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( 28 novembre, 2019 )

Le général Bachelu

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Gilbert-Désiré-Joseph Bachelu est né le 9 février 1777 à Dôle (Franche-Comté).Reçu en l’an II à l’école du génie de Metz, en qualité d’élève sous-lieutenant.Nommé capitaine en l’an IV, il fait la campagne du Rhin puis la campagne d’Egypte où il est nommé chef de bataillon en l’an VIII. Après son rapatriement, il passe colonel du génie et embarque pour Saint-Domingue. De retour en France, il exerce les fonctions de chef d’état-major du génie au camp de Boulogne de l’an XI à l’an XIII, où il devient membre de la Légion d’honneur le 19 frimaire an XII et officier de l’Ordre le 25 prairial. Le 12 nivôse an XIII, il prend le commandement du 11ème de ligne ; à sa tête, il participe à la campagne d’Austerlitz puis à celle de Dalmatie. Il est nommé général de brigade le 5 juin 1809, se distingue à Wagram et au siège de Dantzig, ville dont il est nommé commandant en second en 1811. Il obtient le titre de baron de l’Empire le 29 août 1810. En 1812, il fait la campagne de Russie, puis revient à Dantzig dont il assure la défense jusqu’au 1er janvier 1814.

Il est nommé général de division le 26 juin 1813. Revenu en France, il reçoit la croix de Saint-Louis le 19 juillet 1814. Au retour de l’île d’Elbe, Napoléon lui confie le commandement de la 5èmedivision du 2ème corps (général Reille).Il se bat aux Quatre-bras et il est blessé à Mont-Saint-Jean. 

Après le licenciement de l’armée de la  Loire, il est arrêté et condamné à l’exil. Rappelé en 1817, il est replacé à l’état-major de l’armée. Il est finalement admis à la retraite en 1824. Bachelu s’éteint le 16 juin 1849 à Paris.

Son nom est inscrit sur l’Arc-de-Triomphe de l’Étoile, côté sud. 

Capitaine P. MATZYNSKI

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( 13 novembre, 2019 )

Autour du passage de la Bérézina…

Autour du passage de la Bérézina... dans HORS-SERIE Bérézina1

Les pontonniers, sans oublier les autres…

« A plusieurs reprises les ponts se rompirent sous le fardeau, et il s’écoula du temps avant que les pontonniers qui étaient déjà très fatigués et sans nourriture aucune, eussent réussi à les rétablir. Mais ces braves gens, dans l’eau jusqu’à la poitrine, travaillèrent avec le plus grand zèle et la plus rare abnégation, et ils se dévouèrent à une mort certaine pour sauver l’armée.» (« La campagne de 1812. Mémoires du Margrave de Bade… », Fontemoing et Cie, 1912, p.123).

Durant la campagne de Russie, l’auteur, Guillaume de Hochberg (1792-1859) commandait une brigade badoise, faisant partie de la 26ème division (Daendels) et du 9ème  corps d’armée (maréchal Victor).

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«On a donné les plus justes éloges tant aux ouvriers d’artillerie et du génie qu’aux pontonniers et aux marins dela Garde qui avaient été mis à la disposition du général Éblé. Il est presque incroyable, que dans une si rude saison, et exténués par les misères et les fatigues communes, ces braves gens enfoncés dans l’eau jusqu’aux aisselles, y soient restés durant des heures entières pour planter et consolider les chevalets sur un fond fangeux qui avait trompé d’abord tous les calculs, et qui fit presque désespérer de conduire le travail à sa fin. » (Baron Dufour, « La guerre de Russie, 1812… », Atlantica, 2007, p.409).

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Le passage.

« Pendant la nuit du 27 au 28 [novembre] le passage s’effectue dans la plus affreuse confusion; le désordre est au comble. Des milliers de voitures sont entassées à l’entrée et à la sortie des ponts ; la force l’emporte sur le droit, le plus faible est renversé et foulé aux pieds. Soudain (9 heures du matin), la canonnade la plus vive s’étend de la gauche à la droite, et décrit les trois quarts d’un cercle au centre duquel l’Empereur est placé… Déjà Wittgenstein foudroie les ponts sur lesquels cent obus viennent éclater ; il veut se rendre maître du passage. L’air retentit des cris et des gémissements des femmes et des enfants. Dans leur effroi, les uns se précipitent dans le fleuve et cherchent à le passer à la nage, les autres tentent de le guéer ; et tous, épuisés par de vains efforts, viennent s’engloutir dans les marais impraticables de la Bérézina.  » (Baron Denniée, « Itinéraire de l’empereur Napoléon pendant la campagne de 1812 », Paulin, Libraire-Editeur, 1842, pp.158-160).

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« Quel effrayant tableau me présenta cette multitude d’hommes accablée de toutes les misères, et contenue dans un marais ! Elle, qui deux moi auparavant, triomphante, couvrait la moitié de la surface du plus vaste des empires. Nos soldats pâles, défaits, mourant de faim et de froid, n’ayant pour se préserver des rigueurs de la saison que des lambeaux de pelisses, ou des peaux de mouton toutes brûlées, se pressaient en gémissant le long de cette rive infortunée [celle dela Bérézina]. Allemands, Polonais, Italiens, Espagnols, Croates, Portugais et Français, tous mêlés ensemble, criant, s’appelant entre eux, et se fâchant chacun dans leur langue ; enfin les officiers, et même les généraux, roulés dans des pelisses sales et crasseuses, confondus avec les soldats, et s’emportant contre ceux qui les foulaient ou bravaient leur autorité, formaient une confusion dont aucune peinture ne pourrait retracer l’image. » (Labaume, »La campagne de Russie. 1812 », Cosmopole, 2002, pp.272-273).

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« L’armée russe s’étant rapprochée, quelques obus tombèrent parmi ces malheureux. Alors, la terreur s’empara de tous les esprits, beaucoup tentèrent de passer sur des chevaux à la nage, quelques-unes réussirent, mais la plupart périrent entraînés par les glaçons ou même coupés en morceaux par leur choc. On en vit arrêtés par les glaces, mourir dans pouvoir se dégager et en appelant le secours d’un ami. (Général Vionnet de Maringoné, « Mes campagnes. Russie et Saxe (1812-1813)… », A la Librairie des Deux Empires, 2003, pp.54-55).

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« L’armée fatiguée par les longues étapes, affaiblie par les privations et la faim, exténuée par le froid était déjà détruite moralement, si elle existait encore physiquement ; aussi, à la vue de ce nouveau danger [celui du passage périlleux de la Bérézina], chacun songea-t-il à sa conservation personnelle. Les faibles liens de la discipline achevèrent de se briser. L’ordre n’existait plus, le plus fort renversait le plus faible et lui marchait sur le corps pour arriver au pont. On se précipitait en masse pour passer, mais avant d’entrer sur le pont il fallait gravir une montagne de cadavres et de débris. Beaucoup se soldats blessés ou malades, des femmes à la suite de l’armée furent renversés par terre et foulés aux pieds. Quelques centaines d’hommes furent écrasés par les canons. La foule qui se pressait pour passer formait une masse immense. Ses mouvements ressemblaient aux vagues de la mer, à chaque ondulation, les hommes qui n’étaient pas assez forts pour résister au choc étaient jetés et étouffés par cette masse. » (Vionnet de Maringoné, p.54).

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 « C’était un spectacle déchirant de voir tant de blessés et de malades qui demeuraient sur l’autre bord et qui se trouvaient maintenant livrés à l’ennemi. Aucune plume ne peut décrire la désolation qui s’offrit à nos yeux lorsque les Russes prirent possession de la rive gauche. La masse de soldats isolés qui tombèrent en captivité peut-être, sans exagération, estimée à 10,000 hommes. Quarante canons et la plupart de tous les généraux, avec une partie de la caisse militaire, restèrent là, et le butin doit avoir été grand. En 1819, à Saint-Pétersbourg, j’entendis encore le grand-duc Nicolas qui revenait d’un voyage dans cette contrée, dire qu’on trouvait toujours de l’or et des armes de toute sorte au point du passage. » (Margrave de Bade, p.145).

 

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( 8 août, 2019 )

Le colonel (puis général de brigade) Béchaud…

Béchaud

Jean-Pierre Béchaud est né le 17 février 1770 à Belfort, dans le département du Haut-Rhin. Il embrasse le métier des armes très tôt car on le trouve soldat au régiment de Dauphiné dès 1787. À l’armée du Rhin, il est nommé capitaine des grenadiers en 1793 et lieutenant-colonel en 1794. À celle d’Italie en 1799, il commande le château de Milan, mais capitule face aux Autrichiens le 27 avril ; traduit devant une commission militaire, il est acquitté. Après diverses fonctions à l’intérieur, en Italie et à Saint-Domingue, il est envoyé en Espagne en 1808. Il est grièvement blessé au pont de la Coa en juillet 1810 et à Busaco en septembre de la même année (une balle lui ayant traversé la poitrine). Le 25 novembre 1811, il est nommé colonel du 66ème régiment de ligne (avec effet rétroactif au 12 mars 1809). Ajoutons que ce général avait été nommé chevalier de la  Légion d’honneur le 14 juin 1804 ; il sera nommé officier du même ordre le 21 août 1810 ; baron en juin 1811.  Sous les ordres du général Souham à l’armée du Portugal, il se distingue lors du combat de Villamuriel le 25 octobre 1812. Béchaud est nommé général de brigade en janvier 1813, puis employé à la 3ème division de l’armée du Portugal le 9 mai de la même année.  Malgré le fait qu’il soit nommé par la suite au Corps d’observation de Mayence (le 1er juin 1813), le général Béchaud reste en Espagne. En juillet, il participe au combat de Sorauren, dans les rangs de la 1ère brigade de la 8ème division d’infanterie (Taupin) à l’armée des Pyrénées. Il est grièvement blessé sur la Bidassoa le 7 octobre 1813.

Le 27 février 1814, lors de la bataille d’Orthez, précisément au combat de Saint-Boès,  le général Béchaud est tué.

Le général Béchaud a laissé un « Journal » écrit avec réalisme et précision forme « le récit de la campagne de trente-cinq jours par laquelle Souham a dégagé Burgos et repoussé Wellington sur Salamanque au mois d’octobre 1812. ». Il fut publié pour la première fois en 1912, dans la « Revue des Études Napoléoniennes. »

C.B.

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( 22 juin, 2019 )

CHARLES-GABRIEL-CESAR, COMTE GUDIN, PAGE de l’EMPEREUR au CAILLOU…

Une liste, datée de juin 1815, nous donne les noms des 13 derniers pages de Napoléon. Ce sont MM. de Cambacérès, Gudin, de Vertillac, Daudiffredy, Roguet, Gauthier, Mechin, Delarue, Berton, Menou, Gilbert des Voisins, Michaud et Duchêne. Lorsque l’Empereur quitta Paris le 12 juin 1815, il semble qu’il n’emmenât que trois pages avec sa Maison aux ordres du comte Bertrand, Grand-Maréchal du palais : MM. Gudin, de Cambacérès et Roguet.

CHARLES-GABRIEL-CESAR, COMTE GUDIN, PAGE de l’EMPEREUR au CAILLOU… dans FIGURES D'EMPIRE Waterloo-300x196Charles-Gabriel-César, comte Gudin, fils du général de division comte Charles-Etienne Gudin de La Sablonnière, blessé mortellement à Valoutina le 19 août 1812, et de Jeannette-Caroline-Christine Creutzer, était né à Bitche (Moselle) le 30 avril 1798.

Page à la Maison de l’Empereur le 15 juin 1812 (il avait quatorze ans) , il fut licencié le 8 mai 1814. Il entra aussitôt aux Gardes du corps de Louis XVIII en qualité de sous-lieutenant surnuméraire àla Compagniede Wagram le 16 juin suivant. Repris aux Cent-Jours dansla Maisonde l’Empereur, il est premier page de S.M.  le 2 mai 1815. On est assez mal informé sur les activités de Gudin durant la campagne de Belgique. Il remplit les fonctions de sa charge en campagne. C’était un dédoublement de celles des officiers d’ordonnance et aides-de-camp : ils portaient les ordres de l’Empereur aux corps de troupe et servaient d’estafette à l’Etat-major général. Il semble que durant la campagne, l’Empereur ait tenu Gudin constamment à ses côté. Quant aux deux autres pages, ils furent sans doute employés à porter les dépêches. On sait que le soir du 17 juin 1815, les officiers d’ordonnance, aides-de-camp et pages occupèrent au Caillou la petite pièce à gauche en entrant, directement contiguë à celle où l’empereur passa la nuit et où il arriva vers 8 heures. Ces officiers durent se contenter de bottes de paille pour s’étendre et leur sommeil fut, on s’en doute, entrecoupé d’arrivées d’estafettes et de missions nocturnes ; le lendemain, 18 juin 1815, Gudin semble avoir suivi l’Empereur dans tous ses déplacements et risqué sa part de boulets. Que devint-il au milieu de la débâcle ? Il aurait tenu au Caillou, le soir, un cheval frais que l’empereur devait monter pour fuit au milieu des débris dela Gardeà pied. Nous le retrouvons le lendemain 19 juin 1815 à Philippeville où il s’apprête à escorter Napoléon vers Laon avec le reste de la maison ; Le page Cambacérès a été fait prisonnier la veille. On part le 20 juin au matin. L’Empereur, qui voyage depuis Philippeville dans la voiture du général de brigade Dupuy de Saint-Florent, commandant de place, a perdu tous ses équipages.

L’uniforme des pages en campagne était l’habit vert, culotte de peau, bottes à l’écuyère avec les éperons bronzés, chapeau de petite tenue avec torsade d’or. Sur l’épaule gauche, nœud de « pékin verd [sic] semé d’abeilles, bordé d’une frange d’or. L’épée est fournie par le page.

Le 17 juin 1815,Gudin était nommé lieutenant au 3ème régiment de hussards, mais n’eut jamais l’occasion de rejoindre son corps. Il fut en septembre 1815 aide-de-camp  de son oncle le maréchal de camp baron pierre-César Gudin (dit Gudin des Bardelières). Il servira toujours dans la cavalerie et accompagnera son oncle en Espagne comme officier d’ordonnance (1823-1828) durant l’occupation française de la Péninsule. Sert aux hussards de Chartres comme chef d’escadron et suit le régiment au siège d’Anvers sous le maréchal Gérard. Enfin, nous le retrouvons colonel du 2ème lanciers le 19 février 1839. Maréchal de camp en 1846, il part pour l’Afrique du Nord. Général de division le 3 janvier 1852, il commande la 2ème division militaire en 1870 opérant en Seine-Inférieure [Seine-Maritime] contre les Prussiens. Le général Gudin mourut à Paris-en son  domicile du 14, place Vendôme-le 9 janvier 1874. Il avait épousé en 1836 la fille du maréchal Mortier, duc de Trévise, dont il eut une fille qui s’unit à son tour à Jacques Albéric, Comte d’Orléans, lieutenant-colonel d’état-major.

Georges ENGLEBERT.

(Bulletin de la Société Belge d’Etudes Napoléoniennes, n°28, décembre 1958).

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( 17 juin, 2019 )

17 et 18 juin 1815…

waterloo

« Le 17 juin au matin, l’Empereur confia à Grouchy le commandement d’un corps d’armée de trente-cinq mille hommes, afin de poursuivre l’armée prussienne et de compléter sa défaite. Notre division en faisait partie. Nous nous dirigeâmes, vers midi, sur Gembloux, où nous arrivâmes le soir. Jamais soldats ne passèrent une nuit plus affreuse. Toute la journée avait été sombre et pluvieuse; vers le soir, la pluie tomba par torrents, à tel point, qu’en marchant, les soldats avaient souvent de l’eau jusqu’à la cheville. Ils devaient cependant bivouaquer autour de la ville, sans abri et sans nourriture; aussi, le lendemain, avaient-ils l’air de déterrés. Plus heureux qu’eux, notre état-major logeait en ville, sans pour cela avoir pu prendre de repos, car pour mon compte, je fus envoyé plusieurs fois en ordonnance pendant cette cruelle nuit. L’ordre de mouvement ne fut donné, le 18 juin, que vers les huit heures du matin. Nous formions la tête de la colonne du corps de Vandamme, et lorsque nous eûmes dépassé d’une lieue le village de Sart-à-Walhain, nous restâmes environ pendant trois heures à faire la soupe; repas qui fut payé cher par les conséquences fatales que l’armée et la France en éprouvèrent. C’est pendant ce temps, qu’entendant le bruit du canon vers notre gauche, le général Vandamme m’ordonna de courir bride abattue vers le maréchal Grouchy pour le prévenir de cette circonstance. Je trouvai Grouchy à Sart-à-Walhain, dans un château appartenant à M.F. ***; et, lorsque j’arrivai à lui, il était devant une table, consultant des cartes, tandis que les officiers de son état-major mangeaient des fraises. J’ignore si le maréchal avait été déjà prévenu de la nouvelle que je lui apportais, mais ce que je puis affirmer, c’est qu’aussitôt après m’avoir entendu, il donna l’ordre de monter à cheval. Je me souviens que plusieurs officiers coururent dans le jardin, et appliquèrent leurs oreilles sur la terre pour se rendre compte de la direction du canon. Un historien qui a écrit sur cette campagne de 1815 avec un grand talent et une impartialité remarquable, et qui m’avait demandé des détails sur la coopération de notre division, pendant cette journée du 18, a cependant interprété d’une manière trop défavorable pour le maréchal Grouchy, mais sans intention hostile contre lui, ce que je lui avais dit à propos de l’incident dont je viens de parler; il semblerait, d’après lui, que si le maréchal a apporté de la mollesse et de l’indécision dans cette circonstance, c’est parce qu’il s’était oublié à manger des fraises à Walhain. C’était pourtant bien naïvement, avec réserve et sans arrière- pensée que je lui avais rendu-compte de ce que j’avais vu. En campagne, l’officier comme le soldat se nourrit de ce qui lui tombe sous la main, trop souvent il ne peut pas choisir; à Walhain, il mangeait des fraises, parce que probablement il n’avait pas trouvé une nourriture plus confortable, et qui certes eût convenu davantage à son estomac. Trop jeune alors pour juger sainement les événements, à plus forte raison pour me permettre de les critiquer, je ne recevais mes impressions que par ce qui se passait sous mes yeux; aussi, sans m’inquiéter du jugement des autres à l’égard de la conduite du maréchal Grouchy pendant cette campagne, ne me laissant influencer d’ailleurs que par les antécédents glorieux de cet illustre homme de guerre, ai-je conservé l’idée la plus haute de son caractère par l’activité que je l’ai vu déployer ce jour-là, en se multipliant de manière à veiller par lui-même à tous les mouvements qu’il ordonnait. Son fils, alors son aide-de- camp et aujourd’hui général, le secondait avec une ardeur telle, qu’on ne voyait que lui partout. Cet hommage que je me plais à rendre à la vérité, est d’autant plus désintéressé, que je n’ai pas l’honneur de connaître M. le général Grouchy. Nous suivîmes le maréchal, qui se porta à la tête de son corps d’armée, et je rejoignis notre division qui, dans ce moment, était engagée avec un fort parti de Prussiens à un endroit nommé la Baraque, entre Sart-à-Walhain et Wavre. Le général Lefol s’apercevant que plusieurs tirailleurs s’étaient avancés trop près d’un bois où un parti de Prussiens s’était retiré, m’envoya les prévenir de rebrousser chemin; et, à peine étais-je à leur hauteur, qu’il partit de la lisière de ce bois une vive fusillade qui tua quatre hommes autour de moi, et qui blessa même mon cheval au sabot. De retour de cette petite expédition, je rencontrai le général Corsin et notre chef d’état-major, le colonel Marion, auxquels je rendais compte de ce qui venait d’arriver, lorsque, tout-à-coup, je vis tomber à la renverse ce dernier, qu’une balle venait de blesser grièvement en lui traversant le corps d’outre en outre; en tombant, il eut encore la force de me prier de ne pas l’abandonner. Je pris donc avec moi quatre sapeurs qui improvisèrent un brancard et qui le transportèrent hors de la portée du feu de l’ennemi. Je voulus donner à ces braves gens une pièce d’or que j’avais retirée de la poche du colonel, mais ils me refusèrent en me disant qu’ils n’avaient fait que leur devoir. Un chirurgien pansa à la hâte le blessé, auquel il fit des deux cotés du corps de fortes incisions, et ayant fait mettre le colonel dans la carriole de notre cantinière, qui avait débarrassé sa voiture de toute sa marchandise, je le conduisis à Walhain, précisément dans la chambre où deux heures auparavant j’avais été trouver le maréchal Grouchy. Cette maison était déjà encombrée de blessés, mais cela n’empêcha pas le propriétaire, ainsi que ses deux charmantes filles, de donner tous leurs soins au colonel. Dans cette pièce se trouvait aussi, je ne sais comment, M. Foulques d’Oraison, alors lieutenant d’état-major comme moi, aujourd’hui général, qui eut la bonté de nous aider à installer notre blessé. Le général Gérard ayant été atteint par une balle, fut amené le soir dans ce château; et, profitant de cette occasion, je priai le chirurgien qui l’accompagnait de venir visiter le colonel, afin de me dire ce qu’il pensait de sa position. Après donc avoir sondé sa plaie, il me dit positivement que c’était un homme perdu, qu’il n’y avait aucune ressource pour le sauver. Le colonel, qui avait le sentiment de son état, me donna ses bijoux, sa montre, son argent et un portrait de femme qu’il portait sur sa poitrine; il me confia pareillement son domestique et ses chevaux; et, après m’avoir encore remercié, il me fit signe d’aller rejoindre mon poste, que j’avais peut-être quitté légèrement, pour ne pas le laisser exposé à mourir, faute de soins, sur le champ de bataille. Je le laissai donc là en le recommandant de nouveau à ses hôtes, et je rejoignis notre division qui était engagée à Wavres, en annonçant sa mort comme devant être certaine. Heureusement il n’en fut rien; car deux mois plus tard, étant à l’armée de la Loire, à Tulle, je lui écrivis au hasard, voulant savoir positivement ce qu’il était devenu, et voici la copie de sa réponse, que j’ai conservée:

« Sart-à-Walhain, le 10 septembre 1815.

Mon cher Charles, j’ai reçu votre lettre du 10 août dernier, et je vous remercie. Je suis maintenant très bien rétabli et prêt à monter à cheval. Faites-moi l’amitié de témoigner à nos camarades de l’état-major combien j’ai été sensible à l’intérêt qu’ils ont pris à mon infortune. Vous êtes trop modeste, mon cher ami, je vous ai les plus grandes obligations, et je n’oublierai jamais l’attache- ment que vous m’avez marqué dans cette circonstance. En me faisant transporter aussitôt mon effroyable blessure à Walhain, vous m’avez sauvé la vie. Après votre départ, j’ai subi une hémorragie qui a demandé les plus grands soins. J’ai reçu des nouvelles de mes chevaux et autres petits intérêts; vous avez tout fait pour le mieux  Je ne sais, mon ami, quand il me sera permis de rentre  en France, car je suis retenu ici prisonnier par ma parole d’honneur, et, pour des hommes de notre profes sion, c’est une barrière infranchissable. Je prie le général auquel j’écris de vous témoigner toute ma reconnaissance. Si vous voulez me donner de vos nouvelles, je les recevrai toujours avec un plaisir nouveau. Adieu, Charles, dites-moi quelque chose de votre état-major et des troupes que vous commandez.

Tout à vous, votre ami pour la vie.

Signé baron MARION. »

Quelques mois après notre retour de l’armée de la Loire, je revis à Paris le colonel Marion, et je reçus de lui des témoignages d’affection en souvenir du service que je lui avais rendu. Désigné pour commander le 20ème  de ligne, il partit en 1830, avec son régiment, pour l’Afrique, et depuis ce temps je n’ai plus entendu parler de lui; je crois qu’il mourut quelque temps après, étant en retraite, avec le grade de général de brigade. »

 

(« Souvenirs sur le retour de l’empereur  Napoléon de l’île d’Elbe et sur la campagne de 1815 pendant les Cent-jours », par M. LEFOL,  Trésorier de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, ancien aide-de-camp du général de division baron Lefol, sous l’Empire », Versailles, imprimerie de Montalant-Bougleux, 1852, pp.30-35)

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( 16 juin, 2019 )

Bataille de Fleurus ou de Ligny.

 » Le lendemain matin, 16 juin 1815, le temps était magnifique, le soleil était ardent et nous présageait une chaude journée, comme elle le fut en effet sous tous les rapports. Nos soldats firent la soupe, et notre corps d’armée prit posi tion en avant de Fleurus, faisant face au village de Saint- Amand, ayant à sa gauche la division Girard. Tout respirait le calme dans cette plaine immense et fertile qui se déroulait devant nous, et que parcouraient en silence nos colonnes d’infanterie, de cavalerie et nos parcs d’artillerie; on n’eût pas cru que cent cinquante mille hommes allaient en venir aux mains et se disputer quelques toises de terrain avec un acharnement tel que depuis longtemps il n’y en avait pas eu d’exemple, et que cinq heures après, sur ce nombre de cent cinquante mille hommes, quarante mille environ seraient morts, mutilés ou mis hors de combat. Ce calme, qui ressemblait à celui qui toujours précède l’orage, avait quelque chose de saisissant et qui faisait battre le cœur. Nous voyions en face de nous, sur la colline, entre Saint-Amand et Ligny, l’armée ennemie faire de même que nous ses dispositions, et je l’avoue, ce moment solennel, précurseur de tant de désastres, m’impressionna bien davantage que le moment d’ensuite, lorsque nous en vînmes aux mains. Lorsque toutes les dispositions pour la bataille qui se préparait furent terminées, ce fut notre division qui eut l’honneur d’ouvrir le feu contre Saint-Amand, qui devint le théâtre de combats acharnés. Tout conseillait à l’Empereur d’y diriger sa principale attaque; par-là, évitant une

partie des difficultés du terrain, et se rapprochant du maréchal Ney engagé aux Quatre-Bras contre l’avant-garde de Wellington, il aurait pu lui porter des secours ou en recevoir, séparer les Prussiens des Anglais et forcer les premiers de se retirer sur Namur; aussi, emporté par le désir d’exterminer l’armée prussienne, se décida-t-il à livrer une bataille générale. Ainsi que je viens de le dire, chargé de commencer le feu contre Saint-Amand, le général Lefol fit former le carré à sa division, et il la harangua avec tant de bonheur que ses soldats, pleins d’enthousiasme et excités d’ailleurs par la présence de Napoléon, qui passait en ce moment devant le front de la division, demandèrent à grands cris à marcher à l’ennemi. L’ordre d’attaquer Saint-Amand ayant enfin été donné, le général fit détacher un assez grand nombre de tirailleurs et s’avança à la tête de sa division formée sur trois colonnes. Le premier boulet parti des batteries prussiennes tomba dans ses masses et tua huit hommes d’une compagnie commandée par le capitaine Revest, mort depuis colonel d’un régiment d’infanterie. Cet événement, loin d’arrêter l’ardeur de nos soldats, ne fit que l’exciter, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent à Saint-Amand et l’emportèrent à la baïonnette. De ce moment la bataille prit un caractère sanglant. Chaque parti était soutenu par une artillerie formidable, dont les détonations imitaient le bruit de la foudre, et ces attaques terribles s’alimentaient pour ainsi dire par un mouvement de fluctuation alternatif entre les deux armées revenant sans cesse à la charge. Près de deux cents bouches à feu étaient pointées contre le village par deux armées qui s’en disputaient la possession; c’était la clef de la position de Blücher, et tout l’effort de la bataille se portait sur Saint-Amand qui fut pris et repris trois fois au milieu de scènes de carnage horrible; et, comme le dit avec raison Vaulabelle dans son « Histoire des deux Restaurations » : « Chaque arbre, chaque fossé, chaque clôture était attaqué et défendu avec fureur; on luttait corps à corps, on se fusillait à brûle-pourpoint, on se tuait à coups de baïonnettes, et nos soldats tombaient en criant vive l’Empereur! ils ne se laissaient même emporter à l’ambulance que lorsqu’il leur était impossible de continuer à pren-  dre part au combat. »

Le général Lefol, entré le premier à Saint-Amand, eut son cheval tué sous lui dans un verger, et allait sans doute être fait prisonnier ou tué lorsque j’eus le bonheur de le tirer de ce mauvais pas en lui donnant le mien. Dans ce même moment son fils, Louis Lefol, chef de bataillon au 2ème léger, de la division du prince Jérôme, engagée aux Quatre-Bras, recevait une balle qui lui fracassait le poignet. Louis est mort à Oran en 1831, étant colonel du 21ème  régiment d’infanterie de ligne; il passait pour un des officiers les plus distingués de l’armée, et serait sans doute arrivé aux plus hautes dignités militaires. Le combat se prolongea, avec des avantages balancés, jusqu’au soir; toutefois les Prussiens ne purent reprendre ni l’église, ni le cimetière, dont notre division s’était si vigoureusement emparée dès le début de la bataille. Ce fut, autant que je puis me le rappeler, vers les six heures qu’il se manifesta parmi les soldats d’un régiment un mouvement de terreur, que l’on ignora heureusement dans l’armée et qui aurait pu avoir des suites funestes sans un moyen d’une extrême énergie qu’employa le général Lefol, et sans l’empressement que mirent plusieurs officiers à faire cesser cette espèce de panique, occasionnée d’abord par la fausse nouvelle répandue qu’une colonne ennemie venait surprendre la gauche de notre division, et par l’impression pénible que causa au 6U.c de ligne la mort du colonel Dubalen, qu’il aimait et estimait.

Plusieurs soldats quittèrent leurs rangs, jetèrent leurs fusils et pouvaient ébranler, peut-être même entraîner tout le corps d’armée, lorsque plusieurs officiers, au nombre desquels se trouva le général Corsin , commandant l’une des brigades de notre division, accoururent, arrêtèrent les fuyards, les rassemblèrent et les ramenèrent au combat, qu’ils soutinrent ensuite jusqu’au soir avec la même intrépidité qu’au début. Le général Corsin qui, pendant cette journée se fit remarquer par son courage et son énergie, eut trois chevaux tués ou blessés sous lui à Saint-Amand, et ses anciennes blessures s’étant rouvertes pendant notre retraite, cet officier général dut rester à Givet et résigner son commandement. Pendant que nous nous battions à Saint-Amand , une lutte semblable avait lieu à Ligny.

A dix heures la bataille était gagnée.

Voici, a l’occasion de bataille de Fleurus (Ligny), un écrit dont je conserve l’original entre mes mains, et que m’a laissé le général Corsin, comme un témoignage de son intérêt et de sa bonne affection pour moi.

« Nous, général de division, grand-officier de la Légion d’honneur, commandant en 1815 la 1ère  brigade de la division Lefol, constatons les faits dont le détail suit:

Le 16 juin 1815, la division Lefol contribua au gain de la bataille de Ligny (Fleurus) en luttant avec une glo rieuse persévérance contre les forces de Blücher bien  supérieures aux nôtres. Chargé de commencer le feu contre Saint-Amand, le général Lefol s’avança à la tête de sa division vers ce village, qui fut pris et repris plusieurs fois. Pendant une de ces attaques et au moment où nous en étions repoussés, le général Lefol eut son cheval tué sous lui, et allait être fait prisonnier lorsque l’aide-de- camp Lefol, n’écoutant que son devoir, mit pied à terre au milieu d’une scène de carnage horrible, pour lui donner son cheval ; tous deux essuyèrent une décharge de mousqueterie et allaient être tués ou pris lorsque l’arrivée imprévue d’une compagnie du 64ème, sur le lieu de  cette scène, les sauva en donnant le temps au général de monter sur son nouveau cheval, et d’aller rejoindre cette compagnie avec son neveu. L’aide-de-camp Lefol eut son épaulette enlevée par un biscaïen , et son cheval fut légèrement blessé. Toute la division a pu être témoin de sa brillante con duite dans les périlleuses attaques du cimetière de Saint-Amand. Le soir de cette mémorable journée, le jeune Lefol qui avait contribué à sauver la vie à son général et qui déjà, à cette époque, avait été décoré par l’Empereur lui-même (décret du 26 mars 1815), fut proposé sur le champ de bataille, pour le grade de capitaine.

 Le Général de Division,

« Signé: Vte CORSIN.

Vu par nous, sous-intendant militaire de première classe, commissaire des guerres en 1815, attaché à la division du général Lefol, commandant la 8ème division de l’armée du Nord, pour légalisation de la signature du général  Vte Corsin, alors commandant la 1ère  brigade de la division Lefol, et pour affirmer les faits ci-dessus relatés, comme en ayant été le témoin oculaire.

Signé : CHUFFART.

Pour copie conforme à l’original qui nous a été présenté.

Le Sous-intendant militaire,

Signé : LASELVE. »

(« Souvenirs sur le retour de l’empereur  Napoléon de l’île d’Elbe et sur la campagne de 1815 pendant les Cent-jours », par M. LEFOL,  Trésorier de l’Ecole militaire de Saint-Cyr, ancien aide-de-camp du général de division baron Lefol, sous l’Empire », Versailles, imprimerie de Montalant-Bougleux, 1852, pp.19-25)

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( 15 juin, 2019 )

15 juin 1815. La mort d’un Brave…

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Louis-Michel Letort de Lorville, né à Saint-Germain-en-Laye le 9 septembre 1773, mortellement blessé au combat de Gilly le 15 juin 1815, mort le lendemain, baron de l’Empire le 9 septembre 1810, général de brigade le 30 janvier 1813, aide de camp de l’Empereur . Il fit avec distinction les premières guerres de la Révolution française, et devint, sous l’Empire, major dans les dragons de la garde. Volontaire de 1791, il combat à la bataille de Jemappes et à celle de Neerwinden. Blessé en Italie en 1799, il continue pourtant sa carrière militaire, en Autriche, puis en Prusse, en Pologne et en Russie malgré une nouvelle blessure reçue à Iéna. Il se signala en 1808 à la bataille de Burgos, et mérita par sa conduite en Russie, notamment au combat de Malojaroslavets, le grade de général de brigade. Il se couvrit de gloire à Wachau, et quoique blessé, n’en voulut pas moins prendre part à la bataille de Hanau, où il eut un cheval tué sous lui. Il fit, le 2 février 1814, des prodiges de valeur à Montmirail, et fut nommé le lendemain général de division.

Le 19 mars de la même année, il attaqua avec impétuosité l’arrière-garde ennemie, s’empara d’un parc de pontons, et poursuivit longtemps les alliés l’épée dans les reins. Pendant les Cent-Jours, le général Letort alla offrir son bras à son ancien général, qui lui confia le commandement des dragons de la Garde. Le 15 juin, au moment où Napoléon venait de donner l’ordre d’attaquer le corps de Ziethen, adossé au bois de Fleurus, celui-ci refusa le combat et se retira; l’Empereur, impatienté de voir ce corps lui échapper, donna ordre à son aide-de-camp Letort de prendre les quatre escadrons de service de la Garde et de charger l’arrière-garde ennemie, Letort s’élance aussitôt, poursuit, en la sabrant, l’infanterie prussienne, enfonce deux carrés d’infanterie, détruit un régiment entier; mais il tombe mortellement blessé d’une balle au bas ventre au milieu de cette brillante charge et meurt le lendemain. 

Le nom du général Letort est inscrit sur le côté Nord de l’Arc de Triomphe de l’Étoile

 Alexandre TOLOCZIN

 

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( 22 mai, 2019 )

Le général Tindal (1773-1834)

Tindal

Ralph-Dundas Tindal, général hollandais au service de la France, expose dans la première de ces deux lettres qu’il veut être le fidèle sujet de Louis XVIII, puis dans la seconde que son roi, le nouveau souverain des Pays-Bas, le rappelle ; il revint, en effet, dans sa patrie, et en 1815, il était inspecteur général de l’infanterie et chargé de l’administration de la guerre dans les départements méridionaux, c’est-à-dire en Belgique; au lendemain de Waterloo, il s’entretint à Bruxelles avec Lobau, Compans, Cambronne prisonniers, ses anciens camarades.

Arthur CHUQUET.

1. Lettre du général Tindal à Louis XVIII.

Paris, 22 avril 1814.

Sire, lorsque la Hollande, ma patrie, a été réunie à la France, je commandais le régiment de grenadiers de la Garde hollandaise ; ce corps est devenu le 3ème régiment de grenadiers de la Garde Impériale. Au commencement de 1812 [le 2 janvier 1812. Note de Chuquet], j’ai été nommé général de brigade , baron de l’Empire, avec une dotation de six mille francs et j’ai conservé le grade de major de la Garde, commandant le même régiment ; j’ai fait en cette double qualité la campagne de Russie [On sait combien son régiment y souffrit, surtout à Krasnoïé ; le 17 novembre 1812 ; a dit Castellane, le 3ème régiment de la Garde, « composé de Hollandais vêtu de blanc, réduit à 300 hommes, attaque un village sur la droite et y perd la moitié de son monde ». Note de Chuquet]

Le régiment royal ayant été dissous, par décret du 15 février 1813, j’ai été nommé adjudant général de l’arme des chasseurs et officier de la Légion d’honneur. J’ai fait la campagne de 1813. Ayant été blessé très grièvement sous les murs de Dresde le 26 août 1813, j’ai été élevé au grade de général de division par décret du 7 septembre 1813 et Sa Majesté m’a autorisé à rentrer en France pour me faire guérir de mes blessures et y jouir du traitement de général de division commandant une division territoriale ; ma guérison est avancée à ce point que je pourrai bientôt reprendre le service actif.

J’ai servi fidèlement et avec dévouement en France comme en Hollande. Délié de mes serments envers l’empereur Napoléon, je me suis empressé à donner mon adhésion aux actes du Sénat qui rappellent Votre Majesté sur le trône de France. J’ai vingt-neuf ans de service; j’ai fait onze campagnes dans lesquelles j’ai été blessé quatre fois très grièvement. Je suis père de neuf enfants, et toute ma fortune consiste dans mon grade et ma dotation.

Désirant rester en France, je prie Votre Majesté de me maintenir en activité de service. Votre majesté trouvera en moi un fidèle sujet, toujours prêt à verser son sang pour sa défense et celle de la patrie.

2. Le général Tindal au  général Dupont, ministre de la Guerre.

Paris, 25 mai 1814.

Monseigneur, j’ai eu l’honneur de vous écrire pour vous dire que je désirais rester en France et vous prier de proposer à Sa Majesté de me maintenir en activité de service comme lieutenant général. L’avancement que j’ai obtenu en France, les témoignages de bienveillance que j’ai reçus de la part de messieurs les maréchaux sous les ordres desquels j’ai servi, l’affection particulière que vous m’avez bien voulu montrer, me faisaient désirer de rester dans un pays où j’ai été si bien traité. Je n’avais écouté que les premiers mouvements de reconnaissance. Mais le nouveau souverain de ma patrie m’ayant fait dire qu’il me donnerait du service, je crois devoir m’empresser de rentrer dans ma patrie. Je prie conséquemment Votre Excellence de proposer à Sa Majesté le Roi d’accepter ma démission du grade de lieutenant général et de me permettre de rentrer en Hollande.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.369-371)

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( 12 mars, 2019 )

Daumesnil, le héros de Vincennes (2ème partie et fin).

daumesnil2.jpg

Napoléon a toujours eu pour lui une estime et une affection jamais démenties, semblant voir dans sa présence un gage de sécurité particulier. Il lui a accordé le titre de baron (13 août 1809) avec une somptueuse dotation formant un majorat. Il écrit à Bessières, duc d’Istrie, le 27 janvier 1812 : »Il faut me faire un rapport sur cet officier que je veux occuper militairement. Ne pourrait-on lui donner le commandement de Vincennes, avec un grade supérieur et un bon traitement ? Vincennes est une prison d’Etat et un des quartiers de ma Garde, j’ai besoin d’un homme sûr ». Et le 2 février, l’Empereur « appose sa signature au bas du décret nommant Daumesnil général de brigade, commandant de Vincennes ». Pour lui, le titre de gouverneur de Vincennes a été créé. Daumesnil se marie le 11 février 1809, avec une toute jeune fille, Léonie Garat, dont le père a été l’un  des créateurs de la Banque de France. « Le contrat de mariage est signé au palais des Tuileries par l’Empereur ». A Vincennes le gouverneur et sa jeune femme vont occuper le Pavillon de la Reine, « mais le cadre du château est sinistre ». C’est une forteresse et une prison. « L’arsenal prend une extension considérable pendant les campagnes de Russie, d’Allemagne et de France. On fabrique en moyenne par jour 350.000 cartouches et 40.000 gargousses. Dans une seule journée, il faut jusqu’à 150 voitures pour amener la poudre nécessaire aux besoins de la cartoucherie. » L’Empereur se rend à Vincennes avant la campagne de France. Avec Daumesnil, il  visite la place dans tous ses détails, étudiant les moyens de défense. Napoléon ordonne de raser ou d’abattre en cas d’attaque, tout ce qui pourrait gêner dans ses mouvements le gouverneur. La garnison compte 300 vétérans, grognards d’un dévouement à toute épreuve, et un millier de gardes nationaux. Vincennes renferme 700 bouches à feu et beaucoup d’armes, de munitions, de poudre. Le 30 mars 1814, dans la soirée, les troupes du maréchal Mortier commencent à évacuer Paris. La capitulation est signée à deux heures du matin le 31.

Tous les arsenaux, ateliers, établissements militaires doivent être laissés dans l’état où ils se trouvaient avant qu’il fût  question de la capitulation, en somme, livrés aux Alliés. « En pleine nuit, monté sur un cheval de trait, Daumesnil sort de sa citadelle, à la tête de 250 cavaliers, qui conduisent des attelages disparates. Cette troupe de fantômes entasse dans les voitures tout le matériel qu’elle rencontre : fusils et  munitions, et attelle  les canons. A l’aube, le pont-levis du château de referme… ». Apprenant cet extraordinaire coup d’audace, Barclay de Tolly, commandant en chef de l’armée ruse, dépêche aussitôt un parlementaire au gouverneur de Vincennes qui se présente devant la citadelle. Sommé de rendre la place :  »Je ne la rendrai que sur l’ordre de S.M. l’Empereur  », répond-il, ajoutant cette boutade qui va faire sa gloire :  »Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes  ». Vincennes tient bon. Le gouvernement provisoire entame des négociations, tant avec Daumesnil qu’avec le rince de Schwarzenberg, généralissime des armées alliées. De guerre lasse, celui-ci finit par renoncer à ce que Vincennes soit livré aux Alliés. « Daumesnil a su imposer ses conditions et le pays conserve un matériel de guerre évalué à 90 millions de francs. » Au mois de décembre, le poste de gouverneur est supprimé par Soult, ministre de la guerre de Louis XVIII. Daumesnil, remplacé par l’ancien émigré Puivert, est nommé Commandant  supérieur de l’arrondissement de Condé-sur-l’Escaut.

C’est là que le 22 mars 1815, apprenant le retour de l’île d’Elbe, il fait arborer le drapeau tricolore.  Ce retour refait de lui, le 8 avril , le gouverneur de Vincennes, tâche considérable, car l’Empereur attribue à cette forteresse plus d’importance encore que par le passé. Mais le 18 juin 1815, c’est Waterloo, la fin de l’Empire… Tout le matériel de guerre qu’on n’a pas eu le temps d’évacuer sur la Loire, est entassé dans la forteresse. « La citadelle renferme plus de 500 bouches à feu, 20 tonnes de poudre, un million de pierres à feu, 53.000 fusils, 59.000 sabres, etc. » Le blocus de Vincennes commence le 9 juillet 1815. Il durera 129 jours. Le 15 novembre, lassés par tant de ténacité, les Alliés lèvent le blocus. Le matériel confié à la garde du gouverneur restera à  la France. Daumesnil est admis à la retraite. Il a 39 ans…Le temps passe, les gouvernements aussi. Rappelé à l’activité, il est nommé le 5 août 1830 une dernière fois gouverneur de Vincennes. Il y mourra deux ans plus tard, le 17 août 1832. Vincennes n’oubliera pas celui que le peuple appelait familièrement « Jambe de bois ». Par souscription publique, une statue lui sera élevée et, maintes fois déplacée, se dresse aujourd’hui sur le nouveau cours Marigny. 

Marcel DUNAN 

Cet article fut publié la première fois en 1970 dans la « Revue de l’Institut Napoléon ». 

 

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( 22 février, 2019 )

Les confessions d’un traître. Extrait des mémoires du général Jean Sarrazin.

sarrazin1.jpgJean Sarrazin naquit à Saint-Sylvestre (Lot-et-Garonne) en 1770. Il débuta par professer les mathématiques au collège de Sorrèze. Il était précepteur des enfants du duc de Béthune lorsqu’il s’engagea en 1792, dans l’armée du Nord. Après avoir servi sous Kléber, Sarrazin devint chef d’état-major de Bernadotte dans sa campagne d’Allemagne, en 1796, puis il accompagna Humbert en Irlande. Rappelé en France, il fut nommé par Bernadotte, alors ministre de la guerre, chef du bureau du mouvement des troupes. En cette qualité, il s’entremit entre Bonaparte et Bernadotte après le 18 brumaire et amena un rapprochement entre les deux généraux.  Nous le retrouvons à Naples peu après, en lutte avec Murat, et se faisant remarquer par sa duplicité, son esprit faux et son acharnement à dénoncer ses camarades. Rayé pour ce fait des cadres de l’état-major, il reprend pourtant du service on 1802 et est envoyé à Saint-Domingue.  Il fait les campagnes de 1805 et 1806 en Allemagne. En 1809, il est commandant du Département de l’Escaut, puis du département de la Lys. Il va pouvoir alors mettre à exécution son projet, étudié depuis longtemps, de vendre sa patrie à l’Angleterre.  Pour 1.500.000 francs, il devait faciliter le débarquement des troupes anglaises à Flessingue et leur livrer les plans de Napoléon. Sarrazin s’embarque à Boulogne en 1810, et tandis que le conseil de guerre de Lille le condamne à mort par contumace, il conspire à Londres. Cependant le cabinet britannique le tient en suspicion et n’utilise pas ses services. En 1813, il intente au gouvernement anglais un procès en restitution de la somme promise. Ce procès scandaleux achevait de couler Sarrazin dans l’opinion publique. Il rentre en France en 1815 avec les Bourbons et a l’audace, pendant les Cent-Jours, d’offrir ses services à l’Empereur. Napoléon le fait arrêter et la Seconde Restauration refuse de l’employer. Il est même rayé des cadres en 1817, malgré ses réclamations et le rappel de sa conduite en 1810. En 1819, Sarrazin est poursuivi comme trigame. Il est convaincu d’être le mari de trois femmes, dont la première a été épousée à Livourne, la seconde à Londres ; il vient de se marier dans le Lot-et-Garonne avec la troisième. Condamné à vingt ans de travaux forcés, gracié trois ans après, Sarrazin se réfugie à Lisbonne. Le gouvernement portugais le fait conduire à Londres. Depuis lors, le triste général mène une vie errante, de Hollande en Turquie et d’Angleterre en Allemagne. Il meurt en 1840, sans avoir obtenu de Louis-Philippe de rentrer en France. Sarrazin a beaucoup écrit et beaucoup publié : Mémoires contre Napoléon, correspondance avec Jomini, Histoire de la Guerre d’Espagne et de Portugal, etc. Il a laissé aussi des Mémoires dont nous tirons l’extrait suivant, que nous croyons inédit.Ces mémoires ne ressemblent nullement à ceux qui, dit-on, vont être publiés, et dont la « Revue Rétrospective » de décembre dernier a donné un fragment. 

Vicomte de Grouchy. (Extrait paru la première fois dans le « Carnet Historique et Littéraire », en 1898/1899).

Le 10 juin 1810, je quittai le camp de Boulogne, entraîné par le désir de servir mon légitime souverain, en fournissant à l’Angleterre les moyens de renverser l’usurpateur. Dans la conférence que j’eus avec le marquis de Wellesley, ministre des affaires étrangères, sa Seigneurie me traita de la manière la plus indécente parce que je lui dis  » que rien n’était plus facile que la restauration dos Bourbons sur la terre de leurs illustres ancêtre.Cette époque tant désirée n’avait été différée que par l’ineptie des directeurs, des coalitions et que je répondais, sur ma tête, d’un succès complet, si les puissances de l’Europe consentaient à exécuter ponctuellement tous mes plans « . 

Le marquis me dit très froidement qu’il fallait avoir perdu la raison pour parler de restauration, Lorsque Buonaparte, était plus puissant que jamais ; qu’il était plus vraisemblable que j’étais un de ses agents ; que je devais me préparer à partir pour Douvres, et que le vaisseau qui m’avait reçu à son bord serait chargé de me débarquer à Boulogne « .

Cette conversation dura plus d’une heure ; je la conclus en demandant au marquis  » s’il était ennemi de Buonaparte, et s’il y avait à Londres des soldats à sa disposition « . Sur sa réponse affirmative, je lui dis avec vivacité :  » Puisque vous êtes ennemi de Buonaparte, vous ne voudrez pas lui procurer la jouissance de me faire martyriser, et je vous demande comme une faveur de me faire fusiller sous les fenêtres de votre hôtel. « 

J’étais fortement ému, le marquis en parut inquiet. Il sonna pour faire entrer ses gens. Alors, il me dit avec un orgueil oriental : 

 » Puisque vous me paraissez de bonne foi, vous resterez à Londres ; envoyez vos plans au Foreign-Office, et comptez sur la protection des ministres de Sa Majesté.

 » Je me retirai très mécontent, d’autant plus que le marquis m’avait insinué, dans le cours de la conversation,  » que plusieurs Français s’étaient déjà expliqués sur mon compte ; que je ne serais pas admis dans leur société, parce que j’étais fils de roturier, et que les Anglais devaient bien me surveiller, étant très vraisemblable que j’étais un second Méhée de la Touche « . En arrivant à Londres, on m’avait forcé de loger chez un messager d’État, sorte de prison, où les ministres placent quiconque leur paraît suspect. Je me plaignis de cette sévérité ; on me répondit que c’était pour ma sûreté personnelle, qui serait compromise dans un hôtel, à cause des nombreux agents que Buonaparte entretenait à Londres.

Je n’avais qu’un but, en quittant Boulogne, « de me venger des injustices de Buonaparte « . La mauvaise foi des ministres ne me parut pas un motif suffisant pour changer de résolution.Du 14 juin au 12 juillet, je travaillai nuit et jour, et mes documents prouvèrent que la restauration des Bourbons était non seulement facile, mais indispensable pour donner la paix à l’Europe. 

Mon sort parut s’améliorer ; on me donna le colonel sir Robert Wilson pour me tenir compagnie. Son Altesse Royale le duc d’York me fit dire par lord Elgin, ancien ambassadeur à Constantinople, que  » mes plans étaient très précieux ; que la restauration de Louis XVIII devait en être le résultat, et que je pouvais compter sur sa protection toute particulière « .

Je fus invité dans les premières maisons de Londres. Le 2 août, je dînai avec tous les lords de l’amirauté. On me rendit ma liberté, en m’autorisant à quitter la maison du messager d’État. J’étais à dîner chez lord Hutchinson, lorsque M. Hamilton m’annonça de la part du marquis de Wellesley que  » j’avais carte blanche dans Londres, pourvu que je ne conspirasse pas contre le gouvernement anglais « . Vers la fin du dîner, lord Hutchinson parla beaucoup de paix avec Napoléon. Il voulait me sonder, il me demanda mon opinion. Je répondis franchement que, si l’Angleterre accordait à Buonaparte une paix de trois ans, je garantissais qu’avant la fin de la troisième année, les trois royaumes ne seraient que trois provinces françaises, et qu’il n’y avait qu’un moyen de paix honorable et solide pour l’Angleterre et l’Europe, c’était d’organiser une coalition d’après mes plans pour renverser Buonaparte et délivrer le genre humain de son plus cruel ennemi « . Lord Hutchinson me répondit ces propres paroles :  » Vous parlez, mon général, comme un homme qui vient de faire un bon dîner, et qui a le ventre plein ! Vous voulez la guerre ; mais, si vous étiez à la place de nos manufacturiers, qui crèvent de faim, vos dispositions seraient plus pacifiques. Nous ne pouvons pas continuer la guerre encore deux ans sans être complètement ruinés.  » Je m’étais levé de table dès qu’il m’avait parlé de son dîner, j’étais allé prendre mon chapeau et je partais sans mot dire, lorsque j’entendis Milord me dire  » que je lui ferais beaucoup de plaisir de regarder sa maison comme la mienne « . Je lui donnai l’assurance que je n’abuserais pas de son offre, parce que je ne voulais pas être exposé à m’entendre reprocher un dîner. J’ai tenu parole et je ne l’ai plus visité.  Le marquis de Wellesley m’avait rendu ma liberté ; j’en profitai pour demander le payement de mes plans, que j’évaluai à soixante mille livres sterling, comme l’équivalent des pertes occasionnées par mon départ de France, telles que le rang et la dotation de comte, le traitement de commandeur de la Légion d’honneur et mes propriétés en France. Je demandais en outre le traitement et la paye qu’aurait un Anglais qui aurait été échangé comme lieutenant général, le 18 octobre 1798, jour de mon échange en cette qualité contre le général Burrard, par les gouvernements de France et d’Angleterre. En cas de refus, je priais le marquis de me donner un passeport pour me rendre aux États-Unis d’Amérique.On me promit tout, en observant  » que les Anglais étaient de très bons payeurs, que toutes les affaires étaient suspendues à cause de la maladie du Roi, qu’aussitôt que le Prince de Galles aurait été nommé Régent, je devais compter que je serais récompensé très généreusement ». 

M. le comte de La Châtre, ambassadeur de Sa Majesté Louis XVIII près Sa Majesté Britannique, me fit mille compliments sur la nature de mes écrits, et il fut satisfait, quand je lui eus détaillé les motifs qui m’avaient décidé à quitter la France. 

Le 12 février 1812, je fus déclaré prisonnier d’État par décision ministérielle signée Ryder, secrétaire d’État pour le département de l’intérieur. En septembre, même année, il me fut permis d’aller eu Suède.On ne m’avait donné cette permission que parce qu’on était assuré d’avance que le gouvernement suédois me renverrait en Angleterre. J’avais fait les démarches nécessaires pour obtenir la permission de m’établir en Danemark. M. le baron Alquier m’avait envoyé le consentement tacite de Buonaparte, lorsque je fus arrêté par ordre du Roi de Suède, conduit à Gothenbourg, et embarqué par force pour l’Angleterre.Le 21 décembre 1812, j’écrivis à M. le baron Alquier  » que la paix était facile, utile, et même nécessaire, et que les plans qu’avaient les Anglais étaient si importants et leurs ressources si grandes que, s’ils étaient gouvernés par un homme tel que Buonaparte, la majeure partie du continent de l’Europe ne serait bientôt qu’une vaste colonie de la Grande-Bretagne « .  On m’a assuré, depuis mon retour en France, que, si j’avais fait la folie de rentrer sous le dernier gouvernement, j’aurais été fusillé sur-le-champ. J’étais si mal traité en Angleterre, que j’aurais préféré ce triste sort à l’affreuse perspective de rester plus longtemps le prisonnier et le jouet des ministres anglais. J’ai néanmoins un tort à me reprocher dans la seconde époque de ma captivité en Angleterre, ou me fit insinuer, de la part du prince Régent,  » qu’on avait l’intention de me bien traiter, si je continuais à fournir le développement des plans que j’avais donnés la première année de mon arrivée à Londres.  » Je fus la dupe de ma bonne foi jusqu’au 2 octobre 1813 ; c’est le jour que me fut faite l’offre du gouvernement anglais de débarquer sur les côtes de France, pour y établir la guerre civile. Je répondis que je ne voulais pas porter les armes contre ma patrie et je demandai un passeport pour m’embarquer à Douvres et me rendre à Calais : le passeport me fut refusé ! Quelques jours après, je fus assailli dans ma maison par plusieurs officiers de police qui, sous le prétexte d’une dette à laquelle j’étais étranger, me volèrent la meilleure partie de ma bibliothèque.On voulait, à force de tracasseries, me faire adopter le plan du ministère anglais, mais tout fut inutile ; je rejetai toutes les propositions qui me furent faites. Dès que l’on eût appris à Londres la déchéance de Buonaparte et la restauration de Louis XVIII, je me rendis chez le comte de La Châtre et chez le comte de Liverpool pour y consigner mon adhésion entière aux mesures adoptées par le gouvernement provisoire.Le 22 avril, j’eus l’honneur d’être présenté à Sa Majesté Louis XVIII par M. le duc de Duras : le Roi me reçut avec la plus grande bonté, et il daigna me dire que  » son intention était que je rentrasse en France sans délai « .

M. le comte de La Châtre me donna l’autorisation à ce sujet ; il m’avait dit que je n’en avais pas besoin, puisque Sa Majesté avait permis que je fusse considéré comme faisant partie de sa suite.Le 2 mai, je fus encore admis à paraître devant Sa Majesté, quelques instants avant son arrivée au château de Saint-Ouen. Le 5 mai, je fus admis à l’audience du ministre de la guerre, qui m’accueillit avec bienveillance ; le même jour, je me rendis chez le maréchal MacDonald, qui s’avança vers moi dés qu’il me vit entrer dans son salon ; je croyais qu’il allait m’embrasser, lorsqu’il me dit d’un ton froid :

 » Je suis fâché, général, qu’on vous ait laissé entrer. En quittant le camp de Boulogne pour aller porter nos manoeuvres et nos plans aux ennemis de la Patrie, vous avez perdu mon amitié et mon estime.  » Je lui répondis à peu près en ces termes, eu présence d’une quarantaine d’officiers qui étaient réunis dans son salon : 

 » Monsieur le Duc, si vous m’aviez apostrophé en tête à tête, je me serais retiré sans mot dire, parce que je suis sûr que le général Macdonald estimera toujours le général Sarrazin.

Mais comme je suis jaloux de me justifier en présence de ces officiers, je ne sortirai de chez vous qu’après avoir exposé les motifs de mon départ de Boulogne. Mes anciens adjoints étaient généraux de division et j’étais encore général de brigade j’avais parlé avec franchise de la guerre d’Espagne. Je n’étais plus en sûreté, j’étais persuadé que mes plans étaient de nature à renverser Buonaparte et à rétablir les Bourbons. Je quittai l’abondance pour aller mendier, mais je me vengeais de mon ennemi, et j’avais l’espoir d’être utile à mon légitime souverain ; du reste, j’ai toujours parlé avec respect de l’armée française et j’ai refusé des places brillantes parce qu’alors j’aurais dû porter les armes coutre ma patrie.Par mes plans, je n’ai fait la guerre qu’à Buonaparte, et si le grand oeuvre de la Restauration a nécessité la présence des alliés à Paris, le gouvernement paternel des Bourbons aura bientôt fait oublier ce malheur passager.Au reste, Monsieur le Maréchal, comme vous avez toujours été royaliste, je ne vois dans votre mauvaise humeur qu’un peu de jalousie de ce que je me suis éloigné du Tyran de la France quatre ans plus tôt que vous,Lorsque vous serez mieux instruit de ma conduite, je vous connais assez ami de la justice pour être persuadé que vous m’accorderez votre approbation.  » Puis je me retirai. Lorsque j’étais employé, en 1799, au ministère de la guerre, j’eus plusieurs fois l’occasion d’obliger le maréchal Macdonald. A Modène, je lui avais été très utile dans son échauffourée avec le régiment de Bussy.A Naples, je lui portai des contributions énormes, que j’aurais pu garder, à l’exemple de tant d’autres ; à la bataille de la Trebbia, je me sacrifiai, ainsi que mes troupes, sans nécessité absolue, et par attachement pour lui, et c’est ce même maréchal Macdonald qui me prie de sortir de son hôtel !

Je l’ai revu depuis aux Tuileries, mais je me suis éloigné de lui, ne pouvant avoir aucun rapport avec un homme aussi ingrat et aussi injuste. Je ne suis pas le premier officier qui passe à l’ennemi et qui rentre à la paix, et tous ceux qui étaient avec Louis XVIII sont dans le même cas. Ce qui paraîtra bizarre, c’est la haine que me portent certains individus, parce que je n’ai pas voulu servir contre la France ; une répugnance invincible m’en a toujours empêché, quoique je trouve digne d’éloges tous ceux qui ont cru pouvoir être utiles à la bonne cause dans la carrière des armes : j’étais convaincu que j’étais plus utile par mes écrits.Le comte de Liverpool peut en parler savamment ; si Sa Seigneurie est consultée, elle dira que ma lettre du 26 février dernier a été de la plus grande utilité pour les opérations ultérieures des alliés. Mais, que dis-je ?

Puis-je espérer que les ministres qui ont nié les brillantes promesses qu’ils m’avaient fait faire, d’abord par M. Schwartz, et ensuite par M. Hamilton, consentiront à avouer les services que je leur ai rendus. J’attends la décision du Parlement sur ma pétition pour le payement de mes plans.

Je l’ai confiée à la loyauté de lord Ossulton et à la générosité de la nation anglaise.  Je conclurai mes observations par l’assurance que je suis étranger aux notes biographiques publiées par un Anglais qui a longtemps résidé en France. J’en avais composé six cents, dont environ trois cents avaient été traduites en anglais, et la traduction avait été corrigée dans les bureaux du marquis de Wellesley. S. A. R. la princesse de Galles, à qui le colonel sir Robert Wilson en avait présenté plusieurs des plus intéressantes, daigna me faire dire  » qu’il n’était pas convenable qu’un militaire écrivit sur le compte de ses camarades pour amuser le public malin de Londres « . Cet avis fut un trait de lumière pour moi, et quoiqu’on m’offrit deux mille louis de ces notes, dans un moment où j’avais bien besoin d’argent, je refusai de les publier, et je les brûlai, crainte que l’on eut recours à la force pour s’en emparer. C’est à peu prés à cette époque que le gouvernement me fit saisir un Mémoire à la nation anglaise pour réclamer contre le traitement affreux que me faisaient éprouver les ministres, parce que je ne voulais pas être un de leurs libellistes complaisants. 

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( 12 février, 2019 )

1815, la DESERTION de BOURMONT… (2ème partie et fin)

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 La défection. 

Nommé commandant de la 4ème division d’infanterie à l’Armée de la Moselle, devenue le 4ème corps d’armée sous Gérard, Bourmont choisir son état-major qui le 15 juin 1815 déserta au complet avec lui. C’étaient son chef d’état-major, l’adjudant-commandant Clouet, ancien élève à l’école du Génie en l’An II, capitaine en Pologne où il fut blessé (1806), chef de bataillon en 1810. Puis le chef d’escadron de Villoutreys, adjudant, rien moins qu’un ancien officier d’ordonnance et un écuyer de l’Empereur en 1808. Il y avait aussi Sourdat, capitaine-adjudant ; ses deux aides-de-camp et enfin, le capitaine de Trelon et le capitaine d’Andigné, son compagnon de captivité à Besançon.

On connaît les circonstances de la défection.

Il paraît que le 14 juin 1815 au soir, Bourmont, dont la division formait l’avant-garde du corps de Gérard, avait soupé à Florennes, son quartier-général, avec le général baron Etienne Hulot, un de ses brigadiers, sans que celui-ci ne pût se douter de rien. Tel est du moins le récit de Hulot. D’autres ont affirmé que Bourmont avait fait part de ses intentions à ce général, et que celui-ci avait essayé de l’en dissuader. Tant il y a que le 15 juin, de grand matin, Bourmont monta à cheval à Florennes avec les cinq officiers dont nous avons donné les noms et l’escorte régimentaire : un brigadier et quatre chasseurs du 8ème régiment. Rien là-dedans qui pût éveiller des soupçons. Chef de l’avant-garde, Bourmont allait en reconnaissance avec son état-major. Les avant-postes franchis, Bourmont remis au brigadier deux lettres pour le compte Gérard, renvoya l’escorter, piqua des deux et, suivi de ses cinq adjudants, franchit la frontière dont le point le plus rapproché était alors situé à une lieue et demie de Florennes. Voici la teneur des deux lettres que le brigadier des chasseurs remit à Gérard : 

Florennes, le 15 juin 1815. 

Mon général, si quelque chose au monde avait pu, dans les circonstances actuelles, me déterminer à servir l’Empereur, cela aurait été votre exemple et mon attachement pour vous, car je vous aime et vous honore bien sincèrement. Il m’est impossible de combattre pour un gouvernement qui proscrit mes parents et presque tous les propriétaires de ma province. Je ne veux  pas contribuer à établir, en France, un despotisme sanglant qui perdrait mon pays, et il m’est démontré que ce despotisme serait le résultat certain du succès que nous pourrions obtenir. On ne me verra pas dans les rangs étrangers. Ils n’auront de moi aucun renseignement capable de nuire à l’armée française, composée d’hommes que j’aime et auxquels je ne cesserai de prendre un vif intérêt. Mais je tâcherai d’aller défendre les proscrits français, de chasser loin de la Patrie le système des confiscations, sans perdre de vue la conservation de l’indépendance nationale. J’aurais donné ma démission, si j’avais pu croire qu’on m’en laissât le maître.  Cela ne m’a point paru vraisemblable dans le moment actuel, et j’ai dû assurer, par d’autres voies, ma liberté, afin de ne pas perdre tout moyen concourir au rétablissement d’un meilleur ordre des choses en France. J’éprouve un profond chagrin à l’idée de la contrariété que vous causera mon départ. Pour vous éviter un désagrément, j’exposerais cent fois ma vie, mais je ne peux pas renoncer à l’espoir d’être utile à mon pays. Toujours, et quoiqu’il arrive, je conserverai pour vous l’attachement le plus sincère et le plus respectueux. 

Le lieutenant général Comte de BOURMONT. 

Florennes, le 15 juin 1815.

 Mon général, les motifs qui déterminent le départ de M. de Bourmont sont aussi les miens, et il faut qu’ils soient bien puissants pour que je me résolve à quitter une armée remplie de mes mais, et commandée par un chef dont le caractère noble et les grands talents inspirent à la fois le respect, l’attachement et une confiance sans bornes. Mes amis vous diront, mon général, tout ce qu’il m’en coûte pour suivre ce parti. Il me faut cette conviction intime que je fais par là le bien de mon pays, pour abandonner tout ce qu’on trouve sous vos ordres. Je suis avec le plus vif chagrin et un profond respect. 

Colonel CLOUET. 

Relations prussiennes. 

Laissons aux relations prussiennes le soin de nous raconter ce qu’il advint des transfuges : Bourmont et ses compagnons rencontrèrent les avant-postes de la cavalerie de landwehr westphalienne disséminés au sud de Presles-Sart-Eustache et furent conduits au colonel de Schutte, commandant en second de la 4ème brigade, à Fosse. Schutter envoya les Français au compte Henckel à Moustier, et transmit au général Zieten les noms des six transfuges. Il accompagnait cette liste des remarques suivantes : « Le lieutenant général français m’a dit lui-même que l’ennemi tenterait aujourd’hui quelque chose contre Charleroi. Le général et sa suite appartiennent au corps du général Gérard, venu de Metz. Ce corps est fort de 20.000 hommes et se trouve de Philippeville à  Florennes. » Pour que Zieten ait écrit ce que l’on vient de lire, il faut que Bourmont ait jasé, malgré sa promesse écrite à Gérard. Bourmont rencontre Blücher dans l’après-midi sur la route de Namur et reçut de lui l’autorisation de se rendre à  Gand.

Le vieux rude accompagna, dit-on, cette autorisation d’une expression forte et comme la langue allemande seule en possède dans son riche vocabulaire.

 Winand AERTS. 

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( 18 janvier, 2019 )

Une lettre du général Pouget au général Dupont, Ministre de la Guerre.

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Obligé de lâcher Vitebsk, rattrapé par les cosaques, blessé et fait prisonnier, le général Pouget, comme on le voit dans ses « Mémoires », fut envoyé à Saint-Pétersbourg où la politesse russe ne put, selon son expression, adoucir l’amertume de sa captivité.  Le 4 mai 1814, de Saint-Pétersbourg, il écrit au nouveau Ministre de la Guerre-le général Dupont [celui de Baylen !]- la lettre suivante. Il y raconte de nouveau la défense de Vitebsk et demande que le Roi l’emploie à Nancy. Il signe même, pour plaire aux Bourbons, « Baron de Pouget. » 

Arthur CHUQUET 

Monseigneur, 

L’histoire de ma captivité est aussi courte que précise. Blessé aux tendons fléchisseurs du genou gauche le 18 août 1812 à la bataille de Polotsk, j’obtins de M. le général Saint-Cyr l’autorisation d’aller me faire soigner à Vilna où je fus transporté avec peine. J’ai reçu  dans cette ville l’ordre d’aller prendre le gouvernement de la province de Vitebsk. Les ordres précis que j’avais de garder ce point me firent un devoir d’y attendre que je fusse attaqué par des forces bien supérieures. Il n’en fallait pas beaucoup. 600 hommes dont 400 n’avaient jamais titré un coup de fusil et 16 gendarmes pour toute cavalerie composaient ma garnison.  Je fus attaqué le 7 novembre 1812 par 3.000 hommes d’infanterie et 1.500 de cavalerie. Je tins ferme. Je ne fis mettre le feu au pont qu’après l’avoir vigoureusement défendu. Je n’attendais aucun secours puisque le corps du duc de Bellune [Maréchal Victor], le seul qui pouvait m’en donner, était en retraite et déjà à vingt lieues de Vitebsk. Je me retirai en bon ordre sur Smolensk, toujours en colonne serrée et en me battant contre la cavalerie qui me serrait de près.  Je fis ainsi quatre lieues en combattant depuis six heures de temps. Enfin, la cavalerie fondit sur ma petite troupe qui se laissa enfoncer. Je l’en accuse avec raison : avec 600 bons soldats français, ils ne m’auraient point entamé, mais c’étaient des soldats de Berg qui voyaient l’ennemi pour la première fois et que j’avais trop à cœur de sauver ; ils ne firent pas assez de feu et, sourds à ma voix, ils ne présentèrent pas même la baïonnette ; ils s’ouvrirent. J’en fus victime, car, en me défendant, je fus sabré et j’eus le bras droit luxé ; enfin, forcé de me rendre. J’avais heureusement l’honneur d’être connu de Sa Majesté l’Empereur Alexandre qui daigna me recommander et m’envoyer à Saint-Pétersbourg pour me faire soigner. Je fus, en effet, traité par un chirurgien de la cour et par l’ordre de Sa Majesté l’Impératrice régnante.  Tant de bontés me pénétrèrent sans doute de la plus vive reconnaissance, mais n’ont pu adoucir l’amertume d’une première captivité. Lorsque je quitterai la Russie, je me rendrai à Nancy [D’après ses « Souvenirs de guerre », ce fut le 20 mai 1814, seize jours après cette lettre, qu’il reçut la nouvelle de sa mise en liberté, et le 4 juin, il quittait Saint-Pétersbourg ; quelques semaines plus tard, il arrivait à Nancy où il revoyait sa femme et ses enfants avec un bonheur inexprimable. »] où j’ai ma demeure.  Je supplie Votre Excellence de m’y faire parvenir ses ordres, et si vingt-quatre ans de services, des blessures graves dont une me prive de la moitié du pied gauche, toutes les campagnes depuis 1792 pouvaient intéresser en ma faveur, je prierais Votre Excellence de vouloir bien demander pour moi au Roi la grâce d’être employé dans la 4ème division militaire où je pourrais être près de ma famille que j’ai à peine vue depuis dix-neuf ans de mariage.  Je vous prie, Monseigneur, de vouloir bien agréer l’hommage de mon respect. 

Le général de brigade, 

Baron de POUGET, prisonnier de guerre. 

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