• Accueil
  • > Recherche : juillet 1815
( 8 juillet, 2021 )

1821-2021. Un certain Louvel…

Louvel

« L’Empereur avait compté aussi faire passer à sa suite, aux États-Unis [en juillet 1815, dans son projet de partir dans ce pays], ses chevaux et ses équipages; ils avaient été dirigés sur La Rochelle; seulement, lorsqu’ils arrivèrent au port d’embarquement, Napoléon était déjà entre les mains des anglais. Oubliés trois mois à La Rochelle, on les rappela ensuite à Paris, et les gens qui les avaient conduits furent renvoyés des écuries du roi. Parmi eux se trouvait Louvel, qui, le 13 février 1820, assassina le duc de Berry. Ce Louvel, ouvrier sellier, avait été employé à l’île d’Elbe sous les ordres de M. Vincent, chef de la sellerie de l’Empereur; il avait gardé son emploi pendant les Cent-Jours et jusqu’au moment où, de retour de La Rochelle, il se vit congédié. Dans les interrogatoires qu’on lui fit subir après l’assassinat, on essaya de lui faire dire qu’il avait été incité à ce crime durant son séjour à l’île d’Elbe ; il le nia constamment, mais le fait qu’il avait acheté à La Rochelle le poignard dont il s’était servi, permit de dire que, dès 1815, il avait résolu de frapper « le duc d’Angoulême, le duc de Berry, le roi », comme, il l’a avoué d’ailleurs, « les considérant, a-t-il ajouté, comme les ennemis de la France ».

(J. SILVESTRE, « De Waterloo à Sainte-Hélène… », Félix Alcan, Editeur, 1904, pp.229-230)

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 11 juin, 2021 )

Retour sur la vie et le parcours d’un « Brave »: Jean-Marie Putigny (1774-1849).

Putigny portraitJean-Marie Putigny naît en 1774 au hameau des Bordes à Saillenard, aîné de quatre frères et sœurs, il devient à la mort de sa mère et de son père chef de famille, il n’a qu’à peine 16 ans. L’un de ses oncles, des voisins charitables ainsi que la bonté du marquis de Beaurepaire aideront les cinq enfants, sans aucune instruction ni argent à vivre dans leur chaumière du hameau des Bordes avec quelques arpents de terre à cultiver. En 1792, c’est jour de fête à Beaurepaire et avec six de ses camarades il s’engage pour défendre la patrie en danger auprès d’agents recruteurs venus de Louhans. Le dimanche 20 mai de cette même année, après la messe et les adieux, c’est le départ, à pied bien évidemment. Sur la route qui les conduit jusqu’au 5ème régiment de ligne à Valenciennes, quatre d’entre eux retrousseront chemin. A leur arrivée, sur les trois restants, deux seront jugés trop vieux, quant à Putigny, avec ses quatre pieds onze pouces il est trop petit  « N’ai que 17 ans aux dernières moissons, en grandira bien en servant la patrie ». Cette réponse lui valu le droit de rester. Pendant ses classes, le « Bressan » comme il fut baptisé par son caporal qui trouvait que Saillenard était bien trop compliqué à prononcer, appris le maniement des armes ainsi qu’à lire et à écrire.

Commence alors une carrière longue de 24 années de guerre et 60 batailles auxquels il prit part. A Maastricht, avec 15 de ses camarades il repousse la cavalerie hollandaise et lutte seul contre trois cavaliers qu’il mit en fuite, lors de la prise de Furnes, il franchit sur un madrier les fossés de la ville ou il pénétra un des premiers. Le 16 avril 1794, il est nommé caporal. Entre Ypres et Dixmude, il défend un pont avec une poignée d’homme alors que plusieurs milliers de Hessois arrivent. Une première blessure en Vendée contre les chouans qu’il qualifie de guerre répugnante car il doit se battre contre des français failli le priver de l’une de ses jambes, elle lui en coûta quand même cinq mois d’hôpital. En 1797 il participe à la bataille de Rivoli sous les ordres de Bonaparte et des généraux Masséna et Joubert ou il reçoit une balle dans sa giberne et une autre dans son chapeau, mais il est à nouveau blessé à la cuisse, ce qui ne l’empêchera pas de continuer la guerre. Le 15 août 1799, il est nommé sergent après sept années de service.

Un bref passage de quatre jours par Saillenard, après huit années d’absence ou il retrouve ses amis, sa  famille venu l’écouter raconter ses compagnes chez Louis l’aubergiste avant de pouvoir rejoindre son hameau des Bordes.

1804, marque son  retour à Paris où il est choisi comme porte-drapeau pour assister au couronnement de l’Empereur à Notre Dame et à la distribution des aigles au Champ de Mars.

Le 2 décembre 1805, à Austerlitz, Putigny sauve son drapeau en plongeant, sous les balles dans un étang glacé. Après la victoire, une voix l’appelle et lui demande d’approcher, il reconnaît la voix de Napoléon « tu vas à la pêche avec ton drapeau, allons, rassure-toi, il est encore plus beau qu’avant, tu es un brave, je te donne l’étoile de ma légion d’Honneur ». Le 3 avril 1806, il est nommé sous-lieutenant au choix des officiers du corps. Dans le village de Spielberg, il fait 20 prisonniers après avoir tranché d’un coup de sabre le bras d’un prussien qui le menaçait d’un pistolet. A Eylau, une balle brise sa pipe dans sa poche, un deuxième boulet le blesse au mollet. Devant Ratisbonne, en 1809, il est le premier officier français à escalader les remparts suivi de ses hommes. Napoléon, passant ses soldats en revue le nomme lieutenant, Baron d’Empire sur le front des troupes qui l’acclament et lui accorde une dotation de 4000 francs de revenus. Il est nommé capitaine des grenadiers en 1812, participe à la campagne de Russie. A Bromberg, sur les 138 hommes que compte sa compagnie, il n’en revient que quatre.

C’est de nouveau le retour vers Saillenard, 10 jours de permissions cette fois après 21 ans de guerre. C’est ainsi que le premier juin 1813, raconte Putigny, « vers deux heures de l’après-midi, j’y entrai au grand trop après 13 ans d’absence. J’y revoyais les lieux de mon enfance, les champs que je labourais avec mon père et la pauvre chaumière ou j’étais né presque 39 ans plus tôt, dans le hameau des Bordes. Je retrouvais mon frère Claude, estropié, et ma petite sœur Jeannette, vieillie et malade. Je payais les deux mille francs de dettes à mon frère et achetais une vache laitière à ma belle-sœur et envoyais quatre cents francs pour l’aider à monter son ménage… Les messieurs de Beaurepaire m’invitèrent à dîner le 3 juin au château. Autrefois, j’y étais venu, mais dans la cour, en sabots aux pieds nus et aussi pour prendre la garde au grand mur au début de la Révolution. Jamais à ce moment, je n’aurais pu penser que j’y retournerai un jour en bel uniforme, dans le grand salon, accueilli en héros par ces messieurs…Le dimanche après la messe, Claude Allarme donna en mon honneur un grand banquet servi sur deux longues tables à l’ombre des tilleuls…Dans leur discours le curé et le maire Allarme après des louanges bien exagérées à mon égard me dirent que le plus cher désir des habitants de Saillenard était que je revienne bientôt m’installer au pays… On se serait cru à la fête de Saillenard et j’avais l’impression d’être devenu le héros du pays… Après qu’une petite fille m’offrant un gros bouquet m’ai dit un compliment, Guénot joua de la vielle, Coulon prit son violon et la jolie Marcelle Petitjean vint me faire danser. La joyeuse assemblée se sépara enfin et l’on me fit cortège jusqu’à la maison… »

 Puis Jean-Marie Putigny repart au combat, à Mayence, Luxembourg, Fleurus et St Amand ou il est à nouveau grièvement blessé. Refusant de se faire panser le bras droit en écharpe, il continu de se battre. Le lendemain l’Empereur s’adresse à lui « voici un bras de moins à mon service. Mais cela ne t’empêche pas de te servir de l’autre. Je te nomme chef de bataillon et officier de la légion d’honneur ».

 Le lendemain ce sera Waterloo puis l’abdication. Il connaîtra le licenciement à Murcheau. Démobilisé, Putigny se retire d’abord à Mâcon ou il vit d’une maigre retraite et se trouve souvent confronté aux représentants du gouvernement de Louis XVIII a cause de ses bagarres, de ses duels, que l’on n’ébruite pas compte tenu de son glorieux passé militaire. Le 21 novembre 1821, il épouse Adélaïde Bidat âgée de 27 ans, fille du capitaine Bidat résista face aux Autrichiens, à Tournus; cet acte de bravoure valut  la Légion d’honneur à cette ville. en 1814. Après avoir habité Cuisery, le couple s’installera définitivement dans leur propriété de Tournus appelée « le Clos Putigny ».

 Avant de mourir le 5 mai 1849, jour-anniversaire de la mort de l’Empereur, Jean-Marie Putigny a retracé dans six gros cahiers ses 24 années qui l’avaient éloigné de son cher village natal et conduit  un peu partout à travers le monde.

Aujourd’hui, le souvenir du capitaine Putigny et baron d’Empire est toujours bien présent, au Clos Putigny à Tournus où il finit ses jours, mais aussi bien sûr à Saillenard où il est né et a grandi, en toute simplicité, dans son hameau des Bordes.

Du témoignage qu’il a rédigé, un livre est sorti la première fois en 1950 chez Gallimard, sous les auspices de Bob Putigny ; ce livre a été réédité en 1980 aux Editions Copernic. Une publication intégrale de tout ce qu’a laissé le brave Putigny serait vivement souhaitable !  Bob Putigny  a peut-être arrangé le texte original du récit rédigé par son ancêtre; en tout cas d’importantes coupures ont eu lieu: Putigny, comme dit plus haut, a laissé six gros cahiers  et  le lecteur, depuis 1950, doit se contenter d’un simple  petit volume édité !

Capitaine P. MATZYNSKI

  ———-

Chronologie sommaire.

9 juin 1774 : Jean-Marie Putigny naît à Saillenard.
Mai 1792 : après s’être engagé au régiment de Navarre-infanterie, connaît son premier combat près de Moeulde. Son descendant, Bob Putigny, dans le « Dictionnaire Napoléon » (Fayard, 1987), commet l’erreur de nous parler de l’année 1791, date à laquelle la France n’était point en guerre), puis se distingue lors de la prise de Remegy.
1793 : lors du siège de Maastricht, repousse avec quinze compagnons d’armes une sortie de la cavalerie hollandaise ; au bois de Vicogne, contribue au sein d’une unité de tirailleurs à attirer une colonne ennemie sur des batteries françaises dissimulées, poussant cette dernière à la retraite.
1794 : quelques temps après avoir été nommé caporal, entre parmi les premiers dans Furnes.
1795 : combat les chouans de Basse-Normandie ; il sera blessé lors de cette campagne.
8 août 1799 : est nommé sergent.
3 juillet 1801 : est nommé sergent-major.
8 février 1807 : reçoit cinq blessures à Eylau (on raconte qu’une balle brisa la pipe qu’il avait dans une poche de son carrick, et ainsi se détourna de la poitrine).
1809 : après l’assaut de Rastibonne (23 avril), reçoit le grade de lieutenant et le titre de baron d’Empire, avec une dotation de quatre mille francs.
22 juin 1811 : est nommé capitaine.
1814 : est décoré de l’ordre du lys.
16 juin 1815 : après sa blessure, est proposé pour la croix d’officier de la Légion d’Honneur (il ne l’obtint que le 23 novembre 1831).
5 mai 1849 : meurt à Tournus, le jour-anniversaire de la disparition de l’Empereur.

 

 

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 24 mai, 2021 )

1821-2021. Notes du général baron Charles Lallemand sur l’embarquement de l’Empereur à Rochefort (1815).

1821-2021. Notes du général baron Charles Lallemand sur l’embarquement de l’Empereur à Rochefort (1815). dans TEMOIGNAGES adieumabellefrance...Napoléon quitta Rochefort le 8 juillet 1815 pour se rendre à bord de la frégate la « Saale », dans la rade de l’île d’Aix. Il pouvait, de là, prendre une détermination, selon les circonstances, et saisir l’instant favorable pour l’exécuter, aussi tôt que les dernières dispositions seraient faites. Là, plusieurs marins d’une expérience consommée parlèrent encore du projet d’embarquement à l’embouchure de la Gironde, et démontrèrent que ce projet était évidemment celui auquel on devait s’arrêter. Mais plusieurs des officiers qui accompagnaient l’Empereur, et particulièrement ceux qui, possédant depuis plus longtemps sa confiance, avaient près de lui plus d’accès et d’influence, n’étaient pas en faveur de ce dernier projet, et, ne voyant que des obstacles dans tous ceux qui se présentaient, causaient des lenteurs dans tous ceux qui se présentaient, causaient des lenteurs dans les dispositions. La tiédeur avec laquelle ils accueillaient les projets, l’irrésolution qu’ils ne cessaient d’entretenir étaient occasionnées principalement par le désir qu’ils avaient énoncé, même avant le départ de la Malmaison, de voir l’Empereur prendre le parti de se rendre en Angleterre. On est tout à la fois accablé d’étonnement et de douleur en voyant des hommes dont le jugement devait être éclairé par l’expérience, qui donnent à l’Empereur toutes les preuves d’un dévouement sincère, agir dans le m^me sens que ses ennemis qui ont conjuré sa pertes,-eux qui verseraient leur sang pour lui avec orgueil, qui sont prêts à lui faire le sacrifice de leur vie, qui ont ambitionné, avec ardeur, l’honneur de partager son infortune, et qui sont incapables de s’en séparer volontairement. Tel est cependant le secret de la destinée que l’Empereur a subie ; telles sont les causes qui l’ont précipité vivant dans un tombeau. Il eût pu conserver sa liberté et atteindre une terre hospitalière.

Malheureusement aussi, dès qu’il ne fut plus question d’un haut intérêt politique, dès qu’il n’y eut plus rien à faire pour la gloire, l’Empereur devint trop indifférent pour tout ce qui n’était que considération personnelle. Il s’occupa trop eu de lui-même met abandonna entièrement le soin de sa situation aux hommes qui l’accompagnaient. Il pouvait se confier en des mains plus fidèles, mais guidées par des yeux moins clairvoyants. Frappé des vérités que m’avaient démontrées les marins avec lesquels je m’étais entretenu des moyens d’assurer le départ de l’Empereur, j’insistai seul, mais j’insistai fortement sur le projet de faire partir l’Empereur de l’embouchure de la Gironde, et sur la nécessité de s’en occuper avec la plus grande activité. On ne me répondit que par des objections sur l’exécution, et des doutes sur la certitude des moyens. Tout ce que je pus faire entendre, ce fut qu’au moins on ne devait pas négliger légèrement un projet qui pouvait sauver l’Empereur. Tout ce que je pus obtenir, ce fut d’aller moi-même m’assurer de la vérité sur les lieux. Je m’y rendis par Royan, et il me fut bien facile de ma convaincre de la solidité du projet. Je m’assurai qu’il était facile de passer en partant du point désigné. Les dispositions les plus sages avaient  été faites ; tout était prêt depuis plusieurs jours. Les bâtiments destinés à l’Empereur sortirent depuis, et plusieurs firent leur route sans avoir été visités par l’ennemi, quoiqu’ils eussent à peine cherché à l’éviter, quoique l’on n’eût pris aucune des précautions, aucune des mesures qui avaient été réglées pour assurer le passage de l’Empereur, s’il avait adopté ce parti. Cependant le général Savary et M. de Las Cases avaient été envoyées, du 10 au 11, en parlementaires à la croisière anglaise composée du vaisseau le Bellérophon et le Myrmidon. Ils étaient porteurs d’une lettre du général Bertrand pour le commandant de la station : c’était le capitaine Maitland. Lorsqu’il eut pris connaissance de la lettre, sur la question qui lui était faite s’il avait reçu les passeports demandés pour l’empereur, il répondit qu’il n’était instruit de rien relativement aux passeports, et ne pouvait répondre à la demande qui faisait l’objet du message. Lorsque nous eûmes ainsi traité de ce qui concernait l’Empereur, je dis au capitaine Maitland qu’ayant pris une part assez active aux derniers événements qui avaient eu lieu en France, je désirerai avoir la certitude que ni moi, ni aucun de ceux qui se trouvaient dans le même cas, nous ne pourrions être recherchés pour le parti que nous avions pris.«Vous n’avez rien à craindre, répondit le capitaine Maitland, tout cela est étranger au gouvernement anglais. Vous venez de votre plein gré en Angleterre ; aucune autorité ne peut vous y poursuivre.-J’ignore, observai-je, quelle résolution prendra l’empereur, mais, s’il vient en Angleterre, si je l’y accompagne, je ne veux pas être exposé à des persécutions sous le prétexte que je suis dans un cas particulier qui n’a pas été prévu, et que je devais connaître. Je n’ai jamais eu l’intention d’aller en Angleterre ; rien ne m’y force, et je vous déclare positivement que je n’y viendrais pas, non seulement s’il restait le plus léger soupçon que je puisse être remis en France, mais si je pouvais courir le risque de voir ma liberté restreinte ou d’être inquiété en aucune manière.-Cela est impossible, dit avec chaleur le capitaine Maitland ; en Angleterre, le gouvernement n’est pas despotique, il est obligé de se conformer aux lois et à l’opinion. Vous êtes sous la protection des lois anglaises, dès que vous êtes sous celle du pavillon britannique ». 

Au moment où l’on se dépara, le capitaine Maitland dit que, si l’Empereur se décidait à venir à son bord pour aller en Angleterre, il désirait en être prévenu avant son arrivée et recevoir le plus tôt possible la liste des personnes qui devaient l’accompagner, afin de faire toutes les dispositions n nécessaires pour recevoir chacun le moins mal qu’il se pourrait.  Nous revînmes dans la martinée, rendre compte de notre mission. L’Empereur ayant reçu le rapport de notre conférence avec le capitaine Maitland, inaccessible au plus léger soupçon de perfidie, se décida d’autant plus facilement à accepter la proposition qui lui était faite, que les discours continuels de la plupart des personnes qui l’entouraient avaient dû le préparer à prendre un parti semblable. Ne voulant pas, cependant, disposer entièrement et sans leur aveu du sort des hommes qui lui étaient restés fidèles, il fit appeler principaux officiers qui se trouvaient alors près de lui. Les autres étaient embarqués, et déjà hors des Pertuis, attendant ses ordres pour continuer leur route. Les officiers qui se réunirent chez l’Empereur étaient les généraux Bertrand, Savary, Lallemand, Montholon, Gourgaud et M. de Las Cases. Après qu’il eut été donné connaissance des propositions du capitaine Maitland et de toute la conférence qui avait eu lieu avec lui, l’Empereur demanda à chacun de ces officiers quel était son avis.

L’impression de ce dernier entretien est encore toute entière dans mon âme ; elle ne s’en effacera jamais. L’Empereur paraissait s’oublier lui-même pour ne songer qu’à ses compagnons d’infortune et à la France ; ses regards étaient toujours tournés vers elle ; elle avait toutes ses pensées : « Les intrigants l’ont perdue, disait-il ; des hommes  corrompusse sont joués de son indépendance et de sa gloire ; mais je ne me plains pas de la nation, elle n’a pas cessé d’être vaillante et magnanime ».  Il parla ensuite avec tendresse de son auguste mère, de ses sœurs, de ses frères, de vous, M. le Comte [Ce passage semble indiquer que ce texte fut rédigé plus tard pour un membre de la famille de Napoléon. (Note de la « Nouvelle Revue Rétrospective »)] , dont il s’était plu à cultiver la jeunesse, dans des temps prospères.

Son cœur était agité par le souvenir de son fils et de l’Impératrice. -« Mais je ne puis vous charger de rien, me dit-il, j’ignore quand on vous rendra votre liberté et, lorsque vous l’aurez recouvrée, l’Amérique sera sans doute votre seul asile. » C’est ainsi que je quittai l’Empereur, toujours grand, toujours supérieur au destin toujours digne de lui-même. 

Cette relation a été publiée la première fois dans la « Nouvelle Revue Rétrospective », juillet-décembre 1899. 

 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 23 mai, 2021 )

Les Polonais à l’île d’Elbe (1814)

Chevau léger

Ordre de Napoléon au général Drouot.

6 juillet 1814.

Service des Polonais de la Garde.

Le capitaine des chevau-légers polonais fera le service avec les capitaines de la Garde, et les deux seconds lieutenants feront le service avec les lieutenants. Les dix-neuf hommes de cavalerie fourniront par jour deux chevau-légers de service pour suivre l’Empereur. Indépendamment de cela, ils fourniront un  corps de garde à l’écurie, de manière à avoir un factionnaire à l’écurie. Les quarante autres Polonais fourniront tous les jours six hommes de service à la Porte de terre. Ce corps de garde fournira un factionnaire au pont-levis près Ponticello. Il n’y aura au palais que deux factionnaires. En conséquence, on diminuera les corps de garde de service de la Garde. Les soixante hommes de cavalerie continueront à s’exercer aux manœuvres du canon. Il est nécessaire qu’au 15 août ils puissent faire le polygone en tirant des boulets. Au 15 août, l’artillerie commencera l polygone en tirant des bombes et des boulets rouges.

(« Le Registre de l’île d’Elbe. Lettres et ordres inédits de Napoléon 1er (28 mai 1814-22 février 1815). Publiés par Léon-G. Pélissier », A. Fontemoing, Éditeur, 1897, pp.35-36).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 15 mai, 2021 )

Hypothèse (Ile d’Elbe, 1814)…

1815

« Durant tout le mois de décembre [1814] les officiers de la Garde impériale disaient dans les rues de Portoferraio : « quand nous serons à Milan », et dans les premiers* jours de février, l’un d’eux informait le commandant de Gaëte que l’Inconstant partirait pour Naples dans quelques jours et porterait des troupes : « Je serai de cette brigade, ajoutait l’officier,et peut-être aurai-je le bonheur de revoir Gaëte et nos amis. » Jusqu’au dernier moment, la plupart des gens de Portoferrao, Elbois et Français, crurent que la Garde joindrait l ‘armée de Murat, et au mois de février, le trésorier de l’Empereur [Guillaume Peyrusse] voyant des voiles napolitaines qui se montraient dans le canal de Piombino et des signaux qui s’échangeaient, pensait que Napoléon irait s’unir au roi Joachim. Nombre d’officiers français et de bonapartistes rêvaient même que Murat irait restaurer Napoléon. Comme si, s’écriait moqueusement un, royaliste, ces Napolitains qu’on n’avait pu décider en 1814 à passer le Pô, pourraient jamais, quel que fût leur amour du pillage, entreprendre une expédition en France ! De même les Anglais, Burghersh, sir Charles Stewart, Wellington.  Burghersh écrivait que les officiers autrichiens et les ministres du grand-duc de Toscane étaient convaincus du danger que le voisinage de Napoléon faisait courir au repos de l’Italie. Sir Charles Stewart remarquait -le 7 avril- que l’Italie était près de l’île d’Elbe; que l’Italie,où Bonaparte avait exercé l’influence et le pouvoir, aimerait mieux vivre unie sous la main d’un glorieux despote que dans la division et le morcellement; que Napoléon serait  aidé par les amis d’Eugène et par Murat. Wellington croyait dans les premiers jours de 1815 que Napoléon ne quitterait l’île d’Elbe, s’il la quittait, que pour régner sur la péninsule d’Italie et y régner seul sans la partager avec Murat. De même les Français. Dès le 7 avril [1814], trois membres du gouvernement provisoire de France, Talleyrand, Dalberg et Jaucourt, trouvaient que « le point de l’île d’Elbe amenait des discussions » et que « la situation morale de l’Italie ne paraissait pas admettre cet établissement ».A la fin de juillet, Beugnot exprimait l’avis que Bonaparte chercherait d’abord à nouer des intrigues en Italie pour les étendre ensuite au-delà des Alpes. Hyde de Neuville disait au mois de novembre que Napoléon débarquerait à Gênes ou dans les environs de Gènes; qu’il ne parlait que de Gênes; que son brick l’Inconstant allait et venait entre Gênes et Portoferraio: de Gènes, Napoléon irait s’unir à Murat et s’emparer du royaume d’Italie qui servirait aux nouvelles combinaisons de sa politique. Blacas déclarait à la fin de décembre [1814] au commissaire autrichien, comte de Bombelles, que l’Italie ne serait jamais sujette de l’Autriche, ni Louis XVIII tranquille sur son trône tant que Murat offrirait un asile à tous les mécontents et pourrait en quarante-huit heures mettre Napoléon à leur tête.»

(Arthur CHUQUET, « Le départ de l’île d’Elbe », Editions Ernest Leroux, 1921, pp.64-67)

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 1 mai, 2021 )

1815 : une année décisive !

Napoléon le Grand2

20 mars. Napoléon, après son retour fulgurant de l’île d’Elbe (où il était retenu prisonnier depuis début mai 1814, après sa première abdication), arrive à Paris.

5 avril. Les troupes anglaises  se positionnent en Belgique, commandées par Arthur Wellesley, duc de Wellington.

22 avril. Proclamation de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire, rédigé par Benjamin Constant.

26 mai. Le tsar de Russie, le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche quittent Vienne pour se mettre à la tête de leurs armées et lutter contre la France.

1er  juin. Cérémonie du Champ-de-Mai, à Paris.

9 juin. L’acte final du Congrès de Vienne est signé par les plénipotentiaires des grandes puissances alliées présentes. Il avait été ouvert le 1er novembre 1814.

12 juin. Napoléon quitte Paris pour la Belgique.

15 juin. Napoléon chasse les Prussiens de Charleroi et décide de s’attaquer à Blücher pendant que Ney est prié d’occuper les Quatre-Bras, carrefour stratégique.

16 juin. Bataille de Ligny et bataille des Quatre-Bras.

18 juin. Bataille de Mont-Saint-Jean, appelée par les Anglais Bataille de Waterloo et par les Prussiens Bataille de La Belle-Alliance.

21 juin. Napoléon est de retour à Paris.

22 juin. L’Empereur abdique en faveur de son fils.

25 juin. Napoléon quitte le Palais de l’Elysée et arrive au château de Malmaison.

29 juin. Après un court séjour, L’Empereur prend le chemin de l’exil.

30 juin. Arrive la veille au soir au château de Rambouillet il le quitte en fin de matinée. Napoléon passe par Chartres, Châteaudun et Vendôme.

1er juillet. L’Empereur arrive à Tours dans la nuit. Après une longue halte à Poitiers, il arrive à Niort vers 22 h.

3 juillet. Napoléon quitte Niort à l’aube ; passe par Mauzé, Surgères, Muron, Saint-Louis. L’Empereur parvient à Rochefort-sur-Mer.

8 juillet.  Napoléon embarque sur la Saale. Ce même jour, Louis XVIII revient à Paris.

9 juillet. L’Empereur visite l’île d’Aix et retourne à bord de la Saale.

12  juillet.  Napoléon s’installe à l’ile d’Aix.

15 juillet. A l’aube, il s’embarque à bord du brick de guerre l’Épervier, sous pavillon parlementaire, qui le conduit jusqu’au Bellérophon, navire britannique.

« Je suis venu me placer sous la protection de votre prince et de vos lois », déclare l’Empereur.

7 août. En rade de Plymouth, Napoléon est transféré sur le Northumberland qui le conduira à l’île de Sainte-Hélène.

15 octobre. Arrivée du  Northumberland devant Sainte-Hélène. L’Empereur débarque sur l’île le lendemain.

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
( 29 avril, 2021 )

1821-2021. Le général Charles de Montholon…

ApMontholonrès s’être engagé à l’âge de seize ans, en 1799, dans les rangs de l’armée d’Italie, on le retrouve en 1805 au service du maréchal Berthier en tant qu’officier d’ordonnance à l’état-major de la Grande-Armée. Nommé colonel en 1809, il est nommé par la suite ministre plénipotentiaire.  Montholon, promis à une carrière honorable commet un faux-pas en épousant une femme divorcée et d’une réputation de femme volage, malgré l’avis contraire de Napoléon : Albine de Vassal.  L’Empereur le destitue de son poste. Rien de très marquant dans la carrière de Montholon. Rallié à Napoléon après son retour à Paris, le 20 mars 1815,  il avait été nommé général durant la Première Restauration. Montholon ne participe pas à la campagne de 1815 en Belgique. Au lendemain de Waterloo, il est nommé aide-de-camp de l’Empereur. Il se met à la disposition de Napoléon, persuadé que ce dernier partira en exil en Amérique. Ce sera Sainte-Hélène mais Montholon, qui a entraîné dans l’aventure sa femme Albine et Tristan, leur jeune fils, sont du voyage.  Nous le retrouvons donc dans l’île parmi les proches de l’Empereur, le couple étant l’objet de leurs dissensions parmi ces derniers. Fin 1816, Las Cases (et son fils), qui était l’interlocuteur privilégié de Napoléon quitte l’île ; puis en 1818, c’est au tour de l’irascible Gourgaud. La situation ne peut que profiter à Montholon qui possède du tact une personnalité moins fade que celle du général Bertrand et qui a en poche un atout magistral : sa femme, encore jolie, n’entretient-elle pas des rapports privilégiés avec Napoléon ? En juillet 1819, Albine de Montholon quitte Sainte-Hélène. Les rapports de Montholon avec l’Empereur deviennent plus étroits, presque filiaux à un tel point que l’Empereur lui lègue par testament la moitié des fonds dont il peut disposer.  Après la mort de Napoléon, on retrouve Montholon en  Europe, alternant appels en faveur de Napoléon II, le fils de l’Empereur et opérations financières qui tournent à l’échec. Montholon réside en Suisse, pays où il fait la connaissance de Louis-Napoléon, le futur Napoléon III. Il soutiendra ce prince dans l’une de ses deux tentatives de prise de pouvoir, celle de Boulogne-sur-Mer, en 1840. Il est arrêté, jugé et condamné à six ans de prison qu’il passe ainsi aux côtés du neveu de Napoléon.  Montholon s’éteint en 1853. 

Christophe BOURACHOT

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 27 avril, 2021 )

1821-2021. Officiers généraux en poste à Longwood…

 NapoléonD’après l’ouvrage d’ Arnold Chaplin, « A St.Helena Who’s Who » (Fonthill, 2014)

Capitaine Thomas William Poppleton, 53ème régiment d’infanterie. Du 10 décembre 1815 au 24 juillet 1817.

Capitaine Henry Pierce Blakeney, 66ème  régiment d’infanterie. Du 25 juillet 1817 au 16 juillet 1818.

Lieutenant-colonel Thomas Lyster, inspecteur des côtes et des volontaires. Du 16 juillet au 25 juillet 1818.

Capitaine Henri Pierce Blakeney, 66ème régiment d’infanterie. Du 25 juillet au 5 septembre 1818.

Capitaine George Nicholls, 66ème régiment d’infanterie. Du 5 septembre 1818 au 9 février 1820.

Capitaine Engelbert Lutyens, 20ème  régiment d’infanterie. Du 10 février 1820 au 26 avril 1821.

Capitaine William Crokat, 20ème  régiment d’infanterie. Du 26 avril au 6 mai 1821.

 

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 26 avril, 2021 )

1821-2021.Un Ours d’Helvétie dans l’entourage de Napoléon, à Sainte-Hélène.

Noverraz

Né en 1790, près de Lausanne, en Suisse, Jean-Abram Noverraz arrive à Paris en 1809 pour trouver quelque emploi domestique dans l’un des fastueux hôtels de l’aristocratie impériale. En 1811, il entre aux Tuileries comme courrier du cabinet impérial.  Noverraz par son sérieux, grimpe les échelons. On le retrouve durant les campagnes de 1813 et de 1814, occupant les fonctions de valet de pied. Après la première abdication de l’Empereur, Noverraz suit le souverain à l’île d’Elbe, comme chasseur. L’Histoire a retenu le courage et la détermination dont il fit preuve à Orgon, le 25 avril 1814,  lorsque la voiture de Napoléon (en route pour l’île d’Elbe) fut arrêtée par une populace en furie voulant s’en prendre à son impériale personne. Le Suisse, véritable colosse, l’Ours d’Helvétie, comme aimait à le surnommer Napoléon, s’interposa, son couteau de chasse à la main. C’est tout naturellement qu’on retrouve ce serviteur dévoué à Sainte-Hélène, malgré son état de santé qui était notablement détérioré par le climat de l’île vers la fin de son séjour[1]. Noverraz assiste à l’agonie de l’Empereur.  Le Suisse de Sainte-Hélène s’éteint en 1849 dans sa maison qu’il avait appelée « la Violette », du nom de cette fleur qui symbolisa le retour de Napoléon en France en 1815.

C.B.


[1] Noverraz avait épousé à Sainte-Hélène, en juillet 1819, Joséphine Brulé femme de chambre de la comtesse de Montholon. Cette domestique, seule femme célibataire à Longwood,  était courtisée à la fois par le Suisse et par Louis-Etienne Saint-Denis (le mameluck Ali). Le fidèle serviteur  recevra 100 000 francs en legs de la part de l’Empereur. Quant à Saint-Denis, il se mariera en octobre 1819 avec Miss Hall, gouvernante qui s’occupe des enfants Bertrand.

 

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 24 avril, 2021 )

Proscrits et exilés…

Vaudoncourt

En Europe et ailleurs dans le monde, nombreux furent les partisans de Napoléon qui durent fuir la France. Ainsi  le général de Flahaut, aide-de-camp de Napoléon se retrouva en Angleterre, après bien des pérégrinations.   Le général Guillaume  de Vaudoncourt, passa également au Royaume-Uni, avant d’aller en Belgique puis de se fixer à Munich, près du Prince Eugène de Beauharnais[1].

La destination la plus « exotique » pour l’époque reste l’Amérique du Nord et accessoirement celle du Sud.

Joseph, frère aîné de Napoléon s’est installé aux Etats-Unis où il arriva fin août 1815. En juillet de l’année suivante, il achète une propriété à Point Breeze, non loin de Philadelphie et il s’y fixe pour plus de quinze ans.  Joseph recevra tout ce que l’Amérique compte comme exilés français:  Réal, Regnault de Saint-Jean d’Angély, les généraux Grouchy, Clauzel, Vandamme, Lefebvre-Desnouettes,  Rigau Henri et Charles Lallemand, Bernard,  brillant officier du Génie, pour ne citer que ceux-là. Dans cette Amérique, ce pays neuf qui attire tant de proscrits, de ces exilés loin de la France et qui se rassemblent autour de Joseph[3], il y a aussi la Louisiane qui fut province française jusqu’à sa vente en  mai 1803  par Bonaparte, Premier Consul) La Nouvelle-Orléans. Certaines de ses rues portent ou ont porté les noms évocateurs de Napoléon [2], Marengo, Austerlitz, Iéna…. On peut encore voir dans cette ville « La Maison Napoléon » appelée aussi « Maison Girod »[4], du nom de Nicolas Girod (1751-1840), ce français émigré aux Etats-Unis, bien avant l’Empire, et qui fut le Maire de cette ville de 1812 à 1815. Grand admirateur de l’Empereur, Girod voulait tenir sa demeure à la disposition de Napoléon dans le cas selon lequel il aurait choisir de partir pour l’Amérique en 1815. En mars 1817, le Congrès américain, à l’initiative de Monroe, président des Etats-Unis accorde des milliers d’hectares de terrain dans l’Alabama à la Société  Agricole et Manufacture française, appelée aussi « Société de la Vigne et de l’Olivier ». Cette dernière a été créée par des exilés bonapartistes français.  Environ trois cents colons ont à se partager cette vaste étendue, parmi lesquelles Clauzel, Lefebvre-Desnouettes, Henri Lallemand… Dans un environnement  naturel plutôt hostile et marécageux fut fondée Démopolis. Mais une erreur dans le plan d’attribution obligea ses habitants à déménager. Ils créèrent un peu plus au nord les villes d’Aigleville, Marengo et même Toulouse ! Ils fondent l’Etat de Marengo au nom évocateur et qui engloba ces trois villes. En 1818, au Texas (alors possession espagnole), le général Lallemand et cent-vingt officiers bonapartistes fondèrent « Le Champ d’Asile ».  Cette colonie est ouverte à tous les Français et étrangers ayant servi dans les armées de la République et de l’Empire.  Hélas, son existence finit par péricliter à l’automne 1818 ; tout comme la colonie d’Aigleville. L’Amérique du Sud et ses républiques naissantes accueillirent d’autres exilés français. Au Chili, par exemple, le général Brayer, dont Louis Marchand, le valet de chambre de Napoléon,  épousera la fille à son retour de Sainte-Hélène, y trouve refuge.  C’est aussi dans ce pays que l’on voit le colonel Latapie entouré de quelques soixante-dix volontaires et qui fut associé, avec d’autres officiers, à un projet afin de faire évader Napoléon de Sainte-Hélène. Exilé en Amérique du Sud  durant l’été 1817,  le capitaine  de cavalerie Persat [5] qui veut servir dans les armées du célèbre général Simon Bolivar, a également le même objectif. Toutes ces initiatives de complots afin de faire de resteront à l’état d’ébauche ; une importante mobilisation  collective faisant défaut et Joseph, frère de l’Empereur ne prit par prudence  jamais aucune position. L’ancien Roi d’Espagne préféra goûter à la quiétude de sa demeure de Point Breeze plutôt que de donner l’impulsion nécessaire, financière entre autre, à des projets qu’il jugeait comme étant peu réalistes voire dangereux[6]. L’Histoire a retenu le nom du général Van Hogendorp. Cet hollandais qui servit si bien Napoléon et qui fut un de ses aides-de-camp, est exilé depuis 1817 au Brésil. Il mène désormais une existence d’ermite à Rio de Janeiro. Hogendorp se consacre à ses plants d’orangers et de caféiers sur les pentes du célèbre Corcovado.  Nul ne sait, s’il songea un jour à faire évader Napoléon de son rocher de Sainte-Hélène[7].

Christophe BOURACHOT

Ci-dessus: portait du général Guillaume de Vaudoncourt. 


[1]  Avant de poursuivre sa route en Amérique du Sud, Persat rencontra Joseph Bonaparte à New-York en août 1817. Voici ce que le frère aîné de Napoléon lui confia : « «  Il m’assura dans des termes touchants qu’il était prêt à sacrifier sa vie et sa fortune pour la délivrance de l’Empereur, mais qu’il avait été forcé de renoncer à ce projet par des avis positifs qu’il avait reçus de Londres et qui lui faisaient connaître les ordres barbares du gouvernement anglais. Ces ordres étaient de mettre à mort l’Empereur au cas d’une attaque sérieuse contre les quatre mille geôliers qui le gardaient à vue comme les cannibales surveillent le prisonnier qu’ils vont dévorer! On se rappelle que le chef de ces geôliers était l’infâme et sanguinaire Hudson Lowe, digne en tous points d’exécuter les volontés de son exécrable gouvernement. »

[2] Napoléon savait que le général Hogendorp se trouvait au Brésil, comme il l’écrit, dans le Sixième Codicille de son testament, en lui léguant la somme de 100 000 francs.

[3] A La Nouvelle-Orléans  il existe une « Avenue Napoléon ».

[4] C’est actuellement un beau restaurant qui appartient à Ralph Brennan, un restaurateur qui possède d’autres établissements à La Nouvelle-Orléans. Sa carte, proposant des plats sympathiques, porte en gros plan (au moment où nous le constatons) la mention « Eating in exile » (« Manger en exil »), faisant allusion au caractère de demeure d’exil qu’aurait pu avoir cet endroit pour Napoléon. Mais l’Histoire en a voulu autrement ! Cet établissement dispose de plusieurs salles et salons pour organiser des réceptions. On y trouve même une « Napoléon Room » (« Salle Napoléon ») ! Site officiel : https://www.napoleonhouse.com/

[5] Comme il le dit dans la préface de ses « Mémoires », cet officier a servi depuis Austerlitz jusqu’à Waterloo, dans les rangs des grenadiers cheval,  ceux du 9ème dragons et du 4ème lanciers.

[6]  Par la suite, Le général de Vaudoncourt, se battra en Italie alors en proie à des mouvements révolutionnaires. On le retrouve ensuite en Espagne, pays qui connaît également un soulèvement du même ordre face au régime royal en place. Cet officier a publié notamment un témoignage qui fut réédité il y a quelques années : « Mémoires d’un proscrit, 1812-1854», La Louve, 2012, 2 volumes.

[7] Rien que dans la ville de Philadelphie (20 000 habitants à l’époque) comptera jusqu’à plus d’un millier d’exilés français qu’ils soient civils ou militaires. En Amérique, à la même époque, J. Lucas-Dubreton (« Le Culte de Napoléon »), écrit que l’on compte « près de 25.000 Français –émigrés de 93, terroristes, proscrits,- refugiés à New-York, Baltimore, Boston, Philadelphie, surtout, ville des grands loges maçonniques, où il y a des tavernes, la liberté d’opinion et des femmes. ». J. Thiry, dans son « Sainte-Hélène », cite le passage suivant : « Ayant appris que son frère Joseph avait acheté de grandes propriétés en Amérique et que de nombreux Français se groupaient autour de lui, l’Empereur pensa que des hommes très forts pourraient combattre victorieusement le système qui triomphait en Europe. S’il avait gagné l’Amérique, il aurait appelé auprès de lui tous ses proches qui auraient pu réaliser au moins quarante millions [de francs]. Ainsi se serait créé le noyau d’un rassemblement national et d’une patrie nouvelle. Napoléon pensait qu’avant un an, il aurait groupé autour de lui cent millions [de francs] et soixante mille individus dont la plupart auraient eu propriété, talents et instruction. Il aurait aimé réaliser ce rêve et acquérir ainsi une gloire nouvelle. « L’Amérique, continuait-il, était notre véritable asile sous tous les rapports. C’est un immense continent d’une liberté toute particulière. Si vous avez de la mélancolie, vous pouvez monter en voiture, courir mille lieues et jouir constamment du plaisir d’un simple voyageur; vous êtes l’égal de tout le monde; vous vous perdez à votre gré dans la foule, sans inconvénients, avec vos mœurs, votre langue, votre religion. »

 

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 21 avril, 2021 )

1821-2021… La garnison anglaise en poste à Sainte-Hélène…

Sainte LN

D’après A. Chaplin, « A St. Helena Who’s Who » (Fonthill, 2014)

Le 53ème régiment d’infanterie (2ème bataillon).

Arrivé sur plusieurs navires en octobre 1815. En juin 1817, une réduction d’effectif est décidée. Une partie des hommes a été expédié en Inde notamment. Un petit continent resta à Sainte-Hélène et fut intégré dans le 1er bataillon de ce régiment.

Le 66ème régiment (1er bataillon).

Arrivé  entre fin juin et début juillet 1817.  En avril 1819, environ 400 hommes de ce régiment quittèrent Sainte-Hélène pour l’Angleterre.

Le 66ème régiment (2ème bataillon).

Arrivé en avril-mai 1816. Après la venue du 1er bataillon à Sainte-Hélène, l’année suivante, une partie du 2ème bataillon a été renvoyé en Angleterre. Beaucoup d’officiers et soldats ont été mis en demi-solde. D’autres ont rejoint les rangs du 1er bataillon.

Le 20ème régiment d’infanterie.

Arrivé sur place fin mars-début avril 1819. Lors des funérailles de l’Empereur, douze hommes de ce régiment portèrent le cercueil de Napoléon jusqu’à son lieu d’inhumation.

A Sainte-Hélène, il y avait également un régiment d’artillerie dont la mission essentielle était la surveillance des côtes afin de prévenir tour débarquement.  A ce sujet, il convient de préciser qu’en permanence, deux navires de surveillance tournaient autour de Sainte-Hélène, allant chacun en sens inverse.

 

 

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 14 avril, 2021 )

1821-2021. Quelques repères pour l’année 1815…

Steuben 1810.

5 avril. Les troupes anglaises arrivent en Belgique, commandées par Arthur Wellesley, duc de Wellington.

22 avril. Proclamation de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire, rédigé par Benjamin Constant.

26 mai. Le tsar de Russie, le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche quittent Vienne pour se mettre à la tête de leurs armées et lutter contre la France.

1er juin. Cérémonie du Champ-de-Mai, à Paris.

9 juin. L’acte final du Congrès de Vienne est signé par les plénipotentiaires des grandes puissances alliées présentes. Il avait été ouvert le 1er novembre 1814.

12 juin. Napoléon quitte Paris pour la Belgique.

15 juin. Napoléon chasse les Prussiens de Charleroi et décide de s’attaquer à Blücher pendant que Ney est prié d’occuper les Quatre-Bras, carrefour stratégique routier.

16 juin. Bataille de Ligny et bataille des Quatre-Bras.

18 juin. Bataille de Mont-Saint-Jean, appelée par les Anglais « Bataille de Waterloo » et par les Prussiens « Bataille de La Belle-Alliance ».

21 juin. Napoléon est de retour à Paris.

22 juin. L’Empereur abdique en faveur de son fils.

25 juin. Napoléon arrive au château de Malmaison.

29 juin. Après un court séjour, Napoléon prend le chemin de l’exil.

3 juillet. L’Empereur est à Rochefort-sur-Mer.

8 juillet. Louis XVIII revient à Paris.

12 juillet. Arrivé sur la frégate la Saale, Napoléon s’installe provisoirement à l’île d’Aix.

15 juillet. Il s’embarque à bord du brick de guerre l’Épervier, sous pavillon parlementaire qui le conduit jusqu’au Bellérophon, navire britannique. « Je suis venu me placer sous la protection de votre prince et de vos lois », déclare l’Empereur.

7 août. En rade de Plymouth, Napoléon est transféré sur le Northumberland  qui le conduira à l’île de Sainte-Hélène.

15 octobre. Arrivée de l’Empereur à Sainte-Hélène.

Publié dans JOURS D'EPOPEE par
Commentaires fermés
123456...12
« Page Précédente  Page Suivante »
|