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( 12 juillet, 2019 )

Les PERTES FRANCAISES durant la CAMPAGNE d’ESPAGNE (1808-1814).

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« L’écrivain Léon Meyniel, très bien disposé à l’égard de tout ce qui touche Napoléon estime que, dans l’affaire d’Espagne, les morts français s’élèveraient à 70 000. A quoi il y aurait lieu d’ajouter ceux des contingents étrangers, plus évidemment ceux de Cadix et de Cabrera. En tout donc à peu près 100 000. La proportion normale donnerait 200 000 blessés. Ce qui finalement aboutirait à un total de 300 000 hommes. Le lieutenant-colonel Clerc, lui, pense que nos pertes se sont élevées à 473 000 Français. Ce chiffre me paraître être trop fort pour les effectifs engagés.  Marbot est un témoin plus direct, au surplus sans aucun motif de partialité dans un sens ou dans l’autre.  Voici ce qu’il écrit : « Dans la péninsule ibérique, les français ont eu 200 000 hommes tués ou morts dans les hôpitaux ; auxquels il faut joindre les 60 000 perdus par nos alliés de diverses nations ».  A titre de comparaison, il est intéressant de remarquer que la guerre d’Espagne nous aurait, à nous seuls Français, coûté exactement deux fois plus que la guerre de 1870 alors que, au début du XIXème  siècle, notre pays était d’un tiers moins peuplé.  Quant aux Espagnols, ils calculent que, pour eux, ils auraient, d’une manière ou d’une autre, perdu 5 000 000 des leurs.  Pour une population total de douze millions d’âmes, la saignée se trouverait ainsi être très supérieure à celle de la France de 1914 à 1918.

On comprend qu’elle ait laissé un terrible souvenir ». 

Georges ROUX, (« Napoléon et le guêpier espagnol », Flammarion, 1970). 

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( 10 avril, 2019 )

Lettres d’Espagne…(2 et fin).

Lettres d'Espagne...(2 et fin). dans TEMOIGNAGES 82-000842

Suite et fin de la correspondance du caporal Franconin, en Espagne…

Logroño, 30 décembre 1810.

Votre lettre datée du 30 octobre, en réponse à la mienne de Los Arcos, et sans doute la dernière que vous m’avez écrite, est venue calmer la crainte que m’occasionnait votre long silence. J’ai cru y voir quelques reproches sur la distance qui existe entre la réception de mes lettres et mêmes de leurs dates. Si je voulais me justifier, je répéterais une deuxième dois ce que vous avez lu dans ma dernière ; mais je me contenterai de vous persuader qu’il m’a été absolument impossible de vous écrire plus souvent que je ne l’ai fait jusqu’à présent, à cause du peu d’occasions qui se présentent de faire passer les lettres à Vittoria. Vous n’ignorez pas combien je suis sensible à vois moindres peines ; comment voulez-vous que mon cœur, qui est toujours où vous êtes, ne cherche pas tous les moyens d’adoucir les cuisantes inquiétudes que vous donnez mon absence et les dangers apparents auxquels vous croyez que je suis exposé journellement ? Soyez plus tranquille, je vous prie ; quoique j’éprouve quelques fatigues, elles sont loin d’être aussi considérables que votre tendresse paternelle, qui seule m’en console, vous les fait voir. Il en est de même des dangers ; ils n’existent que pour les personnes imprudentes. Les brigands sont trop peu redoutables, quoique nombreux ; leur perfidie seule est à craindre. Calmez donc vos appréhensions. Je suis presque aussi en sûreté que si j’étais au milieu dela France.il paraît que nous sommes encore ici pour quelque temps. Je le souhaite de tout mon cœur. Les vivres sont bons, les femmes belles et les hommes sont affables. Le régiment de fusiliers-grenadiers d’où je sors et dont je désirerais encore faire partie est en ce moment à Vittoria, à 15 ou 16 lieues de Logroño. S’il était possible d’engager le général à écrire une deuxième fois à MM. Bodelin et Hennequin, peut-être serais-je bientôt au comble de mes vœux.

Si j’avais le bonheur, tandis qu’ils y sont, d’aller à  Vittoria, je m’empresserais d’aller les remercier des promesses qu’ils ont faites à notre brave parent, de me rappeler à la première occasion dans leur régiment.

 Mille souvenirs agréables et reconnaissants pour madame D… . Je rends mille remerciements à l’aimable dame italienne  qui, à votre considération, veut bien s’occuper pour mon avancement.

Logroño, 7 février 1811.

J’ignore depuis bien longtemps ce qui se passe là où vous êtes et comment vous vous portez. Certes, vous conviendrez qu’il est désolant pour un cœur aimant de se voir négligé autant que je le suis. Vous me faites des reproches sur ma paresse, vous le devez, mais n’aurais-je pas bien aussi lieu de vous en faire ? Vous qui n’ignorez pas que c’est la seule consolation que je puisse recevoir au milieu des fatigues militaires. Je vous en prie, soyons plus exacts l’un et l’autre, puisque c’est l’unique jouissance que ne peut plus nous ravir l’espace immense qui nous séparer ; usons-en le plus possible, nous nous apercevrons moins que nous sommes éloignés.

On parle beaucoup d’un prochain départ, nous ne sommes tous fâchés. Que nous parcourrions tous l’Espagne qu’il nous serait difficile de trouver une meilleure garnison. Nous faisons beaucoup de service, mais aussi nous sommes bien. La Jeune Garde a reçu depuis peu une nouvelle dénomination. Les chasseurs se nomment maintenant voltigeurs de la Garde ; ils sont quatre régiments. Les grenadiers se nomment tirailleurs et forment autant de régiments que les voltigeurs. Ainsi, dorénavant, dans vos adresses, n’écrivez plus tirailleurs-grenadiers, mais 1er régiment de tirailleurs de la Garde. Ca ne change en rien le cadre des sous-officiers des premiers régiments des tirailleurs et voltigeurs. Ils comptent toujours et reçoivent la paye de la Vieille Garde. Écrivez-moi promptement. Je duis impatient d’apprendre si vous jouissez tous d’une bonne santé, si ma précédente [lettre] a trouvé ma tendre et chère mère un peu remise de la longue et terrible maladie qu’elle a éprouvée et si celle-ci la trouvera entièrement rétablie. Je fais des vœux pour que cela soit et pour apprendre bientôt qu’ils ont été exaucés. Veuillez persuader à la charmante dame italienne que je n’oublierai jamais ses offres obligeantes.

Burgos, 12 mai 1811.

J’ai reçu vos deux lettres datées du 9 et 23 avril, qui m’ont causées un sensible plaisir. J’ai trouvé dans la première une douce plaisanterie mêlée de sages conseils dictés par l’intérêt et l prévoyance paternelle, capables de me faire revenir sur mes égarements si les passions passagères avaient plus d’empire sur moi.  Ils seraient venus un peu tard s’ils eussent été nécessaires. Les femmes espagnoles, quoique belles et aimables, ne me causeront jamais un sensation trop vive, avec leur air dédaigneux et imposant quoique dans le fond elles en soient très éloignées. Elles céderont toujours dans mon cœur à la gaieté et aux grâces naturelles de nos charmantes Françaises. Pour les coups de pied de Vénus que vous paraissez appréhender, soyez tranquille, j’y veille. Les sens ne m’aveugleront pas assez pour m’entraîner dans les repaires où se vendent de détestables plaisirs. Le régiment, il est vrai, a beaucoup souffert depuis qu’il est en Espagne ; il s’est éprouvé plusieurs fois avec des bandes de brigands six fois plus nombreuses et s’en est toujours tiré avec honneur et avantage. Nos soldats sont des hommes faits, tous de mon âge ou un peu plus vieux, d’une complexion robuste, capables de supporter mes plus grandes fatigues et de voir sans crainte le péril ou la mort. On vous a donc grossi les objets ; nous avons fait quelques pertes qui ont très peu diminué le régiment, et certes, c’est un de ceux qui ont obtenu le plus de succès et qui ont été les moins maltraités. N’ayez plus d’inquiétude ; je jouis d’une santé parfaite et serai peut-être bientôt plus à même de vous en donner la certitude de plus près, si on ne ment pas. Votre esprit travaille, j’en suis sûr ; très bien, que pensez-vous que cela soit ? Comme vous chercheriez trop longtemps, je vais vous le dire. Apprenez donc que l’Empereur, par un décret, reprend tout le cadre des officiers, sous-officiers, caporaux et tambours sortant de la Vieille Gardepour le 2ème régiment de grenadiers ; que nous ne sommes ici que jusqu’à ce que nous soyons relevés ; qu’aussitôt après, nous prendrons la routez de la capitale pour rejoindre cet ancien régiment; que je suis compris dans le nombre ; que, sans cette nouvelle, je serais fourrier dans la même compagnie, puisque j’ai été présenté il y  a plus de trois semaines et que je le serai peut-être en arrivant à Paris.

Respirez maintenant, vous devez en avoir besoin. Que l’espérance de me savoir bientôt caporal ou fourrier des vieux grenadiers chasse tout à fait ces idées noires et douloureuses que vous causaient les périls auxquels vous pensiez que j’étais sans cesse exposé. Il est possible que nous partions bientôt ; je vous prierais donc de vouloir bien me donner dans votre prochaine [lettre] les adresses de vos amis et de ceux qui vous aiment. J’éprouverai une bien douce jouissance d’y voir le général avec sa jeune er charmante épouse. J’en ai reçu une lettre renfermant l’adresse de son hôtel à Paris. Il me dit avoir écrit par le même courrier au général Dorsenne. Je le crois, mais je n’ai encore rien su de son effet.

 Je me propose de lui écrire un de ces jours, à son adresse, à Paris.

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( 1 avril, 2019 )

Lettres d’Espagne… (1)

Lettres d’Espagne… (1) dans TEMOIGNAGES espagne-1

François Franconin (1788-1857) était au moment de son entrée en Espagne, caporal au 1er régiment de tirailleurs,  et ce depuis le 20 avril 1810. Le 22 mai de l’année suivante, il est nommé fourrier dans ce même régiment. Ses « Lettres et Souvenirs » dont est extraite la correspondance qui suit, parurent la première fois en 1909 dans le « Carnet de la Sabretache ». Ses lettres sont adressées à ses parents.

Bilbao, 14 août 1810.

Depuis plus de deux mois je soupirais après une de vos lettres. Je viens enfin d’en recevoir une en réponse à celles que j’eus le plaisir de vous écrire dans le cours de mon voyage à Saint-Jean-de-Luz…. Voici près de trois semaines que nous sommes dans cette ville et nous n’avons pas encore eu le temps de respirer. Nous sommes toujours de garde ou en course contre les brigands que nous avons beaucoup de peine à joindre dans les montagnes escarpées qui composent presque toute la Biscaye.  Bilbao est une belle et charmante ville, sa grandeur est moyenne. Extrêmement bien placée dans une colline très fertile, qui se prolonge jusqu’à la mer dont elle est éloignée à environ trois lieues de poste, et à laquelle elle communique par une rivière sujette aux marées et qui est assez forte avec leurs secours pour former presque autour un port sûr et assez grand. Elle doit être considérable par son commerce, en temps de paix, à en juger aux avantages de sa position et à son commerce actuel. Les habitants m’ont paru jusqu’à présent les plus affables de l’Espagne. On dirait qu’ils nous aiment, surtout les femmes. Jamais l’aménité n’exista autant et la fierté si peu, chez ce sexe aimable, que dans cette ancienne capitale de la Biscaye.

P.S. Voici mon adresse : M. Franconin, caporal dans la 1ère compagnie du 2ème bataillon du 1er régiment de tirailleurs-grenadiers de la Garde Impériale, à Bilbao, à la suite du régiment.

Logroño, 19 décembre 1810.

Jugez de ce que je souffre ! Quoique certain que vous soupirez après la connaissance de mon sort, il m’a été impossible de faire cesser plus tôt votre cruelle inquiétude. Depuis près de deux mois nous sommes à courir les montagnes, nous partons le matin sans avoir d’endroits fixes où nous devions nous arrêter à la fin de la journée. Nous marchons dès la pointe du jour et nous couchons aux villages que nous rencontrons lorsque nous ne voyons plus rien.

Le seul soulagement que j’éprouve dans toutes ces fatigues était l’espoir d’apprendre de vous nouvelles en rejoignant l’état-major. J’ai été cruellement trompé ! Je n’ai rien trouvé que la certitude que vous m’aviez oublié, que vous étirez malade ou que vous aviez écrit et que vos lettres étaient perdues ou égarées, vu le fréquent changement de cantonnement. Les deux premières causes sont trop terribles pour que je ne cherche pas à en éloigner l’idée désolante ; la dernière, quoique malheureuse pour moi, puisqu’elle prolonge mes craintes, ne laisse pas de me donner l’espérance de connaître sous peu comment vous êtes, si vos chagrins diminuent et si vous jouissez tous d’une santé ferme et durable.

Enfin, à force de marcher à la rencontre des brigands, nous les avons vus plusieurs fois de suite. Employant autant de ruses pour les trouver qu’ils en mettaient pour nous éviter, deux colonnes mobiles de la Garde rencontrèrent un de leurs plus fortes bandes dans une colline à deux portées de fusil d’une assez grande ville nommée Bellerado, située dans la Rioja, province touchant à la Navarre, à la Biscaye, à la Vieille-Castille et à la Nouvelle. Nous les battîmes complètement. On leur tua plus de 800 hommes. Ils furent heureux du retard qu’a éprouvé une des colonnes pour se réunir à l’autre, dont ils ont profité, sans quoi il en serait peu resté pour aller apprendre aux autres la nouvelle de la défaite de Mina, leur plus fameux général. Nous n’avons cessé pendant huit jours de poursuivre les restes de ces bandits dans les montagnes les plus escarpées. Plusieurs fois nous en avons défait les détachements, mais il nous a été impossible de trouver les autres. Je ne savais que penser de ces coquins avant d’avoir éprouvé leu valeur. Elle est très peu de chose. Ils ne sont bons que dans les gorges et six fois plus nombreux que leurs  adversaires.

J’écrirai au général [Le général Franconin-Sauret (1742-1818), un des parents de l’auteur, et  qui avait débuté dans la carrière militaire en 1756] si le temps me le permettait. J’espère avoir ce plaisir et cet honneur dans peu de jours. En attendant, veuillez le persuader que je conserve le souvenir de ses bontés et que je l’embrasse le plus respectueusement possible.

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Logroño, 30 décembre 1810.

Votre lettre datée du 30 octobre, en réponse à la mienne de Los Arcos, et sans doute la dernière que vous m’avez écrite, est venue calmer la crainte que m’occasionnait votre long silence. J’ai cru y voir quelques reproches sur la distance qui existe entre la réception de mes lettres et mêmes de leurs dates. Si je voulais me justifier, je répéterais une deuxième dois ce que vous avez lu dans ma dernière ; mais je me contenterai de vous persuader qu’il m’a été absolument impossible de vous écrire plus souvent que je ne l’ai fait jusqu’à présent, à cause du peu d’occasions qui se présentent de faire passer les lettres à Vittoria. Vous n’ignorez pas combien je suis sensible à vois moindres peines ; comment voulez-vous que mon cœur, qui est toujours où vous êtes, ne cherche pas tous les moyens d’adoucir les cuisantes inquiétudes que vous donnez mon absence et les dangers apparents auxquels vous croyez que je suis exposé journellement ? Soyez plus tranquille, je vous prie ; quoique j’éprouve quelques fatigues, elles sont loin d’être aussi considérables que votre tendresse paternelle, qui seule m’en console, vous les fait voir. Il en est de même des dangers ; ils n’existent que pour les personnes imprudentes. Les brigands sont trop peu redoutables, quoique nombreux ; leur perfidie seule est à craindre. Calmez donc vos appréhensions. Je suis presque aussi en sûreté que si j’étais au milieu de la France. il paraît que nous sommes encore ici pour quelque temps. Je le souhaite de tout mon cœur. Les vivres sont bons, les femmes belles et les hommes sont affables. Le régiment de fusiliers-grenadiers d’où je sors et dont je désirerais encore faire partie est en ce moment à  Vittoria, à 15 ou 16 lieues de Logroño. S’il était possible d’engager le général à écrire une deuxième fois à MM. Bodelin et Hennequin, peut-être serais-je bientôt au comble de mes vœux.

Si j’avais le bonheur, tandis qu’ils y sont, d’aller à  Vittoria, je m’empresserais d’aller les remercier des promesses qu’ils ont faites à notre brave parent, de me rappeler à la première occasion dans leur régiment.

Mille souvenirs agréables et reconnaissants pour madame D… . Je rends mille remerciements à l’aimable dame italienne  qui, à votre considération, veut bien s’occuper pour mon avancement.

Logroño, 7 février 1811.

J’ignore depuis bien longtemps ce qui se passe là où vous êtes et comment vous vous portez. Certes, vous conviendrez qu’il est désolant pour un cœur aimant de se voir négligé autant que je le suis. Vous me faites des reproches sur ma paresse, vous le devez, mais n’aurais-je pas bien aussi lieu de vous en faire ? Vous qui n’ignorez pas que c’est la seule consolation que je puisse recevoir au milieu des fatigues militaires. Je vous en prie, soyons plus exacts l’un et l’autre, puisque c’est l’unique jouissance que ne peut plus nous ravir l’espace immense qui nous séparer ; usons-en le plus possible, nous nous apercevrons moins que nous sommes éloignés.

On parle beaucoup d’un prochain départ, nous ne sommes tous fâchés. Que nous parcourrions tous l’Espagne qu’il nous serait difficile de trouver une meilleure garnison. Nous faisons beaucoup de service, mais aussi nous sommes bien.

La Jeune Garde a reçu depuis peu une nouvelle dénomination. Les chasseurs se nomment maintenant voltigeurs de la Garde ; ils sont quatre régiments. Les grenadiers se nomment tirailleurs et forment autant de régiments que les voltigeurs. Ainsi, dorénavant, dans vos adresses, n’écrivez plus tirailleurs-grenadiers, mais 1er régiment de tirailleurs de la Garde. Ca ne change en rien le cadre des sous-officiers des premiers régiments des tirailleurs et voltigeurs. Ils comptent toujours et reçoivent la paye de la Vieille Garde. Écrivez-moi promptement. Je duis impatient d’apprendre si vous jouissez tous d’une bonne santé, si ma précédente [lettre] a trouvé ma tendre et chère mère un peu remise de la longue et terrible maladie qu’elle a éprouvée et si celle-ci la trouvera entièrement rétablie. Je fais des vœux pour que cela soit et pour apprendre bientôt qu’ils ont été exaucés.

Veuillez persuader à la charmante dame italienne que je n’oublierai jamais ses offres obligeantes.

Burgos, 12 mai 1811.

J’ai reçu vos deux lettres datées du 9 et 23 avril, qui m’ont causées un sensible plaisir. J’ai trouvé dans la première une douce plaisanterie mêlée de sages conseils dictés par l’intérêt et l prévoyance paternelle, capables de me faire revenir sur mes égarements si les passions passagères avaient plus d’empire sur moi.  Ils seraient venus un peu tard s’ils eussent été nécessaires. Les femmes espagnoles, quoique belles et aimables, ne me causeront jamais un sensation trop vive, avec leur air dédaigneux et imposant quoique dans le fond elles en soient très éloignées. Elles céderont toujours dans mon cœur à la gaieté et aux grâces naturelles de nos charmantes Françaises. Pour les coups de pied de Vénus que vous paraissez appréhender, soyez tranquille, j’y veille. Les sens ne m’aveugleront pas assez pour m’entraîner dans les repaires où se vendent de détestables plaisirs.

Le régiment, il est vrai, a beaucoup souffert depuis qu’il est en Espagne ; il s’est éprouvé plusieurs fois avec des bandes de brigands six fois plus nombreuses et s’en est toujours tiré avec honneur et avantage. Nos soldats sont des hommes faits, tous de mon âge ou un peu plus vieux, d’une complexion robuste, capables de supporter mes plus grandes fatigues et de voir sans crainte le péril ou la mort. On vous a donc grossi les objets ; nous avons fait quelques pertes qui ont très peu diminué le régiment, et certes, c’est un de ceux qui ont obtenu le plus de succès et qui ont été les moins maltraités. N’ayez plus d’inquiétude ; je jouis d’une santé parfaite et serai peut-être bientôt plus à même de vous en donner la certitude de plus près, si on ne ment pas. Votre esprit travaille, j’en suis sûr ; très bien, que pensez-vous que cela soit ? Comme vous chercheriez trop longtemps, je vais vous le dire.

Apprenez donc que l’Empereur, par un décret, reprend tout le cadre des officiers, sous-officiers, caporaux et tambours sortant de la Vieille Garde pour le 2ème régiment de grenadiers ; que nous ne sommes ici que jusqu’à ce que nous soyons relevés ; qu’aussitôt après, nous prendrons la routez de la capitale pour rejoindre cet ancien régiment; que je suis compris dans le nombre ; que, sans cette nouvelle, je serais fourrier dans la même compagnie, puisque j’ai été présenté il y  a plus de trois semaines et que je le serai peut-être en arrivant à Paris.

Respirez maintenant, vous devez en avoir besoin. Que l’espérance de me savoir bientôt caporal ou fourrier des vieux grenadiers chasse tout à fait ces idées noires et douloureuses que vous causaient les périls auxquels vous pensiez que j’étais sans cesse exposé. Il est possible que nous partions bientôt ; je vous prierais donc de vouloir bien me donner dans votre prochaine [lettre] les adresses de vos amis et de ceux qui vous aiment. J’éprouverai une bien douce jouissance d’y voir le général avec sa jeune er charmante épouse. J’en ai reçu une lettre renfermant l’adresse de son hôtel à Paris. Il me dit avoir écrit par le même courrier au général Dorsenne. Je le crois, mais je n’ai encore rien su de son effet.

Je me propose de lui écrire un de ces jours, à son adresse, à Paris.

A suivre…

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( 22 février, 2019 )

Les confessions d’un traître. Extrait des mémoires du général Jean Sarrazin.

sarrazin1.jpgJean Sarrazin naquit à Saint-Sylvestre (Lot-et-Garonne) en 1770. Il débuta par professer les mathématiques au collège de Sorrèze. Il était précepteur des enfants du duc de Béthune lorsqu’il s’engagea en 1792, dans l’armée du Nord. Après avoir servi sous Kléber, Sarrazin devint chef d’état-major de Bernadotte dans sa campagne d’Allemagne, en 1796, puis il accompagna Humbert en Irlande. Rappelé en France, il fut nommé par Bernadotte, alors ministre de la guerre, chef du bureau du mouvement des troupes. En cette qualité, il s’entremit entre Bonaparte et Bernadotte après le 18 brumaire et amena un rapprochement entre les deux généraux.  Nous le retrouvons à Naples peu après, en lutte avec Murat, et se faisant remarquer par sa duplicité, son esprit faux et son acharnement à dénoncer ses camarades. Rayé pour ce fait des cadres de l’état-major, il reprend pourtant du service on 1802 et est envoyé à Saint-Domingue.  Il fait les campagnes de 1805 et 1806 en Allemagne. En 1809, il est commandant du Département de l’Escaut, puis du département de la Lys. Il va pouvoir alors mettre à exécution son projet, étudié depuis longtemps, de vendre sa patrie à l’Angleterre.  Pour 1.500.000 francs, il devait faciliter le débarquement des troupes anglaises à Flessingue et leur livrer les plans de Napoléon. Sarrazin s’embarque à Boulogne en 1810, et tandis que le conseil de guerre de Lille le condamne à mort par contumace, il conspire à Londres. Cependant le cabinet britannique le tient en suspicion et n’utilise pas ses services. En 1813, il intente au gouvernement anglais un procès en restitution de la somme promise. Ce procès scandaleux achevait de couler Sarrazin dans l’opinion publique. Il rentre en France en 1815 avec les Bourbons et a l’audace, pendant les Cent-Jours, d’offrir ses services à l’Empereur. Napoléon le fait arrêter et la Seconde Restauration refuse de l’employer. Il est même rayé des cadres en 1817, malgré ses réclamations et le rappel de sa conduite en 1810. En 1819, Sarrazin est poursuivi comme trigame. Il est convaincu d’être le mari de trois femmes, dont la première a été épousée à Livourne, la seconde à Londres ; il vient de se marier dans le Lot-et-Garonne avec la troisième. Condamné à vingt ans de travaux forcés, gracié trois ans après, Sarrazin se réfugie à Lisbonne. Le gouvernement portugais le fait conduire à Londres. Depuis lors, le triste général mène une vie errante, de Hollande en Turquie et d’Angleterre en Allemagne. Il meurt en 1840, sans avoir obtenu de Louis-Philippe de rentrer en France. Sarrazin a beaucoup écrit et beaucoup publié : Mémoires contre Napoléon, correspondance avec Jomini, Histoire de la Guerre d’Espagne et de Portugal, etc. Il a laissé aussi des Mémoires dont nous tirons l’extrait suivant, que nous croyons inédit.Ces mémoires ne ressemblent nullement à ceux qui, dit-on, vont être publiés, et dont la « Revue Rétrospective » de décembre dernier a donné un fragment. 

Vicomte de Grouchy. (Extrait paru la première fois dans le « Carnet Historique et Littéraire », en 1898/1899).

Le 10 juin 1810, je quittai le camp de Boulogne, entraîné par le désir de servir mon légitime souverain, en fournissant à l’Angleterre les moyens de renverser l’usurpateur. Dans la conférence que j’eus avec le marquis de Wellesley, ministre des affaires étrangères, sa Seigneurie me traita de la manière la plus indécente parce que je lui dis  » que rien n’était plus facile que la restauration dos Bourbons sur la terre de leurs illustres ancêtre.Cette époque tant désirée n’avait été différée que par l’ineptie des directeurs, des coalitions et que je répondais, sur ma tête, d’un succès complet, si les puissances de l’Europe consentaient à exécuter ponctuellement tous mes plans « . 

Le marquis me dit très froidement qu’il fallait avoir perdu la raison pour parler de restauration, Lorsque Buonaparte, était plus puissant que jamais ; qu’il était plus vraisemblable que j’étais un de ses agents ; que je devais me préparer à partir pour Douvres, et que le vaisseau qui m’avait reçu à son bord serait chargé de me débarquer à Boulogne « .

Cette conversation dura plus d’une heure ; je la conclus en demandant au marquis  » s’il était ennemi de Buonaparte, et s’il y avait à Londres des soldats à sa disposition « . Sur sa réponse affirmative, je lui dis avec vivacité :  » Puisque vous êtes ennemi de Buonaparte, vous ne voudrez pas lui procurer la jouissance de me faire martyriser, et je vous demande comme une faveur de me faire fusiller sous les fenêtres de votre hôtel. « 

J’étais fortement ému, le marquis en parut inquiet. Il sonna pour faire entrer ses gens. Alors, il me dit avec un orgueil oriental : 

 » Puisque vous me paraissez de bonne foi, vous resterez à Londres ; envoyez vos plans au Foreign-Office, et comptez sur la protection des ministres de Sa Majesté.

 » Je me retirai très mécontent, d’autant plus que le marquis m’avait insinué, dans le cours de la conversation,  » que plusieurs Français s’étaient déjà expliqués sur mon compte ; que je ne serais pas admis dans leur société, parce que j’étais fils de roturier, et que les Anglais devaient bien me surveiller, étant très vraisemblable que j’étais un second Méhée de la Touche « . En arrivant à Londres, on m’avait forcé de loger chez un messager d’État, sorte de prison, où les ministres placent quiconque leur paraît suspect. Je me plaignis de cette sévérité ; on me répondit que c’était pour ma sûreté personnelle, qui serait compromise dans un hôtel, à cause des nombreux agents que Buonaparte entretenait à Londres.

Je n’avais qu’un but, en quittant Boulogne, « de me venger des injustices de Buonaparte « . La mauvaise foi des ministres ne me parut pas un motif suffisant pour changer de résolution.Du 14 juin au 12 juillet, je travaillai nuit et jour, et mes documents prouvèrent que la restauration des Bourbons était non seulement facile, mais indispensable pour donner la paix à l’Europe. 

Mon sort parut s’améliorer ; on me donna le colonel sir Robert Wilson pour me tenir compagnie. Son Altesse Royale le duc d’York me fit dire par lord Elgin, ancien ambassadeur à Constantinople, que  » mes plans étaient très précieux ; que la restauration de Louis XVIII devait en être le résultat, et que je pouvais compter sur sa protection toute particulière « .

Je fus invité dans les premières maisons de Londres. Le 2 août, je dînai avec tous les lords de l’amirauté. On me rendit ma liberté, en m’autorisant à quitter la maison du messager d’État. J’étais à dîner chez lord Hutchinson, lorsque M. Hamilton m’annonça de la part du marquis de Wellesley que  » j’avais carte blanche dans Londres, pourvu que je ne conspirasse pas contre le gouvernement anglais « . Vers la fin du dîner, lord Hutchinson parla beaucoup de paix avec Napoléon. Il voulait me sonder, il me demanda mon opinion. Je répondis franchement que, si l’Angleterre accordait à Buonaparte une paix de trois ans, je garantissais qu’avant la fin de la troisième année, les trois royaumes ne seraient que trois provinces françaises, et qu’il n’y avait qu’un moyen de paix honorable et solide pour l’Angleterre et l’Europe, c’était d’organiser une coalition d’après mes plans pour renverser Buonaparte et délivrer le genre humain de son plus cruel ennemi « . Lord Hutchinson me répondit ces propres paroles :  » Vous parlez, mon général, comme un homme qui vient de faire un bon dîner, et qui a le ventre plein ! Vous voulez la guerre ; mais, si vous étiez à la place de nos manufacturiers, qui crèvent de faim, vos dispositions seraient plus pacifiques. Nous ne pouvons pas continuer la guerre encore deux ans sans être complètement ruinés.  » Je m’étais levé de table dès qu’il m’avait parlé de son dîner, j’étais allé prendre mon chapeau et je partais sans mot dire, lorsque j’entendis Milord me dire  » que je lui ferais beaucoup de plaisir de regarder sa maison comme la mienne « . Je lui donnai l’assurance que je n’abuserais pas de son offre, parce que je ne voulais pas être exposé à m’entendre reprocher un dîner. J’ai tenu parole et je ne l’ai plus visité.  Le marquis de Wellesley m’avait rendu ma liberté ; j’en profitai pour demander le payement de mes plans, que j’évaluai à soixante mille livres sterling, comme l’équivalent des pertes occasionnées par mon départ de France, telles que le rang et la dotation de comte, le traitement de commandeur de la Légion d’honneur et mes propriétés en France. Je demandais en outre le traitement et la paye qu’aurait un Anglais qui aurait été échangé comme lieutenant général, le 18 octobre 1798, jour de mon échange en cette qualité contre le général Burrard, par les gouvernements de France et d’Angleterre. En cas de refus, je priais le marquis de me donner un passeport pour me rendre aux États-Unis d’Amérique.On me promit tout, en observant  » que les Anglais étaient de très bons payeurs, que toutes les affaires étaient suspendues à cause de la maladie du Roi, qu’aussitôt que le Prince de Galles aurait été nommé Régent, je devais compter que je serais récompensé très généreusement ». 

M. le comte de La Châtre, ambassadeur de Sa Majesté Louis XVIII près Sa Majesté Britannique, me fit mille compliments sur la nature de mes écrits, et il fut satisfait, quand je lui eus détaillé les motifs qui m’avaient décidé à quitter la France. 

Le 12 février 1812, je fus déclaré prisonnier d’État par décision ministérielle signée Ryder, secrétaire d’État pour le département de l’intérieur. En septembre, même année, il me fut permis d’aller eu Suède.On ne m’avait donné cette permission que parce qu’on était assuré d’avance que le gouvernement suédois me renverrait en Angleterre. J’avais fait les démarches nécessaires pour obtenir la permission de m’établir en Danemark. M. le baron Alquier m’avait envoyé le consentement tacite de Buonaparte, lorsque je fus arrêté par ordre du Roi de Suède, conduit à Gothenbourg, et embarqué par force pour l’Angleterre.Le 21 décembre 1812, j’écrivis à M. le baron Alquier  » que la paix était facile, utile, et même nécessaire, et que les plans qu’avaient les Anglais étaient si importants et leurs ressources si grandes que, s’ils étaient gouvernés par un homme tel que Buonaparte, la majeure partie du continent de l’Europe ne serait bientôt qu’une vaste colonie de la Grande-Bretagne « .  On m’a assuré, depuis mon retour en France, que, si j’avais fait la folie de rentrer sous le dernier gouvernement, j’aurais été fusillé sur-le-champ. J’étais si mal traité en Angleterre, que j’aurais préféré ce triste sort à l’affreuse perspective de rester plus longtemps le prisonnier et le jouet des ministres anglais. J’ai néanmoins un tort à me reprocher dans la seconde époque de ma captivité en Angleterre, ou me fit insinuer, de la part du prince Régent,  » qu’on avait l’intention de me bien traiter, si je continuais à fournir le développement des plans que j’avais donnés la première année de mon arrivée à Londres.  » Je fus la dupe de ma bonne foi jusqu’au 2 octobre 1813 ; c’est le jour que me fut faite l’offre du gouvernement anglais de débarquer sur les côtes de France, pour y établir la guerre civile. Je répondis que je ne voulais pas porter les armes contre ma patrie et je demandai un passeport pour m’embarquer à Douvres et me rendre à Calais : le passeport me fut refusé ! Quelques jours après, je fus assailli dans ma maison par plusieurs officiers de police qui, sous le prétexte d’une dette à laquelle j’étais étranger, me volèrent la meilleure partie de ma bibliothèque.On voulait, à force de tracasseries, me faire adopter le plan du ministère anglais, mais tout fut inutile ; je rejetai toutes les propositions qui me furent faites. Dès que l’on eût appris à Londres la déchéance de Buonaparte et la restauration de Louis XVIII, je me rendis chez le comte de La Châtre et chez le comte de Liverpool pour y consigner mon adhésion entière aux mesures adoptées par le gouvernement provisoire.Le 22 avril, j’eus l’honneur d’être présenté à Sa Majesté Louis XVIII par M. le duc de Duras : le Roi me reçut avec la plus grande bonté, et il daigna me dire que  » son intention était que je rentrasse en France sans délai « .

M. le comte de La Châtre me donna l’autorisation à ce sujet ; il m’avait dit que je n’en avais pas besoin, puisque Sa Majesté avait permis que je fusse considéré comme faisant partie de sa suite.Le 2 mai, je fus encore admis à paraître devant Sa Majesté, quelques instants avant son arrivée au château de Saint-Ouen. Le 5 mai, je fus admis à l’audience du ministre de la guerre, qui m’accueillit avec bienveillance ; le même jour, je me rendis chez le maréchal MacDonald, qui s’avança vers moi dés qu’il me vit entrer dans son salon ; je croyais qu’il allait m’embrasser, lorsqu’il me dit d’un ton froid :

 » Je suis fâché, général, qu’on vous ait laissé entrer. En quittant le camp de Boulogne pour aller porter nos manoeuvres et nos plans aux ennemis de la Patrie, vous avez perdu mon amitié et mon estime.  » Je lui répondis à peu près en ces termes, eu présence d’une quarantaine d’officiers qui étaient réunis dans son salon : 

 » Monsieur le Duc, si vous m’aviez apostrophé en tête à tête, je me serais retiré sans mot dire, parce que je suis sûr que le général Macdonald estimera toujours le général Sarrazin.

Mais comme je suis jaloux de me justifier en présence de ces officiers, je ne sortirai de chez vous qu’après avoir exposé les motifs de mon départ de Boulogne. Mes anciens adjoints étaient généraux de division et j’étais encore général de brigade j’avais parlé avec franchise de la guerre d’Espagne. Je n’étais plus en sûreté, j’étais persuadé que mes plans étaient de nature à renverser Buonaparte et à rétablir les Bourbons. Je quittai l’abondance pour aller mendier, mais je me vengeais de mon ennemi, et j’avais l’espoir d’être utile à mon légitime souverain ; du reste, j’ai toujours parlé avec respect de l’armée française et j’ai refusé des places brillantes parce qu’alors j’aurais dû porter les armes coutre ma patrie.Par mes plans, je n’ai fait la guerre qu’à Buonaparte, et si le grand oeuvre de la Restauration a nécessité la présence des alliés à Paris, le gouvernement paternel des Bourbons aura bientôt fait oublier ce malheur passager.Au reste, Monsieur le Maréchal, comme vous avez toujours été royaliste, je ne vois dans votre mauvaise humeur qu’un peu de jalousie de ce que je me suis éloigné du Tyran de la France quatre ans plus tôt que vous,Lorsque vous serez mieux instruit de ma conduite, je vous connais assez ami de la justice pour être persuadé que vous m’accorderez votre approbation.  » Puis je me retirai. Lorsque j’étais employé, en 1799, au ministère de la guerre, j’eus plusieurs fois l’occasion d’obliger le maréchal Macdonald. A Modène, je lui avais été très utile dans son échauffourée avec le régiment de Bussy.A Naples, je lui portai des contributions énormes, que j’aurais pu garder, à l’exemple de tant d’autres ; à la bataille de la Trebbia, je me sacrifiai, ainsi que mes troupes, sans nécessité absolue, et par attachement pour lui, et c’est ce même maréchal Macdonald qui me prie de sortir de son hôtel !

Je l’ai revu depuis aux Tuileries, mais je me suis éloigné de lui, ne pouvant avoir aucun rapport avec un homme aussi ingrat et aussi injuste. Je ne suis pas le premier officier qui passe à l’ennemi et qui rentre à la paix, et tous ceux qui étaient avec Louis XVIII sont dans le même cas. Ce qui paraîtra bizarre, c’est la haine que me portent certains individus, parce que je n’ai pas voulu servir contre la France ; une répugnance invincible m’en a toujours empêché, quoique je trouve digne d’éloges tous ceux qui ont cru pouvoir être utiles à la bonne cause dans la carrière des armes : j’étais convaincu que j’étais plus utile par mes écrits.Le comte de Liverpool peut en parler savamment ; si Sa Seigneurie est consultée, elle dira que ma lettre du 26 février dernier a été de la plus grande utilité pour les opérations ultérieures des alliés. Mais, que dis-je ?

Puis-je espérer que les ministres qui ont nié les brillantes promesses qu’ils m’avaient fait faire, d’abord par M. Schwartz, et ensuite par M. Hamilton, consentiront à avouer les services que je leur ai rendus. J’attends la décision du Parlement sur ma pétition pour le payement de mes plans.

Je l’ai confiée à la loyauté de lord Ossulton et à la générosité de la nation anglaise.  Je conclurai mes observations par l’assurance que je suis étranger aux notes biographiques publiées par un Anglais qui a longtemps résidé en France. J’en avais composé six cents, dont environ trois cents avaient été traduites en anglais, et la traduction avait été corrigée dans les bureaux du marquis de Wellesley. S. A. R. la princesse de Galles, à qui le colonel sir Robert Wilson en avait présenté plusieurs des plus intéressantes, daigna me faire dire  » qu’il n’était pas convenable qu’un militaire écrivit sur le compte de ses camarades pour amuser le public malin de Londres « . Cet avis fut un trait de lumière pour moi, et quoiqu’on m’offrit deux mille louis de ces notes, dans un moment où j’avais bien besoin d’argent, je refusai de les publier, et je les brûlai, crainte que l’on eut recours à la force pour s’en emparer. C’est à peu prés à cette époque que le gouvernement me fit saisir un Mémoire à la nation anglaise pour réclamer contre le traitement affreux que me faisaient éprouver les ministres, parce que je ne voulais pas être un de leurs libellistes complaisants. 

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( 15 novembre, 2013 )

Au hasard de mes lectures…(3)

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Un ouvrage d’une qualité inégale.

Je viens de terminer l’ouvrage collectif, paru récemment et intitulé « Les Suisses de Napoléon à la Bérézina ». Je suis un peu déçu. Le livre commence par un article de Bénédict de Tscharner, président de la Fondation pour l’Histoire des Suisses dans le Monde : « Les Suisses de Napoléon et le Musée de Penthes [Musée des Suisses dans le Monde] ». Rien à dire, l’exposé est honnête avec cette neutralité (normal pour la Suisse…) qui permet une bonne compréhension. Mais quelle ne fut pas ma surprise en lisant le texte suivant, rédigé par François Walter, professeur d’histoire moderne… Là on tombe dans le dogmatisme anti-napoléonien « de base ». Napoléon est un « despote » (p.17), on y parle de « la démesure du despote » (p.20). L’auteur laisse entendre que les causes de la campagne de Russie sont dues à des aspirations nationales, à l’exemple de l’Espagne révoltés et des pays germaniques. C’est exact pour ces deux pays mais ce n’est pas le cas pour la Russie, au début de la campagne de 1812. Ce n’est pas un nationalisme exacerbé qui entre en ligne aux débuts des hostilités mais la violation par les Russes du blocus, cause initiale de l’entrée de l’armée française en Russie. Plus loin (p.21) il écrit : « D’un demi-million d’hommes en 1808, les effectifs vont rapidement doubler pour les campagnes de 1812 et de 1813 ».  Encore une inexactitude. 500 000 hommes en Espagne ? Cela voudrait supposer que la Grande Armée comprenait dans ses rangs 1 million d’hommes tant en Russie que dans les plaines de Saxe ? Invraisemblable quand on sait que 611.000 hommes entrent en Russie en juin 1812, sur un effectif maximal de 700.000 hommes (selon Alain Pigeard -dans son « Dictionnaire des batailles de Napoléon »- qui s’y connaît plutôt en terme de campagnes). L’historien Vilatte des Prugnes (« Revue des Études Historiques », 1913) estime à 104.000 le nombre des effectifs au sortir de la campagne de 1812. On est loin du million ! Le lecteur comprendra aisément qu’il est impossible à Napoléon de réunir le même chiffre pour la campagne d’Allemagne (162 000 hommes dans les rangs français pour démarrer cette campagne). Passons  à l’article suivant. Il est consacré à la bataille de la Bérézina, rédigé par Fred Heer, président de la Fondation Maison Thomas Legler. Intéressant, il permet au lecteur d’avoir une bonne vision de ces journées au cours desquelles fut découvert le fameux gué de Studianka, par le général Corbineau, la construction des ponts, et le franchissement du cours d’eau, sous le feu des Russes. Les chiffres avancés par l’auteur sur les pertes françaises, entre 25 000 et 40 000 hommes, forment un contraste avec ceux fournis par A. Pigeard. Ce dernier, concernant la bataille proprement dit,  annonce 2 000 tués et de 7 000 à 10 000 prisonniers dans les rangs français, auxquels il faut ajouter les 4 000 hommes (tués, blessés et prisonniers) de la division Partouneaux.

Le philosophe Hans Jakob Streiff, nous offre un exposé sur le méconnu « Chant de la Bérézina ». Il nous apprend que c’est à l’aube du 28 novembre 1812 que le lieutenant Thomas Legler (1784-1835) du 1er régiment suisse fut invité par le commandant Blattmann à chanter le « Chant de nuit » de Giseke. Il sera appelé bien plus tard « Chant de la Bérézina ». A la fois mélancolique et patriotique, cette mélodie fait désormais partie du patrimoine suisse. Il est dommage que l’auteur de cet article intéressant a cru bon de préciser en conclusion : « A l’époque, la Suisse n’était ni indépendante, ni neutre ; cela nous rappelle que plus jamais, les Suisses ne devront devenir les victimes d’un individu obsédé de pouvoir ! ». Sans commentaire.

Avec l’article « La Bérézina et son impact sur l’histoire suisse » par Alain-Jacques Czouz-Tornare, on respire enfin (l’air des montagnes). Le sérieux de cet auteur n’est plus à démontrer.

Les deux derniers exposés, de Beat Aebi et Anselm Zurfluh, portant sur les beaux dioramas que le visiteur peut désormais admirer dans le musée de Penthes et cet endroit proprement dit, viennent achever ce livre.

D’une qualité inégale, « Les Suisses de Napoléon à la Bérézina » viendra compléter, fort à propos, celui de Th. Choffat et d’Alain-Jacques Czouz-Tornare, « La Bérézina. Suisses et Français dans la tourmente de 1812 », Cabédita, 2012).

Les amateurs d’histoire napoléonienne, n’oublieront pas que nos voisins helvètes, de la Révolution Française jusqu’à la fin de l’Empire, des Gardes suisses aux Tuileries, en 1792, aux berges de la Bérézina, ont servi la France avec courage, avec dévouement.

« Les Suisses de Napoléon à la Bérézina », par B.de Tscharner, F. Walter, F. Heer, H.J., Streiff, A.-J. Czouz-Tornare, B. Aebi, A. Zurfluh. Cabédita, 2013, 80 pages. Paru en France le 29 octobre 2013.

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