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( 9 décembre, 2017 )

Une LETTRE au DUC de BASSANO…

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Le signataire de cette lettre, l’auditeur Lelorgne d’Ideville, auditeur de première classe au Conseil d’Etat attaché au Ministère des Affaires étrangères où il était chargé spécialement de la statistique extérieure, avait mission de tenir l’Empereur au courant des forces de l’ennemi et de leur répartition. Il entendait et parlait le russe. Aussi l’Empereur voulait qu’il fût toujours à cheval derrière lui, et il l’avait attaché, comme secrétaire interprète, à son cabinet ; c’était Lelorgne qui interrogeait les gens du pays et tirait d’eux les renseignements. C’est à lui qu’on remettait les lettres russes interceptées. Dans sa missive à Maret, duc de Bassano, il retrace ce qu’a fait l’Empereur depuis le 4 novembre 1812 jusqu’au 9 novembre 1812. 

Arthur CHUQUET 

Smolensk, 11 novembre 1812. 

Depuis Slavkovo, je n’ai point eu l’honneur de vous écrire. L’Empereur y a passé la journée du 4. Il en est parti le 5, à 5 heures du matin, pour aller à Dorogobouje. Le 6, Sa Majesté est allée à Mikhaïlovka où elle a passé la nuit. Le 7, l’Empereur a été coucher dans un petit château sur les bords du Dniepr près de la poste de Pnévo. Sa Majesté est montée en voiture pour la première fois depuis Moscou. La neige que nous avons eue ce jour-là et le grand vent rendaient le cheval fort incommode. Le 8 novembre, nous avons couché à la poste de Bérédikino, vilain petit trou où nous étions entassés les uns sur les autres.   Le 9, l’Empereur est arrivé à Smolensk à une heure après-midi. On y est resté hier, on y est encore aujourd’hui et peut-être en partira-t-on demain.  Depuis le 7, notre marche a été difficile à cause du mauvais temps. Il tombait beaucoup de neige, et, le froid, accompagné du vent, a été continuellement de quatre à huit degrés ; Les chevaux sont exténués. On a fait ce qu’il fallait faire pour sauver l’artillerie. Quelques bagages restent en arrière. C’est de peu d’importance pour le moment où nous nous trouvons. Les hommes, les chevaux et les canons, voilà ce qu’il fallait sauver dans la situation où nous étions. On y a réussi, et l’ennemi, s’il est juste, doit être surpris de la rapidité et du bon ordre de notre mouvement. Je vous en dirai les détails quand j’aurai le bonheur de pouvoir causer avec vous chez vous

Le temps se maintient au froid, mais il n’y a pas aujourd’hui plus de deux degrés. 

Le général Baraguey d’Hilliers s’est trouvé fort à propos sur le chemin d’Elnia pour arrêter la marche d’un corps détaché sous les ordres du comte cosaque Orlov-Denissov qui commande douze régiments du Don, deux de cavalerie régulière et peut-être une division d’infanterie. 

 

 

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( 3 décembre, 2017 )

Le passage de la Bérézina, et après…

Le passage de la Bérézina, et après… dans HORS-SERIE snb14969

« Nous quittâmes Borisow dans la nuit du 26 [novembre 1812]. Le 27 au matin, nous arrivâmes à Wesselowo (près de Studianka) où l’on avait construit deux ponts sur la Bérézina. J’ai lu, depuis la paix, que c’est au même endroit que Charles XII, roi de suède, passa cette rivière le 25 juin 1708, quand il marchait sur Moscou. La foule était si considérable, aux entrées des ponts, qu’il nous fut impossible d’en approcher. Nous nous établîmes près des maisons de Wesclowo. Le froid et le vent étaient très violents et nous étions presque sans feu, tant il était difficile de se procurer un peu de bois. Nous restâmes dans cette position toute la journée et une partie de la nuit suivante. Pendant que nous dormions, on me vola le cheval de troupe que j’avais conservé, qui du reste ne me suivait que pour porter un harnais et mon portemanteau, parce que, depuis les grands froids, je le menais par la bride pour ne pas avoir les pieds et les mains gelés, ce malheur arrivant à presque tous ceux qui voyageaient à cheval. Enfin, avec beaucoup de peine, nous traversâmes la Bérézina vers trois heures du matin. Bien nous en valut, car le 28 plusieurs milliers d’hommes furent étouffés ou noyés en se précipitant sur les ponts, périrent par le feu de l’ennemi ou tombèrent en son pouvoir avec la presque totalité de l’artillerie et des bagages que l’armée conservait encore. Quand le jour parut, nous quittâmes les bords de cette rivière, où nous eûmes tant de pertes à regretter. Nous prîmes la direction de Zembin, Kamen, Ilüa, Smorgoni, Ochmiana, pour nous rendre à Wilna. Nous apprîmes, avant d’y arriver, que l’Empereur était parti de Smorgoni pour Paris le 5 décembre  et que le roi de Naples le remplaçait dans le commandement en chef. Le froid allait toujours croissant. Tous les matins, nos bivouacs étaient couverts de cadavres gelés pendant la nuit ; Il était si rigoureux pendant les cinq jours qui ont précédé notre arrivée à Vilna, qu’il suffisait de s’arrêter dans un endroit sans feu pour périr au bout de quelques minutes.  On assure qu’à cette époque (5, 6, 7 et 8 décembre) le thermomètre de Réaumur est descendu jusqu’au 28ème degré de glace. Plusieurs journaux l’ont affirmé. »

Pierre de Constantin, « Journal et lettres de campagne », in « Carnet de la Sabretache », n°299, juillet 1925, pp. 454-455. L’auteur était, depuis le 9 juin 1812, lieutenant au 23ème régiment de dragons

 

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( 26 novembre, 2017 )

Une lettre du capitaine Rey, du 1er régiment suisse, sur le passage de la Bérézina.

La Bérézina

Arrivés au jour au petit village de Studienzka [le 26 novembre 1812] ; nous prîmes position sur une petite éminence qui dominait d’assez près la Bérézina. L’artillerie s’y établit avec nous, et l’on renouvela l’injonction de ne laisser personne s’éloigner. Il y avait là des tas de planches autour de quelques maisons. Dans la matinée, le bruit circula que l’Empereur était auprès de la rivière et, malgré la défense expresse de quitter notre troupe, vu que d’un moment à l’autre nous pouvions recevoir l’ordre d’opérer un mouvement, je ne pus résister à la curiosité de voir de près le grand homme dans la conjoncture où nous nous trouvions. Me faufilant le long des rangs, je gagnai le bas de la position et, arrivé au bord de l’eau, je l’aperçus de fort près, adossé contre des chevalets qui se trouvaient sur la rive, les bras croisés, dans sa capote, silencieux, n’ayant pas l’air de s’occuper de ce qui se passait autour de lui, fixant seulement de temps en temps ses regards sur les pontonniers qu’il avait en face et à quelques pas de lui, dans la rivière parfois jusqu’au cou et parmi les glaçons, occupés à ajuster des chevalets qu’ils paraissaient avoir beaucoup de peine à assujettir au fond, tandis que d’autres plaçaient des planches sur eux à mesure qu’ils étaient fixés. Les seules paroles que j’ai entendues sortir de la bouche de l’Empereur pendant un assez long espace de temps étaient une allocution faite d’un ton d’humeur et d’impatience au chef chargé de la direction des travaux. Il lui faisait observer que cela allait trop lentement. Mais le premier lui répondit avec vivacité et assurance, en lui montrant la position de ses gens plongés depuis longtemps dans ces flots glacés sans avoir quoi que ce fût pour se fortifier et se restaurer : position, en effet, horrible à voir. L’Empereur, sans rien répliquer, reprit sa première attitude, avec son air taciturne, pensif et soucieux. Je rejoignis ma troupe, je passai encore un certain temps dans cette position, et nous reçûmes de nouveau plusieurs injonctions de tenir nos gens réunis et prêts à marcher. Tout à coup, un bruit s’éleva du côté de la rivière, et je vis un détachement s’engager sur le pont aux cris de « Vive l’Empereur ! ». au même instant, nous reçûmes l’ordre du départ et nous nous trouvâmes nous-mêmes dans un moment à l’entrée du pont, de ce frêle pont, où je revis Napoléon dans la position où je l’avais laissé, avec sa même taciturnité, son même air pensif, et ne faisant pas la moindre attention à nous, quoique nous répétions tous, en arrivant près de lui, les mêmes vivats, dont il n’avait pas l’air de se soucier le moins du monde…

Lausanne, le 3 février 1839.

REY.

Extrait du 3ème volume de l’ouvrage d’Arthur Chuquet, « 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents », (Fontemoing, 1912, 3 volumes).


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( 18 novembre, 2017 )

Extraits des papiers d’un cavalier de la Grande-Armée…

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Ce texte, rédigé par Jean-Baptiste Villeminot,  paru la première fois dans le « Carnet de la Sabretache » en 1908. Je l’avais reproduit dans « La Chronique des Deux Empires » en 1996. Mais laissons parler le commandant Carlet, préfacier de l’édition de 1908.

C.B.

La complaisance d’un de nos amis nous a valu la communication de papiers provenant de la succession d’un vieux brave, qui a fait presque toutes les campagnes de la Révolution et de l’Empire et qui, parti simple cavalier au 25ème régiment de cavalerie, en 1792, prit sa retraite en 1815, comme sous-lieutenant au 2ème cuirassiers. Parmi ces notes, prises au jour le jour, nous avons trouvé, entres autres, un tableau assez intéressant dans lequel il relate les différentes étapes parcourues par son corps pendant la funeste retraite de Russie. Nous les reproduisons ci-après, en en respectant l’orthographe. Nous avons également remarqué, dans ce carnet, une chanson de route intitulée : Les Français en Autriche, qui dut être composée avant la capitulation d’Ulm ; nous la donnons à la suite de l’itinéraire. Mais, demandons la permission de présenter tout d’abord notre héros : Jean-Baptiste Villeminot, fils de François et de Marguerite Eloy, naquit à Tornay, localité située, à vol d’oiseau, à environ 27 kilomètres au sud-est de Langres, le 8 décembre 1771. Il n’avait pas tout à fait vingt et un ans, quand il rejoignit le 25ème régiment de cavalerie, le 24 août 1792. Il y devint successivement, brigadier le 6 frimaire de l’an VI ; fourrier le Ier vendémiaire de l’an VII ; maréchal des logis le 16 thermidor de l’an VIII. Le 10 janvier 1804, il passait avec son grade au 2ème cuirassiers où il fut nommé maréchal des logis-chef le Ier novembre 1806, et sous-lieutenant le 14 mai 1809, c’est-à-dire quelques jours avant la bataille d’Essling. Il était chevalier de la Légion d’honneur depuis le 1er octobre 1807. La première Restauration le confirma dans son grade de sous-lieutenant au 2ème cuirassiers, devenu cuirassiers de la Reine.Villeminot prit sa retraite le 10 décembre 1815, après le licenciement à Saumur de son régiment ; il se retira à Chaumont. D’après ses états de service, ses campagnes furent les suivantes : Campagnes de 1793, ans II, III, IV, V et VI à l’armée du Rhin ; de l’an VII à l’armée de l’ouest ; des ans XIII et XIV, 1806, 1807 à la Grande Armée ; de 1809 à l’armée d’Allemagne ; de 1812 en Russie ; de 1813 et 1814 à Hambourg.

Commandant CARLET.

Noms des villes et des villages où j’ai passé à la retraite de Russie.

- Le 18 octobre 1812, à 7 heures du matin, à la Saskowa, grand houra.
- Le 19 et le 20, à Wornowo et devant le château de M. Rotopschin, gouverneur de Moskou.
- Le 21, à Formineskoé, où j’ai appris par un officier italien la révolution qui avait eu lieu à Paris.
- Le 22, à Borovsk, sur la Protwa (rivière), ville aux oignons.
- Le 23 et 24, près de Malojaroslavetz. Grande bataille par le corps italien.
- Le 25, à 7 lieu[es] de Kaluka.
- Le 26, à Ouvarovskoé, en pleine retraite.
- Le 27, à Alferewa, petite ville qui a été entièrement brûlée. .
- Le 28, à Mitiaewa.
- Le 29, à Ouspeuskoué, où j’ai perdu mon dernier cheval.
- Le 30, à Prokorefo, Guillemot a eu son porte-manteau de volé.
- Le 31, à Giot, un très jolie ville (toute brûlé[e]).
- Le 1er novembre, à Velistschewo, (grand froid et grande neige).
- Le 2, à Foederowskoé, sans pain ni viande et couché en plaine.
- Le 3, à Wiasma, très jolie ville où il y avait de très jolis édifices, mais tout a été brûlé.
- Le 4, à Roulkeki. .
- Le 5 et 6, Jalkow, rien…
- Le 7, à Zazelé, dans les bois, je me suis couché dans mon manteau, à mon réveil j’avais au moins six pouces de neige sur moi et je ne me suis pas ressenti du froid.
- Le 8, à Stoboda.
- Le 9, dans les bois.
- Le 10, soi-disant à Doukovchtchina.
- Le 11, à Wolodemerowa où j’ai eu environ un quart de livre de pain pour 6 francs, que nous avons partagé à quatre personnes ; il y a neuf jours que je n’en avais vu.
- Le 12 et 13, à Smolensk.
- Le 14, à Toubna, à 2 lieues de Smolensk.
- Le 15 et 16, à Krasnoé, grand houra. .
- Le 17, à Piadoui, dans la forêt.
- Le 18, à Doubrowna avec un colonel de lanciers, du pain pris des Juifs à force d’argent.
- Le 19, à Orcha.
- Le 20 et 21, à Kokhanowo, rien.
- Le 22, dans le bois où la 2e division de cuirassiers. Grand houra.
- Le 23, à Toloczin, rien.
- Le 24, à Bobr, forêt.
- Le 25, à Nalscha, près d’une chapelle dans la forêt.
- Le 26, à Nemonitza, nous avons trouvé à force de bras (car la terre était extrêmement gelée), quelques carottes dans la terre.
- Le 27, à Weselowo, près la Bérézina.
- Le 28, à Zembin. C’est le 28 que nous avons passé la Bérézina. C’est dans cet rivière où il a péris beaucoup de misérables qui se sont jetés dans la glace pour se sauver de l’ennemi.
- Le 29, à Kamen.
- Le 30, à Zowichino où nous avons trouvé le commencement des pommes de terre.
- Le 1er décembre, à Hia.
- Le 2, à Molodetschino, plus de misère.
- Le 3, à Markovo, chez les Juifs, pain, vin, etc.
- Le 4, à Smorgoni.
- Le 5, à Joupronoul, où le fils de M. le major Dubin est mort.
- Le 6, arrivé à Vilna, ayant fait 16 lieue[s].C’est le 5 et 6 décembre où il a fait les plus grands froids et où il a perri le plus de monde ; il y avait 28 degrés de froid.
- Et le 7, 8 et 9 inclus, Villena.
- Le 10, à Evé, petit village dans les bois.
- Le 11, à Zismovi.
- Le 12, à Kowno. Ici finissent nos peines.

L’armée française contre la Russie était, le 24 juin 1812, forte de 680.500 hommes, 176.850 chevaux et de 1.200 pièces de canons – Il n’en est pas rentré une seule.

- Arrivé à Koenigsberg le 20 décembre, le 25 à Elbing.

1813

- Arrivé le 8 janvier à Stetin, jusqu’au 15 inclus.
- Arrivé le 24 à Berlin.
- Arrivé le 2 février à Brunswick (logé chez Mayer).

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( 17 novembre, 2017 )

JERZMANOWSKI : un POLONAIS au SERVICE de la FRANCE…

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Jan Pawel Jerzmanowski naît le 25 juin 1779 à Podkielecki (Pologne). En l’an VII, il s’engage dans la Légion du Danube et prend part à la campagne d’Allemagne. Ses qualités lui permettent de passer sous-lieutenant le 1er vendémiaire an VIII (23 septembre 1800) puis lieutenant le 1er pluviôse an IX (21 janvier 1801).Il devient aide-de-camp du général Ordener en l’an XII et combat à Hollabrünn et Austerlitz. Le 24 juillet 1806, il passe au service du général Duroc qu’il accompagne dans les campagnes de Pologne et de Prusse. Le 7 avril 1807, il est nommé capitaine dans le Régiment des chevau-légers de la Garde et participe à la campagne d’Espagne, d’Autriche en 1809, reçoit une blessure à Wagram, et aux campagnes d’Espagne et du Portugal de 1810 et 1811.Il devient chevalier de la Légion d’honneur le 10 mars 1809, chevalier de l’Empire le 15 mars 1810 et chef d’escadrons le 17 février 1811.Avec ce grade, il prend part à la campagne de Russie en 1812 et à celle d’Allemagne en 1813, où il se distingue à Dresde et à Leipzig ce qui lui vaut d’être élevé aux rangs d’officier de la Légion d’honneur le 14 avril 1813, de baron de l’Empire le 16 août 1813 et chevalier de l’ordre de la Réunion le 28 novembre 1813.

En 1814, il participe à la campagne de France et passe major. Après l’abdication, il accompagne l’Empereur en exil et commande l’escadron de lanciers de l’armée elboise.Il est nommé colonel le 1er  mars 1815, conduit l’escadron polonais pendant la campagne des Cent-Jours et reçoit une blessure à Mont-Saint-Jean.Après un court service dans l’armée du Royaume de Pologne, il s’installe définitivement en France.Après la révolution de 1830, Louis-Philippe l’élève aux grades qui lui avaient été promis par l’Empereur:Il est nommé général de Brigade et commandeur de la Légion d’honneur, le 28 novembre 1831. Jerzmanowski s’éteint le 15 avril 1862 à Paris. 

Alexandre TOLOCZIN

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( 12 novembre, 2017 )

Le général François Dufour….

Né à Fruges dans le Pas-de-Calais le 5 décembre 1769, François-Marie Dufour, capitaine, puis lieutenant- colonel en second du 8ème bataillon de son département en 1792, chef de bataillon à la 79ème demi-brigade en l’an IV, chef de brigade ou colonel du 6ème  régiment de ligne qu’il nommait un des beaux régiment de l’arméLe général François Dufour.... dans FIGURES D'EMPIRE 06-513465e, général de brigade le 19 janvier 1807, général de division le 4 mars 1813, mourut à Lille le 14 avril 1815. Il avait fait en 1812 la campagne de Russie, et voici comment, par deux fois, dans deux lettres au prince Eugène, l’une du 28 janvier, l’autre du 5 février 1813, il expose le rôle qu’il a joué.

————-

J’ai l’honneur de faire connaître à Votre Altesse Impériale que, depuis le 7 septembre, à 4 heures après midi, j’ai pris le commandement de la 2ème division du 1er corps, qui n’a pas cessé de faire l’avant-garde sous les ordres de S. M. le roi de Naples; qu’à la tête de cette division, j’ai eu plusieurs combats honorables pour les armes de l’Empereur; que le 7 septembre, je me suis emparé, à la tête de trois bataillons du 15ème régiment d’infanterie légère du plateau du Village brûlé où je me suis maintenu en carré et où sept charges de cavalerie ont été repoussées avec une perte considérable de l’ennemi ; enfin, que les 18, 19 et 20 novembre, j’ai pris une part honorable aux combats glorieux soutenus par S. E. le maréchal Ney.

———–

Le 7 septembre, jour de la bataille, je commandais les trois bataillons du 15ème  régiment d’infanterie légère qui s’emparèrent à la baïonnette du plateau du Village brûlé. Je me suis maintenu dans cette position malgré une grôle de mitraille, de balles et de boulets et plusieurs charges de cavalerie que j’ai eu le bonheur de repousser aux cris de « Vive l’Empereur ! » Le même jour, à 4 heures, le général de division comte Friant, blessé, m’appela et me donna le commandement de sa division que j’ai commandée toute la campagne et à l’avant-garde. Les 9 et 10 septembre, ainsi que les 4 et 18 octobre, la 2ème division, sous mes ordres, a eu des affaires très chaudes et dont les résultats ont toujours été glorieux pour les armes de l’Empereur. Destinée à faire partie de l’arrière-garde avec le maréchal Ney, la 2ème  division a soutenu sa réputation aux combats des 18, 19 et 20 novembre et a eu sa part de gloire à cette brillante retraite. J’ai pris une part honorable aux combats glorieux soutenus par le maréchal duc d’Elchingen. J’y ai été blessé d’un coup de feu au bras. Dans ces affaires comme à Smolensk le 17 août, et le 7 septembre à La Moskowa, j’ai été démonté. C’est trois fois dans la campagne.

(Arthur CHUQUET, « 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.345-346).

 

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( 9 novembre, 2017 )

Une LETTRE du GENERAL COMPANS…

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J’ai déjà diffusé sur le présent Blog, une lettre de ce général. Celle-ci est adressée à sa femme depuis les neiges de Russie… 

Dorogobouje, le [resté en blanc] novembre 1812. 

Ma chère Louise, j’ai reçu hier avec une extrême joie cinq de tes lettres. Elles ont calmé une double inquiétude que j’éprouvais depuis plusieurs jours, celle d’être sans nouvelles de toi et celle de voir par ta correspondance qu’aucune des lettres, que j’avais écrites après celle du 7 septembre, ne te parvenait ; cette double inquiétude cesse enfin. Je me rapproche tous les jours de toi et j’espère que cet hiver notre correspondance qui fait tout mon bonheur reprendra toute son activité. Ma division a combattu plusieurs jours de suite à l’arrière-garde  et toujours avec beaucoup d’ordre et de bravoure ; mais le 2 de ce mois devant Viasma elle prit part à un combat assez sérieux  où elle ajouta beaucoup à la gloire qu’elle s’est acquise pendant cette campagne. Le 57ème régiment a bien  justifié le surnom de « Terrible » que l’Empereur lui donne en Italie. Il s’est fort distingué dans cette campagne ; j’ai été aussi très satisfait des trois autres régiments [25ème, colonel Dunesme, 61ème  colonel Bouge et 111ème, colonel Julliet]. Mon artillerie ne m’a rien laissé à désirer ; elle était parfaitement conduite. Je connaissais déjà l’intérêt que Mme de Lépine avait bien voulu prendre à ma blessure et je t’avais priée d’être auprès d’elle l’interprète de ma gratitude et de tous mes sentiments. On dirait que je me suis donné le mot avec cette aimable dame pour te mettre dans la confidence de ce que nous avons l’un pour l’autre. Réitère-lui que je l’aime bien et que je saisirai toutes les occasions de le lui témoigner. Je ne m’intéresse pas moins à sa santé qu’elle ne s’est intéressée à ma blessure. Je conçois que ta famille n’ait pas été moins inquiète que toi sur mon compte, voyant ma correspondance cesser après le 7 septembre. Je conçois aussi qu’elle ait vivement partagé toute la joie lorsque tu reçus à la fois cinq lettres qui te donnent de mes de mes nouvelles jusqu’au 14. J’aime cette bonne famille autant qu’elle peut m’aimer et j’espère qu’un temps viendra où nous passerons d’heureux jours ensemble. L’accident d’un de tes beaux yeux n’aura probablement pas de suites fâcheuses, ma chère Louise. C’est ordinairement un mal très passager qu’un coup d’air de cette espèce. Je vois  avec plaisir que ta santé et celle du petit Monique-Napoléon [Dominique-Napoléon, son fils] ; ménage-les bien l’une et l’autre.

Je t’écris au bivouac, la neige tombe en ce moment d’une telle force qu’elle m’oblige à finir cette lettre. Je vous embrasse de cœur et d’âme. 

Comte D.COMPANS 

 

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( 5 novembre, 2017 )

Une lettre du général Subervie au maréchal Berthier…

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Le général Jacques-Gervais Subervie, naguère colonel du 10ème régiment de chasseurs à cheval, comte de l’Empire depuis le 28 novembre 1809, est nommé général de brigade le 6 août 1811.  Il sera général de division le 3 avril 1814. Plus tard, du 25 février au 4 avril 1848, il occupera les fonctions de Ministre de la Guerre. Subervie a été blessé à la bataille de La Moskowa. Mais c’est pour son jeune frère, blessé à Smolensk, qu’il demande, au lendemain de la bataille, les grâces de l’Empereur. 

Arthur CHUQUET. 

En arrière du champ de bataille de Boroghino [Borodino] le 8 septembre 1812. 

Monseigneur, j’ai été frappé hier dans la bataille par deux éclats d’obus qui, m’ayant ouvert la cuisse droite, m’ont obligé de quitter le commandement de la 16ème brigade de cavalerie légère.  Je prends la liberté de renouveler aujourd’hui mes instances à Votre Altesse pour qu’elle veuille bien accorder le grade de lieutenant, pour être mon aide-de-camp, à mon frère, sous-lieutenant au 10ème régiment de chasseurs à cheval.  Pendant que je marchais sur la Dvina pour assurer la communication avec le général Montbrun. Il fut blessé d’un coup de feu à Smolensk et, à cette occasion, Votre altesse eut la bonté de lui donner des espérances.  J’ose la prier de les réaliser aujourd’hui que l’Empereur accorde des grâces à ceux de son armée qui ont bien servi. J’espère que Votre altesse accueillera avec sa bonté ordinaire la demande que j’ai l’honneur de lui adresser.

En parcourant l’état des services de mon frère, elle verra qu’il a quatre ans de grade et plusieurs blessures. 

Le général SUBERVIE. 

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( 4 novembre, 2017 )

Les POMMES DE TERRE: un TRESOR durant la CAMPAGNE de RUSSIE !

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On sait l’hommage que les Français dans la marche d’Alexandrie au Caire,rendirent aux pastèques.  « Elles m’ont fait tant de plaisir, disait l’un d’eux, par leur fraîcheur, par la douce boisson qu’elles nous offraient !  » et un autre assure que les soldats ont conservé au melon d’eau la plus vive reconnaissance et qu’ils auraient mis volontiers ce fruit savoureux au rang des dieux, lui auraient volontiers élevé des autels. La pomme de terre fut en Russie ce qu’était la pastèque en Egypte. « Nous sommes, disait Stendhal, à genoux devant des pommes de terre. » Dans la plaine de Moscou, lorsque Auguste Thirion [officier de cuirassiers dont les « Souvenirs militaires » ont été réédités en 1998 à la Librairie des Deux Empires] et ses frères d’armes rencontrent des champs de pommes de terre, ils font une ample moisson de ces « précieux tubercules » et c’est pour eux une aubaine, une « bonne fortune gastronomique ». De même, durant la retraite. Le 29 novembre 1812, près de Kamen, dans le château d’un baron- l’armée appelait « barons » tous les grands propriétaires et tous les châtelains- les officiers de l’Empereur trouvent des pommes de terre. Ce fut un événement. Il fallait voir ces jeunes gens allumer aussitôt dans la cour du château un feu de bivouac et y faire cuire les pommes de terre au bout de leur sabre. On en mangea, dit le futur maréchal de Castellane, dans son « Journal », tant et plus. Ouvrons les « Mémoires » du sergent Bourgogne. Notre brave officier, rencontrant à la lisière d’un bois un soldat qui fait cuire des pommes de terre, le somme de lui en vendre et en achète sept pour quinze francs. Dans le délire de la fièvre, il croit manger des pommes de terre comme à Condé-sur-Escaut, sa patrie, et quel bonheur lorsqu’il découvre après le passage de la Bérézina, dans un village, sous un four, trois petites pommes de terre qu’il fait cuire à un feu abandonné, assez loin pour ne pas être vu de ses camarades ! 

A .CHUQUET 

Extrait du 2ème tome de  l’ouvrage d’Arthur Chuquet, « 1812, la guerre de Russie », (Fontemoing et Cie, 1912, 3 volumes).   

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( 2 novembre, 2017 )

Une LETTRE du COMMISSAIRE DES GUERRES PLAYOULT DE BRYAS, écrite durant la CAMPAGNE de RUSSIE.

Marie-Joseph-Quentin Playoult de Bryas était commissaire des guerres faisant fonctions d’ordonnateur à la 12ème division d’infanterie; il est décédé sous-intendant militaire, le 24 mars 1829. Cette lettre est adressée à son épouse. 

Au quartier-général de Voniskoe-Gorodistche, le 7 novembre 1812. 

 Au moment où nous allions monter la voiture, le général Partouneaux et moi, ce matin pour venir ici, un officier d’ordonnance est venu nous annoncer l’arrivée de M. le maréchal duc de Reggio [Oudinot] qui passait parle quartier-général pour aller rejoindre son corps d’armée qui pendant quelques jours a été fondu dans le nôtre ; peu d’instants après Son Excellence [le maréchal Oudinot] et j’en reçus l’accueil le plus flatteur. Si je n’avais été prévenu de son arrivée il m’eût été impossible de le reconnaître tellement il est changé ; il déjeuna avec nous ou pour mieux dire dévora quelques morceaux et partit comme un éclair après m’avoir chargé de le rappeler au souvenir de ma famille.Une LETTRE du COMMISSAIRE DES GUERRES PLAYOULT DE BRYAS, écrite durant la CAMPAGNE de RUSSIE. dans TEMOIGNAGES 86001577

Sa blessure le fait encore souffrir, il est même estropié, mais il n’est heureux qu’où on se bat et le malheur qui le poursuit ne le dégoûte pas de voler partout où il y a des dangers à courir. 

L’espoir que tu avais conçu de nous voir prendre des cantonnements à Vilna ou aux environs ne s’est pas réalisé, car comme tu le vois nous sommes toujours par voies et par chemins ; selon toute apparence cependant nous allons y entrer et c’est cette époque que nous avons fixée, le général Partouneaux et moi, pour solliciter ma rentrée en France. Si nous attendions le retour de la belle saison le chose deviendrait impossible, c’est une faveur qu’on n’obtiendrait pas à l’époque de l’ouverture d’une nouvelle campagne. Il faut donc saisir le moment puisqu’il est favorable. Le général est certain de la réussite, mais si contre toute attente je ne réussissais pas, j’obtiendrais au moins une résidence fixe, ce qui serait doublement avantageux, puisque je serai sûr de la régularité de notre correspondance et que je pourrai là compter sur la rentrée des sommes qui me sont dues, ce que je n’obtiendrai jamais tant que je serai employé dans une division active ; au reste, ce ne serait pas encore là mon compte, car mon unique désir est de me réunir à toi et de servir aussi efficacement l’Empereur que je le fais ici dans une résidence de l’intérieur, puisque ma santé ne me permet pas de le faire aux armées.

C’est aussi ce que j’ai l’espoir et la presque certitude d’obtenir. Depuis longtemps je suis privé de tes nouvelles et cela me contrarie fort, aussi enverrai-je après-demain M. Bouillon que je ferai escorter par quelques-uns de mes hussards porter cette lettre à la poste et chercher les tiennes ; il peut aller et revenir en un jour au grand quartier-général et c’est une corvée qu’il fera d’autant plus volontiers qu’il est amateur de savoir ce que le sort lui a réservé. S’il ne l’a pas traité favorablement, toutes mes mesures sont prises pour le servir dans cette circonstance et la chose m’a été d’autant plus facile qu’il s’est fait estimer par sa bonne conduite et par sa sévère probité ; c’est réellement un honnête garçon que je perdrais avec peine et je fais des vœux sincères pour qu’il n’en soit rien. 

Depuis quatre jours il neige beaucoup dans ce pays, mais le temps est doux et la neige ne tient pas ; cela n’améliore pas les chemins, mais le moment est venu où il en tombera une grande  quantité, alors les communications en traîneau seront faciles et promptes et c’est ainsi que je voudrais voler vers toi. Le général Partouneaux me comble d’amitié et de caresses, nous ne nous quittons plus, sa chambre est la mienne et sa table également, ses blessures le font cruellement souffrir [un coup de feu au genou droit reçu en 1793 à l’attaque de la redoute anglaise sous Toulon], et si cela continue il lui sera impossible de continuer de faire le dur métier de la guerre. 

Bonsoir, chère bonne amie, je te fais mille caresses ainsi qu’à maman et à mes chers enfants. 

 

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( 28 octobre, 2017 )

L’AFFAIRE MALET d’après la LETTRE d’un CORRESPONDANT ANONYME…

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Le général Malet.

De qui est cette lettre envoyée de Paris et sans doute adressée à Duroc ? Nous le savons ; mais elle mérite d’être connue, et elle a été lue durant la retraite et, sans doute, le 6 novembre 1812, à Mikhaïlevska, lorsqu’arriva l’estafette, la première que l’armée rencontrait depuis dix jours.  

A.CHUQUET 

Le 23 octobre 1812. 

Monseigneur, un événement inimaginable vient de se passer à Paris, je veux vous en rendre compte. Je suis sorti ce matin à 8 heures. Je voulais entrer aux Tuileries par la grille en face de la rue Napoléon [en fait la rue de Castiglione, qui porte ce nom depuis 1802. C’est son prolongement, l’actuelle rue de la Paix qui portait l’appellation de "rue Napoléon"]. On n’entrait point. Sur l’instant, je crois que le factionnaire ne connaît pas sa consigne. On me répond qu’il la connaît bien, mais qu’il y a du nouveau, que le général Hulin, est assassiné, que tous les ministres sont arrêtés et qu’il règne un bruit sourd que l’Empereur est mort. Pendant que j’écoute, arrive Etienne qui me dit la même chose. Nous allons ensemble au Ministère de la Police [se trouvant alors au n°13, quai Malaquais]. Un garde était à la porte. Je rencontre M. de Rémusat. Même discours. Je vais chez le général Dériot. J’apprends alors que trois ex-généraux ont voulu faire une révolution à Paris. Le général Malet, qui a été enfermé longtemps, avait dans la nuit parcourir les casernes des Gardes nationales du 2ème ban et, muni de faux sénatus-consultes, disait qu’il y avait un gouvernement provisoire dont le chef était le général Moreau. Il a obtenu ainsi des détachements. Il a fait sortir de [la prison de] la Force où ils étaient, les généraux Lahorie et Guidal, les a chargés de s’emparer du Ministère de la police et du baron Pasquier, et s’est rendu de sa personne chez le général Hulin, est entré chez lui vers 3 heures du matin, lui a tiré un coup de pistolet qui l’a blessé grièvement dans son lit et après, a été à l’état-major. Ils avaient fait prisonnier l’adjudant commandant Doucet, général commandant de la place. Celui-ci, à la lecture de la proclamation, n’a pas été maître de contenir son indignation, s’est jeté sur le général Malet et l’a arrêté, aidé de M. Laborde. Pendant ce temps, l’ex-général Lahorie, avec un détachement, s’emparait du Ministre de la Police [le général Savary, duc de Rovigo]. Il fait enfoncer les porte à coups de hache, le fait saisir, lui dit qu’il n’est plus ministre et le fait monter dans une petite voiture qui le conduit avec un détachement à La Force. Il paraît que d’après ce qui s’était passé à l’état-major, on a donné ces ordres ; des détachements ont été envoyés pour dégager le ministre de la police. 

Témoignage publié dans le volume d’Arthur Chuquet « Lettres de 1812. 1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911.  

 

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( 24 octobre, 2017 )

Le général Almeras…

Louis Almeras, né en 1768 à Vienne en Dauphiné, mort à Bordeaux en 1828, sergent-major, puis sous-lieutenant au 5ème bataillon de l’Isère en 1791, adjudant- major, puis adjudant général chef de bataillon en 1793, aide de camp de Carteaux devant Toulon, adjudant général chef de brigade en 1795, appelé par Bonaparte à l’armée d’Italie en 179Le général Almeras... dans FIGURES D'EMPIRE 06-5134717 et chargé en 1799 du commandement de Damiette, nommé général de brigade par Kléber en 1800, employé durant quelques années à l’île d’Elbe, fut promu général de division le 16 octobre 1812, et lui-même raconte ainsi ce qu’il fait pendant la campagne de Russie : «Il a été grièvement blessé d’un coup de feu à la bataille de Mojaïsk sous les ordres du prince Eugène. Il y fut chargé de reprendre la redoute de droite en avant de laquelle sa brigade se maintint le reste de la journée. Il prit à l’ennemi dix-huit pièces de canon. Par suite de cette affaire, il fut nommé lieutenant général. Sa blessure l’empêchant de monter à cheval, il fut fait prisonnier près de Krasnoïé le 15 novembre 1812. » Almeras ne revint en France qu’au mois d’août 1814. Sous les Cent-Jours il commanda une division d’infanterie à La Rochelle, et le gouvernement provisoire l’envoya le 7 juillet 1815 à Rochefort pour hâter avec Beker l’embarquement de Napoléon.

A. CHUQUET

(« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, p.326).

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( 1 octobre, 2017 )

Le général Van Hogendorp.

général Hogendorp

Dirk van Hogendorp est né le 3 octobre 1761 à Heenvliet (Hollande) d’un père député et membre de la régence et d’une mère fille du baron de Haren, c’est-à-dire au sein d’une famille aisée ayant de nombreuses et puissantes relations. C’est d’ailleurs grâce à ces relations que le jeune Dirk est admis au corps des cadets nobles de Berlin, par autorisation spéciale du grand Frédéric (7 juin 1773).

Au bout de trois ans d’enseignement militaire à la prussienne Hogendorp est nommé sous-officier et, en 1777, à l’âge de 16 ans, il termine ses cours avec succès et est nommé porte-enseigne au régiment de Steinwehr. L’année suivante, il fait la campagne contre l’Autriche mais, de marches en contremarches, il ne participe à aucune bataille. Néanmoins, en 1779, il est désigné pour suivre des cours à l’école de guerre de Königsberg d’où il sort avec le grade de lieutenant. Il s’intéresse également à l’art des ingénieurs-géographes, à la topographie et à la philosophie (il suit les cours de Kant). Toutefois, au cours d’un duel avec le baron de Woelwarth, il est blessé d’un coup de pistolet à la cuisse et en profite quitter le service de la Prusse en donnant sa démission pour raison de santé. Il est tout de même nommé capitaine (16 juin 1782).

 En fait, Hogendorp souhaite rejoindre la Hollande qui commence son réarmement après avoir rompu avec l’Angleterre et s’être alliée à la France. Il demande et obtient son basculement dans la Marine et embarque à bord de l’Utrecht au sein de l’escadre de Suffren à destination des Indes (1784). Sur place, Hogendorp se distingue en faisant lever le siège de Malacca et en chassant le rajah Ali. Il se marie avec Mademoiselle Bartlo, fille du vice-président des échevins de Batavia. En juin 1786, il est nommé résident à Patna, au Bengale, et remonte le Gange avec son épouse. Un fils, Charles-Sirandus-Guillaume [1], nait le 15 août 1788.

 Pendant 4 ans, Hogendorp court les mers de l’Inde. Nommé sous-Gouverneur à Sourabaya, sur l’île de Java, il accueille les rescapés de l’expédition de d’Entrecasteaux partis à la recherche de La Pérouse (octobre 1793). Il essaie d’imposer des idées libérales[2] et de lutter contre la corruption qui règne au sein de la Compagnie hollandaise des Indes[3] mais les difficultés rencontrées l’amènent à rentrer en Europe en 1798 en laissant son épouse sur place. Celle-ci mourra à Java en 1801.

 De retour en Hollande, Hogendorp envoie son fils au collège militaire de Sorrèze et se remarie, en septembre 1802, avec une de ses cousines germaines, Augusta, fille du prince Frédéric-Ernest de Hohenlohe-Langenbourg. Nommé ministre auprès de la cour de Russie, Hogendorp et son épouse partent pour Saint-Pétersbourg en avril 1803. Ils arrivent y deux jours avant l’assassinat de l’empereur Paul Ier. Deux enfants du couple naîtront en Russie, dont l’un aura le nouveau Tsar Alexandre pour parrain (les deux mourront toutefois assez jeunes).

A la fin de l’année 1805, Hogendorp rentre en Hollande. Suite aux victoires sur l’Autriche et la Russie (Austerlitz, 1805) puis sur la Prusse (Iéna/Auerstaedt, 1806), Napoléon place son frère Louis sur le trône de Hollande. Le 21 janvier 1807, Louis nomme Hogendorp ministre de la Guerre. Sa première mission est de faire passer l’armée hollandaise de 17.000 à 40.000 hommes. Il y parvient assez rapidement en recrutant des prisonniers de guerre prussiens. Il doit ensuite créer une école militaire, ce dont il s’acquitte. Subissant, comme ses collègues, la versatilité du roi Louis, Hogendorp est nommé ambassadeur de Hollande à Vienne (janvier 1808). Sa femme et ses enfants viennent l’y rejoindre. Lorsque les Français entrent à Vienne, après la bataille de Wagram (juillet 1809), Hogendorp regagne la Hollande et y prend un peu de repos. Il refuse l’ambassade à Berlin que lui propose Louis mais accepte Madrid (17 juin 1810).

Toutefois, le roi Louis refusant d’appliquer rigoureusement le blocus continental imposé par Napoléon, les relations entre les deux frères se sont considérablement dégradées. A tel point que Louis abdique et que le royaume de Hollande est réuni à la France. Hogendorp en est consterné : «  Le vœu naturel de tous les cœurs était la conservation de l’existence nationale, quelque modification que dût recevoir cette existence, qui est réellement pour le peuple ce que la vie est pour l’individu. Quand la nouvelle calamiteuse de l’incorporation vint surprendre et frapper nos oreilles et nos esprits la consternation fut universelle. Je ne crois pas qu’un seul Hollandais, quelle que fût son opinion ou son intérêt, ait senti alors de la joie ». Hogendorp est pourtant désigné par le maréchal Oudinot pour présider la députation chargée d’aller présenter l’hommage de ses nouveaux sujets à l’Empereur.

Au sein de la Commission chargée d’élaborer les mesures de transition, Hogendorp n’hésite pas à exprimer son avis, notamment sur la nécessité d’une unité fiscale entre la Hollande et le reste de l’Empire. Il est donc inquiet lorsque l’Empereur le convoque un matin à Fontainebleau. Napoléon le questionne, découvre qu’il est militaire d’origine, qu’il a longtemps vécu en Asie, que son fils ainé a servi à Friedland et est décoré de la Légion d’honneur et lui demande de s’installer à Paris avec femme et enfants. Dès le lendemain, à sa grande surprise, Hogendorp est incorporé à l’armée française avec le grade de général de division. Le 5 mars 1811, il est nommé aide-de-camp de l’Empereur. A l’occasion du baptême du roi de Rome, Hogendorp est fait comte de l’Empire, avec une dotation en majorat. Puis il reçoit la mission de se rendre à Wesel et d’emmener au maréchal Davout, qui commande l’Armée d’Allemagne, des troupes de conscrits réfractaires et de déserteurs qu’il faut équiper, armer et mettre en route (4 août 1811). La mission se passe bien mais le premier contact entre Davout et Hogendorp est un peu difficile.

En septembre 1811, le général comte van Hogendorp accompagne l’Empereur et l’Impératrice en Hollande. Les relations sont tellement bonnes avec Napoléon que Hogendorp choisit de franciser son prénom en Thierry. Avec la croix d’officier de la Légion d’honneur, l’aide-de-camp est affecté à Königsberg au commandement militaire de la Prusse orientale, aux côtés du duc de Bassano (Maret). Marbot critique d’ailleurs (a-posteriori) cette nomination, Hogendorp « parlant très mal notre langue, n’ayant aucune notion de nos usages et règlements militaires ». Quelques temps après, Davout fait une visite à Königsberg que Hogendorp apprécie assez mal : « D’après sa coutume, il se mêla de tout, voulait tout faire, toujours grondant et fulminant, et indisposa tout le monde, autorités civiles, généraux prussiens et français. Il traita en ma présence le contre-amiral Baste d’une manière indécente, et lui adressa des paroles si injurieuses que je ne pus comprendre comment on osât tenir de pareils discours à un général français, et comment celui-ci put les supporter. Pour moi, je me serais fait à l’instant même justice de ma propre main ; je ne pus m’empêcher de le témoigner au maréchal, qui me regarda fixement. Mais je n’étais pas alors sous ses ordres ».

Le 8 juillet 1812, Hogendorp devient Gouverneur général de la Lituanie, à Wilna (aujourd’hui Vilnius), où il a une très sérieuse altercation avec le général Jomini « qui se croyait un homme fort important pour avoir fait un livre sur la tactique, tandis qu’il n’avait réellement pas assez de connaissances militaires pour commander un bataillon ». Le gouverneur général commence par équiper et armer un corps d’armée lituanien qu’il envoie à la Grande Armée qui marche sur Moscou. Puis, pendant toute la campagne, il forme et équipe des demi-brigades ou des bataillons de blessés convalescents ou de nouvelle recrues qu’il expédie vers l’Empereur ; mais, au moment de la retraite, il se retrouve isolé et sans ordre. Il organise à Wilna la réception des débris de l’armée, mais c’est bientôt le chaos dans la ville. Des hordes de soldats affamés et épuisés pillent tout ce qui est possible et meurent par centaines. Murat, auquel l’Empereur a laissé le commandement, et Berthier s’enfuient. Les Cosaques arrivent. Hogendorp fait route vers Kowno puis Königsberg où il retrouve sa femme malade et sa fille âgée de 6 ans. Il perdra l’une et l’autre peu après.

Par Berlin, Hogendorp regagne Paris où un violent accès de goutte le cloue au lit pendant 3 semaines. Puis il repart pour l’Allemagne et rejoint l’état-major à la veille de la bataille de Bautzen où il assiste à la mort de Duroc. Napoléon le nomme gouverneur de Hambourg sous le commandement du maréchal Davout.

 Il y arrive le 22 mai avec quelque angoisse au regard de ses précédents contacts avec le maréchal : « J’avais une extrême inquiétude en pensant que j’allais être en relation avec le prince d’Eckmühl et sous son commandement ; j’avais appris à connaître son caractère difficile et ombrageux ; et tous les officiers généraux présents au grand quartier impérial, avec lesquels je parlais de ma nomination au gouvernement de Hambourg, m’en faisaient un tableau plus effrayant encore, en me plaignant d’être dans la nécessité de servir sous lui ». Effectivement, la rencontre entre les deux hommes semble assez pénible : « Il me reçut avec une apparente cordialité ; mais je m’aperçus bien que ma venue ne lui était guère agréable. Il avait l’air agité, rêveur, inquiet. Il me parut croire que j’avais été envoyé pour l’observer et fut, par conséquent, réservé et même gêné avec moi. Je compris alors pourquoi l’Empereur m’avait fait son aide-de-camp » raconte dans ses « Mémoires ». Après la défaite de Napoléon à Leipzig, Davout renforce les mesures de sécurité à Hambourg. L’une d’elles, le 18 décembre, prévoit l’expulsion de la ville de toutes les bouches inutiles sous peine de coups de bâton. Ces dispositions apparaissent outrancières à Hogendorp qui préfère démissionner et est remplacé dans ses fonctions le 19 décembre 1813 par M. de Fernig [4].

Le 30 avril 1814, l’Empire étant démembré et la Hollande ayant retrouvé son indépendance, Hogendorp exprime le vœu d’être dégagé de ses serments. Davout ayant fait connaître son intention d’évacuer Hambourg, Hogendorp reçoit le passeport qu’il avait demandé, avec l’ordre de quitter la ville dans les vingt-quatre heures.

Le général comte de Hogendorp rentre donc en Hollande mais il est l’objet, conjointement à Davout, de la haine des royalistes à l’égard des chefs de Hambourg. Le général Tettenborn notamment publie une violente diatribe contre Hogendorp le 2 octobre 1813. Les deux hommes opposent d’abord le silence à ces attaques, mais Davout publie bientôt son «Mémoire au Roi »[5] pour se justifier des accusations lancées contre lui. A la lecture de ce texte, Hogendorp a l’impression que le prince d’Eckmühl se défausse de ses responsabilités sur son ancien gouverneur d’Hambourg. Il est vrai que Davout implique Hogendorp dans l’affaire de la banque, alors que le Hollandais n’est déjà plus gouverneur depuis plus de cinq mois. Hogendorp répond alors à son tour par un Mémoire terrible pour Davout qui est publié à Amsterdam et à La Haye [6].

 Mais dès le retour de l’Aigle, Hogendorp n’hésite pas. Ruiné et sans famille, il rejoint l’Empereur, rompant ainsi définitivement avec la Hollande dont le souverain, le prince d’Orange, appartient à la coalition.

 La chute de l’Empire le laisse seul, démuni. Il se rend à Nantes (mai 1815) et finit par s’embarquer pour le Brésil pour y fonder une colonie agricole (1816). Un de ses anciens compagnons de l’île de Java devenu amiral, Jurien de La Gravière, s’embarque en juin 1820 pour une mission en Amérique du Sud et arrive à Rio-de-Janeiro le 18 août. Il y découvre Hogendorp, vivant en ermite sur un rocher, regardant au large dans la direction de Sainte-Hélène. L’exilé écrit alors ses Mémoires qu’il confie à un voyageur, Jacques Arago, frère du savant. Il y critique férocement Davout, mais exige que ces « Mémoires » ne soient publiés que si Davout peut se défendre. Le prince d’Eckmühl mourant dès 1823, les « Mémoires » d’Hogendorp durent effectivement attendre très longtemps avant d’être publiés par le petit-fils de l’auteur [7].

Le comte van Hogendorp, s’était éteint depuis longtemps ; un an après Napoléon, à peine un an avant Davout : le 29 octobre 1822. On ne sait pas où il a été enterré.

Mais Napoléon ne l’avait pas oublié : dans son testament (codicille en date de 24 avril 1821), il léguait 100.000 francs à son ancien aide-de-camp.

Alexandre TOLOCZIN                                                                                                                                                   


[1] Charles-Sirandus-Guillaume van Hogendorp nait le 15 août 1788 au Bengale. Il entre au service militaire comme cadet dans la Marine. Devenu officier d’ordonnance du roi de Hollande en octobre 1806, il passe lieutenant dans le 2ème cuirassiers deux mois après. Chevalier de la Légion d’honneur, il est nommé capitaine en 1809 et se distingue particulièrement cette même année contre les Anglais en Zélande. En 1812, il effectue la campagne de Russie dans la cavalerie de Gouvion-Saint-Cyr dont il devient aide-de-camp au mois de novembre. Chef d’escadron le 17 juin 1813, il est fait prisonnier de guerre après la capitulation de Dresde (novembre 1813). De retour en France, il y reste jusqu’à la seconde Restauration.

[2] Dirk van Hogendorp était pour une abolition immédiate de la traite et une abolition progressive de l’esclavage, tout au plus jusqu’en 1820. Il voyait déjà le bonheur des fermiers, travaillant leur terre, une fois que le système féodal aurait été aboli. La propriété privée ou un nouveau genre de contrat agraire transformeraient les fermiers, les esclaves et les ouvriers agricoles en de bons travailleurs, de grands producteurs, impatients de cultiver leurs terres fertiles, pour le plus grand bien de la mère-patrie. Les révolutionnaires bataves n’étaient pas aussi optimistes et craignaient que ce genre de réformes aient un effet inverse, sous prétexte que les Javanais étaient aussi paresseux et indolents que les autres peuples non-européens.

[3] A son retour en Hollande, il rédigera un « Exposé de l’état actuel des possessions de la République Batave aux Indes Occidentales ». Bien plus tard il fera paraître : « Du système colonial de la France, sous les rapports de la politique et du commerce… », J.G. Dentu, Imprimeur-Libraire, 1817.

[4] Le biographe de Hogendorp, Pierre Mélon (« Le général Hogendorp », Paris, Calmann-Lévy, 1938), convient pourtant que les mesures prises par Davout étaient justifiées par la situation et que personne ne fut fusillé, fouetté ni bâtonné.

[5] « Mémoire de M. le Maréchal Davout, prince d’Eckmühl, au Roi », A Paris, chez Gabriel Warée, Libraire, 1814.

[6] « Mémoire du général Comte de Hogendorp pour servir à la réfutation des bruits injurieux, et des calomnies, répandues contre lui, dans des gazettes, des journaux, et des pamphlets pendant qu’il était gouverneur de Hambourg, lors du dernier blocus de cette place », A Amsterdam et à La Haye, chez les frères van Cleef, à Paris, chez Fournier frères, à Hambourg, chez J. M. Menck, à Bruxelles, chez P.J. de Mat, 1814.

[7]  Ils ne le seront à La Haye qu’en 1887, chez Martinus Nijhoff. Il semblerait que ce témoignage ait été rédigé directement en français.

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( 25 septembre, 2017 )

Lettre du 25 septembre 1812…

Lettre du lieutenant Pierre Paradis du 25ème de ligne à son père, marchand ferblantier, rue Saint-Laurent à Grenoble (Isère).

Moscou, le 25 septembre 1812.

Mon cher papa, c’est de cette superbe capitale, aujourd’hui presque réduite en cendres, que je m’empresse de te donner de mes nouvelles, pensant bien qu’après avoir été autant exposé dans cette terrible campagne, il te sera agréable d’apprendre que j’avais été quitte pour une balle morte qui était venue me frapper dans l’endroit sensible, car si j’avais pas eu ma lévite bouclée et mise en bandoulière autour de moi, malgré que la coquine avait perdu une grande partie de sa force, elle me perçait le cœur puisqu’elle a bien eu celle de percer l’étoffe en dix doubles. J’ai assisté dans une grande partie des batailles que nous avons eues depuis le commencement de la guerre, mais je jure qu’aucune n’approchait à celle que nous avons eu le 7 de ce mois avec les Russes. Je puis t’assurer que le champ de bataille était couvert de morts. J’ai compté moi-même 20 Russes étendus contre un Français. Leur perte est inconcevable. Figure-toi une affaire générale qui a duré depuis 5 heures du matin  jusqu’à dix heures du soir. On s’est même tiraillé une partie de la nuit. On compte sue leur armée était forte de 150.000 hommes qui, ce jour-là, ont obtus donné. Notre nombre était à peu près le même, mais la Garde Impériale n’a pas donné. Je ne puis mieux te comparer le feu continuel pendant tout ce temps qu’au tonnerre le plus grondant. La mitraille, les boulets et les obus nous sifflaient par les oreilles comme les balles, aussi lorsque le calme est venu je te jure que, malgré le mauvais temps, il n’a pas fallu me bercer pour m’endormir, car aussitôt que je me suis jeté sur la terre j’ai fermé les yeux et ne les ai ouverts qu’au moment où mes soldats m’ont réveillé le lendemain matin pour manger la soupe dont j’avais comme eux grand besoin. Enfin je voudrais bien te détailler toutes les circonstances de cette fameuse campagne, mais il me faudrait trop de temps et plus d’une rame de papier ; il te suffira de savoir que nous avons été toujours victorieux et que mon régiment a formé l’avant-garde de l’armée pendant 15 jours et que tous les jours je me battais avec la compagnie que j’ai l’honneur de commander depuis la première affaire comme lieutenant, car il est bon de t’apprendre que par décret impérial du 25 novembre 1811, j’avais été nommé sous-lieutenant et que par décret du 10 juin dernier S.M. lui-même, en sa présence dans la cour de son palais à son passage à Dantzig, en passant notre régiment en revue, m’a nommé lieutenant et que mon colonel huit jours après m’a nommé lieutenant chargé de l’habillement et armement du régiment.

Je t’embrasse, ton bon fils.

PARADIS.

(« Lettres interceptées par les Russes durant la campagne de 1812… », La Sabretache, 1913, pp.23-24).

Lettre du 25 septembre 1812... dans TEMOIGNAGES lamoskowa

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( 26 août, 2017 )

Une lettre écrite «du milieu de la Russie»…

Une lettre écrite «du milieu de la Russie»… dans TEMOIGNAGES gal032L’important recueil de « Lettres interceptées pendant la campagne de 1812 » (et publié par la Sabretache en 1913) ne nous apprend rien sur le dénommé Ballard, cet anonyme qui écrit à sa femme, domiciliée à Autun (Saône-et-Loire). 

Du milieu de la Russie, à 5 lieues de Dorogobouje, le 3 novembre 1812.  On me permet de te mander que nous opérons notre retraite, je ne sais jusqu’où. Nous couchons depuis 20 jours au milieu des champs, à 6 pouces de glace. Je me porte assez bien, malgré toutes les privations dont la famine de Paris n’était qu’une miniature. Nous vivons de bouillie, lorsque nous avons de la farine ou du seigle que nous broyons nous-mêmes entre deux pierres. Avec cela et un peu nous nous soutenons vaille que vaille. Je t’écrirai quand nous aurons des postes. Celle-ci doit te parvenir par estafette. Je vous aime tous et vous embrasse chaudement malgré le froid qui gèle les doigts en pleine air. 

BALLARD 

 

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( 24 août, 2017 )

Une lettre d’un chirurgien-major en 1812…

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Cette dernière a été rédigée par Philippe Granal, chirurgien aide-major au 53ème régiment d’infanterie de ligne. Elle est adressée à son épouse, demeurant à Montagnac (Hérault).

Krasnowi, le 7 novembre 1812.

Ma chère femme, Moscou exista ; Viasma, Dorogobouje, Smolensk, existaient aussi, mais il ne reste de ces villes que les cendres. L’armée russe a eu la fausse politique d’emmener avec elle les administrations et de donner l’exemple de l’incendie ; nous avons achevé. Elle avait sans doute le but de nous réduire à la haine ; mais Dieu est ici comme tout ailleurs. Jamais campagne n’a offert tant d’horreur ; l’armée se retire de Moscou pour former une ligne, dit-on, à Smolensk. La campagne prochaine (s’ils ne se mettent à la raison) nous irons brûler ou leur faire brûler (s’ils osent) Saint-Pétersbourg. Adieu, embrasse nos enfants.

GRANAL.

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( 14 août, 2017 )

Trois livres lus…

Zaluski

 

Zaluski.

Les combattants polonais, on le sait, servirent avec courage et fidélité dans les armées de l’Empire. Il y a vingt ans, la Librairie F. Teissèdre a eu la bonne idée de rééditer le témoignage du capitaine Zaluski (1787-1866) (qui deviendra chef d’escadron en 1813) des Chevau-légers polonais de la Garde et publié à l’origine dans le fameux « Carnet de la Sabretache » en 1897/1898. La première partie de ce récit concerne la campagne de 1812,  L’auteur raconte de nombreux détails et, quand sa mémoire lui fait défaut, il n’hésite pas à laisser la parole à d’autres mémorialistes.  Tout au long de son témoignage, Zaluski, rectifie ou complète les écrits d’Adolphe Thiers mais aussi ceux des généraux Gourgaud et de Ségur ; tous ces auteurs ayant commis plusieurs erreurs ou faisant preuve parfois d’imprécision. Il cite souvent son compatriote Chlapowski, qui a laissé également un témoignage intéressant. La seconde partie de ce livre porte sur la campagne de 1813.Après quelques semaines d’un repos mérité, au sortir de l’épuisante campagne de Russie, l’auteur  rejoint son régiment. Sa démarche est la même en rédigeant son témoignage sur cette campagne d’Allemagne : raconter les faits et rectifier les faits restitués par Thiers, et seulement lui, cette fois. Zaluski participe à la campagne de France mais pour peu de temps encore : il est fait prisonnier lors de la bataille de La Rothière (1er février 1814. Bon témoignage.

Général comte ZALUSKI, « Les Chevau-légers polonais de la Garde (1812-1814). Souvenirs », Librairie Historique F. Teissèdre, 1997, 118 pages.

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Pelet

Pelet.

Voici un ouvrage composé par trois intéressants témoignages sur la campagne de 1812, publiés dans le « Carnet de la Sabretache entre 1901 et 1912. Le premier est celui du futur généra Pelet, alors chef d’état-major du général de Lobau et aide-major-général de l’infanterie, commandant depuis le 18 octobre 1812 le 48ème de ligne. Le récit de cet officier est excellent. Il n’hésite pas à contester certains points du témoignage de Labaume, lequel, on le sait, a pris quelques libertés avec la réalité. Ces souvenirs sont suivis par ceux du capitaine Bonnet, du 18ème de ligne. La qualité de son témoignage est indéniable. Le général de Pelleport lui-même n’a pas hésité à consulter l’auteur afin d’obtenir certains renseignements sur le rôle tenu par ce régiment durant la campagne de Russie. Le témoignage du hollandais Henri-Pierre Everts (1777-1851), major 33ème régiment d’infanterie légère ne vient pas dépareiller, par sa qualité, les deux précédents textes. Evert aura la malchance d’être fait prisonnier par les russes, lors du combat de Krasnoïé, le 18 novembre 1812. Il ne retrouvera la Hollande que début juin 1814.  

Général PELET-Capitaine BONNET-Général-major EVERTS, « Carnet et Journal sur la campagne de Russie », Librairie Historique F. Teissèdre, 1997, 172 pages.

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Lafaille

Lafaille.

Enfin, j’ai lu le témoignage quelque peu méconnu du  futur général Lafaille (1778-1840).Ce récit a été publié la première fois dans le « Carnet de la Sabretache » en 1931/1932. L’auteur est élève à l’éphémère Ecole de Mars, mais c’est son passage à l’Ecole polytechnique (1794) qui va lui être utile pour sa formation d’officier du génie. Lafaille a pour professeurs le célèbre Monge ainsi que Fourcroy. Il côtoie les frères Chabrol, élèves comme lui, dont l’aîné sera préfet à Paris, et participera avant toute chose à l’expédition d’Egypte. Faisant le choix de rester une année de plus à l’Ecole polytechnique comme chef de brigade, Lafaille reçoit l’ordre de rejoindre l’Ecole du génie de Metz. Puis Lafaille se contente de raconter des faits qu’il n’a pas vécu, telle la capitulation de Baylen, et quelques anecdotes et jugements sur Marmont, Oudinot, Victor,  Ney, Soult, Gourgaud; tout ce petit monde galonné en prend pour son grade ! Son récit s’achève sur un long chapitre portant sur un conflit qu’il eut avec Clarke, duc de Feltre. Il s’agit là globalement d’un témoignage un peu fade ne présentant qu’un intérêt limité.

Général LAFAILLE, « Mémoires (1787-1814) », Librairie Historique F. Teissèdre, 1997, 198 pages.

 

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