( 12 octobre, 2020 )

La bataille de La Moskowa d’après le « Journal » de la division Friant…

La bataille de La Moskowa d’après le Les lignes qui suivent sont tirées du Journal de la division Friant ou 2ème division du 1er corps d’armée commandé par Davout; elles concernent et ne concernent que la bataille de La Moskowa.

 A.C.

Le 7 [septembre 1812], la division passe sous les ordres de l’Empereur et reçoit l’ordre de se porter en réserve dans la redoute du centre, lorsqu’elle serait enlevée. Bientôt elle reçoit une autre direction et marche sur Seminskoe. Le général Friant ordonne au général Dufour, commandant le 15ème léger, d’emporter le village et la redoute qui le couvre. En même temps lui-même charge à la droite avec le 48ème régiment et culbute l’ennemi. Le régiment espagnol formait la réserve du 48ème. Les 4ème et 5ème  divisions du 1er corps, ainsi que celui du maréchal Ney, s’étant jetées à droite le long du bois, le général Friant étend sa division pour remplir le vide entre Seminskoe et la redoute du centre. Le 33ème se porte même au delà de la redoute près des taillis. L’ennemi veut reprendre Seminskoe et y dirige de nouvelles forces et de l’artillerie, Le général concentre alors sa division et lui fait occuper le mamelon en arrière de Seminskoe. Le 33ème se forme en carré sur l’emplacement du village réduit en cendres et repousse trois charges de cuirassiers. L’artillerie reçoit des renforts; son feu fait taire celui de l’ennemi et le fait renoncer à son entreprise. Dans cette tentative le général Priant fut blessé à la poitrine d’un coup de biscaïen. La division reste deux heures dans cette position. Mais les 4ème et 5ème divisions du 1er corps et le maréchal Ney, avec le 3ème corps, ayant débordé la gauche de l’ennemi, il prononça sa retraite. Le général Friant, revenu au combat malgré sa blessure, se porta aussitôt en avant, chassa les Russes d’un mamelon qu’ils occupaient au delà de Seminskoe et les repoussa jusque dans le bois. La division bivouaqua sur le plateau en arrière du bois. La division passa sous les ordres du Roi de Naples. Le 8, elle campa sur les hauteurs de Mojaïsk.

(Arthur CHUQUET, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Deuxième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.50-51).

 

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( 30 septembre, 2020 )

Scènes incroyables ! (Campagne de Russie, 1812).

Scènes incroyables ! (Campagne de Russie, 1812). dans TEMOIGNAGES la-retraite-de-russie

« Le 8 [décembre 1812], le quartier-général entre dans Vilna, rien ne peut donner l’idée de la confusion qui y règne. Les boutiques sont ouvertes ; mais déjà elles sont encombrées, les cafés, les magasins de comestibles sont envahis, quoi qu’on ait fait pour les faire protéger par une garde… Tout est bouleversé, tout est désordre ; et sincèrement il ne pouvait en être autrement : Vilna était la première ville hospitalière que nous rencontrions, et chacun y arrivait affamé et dépourvu de toute espèce de ressource. En vain cherche-t-on à rallier les hommes isolés, en vain leur assigne-t-on des couvents pour point de réunion. Les uns entrent dans les logements qu’ils ont occupés au premier passage dans Vilna ; les autres implorent la commisération des habitants qui leur accordent un asile. La fatigue abat les uns, les souffrances découragent les autres ; c’est une masse inerte que le bien-être du moment aveugle sur le péril qui la menace. » (Témoignage de Denniée, pp.169-170).

Labaume, dans ses mémoires (p.289) raconte : « Le chemin que nous suivions offrait à chaque pas de braves officiers couverts de haillons, appuyés sur des bâtons de pin, les cheveux et la barbe hérissés de glaçons ; ces mêmes guerriers, naguère la terreur de nos ennemis, et vainqueurs des deux tiers de l’Europe, ayant perdu leur noble contenance, se traînaient à pas lents, et ne pouvaient obtenir un regard de pitié des soldats dont ils étaient jadis obéis ! Situation d’autant plus déplorable, que quiconque n’avait pas la force de marcher était abandonné, et tout homme abandonné, une heure après était un homme mort. »

« La faim et la misère étaient à leur comble. On voyait des troupes d’hommes que nous appelions « les hébétés » qui étaient à la vérité absolument insensés. Ils ouvraient le ventre des chevaux, arrachaient ce qu’ils pouvaient pour le manger avec une voracité inexprimable. D’autres qui n’avaient plus ni sabre ni couteau, déchiraient la chair avec leurs dents et suçaient le sang des chevaux encore vivants mais tombés par terre. J’ai vu de mes propres yeux des forcenés se déchirer les membres et sucer leur propre sang, tant la faim et la misère avaient altéré leur raison et réduit ces malheureux à une condition au-dessous de celles des plus vils animaux. », selon le Général Vionnet de Maringoné, p.58, qui situe ce passage à la date du 6 décembre 1812.

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( 11 septembre, 2020 )

Vers MOSCOU…

 Vers MOSCOU... dans TEMOIGNAGES Moscou-300x221

« Le 11 septembre,notre avant-garde, commandée par le Roi de Naples, et la Jeune Garde impériale eurent près de Krimsköe, où l’ennemi avait pris position, une affaire assez vive, mais qui ne dura qu’un instant. La terreur se répandit à Moscow, où bientôt les illusions de triomphe que Napoléon se créait depuis la victoire de la Moskowa allaient s’évanouir. Sur la route sablonneuse de Mojaïsk à Moscou, tout était totalement dévasté ; nous ne rencontrâmes dans les villges par où nous passâmes et dans ceux sur les côtés, que des blessés russes que l’ennemi n’avait pu emmener. Ces malheureux, désespéré d’être abandonnés aux plus cruelles privations, en proie à la faim, à la soif et aux souffrances, faisaient naître en nous la plus vive pitié. Sur cette route désolée, dis-je, nous ne trouvâmes pas même de la paille ; l’eau était rare, et quand on avait le bonheur de découvrir une source, elle était d’ordinaire bourbeuse, souillée de toutes sortes d’ordures et très souvent infectée de cadavres, ce qui n’empêchait pas que mourant de soif, l’on se jetât dessus avec la plus grande avidité, en se battant quelquefois pour y parvenir. La misère était affreuse ; la majeure partie de l’armée était réduite à manger de la chair de cheval ; et en portant un regard sur les misérables cabanes en bois, éparses sur la route, on avait de la peine à se figurer qu’on approchait de l’ancienne capitale de l’empire moscovite. Quelques élégantes maisons de campagne que nous commencions à apercevoir à cinq ou six lieues de Moscou pouvaient seules nous faire soupçonner l’approche d’une ville. La triste route qui nous y conduisait ne contribua pas peu à augmenter notre surprise lorsque cette magnifique cité s’offrit à nos regards.  »

(Joseph de Kerckhove, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813), », Édité par un Demi-Solde, 2011, pp.74-75. L’auteur était à cette époque médecin attaché au quartier-général du 3ème corps.)

 

 

 

 

 

 

 

 

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( 9 septembre, 2020 )

Un méconnu. Nicolas Raoul…

Un méconnu. Nicolas Raoul… dans FIGURES D'EMPIRE grenadier-ile-delbe

Nicolas Raoul (1788-1850) à ne pas confondre avec un autre officier, Jacques Roul (1775-1840). Raoul, enfant de troupe au 5ème régiment d’artillerie à pied le 21 mai 1802, entre le 1er octobre 1806 à l’École polytechnique et passe comme élève sous-lieutenant au 5ème régiment d’artillerie à pied le 27 juin 1809 pour prendre part aux campagnes d’Allemagne de 1809 à 1811. Il sert au siège de Riga pour être promu capitaine le 22 juillet 1812. Nicolas Raoul participe à la campagne de Russie et entre dans l’artillerie de la Garde Impériale, comme lieutenant le 1er octobre 1812. Il est à Bautzen, Dresde et à Leipzig, en 1813. Il a un cheval tué sous lui à Hanau. En 1814, Raoul se bat à Brienne, Montereau, et à Arcis-sur-Aube. Lors de la première abdication de l’Empereur, il suit le général Drouot, avec le grade de capitaine de la Vieille Garde, à l’île d’Elbe. Il sera notamment chargé de fortifier la petite île de la Pianosa et d’aménager la résidence impériale de San Martino. Au retour de Napoléon, qu’il a suivi jusqu’à Paris, Raoul est nommé chef de bataillon dans l’artillerie de la Garde, avec rang de major dans ligne. Il participe à la campagne de Belgique. Grièvement blessé à Waterloo, il reste sur le champ de bataille, la cuisse brisée. Il est fait prisonnier. Soigné probablement à Bruxelles, Raoul est libéré sur parole et rentre des foyers à Neufchâteau (Vosges) en septembre 1815. Plus tard, il devra fuir la France pour les États-Unis d’Amérique, puis le Guatemala ou il œuvra, afin que ce pays reste indépendant, tout en exploitant une importante propriété agricole. Début 1833, Nicolas Raoul rentre en France. Sur les recommandations des généraux Drouot et Bertrand, Raoul avait été nommé par Louis-Philippe lieutenant-colonel et réintégré sur les contrôles de l’artillerie française. Il occupe donc des postes à Douai, à Lyon, Perpignan et Besançon. Le 19 juillet 1845, il est nommé maréchal de camp, puis le 24 octobre 1848, commandeur de la Légion d’honneur. Enfin, le 7 janvier 1849, Raoul est nommé commandant de l’artillerie de la 1ère division militaire à Vincennes. Il s’éteint le 20 mars 1850, date-anniversaire du retour de Napoléon à Paris…

Concernant Jacques Roul, dont le nom est parfois orthographié Ruhl, cet « officier casseur d’assiettes et tapageur » Napoléon transmet une note à son sujet au grand maréchal Bertrand : « Longone, le 11 septembre 1814. Fonctions du chef d’escadron Roul. Le sieur Roul aura le commandement de toute ma cavalerie : en conséquence, les Polonais, chasseurs, Mamelucks, tant à pied qu’à cheval, seront sous ses ordres ; il m’accompagnera constamment à cheval, et il lui sera donné un cheval de mon écurie  avec deux pistolets ; il commandera mes escortes et prendra les mesures de sûreté convenables ; il se concertera avec le commandant de gendarmerie pour le placement des gendarmes dans les lieux de passage, mais jamais les gendarmes ne devront me suivre… » (Léon-G. Pélissier, « Le Registre de l’île d’Elbe… », pp.113-114). A noter que Roul était «  arrivé à l’île d’Elbe après le débarquement de Napoléon, il se disait chef d’escadron d’artillerie et manifestait une exaltation débordante pour l’Empereur à qui il avait offert ses services. Les soldats de la Garde l’accueillirent avec empressement et Napoléon le nomma premier officier d’ordonnance. On sut rapidement qu’il n’était que capitaine d’où des explications violentes avec des officiers de la Garde. Bien qu’aucun document officiel ne parle de ce premier officier d’ordonnance il est pourtant repris comme tel dans des lettres de l’Empereur ».

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( 8 septembre, 2020 )

Guillaume de Hochberg, Margrave de Bade…

« Guillaume-Louis-Auguste, margrave de Bade, second fils du grand-duc Charles de Bade et de la comtesse de Hochberg, né le 8 avril 1792 à Karlsruhe, entré dans l’armée en 1805, colonel au quartier-général de Masséna (1809), commandant de la brigade badoise en Russie (1812), lieutenant-général en janvier 1813, capitule à Leipzig le 19 octobre, mais refuse de se joindre aux Alliés, prend part aux campagnes de 1814 et de 1815, reçoit le titre de margrave de Bade (4 octobre 1817), devient président de la première Chambre (1819), général en chef du corps d’armée badois (1825), renonce à ses fonctions après 1848, meurt le 11 octobre 1859. »

(Arthur Chuquet, « L’Alsace en 1814 », Plon, 1900, p.470.)

Le margrave de Bade a laissé des  « Mémoires » dont la partie sur la campagne de 1812 fut traduite en français et publiée par Arthur Chuquet en 1912 (chez Fontemoing et Cie). En 1812, Hochberg et ses 6000 badois sont intégrés au sein du 9ème corps d’armée (maréchal Victor). Ce témoignage a été réédité en 2009 par le Livre chez Vous sous le label « A la Librairie des Deux Empires ».

Guillaume de Hochberg, Margrave de Bade… dans FIGURES D'EMPIRE guillaume-de-hochberg-margrave-de-bade

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( 8 septembre, 2020 )

Souvenirs sur les troupes suisses…

Souvenirs sur les troupes suisses... dans TEMOIGNAGES RS-238x300

Cette note du général Ameil a d’autant plus d’importance qu’elle rectifie et contredit un passage des mémoires du général baron de Marbot qui a provoqué en Suisse de très vives polémiques.

Il y avait à l’armée française en Russie quatre régiments suisses désignés par les numéros 1, 2, 3, 4. Ces corps étaient peu nombreux, mais d’une assez bonne composition ; ils faisaient partie du 2ème corps d’arme commandé par le maréchal Oudinot, duc de Reggio ; ils composaient la division du général de division Merle et avaient pour généraux de brigade : le général Candras et le général Amey. On avait contre ces corps  je ne sais quelle prévention… et le général de division Merle y donna peut-être lieu. Mécontent de commander des étrangers, il affectait de ne point compter sur eux pour un jour d’affaire. Il résultait que ces troupes étaient toujours en réserve, par conséquent dans une position humiliante. Cela avait encore l’inconvénient d’affaiblir le 2ème corps d’un tiers de sa force puisque jamais cette division n’était mise en action. Ces troupes suisses ne conduisirent cependant bien. Elles étaient disciplinées, couraient peu, ne s’abandonnaient pas à la maraude ; Un détachement de 300 Suisses de je ne sais quel régiment, peut-être même pris sur les quatre, fut envoyé pour faire des vivres, de Disna, sur le Dwina, à l’abbaye de Valeintzouï, sur la Drissa. Il ne comptait pas y trouver l’ennemi : il fut vivement attaqué. Il était abandonné à lui-même, sans cavalerie et avait fait une retraite de trois lieues à travers un pays découvert. Il la fit en ordre et ne fut point entamé. Il soutint même un détachement de 30 chevaux du 24ème de chasseurs qui venait de reconnaissance des bords de la Drissa [et] était vivement poursuivi.  Le 3ème régiment avait été détaché dur la droite de la Dwina pour garder la tête du pont de Roudnia. Il avait en avant de forts piquets. Le 3ème de lanciers, commandé par le colonel Lebrun, fils de l’archichancelier, était en avant, battant et éclairant le pays entre Vitebsk et Polotsk ; il fut surpris, dans son bivouac par un parti de cosaques, mis dans un désordre affreux. In ne dut qu’au chef de bataillon Grotte (du 3ème régiment) d’avoir pu se rallier e sauver les débris de son corps. Ce chef de bataillon fut mis à l’ordre pour sa bonne contenance. Le 1er régiment, qui était campé à la gauche de Polotsk, défendit, le 17 octobre 1812, les approches du camp retranché de Polotsk. Ils soutinrent l’assaut avec la plus grande fermeté. Leur courage pensa même compromettre la sûreté du camp. Ces braves régiments, après avait repoussé une attaque, sortirent des lignes la baïonnette au bout du fusil et firent un carnage affreux dans des régiments de la marine russe.

Leur succès les désunit et faillit leur être fatal. Ils rentrèrent un peu en désordre, serrés de très près… mais firent bientôt volte-face. Ces deux régiments suisses éprouvèrent une perte considérable. Le chef de bataillon Dulliker (1er régiment), de Lucerne, déjà connu pour sa conduite distinguée à Saint-Euphémie, en Calabre, fut tué glorieusement à la tête de ses plus braves grenadiers en repoussant l’un des assauts. Le colonel Castella, de Fribourg, commandant le 2ème régiment, eut un cheval tué et fut lui-même légèrement blessé. Un M. Vonderweidt, de Seedorf, dont je ne me rappelle pas le grade, eut un cheval tué. Le lendemain, dans la nuit du 19 au 20, l’évacuation de Polotsk ayant été décidée, le 4ème régiment suisse, qui avait toujours tenu garnison dans la place, fut chargé de faire l’extrême-arrière-garde et de soutenir la retraite. Il était formé sur lap lace des Jésuites et commençait son mouvement rétrograde quand les Russes débouchèrent avec la plus grande vigueur par le pont de La Polota. Les Suisses font volte-face, se précipitent en avant, refoulent les Russes hors de la ville, leur font 500 prisonniers, à la tête desquels était un certain Anglais, nommé Willoughby, fort connu par des aventures précédentes. Ce brave régiment suisse continue alors son mouvement et repasse en ordre la Dwina dont il fait rompre les ponts. Ce corps était commandé par le colonel d’Affry. On avait jusque-là regardé les troupes suisses avec indifférence. Leur contenance et leur valeur à Polotsk devient dès lors le modèle du corps d’armée. Le maréchal Gouvion Saint-Cyr traitait ces troupes avec beaucoup d’égards et de considération. Les troupes suisses se distinguèrent encore plusieurs fois lorsque le 2ème corps manœuvrait en retraite pour se joindre au 9ème corps, que le maréchal Victor, duc de Bellune, amenait de Smolensko.  Le 30 octobre, elles firent la meilleure contenance  à Tsanichi et y éprouvèrent des pertes en défendant Tsanichi et en passant le pont de Smolian. Le 28 novembre, elles eurent part au combat sanglant que le 3ème corps soutint dans les bois de Borisov pour couvrir le passage de la Bérézina. Le général de brigade Candras fut tué à la tête de la brigade. Le général de brigade Amey fut fait général de division pour la conduite des Suisses à Polotsk. Comme c’est un homme fort médiocre, on peut dire qu’il dut cette faveur à la bravoure de ses troupes. 

On ne mentionna point honorablement, on ne cita même point, je crois, dans le temps, la belle conduite de ces troupes. Cela tint aux circonstances. Les malheurs commençaient ; on ne nommait plus personne, on laissait voir les résultats malheureux sans même indiquer les troupes dont le courage et la patience les avaient retardés : les Suisses méritaient un éloge authentique. Le colonel Castella se tira assez bien d’affaire et fut nommé général de brigade. C’était une preuve de satisfaction donnée aux troupes suisses. Un M. Abiberg lui succéda comme colonel.

Colonel AMEIL. 

Témoignage publié en 1907 dans le « Carnet de la Sabretache ». 

 

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( 7 septembre, 2020 )

La campagne d’Allemagne vécue par le chef d’escadron Mathieu.

La campagne d’Allemagne vécue par le chef d’escadron Mathieu. dans TEMOIGNAGES 06-509437

L’auteur était chef d’escadron d’artillerie à cheval. Voici un extrait de son témoignage sur la campagne de 1813.

Un ordre du Ministre de la Guerre prescrivait de créer avec les 78 hommes [débris des sept compagnies restant à l’issue de la campagne de Russie, comprenant sous-officiers, brigadiers et canonniers] quatre compagnies. Je ne pus garder les 36 miens On mit le tout en quatre paries et nous reçûmes des canonniers des régiments d’artillerie à pied er des cohortes. Ma compagnie fut portée tout de suite à 104 hommes et 100 chevaux. C’était dans les quinze premiers jours de mars. Le 1er avril 1813, nous passâmes l’Elbe à Magdebourg et, le 5, nous nous battîmes bravement et, de ce jour, j’eus bonne opinion de mes nouveaux canonniers. Nous repassâmes la rivière sur le même pont de bateaux et nous vînmes cantonner près de la ville. Là, j’achevai l’organisation de ma compagnie ; je fis donner manteaux, portemanteaux, bottes, etc., de manière qu’au 20 avril je pus me mettre en ligne tout aussi franchement qu’avec mes bons et braves canonniers que j’avais laissés dans les différentes affaires de 1812. Le 2 mai eut lieu cette fameuse bataille de Lützen contre les russes et Prussiens réunis. Nous tirions encore le canon à 10 heures du soir et nous y étions forcés par l’ennemi qui ne cessait pas son feu. Enfin, malgré les boulets ennemis, on donna l’ordre de faire manger les chevaux, mais seulement la moitié à la fois.

Nous restâmes debout de cette manière toute la nuit, et, à 2 heures du matin, l’ennemi fit un mouvement en avant comme pour nous attaquer ; mais, quoique étant prêts, nous les laissâmes s’avancer sur nous jusqu’à petite portée de canon. Voyant que nous ne bougions pas, ils s’arrêtèrent, et on vit, une heure après, leur arrière-garde se replier.

On se mit à leur poursuite, mais nous n’avions pas assez de cavalerie pour profiter de nos avantages. Nous les poussâmes de cette manière jusqu’à Dresde, où nous passâmes l’Elbe le 8, et on resta au repos jusqu’au 21, où eut lieu la bataille de Bautzen.

Vainqueurs, nous poursuivîmes l’ennemi jusqu’au Bober, et là eut lieu cet armistice qui dura du 30 mai au 17 août [les Alliés demandent un armistice le 25 mai 1813. Napoléon l’accorde. L’armistice de Pleiswitz est signé le 4 juin. Les hostilités doivent être suspendues jusqu’au 20 juillet 1813 ; il sera prolongé (le 30 juin) jusqu’au 10 août] pour notre meilleur malheur, car si on avait poursuivi l’ennemi, nous l’aurions rejeté au moins sur la Vistule et les autrichiens ne se seraient pas mêlés de la partie. Nous apprîmes, le 20 août, que les Autrichiens nous avaient déclaré la guerre et qu’ils marchaient sur Dresde pour s’en emparer. Nous nous mîmes en marche et nous marchions à grandes journées, le 1er corps de cavalerie dont je faisais partie et la Garde. Nous arrivâmes le 26 août et nous fûmes obligés de défiler sous un feu de canon bien nourri, pour nous porter sur les bords de la rivière que nous passâmes le plus vite possible, et, après avoir pris un peu de repos, on nous fit attaquer l’ennemi qui était tout auprès des faubourgs. Nous rentrâmes dans l’endroit où nous avions reposé ; il était près de 10 heures. Sur les 11 heures, la pluie survint et était très forte, ce qui ne nous arrangeait guère, et, à la pointe du jour, nous attaquâmes l’ennemi par une forte pluie qui dura toute la journée du 27 août 1813. Sur les 3 heures, on fit charger notre cavalerie sue les carrés autrichiens ; le premier qu’on attaqua était à l’embranchement des deux roues qui sont au-dessus de la ville de Dresde du côté sud ; ce bataillon croisait la baïonnette ; il se laissa écraser sans tirer un coup de fusil. Enfin, il se rendit. C’était la division Doumerc qui était là, composée de dragons. Les autres carrés se rendirent presque sans résistance. La bataille ne finit qu’à la nuit. Nous couchâmes à une lieue de Dresde, sur la route d’Auessburg [Auerberg ?]. Le lendemain 28, nous nous portâmes sur  la route de Pirna, qui va en Bohême, où nous apprîmes, pour le malheur de l’armée, que le corps de Vandamme, de 30.000 hommes, avait été écrasé ; que le maréchal Macdonald était battu sure le Bober; que les maréchaux Ney et Oudinot étaient battus marchant sur Berlin.

Nous fûmes obligés de passer la rivière à Dresde et d’aller porter secours au maréchal Macdonald. Nous rejetâmes l’ennemi au-delà du Bober et nous revînmes encore une fois pour nous porter sur la rive droite, où nous restâmes jusqu’au 26 septembre. Nous repassâmes sur la rive gauche à Meissen et nous vînmes près de Torgau. Nous repassâmes sur la rive droite le 12 octobre à Wittemberg, pour aller attaquer les Suédois que nous refoulâmes près de Magdebourg. De là, nous vînmes à marches forcées sans nous rendre à la bataille de Leipzig, le 16 octobre 1813.

Tout allait bien le 16.

Le 17, on resta tranquille. Le matin du 17, il plut. On parlait de paix.  Le 18, nous fûmes attaqués de tous côtés. Nous manquâmes de munitions le soir. L’ennemi nous avait tellement resserrés que des boulets venaient sur le grand parc qui se trouvait près de la ville côté est. On m’avait envoyé là à 5 heures, n’ayant plus de munitions. Je passai la nuit dans cet endroit. Dans la nuit, le grand parc défila et passa la ville. Moi, j »’avais reçu l’ordre d’attendre le corps d’armée. Sur les 8 heures du matin, le 19, je me trouvais seul avec mes douze bouches à feu. Le corps d’armée avait passé la ville dans la nuit et on avait oubliée de m’envoyer des ordres. Je me mis en marche et j’arrivai comme je pus sur les bords de l’Elster que je passai avec quatre bouches à feu. Le reste de mes batteries, mon fourgon, etc., tout demeura au pouvoir de l’ennemi, vu que le pont, ayant sauté par la maladresse de celui qui y mit le feu trop tôt, fut la cause de la perte de l’armée.

De Leipzig jusqu’à Mayence, où nous arrivâmes le 31 octobre 1813, dans un triste état, à peine si on se battit, et, malgré que nous faisions notre retraite sur un pays de ressources, l’armée faisait pitié en repassant ce fameux fleuve qui nous coûta tant de coups de canon pour le passer en 1794, et que nous avons quitté peut-être pour toujours !

Nous restâmes cantonnés près de Kreuznach du 1er novembre 1813 au 28 décembre, jour où le corps d’armée se mit ne marche pour venir prendre des cantonnements près de Landau, en attendant la paix qui, disait-on, allait se faire avec les souverains du Nord.

(« Souvenirs militaires du chef d’escadron Mathieu., de 1787 à 1815. Publié par Camille Lévi », Henri Charles-Lavauzelle, Éditeur militaire, s.d. [1910], pp.29-33).

06-509463 Souvenirs du chef d'escadron Mathieu sur 1813 dans TEMOIGNAGES

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( 28 août, 2020 )

Une LETTRE du GENERAL RAPP au BARON DESPORTES, PREFET du HAUT-RHIN.

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Moscou, 7 octobre 1812. 

Il y a aujourd’hui un mois que l’Empereur a gagné la plus belle et la plus terrible bataille qui se soit encore livrée depuis la Révolution [Rapp fait allusion à celle de La Moskowa, le 7 septembre 1812]. Le général Compans ayant été blessé, Sa Majesté l’avait donné le commandement de cette belle division mais j’ai reçu à mon tour quatre coups dans une heure et demie de temps. Le premier, un coup de pistolet dans la cuisse ; le troisième, un boulet de canon au bras gauche, et le quatrième, un biscaïen dans la hanche gauche. Celui-là m’a renversé de dessus mon cheval et m’a obligé de quitter la partie. Heureusement qu’aucune de ces blessures n’avait rien cassé, et je suis presque rétabli. Tout le monde prétend que je ne serais plus tué à la guerre. 

(Arthur Chuquet, « Avec la Grande Armée en Russie. 1812. Préface de Christophe Bourachot », A la Librairie des Deux Empires, 2004, pp.252-253).

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( 21 août, 2020 )

De La Moskowa à Moscou…

Ombre 2

Nous tirons les lignes suivantes du Journal, déjà cité, de la division Friant.

A.C.

Le 9, combat avec les troupes russes qui défendue la ville de Mojaïsk et qui sont obligées de l’évacuer, après y avoir mis le feu et fait éprouver quelque perte au 48ème régiment. La division dépasse Mojaïsk et se trouve en présence de l’ennemi qui couvrait la retraite de ses équipages. La division marche en ligne, appuyée à des ravins. Son flanc gauche est inquiété par la cavalerie. Elle détache deux compagnies, commandées par le capitaine Calliez du 33ème pour s’éclairer sur ce point. Cet officier va trop loin et est enveloppé par 1.500 chevaux. Sommé de se rendre, il répond par des coups de fusil, renverse une cinquantaine de cavaliers et donne le temps, par sa brillante défense, au Roi de Naples de venir le dégager. Une vingtaine de décorations récompensa cet acte de bravoure. La division bivouaque en arrière de Mojaïsk. Le 10 septembre, elle se dirige sur Selkovo. On tiraille dans la journée, et, le soir, le Roi veut débusquer les Russes de la position qu’ils tenaient près de Fominskoë. Le 48ème qui forme la gauche marche pour s’emparer d’une colline boisée pendant que le Roi, avec la cavalerie et trois bataillons, attaque sur la grande route. Les Russes font filer par leur droite une nombreuse cavalerie qui gagne nos derrières et tombe sur les bataillons du 48ème et du 15ème léger qui sont en tirailleurs. Ils nous tuent beaucoup de monde. Le Roi est reçu au centre par une batterie de 16 pièces et ne peut avancer; il ordonne enfin la retraite. La division a perdu 1.200 hommes au moins. L’ennemi y montra 10.000 hommes d’infanterie et douze régiments de cavalerie. Nous n’avions que 4.000 fantassins et six régiments de cavalerie, et le Roi, croyant enlever la position d’emblée, avait laissé l’artillerie en arrière sur la grande route.

Le 11, même position. Le 12, la division continue sa marche. Le 13, continuation. Le 14, la division rencontre trois redoutes non achevées qui défendaient les hauteurs de Moscou. L’ennemi les abandonne. Le Roi de Naples, arrivé aux portes de cette capitale, ordonne à la division de se porter au Kremlin pour y dissiper la cohue de soldats, de paysans et d’incendiaires qui s’y trouvaient réunis. Miloradovitch commandait l’arrière-garde. Pressé par le Roi de Naples et par le prince Eugène qui passait la Moskowa pour attaquer la barrière de Zvenigorod, il propose un armistice pour évacuer la ville. Pendant cette courte suspension d’armes, Platov et d’autres généraux viennent visiter le Roi de Naples qui s’entretient quelques instants avec eux. Arrivés à la barrière de Kolomna, ils l’avertissent que, plus loin, il serait leur prisonnier. La division s’établit à cheval sur la route de Kolomna, ainsi que les avant-postes du roi.

Jusqu’au 17, même position.

Il est question du 48ème régiment d’infanterie dans le Journal de la division Friant. Voici ce qu’un capitaine du 48ème, Robbe, qui rédigea en 1813 un « Rapport historique sur la campagne de 1812 », a dit du rôle de son régiment àLa Moskowa, à Mojaïsk et aux portes de Moscou.

 A.C.

Le 5 septembre, après midi, pendant que, sur la droite, la 5ème  division enlevait la grande redoute et que la 1ère occupait à la gauche le bois au delà de la Kolotcha, la 2ème  division traversa ce ruisseau, prit sous le feu de l’ennemi une position centrale entre ces deux divisions qu’elle soutenait et qu’elle liait par une ligne de tirailleurs; la fusillade se prolongea jusqu’à la nuit. Le 7, la 2ème division quitta à la pointe du jour la position du 5 pour suivre le mouvement du 1er corps. Elle fila sur la lisière du grand bois de la droite, exécutant diverses manœuvres sous un feu très meurtrier jusqu’à midi. Alors, elle fut portée sur les bords du grand ravin qu’elle franchit, malgré une résistance assez vive de l’ennemi posté dans les berges très escarpés. Après les avoir chassés sans beaucoup de pertes et de difficultés, elle attaqua le village retranché qui se trouvait sur la crête et vers le centre de la ligne ennemie. L’infanterie russe en fut chassée, et la division s’y maintint pendant la nuit sous un feu d’artillerie extrêmement vif. Le général Friant y fut blessé vers le soir. Le colonel Groisne, malgré le déplorable état de sa santé et portant déjà la mort dans son sein, marcha à la tête du 48ème  pendant toute la journée et ne cessa de l’animer par son exemple. Le régiment perdit beaucoup d’officiers dans cette affaire, et sa perte totale fut de 8 à 900 hommes hors de combat.

Le 8, la division fut détachée de nouveau à l’avant-garde sous les ordres du Roi de Naples, qui, la veille, avait daigné lui donner des éloges, et elle passa la nuit près de Mojaïsk. Elle s’était mise en marche vers midi. Le lendemain 9, au malin, elle attaqua la position de Mojaïsk. Les 4ème  et 6ème  bataillons du 48ème, sous les ordres de M. le major Delavigne, marchaient à la tête delà cavalerie légère; ils enlevèrent les hauteurs escarpées de la gauche et chassèrent l’ennemi des ravins très difficiles qui les sillonnent. L’ennemi fut poursuivi l’épée dans les reins jusqu’à quatre ou cinq lieues de Mojaïsk. M. le major Delavigne et M. le capitaine Puissant furent grièvement blessés dans cette attaque où il y eut 90 hommes hors de combat. Le lendemain 10, l’ennemi occupait une position avantageuse et qui masquait une partie de ses forces. Il laissa le combat s’engager. Le 1er  bataillon du 48ème avait été envoyé en tirailleurs, soutenu par le régiment qui dut ensuite manœuvrer sur son flanc droit. Les tirailleurs négligèrent de suivre le mouvement. Quelque temps après, ils furent attaqués par les chasseurs russes, pendant qu’ils étaient chargés en queue par la cavalerie. Ce bataillon éprouva une grande perte. M. le commandant Lamagnet fut tué avec M. Pereyve, pendant qu’ils cherchaient à rallier les tirailleurs. Une partie se réunit dans un bois. Le régiment étant accouru forma le carré et recueillit les restes du bataillon. Il éprouva dans cette journée une perte totale de 250 hommes. Après ces deux affaires, l’ennemi fut poussé jusqu’à Moscou où le régiment n’entra le 14 au soir que pour le traverser et aller prendre position au-delà, sur la route, avec l’avant-garde du Roi de Naples. Ainsi, non seulement il ne put jouir du repos qu’y goûtèrent les autres régiments du 1″ » corps, ni profiter des ressources immenses en vivres, effets d’habillements, d’équipement, etc., qu’on s’y procura. Mais il se trouva éloigné de Sa Majesté Impériale, et pendant qu’il travaillait à mériter de nouvelles récompenses, il ne put assister à une de ces revues où Sa Majesté Impériale comblait ses troupes de faveurs de toute sorte. La division est la seule qui n’ait rien obtenu de toute la campagne.

 (Arthur CHUQUET, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Deuxième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.59-63).

 

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( 15 août, 2020 )

« Son nom fut une puissance. » Il y a 250 ans naissait Napoléon.

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« Napoléon fut appelé grand. Je l’appelle avec conviction un homme extraordinaire. Après le feu le plus meurtrier, la canonnade la plus vive et la plus soutenue toute la journée, les chances variées de la bataille dans les journées d’Essling, de Wagram, dans les désastres inouïs  de la retraite de Russie, dans les journées cruelles de Bautzen, dans le combat sous Dresde, devant Leipzick [Leipzig], lors de la rupture des ponts sur l’Ester [Elster], et à Esling [Essling], j’ai vu S.M. rentrer le soir dans son quartier calme, froid, impassible. Nous avions été dans ces journées ahuris sous l’alternative cruelle des feux de mousqueterie s’éloignant et se rapprochant : le calme renaissait dans nos esprits en voyant S.M. traverser le salon et donner ses ordres avec une liberté d’esprit, une sérénité de visage qui nous rassurait.

J’admirais en lui l’homme qui a tout dû à lui-même, qui a remporté tant de victoires, subjugué tant d’états, conquis le pouvoir le plus absolu sur une grande nation, qui a semé des couronnes et qui a sans contredit le plus marqué dans son siècle. Son nom fut une puissance. Les maux que soixante victoires ont laissés dans les familles européennes sont oubliés. C’est à la postérité à le juger et aux siècles futurs à admirer cet homme extraordinaire et à se rappeler que le gouvernement anglais a eu pour lui pendant le temps de sa détention à Sainte-Hélène un luxe d’inhumanité. S.M. avait été invincible jusqu’en 1812.

 Tant de prospérité ne pouvaient durer. La nature se chargea du soin de venger tous ses ennemis… : en une nuit de glace tout changea. Le monde s’ébranla. Des nuées d’ennemis nous entourèrent. L’Europe conservera un souvenir éternel de nos désastres et de nos victoires.[1] »

Guillaume PEYRUSSE.

Ce personnage occupait depuis le 11 mai 1814, les fonctions de « Trésorier général des revenus de l’île d’Elbe et payeur de toutes les dépenses ». Il devint, durant les Cent-Jours, Trésorier général de la Couronne.


[1]  « Dans l’œuvre immense de Napoléon, tout n’était pas fait pour lui survivre ; le monde et la France même qu’il avait rendue trop redoutable, devaient reculer devant une partie de son héritage. Son rapide passage sur le globe n’y laisse pas moins des traces ineffaçables. Aucune époque de notre histoire n’atteste mieux que ses quatorze années de règne, les actes de courage, les efforts, les sacrifices dont la France est capable, et l’entraînement qu’un grand homme peut exercer sur elle. Napoléon a fait des fautes ; plus qu’un autre peut-être, j’en ai gémi, parce qu’aussi, plus qu’un autre, j’aurais voulu être entièrement à mon aise dans mon admiration et mon attachement pour lui. » (Mollien, « Mémoires… », Tome III, pp.433-434).

 

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( 10 août, 2020 )

La bataille de Bautzen vue par Guillaume Peyrusse…

Guillaume PeyrusseLe passage qui suit est extrait de l’excellent témoignage du trésorier Guillaume Peyrusse, dont j’ai réalisé une édition annotée. Ce livre est paru récemment aux Editions AKFG.

« 20 mai. Tout le quartier-général est sur pied de très bonne heure. Les officiers d’état-major se succèdent. Les corps des ducs de Reggio, de Tarente, de Raguse et du général Bertrand font leurs dispositions pour passer la Spree. Une canonnade effroyable retentit autour de Bautzen. Les Russes et les Prussiens se battent avec acharnement ; ils occupent toutes les sommités des montagnes et sillonnent la plaine de leur artillerie. Dans les bouquets de bois qui environnent Bautzen, brillent les éclairs de la fusillade. L’ennemi, après la résistance la plus opiniâtre, est forcé de céder. Pendant toute la bataille, la maison est restée dans une auberge qui se trouve sur la route, au centre d’un très grand mouvement. Les avenues de Bautzen étaient jonchées de cadavres ; nous y sommes arrivés à neuf heures du soir. Vers les onze heures, placé sur un point très élevé à l’entrée de la ville, j’observai les feux de nos bivouacs ; ils figuraient autour de la ville un cercle lumineux. Sur les hauteurs de droite et bien avant dans la plaine, on apercevait les feux de l’ennemi. Le calme de cette nuit contrastait avec le bruit effroyable de toute la journée. 

21 mai.  J’avais couché dans mon fourgon ; aussi je fus sur pied de très bonne heure. A la pointe du jour, je vis Sa Majesté sortir de son quartier. La bataille recommence à cinq heures ; à la vivacité des feux, tout annonce qu’elle sera vive. Toute la Garde Impériale est mise en mouvement. Le feu éclate partout ; la fusillade et les bruits de l’artillerie retentissent sur toute la ligne. Le combat est sanglant ; l’ennemi résiste avec opiniâtreté. Les cent bouches à feu dela Garde vomissent la mort; nous triomphons de tous les obstacles. 

Le Maréchal Ney, qui,depuis Dresde, manœuvrait sur notre extrême gauche, entre en ligne. C’est un canon qu’on entend dans le lointain. L’ennemi s’ébranle et précipite sa retraite vers Wurschen. On le suit ; mais Sa Majesté s’arrête dans une auberge qui se trouve en arrière du village. La joie brille sur tous les visages. 

La bataille de Bautzen est décisive. Je m’établis dans mon fourgon derrière le bataillon de service. L’armée avait fait des pertes cruelles.

La nuit couvre ce vaste champ de carnage et de gloire.  

22 mai. Sa Majesté, voulant reconnaître le dévouement que l’armée vient de lui témoigner dans ces deux journées, a fait mettre à l’ordre de l’armée le décret suivant : «Un monument sera élevé sur le Mont-Cenis ; à l’endroit le plus élevé et le plus apparent, on lira :L’Empereur Napoléon, du champ de bataille de Wurschen, a ordonné l’érection de ce monument comme témoignage de sa reconnaissance envers ses peuples de France et d’Italie.Ce monument transmettra d’âge en âge le souvenir de cette grande époque, où, en trois mois, un million deux cent mille hommes ont couru aux armes pour assurer l’intégrité du territoire de l’Empire Français. » Dans la matinée, on s’occupe du soin des blessés ; plus de vingt mille sont étendus dans la plaine. Tous les services des ambulances sont en mouvement. Les malheureux Saxons réunissent tous leurs efforts et tous les moyens de transport possibles pour le soulagement des blessés. Mais tous les villages sont anéantis et les habitants dispersés. Les moyens manquent sur tous les points, mais l’humanité y supplée. Les convois de blessés sont dirigés sur Dresde. Dès la pointe du jour, nos troupes ont été lancées à la poursuite de l’ennemi, qu’on trouve établi partout où il peut nous disputer le terrain avec quelque avantage. Sa Majesté est à l’avant-garde. On se canonne d’une manière effroyable. Les lanciers rouges de la Garde, les cuirassiers de Latour-Maubourg sont aux prises avec l’ennemi ; l’impétuosité et la valeur française triomphent de tous les soldats, et le village de Reichenbach est enlevé. Dans cette journée, comme dans toutes les autres, placés avec toute la maison de l’Empereur non loin du champ de bataille, j’en attendais l’issue dans une alternative de crainte et d’espérance ; cet état d’immobilité était fatigant. Nous suivons le mouvement de Sa Majesté ; nous traversons Reichenbach ; sur les rampes qui mènent à ce village, et dans le village, l’image de la destruction, du pillage et du carnage est empreinte partout…  

Guillaume PEYRUSSE  »

Un témoignage émanant d'un personnage qui fit partie des collaborateurs de Napoléon.

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( 30 juillet, 2020 )

« Mourant de froid et de faim… »

Voici une lettre courte mais très significative sur la situation de la Grande Armée durant la 1ère partie (celle qui va du franchissement du Niémen au passage de la Bérézina) de la campagne de Russie. Elle est écrite par le baron Louis de Joinville (1773-1849). Il était commissaire ordonnateur en chef du quartier-général impérial. Cette lettre est adressée à son épouse, à Paris. 

Smolensk, le 10 novembre 1812. 

Je me hâte de t’annoncer, ma bonne amie, que je suis arrivé hier à Smolensk, seul à pied, mourant de froid et de faim, et ayant perdu la moitié de mes équipages. Quoi qu’il en soit, je n’aspire qu’à continuer notre route, toute pénible qu’elle en est, pour arriver enfin là où nous devons prendre quelque repos. Ma santé se soutient assez bien, malgré toutes les fatigues que j’éprouve ; fais des vœux pour moi, car les tiens seront exaucés mieux que les miens ; il faut que je me conserve pour mes enfants, qui ont encore besoin de moi. 

Adieu, ma bonne amie, je n’ai que le temps de t’embrasser, ainsi que mes pauvres enfants. 

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