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( 26 novembre, 2019 )

A propos de la bataille de Dresde…

Dresde 1813[27 août 1813] « La pluie empêchait l’infanterie de faire usage de ses armes et, durant toute cette journée, on n’entendit que le bruit du canon, et on n’employa d’autres armes que le sabre et la baïonnette. »

(Général Griois, « Mémoires, 1812-1813… »)

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« Le 27 [août 1813] à six heures du matin, par un temps affreux, S.M. a attaqué l’armée ennemie  forte de cent dix mille [hommes] ; leur centre occupait une position réputée imprenable : ils ont longtemps tenu, mais les manœuvres de S.M. les ont découvertes ; les positions ont été enlevées à la baïonnette, à trois heures on en était maître, et le résultat connu était alors dix mille prisonniers, huit drapeaux, douze pièces de canon, deux généraux ; toutes les routes par où l’ennemi pouvait espérer la retraite étaient occupées par quatre-vingt escadrons commandés par le roi de Naples, et on devait s’attendre à des résultats plus  brillants encore.- La jeune Garde a fait merveille, plusieurs des généraux qui la commandaient ont été blessés, Tindal, Dumoustier  [ce général sera blessé d’un coup de biscayen à la jambe gauche, lors de cette bataille] et autres. Nos régiments de cavalerie se sont bien montrés. Le 23ème dragons a chargé sur des batteries [et] les a enlevé et les a conduites au palais ce matin. A neuf heures du soir les routes de Pirna, de Peterswald et de Freiberg étaient occupées par notre cavalerie. Ce matin on a annoncé que le roi de Naples avait dans la soirée et la nuit ramassé plus de onze mille prisonniers et seize pièces de canon. Il arrive à tous les instants des déserteurs et des prisonniers. L’Empereur a annoncé ce matin que les Autrichiens avaient perdu en blessés et prisonniers au moins près de quarante mille hommes et que le reste aurait la plus grande peine de se relever. »

(« Lettres inédites de Guillaume Peyrusse à son frère André », lettre datée de Dresde, 28 août 1813, pp.159-160)

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( 23 novembre, 2019 )

« Les RUSSES se sont ralliés sous le CANON de SMOLENSK… »

Smolensk, 19 août 1812.

Mon cher père, je vous ai écrit de Witepsk. Depuis le 14 [août], Sa Majesté était à la poursuite des Russes qui évitaient tout engagement sérieux. Sept à huit cents prisonniers, onze pièces de canon et beaucoup de morts avaient été jusqu’à ce jour le résultat des petits engagements qui avaient eu lieu. Les Russes se sont ralliés sous le canon de Smolensk : ils étaient bien convaincus que, attendu que, dans le 17ème siècle, ils employèrent deux mois à faire le siège et que la place ne se rendit à leurs armes qu’après neufs assauts, nous emploierons au moins autant de temps. L’armée, la garnison, les habitants qui apparemment ne connaissaient pas M. de Vauban, étaient dans la plus intime croyance que la place était imprenable. Elle est à la vérité d’un accès difficile. Elle bat la grande route ; elle est environnée de ravins dans lesquels on ne peut pas être couvert. Des bois de quatre à cinq pieds de hauteur couvrent les ouvrages extérieurs. La ville est entourée d’une très épaisse muraille en brique et à créneaux comme la cité [allusion à la vieille ville de Carcassonne, dans l’Aude, d’où Peyrusse est natif]. Elle est flanquée de huit grosses tours où l’on peut établir de l’artillerie. Les portes sont masquées. L’intérieur de la ville est un sol très inégal, et plusieurs couvents sont établis sur des buttes et font un bon genre de batterie, de sorte que la ville peut-être prise et se défendre encore du haut des couvents. S. M. se fit rendre compte de la place dans la soirée du 15 ; le 16 il fit tâter l’armée par une nuée de tirailleurs qui pendant toute la journée firent un feu très soutenu, et aussi les ennemis ripostèrent très franchement. On essaya de pénétrer dans les faubourgs, mais on ne put s’y maintenir. La nuit arriva et suspendit la fusillade, qui dura jusqu’à onze heures du soir. Le lendemain, on recommença de plus belle. L’engagement devint général ; il y eut de fort belles charges. On tourna la ville dont le feu était très vif et très soutenu. Ces tiraillements ennuyèrent l’Empereur. Il somma la ville de se rendre. La réponse n’ayant pas été satisfaisante, on commença à la canonner et à faire pleuvoir sur elle une grêle de bombes et d’obus. Bientôt le feu s’étant manifesté dans le faubourg, gagna la ville. L’embrasement devint général et la ville fut toute en feu. Ce fut pour moi un spectacle horrible. Nous étions avec S. M. à six cent toises [environ 1km 160] de la place. La garnison ne pu tenir : elle commença à se décourager et à enlever son artillerie. Nos tirailleurs s’aperçurent que le feu se ralentissait, enfoncèrent les ports et pénétrèrent dans la ville à travers une grêle de balles, de boulets, de mitraille. Chaque maison était une forteresse : tout ce qui fut rencontré n’eut pas de quartier. Il y eut de la résistance sur les buttes de l’intérieur. Trois divisions formant la garnison repassèrent le pont en grand désordre, le brûlèrent, et purent se joindre au gros de l’armée établie sur les hauteurs de l’autre côté du Dniéper. Elles firent un feu continu sur la place et sur nos pontonniers qui commençaient à faire des préparatifs pour les ponts. S. M. entra hier à dix heures dans la place. Quatre ponts furent bientôt faits et jetés, malgré une pluie de mitraille, et le maréchal Ney passa malgré tout l’obstacle cette nuit et ce matin. Il a tourné la position des russes et les a rejetés sur la route de Moscou, où il les poursuit avec vigueur. Le feu est encore dans la ville et les faubourgs ; on fait tous ses efforts pour l’arrêter. La général a battu cette nuit pour que tout le monde se rendit à son poste et observer (sic) les progrès du feu.  Par prudence je suis sorti avec mes fourgons, et je me suis rendu au camp. La ville n’est qu’un monceau de cendres. C’est dommage ; elle était jolie, élégamment bâtie. Il y avait douze mille habitants que les russes ont amené (sic). On ne connaît pas encore les détails de ces trois journées. Je sais que le maréchal Ney a eu une balle dans la cravate qui lui a occasionné une forte contusion. Les Russes ont perdu beaucoup de monde. Pour enflammer leurs soldats, ils les avaient enivrés. Un de leurs généraux, qu’on croit [être] le gouverneur de la ville, a été trouvé mort sur la place d’armes. C’était là où il devait mourir, comme moi je dois périr sur ma caisse [allusion au Trésor impérial dont Peyrusse a la charge]. Nous ne sommes plus qu’à 85 lieues [environ 340 kilomètres] de Moscou. Nous présumons que nous ne tarderons pas à y arriver. Ce fameux Dniéper si chanté par les Grecs sous le nom de Tanaïs est bien peu de chose ici. Adieu mon cher père, je me porte aussi bien qu’on peut se porter en Russie. J’embrasse tous les miens. Bien des choses à Reboulh et à toute la famille. Je ne vous écrirai plus que de Moscou, et là je serai à mille lieues de vous.

Adieu.

Guillaume [PEYRUSSE] 

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André [et à son père], pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.81-84).

 

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( 22 novembre, 2019 )

«Un coup de tonnerre mettra fin aux affaires de la Péninsule.»

G.Peyrusse

Voici un épisode peu connu de l’existence de Guillaume Peyrusse, qui sera plus tard, Trésorier général de la Couronne durant les Cent-Jours.

Bulletin du vendredi 2 août 1811. « On a rapporté au Ministre [de la Police Générale], le mois dernier que les sieurs Peyrusse, chef du bureau du Trésor de la Couronne, et Vendryes, secrétaire du général d’Harville, avaient dit qu’il existait une caricature représentant des Anglais avec de très grands chapeaux sur la tête surmontés d’un paratonnerre, par allusion au discours de S.M. : un coup de tonnerre mettra fin aux affaires de la Péninsule. Le Préfet de Police, chargé de vérifier, a adressé le 27 juillet [1811], le rapport suivant : « Les Sieurs Peyrusse et Vendryes, mandés à la préfecture et interrogés, ont répondu unanimement qu’ils n’avaient pas vu cette caricature, mais qu’on leur avait dit qu’elle existait. Ils n’ont pas pu ou n’ont pas voulu désigner les personnes qui leur en avaient parlé. On a pu découvrir aucune de ces caricatures, ni aucune personne qui dit en avoir vu une. Ainsi on ignore si elle existe. Les recherches se continuent. »

(Source: Nicole Gotteri : « La police secrète du Premier Empire. Bulletins quotidiens adressés par Savary à l’Empereur, de juillet à décembre 1811 », Tome III, Honoré Champion, 1999, p. 83).

 

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( 21 novembre, 2019 )

Un portrait méconnu de Guillaume Peyrusse…

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Voici un gros plan du fameux (et très beau) tableau de Joseph Beaume représentant le départ de Napoléon de l’île d’Elbe le 27 février 1815. Et si le personnage dont j’ai grossi l’image était Guillaume Peyrusse ? . Hypothèse séduisante et même troublante car en effet, cet homme qui se trouve derrière l’Empereur, entre Cambronne et le vertueux Drouot, ressemble beaucoup au portrait de Peyrusse figurant dans mon édition de ses « Mémoires , (Editions AKFG, 2018 ). On sait que Guillaume Peyrusse, personnage de qualité, suivit Napoléon durant les 300 jours de son exil elbois. Il fut en charge de toute la trésorerie du souverain et même des finances publiques. Il est donc très probable que l’anonyme du tableau soit celui que l’Empereur appelait avec son accent méditerranéen « Peyrousse ».

C.B.

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

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( 19 novembre, 2019 )

Un malheureux soldat…

« 9 novembre [1812]. Nous eûmes un temps affreux [note : « Le froid était devenu excessif ; les hommes et les chevaux tombaient privés de nourriture ; la route était jalonnée par des caissons ou par des voitures brûlées ou abandonnées ; le découragement était à son comble. Cependant l’infanterie de la Garde résistait encore et marchait en bon ordre autour de la voiture dans laquelle l’Empereur voyageait avec le roi de Naples. Ce fut dans ce trajet, l’un des plus désastreux de la retraite, que le postillon de la voiture de l’Empereur s’étant cassé la cuisse, on vit le général [de] Caulaincourt, duc de Vicence, Grand-Écuyer, prendre sa place pendant le reste de la journée ». (Denniée, pp.124-125)] ;nos provisions diminuaient. Si dans les premiers jours de notre retraite nos bivouacs avaient été bien fournis, nous nous reprochions bien amèrement notre prodigalité. Chacun de nous comptait avec ses provisions et se retirait à l’écart pour prendre ses repas ; il n’y avait plus de gaieté. Nous avancions péniblement. L’espoir de trouver un peu de repos et quelques provisions à Smolensk, soutenait nos forces. Nous fûmes forcés de nous arrêter à quelques lieues en arrière de la ville. Une grange démantelée nous garantit un peu pendant la nuit ; nous en brûlâmes les planches et les solives. J’avais sur le devant de mon fourgon un soldat de la 13e légère ; une balle lui avait traversé la mâchoire et coupé la moitié de la langue ; il ne pouvait faire entendre que des sons inarticulés qui ne parurent jamais m’apprendre son nom ; il était souffrant. J’avais jusqu’à ce jour partagé avec lui les provisions que j’avais ; mes domestiques en avaient bien soin ; la nuit il couchait sous le fourgon. Sa reconnaissance, sa discrétion, excitèrent tout mon intérêt. Il avait été souffrant toutela journée. Je lui avais fait donner de l’eau sucrée ; il me parut s’affaiblir. Je m’étais procuré une bouteille d’eau-de-vie de grain, je lui en offris un verre ; nous pensâmes que ce breuvage lui donnerait du ton… Il mourut dans la nuit. Je le fis enterrer au pied d’un bouleau près de la grande route, et sur sa tombe je plaçai une croix. On ne trouva sur lui aucun papier. »

(Baron Guillaume PEYRUSSE, « Mémoires, 1809-1815. Edition annotée et complétée par Christophe Bourachot », Editions AKFG, 2018 ).

Un malheureux soldat… dans TEMOIGNAGES russie

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( 8 novembre, 2019 )

«Dans quelques années l’étranger pourra demander sur quelle rive de la Moskowa a existé Moscou.»

Cette lettre de Guillaume Peyrusse est adressée à son frère André est datée de Dorogobouj, 3 novembre 1812.

« Je t’ai écrit de Borovsk le 27 octobre. Depuis nous continuons notre retraite en bon ordre, sur  le même chemin qui nous a conduits à Moscou. Quelques cosaquades ont lieu sur les derrières, mais on fait bonne contenance. Je ne sais pas même dans quelle ville de Pologne nous irons prendre de nouvelles positions et hiverner ; on nous donne à penser que nous irons la campagne prochaine à Saint-Pétersbourg. Ces barbares mériteraient bien qu’on brûlât leur capitale et qu’on finisse la campagne en brûlant le port de Cronstadt. Ce serait les payer de la même manière et affaiblir un peu le poids qu’ils ont dans la balance. Quelques jours après notre sortie de Moscou, les Cosaques sont entrés dans Moscou, mais le maréchal duc de Trévise qui commandait la ville leur a tenu tête. Quelques heures après sa sortie du Kremlin et les principaux édifices qu’il renferme ont sauté en l’air. On a mis le feu aux édifices que les flammes avaient épargnés. Dans quelques années l’étranger pourra demander sur quelle rive de la Moskowa a existé Moscou.

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrite à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814. Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.108-109). Rappelons que Guillaume Peyrusse assurait les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne, durant cette campagne. Sa correspondance est un bon complément à ses « Mémoires ».

«Dans quelques années l’étranger pourra demander sur quelle rive de la Moskowa a existé Moscou.» dans TEMOIGNAGES gp.

 Guillaume PEYRUSSE (1776-1860)

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( 23 octobre, 2019 )

Une lettre d’Erfurt…

Guillaume Peyrusse

Une lettre de Guillaume Peyrusse -Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur- à son frère André.

Erfurt, 23 octobre 1813.

Neuf estafettes que nous avons trouvées ici ne m’ont porté qu’une seule lettre de toi du 12. Je ne puis te dire aujourd’hui que ceci : c’est que je suis arrivé ici cette nuit avec mon fourgon et que S.M. y est entrée avec sa Garde à deux heures ce matin. Il ne peut pas m’être permis de devancer la publication des événements que nous avons éprouvés depuis notre départ de Dresde et qui nous fait rétrograder. Je veux rassurer ton cœur en te disant que je suis sain et sauf, et qu’il ne m’est arrivé aucun fâcheux accident, grâce à mon énergie.

Adios, caro mio.

Le jeune Guizol se porte bien ; il est aide-de-camp du général Sébastiani qui, à l’affaire devant Leipzig a été blessé d’un coup de lance. Dis-le à son père. Salex se porte bien aussi. Je l’ai vu au-delà de Leipzig.

(Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire, de 1809 à 1814. Publiées d’après les manuscrits originaux, avec une notice sur Peyrusse par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, p.172).

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( 19 septembre, 2019 )

MOSCOU après l’INCENDIE…

« 18 septembre. Nous quittâmes le château de Petrovski [Peyrusse avait suivi Napoléon et son entourage lorsque ce dernier quitta Moscou provisoirement le 16 septembre], et je repris, au Kremlin, mon logement auquel on arrivait par l’escalier des Lions.

19 septembre. Il me tardait infiniment de parcourir cette ville infortunée. Je visitai les quais dela Moskowa. Quoique la population eût entièrement disparu, néanmoins, il restait encore beaucoup de ces êtres malheureux que la misère force à regarder tous les événements avec indifférence. Privés jusqu’à ce jour d’un asile fixe, ils s’abritaient au milieu des décombres avec des planches à moitié consumées et y vivaient de pillage. On rencontrait errant dans les rues, une classe d’hommes la plus misérable de toutes, puisqu’elle racheta ses crimes par des crimes nouveaux : c’est celle des forçats auxquels on avait ouverts les cachots. Ils se signalaient par l’audace et la plus barbare cruauté. Munis de briquets phosphoriques, ils rallumaient l’incendie sur tous les points où il paraissait s’éteindre, se glissant furtivement dans les combles des grandes maisons, et échappant à toute poursuite au milieu du désordre et de l’embrasement. J’ai continué mes excursions. Le diamètre de cette ville immense est de près de sept lieues. MOSCOU après l'INCENDIE... dans TEMOIGNAGES Mosk-22sept18121-300x218

Cinquantre-trois rues principales dont plusieurs ont une demi-lieue de longueur, et près de quatre cents rues moyennes coupent la masse énorme de plus de vingt mille maisons. La ville est bâtie sur plusieurs collines et renferme dans son enceinte des parcs et jardins. La plupart des rues sont en montant et descendant. Cette situation vous fait voir une ville autour de vous, une autre à vos pieds, et une troisième sur la pente vis-à-vis.La Moskowa etla Jansa traversent la ville dans plusieurs sens. Au centre de la ville est le Kremlin. Cette forteresse qui a la forme d’un triangle parfait est célèbre dans les annales russes. Depuis sa fondation, elle n’avait jamais été prise ; du moins, une fausse tradition le faisait croire ainsi. Le Kremlin renfermait le palais du Czar, l’arsenal, la chancellerie et le palais du Sénat ; le Kitaï-Gorod (ville chinoise) : on appelait ainsi la bourse qui renfermait les marchandises du monde entier. Je suis descendu par le grand escalier, en face de la maison des enfants trouvés, monument moderne et d’un style sévère ; plusieurs ailes avaient été consumées. Beaucoup de blessés avait été la proie de l’incendie. Ala Bourse, toutes les boutiques étaient au rez-de-chaussée, sous des portiques. Chaque nature de marchandises avait son quartier. Cette immense enceinte ne renfermait plus que des décombres : on ne voyait que des bâtiments écroulés, des pans de murs noircis par les flammes, et des ruines encore fumantes. L’incendie avait commencé par ce quartier, et comme il avait trouvé beaucoup d’aliment, il ne restait que les murs. Tout avait été englouti dans ce gouffre de feu qui avait dévoré des millions de marchandises. Je suis rentré par la porte de l’arsenal, le pillage continuait encore ; les maisons que la flamme n’avait pas pu atteindre étaient enfoncées et mises au pillage.

22 septembre. Presque toutes les maisons de Moscou sont en bois. Avant de les construire, les architectes en exposent les modèles sur la place dite des maisons. Elles sont surchargées d’ornements d’architecture en plâtre stuqué. On aperçoit partout le faire italien. J’ai visité plusieurs églises ; les incendiaires avaient respecté ces monuments sacrés, plusieurs familles s’y étaient réfugiées, et chacune d’elles s’était établie dans une chapelle avec les meubles qu’elle avait pu arracher aux flammes. Je saluai avec respect ces victimes du malheur ; leur douleur était muette. Je vis des tableaux à fresque d’une composition bizarre. On voit le goût oriental régner à l’extérieur. Chaque église, outre son clocher principal dominant tous les autres, a quatre autres petits clochers en forme de tourelles. Un dôme sphérique en saillie domine tous ces clochers ; une double croix grecque et souvent un croissant au milieu de l’arbre qui la supporte, vient se finir par d’énormes chaînes aux dômes inférieurs. J’ai continué à errer toute la matinée au milieu des ruines, parmi les décombres, satisfait de pouvoir de loin en loin trouver quelques maisons échappées aux flammes.

23 septembre. Dans la nuit, le feu s’était déclaré dans l’hôpital Scheremotoff et dans le palais Orloff. L’étendue de ce palais était immense ; la beauté de l’ameublement répondit à l’élégance des jardins et du parc. Tant d’horreurs ne pouvait plus être tolérées. Il était impossible que Sa Majesté restât longtemps impassible spectateur d’une si horrible dévastation. Après les perquisitions les plus empressées, on s’empara de vingt-six incendiaires. Une commission fut nommée pour informer contre eux. J’ai visité le jardin botanique de l’Université ; il était abandonné. Le palais était converti en casernes ; c’est un édifice magnifique. Ce quartier n’avait pas été épargné.

24 septembre Dix incendiaires trouvés nantis de lances goudronnées ont été condamnés à mort ; ils ont avoué leur scélératesse et la mission qu’ils avaient reçue. Les seize restants ont été détenus comme n’étant pas suffisamment convaincus. Parmi les détenus, deux appartenaient à la bourgeoisie ; ils déclarèrent que le gouvernement russe, en ordonnant ce grand acte de barbarie, avait eu le double motif de ranimer l’énergie des habitants en entretenant dans le pays une haine violente contre nous et en nous rendant un objet d’exécration ; en outre, d’anéantir toutes les ressources qui auraient pu prolonger notre séjour, nous contraindre à une retraite plus prompte. Depuis le règne de Catherine II, Moscou était un objet de jalousie pour Pétersbourg et pour la Cour. Dans Moscou, la noblesse était sur un pied plus grand qu’à Petersbourg ; son esprit d’indépendance donnait de l’ombrage au Gouvernement. L’occasion d’anéantir cette ville rivale et de faire plier sous le joug de l’autorité cette noblesse frondeuse, a pu entrer comme motif secret dans une détermination où l’on doit admirer le dévouement le plus généreux et la plus haute énergie. J’ai visité le palais d’Astankina ; il est magnifique. Des incendiaires s’étaient introduits dans les combles et les souterrains et se disposaient à y mettre le feu ; mais les recherches de la police avaient pu le préserver. Il était debout au milieu des ruines ; mais une partie des jardins avait été desséchée par le feu. »

Baron Guillaume PEYRUSSE, « Mémoires ». L’auteur occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.


 

 

 

 

 

 

 

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( 4 septembre, 2019 )

Une lettre méconnue de Guillaume Peyrusse…

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La lettre qui suit ne figure pas dans mon édition critique des  « Mémoires » de ce personnage, publiée en 2018,  ni dans le volume des lettres échangées entre Guillaume et André son frère, paru en 1894. Elle est extraite de l’ouvrage publié (par la société historique La Sabretache) en 1912 et intitulé « Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812 ». 

C.B. 

———————

A Leroux, agent de change, rue Bergère, n°14, à Paris. 

Smolensk, le 11 novembre 1812. 

Monsieur, je suis fâché que vous ayez donné connaissance à M. Chambellan [caissier d’André Peyrusse, frère de Guillaume] de l’envoi que je vous ai fait. Il en a parlé à mon frère et voici ce qu’il m’écrit : « J’ai vu avec bien de la peine que tu ne mets pas assez de mystère dans tes opérations et que les envois de fonds, que tu fais à M. Leroux et dont il a l’imprudence de parler, peuvent donner des préventions contre toi, quoique ces fonds t’appartiennent bien. Tu connaîs Chambellan. J’ai été le voir dans son bureau, et la première chose qu’il m’a dit : « Eh bien, je savais que votre frère fait là-bas de très bonne opérations, il vient d’envoyer à Leroux 20.000 francs qu’il a gagnés dans une opération. Il a écrit à Leroux que c’était le fruit de ses économies, mai  nous savons bien ce que cela veut dire, et s’il continue sur ce pied il n’aura certainement pas besoin de place. Au surplus, je le désire pour lui. Voilà ce qu’il m’a dit, mon cher, et tu peux penser ce qu’il doit dire aux autres, et quelle étendue il doit donner à ses sentiments de jalousie ! »  Je ne vous fais pas de reproches, mais je vous prie de ne plus dire à l’avenir ce que nous ferons ensemble. Je ne crains les observations de personne, mas je n’aime pas qu’on sache mes affaires, parce qu’on est toujours disposé à des préventions fâcheuses contre un comptable. Vous avez vu par les journaux que nous avons quitté Moscou le 19 octobre [1812]. Ce n’était p lus qu’un amas de ruines fumantes. En quittant, on a fait sauter le château impérial et mis le feu aux édifices que les flammes avaient respectés. Nous usons avec ces barbares de justes représailles. S.M. étant décidée à opérer la retraite pour aller hiverner en Pologne, a voulu avant de partir donner encore aux Russes la mesure de ses forces, elle a été à leur rencontre à Berowsk, les a chassés dans la ville de Maloïaroslavets, a enlevé leur position et, pendant soixante heures, leur a tué et mis hors de combat 8.000 hommes.

On a mis le feu à la ville et après cet adieu nous avons fait volte-face pour opérer notre retraite. Elle se fait en bon ordre malgré la dureté de la saison. Les cosaques nous suivent, mais on les éloigne à coups de canon.  J’ignore dans quelle ville de Pologne nous hivernerons ; je crains bien que ma rentrée à Paris ne soit pas prochaine. S.M. jouit d’une santé parfaite. L’armée, en opérant sa retraite, la voit tous les jours dans ses rangs. Nous ne faisons que 6 lieues par jour pour ne rien laisser en arrière. Tous les blessés, tous les malades sont transportés. Chacun en a pris dans ses voitures, nous en avons 32 dans notre convoi. 

Agréez l’assurance, etc. 

Guillaume PEYRUSSE. 

 

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( 29 juillet, 2019 )

Une lettre écrite de Dresde, 29 juillet 1813…

Guillaume Peyrusse

Peyrusse, jusque là Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur est nommé à cette date Payeur de l’Empereur. Cette lettre est écrite à son frère André.

A Dresde, le 29 juillet 1813.

Rien de nouveau pour notre affaire, mon cher André. S. M. est partie comme tu l’auras appris pour Mayence. Et le grand écuyer [général de Caulaincourt] pour Prague. Nous sommes ici nos maîtres et nous en profitons pour prendre un peu de beau temps. La veille de son départ Sa Majesté m’a fait appeler. Présumant qu’elle voulait avoir la situation  de ma caisse, j’en avais préparé  un sommaire. Sa Majesté a voulu connaître le détail de mes dépenses et la nature de mon service auprès d’elle. Je me suis empressé de lui porter un état général de toutes mes recettes et de toutes mes dépenses depuis le commencement de la campagne. Elle en a été satisfaite. Elle ma fait beaucoup de questions auxquelles j’ai répondu de suite. Elle dit ensuite qu’elle allait faire faire un travail sur la situation, qu’elle écrirait à M. de La Bouillerie [le trésorier de la Couronne] et qu’elle me ferait donner connaissance de sa lettre. On me l’a effectivement communiquée. Sa Majesté m’a fait expédier  un ordre qui portait pour suscription : « A  M. Peyrusse, mon payeur ». J’ai été fort content de ce que Sa Majesté m’a fait l’honneur de m’appeler : elle ne connaissait pas la nature de mon service. M. Fain, en me communiquant la lettre de Sa Majesté à M. de La Bouillerie m’a confirmé que je ne devais plus  me considérer comme un payeur de la maison, mais comme payeur de Sa Majesté., puisque je ne pouvais plus dépensait ce qu’on allait me donner que sur les ordres de Sa Majesté.

J’ai été enchanté que Sa Majesté ne revînt pas ici et que ce ne fût qu’à Paris où M. le grand écuyer fût dans le cas de le rejoindre, si la paix se conclut. Nous ne savons pas ce qui se passe ; nous sommes tous à Dresde et tout paraît fort gai. Les gros personnages nous donnent l’exemple des parties de campagne et nous faisons comme eux. Nous verrons comme cela finira. Je crois pour ma part que tout finira bien…

 Guillaume.

« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1812. Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, Libraires-Editeurs, 1894.

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( 7 juillet, 2019 )

A l’île d’Elbe (Eté 1814).

Ile Elbe 2014

« 22 juin1814. Le colonel Mallet , commandant les grenadiers de la Garde, et moi, nous nous rendîmes à [La] Pianosa pour assister au débarquement de Sa Majesté. On ne trouva dans cette île, absolument déserte que quelques chevaux, qui parurent au premier abord être des chevaux sauvages. Nous apprîmes ensuite qu’ils appartenaient à des paysans Elbois qui les y transportaient pour les laisser paître en liberté dans les prairies. L’Empereur, après s’être assuré qu’il serait facile de transformer cette terre aride en champs de froment, ordonna des ouvrages défensifs et la construction d’un petit fortin, afin de mettre à l’abri des invasions des barbaresques la petite colonie d’agriculteurs qu’il voulait y envoyer.Déjà de toutes parts se déployaient une activité et une industrie jusqu’alors inconnues aux Elbois. Dès l’arrivée de Sa Majesté, son influence s’était répandue sur tout ce qui l’approchait. De belles routes étaient tracées ; les rochers commençaient à s’aplanir.Le palais de Sa Majesté était situé sur un rocher entre le fort Falcone et le fort de l’Etoile, dans le bastion des moulins. A notre arrivée, ce palais consistait en deux pavillons principaux qui servaient de logement aux officiers supérieurs du génie et de l’artillerie.

L’Empereur fit décorer l’intérieur des deux pavillons et élever le corps de logis qui les réunissait. Une superbe salle tenait tout le milieu de l’édifice. Elle était bâtie au premier étage et faisait partie de l’appartement destiné à la princesse Pauline. Sa Majesté occupait le rez-de-chaussée du palais. Mme Mère, arrivée à Porto-Ferrajo [Portoferraio], occupait une maison particulière en ville. De vieilles masures entouraient le palais ; elles furent démolies ; les moulins disparurent. L’un des longs bâtiments qui servait de logement aux officiers, masquait la vue ; il fut rasé jusqu’à la hauteur de la terrasse construite devant le château. Le général Drouot et mois nous nous établîmes dans le milieu de ce bâtiment. Sa Majesté fit l’acquisition d’un petit domaine appelé Saint-Martin. Il s’y trouvait une maisonnette que Sa Majesté fit agrandir et meubler avec goût, mais avec simplicité. La première fois que je visitai ce domaine, je vis l’Empereur occupé à détacher du grand ouvrage d’Egypte les belles gravures qui s’y trouvent,et donner ses soins pour qu’elles fussent collées sur les peints à la fresque. – « Avez-vous payé la maison, Peyrousse ? me dit Sa Majesté. – Oui, Sire. – Je suis donc il Maestro, me répondit Sa Majesté, ce sera la maison d’un bon bourgeois riche de quinze mille livres de rente. »

Cette maisonnette, placée au centre des vignobles très considérables, présentait un aspect des plus pittoresques. – « Je m’attends bien, me disait un jour Sa Majesté, que mes grognards vendangeront mes vignes avant moi. »

Presque tous les jours, quelque temps qu’il fît, Sa Majesté allait se promener à sa maison de campagne. Là, comme à la ville, l’Empereur ne dédaignait pas de s’occuper de l’administration intérieure de sa maison ; il se faisait rendre un compte exact de tout et entrait jusque dans les moindres détails d’économie domestique. A cet effet, son jardinier Hollard fut envoyé à Gênes pour y faire l’achat de mûriers, d’amandiers, de plantes potagères, de vaches et de tous les animaux nécessaires pour garnir la basse-cour. En attendant l’arrivée du brick l’Inconstant, dépêché pour faire ce transport, l’Empereur s’occupait avec son architecte Bargilli à faire disposer les terres pour la plantation des mûriers, des amandiers, et faisait construire les loges nécessaires pour la vacherie et la basse-cour. La campagne de Saint-Martin était le but de nos promenades ; Sa Majesté nous accueillait toujours avec une bienveillance flatteuse ; sans rien perdre de sa dignité, l’Empereur avait trouvé le secret de devenir simple particulier, et, près de lui, la conversation avait toute la liberté et tout l’abandon dont on aurait pu jouir à la campagne d’un ami.

Lorsque Sa Majesté recevait la visite de quelque étranger de marque, ce qui arrivait souvent, elle l’accueillait avec la même grâce et la même aménité que dans les temps de sa plus haute puissance ; elle était jalouse de lui faire les honneurs de sa maison des champs. Tous quittaient sa présence, pénétrés de l’admiration la plus vive pour un souverain qui, après avoir gouverné l’Europe, porté la gloire de son nom jusqu’aux extrémités du monde, venait, après plus de cent combats, véritable colosse de gloire et de génie, reposer sa tête illustre à l’ombre d’une maisonnette modeste, en s’élevant, par la hauteur de son caractère, au-dessus des caprices de l’aveugle fortune.

Parmi les hommes des différentes nations qui se rendaient à l’île d’Elbe, les Anglais, surtout, paraissaient attacher le plus haut prix à contempler l’Empereur, à l’entendre. Souvent on les a vus se rendre sur la route de Porto-Ferrajo [Portoferraio] à Saint-Martin, y attendre cinq à six heures Sa Majesté, et se rembarquer aussitôt après l’avoir vue. Lord Bentinck, lord Douglas, une infinité d’autres seigneurs, furent reçus, recherchés, fêtés ; tous durent rapporter chez eux les plus touchants souvenirs de l’accueil qu’ils avaient reçu .

L’un deux se promenait un matin avec Sa Majesté, qui, après le déjeuner, visitait à pied les plantations de mûriers qu’elle avait ordonnées ; le Grand-Maréchal, que j’avais accompagné à Saint-Martin, portait les dépêches du courrier. – « Sont-ce les journaux français ? Oui, Sire.Suis-je bien déchiré ?Non, Sire, il n’est pas question aujourd’hui de Votre Majesté. -  Allons, ce sera pour demain ; c’est une fièvre intermittente, ses accès passeront. »

L’Empereur se plaisait à causer avec ses grenadiers, dont il avait si bien compris le cœur ; il les rencontrait souvent dans ses vignes, sous ses figuiers. Comme tous les vieux soldats, ils ne paraissaient jamais contents, et par une de ces expressions qui peignent au soldat l’affection qu’on lui porte, beaucoup mieux que les plus belles phrases, il les appelait ses grognards. Un jour, vers les derniers temps, l’Empereur rencontra le sergent des sapeurs : – « Eh bien ! Grognard, tu t’ennuies ? Non, Sire, mais je ne m’amuse pas trop, toujours.Tu as tort, il faut prendre le temps comme il vient, et, lui mettant un napoléon dans la main, il s’éloigna en faisant sonner l’argent qu’il avait dans son gousset et en fredonnant l’air :

Ça ne durera pas toujours.

Ça ne durera pas toujours.

Dans la cave de Saint-Martin [maison de campagne de l’Empereur], il se trouvait quelques pièces de vin. Ayant été admis, après mon travail avec l’Empereur, à l’honneur de dîner avec Sa Majesté et quelques Génois, Anglais et Toscans, elle nous fit, dans des petits verres, les honneurs de son vin, qui devait nécessairement être trouvé très bon ; et comme il était dans son caractère de marquer tout au cachet de l’extraordinaire, Sa Majesté voulut que son maître d’hôtel désignât son vin rouge sous le titre de Côte de Rio, et son vin blanc sous le nom de Monte-Jove. Ces noms pompeux ne les rendaient pas meilleurs. Au surplus, l’Empereur ne contribuait pas à la consommation de son vin, Sa Majesté ne buvant que du Chambertin.

A la suite de ce dîner, on passa au salon, et là, j’ai entendu l’Empereur dire à un colonel anglais : « La guerre est quelquefois une de ces héroïques nécessités qui relèvent le moral du peuple et l’empêchent de s’atrophier dans de trop exclusives préoccupations d’intérêts matériels. »

(Guillaume PEYRUSSE, « Mémoires »).

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Ce personnage occupait à cette époque les fonctions de « Trésorier général des revenus de l’île d’Elbe et payeur de toutes les dépenses » (depuis le 11 mai 1814).

  

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( 29 juin, 2019 )

29 juin 1815… Le dernier jour de l’Empereur à Malmaison…

29 juin 1815... Le dernier jour de l'Empereur à Malmaison... dans JOURS D'EPOPEE malmLe dimanche 25 juin 1815, à midi et demi, Napoléon quitte l’Élysée pour le château de Malmaison. Le lendemain, Guillaume Peyrusse, Trésorier de la Couronne pendant les Cent-Jours, y est appelé par le souverain. Voici un extrait de ses «Mémoires» .

« 26 juin 1815. A une heure du matin, un courrier m’apporte l’ordre de me rendre à Malmaison. Introduit dans la chambre de Sa Majesté, j’y trouvai M. le Ministre de la Marine [Decrès]. Sa Majesté était en robe de chambre, M. le Ministre faisait entrevoir à Sa Majesté le danger qu’elle courait à Malmaison, où, d’un moment à l’autre, elle pouvait être enlevée. Sa Majesté donna l’ordre, devant moi, au général Beker de faire rompre le pont du Pecq par où l’ennemi pouvait déboucher sur Malmaison. Le Ministre fut congédié ; je restai seul. Sa Majesté me pressa très vivement de solder toutes les dépenses de sa maison, et parut très contrariée que je n’eusse pas versé plus de fonds à M. Laffitte. Je lui fis observer que bien que le Gouvernement provisoire n’eût mis en demeure de ne pas me dessaisir des fonds existant en cause au moment de l’Abdication, néanmoins j’avais mis trois millions en sortie, et je n’avais gardé qu’une centaine de mille francs pour les besoins du service. Sa Majesté me parla des diamants existants. Je lui fis observer qu’ils étaient la propriété de la Couronne.- « Il y en a dans le nombre qui m’appartiennent, me répondit Sa Majesté ; avec ça on a du pain. » Ces paroles m’allèrent à l’âme. En voyant Sa Majesté réduite à une si mince épargne, après avoir eu deux cents millions dans son souterrain des Tuileries, et plus de soixante millions dans son domaine extraordinaire, j’aurais livré quelques diamants, si le sentiment d’un devoir impérieux ne m’eût fortifié et fait taire l’émotion profonde que j’avais ressentie.

29 juin 1815. Sa Majesté m’annonça qu’elle partirait dans le jour. A quatre heures du soir [Marchand indique « cinq heures et demie du soir»], elle prit congé de nous et partit sous l’escorte du général Beker. Je rentrai aux Tuileries le cœur navré. J’ordonnai à tous mes chefs de division et au caissier général d’arrêter tous les comptes au jour de l’Abdication.» 

Quant à l’Empereur, vêtu de vêtements civils, il quitte le Château de Malmaison, accompagné des généraux Bertrand, Becker et Savary. Il s’était recueilli seul un moment dans la chambre où s’était éteinte l’impératrice Joséphine…. Pour l’Empereur commençait  le dernier acte de sa fulgurante existence… 

 

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