permet au lecteur d’avoir une bonne vision de ces journées au cours desquelles fut découvert le fameux gué de Studianka, par le général Corbineau, la construction des ponts, et le franchissement du cours d’eau, sous le feu des Russes. Les chiffres avancés par l’auteur sur les pertes françaises, entre 25 000 et 40 000 hommes, forment un contraste avec ceux fournis par A. Pigeard. Ce dernier, concernant la bataille proprement dit,  annonce 2 000 tués et de 7 000 à 10 000 prisonniers dans les rangs français, auxquels il faut ajouter les 4 000 hommes (tués, blessés et prisonniers) de la division Partouneaux.

Le philosophe Hans Jakob Streiff, nous offre un exposé sur le méconnu « Chant de la Bérézina ». Il nous apprend que c’est à l’aube du 28 novembre 1812 que le lieutenant Thomas Legler (1784-1835) du 1er régiment suisse fut invité par le commandant Blattmann à chanter le « Chant de nuit » de Giseke. Il sera appelé bien plus tard « Chant de la Bérézina ». A la fois mélancolique et patriotique, cette mélodie fait désormais partie du patrimoine suisse. Il est dommage que l’auteur de cet article intéressant a cru bon de préciser en conclusion : « A l’époque, la Suisse n’était ni indépendante, ni neutre ; cela nous rappelle que plus jamais, les Suisses ne devront devenir les victimes d’un individu obsédé de pouvoir ! ». Sans commentaire.

Avec l’article « La Bérézina et son impact sur l’histoire suisse » par Alain-Jacques Czouz-Tornare, on respire enfin (l’air des montagnes). Le sérieux de cet auteur n’est plus à démontrer.

Les deux derniers exposés, de Beat Aebi et Anselm Zurfluh, portant sur les beaux dioramas que le visiteur peut désormais admirer dans le musée de Penthes et cet endroit proprement dit, viennent achever ce livre.

D’une qualité inégale, « Les Suisses de Napoléon à la Bérézina » viendra compléter, fort à propos, celui de Th. Choffat et d’Alain-Jacques Czouz-Tornare, « La Bérézina. Suisses et Français dans la tourmente de 1812 », Cabédita, 2012).

Les amateurs d’histoire napoléonienne, n’oublieront pas que nos voisins helvètes, de la Révolution Française jusqu’à la fin de l’Empire, des Gardes suisses aux Tuileries, en 1792, aux berges de la Bérézina, ont servi la France avec courage, avec dévouement.

« Les Suisses de Napoléon à la Bérézina », par B.de Tscharner, F. Walter, F. Heer, H.J., Streiff, A.-J. Czouz-Tornare, B. Aebi, A. Zurfluh. Cabédita, 2013, 80 pages. Paru en France le 29 octobre 2013.

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( 8 mars, 2012 )

Une VOITURE du SERVICE de CAMPAGNE de l’EMPEREUR, prise à WATERLOO, entre au MUSEE de MALMAISON…

Depuis hier, se tient à Paris, une exposition sur la voiture de l’Empereur prise le soir de Waterloo; voir « L’Estafette » à la date du 7 mars 2012 . J’ai pensé qu’il serait utile de reproduire ici cet article paru dans le Bulletin de la Société Belge d’Etudes Napoléoniennes (SBEN) en avril 1974 (dans son n°86). Il vous éclairera sur la provenance et le devenir de cette fameuse voiture. Les photos (celles en noir et blanc) qui viennent compléter cet article sont celles diffusées à l’époque dans ce bulletin.

C.B.

Une précision: la berline qui a donc fait l’objet d’un dépôt en 1973 a été donnée par les descendants de Blücher à l’Etat français en 1975; ce que j’ignorai.

Grâce à l’heureuse initiative de M. Gérard Souhami, membre du conseil d’administration de la Société des amis de Malmaison, et à  l’exceptionnelle générosité du comte Blücher von Wahlstatt, descendant du feld-maréchal Blücher, qui en a consenti le dépôt, le « landau en berline » du Service de Campagne de l’Empereur durant la malheureuse campagne de Belgique vient d’entrer au Pavillon des voitures du Château de Malmaison. Il y voisinera désormais avec l’OUne VOITURE du SERVICE de CAMPAGNE de l’EMPEREUR, prise à WATERLOO, entre au MUSEE de MALMAISON… dans A LA UNE ! Landau-300x200pale, berline de cérémonie, qui emmena l’Impératrice répudiée à Malmaison le 16 décembre 1809 et avec la voiture moins élégante offert au Musée par le Prince Murat, toutes deux signées de Devaux, carrossier habituel de Napoléon, comme Cauyette et Getting.S.A.I. le Prince Napoléon et plusieurs des hautes personnalités, qui ont daigné accorder leur patronage àla Société des Amis du Musée, ont honoré de leur présence la cérémonie intime de mis en dépôt du « landau », le 31 octobre 1973. Le Directeur des Musées de France souligna la portée de cet acte, le comte Blücher, dans sa réponse, exprima de façon éLandau-092011-300x202 Blücher dans INFOmouvante la satisfaction que lui procurait le retour en France de ce souvenir d’un passé glorieux. Photos au-dessus et à droite: la berline photographiée au moment de son entrée en 1973 dans le Pavillon des Voitures du château de Malmaison. Puis la même berline mais capotée cette fois. Etat actuel. ( sept.2011).

Cette voiture, exposée pour la dernière fois à la fin de 1933 dans une cour de l’Arsenal de Berlin avec une partie du butin fait après Waterloo, n’avait pas attiré l’attention des historiens, autant que celle offerte au Prince-Régent par le major von Keller, puis cédée à Bullock qui l’exposa dès 1818 à l’Egyptian Hall de Londres. Cette dernière voiture brûla le 18 mars 1925 au Musée Tussaud, où elle se trouvait depuis longtemps. Il n’en reste que des fragments dépourvus d’un réel intérêt. En revanche, le « landau » conservé dans la famille des princes Blücher est pratiquement intact, sauf la garniture moderne de drap bleu. Il porte encore, avec la marque du carrossier répétée six fois, les deux numéros qui lui furent attribués en 1812 puis en 1815 par le service du Grand-Ecuyer. On doit regretter que nul historien n’ait songé  à relever les numéros de la voiture londonienne, qui les portait nécessairement aux mêmes emplacements. Grâce aux indications que porte le « landau » les documents des Archives de France permettent en effet de préciser que le mémoire pour un « landeau (sic) en berline », mis en service le 12 juin 1812 sous le numéro 429, montant à11.560 F., somme fort élevée si on la compare avec le prix des autres voitures fournie par le même fabricant, est transmis par Caulaincourt à l’Intendant général le 21 août 1812. Or, le landau porte la marque de Getting, lequel dirigea longtemps les ateliers de Cauyette, rue des Martyrs, avant de créer en 1815 sa propre firme. Les noms de Cauyette et de Getting sont associés ou cités indifféremment dans les pièces d’archives avant 1815. Le numéro 429 apparaît toujours sur les moyeux de roues. A l’inventaire de 1815 le numéro 301 fut donné à ce landau ; il est spécifié qu’il a été « pris à l’armée ». Il convient de rappeler l’organisation minutieuse des déplacements de l’Empereur qui relevaient du Grand-Ecuyer. Elle ne variait guère. Il y avait toujours trois « services » de plusieurs voitures. L’un précédait Napoléon de quelques heures. Lui-même prenait place dans une voiture du deuxième [service]. Le troisième [service] partait ensuite. Le baron Fain, confirmé par tous les documents officiels, a pris soin de détailler la manière dont l’Empereur effectuait ses « voyages de guerre », empruntant d’abord un « coupé » à l’usage de « dormeuse » pour les « traites de longue haleine ». Quand l’Empereur quittait cette voiture pour marcher avec ses troupes, on la laissait à l’arrière-garde avec les fourgons dela Maison : c’était ce qu’on appelait « les gros équipages »… « La calèche, attelée par des relais dela Maison, servait à l’Empereur pour se transporter d’un corps d’armée à un autre ».

L’« Ordre de marche » dicté par Napoléon le 10 juin 1815 et mis au net par le Grand-Ecuyer, qui ne devait pas accompagner cette fois l’Empereur, est d’une précision absolue. Le premier Service, scindé en deux groupes de voitures, l’un partant le 10 à 11 heures du soir, l’autre partant le 11 à 4 heures du matin, comprend d’abord le « landau 301 » dans lequel prendront place le général comte de Fouler de Relingue, Ecuyer-Commandant (troisième personnage dela Grande-Ecurie, après le duc de Vicence, Grand-Ecuyer, tous deux indisponibles), et M. Gy, Quartier-Maître des Ecuries, responsable de toutes la marche des équipages, plus un ouvrier et un domestique. Les autres voitures sont celles de la chambre et six « chariots » ou « pourvoyeuses ». L’heure du départ du « Service de l’Empereur » n’est évidemment pas précisée : il comprend la «berline 51» pour les quatre aides-de-camp : Drouot, Flahaut, Corbineau et Labédoyère ; la « battardelle [sic] 399 », avec Marchand, premier valet de chambre [de l’Empereur], un chirurgien, le garde du Portefeuille et une autre personne, le « dormeuse 389 » qui « restera à l’armée », emportant Napoléon et le Grand-Dormeuse-300x236 GenappeMaréchal ,plus Saint-Denis [le mameluk Ali] et des chasseurs, escorté d’un écuyer, d’un page, de deux officiers d’ordonnance, de courrier et de piqueurs. Vient enfin le troisième service, « partant après l’Empereur », comprenant le « voiture du Cabinet 379 » avec le baron Fain, le général Bernard, un garde du Portefeuille et un garçon de bureau, la « gondolle  [sic] 262 », pour les gens des officiers, et la « chaise 22 » pour un secrétaire du Grand-Maréchal et un maître d’hôtel de l’Empereur. Soit au total quatorze voitures. Il est précisé qu’un « un lit de fer complet » sera placé « sur la dormeuse de Sa Majesté» et un « lit de fer sans bidet ni chaise sur le landeau (sic) ». La « dormeuse » et le « landau », que Napoléon devait emprunter de préférence sur le terrain des opérations, constituaient donc les voitures essentielles de cet équipage de guerre, l’une plus lourde, au rayon de braquage moins large, pour la route, l’autre plus légère, décapotable, pouvant presque tourner sur elle-même, destinée à affronter tous les terrains. Photo en haut: « Voiture des équipages de Napoléon prise par les Prussiens le soir de Waterloo. Exposé à Londres, elle fut détruite dans l’incendie du Musée Tussaud en 1925. »

On sait la suite : les rapports allemands, anglais, français sont formels et ne contredisent pas les souvenirs des témoins privilégiés, Marchand, Saint-Denis. Au soir du 18 juin 1815, à Genappe, le major von Keller, du 15ème fusiliers prussiens s’empara sur la route encombrée de toutes les voitures arrêtée. Il conserva la « dormeuse » vendue en Angleterre par ses soins, dont les anciennes photographies, les dessins détaillés et les descriptions correspondent bien à ce type de voiture spécialement aménagée pour Napoléon. Seul manque le relevé du numéro pour emporter notre conviction absolue. C’est dans cette voiture, plus personnelle encore que le  landau, que furent trouvés les objets les plus intimes, les plus prestigieux, répartis ensuite entre les vainqueurs.

Mais Blücher se réserva le landau armorié, jugé sans doute plus pratique, qu’il envoya à sa femme. La lettre qu’il dicta pour elle le 25 juin 1815, de Gosselies, est trop décousue pour que l’on puisse affirmer que Napoléon a quitté brusquement ce landau pour fuir à cheval. Il est plus probable que l’Empereur a abandonné la « dormeuse » aujourd’hui détruite dans laquelle il devait normalement monter. Si les termes employés pour désigner les différentes voitures de voyage utilisées par Napoléon lui-même, berline, coupé, dormeuse, calèche, landau,… varient  suivant les documents contemporains, leurs numéros, leur prix d’achat suffit à les distinguer des simples « chaises, gondoles, batardelles, pourvoyeuses ou chariots… Si nombreux dans les équipages impériaux qui comptaient encore au 12 juillet 1815, 179 voitures auxquelles il faudrait ajouter les 43 voitures « sorties depuis le 20 mars [1815] », c’est-à-dire « prises à l’armée » ou « prises par les Prussiens à Versailles et à Saint-Cloud ». Le « landau en berline » pouvait d’ailleurs servir de « dormeuse » pour le voyageur placé à droite, grâce à un ingénieux dispositif. De par sa qualité et sa provenance, il mérite à coup sûr qu’un spécialiste lui consacre une étude technique détaillée. 

Gérard HUBERT,

Conservateur des Musées Nationaux, chargé du Musée de Malmaison.

  

 

 

 

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