( 14 mars, 2018 )

L’incendie de Moscou…

Roos que nous connaissons, chirurgien au régiment wurtembergeois des chasseurs à cheval « Duc Louis III », raconte dans les lignes suivantes son arrivée à Moscou et l’embrasement de la ville.

Arthur CHUQUET.

Au matin du 14 septembre [1812], nous nous avançâmes sur la route. La nouvelle qu’il y avait un armistice s’était promptement répandue, et à une demi-heure de nous, nous avions devant les yeux Moscou, dont l’étendue me sembla plus considérable que celle des grandes villes que j’avais encore vues. A droite, dans les champs près de la route, était Napoléon vêtu d’une redingote grise et monté sur un cheval blanc. Il alla ce jour-là jusqu’à l’extrême pointe de l’avant-gaL’incendie de Moscou… dans TEMOIGNAGES Russierde, avec lui une petite suite, et à sa gauche un long juif polonais en costume national. Il dirigeait ses regards sur Moscou et le juif faisait des explications qui semblaient se rapporter à certains points de la ville. Nous vîmes là les retranchements que les Russes avaient construits avant notre arrivée. Lorsque nous approchâmes des premières maisons, Murat se mit à la tête de la division, et Napoléon, s’éloignant à droite, parut se rendre dans une maison de campagne du voisinage. Le 10ème régiment de hussards polonais, sous le colonel Uminski, entra le premier dans la ville. Puis vinrent les uhlans prussiens commandés par un major de Werther. Puis les chasseurs à cheval wurtembergeois auxquels j’appartenais. Derrière nous chevauchaient les quatre régiments français de hussards et de chasseurs de notre division. Avec nous était l’artillerie à cheval. D’autres divisions suivaient. L’attention sérieuse qu’excitait en nous ce qui allait se passer et la pensée qu’après tant de souffrances, de privations et de peines nous voyions un jour semblable, que nous étions les premiers qui entraient dans les murs de Moscou, tout cela nous faisait oublier le passé. Chacun était plus ou moins animé de l’orgueil des victorieux, et à ceux qui ne montraient pas cette fierté, il ne manquait pas d’officiers et de vieux soldats qui savaient leur faire valoir par de graves paroles l’importance du lieu et du moment. Notre division avait reçu les ordres les plus sévères : personne ne devait, sous aucun prétexte, mettre pied à terre ou sortir des rangs. Nous suivîmes donc la route jusqu’à la rivière dela Moskowa. Onne voyait pas une âme. Le pont était rompu. Nous entrâmes dans l’eau, les canons jusqu’à l’essieu, et les chevaux jusqu’aux genoux. Sur l’autre bord nous rencontrâmes quelques gens, debout sous leurs portes et leurs fenêtres, mais ils ne semblaient pas particulièrement curieux. Plus loin on trouva de belles maisons de pierre et de bois; parfois aux balcons des hommes et des femmes. Nos officiers saluaient aimablement. On leur répondait par un salut poli. Mais nous voyions toujours très peu d’habitants, et dans les palais il n’y avait que des domestiques. En avançant dans la ville, nous rencontrâmes des soldats russes fatigués, des traîneurs à pied et à cheval, des fourgons de bagages restés en arrière, des bœufs destinés à la boucherie, etc. On laissait passer tout cela. Nous fîmes beaucoup de détours à travers les rues où la foule des églises, leur bizarre architecture, la quantité des tours et leur parure extérieure, ainsi que de beaux palais entourés de jardins, attirèrent notre attention. Nous traversâmes la place d’un marché; les boutiques étaient ouvertes, les denrées dispersées en désordre, comme si des pillards étaient venus là avant nous. Nous allions très lentement et nous faisions souvent halte. Durant ces haltes, les nôtres remarquèrent que les Russes qui dormaient dans les rues avaient de l’eau-de-vie dans leurs bidons. Ils ne devaient pas descendre; mais ils surent se servir de leur sabre pour avoir le bidon : ils coupaient les courroies qui l’attachaient au sac et, insinuant dans l’anse la pointe de leur arme, ils amenaient à eux cette eau-de-vie qui, depuis quelque temps, était une grande rareté. Murat, extrêmement grave et actif, chevauchait tantôt en avant, tantôt en arrière de nous; et partout où il ne venait pas en personne, était du moins son regard. Il se trouvait en tête lorsque nous arrivâmes, au milieu de grands et vieux bâtiments, à l’arsenal. L’édifice était ouvert, et des hommes de diverse sorte, la plupart à l’aspect rustique, entraient et sortaient, emportant ou cherchant des armes. Dans la rue et sur la place où nous fîmes halte, il y avait de côté et d’autre beaucoup de ces armes, neuves en grande partie et aux formes variées. Sous la porte de l’arsenal, les aides de camp du Roi se prirent de querelle avec ceux qui enlevaient des armes. Ils pénétrèrent et l’altercation devint très bruyante. On remarqua que, sur la place, derrière l’arsenal, s’assemblaient nombre de gens du peuple, turbulents, tapageurs. Cela et ce qui se passait à l’arsenal détermina le Roi à établir nos canons à l’entrée de la place et à les décharger. Trois coups suffirent, et la foule se dispersa avec une hâte incroyable dans toutes les directions. La vue des armes sous les pieds de mon cheval ne laissait pas de me séduire; il y avait parmi elles un très beau sabre; personne n’était là pour me le donner et je ne pouvais le prendre comme nos soldats avaient pris les bidons. Malgré la défense et le danger que je courais, je descendis donc de cheval, je me remis aussitôt en selle, et je fus en possession d’un joli souvenir de Moscou. L’ordre était rétabli en cet endroit. Notre marche continua tranquillement à travers cette ville, la plus grande de toutes celles où je suis passé. Avec nous, à côté de nous, allaient à pied, à cheval, en voiture, beaucoup de soldats de l’armée russe; ils se dirigeaient vers la même porte que nous. Tous, comme nous, cheminaient pacifiquement. Seul un domestique d’officier dut, quelle que fût sa résistance, mettre pied à terre et abandonner son cheval gris, un cheval merveilleusement beau, qui resta désormais avec nous et que M. de Lutzow acheta sur-le-champ. En revanche, à la porte par où nous devions sortir, se trouvaient deux Cosaques qui firent beaucoup d’objections à notre passage et qui ne voulaient pas absolument le permettre. Nous avions un beau coucher de soleil, et pourtant, le matin, par un temps sombre et froid, il s’était levé très tard. Notre marche à travers Moscou avait duré plus de trois heures ; et à chaque pas, à chaque heure de ce jour-là, grandissait notre espoir dans une paix que nous désirions et qui nous était si nécessaire ; nos âmes rêvaient doucement du repos à venir. Ces sentiments s’animèrent davantage en nous lorsqu’en débouchant dans la campagne, nous vîmes plusieurs régiments de dragons russes, les uns en ligne, les autres marchant avec lenteur. Nous nous mîmes près d’eux et en face avec les meilleures intentions du monde. Ils montrèrent les mêmes  positions. Officiers et soldats s’approchèrent, se tendirent les mains, se tendirent les bidons d’eau-de-vie et s’entretinrent aussi bien qu’ils pouvaient. Mais cela ne dura pas longtemps. Un officier russe d’un haut rang accourut au galop avec ses aides de camp et défendit sur un ton tout à fait sérieux de pareilles conversations. Nous restâmes là, et les Russes continuèrent lentement leur route. Nous avions cependant remarqué que la paix serait pour eux comme pour nous la bienvenue, et nous avions vu que leurs chevaux étaient aussi épuisés que les nôtres : lorsqu’ils durent passer un fossé, plusieurs y tombèrent et ils ne se relevèrent qu’avec peine et lenteur, comme c’était aussi le cas chez nous. L’obscurité de la nuit était venue, et le temps du repos. Nous avions établi notre camp, avec l’artillerie et une division des cuirassiers, à peu de distance de la ville, à droite de la route qui mène à Vladimir et Kazan. A gauche de cette route est un grand et très vaste bâtiment que nous prîmes pour un couvent. Nos feux de bivouac répandaient une extraordinaire clarté, et nous voyions non loin de nous ceux du camp russe. Le tumulte guerrier qui se faisait autour de nous, le pétillement de la flamme, et surtout notre satisfaction d’avoir eu cette importante journée dans notre vie, l’attention toujours tendue vers ce qui se passerait encore, le bruit qui venait de la ville, quelques provisions que nous avions conservées, tout nous rendait joyeux et, depuis longtemps, notre camp n’avait été aussi vivant, aussi animé, bien qu’on eût un très grand besoin de se reposer. Beaucoup de gens qui appartenaient à l’armée russe passèrent encore sous mainte forme devant notre camp, sur la route de Kazan ; parmi eux, des blessés, quelques-uns pansés, d’autres saignants encore et qui, peu de temps auparavant, dans des rixes.et près de la porte, avaient reçu des coups. Nos officiers les envoyaient à mon bivouac. Je pansai ainsi un officier d’infanterie qui avait à la tête plusieurs coups de sabre et il me raconta qu’il avait, pour changer de linge, rendu visite à ses parents, qu’il voulait aussi se montrer à eux frais et dispos, mais qu’il ne les avait pas rencontrés et qu’alors ce malheur lui était arrivé. Après l’avoir pansé, je lui montrai les feux du camp russe; du reste, nous disions à tous les traîneurs d’aller là. Il régnait parmi nous et autour de nous tant de gaîté que chacun oubliait la fatigue et le sommeil, et, quand ce n’eût pas été le cas, les événements qui allaient se produire nous auraient ôté l’envie de dormir. Je ne puis dire si c’est au milieu de la ville ou à son extrémité, car dans la nuit on se trompe facilement, mais je crois que c’est au milieu de la ville, que soudain eut lieu une explosion. Elle avait une force si terrible que quiconque la vit et l’entendit, dut penser aussitôt que c’était un magasin de munitions, de très grande envergure, qui se déchargeait. Un incendie s’éleva tout à coup, et de cet incendie sortirent, en décrivant des arcs grands ou petits, des boules de feu semblables à des bombes ou à des obus qui partaient en foule et dans le même temps, et avec un affreux fracas elles firent jaillir au loin mille étincelles. L’explosion dura trois à quatre minutes. Elle nous sembla être le signal de l’incendie de la ville. Le feu ne parut d’abord qu’à cet endroit; mais peu de minutes après nous vîmes en divers quartiers monter des gerbes de flammes ; nous en comptâmes dix-huit au commencement ; plusieurs se suivirent ensuite rapidement. Nous nous regardâmes les uns les autres silencieusement et avec surprise : « Voilà, dit alors le capitaine Reinhardt, voilà un fâcheux événement, et qui annonce un grand malheur; il détruit du coup notre espoir de paix, il anéantit  tout ce qui nous est nécessaire. Ce ne sont pas les nôtres qui ont méchamment allumé ce feu. C’est la preuve de l’acharnement de nos adversaires; c’est le sacrifice  qu’ils font pour nous perdre. » Nous vîmes très distinctement celte scène d’horreur dès son début, car noire camp était plus haut que la ville. Des flammes s’élevèrent bientôt dans les quartiers voisins; elles nous éclairèrent, elles éclairèrent toute la contrée d’alentour, et cet accroissement de lumière et de flammes fit tomber notre courage qui, pour la première fois, venait de se ranimer joyeusement ; de cette claire lumière nous jetions, pour ainsi dire, un triste regard dans un avenir d’autant plus sombre. Il était minuit. L’incendie s’étendait, et une mer de feu se répandait sur le colosse de la ville. Le bruit y devenait plus grand, et plus grand devenait aussi le nombre des traîneurs et des fugitifs qui passaient devant notre camp. Nous finîmes par nous fatiguer de cet épouvantable spectacle et nous nous couchâmes sur le sol. Après un court sommeil nous remarquâmes que les flammes avaient considérablement augmenté et, à la pointe du jour, nous aperçûmes des nuages de fumée dont les couleurs et formes diverses se mêlaient les unes aux autres. Ainsi j’avais vu cette vieille et célèbre Moscou, la ville des tsars, à son dernier jour; j’avais vu à sa naissance le feu qui lui apportait la ruine ainsi qu’à nous-mêmes. Déjà beaucoup d’entre nous étaient morts. De ceux qui avaient quitté notre garnison du Danube, nous n’étions plus que la moitié. Les autres régiments de notre division se trouvaient dans le même état.

(Arthur Chuquet, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série » Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.18-24).

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 8 mars, 2018 )

Le froid éternel ennemi (Campagne de Russie, 1812)…

Le froid éternel ennemi (Campagne de Russie, 1812)… dans HORS-SERIE 1812« Nous marchâmes avec beaucoup de peine à cause du verglas qui couvrait la route par suite de la forte gelée, survenue dans la nuit du 28 [novembre] au 29, après le dégel qui avait eu lieu ; nous glissions à tout instant : plusieurs hommes, tombant sans avoir les forces de se relever, étaient condamnés à périr de froid. Je ferai remarquer que depuis le 18 au 22 il y eu un dégel, et la boue rendait notre marche très difficile ; du 22 au 24 il gela de nouveau ; le 25 il dégela, et le 28 la gelée reprit fortement et continua sans interruption jusqu’à la fin du mois de janvier. Le 1er décembre, le froid prit une telle intensité que le thermomètre descendit jusqu’à vingt-quatre degrés au-dessous de glace. Ce temps atroce jeta le reste de nos troupes dans l’état le plus déplorable et le plus effrayant ; nous ne ressemblions plus à des militaires, mais à des mendiants abrutis, nous offrions l’aspect d’une bande de spectres. Dans cet état, nous nous dirigeâmes sur Vilna. L’espoir de toucher au terme de nos misères nous encourageait dans les pénibles efforts qu’il fallait faire pour nous retaper.  Le froid qui nous affligeait si cruellement frappait, à tout moment, de nouvelles victimes ; il nous tuait par milliers d’hommes dans l’espace de quelques jours : la route étaient jonchés de morts. Heureusement, lorsque nous eûmes tant à souffrir de la rigueur de la saison, nous fûmes moins tourmentés par la faim, nous traversâmes des contrées où nous trouvions quelques vivres et du bois pour nous chauffer, et l’ennemi nous inquiétait moins, toutefois sans cesser de nous poursuivre ; car il attaquait tous les jours notre arrière-garde… »

(Joseph de KERCKHOVE, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Édité par un Demi-Solde, 2011, pp.150-151). L’auteur était à cette époque médecin attaché au quartier-général du 3ème corps (Maréchal Ney).

 

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 3 mars, 2018 )

Une lettre du dénommé Jubinal au notaire Couffille, durant la retraite de Russie….


06509427.jpg

Ce Jubinal était sous-chef à la division des Procès-verbaux et Comptabilité de la Secrétairerie d’Etat. Couffille était notaire à Luz, petite ville des Pyrénées-Orientales. 

Arthur CHUQUET.

Au bivouac de Iaskowo, 3 novembre 1812. 

Vous serez étonné, mon cher Couffille, comme je l’ai été moi-même en apprenant le malheureux sort de M. Trassens. Vous le croyiez à Riga et je l’y croyais moi-même d’après vous. Eh bien non ! Il est à Moscou ! J’y suis resté plus d’un mois et je n’ai su que le dernier jour qu’il y était, et voici comment. Les 9/10ème de cette ville ont été réduits en cendres dès les premiers jours de notre entrée. Parmi les habitants que nous y avons trouvés quatre ou cinq cents Français en faisaient partie. Tous ont été plus pu moins victimes de l’incendie et tous surtout étaient réduits à n’avoir pas de pain. Sur les réclamations qu’ils firent, il leur fut donné des secours en argent, par ordre de l’Empereur. La liste de ces Français m’est tombée dans les mains et j’y ai lu le nom de J.-B. Trassens de Vici âgé de 60 ans, instituteur en Russie depuis 13 ans. Il n’y a pas de doute que ce ne soit pas là votre oncle. Ce n’est que le 18 octobre que j’ai pu voir cette liste et je suis parti de Moscou le 19.  Un ou deux jours de séjour de  plus, je me serais empressé de le voir et de lui parler. S’il était à  Riga, il s’était donc éloigné de cette ville à l’approche de l’armée et il était venu se réfugier à Moscou, comme devant être plus en sûreté, car personne ne s’attendait à voir les Français s’emparer cette année de cette ancienne capitale de la Russie.  Votre oncle doit être bien malheureux aujourd’hui, s’il a survécu à la destruction du reste de cette ville.

Vous en ressentirez, je suis sûr, ainsi que moi une bien grande peine ! 

Je vous écris cette lettre au bivouac sur mes genoux et dans la voiture, l’armée est en marche pour prendre ses quartiers d’hiver. 

JUBINAL.

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 23 février, 2018 )

Une lettre du colonel Bauduin…

russie.jpg

Cet officier sera tué à Waterloo, lors de l’assaut du château d’Hougoumont. Il s’adresse au général Marin, sous-gouverneur des Pages de l’Empereur, à Versailles.

Smolensk, le 8 novembre 1812.

Mon cher général, je profite du revers de la lettre de mon ami Marchal [major du 93ème de ligne] pour vous donner de mes nouvelles et des siennes. Les deux plaies de ma blessure sont cicatrisées, la sienne le serait avant huit jours, si nous étions tranquilles, mais la route en retraite que nous faisons depuis vingt jours, retarde un peu notre parfaite guérison. Nous avons tous deux bon appétit et nous voyageons, moi dans ma voiture et notre major dans une petite calèche du pays, dans laquelle il est étendu comme dans son lit.  Nous attendons ici le corps d’armée [le 3ème corps (Ney) ; le 93ème faisait partie de la 11ème division d’infanterie] ou au moins des nouvelles de la direction qu’il doit prendre après le passage du Borysthène, alors nous nous dirigerons sur le point destiné au régiment, afin d’y terminer au plus tôt notre guérison [à La Moskowa, Bauduin avait eu le bras droit traversé par un coup de feu, il en resta estropié, et le major Marchal avait reçu à la cuisse droite une balle qui ne put être extraite].

Soyez tranquille sur le sort de votre beau-frère : notre destinée est commune et nous ne nous quitterons pas ; au reste d’ci à huit ou dix jours nous serons tous deux hors d’affaire et nous n’aurons plus besoin que de soins pour empêcher nos plaies de se rouvrir.

Si, comme il est probable, on organise le Royaume de Pologne, Smolensk fera sans doute partie de la ligne de défense, comme un point important sur le Borysthène ou Dniepr ; en conséquence je présume que notre quartier d’hiver ne sera pas trop éloigné d’ici ; écrivez-vous souvent.

BAUDUIN.

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 19 février, 2018 )

Un méconnu. Nicolas Raoul…

Un méconnu. Nicolas Raoul… dans FIGURES D'EMPIRE grenadier-ile-delbe

Nicolas Raoul (1788-1850) à ne pas confondre avec un autre officier, Jacques Roul (1775-1840). Raoul, enfant de troupe au 5ème régiment d’artillerie à pied le 21 mai 1802, entre le 1er octobre 1806 à l’École polytechnique et passe comme élève sous-lieutenant au 5ème régiment d’artillerie à pied le 27 juin 1809 pour prendre part aux campagnes d’Allemagne de 1809 à 1811. Il sert au siège de Riga pour être promu capitaine le 22 juillet 1812. Nicolas Raoul participe à la campagne de Russie et entre dans l’artillerie de la Garde Impériale, comme lieutenant le 1er octobre 1812. Il est à Bautzen, Dresde et à Leipzig, en 1813. Il a un cheval tué sous lui à Hanau. En 1814, Raoul se bat à Brienne, Montereau, et à Arcis-sur-Aube. Lors de la première abdication de l’Empereur, il suit le général Drouot, avec le grade de capitaine de la Vieille Garde, à l’île d’Elbe. Il sera notamment chargé de fortifier la petite île de la Pianosa et d’aménager la résidence impériale de San Martino. Au retour de Napoléon, qu’il a suivi jusqu’à Paris, Raoul est nommé chef de bataillon dans l’artillerie de la Garde, avec rang de major dans ligne. Il participe à la campagne de Belgique. Grièvement blessé à Waterloo, il reste sur le champ de bataille, la cuisse brisée. Il est fait prisonnier. Soigné probablement à Bruxelles, Raoul est libéré sur parole et rentre des foyers à Neufchâteau (Vosges) en septembre 1815. Plus tard, il devra fuir la France pour les États-Unis d’Amérique, puis le Guatemala ou il œuvra, afin que ce pays reste indépendant, tout en exploitant une importante propriété agricole. Début 1833, Nicolas Raoul rentre en France. Sur les recommandations des généraux Drouot et Bertrand, Raoul avait été nommé par Louis-Philippe lieutenant-colonel et réintégré sur les contrôles de l’artillerie française. Il occupe donc des postes à Douai, à Lyon, Perpignan et Besançon. Le 19 juillet 1845, il est nommé maréchal de camp, puis le 24 octobre 1848, commandeur de la Légion d’honneur. Enfin, le 7 janvier 1849, Raoul est nommé commandant de l’artillerie de la 1ère division militaire à Vincennes. Il s’éteint le 20 mars 1850, date-anniversaire du retour de Napoléon à Paris…

Concernant Jacques Roul, dont le nom est parfois orthographié Ruhl, cet « officier casseur d’assiettes et tapageur » Napoléon transmet une note à son sujet au grand maréchal Bertrand : « Longone, le 11 septembre 1814. Fonctions du chef d’escadron Roul. Le sieur Roul aura le commandement de toute ma cavalerie : en conséquence, les Polonais, chasseurs, Mamelucks, tant à pied qu’à cheval, seront sous ses ordres ; il m’accompagnera constamment à cheval, et il lui sera donné un cheval de mon écurie  avec deux pistolets ; il commandera mes escortes et prendra les mesures de sûreté convenables ; il se concertera avec le commandant de gendarmerie pour le placement des gendarmes dans les lieux de passage, mais jamais les gendarmes ne devront me suivre… » (Léon-G. Pélissier, « Le Registre de l’île d’Elbe… », pp.113-114). A noter que Roul était «  arrivé à l’île d’Elbe après le débarquement de Napoléon, il se disait chef d’escadron d’artillerie et manifestait une exaltation débordante pour l’Empereur à qui il avait offert ses services. Les soldats de la Garde l’accueillirent avec empressement et Napoléon le nomma premier officier d’ordonnance. On sut rapidement qu’il n’était que capitaine d’où des explications violentes avec des officiers de la Garde. Bien qu’aucun document officiel ne parle de ce premier officier d’ordonnance il est pourtant repris comme tel dans des lettres de l’Empereur ».

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 13 février, 2018 )

Guillaume de Hochberg, Margrave de Bade…

« Guillaume-Louis-Auguste, margrave de Bade, second fils du grand-duc Charles de Bade et de la comtesse de Hochberg, né le 8 avril 1792 à Karlsruhe, entré dans l’armée en 1805, colonel au quartier-général de Masséna (1809), commandant de la brigade badoise en Russie (1812), lieutenant-général en janvier 1813, capitule à Leipzig le 19 octobre, mais refuse de se joindre aux Alliés, prend part aux campagnes de 1814 et de 1815, reçoit le titre de margrave de Bade (4 octobre 1817), devient président de la première Chambre (1819), général en chef du corps d’armée badois (1825), renonce à ses fonctions après 1848, meurt le 11 octobre 1859. »

(Arthur Chuquet, « L’Alsace en 1814 », Plon, 1900, p.470.)

Le margrave de Bade a laissé des  « Mémoires » dont la partie sur la campagne de 1812 fut traduite en français et publiée par Arthur Chuquet en 1912 (chez Fontemoing et Cie). En 1812, Hochberg et ses 6000 badois sont intégrés au sein du 9ème corps d’armée (maréchal Victor). Ce témoignage a été réédité en 2009 par le Livre chez Vous sous le label « A la Librairie des Deux Empires ».

Guillaume de Hochberg, Margrave de Bade… dans FIGURES D'EMPIRE guillaume-de-hochberg-margrave-de-bade

Publié dans FIGURES D'EMPIRE par
Commentaires fermés
( 4 février, 2018 )

La campagne d’Allemagne vécue par le chef d’escadron Mathieu.

La campagne d’Allemagne vécue par le chef d’escadron Mathieu. dans TEMOIGNAGES 06-509437

L’auteur était chef d’escadron d’artillerie à cheval. Voici un extrait de son témoignage sur la campagne de 1813.

Un ordre du Ministre de la Guerre prescrivait de créer avec les 78 hommes [débris des sept compagnies restant à l’issue de la campagne de Russie, comprenant sous-officiers, brigadiers et canonniers] quatre compagnies. Je ne pus garder les 36 miens On mit le tout en quatre paries et nous reçûmes des canonniers des régiments d’artillerie à pied er des cohortes. Ma compagnie fut portée tout de suite à 104 hommes et 100 chevaux. C’était dans les quinze premiers jours de mars. Le 1er avril 1813, nous passâmes l’Elbe à Magdebourg et, le 5, nous nous battîmes bravement et, de ce jour, j’eus bonne opinion de mes nouveaux canonniers. Nous repassâmes la rivière sur le même pont de bateaux et nous vînmes cantonner près de la ville. Là, j’achevai l’organisation de ma compagnie ; je fis donner manteaux, portemanteaux, bottes, etc., de manière qu’au 20 avril je pus me mettre en ligne tout aussi franchement qu’avec mes bons et braves canonniers que j’avais laissés dans les différentes affaires de 1812. Le 2 mai eut lieu cette fameuse bataille de Lützen contre les russes et Prussiens réunis. Nous tirions encore le canon à 10 heures du soir et nous y étions forcés par l’ennemi qui ne cessait pas son feu. Enfin, malgré les boulets ennemis, on donna l’ordre de faire manger les chevaux, mais seulement la moitié à la fois.

Nous restâmes debout de cette manière toute la nuit, et, à 2 heures du matin, l’ennemi fit un mouvement en avant comme pour nous attaquer ; mais, quoique étant prêts, nous les laissâmes s’avancer sur nous jusqu’à petite portée de canon. Voyant que nous ne bougions pas, ils s’arrêtèrent, et on vit, une heure après, leur arrière-garde se replier.

On se mit à leur poursuite, mais nous n’avions pas assez de cavalerie pour profiter de nos avantages. Nous les poussâmes de cette manière jusqu’à Dresde, où nous passâmes l’Elbe le 8, et on resta au repos jusqu’au 21, où eut lieu la bataille de Bautzen.

Vainqueurs, nous poursuivîmes l’ennemi jusqu’au Bober, et là eut lieu cet armistice qui dura du 30 mai au 17 août [les Alliés demandent un armistice le 25 mai 1813. Napoléon l’accorde. L’armistice de Pleiswitz est signé le 4 juin. Les hostilités doivent être suspendues jusqu’au 20 juillet 1813 ; il sera prolongé (le 30 juin) jusqu’au 10 août] pour notre meilleur malheur, car si on avait poursuivi l’ennemi, nous l’aurions rejeté au moins sur la Vistule et les autrichiens ne se seraient pas mêlés de la partie. Nous apprîmes, le 20 août, que les Autrichiens nous avaient déclaré la guerre et qu’ils marchaient sur Dresde pour s’en emparer. Nous nous mîmes en marche et nous marchions à grandes journées, le 1er corps de cavalerie dont je faisais partie et la Garde. Nous arrivâmes le 26 août et nous fûmes obligés de défiler sous un feu de canon bien nourri, pour nous porter sur les bords de la rivière que nous passâmes le plus vite possible, et, après avoir pris un peu de repos, on nous fit attaquer l’ennemi qui était tout auprès des faubourgs. Nous rentrâmes dans l’endroit où nous avions reposé ; il était près de 10 heures. Sur les 11 heures, la pluie survint et était très forte, ce qui ne nous arrangeait guère, et, à la pointe du jour, nous attaquâmes l’ennemi par une forte pluie qui dura toute la journée du 27 août 1813. Sur les 3 heures, on fit charger notre cavalerie sue les carrés autrichiens ; le premier qu’on attaqua était à l’embranchement des deux roues qui sont au-dessus de la ville de Dresde du côté sud ; ce bataillon croisait la baïonnette ; il se laissa écraser sans tirer un coup de fusil. Enfin, il se rendit. C’était la division Doumerc qui était là, composée de dragons. Les autres carrés se rendirent presque sans résistance. La bataille ne finit qu’à la nuit. Nous couchâmes à une lieue de Dresde, sur la route d’Auessburg [Auerberg ?]. Le lendemain 28, nous nous portâmes sur  la route de Pirna, qui va en Bohême, où nous apprîmes, pour le malheur de l’armée, que le corps de Vandamme, de 30.000 hommes, avait été écrasé ; que le maréchal Macdonald était battu sure le Bober; que les maréchaux Ney et Oudinot étaient battus marchant sur Berlin.

Nous fûmes obligés de passer la rivière à Dresde et d’aller porter secours au maréchal Macdonald. Nous rejetâmes l’ennemi au-delà du Bober et nous revînmes encore une fois pour nous porter sur la rive droite, où nous restâmes jusqu’au 26 septembre. Nous repassâmes sur la rive gauche à Meissen et nous vînmes près de Torgau. Nous repassâmes sur la rive droite le 12 octobre à Wittemberg, pour aller attaquer les Suédois que nous refoulâmes près de Magdebourg. De là, nous vînmes à marches forcées sans nous rendre à la bataille de Leipzig, le 16 octobre 1813.

Tout allait bien le 16.

Le 17, on resta tranquille. Le matin du 17, il plut. On parlait de paix.  Le 18, nous fûmes attaqués de tous côtés. Nous manquâmes de munitions le soir. L’ennemi nous avait tellement resserrés que des boulets venaient sur le grand parc qui se trouvait près de la ville côté est. On m’avait envoyé là à 5 heures, n’ayant plus de munitions. Je passai la nuit dans cet endroit. Dans la nuit, le grand parc défila et passa la ville. Moi, j »’avais reçu l’ordre d’attendre le corps d’armée. Sur les 8 heures du matin, le 19, je me trouvais seul avec mes douze bouches à feu. Le corps d’armée avait passé la ville dans la nuit et on avait oubliée de m’envoyer des ordres. Je me mis en marche et j’arrivai comme je pus sur les bords de l’Elster que je passai avec quatre bouches à feu. Le reste de mes batteries, mon fourgon, etc., tout demeura au pouvoir de l’ennemi, vu que le pont, ayant sauté par la maladresse de celui qui y mit le feu trop tôt, fut la cause de la perte de l’armée.

De Leipzig jusqu’à Mayence, où nous arrivâmes le 31 octobre 1813, dans un triste état, à peine si on se battit, et, malgré que nous faisions notre retraite sur un pays de ressources, l’armée faisait pitié en repassant ce fameux fleuve qui nous coûta tant de coups de canon pour le passer en 1794, et que nous avons quitté peut-être pour toujours !

Nous restâmes cantonnés près de Kreuznach du 1er novembre 1813 au 28 décembre, jour où le corps d’armée se mit ne marche pour venir prendre des cantonnements près de Landau, en attendant la paix qui, disait-on, allait se faire avec les souverains du Nord.

(« Souvenirs militaires du chef d’escadron Mathieu., de 1787 à 1815. Publié par Camille Lévi », Henri Charles-Lavauzelle, Éditeur militaire, s.d. [1910], pp.29-33).

06-509463 Souvenirs du chef d'escadron Mathieu sur 1813 dans TEMOIGNAGES

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 10 juin, 2016 )

« On ne rit point ici; c’est une grande journée. »

« Napoléon passa le Niémen le 24 juin [1812], non cependant  sans quelque hésitation. C’était César franchissant le Rubicon. Le comte de Narbonne, qui avait été à Wilna en mission auprès de l’empereur Alexandre, en avait rapporté des paroles de paix. Ce prince avait mis tout le tort de notre côté, en faisant dire : « Que me veut l’empereur de France ? Vivons en bonne harmonie, il en est temps encore ; mais passé le Niémen, j’attirerai l’armée française dans les déserts de la Russie, et elle y trouvera son tombeau. » On ne se fait point d’idée du tableau imposant qu’offrit la réunion de soixante mille hommes groupés au pied de la colline sur laquelle Napoléon avait fait établir ses tentes. De cette hauteur il dominait toute son armée, le Niémen et les ponts préparés pour notre passage. Le hasard me fit jouir de ce spectacle. La division Friant, destinée à former l’avant-garde, s’était égarée pendant la nuit, en sorte qu’elle arriva sur le plateau après que toute l’armée se fut rassemblée. L’Empereur, nous voyant enfin déboucher, fit appeler le comte Friant et lui donna ses ordres. Pendant ce temps, la division, était arrêtée pour attendre son chef devant les tentes impériales ; je m’approchai du groupe d’officiers généraux de la maison de Napoléon. Un morne silence régnait parmi eux, presque de la consternation. M’étant permis un peu de gaieté, le général Auguste de Caulaincourt, gouverneur des pages et frère du grand écuyer, avec qui j’étais lié, me fit signe et me dit tout bas : « On ne rit point ici ; c’est une grande journée. » il me montra l’autre bord du fleuve, et il eut l’air d’ajouter : « Voilà notre tombeau. » L’Empereur ayant terminé avec le général Friant, la division traversa tous les corps de l’armée pour  s’approcher ; bientôt elle se trouva sur la rive opposée. Alors les soldats jetèrent des cris de joie qui me firent horreur, comme s’ils voulaient dire : « Nous voilà sur le territoire ennemi ! Nos officiers ne nous puniront plus lorsque nous nous ferons servir chez les bourgeois ! »  Jusque-là beaucoup de chefs avaient réussi à maintenir une stricte discipline, d’après les ordres mêmes de l’Empereur. Plusieurs proclamations avaient rappelé qu’en traversant les états du roi de Prusse nous étions sur le territoire allié, et qu’on devait les respecter comme si nous nous trouvions sur le territoire français. On a vu, hélas ! que souvent ces ordres avaient  été cruellement oubliés ou méprises ; mais du moins il n’y avait jamais eu d’autorisation. On avait contenu le soldat en lui disant : « Arrivé sur le territoire russe, on prendra tout ce que l’on voudra. » ainsi les ministres et les généraux de Napoléon avaient adopté le principe que Tacite nous apprend avoir été celui du sénat romain et des premiers empereurs : « Les Romains ne traitaient point les peuples auxquels ils faisaient la guerre comme des ennemis qui défendent leur pays, mais comme des esclaves qui ont osé se révolter. » L’avant-garde fouilla les bois, mais à peine trouvâmes-nous des traces d’hommes ; nous étions déjà dans un désert. L’Empereur, le prince de Neufchâtel, le toi de Naples, le prince d’Eckmühl, parcoururent en calèche ou droski la forêt de sapins, étonnés et peut-être terrifiés de ne voir ni habitants ni soldats russes.  On envoya des Polonais sur les hautes collines boisées ; ils rapportèrent que de loin on apercevait l’arrière-garde ennemie se dirigeant sur Wilna. »

« Un général hollandais sous le Premier Empire. Mémoires du général Baron de  Dedem de Gelder (1774-1825) », Plon, 1900, pp.212-214. En 1812, cet officier commanda une brigade sous les ordres du maréchal Davout.  Plus tard, lors de la retraite de Russie,  le général de Dedem de Gelder est à l’avant-garde sous les ordres de Murat.

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 11 décembre, 2014 )

Au hasard de mes lectures…

Au hasard de mes lectures...

Retour sur 2 témoignages…

J’ai relu récemment les « Souvenirs »du comte de Lignières et les « Mémoires » du général de Lorencez. Ces deux titres ont été réédités en 2005 sous le label A la Librairie des Deux Empires (à cette époque devenu la propriété de la société LCV Services). Le texte de Marie-Henry, comte de Lignières, dès les premières pages, nous rend ce personnage sympathique. L’homme est cultivé, joue aisément du piano et sait tout autant faire le coup de feu quand il le faut.  Après avoir effectué un passage à l’École militaire de Fontainebleau, il rejoint les rangs du 59ème de ligne. Il participe aux campagnes de Prusse et d’Espagne, effectue un passage sur la frégate l’Alcmène avant d’être nommé dans la Vieille Garde, plus exactement comme lieutenant en premier au 1er régiment de chasseurs à pied. C’est dans cette unité qu’il fait la campagne de Russie. Son récit devient alors plus étoffé. Nous ne sommes plus en 2014 mais en 1812, sur les bords de la Bérézina : « Nous crevions de faim. »  déclare l’auteur. Lignières survit à l’enfer blanc et combat encore en Allemagne, en 1813.  La campagne de France n’est pas abordée et les Cent-Jours ne le sont que très brièvement. Bien plus tard, en 1840, l’auteur est en garnison à Alger, où il se retrouve sous les ordres du célèbre général Berthezène, un autre ancien combattant des guerres de l’Empire, devenu commandant en chef en Algérie.

Les « Mémoires » du général de Lorencez, écrits avec un peu plus de sobriété n’en présentent pas moins un intérêt certain. Ce personnage qui épousa une des filles du maréchal Oudinot et fut beau-frère du général Pajol, est un fin observateur. Après avoir combattu dans les rangs de l’armée des Pyrénées, nous le retrouvons engagé dans la campagne d’Italie, présent aux batailles de Loano, de Mondovi, de Lodi et d’Arcole. En décembre 1804, alors colonel, Lorencez prend le commandement du 46ème de ligne. Il se bat à Austerlitz et plus tard à Iéna.  Il  est présent à Eylau : « L’infanterie russe marchait en même temps que nous; la mêlée fut vive, mais elle fut courte. Le 46ème s’y maintint malgré une canonnade épouvantable de toute la ligne russe, qui mit le quart de mon monde hors de combat », écrit l’auteur. Il est de nouveau présent  sur le terrain lors des batailles d’Heilsberg et de Friedland. En 1809, Lorencez se bat en Autriche avant de se retrouver en Russie. Après avoir obtenu un congé de trois mois en France « bien nécessaire à ma santé, fort ébranlée », écrit-il, le voici en pleine campagne d’Allemagne, à la tête de la 3ème division du corps d’observation d’Italie. Il ne prit pas part à la campagne de France. Il reprend du service après le retour de l’Empereur en France, en mars 1815, chargé de former des bataillons de la Garde nationale dans les différents départements.

C.B.

(Marie-Henry, comte de LIGNIERES, « Souvenirs d’un chasseur à pied de la Vieille Garde », A la Librairie des Deux Empires, 2005 , 200 pages.)

Général de LORENCEZ « Mémoires  (1794-1815) », A la Librairie des Deux Empires, 2005, 220 pages.)

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 15 novembre, 2014 )

Le général Roussel d’Hurbal.

 06-513450

François Roussel d’Hurbal, né à Neufchâteau dans les Vosges, servit d’abord en Autriche, comme faisaient alors quelques Lorrains. Cadet au régiment d’Arberg en 1782, premier lieutenant en 1788, capitaine en second en 1793, chef d’escadron en 1797, major en 1800, lieutenant-général en 1804, colonel commandant du régiment des cuirassiers de Mack en 1806, il avait été fait général major sur le champ de bataille d’Essling. En 1811,  il donne sa démission du service d’Autriche et demande à être porté sur le tableau des généraux de brigade de l’armée française. « De quel pays est-il ? répondit Napoléon. Comment est-il passé au service de [l’] Autriche ? Quel âge a-t-il ? » Le 31 juillet 1811, Roussel fut nommé général de brigade et le 4 décembre 1812, après s’être signalé dans la campagne de Russie, général de division. En 1814, le 17 janvier, Napoléon qui le regardait comme un de ses meilleurs officiers de cavalerie, lui dit en le voyant : « Général, tenez-vous prêt », et le jour même il le nommait inspecteur général  du dépôt central de Versailles. Le 19 février 1814, il lui confiait une division de grosse cavalerie, formée des 5ème, 12ème, 21ème et 26ème  dragons; Roussel a, du reste, ainsi raconté ce qu’il fit en 1814.

Arthur CHUQUET.

« Quant au grade de commandant de la Légion d’Honneur, c’est de l’Empereur que je le tiens ; il m’y a nommé à Fontainebleau, et l’avis m’en est parvenu à Essonnes où j’occupais le poste abandonné par les troupes de M. le maréchal Marmont ; je pourrais peut-être citer qu’en 1814, à Sézanne [sans doute le 10 février 1814], l’Empereur me fit déjeuner avec lui, pour me témoigner sa satisfaction sur une charge que je fis sur des lanciers russes et des cosaques ; il n’y avait à sa table que le prince Berthier et moi ; on sait ce que valait une pareille marque d’estime de la part d’un tel chef. »

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.362).

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 1 janvier, 2014 )

Au hasard de mes lectures…(5)

Au hasard de mes lectures...

Heurs et malheurs d’un élève de l’Ecole militaire de Saint-Germain…

Voici un document intéressant.  Il s’agit de la correspondance de Desiderio Sertorio, qui retrace ce que pouvait être l’existence d’un élève de l’École Militaire Spéciale de Cavalerie de Saint-Germain-en-Laye. Publiée par ses descendants, tout d’abord en 2004, au sein d’un volume consacré à la famille Sertorio, cette correspondance a été pour la première fois traduite en français cinq ans plus tard. On y partage le quotidien du jeune Desiderio (1792-1857), dont le nom francisé en « Didier Sertorio » figure en suscription des lettres expédiées presque quotidiennement par sa famille génoise ou des proches. Le jeune homme arrive à la fin mai 1812 dans cette institution. Il y retrouve des compatriotes, ce qui rend le séjour un peu plus acceptable. « A quatre et demi le matin, la trompette sonne et il faut se lever [et] recouvrir son lit parfaitement si on veut se lever. Les journées commencent ainsi; à 21 heures, extinction des feux. L’auteur, y évoque les repas, pris debout,  peu élaborés (« dans chaque gamelle peuvent manger 5, 6, 7 élèves, selon le ticket qui se trouve sur la gamelle »); le pain « assez bon » que l’on peut obtenir à profusion tout au long de la journée, ou bien encore le vin rouge qui ressemble à du vinaigre… Le 15 août, jour solennel, les élèves mangent assis et sont servis dans des assiettes avec nappes et serviettes, le tout sous la bienveillance de domestique. Un luxe pour ces braves gens !

La tenue que porte chaque élève est abordée en détail. Cet uniforme est complété par un casque « un long sabre et des gants ».

Les Italiens sont haïs par les autres élèves, ce qui créée un mauvais climat. S’en suivent de fréquents duels, interdits par le règlement. Il y a aussi des vols fréquents dans ces immenses chambrées où l’on gèle, la nuit, en hiver. « Il est interdit de faire du feu dans les dortoirs », précise Sertortio.

« La vie est toujours la même, l’ennui, la fatigue. Je me sens affligé. Ma seule consolation je la trouve en lisant vos lettres et je vous assure qu’elles me sont d’un grand soutien », écrit le jeune élève, déprimé.

En novembre 1813, il est nommé maréchal-des-logis. Le 28 décembre 1813, Desiderio quitte l’École  de cavalerie, sa formation étant achevée. Il va vivre son baptême du feu durant la fameuse campagne de France, dans les rangs du 2ème régiment de dragons. Le 29 janvier 1814, il s’est battu à Brienne, puis il a perdu début février, son cheval, sa selle, ses pistolets, son porte-manteau… « La guerre est affreuse et ils n’onr presque rien à manger. », écrit sa mère, au grand-père de l’auteur, après avoir reçu des nouvelles de son fils. Desiderio aura un pied gelé (le froid encore !) Malgré tout il aurait participé avec courage à toute la campagne de 1814. Après la première abdication de l’Empereur, le 6 avril 1814, il regagnera Paris afin de se soigner avant de rentrer à Gênes, fin 1814. L’auteur de cette correspondance épistolaire, devient, au fil des pages, attachant. Ses lettres méritent de figurer parmi les bons témoignages sur le Premier Empire.

« Correspondance de Desiderio Sertorio.[Présentation [de] Pompeo Sertotio] Suivie de « L’École militaire Spéciale de Cavalerie sous le 1er Empire », par Charles-Henri Taufflieb », Saint-Germain-en-Laye, Editions Hybride, 2009, 264 pages.

 ——————————————————————————————————————–

Labédoyère méritait mieux !

Quelle déception en lisant la dernière biographie en date consacrée au général de La Bédoyère ! Ce personnage, au caractère absent de toute modération, est familier des amateurs d’histoire napoléonienne. Plutôt porté sur une carrière littéraire, ami des livres, familier à ses heures de la célèbre Germaine de Staël, Charles de La Bédoyère entame assez tard une vocation militaire. C’est en 1806, qu’il entre aux gendarmes d’ordonnance, avant d’être nommé en septembre 1807 lieutenant au 11ème  régiment de chasseurs à cheval. L’année 1808 le trouve aide-de-camp du maréchal Lannes. La Bédoyère est en Espagne, à Saragosse, puis passe en Autriche, et en Italie; on le retrouve alors aide-de-camp du prince Eugène. Il participera à la campagne de Russie et commandera, durant celle d’Allemagne, le 112ème de ligne. Le 21 octobre 1813, Charles de La Bédoyère épouse Georgine de Chastellux. Le couple s’installe fin janvier 1814 dans une maison de l’élégant Faubourg Saint-Germain, rue de Grenelle, plus exactement. Il convient de souligner que durant toute son existence, La Bédoyère, par sa fidélité sans faille à Napoléon, fera figure de tâche vis-à-vis de sa propre famille, et celle de son épouse, légitimistes l’une et l’autre. Le frère de Charles, Henry, ne cachera jamais ses idées royalistes et sa haine de « l’Usurpateur ». Tout un climat familial avec lequel celui qui est nommé colonel du 7ème de ligne (en octobre 1814) devra composer…

Au retour de l’Empereur, a lieu le fameux ralliement de La Bédoyère et de son régiment aux troupes de Napoléon venant de l‘île d’Elbe. Un grand moment historique et chargé d’une certaine émotion ! Durant la campagne de Belgique, La Bédoyère figure parmi les aides-de-camp de l’Empereur.

Sa fidélité ne lui sera jamais pardonnée. Arrêté le 2 août 1815, jugé, douze jours plus tard,  par les tribunaux iniques de Louis XVIII, Charles La Bédoyère termine son existence agitée devant un peloton d’exécution français. Nous sommes le 19 août 1815, vers 18h20, à la barrière de Grenelle (dont l’emplacement est situé non loin de station « Dupleix » de la ligne n°6 du métropolitain, 15ème arrondissement de Paris).

Le général Charles de La Bédoyère vient d’entrer au rang de martyrs de la Terreur Blanche.

Cette attachante figure de l’Épopée méritait mieux en terme de biographie. Pourtant établie à travers sa correspondance inédite elle déçoit par sa mise en page aléatoire, les nombreuses « coquilles », le style quelque fois maladroite de l’auteur. Lequel commet ci et là plusieurs erreurs, comme celle d’écrire (source à l’appui !) que madame de Lavalette, épouse du Directeur général des Postes de Napoléon, vécut avec ses cinq enfants et émigra en 1821 à Saint-Domingue, « où elle mourut tragiquement » (?). Cela est peu probable quand on sait que la pauvre femme, après avoir remplacé son époux prisonnier à la Conciergerie, lui sauvant ainsi la vie, perdit peu à peu la raison avant de s’éteindre à Paris le 18 juin 1855. Elle n’avait à notre connaissance qu’une fille.

Un grand travail de fond reste donc à réaliser sur ce personnage.

Geneviève MAZEL, « Un héros des Vingt-Jours. Le général de La  Bédoyère, à travers sa correspondance inédite. Préface de Jean Tulard », Editions SPM, 2004, 186 pages.

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 23 novembre, 2013 )

Au hasard de mes lectures…(4)

Au hasard de mes lectures...

Un témoignage inédit…

Raymond Teulet fait partie des ces « acteurs » qui s’illustrèrent sur les champs de bataille de La Révolution puis sur ceux de l’Empire. Né en 1768 à Toulouse, l’auteur s’engage en septembre 1791 dans les rangs du 2ème bataillon de l’Aude. En septembre de l’année suivante, il se bat dans le Comté de Nice. En 1793, promu capitaine le 9 mars, notre officier combat à Hendaye puis à Ispeguy et à Baïgorry. En mars 1794, Teulet affronte les Espagnols lors du méconnu combat du camp de la Croix-des-Bouquets. « Après cette affaire, la 147ème demi-brigade, formée des 2ème et 3ème bataillons des volontaires du département de l’Aude et du «1er bataillon du régiment d’Angoumois 80ème, partit pour l’armée des Pyrénées-Orientales », note Teulet. Il participe à la bataille du Boulou et à ses suites (28 avril/1er mai 1794). Plus tard, en novembre, l’auteur fait le coup de feu lors de celle de la Montagne Noire où sera blessé mortellement le fameux général Dugommier (de son vrai nom Coquille). En 1795/1796, le voici en Italie, prêt à en découdre, toujours dans un des bataillons de chasseurs composant la 147ème demi-brigade, puis dans les rangs de la 4ème demi-brigade (futur 4ème de ligne). Celle-ci est donc affectée à la célèbre armée d’Italie, sous les ordres du général Schérer, division Augereau, brigade Victor. S’étant battu lors de la bataille de Castiglione (5 août 1796), Teulet rédigera plus tard une note concernant la prise d’une importante redoute à laquelle il participé. Elle est destinée à l’éditeur Panckoucke, qui publia après l’Empire, la fameuse fresque des « Victoires et Conquêtes.. ». Car le capitaine Teulet sait manier la plume aussi bien que le sabre. Mais pour le moment, c’est justement un sabre, mais  d’honneur celui-ci, que lui décerne le Premier Consul pour ce fait d’armes valeureux.

Guillaume Joucla, le publicateur de ce témoignage inédit, nous apprend que Teulet participa à l’expédition d’Angleterre puis dans les rangs de l’armée de Hollande, en 1799. Malheureusement notre valeureux officier ne semble pas avoir laissé d’écrits sur cette période. Nommé en décembre 1800 capitaine au régiment des chasseurs à pied de la Garde Consulaire, Teulet, n’arrive que trop tard afin de participer à la bataille de Hohenlinden (le 30 janvier 1801). « Il servit deux ans dans la Garde et se lia d’amitié avec le général Gros et le maréchal Bessières », précise G. Joucla, avant d’ajouter qu’il « commandait alors la 2ème section du 3ème bataillon de chasseurs et ce jusqu’au 22 décembre 1803, date à laquelle il fut nommé major au 12ème  de ligne ». Son témoignage reprend début octobre 1806, sous une forme qu’il ne quittera plus désormais : celle d’une correspondance familiale, adressée à sa femme ou encore à son fils François (né en 1799). Diminué par de mauvaises blessures à la jambe, Teulet se confie dans ses lettres. Sa faiblesse, derrière laquelle on croit deviner une douleur quasi-permanente, rend l’auteur attachant. Puis il passe en juin 1807 dans la 4ème légion de réserve. Cette dernière fait partie quelques mois plus tard au 2ème corps d’observation de la Gironde sous les ordres du général Dupont…

Pour la postérité, amère avec les perdants, un nom associé à Bailén… Le Major Teulet prend la route de l’Espagne, en passant par le Pays Basque. Il écrit à son épouse presque quotidiennement, à son fils aussi, n’oubliant pas de le charger d’embrasser son frère, Alexandre, né en 1807. Il est à Vitoria en décembre 1807, à Briviesca le premier jour de l’année 1808, à Valladolid à la mi-janvier et ce jusqu’en mars. Il quitte cette ville pour Madrid, à la suite de Valladolid. Il y parvient avec son 2ème corps d’observation le 7 avril. Murat le passe en revue,  puis Teulet fait mouvement sur Aranjuez et Tolède. Le 23 mai 1808, le général Dupont se dirige sur l’Andalousie, « avec ordre de débloquer la flotte française à Cadix », nous apprend G. Joucla dans ses intéressants commentaires.

Teulet participe très activement au siège de Cordoue. L’armée est livrée au pillage trois jours durant. Les maux de la guerre…

C’est le 18 juillet que va s’écrire une page importante de l’existence du major Teulet. Lors du combat de Bailén, « combattant à la tête de l’avant-garde, [il] fut blessé trois fois légèrement ; il eut deux chevaux tués sous lui. » Prisonnier comme nombre de ses frères d’armes, à bout de force, il atteint Cadix seulement à la fin de décembre 1808 ! Le major Teulet est expédié sur la « Vieille Castille »,ponton de sinistre mémoire se trouvant dans la rade, puis est dirigé sur « Palma , Ile de Majorque ». Il va y séjourner une grande partie de l’année 1810, avant d’être expédié en Angleterre comme prisonnier sur parole, à Chesterfield, dans le Derbyshire. En 1812, il s’y trouve toujours, alors que la Grande Armée se bat en Russie…

Jamais, à aucun moment, notre officier n’interrompt sa correspondance avec ses proches. Les lettres qu’il envoie ou qu’il reçoit sont, pour lui, comme une lueur d’espoir, lui permettant de lutter contre l’éloignement ce ceux qu’il chéri. Le major Teulet est finalement échangé le 26 mars 1813 contre un lieutenant-colonel de l’armée anglaise, malade et infirme.

Un mois seulement après son retour, l’auteur est affecté au 114ème de ligne. Début décembre 1813, le voici nommé colonel du 67ème de ligne. En février 1814, il est à Lyon. Les Autrichiens menacent nos frontières sur ce point. Le colonel Teulet va les affronter avec la même vigueur qu’autrefois. Puis le voilà en Suisse, avec son régiment, il  prend possession de Genève abandonnée par le général autrichien comte de Bubna (et non Balna comme écrit systématiquement dans la transcription de ses lettres; ce type d’erreur revient plusieurs fois dans cette édition). De retour dans la région lyonnaise il s’oppose de nouveau aux Autrichiens. Forcé d’évacuer la cité des Gaules, sous les regards amers des Lyonnais, le colonel Teulet et son régiment, se replient « derrière l’Isère ». Il est détaché à Crest, alors que « le gros de l’armée est à Valence ». Toujours fidèle à l’Empereur, c’est avec enthousiasme que Teulet apprend son débarquement à Golfe-Juan. Il est nommé maréchal-de-camp par Napoléon et fait baron d’Empire par décret du 19 avril 1815. Après la défaite de Waterloo, Louis XVIII de retour aux affaires,  annule toutes les promotions. Teulet est rétrogradé au rang de colonel. En décembre 1815, notre officier est arrêté pour son engagement en faveur de l’Empereur. Il est écroué à Toulouse « à la sinistre prison des Hauts-Murats ». En septembre 1816, il s’établit à Carcassonne (en résidence surveillé ?), « lieu de mon domicile avant mon entrée au service (où je jouis de ma demi-solde) », ainsi qu’il l’écrit à son fils aîné.

Le colonel Raymond Teulet s’éteint le 30 mars 1828. Il repose au cimetière Saint-Michel de Carcassonne.

Raymond TEULET, « Souvenirs d’un héros de Bailén, 1791-1815. Rassemblés par Guillaume Joucla », Le Livre Chez Vous, 2012, 166 pages.

——

Teulet fait l’objet d’une longue notice dans le « Dictionnaire des colonel de Napoléon », de Danielle et Bernard Quintin, Editions SPM, [décembre]1996, pp.824-825.

—–

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 15 novembre, 2013 )

Au hasard de mes lectures…(3)

Au hasard de mes lectures...(3) dans HORS-SERIE au-hasard-de-mes-lectures.-2

Un ouvrage d’une qualité inégale.

Je viens de terminer l’ouvrage collectif, paru récemment et intitulé « Les Suisses de Napoléon à la Bérézina ». Je suis un peu déçu. Le livre commence par un article de Bénédict de Tscharner, président de la Fondation pour l’Histoire des Suisses dans le Monde : « Les Suisses de Napoléon et le Musée de Penthes [Musée des Suisses dans le Monde] ». Rien à dire, l’exposé est honnête avec cette neutralité (normal pour la Suisse…) qui permet une bonne compréhension. Mais quelle ne fut pas ma surprise en lisant le texte suivant, rédigé par François Walter, professeur d’histoire moderne… Là on tombe dans le dogmatisme anti-napoléonien « de base ». Napoléon est un « despote » (p.17), on y parle de « la démesure du despote » (p.20). L’auteur laisse entendre que les causes de la campagne de Russie sont dues à des aspirations nationales, à l’exemple de l’Espagne révoltés et des pays germaniques. C’est exact pour ces deux pays mais ce n’est pas le cas pour la Russie, au début de la campagne de 1812. Ce n’est pas un nationalisme exacerbé qui entre en ligne aux débuts des hostilités mais la violation par les Russes du blocus, cause initiale de l’entrée de l’armée française en Russie. Plus loin (p.21) il écrit : « D’un demi-million d’hommes en 1808, les effectifs vont rapidement doubler pour les campagnes de 1812 et de 1813 ».  Encore une inexactitude. 500 000 hommes en Espagne ? Cela voudrait supposer que la Grande Armée comprenait dans ses rangs 1 million d’hommes tant en Russie que dans les plaines de Saxe ? Invraisemblable quand on sait que 611.000 hommes entrent en Russie en juin 1812, sur un effectif maximal de 700.000 hommes (selon Alain Pigeard -dans son « Dictionnaire des batailles de Napoléon »- qui s’y connaît plutôt en terme de campagnes). L’historien Vilatte des Prugnes (« Revue des Études Historiques », 1913) estime à 104.000 le nombre des effectifs au sortir de la campagne de 1812. On est loin du million ! Le lecteur comprendra aisément qu’il est impossible à Napoléon de réunir le même chiffre pour la campagne d’Allemagne (162 000 hommes dans les rangs français pour démarrer cette campagne). Passons  à l’article suivant. Il est consacré à la bataille de la Bérézina, rédigé par Fred Heer, président de la Fondation Maison Thomas Legler. Intéressant, il permet au lecteur d’avoir une bonne vision de ces journées au cours desquelles fut découvert le fameux gué de Studianka, par le général Corbineau, la construction des ponts, et le franchissement du cours d’eau, sous le feu des Russes. Les chiffres avancés par l’auteur sur les pertes françaises, entre 25 000 et 40 000 hommes, forment un contraste avec ceux fournis par A. Pigeard. Ce dernier, concernant la bataille proprement dit,  annonce 2 000 tués et de 7 000 à 10 000 prisonniers dans les rangs français, auxquels il faut ajouter les 4 000 hommes (tués, blessés et prisonniers) de la division Partouneaux.

Le philosophe Hans Jakob Streiff, nous offre un exposé sur le méconnu « Chant de la Bérézina ». Il nous apprend que c’est à l’aube du 28 novembre 1812 que le lieutenant Thomas Legler (1784-1835) du 1er régiment suisse fut invité par le commandant Blattmann à chanter le « Chant de nuit » de Giseke. Il sera appelé bien plus tard « Chant de la Bérézina ». A la fois mélancolique et patriotique, cette mélodie fait désormais partie du patrimoine suisse. Il est dommage que l’auteur de cet article intéressant a cru bon de préciser en conclusion : « A l’époque, la Suisse n’était ni indépendante, ni neutre ; cela nous rappelle que plus jamais, les Suisses ne devront devenir les victimes d’un individu obsédé de pouvoir ! ». Sans commentaire.

Avec l’article « La Bérézina et son impact sur l’histoire suisse » par Alain-Jacques Czouz-Tornare, on respire enfin (l’air des montagnes). Le sérieux de cet auteur n’est plus à démontrer.

Les deux derniers exposés, de Beat Aebi et Anselm Zurfluh, portant sur les beaux dioramas que le visiteur peut désormais admirer dans le musée de Penthes et cet endroit proprement dit, viennent achever ce livre.

D’une qualité inégale, « Les Suisses de Napoléon à la Bérézina » viendra compléter, fort à propos, celui de Th. Choffat et d’Alain-Jacques Czouz-Tornare, « La Bérézina. Suisses et Français dans la tourmente de 1812 », Cabédita, 2012).

Les amateurs d’histoire napoléonienne, n’oublieront pas que nos voisins helvètes, de la Révolution Française jusqu’à la fin de l’Empire, des Gardes suisses aux Tuileries, en 1792, aux berges de la Bérézina, ont servi la France avec courage, avec dévouement.

« Les Suisses de Napoléon à la Bérézina », par B.de Tscharner, F. Walter, F. Heer, H.J., Streiff, A.-J. Czouz-Tornare, B. Aebi, A. Zurfluh. Cabédita, 2013, 80 pages. Paru en France le 29 octobre 2013.

Publié dans HORS-SERIE par
Commentaires fermés
( 26 septembre, 2012 )

LU: « L’effroyable tragédie.Une nouvelle histoire de la campagne de Russie », de M.-P. REY…

Paru en janvier 2012, au tout début de cette année-anniversaire de la campagne de Russie l’ouvrage de Marie-Pierre Rey, qui s’y connaît plutôt en histoire de ce pays, elle est l’auteur d’un magistral « Alexandre 1er » (Flammarion, 2009), est à classer parmi les bons livres sur le sujet. On oubliera d’entrée l’étrange (et peu flatteuse) illustration de couverture ; il y avait bien mieux à choisir, pour ce livre, parmi les multiples (et souvent belles) peintures existantes sur cette campagne ;  mais entrons dans le vif du sujet. « L’effroyable tragédie » permet de comprendre, de suivre et d’appréhender toute l’étendue de cette fameuse campagne tant sur le plan militaire que sur le plan humain ; l’auteur a consulté de nombreux témoignages russes méconnus, sans oublier ceux émanant de soldats de la Grande-Armée, qui viennent étayer son travail. Toutefois, j’ai eu quelques petits moments de doute en lisant ce livre. Ainsi cette légende accompagnant un portrait de Napoléon (dans le cahier iconographique) : « A la tête du grand empire, au faîte de sa puissance en 1812, Napoléon semble invincible. Pourtant, la campagne de Russie lui coûtera son régime et sa liberté ». N’est-ce pas plutôt en 1814, puis en 1815 que ces propos seront d’actualité ? A la page 232,  l’auteur évoque le Tsar à l’été 1814 « aussitôt reparti pour le congrès de Vienne ». Mais celui ne commencera qu’en novembre de la même année… ; à la p. 301 : « Le 13 janvier 1813, les troupes russes, placées sous la direction du tsar et celle de Koutouzov, franchissent à leur tour le Niémen et pénètrent en Prusse. La campagne de Russie est terminée. Débutent alors celles d’Allemagne et de France. » Cette dernière ne débutera que plus tard, en 1814 ! Dans l’Épilogue, les chiffres avancés par Marie-Pierre Rey sur la bataille de Leipzig sont inexacts, si l’on en croit ceux que donnent Alain Pigeard dans son « Dictionnaire des batailles de Napoléon » (Tallandier, 2002). Je ne développerai pas plus en avant cette question au risque d’ennuyer ceux qui liront ces lignes. Ces quelques points soulevés ne remettent aucunement en question la qualité de « L’effroyable tragédie » de Marie-Pierre Rey qui apporte d’une façon non négligeable sa contribution à l’historiographie sur 1812. Et c’est là l’essentiel.

Marie-Pierre Rey, « L’effroyable tragédie. Une nouvelle histoire de la campagne de Russie », Flammarion, 2012, 390 pages. 

LU:

Publié dans INFO par
Commentaires fermés
( 8 mars, 2012 )

Une VOITURE du SERVICE de CAMPAGNE de l’EMPEREUR, prise à WATERLOO, entre au MUSEE de MALMAISON…

Depuis hier, se tient à Paris, une exposition sur la voiture de l’Empereur prise le soir de Waterloo; voir « L’Estafette » à la date du 7 mars 2012 . J’ai pensé qu’il serait utile de reproduire ici cet article paru dans le Bulletin de la Société Belge d’Etudes Napoléoniennes (SBEN) en avril 1974 (dans son n°86). Il vous éclairera sur la provenance et le devenir de cette fameuse voiture. Les photos (celles en noir et blanc) qui viennent compléter cet article sont celles diffusées à l’époque dans ce bulletin.

C.B.

Une précision: la berline qui a donc fait l’objet d’un dépôt en 1973 a été donnée par les descendants de Blücher à l’Etat français en 1975; ce que j’ignorai.

Grâce à l’heureuse initiative de M. Gérard Souhami, membre du conseil d’administration de la Société des amis de Malmaison, et à  l’exceptionnelle générosité du comte Blücher von Wahlstatt, descendant du feld-maréchal Blücher, qui en a consenti le dépôt, le « landau en berline » du Service de Campagne de l’Empereur durant la malheureuse campagne de Belgique vient d’entrer au Pavillon des voitures du Château de Malmaison. Il y voisinera désormais avec l’OUne VOITURE du SERVICE de CAMPAGNE de l’EMPEREUR, prise à WATERLOO, entre au MUSEE de MALMAISON… dans A LA UNE ! Landau-300x200pale, berline de cérémonie, qui emmena l’Impératrice répudiée à Malmaison le 16 décembre 1809 et avec la voiture moins élégante offert au Musée par le Prince Murat, toutes deux signées de Devaux, carrossier habituel de Napoléon, comme Cauyette et Getting.S.A.I. le Prince Napoléon et plusieurs des hautes personnalités, qui ont daigné accorder leur patronage àla Société des Amis du Musée, ont honoré de leur présence la cérémonie intime de mis en dépôt du « landau », le 31 octobre 1973. Le Directeur des Musées de France souligna la portée de cet acte, le comte Blücher, dans sa réponse, exprima de façon éLandau-092011-300x202 Blücher dans INFOmouvante la satisfaction que lui procurait le retour en France de ce souvenir d’un passé glorieux. Photos au-dessus et à droite: la berline photographiée au moment de son entrée en 1973 dans le Pavillon des Voitures du château de Malmaison. Puis la même berline mais capotée cette fois. Etat actuel. ( sept.2011).

Cette voiture, exposée pour la dernière fois à la fin de 1933 dans une cour de l’Arsenal de Berlin avec une partie du butin fait après Waterloo, n’avait pas attiré l’attention des historiens, autant que celle offerte au Prince-Régent par le major von Keller, puis cédée à Bullock qui l’exposa dès 1818 à l’Egyptian Hall de Londres. Cette dernière voiture brûla le 18 mars 1925 au Musée Tussaud, où elle se trouvait depuis longtemps. Il n’en reste que des fragments dépourvus d’un réel intérêt. En revanche, le « landau » conservé dans la famille des princes Blücher est pratiquement intact, sauf la garniture moderne de drap bleu. Il porte encore, avec la marque du carrossier répétée six fois, les deux numéros qui lui furent attribués en 1812 puis en 1815 par le service du Grand-Ecuyer. On doit regretter que nul historien n’ait songé  à relever les numéros de la voiture londonienne, qui les portait nécessairement aux mêmes emplacements. Grâce aux indications que porte le « landau » les documents des Archives de France permettent en effet de préciser que le mémoire pour un « landeau (sic) en berline », mis en service le 12 juin 1812 sous le numéro 429, montant à11.560 F., somme fort élevée si on la compare avec le prix des autres voitures fournie par le même fabricant, est transmis par Caulaincourt à l’Intendant général le 21 août 1812. Or, le landau porte la marque de Getting, lequel dirigea longtemps les ateliers de Cauyette, rue des Martyrs, avant de créer en 1815 sa propre firme. Les noms de Cauyette et de Getting sont associés ou cités indifféremment dans les pièces d’archives avant 1815. Le numéro 429 apparaît toujours sur les moyeux de roues. A l’inventaire de 1815 le numéro 301 fut donné à ce landau ; il est spécifié qu’il a été « pris à l’armée ». Il convient de rappeler l’organisation minutieuse des déplacements de l’Empereur qui relevaient du Grand-Ecuyer. Elle ne variait guère. Il y avait toujours trois « services » de plusieurs voitures. L’un précédait Napoléon de quelques heures. Lui-même prenait place dans une voiture du deuxième [service]. Le troisième [service] partait ensuite. Le baron Fain, confirmé par tous les documents officiels, a pris soin de détailler la manière dont l’Empereur effectuait ses « voyages de guerre », empruntant d’abord un « coupé » à l’usage de « dormeuse » pour les « traites de longue haleine ». Quand l’Empereur quittait cette voiture pour marcher avec ses troupes, on la laissait à l’arrière-garde avec les fourgons dela Maison : c’était ce qu’on appelait « les gros équipages »… « La calèche, attelée par des relais dela Maison, servait à l’Empereur pour se transporter d’un corps d’armée à un autre ».

L’« Ordre de marche » dicté par Napoléon le 10 juin 1815 et mis au net par le Grand-Ecuyer, qui ne devait pas accompagner cette fois l’Empereur, est d’une précision absolue. Le premier Service, scindé en deux groupes de voitures, l’un partant le 10 à 11 heures du soir, l’autre partant le 11 à 4 heures du matin, comprend d’abord le « landau 301 » dans lequel prendront place le général comte de Fouler de Relingue, Ecuyer-Commandant (troisième personnage dela Grande-Ecurie, après le duc de Vicence, Grand-Ecuyer, tous deux indisponibles), et M. Gy, Quartier-Maître des Ecuries, responsable de toutes la marche des équipages, plus un ouvrier et un domestique. Les autres voitures sont celles de la chambre et six « chariots » ou « pourvoyeuses ». L’heure du départ du « Service de l’Empereur » n’est évidemment pas précisée : il comprend la «berline 51» pour les quatre aides-de-camp : Drouot, Flahaut, Corbineau et Labédoyère ; la « battardelle [sic] 399 », avec Marchand, premier valet de chambre [de l’Empereur], un chirurgien, le garde du Portefeuille et une autre personne, le « dormeuse 389 » qui « restera à l’armée », emportant Napoléon et le Grand-Dormeuse-300x236 GenappeMaréchal ,plus Saint-Denis [le mameluk Ali] et des chasseurs, escorté d’un écuyer, d’un page, de deux officiers d’ordonnance, de courrier et de piqueurs. Vient enfin le troisième service, « partant après l’Empereur », comprenant le « voiture du Cabinet 379 » avec le baron Fain, le général Bernard, un garde du Portefeuille et un garçon de bureau, la « gondolle  [sic] 262 », pour les gens des officiers, et la « chaise 22 » pour un secrétaire du Grand-Maréchal et un maître d’hôtel de l’Empereur. Soit au total quatorze voitures. Il est précisé qu’un « un lit de fer complet » sera placé « sur la dormeuse de Sa Majesté» et un « lit de fer sans bidet ni chaise sur le landeau (sic) ». La « dormeuse » et le « landau », que Napoléon devait emprunter de préférence sur le terrain des opérations, constituaient donc les voitures essentielles de cet équipage de guerre, l’une plus lourde, au rayon de braquage moins large, pour la route, l’autre plus légère, décapotable, pouvant presque tourner sur elle-même, destinée à affronter tous les terrains. Photo en haut: « Voiture des équipages de Napoléon prise par les Prussiens le soir de Waterloo. Exposé à Londres, elle fut détruite dans l’incendie du Musée Tussaud en 1925. »

On sait la suite : les rapports allemands, anglais, français sont formels et ne contredisent pas les souvenirs des témoins privilégiés, Marchand, Saint-Denis. Au soir du 18 juin 1815, à Genappe, le major von Keller, du 15ème fusiliers prussiens s’empara sur la route encombrée de toutes les voitures arrêtée. Il conserva la « dormeuse » vendue en Angleterre par ses soins, dont les anciennes photographies, les dessins détaillés et les descriptions correspondent bien à ce type de voiture spécialement aménagée pour Napoléon. Seul manque le relevé du numéro pour emporter notre conviction absolue. C’est dans cette voiture, plus personnelle encore que le  landau, que furent trouvés les objets les plus intimes, les plus prestigieux, répartis ensuite entre les vainqueurs.

Mais Blücher se réserva le landau armorié, jugé sans doute plus pratique, qu’il envoya à sa femme. La lettre qu’il dicta pour elle le 25 juin 1815, de Gosselies, est trop décousue pour que l’on puisse affirmer que Napoléon a quitté brusquement ce landau pour fuir à cheval. Il est plus probable que l’Empereur a abandonné la « dormeuse » aujourd’hui détruite dans laquelle il devait normalement monter. Si les termes employés pour désigner les différentes voitures de voyage utilisées par Napoléon lui-même, berline, coupé, dormeuse, calèche, landau,… varient  suivant les documents contemporains, leurs numéros, leur prix d’achat suffit à les distinguer des simples « chaises, gondoles, batardelles, pourvoyeuses ou chariots… Si nombreux dans les équipages impériaux qui comptaient encore au 12 juillet 1815, 179 voitures auxquelles il faudrait ajouter les 43 voitures « sorties depuis le 20 mars [1815] », c’est-à-dire « prises à l’armée » ou « prises par les Prussiens à Versailles et à Saint-Cloud ». Le « landau en berline » pouvait d’ailleurs servir de « dormeuse » pour le voyageur placé à droite, grâce à un ingénieux dispositif. De par sa qualité et sa provenance, il mérite à coup sûr qu’un spécialiste lui consacre une étude technique détaillée. 

Gérard HUBERT,

Conservateur des Musées Nationaux, chargé du Musée de Malmaison.

  

 

 

 

Publié dans A LA UNE !,INFO par
Commentaires fermés
1...89101112
« Page Précédente
|