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( 20 mars, 2018 )

Un jour historique ! Paris, Palais des Tuileries, 20 mars 1815, 21 heures…

Napoléon le Grand

Écoutons quelques témoins de ce soir triomphal : « Neuf heures venaient de sonner au pavillon de l’Horloge ; je me promenais et causais avec mes camarades le long du château. Tout à coup des voitures très simples et sans aucune escorte se présentent au guichet du bord de l’eau et l’on annonce l’Empereur. Décrire ce moment n’est pas en mon pouvoir, il est impossible que des mots puissent le faire.  La grille est ouverte, les voitures entrent ; nous nous précipitons tous autour d’elles et nous en voyons descendre Napoléon. Oh ! Alors, toutes les têtes sont en délire : on se jette sur lui en désordre, on l’entoure, on le presse, on l’étouffe presque, et on finit, malgré tout ce que peuvent dire et faire les généraux qui l’accompagnent, par l’emporter dans ses appartements. (Capitaine Léon-Michel ROUTIER, « Récits d’un soldat de la République et de l’Empire, 1792-1830 »).

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« Toute la partie du côté du Pavillon de Flore près duquel est l’entrée ordinaire du Palais [des Tuileries], était remplie d’une masse si compacte de généraux, d’officiers, de gardes-nationaux et d’une grande quantité de personnes de distinction, qu’il me fut impossible de faire avancer la voiture jusqu’au perron. L’Empereur, voyant qu’il ne pouvait aller plus loin, descendit au milieu de la foule immense qui se pressait autour de lui et, dès qu’il eut mis pied à terre, on s’empara de lui et on le porta, pour ainsi dire, jusque dans ses appartements, sans que ses pieds puissent toucher les degrés de l’escalier. Il était neuf heures environ ». (Mameluk ALI, « Souvenirs sur Napoléon… ).

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« Les salles du palais [celui des Tuileries] semblaient métamorphosées en un champ de bataille, où des amis, des frères échappés inopinément à la mort se retrouvent et s’embrassent après la victoire », écrit FLEURY DE CHABOULON dans ses «Mémoires ».

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« 20 mars. Nous quittâmes Auxerre, la joie et l’enthousiasme régnaient dans la ville. Sa Majesté arriva dans la nuit à Fontainebleau. Après quelques heures de repos, Sa Majesté passa en revue dans la cour du palais un régiment de lanciers. Après l’arrivée de la Garde, l’Empereur, apprenant que le Roi avait quitté Paris et que la capitale était libre, se mit en route pour s’y rendre .Tous les villages que nous traversions témoignaient la plus vive joie ; une révolution sans exemple s’achevait sans le moindre désordre. Nous vîmes arriver autour de Sa Majesté tous les officiers généraux résidant à Paris ; une foule immense, plusieurs équipages à six chevaux vinrent au-devant de l’expédition. A neuf heures du soir, arrivé aux portes de Paris, l’Empereur rencontra l’armée qui devait commander le duc de Berry . Officiers, soldats, généraux, lanciers, cuirassiers, dragons, tous se pressèrent au-devant de l’Empereur. A son entrée aux Tuileries, Sa Majesté pouvait à peine traverser la foule des officiers qui l’entouraient ; elle fut obligée de leur dire, presque suffoquée par son émotion : « Mes amis, vous m’étouffez.  »

La nuit, la Garde arriva et bivouaqua dans la cour du Carrousel. Dès le matin, le drapeau tricolore avait été arboré sur la tour de l’horloge des Tuileries. Ainsi s’est terminée, sans rencontrer un obstacle, sans brûler une amorce et sans effusion de sang, une entreprise qui, au lieu d’être jugée comme une imprudente témérité, doit compter parmi les calculs les plus sublimes de la vie de l’Empereur, et l’entourer de la plus haute gloire militaire qui ait jamais honoré un grand capitaine. La marche de Cannes à Paris est sans exemple dans l’histoire des nations.C’est l’élan unanime d’un grand peuple courant au-devant de son libérateur. »  (Baron Guillaume PEYRUSSE, «Mémoires-1809-1815… »)

Vive l’EMPEREUR !

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( 26 octobre, 2017 )

L’EVACUATION de MOSCOU…

« Du 14 au 15 octobre nous fûmes surpris par les premières neiges, qui ne durèrent, il est vrai, que deux jours. Le 15 octobre commença l’évacuation de Moscou. C’était la retraite, qui ne devait finir que le 31 décembre à Thorn, 79 jours par.  Nous restâmes en ville, le 1er corps et la Jeune Garde, sous le commandement du maréchal Mortier, duc de Trévise, et, dans la nuit du 19 au 20 octobre, après avoir fait sauter le Kremlin, nous sortions à notre tour de la ville sainte. »

(Capitaine Vincent Bertrand, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815. Recueillies et publiés par le colonel Chaland de La Guillanche, son petit-fils [1ère édition en 1909]. Réédition établie et complétée par Christophe Bourachot », A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.138-139).

Gouvernement de Kalouga, Borovsk, le 27 octobre 1812.

« Mon cher André, notre départ de Moscou a été si précipité qu’il m’a été impossible de te l’annoncer. Depuis que nous avons quitté Moscou le 19 [septembre 1812]. Nous avons pris la route de Kalouga. Ce qui s’est passé prouve que S.M., ayant décidé d’opérer sa retraite pour faire prendre aux troupes les quartiers d’hiver, a voulu avant de partir, donner aux Russes la mesure des forces qui lui restaient encore : leur affaire s’est engagée dans la plaine de Borovsk le 23 [octobre 1812]… »

«Lettres inédites du baron Guillaume PEYRUSSE à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. PELISSIER», Perrin et Cie, 1894, p.106. L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

L'EVACUATION de MOSCOU... dans TEMOIGNAGES Moscou

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( 14 octobre, 2017 )

« Nos soirées sont tristes… »

Moscou, le 14 octobre 1812.

« … Notre armée est en observation. On assure que depuis le 4 de ce mois, il ne s’est tiré sur la ligne un seul coup de fusil. Nous voyons venir. Nos soirées sont tristes, mais comme nous regorgeons de thé, de sucre et de citrons et que nous avons passablement du vin, nous buvons du vin chaud, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre. Je donne ce soir mon punch au vin de Madère, et veux surprendre ma société par un plat de fruits de secs au sucre excellent. Je voudrais bien faire passer dans ton office du sucre et du café, dont j’ai une abondante provision, mais à neuf cents ou neuf cent cinquante lieues, comment l’effectuer ? Tu auras du thé chinois parfait… »

«Lettres inédites du baron Guillaume PEYRUSSE à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. PELISSIER», Perrin et Cie, 1894, p.105. L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

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( 25 juin, 2016 )

De DRESDE, 25 JUIN 1813…

En 1813, Guillaume Peyrusse  participe à la campagne de Saxe au titre de Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur. Le 29 juillet de la même année, il sera nommé Payeur de l’Empereur. Il s’adresse à son frère André.

Dresde, 25 juin 1813.

Je t’ai écrit il n’y a pas bien longtemps, mon cher André, pour te  parler de M. de Saluces [major d’un régiment de gardes d’honneur s’organisant à Tours],  je ne t’avais pas remis de lettre pour lui sachant qu’il n’était pas à Paris. Tu n’en auras pas moins fait la demande que je sollicite de lui. Je te remets aujourd’hui une lettre pour lui, lis-la, cachète-la et vas la  lui porter. Je lui annonce qu’un premier travail vient d’être demandé par l’Empereur et fait. Il concerne le militaire. M. Fain, m’a assuré qu’il en serait fait un autre pour le civil ; J’ai donné ma demande au grand écuyer [général de Caulaincourt], qui l’a reçue avec bonté, me permettant d’espérer. Je me suis fait recommander à lui par le duc de Plaisance [Lebrun], les comtes de Lobau, de Bausset, de Turenne. M. Fain m’a promis aussi dire un mot dans l’occasion. M. Daru aura demain ou après demain ma visite, et je ne doute pas de sa bonne volonté. Cependant s’il avait eu l’esprit présent, il aurait pu prendre Sa Majesté par ses paroles ; à Görlitz, il était question de faire un prêt à l’armée. Le comte Daru fut questionné ; on me demanda ; les huissiers furent assez bêtes pour ne pas me trouver, j’étais à mon cercle. Enfin, ne me trouvant pas, Sa Majesté dicta à M. Daru un ordre pour moi. « M. le baron Peyrusse… » « Sire, il n’est pas baron » [il ne le sera qu’en 1815].- « M. le chevalier Peyrusse… »-« Sire, il n’est pas chevalier. »-« Il n’est donc rien ce payeur, répartit vivement Sa Majesté ? »-« Sire, pas encore, » répondit M. Daru, et cela resta là. Enfin, je veux espérer. Il n’en coûte rien. Hasarde de m’envoyer ta demande courte. J’en parlerai à M. Daru et à Fain, et tu ne dois pas douter que je ne fasse  tout ce que je pourrai, et bien sûrement plus pour toi que pour moi. Par orgueil, parce que je trouve que je donne un grand avantage sur moi à ceux que je sollicite.

Je croyais me reposer à  Dresde et jouir un peu de la Comédie française qui nous est  arrivée. Mais depuis cinq jours j’ai reçu la commission flatteuse de distribuer la gratification de Sa Majesté à treize ou quatorze cents blessés. Cela durera encore quelques jours. Enfin c’est le métier. Lundi, Mlle Georges débute dans Phèdre. Sa Majesté loge dans un fort beau château à l’extrémité du faubourg. Le déjeuner et le dîner que nous allons y prendre nous font faire de l’exercice. Je ne te parle pas de paix parce que nous ne savons rien ; tout ce que je peux te dire, c’est que Sa Majesté ne s’endort pas. Elle passe tous les jours en revue trois ou quatre mille hommes qui filent sur l’armée. La ville se remplit de personnages illustres. Le roi de Westphalie [Jérôme] est arrivé avant-hier.

Guillaume.

 « Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1812. Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, Libraires-Editeurs, 1894, pp.142-144.

 

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( 21 mars, 2016 )

21 mars 1814…

Voici une lettre de Guillaume Peyrusse (Payeur de l’Empereur) à son frère André. Elle est extraite de l’un de mes livres favoris (publié par Léon.-G. Pélissier , chez Perrin en 1894), déjà cité ici, et qui rassemble la correspondance entre Guillaume et André entre 1809 et 1814.

C.B.

Sommepuis, le 21 mars 1814.

J’ai joint hier Sa Majesté à Plancy, mon cher André. Nous sommes partis aussitôt pour Arcis-sur-Aube. On ne comptait pas y trouver l’ennemi en force, parce qu’il avait caché ses masses derrières des rideaux boisés. Mais, comme il vaut lieux prévenir son ennemi que d’être attaqué, sa Majesté a commencé l’attaque à trois heures. Elle a duré jusqu’à dix heures du soir. Le feu a été très vif sans être meurtrier. Le tout n’a eu d’autre résultat que de bien connaître à la fois la force et la position de l’ennemi. C’était le corps de Wrède avec eux divisions autrichiennes. Il n’y a pas eu de pertes marquantes. Les généraux Corbineau et Krasinski ont été blessés. Le général Drouot et le duc de Dantzig [maréchal Lefebvre] ont eu des chevaux tués. Ce matin l’ennemi présentait moins de force. Cependant on s’attendait à une affaire, mais Sa Majesté qui avait annoncé hier soir qu’elle voulait se porter sur Vitry a fait son mouvement ce soir en présence de l’ennemi, et nous marchons sur Vitry, d’où nous ne sommes qu’à quatre petite lieues. L’ennemi a remué un peu de terre à Vitry, mais il faudra du canon et nous verrons demain…. Adieu, bon soir. Il est minuit, et je veux profiter d’un courrier pour te donner signe de vie. La manœuvre de Sa Majesté paraît hardie. Dieu veille la couronner d’un succès heureux ! Sa Majesté assure que l’ennemi n’ayant pas de plan, il faut l’étonner par des manœuvres et se porter tantôt sur ses flancs, tantôt sur ses derrières.

 

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( 16 mars, 2015 )

16 mars 1815…

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« 16 mars. Sa Majesté s’arrêta à Avallon. Elle trouva sur cette route les mêmes sentiments que dans les montagnes du Dauphiné. La population des campagnes, femmes, enfants, soldats et officiers retraités accouraient sur le grand chemin, faisant retentir les airs des cris de Vive l’Empereur ! », écrit le trésorier Guillaume PEYRUSSE, dans ses « Mémoires ».
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Sur le passage de l’Empereur dans cette ville, lire l’étude d’André Rossigneux (« Une étape de Napoléon Ier. Avallon (16-17 mars 1815) », Editions de la Revue des Curiosités révolutionnaires, 1911).

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( 14 mars, 2015 )

14 mars 1815…

« 14 mars. L’Empereur reçut à Châlons [Chalon-sur-Saône] la députation de la ville de Dijon. (Guillaume PEYRUSSE, « En suivant Napoléon. Mémoires, 1809-1815″…)

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« Il faisait un temps épouvantable, et cependant toute la population s’était portée hors de la ville pour voir l’Empereur quelques moments plus tôt. Il aperçut, à l’approche des murs, des caissons et de l’artillerie, et s’en étonna. Ils étaient destinés, lui dit-on, à agir contre vous, nous les avons arrêtés au passage, et nous vous les présentons.- C’est bien, mes enfants, vous avez toujours été de bons citoyens » (écrit Fleury de Chaboulon, dans le 1er tome de ses souvenirs).

«Toujours  le même accueil, le même empressement de la part des populations », précise le mameluck Ali dans son ouvrage.

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( 30 septembre, 2014 )

Un voleur à l’île d’Elbe…

Vue Portoferraio

Écoutons une nouvelle fois le trésorier Guillaume Peyrusse…

« J’ai déjà dit que j’avais constaté un déficit de 20,000 Fr. dans ma caisse, et que j’avais chargé le commissaire de police d’aller aux enquêtes sur ce vol. On lui avait signalé les dépenses extraordinaires que faisait un sieur Allory [Allori][1], misérable cordonnier. Il faisait dire des messes pour remercier la Providence, qui l’avait rendu possesseur de ce petit Trésor. Je le fis arrêter ; il parut devant le commissaire de police. Sa figure me frappa ; je crus le reconnaître. Il fut interrogé ; on saisit sur lui des comptes de cuir, de toiles, acquittés sous fraîche date ; on le poussa de questions ; il commença par déclarer qu’il avait trouvé un sac contenant 3,000 Fr. en or, sous un buisson, près de la porte de Terre. Ce premier aveu me donna de l’espoir. Je conseillai au commissaire de police de lui faire mettre les poucettes par le gendarme qui le gardait ; le serrement gradué de cette étreinte lui arracha l’aveu qu’étant de faction chez moi, le premier jour de mon arrivée, il avait vu déballer sous ses yeux les caisses du Trésor ; que se promenant le fusil sous le bras, il avait eu l’idée de remuer avec pied la paille qu’on avait laissée toute étalée jusqu’à l’arrivée du jardiner qui devait l’enlever ; que son pied avait heurté un corps résistant ; qu’il s’était baissé, et qu’à son grand étonnement, il avait vu un paquet long, et que, pensant que la Sainte Vierge lui réservait cette bonne fortune, il avait mis ce paquet sous son schako et l’avait conservé ainsi jusqu’au moment du relevé de sa faction. Il avoua que le paquet contenait vingt rouleaux de cinquante napoléons d’or chaque ; qu’il avait employé cent cinquante napoléons à payer des comptes arriérés, à faire des achats de cuir, de toile et enfin à faire dire des messes ; qu’il lui restait dix-sept rouleaux cachés dans sa paillasse. Ramené sur-le-champ dans son domicile, il mit à la disposition du commissaire de police l’argent qu’il avait déclaré. Satisfait de cet heureux résultat, je crus convenable de ne pas ébruiter cette affaire et je bornai là mes investigations par déférence pour la Garde nationale dont ledit Allori était membre. Ce qui fut trouvé en toile et cuire fut remis à l’hospice. »


[1] « Peyrusse accompagna Napoléon à l’île d’Elbe. Il emportait 3 979 000 francs dans cent-quatre-vingt-dix-neuf caisses de 20 000 francs chacune en vingt rouleaux de napoléons. L’une de ces caisses fut volée au moment où on les déballait à Porto-Ferrajo [Portoferraio], par un cordonnier nommé Allori, de la garde nationale de l’île, qui avait été placé en faction devant le Trésor. Quatre mois plus tard, quand le voleur fut découvert, on retrouva chez lui dix-sept rouleaux cachés dans sa paillasse. Il avait employé vingt-cinq napoléons à payer des petites dettes, à acheter des cuirs et à faire dire des messes. ». (« Vieux papiers financiers. Un trésorier de Napoléon. Extraits », in « Le Globe », 21 janvier 1904).

 

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( 22 septembre, 2014 )

« Navire en vue ! »

Navire île Elbe

« 22 septembre 1814. Un bâtiment parut en vue[1]. Une chaloupe du port fut le reconnaître. Nous la vîmes se diriger avec le bâtiment hélé vers la baie de Marciana. Le départ de l’Empereur et celui du Grand-Maréchal ne nous laissèrent plus de doute. Nous nous réjouîmes et pour l’Empereur et pour nous tous de cette heureuse arrivée ; nous revenions des impressions peu favorables que nous causait l’indifférence de Sa Majesté l’Impératrice. Son entrée dans Porto-Ferrajo [Portoferraio] était annoncée. Les canonniers étaient à leurs pièces pour saluer par cent coups de canon cet heureux événement, mais ce fut un rêve ! Au bout de quatre jours, Sa Majesté rentra dans Porto-Ferrajo [Portoferraio] et le bâtiment fut en vue, sortant des eaux de Marciana. L’Empereur avait reçu la visite de la comtesse Walewska et du comte Walewski, son fils [2]… »

(Extrait des mémoires de Guillaume Peyrusse, trésorier de l’Empereur à l’île d’Elbe).


[1] Nous situons cet événement à la date du  1er septembre 1814. (Cf. note 25, p.224 de notre nouvelle édition du récit de Pons de l’Hérault [Les Editeurs Libres, 2005]). Frédéric Masson dans son « Napoléon et les femmes. L’Amour », (Paul Ollendorff, 1894, p.290), mentionne cet événement à la même date : « C’est à la nuit close qu’elle [Marie Walewska] débarque le 1er septembre ; elle trouve au port une voiture à quatre chevaux et trois chevaux de selle. Elle monte dans la voiture avec son fils ; sa sœur, qui l’accompagne, son frère le colonel Laczinski, en uniforme polonais, se mettent à cheval et l’on part sous un merveilleux clair de lune. »

[2] « L’Empereur avait connu Mme Walewska à Varsovie, lors de la campagne de Pologne. Le jeune garçon était fils de cette dame et de l’Empereur. C’est celui qui est connu à Paris sous le nom de comte Walewski [Alexandre Walewski, 1810-1868]. Mme Walewska avait dû être, dans son jeune âge, une fort belle personne. Bien qu’ayant, lors de son voyage à l’île d’Elbe, la trentaine et peut-être quelque chose de plus [née en 1786, elle avait vingt-huit ans], elle était fort bien. (Ali, « Souvenirs.. », Arléa, 2000., p.85).  A propos de son fils, Ali précise (à la même page) que « le jeune Walewski était un gentil garçon, déjà grandelet [il avait quatre ans], la figure un peu pâle ; il avait quelque chose des traits de l’Empereur. Il en avait le sérieux ».

 

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( 20 septembre, 2014 )

17 septembre 1813 et jours suivants…

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Extrait d’un passage des « Mémoires » de Guillaume Peyrusse,  payeur de l’Empereur.

17 septembre. Sa Majesté s’est arrêtée sur les hauteurs de Peterswalde. Depuis deux jours, on entend une canonnade presque continue ; on pousse l’ennemi jusqu’à Kulm.

18, 19 et 20 septembre.  Sa Majesté est restée autour de Pirna.

21 septembre. Sa Majesté est rentrée à Dresde. Dans la matinée, nous sommes partis pour Hartau. Le général Blücher s’avançait ; il avait déjà dépassé Bautzen, chassant devant lui les corps du maréchal duc de Tarente, des généraux Souham et Lauriston. La présence de Sa Majesté électrise les troupes ; elles reprennent l’offensive ; on va jusqu’à Bischofwerda.

22 et 23 septembre.  Séjour. Sa Majesté pousse des reconnaissances à la tête des troupes du général Gérard, pour s’assurer de la retraite des Prussiens.

24 septembre.  Rentrés à Dresde… « L’ennemi gagne du terrain : Napoléon fait de vains efforts ; il court vers chaque point menacé et se trouve aussitôt rappelé ailleurs par quelques nouveaux désastres. Partout où il se montre, l’ennemi recule devant lui, mais il avance avec succès dès qu’il tourne le dos. » (Mémorial de Ste-Hélène). [Passage cité par Peyrusse lui-même]

Du 25 septembre au 6 octobre. Séjour à Dresde. Les travaux autour de la ville sont poussés avec la plus grande vigueur. Un nouveau pont sera jeté sur l’Elbe. La même activité règne à Pirna. On convertit en citadelle l’hôpital des fous. Tous ces préparatifs annoncent l’intention qu’à Sa Majesté de garder sa position de Dresde. Cette inactivité de nos troupes étonne. Depuis plus de dix jours, elles n’ont pas cherché l’ennemi. Le service des officiers d’ordonnance est très actif, et il résulte des renseignements qu’ils apportent, que les Prussiens se portent en avant du prince  Bernadotte, qui est déjà à Dessau, au-devant du prince de La Moskowa, et que l’armée alliée est en mouvement pour nous resserrer. Des préparatifs au cabinet et dans les écuries, les ordres qui me sont donnés de tenir prêts les fourgons contenant le Trésor de réserve, annoncent que notre séjour à Dresde ne se prolongera pas davantage. Les instants heureux qu’on a passés dans cette capitale sont oubliés ; une inquiétude vague nous fait désirer d’en sortir ; il faut aller dans d’autres lieux chercher à ressaisir la fortune infidèle aux armes de Sa Majesté depuis bien du temps.

 

 

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( 21 août, 2014 )

« Les journées de l’Empereur s’écoulaient dans les plus douces occupations. »

Ile Elbe 2014 2

Un extrait du témoignage de Guillaume Peyrusse, qui était à cette époque, « Trésorier général des revenus de l’île d’Elbe et payeur de toutes les dépenses ».

C.B.

15 août 1814. La fête du 15 août [celle commémorant la naissance de Napoléon] fut célébrée avec transport dans toute l’île. La ville de Porto-Ferrajo [Portoferraio] donna un bal à l’Empereur et à la Garde. Une vaste salle fut construite sur la place et ouverte de toutes parts, Sa Majesté ayant exprimé le désir que toute la ville prenne part à la fête[1]Les journées de l’Empereur s’écoulaient dans les plus douces occupations. Sa Majesté avait rassemblé tous les bulletins de ses campagnes d’Italie pour faire l’histoire de sa vie militaire. Aucun de nous ne pouvait assigner le moment où il sortirait de l’île. Tout le monde s’y plaisait. Nos rapports avec la France, avec nos familles, n’avaient jamais été interrompus. L’autorité du souverain se faisait à peine sentir dans l’île. La contribution foncière, qui s’élevait à 24,000 Fr., rentrait péniblement, Sa Majesté m’ayant fait connaître son intention de n’user de contrainte avec aucun contribuable. Tous les autres revenus publics étaient à jour. Notre petite souveraineté était paternellement administrée. Nous vivions, sous un climat doux et tempéré, heureux, satisfaits de lier notre existence à celle de Sa Majesté.

Mon service étant bien réglé, j’eus la curiosité de visiter un pays que je croyais devoir habiter longtemps.

L’île d’Elbe était connue des anciens et déjà habitée que Rome n’était pas encore bâtie. Virgile, dans le 10ème livre de l’Enéide, en faisant le dénombrement des troupes qui s’étaient rangées sous les drapeaux d’Enée, après son débarquement en Ausonie, y comprend trois cents guerriers venus de l’île d’Elbe.

Cette île forme un triangle presque équilatéral ; sa circonférence peut être portée à 24 lieues, en raison des enfoncements et des détours que présentent ses côtes.

Sa population, au moment de notre occupation, était de 12,000 âmes. Sous la domination successive des Etrusques, des Carthaginois, des Romains, des Vandales, des Génois, des Pisans et des Lucquois, elle échut à l’Espagne pour la conquête qu’en fit en son nom le vice-roi de Naples. Après diverses vicissitudes, l’île d’Elbe échut au roi de Naples qui, par le traité du 28 mars 1801, en fit la cession à la France.

Le sol de cette île est sec et aride. L’agriculture y est très bornée ; mais les vignobles y sont beaux et les vins d’une qualité excellente. Ses rochers renferment toutes sortes de métaux. La mine de fer la plus abondante est celle de Rio. Elle a des racines très profondes et s’étend l’espace d’un mille environ dans les flancs d’une montagne ; elle était en pleine activité et son revenu dépassait 300,000 Fr. Dans les environs de Rio, on trouve, comme en Sardaigne et en Corse, l’asbeste ou pierre d’amiante dont les filaments soyeux et incombustibles se filent et forment des tissus que l’on blanchit en les jetant au feu.

Certains cantons recueillent assez de blé pour la subsistance de leurs habitants ; dans les autres cantons, cette récolte est insuffisante. L’île d’Elbe fournit deux espèces de vins de dessert très estimés ; le vermouth, qui est composé de vin blanc et de plantes odorantes, et l’aleatico.

Le seul territoire de Rio manque de toute espèce de productions ; les habitants s’appliquent presque exclusivement à l’exploitation du fer, et les soins de l’administration de la mine préservent ce canton de la disette en payant aux mineurs une partie de leur salaire en grains.

L’arbre forestier manque partout ; on ne trouve guère  que des arbustes et des buissons de romarins et de buis.

Les Elbois sont attachés au sol qui les vus naître. L’amour du travail, la bravoure et la probité, ordinaire partage de l’homme laborieux, les distinguent particulièrement. Leur taille est ordinaire et régulière, leur constitution robuste. Leurs cheveux sont généralement noirs, leur peau brune, leur regard vif et pénétrant. Le costume des femmes se compose d’un chapeau de paille noir, d’un corset blanc et d’une jupe courte, rouge ou bleue.

Toute leur coquetterie, qui n’est pas sans charme, consiste en une fleur, des rubans, un gros anneau, de larges boucles d’oreilles et une chaîne en mauvais or.

Le sang des Elbois est beau ; on ne peut pas dire que les femmes soient jolies. Les habitations sont basses ; l’intérieur en est tenu avec propreté.

Ce peuple n’est pas très vif dans ses plaisirs. Ses danses offrent peu de gaîté ; son langage est un patois dérivé du Toscan ; l’Elbois est insouciant pour tout art industriel ; aussi ne trouve-t-on dans le pays ni fabrique ni manufacture.

Le commerce des Elbois consiste dans l’importation des grains, fromages, bestiaux, et dans l’exportation du sel, du thon, des vins, du vinaigre, du granit et surtout du minerai, que le défaut de bois dans l’île oblige de transporter pour le fondre et le travailler sur les côtes de Gênes ou de Corse.

L’île d’Elbe renferme deux villes, Porto-Ferrajo [Portoferraio] et Porto-Longone, et quelques bourgades et villages.

Porto-Ferrajo [Portoferraio], jolie petite ville, se présente sur une longue pointe de rochers très escarpés. Son port, vaste et profond, peut recevoir les plus gros vaisseaux. On y compte trois mille habitants. Les remparts dont elle est entourée, les fortifications qui la défendent, deux forts, la Stella et le Falcone, qui dominent la rade, ont fait de cette place une des forteresses les plus considérables de l’Italie.

Porto-Logone a aussi un beau port ; sa forteresse, construite sur un rocher, est presque inaccessible.

Rio, chef-lieu d’un canton de Porto-Longone, est une bourgade qui compte 1,800 âmes ; ses environs sont peu cultivés, parce qu’on s’y occupe exclusivement de l’extraction des mines de fer, qui donnent de 75 à 80 % d’excellent fer égal à celui de Suède et de Sibérie.

Les salines qu’on exploite sur la côte maritime de Porto-Ferrajo [Portoferraio], faisaient autrefois une partie des mieux assurées des droits régaliens du souverain. Le sel s’y prépare sans qu’on ait besoin de bois. La chaleur du soleil en opère la dessiccation et le rend d’une excellente qualité.

Tel était l’état de l’île lorsque l’Empereur vint l’habiter. Mes courses dans l’île me ramenaient tous les soirs à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Sa Majesté nous avait flattés dans l’espoir de voir bientôt arriver sur l’île Sa Majesté l’Impératrice et Sa Majesté le Roi de Rome. L’Empereur même avait annoncé que la Garde n’attendait que l’arrivée de Leurs Majestés pour rendre à la ville le bal qu’elle en avait reçu. Déjà des préparatifs de réception avaient eu lieu à Marciana, jolie petite résidence dans l’île ; on y bâtissait des cuisines, on y dressait des tentes ; le garde-meuble y faisait transporter les effets et objets d’ameublement nécessaires. Tout concourait à nous laisser dans l’espoir que Sa Majesté nous avait donné.


[1] « Le 15 août, la fête de l’Empereur fut célébrée dans l’île ; les autorités civiles, ecclésiastiques et militaires, vinrent présenter leurs respects à Sa Majesté. Un grand dîner eut lieu à cette occasion…La Garde ne voulut pas rester en arrière de la ville, elle voulut aussi donner sa fête. Lorsque la nuit fut venue, les artilleurs tirèrent un très beau feu d’artifice préparé par leurs mains. Le soir il y eut un bal public. Sa Majesté  après l’avoir vu commencer, rentra, changea son uniforme contre un frac bourgeois, mit un chapeau rond, et fut avec le comte Bertrand se mêler à la foule. » (Marchand, ibid., tome I, pp.61-62).

 

 

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( 15 mars, 2014 )

« Sa Majesté fait feu des quatre pieds… »

Meissonier 1814

Une lettre de Guillaume Peyrusse à son frère André.

Rappelons que Peyrusse était, durant la campagne de 1814, Payeur de l’Empereur. J’ai détaché les deux passages les plus intéressants de cette longue lettre qui est, majoritairement de par son contenu, à caractère domestique.

C.B.

A Meaux, le 15 mars 1814.

Détaché du quartier-général de l’Empereur, j’ai été fort longtemps, mon cher André, sans avoir de tes nouvelle ; je viens de recevoir aujourd’hui tes deux lettres des 25 [février ? ] et 2 mars…Nous sommes ici sans rien savoir de l’Empereur, parce que nous ne sommes pas sur la route de l’estafette ; nous étions à Château-Thierry ; par suite de son mouvement sur Soissons, nous sommes revenus à Meaux, mais nous n’y resterons pas longtemps, si, comme on nous l’assure, Sa Majesté se porte sur Reims. Sa Majesté fait feu des quatre pieds pour déjouer et anéantir les projets de l’ennemi. Et de vos côtés quelles sont vos craintes et vos espérances ?…

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse, écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… », Perrin et Cie, Libraires-Éditeurs, 1894, pages 194 et 196).

 

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( 11 octobre, 2013 )

Automne 1813…

Automne 1813... dans TEMOIGNAGES 1813-20131

Un nouvel extrait du témoignage de G. Peyrusse. Il participa à la campagne de Saxe en tant que Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur.

7 octobre A six heures du matin, l’Empereur quitte Dresde. Sa Majesté le Roi de Saxe veut le suivre. Sa voiture, dans laquelle ce prince monte avec la reine et la princesse Augusta, est placée sous l’escorte du grand quartier-général. Les 1er et 14ème corps, commandés par le général comte de Lobau, et M. le maréchal Saint-Cyr, furent chargés de garder Dresde. Le départ du Roi replongea la capitale dans les plus vives angoisses. Le soir, on arrive à Seerhausen.

8 octobre.  A Wurschen.

9 octobre. A Eilenbourg. Sa Majesté passe en revue les troupes saxonnes et les somme, au nom de l’honneur, de combattre en bons compagnons.

10 octobre Après avoir traversé une plaine immense, nous arrivons à Duben sur la Mulde. Les Russes et les Prussiens venaient d’en sortir si précipitamment qu’ils n’avaient pu brûler le pont.

11 octobre.  Séjour. Le général comte Bertrand a une belle affaire avec les Prussiens, devant Wartenbourg, et reste maître des ponts que l’ennemi a laissés derrière lui. Par suite du déblocus de Wittemberg, nous communiquons avec cette place. Sa Majesté reste immobile à Duben. On se perd en conjectures sur les nouveaux projets de Sa Majesté. Cette inaction fait fermenter les têtes. On se demande où l’on va ? Ce que tout cela va devenir ? La fatigue et le découragement gagnent certains commandants très dévoués lorsqu’on marche de succès en succès, mais manquant de cette énergie qui se montre supérieure aux vicissitudes trop longtemps variées de la fortune… Les mouvements militaires des corps aux ordres des généraux Reynier et Bertrand, sont dans la direction de Berlin. Dans l’après-midi, ces corps sont rappelés ; ils traversent Duben et manœuvrent vers Eilenbourg.

15 octobre.  L’ordre de départ est donné ; on marche vers Leipzig. Cette ville est déjà occupée par les ducs de Raguse et de Castiglione, menant le 9e corps, organisé à Wurtzbourg, et le 5e corps de cavalerie aux ordres du général Milhaud. Arrivé à la barrière de Grima, le service longea les boulevards et vint s’établir au petit hameau de Reudnitz. On annonce le Roi de Saxe. Sa Majesté l’Empereur se porte à sa rencontre. Le canon se fait entendre. La famille de Saxe se dirige sur Leipzig. L’Empereur reçoit la visite du Roi de Naples. Ces deux souverains parcourent la plaine et visitent les positions où stationnent les divers corps de notre armée. Le grand mouvement qui s’opère dans le quartier-général, aux ambulances ; l’activité des bureaux du major général, les dispositions dela Garde, annoncent pour demain un choc épouvantable. Sa Majesté est rentrée tard à son quartier-général. Nous occupons une ligne immense. Toute la plaine étincelle des feux des bivouacs. Toutes nos troupes vont être engagées.

16 octobre.  Sa Majesté a quitté son quartier, de très bonne heure ; à neuf heures un quart, une vive décharge d’artillerie annonce le combat. Notre droite, commandée par le Roi de Naples, fut attaquée avec impétuosité. Les efforts de l’ennemi, après avoir échoué sur notre droite, semble s’obstiner sur Liebertvolkwitz. A midi, l’engagement est général. L’artillerie tonne de tous côtés. J’étais parti à dix heures, avec le Trésor, sous la garde du bataillon de service. Nous avions pris un guide pour aller rejoindrela Garde à Probstheida. Étourdi par le feu et mourant de frayeur, il se trompa de route. Quelques coups de canon, tirés sur notre convoi, et partant d’une éminence connue sous le nom de redoute suédoise, nous avertirent que nous faisions fausse route. On s’arrêta ; une reconnaissance eut lieu ; nous nous portâmes à travers champs sur la route à Strassenhauser, et recevant l’ordre de m’arrêter, je me joignis à la réserve de l’artillerie dela Garde, établie sur un plateau en arrière du quartier impérial. De grands mouvements avaient lieu sous mes yeux ; autant l’attaque était audacieuse, autant la résistance était vive ; plusieurs villages étaient en feu. Jusqu’à présent, l’Empereur, resté sur la défensive, avait résisté, à toutes les attaques de l’ennemi. A son tour, il prit l’offensive. 150 pièces de canons dela Garde, réunies sur le centre de notre ligne, à Wachau, arrêtent l’ennemi, qui, pour ne pas être écrasé, est sur le point de chercher son salut dans la fuite, lorsque l’attention de Sa Majesté est portée vers notre extrême droite. L’attaque y est furieuse ; elle est accompagnée de cris terribles. La cavalerie ennemie veut forcer notre extrême droite, du côté de Dolitz. Nos troupes ne peuvent résister à ce choc violent ; elles abandonnent le village. Les Polonais, chargés de la défense de ce point, sont forcés de céder. L’attention de Sa Majesté est toute entière à l’attaque qui se développe devant lui, à Mark-Keeberg. Les Autrichiens attaquent vivement le duc de Castiglione [maréchal Augereau] ; mais ce maréchal résiste vaillamment. A peine le combat est ralenti, que l’Empereur ayant pénétré le secret de l’ennemi, se porte avant tout ce qu’il trouve de troupes disponibles, au secours du prince Poniatowski. Les chasseurs dela Vieille Garde entourent Sa Majesté ; Dolitz est repris. La vivacité de cette attaque déconcerta les Autrichiens ; leur cavalerie fut sabrée. Le général [de] Merfeld qui la commandait fut fait prisonnier avec tout ce qui avait passéla rivière. Depuis le commencement de la bataille, ce n’est qu’un feu roulant d’artillerie et de mousqueterie. Immobile à mon poste, rien ne pouvait me distraire de cette épouvantable détonation et je hâtais de tous mes vœux l’approche de la nuit pour mettre fin à cette effroyable boucherie. Il est quatre heures, nos troupes occupent les positions qu’elles avaient prises avant la bataille : aucun résultat n’est connu. Les Cosaques nous ont repris vingt-quatre pièces d’artillerie ; nous avons fait des pertes immenses sur toute la ligne ; les feux se ralentissent. A six heures, on n’entend plus rien. Sa Majesté veut bivouaquer sur le champ de bataille. Elle fait dresser ses tentes dans un terrain creux, non loin de la bergerie où son quartier avait été établi toutela journée. La Garde Impériale bivouaque autour des tentes. Je fus souper avec les officiers de la maison pour savoir des nouvelles ; et je retournai m’établir dans mon fourgon. Je vis le général [de] Merfeld ; on lui avait rendu son épée et il avait partagé avec les généraux de la maison le souper du bivouac. A onze heures du soir, une vive canonnade se fit entendre ; l’ennemi, profitant de l’obscurité de la nuit, s’était glissé dans un village qu’il fut forcé d’évacuer. Au moment de quitter le quartier de l’Empereur, je vis approcher des chevaux le quartier de l’Empereur, je vis approcher des chevaux de selle de Sa Majesté et je vis M. de Merfeld s’éloigner, conduit par deux officiers. J’en conçus bon augure. Il allait au quartier de l’Empereur d’Autriche.

17 octobre.  La pluie avait commencé dansla nuit. Au point du jour, tout était calme dans les deux camps. Les convois de blessés sont dirigés sur Leipzig. L’Empereur ne sort pas de sa tente ; il reçoit les divers rapports. Le duc de Raguse a été fort mal traité ; les Suédois sont entrés en ligne ; ils sont aux portes de Leipzig. Sans trop perdre de vue le parc dela Garde, je parcourus à cheval le champ de bataille. Je poussai jusqu’à Liebertvolkwitz. Ce village avait été foudroyé ; une partie avait été réduite en cendres. Les avenues étaient couvertes de débris, de cadavres d’hommes et de chevaux. J’avais sous mes yeux le tableau d’un vaste carnage. Sur ces ruines encore fumantes nos soldats faisait bouillir leurs gamelles et nettoyaient leurs armes. Ils étaient heureux : le présent était pour eux.

18 octobre. A deux heures et demie du matin, les feux des bivouacs, quoique pâles, éclairaient encore les deux lignes. On a levé camp sans bruit ; nous avons eu ordre de nous porter sur Stotterits. La pluie et l’obscurité augmentaient les embarras de notre marche. Des détonations qui se font entendre devant moi, des équipages ayant fait volte-face, des soldats effrayés qui refluent vers nous en annonçant l’ennemi, l’explosion qui continue, tout semble justifier nos craintes. Le commandant du parc fait mettre ses pièces en batterie et se porte sur la route pour la faire déblayer. J’étais en position de ne rien compromettre ; je fis tourner bride et j’allais me mettre en marche pour rejoindre le quartier impérial, lorsque mon domestique, que j’avais laissé au parc, et qui avait suivi le commandant dans sa reconnaissance, vint m’annoncer que nos craintes n’étaient pas fondées, qu’on avait rassemblé des caissons vides pour y mettre le feu, et que parmi ces caissons il s’en était trouvé de pleins. Cette opération était imprudente dans un moment où il convenait de ne pas éveiller l’ennemi. J’arrivai à neuf heures à Stotterits. Sa Majesté était passée devant nous, et après s’être portée sur Reudnitz et Lindenau, elle vint s’établir à Stotterits. A peine l’Empereur eût-il mis pied à terre, que les avant-postes commencèrent à escarmoucher. Il est à présumer que l’ennemi, ayant eu connaissance de notre mouvement concentrique, courut aux armes et se porta sur nous par toutes les directions. Presque au même instant, toute la ligne fut en feu, d’Olehausen, occupé par le duc de Tarente, à Dolitz, que gardaient les Polonais. Le feu n’était pas moins vif devant nous à Robstheida. L’Empereur vient de remonter à cheval pour marcher à l’ennemi. Déjà les boulets sillonnent la plaine. Je reçois l’ordre de traverser Leipzig et de me rendre à Lindenau. Notre marche fut très embarrassée par les nombreux convois de caissons d’artillerie allant à tous les corps d’armée, et par les caissons d’ambulance se dirigeant sur les divers champs de bataille. Les avenues de Leipzig étaient tellement encombrées, qu’il me fut impossible d’y pénétrer. Déjà l’avant-garde suédoise pénétrait dans Reudnitz ; une batterie de douze de la Garde se préparait à lui disputer le passage de la rivière. L’Empereur venait de s’élancer au grand galop et de diriger sur ce point les réserves de la Garde. Déjà les Suédois étaient en vue, dirigeant leurs feux sur la route par laquelle nous débouchions. Pour éviter ce danger pressant, je tentai de nouveaux efforts pour pénétrer dans la ville ; mais, m’étant convaincu que je ne pourrais percer la foule qui obstruait la porte, je me mis avec la batterie de la Garde pour suivre son mouvement. Les décharges d’artillerie se succédaient ; des flots de soldats, de blessés, tous les hommes inutiles se précipitaient vers Leipzig, portant partout l’épouvante. On se battait avec fureur à Reudnitz. A quatre heures, la batterie eut ordre de traverser la ville pour se mettre sur la route de Lindenau et protéger la porte de Hale qui était vivement attaquée. Le commandant donna tête baissée dans cette masse, fit écarter et renverser tous les obstacles, s’empara de la porte, traversa Leipzig au galop, et, malgré le désordre occasionné par les obus, qui déjà éclataient sur la ville, nous atteignîmes la chaussée de Lindenau. C’est la seule avenue qui mène à Leipzig ; elle suffisait à peine à y resserrer les divers corps qui débouchaient vers ce point ; chacun des nombreux ponts qu’il fallait traverser était un obstacle, et on s’étonnait qu’on n’eût pas fait jeter quelques ponts auxiliaires sur la Pleisse ; enfin, engagé à travers la foule, j’arrivai à Lindenau. Le général comte Bertrand était déjà en avant, chargé d’ouvrir la route. La nuit mit fin au carnage. Le canon ne grondait plus. On avait tiré dans la journée quatre-vingt-quinze mille coups de canon. On avait besoin de repos. Vers onze heures du soir, le service de l’Empereur vient s’établir à Lindenau. Les nouvelles qu’on nous donne sont cruelles ; nous avons fait des pertes considérables, mais nos troupes n’ont pas perdu un pouce de terrain, malgré le renfort de cent mille hommes dont les armées alliées avaient grossi leur masse depuis la journée du 16, et malgré la défection de l’armée Saxonne et de la cavalerie Wurtembergeoise, qui passèrent dans les rangs suédois, au moment où le général Reynier, qui la commandait, était fortement engagé avec le général [maréchal] Bernadotte dans Reudnitz. D’après les rapports des commandants de l’artillerie de l’armée, Sa Majesté a ordonné la retraite et son quartier a été marqué à l’hôtel des Armes de Prusse, à Leipzig.

19 octobre. Trop préoccupé pour pouvoir prendre un logement à Lindenau, je m’établis dans mon fourgon. Toute la nuit le passage fut continuel. Au point du jour, les divers corps d’armée occupaient les faubourgs et les barrières de Leipzig ; tout se disposait pour une résistance rigoureuse ; on garnissait de palissades les murs des jardins extérieurs. En même temps, les magistrats de la ville allaient au quartier-général des alliés demander, au nom du Roi de Saxe, que les troupes françaises pussent se retirer sans être molestées. A neuf heures, la ville fut vivement attaquée. La fusillade éclatait de toutes parts ; bientôt elle redouble et semble plus rapprochée. Les Autrichiens pénètrent par les faubourgs du Midi. Les autres faubourgs sont attaqués avec fureur ; la résistance est vive et opiniâtre ; on se défend de maison en maison. L’Empereur était auprès du Roi de Saxe ; mais Sa Majesté, voyant que sa présence ne fait que redoubler les alarmes de toute la famille Royale, n’insiste plus et lui fait ses adieux. Toutes les attaques de l’ennemi avaient échoué ; partout on le retenait. Sa Majesté arrive à travers la foule au dernier pont du moulin de Lindenau. En traversant le grand pont sur l’Elster, elle ordonne qu’on le fasse sauter lorsque le dernier peloton de nos troupes l’aura traversé. Elle s’enferme au 1er étage du moulin pour dicter des ordres.

« Tandis qu’on les expédie, l’Empereur, fatigué, se laisse surprendre au sommeil ; il dort profondément au bruit des soldats et des voitures qui défilent sur la route, et des coups de canon qui retentissent de tous les faubourgs de Leipzig.»(Baron FAIN. Manuscrit de 1813).

Placé au débouché de la route qui conduit à Markranstädt, je voyais avec une vive impression le désordre de notre sortie de Leipzig et l’air effaré de tous ceux qui traversaient Lindenau ; il n’était plus possible de les arrêter ni de réunir les diverses compagnies ; l’encombrement, un désordre affreux dans les équipages, les cris des blessés, des feux successifs de pelotons et de bataillons, l’incendie qui éclatait dans quelques maisons du faubourg ; les cris des fuyards annonçant que les portes avaient été forcées, cet affreux tableau de notre armée me mettait dans une agitation difficile à exprimer ; ce hideux et triste résultat d’efforts qui n’étaient pas sans gloire, m’affecta profondément.

La maison qu’occupait le quartier-général de Sa Majesté étant trop à découvert, nous nous portâmes à une lieue en arrière sur une hauteur. On avait miné le grand pont sur l’Elster pour le faire sauter et ralentir la poursuite de l’ennemi. Cette opération avait été confiée à un caporal qui fit jouer la mine dès qu’il entendit siffler les balles de quelques tirailleurs prussiens qui avaient tourné notre arrière-garde. Tout ce qui se trouvait en deçà du pont fut foudroyé par l’artillerie ennemie. Les corps des maréchaux ducs de Tarente et Poniatowski, des généraux Lauriston et Reynier, traversaient Leipzig en défendant le terrain pied à pied : plus de deux cents pièces de canon étaient encore sur le boulevard, arrêtées par ce refluement de troupes ; enveloppés de toutes parts par l’ennemi, nos soldats se mitraillaient avant de s’être entendus ; les plus braves ne songeaient désormais qu’à vendre chèrement leur vie ; d’autres tentèrent de traverser des marais presque impraticables, mais tous ceux qui n’ont pu nager ont été engloutis. Des flots de fuyards, échappés au désastre de Leipzig, nous eurent bientôt appris cette épouvantable catastrophe. Sa Majesté se porta sur Mark-Randstadt où elle coucha.

20 octobre Nous quittâmes notre position ; nous poussâmes jusqu’à Lützen, que nous trouvâmes en flammes ; la position n’était pas tenable ; nous continuâmes notre marche vers Weissenfels ; nous traversâmesla Saale sur un pont couvert et sous la protection des troupes du général Bertrand. Sa Majesté s’établit dans un pavillon isolé dans une grande vigne. C’est de ce quartier que l’Empereur fit congédier tout ce qui restait d’officiers saxons auprès de sa personne ; ils partirent comblés des marques de sa munificence. Une alerte de Cosaques vint un moment troubler notre établissement à Weissenfels. Des officiers, échappés à la nage, nous confirmèrent tous les malheurs de l’armée. L’Empereur en fut consterné, et apprit avec douleur la perte du maréchal Poniatowski, qui se noya en cherchant à traverser avec son cheval les marais de l’Elster.

21 octobre. Nous arrivâmes au défilé qui mène à Freiburg. Il n’existait qu’un seul pont sur l’Unstrutt, ce qui rendait la marche lente, et Sa Majesté jugeait important de mettre encore ce nouvel obstacle sous les pas de l’ennemi ; aussi, après s’être arrêtée un moment à Freiburg, elle se porta sur les bords de la rivière pour y faire construire un deuxième pont. Je pris la route d’Echartzberg. Je franchis le pont après des efforts extraordinaires. Je commençais à m’établir dans un pré pour faire rafraîchir mes chevaux, lorsque des tirailleurs prussiens se faisant voir derrière nous, sur les collines qui dominent le village, troublèrent notre halte par une vive fusillade. Je levai le pied et continuai ma route. L’approche de l’ennemi donna à tous nos mouvements une précipitation qui multipliait pour moi les embarras dela marche. Sa Majesté, après avoir donné l’ordre de repousser les tirailleurs, ne quitta pas les ponts ; sa présence seule put arrêter le désordre du passage. Pendant tout l’après-dîner, le canon gronda sur notre gauche. Le général Bertrand contenait les Autrichiens et les empêchait d’arriver sur nous. J’arrivai tard à Echartzberg. Les chemins furent difficiles et encombrés.

22 octobre. On tint toute la nuit à Freiburg ; en quittant cette position, à la pointe du jour, le duc de Reggio brûla les ponts ; nous arrivâmes à Erfurt.

23 et 24 octobre.  Séjour. J’avais besoin de repos et j’en profitai pour mettre mes écritures à jour. Un nouvel ennemi se présente ;la Bavière tourne ses armes contre nous. Cette fâcheuse nouvelle me fit prévoir tous les embarras que nous éprouverions avant d’arriver à Mayence. Sa Majesté travailla beaucoup à Erfurt.

25 octobre.  Les Cosaques sont sur nos flancs ; quelquefois ils nous précèdent. On s’arrête à Gotha.

26 octobre. A Vach. Les Cosaques avaient été vus rôdant autour d’Eisenach que nous venions de traverser.

27 octobre.  On ne s’arrêta pas à Fuld. L’arrivée de Sa Majesté calma les vives craintes que la présence des Cosaques avaient données dansla matinée. Leur présence avait été signalée par des réquisitions et l’enlèvement du Préfet. Sa Majesté coucha à Hunefeld.

28 octobre.  A Schlutern. Tous les princes dela Confédération du Rhin, dont les troupes servaient dans nos rangs, sont entraînés dans le tourbillon général qui soulève contre nous toute l’Allemagne. Sa Majesté congédie ce qui reste encore de Badois et de Bavarois. La fortune épuisait sur Sa Majesté ses derniers traits.

29 octobre. Notre avant-garde rencontra l’ennemi près de Gelnhausen et l’en chassa. Sa Majesté mit pied à terre pour faire réparer le pont que l’ennemi avait brûlé. Nos avant-postes occupèrent Langen-Selbod ; le quartier de l’Empereur fut placé dans le château du prince d’Isembourg. Le maréchal duc de Tarente poussa une reconnaissance et vit l’ennemi.

30 octobre.  On fut en présence à neuf heures du matin. Les ducs de Tarente et de Bellune marchent les premiers à l’ennemi ; la forêt dite de Lamboy, ainsi nommée depuis que les affaires qu’y soutint un général de ce nom dans la guerre de trente ans, cachait l’ennemi dont les forces principales couvrent Hanau. Il ne fut pas facile à la cavalerie du général Sébastiani de trouver des clairières pour charger les tirailleurs qui faisaient dans le bois un feu roulant. Placé avec tout le service de la maison à l’entrée de la forêt, j’attendis le résultat d’un engagement que l’éloignement de nos troupes ne permettait pas à Sa Majesté de rendre général. Nos soldats arrivaient au pas de course.La Garde Impériale avait mis en batterie ses premières pièces. Le général Curial, sous la protection de ce feu, débouche à la baïonnette à la tête des chasseurs de la Garde. Nos cuirassiers et nos dragons enfoncent les carrés bavarois et dispersent tout à coups de sabre. La fusillade et une vive canonnade retentissent dansla forêt. Les boulets et les obus sifflaient dans les branchages. Vers trois heures, un feu plus vif éclate sur notre gauche ; je vis un mouvement rétrograde dans notre ligne ; nous le suivîmes. Sa Majesté était arrêtée sur la route ; une foule inquiète l’entourait.La Vieille Garde fut lancée sur l’ennemi. 50 pièces d’artillerie, commandées par le général Drouot, soutinrent ce mouvement. Tout céda à l’impétuosité de cette attaque, et la route de Hanau fut libre. Sa Majesté bivouaqua dansla forêt. Tout son service s’y établit.

31 octobre.  Dans la nuit on prit possession d’Hanau. Les Bavarois, qui avaient passé la rivière, jetèrent sur nous quelques boulets perdus ont un passa sur nos têtes pendant que nous déjeunions. Sa Majesté partit. Devant Hanau, nous saluâmes de quelques décharges d’artillerie une colonne de Bavarois qui remontait le Main. A notre arrivée à Francfort, nous trouvâmes la ville évacuée et le pont brûlé. Sa Majesté prit son logement hors la ville, dans le pavillon du banquier Bethman. J’entrai dans Francfort pour parcourir la ville et voir le désastre du pont.

gp. 1813 dans TEMOIGNAGES

Guillaume PEYRUSSE  (1776-1860)

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( 26 septembre, 2013 )

« Il devient inutile de guerroyer isolément… »

Extrait d’une lettre de Guillaume Peyrusse à son frère André. Elle est datée de Dresde le 26 septembre 1813.

« S.M. est rentrée ici avant-hier [24 septembre], et nous y sommes encore. Une sixième tentative que S.M. a été faire à Bautzen lui a donné l’assurance que les ennemis n’accepteront jamais un engagement avec S.M. ; ils étaient le 19 à Schmiedelfield, la poste après Dresde. S.M. s’est présentée. Ils se sont postés au-delà de Bichornda. Alors, il devient inutile de guerroyer isolément, il faut se masser sur un point et voir venir. C’est, je crois, ce que va faire l’Empereur. Dans mes diverses courses, j’ai eu l’occasion de voir Salex., il est dans le 149ème. Ce régiment a eu de belles affaires à Lowenberg. Salex, voyant son régiment faiblir, s’est emparé du drapeau et s’est porté de sa personne en avant : il a électrisé son régiment qui s’est fort bien conduit. En outre, sur la montagne de Goldberg, Salex en a débusqué les ennemis au pas de charge, et il a reçu au genou une balle qui lui a occasionné une forte contusion. Il a reçu la croix de légionnaire. Il veut absolument un régiment parce qu’il est brave et qu’il se présente bien. Je l’aime beaucoup. Il est un peu hâbleur, mais il blague bien. Il a des chevaux à vendre, etc., etc. Chartrand a été fait général de brigade le 9 septembre, lors de la réorganisation du corps du général Vandamme. Il veut être aide-de-camp de S.M… »

(Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire, de 1809 à 1814. Publiées d’après les manuscrits originaux, avec une notice sur Peyrusse par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.170-171).

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( 10 août, 2012 )

LUE: la CORRESPONDANCE d’Eugène de ROUSSY…

LUE: la CORRESPONDANCE d'Eugène de ROUSSY... dans HORS-SERIE 51gQRS887HL__SS500_-189x300

Après avoir fait paraître en 2005 les lettres du général Mouton, qui présentaient un certain intérêt, les Editions Nouveau Monde ont réalisé un volume consacré à la correspondance, elle aussi inédite, d’Eugène de Roussy. Ce jeune aristocrate, né en 1787 et mort en 1872, s’engagea de 1806 à 1807 aux gendarmes d’ordonnance, puis passa dans les rangs du 28ème dragons, de 1808 à 1811. Les nombreuses lettres qu’il adressa à ses proches pourraient être intéressantes; loin de là ! Je me suis profondément ennuyé en lisant la prose du jeune de Roussy. Il n’y parle que de préoccupations matérielles, d’argent à lui transmettre, de bals, de repas entre amis (bien nés comme lui), de choses futiles, sans réel intérêt. Point de batailles, de combats ou même d’escarmouches. On est loin des correspondances si hautes en couleurs que laissèrent certains officiers et soldats de cette époque (citons notamment Coudreux, Paruit, Maffre, le jeune Aubry de Vildé-qui laissa peu de lettres mais d’une densité émouvante-, et les frères Peyrusse, Guillaume et André, qui me sont désormais particulièrement familiers, tout en n’étant pas des militaires au sens propre du terme). Au fur et à mesure de la lecture de cet ouvrage, qui comporte pourtant une solide préface et un appareil critique qui l’est tout autant, le lecteur peut se demander légitimement quand « l’action » va commencer, enfin. Et le ronflement du canon, et les coups de feu et les cris, que l’on peut deviner si souvent dans les lettres laissées par les acteurs de la Grande-Armée ? Point de tout cela ! Il ne se passe rien : Eugène de Roussy tout occupé par des futilités évoque à peine les événements historiques auxquelles il a été associé. Comme on est éloigné de ce que pouvait ressentir alors le soldat des guerres de l’Empire ! Ses espoirs, ses doutes, la peur aussi, qu’il n’ose s’avouer, ce réalisme quelquefois si violent  et qui permet au lecteur d’aujourd’hui de revivre cette grande époque historique. Le contenu de ce livre est à des années-lumière de tout cela. De ces 157 lettres restées enfermées dans les lourdes armoires des archives familiales on ne retient historiquement rien. On ne peut que le regretter.

« De l’Empereur au Roi. Correspondance d’Eugène de Roussy (1806-1830). Préface d’Emmanuel de Waresquiel. Présentée par Chantal de Loth. Introduction et annotation par François Houdecek », Editions Nouveau Monde,[paru le 12 juin] 2012, 382 pages).

 

 

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