( 23 décembre, 2020 )

Une lettre du général Ledru des Essarts sur l’incendie de Moscou…

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Elle est adressée à sa sœur, Mme Lepron, à La Flèche (département de la Sarthe). 

Moskow, 21 septembre 1812 

Depuis huit jours, nous sommes maîtres de la capitale de la Russie, mais un incendie, allumé par les Russes eux-mêmes et par acte de leur gouvernement, nous a privés d’une partie des ressources que renfermait cette ville immense. Moskow n’est plus qu’un amas de cendres et de décombres. Il est impossible de te peindre l’horreur du spectacle dont j’ai été témoin pendant plusieurs jours. Moskow, plus grande que Paris, à raison des nombreux jardins contenus dans son enceinte, renfermant une population de 300 000 âmes et des richesses incalculables, offrant des palais et des hôtels plus beaux et en plus grand nombre que ceux de notre capitale, une des plus importantes, une des plus belles villes de l’univers, a pour ainsi dire disparue avant-hier. Je le traversai avec ma division, et je fis près de trois lieues sans trouver une maison debout, à peine en reste-t-il quelques unes à l’extrémité des faubourgs. Le Kremlin, ou la cité, séparée de la ville par des glacis et un grand fossé, est encore intact ; c’est là qu’habite l’Empereur.  L’ennemi y a laissé 48 000 fusils neufs et une nombreuse artillerie de campagne. Les russes ont absolument perdu la tête, et nous ne pouvons concevoir comment, dans leur aveuglement, ils ont pu se déterminer à saper eux-mêmes la base de leur empire. C’est cependant une chose positive. Au moment de mon arrivée, tous les magistrats de police sont partie, avec les grands seigneurs, les riches propriétaires, négociants, banquiers, etc., laissant les maisons meublées et les magasins remplis de toutes espèces de marchandises précieuses. Ils ont  été suivis par un corps de  2000 pompiers ; 600 pompes à incendie ont été détruites. 3 000 ou 4 000 malfaiteurs, détenus dans les prisons ont été relâchés, et des torches remplis d’artifices leur ont été distribuées. 500 à 600 de ces malfaiteurs ont été surpris en flagrant délit et fusillés ; plus de 10 000 soldats, déserteurs ou traîneurs, ont été trouvés et pris.  La destruction de Moskow est une perte de plusieurs milliards. Pour la réparer, il faudra des siècles et un état prospère.  Je suis logé dans une abbaye grecque, bâtie contre une forteresse, sur les bords de la Moskowa, à un demi-quart de lieue de la ville, sur la chaussée de Riazan. J’y ai placé 60 officiers, 400 hommes, toutes les administrations et 500 chevaux d’artillerie. J’occupe les appartements de l’abbé ou pope; ils sont très propres et très recherchés. Par les meubles et les tableaux, je juge que l’abbé grec dit être galant et instruit ; il a bien tort de s’en aller ; je l’aurais protégé, et il n’eût éprouvé aucune avarie. Maintenant que l’incendie est éteint, on retire des caves voûtées les provisions qu’elles renferment. Les sucres, vins, eau-de-vie, riz, farines, cuirs s’y trouvent en abondance. Au moyen de quelques napoléons donnés en  gratification aux soldats, j’ai rempli mes deux fourgons et mes voitures de beaux pains de sucre, de café, de rhum et de riz pour tout mon hiver. Je fais fabriquer du biscuit et j’espère être au-dessus des besoins. J’ai là une chambre remplis des plus belles fourrures que les officiers m’ont données : l’astrakan, l’oursin [ourson, sans doute], le petit-gris, etc. Je ne sais qu’en faire. Combien j’aurais de plaisir à t’en envoyer, si un espace de 500 à 600 lieues ne me séparait de La Flèche. Pour t’en dédommager, je t’envoie ci-jointe une traite de mille francs.

Extrait de l’ouvrage de Jean-Louis Bonnéry et intitulé : « Ledru des Essarts, un grand patriote sarthois méconnu », (Le Mans, chez l’auteur, 1988). 

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( 10 décembre, 2020 )

Une lettre du soldat Philibert Poulachaud à sa femme…

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L’auteur de cette lettre, est un certain Poulachaud soldat au 21ème régiment de ligne, écrit à son épouse, demeurant à Corcelles, dans le département de Saône-et-Loire.  Ce document est extrait du volume de la correspondance interceptée par les Russes durant la campagne de 1812 (et publié par la Sabretache en 1913).

Moscou, le 27 septembre 1812.

Ma chère tendre épouse, je mets la plume à la main pour m’informer de l’état de votre santé ; tant qu’à moi je me porte assez bien. J’ai tardé si longtemps sans vous écrire, cela n’est pas de ma faute, bien au contraire, mais je vous dirai que me voilà sept mois que nous couchons au bivouac sans entrer dans des maisons. Nous avons beaucoup souffert, mais cela n’est pas encore fini. Nous sommes déjà éloignés de 800 lieues de la France, mais l’empereur de Russie ne veut pas faire la paix.Cependant partout où nous passons nous brûlons tous les pays ; en arrivant à Moscou, nous avons brûlé sa vieille capitale [ce qui est faux car on sait que c’est le perfide Rostopchine, gouverneur de cette ville, qui ordonna sa destruction]. Pour le nombre des hommes que nous avons perdus, je ne saurais pas te dire pour le moment ; d’abord il ne reste que 24 hommes de notre compagnie [3ème compagnie, 3ème division, 1er corps] de 140 hommes que nous étions. Notre empereur ne veut pas aller plus loin. Nous sommes dans les casernes pour quelques jours pour savoir comme cela va se passer.

T’embrassant du plus profond de mon cœur, etc.

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( 8 décembre, 2020 )

La Grande-Armée souffrante…

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« Le typhus et la dysenterie, compagnons inséparables de la guerre, et dont la fréquence et la gravité se montrent toujours ne raison que les armées sont nombreuses et accablées de misères, régnaient considérablement dans nos troupes. On n’y observait pas moins la fièvre lente et la diarrhée. Cette dernière maladie était tellement générale que presque chacun de nous en fut atteint. Nos corps d’armée ne discontinuaient pas à diriger journellement de forts convois de malades sur les hôpitaux de Moscou, et de là on faisait des évacuations sur Smolensk ; mais elles tombaient ordinairement entreles mains des cosaques. Dans cette horrible position, où notre courage était soutenu par l’espoir de voir conclure des arrangements de paix, l’armée française se fondait de jour en jour ; et pendant que ses indomptables légions s’affaiblissaient, l’ennemi se remontait et augmentait ses forces ; des recrues lui arrivaient de tous côtés ; la guerre des partisans sur nos derrières et sur nos flancs s’organisait ; toute la Russie courait aux armes pour nous repousser. »

(Joseph de Kerckhove, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) ». L’auteur était à cette époque médecin attaché au quartier-général du 3ème corps (Maréchal Ney). )

 

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( 4 décembre, 2020 )

Les pommes de terre: un trésor durant la campagne de Russie !

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On sait l’hommage que les Français dans la marche d’Alexandrie au Caire,rendirent aux pastèques.  « Elles m’ont fait tant de plaisir, disait l’un d’eux, par leur fraîcheur, par la douce boisson qu’elles nous offraient !  » et un autre assure que les soldats ont conservé au melon d’eau la plus vive reconnaissance et qu’ils auraient mis volontiers ce fruit savoureux au rang des dieux, lui auraient volontiers élevé des autels. La pomme de terre fut en Russie ce qu’était la pastèque en Egypte. « Nous sommes, disait Stendhal, à genoux devant des pommes de terre. » Dans la plaine de Moscou, lorsque Auguste Thirion [officier de cuirassiers dont les « Souvenirs militaires » ont été réédités en 1998 à la Librairie des Deux Empires] et ses frères d’armes rencontrent des champs de pommes de terre, ils font une ample moisson de ces « précieux tubercules » et c’est pour eux une aubaine, une « bonne fortune gastronomique ». De même, durant la retraite. Le 29 novembre 1812, près de Kamen, dans le château d’un baron- l’armée appelait « barons » tous les grands propriétaires et tous les châtelains- les officiers de l’Empereur trouvent des pommes de terre. Ce fut un événement. Il fallait voir ces jeunes gens allumer aussitôt dans la cour du château un feu de bivouac et y faire cuire les pommes de terre au bout de leur sabre. On en mangea, dit le futur maréchal de Castellane, dans son « Journal », tant et plus. Ouvrons les « Mémoires » du sergent Bourgogne. Notre brave officier, rencontrant à la lisière d’un bois un soldat qui fait cuire des pommes de terre, le somme de lui en vendre et en achète sept pour quinze francs. Dans le délire de la fièvre, il croit manger des pommes de terre comme à Condé-sur-Escaut, sa patrie, et quel bonheur lorsqu’il découvre après le passage de la Bérézina, dans un village, sous un four, trois petites pommes de terre qu’il fait cuire à un feu abandonné, assez loin pour ne pas être vu de ses camarades ! 

A .CHUQUET 

Extrait du 2ème tome de  l’ouvrage d’Arthur Chuquet, « 1812, la guerre de Russie », (Fontemoing et Cie, 1912, 3 volumes).   

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( 3 décembre, 2020 )

Deux lettres sur la bataille d’Austerlitz…

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Lettre du commandant Salmon (chef de bataillon au 24ème léger, écrite à sa femme Pauline, après la bataille d’Austerlitz). 

3 décembre 1805, au bout du monde. 

C’était hier la fête du couronnement de notre Empereur. Quatre mots ma chère petite femme, pour te tranquilliser, car l’affaire d’hier fera beaucoup de bruit. Nous nous sommes battus depuis cinq heures du matin jusqu’à huit heures du soir. Je dois ma vie à mon adresse et à mon grand courage. J’ai fait bien du mal à l’ennemi mais il m’en a fait beaucoup. Je suis resté à deux cents hommes. Lorsque j’ai rallié ma troupe, je n’avais que vingt hommes et mon drapeau. Nous avons 30 officiers tués et blessés. J’avais été chargé par la Garde à cheval de l’empereur de Russie. Je comptais Devienne au rang de ceux qu’ils ont vaincu. Mais il était tombé sous les chevaux, dont plusieurs lui ont marché dessus. Il a fait le mort et il m’a rejoint. Ce ne sera rien, il marche bien et il a bon appétit. Nous avons mangé un morceau ensemble. J’ai fini par le faire rire. « Ah mon Dieu ! me dit-il, commandant, je ne croyais jamais que vous pouviez vous tirer de là. » J’ai renversé un cavalier de sur son cheval, au moment où il m’a porté un coup de sabre, avec la monture du mien, étant serré corps à corps : pour finir je me porte bien quoique fatigué.

Philippe, qui était observateur, vint nous embrasser en pleurant et nous offrir de la soupe et notre part d’un civet qu’il avait fait avec un lièvre qu’il avait pris à la main. Il était à bout de fatigue par les coups de fusil de l’ennemi et les nôtres. 

Enfin nous avons gagné la bataille. C’est innombrable la perte de l’ennemi. Cinq lieues de chemin, la terre jonchée de leurs corps morts, 200 pièces de canon, 23 milles prisonniers. Quelle bataille ! Depuis que le monde est monde, jamais pareille [chose] n’est arrivée. 

Austerlitz… 

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Lettre du général Léopold Berthier (1770-1807), frère cadet du maréchal Berthier à sa femme. 

Au quartier-général, au bivouac, sur la route d’Olmütz, le 5 décembre 1812. 

Il m’a été impossible, ma chère bonne petite, de pouvoir t’écrire ces jours-ci. Mon frère a bien voulu te faire dire que je me porte bien. Tu sais la grande et belle bataille que nous avons gagnée. Ton frère, moi, d’Haugerenville de porte bien ; sois sans inquiétude, tout va bien ; l’ennemi fuit et tout va très bien pour nous. Kellermann, Gérard, Chaloppin ont été blessés légèrement [Le chef d’escadron Chaloppin fut en fait mortellement frappé à Austerlitz].

Le maréchal [Berthier] se porte bien ; je suis couché à côté de lui sur un très bon lit de paille et devant un bon feu. J’espère que ce soir nous serons dans un bon lit ; nous en avons besoin pour nous remettre de nos fatigues. Adieu, bonne petite amie à moi, aime toujours ton bon petit mari et il est sûr d’être toujours heureux. Embrasse nos petits enfants et sois assurée que je ne perdrai de temps quand je pourrai t’écrire de venir me rejoindre. 

Adieu, je t’embrasse de tout mon cœur.  Ton ami, ton amant, 

L.BERTHIER 

Ces documents furent publiés en 1905 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

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( 1 décembre, 2020 )

Les chevaux de bataille de Napoléon.

2016
« Dans son numéro du mois de mai 1892, la « Revue de Cavalerie » a publié un article anonyme intitulé « Les chevaux de bataille de Napoléon 1er ». Il nous a paru intéressant de reproduire dans la « Revue des Etudes Napoléoniennes » cette très intéressante étude. Jean BRUNON (Extrait de la « Revue des Etudes napoléoniennes », 1932) 
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L’excellente « Revue militaire suisse », qui paraît à Lausanne, contient dans sa dernière livraison, d’intéressants renseignements, en partie inédits, sur les chevaux de bataille de Napoléon 1er. En effet, le piqueur de l’Empereur, Noverraz, était vaudois. Son témoignage est souvent invoqué par l’auteur de l’article qui s’appuie, pour le reste, sur une longue et consciencieuse étude publiée récemment par le « Daily Magazine », la plus anciennes et la plus importante des revues anglaises consacrées au sport, par Sir Francis Lawley, fils de Lord Wenlock. M. Lawley commence par reproduire une conversation à Sainte-Hélène entre l’Empereur et le célèbre médecin O’Meara. Parlant des occasions où, dans sa carrière, il avait connu les plus grands dangers, l’Empereur racontait qu’à Arcole, son cheval rendu furieux par une blessure, s’était emporté et l’emmenait tout droit dans les lignes autrichiennes, lorsqu’il s’enfonça jusqu’au cou dans un bourbier où il faillit rester sous son cheval mort et tomber aux mains des Autrichiens. En comme, Napoléon disait avoir eu, d’Arcole à Waterloo, dix-huit ou dix-neuf chevaux tués sous lui. M. Lawley fait remarquer que ce chiffre n’a rien d’invraisemblable, puisque le maréchal Blücher en perdit au moins autant que le général Forrest, un des plus brillants officiers de cavalerie du Sud, dans la guerre de Sécession, qui vit tomber sous lui trente chevaux en quatre ans. Sans être ce que l’on appelle un écuyer, Napoléon était mieux que cela pour son métier de conquérant, c’est-à-dire un hardi, solide et infatigable cavalier. Pour lui tout cheval devait remplir, en premier lieu, la condition d’être un bon et docile véhicule, allant dans tous les trains, à toutes allures, au gré de sa pensée. Nous le savons par le témoignage de son piqueur Noverraz, de Lausanne, qui nous a souvent raconté les transes par lesquelles il dut passer pour suivre les intrépides cavalcades de son vénéré maître. On le sait aussi par divers récits de ses officiers d’ordonnance, notamment le comte de Ségur : il raconte qu’après sa nomination comme Général en chef de l’Armée de Paris, Bonaparte circulait jour et nuit à cheval dans les diverses rues de la capitale pour surveiller l’exécution de ses ordres, sans nul souci des précautions à prendre sur de mauvais pavés ou dans des défilés encombrés. Il montait et descendait à grande allure les escaliers du jardin des Tuileries et ceux qui existaient alors sous le péristyle, au grand désespoir de sa suite. Quand on lui faisait remarquer que ces inutiles grimpades et dégringolades n’étaient pas sans danger pour lui, il répondait : « Bah ! J’ai mon étoile ! », et quand on lui opposait le danger pour les montures, il répliquait : « La mère aux chevaux n’est pas morte ! » En résumé, dès sa jeunesse, le grand gagneur de batailles était ce que l’on appelle un brillant et heureux cavalier casse-cou. Il est inutile de dire que nous savons fort peu de choses de la plupart des chevaux de Napoléon. Toutefois ce n’est pas le cas pour tous et M. Lawley a réuni des détails sur « Marengo » que l’Empereur montait à Waterloo, « Austerlitz », « Maria » (une jument grise nommée d’après l’Impératrice), « Ali » et « Jaffa ». Le « Daily Magazine » reproduit les portraits d’ « Ali » et de « Marengo » d’après les originaux existant en Angleterre ; ils sont blancs comme, d’ailleurs, presque tous les chevaux du Petit Caporal. Le plus célèbre des cinq est « Marengo » dont le squelette est conservé à l’Institut militaire de Whitehall à Londres, et dont un sabot, transformé en tabatière, est toujours sur la table des officiers de la garde royale au palais de Saint-James, avec l’inscription suivante sur le couvercle d’argent : Sabot de « Marengo », cheval de bataille barbe, ayant appartenu à Bonaparte, monté par lui à Marengo, Austerlitz, Iéna, Wagram, en Russie et à Waterloo. » Autour du sabot se lisent ces mots : « Marengo » fut blessé à la hanche à Waterloo, pendant que son cavalier l’enfourchait sur le terrain des avant-postes. Aussi dans les batailles précédentes, ce bon destrier avait été blessé. Si nous devons ajouter foi à cette inscription, Napoléon a dû le monter pendant au moins quinze ans, de Marengo à Waterloo ; nous nous permettrons d’en douter. Quoiqu’il en soit « Marengo », dont le portrait aussi bien que le squelette est conservée à l’Institut militaire, est bien le cheval que l’Empereur avait à Waterloo, et probablement celui dont le colonel Charras veut parler dans sa « Campagne de 1815 », lorsqu’il raconte que Napoléon, en montant à cheval le matin de Waterloo, se mit dans une violente colère contre un soldat maladroit qui, en l’aidant à se mettre en selle, faillit le faire tomber par dessus son cheval. C’est encore « Marengo » qui porta l’Empereur jusqu’à Charleroi après la bataille, mais M. Lawley ne nous explique pas comment il se fait que le cheval soit venu finir ses jours à l’Institut militaire et c’est un point qu’il serait intéressant d’élucider. Peut-être devint-il la propriété d’un gentilhomme français établi vers 1815, au château de Glassenburg, dans le comte de Kent, pendant la minorité des propriétaires légitimes. Ce gentilhomme, dont le nom n’a malheureusement pas été conservé, était l’ami de l’Empereur et avait avec lui un autre cheval de bataille , « Jaffa », un arabe que Napoléon avait pris en Egypte. Le vieux coursier fut très bien soigné à Glassenburg ; mais, en 1829-il avait alors 37 ans- il était tellement affaibli qu’on se décida à l’abattre. Le fils de celui qui lui déchargea un coup d’escopette vit encore [1892] et, dans son parc, on peut lire sur une petite colonne l’épitaphe suivante : « Sous cette pierre repose « Jaffa », fameux cheval de bataille de Napoléon, âgé de 37 ans ». C’est de lord Wolseley, qui connaît à fond tout ce qui a trait au grand capitaine, que l’auteur tient cette anecdote. Un autre admirateur anglais de Napoléon a remis à M. Lawley un portrait d’ « Ali » avec cette légende : «Ali », cheval de bataille de Napoléon 1er. Ce cheval fut pris en Egypte sous Ali-Bey, monté par un soldat du 18ème dragons, capturé par les Mamelucks et repris par les Français.Ceci le fit remarquer du général Menou qui l’emmena en Europe et en fit cadeau au Premier Consul. Depuis lors, Bonaparte le monta dans toutes les batailles ; à celle de Wagram, par exemple, où il resta en selle de quatre heures du matin à six heures du soir. Il faut faire la part de la confusion et de l’exagération en ce qui concerne les noms des chevaux montés par Napoléon dans ses diverses campagnes, mais il serait nullement impossible que, par exemple, « Ali » et « Marengo » aient été montés par Napoléon dans ses diverses campagnes, mais il ne serait nullement impossible que, par exemple, « Ali » et « Marengo » aient été montés le même jour, puisque, dans ses « Mémoires », Mme de Rémusat nous dit que son protecteur éreintait souvent quatre ou cinq chevaux en un jour. Il semble y avoir contradiction entre la légende qui attribue à « Marengo » l’honneur d’avoir porté Napoléon à Austerlitz et les « Mémoires » du général Vandamme [Il s’agit ici d’une confusion car cet officier n’a pas laissé de « Mémoires ». Note de C.B.], où il est fait mention d’un cheval gris de fer, 1 mètre 60, qui fut baptisé « Austerlitz » après la victoire. Il est certain de Napoléon avait un cheval de ce nom correspondant bien à la description donnée par Vandamme, puisqu’il y a un portrait de lui à Londres chez Lord Rosebery, un des hommes les plus compétents sur tout ce qui se rattache à l’épopée napoléonienne. Passons à la jument « Maria ». M. Lawley a eu la bonne fortune de rencontrer un vieux Mecklembourgeois, nommé Schallen, âgé de plus de 95 ans, qui se souvenait d’avoir vu les régiments de cavalerie française traverser la petite ville d’Ivenack, dans le Mecklembourg, en marche sur Moscou. Le général Lefebvre-Desnouettes y admira beaucoup les chevaux de race du baron de Plessen, et, en particulier, une jument grise qui descendait de « King–Herald » un des plus fameux étalons du Stud-Book britannique. Le général l’acquit et l’envoya à l’Empereur, qui lui donna le nom de « Maria »-celui de sa femme- et la monta pendant une grande partie de la campagne de 1813. Plus tard, la jument tomba on ne sait comment, aux mains des Prussiens, qui la restituèrent au baron de Plessen. Elle mourut à Ivenack, et Schallen raconte qu’on y voit encore son squelette religieusement conservé par les héritiers du baron dans leur vieux château d’Ivenack. Naturellement l’équipement des chevaux de Napoléon était de « primo cartello ». La sellerie ne laissait rien à désirer : siège, troussequins, genouillères, tout était parfait de matériaux et de confection. Le Musée de Lausanne en possède des spécimens probants, c’est-à-dire : trois excellentes selles à l’anglaise, revêtues de velours cramoisi, avec housses et fontes à l’avenant et étriers en argent suspendus à de fortes et fines courroies ; trois brides et trois martingales à garnitures d’argent. Le grand Empereur destinait à son fils ces effets personnels et, pour cela, il les avait confiés à son fidèle Noverraz qui les conserva longtemps à sa villa « La Violette » à Lausanne. En juin 1848, Noverraz, las d’attendre un ayant-droit, remit son précieux dépôt au gouvernement vaudois qui en orne le musée cantonal de Lausanne. Avec d’autres objets de même provenance, entres autres quatre fusils de chasse et quelques reliques de Longwood, notre habile préparateur, M. Bastian, en a composé une fort intéressante vitrine qui attire de nombreux visiteurs étrangers. L’auteur de l’article de la « Revue militaire suisse » ne donne que des indications peu précises, ou encore légèrement inexactes, sur les souvenirs de Napoléon, provenant du piqueur Noverraz, conservés au Musée de Lausanne (Don de J.-J. Mercie). Ces équipages de cheval de l’Empereur, du type de ceux qu’il utilisait en campagne, sont les seuls que nous connaissions ; à ce titre, leur intérêt est donc plus considérable encore que les harnachements de luxe, magnifiquement ornés, plus généralement connus, et nous jugeons qu’il vaut la peine d’en donner la nomenclature détaillée, d’après les notes que nous avons prises sur place, au Musée de Lausanne : – Trois selles à la française en velours cramoisi, avec leurs fontes, couvre fontes, et leur tapis de selle (deux de ces derniers en drap cramoisi, en un drap écarlate). Ces tapis de selle sont ornés d’un double galonnage or : le galon intérieur de 10 centimètres, du modèle dit « à bâtons ».
Ces galons sont bordés d’une double course en soutache or. - Deux paires d’étriers (une paire manque) en argent (ou argentés) forme classique des étriers d’officiers généraux. 
- Trois brides complètes, à peu près semblables, très simples, en cuir noir ; boucles, légèrement ouvragées, en argent. Deux de ces brides à mors à grandes bossettes, argentées ; une à mors sans bossettes ; les trois mors du modèle de cavalerie légère. Toutes ces pièces sont en parfait état de conservation. Revenant aux chevaux de bataille de l’Empereur, il y lieu de signaler que le Musée de Malmaison, possède neuf petites peintures représentant neuf chevaux montées par Napoléon ; leurs noms sont les suivants : « Le Familier », « Le Triomphant », l’Aboukir », « Le Major », « Le Vizir » [Ce cheval a été naturalisé après sa mort ; il est conservé au Musée de l’Armée et porte sur la cuisse gauche l’N couronné], « le Cheick », « Le Sahara » , « Le Distingué » (le neuvième portrait ne porte pas de nom). Ces tableaux proviennent de la Manufacture de Sèvres. Ajoutons que l’Empereur a également possédé une jument qui portait le nom de « Nicole » et non « Nickel ». Citons en outre le beau portrait de « Tamerlan » peint par Géricault. Du reste, et comme le laisse comprendre l’auteur de l’article cité, plus haut, l’Empereur utilisa, au cours de sa vie, une quantité considérable de chevaux de selle. On en jugera par la lecture du document que nous reproduisons ci-après pour terminer ce rapide aperçu sur un sujet peu ou point battu sur lequel il reste encore à écrire une belle étude ; il se passe de tout commentaire. Avant la campagne de 1812 et sur son ordre, un projet de règlement réorganisant ses équipages de guerre fut présenté à l’Empereur qui l’adopta le 14 janvier 1812. Voici le texte de la partie qui concerne l’équipage de selle : 

« CHAPITRE V- Equipage de selle Article 11- L’équipage de selle comprend 10 brigades, chacune de 13 chevaux. Total : 130 chevaux. Article 12.- Chaque brigade se compose ainsi, savoir : 2 chevaux de bataille pour Sa Majesté, 1 cheval d’allure pour Sa Majesté, 1 pour le Grand-Ecuyer, 1 pour l’Ecuyer de service, ou tout autre, 1 pour le page de service, 1 pour le Mameluck de Sa Majesté, 1 pour le guide (paysan du pays), 3 chevaux de palefreniers montés et un à pied, 1 cheval pour le chirurgien, 1 pour le piqueur de service. 
Total : 13 Article 13.- Une paire de pistolets fera partie de l’équipement de tous les chevaux de selle destinés pour l’Empereur ; ces pistolets seront chargés tous les jours, et déchargés avec le tire-bourre par le Mameluck de service, sous l’inspection du Grand-Ecuyer ou en son absence, de l’Ecuyer de service au bivouac ou sous la tente ; le déchargement ou le rechargement des pistolets se fera chaque soir. Article 14.- Le Page de service porte en bandoulière la lunette de Sa Majesté, et il a sur le devant de sa selle des sacoches arrangées, qui renferment un mouchoir et une paire de gants pour Sa Majesté et un petit assortiment de bureau contenant papier, plumes, encre, crayons, compas, cire d’Espagne ; le tout conforme à l’état B ; il porte sur le derrière de sa selle un petit porte-manteau avec des armes à son usage. Le chirurgien porte derrière sa selle un porte-manteau avec un assortiment d’instruments et de tout ce qu’il faut pour panser, conforme à l’état E. Le mameluck porte en bandoulière une fiole pleine d’eau-de-vie, et sur le devant de sa selle, le manteau et le frac de Sa Majesté. Le Piqueur porte, sur le chevet, des petites sacoches pour cantines, approvisionnées conformément à l’état D ; et sur le derrière de sa selle, un porte-manteau d’effets à l’usage de Sa Majesté conformément à l’état T ; il porte aussi en bandoulière un flacon plein d’eau-de-vie. En conséquence, il est attaché un porte-manteau semblable à chacune des brigades des chevaux de selle. Les deux valets de chambre, qui sont à cheval, auront devant eux un petit appareil contenant de la charpie, des sels, de l’éther, de l’eau, une demi-bouteille de vin de Madère et quelques ustensiles de chirurgie, dont le Chirurgien ordinaire donnera le détail. Les trois maîtres d’hôtel, qui sont à cheval, auront chacun devant eux une petite cantine semblable à celle détaillée pour les Piqueurs. » 

 


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( 27 novembre, 2020 )

Trois lettres du chef de bataillon Othenin sur la campagne de Russie…

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Voici trois lettres relatives de la campagne de Russie que le chef de bataillon Othenin du 33e régiment d’infanterie écrivit à son frère. Elles sont issues de l’ouvrage intitulé « Le major Othenin et Compiègne en 1814. Études d’histoire militaire d’après des documents entièrement inédits » par Edmond Caillette de L’Hervilliers (A Paris, chez l’Auteur, 1866). 

Au bivouac, à trente-six lieues de Moscou, le 2 septembre 1812 (à Ghjat).
 

Mon frère, 

Je vous écris à la hâte, parce que depuis trois mois nous marchons ; notre régiment n’a encore paru à l’ennemi que devant Smolensk, dix-huit hommes de mon bataillon ont été mis hors de combat, dont trois morts. Nous nous attendons d’un jour à l’autre à une bataille générale que nous gagnerons. Tous les soldats la désirent. Vous apprendrez sans doute avec plaisir que j’ai été fait chevalier de l’Empire (Légion-d’Honneur) le 18 juin dernier l’Empereur m’a fait ce don sur ma bonne vieille mine (1) [...] Je vous écrirai de Moscou avant quinze jours, … 

(1) En effet Othenin a été décoré par l’Empereur le 18 juin 1812 lors d’une revue du 2e corps à Gumbinen en Prusse, juste avant le début de la campagne de Russie.

———————

Le 1er octobre 1812. 

Mon frère, Le trois ou quatre du mois dernier, je vous ai écrit que nous devions incessamment gagner une bataille, cela a eu lieu comme je l’avais prévu, et c’est le 7 septembre qu’elle fut gagnée. Je vous aurais bien écrit plus tôt, mais la blessure que j’ai reçue m’en a empêché. Voici ce qui m’est arrivé à cette bataille : A dix heures du matin , après avoir pris deux redoutes, notre régiment se trouva au centre de la ligne ennemie, formant une pointe par bataillon carré et par échelon. Ainsi disposés nous fîmes feu de toutes parts ; enfin, après avoir reçu trois balles dans mes habits, je reçus un biscaïen au côté gauche, qui ne laissa qu’une faible marque; au même moment je fus atteint par une balle qui me frappa derrière l’oreille droite et fit jaillir quelques gouttes de sang. Jusque là tout allait bien; mais, vers trois heures après midi, je fus enfin frappé par une balle à la hanche droite ; il me fallut alors quitter le champ de bataille; il résulte de cette blessure que je marche avec des béquilles ; la plaie va bien, mais la balle n’est pas sortie; l’on me fait espérer que cela ne m’empêchera pas de marcher, c’est ce que je désire.  

[Après avoir consacré une demi-page au neveu dont il a été précédemment question, il poursuit:]

Il y a loin d’ici à Beauzée, c’est pourquoi il faut écrire fin et bien serré lorsque vous me répondrez ; dites-moi du nouveau, car je ne me souviens presque plus de Beauzée, je crois que je ne retrouverai plus le chemin lorsque j’y retournerai. Donnez-moi des nouvelles de toute la famille en général, grands et petits, de tous nos amis, [suivent les noms. Il parle ensuite d’un ami André, qu’il a revu après dix-sept années de séparation, quelques instants avant la batailleJe commence à me faire vieux, mon frère, et pense plus que jamais à la retraite; me voilà dans ma quarante-troisième année d’âge et ma vingt-deuxième de service. Je sens que je n’ai plus le sang si chaud qu’à vingt-cinq ans. Avant de me déterminer définitivement au retour dans mes pénates, il faut que je sache si je pourrai loger convenablement chez vous, vous savez qu’un officier supérieur doit garder un certain décorum. Plus tard nous parlerons de cela, car à la guerre il n’est question que de brevet de mort subite et non de brevet de retraite.Jusqu’au revoir, mon frère, je vous embrasse ainsi que [etc., etc.] : ils ont part à tous les vœux que je forme au Très-Haut, pour la conservation et la prospérité de toute la famille 

 ———————

Stettin, le 24 janvier 1813.

Mon frère, 

Je ne sais si vous avez reçu mes deux dernières lettres, la première était des premiers jours de septembre, dans laquelle je vous annonçais que la bataille devait se donner incessamment. La seconde était de Mosaïque [Moskowa], écrite vers le 15 ou 20 septembre, dans laquelle je vous annonçais que j’avais été blessé. Dans l’incertitude où je suis si vous avez reçu cette dernière ou non, je vous apprends que j’ai été blessé le 7 septembre à la bataille de Mosaïque par une balle de fusil qui m’est entrée dans la hanche droite, où elle est encore, ce qui me rend boiteux et me prive de l’usage de la jambe droite. Je ne marche qu’avec des béquilles. Mon domestique est obligé de me mettre et de m’ôter mes pantalons et mes bas. Afin que vous n’ignoriez rien de ce qui m’est arrivé depuis le 7 septembre, je vais vous faire un récit qui vous mettra à même de juger de ma situation actuelle. Le 5 septembre, la diarrhée me prit, maladie incommode et qui affaiblit singulièrement; après avoir été blessé, je suis resté sept jours, dans une mauvaise cassine, dans les environs du champ de bataille,après quoi, moi, ainsi que plusieurs officiers du régiment, nous avons été transportés dans la ville de Mosaïque |Mojaïsk], où je suis resté jusqu’au 26 septembre, jour de mon départ pour Moscou. Je suis arrivé dans cette dernière ville le 30 septembre ; il y a vingt-deux lieues de Mosaïque à Moscou, et j’y suis resté jusqu’au 10 octobre, jour que l’Empereur fixa pour une grande évacuation sous l’escorte de douze cents hommes d’infanterie. Cette évacuation consistait en plus de vingt-cinq généraux, cinquante colonels, soixante-dix chefs de bataillon et cent cinquante officiers. De notre régiment étaient le colonel, le major, deux chefs de bataillon, moi compris, et quatre capitaines. J’ai donc voyagé depuis Moscou jusqu’à Wilna, deux cents lieues, avec la diarrhée, qui, à quatre reprises, est dégénérée en dysenterie, et loin d’avoir des moyens pour me guérir, on n’en avait même pas pour me soulager. Lorsque je suis arrivé à Wilna, le 12 novembre, on était obligé de me porter lorsque je voulais changer de place, j’avais absolument perdu toutes mes forces. Dans les premiers jours de mon arrivée à Wilna, où je suis resté dix-huit jours, j’ai heureusement découvert un chirurgien de ma connaissance, qui, au bout de huit jours, m’a débarrassé de la mauvaise maladie qui me poursuivait depuis près de trois mois, le bon vin de Bordeaux à 12 fr. la bouteille a eu beaucoup de part à ma guérison.  Un peu remis de mes fatigues et après dix-huit jours de repos, je suis parti de Wilna le 1er décembre, par un froid de chien, et suis arrivé le 16 à Koenigsberg. Le lendemain 17, la fièvre me prit et ne me quitta que le 29. Comme les Russes s’avançaient, il fallut penser à décamper, ce que je fis le 2 janvier, et fis très-bien, car le 4 l’ennemi prit possession de la ville. Comme il y avait un peu de désordre au moment de mon départ, je ne pus pas obtenir de moyen de transport, il me fallut payer cent cinquante francs pour me conduire à Elbing; la distance est de quarante lieues ; mais que faire ? Il fallait payer quarante thalers ou être fait captif.

D’Elbing à Stettin, il m’en a fallu payer à peu près autant. Il parait que ce n’est pas fini, car il y a deux jours que je devais partir pour Berlin ; je ne l’ai pu faute de chevaux. Il m’en est accordé deux sur ma feuille de route, mais les Commissaires des guerres ne se conforment pas toujours aux ordres. J’ai une petite chaise à moi dans laquelle je voyage très-commodément; il y a place pour mon petit et fidèle domestique. Je ne vous parle pas de mes chevaux… Un petit porte-manteau qui renfermait six chemises et quelques mouchoirs est ce qui me reste; toute ma bijouterie et tout le reste est perdu. Je suis en route pour Mayence, où je dois attendre la saison ces eaux. J’espère qu’elles me feront du bien. Au retour de ce traitement, c’est-à- dire au mois de septembre, je reviendrai à Mayence pour y demander ma retraite. Ainsi, l’hiver prochain je serai à Beauzée. Maintenant ma santé n’est pas très-bonne, je suis extrêmement maigre et je fais des sueurs horribles toutes les nuits. Cependant je bois quotidiennement ma bouteille de vin : depuis Dantzig je ne la paye que 3 fr.70c, un thaler ; il n’est pas toujours bon, mais il faut en boire, autrement plus de Cavalier.Je n’ai pas du tout souffert du froid, une bonne pelisse m’en garantit, lorsque je serai arrivé à Mayence je vous écrirai de nouveau; vous pouvez en attendant m’écrire et m’y adresser votre lettre. Que faites-vous, ainsi que votre épouse et vos enfants ? Dites-moi cela dans votre lettre.En attendant le bonheur de vous revoir tous, croyez-moi pour toujours votre frère. 

OTHENIN , Chef du 4ème bataillon du 33ème régiment de ligne. 

 

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( 5 novembre, 2020 )

Le général Sébastiani (devenu maréchal de France en 1840).

Sebastiani devint maréchal de France en 1840

François-Horace-Bastien Sébastiani,  comte et maréchal de France est né le 10 novembre 1772 à La Porta d’Ampugnani, et son oncle qui l’élève le destine à une carrière religieuse. Davantage attiré par le métier des armes, il s’engage comme sous-lieutenant dans le régiment de Vintimille en août 1789. Il peut être considéré comme l’un des plus « beaux soldats » qui ont servi l’Empereur : courageux, sérieux, énergique, froid et décidé. Intègre et loyal, il était considéré par ses pairs comme un « brave ». Napoléon, malgré une courte période de défiance, le tenait en grande estime. Il est inhumé aux Invalides et a son nom inscrit sur l’Arc de triomphe de l’Étoile. Il a participé a toutes les grandes batailles de la Révolution, du Consulat et de l’Empire : Arcole (1796), Marengo, Austerlitz (où il est grièvement blessé en 1803), guerre d’Espagne (1809/1811), campagne de Russie (1812), campagne de 1813/1814 (Leipzig, Hanau, etc.). Lors du 18-Brumaire, il seconde activement Bonaparte avec son régiment de dragons en chassant les députés de Saint-Cloud. Des missions diplomatiques lui sont confiées : en 1802 à Constantinople, il gagne l’amitié du sultan Selim III, puis en 1806 où comme ambassadeur il dirige la défense de la ville contre les Anglais qu’il force à repasser les Dardanelles (1807). Après Waterloo, il est l’un des commissaires désignés pour traiter la paix avec les alliés, mais ne peut rien obtenir en faveur de Napoléon. Mis en demi-solde par les Bourbons, il s’exile en Angleterre jusqu’en 1816. En 1819, il est élu député de la Corse et siège à l’extrême gauche, puis député de l’Aisne en 1826. Ambassadeur à Naples (1834), il est à nouveau député de la Corse en 1835, puis Ambassadeur à Londres (1835/1840). Sous la Monarchie de Juillet, il est nommé, dans un premier temps, Ministre de la Marine (1830) puis Ministre des Affaires Étrangères (1830/1832). Sa fidélité absolue à la politique de paix en Europe, voulue par Louis-Philippe, suscite une vive émotion à la Chambre le 16 septembre 1831, quand il annonce que la Russie vient d’écraser l’insurrection polonaise et ajoute que « la tranquillité régnait à Varsovie ». Cette phrase indigne les libéraux, partisans de l’insurrection et devient proverbiale sous la forme «  l’ordre règne à Varsovie.  » En octobre 1840, il est élevé à la dignité de maréchal de France. Les dernières années de sa vie sont accablées par la mort tragique de sa fille, la duchesse de Choiseul-Praslin, assassinée par son mari en 1847. Il décède à Paris le 20 juillet 1851. Au-delà du comportement traditionnel de la classe des notables dans l’île, le monopole politique détenus par quelques familles clanistes est favorisé par un système électoral censitaire qui, en accordant le droit de vote aux seuls propriétaires, autorise les abus, renforce le clan et laisse peu d’espaces d’expression, politique ou sociale, aux autres composantes de la société. Les représentants du pouvoir central, et au premier rang les préfets, apparaissent davantage aux yeux de la société préoccupés par les résultats électoraux que par les difficultés quotidiennes des insulaires. C’est dans ce contexte que se développe une forte criminalité.

La littérature romantique s’est emparée du mythe du « bandit d’honneur ». La réalité est beaucoup plus cruelle et parfois plus sordide. Entre 1818 et 1852, quatre mille six cent quarante-six meurtres sont commis dans l’île, soit une moyenne annuelle de cent trente. Réfugiés dans les montagnes, les bandits assassinent en quasi toute impunité, terrorisent et rançonnent les populations et parfois même les villes. Si la vendetta a sa part dans cette explosion de violence individuelle, nombreux sont ceux qui trouvent dans le banditisme « un moyen facile de pourvoir à leurs besoins » (X. Versini ’ Un siècle de banditisme en Corse, les Editions de Paris). Les populations locales, en dépit de quelques sympathies, subissent ce tribut criminel et ne se trompent guère sur les ressorts qui animent ces hommes en les nommant : «  I Parcitori  » (les percepteurs). La position de bandit est même une source d’influence dans la société insulaire où la justice a toujours été considérée comme inefficace ou insuffisante. La création en 1822 d’un corps de voltigeurs, composé uniquement d’insulaires, obtient quelques succès. Il se livre aussi à des excès ou exerce mollement sa mission contre parents et amis ce qui conduit à sa dissolution en 1850. Le banditisme est le révélateur des tensions sociales et d’une certaine forme de rejet de l’État. Quelques progrès timides sont enregistrés dans le domaine des transports : les premiers bateaux à vapeur sont mis en service entre la Corse et le continent en 1830. Les voies de communication internes sont améliorées à partir de 1836. L’industrie ne connaît guère de succès et l’artisanat reste traditionnel. La Corse enregistre cependant un « boom démographique » (F. Pomponi : Histoire de la Corse, Hachette) qui double sa population entre 1827 et 1870. Cet essor entraîne l’extension des surfaces cultivées, en particulier en céréales, et un accroissement corrélatif de la production. L’arboriculture progresse : le vignoble double sa surface, la châtaigneraie est mieux exploitée et la mise en valeur de l’oliveraie permet une activité exportatrice rémunératrice. Ces exigences économiques nouvelles modifient l’utilisation gratuite et la répartition des biens communaux. Le principe du recours à l’usage des biens communaux par adjudication, pour le pacage et pour l’ensemencement, est encouragé et rendu obligatoire par l’administration.

Il nourrit un mécontentement généralisé de la part des utilisateurs traditionnels et constitue pour le clan une arme efficace contre ses adversaires. Enfin ce système favorisa l’appropriation privée d’une partie terres communes et provoqua des tensions. La vaine pâture fut aussi strictement réglementée en 1825 et, en accentuant les clivages entre les éleveurs, constitua un facteur supplémentaire de tensions. Des années de sécheresse et de mauvaises récoltes vers le milieu du siècle coïncident avec les premiers troubles de la Révolution de 1848 qui sont marqués, en Corse, par des violences agraires avec parfois le concours actifs de « bandits d’honneur ». Dans l’île, l’annonce de la chute de Louis-Philippe est accueillie avec un enthousiasme certain. Les Corses pensent enfin tenir leur revanche en soutenant massivement la candidature de Louis Napoléon à la présidence de la République en décembre 1848.

Philibert DUMAS

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( 2 novembre, 2020 )

Le passage de la Bérézina ou un voyage dans l’enfer blanc…

 

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Du 26 au 29 novembre 1812, se déroula le dernier acte de la Campagne de Russie. Après avoir procédé à la réorganisation de ses troupes à Orcha, Napoléon apprend que les ponts de Borisov, enjambant la Bérézina sont aux mains des Russes. Il faut pourtant passer. L’Empereur ordonne alors un important mouvement de troupes au Maréchal Oudinot devant la petite ville de Borisov afin de tromper l’amiral russe Tchitchakov, puis charge le Général du génie Eblé de construire dans l’urgence deux ponts au gué de Studianka. Le passage des troupes s’effectue alors dans des conditions météréologiques extrêmes: si dans la journée le froid n’est pas excessif, la nuit la température oscille entre moins 20 degrés et moins 30 degrés…Trois batailles se déroulent autour des ponts. A Borisov, le Général Partouneaux et sa division se heurtent à Tchitchakov. Le Général Doumerc et sa cavalerie effectuent des charges héroïques sur la rive opposée de Studianka à Brill; enfin le dernier combat se situe aux abords même du gué de Studianka. Les 25 000 hommes qui constituaient le noyau dur de l’armée sont sauvés mais il fallut abandonner aux mains de l’ennemi autant de blessés et une très grande quantité de bagages. Le 26 novembre 1812, 9300 combattants passèrent sur l’autre rive; le 27 novembre, de nombreux corps d’armée passent devant l’Empereur en personne. Etonnamment, les Russes ne se sont pas encore montrés. La Division Partouneaux capitule le 28 novembre (à 7 heures du matin). 

Selon Alain PIGEARD, d’un point de vue stratégique, la Bérézina est une victoire française dans la mesure où l’armée russe avait pour objectif principal d’empêcher les français de passer cette rivière et qu’elle n’y réussit pas. 

Quelques chiffres:

Forces Françaises: environ 40 000 hommes.
Forces Russes: 84 000 hommes.

Pertes françaises: 2000 tués
7000 à 10 000 prisonniers plus la division Partouneaux,
soit 4000 tués, blessés et prisonniers.

Pertes Russes: Environ 10 000 tués et blessés et 3000 prisonniers faits sur la rive droite. 

Le capitaine Coignet témoigne…

Le 14 novembre, nous partîmes de Smolensk avec l’Empereur et la vieille Garde à huit heures du matin, pour Krasnoïe. Il arriva le 15 au soir, et attaqua Koutouzov le 17. Le même jour, il établit son Quartier général à Liadj, qu’il quitta dans la nuit avec son état-major. Il arriva avant le jour à Doubrowna et en partit pour Ortza le 19 novembre, au point du jour. Le 20 novembre au soir. il transporta son Quartier général à Baranui, sur la route de Borisov. Le 21, le mouvement général de retraite continua, et l’Empereur vint s’établir à Kokhanow. Les Russes nous serraient de près. Le 22, il apprit que les Russes venaient de s’emparer de la tête du pont et de la ville de Borisov. Il se vit forcé, par suite de cet événement d’exécuter le passage de la Bérézina, attendu qu’il était poursuit  par Koutouzov et Wittgenstein.  Le 24 novembre, l’Empereur vint fixer son Quartier général à Losnitza, et arriva le 26 à sept heures du matin à Studianka, village situé sur le penchant d’une colline qui borde la Bérézina et qui n’est éloigné de cette rivière que d’environ soixante toises. Pour arriver à cette belle position, il faut longer la Bérézina à droite et remonter trois lieues. Nous passâmes devant le grand pont que les Russes avaient brûlé; ce pont est sur pilotis, et ils n’en avaient brûlé que la moitié. Ils étaient de l’autre côté à nous attendre. Ils venaient, dit-on, de Turquie; ils avaient fait la paix avec le Grand Turc. Cette armée était de quatre-vingt mille hommes. Ils étaient dans des bois, en face de leur grand pont, à nous contempler. Mais ils étaient comme nous, dans la neige, sans échanger un seul coup de fusil. Nous étions déjà dans la misèr. À une heure de l’après-midi -26 novembre -le pont de droite fut achevé, et l’Empereur y fit immédiatement passer sous ses yeux le corps du duc de Reggio et le maréchal Ney avec ses beaux cuirassiers. Il nous avait rejoints au passage de la Bérézina. L’artillerie de la Garde passa avec ses deux corps et traversa un marais; heureusement, il était gelé et pouvait porter l’artillerie. Pour pouvoir gagner le village de Zaniwski, ils repoussèrent les Russes à gauche, dans des bois, et donnèrent le temps à l’armée de passer le 27 novembre.

La Bérézina. 

L’Empereur passa la Bérézina à une heure de l’après-midi, et alla établir son Quartier général dans le petit hameau de Zaniwski. Le passage de la rivière continua dans la nuit du 27 au 28. L’Empereur, avant de passer le pont de droite, fit appeler le maréchal Davout, et je fus chargé d’accompagner le maréchal pour garder la tête du pont et ne laisser passer que l’artillerie et les munitions; le maréchal à droite et moi à gauche.

Lorsque tout le matériel fut passé, le maréchal me dit :

« Allons, mon brave! tout est passé, allons rejoindre l’Empereur. » 

Nous traversâmes le pont et un marais profond. Heureusement qu’il était gelé et qu’il pouvait porter notre matériel, sans quoi tout était perdu. Durant notre pénible service, l’Empereur faisait de bonnes  affaires avec les Russes. Il les avait renversés à gauche, dans des bois, avec le corps du duc de Reggio, et le maréchal Ney avait taillé pièces les Russes qui remontaient pour nous couper la route.Nos troupes les avaient surpris en pleins bois, et cette bataille coûta cher aux Russes. Nos braves cuirassiers les ramenaient par mille, couverts de sang; c’était pitié à voir. Nous arrivions sur ce beau plateau, et l’Empereur passa les prisonniers en revue. La neige tombait si large que tout le monde était couvert. On ne se voyait pas ! Mais derrière nous il se passait une scène des plus effrayantes : à notre départ du pont, les Russes dirigèrent sur la foule qui entourait les ponts les feux de plusieurs batteries, qui firent sur ces masses effrayées un effroyable ravage. De notre position, on voyait la foudre tomber sur ces malheureux abandonnés, sans pouvoir leur porter secours. Ils se précipitaient vers les ponts, et les voitures se renversèrent. La confusion fut si grande que les hommes et les femmes se précipitaient sur les ponts et qu’ils se renversèrent dans la Bérézina et furent engloutis dans les glaces. Non, personne ne peut se faire une idée d’un pareil tableau! Combien de personnes de tous sexes et de tous âges restées sur la rive gauche ! Les ponts furent brûlés le lendemain matin à huit heures et demi. Cinq mille personnes périrent à la Bérézina, et un riche butin. » 

Un autre témoignage… 

Celui du wurtembergeois de Suckow. Ce dernier, au sein de la Grande-Armée, participe à la campagne de 1809 en Autriche et à celle de Russie. Lors de cette dernière, il se trouve dans une division wurtembergeoise, la 25ème de la Grande-Armée, rattachée au 3° corps sous les ordres de Ney. « Dès la première heure, nous entendîmes le canon dans le lointain. C’était notre arrière-garde, commandée par le Maréchal Victor et le Général Dombrowski, qui livrait aux Russes un combat des plus violents. Les grondements se rapprochaient sensiblement de nous, et ceci prouvait que nos défenseurs étaient refoulés. Le moment était donc venu de nous en aller, si nous ne voulions pas nous exposer à la honte d’être faits prisonniers.  L’artillerie ennemie accélérait de plus en plus son tir, et déjà ses projectiles venaient tomber autour de nous. J’adressai donc un bref adieu à mes Français, qui se mirent aussi en route dans la direction du pont vers lequel les fuyards, affolés et sans armes, convergeaient.  Avant d’atteindre la cohue énorme qui se pressait à l’entrée de celui-ci, je fus encore témoin d’une scène véritablement déchirante : Une voiture, que dans les circonstances actuelles on pouvait qualifier d’élégante, attelée de deux chevaux, arrivait à fond de train et essayait de traverser. Il y avait à l’intérieur une dame et deux enfants. Tout à coup un boulet russe, tombant au milieu de l’attelage, met l’une des bêtes en pièces. La mère saute à bas de la chaise de poste et, tenant les deux petits dans ses bras, supplie les passants de venir à son secours; elle prie, elle pleure, mais aucun de ces êtres fuyant, en proie à une terreur panique, ne s’occupe d’elle, ne veut l’entendre. Je l’ai seulement dépassée de quelques pas, lorsque je n’entends plus sa voix gémissante; je me retourne, mais je ne la vois plus; elle a disparu avec ses enfants ou plutôt elle a été renversée par le flot humain, écrasée et broyée par lui. » 

En savoir plus sur le sujet: 

Christophe BOURACHOT: « Les Hommes de Napoléon. Témoignages, 1805-1815″. Omnibus, 2011.

Alain PIGEARD: « Dictionnaire de la Grande-Armée ». Paris, Tallandier, 2002. 

Jean-Roch COIGNET: « Cahiers du capitaine Coignet ». Paris, Arléa, 2001. Présentés par Jean Mistler de l’Académie française. Avant-propos de Christophe Bourachot. (Un classique dont on ne se lasse pas !). 

 Colonel DE SUCKOW: « D’Iéna à Moscou. Fragments de ma vie, 1800-1812″. Paris, à la Librairie des Deux Empires, 2001 (Un témoignage peu connu mais de premier ordre…).

Sergent BOURGOGNE: « Mémoires. Présentés par Alain Pougetoux ». Paris, Arléa, 2002. (Un classique au même titre que les « Cahiers » du Capitaine Coignet…).

 

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( 29 octobre, 2020 )

29 octobre 1812…

« Le 29 octobre, traversée du champ de bataille de La Moskowa. Mille débris d’armes et de matériel appartenant aux deux armées se trouvaient sous nos pas. Cà et là, les restes de nos camarades tombés au champ d’honneur. Les redoutes, bien qu’ébréchées, étaient encore debout et nous rappelaient les alternatives de ce combat de géants. Celle-ci, nous l’avions enlevée à la baïonnette, celles-là nous avait repoussés. Souvenirs glorieux mais douloureux ! Une heure après que nous avions traversé ce terrain, l’ennemi nous attaque, en forces. Le 7ème léger, extrême arrière-garde, prend position à l’abbaye de Koloskoïé, qui avait servi d’ambulance aux deux armées. Cet engagement nous coûta quelques tués et blessés. Ces derniers ne reparurent plus au drapeau, ce qui, à partir de ce moment, devint la règle invariable. Les quelques blessés à peu près guéris que renfermait encore l’abbaye furent également abandonnés. Lorsque nous quittâmes cette position, nous avions à nos trousses du canon, ainsi que les cosaques irréguliers, barbares, qui s’unissaient aux paysans pour nous faire le plus de mal possible. Ceux-ci, montés sur de lamentables haridelles, étaient armés d’un long bâton, à l’extrémité duquel ils fixaient un fer de lance ou un long clou. A partir de ce moment il fallut combattre un contre dix. »

(Capitaine Vincent Bertrand, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815… », A la Librairie des Deux Empires, 1998, pp.140-141).

——

« Malgré le désordre qui régnait dans l’armée nous marchâmes rapidement sur Mojaïsk. Le 29, Napoléon à la tête de sa Garde traversa cette ville, devenue si célèbre dans l’histoire par la bataille du 7 septembre 1812. Avant d’y arriver, l’Empereur fut rejoint le 28 par le maréchal Mortier et ses troupes.  Nous retrouvâmes à Mojaïsk les polonais qui formaient le cinquième corps, et les Westphaliens qui formaient la huitième. Ces corps y avaient été laissés en position lors de notre marche sur Moscou. Mojaïsk fourmillait encore de blessés et de malades, qui avaient résisté aux privations et à l’action délétères des miasmes putrides. »

(Joseph de KERCKHOVE, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Édité par un Demi-Solde, 2011, p.103).  

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( 22 octobre, 2020 )

Une lettre d’un auditeur au Conseil d’Etat à sa femme, en 1812…

charlet1b.jpgCelle-ci émane d’Antoine Busche, auditeur au Conseil d’Etat en service extraordinaire, venu apporter le Portefeuille de l’Empereur. Il sera nommé préfet des Deux-Sèvres en 1813.  On perçoit à travers ce court témoignage, un homme découragé, fatigué voire désespéré…  Ce Busche était un collègue d’Henri Beyle (Stendhal) qui était lui-même en Russie. Le futur écrivain mentionne d’ailleurs Busche dans plusieurs lettres adressées à sa soeur

Smolensk … [sans date

Ma bonne amie,  j’ai tout perdu, voiture, chevaux, effets, domestiques. Il ne me reste que le cheval que je montais et ce que j’avais sur le corps. Il y a tout lieu de croire que ma voiture est tombée au pouvoir de l’ennemi, à moins qu’étant restée embourbée, elle n’ait été pillée sur les derrières.La plupart de mes collègues ont perdu plus ou moins ; moi, j’ai perdu tout, absolument tout, et même cent écus en argent blanc, qui étaient dans la calèche. 

 BUSCHE. 

 

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( 20 octobre, 2020 )

JERZMANOWSKI : un POLONAIS au SERVICE de la FRANCE…

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Jan Pawel Jerzmanowski naît le 25 juin 1779 à Podkielecki (Pologne). En l’an VII, il s’engage dans la Légion du Danube et prend part à la campagne d’Allemagne. Ses qualités lui permettent de passer sous-lieutenant le 1er vendémiaire an VIII (23 septembre 1800) puis lieutenant le 1er pluviôse an IX (21 janvier 1801).Il devient aide-de-camp du général Ordener en l’an XII et combat à Hollabrünn et Austerlitz. Le 24 juillet 1806, il passe au service du général Duroc qu’il accompagne dans les campagnes de Pologne et de Prusse. Le 7 avril 1807, il est nommé capitaine dans le Régiment des chevau-légers de la Garde et participe à la campagne d’Espagne, d’Autriche en 1809, reçoit une blessure à Wagram, et aux campagnes d’Espagne et du Portugal de 1810 et 1811.Il devient chevalier de la Légion d’honneur le 10 mars 1809, chevalier de l’Empire le 15 mars 1810 et chef d’escadrons le 17 février 1811.Avec ce grade, il prend part à la campagne de Russie en 1812 et à celle d’Allemagne en 1813, où il se distingue à Dresde et à Leipzig ce qui lui vaut d’être élevé aux rangs d’officier de la Légion d’honneur le 14 avril 1813, de baron de l’Empire le 16 août 1813 et chevalier de l’ordre de la Réunion le 28 novembre 1813. En 1814, il participe à la campagne de France et passe major. Après l’abdication, il accompagne l’Empereur en exil et commande l’escadron de lanciers de l’armée elboise.Il est nommé colonel le 1er  mars 1815, conduit l’escadron polonais pendant la campagne des Cent-Jours et reçoit une blessure à Mont-Saint-Jean.Après un court service dans l’armée du Royaume de Pologne, il s’installe définitivement en France.Après la révolution de 1830, Louis-Philippe l’élève aux grades qui lui avaient été promis par l’Empereur:Il est nommé général de Brigade et commandeur de la Légion d’honneur, le 28 novembre 1831. Jerzmanowski s’éteint le 15 avril 1862 à Paris. 

 

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