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( 10 juin, 2021 )

1821-2021. Un fantôme à Longwood ?

Longwood

Voici ce qu’écrit le général Gourgaud. Ce passage date des 12 et 13 février 1816…

On parle d’un revenant qui se promènerait la nuit dans Longwood. Nous parlons de Lavalette. « Je n’ai fait mourir que Georges[1], et j’ai pardonné à Polignac. Comme je le regrette ! » J’observe que la clémence est toujours ce qu’il y a de mieux; après la mort de Labédoyère [2], le Roi a donné vingt-cinq louis pour faire dire des messes pour le repos de son âme. Montholon, qui, hier, avait rendu compte à l’amiral que le revenant avait fait le tour de la maison, lui avait sottement demandé que les factionnaires fussent rapprochés. Pendant la nuit, un d’eux vient à ma fenêtre, je me lève et j’en trouve un autre à ma porte ! Le matin, je dis à Montholon que c’est du dernier ridicule, que s’il a peur des revenants qui passent par sa fenêtre, il n’a qu’à la fermer, que nous sommes assez serrés comme cela ! L’Empereur me raconte que Montholon lui a parlé des revenants. Je réplique que c’est ce qui est cause que les factionnaires ont été mis sous mes fenêtres, et que l’amiral a ordonné à Poppleton de me redemander mes pistolets. L’Empereur se met en colère, dit que c’est du dernier ridicule, fait appeler Montholon, qui, pressé devant moi par Sa Majesté, avoue qu’il a demandé les factionnaires : « Il faut que vous ayez l’âme bien basse pour vous faire notre geôlier. Un clou seul suffit. Bientôt si cela continue, il y aura des factionnaires jusque dans ma chambre ! Pourquoi prétendez-vous que je cours des dangers? Que les matelots, les habitants, vexés de mon séjour dans cette île, veulent m’assassiner ? C’est une sottise. D’ailleurs, s’il était nécessaire, quelqu’un de mes officiers coucherait près de ma chambre, mais, pour Dieu ! Ne prenez pas tant de soin de ma sûreté, en employant des factionnaires anglais. Vous dites que l’on amène des filles[3]; si cela devient scandaleux, vous pouvez bien l’empêcher sans les Anglais ! Ne voulez-vous pas que ce soit ici un couvent ? » Bourrade. « Allons, laissez-moi tranquille. »

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[1]  Allusion à l’exécution du général royaliste Georges Cadoudal,  un des principaux opposants au futur empereur. Il fut exécuté à Paris en juin 1804.

[2]  Célèbre général, fusillé par ordre de Louis XVIII, pour sa fidélité à Napoléon, le 19 août 1815.

[3] Prostituées.

 

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( 24 mai, 2021 )

1821-2021. Notes du général baron Charles Lallemand sur l’embarquement de l’Empereur à Rochefort (1815).

1821-2021. Notes du général baron Charles Lallemand sur l’embarquement de l’Empereur à Rochefort (1815). dans TEMOIGNAGES adieumabellefrance...Napoléon quitta Rochefort le 8 juillet 1815 pour se rendre à bord de la frégate la « Saale », dans la rade de l’île d’Aix. Il pouvait, de là, prendre une détermination, selon les circonstances, et saisir l’instant favorable pour l’exécuter, aussi tôt que les dernières dispositions seraient faites. Là, plusieurs marins d’une expérience consommée parlèrent encore du projet d’embarquement à l’embouchure de la Gironde, et démontrèrent que ce projet était évidemment celui auquel on devait s’arrêter. Mais plusieurs des officiers qui accompagnaient l’Empereur, et particulièrement ceux qui, possédant depuis plus longtemps sa confiance, avaient près de lui plus d’accès et d’influence, n’étaient pas en faveur de ce dernier projet, et, ne voyant que des obstacles dans tous ceux qui se présentaient, causaient des lenteurs dans tous ceux qui se présentaient, causaient des lenteurs dans les dispositions. La tiédeur avec laquelle ils accueillaient les projets, l’irrésolution qu’ils ne cessaient d’entretenir étaient occasionnées principalement par le désir qu’ils avaient énoncé, même avant le départ de la Malmaison, de voir l’Empereur prendre le parti de se rendre en Angleterre. On est tout à la fois accablé d’étonnement et de douleur en voyant des hommes dont le jugement devait être éclairé par l’expérience, qui donnent à l’Empereur toutes les preuves d’un dévouement sincère, agir dans le m^me sens que ses ennemis qui ont conjuré sa pertes,-eux qui verseraient leur sang pour lui avec orgueil, qui sont prêts à lui faire le sacrifice de leur vie, qui ont ambitionné, avec ardeur, l’honneur de partager son infortune, et qui sont incapables de s’en séparer volontairement. Tel est cependant le secret de la destinée que l’Empereur a subie ; telles sont les causes qui l’ont précipité vivant dans un tombeau. Il eût pu conserver sa liberté et atteindre une terre hospitalière.

Malheureusement aussi, dès qu’il ne fut plus question d’un haut intérêt politique, dès qu’il n’y eut plus rien à faire pour la gloire, l’Empereur devint trop indifférent pour tout ce qui n’était que considération personnelle. Il s’occupa trop eu de lui-même met abandonna entièrement le soin de sa situation aux hommes qui l’accompagnaient. Il pouvait se confier en des mains plus fidèles, mais guidées par des yeux moins clairvoyants. Frappé des vérités que m’avaient démontrées les marins avec lesquels je m’étais entretenu des moyens d’assurer le départ de l’Empereur, j’insistai seul, mais j’insistai fortement sur le projet de faire partir l’Empereur de l’embouchure de la Gironde, et sur la nécessité de s’en occuper avec la plus grande activité. On ne me répondit que par des objections sur l’exécution, et des doutes sur la certitude des moyens. Tout ce que je pus faire entendre, ce fut qu’au moins on ne devait pas négliger légèrement un projet qui pouvait sauver l’Empereur. Tout ce que je pus obtenir, ce fut d’aller moi-même m’assurer de la vérité sur les lieux. Je m’y rendis par Royan, et il me fut bien facile de ma convaincre de la solidité du projet. Je m’assurai qu’il était facile de passer en partant du point désigné. Les dispositions les plus sages avaient  été faites ; tout était prêt depuis plusieurs jours. Les bâtiments destinés à l’Empereur sortirent depuis, et plusieurs firent leur route sans avoir été visités par l’ennemi, quoiqu’ils eussent à peine cherché à l’éviter, quoique l’on n’eût pris aucune des précautions, aucune des mesures qui avaient été réglées pour assurer le passage de l’Empereur, s’il avait adopté ce parti. Cependant le général Savary et M. de Las Cases avaient été envoyées, du 10 au 11, en parlementaires à la croisière anglaise composée du vaisseau le Bellérophon et le Myrmidon. Ils étaient porteurs d’une lettre du général Bertrand pour le commandant de la station : c’était le capitaine Maitland. Lorsqu’il eut pris connaissance de la lettre, sur la question qui lui était faite s’il avait reçu les passeports demandés pour l’empereur, il répondit qu’il n’était instruit de rien relativement aux passeports, et ne pouvait répondre à la demande qui faisait l’objet du message. Lorsque nous eûmes ainsi traité de ce qui concernait l’Empereur, je dis au capitaine Maitland qu’ayant pris une part assez active aux derniers événements qui avaient eu lieu en France, je désirerai avoir la certitude que ni moi, ni aucun de ceux qui se trouvaient dans le même cas, nous ne pourrions être recherchés pour le parti que nous avions pris.«Vous n’avez rien à craindre, répondit le capitaine Maitland, tout cela est étranger au gouvernement anglais. Vous venez de votre plein gré en Angleterre ; aucune autorité ne peut vous y poursuivre.-J’ignore, observai-je, quelle résolution prendra l’empereur, mais, s’il vient en Angleterre, si je l’y accompagne, je ne veux pas être exposé à des persécutions sous le prétexte que je suis dans un cas particulier qui n’a pas été prévu, et que je devais connaître. Je n’ai jamais eu l’intention d’aller en Angleterre ; rien ne m’y force, et je vous déclare positivement que je n’y viendrais pas, non seulement s’il restait le plus léger soupçon que je puisse être remis en France, mais si je pouvais courir le risque de voir ma liberté restreinte ou d’être inquiété en aucune manière.-Cela est impossible, dit avec chaleur le capitaine Maitland ; en Angleterre, le gouvernement n’est pas despotique, il est obligé de se conformer aux lois et à l’opinion. Vous êtes sous la protection des lois anglaises, dès que vous êtes sous celle du pavillon britannique ». 

Au moment où l’on se dépara, le capitaine Maitland dit que, si l’Empereur se décidait à venir à son bord pour aller en Angleterre, il désirait en être prévenu avant son arrivée et recevoir le plus tôt possible la liste des personnes qui devaient l’accompagner, afin de faire toutes les dispositions n nécessaires pour recevoir chacun le moins mal qu’il se pourrait.  Nous revînmes dans la martinée, rendre compte de notre mission. L’Empereur ayant reçu le rapport de notre conférence avec le capitaine Maitland, inaccessible au plus léger soupçon de perfidie, se décida d’autant plus facilement à accepter la proposition qui lui était faite, que les discours continuels de la plupart des personnes qui l’entouraient avaient dû le préparer à prendre un parti semblable. Ne voulant pas, cependant, disposer entièrement et sans leur aveu du sort des hommes qui lui étaient restés fidèles, il fit appeler principaux officiers qui se trouvaient alors près de lui. Les autres étaient embarqués, et déjà hors des Pertuis, attendant ses ordres pour continuer leur route. Les officiers qui se réunirent chez l’Empereur étaient les généraux Bertrand, Savary, Lallemand, Montholon, Gourgaud et M. de Las Cases. Après qu’il eut été donné connaissance des propositions du capitaine Maitland et de toute la conférence qui avait eu lieu avec lui, l’Empereur demanda à chacun de ces officiers quel était son avis.

L’impression de ce dernier entretien est encore toute entière dans mon âme ; elle ne s’en effacera jamais. L’Empereur paraissait s’oublier lui-même pour ne songer qu’à ses compagnons d’infortune et à la France ; ses regards étaient toujours tournés vers elle ; elle avait toutes ses pensées : « Les intrigants l’ont perdue, disait-il ; des hommes  corrompusse sont joués de son indépendance et de sa gloire ; mais je ne me plains pas de la nation, elle n’a pas cessé d’être vaillante et magnanime ».  Il parla ensuite avec tendresse de son auguste mère, de ses sœurs, de ses frères, de vous, M. le Comte [Ce passage semble indiquer que ce texte fut rédigé plus tard pour un membre de la famille de Napoléon. (Note de la « Nouvelle Revue Rétrospective »)] , dont il s’était plu à cultiver la jeunesse, dans des temps prospères.

Son cœur était agité par le souvenir de son fils et de l’Impératrice. -« Mais je ne puis vous charger de rien, me dit-il, j’ignore quand on vous rendra votre liberté et, lorsque vous l’aurez recouvrée, l’Amérique sera sans doute votre seul asile. » C’est ainsi que je quittai l’Empereur, toujours grand, toujours supérieur au destin toujours digne de lui-même. 

Cette relation a été publiée la première fois dans la « Nouvelle Revue Rétrospective », juillet-décembre 1899. 

 

 

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( 15 mai, 2021 )

Hypothèse (Ile d’Elbe, 1814)…

1815

« Durant tout le mois de décembre [1814] les officiers de la Garde impériale disaient dans les rues de Portoferraio : « quand nous serons à Milan », et dans les premiers* jours de février, l’un d’eux informait le commandant de Gaëte que l’Inconstant partirait pour Naples dans quelques jours et porterait des troupes : « Je serai de cette brigade, ajoutait l’officier,et peut-être aurai-je le bonheur de revoir Gaëte et nos amis. » Jusqu’au dernier moment, la plupart des gens de Portoferrao, Elbois et Français, crurent que la Garde joindrait l ‘armée de Murat, et au mois de février, le trésorier de l’Empereur [Guillaume Peyrusse] voyant des voiles napolitaines qui se montraient dans le canal de Piombino et des signaux qui s’échangeaient, pensait que Napoléon irait s’unir au roi Joachim. Nombre d’officiers français et de bonapartistes rêvaient même que Murat irait restaurer Napoléon. Comme si, s’écriait moqueusement un, royaliste, ces Napolitains qu’on n’avait pu décider en 1814 à passer le Pô, pourraient jamais, quel que fût leur amour du pillage, entreprendre une expédition en France ! De même les Anglais, Burghersh, sir Charles Stewart, Wellington.  Burghersh écrivait que les officiers autrichiens et les ministres du grand-duc de Toscane étaient convaincus du danger que le voisinage de Napoléon faisait courir au repos de l’Italie. Sir Charles Stewart remarquait -le 7 avril- que l’Italie était près de l’île d’Elbe; que l’Italie,où Bonaparte avait exercé l’influence et le pouvoir, aimerait mieux vivre unie sous la main d’un glorieux despote que dans la division et le morcellement; que Napoléon serait  aidé par les amis d’Eugène et par Murat. Wellington croyait dans les premiers jours de 1815 que Napoléon ne quitterait l’île d’Elbe, s’il la quittait, que pour régner sur la péninsule d’Italie et y régner seul sans la partager avec Murat. De même les Français. Dès le 7 avril [1814], trois membres du gouvernement provisoire de France, Talleyrand, Dalberg et Jaucourt, trouvaient que « le point de l’île d’Elbe amenait des discussions » et que « la situation morale de l’Italie ne paraissait pas admettre cet établissement ».A la fin de juillet, Beugnot exprimait l’avis que Bonaparte chercherait d’abord à nouer des intrigues en Italie pour les étendre ensuite au-delà des Alpes. Hyde de Neuville disait au mois de novembre que Napoléon débarquerait à Gênes ou dans les environs de Gènes; qu’il ne parlait que de Gênes; que son brick l’Inconstant allait et venait entre Gênes et Portoferraio: de Gènes, Napoléon irait s’unir à Murat et s’emparer du royaume d’Italie qui servirait aux nouvelles combinaisons de sa politique. Blacas déclarait à la fin de décembre [1814] au commissaire autrichien, comte de Bombelles, que l’Italie ne serait jamais sujette de l’Autriche, ni Louis XVIII tranquille sur son trône tant que Murat offrirait un asile à tous les mécontents et pourrait en quarante-huit heures mettre Napoléon à leur tête.»

(Arthur CHUQUET, « Le départ de l’île d’Elbe », Editions Ernest Leroux, 1921, pp.64-67)

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( 14 mai, 2021 )

Lettre sur la bataille d’Essling…

    06-513450

Au Camp de Wagram Marchfeld, 27 mai [1809]. 

Vous avez reçu, j’espère, la lettre que je vous ai écrite en route ; je suis arrivé à l’armée devant Vienne, le  25. Deux jours après la bataille d’Aspern, où les français ont passé avec toute l’armée le Danube, le 21. Dans un terrain d’une lieue et demie d’étendue, 200.000 hommes se sont entretués pendant deux jours. L’empereur napoléon a dû abandonner son projet, et repasser le fleuve. Nous avons près de 800 officiers. Jugez ce que l’armée française, qui se trouvait en masse plus serrée encore, a perdu. Près de 2.000 cuirasses et au-delà de 17.000 fusils des leurs, ont été ramassés sur le champ de bataille depuis, et il nous a fallu nous en éloigner à grande distance pour éviter l’infection. Appuyant leurs ailes à deux villages, qui ont été pris et repris dix fois, les Français ont voulu percer le centre avec une masse de cuirassiers. Notre infanterie formée en masse par bataillon a repoussé toutes les attaques et, après trente-six heures de combat à peu près suivi, nous avons eu le champ de bataille que les français ont évacué la seconde nuit. Sans le Danube, cette victoire avait des suites incalculables. Ainsi, c’est à recommencer, et c’est une guerre de destruction qui doit finir faute de combattants. Ce que cette journée a effectué, c’est que le prestige est détruit. Il y a de quoi être touché aux larmes de voir le dévouement, l’enthousiasme du soldat, et tout est soldat, des bataillons de milice ont résisté aux cuirassiers, et soutenu leur place, avec [une] perte de 2 à 300 hommes. Le jour après la bataille, la tournée que l’Empereur a faite au camp a été une scène que la plume ne peut dépeindre et dont les suites seront des flots de sang de part et d’autre.  La première attaque repoussée, notre infanterie, en riant, disait : « Comme ils sont bêtes, les voilà déjà  qui reviennent se faire tuer. » Vienne est rempli de leurs blessés, la journée leur a coûté au-delà de 25.000 hommes hors de combat ; nous n’avons perdu que 8 à 900 prisonniers, et nous n’en avons guère plus que cela, c’est-à-dire qui ne sont pas blessés, car de ceux-là nous en avons ramassé plus de 5.000 le lendemain, qui sont dans nos hôpitaux. La ville de Vienne, les paysans de dix lieues à la ronde étaient [les] spectateurs de cette scène sanglante. L’archiduc Charles s’est surpassé ; il a, à plusieurs reprises, le drapeau en main, ramené les bataillons à la charge et c’est aux cris répétés de « Vive l’Empereur ! » qu’ils ont fait des prodiges.  A neuf heures du soir, le second jour, l’empereur Napoléon a renvoyé tous les aigles de l’autre côté, il a 10 [illisible] toute l’artillerie peu après. Un officier et une cinquantaine de nos pontonniers se sont abandonnés sur des bateaux [et se sont] exposés au Danube, [ils] ont rompu leur pont et sont revenus sains et saufs, en partie au moins, par Presbourg. Il a fallu des efforts inouïs aux Français pour rétablir la communication. Les malheureux Darmstadt ont dû enfin contenir le village d’Aspern et ont perdu immensément.  Je vous envoie les ordres à l’armée après la bataille. En peu de jours, nous aurons la répétition de la scène du 22, je ne sais quels seront les résultats, mais l’armée la demande à grands cris. 

Adieu mon très cher père, que le ciel vous protège et qu’il m’accorde le bonheur de vous embrasser encore dans ce monde où il n’y a plus qu’à vaincre ou mourir ; Mon tendre souvenir à ce qui vous entoure. Hélas ! Que ne puis-je encore vous charger des plus tendres assurances pour celle qui n’est plus, du reste, elle est plus heureuse et tranquille que nous ; que fait Charles-Adolphe et ma chère Louise ? Dites-leur combien, au milieu des horreurs qui m’entourent, je songe à eux et à vous tous. 

Pour m’écrire, adressez [-vous] au ministre de l’Empereur, à Berlin, Wessenberg. Je suis au 6ème corps de la Grande-Armée. 

Signé : LOUIS. (Archives de famille de M. le prince d’Essling.) 

Article paru en 1909 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

 

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( 12 mai, 2021 )

1821-2021. Fidèle et discret Louis Marchand

Marchand

En 1811, Marchand (né en 1791) entre dans la Maison impériale comme garçon d’appartement. Sa mère est la première des trois berceuses du Roi de Rome, fils de Napoléon. En avril 1814, après la fuite de Constant, valet de chambre de Napoléon, Marchand est choisi pour le remplacer.  Personne de confiance, il est présent à l’île d’Elbe, à Waterloo et suit l’Empereur dans son exil de Sainte-Hélène[1]. D’un dévouement sans bornes, discret et efficace, il tient un rôle primordial durant la captivité de Napoléon. Il fait partie de ceux qui veilleront l’Empereur durant sa terrible agonie et sera son exécuteur testamentaire. Il respecte la volonté de Napoléon en épousant la fille de l’un des  officiers ou soldat de sa Vieille Garde : Mathilde, fille du général Brayer[2]. Le fidèle serviteur de l’Empereur ne mourra qu’en 1876, dans la petite maison dans laquelle il se rendait parfois en villégiature, rue de la Cavée, à Trouville-sur-Mer.[3]

Daniel LEUWEN


[1]  A Sainte-Hélène, Marchand eut une liaison avec Esther Vesey (1800-1838), fille d’un soldat anglais basé dans l’île et d’une habitante.  Un fils naîtra de cette relation en juin 1817. Selon Albéric Cahuet (« Après la mort de l’Empereur. Documents inédits »), ce personnage « qui avait une vingtaine d’années en 1840, était devenu un fort mauvais sujet que l’on avait dû chasser de l’île et transporter au Cap ».

 [2] Dans son testament, Napoléon écrit : « Je lègue à Marchand, mon premier valet de chambre, 400 000 francs. Les services qu’il m’a rendus sont ceux d’un ami. Je désire qu’il épouse une veuve, sœur ou fille d’un officier ou soldat de ma vieille Garde. »  « Louis Marchand, revenu depuis peu de mois de Sainte-Hélène, fut introduit par Montholon dans la maison Brayer », écrit encore A. Cahuet dans son livre précédemment cité.

[3] Napoléon nomma Marchand comme son troisième exécuteur testamentaire et écrivit cette phrase : « J’institue les comtes  [de] Montholon, Bertrand et Marchand mes exécuteurs testamentaires ». Il n’en faut guère plus afin que Marchand interprète d’une façon particulière son nom dans cette phrase et s’imagine que l’Empereur lui donne le titre de comte !  « Napoléon n’a manifestement pas songé à parer son serviteur du titre de ses partenaires [Montholon et Bertrand]. La preuve en est qu’au cours du testament et des codicilles, il cite plusieurs fois « le comte Bertrand », « le comte [de] Montholon » et « Marchand, mon premier valet de chambre ». Pourtant, dès son retour en Europe, le jeune homme va se prévaloir de l’absence d’une virgule entre le nom de Bertrand et le sien pour affirmer que Napoléon l’a anobli. Il signe « comte Marchand » les lettres qu’il écrit aux membres de la Famille impériale et sous ce vocable qu’ils lui répondent affectueusement. Trente-cinq ans plus tard [en fait par des lettres patentes en date du 7 avril 1869], Napoléon III régularisera cette entorse à l’état-civil ; Horace de Viel-Castel, la plus mauvaise langue du Second Empire, l’avait déjà baptisé le comte de la Virgule. «  (G. Godlewski, in Revue du Souvenir Napoléonien, n° 314, novembre 1980).

 

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( 8 mai, 2021 )

En souvenir de Sainte-Hélène !

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En 1822, à Londres, eut lieu un incident opposant deux personnages qui s’étaient connus lors de la captivité de Napoléon. Emmanuel de Las Cases, âgé d’une vingtaine d’années,  apostropha Hudson Lowe le geôlier de Sainte-Hélène. Ecoutons-le.

Londres, 23 octobre 1822

Hier matin, je rencontrai Sir Hudson Lowe à Padington Green, vers les neuf heures du matin, au moment où il sortait de chez lui pour monter en fiacre. Une courte altercation eut lieu, à la suite de laquelle je ne pus m’empêcher de le frapper avec une cravache que je tenais à la main allant, monter à cheval. Je lui offris à l’instant une carte [1], mais il la rejeta à terre sans vouloir la lire  et monta dans son fiacre. Je lui en présentai un seconde, puis une troisième, qu’il rejeta pareillement ; sa servante, qui était sortie, avait ramassé les cartes, elle les rapporta dans la maison; Sir Hudson Lowe avait ordonné à son fiacre de partir et je continuai mon chemin. Peu de personnes connaissent les griefs que mon père et moi avons contre cet homme. A Sainte-Hélène, il nous arrêta avec les formes les plus brutales, tout-à-fait indignes de gens d’honneur; il nous garda pendant un mois au secret, nous traitant comme des criminels, j’étais alors fort malade, par suite du climat des tropiques. Les médecins représentaient que la seule chance de rétablissement qui me restât était d’être envoyé en Europe, dans mon climat natal.

Mais Sir H. Lowe n’y eut aucun égard, il nous envoya mon père et moi au cap de Bonne-Espérance, où nous fumes gardés sept mois, prisonniers, en conséquence de ses instructions. Cette captivité, l’éloignement de sa famille, de ses amis, de sa patrie, les peines morales qui en ont été la suite, ont causé à mon père des infirmités qui l’accompagneront jusqu’au tombeau. Après notre départ de Sainte-Hélène, sir H. Lowe employa tous les moyens que la calomnie peut fournir pour noircir le caractère de mon père et le rendre suspect à Napoléon et aux officiers de sa suite.

Lors des jours qui suivirent cet incident, le fils Las Cases, écrivit à deux reprises à Hudson Lowe afin de le rencontrer pour une franche explication.  N’ayant eu aucune réponse, le jeune homme s’en retournât en France, tout en précisant à Lowe qu’il se tenait à sa disposition que ce soit à Paris, à Ostende, en France ou en Belgique. L’affaire en resta là. Mais le 12 novembre 1825, à Passy, qui est à cette époque un petit village situé à l’ouest de Paris,  alors que le jeune Las Cases revenait de dîner chez son père il fut agressé par des inconnus. Il fut blessé de deux coups de couteau : un en direction de la région du cœur qui fut arrêté par miracle, par le portefeuille de la victime contenant un paquet de cartes de visite et l’autre plus grièvement à la cuisse droite.  Est-ce Hudson Lowe qui organisa ce guet-apens ?  On mena une enquête mais les coupables, deux hommes non-identifiés, dont un qui parlait mal le français d’après le fils Las cases, ne furent jamais identifiés. L’affaire en resta là [2].


[1] Carte de visite.

 2]  Selon la presse de l’époque, Hudson Lowe, hormis une chambre au Grand Hôtel de Paris (rue de Rivoli), loua un appartement, au 21, rue Franklin (tout près du lieu de l’agression), du 29 octobre au 11 novembre 1825.

 

 

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( 6 mai, 2021 )

1821-2021. « Tous avaient voulu voir le grand homme. »

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Louis-Etienne Saint-Denis (alias le mameluck Ali) fait partie des témoins essentiels de Sainte-Hélène. Voici ce qu’il écrit dans ses « Souvenirs » (Arléa, 2000. Préface et notes de votre serviteur):

Le gouverneur [Hudson Lowe] ayant donné la permission à toutes les troupes de l’ile, de terre et de mer, de venir à Longwood, dans l’après-midi et par un mouvement spontané, officiers, sous-officiers, soldats, tous s’empressèrent d’y accourir. Ces derniers, les uns en uniforme, les autres en veste de travail, arrivèrent couverts de sueur à la maison mortuaire. Malgré l’affluence considérable des visiteurs, tout se passa avec le plus grand ordre. On entrait par l’antichambre des valets de chambre, ensuite la salle de bain, le cabinet et la chambre à coucher ou chapelle ardente, où l’on stationnait quelques instants ; après quoi on sortait par la salle à manger, le salon et le parloir. Pendant le passage des visiteurs, le grand-maréchal était à la tête du lit, MM. de Montholon et Marchand au pied, et les serviteurs rangés du côté opposé près des fenêtres. Dès que la permission de venir à Longwood avait été connue des soldats, le travail avait cessé, tous avaient voulu voir le grand homme, le grand Napoléon : c’est ainsi que les soldats anglais appelaient l’Empereur. Tant qu’il fit jour, les appartements ne désemplirent pas. Nous avons remarqué que la plupart des officiers et soldats, après avoir considéré le corps du héros, paraissaient fort émus du spectacle funèbre qu’ils avaient sous les yeux. Nous avons aussi remarqué que plusieurs s’agenouillèrent après avoir fait, avec le pouce de la main droite, une croix sur le front de l’Empereur : ils étaient probablement Irlandais. Parmi les sous-officiers, il y en eut un qui s’approcha tout près du lit de repos, tenant un enfant par la main, et s’écria en montrant à cet enfant le corps de l’Empereur : « Viens, viens voir le grand homme, le grand Napoléon ! » Cet ancien militaire prononça ces paroles avec tant d’âme et de chaleur que tous les assistants ressentirent la vive émotion qu’il éprouvait lui-même. A la tombée du jour, la foule s’étant écoulée, il ne resta plus à Longwood que ceux qui l’habitaient. Deux ou trois serviteurs eurent la douce, mais bien triste satisfaction, de faire la veille auprès du corps de l’Empereur.

 

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( 5 mai, 2021 )

1821-2021 «Je l’ai vu étendu mort. C’était un spectacle des plus tristes.» Lettres de l’enseigne anglais Duncan Darroch.

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Duncan Darroch, est tout juste âgé de vingt ans quand il arrive à Sainte-Hélène le 29 février 1820.  Enseigne au 20ème régiment d’infanterie. Il a laissé une série de lettres adressées à sa mère sur les événements auquel il assista après la mort de Napoléon. Dans sa correspondance, le jeune Darroch ne cache pas son admiration pour le grand homme.  Les lettres de ce jeune homme furent publiées la première fois à l’issue de l’ouvrage (paru en 1915) regroupant les lettres (en anglais) du capitaine Lutyens. Ce dernier fut un des officiers en poste à Longwood durant la captivité de l’Empereur.

Deadwood, 6 mai 1821.

Ma chère mère bien-aimée,

Avant que cela vous parvienne, vous serez conscient de l’état dans lequel nous sommes ici; vous savez que le général Bonaparte est très gravement malade, un militaire a été expédié il y a quelques jours avec ces nouvelles. Le vieux Nap était malade depuis si longtemps; mais, il y a environ une semaine, il a été délivré. Le navire était déjà parti sans avoir pu emporter la nouvelle de sa mort.

Il était allongé inconscient le soir du du 2 mai ; le matin du 3, il est redevenu conscient et a reconnu les gens autour de lui. Il retomba ensuite dans une sorte d’insensibilité inanimée, et devint progressivement froid, jusqu’à hier matin, le 5, quand vers 11 heures un signal fut fait par le Gouverneur à l’Amiral qu’il expirait, et qu’un signal devait être fait immédiatement qu’il est mort. Les membres du Conseil avaient reçu l’ordre, le 3, de se tenir prêts à se rendre à Longwood  afin de témoigner de sa mort; et quant au gouverneur, il a presque élu domicile dans la nouvelle maison. Les choses ont continué dans cet état jusqu’à environ 10 minutes avant 6 heures du soir, quand il est mort, juste au moment du coucher du soleil. Le commissaire français, l’amiral et toutes les  personnalités étaient immédiatement assemblés pour voir le corps, et des ouvriers étaient employés pour tendre les chambres avec du noir. Des ordres ont été envoyés pour le plâtre de Paris afin de prendre un buste de lui; mais je crois qu’il n’y en a pas assez sur l’île. Ils essaient de savoir comment le ciment romain, qu’ils ont dû utiliser, répondra à leurs attentes.

Sa mort est annoncée dans les ordres d’aujourd’hui et il doit être enterré à Longwood avec les honneurs militaires. Le général comte de Montholon a pris la direction des funérailles: le corps restera en l’état, et nous devons monter ce soir pour le voir. Je serai alors en mesure de vous donner plus d’informations sur cet homme merveilleux, qui a pendant si longtemps gardé le monde en ébullition, et qui repose maintenant  tel un morceau d’argile inanimé, sans personne près de lui! Quel changement !

Le fil de son existence étant rompu a causé dans cette île !

Les gens  qui ont constitué des stocks afin de servir pour servir les troupes vont maintenant les avoir sur les bras. Les chevaux qui valaient 70 livres sterling cette semaine ne rapporteront pas 10 livres sterling. Nos huttes que nous avons été obligés de construire pour y loger nos domestiques, et qui ont coûté de 6 à 10  livres sterling chacune, sont maintenant inutiles, car cette partie de l’île sera inhabitée après notre sortie; de sorte que nous ressentirons tous plus ou moins les effets de sa mort.

Le rapport ici est que nous devons être renforcés  par le 66ème régiment (qui doit rentrer chez nous) et continuer jusqu’à Bombay et remonter le golfe Persique. Il (Nap) a choisi un endroit extraordinaire pour y être enterré, au cas où il ne serait pas renvoyé en Europe, et c’est dans un endroit appelé le Punch Bowl un peu en dessous de la route publique.

Je l’ai vu étendu mort. C’était un spectacle des plus tristes. Nous nous sommes réunis à Longwood vers 4 heures; il y avait presque tous les officiers et  les citoyens de  l’île. Après un peu de temps, nous avons été admis. La première chambre était vide, à l’exception de quelques domestiques. Dans la seconde,  se trouvait la comtesse Bertrand. Elle avait l’air misérablement malade et pâle, les yeux rouges et gonflés. Je suis resté avec des officiers qu’elle connaissait qui lui parlaient. Elle a dit qu’elle n’avait pas pris de repos pendant six jours et six nuits; qu’elle était heureuse que la cause dont il était mort était telle qu’il était impossible de le sauver ou que le climat puisse avoir un effet sur lui: c’était un cancer de l’estomac. Son père en est mort. Elle a dit qu’elle espérait être autorisée à rentrer chez elle, car Maintenant tout était fini ».Peu de temps après, je suis passé par cette pièce (qui était celle dans laquelle il est mort) et la salle à manger, où il reposait. J’ai été emmené par le capitaine Crokat l’officier de l’état-major. Il (le général Bonaparte) était vêtu d’un uniforme complet, vert, retroussé avec du rouge, une culotte et de longues bottes, un bon nombre d’ordres sur sa poitrine, une épée à ses côtés, et  coiffé du chapeau;  avec ses éperons également. Il gisait sur le lit de camp de fer qu’il avait toujours porté avec lui, et sur lequel était étendu son manteau militaire, sur lequel il repose..

Le comte Bertrand se tenait à la tête du lit, vêtu de noir. Le prêtre était agenouillé à côté de lui, et un préposé, qui était la seule personne dans la pièce qui semblait avoir la vie, ne l’a montré qu’en chassant les mouches. Son visage était serein et placide; il avait, certes changé. Ses traits étaient beaux et audacieux, sa main très délicate et petite et une belle couleur. Un crucifix était posé sur sa poitrine. Son nez était particulièrement beau. Ils l’avaient, le tournant dans le lit, un peu meurtri. Voir ainsi un homme, qui avait causé tant de tourment à l’Europe et au monde, allongé dans une petite pièce, sur son manteau militaire et son camp lit, vêtu de son uniforme complet, avec seulement deux de ses officiers généraux près de lui, était une vue terrible. Ça m’a tellement frappé. J’aurais pu le regarder pendant des heures, après lui avoir pris la main et l’avoir embrassée; mais, je pouvais à peine respirer. Pendant que je regardais, je l’ai imaginé dans les différentes situations qu’il a vécues à Lodi, à Marengo ! En fait, même si j’étais à peine deux minutes dans la pièce, plus d’idées se pressaient dans mon esprit, se chassant aussi vite que formées, et dépassant ce que je ne pouvais écrire ce soir. En sortant, j’ai longtemps  médité  sur l’instabilité de la destinée humaine et sur le peu d’utilité que ses conquêtes furent pour lui alors ! Qu’est-ce que des milliers de personnes n’auraient pas donné pour voir ce quej’ai vu ! Il sera déposé dans son cercueil, enveloppé dans son manteau, comme nous l’avons vu. Le premier sera en étain, le deuxième en plomb et le  troisième et le quatrième en bois.

Je serai de garde demain, quand j’essaierai de le revoir. J’ai eu la chance de me procurer une mèche de ses cheveux, aussi un morceau de charpie trempé dans son sang ; des souvenirs curieux, certes, mais tout ce qui appartient à un si grand homme mérite d’être conservé.

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7 mai 1821, de garde à Longwood, 7 heures et demie du soir

J’ai eu beaucoup de difficulté toute la journée avec des gens qui souhaitaient voir Bonaparte. Je me suis maintenant débarrassé de tout le monde et j’aurai le temps de vous parler, ma mère bien-aimée. Je suis allé ce matin dans la chambre, peu de temps après avoir monté la garde et, après avoir demandé la permission ; je suis entré dans la pièce. Il gisait comme auparavant; ses traits se sont affaissés un peu plus; il n’y avait que le prêtre et le préposé et moi-même dans la pièce. Je pris sa main et la maintins pendant un certain temps, examinant les doigts et ses traits; cette main que les rois avaient embrassée et qui avait fait tant trembler. Je n’ai jamais vu de ma vie un visage plus serein et placide. Il semblait être plongé un sommeil profond et calme, à l’exception de la couleur livide de ses lèvres et de ses joues. À sa gauche [sur la poitrine], il y avait une étoile et deux ordres. C’étaient tous les ornements autour de lui. Son chapeau était parfaitement uni, avec une boucle noire et une petite cocarde tricolore. Je suis entré ensuite avec nos hommes et, comme il n’y avait que deux officiers, Rae et moi, je me suis tenu au pied du lit pendant que les hommes passaient. Les visages des hommes étaient sévères en regardant le corps. L’odeur à ce moment-là a commencé à être très forte, et j’étais heureux de sortir dès que les hommes étaient partis. J’ai ensuite été sollicité par l’un des médecins  qui me montra son cœur et son estomac, qui se trouvaient dans une urne en argent à côté de lui. Ils étaient couverts de graisse. Dans l’estomac, on m’a montré le trou qui avait causé sa mort ; un trou dans lequel j’aurais pu mettre mon petit doigt. J’ai alors eu l’occasion d’observer l’épée, plutôt vieille, avec en or et poignée en nacre, ceinturon blanc uni, celle que je suppose qu’il portait habituellement. Après être sorti cette fois, je suis entrée dans la pièce où était assise la comtesse [Bertrand]. Après lui avoir parlé  un moment elle m’a conseillé de revenir en arrière et de le regarder à nouveau, comme la dernière fois que je devrais voir ce grand homme. Je l’ai fait, je l’ai pris par la main et lui ai murmuré un adieu ! Je suis rentré encore une fois, quand ils ont pris le plâtre de sa tête; mais, la puanteur était si horrible que je ne pouvais pas rester. Le docteur Burton le prenait avec les médecins français. Environ un quart après quatre heures, le gouverneur est monté et a ordonné au capitaine Crokat d’être à bord du Héron et de naviguer avec les dépêches au coucher du soleil . En conséquence, il  est parti très vite, car le soleil se couche environ un quart avant six heures maintenant.

Nous  devons enterrer le corps de Napoléon Bonaparte près du Devil’s Punch Bowl à 11 heures le mercredi 9 mai. Son cœur et son estomac seront placés dans une urne en argent (soudée) à ses côtés, afin d’être transportés en Europe, si cela est jugé approprié par la suite. Nous devons l’enterrer avec les honneurs militaires les plus élevés possibles. Ce sera un spectacle lugubre, certes, mais plus que cela à l’avenir. Je dois parler, du mieux que je peux, de ce qui se passe actuellement. Une plus belle tabatière, qui a été léguée à la comtesse [Bertrand], m’a été montrée hier. Sur le couvercle se trouvait la miniature de Nap, sertie de diamants les plus gros que j’aie jamais vus de ma vie. La ressemblance était extrêmement réussie lorsqu’il était en bonne santé. Notre anxiété est maintenant de savoir ce que nous deviendrons. Ils disent que nous (le 20ème.) resterons ici, jusqu’à ce que des  ordres arrivent de chez nous pour savoir où nous devons aller; mais, tous conviennent que nous irons en Orient. Si nous le faisons, de nombreuses années vont s’écouler de revoir l’Europe. Une seule chose me ferait souhaiter que nous revenions sur nos pas. Vous pouvez facilement deviner ce que c’est. Pour tout le reste, je suis très content de me rendre en Nouvelle-Zélande, s’ils choisissent de nous y envoyer. J’espère que nous n’irons pas au Cap. Le 66ème  rentrera immédiatement chez lui. Vous ne pouvez pas savoir à quel point je me sens seul lors de la garde  de ce soir. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi. Je viens de poster les dernières sentinelles.  Je suppose, que je monterai plus la garde autour de sa dépouille. Je ne peux pas chasser son visage de l’œil de mon esprit; cela me hante continuellement, et l’odeur est toujours dans mon nez et sur mes mains.

J’ose dire que cet événement fera beaucoup de bruit en Angleterre avant que vous ne l’appreniez, et vous vous demanderez pourquoi je n’ai pas écrit par le  navire qui prend les dépêches. C’est cependant plus facile à dire qu’à faire. Personne n’a pu, je crois, écrire par ce navire.

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Jeudi 10 mai 1821.

Nous avons enterré Napoléon Bonaparte avec les honneurs militaires. Les funérailles que je vais décrire du mieux que je peux. En premier lieu, vous devez comprendre la  configuration du sol près de Longwood. L’île, en général, est composée de crêtes hautes et étroites de collines qui courent, ou plutôt divergent, du Pic de Diana vers la côte, où elles se terminent brusquement en d’immenses précipices. Les vallées entre elles sont très raides. Longwood est situé sur l’une des crêtes, et l’endroit où Nap a choisi  de reposer  est dans la vallée entre celle-ci et la vallée de Jamestown, où se trouve la ville de Jamestown, et qui, par sa forme circulaire, est appelée, au moins près de la tête de celui-ci, comme je l’ai déjà dit, le Punch Bowl. Cette une partie près de la mer  qui est appelée la Vallée de Rupert. Pour descendre vers la tombe, une route a été faite à partir de la voie publique (que j’ai oublié de mentionner et elle tourne complètement autour du Punch Bowl, à quelques pieds du sommet de la colline), s’inclinant vers le bas dans la vallée, et commençant exactement sur le côté de Longwood. Les troupes, qui étaient environ composées  1 600 hommes ont été  disposées à partir du poste de garde de  Longwood, sur  le bord au-dessus de la route, successivement par ancienneté : 20ème, troupes de marine,  puis 66ème, et ensuite régiment d’artillerie  de volontaires de Sainte-Hélène ; sur la gauche, onze canons de l’artillerie royale désignés afin d’effectuer les tirs [lors de la cérémonie ?]. Nous étions en  bon ordre, présentant nos armes renversées, l’orchestre jouant  un  chant funèbre. Après un peu de temps, le cortège est apparu par la porte. D’abord vint le prêtre, et Henry Bertrand portant l’encensoir; après eux. Le docteur Arnott et le médecin français [Dr Antommarchi]. Ensuite, les pompes funèbres, puis le corps. Le  Il avait été déplacé de sa propre voiture et quelque chose comme un corbillard ouvert avait été mis à sa place. Il était attiré par quatre de ses propres chevaux, avec des postillons dans sa livrée impériale. Il y avait un cercueil simple en acajou et, au lieu d’un voile, son manteau a été jeté dessus. Au sommet, il y avait un grand livre avec son épée posée dessus.

Napoléon Bertrand [un des fils du général Bertrand] et le valet de chambre [Louis Marchand]  marchaient de chaque côté du corbillard. Six de nos grenadiers, sans armes, ont marché de chaque côté. Après que le corps  soit transféré dans le corbillard, le cheval  qui le tirait a été magnifiquement caparaçonné. De chaque côté, montaient les comtes Bertrand et Montholon. Après eux, une petite voiture avec la comtesse [Bertrand] et deux de ses enfants. Tous les Français étaient en noir. Les officiers  militaires de la marine et de l’état-major ont suivi et, dès que l’ensemble a passé la gauche de la ligne, nous avons inversé les armes et avons suivi. Les troupes ne sont pas descendues dans la vallée, mais se sont formées sur la route immédiatement au-dessus de la tombe, dans le même ordre,  présentant nos armes inversées, pendant la cérémonie. Arrivé au tournant de la route qui descend, corps a été retiré du corbillard et transporté par des grenadiers des 20ème  et 66ème  régiments, sous le commandement du lieutenant Connor. Je dois maintenant décrire la tombe qui a été préparée pour lui. L’endroit qu’il a choisi est à l’extrémité la plus haute d’un petit jardin appartenant à un M. Torbett. Il est complètement surplombé, pour un espace d’une trentaine de mètres carrés ou plus, avec cinq ou six saules pleureurs. Un peu d’un côté était une source de la meilleure eau de l’île, et qu’il utilisait chaque jour. Cela descend la vallée. Aucun  ruisseau n’est perceptible. Près de la tombe, l’humidité est juste suffisante pour garder le gazon complètement vert et l’endroit frais. Ici, la tombe a été creusée. Sa capacité intérieure était de douze pieds de profondeur, huit pieds de long et six pieds de large, entourée d’un mur d’environ trois pieds d’épaisseur tout le long, et enduit de ciment romain. À environ deux pieds du fond et reposant sur des blocs de pierre, le  coffrage en pierre était, construit comme une grande boîte, avec le couvercle ouvert et le couvercle reposant sur l’un de ses bords. Au-dessus de la tombe ont été placées des poutres et des cordes utilisées pour abaisser le cercueil. À chaque extrémité de la tombe, un triangle a été érigé et une poutre a été posée d’un côté à l’autre sur la tombe. Les cordes, les poutres et les poulies étaient couvertes de noir. La tombe était tapissée de tissu noir et le sol, sur environ deux pieds de diamètre, en était recouvert. Le reste était du gazon vert.

Une fois cercueil en bois  descendu dans  le coffrage en pierre, le couvercle en fut fermé et une salve de fusils tirée. Ils ont ensuite procédé aux cérémonies catholiques romaines. Un gardien subalterne nous a alors ordonné de prendre en charge le tombeau ou la tombe, et trois tentes ont été installées pour leur logement. Une immense foule s’est rassemblée pour assister à la cérémonie, et le Punch Bowl ressemblait à un vaste amphithéâtre.

Je vous ai donné une déclaration  inexacte des cercueils. Le premier est en fer blanc, le deuxième en  acajou, le troisième en plomb, le quatrième  en acajou et la cinquième, le coffrage, en pierre.  Ils avaient l’intention de l’enterrer avec une cruche d’argent, une assiette, un couteau, une fourchette et une cuillère, avec du pain et certaines de ses propres pièces de monnaie. Mais ils ont été obligés de laisser de côté la cruche, le pain, l’épée et le manteau, n’ayant pas de place pour eux. Sir Hudson  Lowe n’a autorisé aucune inscription sur le cercueil, donc  il était parfaitement simple. Peu de temps après le départ de la garde, nous sommes partis. J’aurai le plaisir de la monter demain.

Les Français ont exposé  [à Longwood] l’assiette, les armes, les vêtements, etc., etc. de Bonaparte pour que nous puissions les voir, et nous montons dans environ une heure pour les regarder. Nous sommes montés hier, ma mère bien-aimée, pour voir les effets du grand homme. Ses chambres étaient disposées exactement comme elles l’étaient quand il les habitait. C’étaient deux pièces d’environ 14 pieds sur 10 pieds chacune. Elles formaient l’une des ailes de la maison et s’ouvraient les unes aux autres aux extrémités. Celle qui est  a plus proche du corps de la maison ouvre par une porte vitrée sur les jardins. La meilleure façon sera de l’esquisser sur une demi-feuille de papier et de vous la joindre. Il avait un lit dans chaque chambre, exactement semblable les uns aux autres; sommiers portatifs en fer, avec lattes en laiton sur lesquelles le lit peut reposer. Les pièces étaient  tapissées de blanc. Étant des lits de campagne, vous savez, le rail intérieur était bas, et à chacun était attaché un mouchoir de poche blanc[1]Au-dessus de la cheminée, qui était à l’autre bout de la pièce intérieure, étaient accrochés les portraits de sa mère, de Joséphine, Jérôme et  de deux de ses fils à des âges différents. Un canapé était placé près de la cheminée, et par-dessus, était accrochée Marie-Louise et son enfant, magnifiquement peints. Autant que je sache, il s’efforçait de cacher son infortune; mais, après que tout le monde l’avait quitté la nuit, et qu’il se croyait inobservé, cela ressortait d’une manière éclatante. Il avait l’habitude d’aller au canapé d’un lit et de celui à un autre, puis de revenir au canapé; de sorte qu’il ne se reposait presque jamais quatre heures d’affilées.

La vieille maison de Longwood où il vivait est misérable. Je ne savais pas que ça aurait pu être si mauvais. Ses propres appartements qu’il avait arrangés très soigneusement, mais le reste était dans un état horrible. Il n’y a pas une seule fenêtre dans la salle à manger; trois portes s’ouvrent sur d’autres pièces et une quatrième sur le jardin. Je n’aurais pas pu vivre comme lui, j’en suis sûr, la moitié du temps. Il avait certainement assez à manger et à boire, mais  je parle de choses stupides qui ne me concernent pas. Ses vêtements étaient tous disposés dans une seule pièce – manteaux, culottes, chapeaux, chemises, bas, chaussures et bottes,  longue-vues, fusils, pistolets, manteaux, gants, etc. Les  vestes étaient des uniformes ordinaires de différents corps. Pas d’ornements, sauf l’étoile et les épaulettes. J’ai essayé l’un de ses chapeaux armés. Il devait avoir une tête extraordinairement large, car il ne me convenait pas lorsqu’il était mis sur un carré (comme il le portait toujours), mais le faisait quand il était mis en avant et en arrière. Les pistolets étaient les plus beaux que j’aie jamais vus de ma vie. Il y avait seulement un écrin qui en contenait deux paires, magnifiquement sculptés et incrusté d’or et d’argent. Le harnais de son cheval était là aussi, bordé d’écarlate avec de grandes franges d’or. Les fusils étaient des pièces de chasse de différentes sortes. Un lui avait été envoyé par notre roi. Dans l’autre pièce, l’assiette et la porcelaine. Il y avait un jeu complet de couverts en argent. Il y avait un ensemble de couteaux, de fourchettes et de cuillères en or. Pas d’assiettes ni rien d’autre. Bien sûr, l’aigle, avec la couronne sur la tête et la foudre à sa portée, était partout. Il y avait un service à dessert et un service à café en porcelaine, le plus beau, je suppose, qui ait jamais été préparé. Sur chaque assiette était représentée une action de Nap. mais l’assiette la plus curieuse de toutes était une avec la carte de France dessus. Chaque paysage et figure représentés pourraient faire l’objet du regard le plus minutieux. Dans chaque soucoupe, la tête d’une personne était peinte. J’ai encore oublié de mentionner d’où j’écris. Je sais que vous admirez certains des noms que nous donnons à des endroits, vous aurez donc ceci: la Garde du Sépulcre [Tombeau].

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13 mai 1821.

Il est maintenant près de neuf heures. Le vent balaie furieusement le Punch Bowl et sur la tombe du pauvre Napoléon. Il y une sentinelle qui se promène de chaque côté, pour l’attraper s’il se lève de sa tombe. Le tombeau n’est pas fini. Il est recouvert d’une chose comme une porte couverte de tissu noir. Deux Français sont venus lui rendre visite aujourd’hui. Ils ont beaucoup déploré sa perte. On m’a demandé un morceau de saule qui surplombait sa tombe. Je ne pouvais pas le refuser à un vieux serviteur. Il le partagea avec l’autre, et le mit dans les couronnes de leurs chapeaux, et me remercia très chaleureusement, et leur déclara plus de valeur que les couronnes d’or. Ils ont ensuite pris un verre à la source d’eau.

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20 mai 1821.

J’aimerai que cette lettre soit postée ce soir soir. Je dois donc conclure bientôt. Je dois encore vous donner un plan au sol de la maison. Peintre miniature ici, M. Rubidge, a pris une très heureuse ressemblance avec Napoléon après sa mort; il a l’intention de le ramener chez lui et de le graver. J’ai souscrit à deux  exemplaires, que j’ai souhaité destiner à mon père avec M. R Binnie. J’espère que vous les aimerez. Je souhaiterais, si cela est possible, que vous m’en envoyiez une. Mais peut-être pourraient-ils se briser ; alors, gardez-les jusqu’à ce que je vous vois. La ressemblance a été prise le deuxième jour après sa mort, juste avant la formation du plâtre de la tête. Nap a laissé au Dr Arnott, qui est des nôtre et qui l’a assisté, une tabatière en or, sur laquelle, quelques jours avant sa mort, il a gravé  un ‘N’. lui-même, ainsi que 600 Napoléons, d’un jaune brillant, les pièces étant neuves. Le 66ème régiment s’en retourne par certains navires que nous avons ici, et leur embarquement  est prévu dans le courant de la semaine prochaine. Nous leur avons donné un dîner d’adieu hier. Je pense que nous irons en Inde.  Mais quand reviendrons-nous? Dieu seul le sait ! Cependant, je suis content quoi qu’il arrive. Nous devrons brûler nos meubles, je pense, car l’île est maintenant surchargée par le 66ème  régiment qui vend les siens. Nous aurons un feu glorieux de cabanes, de tables et de chaises. Je dois me hâter et vous dire au revoir.

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( 27 avril, 2021 )

1821-2021. Officiers généraux en poste à Longwood…

 NapoléonD’après l’ouvrage d’ Arnold Chaplin, « A St.Helena Who’s Who » (Fonthill, 2014)

Capitaine Thomas William Poppleton, 53ème régiment d’infanterie. Du 10 décembre 1815 au 24 juillet 1817.

Capitaine Henry Pierce Blakeney, 66ème  régiment d’infanterie. Du 25 juillet 1817 au 16 juillet 1818.

Lieutenant-colonel Thomas Lyster, inspecteur des côtes et des volontaires. Du 16 juillet au 25 juillet 1818.

Capitaine Henri Pierce Blakeney, 66ème régiment d’infanterie. Du 25 juillet au 5 septembre 1818.

Capitaine George Nicholls, 66ème régiment d’infanterie. Du 5 septembre 1818 au 9 février 1820.

Capitaine Engelbert Lutyens, 20ème  régiment d’infanterie. Du 10 février 1820 au 26 avril 1821.

Capitaine William Crokat, 20ème  régiment d’infanterie. Du 26 avril au 6 mai 1821.

 

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( 24 avril, 2021 )

Proscrits et exilés…

Vaudoncourt

En Europe et ailleurs dans le monde, nombreux furent les partisans de Napoléon qui durent fuir la France. Ainsi  le général de Flahaut, aide-de-camp de Napoléon se retrouva en Angleterre, après bien des pérégrinations.   Le général Guillaume  de Vaudoncourt, passa également au Royaume-Uni, avant d’aller en Belgique puis de se fixer à Munich, près du Prince Eugène de Beauharnais[1].

La destination la plus « exotique » pour l’époque reste l’Amérique du Nord et accessoirement celle du Sud.

Joseph, frère aîné de Napoléon s’est installé aux Etats-Unis où il arriva fin août 1815. En juillet de l’année suivante, il achète une propriété à Point Breeze, non loin de Philadelphie et il s’y fixe pour plus de quinze ans.  Joseph recevra tout ce que l’Amérique compte comme exilés français:  Réal, Regnault de Saint-Jean d’Angély, les généraux Grouchy, Clauzel, Vandamme, Lefebvre-Desnouettes,  Rigau Henri et Charles Lallemand, Bernard,  brillant officier du Génie, pour ne citer que ceux-là. Dans cette Amérique, ce pays neuf qui attire tant de proscrits, de ces exilés loin de la France et qui se rassemblent autour de Joseph[3], il y a aussi la Louisiane qui fut province française jusqu’à sa vente en  mai 1803  par Bonaparte, Premier Consul) La Nouvelle-Orléans. Certaines de ses rues portent ou ont porté les noms évocateurs de Napoléon [2], Marengo, Austerlitz, Iéna…. On peut encore voir dans cette ville « La Maison Napoléon » appelée aussi « Maison Girod »[4], du nom de Nicolas Girod (1751-1840), ce français émigré aux Etats-Unis, bien avant l’Empire, et qui fut le Maire de cette ville de 1812 à 1815. Grand admirateur de l’Empereur, Girod voulait tenir sa demeure à la disposition de Napoléon dans le cas selon lequel il aurait choisir de partir pour l’Amérique en 1815. En mars 1817, le Congrès américain, à l’initiative de Monroe, président des Etats-Unis accorde des milliers d’hectares de terrain dans l’Alabama à la Société  Agricole et Manufacture française, appelée aussi « Société de la Vigne et de l’Olivier ». Cette dernière a été créée par des exilés bonapartistes français.  Environ trois cents colons ont à se partager cette vaste étendue, parmi lesquelles Clauzel, Lefebvre-Desnouettes, Henri Lallemand… Dans un environnement  naturel plutôt hostile et marécageux fut fondée Démopolis. Mais une erreur dans le plan d’attribution obligea ses habitants à déménager. Ils créèrent un peu plus au nord les villes d’Aigleville, Marengo et même Toulouse ! Ils fondent l’Etat de Marengo au nom évocateur et qui engloba ces trois villes. En 1818, au Texas (alors possession espagnole), le général Lallemand et cent-vingt officiers bonapartistes fondèrent « Le Champ d’Asile ».  Cette colonie est ouverte à tous les Français et étrangers ayant servi dans les armées de la République et de l’Empire.  Hélas, son existence finit par péricliter à l’automne 1818 ; tout comme la colonie d’Aigleville. L’Amérique du Sud et ses républiques naissantes accueillirent d’autres exilés français. Au Chili, par exemple, le général Brayer, dont Louis Marchand, le valet de chambre de Napoléon,  épousera la fille à son retour de Sainte-Hélène, y trouve refuge.  C’est aussi dans ce pays que l’on voit le colonel Latapie entouré de quelques soixante-dix volontaires et qui fut associé, avec d’autres officiers, à un projet afin de faire évader Napoléon de Sainte-Hélène. Exilé en Amérique du Sud  durant l’été 1817,  le capitaine  de cavalerie Persat [5] qui veut servir dans les armées du célèbre général Simon Bolivar, a également le même objectif. Toutes ces initiatives de complots afin de faire de resteront à l’état d’ébauche ; une importante mobilisation  collective faisant défaut et Joseph, frère de l’Empereur ne prit par prudence  jamais aucune position. L’ancien Roi d’Espagne préféra goûter à la quiétude de sa demeure de Point Breeze plutôt que de donner l’impulsion nécessaire, financière entre autre, à des projets qu’il jugeait comme étant peu réalistes voire dangereux[6]. L’Histoire a retenu le nom du général Van Hogendorp. Cet hollandais qui servit si bien Napoléon et qui fut un de ses aides-de-camp, est exilé depuis 1817 au Brésil. Il mène désormais une existence d’ermite à Rio de Janeiro. Hogendorp se consacre à ses plants d’orangers et de caféiers sur les pentes du célèbre Corcovado.  Nul ne sait, s’il songea un jour à faire évader Napoléon de son rocher de Sainte-Hélène[7].

Christophe BOURACHOT

Ci-dessus: portait du général Guillaume de Vaudoncourt. 


[1]  Avant de poursuivre sa route en Amérique du Sud, Persat rencontra Joseph Bonaparte à New-York en août 1817. Voici ce que le frère aîné de Napoléon lui confia : « «  Il m’assura dans des termes touchants qu’il était prêt à sacrifier sa vie et sa fortune pour la délivrance de l’Empereur, mais qu’il avait été forcé de renoncer à ce projet par des avis positifs qu’il avait reçus de Londres et qui lui faisaient connaître les ordres barbares du gouvernement anglais. Ces ordres étaient de mettre à mort l’Empereur au cas d’une attaque sérieuse contre les quatre mille geôliers qui le gardaient à vue comme les cannibales surveillent le prisonnier qu’ils vont dévorer! On se rappelle que le chef de ces geôliers était l’infâme et sanguinaire Hudson Lowe, digne en tous points d’exécuter les volontés de son exécrable gouvernement. »

[2] Napoléon savait que le général Hogendorp se trouvait au Brésil, comme il l’écrit, dans le Sixième Codicille de son testament, en lui léguant la somme de 100 000 francs.

[3] A La Nouvelle-Orléans  il existe une « Avenue Napoléon ».

[4] C’est actuellement un beau restaurant qui appartient à Ralph Brennan, un restaurateur qui possède d’autres établissements à La Nouvelle-Orléans. Sa carte, proposant des plats sympathiques, porte en gros plan (au moment où nous le constatons) la mention « Eating in exile » (« Manger en exil »), faisant allusion au caractère de demeure d’exil qu’aurait pu avoir cet endroit pour Napoléon. Mais l’Histoire en a voulu autrement ! Cet établissement dispose de plusieurs salles et salons pour organiser des réceptions. On y trouve même une « Napoléon Room » (« Salle Napoléon ») ! Site officiel : https://www.napoleonhouse.com/

[5] Comme il le dit dans la préface de ses « Mémoires », cet officier a servi depuis Austerlitz jusqu’à Waterloo, dans les rangs des grenadiers cheval,  ceux du 9ème dragons et du 4ème lanciers.

[6]  Par la suite, Le général de Vaudoncourt, se battra en Italie alors en proie à des mouvements révolutionnaires. On le retrouve ensuite en Espagne, pays qui connaît également un soulèvement du même ordre face au régime royal en place. Cet officier a publié notamment un témoignage qui fut réédité il y a quelques années : « Mémoires d’un proscrit, 1812-1854», La Louve, 2012, 2 volumes.

[7] Rien que dans la ville de Philadelphie (20 000 habitants à l’époque) comptera jusqu’à plus d’un millier d’exilés français qu’ils soient civils ou militaires. En Amérique, à la même époque, J. Lucas-Dubreton (« Le Culte de Napoléon »), écrit que l’on compte « près de 25.000 Français –émigrés de 93, terroristes, proscrits,- refugiés à New-York, Baltimore, Boston, Philadelphie, surtout, ville des grands loges maçonniques, où il y a des tavernes, la liberté d’opinion et des femmes. ». J. Thiry, dans son « Sainte-Hélène », cite le passage suivant : « Ayant appris que son frère Joseph avait acheté de grandes propriétés en Amérique et que de nombreux Français se groupaient autour de lui, l’Empereur pensa que des hommes très forts pourraient combattre victorieusement le système qui triomphait en Europe. S’il avait gagné l’Amérique, il aurait appelé auprès de lui tous ses proches qui auraient pu réaliser au moins quarante millions [de francs]. Ainsi se serait créé le noyau d’un rassemblement national et d’une patrie nouvelle. Napoléon pensait qu’avant un an, il aurait groupé autour de lui cent millions [de francs] et soixante mille individus dont la plupart auraient eu propriété, talents et instruction. Il aurait aimé réaliser ce rêve et acquérir ainsi une gloire nouvelle. « L’Amérique, continuait-il, était notre véritable asile sous tous les rapports. C’est un immense continent d’une liberté toute particulière. Si vous avez de la mélancolie, vous pouvez monter en voiture, courir mille lieues et jouir constamment du plaisir d’un simple voyageur; vous êtes l’égal de tout le monde; vous vous perdez à votre gré dans la foule, sans inconvénients, avec vos mœurs, votre langue, votre religion. »

 

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( 21 avril, 2021 )

1821-2021… La garnison anglaise en poste à Sainte-Hélène…

Sainte LN

D’après A. Chaplin, « A St. Helena Who’s Who » (Fonthill, 2014)

Le 53ème régiment d’infanterie (2ème bataillon).

Arrivé sur plusieurs navires en octobre 1815. En juin 1817, une réduction d’effectif est décidée. Une partie des hommes a été expédié en Inde notamment. Un petit continent resta à Sainte-Hélène et fut intégré dans le 1er bataillon de ce régiment.

Le 66ème régiment (1er bataillon).

Arrivé  entre fin juin et début juillet 1817.  En avril 1819, environ 400 hommes de ce régiment quittèrent Sainte-Hélène pour l’Angleterre.

Le 66ème régiment (2ème bataillon).

Arrivé en avril-mai 1816. Après la venue du 1er bataillon à Sainte-Hélène, l’année suivante, une partie du 2ème bataillon a été renvoyé en Angleterre. Beaucoup d’officiers et soldats ont été mis en demi-solde. D’autres ont rejoint les rangs du 1er bataillon.

Le 20ème régiment d’infanterie.

Arrivé sur place fin mars-début avril 1819. Lors des funérailles de l’Empereur, douze hommes de ce régiment portèrent le cercueil de Napoléon jusqu’à son lieu d’inhumation.

A Sainte-Hélène, il y avait également un régiment d’artillerie dont la mission essentielle était la surveillance des côtes afin de prévenir tour débarquement.  A ce sujet, il convient de préciser qu’en permanence, deux navires de surveillance tournaient autour de Sainte-Hélène, allant chacun en sens inverse.

 

 

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( 15 avril, 2021 )

1821-2021. Un projet d’évasion de Sainte-Hélène…

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Divers projets d’évasion ont été formés pendant la captivité de l’Empereur à Sainte-Hélène. Il est difficile de savoir lesquels Napoléon a connus. Mais à aucun il n’a jamais prêté la moindre attention. Il savait que son rôle était fini et que son martyre créerait en faveur de son fils un courant d’opinion favorable. Il s’est sacrifié pour son enfant.  La lettre ci-dessous, adressée par l’amiral Plampin, commandant des forces navales anglaise à Sainte-Hélène, à Lord Melville, ministre de la marine, donne sur un plan d’évasion par sous-marin des détails assez curieux.   

Sainte-Hélène, 25 janvier 1818. 

Monseigneur, le 8 de ce mois, j’ai eu l’honneur d’écrire à Votre Seigneurie pour lui rendre compte que j’avais reçu des instructions relatives au docteur O’Meara contenus dans votre lettre du 14 septembre [1817]. Par retour du « Mosquito » de Rio de La Plata, le 19 courant, j’ai reçu une lettre du capitaine Sharpe de l’ « Hyacinthe » datée du 22 décembre [1817], contant des rapports sur des complots et plans d’évasion du général Bonaparte, et dont la copie suit : « J’ai reçu il y a quelques semaines une communication confidentielle de M. Chamberlain, chargé d’affaires, à Rio de Janeiro : elle porte que le duc de Richelieu a avisé M. Malert, chargé d’affaires de France, qu’un plan était en préparation pour secourir Buonaparte ; quatre officiers (pris à Pernambouc et envoyés prisonnier à  Lisbonne) auraient déclaré qu’un général français nommé Brayer, au service de ce gouvernement était le principal acteur de cette affaire. J’ai en conséquence pris toutes [les] mesures en mon pouvoir pour m’assurer qu’un plan de ce genre se préparait- mais sans succès. Le général Brayer commande en ce moment les troupes bloquant Falcaquara ; il a avec lui plusieurs officiers français ; mais aucun d’eux, pendant leur séjour ici, n’a entendu parler d’une participation quelconque aux plans ci-dessous. -Un jeune homme, arrivé il y a quelque temps en Angleterre, a apporté le plan d’un bateau capable d’être mû à la rame sous l’eau. Ce bateau, pouvant contenir six hommes, naviguerait au choix en surface ou sous l’eau pendant plusieurs heures. La personne qui a apporté ce plan a refusé de donner le nom des personnes qui l’emploient en angleterre. J’ai transmis l’affaire à l’Amirauté, qui pourra sans aucun doute découvrir ces personnes ; un brevet d’invention a, je crois, été pris. Le bateau est en fer et peut-être transporté à bord d’un vaisseau de 150 tonneaux. Le Gouvernement de Buenos-Ayres [Buenos-Aires] n’a donné aucune réponse à cette proposition… 

Amiral PLAMPIN. 

Document publié en 1932 dans la « Revue des Etudes Napoléoniennes, avec la mention « Communication de Mlle DECHAUX ». 

 

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