( 30 mars, 2019 )

Témoignage de François Marq, sergent-major de voltigeurs

Témoignage de François Marq, sergent-major de voltigeurs dans TEMOIGNAGES bivouacFrançois Marq naquit à Eclaron, département de la Haute-Marne, le 13 novembre 1792. Le texte qui suit est extrait de ses mémoires écrits en 1817, soit très peu de temps après les événements auxquels ils sont attachés. Son témoignage ne sortit de l’ombre qu’en 1901, d’abord dans la «Revue Napoléonienne», puis la même année sous la forme d’un volume de 54 pages à la Librairie Militaire Edmond Dubois. Ces souvenirs sont ceux d’un homme à l’instruction sommaire ; mais si on peut noter nombres d’inexactitudes dans ce texte, il reflète néanmoins une série d’impressions telles que pouvaient les vivre ces braves qui formèrent la Grande-Armée. Pour des raisons évidentes de compréhension nous avons rétabli la bonne orthographe ainsi que la syntaxe de certaines phrases. 

C.B.

EN ROUTE POUR LA GLOIRE…A l’âge de vingt ans, le jeune François entame sa carrière militaire, nous sommes presque à la fin de l’Empire : «Parti de Chaumont [Haute-Marne] par détachement le 15 avril 1812, pour être rendu à Dijon le 16, où j’ai été incorporé le 17, jour où je fus porté sur les Contrôles et immatriculé pour faire partie de la 6ème Compagnie de la 56ème  Cohorte du 1er  Ban de la Garde Nationale. J’obtins le grade de caporal le 26 avril 1812». Il est occupe les fonctions de secrétaire «d’un officier-payeur dans la dite cohorte». La 56ème cohorte prend le chemin d’Utrecht en Hollande, le 25 juillet de la même année. Après un passage à Aurich, en Prusse, la cohorte reçoit l’ordre de se rendre à Bremen [Brême] en Hollande. Dans cette ville, elle prendra «le nom de troupe de ligne, et ensuite [formera] le 2ème  bataillon du 153ème régiment d’infanterie de ligne», selon les propos de Marq lui-même. Nous sommes le 22 février 1813 et François obtient «le grade de sergent dans la 4ème compagnie du dit bataillon [le 2ème ]». Il poursuit en précisant que «Le 25 du même mois, le régiment formé de quatre cohortes qui se trouvaient là alors, à partir de cette ville pour se rendre à Magdebourg ; étant arrivé à cette dernière, on a distribué à chaque soldat, toutes les munitions propres à se mettre en campagne. La garnison était au nombre de 60.000 hommes», écrit notre officier. Le régiment à cette période reçoit un ordre pour «partir avec le corps d’armée commandé par le général de division Lacroix et le général de brigade Penne».  

LA CAMPAGNE DE 1813. Les choses deviennent sérieuses : « Le 2 avril 1813, nous avons passé sur le pont de bateaux qui était établi sur la rivière de l’Elbe, pour aller attaquer l’ennemi que l’on voyait dans la plaine de Crako [sic] ; on a attaqué vers les huit heures du matin, et l’ennemi fut mis en fuite ; peu d’hommes furent tués.». Puis, c’est la vie continuelle du soldat en campagne : «La nuit du 2 au 3 avril nous avons bivouaqué sur une hauteur près d’un village nommé… [Nom laissé en blanc] où l’ennemi était en face de nous. Le 3 avril au matin, il a quitté sa position ; notre régiment a été la reprendre à ce village et y resta jusqu’au 4 au matin, époque où il a reçu un ordre pour partir précipitamment en battant en retraite sur Magdebourg : car l’ennemi était à notre poursuite.» Le 18 mai 1813 au soir, Marq et son régiment arrivent près de Bautzen «où il a bivouaqué jusqu’au lendemain 19, jour au cours duquel il a reçu l’ordre de partir, et de prendre la direction à droite ; il a marché en colonne sur la route qui traverse la forêt de cette ville». François précise : «Arrivé dans ce lieu sur les quatre heures du soir, le régiment s’est de suite mis en bataille dans une petite pièce de terre située entre deux bois, les tirailleurs ennemis se sont présentés en débusquant des sapins qui forment cette forêt, les nôtre se sont mis aussi à tirailler, et enfin successivement de part et d’autre, le feu s’est engagé par une forte canonnade, et nous nous sommes battus jusqu’à neuf heures du soir ; l’ennemi a soutenu sa position en raison du fait qu’il avait construit plusieurs redoutes, et qu’il était embusqué derrière le bois. Malgré tout cela la bataille a été bien plus sanglante pour l’ennemi que pour les français.» Puis le régiment arrive le 21 mai 1813, à sept heures du matin devant la ville de Leipzig : «Il s’est mis en bataille avec le corps d’armée et l’on a attaqué l’ennemi qui était aux alentours, on a tiré quelques coups de canon sur les tirailleurs et l’armée à presque aussitôt disparue, notre régiment était à sa poursuite. Il entra dans la ville à huit heures du matin, l’arme au bras, il a fait plusieurs prisonniers et a tué un grand nombre d’ennemis dans les rues de Leipsick [Leipzig], dont les habitants étaient en consternation de voir un spectacle si affreux…Le régiment a toujours marché à la poursuite de l’ennemi sans qu’il s’arrêtât pour faire aucune résistance, que quelques régiments qui formaient leur arrière-garde, qui ont tiré quelques coups de canons. Mais les combats faits pour arriver à Haïnau [Haynau], ville sur laquelle nous nous dirigions, ne furent pas sanglants c’est pourquoi je n’en fait pas le détail, mais dans les poursuites telles que celles annoncées et celles qui suivent, il y eut plusieurs contremarches qui étaient au moins autant fatigantes que les batailles, parce qu’enfin nous marchions nuit et jour.»

Le 26 mai 1813, a lieu le combat d’Haynau. Marq et son régiment y participent : « Nous arrivâmes sur les midi à la dite ville d’Haïnau [Haynau] toujours en repoussant l’ennemi ; cependant il s’est arrêté sur les hauteurs de cette ville et s’y est mis en position, il a attaqué «et soutenu, l’accusé de réception des français, il était bien plus nombreux que nous ; nous étions à peu de distancer l’un de l’autre, et après que le feu a été bien animé et soutenu de part et d’autre, il s’est fait un signal par eux, en mettant le feu dans un moulin à vent où était en réserve 1.500 hommes de cavalerie de la Garde du Roi de Prusse et autres. Ils ont à ce coup de signal foncé à course de cheval sur les régiments qui formaient le 3ème corps dont le 153ème  dont je faisais partie. On croyait que ce grand nombre de cavalerie était française et qu’elle venait à notre secours ; il faisait alors une si grande chaleur et ne poussière importante que l’on n’a pu la distinguer facilement, on n’eut que le temps de former le carré et même le 152ème régiment qui était à côté de nous, n’a pas été assez tôt formé. Cette cavalerie a foncé sur eux et en a haché, tué, blessé la plus forte partie. Les débris de ce régiment sont venus se réfugier dans notre carré où l’on ne voulait pas les laisser entrer pour la simple raison que si l’on faisait une ouverture d’une file, la cavalerie y aurait pénétrée facilement. Ces cavaliers et leurs officiers étaient au bout de nos baïonnettes, qui attendaient le moment de nous mettre en fuite, mais le courage n’ayant pas manqué aux braves, ils n’ont rien pu faire au régiment ; au contraire, ils ont perdu un grand nombre d’hommes…» Un prince autrichien trouve la mort lors de cette bataille : «…même leur Prince qui les commandaient, lequel avait le courage de venir sous nos baïonnette et les détourner avec son sabre, et criait avec acharnement à ses cavalier en allemand : «En avant !». Mais bientôt ce malheureux prince fut tué par un grenadier du 2ème  bataillon. Ce grenadier en question lui a tiré son coup de fusil, il l’a reçu à la fossette du menton, la balle est sortie derrière le cou, il est tombé en bas de son cheval et son escorte fut bientôt mise en déroute et s’enfuit (ils étaient tous remplis d’eau-de-vie). Les soldats ont dépouillé ce prince. Le grenadier qui l’a tué a eu sa montre qui était très riche. Le colonel du régiment lui en donnait 600 francs, il n’a pas voulu lui vendre. Enfin, il a eu aussi les décorations du Prince et plusieurs militaires en ont également profité. Parmi eux il y en eût un qui a présenté au général de division une des fameuses décorations qui venait de ce prince. Cela lui a valu la décoration de la Légion d’honneur.

Après le combat, c’est toujours le même spectacle de désolation que note le jeune François : «Le champ de bataille était couvert de morts et de blessés. Il y avait de ces malheureux blessés qui avaient encore eu le courage de se transporter dans une grange au hameau où la bataille fut livrée. Ces barbares d’ennemis en se sauvant y ont mis le feu, et les misérables qui s’étaient réfugiés à cet endroit furent tous consumés par le feu, choses cruelle à voir et à entendre par les cris perçants jetés par ces victimes. Ils avaient fait prisonnier notre général de brigade ; mais il s’est échappé en se sauvant ; il a même perdu son chapeau, le champ de bataille fut aux français, et après l’avoir visité, nous avons reconnu une des cantinières du régiment qui était tuée d’un coup de sabre qui lui avait traversé le corps, une autre cantinière eût deux doigts de la main coupés également d’un coup de sabre. Le soir nous nous sommes retirés du champ de bataille et nous avons bivouaqué au-delà de la ville.» Le 27 mai, les français se mettent à la poursuite de l’ennemi qui se dirige vers Meissen : «…il s’est livrées plusieurs batailles dans la plaine de Lützen, lesquelles ont été bien sanglantes ; mais l’ennemi a toujours été repoussé, et un grand nombre de tués, blessés et prisonniers sont restés au pouvoir des français. Le 11 juin nous sommes arrivés à la dite ville de Meissen où le régiment est resté deux jours. L’ennemi avait fait devant cette ville sur les hauteurs des redoutes et souterrains, mais il ne les a pas soutenus, et nous nous sommes emparés de tout. Le 13 juin, le régiment est parti de la ville et s’est dirigé sur Lowemberg où il est arrivés le 18 du même mois.» «François Marq assiste à une nouvelle bataille : «Nous bivouaquâmes devant cette ville jusqu’au 21 au matin époque de la bataille qui a commencé à huit heures du matin et a finie le 22 à deux heures de relevée. Cette ville est dans un fond où passe une rivière aux pieds des murs. Il y eût une grande quantité d’hommes qui furent culbutés et jetés dans ce fleuve, et ils y ont perdu la vie ; mais le plus grand nombre fut celui des tués, beaucoup furent blessés de part et d’autre…» Plus tard, la poursuite continue : «Nous avons continué notre marche à la poursuite de l’ennemi qui se dirigeait sur Lignitz, à notre arrivée aux environs de cette ville, nous l’avons aperçu qui était en bataille nous l’avons attaqué et il a soutenu ; mais peu de temps. La bataille fut assez considérable, la fuite fut prise par l’ennemi, et il s’est dirigé sur Brestlauw. Pour arriver à cette ville, beaucoup de batailles furent livrées dans les plaines et les villages. Il est resté dans ces derniers un grand nombre de tués et de blessés de part et d’autres. La plus cruelle des choses était de voir tous les villages en feu et en flammes, tout y brûlait puisque la troupe ne pouvait passer dans les rues avec les munitions de guerre, de peur que les flammes n’atteignent les caissons de cartouches et les gargouches [gargouses] de canon, etc.» Selon François, «ce cruel incendie a été fait par l’ennemi afin que les français ne trouvent aucun moyen de subsistance pour les chevaux et les soldats ; les malheureux habitants s’étaient sauvés dans les bois pendant ce triste carnage.» Puis c’est l’arrivée à Brestlauw : «Nous y sommes entrés à 8 heures du matin le 30 juin 1813, l’arme au bras, l’ennemi n’a fait aucune résistance, il a fuit en traversant cette ville sans s’arrêter…» Marq observe que «les habitants y sont très humains, ils nous ont reçu comme de vrais amis ; ils sont venus au-devant de la troupe avec des vivres et boissons de toutes espèces.». Il séjournera dans cette ville jusqu’au 9 juillet 1813. Et après une suspension d’armes pour six semaines, les français se retirent par condition «à une distance de 20 lieues de la dite ville de Brestlauw». Le 10 août, avec cinq jours d’avance en raison de la trêve fixée précédemment, François Marq et ses coreligionnaires célèbrent la naissance de l’Empereur : «On a donné à chaque soldat un franc et double ration de vivres, vin, eau-de-vie, etc. La fête a été faite dans la plus grande joie, les danses, les jeux de tout genre étaient employés, et tout était au comble de la plus grande gaieté.» Mais déjà, les hommes fourbissent leurs armes : «Le 14 [août] et le 15 [août] nous nous sommes occupés à nettoyer notre armement et à faire nos sacs. On nous fit aussi une distribution de cartouches. La nuit du 15[août] au 16 [août],nous nous mîmes sous les armes de côté et d’autre du camp craignant que l’ennemi ne vienne à nous surprendre ; mais il n’a pas approché. A la pointe du jour, nous quittâmes nos baraques pour nous diriger sur Goldberg, étant dans les environs de cette ville, nous avons aperçu quelques cosaques qui étaient çà et là dans la plaine et aux alentours de la dite ville. Plusieurs de nos compagnies de voltigeurs furent envoyées en tirailleurs et elles ont contraint l’ennemi à se retirer.» Le régiment reprend sa marche : «Le 17 août au matin on a comme de coutume battu «La Diane» et la troupe s’est mise sous les armes. Elle a ensuite pris la direction de Lignitz où jusqu’aux environs de cette ville nous avons poursuivit l’ennemi avec rapidité, mais sans livrer de batailles. Quelques cosaques et tirailleurs français livraient à chaque instant de petits combats. Mais le nombre de tués fut peu considérable. Arrivés sur les hauteurs exposées devant la dite ville, nous y avons trouvé l’ennemi en grande force qui était dans les redoutes, et ses pièces braquées en ligne. Il faisait un temps horrible. La pluie tombait avec une force extraordinaire, et si cependant nous avons attaqué sur les 5 heures du soir, mais bien mal à propos, car la victoire fut ce jour là abandonnée par les français. Cependant la troupe a bien soutenu le feu. Mais la trop grande abondance d’eau qui tombait, fut la perte des français. Le 11ème corps d’armée commandé par [nom laissé en blanc] fut entièrement détruit et anéanti de toutes ses batteries. Pour lors, le plus gros de l’armée française qui était en avant fut obligée de se retirer. L’ennemi vainqueur a continué le feu jusqu’à la nuit. Les français furent obligés d’y répondre et ils ont soutenu pour pouvoir laisser filer les bagages de l’armée. La nuit étant venue le feu cessa. L’ennemi reprit sa position et les français ont évacué le terrain la nuit du 17 au 18 août. Mais quelles pertes nombreuses ! Les caissons de munition, les batteries, les convois de vivres et enfin tout ce qui était à la suite de l’armée a été obligé de fuir à travers champs, ne connaissant plus de chemins tant il avait plu. Les uns passaient, d’autres restaient dans les fossés. Tout était resté sur le champ de bataille, les misérables blessés qui étaient sur des voitures, sont restés avec tous les équipages qui étaient brisés dans les fossés. L’armée française a battu en retraite pendant la nuit et elle fut obligés de laisser une partie de ses munitions et tous les blessés au pouvoir de l’ennemi.» Marq, assiste au repli des français : «Le fort de l’armée soutenait la retraite pendant que les convois de voitures et de munitions évacuaient. Mais de tristes combats eurent lieu sur les routes et dans les plaines. Le mauvais temps étant toujours contraire, il n’a pas cessé de pleuvoir pendant quatre jours. L’infanterie ne pouvaient se défendre, car les armes étaient toutes rouillées et pleines d’eau. Elles étaient hors d’état de faire feu. La nombreuse cavalerie ennemie nous chargeait et nous ne pouvions nous défendre. Il fallait donc nous former en carré et nous battre à la baïonnette contre cette cavalerie et même être obligés de battre en retraite dans cette position. On doit juger combien les français ont perdu d’hommes ; mais encore plus par la fatigue et par la faim que par le feu et le fer.». 

PRISONNIER. Le 17 septembre 1813, François Marq est fait prisonnier «dans un bois à une demie lieue de distance de Bonzelo». Mais à la faveur de la nuit, il prend la poudre d’escampette avec deux de ses camarades : «Nous restâmes la nuit au pied d’un arbre dans le milieu de ce bois. Le jour étant venu nous entendîmes tirailler, nous sortons alors sur la lisière de ce bois pour nous assurer si les français étaient en force et nous aperçûmes une colonne d’infanterie qui était en ligne derrière les compagnies de voltigeurs qui se tiraillaient avec quelques régiments de cavalerie ennemie». Marq et ses compères décident de rejoindre la colonne d’infanterie qu’ils aperçoivent. Par la suite, François sera réintégré dans sa compagnie. Il en avait été rayé «comme étant présumé tué». Le 19 septembre, Marq et son régiment se dirigent sur Dresde avec le 5ème corps d’armée. Cette ville est le point de ralliement de toute la Grande-Armée, ce qui permet à Marq d’écrire : «Nous y avons campé plusieurs jours. L’ennemi s’est avancé et quelques corps d’armée français ont pris position pour l’arrêter. Là on s’est battu et sans succès de part et d’autre et cependant beaucoup d’hommes furent tués et blessés.» Cependant Dresde reste aux mains des autrichiens. «L’armée française s’est reposée quelques jours dans la plaine de Dresde, et n’étant pas en force elle fut obligée de continuer sa retraite, la dirigeant sur Leipsick [Leipzig]. Un grand nombre de combats furent livrés et des contremarches sans nombre furent faites nuit et jour pour arriver à quelque distance de cette ville…L’armée remplie de fatigue et sans subsistance, ne pouvait se défendre comme elle l’aurait désirée, n’ayant pour ainsi dire pas la force de marcher». Démunie de tout, les soldats, maraudent à la recherche de quelque subsistance : «Oh ! Quel malheur pour les pauvres habitants des endroits où l’armée passait. Il est certain que, n’ayant point de vivres du gouvernement, il a fallu que les soldats s’abandonnent à prendre ceux des malheureux habitants des villes et des villages où elle passait ; et comme elle faisait des contre-marches c’est-à-dire qu’elle passait plusieurs fois dans le même endroit, la subsistance de ces habitants fut bientôt épuisée. Les pauvres malheureux furent obligés de quitter le pays et de s’enfuir dans les bois.». La famine est bien présente : «Les soldats ainsi que les officiers furent obligés de vivre de racines des champs. Nous fûmes quarante jours sans que l’on nous distribua du pain. Ainsi on doit juger d’après cette longue privation de vivres réglés, combien la troupe doit avoir souffert et un grand nombre d’hommes sont morts de faim et de fatigues. Il en était de même pour les chevaux.» Près de Leipzig «L’Empereur a ordonné que l’on brûla tous les convois de munitions vides, caissons d’ambulance, voitures qui contenaient les bagages ces régiments, et même les voitures des généraux Cette destruction a été faite en raison du trop grand nombre de voitures qui empêchaient la troupe de passer ainsi que les pièces d’artillerie et enfin tout ce qui est nécessaire à une armée pour se battre. Les officiers supérieurs chargés de l’exécution ont fait réunir toutes les voitures susceptibles à cette destruction, étant toutes ainsi réunies, on y a mis le feu, et elles ont été toutes consumées (350 je crois pour cette fois).» Plus tard ce sont les parcs de caissons de munitions «accompagnés de leurs pièces non remplis de munitions» qui sont brûlés. François raconte également que plusieurs pièces de canon étant restées chargées par mégarde, «on doit juger combien étaient exposés ceux qui étaient chargés de mettre le feu… Les obus éclatèrent, les pièces de canon partaient de tous côtés».  

LEIPZIG … Puis c’est la bataille de Wachau : «Le 16 [octobre] sur les dix heures du matin, de nombreuses colonnes ennemies se sont présentées avec leurs batteries sur l’aile droite de Leipsick [Leipzig], et elles ont attaquées. Après quelques heures de combat sur ce point, il a paru également une force nombreuse de cavalerie et d’infanterie sur l’aile gauche de la dite ville. La troupe française était en bataille. Elle s’est défendue et n’a pas quitté sa position dans le moment. Mais sur les trois heures de relevée, les Français furent obligés de se retirer dans la plaine qui est au levant de Leipsick [Leipzig]. Pour arriver à cet endroit l’armée a défilé par les faubourgs et toujours en se défendant à coup de canon et fusillade entretenue par les tirailleurs voltigeurs. Ah ! Quel désastre ! Que de maisons détruites par le boulet, ainsi que tous les arbres qui ont été cassés par le même. Des habitants furent tués dans les rues et dans leurs maisons. Cette retraite a été le résultat de ce que l’armée ennemie du centre s’est présentée et elle a attaqué aussitôt. La canonnade ne cessait pas d’un côté et de l’autre. Les deux armées se sont battues avec courage jusqu’à huit heures du soir sans quitter leurs positions ; toute la nuit les tirailleurs ont été sur leurs gardes, et à plusieurs reprises ils ont fait feu sur les postes avancés. A la pointe du jour, 17 octobre, les deux armées étaient en bataille devant la ville toujours à la même position qu’elles occupaient le 16. Elles ont campé là une partie de la journée du 17, sans se battre ni faire aucun mouvement. Sur les 5 heures de relevée, l’ennemi a envoyé ses tirailleurs en avant, et les français ont aussi envoyé des compagnies de voltigeurs en tirailleurs. Ils se sont tiraillés l’un et l’autre jusqu’à la nuit. Quelques pièces de canon ont fait feu, mais la bataille fut peu remarquable. Le 17 octobre, l’ennemi s’est occupé à ramasser leurs blessés des 15 et 16, et les a évacués sur les derrières de l’armée, mais les français n’ont pu faire de même, en raison de ce que leurs convois de voitures étaient brûlées. Plusieurs, c’est-à-dire ceux qui avaient de légères blessures se sont retirés du champ de bataille, et ils ont évacué eux-mêmes pour rentrer en France. Mais ces malheureux qui avaient les jambes coupées, et ceux qui avaient des blessures graves n’ont pu s’enfuir.». Le 18 octobre le combat continue entre les belligérants : «L’ennemi qui était aussi sur ses gardes, de sorte que le feu a commencé sur les huit heures du matin et n’a cessé qu’à la nuit sans discontinuer…La canonnade n’a pas cessé un instant ni d’un côté ni de l’autre….Les obus et les boulets ont abîmé les faubourgs de Leipsick puisque des maisons ont été abattues et détruites entièrement. La nuit étant venue le feu a cessé et étant toujours à la même position, on a passé la nuit étant toujours sous les armes prêts à se battre en cas d’attaque.»

LE COMBAT CONTINUE … Le jour suivant, 19 octobre, «Les français furent obligés de battre en retraite, après s’être battus depuis le matin jusqu’à trois à quatre heures de relevée, moment de la déroute. Les munitions ne venaient plus à temps et les pièces de canon les plus avancées en ont manquées. L’infanterie de même, de manière que les canonniers ont été obligés d’abandonner leur pièces et la troupe de se retirer. L’ennemi apercevant le mouvement et voyant les pièces abandonnées il s’anime et vint à grands pas foncer sur les français. Une partie de l’armée a soutenu avec courtage, pendant que plusieurs corps d’armées dé filaient sur le pont de la rivière appelée l’Ester [l'Elster]. L’ordre fut donné par S.M. à un colonel de garder le dit pont, et de la faire couper quand la troupe serait passée ; mais sans doute que ce chargé d’exécution a eu peur pour sa propre vie. Il quittât son poste et donna à un sous-officier la commission dont il était chargé. Ce sous-officier fit exécuter l’ordre par des sapeurs qui se trouvaient de garde pour faire l’opération après que la troupe soit passée ; mais ils reçurent l’ordre avant qu’elle fut à demi passée, et les malheureux qui étaient de l’autre côté, furent obligés de passer la rivière à la nage. Les Saxons qui alors faisaient parie de l’armée française ayant vu ce spectacle affreux, se sont mis contre nous, ils ont braqué leurs pièces, et ils ont à l’instant fait feu sur leurs camarades… «Le reste de l’armée française qui fut alors obligée de passer cette rivière à la nage a été pour ainsi dire perdue. .. ». C’est un véritable carnage auquel assiste Marq : « Oh ! Quel spectacle affreux de voir tant d’hommes étendus sur la poussière. Plusieurs ont été écrasés par le trop grand nombre de caissons et de pièces qui se trouvaient encombrés dans les rues. D’autres qui étaient légèrement blessés, ont été aussi écrasés par les mêmes. Enfin l’évaluation de la perte des français a été faite à 50.000 hommes hors de combat. Celle des pièces d’artillerie et des caissons de munitions, fut aussi considérable. Le régiment dont je faisais partie a perdu 800 hommes. Le 20, le 153ème, se dirige sur la ville de Hanovre, où devant cette ville, écrit Marq, à la sortie du bois, il se fit une grosse bataille avec les Saxons et les Bavarois, ceux qui depuis deux jours venaient de nous trahir ; et connaissant la marche de l’armée française, ils étaient venus en avant pour lui couper la retraite ; mais bientôt ils furent obligés de se retirer et d’évacuer leur position après avoir perdu un grand nombre d’hommes. Le passage étant alors devenu libre, on fit filer les pièces et les munitions sur Francfort sur le Rhin, ainsi que la troupe qui s’y est dirigée.». Après un cantonnement de huit jours à Grosvinternhem [sic], François et son régiment se dirigent vers Coblence, via Mayence. De là ordre est donné de partir pour Cologne, puis à Neuss. «L’ennemi y était débarqué mais en petit nombre, écrit Marq, avec une pièce de canon. Il était en colonne peu éloignée de leurs barques [le Rhin est tout proche], et le régiment l’ayant aperçu, a fait feu sur lui. Il a de suite repassé le Rhin. Le passage étant alors libre, nous arrivâmes à la ville et ensuite on nous distribua des billets de logement. Nous y avons séjourné dix-sept à dix-huit jours, pendant lesquels il y a eu un piquet de garde la nuit sur la Place et des postes établis sur le bord du Rhin pour notre sûreté». François Marq nous rappelle toujours les us et coutumes du soldat en campagne : «Tous les matins à la pointe du jour, on battait le réveil et toute la troupe qui était à cette ville, se réunissait sur la Place avec armes et bagages en cas de surprise pour partir aussitôt». Le régiment de Marq se dirige ensuite «sur une petite ville très fortifiée nommée Juliers. Où nous restâmes quelques jours» précise François. «On a laissé à cette ville 3000 hommes pour le blocus. Le reste du régiment est parti de la ville et est passé à Aix-la-Chapelle et s’est dirigé sur Liège, où une grande partie de l’armée s’est réunies à cette ville.».

L’ENNEMI SUR LA TERRE DE FRANCE … Marq continue sa progression et note avec soin, comme toujours, son itinéraire : «L’ennemi venait à notre poursuite du côté Mastrick [Maastrich], et nous sommes resté à Liège que quatre à cinq jours. En suite nous avons marché journellement en nous dirigeant sur Namur, Mézière [Mézières], Rheims [Reims], Chaalons [Châlons-en-Champagne], et de là sur Troyes, Bar-sur-Seine, Méry [Méry-sur-Seine], où il fut livré de gros combats. Les maisons de cette ville furent dévastées par le feu et le boulet. Un incendie a eu lieu dans les environs de Méry pendant plusieurs jours ». François est toujours conscient du malheur causé par les troupes sur la population civile : «Alors dans les villes et villages où la troupe passait, les habitants furent à leur tour obligés de s’enfuir dans les bois en laissant leurs maisons au pouvoir des troupes qui passaient. Le plus grand malheur pour eux, c’est que les armées ont fait dans cette partie du département de l’Aube plusieurs contremarches, et chaque fois que l’on passait l’on s’emparait de tout ce qui était resté dans les maisons. Enfin, on doit connaître combien la France a souffert de ce malheureux événement dont les français ont par leur faute éprouvé».

AMERES REFLEXIONS … Il porte un jugement sur les événements et selon lui «La France fut trahie par plusieurs généraux qui ont abandonné l’État. L’ennemi convaincu de ce fait, est entré en France avec sûreté et il y a poursuivit les français jusqu’à leur capitale. L’armée française y étant réunie, elle a soutenu avec courage principalement sur la butte Montmarthe [Montmartre] où la Plaine [peut-être la Plaine Saint-Denis, vaste étendue au nord de Montmartre] fut couverte de corps morts ennemis». Il croit bon de préciser qu’à «cette bataille la trahison fut encore révélée en raison de ce que l’on envoyait aux canonniers des munitions impropres à leurs pièces, et enfin toute la troupe française fut obligée de se retirer et de quitter leur capitale à l’époque du 1er avril 1814 que les combats ont cessé. Ce fut alors que l’ennemi fut maître de la France. L’empereur des français s’est retiré dans l’île de Corse [Confusion de la part de l’auteur, puisqu’il s’agit de l’île d’Elbe]»Le 153ème  régiment se dirige alors sur Orléans. François Marq est nommé Sergent-Major de voltigeurs. Après une revue passée par le Duc d’Angoulême, Marq suit son régiment qui se rend au «Havre-de-Grace» [Le Havre], là, le Roi donna ordre d’amalgamer tous les régiments qui s’y trouvaient alors et de n’en former qu’un seul, lequel prit le n°88 de ligne». 

LE RETOUR DE L’AIGLE … Après une permission de 6 mois, François rejoint son régiment le 2 mars 1815. Il apprend en route le débarquement de l’Empereur : «…plusieurs régiments ont reçu l’ordre du Roi de quitter leurs garnisons et de marcher contre l’Empereur, qui comme il est dit se dirigeait sur Paris. Il y en eut qui se sont refusés de marcher, d’autres ont obéi aux ordres, et ont marché sur Lyon où l’Empereur se dirigeait. Enfin le Roi donna aussi ordre à sa Garde de partir, et quand toute sa troupe fut rencontrée avec celle de l’Empereur, plusieurs corps d’armée ont passé avec celui-ci et les autres n’ont pas voulu faire feu. Le Roi fut aussitôt instruit de cela et il a été obligé ainsi que sa famille de quitter Paris. Ils se sont enfuis du côté de Lille et ils ont je crois embarqué pour l’Angleterre [Louis XVIII s’était en fait réfugié à Gand, en Belgique]. Notre régiment n’a fait aucun mouvement. L’Empereur rentra aussitôt dans ses états et il est arrivé à Paris le 1er avril 1815.»Aussitôt, Napoléon redéploie le régiment : «Il fit de suite organiser les régiments et donna ordre de choisir les hommes disponibles, et d’en former trois bataillons de marche par régiment au lieu de 4 dont étaient composés les régiments. Et ceux indisponibles d’en former le Dépôt. Cela fut exécuté dans peu de temps, et aussitôt l’exécution de cet ordre, on fit partir le régiment de la dite ville du Havre et le dépôt y resta.». Puis François se dirige sur Paris et la Belgique : «Nous sortîmes de la garnison le 22 avril pour nous rendre à Paris où nous sommes arrivés le 2 mai, et le 8 du même mois nous nous sommes réunis sur la place du château des Thuilleries [Tuileries], où l’Empereur nous passât en revue avec plusieurs régiments». 

LA CAMPAGNE DE BELGIQUE …Il donna ordre de partir le lendemain 9 mai pour nous diriger sur Laon (ville de Picardie) où nous fûmes cantonnés dans les environs jusqu’au 11 juin, et à cette époque on donna ordre de marcher en colonne sur la vile de Monbeuge [Maubeuge] où l’ennemi venait nous attaquer. Les 13 et 14 nous avons marché sans l’apercevoir, mais le 15 nous l’avons trouvé près de Charles-le-Roi [Charleroi], où il s’est livré une petite bataille sur les hauteurs devant cette ville. » Marq et son régiment continuent leur progression : «Le 16 juin au matin, l’armée française s’est mise en mouvement pour aller attaquer l’ennemi qui se trouvait en bataille dans la dite plaine [celle de Fleurus]. Aussitôt que les français ont débusqué de la forêt située entre Fleurus et Charles-le-Roi [Charleroi]. L’ennemi fit feu sur nous, et aussitôt l’artillerie française se mit en bataille et elle à de suite fait feu…Le feu s’est animé de part et d’autre, si bien qu’on a continué à se battre jusqu’à huit heures du soir et sans quitter les positions, nous avons fait beaucoup de prisonniers et grand nombre d’hommes furent tués et blessés de part et d’autre. Ce pendant à 9 heures du soir, l’ennemi s’est retiré de sa position et il a pris la fuite pendant la nuit du 16 au 17 juin. Les français ont bivouaqué sur le champ de gloire, et ayant passé la nuit sous les armes, le 17 au matin nous partîmes de cette position pour aller à la poursuite de l’ennemi. En traversant le champ de bataille, nous avons été obligés de passer sur les corps morts tant il y en avait de tués ; nous avons vu une grande quantité de prussiens qui avaient voulu se sauver en passant dans des jardins, et plusieurs étaient tués et restés dans les haies où ils voulaient passer pour s’enfuir. La bataille fut ce jour-là honorable pour les français.» 

Puis nous voici la veille de Waterloo : «… durant cette journée du 17 il n’a cessé un instant de pleuvoir. La troupe était toute harassée de fatigues. Enfin, on nous fit bivouaquer quand une plaine à près d’une lieue éloignée de Waterloo, c’est-à-dire de l’autre côté du village nommé Jemmapes ; sur la route de Bruxelles, ayant encore passé une triste nuit dans l’eau et sur la terre, nous étions fatigués de la marche, et encore plus par l’eau que nous avions reçu pendant la nuit ; nos armes qui se trouvaient incapables de faire feu tant elles étaient rouillées. On a aussitôt à la pointe du jour, donné ordre aux régiments de nettoyer et d’apprêter leurs armes, et de les mettre en état de faire feu ; et en même temps de regarder dans les gibernes si les cartouches n’étaient point mouillées. On en trouva de suite et elles furent remplacées.»

LA BATAILLE DE MONT-SAINT-JEAN DITE « DE WATERLOO». Marq est présent à Waterloo et il y sera blessé pour la première fois : «Sur les dix heures du matin (18 juin 1815), le régiment sortit de son campement pour se diriger sur Waterloo, où la bataille était déjà animée. Les régiments qui faisaient partie de notre corps d’armée (6ème d’observation) se sont réunis. Ils ont marché en colonne jusqu’aux environs de la bataille. On nous fit tenir dans cette position jusqu’à trois heures de relevée, et ayant été exposé un grand moment aux boulets de canon qui venaient tomber dans nos rangs, on nous fit marcher en colonne serrée jusqu’au milieu du champ de bataille. Marchant pour arriver à cet endroit, plusieurs hommes furent tués dans les rangs, et étant arrivés, on nous fit mettre en carré par régiment en raison de ce que la cavalerie anglaise était près de nous et se battait avec des cuirassiers français. Elle est venue plusieurs fois enfoncer nos carrés, mais elle n’a remportée aucun succès. Les boulets et la mitraille tombaient dans nos carrés comme la grêle. Nous étions là avec ordre de ne pas tirer un coup de fusil et ayant la baïonnette croisée. Beaucoup d’hommes furent tués dans cette position. Après quelques heures de position en carré, les chefs de bataillon ont reçu l’ordre d’envoyer leurs voltigeurs en tirailleurs.  

BLESSE GRIEVEMENT …J’étais sergent-major de la 3ème compagnie et aussitôt cet ordre donné nous y fûmes conduits par nos officiers. Étant arrivés près de l’ennemi nous nous sommes disposés çà et là près d’un bois situés sur la route de Bruxelles. Étant bien animé et soutenu par des colonnes de cavalerie qui étaient derrière nous, nous avons contraint l’ennemi à se retirer, mais aussitôt notre poursuite [engagée], quarante mille hommes ennemis débusquèrent à l’instant du bois et ils ont fait de suite feu sur nous. Les voltigeurs qui se trouvaient là on été tous tués et blessés. Moi d’abord je fus blessé d’une balle qui me traversa le corps en passant par l’aine gauche et qui est sortie après une incision faite, au gros de la fesse droite. Elle me fit tomber le ventre à terre et je fus de suite ramassé par deux de mes sergents qui se trouvaient alors près de moi. Ils m’ont ramassé et mis sur un cheval d’artillerie. Mais à peine avais-je fait vingt pas sur ce cheval que je fus obligé de me laisser tomber en bas du dit cheval en raison de ce que je ne pouvais supporter sa marche. Je suis resté ainsi sur le champ de bataille les 18, 19 et 20 juin, date à laquelle je fus ramassé par des paysans et de suite conduit à Bruxelles. Là, on me pansa pour la première fois. Je faisais partie d’un convoi de 1500 hommes blessés.». Rétrospectivement, François complète ses souvenirs : «La bataille fut terrible pour les français. Ils ont eu une déroute complète, des parcs d’artillerie, des caissons de munitions et de vivres sont resté au pouvoir de l’ennemi. La retraite fut si précipitée qu’on n’avait à peine le temps de couper les traits des chevaux attelés après les pièces pour se sauver. Enfin, je ne ferai point la description entière de cette malheureuse retraite, puisque je fus pris prisonnier. Mais étant resté sur le champ de bataille, j’ai vu la grande partie de la troupe ennemie qui marchait à la poursuite des français. J’étais resté sur place baigné dans mon sang et malgré cette cruelle position, j’eusse encore la précaution, avant que l’ennemi ne passe dans nous, de défaire mes culottes et mes caleçons, et de me mettre sur mon ventre le nez en terre pour leur faire comprendre que j’étais tué et pillé «. Quoique cette précaution prise, il y eût un cavalier qui a voulu se satisfaire de mon sort : il m’a lancé un coup de pointe de sabre sur le cou, mais j’ai encore eu assez de force pour ne pas bouger de ma position. Si j’eusse fait le moindre mouvement, il est à croire qu’il m’aurait achevé. Je fus dans mon triste sort assez heureux de conserver un peu d’argent que j’avais eu la précaution de cacher dans ma bouche.» 

EN CAPTIVITE CHEZ L’ENNEMI … Après quelques jours passés à Bruxelles, Marq est dirigé sur Anvers : «Le 25 juin nous avons débarqué à cette ville, où nous fûmes déposés sur la paille et j’y fus depuis cette époque jusqu’au 10 août sans pouvoir me lever ni marcher. J’étais si cruellement blessé, que lorsque j’avais besoin d’aller me soulager, il me fallait l’aide de deux hommes pour me lever…».Le 10 août donc, François est envoyé en Angleterre : «Dans notre traversée nous eûmes quelques agitements de mer [sic], lesquels nous ont bien fait souffrir par le balancement du vaisseau. Plusieurs fois nous avons failli y faire naufrage». Le 22 septembre 1815, il arrive à Portsmouth : «…nous fûmes conduits à l’hôpital, du moins pour les plus blessés. Les autres ont été conduits en prison, et au fur et à mesure que les blessés se rétablissaient, les chirurgiens anglais chargés des pansements les faisaient partir pour la dite prison. Nous étions fort bien pansé s et proprement tenus lors du séjour à l’hôpital. «François précise même que «nos vivres dans cet hôpital étaient [de] quatorze onces de pain, une demie livre de pommes de terre et un quart de mouton avec le bouillon. Ceux de la prison étaient [d'] une livre et demie de pain de munition, un quart de bœuf et le bouillon pour quatre jours de la semaine ; et pour les deux autres jours c’était [la] même ration de pain, une livre de morue ou harengs cuits avec des pommes de terre dans l’eau chaude. Ces deux jours étaient détesté tant la nourriture était mauvaise. Nous ne pouvions manger de cette ratatouille, par la raison qu’elle était trop salée. Oh Dieu ! Quel sort affreux de se voir renfermé tel que nous l’étions dans ces maudites prisons. Mille fois j’ai désiré plutôt mourir que de vivre dans cette captivité et nonobstant mes blessures j’étais encore pressé par la faim. Le chagrin que j’avais de me voir expatrié et de ne savoir dans combien de temps je serais rendu à ma patrie augmentaient encore mes souffrances…» 

RETOUR VERS LA MERE-PATRIE … Le 29 décembre de la même année, les prisonniers français, par un ordre du Roi, sont renvoyés en France et c’est avec des béquilles que François retrouve son pays. Après une traversée terrible, il atteint enfin Le Havre le 1er janvier 1816. «Étant alors débarqués, nous fûmes conduits chez le commandant de la Place, où on nous délivra des feuilles de route afin de nous rendre au chef-lieu de nos départements. Comme j’étais toujours incapable de marcher, il m’a été délivré des mandats de voitures militaires sur lesquelles je fus conduit à Chaumont où je me suis présenté devant le maréchal de camp Chabert, qui commandait alors le département de la Haute-Marne [département de naissance de l’auteur]. M’ayant passé en revue, il m’a trouvé susceptible d’obtenir un congé absolu.» François Marq demande une pension à Chabert : «…la position à laquelle j’étais réduit ne me permettait pas de vivre sans les secours du Gouvernement». Après examen de ses blessures, et obtention de certificats délivrés par les chirurgiens qui ont procédé à ces derniers, complété par ses états de service, Marq est renvoyé dans ses foyers. Il y arrive le 19 mai 1816, près d’un an, après avoir été blessé à Waterloo… «Louis XVIII a daigné m’accorder par décision du 30 octobre [1816], une pension annuelle de 270 francs qui n’est guère en rapport à mon grade ni à mes blessures», écrit François Marq à la fin de ses mémoires.

Il en achève la rédaction en 1817. Nous ignorons tout de sa vie civile après la chute de l’Empire.

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( 27 mars, 2019 )

Les lectures de Napoléon en 1812…

p1019178.jpgAu commencement de la campagne de Russie, Napoléon lisait parfois des ouvrages sur ce pays mais aussi surla Pologne. Son secrétaire Méneval les avait empruntés à la bibliothèque du roi de Saxe, et ces ouvrages ayant été brûlés durant la retraite avec le fourgon qui les portait, Napoléon- homme inimitable qui rendait les livres prêtés- ordonna de les acheter coûte que coûte et de les envoyer à la bibliothèque de Dresde. Mais en 1812, comme dans toutes ses campagnes, Napoléon a lu des romans, des mémoires, et Ségur ne manque pas de le représenter à Moscou « passant de longues heures à demi couché, un roman à la main ». Le 7 août 1812, Méneval écrit au bibliothécaire Barbier que l’Empereur voudrait remplis ses moments de loisir et qu’il souhaite avoir des livres amusants, de bons romans, soit des nouveaux, soit des anciens qu’il ne connaît pas, et des mémoires d’une lecture agréable. Le 30 septembre, Duroc reproche à Barbier de ne pas envoyer exactement à l’Empereur les récentes publications. Pourquoi, dit le duc de Frioul, ne pas profiter des occasions et ne pas remettre les livres à l’estafette de la malle ou aux auditeurs du conseil d’Etat qui viennent apporter le portefeuille des ministres ? Quelles furent les lectures de Napoléon durant la campagne ? On l’ignore. On sait seulement qu’après avoir lu en France le « Charles XII » de Voltaire, -et la partie militaire de ce livre lui parut, à tort, croyons-nous, aussi peu  véridique que le plan de campagne développé par Mithridate à ses fils dans la pièce de Racine-il lut le « Journal » d’Adlerfeld qui jugea ennuyeux exact et supérieur au récit de Voltaire. On sait aussi qu’il reçut à Vitebsk un ouvrage de Laplace, « La Théorie analytique des probabilités ». Il ne le feuilleta même pas : « Il est un temps, mandait-il à Laplace, où je l’aurais lu avec intérêt ; aujourd’hui je dois me borner à vous témoigner la satisfaction sue j’éprouve toutes les fois que je vous vois donner de nouveaux ouvrages qui perfectionnent les mathématiques, cette première des sciences. » . 

Arthur CHUQUET. 

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( 24 mars, 2019 )

En suivant le parcours du major Le Roy…

8 MARS 2018

En mars 2018  sont parus chez OMNIBUS les « Souvenirs » du major LE ROY.  Ce témoignage, qui peut figurer parmi les meilleurs publiés sur l’Epopée, entraîne le lecteur depuis les dernières années de l’Ancien Régime jusqu’ aux ultimes feux de l’Empire. Voici une choronlogie qui permet de resituer son auteur.

7 septembre 1767. Naissance de Claude-François-Magdeleine LE ROY, à Talmay (Côte-d’Or)

21 mars 1781. Part pour Paris et y arrive le 15 avril.

16 mai 1781. Embarque sur le navire le « Triomphant » comme « volontaire d’honneur ».

22 mai 1782. Fait partie de l’équipage du bâtiment « Le Guerrier ».

15 avril 1783. Retour en France.

26 janvier 1785. Soldat au Bataillon auxiliaire des Colonies.

20 décembre 1785. Le Roy est expédié à la Martinique.

1787/1789. Détaché à l’île Sainte-Lucie puis de retour à la Martinique. Nommé le 7 juillet 1787 caporal au 3ème Bataillon (sans autre précision).

Mai 1790. Le Roy rentre en France.

Hiver 1790/1791. Major à la Garde nationale du canton de Talmay.

22 mars 1792. Selon ses états de service, c’est à cette date que Le Roy s’engage comme soldat au 9ème Bataillon de Seine-et-Oise. Dans son récit, l’auteur indique que c’est plus tard, en septembre de la même année, qu’il intègre ce bataillon avec le grade de sergent-major. La date du 16 septembre 1792 est notée dans ses états de service comme étant celle de sa nomination à ce même grade.

2 septembre 1796. Sous-lieutenant au 9ème bataillon de Seine-et-Oise, devenu, en mai précédent, le  108ème régiment d’infanterie.

20 juillet 1803. Lieutenant au 108ème régiment d’infanterie.

21 janvier 1805. Capitaine au 108ème régiment d’infanterie.

5 novembre 1804. Légionnaire au 108ème régiment d’infanterie.

Le Roy participe aux campagnes de 1805 (à Austerlitz, l’auteur est cité à l’ordre du jour pour une action d’éclat), de 1806 (présent à Auerstaedt) et de 1807. Fait prisonnier lors de la bataille d’Eylau (le 8 février 1807), il est expédié en Russie et ne sera libéré qu’en septembre de la même année. 

22 juin 1811. Nommé chef de bataillon et rejoint le 85ème régiment d’infanterie de ligne.

22 juin 1812. Nommé chef de bataillon du 85ème régiment d’infanterie, il participe à la campagne de Russie.

10 août 1812. Major à la suite du 85ème régiment d’infanterie.

8 octobre 1812. Major titulaire dans ce même régiment.

1er janvier 1813. A l’issue de la campagne de Russie, Le Roy arrive à Berlin.

14 mars 1813. Commandant du 34ème régiment provisoire. Participe à la campagne de Saxe.

13 juillet 1813. Officier de la Légion d’honneur.

Début 1814.Le Roy est nommé colonel du 1er régiment des Gardes nationales de la Moselle

19 avril 1851. Mort de Claude Le Roy à Talmay (Côte-d’Or).

———————

Principaux événements importants de l’époque.

 Louis XV règne depuis 1715.

10 mai 1774. Mort de Louis XV et avènement de Louis XVI.

3 septembre 1783. Signature du Traité de Paris mettant un terme à fin de la guerre d’Indépendance américaine.

20 juin 1789. Serment du Jeu de Paume.

14 juillet 1789. Prise de la Bastille.

19 juin 1790. Suppression de la noblesse.

14 juillet 1790. Fête de la Fédération à Paris.

22 octobre 1790. Adoption du drapeau tricolore.

20 et 21 juin 1791. Fuite puis arrestation de Louis XVI

21 septembre 1792. Abolition de la royauté et proclamation de la République.

21 janvier 1793. Exécution de Louis XVI.

16 octobre 1793. Exécution de Marie-Antoinette.

5 avril 1794. Condamnation et exécution de Danton.

28 juillet 1794. Exécution de Robespierre.

27 juin 1795. Débarquement d’une armée de 4000 émigrés à  Quiberon.

5 octobre 1795. L’armée républicaine réprime durement l’insurrection royaliste.

1er novembre 1795. Début du directoire.

4 septembre 1797. Coup de force du Directoire. Barras, aidé par le général Bonaparte, prend le pouvoir.

1er août 1798. Destruction de la flotte française par l’amiral Nelson à Aboukir ;

9 novembre 1799. Coup d’état du 18 brumaire, organisé par Bonaparte.

23 novembre 1799. Bonaparte, Sieyès et Ducos sont nommés consuls.

25 décembre 1800. Attentat de la rue Saint-Nicaise vissant Bonaparte.

9 février 1801. Paix de Lunéville entre la France et l’Autriche.

25 mars 1802. Paix d’Amiens entre la France et l’Angleterre.

16 mai 1803. Cession de la Louisiane aux États-Unis.

18 mai 1804. L’Empire est institué.

2 décembre 1804. Sacre de Napoléon.

21 octobre 1805. Défaite navale française à Trafalgar.

2 décembre 1805. Bataille d’Austerlitz.

14 octobre 1806. Bataille d’Iéna.

21 novembre 1806. Mise en place du Blocus continental 

8 février 1807. Bataille d’Eylau.

14 juin 1807. Bataille de Friedland.

7/9 juillet 1807. Traité de Tilsit entre la France et la Russie.

13 novembre 1807. Entrée des troupes françaises en Espagne. Début de la campagne d’Espagne.

23 mai 1808. Déclenchement de l’insurrection espagnole.

10 avril 1809. Début de la campagne d’Autriche.

22 avril 1809. Bataille d’Eckmühl.

21/22 avril 1809. Bataille d’Essling.

5/6 juillet 1809. Bataille de Wagram.

12 juillet 1809. Bataille de Znaïm.

14 octobre 1809. Traité de Schönbrunn. Fin de la campagne d’Autriche.

2 avril 1810. Mariage religieux de Napoléon de Marie-Louise d’Autriche.

20 mars 1811. Naissance du Roi de Rome, fils de Napoléon.

24 juin 1812. La Grande-Armée franchit le Niémen. Début de la campagne de Russie.

17 août 1812. Bataille de Smolensk.

7 septembre 1812. Bataille de La Moskowa (Borodino)

14 septembre 1812. La Grande-Armée arrive à Moscou.

25/29 novembre 1812. Passage de la Bérézina.

Janvier/octobre 1813. Campagne de Saxe.

2 mai 1813. Bataille de Lützen

20/21 mai 1813. Bataille de Bautzen.

27 août 1813. Bataille de Dresde.

18 octobre 1813. Bataille de Leipzig.

Janvier /mars 1814. Campagne de France.

10 février 1814. Bataille de Champaubert.

11 février 1814. Bataille de Montmirail.

18 février 1814. Bataille de Montereau.

30 mars 1814. Bataille de Paris. La capitale tombe le lendemain.

6 avril 1814. Napoléon abdique.

4 mai 1814. Napoléon découvre son nouveau royaume : l’île d’Elbe.

3 mai 1814. Entrée de Louis XVIII à Paris. Début de la Première Restauration.

1er mars 1815. Napoléon débarque à Golfe-Juan.

20 mars 1815. L’Empereur arrive à Paris.

16 juin 1815. Bataille des Quatre-Bras et de Ligny.

18 juin 1815. Bataille de Mont-Saint-Jean, dite « de Waterloo ».

22 juin 1815. Abdication de l’Empereur.

8 juillet 1815. Louis XVIII entre à Paris. Début de la Seconde Restauration.

16 octobre 1815. Napoléon débarque à l’île de Sainte-Hélène.

LE ROY-Portait-Mairie Talmay

 Tableau représentant le major Le Roy (Mairie de Talmay, Côte-d’Or)

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( 16 mars, 2019 )

Une lettre sur la campagne de Russie…

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Elle est écrite par Edouard de Ribeaux à son père. Son auteur, alors adjoint provisoire aux commissaires des guerres, était né à Orthez (Pyrénées-Atlantiques) le 9 janvier 1790. Il est décédé comme intendant militaire le 22 août 1853. Il est à noter qu’Edouard de Ribeaux était apparenté au célèbre Daru. Ce document est extrait du volume que j’affectionne particulièrement et qui reprend les lettres interceptées par les Russes durant la campagne de Russe (publié par la Sabretache en 1913). 

C.B. 

3 novembre 1812. Mon cher papa, à treize lieues d’une ville qui se nomme Wiasma et à six d’une autre qui s’appelle Dorogobouje, il est une maison environnée de palissades et qui sert de maison de poste pour le service français. Devant ce bâtiment se trouve un étang couvert de trois pouces de glace ; une belle forêt de bouleaux le sépare de la grande route ; une vaste allée percée vis-à-vis la maison sépare les bois et donne à celle-ci l’aspect du chemin.

L’Empereur loge dans le poste fortifié, et votre fils, placé sur deux arbres qu’on vient d’abattre, goûte en ce moment en vous écrivant un des plaisirs auxquels il est le plus sensible…Soyez tranquille sur on compte. Je me porte fort bien, c’est tout dire. Je suis attaché au petit Quartier impérial ; je n’ai encore manqué de rien de n nécessaire depuis mon départ de Moscou. Je voyage à cheval avec l’ordonnateur en chef du Quartier impérial [le baron Joinville], qui est un ami de mon oncle, et avec l’ordonnateur des hôpitaux de l’armée [Laurent-François Trousset, commissaire ordonnateur des guerres, mort prisonnier des Russes le 21 décembre 1812], dont je suis l’adjoint . Je ne passe jamais deux jours sans voir M. Daru [le secrétaire d’Etat, oncle de l’auteur], ou pour mieux dire je me trouve toujours au même lieu que S.M.  Pendant mon séjour à Moscou j’ai dîné chez lui tous les jours et depuis deux jours j’y fais deux repas, l’un à dix heures du matin et l’autre à  huit heures. La bonne étoile de l’Empereur nous donne, depuis que je suis en  Russie, le plus beau temps possible. Depuis dix jours le temps s’est mis à la gelée, il fait bien froid, le vinaigre gèle. Nous avons cependant tout le jour le plus beau soleil possible ; il est trois heures après-midi, je suis en plain air sans la moindre peine, et si mon écriture n’est pas plus ferme, cela vient de ce j’écris sur mes genoux. Mes finances sont en fort bon état ; j’ai deux chevaux de selle et un domestique.

Mon cheval est fort beau, grand trotteur, chose très utile dans un pays où, lorsqu’on est isolé, on peut se trouver exposé à  être poursuivi par des cosaques, troupe légère, qui voltige de part et d’autre. Jusqu’à ce moment je n’en ai pas aperçu un seul. Il est vrai que je voyage toujours au milieu de quelque corps d’armée, et qu’ils n’approchent jamais lorsqu’ils voient qu’on est en mesure de défense.

Mais il peut se trouver telle ou telle occasion où l’on est bien aise de pouvoir compter sur les jambes de son cheval. Rassurez ma chère Caroline, je n’étais pas à l’affaire du 7 [7 septembre 1812, bataille de La Moskowa ou de Borodino]. Je ne suis passé sur le champ de bataille que huit ou dix jours après. J’avais déjà vu celui de Smolensk, j’ y étais un peu accoutumé. Je suis descendu de voiture pour aller voit les redoutes et les positions redoutables que les Français avaient enlevées d’autant plus glorieusement qu’elles ont été parfaitement défendues. J’ai eu un regret, celui de ne pas aller visiter la plus grande, mais cela se trouvait un peu éloigné de la grande route et une chute que je venais de faire me permettait as de marcher autant que je l’aurais désiré. En montant une côte assez rapide, un cheval de la charrette dans laquelle j’étais, s’emporta et me jeta dans des ravins au lieu de suivre la route. La voiture tombe sur moi, et j‘en fus quitte pour une douleur à la jambe qui disparut quelques jours après.

Voilà le seul accident qui me soit arrivé ; si jamais j’écris mon voyage, je serai obligé d’user du privilège des voyageurs : il est ridicule de partir de Paris pour aller à Moscou et de ne pas se casser une jambe au moins. Je couche presque tous les jours à la belle étoile ; la terre me sert de matelas, un porte-manteau d’oreiller. Mon ordonnateur me prête une de ses pelisses. J’en ai une dont je e trouve séparé, parce que mon domestique, dont le cheval est fort chargé, ne peut pas aller aussi vite que moi…. 

Le temps se refroidit, le jour tombe, le froid aux pieds me gagne, je commence à tousser ; par amour pour vous, je finis ma lettre. J’ai fait aujourd’hui deux repas en plein air, j’espère dans deux heures en faire un troisième et dormir auprès du feu comme dans le lit aux rideaux duquel mes sœurs avaient tissé la frange. 

Je les embrasse de tout mon cœur ; j’embrasse mille fois maman, je vous embrasse mille fois ; mes souvenirs bien tendres au grand cousin, à sa belle moitié et à mes jeunes cousines. 

De RIBEAUX. 

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( 16 mars, 2019 )

Le général Almeras…

Louis Almeras, né en 1768 à Vienne en Dauphiné, mort à Bordeaux en 1828, sergent-major, puis sous-lieutenant au 5ème bataillon de l’Isère en 1791, adjudant- major, puis adjudant général chef de bataillon en 1793, aide de camp de Carteaux devant Toulon, adjudant général chef de brigade en 1795, appelé par Bonaparte à l’armée d’Italie en 179Le général Almeras... dans FIGURES D'EMPIRE 06-5134717 et chargé en 1799 du commandement de Damiette, nommé général de brigade par Kléber en 1800, employé durant quelques années à l’île d’Elbe, fut promu général de division le 16 octobre 1812, et lui-même raconte ainsi ce qu’il fait pendant la campagne de Russie : «Il a été grièvement blessé d’un coup de feu à la bataille de Mojaïsk sous les ordres du prince Eugène. Il y fut chargé de reprendre la redoute de droite en avant de laquelle sa brigade se maintint le reste de la journée. Il prit à l’ennemi dix-huit pièces de canon. Par suite de cette affaire, il fut nommé lieutenant général. Sa blessure l’empêchant de monter à cheval, il fut fait prisonnier près de Krasnoïé le 15 novembre 1812. » Almeras ne revint en France qu’au mois d’août 1814. Sous les Cent-Jours il commanda une division d’infanterie à La Rochelle, et le gouvernement provisoire l’envoya le 7 juillet 1815 à Rochefort pour hâter avec Beker l’embarquement de Napoléon.

A. CHUQUET

(« 1812. La guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, p.326).

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( 12 mars, 2019 )

Daumesnil, le héros de Vincennes (2ème partie et fin).

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Napoléon a toujours eu pour lui une estime et une affection jamais démenties, semblant voir dans sa présence un gage de sécurité particulier. Il lui a accordé le titre de baron (13 août 1809) avec une somptueuse dotation formant un majorat. Il écrit à Bessières, duc d’Istrie, le 27 janvier 1812 : »Il faut me faire un rapport sur cet officier que je veux occuper militairement. Ne pourrait-on lui donner le commandement de Vincennes, avec un grade supérieur et un bon traitement ? Vincennes est une prison d’Etat et un des quartiers de ma Garde, j’ai besoin d’un homme sûr ». Et le 2 février, l’Empereur « appose sa signature au bas du décret nommant Daumesnil général de brigade, commandant de Vincennes ». Pour lui, le titre de gouverneur de Vincennes a été créé. Daumesnil se marie le 11 février 1809, avec une toute jeune fille, Léonie Garat, dont le père a été l’un  des créateurs de la Banque de France. « Le contrat de mariage est signé au palais des Tuileries par l’Empereur ». A Vincennes le gouverneur et sa jeune femme vont occuper le Pavillon de la Reine, « mais le cadre du château est sinistre ». C’est une forteresse et une prison. « L’arsenal prend une extension considérable pendant les campagnes de Russie, d’Allemagne et de France. On fabrique en moyenne par jour 350.000 cartouches et 40.000 gargousses. Dans une seule journée, il faut jusqu’à 150 voitures pour amener la poudre nécessaire aux besoins de la cartoucherie. » L’Empereur se rend à Vincennes avant la campagne de France. Avec Daumesnil, il  visite la place dans tous ses détails, étudiant les moyens de défense. Napoléon ordonne de raser ou d’abattre en cas d’attaque, tout ce qui pourrait gêner dans ses mouvements le gouverneur. La garnison compte 300 vétérans, grognards d’un dévouement à toute épreuve, et un millier de gardes nationaux. Vincennes renferme 700 bouches à feu et beaucoup d’armes, de munitions, de poudre. Le 30 mars 1814, dans la soirée, les troupes du maréchal Mortier commencent à évacuer Paris. La capitulation est signée à deux heures du matin le 31.

Tous les arsenaux, ateliers, établissements militaires doivent être laissés dans l’état où ils se trouvaient avant qu’il fût  question de la capitulation, en somme, livrés aux Alliés. « En pleine nuit, monté sur un cheval de trait, Daumesnil sort de sa citadelle, à la tête de 250 cavaliers, qui conduisent des attelages disparates. Cette troupe de fantômes entasse dans les voitures tout le matériel qu’elle rencontre : fusils et  munitions, et attelle  les canons. A l’aube, le pont-levis du château de referme… ». Apprenant cet extraordinaire coup d’audace, Barclay de Tolly, commandant en chef de l’armée ruse, dépêche aussitôt un parlementaire au gouverneur de Vincennes qui se présente devant la citadelle. Sommé de rendre la place :  »Je ne la rendrai que sur l’ordre de S.M. l’Empereur  », répond-il, ajoutant cette boutade qui va faire sa gloire :  »Rendez-moi ma jambe et je vous rendrai Vincennes  ». Vincennes tient bon. Le gouvernement provisoire entame des négociations, tant avec Daumesnil qu’avec le rince de Schwarzenberg, généralissime des armées alliées. De guerre lasse, celui-ci finit par renoncer à ce que Vincennes soit livré aux Alliés. « Daumesnil a su imposer ses conditions et le pays conserve un matériel de guerre évalué à 90 millions de francs. » Au mois de décembre, le poste de gouverneur est supprimé par Soult, ministre de la guerre de Louis XVIII. Daumesnil, remplacé par l’ancien émigré Puivert, est nommé Commandant  supérieur de l’arrondissement de Condé-sur-l’Escaut.

C’est là que le 22 mars 1815, apprenant le retour de l’île d’Elbe, il fait arborer le drapeau tricolore.  Ce retour refait de lui, le 8 avril , le gouverneur de Vincennes, tâche considérable, car l’Empereur attribue à cette forteresse plus d’importance encore que par le passé. Mais le 18 juin 1815, c’est Waterloo, la fin de l’Empire… Tout le matériel de guerre qu’on n’a pas eu le temps d’évacuer sur la Loire, est entassé dans la forteresse. « La citadelle renferme plus de 500 bouches à feu, 20 tonnes de poudre, un million de pierres à feu, 53.000 fusils, 59.000 sabres, etc. » Le blocus de Vincennes commence le 9 juillet 1815. Il durera 129 jours. Le 15 novembre, lassés par tant de ténacité, les Alliés lèvent le blocus. Le matériel confié à la garde du gouverneur restera à  la France. Daumesnil est admis à la retraite. Il a 39 ans…Le temps passe, les gouvernements aussi. Rappelé à l’activité, il est nommé le 5 août 1830 une dernière fois gouverneur de Vincennes. Il y mourra deux ans plus tard, le 17 août 1832. Vincennes n’oubliera pas celui que le peuple appelait familièrement « Jambe de bois ». Par souscription publique, une statue lui sera élevée et, maintes fois déplacée, se dresse aujourd’hui sur le nouveau cours Marigny. 

Marcel DUNAN 

Cet article fut publié la première fois en 1970 dans la « Revue de l’Institut Napoléon ». 

 

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( 10 mars, 2019 )

Après la campagne de Russie…

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Nous sommes vers la fin décembre 1812/ début janvier 1813 :

« Enfin, me voilà donc arrivé à Königsberg, précisément à l’heure où l’on dîne ; et m’y voilà installé chez un restaurateur français. Quelle occasion, quelle rencontre, quelle trouvaille ! Eh bien, je m’arrangeai de manière à faire tout manquer et voici comment. Mes rêveries gastronomiques, mes désirs d’Ogre ne portaient pas seulement sur de gros morceaux, sur des ragoûts fins, sur des viandes succulentes. Quelques fois mon ardente convoitise s’adressait surtout à des mets sucrés, à de fades friandises. En cela j’étais bien différent de moi-même, car habituellement je fais peu de cas de ce genre de régal et j’ai toujours eu en détestation les petits gâteaux. Mais j’étais dans ce moment-là sous le charme impérieux d’une espèce de monomanie à laquelle j’eus la faiblesse et le malheur d’obéir. Le menu de mon dîner fut bizarre, et c’est précisément sa bizarrerie et mon regret qui l’ont fixé dans ma mémoire dune manière ineffaçable ; Je commandai, au lieu de soupe, une grande jatte de café à la crème, dans laquelle je trempai d’excellents petits pains au lait, et que j’avalai avec ravissement. Ensuite je passai à une tarte d’épine-vinette qui était aussi indiquée par mon rêve, et qui fut suivie de trois œufs au beurre noir. Mais hélas, je me trouvai alors bien douloureusement déconcerté… Je n’avais plus faim… et je laissais inutile devant moi la longue kyrielle de mon rêve. Il ne me fut impossible de passer outre. Ni fricandeau à l’oseille, ni filets de chevreuil, ni poularde au gros sel ne purent trouver grâce. J’avais eu l’imprudence de commencer mon repas par ce qui aurait dû le finir ou plutôt n’y point paraître ; et en réalisant ainsi mon rêve, j’avais bien nui à ma satisfaction. Pour continuer un voyage où j’avais encore tant à souffrir de la fatigue et du froid, il était impossible de me lester plus mal. » 

Comte Anatole de Montesquiou, « Souvenirs sur la Révolution, l’Empire, la Restauration et le règne de Louis-Philippe… », Librairie Plon, 1961, p.287. En 1812 il était chef d’escadron et occupait les fonctions d’officier d’ordonnance de l’Empereur.

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( 8 mars, 2019 )

Le général Compans durant la campagne de Russie…

Compans a été un des héros de la campagne [de Russie]. A la fin d’août, par décision de l’Empereur, il marche à l’avant-garde sous les ordres de Murat dont il soutient la cavalerie, et le 5 septembre [1812], c’est lui qui s’empare de la redoute de Schwardino et qui la garde, malgré les efforts de Bagration. L’Empereur l’avait directement chargé d’attaquer et de prendre cette position qui couvrait la gauche des Russes, et Compans montra autant d’habileté que de bravoure : il sut profiter des accidents du terrain et il fit avec un bataillon, du 57ème  une charge décisive à la baïonnette. Le lendemain, Napoléon appela celui que l’armée nommait déjà le preneur de redoutes et lui donna mission d’attaquer, dans la matinée du 7 [septembre], la redoute à l’extrême gauche des Russes. Compans proposa, afin d’éviter la mitraille, de passer par le bois qu’il avait reconnu et qui lui semblait praticable; Napoléon l’approuva et Compans eut à sa disposition, outre sa propre division, la division Dessaix : il craignait, en effet, que les Russes, avançant sur sa droite dans le bois, ne se missent entre Poniatowski et lui. Le 7, Compans, chargé comme porte l’« Ordre pour la bataille» de longer la forêt pour enlever la première redoute, Compans plaça la division Dessaix en réserve et forma sa propre division en deux masses parallèles : celle de droite devait éloigner l’ennemi du bois et celle de gauche, ainsi couverte, marcher tout droit sur la redoute. Mais à 7 heures 1/2, à l’instant où Teste, avec le 25ème et le 57ème, pénétrait dans la redoute, Compans fut blessé d’un biscaïen à l’épaule et forcé de quitter le champ de bataille. Le 3 novembre, il se signale à Viasma. Durant la retraite, le 17 novembre, sur les hauteurs en avant de Krasnoïé, il montra, comme toujours, courage et sang-froid. Bien que souffrant de sa blessure et réduit à aller à pied, il demeura riant et aussi tranquille devant l’adversaire que s’il était dans son jardin où il faisait volontiers de longues promenades; et un témoin, Lejeune, assure que sa figure calme et comme heureuse ôtait à ses soldats l’idée du danger. Après le départ de la Garde, lorsque le 1er corps s’éloigna, Compans le dernier redescendit vers la ville et, le dernier, à la tombée de la nuit, traversa le ravin. Jusqu’au dernier jour de la retraite il fit preuve, comme dit Lejeune, de stoïcité et l’on n’a qu’à lire sa lettre du 7 décembre où il écrit à Davout qu’un grand nombre d’officiers meurent ou tombent malades journellement et que, le 6 et le 7, le froid a été si rigoureux qu’il est impossible de rien obtenir des hommes.

Le 21 mars 1813 Lejeune, qui ne l’avait pas vu depuis Krasnoïé, le rencontrait à Mayence. Le costume de Compans avait changé; il n’avait plus de fourrures, il n’avait plus le bras en écharpe ; mais il avait toujours le même calme, la même sérénité, le même sourire, comme au milieu de la bataille. »

(Arthur Chuquet, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.337-338).

Le général Compans durant la campagne de Russie… dans FIGURES D'EMPIRE 86-001577

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( 26 février, 2019 )

Le GENERAL ROUSSEL d’HURBAL lors de la CAMPAGNE de RUSSIE…

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Ce personnage a commandé pendant la campagne de Russie le brigade composée du 6ème et du 8ème régiment de lanciers polonais et du 2ème hussards prussiens. Il reçut à la bataille de La Moskowa plusieurs contusions, et eut deux chevaux tués sous lui.  Vers huit heures du matin, il chargea les cuirassiers russes avec le 6ème lanciers polonais. Les chevaux se croisèrent. Les lanciers renversèrent des cuirassiers au milieu des rangs, les forèrent à tourner bride, et les poursuivirent jusqu’au milieu de l’infanterie ennemie. Cette charge, l’une des plus brillantes qui aient été faites, mérite d’être citée.  Dans la soirée, Murat ordonna au général Roussel d’Hurbal de charger la ligne russe. Un profond ravin qui la couvrait empêcha cette charge, ainsi que toutes celles qui furent ordonnées vers la fin de la bataille. Le vicomte Roussel d’Hurbal fut nommé général de division à Smorgoni, le 5 décembre 1812, au moment où Napoléon quittait l’armée. 

(« Le Spectateur Militaire. Tome huitième. Du 15 octobre 1829 au 15 avril 1830 »). 

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( 25 février, 2019 )

Le général Marchand.

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Le général Marchand que Napoléon rencontra devant lui en 1815, à Grenoble, était un brave et habile soldat, un des meilleurs parmi les hommes de guerre de l’Empire. Joubert faisait de lui un très grand cas : « Marchand, écrivait Joubert, a été un de ceux qui ont le mieux servi dans la campagne d’Italie, et c’est un officier de la première distinction. » Napoléon estimait Marchand et l’employait volontiers. Il le confirma général de brigade (12 mai 1800) et le fit général de division (24 décembre 1805) et comte de l’Empire (26 octobre 1808).

Il refusait en 1811 de lui donner le commandement de la 2èmedivision militaire en disant qu’on pouvait « l’employer plus utilement que cela », et, à ce qu’assure Senft-Pilsach, il aurait écrit au roi Jérôme que Marchand, sans être maréchal d’Empire, valait à lui seul quatre maréchaux. Aussi Marchand fut-il, en 1812, chef d’état-major du roi de Westphalie qui commandait l’aile droite de la Grande-Armée.  Cet officier n’a pas écrit de « Mémoires », et c’est peut-être dommage : car sa relation de l’arrivée de Napoléon devant Grenoble est vraiment intéressante [Voir « Lettres de 1815 », d’Arthur Chuquet]. Mais selon un de ses amis, cet excellent homme était très court d’esprit ; « tout ce que j’ai à raconter de mes campagnes, disait-il une fois, c’est que j’ai eu bien chaud en Syrie et bien froid en Russie, que j’ai été blessé à l’assaut de Jaffa et que j’ai passé le Dniepr sur la glace avec Ney. » Peut-être Marchand se moquait-il de son ami, et tout cela ; si peu que ce fût aux yeux de Marchand, valait la peine d’être rajouté. Ajoutons que Marchand ne déplut pas du tout aux Wurtembergeois qu’il commandait en 1812.

Il a l’honneur d’avoir commandé le dernier détachement de l’armée française qui ait quitté le sol russe et l’avait alors avec lui tous les aigles du 3ème corps. Avec Ney et Gérard, il est le héros des suprêmes jours de la retraite. 

Arthur CHUQUET. 

 

 

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( 18 février, 2019 )

Une lettre du général Charpentier à sa femme, durant la campagne de Russie.

Depuis ma dernière lettre je n’ai reçu encore aucune lettre de France. Je ne peux pas songer à ce service des postes sans me mettre en colère, je profite pour t’écrire de tous les courriers extraordinaires de tous les officiers en mission, cela ne me réussit pas mieux. Cependant ma  dernière lettre et celle-ci vont sous la protection d’un M. Anglès, inspecteur des postes, qui m’assure qu’elle te parviendra. L’hiver a commencé, nous sommes dans la neige, les nuits sont déjà bien longues et bien fraîches. Si je pouvais de temps en temps lire de tes lettres, cela me réchaufferait, mais pas un mot, pas une lettre, et depuis quatre mois et huit jours pas un signe de vie. Il faut convenir que cela est bien dur. Je te chante toujours la même  antienne parce qu’elle m’occupe beaucoup, on parle que nous allons bientôt prendre des quartiers d’hiver, peut-être l’ordre dans les postes pourra se rétablir et obtiendrons-nous que les paquets amoncelés à Gumbinnen verront enfin le jour. C’est un pays bien vivant que Smolensk et si j’avais une bonne table et ma cave d’Oigny [propriété du général Charpentier, dans l’Aisne] j’aurais de belles occasions de m’en faire honneur, mais je n’en fais rien. Je vis comme un grisgoux [grigou] tout seul. Je fais l’ours et le ferai tant que je n’aurai pas de tes nouvelles. Mets bien sur toutes mes lettres: « Gouverneur général à Smolensk ».

Adieu, embrasse bien pour moi nos petits enfants.

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Le général Comte Charpentier (1769-1831) est général de division, d’abord chef d’état-major du 4ème corps, puis gouverneur de Witebsk, puis de Smolensk en 1812. Son épouse était la fille du général Aubert du Bayet. Lettre extraite du recueil de correspondances interceptées par les Russes durant la campagne de 1812. Publié sous les auspices de La Sabretache en 1913.

Une lettre du général Charpentier à sa femme, durant la campagne de Russie. dans TEMOIGNAGES retraitederussie

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( 17 février, 2019 )

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie…

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie... dans TEMOIGNAGES campagnerussie1Il y eut certainement, quoiqu’en dise Gourgaud, des actes d’anthropophagie pendant la retraite de Russie. Un sous-officier portugais assure au sergent Bourgogne que les prisonniers russes, n’ayant rien pour se nourrir, ont mangé quelques-uns de leurs morts. Ségur raconte que des soldats français, affamés, attiraient à eux les corps de leurs camarades grillés par les flammes et osaient porter à leur bouche cette révoltante nourriture. De même, Labaume : « Beaucoup, dit-il, étaient réduits à un état de stupidité frénétique qui leur faisait rôtir des cadavres pour les dévorer… » [On se méfiera de ce dernier témoignage, écrit sous la Restauration et qui avait intérêt à plaire au pouvoir royal…]Koutouzov n’écrit-il pas que plusieurs individus de l’armée française se sont portés à des actes de cannibales ? Il y eut même des actes d’autophagie. On vit, rapporte Vionnet de Maringonné, des « hébétés », des forcenés dont la faim avait altéré la raison, déchirer leurs propres membres, sucer leur propre sang, et Labaume affirme qu’on les voyait se ronger les mains et les bras.  

Arthur CHUQUET. 

Article publié dans le 2ème  volume de la série d’Arthur Chuquet et  intitulée : « 1812, la guerre de Russie », Fontemoing, 1912 (3 volumes). 

 

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