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( 29 mai, 2020 )

Une LETTRE de DUROC à GOURGAUD…

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L’armée, en se battant depuis trois jours et en repoussant l’ennemi, est arrêtée devant Vitebsk. Tous les corps seront réunis cette nuit, et demain il y aura une bataille, à moins que l’ennemi ne quitte, comme on le fait craindre, la position qu’il a prise devant nous pour couvrir Vitebsk. Hier et aujourd’hui, dans les différents combats qui ont eu lieu et dans lesquels nous  n’avons eu que peu de troupes engagées, les Russes ont toujours été vigoureusement repoussés. On leur a fait des prisonniers et pris plusieurs pièces de canon. L’Empereur jouit de la meilleure santé. Nous avons perdu le général Roussel, de l’armée d’Italie ; il a été tué par une patrouille, par accident [Selon Chuquet, qui tire ses renseignement du beau livre de N. Charavay (« Les généraux morts pour la patrie, tome II, pp.83-84.) Roussel fut tué le 26 juillet 1812, à dix heures du soir, par un éclaireur français qui le prit pour un ennemi, au moment où il visitait les avant-postes »].

Le colonel du génie Liédot [Chef d’état-major du génie à la Grande-armée en 1812] a été blessé mortellement dans une reconnaissance. Ferreri a eu une jambe emportée [Capitaine au 7ème hussards, ancien aide de camp de Berthier, il eut la jambe emportée par le premier coup de canon qui fut tiré dans la journée, et il montra pendant l’amputation un grand courage ; il se contenta de dire, pour toute plainte : « Je ne croyais pas cela si long, je pourrai figurer avec Septeuil (Ce dernier, aide de camp de Berthier, avait été envoyé en Espagne comme Ferreri « pour une histoire de femme » et y avait eu la cuisse emportée). Note d’Arthur Chuquet ]. On attend avec impatience ici la nouvelle que le duc de Tarente [Maréchal Macdonald] a passé la Dvina et qu’il a mis en marche l’équipage de siège. 

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( 12 mai, 2020 )

Une lettre du général Eblé au maréchal Berthier (1812)…

Une lettre du général Eblé au maréchal Berthier (1812)... dans TEMOIGNAGES eble

Dans cette lettre, le vaillant et noble Éblé, le futur héros de la Bérézina (encore huit jours !) rend compte qu’il est à Orcha et il demande à devancer l’armée parce qu’il n’a que peu d’outils et que, pour exécuter les moindres travaux, il aura besoin de beaucoup de temps. 

A.CHUQUET 

Orcha, 17 novembre 1812.

Monseigneur, J’ai l’honneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime que je suis arrivé à Orcha avec les troupes qu’on a admises sous mes ordres et que, si je dois continuer à marcher, il est important que ce soit bientôt, afin d’avoir de l’avance sur l’armée; vu que les compagnies de pontonniers et sapeurs sont extrêmement pauvres en outils et qu’il faut beaucoup de temps pour exécuter les plus faibles travaux.  

ÉBLÉ. 

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet : « Lettres de 1812.1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911. 

 

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( 4 avril, 2020 )

Une visite de Napoléon à la poudrerie d’Essonne…

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Ce témoignage fut publié la première fois en 1910, dans le « Carnet de la Sabretache », par le petit-fils de l’auteur, le docteur de Tastes. Le 31 mars 1805, l’Empereur se rendant à Milan pour s’y faire sacrer roi d’Italie, fait une étape dans la petite ville d’Essonne. Il y est reçu par Pierre Robin (1769-1826), commissaire des poudres et directeur de la Poudrerie.

Le 10 germinal an XII, a été un jour très remarquable pour nous par la visite de l’Empereur à la poudrerie que je dirige. Eugène était celui de nos enfants présents qui pouvait faire plus d’attention à cet événement et se le rappeler. On attendait l’Empereur depuis plusieurs jours sur la route d’Essonne où il devait passer pour aller se faire sacrer à Milan ; chaque jour, je faisais guetter son passage pour faire voir son cortège aux enfants ; ne me doutant guère qu’ils seraient à même de le voir d’aussi près. Le dimanche 10 germinal, jour auquel il devait passer, j’ai mené  dès le matin sur la route de Paris les enfants qui attendaient avec impatience ; nous nous sommes promenés fort longtemps, ensuite nous sommes entrés chez une personne dont les fenêtres donnaient sur la route. Il passait à chaque instant des voitures ; enfin, à quatre heures, lassés d’attendre en vain, nous sommes revenus dîner à la maison où quelques voisins étaient réunis, nous attendant à ne rien voir, et les enfants ayant pris leur parti.  A peine avions-nous à moitié dîné, que j’ai vu accourir à bride abattue un officier à cheval. Il m’a annoncé la visite de l’Empereur qu’il ne précédait que de quelques minutes. Je n’avais à la fabrique ni chefs, ni ouvriers, tous étaient allés sur la route pour voir le cortège et j’étais moi-même trop heureux d’être revenu à la maison et, plus encore, d’avoir différé un voyage à Paris que je devais faire à cette époque. J’ai fait sur-le-champ courir le portier à Essonne pour avertir le chef poudrier qui avait sur lui les clefs des ateliers et dont le logement était fermé, n’y ayant absolument personne chez lui. Je bouillais d’impatience et je m’occupais à faire soulever une fenêtre pour entrer chez lui lorsqu’il est heureusement accouru encore à temps. Quelques minutes après, l’Empereur est arrivé. Sa voiture est entrée dans la cour et s’est rangée du côté de notre habitation. Les gardes n’ont pu empêcher une centaine de personnes d’entrer dans la cour avec la voiture. L’Empereur, descendu de voiture, a demandé d’un ton sec et avec un son de voix de la gorge qui parait lui être naturel : « Où est le directeur ? » Je me suis présenté. Il m ‘a demandé toujours avec le même ton sec : « Pourquoi la fabrique n’est point en activité ? » Je lui ai répondu que je n’avais pas reçu d’ordre de travailler le dimanche et que ce jour était ordinairement consacré au repos des ouvriers. Il a répliqué qu’il fallait travailler les dimanches et fêtes, le jour et la nuit ; qu’il comptait sur cette fabrique pour l’approvisionnement des ports à cause de la facilité du transport par la Seine. Tout en parlant, je le conduisais machinalement vers les moulins, il y allait sans doute aussi sans y penser. Il me fit une foule de questions très serrées sur le nombre des pilons, la quantité de poudre fabriquée par chacun, celle que l’on fabriquait par jour, que l’on avait fabriqué hier. Je n’étais point préparé à toutes ces question ; elles étaient faites avec un ton sec et si impérieux, elles se succédaient si rapidement, il fallait trouver si promptement des réponses qui exigeaient quelque calcul de tête, que, je l’avoue, l’esprit assez présent pour répondre avec la vivacité et le ton positif qui eût été convenable. Il eût fallu ne pas hésiter, dire des quantités rondes et approximatives, mais je n’eux même pas cette idée, je voulais être exact, et j’avais l’air de n’être pas très bien au fait des travaux courants. Cependant, je m’en suis tiré et je suis persuadé que Bonaparte a dû s’apercevoir de mon émotion et lui attribuer l’hésitation que je mettais dans mes réponses. Il me demanda ensuite ce que j’avais en approvisionnements de matières premières, ce que je pouvais fabriquer en employant tous les moyens et ne manquant de rien. Je répondis à toutes ces questions par aperçu. Je me servais dans mes expressions du mot « kilogramme », mais il me faisait revenir au poids de marc et j’étais obligé de doubler toutes mes quantités pour arriver à cette mesure gothique. Cela me surprenait, car Bonaparte était bien assez instruit pour connaître le système des nouvelles mesures et en sentir tous les avantages, mais sans dote il était guidé par l’habitude et par le besoin de concevoir promptement. Je lui ai bien fit que je manquais d’argent, mais je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui dire que, depuis plus d’un an, je laissais mes appointements dans la caisse, ce qui était pourtant bien vrai. Je ne lui ai rien dit, ni à ma décharge, ni à ma louange. Il m’a parlé avec le ton dur et sec que l’on m’a dit généralement qu’il avait avec tous ceux qui dépendaient de lui ; il a écouté mes réponses avec attention et patience, quoiqu’en général, je lui aie parlé avec une grande liberté, ne lui ayant fait aucun compliment, lui ayant même répondu souvent sans lui dire ni « Sire », ni « Votre Majesté ». Je lui ai même dit une fois que je ne l’entendais pas ; il a répété sa question sans humeur et impatience. Je lui ai trouvé la physionomie dure et froide, la démarche peu noble, mais l’air vigoureux et la tête pensante, le son de voix aigre et guttural ; les manières, le ton peu aimables et très impérieux. Il m’a donné comme à tout le monde des preuves de la multitude de connaissances de détails qu’il a dans toutes les parties de l’administration et de la facilité avec laquelle il démêle toutes les idées et s’en sert dans les occasions, mais j’ai trouvé qu’il savait se faire craindre, obéir, admirer, et non pas se faire aimer. C’est un mélange de César, d’Alexandre, de Tamerlan, de Charlemagne, de Frédéric ; mais ce n’est point Henri IV. 

J’ai voulu consigner ici le récit de cet événement, les impressions, les réflexions qu’il a fait naître en moi. Pour ce qui concerne Eugène, voici ce que j’ai à en dire, c’est que, pendant les vingt ou trente minutes qu’a duré la présence de l’Empereur, il n’a pas cessé d’être auprès de moi et d’écouter tout ce que nous disions ; mais je ne sais cela parce qu’il me l’a dit depuis et que tout le monde me l’a affirmé. Je ne l’ai pas vu un seul moment tant j’étais préoccupé du soin de répondre. Au surplus, l’écuyer Caulaincourt était derrière et repoussait tous ceux qui voulaient approcher. M. Chapelain, mon élève, n’a pu parvenir à s’approcher de nous ; apparemment qu’on a fait moins d’attention à l’enfant. Lorsque l’Empereur est monté dans sa voiture, je lui ai demandé ses ordres ; il m’a répondu qu’il me les ferait donner par le ministre. Il est parti et, quelques minutes après, il m’envoya dire par un de ses officiers de me rendre le lendemain, à dix heures du matin, à Fontainebleau pour m’entretenir plus longuement, disait-il. Ce voyage a fait beaucoup jaser dans le canton, a causé beaucoup d’inquiétude à ma femme et, sans me donner aucune crainte, m’a tourmenté passablement. J’ai employé  la soirée à faire des notes pour répondre catégoriquement à toutes les questions possibles ; je suis parti le soir même pour coucher en route, je n’ai pas dormi de la nuit, je suis arrivé à Fontainebleau à huit heures du matin. Je me suis habillé, j’ai déjeuné et, à dix heures, j’étais au château. J’y ai pénétré facilement, mais tout le monde était surpris que j’eusse à parler à l’Empereur. Il était occupé à visiter le château avec ses architectes. Enfin, il a traversé à deux ou trois reprises  la pièce où j’étais et m’a regardé avec son air dur. Il a paru surpris de ce je ne baissais point les yeux et, au contraire, je les fixais sur lui avec assurance. Il m’a renvoyé au Ministre de la Guerre (Berthier) avec lequel j’ai conféré à deux reprises et que j’ai trouvé assez affable, mais u peu ahuri. On disposait d’une chasse qu’il devait commander en qualité de Grand veneur ; toute la cour était en habit de chasse. J’ai attendu longtemps et j’ai vu toute la foule de ces courtisans d’hier qui s’agitaient et avaient toute la mine de ne pas savoir encore bien leur métier. Alex. Berthier m’a transmis les ordres positifs de l’Empereur et je me suis retiré. J’ai été me promener dans la forêt avec un ami qui m’avait reçu chez lui, mais j’étais trop agité pour jouir de la promenade. Je suis revenu le lendemain à la maison où j’étais attendu avec impatience, et les habitants d’Essonne et de Corbeil, qui s’étaient épuisés en conjectures, ont vu que la montagne avait enfanté une souris, et que j’étais revenu comme j’étais parti, ce qui a fait cesser les coups de chapeau  dont j’avais été accablé la veille. 

Pierre ROBIN

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( 23 mars, 2020 )

La fin du chef d’escadron Alfred de Noailles…

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Alfred de Noailles, chef d’escadron, aide-de-camp de Berthier, fut tué le 28 novembre à la bataille de la Bérézina. Fort dévot, très bon militaire, remplissant avec scrupule les devoirs de son métier, brave, ardent, prodigue de sa vie, un de ces hommes, comme dit Ségur, qu’on croit avoir assez récompensés en les employant : tel était Noailles. Il portait, lorsqu’il périt, une paire d’épaulettes de l’Empereur qui lui avait été donnée le 25, au bivouac de Borisov, par Angel, l’huissier du cabinet. Tout le monde, Castellane, Fézensac, Gourgaud, le regretta. Le maréchal Ney remarqua la douleur de Fézensac. Mais la guerre avait endurci le cœur du duc d’Elchingen et il trouvait tout simple qu’un militaire mourût sur le champ de bataille. « Eh! dit-il à Fézensac, c’était apparemment son tour, à Noailles, et il vaut mieux que nous le regrettions que s’il nous regrettait! » N’avait-il pas adressé à un blessé qui se plaignait cette sincère et rude parole : « Que veux-tu que j’y fasse! Tu es une victime de la guerre ! » Comment mourut Noailles ? Selon Gourgaud, il parlait avec Marbot, colonel du 23ème régiment de chasseurs, lorsqu’eut lieu une charge de la cavalerie russe. Le cheval de Noailles s’abattit; deux cosaques saisirent l’officier, le frappèrent, l’entraînèrent par le collet, et vainement les chasseurs essayèrent de le délivrer; on ne revit plus Noailles qui fut sans doute massacré par les cosaques. Mieux vaut croire Berthier. Suivant Berthier, Noailles reçut à la tète une balle qui le tua raide, tandis qu’il venait à l’avant-garde d’Oudinot reconnaître l’ennemi. Sa veuve et ses amis retrouvèrent ses traits dans l’album où Lejeune avait dessiné et réuni les portraits de ses camarades. Voici, au reste, quelques documents sur lui et sur sa mort :

1° Une lettre où Bacher, notre agent à Ratisbonne, le recommande à Berthier.

2° L’apostille de Berthier à la lettre de Bâcher; il attache Noailles à son état-major.

3° La proposition de Berthier qui fait donner à Noailles une sous-lieutenance.

4°La nomination de Noailles comme sous-lieutenant au 23ème régiment de chasseurs à cheval (le 19 juillet 1809, il était promu capitaine et, le 12 août 1812, un décret daté de Vitebsk le faisait chef d’escadron aide-de-camp).

5° Une lettre d’une tante de Noailles qui obtient pour lui un congé de quatre mois en avril 1810.

6° Trois certificats de la mort de Noailles.

7° L’acte de notoriété qui constate cette mort.

I. Ratisbonne, 23 vendémiaire an XIV. 

Bacher à Berthier.

Monseigneur, M. Alfred de Noailles, orphelin du ci-devant vicomte de Noailles, âgé de vingt ans et d’une taille de cinq pieds huit pouces, attaché à la légation de France près l’Electeur archichancelier, se propose de s’équiper à ses dépens pour obtenir la permission d’entrer au service comme simple soldat, dans le corps que Votre Excellence voudra bien lui désigner. Il se rend à cet effet au grand-quartier général pour y demander les ordres de Votre Excellence. Je la supplie de vouloir bien l’accueillir favorablement; il promet de se rendre digne du nom qu’il porte, en combattant sous les aigles impériales et en suivant l’exemple de feu son père qui est mort en servant sa patrie.

 II. Note de Berthier à la lettre de Bacher.

M. Alfred de Noailles, volontaire, portera un uniforme de chasseur à cheval tout vert; il sera attaché à mon état-major jusqu’à ce que le corps des volontaires soit formé.

III. Note de Berthier. Linz, 20 janvier 1806.

Proposer M. de Noailles, volontaire, qui a servi toute la campagne et qui s’est trouvé à la bataille d’Austerlitz, à une sous-lieutenance de troupes à cheval.

IV . Paris, 10 février 1806.

Le sieur [de] Noailles, volontaire à l’état-major de la Grande Armée, est nommé sous-lieutenant au 23ème régiment de chasseurs à cheval. 

V . Mme de Noailles à Berthier. Paris, 22 avril 1810.

Monseigneur et cher prince,

L’état de la santé de mon neveu Alfred est inquiétant; on lui a appliqué un large vésicatoire qui lui a peut-être sauvé une maladie. Le docteur Bourdois dit que votre aide-de-camp a besoin d’eaux sulfureuses. Comme je ne puis le décider à vous demander un congé, je crois de mon devoir de le solliciter moi-même et j’oserais vous supplier de lui ordonner d’en profiter. Depuis sa prison d’Espagne dont vos bontés et votre intérêt si suivi l’ont fait sortir, il n’a pas juste santé. Elle se détruirait tout à fait s’il ne faisait des remèdes. Veuillez agréer, Monseigneur, l’assurance de mon respectueux et bien sincère attachement.

NOAILLES-POIX.

J’espère que pendant votre séjour à Compiègne, vous aurez bien voulu vous occuper de faire jouir Alfred des grâces de Sa Majesté l’Empereur accordées depuis quinze mois sans effet quelconque.

Apostille de Berthier. Accorder un congé de quatre mois pour prendre les eaux (avec appointements.)

VI. Certificats de la mort d’Alfred de Noailles.

N°1.

Je soussigné, certifie que le 28 novembre 1812, ayant été envoyé par S. A. S. le prince de Neuchâtel à la recherche de M. Alfred de Noailles, l’un de ses aides-de-camp, qui n’avait pas reparu depuis le matin, je trouvai près de nos tirailleurs un bomme mort, ayant une très grande ressemblance avec M. de Noailles. Il avait été atteint d’un coup de feu à la tête; ce qui altérait assez ses traits pour que j’eusse besoin de quelques autres indices pour le reconnaître. Je les cherchai dans la marque d’une chemise et d’un gilet de coton fait au métier, seuls vêtements qui lui restaient. Mais, on les lui ôtant, je reconnus que cet homme mort avait un cautère au bras. Vivant habituellement depuis plusieurs mois avec M. de Noailles et ne lui connaissant pas cette incommodité, je présumai m’être trompé à la ressemblance et laissai là ce cadavre pour continuer mes recherches. Elles furent inutiles et je revins rendre compte au prince du mauvais succès de la mission dont il m’avait chargé. Je fis mention du corps que j’avais trouvé, ayant beaucoup de ressemblance avec M. de Noailles, mais ayant un cautère au bras. Cet indice qui m’avait empêché de croire que ce fût lui, fut pour ceux qui le connaissaient plus particulièrement et qui savaient qu’il avait en effet un cautère au bras, une preuve certaine que le corps que j’avais trouvé était réellement le sien. En foi de quoi, j’ai signé le présent pour servir et valoir ce que de raison.

A Dresde, le 29 juillet 1813.

H. de COURBON. Aide-de-camp de S. A. S. le prince de Neuchâtel.

N°2.

Nous soussignés, étant présents au quartier général de l’armée française en Russie à Zanivki, près la Bérézina, le 28 novembre 1812, d’après la connaissance que nous avons eue de la mission confiée le dit jour sur le champ de bataille à M. le chef d’escadron Alfred de Noailles, aide de camp du prince major général, et d’après ce que nous avons entendu rapporter à M. le chef d’escadron de Courbon qui fut chargé de parcourir le champ de bataille pour rechercher Alfred de Noailles dont l’absence inquiétait, certifions qu’il a passé parmi nous pour certain que cet officier avait été tué aux avant-postes en exécutant avec sa bravoure ordinaire les ordres qu’il avait reçus. Ce que nous avons appris depuis cette époque n’a fait que nous confirmer dans l’opinion de sa mort. En foi de quoi nous avons délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de raison.

Au quartier-général impérial à Dresde, le 12 juillet 1813.

Anatole de MONTESQUIOU, chef d’escadron, aide de camp du prince.

L.-M. GUILLABERT, commissaire des guerres près le major général.

LEDUC, commissaire ordonnateur et secrétaire intime de S. A. S. le prince de NEUCHATEL.

François SUCHORZEWSKI, capitaine adjoint à l’état-major général.

SALAMON chef du bureau du mouvement des troupes.

LATRAN, adjoint aux commissaires des guerres, près S. A. S. le prince major général.

Y. COUTARD, aide-de-camp.

Le chevalier de MONDREVILLE, adjudant commandant.

L’adjudant commandant chevalier MICHAL.

LECHANTRE, adjoint aux commissaires des guerres, employé près du prince major général.

F. de RIANCEY, adjoint aux commissaires des guerres près le major général.

Le général de division, chef de l’état-major comte MONTHION.

Je certifie, de plus, que la mort de M. le baron Alfred de Noailles, chef d’escadron, aide-de-camp du prince de Neuchâtel, m’a été attestée par M. Hippolyte Dessalles, sous-lieutenant au 19ème régiment d’infanterie de ligne, membre de la Légion d’honneur, lequel commandait un parti de tirailleurs du 2ème corps (duc de Reggio) au moment où M. de Noailles apportait des ordres au maréchal duc de Reggio. M. Dessalles, qui avait fréquemment vu chez moi M. de Noailles, causa avec lui et l’engagea à ne pas rester sans motif sous le feu, en lui observant qu’il valait mieux chercher maréchal. Mais, au moment même, une balle frappa M. de Noailles à la tête. Les tirailleurs français, obligés de se retirer de la position, abandonnèrent M. de Noailles ; mais bientôt, occupant de nouveau les hauteurs, les tirailleurs retrouvèrent le corps de M. de Noailles, dépouillé et sans mouvement. Cette déclaration de M. Hippolyte Dessalles a été également faite au colonel Chataux, premier aide-de-camp du duc de Bellune.

 Dresde, le 12 juillet 1813.

L’inspecteur aux Revues, DENNIEE, employé près S. A. S. le prince major général.

N°3. Lettre en russe et traduction française de cette lettre.

Monseigneur, j’ai l’honneur d’adresser à Votre Altesse les renseignements qu’elle m’avait chargé de demander sur son aide-de-camp M. Alfred de Noailles. J’ai fait traduire cette lettre qui contient la déclaration suivante : « Le nom d’Alfred de Noailles ne s’est point trouvé sur la liste des prisonniers français en Russie. Ses effets et ses lettres ont, par contre, été trouvés près de la Bérézina et l’on en conclut qu’il est mort ou a été tué au passage de cette rivière. Cette déclaration ne laisse, je crois, aucun doute sur sa mort et Votre Altesse pourra mettre sa famille dans le cas d’arranger ses affaires en ayant la bonté de lui envoyer le certificat qui lui est si nécessaire.

Le général [de] FLAHAUT.

Neumark, 4 juillet 1813.

VII. Acte de notoriété.

Vu la déclaration ci-incluse n°1 signée de M. de Courbon; vu le certificat n° 2 signé de plusieurs officiers généraux et autres de l’état major; vu la déclaration n°3 écrite en russe, je soussigné, inspecteur aux revues, ayant été présent moi-même, le 28 novembre 1812, à Zanivki près la Bérézina et ayant la même conviction que les signataires du certificat n° 2, ai rédigé le présent acte de notoriété auquel seront annexées les trois pièces ci-dessus énoncées (n°1, 2, 3) pour constater la mort d’Alfred de Noailles, baron de l’Empire, chef d’escadron, aide-de-camp du prince de Neuchâtel, tué sur le champ de bataille le 28 novembre 1812 en Russie près dela Bérézina.

Dresde, 15 juillet 1813.

Baron DUFRESNE.

(Arthur Chuquet, « 1812.La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912,pp.370-377).

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( 15 mars, 2020 )

Le maréchal Berthier et le colonel Nicolas…

Le maréchal Berthier et le colonel Nicolas... dans TEMOIGNAGES 1814c

Le colonel Nicolas, du 11ème chasseurs à cheval- il devint en 1823 maréchal de camp -s’avisa de demander, à la fin de 1813, un congé au duc de Feltre [le général Clarke, Ministre de la guerre]. Il avouait naïvement qu’il voulait se rendre à Verdun, au dépôt, pour réorganiser l’administration de son régiment, mais qu’il profiterait du voyage pour aller, à six lieues de Verdun, revoir sa femme et ses propriétés et, pendant un mois, terminer des affaires très pressantes. Voici sa lettre.

Arthur CHUQUET.

« J’ai l’honneur de faire à Votre Excellence la demande d’une permission pour me rendre à mon dépôt à Verdun où ma présence est très urgente. Mon régiment ayant beaucoup souffert en campagne et étant presque détruit, il est indispensable que je me rende au dépôt pour en réorganiser l’administration. J’ajouterai à ces motifs que mon épouse et mes propriétés étant à six lieues de mon dépôt, je serais bien charmé de m’y rendre pour au moins un mois afin de terminer des affaires très pressantes, sans pour cela perdre de vue  les intérêts de mon régiment. »

Le duc de Feltre renvoya la  demande du colonel Nicolas à Berthier, major général, et il ajoutait que Nicolas avait eu peu de soin  de son régiment, que l’inspecteur comte de Nansouty ne faisait pas l’éloge du 11èle chasseurs. Berthier envoya au duc de Feltre la réponse suivante :

« Paris, 5 janvier 1814.

Je réponds à votre lettre du 4, relative à l’autorisation que demande M. le colonel Nicolas, de se rendre au dépôt de son régiment pour réorganiser les escadrons. Dans le moment actuel, où nous sommes en présence de l’ennemi, le poste d’honneur est aux escadrons de guerre. »

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur Chuquet : « L’année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, 1914).

——

Ce colonel Nicolas (Jean-Baptiste), né en 1773, mort en 1854, a fait l’objet d’une notice, à la page 646 du « Dictionnaire des colonels de Napoléon », de D. et B. Quintin (Éditions SPM, 1996).

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( 4 mars, 2020 )

Deux lettres sur la bataille d’Austerlitz…

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Lettre du commandant Salmon (chef de bataillon au 24ème léger, écrite à sa femme Pauline, après la bataille d’Austerlitz). 

3 décembre 1805, au bout du monde. 

C’était hier la fête du couronnement de notre Empereur. Quatre mots ma chère petite femme, pour te tranquilliser, car l’affaire d’hier fera beaucoup de bruit. Nous nous sommes battus depuis cinq heures du matin jusqu’à huit heures du soir. Je dois ma vie à mon adresse et à mon grand courage. J’ai fait bien du mal à l’ennemi mais il m’en a fait beaucoup. Je suis resté à deux cents hommes. Lorsque j’ai rallié ma troupe, je n’avais que vingt hommes et mon drapeau. Nous avons 30 officiers tués et blessés. J’avais été chargé par la Garde à cheval de l’empereur de Russie. Je comptais Devienne au rang de ceux qu’ils ont vaincu. Mais il était tombé sous les chevaux, dont plusieurs lui ont marché dessus. Il a fait le mort et il m’a rejoint. Ce ne sera rien, il marche bien et il a bon appétit. Nous avons mangé un morceau ensemble. J’ai fini par le faire rire. « Ah mon Dieu ! me dit-il, commandant, je ne croyais jamais que vous pouviez vous tirer de là. » J’ai renversé un cavalier de sur son cheval, au moment où il m’a porté un coup de sabre, avec la monture du mien, étant serré corps à corps : pour finir je me porte bien quoique fatigué.

Philippe, qui était observateur, vint nous embrasser en pleurant et nous offrir de la soupe et notre part d’un civet qu’il avait fait avec un lièvre qu’il avait pris à la main. Il était à bout de fatigue par les coups de fusil de l’ennemi et les nôtres. 

Enfin nous avons gagné la bataille. C’est innombrable la perte de l’ennemi. Cinq lieues de chemin, la terre jonchée de leurs corps morts, 200 pièces de canon, 23 milles prisonniers. Quelle bataille ! Depuis que le monde est monde, jamais pareille [chose] n’est arrivée. 

Austerlitz… 

———————————

Lettre du général Léopold Berthier (1770-1807), frère cadet du maréchal Berthier à sa femme. 

Au quartier-général, au bivouac, sur la route d’Olmütz, le 5 décembre 1812. 

Il m’a été impossible, ma chère bonne petite, de pouvoir t’écrire ces jours-ci. Mon frère a bien voulu te faire dire que je me porte bien. Tu sais la grande et belle bataille que nous avons gagnée. Ton frère, moi, d’Haugerenville de porte bien ; sois sans inquiétude, tout va bien ; l’ennemi fuit et tout va très bien pour nous. Kellermann, Gérard, Chaloppin ont été blessés légèrement [Le chef d’escadron Chaloppin fut en fait mortellement frappé à Austerlitz].

Le maréchal [Berthier] se porte bien ; je suis couché à côté de lui sur un très bon lit de paille et devant un bon feu. J’espère que ce soir nous serons dans un bon lit ; nous en avons besoin pour nous remettre de nos fatigues. Adieu, bonne petite amie à moi, aime toujours ton bon petit mari et il est sûr d’être toujours heureux. Embrasse nos petits enfants et sois assurée que je ne perdrai de temps quand je pourrai t’écrire de venir me rejoindre. 

Adieu, je t’embrasse de tout mon cœur.  Ton ami, ton amant, 

L.BERTHIER 

Ces documents furent publiés en 1905 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

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( 29 février, 2020 )

Les blessures de Napoléon…

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« La santé est indispensable à la guerre et ne peut être remplacée par rien ». Cette phrase de Napoléon était particulièrement vraie au début du XIXe siècle. Pour de nombreux historiens, « la main sur le ventre » sur les peintures qui le représentent est interprétée comme un signe de gastralgie.

Cette affirmation est probablement influencée par les antécédents familiaux de Napoléon, son père étant décédé à quarante ans d’un squirre du pylore. En fait, selon les biographies de ses proches et de son médecin Corvisart, ce signe correspond plus à une manie qu’à un signe objectif de maladie. Tous sont unanimes sur sa bonne santé générale entre 1800 et 1814. En revanche, Napoléon a été victime de plusieurs blessures au cours de sa vie. Toutes ne sont pas connues, car il a toujours exigé de tenir secret ce genre d’accident pour éviter tout désordre politique. « Qui sait, disait-il, quelle horrible confusion ne produirait pas une semblable nouvelle ?… Si je suis blessé que personne ne le sache, si c’est possible. Si je suis tué, qu’on tâche de gagner la bataille sans moi ; il sera temps de le dire après ». À ses compagnons d’exil (Mémorial de Las Cases), il rappelait qu’« il avait été très souvent exposé dans ses batailles ; mais on le taisait avec le plus grand soin. Il avait recommandé une fois pour toutes le silence le plus absolu sur toutes les circonstances de cette nature ».

Les blessures de l’Empereur.

Dans la belle collection du musée de Romans figure une chaussure ayant appartenu au cardinal Fesch. Joseph Fesch, demi-frère de Letizia Ramolino, a largement profité au cours de sa vie des faveurs de son neveu Napoléon Ier. Il a été grand aumônier de l’Empire, grand-aigle de la Légion d’honneur, sénateur, ami de Pie VII et pair de France. Pourtant sa conduite peut être considérée comme odieuse en août 1818 lorsque le maréchal Bertrand l’invite à envoyer un nouveau médecin à son neveu, malade à Sainte-Hélène. En effet, le docteur O’Meara, officier britannique et médecin personnel de l’Empereur déchu, accusé de traîtrise et de calomnie, soupçonné de relais de correspondance clandestine des prisonniers vers l’Europe, est renvoyé par Hudson Lowe, fils de médecin militaire, devenu le geôlier impitoyable que l’on connaît. Fesch, illuminé, pensait que Napoléon avait été « enlevé de son rocher par les anges, qui l’avaient porté on ne saurait dire où; mais en parfaite santé ». Ses certitudes d’En-Haut le conduisirent à accepter la candidature d’un prosecteur d’anatomie à Florence, sans titre doctoral, nommé Antommarchi. Son origine corse, sa prétendue admiration pour l’Empereur et sa fourberie avaient convaincu Fesch qu’il faisait une bonne oeuvre en engageant ce pauvre garçon sans le sou.

À Longwood, Napoléon privé de médecin depuis quatorze mois, découvrit rapidement l’incompétence et l’ignominie du protégé de son oncle : « Quelqu’un a-t-il été plus mal soigné que moi par un tel coglione ? ». En revanche, grâce à Antommarchi… et à Fesch, nous bénéficions d’un méticuleux rapport d’autopsie. La description détaillée des cicatrices permet de confirmer plusieurs plaies et blessures évoquées dans les mémoires. « Le corps présentait… plusieurs cicatrices, à savoir : une à la tête, trois à la jambe gauche, dont une sur la malléole externe, une cinquième à l’extrémité du doigt annulaire ; enfin, il en avait un assez grand nombre sur la cuisse gauche » (Dr Antommarchi, Les derniers moments de Napoléon, récit de l’autopsie).

Un traumatisme cranien.

Dans sa jeunesse, il « verse avec une calèche et perd connaissance ». Cet incident est à l’origine de controverses sur les prétendues crises comitiales de Napoléon qui a fait plusieurs pertes de connaissances dans sa vie.

Une plaie à la cuisse gauche.

Sa première blessure de guerre date du 16 décembre 1793 au cours du siège de Toulon, ville livrée par ses habitants royalistes aux Anglais. Malgré la pluie diluvienne et l’obscurité, il décide de mener l’assaut pour s’emparer de la redoute du petit Gibraltar sur le promontoire de l’Éguillette, l’un des derniers forts qui couvrent l’accès de la rade. Bonaparte ayant eu son cheval tué sous lui, continue à pied et reçoit à la cuisse un coup d’esponton porté par un officier anglais. Tous les témoignages de ses proches et le rapport d’autopsie confirment l’existence d’une cicatrice sur une dépression « profonde et pouvant admettre le poing » dans la cuisse gauche, un peu au-dessus du genou. À Sainte-Hélène Napoléon avoue à Las Cases que cette blessure lui fit craindre pour sa cuisse. Il a échappé de peu à l’amputation que voulait tout d’abord pratiquer le chirurgien Hernandez. Finalement la cicatrisation fut obtenue grâce aux soins prodigués par Jean-Mathieu Chargé.

Des morsures aux mollets.

En décembre 1795 ou début janvier 1796, Napoléon passe sa première nuit d’amour avec Marie-Joseph-Rose Tascher de La Pagerie, veuve du général de Beauharnais. La prise de la couche de la future Impératrice est précédée d’une lutte contre Fortuné, le carlin qui l’accueillait régulièrement en aboyant à chacune de ses visites rue Chantereine. Le chien abandonne sa place habituelle non sans plusieurs morsures dont certaines laissèrent des traces sur le mollet du général. Malgré cela, il adresse à sa maîtresse le premier de ses billets ardents : « Je me réveille plein de toi. Ton portrait et le souvenir de l’enivrante soirée d’hier n’ont point laissé de repos à mes sens ! Douce et incomparable Joséphine… ». Le 9 mai 1796 (19 ventôse an IV), Rose de Beauharnais devient officiellement madame Joséphine Bonaparte.

Une contusion à la jambe droite.

Bonaparte est blessé pendant la campagne d’Égypte à Damanhour, le soir du 11 juillet 1798 (22 messidor), comme en témoigne le chirurgien Larrey dans ses mémoires : « Le général en chef reçut un coup de pied d’un cheval arabe, qui lui fit, à la jambe droite, une contusion assez forte qu’on dût craindre des accidents consécutifs : je fus assez heureux pour les prévenir, et le conduire en très peu de temps à la guérison, malgré sa marche pénible et son activité naturelle qui l’éloignait du repos ».

Une contusion à un doigt.

Dans une chasse à Marly, le 22 juin 1803 (3 messidor an XI), il est renversé et blessé. Une lettre de Napoléon à Joséphine datée du lendemain en témoigne : « Je me suis blessé très légèrement à un doigt en tuant un sanglier… ». Cet accident fut assez important pour qu’il s’en souvienne encore à Sainte-Hélène (« une forte contusion du doigt ») et laisse une cicatrice notée sur le rapport d’autopsie (« extrémité du doigt annulaire »).

Une érosion à la jambe gauche.

Dans le « Mémorial », Las Cases relate une autre blessure de guerre qui n’a pas laissé de souvenirs précis à Napoléon : « à celle d’Essling ou de Wagram (6 juillet 1809), je ne saurais dire laquelle, un autre coup de feu lui avait déchiré la botte, le bas et la peau de la jambe gauche ».

Des chutes sans gravité.

En courant : en septembre 1808, l’Empereur tombe en courant après l’Impératrice lors d’une partie de barres dans le jardin, avec quelques familiers (« Mémoires »  de Constant). A cheval : Napoléon fait plusieurs chutes de cheval nécessitant parfois plusieurs jours de convalescence : au siège de Toulon, pendant les campagnes d’Italie, au siège de Saint-Jean-d’Acre, au camp de Boulogne et à Arcis-sur-Aube. À Marengo, le 14 juin 1800, il faillit être noyé dans la vase : « Seule ma tête dépassait et les Autrichiens auraient pu facilement me décapiter ».

Une brûlure au cuir chevelu.

Lors de l’incendie de Moscou déclenché par des criminels libérés de prison sur l’ordre du gouverneur Rostopchine, des flammèches tombent au milieu de la nuit sur le toit de l’appartement occupé par l’Empereur au Kremlin, le 15 septembre 1812. En sortant, il « eut sa redingote grise brûlée en plusieurs endroits, de même que ses cheveux » (« Mémoires » de Constant).

La blessure au pied à Ratisbonne (23 avril 1809).

En janvier 1809, Napoléon lutte en Espagne contre l’armée anglaise de John Moore. Il apprend que l’Autriche est prête à déclarer la guerre, après plusieurs années de préparation en vue de venger Austerlitz. Pendant son retour à bride abattue vers la France, il est informé de l’existence d’un complot entre Talleyrand et Fouché visant à placer Joachim Murat sur son trône en cas de mort accidentelle, les nouvelles d’Espagne étant pessimistes. À Paris, le 28 janvier, il convoque ses ministres dont Talleyrand et entre dans une rage folle (… «Vous êtes de la m… dans un bas de soie»).

L’attaque autrichienne.

Le 13 avril, il repart en campagne à l’Est. Pour la première fois, il s’est laissé surprendre car l’archiduc Charles a attaqué le 10 et occupé Münich, sans rupture diplomatique ni déclaration de guerre (5e coalition). Le 17, il parvient sur le terrain et devine aussitôt les projets de l’archiduc. La Grande Armée est divisée en deux gros corps d’armée : Masséna au sud-ouest et Davout au nord-est ; si le centre est enfoncé par les armées ennemies (Autriche, Prusse), la guerre est perdue. Napoléon donne donc l’ordre aux deux ailes de se regrouper au centre, sur la ville d’Abensberg où il se rend lui-même. La rencontre entre Davout et ses adversaires se produit à Tengen, au sud de Ratisbonne (Regensburg). Profitant de l’avantage des Français et du regroupement de son armée, Napoléon poursuit les Autrichiens qui sont vaincus à Eckmühl, le 22.  L’archiduc se replie avec toutes ses troupes sur Ratisbonne où il laisse une très forte garnison et poursuit sa route vers la Bohême pour rejoindre son armée de réserve.
Il a perdu 30 000 hommes en huit jours. Le 23 avril, les Français enlèvent d’assaut Ratisbonne, étape indispensable pour ouvrir la route de Vienne (prise le 12 mai). Au cours de cette bataille, Napoléon est victime de sa deuxième blessure de guerre.

La blessure de l’Empereur.

Les consignes de Napoléon ayant été respectées, il n’existe pas de document officiel qui relate cet épisode. Il faut donc se baser sur les témoignages qui diffèrent souvent sur le siège de la blessure, son type et les circonstances.

• Constant, premier valet de chambre de l’Empereur, évoque l’incident à deux reprises, dans ses « Mémoires », avec des versions légèrement différentes :

– « L’Empereur voyant fuir les Autrichiens de toutes parts, croyait l’affaire terminée. On avait apprêté son déjeuner à la cantine, au lieu qu’il avait désigné. Il se dirigeait à pied vers cet endroit, lorsque se tournant vers le maréchal Berthier, il s’écria : “Je suis blessé”. Le coup avait été si fort que l’Empereur était tombé assis ; il venait de recevoir la balle qui l’avait frappé au talon. Au calibre de cette balle, on reconnut qu’elle avait été lancée par un carabinier tyrolien, dont l’arme porte ordinairement à la distance où nous étions de la ville. Un aide de camp vint me chercher, et lorsque j’arrivai, je trouvai M. Yvan occupé à couper la botte de Sa Majesté, dont je l’aidai à panser la blessure. Quoique la douleur fût encore très vive, l’Empereur ne voulut même pas donner le temps qu’on lui remit sa botte, et pour donner le change à l’ennemi, et rassurer l’armée sur son état, il monta à cheval, partit au galop avec tout son état-major et parcourut toutes les lignes ».

– « À la campagne de Ratisbonne, le 23 avril, l’Empereur reçut au pied droit une balle morte qui lui fit une assez forte contusion. J’étais avec le service quand plusieurs grenadiers de la garde accoururent me dire que Sa Majesté était blessée. Je courus en toute hâte et j’arrivai au moment où M. Yvan faisait le pansement. On coupa et laça la botte de l’Empereur qui remonta sur-le-champ à cheval ». Une autre version rapportée par Octave Aubry (La vie privée de Napoléon), confirme cette blessure au talon droit : « À pied près de Lannes, il examinait à la lorgnette les défenses de la ville quand un biscaïen, tiré des remparts, l’atteint au talon droit. Pendant qu’Yvan le panse il dit avec sang-froid : “Ce ne peut être qu’un Tyrolien qui m’ait ajusté de si loin. Ces gens sont fort adroits”. Cependant il souffre, car un nerf a été touché. Mais il remonte aussitôt à cheval et part au galop pour se montrer aux troupes qui l’acclament avec transport. Le lendemain, quoique fiévreux, il passe l’armée en revue ». Ces relations sont également celles du Cadet de Gassicourt (Voyages en Autriche), de W. Warden (Lettres de Sainte-Hélène) et du général baron de Marbot.

Pour certains témoins ce sont les orteils du pied qui sont « devenus noirs par la contusion » (général Désiré Chlapowski). Cette affirmation est peu vraisemblable.

Outre les références déjà citées, plusieurs arguments plaident en faveur du talon : le tableau de Gautherot au musée de Versailles ; les propres souvenirs de Napoléon rapportées par Las Cases dans le Mémorial (« une balle lui avait frappé le talon ») ; la lettre écrite par Napoléon à Joséphine le 6 mai 1809 d’Ems pour la rassurer, des « bruits » concernant sa blessure étant parvenus à Paris. « Mon amie, j’ai reçu ta lettre. La balle qui m’a touché ne m’a pas blessé : elle a à peine rasé le tendon d’Achille. Ma santé est bonne. Tu as tort de t’inquiéter. Mes affaires ici vont fort bien. Tout à toi. Dis bien des choses à Hortense et au duc de Berg ».

Le biscaïen (petit boulet faisant partie de la charge d’une boîte à mitraille) peut être vu au musée de l’Armée, à Paris, car il a été recueilli aussitôt par le capitaine Lameau, ingénieur-archiviste du bureau topographique qui faisait partie de la suite impériale, et remis à Mme Gérard, sa nièce, grand-mère des donateurs.

Le chirurgien.

Plusieurs noms sont avancés pour désigner le chirurgien qui pansa le pied de Napoléon à Ratisbonne : Nicolas Heurteloup (1750-1812), Nicolas-René Dufriche dit Desgenettes (1762-1837), Dominique Larrey (1766-1842). Une bonne connaissance du service de santé de l’Empereur ne laisse aucun doute sur l’identité du chirurgien. L’étiquette étant très respectée sous l’Empire, seul un médecin ou un chirurgien du Service a pu toucher l’Empereur. Bonaparte n’aimait ni les médecins ni les drogues. Il ne donna sa confiance qu’à un seul médecin, recommandé par son secrétaire Bourrienne et son frère Louis, Jean-Nicolas Corvisart (1755-1821). Corvisart devint le médecin de toute la famille Bonaparte et rapidement un des vrais amis de Napoléon (« Je ne crois pas à la médecine, je crois en Corvisart »). Conseiller médical du Premier consul, il est promu officier de la Légion d’honneur un mois après le sacre (premier médecin ayant eu cette distinction).

Toutes les obligations officielles ne l’empêchent pas de poursuivre une brillante carrière de thérapeute et d’enseignant. Bichat (1771-1802), Laennec (1781-1826) et Dupuytren (1777-1835) comptent parmi ses élèves les plus célèbres. Nommé Premier médecin de Sa Majesté (19 juillet 1804), il obtint carte blanche pour organiser le service de santé de l’Empereur. Parmi d’excellents praticiens il ne choisit que des amis loyaux, évinçant tout militaire qui aurait pu nuire à son influence en haut lieu

-Larrey, le plus célèbre des chirurgiens de l’époque, n’a jamais pu obtenir de poste officiel auprès de l’Empereur qu’il connaissait depuis Toulon. Il le suivit en Égypte comme chirurgien-chef du corps expéditionnaire. Corvisart, fin psychologue, craignait leur estime réciproque et fit tout pour ne pas perdre son avantage. Larrey fut inspecteur général du service de santé des armées en 1804 puis chirurgien en chef de la Grande Armée le 12 février 1812. Il n’a jamais appartenu au service de santé de l’Empereur. Desgenettes a été médecin-chef de l’armée d’Italie puis de l’expédition d’Égypte où il s’opposa à Bonaparte sur la conduite à tenir envers les pestiférés. Il participa fidèlement à toutes les campagnes puis devint inspecteur général du service de santé des armées. Il n’a jamais soigné l’Empereur.

-Heurteloup, autre fidèle de Bonaparte, a été chirurgien-chef de l’armée d’Italie puis des armées en 1800 (à 50 ans). Membre du conseil de santé de l’armée, secondé par Percy, il fut président de la société médicale de Paris. En 1809, responsable de l’organisation du service de santé, il était présent lors de la blessure de l’Empereur mais sa fonction ne lui permit pas d’intervenir. Il ne devint membre du service de santé de l’Empereur qu’en 1812.

Le premier chirurgien Boyer fut nommé à ce poste important par Corvisart pour sa compétence et sa timidité lors des réceptions officielles. Il n’avait aucun goût pour les expéditions lointaines et ne partait que sur ordre de l’Empereur, qui appréciait sa compagnie. Il ne participa pas aux campagnes de 1809. En revanche, le chirurgien ordinaire Yvan avait suivi Napoléon depuis les campagnes d’Italie. Chirurgien en chef des Invalides en 1804, Corvisart ne put l’exclure du service de santé de l’Empereur comme les autres fidèles du général Bonaparte. Yvan fut l’un des seuls courtisans, avec Corvisart, qui eut l’occasion d’assister parfois à la toilette de l’Empereur. Il coucha même aux Tuileries pendant quelques temps (ce que Corvisart n’avait jamais accepté) afin d’être à même de pouvoir donner des soins à toute heure du jour ou de la nuit. C’est certainement lui qui a soigné le pied de l’Empereur.

Un pas vers la répudiation de Joséphine.

Tous les témoignages laissent penser que la blessure de Ratisbonne fut sans gravité, limitée à une forte contusion sous-malléolaire externe droite. Par contre, elle influença probablement le courant de l’histoire. En avril 1809, Napoléon commence à craindre pour son avenir. La guerre d’Espagne se poursuit depuis un an. Les nationalistes, inspirés par la Révolution française, commencent à s’organiser dans l’Empire notamment en Allemagne et en Italie. Pour la première fois, les coalisés, mieux organisés, infligent de lourdes pertes à l’armée impériale alors qu’on commençait à la croire invulnérable. Cette blessure au pied sur le champ de bataille, la première de Napoléon en tant qu’Empereur, lui fait prendre conscience d’une mort possible alors qu’il n’a pas eu d’enfant avec Joséphine, donc pas de descendant direct.

Après la victoire de Wagram (6 juillet 1809), Marie Walewska, la maîtresse polonaise de l’Empereur, rejoint son amant à Vienne pour plusieurs semaines. Corvisart arrive à la demande de Napoléon en août et lui annonce quelques jours plus tard que Marie est enceinte. « Je craignais que ce bonheur de la paternité qu’ont tous les hommes ne me fût refusé, par une sorte de vengeance du sort qui m’a déjà prodigué tant de dons. J’aime les enfants, tu le sais. Mais un petit à moi, c’est une grâce à laquelle je n’osais plus songer ». Alexandre, né le 4 mai 1810 en Pologne, lui apporte une seconde preuve formelle, après le comte Léon, de ce qu’il espérait : être père.

La tentative d’assassinat du saxon Frédéric Staps, au cours d’une parade, devant le palais de Schoenbrunn le 18 octobre 1809, vient renforcer le sentiment de vulnérabilité. Après plus de deux ans d’hésitations, ces événements intervenus pendant la campagne autrichienne influent sur la décision définitive de Napoléon à divorcer. D’Autriche, il demande à Duroc d’écrire à l’intendant des palais impériaux pour qu’il fasse immédiatement murer à Fontainebleau la porte de communication entre son appartement et celui de Joséphine. Un mois après son retour à Paris, il trouve le courage d’annoncer à l’Impératrice sa répudiation, le 26 octobre 1809. Le divorce est prononcé le 14 décembre 1809.

Alain GOLDCHER 

(« Revue  du Souvenir Napoléonien » n°453, juin-juillet 2004, pp.3-7).

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( 26 février, 2020 )

Napoléon au maréchal Berthier, prince de Neuchâtel, major général de la Grande-Armée.

Napoléon au maréchal Berthier, prince de Neuchâtel, major général de la Grande-Armée. dans FIGURES D'EMPIRE 08-533706

Dresde, 4 octobre 1813.

Vous trouverez ci-joint les rapports du général Chastel et du général [de] Reiset. Témoignez mon mécontentement au général Chastel se la conduite qu’il a tenue, et donnez-lui ordre de retourner sur-le-champ au bord du fleuve. J’avais droit d’attendre d’un général de division plus de zèle pour mon service ; Comment n’a-t-il pas envoyé sur-le-champ un officier à l’état-major général, et un au général Souham, pour faire connaître le passage de l’ennemi ?  Comment a-t-il pu pousser la prudence jusqu’à se croire compromis, quand l’ennemi n’avait pas encore commencé son pont ?  Je ne sais en vérité comment taxer une conduite aussi pusillanime et une telle négligence. Écrivez au duc de Raguse [maréchal Marmont] que, si en effet l’ennemi a jeté un pont à Mühlberg, il marche sur-le-champ à lui pour le culbuter. Donnez ordre au général [de] Reiset de retourner à son poste. Écrivez au général Souham que, si l’ennemi a effectivement jeté un pont à Mühlberg, il doit se porter sur lui avec les divisions Ricard et Delmas et son artillerie de réserve, pour le rejeter sur la rive droite et détruire son pont. Faites-lui connaître que cette opération est très pressante. Donnez également ordre au général Chastel de retourner à son poste.

 

(« Lettres inédites de Napoléon 1er (An VIII-1815). Publiés par Léon Lecestre » Plon, 1897, tome II, Pièce n°1090, p.290).

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( 26 février, 2020 )

Les derniers jours de février 1814…

N1814

[Pièce n°6463]. [Suite au] Rapport du général Berruyer sur la ville de Soissons [à Napoléon].

Troyes, 25 février 1814

Renvoyé au ministre de la guerre [général  Clarke, duc de Feltre]. Donner des ordres pour que le pont soir fougassé ; que les auberges soient démolies; que tout ce qui est nécessaire à la défense de Soissons soit fait; que des bois soient coupés partout pour les palissades, etc.

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[Pièce n°6464] Napoléon au duc de Feltre.

Troyes, 26 février 1814.

Il y a 2000 hommes de gardes nationales à Meaux ; il faut leur envoyer des armes, les gibernes et les effets d’habillement nécessaires.

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[Pièce n°6465]. Napoléon au duc de Feltre.

Troyes, 26 février 1814.

Il est nécessaire que, désormais, tous les régiments de marche qui partiront de Versailles soient numérotés ; sans quoi il y aurait beaucoup de confusion sur la route. Le premier qui partira, après la réception de la présente lettre, portera le numéro 1er. Ne le faites pas partir qu’il ne soit au moins de 500 hommes.

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912 pp.465-466).

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[Pièce n°2268].Lettre de Napoléon au comte de Montalivet, ministre de l’Intérieur, à Paris.

Troyes, 25 février 1814.

J’ai reçu votre lettre du 24. Les ordres pour les communications des villes, je vous les ai donnés. Je ne peux pas vous les donner dix fois.

Ce n’est que lorsque les horreurs que l’ennemi a commises seront bien connues que dans toutes les parties de la France où il n’a pas pénétré, mais où il peut pénétrer, on s’armera sérieusement.

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[Pièce n°2269]. Napoléon au maréchal Macdonald, duc de Tarente, commandant les 5ème et 11ème corps de la Grande armée.

Troyes, 26 février 1814, à 5 heures du soir.

Mon Cousin, d’après les nouvelles que je reçois que Châtillon a été évacué hier par l’ennemi, je pense que votre communication aura lieu dans la journée par la cavalerie. Il sera nécessaire de faire faire halte à vos troupes et de vous rapprocher par le plus court chemin de Bar-sur-Aube, afin de soutenir le duc de Reggio [maréchal Oudinot] et le général Gérard qui doivent y arriver aujourd’hui.

Vous écrirez au maire de Châtillon que je lui donne le gouvernement de la ville et que je désire qu’il m’envoie le nom de la personne à qui il convient de donner le commandant de la Garde nationale, afin que je le brevète. Ecrivez au maire que je désire que la portion qui fera le service d’honneur  auprès du congrès [celui de Châtillon] puisse être habillée et soit dans une bonne tenue.

Il est convenable que vous fassiez une proclamation que vous adresser à tous les habitants des départements de la Bourgogne pour qu’ils se lèvent en masse, arrêtent les isolés et tous les traînards de l’ennemi, interceptent les convois et qu’aussitôt qu’ils entendront le canon s’approcher, ils aient à couper les ponts et à tomber sur les derrières de l’ennemi.- Nous sommes rentrés dans Chambéry, Bourg, Mâcon, Chalon ; le duc de Castiglione [maréchal Augereau] s’approche de Dijon. Il faut rédiger cette proclamation avec toute l’énergie convenable.

Faites-moi connaître où est votre infanterie ce soir et où vous serez demain.

Blücher s’est porte du côté de Sézanne et le prince de La Moskowa [maréchal Ney] a passé le pont d’Arcis pour tomber sur ses derrières.

Je désire beaucoup que vous soyez à même de soutenir  les corps qui sont à  Bar-sur-Aube.-Réorganisez la Garde nationale à Bar-sur-Seine et [à] Musssy-l’Evêque et donnez-y toute l’impulsion possible. Nous sommes rentrés à Auxerre.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiés par Léonce de Brotonne. Tome II », H. Champion, Libraire, 1903, pp.509-511).

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Napoléon au maréchal Macdonald.

[Pièce n°2809]. Troyes, 25 février 1814.

Je vous réitère l’ordre que je vous ai donné hier de marcher sur Bar-sur-Seine. Lorsque vous y serez arrivé, jetez votre avant-garde sur la route de Vendeuvre et, si vous y entendez le canon, marchez-y avec votre corps d’armée. Le général Gérard a couché hier à la poste de Meignelot à 2 lieues et demi de Vendeuvre, point sur lequel il marche.

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Le maréchal Berthier au maréchal Macdonald.

[Pièce n°2812]. Troyes, 26 février 1814, 8 heures du matin.

 Nous sommes entrés à Vendeuvre. Le duc de Reggio [maréchal Oudinot] et le général Gérard marchent sur Bar-sur-aube. L’Empereur désire que vous vous approchiez le plus possible de Châtillon-sur-Seine. Vos n’y ferez pas entrer votre infanterie, mais seulement de la cavalerie. Vous y nommerez un commandant de la Garde nationale et vous y réorganiserez la Garde nationale pour garder le Congrès [de Châtillon]. Après cela vous vous rapprocherez de La Ferté-sur-Aube sans laisser aucune troupe de ligne à Châtillon.

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Le maréchal Berthier au comte de Plancy, préfet de Seine-et-Marne.

[Pièce n°2814].Guignes, 26 février 1814.

L’Empereur vient de porter son quartier-général à Guignes. Sa Majesté ordonne que vous retourniez dans le chef-lieu du département, à  Melun, où le général Allix reçoit l’ordre de se rendre.

Vous devez vous occuper sans délai à faire rétablir le pont.

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[Pièce n°2315] Le maréchal Berthier au maréchal Macdonald.

Troyes, 27 février 1814, 9 heures du matin.

L’Empereur se porte aujourd’hui sur Arcis-sur-Aube avec la Vieille Garde, attendu que Blücher, Yorck, Wintzingerode et autres marchent sur La Ferté-Gaucher. Sa Majesté va tomber sur leurs derrières.

L’intention de Sa majesté est que vous fassiez partir sur-le-champ 500 chevaux et l’une de vos brigades d’infanterie avec un bon général pour prendre position à Troyes afin d’y garder les parcs et le quartier-général ; il n’est pas besoin que vous y envoyiez d’artillerie ; il y en a assez à Troyes.

Le général Sorbier reste à Troyes pour y prendre le commandement de la ville et veiller à la défense des parcs. Les troupes que vous enverrez seront sous ses ordres.

L’Empereur me charge de vous faire connaitre que, comme le plus ancien, vous aurez le commandement des troupes du corps du duc de Reggio [maréchal Oudinot], de celui du général Gérard et de la cavalerie du compte de Valmy [me fils du maréchal Kellermann] et du général Milhaud.

Prenez une bonne position en arrière de l’Aube en occupant Bar-sur-§aube par une bonne arrière-garde et soyez prêt à faire sauter le pont de Dolancourt; mais il ne faut pas le faire sauter sans nécessité afin de ne pas donner l’éveil à l’ennemi.

L’ennemi a tout préparé pour faire sauter le pont de Dienville. Vous n’aurez qu’à présenter quelque cavalerie pour décider l’ennemi à le faire sauter.

Il  faut que vous fassiez toutes les dispositions pour faire croire que l’Empereur est sur la ligne. Dans le cas où vous seriez en présence de l’ennemi, vous feriez crier « Vive l’Empereur ! ».

Correspondez tous les jours avec nous par Troyes et ne faites rien qui puisse donner à croire à l’ennemi que vous êtes sur la défensive, car Sa Majesté espère être de retour sous trois jours.

(Arthur CHUQUET, « Inédits napoléoniens. Tome second », E.de Bossard, Editeur, 1914-1919, pp.323-325).

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( 14 février, 2020 )

Le capitaine de Maltzen. Lettres (6 et fin).

Madame de Maltzen nous a conservé 3 numéros du « Publiciste ». Dans celui du vendredi 13 juillet 1810, nous trouvons :

« NOUVELLES OFFICIELLES D’ESPAGNE. »

Extraits du journal du siège de Ciudad-Rodrigo du 23 au 24 juin.

On a ouvert deux nouveaux cheminements, un sur la droite et un sur la gauche. L’artillerie a terminé les revêtements intérieurs dans toutes les batteries et une quinzaine de plates-formes ont été établies. Le couvent de Sainte-Croix inquiétait nos tirailleurs ; à minuit, 300 grenadiers furent réunis et divisés en deux colonnes ; la première de 150 grenadiers et de 20 sapeurs armés de haches, de pioches et munis de 2 sachets de poudre était commandée par le capitaine du génie de Maltzen et devait entrer dans le couvent par les derrières, tandis que l’autre colonne, aux ordres du capitaine François devait y pénétrer de front. Le capitaine de Maltzen, après avoir essuyé une décharge, qui ne blessa personne, la fit sauter er pénétra le premier dans le couvent avec le capitaine François ; ils arrivèrent jusque sur la deuxième porte que le capitaine de Maltzen fit également sauter. Alors les Espagnols au nombre de 200, abandonnèrent le rez-de-chaussée et se retranchèrent dans les étages supérieurs, d’où ils ouvrirent un feu très vif. Le capitaine François fut atteint d’une balle dont il est mort. Dans le même instant, le capitaine de Maltzen reçut deux coups de feu et, malgré ses blessures, il ne quitta pas le combat et fit toutes les dispositions pour mettre le feu au couvent. Ce ne fut qu’après l’avoir incendié presque en totalité et avoir vu périr dans les flammes la plupart des Espagnols qui s’y étaient retranchés, qu’il alla se faire panser. Cette affaire, outre la perte du capitaine François, nous coûte 1 homme tué et 12 blessés.

Le 16 juillet 1810, M. de Maltzen écrivait à sa sœur :

Salamanque.

Je crains, ma chère amie, que la lettre que je t’ai adressée du camp de Ciudad-Rodrigo en date du 24 juin, ne te soit pas parvenue. Un officier partant pour Salamanque s’est bien chargé de la mettre à la poste, mais ne me fiant pas trop à son exactitude, je recommencerai à te donner quelques détails qui me sont relatifs. Le 23 juin, le Maréchal me donna l’ordre de m’emparer à la tête de 150 grenadiers d’un couvent à portée de pistolet de la place, d’où l’ennemi depuis plusieurs jours nous faisait beaucoup de mal. A minuit, je découchai de la 1ère parallèle.

J’arrivai à la porte du couvent sans éprouver de pertes considérables, après l’avoir enfoncée par un sac de poudre, je pénétrai dans l’intérieur, où l’ennemi, prévenu de notre arrivée par l’explosion, s’était retranché au 1er étage. Il avait enlevé les planches en avant des portes d’entrée, en sorte qu’il nous fut impossible de l’atteindre à la baïonnette. Il nous fit au contraire assez de mal par des feux dirigés dans l’intérieur des bâtiments, par les croisées et des créneaux qu’il avait pratiqués. Je pris le parti de me rendre maître de toutes les issues du couvent et d’y mettre le feu ; tout me réussit au comble de mes désirs. Les Espagnols furent en grande partie étouffés et brulés vifs, mais il n’est pas de bonheur sans nuage. Un de mes amis, capitaine à l’état-major du 6ème corps, fut tué à mes côtés et moi je reçus deux blessures, un éclat de grenade au pied droit et dans la cuisse gauche une balle qui s’est établie près de l’os, sans avoir causé de fracture mais qu’on n’a pu tirer malgré les incisions qu’on a faites.

Mon pied se guérit ainsi qu’une brûlure à la main ; je n’ai  pas de fièvre. Je suis ici à l’hôpital où j’ai été forcé de me mettre parce que les chirurgiens sont en très petit nombre et qu’ils se font payer leurs visites au poids de l’or. On est bien, en se nourrissant à ses frais, ce qu’on nous fournit n’est pas mangeable.

Je n’ai pas parlé de tout cela à maman à cause des inquiétudes que cela lui causerait et des plaintes et des lamentations dont elle me ferait part mal à propos. Adieu, chère Henriette. Je te donnerai exactement de mes nouvelles. Mille chose à tout le monde qui y a doit, et Annette est bien de ce nombre.

Au général de division Éblé, commandant l’artillerie du Portugal.

Villette[1], 17 juillet 1810.

Je vous prie, mon cher général, de donner à la personne qui vous remettra ces lignes de la part du capitaine de Maltzen, ou à cet officier lui-même, si ses blessures ou les circonstances lui permettent de vous les porter, la somme de 500 fr. que je vous ai demandé par ma lettre d’hier, de faire compter à cet officier. M. Hua, mon notaire, remboursera de suite madame Éblé de cette avance dont je vous aurai la plus grande obligation. Recevez, mon général, le renouvellement de tous mes sentiments.

Le général de Grouchy.

A sa mère.

3 août 1810.

Vite que je t’écrive, chère maman, je crois que les journaux ont trahi le secret, aussi j’adresserai dorénavant mes bulletins à toi ou à Henriette indifféremment. Depuis le 20 juillet j’ai eu la fièvre, la suppuration était remontée vers la poitrine mais un vésicatoire a tout sauvé. Maintenant, je suis à merveille. Je commence à marcher avec le secours de deux hommes et bientôt je marquerai le pas avec des béquilles. Je suis sorti de l’hôpital, j’en bénis le ciel. J’ai été obligé d’attendre jusqu’à ce moment, parce que la suite du prince d’Essling avait pris tous les logements.

Au commencement d’octobre, je serai à Evêquemont. Fais tes préparatifs d’avance.

Adieu-je t’annonce, chère maman, que je suis membre de la Légion d’honneur depuis le 10 juillet ; ma blessure va de mieux en mieux.

Evêquemont, ce 8 juillet [1810].

Je suis bien à plaine, mon cher enfant, de recevoir si rarement de tes nouvelles.  Notre « Publiciste » ne dit pas sur les opérations de nos armées plus que le « Journal de l’Empire ». Henriette est revenue à Evêquemont le dimanche 1er juillet. Le même jour est arrivé l’affreux malheur de la princesse de Schwartzenberg[2] dont tu as lu un faible détail dans le journal. On ne parle pas de toutes les victimes pour ne pas effrayer. La princesse de la Leyen de Mme Labensky viennent seulement de mourir ; beaucoup d’autres sont blessées dangereusement, surtout des femmes, soit en voulant sauver leur enfant, soit à cause de la légèreté de leur mise qui s’est enflammée plus facilement. Je bénis la Providence qui a épargné ma fille en ce désastre général. Elle y a été invitée, ainsi que moi ; heureusement qu’elle n’y a pas été, ni n’a disposé des billets en faveur d’autres femmes. Elle a préféré revenir chez elle. Excepté le prince Kourakine qui n’a pu se sauver assez vite à cause de sa goutte, peu d’hommes, qu’on sache, ont été grièvement blessés, mais une grande quantité de femmes ont été trouvées nus dans le jardin, et évanouies, excepté le corset qui tenait leur taille, on a arraché leurs vêtements qui brûlaient. Les voleurs et filous se sont introduits à la faveur de la confusion pour voler les diamants et autres objets précieux. La première victime a été la belle-sœur du prince de Schwartzenberg, mère de 8 enfants, grosse du neuvième qui, pour sauver sa fille s’est trouvée consumée en un instant. L’Empereur, après avoir sauvé l’Impératrice est revenu pour donner des consolations à l’Ambassadeur et donner des ordres pour qu’on retrouve les restes de son infortunée sœur.

C. de MALTZEN.

Ciudad-Rodrigo, 3 août 1810.

Je m’empresse, mon cher camarade, de vous annoncer que S.M. par décret du 10 juillet dernier, vous a nommé membre de la Légion d’honneur. Vous recevrez au premier jour une lettre officielle à ce sujet de S.E  le Prince d’Essling ou de S.E. le Grand Chancelier. M. le Prince a promis à M. le général Lagowski de faire son possible pour obtenir de faire son possible pour obtenir du major-général la permission de vous laisser rentrer en France pour le rétablissement de votre santé.

Je vous salue bien cordialement.

Le chef de bataillon du génie.

MENGUE.

A sa sœur.

Salamanque, ce 4 août 1810.

Ouvre ce grand papier ma chère amie et lis. Tu devines ce qu’il y a à faire, mais tu ne devines qu’à moitié. Il faut que cette demande de convalescence soit remise au Ministre par une main puissante. Il faut que ce soit présenté et expédié le même jour, sans cela point de réussite si cela traîne. Je dis une main puissante pour prévenir toute objection du Ministre qui peut alléguer qu’il a défense de ne délivrer aucun congé ni permission sans l’autorisation de Sa Majesté. Comment vas-tu faire ? Je laisse cela à ton génie inventif-et fertile. Songe, chère amie, que tu travailles pour notre prochaine réunion. Je viendrai me rétablir à Evêquemont, où je laisserai couver ma balle. Si tu réussis, adresse tout de suite la permission du Ministre à M. Dubourg, à Bayonne où je la prendrai en passant. Je ne voudrais pas qu’elle entrât en Espagne ; la moitié des courriers de France étant arrêtés. Ma conduite militaire, mes blessures me mettront à l’abri du soupçon de vouloir quitter l’armée sans raison.

 A l’œuvre, chère amie.

A sa sœur.

Le 8 août 1810.

Ma chère amie, ce n’est pas le Ministre qui peut accorder un congé de convalescence, je m’étais trompé dans ma dernière lettre. C’est au Major-général qu’il faut s’adresser. La chose devient, comme tu sais bien, plus difficile. Je ne sais, parmi tes connaissances, que M. de Grouchy en état d’aborder Berthier. Je suis inquiet, maintenant, pour la réussite de cette affaire. Je me vois d’avance condamné à rester ici 8 ou 10 mois sans pouvoir faire aucun service, et le séjour en Espagne est si ennuyeux de toute façon, surtout lorsqu’on n’y a que faire, que je mourrais, je crois, de déplaisir, de ne pouvoir renter en France. Je ne désespère cependant point encore. Je vais écrire au grand-quartier-général de Rodrigo pour qu’on fasse rappeler au Prince la promesse de me faire rentrer ne France. Les promesses du Prince, lorsqu’il n’y a personne pour les appuyer, sont illusoires. Maintenant, j’ai encore la chance de ta réussite, qui est certaine si M. de Grouchy peut présenter un certificat.

J’arriverai à Paris avec de l’or dans la bourse. M. le Maréchal  Ney nous a fait donner des gratifications. J’ai vendu mes chevaux dont je ne me servirai pas de longtemps.

Je fais déjà des pas d’un pied dans ma chambre au moyen du soutien de mon domestique et je crois que dans 10 ou 12 jours je pourrais sortir avec des béquilles. Je suis très épuisé.

Je prends des réconfortants le plus possible et ne bois que du bordeaux; c’est ruineux, mais je ne veux rien épargner.

Adieu, chère Henriette, n’épargne rien pour obtenir mon congé du Major-général. On laisse aller les officiers blessés et malades jusqu’à Vittoria, mais là on arrête tout. C’est de là  que je ferai venir de Bayonne ma permission.

La baronne de Maltzen au colonel Valazé.

J’ai recours à vos bontés, Monsieur, dans l’angoisse mortelle où me jette le long silence de mon fils unique, Maurice de Maltzen.

Daignez me rendre la vie en m’apprenant qu’il existe encore ; depuis le mois d’août je n’ai plus de ses nouvelle ; il avait alors demandé un congé de convalescence.

Il était très malade et blessé. Depuis plus d’un mois j’hésite à vos écrire pour vous parler de mes douloureuses inquiétudes, dans la crainte d’apprendre une cruelle vérité. Je vous bénirai, Monsieur, si jamais vous m’apprenez que j’ai encore un fils ;

Le prince de Neuchâtel à la comtesse de Razoumowski.

Paris, le 17 septembre 1810.

Je vous préviens, Madame la Comtesse, que d’après la demande que vous m’avez adressée le 6 de ce mois, l’Empereur, par décision du 16 a accordé à M. le chef de bataillon du génie Maltzen, votre frère, un congé de trois mois avec appointements pour renter dans ses foyers.

Agréez, etc.…

ALEXANDRE.

—-

A Maurice de Maltzen.

Evêquemont, le 17 juillet 1810.

Ô mon bien aimé enfant, mon cœur est pénétré de douleur, de crainte et d’espérance. Dieu t’a préservé d’un coup mortel, je l’en bénis, qui daigne t’accorder ta guérison et ta conservation et je lui en rendrai grâces toute ma vie. Je ne te peindrai pas l’état de mon cœur ni celui de ta sœur. Nous sommes bien à plaindre d’être si loin de toi et privées de la consolation de te donner nos soins, et sans avoir de tes nouvelles. Quelle cruelle épreuve pour mon cœur, cher enfant ! Le tien le sent sûrement douloureux. Je souffre trop pour sentir la manière honorable dont on a fait mention de toi dans le rapport. Tous nos amis nous en félicitent nous plaignant cependant sincèrement.

 Le général de Grouchy veut bien te faire parvenir 500 fr. par le général Éblé.

Tu aurais pitié de nous si tu savais de quelle affreuse manière nous apprîmes ton malheur : en lisant le rapport et ton nom, Maltzen, mes yeux se troublèrent, je jetai un cri de douleur, je tenais le journal convulsivement. Henriette courut après moi, me couvrit de larmes… Nous te crûmes mort. Ta sœur parvint à m’ôter le journal et à lire à travers ses sanglots que tu n’étais que blessé et non tué.

 M. de Grouchy a écrit au général Dejean, d’une manière pleine de sollicitude et d’amitié pour le prier de te tenir au courant.

Note trouvée dans les papiers de Madame de Maltzen.

Le 6 août, nous apprîmes quez l’Empereur avait créé mon fils chef de bataillon. Je le lui écrivis le même jour, l’infortuné n’eût pas ma lettre.

Le 28 août, nous reçûmes un paquet de lui, et le 5 décembre nous apprîmes notre malheur, et il était mort le 29 août 1810, jour à jamais malheureux.

Que la volonté de Dieu soit faite. Puisse dieu miséricordieux recevoir les affreux déchirements de mon cœur en expiation de mes pêchés et me réunir bientôt à mon fils.

Leonardo Goeteja à Mme de Razoumowski.

Salamanque, le 9 février 1811.

Madame,

Votre lettre du 22 décembre que j’ai reçue par le dernier courrier m’oblige à réveiller le triste souvenir de la mort de votre bien-aimé frère et mon estimable ami Maurice de Maltzen. Cette mort a eu lieu chez moi le 29 août par suite de blessures et le 30 M. Maurice a été enterré dans la paroisse de la cathédrale avec toute la décence possible et tous les honneurs militaires, d’après les ordres du colonel Valazé. Quoique j’aie accompagné le dit colonel Valazé à l’enterrement, je n’ai assisté à rien d’autre. M. le colonel ayant rendu les soins assidus à M. Maurice durant tout le temps de sa maladie et presque jusqu’à son dernier moment. Ce moment arrivé, il en fut donné avis à M. le colonel qui vint avec un commissaire. On leur remit tous les effets et papiers du défunt, aux domestiques duquel ils furent laissés après avoir été scellés. Le lendemain de l’enterrement, les effets furent vendus à l’encan ; du produit, on paya les frais d’enterrement et autres. Le surplus, ils le gardèrent pour le faire parvenir à vous, Madame, ou à la chère mère du défunt. De sorte que M. le colonel ou M. le commissaire doivent vous informer de tout avec la plus grande exactitude.

Je suis affligé, Madame, de devoir à un si triste événement l’honneur que vous m’avez fait de m’écrire, etc.

Le colonel Valazé à la baronne de Maltzen.

Ciudad-Rodrigo, 7 avril 1811.

Madame, en arrivant du Portugal hier, j’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 14 novembre [1810].

 Vous devez avoir maintenant la triste certitude de la mort du malheureux Maltzen. Nous le regrettons tous, Madame, nous l’avons vu au siège de Saragosse, partout, il a montré toujours son brillant courage. J’ai eu le chagrin de le voir à Salamanque souffrir de sa blessure et je le regrette encore lus que ses autres camarades. Votre famille, Madame, est à plaindre d’avoir perdu cet intéressant jeune homme. Son caractère devait le conduire à de grandes choses, malheureusement c’est ce caractère ardent qui l’a emporté. Ses blessures allaient bien : quelques accidents augmentés par le feu de son inquiétude l’ont enlevé en quelques jours. Les habitants de Salamanque qui l’avaient connu se sont empressé de se mêler à nous dans la triste cérémonie que nous devions à sa mémoire, aux souvenirs qu’il laissait et de l’intérêt qu’il avait su nous inspirer à tous. Cet intérêt, Madame, est la cause du triste plaisir que j’ai à vous parler (trop longuement sans doute), de choses qui vous sont douloureuses. Je finis donc et suis avec un profond  respect

Votre très humble serviteur

Le colonel du génie

 VALAZÉ. 

Lettre de M. de Saint-Chamans, auditeur au Conseil d’État, intendant supérieur de la province de Palencia.

Palencia, 24 août 1811.

Ayant été aussi longtemps sans entendre parler de moi, vous avez peut-être cru, ma chère tante, que j’avais oublié votre commission. Mais les circonstances seules m’ont empêché de la remplir plus tôt. Je ne l’ai jamais perdue de vue. Quand nous sommes arrivés dans ce pays-ci, la position de Salamanque était trop incertaine pour qu’on pût y envoyer un auditeur. Pour moi, je fus sur-le-champ placé où je usis encore. Il y a à peu près six semaines que l’on s’est décidé à établie une intendance à Salamanque, et aussitôt que j’ai sur qu’un de mes collègues y était arrivé, je lui ai envoyé la note de Mme de Maltzen en le priant instamment de ne rien négliger pour remplir les vœux qui y étaient exprimés. J’ai reçu hier sa réponse et je m’empresse de vous transmettre tout ce qu’il a recueilli.

Je vous adresse d’abord une copie de sa lettre. Mme de Maltzen y verra avec plaisir et peine l’intérêt que son fils a inspiré à tous ceux qui l’ont approché ; 2° une note qu’ont donnée ses hôtes et qui répond à une grande partie des questions qu’a faites Mme de Maltzen. Cette note est écrite avec beaucoup de simplicité. Je l’ai traduite moi-même et je vous assure que quoique je n’aie pas connu celui qui en est l’objet, elle m’a fortement affecté.

Quand on est sur les lieux, que l’on est plus porté à compatir aux malheurs des autres, et si je faisais une mauvaise fin, j’aurais grande obligation, même après ma mort, à celui qui transmettrait à ma famille quelques détails sur mes derniers moments. Je vous envoie aussi l’épitaphe qui, par les soins de mon collègue, a été gravées sur la tombe de M. de Maltzen. Je garde même la petite boîte qui renferme la poussière qu’a demandée Mme de Maltzen ; j’attendrai une occasion sûre pour vous l’adresser et je crois que je l’aurai bientôt.

Note sur M. Maurice de Maltzen, donnée par ses hôtes.

M. Maltzen, après s’être trouvé au siège de Saragosse et autres occasions mémorables, vint à Salamanque au mois de novembre 1809 et fut logé chez le trésorier à la cathédrale. Il fut d’abord employé aux travaux du fort de cette ville, à la construction  de nouveaux fours pour l’armée et autres ouvrages assez importants ; enfin, il partit avec le 6ème corps pour assiéger Ciudad-Rodrigo. Là dans la nuit du 23 au 24 juin [1810] il fut chargé d’attaquer un fort situé hors la ville. Il y reçut en même temps 3 blessures : une balle le frappa au pied droit, une grenade en passant lui brûla la main et un éclat de bombe lui entra si avant dans la cuisse gauche qu’on n’a pu l’en extraire qu’après sa mort. Au moment où il reçut ces blessures, quelques soldats l’emportèrent sur leurs épaules. Il fut transporté à Salamanque et déposé à l’hôpital dans la salle des officiers, mais comme il désirait avec ardeur reprendre son logement chez le trésorier qui allait souvent le voir, accompagné de son neveu, professeur à l’université de Salamanque, que M. de Maltzen aimait beaucoup, on l’y porta et du moment qu’il y fut, le malade dit qu’il lui semblait que les soins, les secours et les témoignages de tendresse qu’il recevait de ses hôtes et de tous les gens de la maison avaient calmé ses douleurs et guéri ses plaies. Plusieurs fois, voyant le trésorier arranger lui-même les draps de son lit, il s’écria : « A voir les soins que vous me donnez, on croirait que vous êtes mon père et que je suis entre ma mère et mes frères et sœur. » Il fut soigné par un chirurgien-major en qui il avait beaucoup de confiance et d’autres chirurgiens de l’armée française. Ses domestiques ne l’abandonnèrent pas, au contraire, ils lui donnèrent les plus grands soins, sans quitter son oreiller ni jour, ni nuit. Il recevait les visites de ses mais, surtout de M. Valazé, colonel du génie qui le voyait tous les jours. Il allait d’abord de mieux en mieux, toutes ses blessures étaient guéries, hors celle de la cuisse ; déjà il s’habillait, se promenait dans la maison et se repaissait de l’espérance de voir bientôt sa famille. Ce fut alors qu’il reçut la nouvelle qu’il était nommé membre de la Légion d’honneur. Le colonel Valazé lui en attacha le ruban à la boutonnière et ce jour-là même il fut rendre visite à son patron dans sa chambre, transportée de joie de l’honneur qu’il venait de recevoir. Le chirurgien-major avait les meilleurs espérances quand, vers la fin d’août, les chaleurs étant devenues très fortes, la suppuration augmenta, l’humeur rentra, se porta à la tête et il mourut sans savoir qu’il mourait, le 29 août [1810], à 3 heures après-midi. Le colonel Valazé resta près de lui et lui ferma les yeux.

Une compagnie d’infanterie accompagna le corps jusqu’à la cathédrale, où il fut enterrée près de la grande chapelle, le 30 août dans la soirée. Le lendemain, on chanta en son honneur une messe de requiem. La troupe lui rendit les honneurs militaires et on mit sur son cercueil rendu de noir et de blanc son chapeau, son épée et son ruban de la Légion d’honneur.

Pour remplir les intentions de sa mère, on a gravé sur son tombeau l’épitaphe :

« Ci-gît Maurice de Maltzen, chef de bataillon, membre de la Légion d’honneur, qui, des suites d’une blessure reçue au siège de Ciudad-Rodrigo, est mort à Salamanque le 19 août 1810. Il avait 25 ans. Sa mère lui érigea ce tombeau. »

—-

A M. de Saint-Chamans.

Salamanque, 6 août 1811.

 Mon cher Collègue,

L’intérêt qu’a inspiré M. de Maltzen pendant sa vie a été trop grande pour que son souvenir ne se soit pas conservé ici jusqu’à présent ; les médecins et chirurgiens qui l’ont soigné ont suivi l’armée du Portugal, mais j’ai retrouvé ses hôtes, qui tout pleins encore de lui, m’en ont parlé avec effusion. Je les ai priés de m’écrire tous les détails qu’ils pourraient recueillir afin que Mme de Maltzen fut plus convaincu de la vérité de leurs rapports, et je vous l’envoie tel qu’il m’a été donné.

Le colonel Valazé avait ordonné qu’il fut placé une pierre avec une inscription sur sa tombe, mais les troubles survenus avarient arrêté l’exécution. Je m’en suis chargé et hier tout a  été posé. J’en ai profité pour remplir le dernier vœu de Mme de Maltzen et je vous envoie aussi la petite boîte qu’elle avait réclamée. Je connais trop le prix qu’on attache dans ce cas aux moindres circonstances  pour ne pas chercher à satisfaire la douleur d’une mère aussi malheureuse. J’aurais déserté pour cela que ses hôtes fussent entrés dans les détails le plus minutieux, mais vous connaissez la peine qu’ont les Espagnols à écrire et je  crois encore en avoir obtenu beaucoup.

Veuillez, etc.

 Signé : L’auditeur au Conseil d’État

Intendant supérieur,

PATRY.

M. de Saint-Chamans à la comtesse de Razoumowski.

Palencia, 2 décembre 1811.

Je me félicite, Madame, d’avoir rempli les vœux que Madame votre mère et vous aviez formés. Sachant combien tout ce qui a tait aux derniers moments d’un fils et d’un frère a  d’intérêt pour les personnes qui ont eu le malheur de le perdre, j’ai fait tout ce qui dépendait de moi pour vous en procurer l’entière connaissance et je me suis d’autant plus empressé de vous transmettre les moindres détails qu’ils m’ont paru de nature  à porter quelque adoucissement à vos peines. M. de Maltzen n’a seulement pas soupçonné qu’il était si près de sa fin et il est mort sans avoir à repousser l’idée d’une éternelle séparation. Cette certitude peut être bien consolante pour vous, Madame. Je suis heureux de savoir que c’est à moi que vous la devez et le serai encore plus d’apprendre le rétablissement de Madame de Maltzen et le retour de la tranquillité parmi vous.

Croyez, Madame, que j’en fais le vœu bien sincère et veuillez agréer mes hommages respectueux.

FIN.

 

 

 

 


[1] Terre du maréchal de Grouchy qui la vendit plus tard pour se fixer à La Ferrière dans le Calvados. Elle est entrée par le mariage de François-Jacques, marquis de Grouchy avec Mlle Gilberte Freteau de Peny. Elle appartient aujourd’hui [1880] à la marquise de Termes, fille de Fouché, duc d’Otrante. Elle est située près de Meulan, dans la commune de Condécourt (Yvelines]. (Note du Vte de Grouchy).

[2] Incendie de l’ambassade d’Autriche pendant le bal que l’Ambassadeur donnait pour les fêtes du mariage de Napoléon et de Marie-Louise. (Note du Vte de Grouchy).

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( 31 janvier, 2020 )

Jomini…

Jomini... dans FIGURES D'EMPIRE cjs2

Le général Antoine de Jomini (1779-1869), d’origine suisse, nommé chef d’état-major de Ney après la paix de Tilsitt, il participe à la campagne d’Espagne. Il connaîtra sur place une grave mésentente avec l’entourage du maréchal. Offensé, Jomini demande son congé et quitte l’armée. Rentré en Suisse il démissionne et offre ses services à l’empereur de Russie. Rappelé par Napoléon, il est nommé général de brigade. Après avoir participé à la campagne de Russie, il est en Saxe. S’opposant à Berthier qui gèle tout avancement de Jomini, et raye son nom du tableau des avancements. C’en est trop ! Jomini traverse les lignes le 14 août 1813 et passe à l’ennemi. Sur ce personnage intéressant, excellent « prévisionniste » stratégique, lire l’étude de J.-F. Baqué (« L’homme qui devinait Napoléon. Jomini », Perrin, 1994).

La photographie ci-dessus le représente vers la fin de sa vie.

C.B.

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( 31 janvier, 2020 )

A propos d’Amédée de Pastoret en 1812…

Personnage quelque peu méconnu, Amédée de Pastoret (1791-1857), fut intendant de la Russie blanche. Il  n’avait eu que deux mois pour organiser cette province, délai manifestement trop court, quand il se vit être entraîné dans les désastres de la Grande-Armée et réduit à tracer dans les boues et les neiges son douloureux itinéraire de Vitebsk à la Bérézina. Il assiste au dénouement du drame militaire le plus poignant que les annales du monde aient enregistré; il rejoint la Grande-Armée à ce moment tragique où, selon le mot de Ségur  « l’aspect de la carte devenait effrayant. » Les premières nuits de grand froid, en gelant des bivouacs entiers, ont frappé les troupes comme à coups de massue. Koutousov les talonne depuis Moscou. L’âge et le caractère de ce général rendent sa poursuite peu active, mais n’empêchent pas que Napoléon ne soit dans l’impossibilité de faire halte là où, par hasard, il pourrait reposer ses troupes et les nourrira Au moins Napoléon se rassure-t-il en voyant le Dnieper tout près de lui il compte s’arrêter de l’autre côté du fleuve et recueillir là les fruits de cette extrême prudence qu’il sait mêler à ses plus grandes témérités. La région entre le Dnieper et la Duna lui appartient Oudinot et Saint-Cyr à Polotsk, avec les 2ème  et 6ème  corps, Victor à Smolensk avec le 9ème, Schwarzenberg à Minsk avec les Autrichiens,

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 la lui tiennent fermée; Macdonald resté de l’autre côté du Niémen avec le 10ème corps, Augereau à Berlin avec le 11ème, viendront l’y rejoindre. Telles sont ses espérances; dans le fait, son dispositif de sûreté est enfoncé depuis le jour même où il a quitté Moscou. Ce jour-là, 18 octobre 1812, Gouvion Saint-Cyr battu à Polotsk par la faute de Victor, qui ne l’a pas secouru, a perdu la lignezde la Duna ; il rétrograde avec Oudinot vers Sienno, où Victor vient tardivement le rejoindre, mais où il ne pourront se maintenir En même temps, Schwarzenberg, qui barrait jusque-là la route à l’armée de Tchitchagov, lui abandonne Minsk et se retire vers Varsovie, trahissant ainsi la première défection de son empereur à la cause de Napoléon; Tchitchagov se dirige vers Borisov, où il se propose de maîtriser les passages de la Bérézina. Koutousov à l’est, Wittgenstein au nord, Tchitchagov au sud-ouest, sont désormais aux trois sommets d’un triangle à l’intérieur duquel la Grande-Armée se trouve inscrite; ce triple coin s’enfonce dans la masse militaire française qui s’émiette et ne résiste plus.

Partout des retraites, des abandons, des capitulations depuis le 6 novembre 1812, jour au cours duquel il connu la conjuration de Malet, l’Empereur n’a reçu que de mauvaises nouvelles. D’abord le rapport de Gouvion Saint-Cyr, annonçant son revers de Polotsk, puis les courriers qui lui apprennent la porte de Minsk, la défection des Bavarois, désormais séparés de Gouvion Saint-Cyr et marchant par un itinéraire à eux, le pillage des magasins de Smolensk. Il est dans cette ville, qu’il faut maintenant quitter, qu’on ne quittera pas sans de nouveaux désastres, quand le jeune intendant de Pastoret s’en approche, croise des troupes du prince Eugène qui marchent vers Vitebsk et qu’il n’a pas qualité pour arrêter. Ces troupes ignorent encore l’événement dont Pastoret vient rendre compte Vitebsk pris, la mauvaise garnison de Berg, qui le défendait, prise elle-même, ou rejetée en désordre vers le gros du 9ème corps. Au cours de sa campagne de Russie, Amédée de Pastoret rencontrera plusieurs personnages célèbres (Berthier, Murat et l’Empereur en personne).

C.B.

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( 19 janvier, 2020 )

D’Orcha à la Bérézina…

D'Orcha à la Bérézina... dans HORS-SERIE campagnerussie1

Le général hollandais de Dedem de Gelder, retrace dans ses « Mémoires » son parcours à ce moment précis de la campagne de Russie.

« Ce fut à Orcha que le maréchal Ney rejoignit l’armée après des manœuvres savantes et une intrépidité sans exemple ; Le Vice-roi avait été à sa rencontre et eut part à la gloire de ce beau mouvement militaire. Mais, à partir de ce moment, le désordre alla en augmentant, et vainement l’Empereur fit proclamer au son du tambour et sous les menaces les plus sévères que chacun eût à rejoindre son corps. Nous marchâmes vers Kokanow le 20 ; le 21 vers Toloczin par une route en ligne droite bordée d’arbres et fort belle en d’autres temps, mais offrant maintenant les scènes les plus affreuses. En entrant à Bobr, le 22, je rencontrai un parc d’artillerie hollandaise et les équipages du lieutenant général Daendels, ce qui me confirma l’avis, à nous donné, que le 9ème corps s’était enfin approché de nous. Pour le reste, les nouvelles furent rien moins que rassurantes, car nous apprîmes au Borisov était occupé par l’ennemi. Etant allé prendre les ordres du major général [Maréchal Berthier, prince de Neufchâtel], je l’entendis répondre à  un officier qui lui avait dit à l’oreille je ne sais quoi : « Nous sommes donc coupés de tous côtés.  » Enfin il ne me resta plus de doute sur notre position lorsque je vis, le soir, le comte Daru brûler les papiers de l’Empereur, mêmes les traités les plus secrets. Son secrétaire, lui en montrant un dans une belle boîte de vermeil, lui dit : «  Il n’en existe point de copie à Paris. » Le ministre répondit : « C’est égal, brûlez. » Au souper, j’en parlai au comte Daru, qui me dit en confidence : « La journée de demain décidera de notre sort ; peut-être ne reverrai-je jamais ni la France, ni ma femme, ni mes enfants ; cette idée est cruelle… Le lendemain, en nous approchant de Borisov, je vous l’Empereur dicter dans sa voiture un ordre au prince de Neufchâtel avec le plus grand sang-froid, quoiqu’il eût l’air soucieux, et j’avoue que je l’admirai. On s’était arrêté, on avait fait un feu de bois de sapin qui brûlait fort mal. Napoléon ordonna au général Krasinski d’envoyer un Polonais avec un paysan pour sonder un gué à un quart de lieue vers la droite ; ces hommes n’étant pas revenus aussi vite que Sa Majesté l’aurait voulu, Elle ordonna : « A cheval ! » Et nous avançâmes vers la ville. Le Polonais avait ordre de sonder le passage et de tirer un coup de pistolet s’il le trouvait praticable mais il tomba à l’eau, et ses pistolets furent mouillés, ce qui l’empêcha d’exécuter l’ordre. L’Empereur était sorti de sa voiture et causait avec nous comme si de rien n’était. D’où nous étions, on distinguait la position qu’occupaient les Russes au-delà du pont et d’où ils nous dominaient. On se logea dans le faubourg ; les Russes auraient pu nous y chauffer, mais la nuit fut tranquille. A huit heures, l’Empereur, partit pour aller se loger dans un petit château près de Studianka, où il fit travailler toute la nuit aux ponts, à l’endroit même où Charles XII avait passé la Bérézina en entrant en Russie.

Dans les combats qui eurent lieu sur les bords de la rivière, le duc de Reggio [Maréchal Oudinot], les généraux Legrand, Dombrowski et Girard furent blessés ; le jeune comte de Noailles fut tué ; mais leur sans coula en combattant pour l’honneur des armes et pour sauver des milliers de victimes. Combien plus malheureux furent ces guerriers sans nombre qui périrent dans les flots ou écrasés sous les pieds des chevaux et les roues  des voitures Le souvenir en est horrible, et je n’oublierai jamais ce spectacle affreux. Dans le désordre, qui fut inexprimable, le prince de Neufchâtel fit repasser une division d’infanterie, qui avait déjà passé les ponts ; ce faux mouvement perdit un temps précieux. Pour moi, je fus en ce jour plus heureux que sage ; j’étais passé un des premiers, croyant trouver l’Empereur à l’autre bord, et je voulus, avant de me mettre en route pour Wilna, lui demander ses ordres. Depuis Smolensk j’avais par écrit celui de me rendre dans cette dernière ville. On m’apprit que l’empereur était encore sur la rive fatale ; je repassai le pont, mais un officier général de ma connaissance, étonné de me voir revenir, m’en demanda la cause ; quand je la lui eus expliquée, il me dit : « Vous êtes bien fou de vous occuper de lui ; si j’étais de l’autre côté, je ne repasserai pas, m’en donnât-il l’ordre par écrit. » Je réfléchis, et je suivis un conseil aussi salutaire. Le passage devenait de plus en plus difficile, et c’est dans cette contremarche que je perdis mon petit canonnier féminin [sic], qui ne m’avait pas quitté.

Aussitôt que j’eus regagné la route du salut, je filai vers Zembin, où je passai la nuit chez un juif, qui me fit payer fort cher un souper abominable dont je le trouvai plus mal que bien. Je me trouvai plus mal que bien. Je ne reviens pas encore de la surprise que j’eus en traversant les ponts d’une longueur étonnante sur lesquels passe la grande route de Zembin à Molodeczno. Les Russes ne les avaient point brûlés !!

Il aurait suffi de les détruire pour enfermer l’armée française avec son chef dans une véritable souricière ; car il ne serait resté aucune possibilité de franchir les marais et le bras de la Bérézina qui coupe la route. Les cosaques étaient venus le matin à Zembin, mais les généraux russes ne se doutèrent pas que Napoléon prendrait ce chemin, ce qui ne prouve pas en faveur de leur sagacité. Ils auraient pu se douter que nous chercherions à éviter Minsk, dont ils étaient maîtres. » 
 
(« Un général hollandais sous le Premier Empire. Mémoires du général baron de DEDEM de GELDER (1774-1825) », Plon, 1900, pp.286-289). En 1812, cet officier commandait une brigade sous les ordres du maréchal Davout. Plus tard, lors de la retraite, il se trouve à l’avant-garde sous les ordres de Murat.

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( 29 décembre, 2019 )

Le Général Bonnamy…

Auguste Bonnamy , général de brigade depuis le 8 janvier 1799, commandait à la bataille de la Moskowa la 1ère  brigade de la division Morand. Son nom n’est pas cité par Ségur que Gourgaud ne manque pas de blâmer sur ce point. A la tête du 30ème régiment d’infanterie, un des régiments les plus braves et les plus résolus de l’armée, Bonnamy s’empara de la grande batterie ou batterie Raïevsky où les canonniers se firent tuer sur leurs pièces. Mais quelques bataillons russes, conduits par le général-major Ermolov et par le général d’artillerie Koutaïzov, revinrent à la charge, baïonnette baissée, et reprirent la batterie après une furieuse mêlée. Le 30ème régiment n’avait pas été secouru à temps : accablé, il dut se faire jour pour rejoindre sa division, et Bonnamy, criblé de coups, resta entre les mains des Russes : il fut fait prisonnier par le feldwebel Solotov, du 18ème régiment de chasseurs, qui reçut pour cette action le grade de lieutenant, et Koutouzov, dans son rapport du 8 septembre, eut bien soin de dire au tsar qu’il avait fait des prisonniers, dont un général de brigade. Au retour de Bonnamy, en 1814, sous la première Restauration, Ney, Morand, Berthier s’employèrent pour lui, et voici les témoignages qu’ils lui rendirent. Voici une lettre de Ney qui jadis avait déjà plaidé pour Bonnamy et qui demande qu’il soit élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur; la lettre est adressée au comte Dupont, ministre de la guerre.

———————-

Paris, le 11 septembre 1814.

Monsieur le Comte, je renouvelle à Votre Excellence la prière que je lui ai faite de faire confirmer le maréchal de camp Bonnamy dans le grade d’officier dela Légion d’honneur que l’Empereur lui avait accordé à Moscou pour prix de sa conduite à la bataille del a Moskowa.

 NEY.

Voici un certificat de Morand, apostillé par Berthier, qui tous deux attestent l’héroïque intrépidité de Bonnamy et sollicitent pour lui le grade de général de division ou de lieutenant-général, qu’il obtint, du reste, le 11 janvier 1815.

Je soussigné, lieutenant-général des armées du Roi, commandant dans la campagne de 1812 la première division du 1er corps d’infanterie, certifie qu’à la revue de cette division, au Kremlin, le 11 octobre 1812, la décoration d officier de la Légion d’honneur fut accordée, sur ma demande, à M. le maréchal de camp Bonnamy, commandant, dans cette campagne, la 3ème  brigade de cette division, et sur mon rapport de la manière héroïque avec laquelle M. le général Bonnamy enleva, avec sa brigade, la grande redoute de droite à la bataille de Borodino ou Mojaïsk. La demande du grade de général de division fut aussi faite pour ce général, et je reçus la promesse que le grade lui serait accordé à son retour. Le général Bonnamy, après avoir fait, avec sa brigade, une des actions les plus héroïques qui aient jamais illustré les armées françaises, resta, criblé de coups de baïonnette, au pouvoir de l’ennemi. Si le général Bonnamy n’a pas reçu les titres de cette nomination, son état de prisonnier et la perte de tous les papiers dans la retraite en sont l’unique cause.

Fait à Paris le 18 septembre 1814.

Le lieutenant-général,

Comte MORAND.

Certifié avec plaisir par moi, prince de WAGRAM.

ALEXANDRE.

(Arthur CHUQUET, « Lettres de 1812. Première Série [seule parue] », Librairie Ancienne, Honoré Champion, Éditeur, 1911, pp.13-15).

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( 19 décembre, 2019 )

Le ravitaillement à Moscou…

« Les approvisionnements des palais et des maisons particulières surpassaient toute attente. S’il y avait eu de l’ordre on aurait pu distribuer des vivres à toute l’armée pour trois mois ; mais déjà il n’y avait plus de discipline. Les employés des vivres ne pensaient qu’à eux. On a refusé à des généraux blessés du vin de bordeaux sous prétexte qu’il n’y en avait point, et lorsque, six semaines plus tard, le maréchal duc de Trévise [Mortier] fit sauter le Kremlin, il y fit casser deux mille bouteilles à long bouchon pour empêcher que les soldats dela Jeune Garde n’en bussent en trop grande quantité. Il fallait une permission de l’Intendant général (le général comte Mathieu Dumas) pour obtenir un sac d’avoine, et c’était chose difficile à obtenir ; et à notre dé part il en resta dans les magasins pour nourrir vingt mille chevaux pendant six mois. En quittant Moscou, j’ai vu un magasin dont les voûtes, d’une longueur immense, étaient remplies de sacs de belle fleur de farine : il fut livré au pillage ; cependant je n’avais obtenu qu’avec peine, huit jours auparavant, un sac de grosse farine. Avec plus d’activité et de zèle de la part des employés, surtout des subalternes, l’armée aurait pu être habillée et bien nourrie. Plus d’un tiers de la ville était resté intact et regorgeait de tout ce dont nous avions besoin. Il n’y avait que le foin et la paille qui manquaient. Le prince de Neufchâtel [maréchal Berthier] lui–même envoyait dans les villages pour s’en procurer. Souvent les Cosaques enlevaient chevaux, voitures et domestiques. Les habitants, fatigués des vexations de la valetaille, avaient fini par s’armer contre eux ; ils les tuaient, ou bien ils allaient chercher les Cosaques pendant que nos gens ribotaient  et chargeaient leurs voitures ou leurs chevaux. Je crois qu’avec plus de prudence on eût mieux réussi. J’ai été assez heureux de voir rentrer, tous les quatre ou cinq jours, mes fourrageurs, qui à l’ordinaire m’apportaient des œufs, des pommes de terre et quelquefois des volailles, grâce à l’ordre très sévère que j’avais donné de ne rien prendre que des fourrages, d’acheter tout le reste. Un sergent, homme de bien accompagnait mes laquais, avec quelques soldats armés. Il empêchait toute vexation, et cette méthode réussit à merveille. Un jour, plusieurs des habitants d’un village où ils avaient été souvent vinrent au-devant d’eux, leur apportant deux poules et des œufs, mais les engagèrent à ne pas s’approcher parce que les Cosaques étaient chez eux. Leur avis fut complètement avéré. »

(« Un général hollandais sous le Premier Empire. Mémoires du général baron de Dedem de Gelder (1774-1825) », Plon, 1900, pp.252-254).En 1812, cet officier commandait une brigade sous les ordres du maréchal Davout. Plus tard, lors de la retraite, il se trouve à l’avant-garde sous les ordres de Murat.

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( 21 novembre, 2019 )

Le général baron de Pamplona…

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Emmanuel-Ignace de Pamplona  né le 8 mai 1766 à Angra, dans l’île Tercère, une des Açores, était brigadier des armées en Portugal depuis 1802 lorsqu’il fut nommé (27 mars 1808) général de brigade au service de France. Il commanda la brigade de chasseurs à cheval de la Légion portugaise (14 juillet 1808), puis la place de Mayence (22 mars 1812). Il fît la campagne de Russie, dans la division Legrand, au 2ème corps de la Grande Armée, et il relate ainsi ce qu’il fît alors : « A couvert la retraite des 2ème et 6ème  corps à Polotsk; à la tête d’un régiment suisse a repoussé l’ennemi qui le serrait dans les rues de la ville sans pouvoir l’entamer; fit couper les ponts sur la Dvina, sous le feu de l’ennemi, après avoir fait passer toute l’artillerie et les bagages de l’armée. » A Borissov, il reçut une légère blessure à la cuisse gauche, et quelques jours auparavant, le 18 novembre 1812, il envoyait à Oudinot de précieux renseignements qu’il avait reçus du sous-préfet de Tolotchin. Ce fut lui qui, venant de Borissov, annonça à Bobr au duc de Reggio que les Russes venaient de nous enlever notre unique pont sur la Bérésina. Aussi, de Berlin, le 3 janvier 1813, Oudinot le recommandait ainsi à Berthier : « J’ai l’honneur d’envoyer à V. A. S. une lettre à son adresse, que je reçois de M. le général Pamplona. Je la prie d’y avoir égard et de traiter cet officier général comme digne de son intérêt. Sa conduite militaire pendant la campagne mérite la bienveillance de Sa Majesté à laquelle j’ai l’honneur de le recommander. » Pamplona resta au service de France; il suivit Louis XVIII à Gand, commanda le département de Loir-et-Cher et celui de la Côte-d’Or, et il était à la retraite depuis 1818 lorsqu’il fut nommé, en 1822, lieutenant général honoraire. 

(Arthur Chuquet, « 1812.La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912, pp. 378-379).

 

 

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( 15 novembre, 2019 )

Campagne de France.12 mars 1814. Le maréchal Berthier au maréchal Ney…

 Ney

[Pièce n°2833]. Soissons, 12 mars 1814, 5 heures du soir.

L’Empereur ordonne que vous passiez l’Aisne ce soir et que vous réunissiez votre corps avec toute votre artillerie sue le chemin de Sermoise. Votre corps sera augmenté du bataillon de la Vistule qui est à Soissons et du 7ème bataillon du 122ème régiment d’infanterie qui se trouve aussi à Soissons.

—–

[Pièce n°2834]. Soissons, 12 mars 1814.

L’Empereur vient de modifier les ordres que je vous ai adressés à 5 heures du soir. Partez sur-le-champ avec la brigade du général Boyer augmentée du 7ème bataillon du 122ème régiment et du bataillon de la Vistule. Menez avec vous les 12 bouches à feu de la division Boyer ; si cette division n’a pas ses 12 bouches à  feu et 4 caissons de cartouches d’infanterie, vous mènerez une batterie de la division Meunier. Laissez la division Meunier à Soissons sous les ordres de M. le duc de Trévise [Maréchal Mortier]. L’intention de l’Empereur est que vous alliez ce soir aussi loin que possible afin d’arriver demain de bonne heure à  Reims.

(Arthur CHUQUET, « Inédits napoléoniens. Tome second », E. de Boccard, Editeur, 1914-1919, p.330).

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( 8 novembre, 2019 )

A Orcha et ailleurs…

Un bivouac de fortune (Russie, 1812)...

« En arrivant à Orcha, toute l’armée fut surprise de la complaisance des Russes. Ils nous y avaient lassé le passage libre, et c’est là que, le 19 et 20 novembre, nous franchîmes le Dniepr sur deux ponts construits à la hâte. En ne nous attaquant point, le maréchal Koutousov nous laissa la perspective flatteuse de voir arriver les corps d’armée des maréchaux Victor et Oudinot, qui en effet nous sauvèrent à la Bérézina ; Koutousov avait agi en général peu accoutumé à vaincre, ou en politique rusé. Sa maxime fut de nous laisser aller : « Cette leçon leur servira, disait-il, ils n’y reviendront pas ; il faut les chasser de chez nous, mais il ne faut pas détruire l’armée française ; ce serait travailler pour leurs ennemis et els nôtres. » Koutousov tenait au système d’alliance entrela France et la Russie. A Doubrowna et à Orcha nous avions trouvé des vivres, mais le désordre qui régnait dans l’armée avait rendu les distributions régulières impossibles, et le résultat avait été le même qu’à Smolensk ; les uns avaient pris au-delà de leurs besoins, les autres n’avaient rien obtenu et succombaient d’inanition. Personnellement j’ai été très heureux, après la perte de mes équipages. Le [grand-] maréchal Duroc m’invita souvent à déjeuner à la halte que l’Empereur faisait en plein air. Le maréchal Lefebvre, le duc d’Abrantès [général Junot], et surtout le comte Daru, partagèrent avec moi leur souper ; le général Piré conserva son fourgon jusqu’à la Bérézina, grâce à mes soins et à ceux de ses aides-de-camp. Je m’étais mis en subsistance chez lui à la condition de bien défendre notre palladium ; aussi, pour faire passer ce fourgon  si précieux et celui du comte Daru, ai-je tiré plus d’une fois l’épée contre ceux qui voulaient arrêter leur passage, mon chapeau galonné ne suffisant plus à en imposer aux soldats. J’ai beaucoup souffert à cause de ma blessure et du froid, mais je ne me suis jamais couché sans souper et sans boire une bouteille de vin. Dans le jour, je pus acheter quelquefois une entrecôte de bœuf ou de cheval que je rôtissais à la pointe de mon épée auprès des bivouacs, quand du moins les soldats consentaient à me laisse approcher. Les Polonais étaient bien plus complaisants, en cela, que les Français, et souvent ils m’ont échangé ma viande contre des côtelettes de mouton et de la soupe de kacha. Avant Smolensk, je fus soigné pendant trois jours par un jeune comte de Seckendorff, officier des cuirassiers saxons, qui était bien monté en tout et à qui j’ai eu pour cela grande obligation. Tous ces détails sont minutieux, mais ils dépeignent la triste situation de l’armée. A quoi en effet n’est pas réduit le sous-lieutenant lorsque les généraux sont à la merci du soldat et n’ont ce qu’ils obtiennent que par un reste de considération ou par amitié ?

J’ai perdu en Russie vingt-quatre chevaux de prix, sans compter les petits cognats qu’on achetait à un ou deux louis, et qu’on perdait deux jours après. Je n’ai sauvé que ma personne et mes papiers ; mes cartes, mon argent, tout est tombé au pouvoir de l’ennemi, et l’on ne m’a donné aucune indemnité à mon retour, grâce à la partialité du prince de Neuchâtel [Maréchal Berthier] ; à qui j’avais dit trop franchement, pour en être aimé ou favorisé, ma manière de voir sur le traitement qu’éprouvaient les étrangers. Comme j’avais été au Kremlin lui parler pour moi et pour quelques autres officiers, Son Altesse me dit : « Si vous n’êtes pas contents, vous pouvez vous ne retourner. » Je lui répliquai : « Ce n’est ni le moment pour nous de le demander, ni à vous de nous le proposer, et je doute, prince, que l’Empereur vous ait chargé de ce message ; mais je ne vous cache pas que moi aussi bien que ceux dont je vous parle, nous sommes fâchés d’être venus. »

(« Un général hollandais sous le Premier Empire. Mémoires du général baron de Dedem de Gelder (1774-1825) », Plon, 1900, pp.283-286).En 1812, cet officier commandait une brigade sous les ordres du maréchal Davout. Plus tard, lors de la retraite, il se trouve à l’avant-garde sous les ordres de Murat.

 

 

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