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( 2 janvier, 2020 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(1)

Meissonier 1814

Le dénommé Hubert Mathieu (1767-1844) était chef d’escadron d’artillerie à cheval. Voici un extrait de son témoignage sur la campagne de 1814.

Le 1er janvier 1814, vers les 2 heures de l’après-midi, par un beau dimanche, au moment où nous allions arriver dans nos cantonnements [ceux de Landau, en Allemagne], nous fûmes attaqués, sans nous y attendre le moins du monde, par la cavalerie ennemie. Nous ne concevions pas comment un maréchal d’Empire ne savait pas que l’ennemi était, faut-il dire, au milieu de son corps d’armée, ou s’il le savait, chose que j’ai toujours crue, il était bien coupable en nous exposant ainsi devant un ennemi que nous comptions de l’autre côté du Rhin [Il s’agit du maréchal Marmont, qui avait sous ses ordres le 6ème corps et le 1er corps de cavalerie. Note de Camille Lévi, 1910].

On prit les armes, on se porta à la rencontre de l’ennemi qui ne fit pas de résistance de suite ; mais, ayant vu que notre cavalerie s’engageait dans le premier village en sortant de Neustadt, il la laissa poursuivre ce qui se trouvait engagé et qui avait sans doute l’ordre de nous attirer au-delà du village.

Il était presque nuit, on ne vit pas une réserve de cavalerie ennemies qui attendait, pour fondre sur les derrières de la nôtre, qu’elle fût tour à fait dehors du village. Notre malheureuse cavalerie se voyant attaquée par derrière, il s’ensuivit un désordre épouvantable ; on coucha dans le village où l’échauffourée venait d’avoir lieu et chacun lécha ses plaies.

Le 2, on fit une reconnaissance sur le chemin de Maheim (?)

Notre cavalerie fut ramenée d’une manière à nous faire tous prisonniers.

Votant que si je bougeais je serais pris avec tout mon matériel, je pris le parti de disposer mes pièces de manière à bien me défendre. Je croyais que notre cavalerie, battant en retraite sur ma droite, s’arrêterait à ma hauteur, mais pas du tout.  L’ennemi, l’ayant imprudemment suivie, me présentait son flanc droit, où je faisais des brèches épouvantables à coups de mitrailles. Elle fut obligée de rétrograder sans avoir osé me charger. Ce fut alors que notre cavalerie vint, un peu honteuse, se mettre à ma hauteur. L’ennemi fut déconcerté de la résistance de notre artillerie ; il se reforma et s’approcha de manière à faire croire à une nouvelle charge, mais elle n’eut pas lieu et, la nuit étant venue, nous couchâmes près de Türckheim (Durkheim), sur la route qui va à Bliescastel. Le 3, nous nous dirigeâmes sur cette dernière ville et on se battit dans la ville; ce ne fut pas grand’chose.

Le 4, nous vînmes sur Pirmasens.

Le 5, à Hombourg [Tout ceci est un peu confus, le 5, le maréchal était à Hombourg. Note de Camille Lévi, 1910.]

Le 6, à Sarreguemines, où nous restâmes deux jours. Nous avions l’air de vouloir défendre les bords de la Sarre, mais ce n’était qu’un feu de paille ; il commençait à faire froid.

Le 8, nous quittâmes Sarreguemines pour venir à Saint-Avold.

Nous y restâmes le 9.

Le 10, dans un village près de Forbach.

Le 11, au-dessus de Metz.

Dans ces quatre dernières journées, on ne se battit pas.

Le 12, nous traversâmes Metz et nous vînmes sur la route de Thionville. J’étais dans le village de Richemont, où j’avais été campé en août 1792.

Nous restâmes là les 13, 14, 15 et 16 février 1814.

Le 17, nous nous mîmes en marche pour venir à Gravelotte, sur la route de Metz à Verdun, au moment de nous coucher, nous marchâmes toute la nuit par un verglas épouvantable. Nos chevaux ne pouvaient pas se tenir sur leurs jambes. Sur les 8 heures du 18, une forte pluie qui fit disparaître le verglas. Nous arrivâmes sur les 4 heures à Verdun. Nous n’entrâmes pas en ville. On fit rafraîchir et les hommes et les chevaux, et nous nous remîmes en marche sur Saint-Mihiel, où nous arrivâmes à 1 heure du matin. On y surprit le parti ennemi qui s’y trouvait. On tua et fit quelques prisonniers. [C’est le fameux colonel Fabvier qui dirigeait la surprise. Note de Camille Lévi, 1910].

Le lendemain 20, nous étions bien fatigués ; le dégel et les jours de pluie avaient grossi la Meuse, de sorte que, le 22, mes pièces de canon étaient dans l’eau, et nous eûmes de la peine à les en sortir.

Nous partîmes de là le 23 pour nous diriger sur Void où nous couchâmes.

Le 24, à Bar-le-Duc.

Le 25, à Jean-d’Heurs (sur la Saulx, au sud de Robert-Espagne).

Le 26, à Vitry-sur-Marne.

Le 27, au moment où nous nous mettons en route pour nous diriger sur Châlons, l’empereur nous rejoignit venant de Paris , nous fit faire demi-tour et attaquer l’ennemi de suite. Nous nous battîmes bien toute la journée. On coucha dans la plaine entre Vitry et Saint-Dizier.

A SUIVRE…

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( 1 janvier, 2019 )

La défense et la capitulation de Ratisbonne en avril 1809.

ratisbonne.jpg

A l’appui de cette lettre de Geoffroy Eissen, lieutenant adjudant-major au 65ème de ligne, que l’on va lire, il est peut-être utile de rappeler qu’à l’ouverture de la campagne de 1809, Napoléon dans son mouvement de concentration, ordonna à Davout d’évacuer Ratisbonne, où ses 50.000 hommes étaient cantonnés, pour venir le rejoindre dans la direction d’Abensberg, et lui prescrivit de ne laisser dans cette place qu’un seul régiment. « C’est, dit Thiers, au 65ème de ligne, excellent régiment commandé par le colonel Coutard, que le maréchal Davout avait réservé le rôle périlleux de garder Ratisbonne contre les armées nombreuses qui allaient l’attaquer par la rive droite et par la rive gauche du Danube. Il lui avait prescrit de fermer les portes, de barricader les rues et se défendre à outrance jusqu’à ce qu’on le dégageât, ce qui ne pouvait manquer d’arriver bientôt, car Ratisbonne, relié par un pont au faubourg de Stadt am Hof, à l’embouchure de la Pregel, n’avait qu’une simple chemise pour toute fortification.  Le colonel Coutard avait eu affaire le 19, à l’armée de Bohême et lui avait résisté à coups de fusil avec une extrême vigueur, si bien qu’il avait abattu plus de 800 hommes à l’ennemi. Mais le lendemain 20, il avait vu paraître sur la rive droite, l’armée de l’archiduc Charles, venant de Landshut, et il ‘était trouvé sans cartouches, ayant usé toutes les siennes dans le combat de la veille. Le maréchal Davout, averti, lui avait envoyé par la route d’Asbach, deux caissons de munitions, conduits par son brave aide de camp Trobriant, lesquels avaient été pris sans qu’il pût entrer un seul paquet de cartouches dans Ratisbonne. Le colonel Coutard pressé entre deux armées, n’ayant plus un seul coup de fusil à tirer, ne pouvant du haut des murs et des rues barricadées, se défendre avec des baïonnettes, avait été contraint de se rendre. La captivité du 65ème ne fut donc pas de longue durée puisque, dès le 23 avril, le lendemain d’Eckmühl, Ratisbonne était reconquis ; et le 65ème délivré, reprit sa place dans l’armée d’Allemagne et fut à Essling ainsi qu’à Wagram.       

 Paul SCHMID.

                                                                                                                                                                                                                    Ratisbonne, ce 26 avril 1809.

Depuis ma dernière [lettre] de Magdebourg, j’ai à vous rendre compte de bien d’événements. Après être venu à marches forcées de Magdebourg à Nuremberg ; on nous y laissa quelques jours pour nous reposer. Le 9 du courant nous en partîmes avec notre corps d’armée et manoeuvrâmes en suivant les mouvements des ennemis, tantôt en nous portant sur Ingolstadt et Ratisbonne jusqu’au 16 où nous arrivâmes sur l’Altmühl où nous prîmes position ; dans la nuit, nous eûmes quelques escarmouches. Le 17 au matin, notre régiment reçut l’ordre de se rendre à Ratisbonne pour la garde du maréchal et les 4 divisions prirent position sur la rive gauche du Danube en face de l’ennemi ; dans l’après-midi, l’ennemi fit une attaque sur nos avant-postes, mais fut constamment repoussé. Le 18, le corps d’armée reçut l’ordre de se porter sur Neustadt. Le maréchal fit venir le colonel et lui fit : « Colonel, je vous confie un poste bien délicat et bien glorieux en même temps ; l’Empereur comte sur vous, vous devez tenir à Ratisbonne, empêcher l’ennemi de passer le pont et protéger ainsi notre marche sur Neustadt. » En même temps, notre 1er bataillon reçut l’ordre de se porter en avant en tirailleurs pour remplacer les troupes qui devaient passer le Danube. Nous perdîmes, ce jour, une centaine d’hommes, tant tués que blessés ; à minuit, nous brûlâmes le pont de Ratisbonne et la petite ville de Hof am Stadt. Maintenant nous étions notre régiment seul sans une pièce de canon ni un cavalier. Le 19 à midi, l’ennemi fit une attaque générale sur nous avec 10.000 hommes et 30 pièces de canon. Nous nous repliâmes alors dans Hof am Stadt où s’engagea le combat le plus terrible dont on ait parlé depuis longtemps : nous nous battions dans les rues à dix pas de distance, ensuite corps à corps à la baïonnette ; les boulets, les obus, les balles pleuvaient sur nous cela n’empêchait pas que nous ne cédions pas un pouce de terrain à l’ennemi ; au contraire, à six heures du soir, nous avions fait 700 prisonniers et prix quatre drapeaux et à huit heures, nous étions maîtres de tout le champ de bataille, les rues étaient couvertes de morts et de mourants ; à la fin , nous étions obligés de brûler les cartouches des tués et blessés ; la nuit se passa avez tranquillement ; nous en profitâmes pour barricader toutes les rues et créneler quelques maisons. Malheureusement, il ne nous restait pour le lendemain, que quatre cartouches par homme. On demanda des secours et des munitions. Mais les caissons furent pris en route par l’ennemi et le bataillon ne put jamais se faire jour à venir jusqu’à nous ; enfin le 20, arrivèrent sur nos derrières deux corps d’armée autrichiens chacun de 15.000 hommes, de manière à ce que nous avions 40.000 hommes sur les bras avec 50 pièces de canon ; nous fîmes des efforts inouïs ; après avoir brûlé jusqu’à notre dernière cartouche et perdu une grande partie de notre monde, nous fûmes obligés de capituler ; les officiers prisonniers sur parole conservant leurs épées, les soldats prisonniers de guerre conservant leurs bagages et sortir avec tous les honneurs de la guerre ; par une ruse, nous avons conservé nos aigles et nos drapeaux ennemis. Le 20 dans la nuit et le 21, défila ici toute cette armée que nous avions amusée seuls, pour se porter sur l’Empereur, mais ils arrivèrent trop tard. Le 23, dès le matin, nous vîmes revenir en déroute toute cette armée de fanfarons qui voulaient aller tout droit à Paris. L’Empereur les suivit l’épée dans les reins ; à cinq  heures, nos têtes de colonnes arrivèrent à la ville, la canonnade (sic) s’engagea et à neuf heures, la ville était emportée d’assaut ; une grande partie de la ville a été brûlée. Nous fûmes donc pris et repris dans bien peu de temps. L’Empereur est content de nous. Nous lui avons remis nos aigles enveloppées dans les drapeaux autrichiens, aujourd’hui nous allons recevoir notre destination ; nos braves soldats désertent par bandes et viennent nous rejoindre. Je me rappellerai toute ma vie le moment où ces braves furent obligés de nous quitter, jamais des soldats n’ont montré autant d’attachement à leurs officiers que les nôtres et autant de mépris pour l’ennemi : étant obligés de déposer leurs armes, ils les brisèrent en criant : « Vive notre empereur ; nos camarades nous vengerons  (sic) ! » Je finis en vous embrassant ainsi que toute la famille.

Votre tendre fils.

G. EISSEN.

Monsieur Eissen père, rue du Dôme, 13, à Strasbourg (Bas-Rhin). 

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Etat de services de Georges-Geoffroy EISSEN 

Né à Strasbourg  (Bas-Rhin) le 31 janvier 1777, canonnier au 2ème bataillon du Bas-Rhin le 13 mai 1793 ; caporal le 24 mai et fourrier le 1er juin de la même année ; envoyé en congé comme surnuméraire le 2 thermidor an IV ; sergent-major au 1er bataillon du Bas-Rhin, le 2 thermidor an VII ; adjudant sous-officier au  2ème bataillon du Bas-Rhin le 1er fructidor an VII ; passé au 65ème régiment de ligne le 8 pluviôse an VIII ; sous-lieutenant le 11 ventôse an XIII ; lieutenant le 29 mars 1807 ; membre de la Légion d’honneur le 1er octobre 1807 ; adjudant-major le 1er juin 1808 ; capitaine le 29 août 1809 ; capitaine de grenadiers le 16 mai 1811 ; chef de bataillon, le 12 avril 1813 ; passé à l’état-major du 6ème corps le 29 avril 1813 ; passé au 139ème de ligne par ordre de S.A.S. le prince major général le 19 juin 1813 ; passé à l’état-major du 3ème corps, par suite de la réduction du 139ème à trois bataillons, le 24 juin 1813 ; passé au 43ème de ligne par ordre du prince de La Moskowa le 4 juillet 1813 ; nommé titulaire au 3ème bataillon du 43ème de ligne le 10 novembre 1813 ; à l’hôpital de Paris le 30 octobre 1813 : mort à l’Hôtel-Dieu, à Paris, le 11 avril 1814, des suites de ses blessures.

Campagnes : 1793, ans II, III et IV, à l’armée de l’Ouest ; ans VII, VIII et IX à l’armée du Rhin ; an XI à Belle-Isle-en-Mer ; ans XII et XII à l’armée sous Brest ; an XIV à l’armée d’Allemagne ; 1810 à 1812, Espagne et Portugal ; 1813, Grande-Armée.

Blessures : Blessé d’un éclat d’obus au bras gauche, à l’affaire de Montaigu, le 14 septembre 1793, et d’un éclat d’obus à la cuisse gauche, à la bataille de Bautzen, le 21 mai 1813.

(Archives administratives du Ministère de la Guerre.) 

Article paru en 1909 dans le « Carnet de la Sabretache ».

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