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( 30 décembre, 2019 )

Les pommes de terre: un trésor durant la campagne de Russie !

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On sait l’hommage que les Français dans la marche d’Alexandrie au Caire,rendirent aux pastèques.  « Elles m’ont fait tant de plaisir, disait l’un d’eux, par leur fraîcheur, par la douce boisson qu’elles nous offraient !  » et un autre assure que les soldats ont conservé au melon d’eau la plus vive reconnaissance et qu’ils auraient mis volontiers ce fruit savoureux au rang des dieux, lui auraient volontiers élevé des autels. La pomme de terre fut en Russie ce qu’était la pastèque en Egypte. « Nous sommes, disait Stendhal, à genoux devant des pommes de terre. » Dans la plaine de Moscou, lorsque Auguste Thirion [officier de cuirassiers dont les « Souvenirs militaires » ont été réédités en 1998 à la Librairie des Deux Empires] et ses frères d’armes rencontrent des champs de pommes de terre, ils font une ample moisson de ces « précieux tubercules » et c’est pour eux une aubaine, une « bonne fortune gastronomique ». De même, durant la retraite. Le 29 novembre 1812, près de Kamen, dans le château d’un baron- l’armée appelait « barons » tous les grands propriétaires et tous les châtelains- les officiers de l’Empereur trouvent des pommes de terre. Ce fut un événement. Il fallait voir ces jeunes gens allumer aussitôt dans la cour du château un feu de bivouac et y faire cuire les pommes de terre au bout de leur sabre. On en mangea, dit le futur maréchal de Castellane, dans son « Journal », tant et plus. Ouvrons les « Mémoires » du sergent Bourgogne. Notre brave officier, rencontrant à la lisière d’un bois un soldat qui fait cuire des pommes de terre, le somme de lui en vendre et en achète sept pour quinze francs. Dans le délire de la fièvre, il croit manger des pommes de terre comme à Condé-sur-Escaut, sa patrie, et quel bonheur lorsqu’il découvre après le passage de la Bérézina, dans un village, sous un four, trois petites pommes de terre qu’il fait cuire à un feu abandonné, assez loin pour ne pas être vu de ses camarades ! 

A .CHUQUET 

Extrait du 2ème tome de  l’ouvrage d’Arthur Chuquet, « 1812, la guerre de Russie », (Fontemoing et Cie, 1912, 3 volumes).   

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( 27 novembre, 2019 )

Le passage de la Bérézina ou un voyage dans l’enfer blanc…

 

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Du 26 au 29 novembre 1812, se déroula le dernier acte de la Campagne de Russie. Après avoir procédé à la réorganisation de ses troupes à Orcha, Napoléon apprend que les ponts de Borisov, enjambant la Bérézina sont aux mains des Russes. Il faut pourtant passer. L’Empereur ordonne alors un important mouvement de troupes au Maréchal Oudinot devant la petite ville de Borisov afin de tromper l’amiral russe Tchitchakov, puis charge le Général du génie Eblé de construire dans l’urgence deux ponts au gué de Studianka. Le passage des troupes s’effectue alors dans des conditions météréologiques extrêmes: si dans la journée le froid n’est pas excessif, la nuit la température oscille entre moins 20 degrés et moins 30 degrés…Trois batailles se déroulent autour des ponts. A Borisov, le Général Partouneaux et sa division se heurtent à Tchitchakov. Le Général Doumerc et sa cavalerie effectuent des charges héroïques sur la rive opposée de Studianka à Brill; enfin le dernier combat se situe aux abords même du gué de Studianka. Les 25 000 hommes qui constituaient le noyau dur de l’armée sont sauvés mais il fallut abandonner aux mains de l’ennemi autant de blessés et une très grande quantité de bagages. Le 26 novembre 1812, 9300 combattants passèrent sur l’autre rive; le 27 novembre, de nombreux corps d’armée passent devant l’Empereur en personne. Etonnamment, les Russes ne se sont pas encore montrés. La Division Partouneaux capitule le 28 novembre (à 7 heures du matin). 

Selon Alain PIGEARD, d’un point de vue stratégique, la Bérézina est une victoire française dans la mesure où l’armée russe avait pour objectif principal d’empêcher les français de passer cette rivière et qu’elle n’y réussit pas. 

Quelques chiffres:

Forces Françaises: environ 40 000 hommes.
Forces Russes: 84 000 hommes.

Pertes françaises: 2000 tués
7000 à 10 000 prisonniers plus la division Partouneaux,
soit 4000 tués, blessés et prisonniers.

Pertes Russes: Environ 10 000 tués et blessés et 3000 prisonniers faits sur la rive droite. 

Le capitaine Coignet témoigne…

Le 14 novembre, nous partîmes de Smolensk avec l’Empereur et la vieille Garde à huit heures du matin, pour Krasnoïe. Il arriva le 15 au soir, et attaqua Koutouzov le 17. Le même jour, il établit son Quartier général à Liadj, qu’il quitta dans la nuit avec son état-major. Il arriva avant le jour à Doubrowna et en partit pour Ortza le 19 novembre, au point du jour. Le 20 novembre au soir. il transporta son Quartier général à Baranui, sur la route de Borisov. Le 21, le mouvement général de retraite continua, et l’Empereur vint s’établir à Kokhanow. Les Russes nous serraient de près. Le 22, il apprit que les Russes venaient de s’emparer de la tête du pont et de la ville de Borisov. Il se vit forcé, par suite de cet événement d’exécuter le passage de la Bérézina, attendu qu’il était poursuit  par Koutouzov et Wittgenstein.  Le 24 novembre, l’Empereur vint fixer son Quartier général à Losnitza, et arriva le 26 à sept heures du matin à Studianka, village situé sur le penchant d’une colline qui borde la Bérézina et qui n’est éloigné de cette rivière que d’environ soixante toises. Pour arriver à cette belle position, il faut longer la Bérézina à droite et remonter trois lieues. Nous passâmes devant le grand pont que les Russes avaient brûlé; ce pont est sur pilotis, et ils n’en avaient brûlé que la moitié. Ils étaient de l’autre côté à nous attendre. Ils venaient, dit-on, de Turquie; ils avaient fait la paix avec le Grand Turc. Cette armée était de quatre-vingt mille hommes. Ils étaient dans des bois, en face de leur grand pont, à nous contempler. Mais ils étaient comme nous, dans la neige, sans échanger un seul coup de fusil. Nous étions déjà dans la misèr. À une heure de l’après-midi -26 novembre -le pont de droite fut achevé, et l’Empereur y fit immédiatement passer sous ses yeux le corps du duc de Reggio et le maréchal Ney avec ses beaux cuirassiers. Il nous avait rejoints au passage de la Bérézina. L’artillerie de la Garde passa avec ses deux corps et traversa un marais; heureusement, il était gelé et pouvait porter l’artillerie. Pour pouvoir gagner le village de Zaniwski, ils repoussèrent les Russes à gauche, dans des bois, et donnèrent le temps à l’armée de passer le 27 novembre.

La Bérézina. 

L’Empereur passa la Bérézina à une heure de l’après-midi, et alla établir son Quartier général dans le petit hameau de Zaniwski. Le passage de la rivière continua dans la nuit du 27 au 28. L’Empereur, avant de passer le pont de droite, fit appeler le maréchal Davout, et je fus chargé d’accompagner le maréchal pour garder la tête du pont et ne laisser passer que l’artillerie et les munitions; le maréchal à droite et moi à gauche.

Lorsque tout le matériel fut passé, le maréchal me dit :

« Allons, mon brave! tout est passé, allons rejoindre l’Empereur. » 

Nous traversâmes le pont et un marais profond. Heureusement qu’il était gelé et qu’il pouvait porter notre matériel, sans quoi tout était perdu. Durant notre pénible service, l’Empereur faisait de bonnes  affaires avec les Russes. Il les avait renversés à gauche, dans des bois, avec le corps du duc de Reggio, et le maréchal Ney avait taillé pièces les Russes qui remontaient pour nous couper la route.Nos troupes les avaient surpris en pleins bois, et cette bataille coûta cher aux Russes. Nos braves cuirassiers les ramenaient par mille, couverts de sang; c’était pitié à voir. Nous arrivions sur ce beau plateau, et l’Empereur passa les prisonniers en revue. La neige tombait si large que tout le monde était couvert. On ne se voyait pas ! Mais derrière nous il se passait une scène des plus effrayantes : à notre départ du pont, les Russes dirigèrent sur la foule qui entourait les ponts les feux de plusieurs batteries, qui firent sur ces masses effrayées un effroyable ravage. De notre position, on voyait la foudre tomber sur ces malheureux abandonnés, sans pouvoir leur porter secours. Ils se précipitaient vers les ponts, et les voitures se renversèrent. La confusion fut si grande que les hommes et les femmes se précipitaient sur les ponts et qu’ils se renversèrent dans la Bérézina et furent engloutis dans les glaces. Non, personne ne peut se faire une idée d’un pareil tableau! Combien de personnes de tous sexes et de tous âges restées sur la rive gauche ! Les ponts furent brûlés le lendemain matin à huit heures et demi. Cinq mille personnes périrent à la Bérézina, et un riche butin. » 

Un autre témoignage… 

Celui du wurtembergeois de Suckow. Ce dernier, au sein de la Grande-Armée, participe à la campagne de 1809 en Autriche et à celle de Russie. Lors de cette dernière, il se trouve dans une division wurtembergeoise, la 25ème de la Grande-Armée, rattachée au 3° corps sous les ordres de Ney. « Dès la première heure, nous entendîmes le canon dans le lointain. C’était notre arrière-garde, commandée par le Maréchal Victor et le Général Dombrowski, qui livrait aux Russes un combat des plus violents. Les grondements se rapprochaient sensiblement de nous, et ceci prouvait que nos défenseurs étaient refoulés. Le moment était donc venu de nous en aller, si nous ne voulions pas nous exposer à la honte d’être faits prisonniers.  L’artillerie ennemie accélérait de plus en plus son tir, et déjà ses projectiles venaient tomber autour de nous. J’adressai donc un bref adieu à mes Français, qui se mirent aussi en route dans la direction du pont vers lequel les fuyards, affolés et sans armes, convergeaient.  Avant d’atteindre la cohue énorme qui se pressait à l’entrée de celui-ci, je fus encore témoin d’une scène véritablement déchirante : Une voiture, que dans les circonstances actuelles on pouvait qualifier d’élégante, attelée de deux chevaux, arrivait à fond de train et essayait de traverser. Il y avait à l’intérieur une dame et deux enfants. Tout à coup un boulet russe, tombant au milieu de l’attelage, met l’une des bêtes en pièces. La mère saute à bas de la chaise de poste et, tenant les deux petits dans ses bras, supplie les passants de venir à son secours; elle prie, elle pleure, mais aucun de ces êtres fuyant, en proie à une terreur panique, ne s’occupe d’elle, ne veut l’entendre. Je l’ai seulement dépassée de quelques pas, lorsque je n’entends plus sa voix gémissante; je me retourne, mais je ne la vois plus; elle a disparu avec ses enfants ou plutôt elle a été renversée par le flot humain, écrasée et broyée par lui. » 

En savoir plus sur le sujet: 

Christophe BOURACHOT: « Les Hommes de Napoléon. Témoignages, 1805-1815″. Omnibus, 2011.

Alain PIGEARD: « Dictionnaire de la Grande-Armée ». Paris, Tallandier, 2002. 

Jean-Roch COIGNET: « Cahiers du capitaine Coignet ». Paris, Arléa, 2001. Présentés par Jean Mistler de l’Académie française. Avant-propos de Christophe Bourachot. (Un classique dont on ne se lasse pas !). 

 Colonel DE SUCKOW: « D’Iéna à Moscou. Fragments de ma vie, 1800-1812″. Paris, à la Librairie des Deux Empires, 2001 (Un témoignage peu connu mais de premier ordre…).

Sergent BOURGOGNE: « Mémoires. Présentés par Alain Pougetoux ». Paris, Arléa, 2002. (Un classique au même titre que les « Cahiers » du Capitaine Coignet…).

 

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( 14 septembre, 2019 )

14 septembre 1812: « Moscou ! Moscou ! »

« Enfin le 14 septembre nous voyons la capitale tant désirée et le cri de « Moscou ! » vingt fois répété sort de toutes les bouches. Cette grande ville avec ses constructions orientales et ses nombreux clochers avait de quoi frapper l’imagination. Une partie de l’armée traverse la ville et se porte en avant. L’Empereur y fait son entrée à la tête de la Garde. Mon corps d’armée (1er) reste devant la ville sur les bords de la Moskowa. Une fois les postes établis, mon capitaine me désigne pour chercher des vivres. Ayant choisi les hommes en qui je pouvais avoir toute confiance, je me dirigeai avec eux vers la ville. Nous n’étions armés que de nos sabres. Mais l’unique pont était gardé par un piquet, et la défense d’entrer dans Moscou formelle. Nous descendons le courant à la recherche d’un gué que nous trouvons, et passons sur l’autre rive avec de l’eau jusqu’à la ceinture. Nous nous trouvons à l’entrée des faubourgs où nous rencontrons beaucoup d’autres soldats également en quête de vivres. M’éloignant de nos compétiteurs je dirigeai mon escouade sur une maison isolée14 septembre 1812: où je voyais de la lumière. Nous frappons, appelons, menaçons, envoyons des sommations, personne ne répond, aucune issue ouverte. Enfin, je parlemente en allemand, j’expose nos désirs et rassure mon interlocuteur caché. Puis, une voix de femme intervient en français. Après beaucoup de pourparlers la porte d’ouvre, et la pauvre femme recule épouvantée devant les figures plus que brunies par quatre mois de bivouacs et de batailles des six guerriers dont la tenue se ressentait de tant de fatigues et de dangers. Je finis par la rassurer et demandai à être présenté aux maîtres de la maison.  On nous fait entrer dans un salon bien meublé ou bientôt apparaît une famille de dix personnes allant des grands-parents aux petits-enfants ; Ils étaient français, de Caen, et fabricants de tulle à Moscou. Nous fûmes reçus à bras ouverts, on nous servit un bon dîner, arrosé de vins de France, puis nous sollicitâmes des vivres pour nos camarades qui nous attendaient avec anxiété. Cette excellente famille nous donna un chariot sur lequel on nous mit le pain restant à la maison, beaucoup de farine, des légumes secs ainsi qu’une foule d’autres provisions.  Après avoir fait nos adieux et exprimé notre reconnaissance nous remontons la rive, vers le pont, au milieu d’un encombrement extraordinaire. Craignant que des maraudeurs moins heureux que nous, nous attaquent, et sachant que ventre affamé n’a pas d’oreilles, je cachai notre chariot dans les broussailles au bord de l’eau et disposai mes hommes autour, sabre en main. De ma personne je me portai au pont où se trouvait un poste du 16ème léger commandé par un capitaine et un sous-lieutenant. J’expose au capitaine que, me rendant avec des vivres près du général de division, j’ai peur d’être dévalisé en route. Cet officier me donna, de suite un cavalier et six hommes en armes comme escorte. Je pus ainsi rejoindre sans accident le 7ème léger, et récompensai largement, en vivres, mes chers camarades du 16ème léger qui rentrèrent, ravis, à leur poste. Ma compagnie me fit fête, tous entouraient la voiture avec joie et le reste de la nuit se passa en un banquet fraternel. » (Capitaine Vincent Bertrand, « Mémoires. Grande-Armée, 1805-1815. Recueillies et publiés par le colonel Chaland de La Guillanche, son petit-fils [1ère édition en 1909]. Réédition établie et complétée par Christophe Bourachot », A la Librairie des Deux empires, 1998, pp.128-131).

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« Le 14 septembre, à une heure de l’après-midi, après avoir traversé une grande forêt, nous aperçûmes de loin une éminence. Une demi-heure après, nous y arrivâmes. Les premiers, qui étaient déjà sur le point le plus élevé, faisaient des signaux à ceux qui étaient encore en arrière, en leur criant : « Moscou ! Moscou ! » En effet, c’était la grande ville que l’on apercevait : c’était là où nous pensions nous reposer de nos fatigues, car  nous, la Garde Impériale, nous venions de faire plus de douze cents lieues sans nous reposer. C’était par une belle journée d’été ; le soleil réfléchissait sur les dômes, les clochers et les palais dorés. Plusieurs capitales que j’avais vues, telles que Paris, Berlin, Varsovie, Vienne et Madrid, n’avaient produit en moi que des sentiments ordinaires, mais ici la chose était différente : il y avait pour moi, ainsi que pour tout le monde, quelque chose de magique. Dans ce moment, peines, dangers, fatigues, privations, tout fut oublié, pour ne plus penser qu’au plaisir d’entrer dans Moscou, y prendre des bons quartiers d’hiver et faire des conquêtes d’un autre genre, car tel est le caractère du militaire français : du combat à l’amour, et de l’amour au combat. » (Sergent Bourgogne, « Mémoires. Présentés par Gilles Lapouge », Arléa, 1992, p.13).

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L’entrée dans Moscou…

« On amena à l’Empereur quelques paysans et quelques marchands, qui faisaient pitié par la frayeur qu’ils avaient, croyant qu’on allait les égorger. Nous vîmes arriver ensuite un Français, qu’il interrogea ; je lui parlai aussi, et M. de Narbonne lui demandant s’il y avait moyen de se refaire à  Moscou, il répondit que les russes avaient enlevé tout ce qu’il s avaient pu, mais que cependant la ville ne manquait de rien. Après cela, l’Empereur entra dans les faubourgs de la ville sainte, et c’était le 14 septembre. Il y a, pour entrer dans ces faubourgs, de très petites portes ; un officier avait ordre de ne laisser enter que la suite de l’Empereur, et je passai en cette qualité. Les faubourgs sont traversés par la rivière de la Moskova ; l’Empereur descendit de cheval sur la droite de la rivière et près du pont ; il avait grand froid, il toussait en donnant ses ordres et paraissait incertain de ce qu’il y avait à faire ; puis croyant plus prudent de ne pas pénétrer encore au milieu de la ville, il revint sur ses pas pour se placer à droite, dans une petite maison de bois. Pour moi, je passai le pont et j’achetai, moyennant 15 francs, une bouteille de rhum à une cantinière qui s’était déjà établie sur une terrasse. Lorsque j’eus repassé le pont, j’aperçus Lacour  qui me cherchait de l’autre côté de la Moskova ; il avait passé la rivière à gué ; j’en fis autant pour lors et, de là, nous entrâmes dans la ville. Plusieurs habitants nous offrirent de l’eau-de-vie et des vivres que nous refusâmes ; nous empêchâmes aussi un trompette et quelques soldats de forcer des portes pour avoir de la vodka. Nous suivîmes des rues qui paraissant garnies de boutiques fermées ; on voyait à leur extrémité des palais surmontés par des tours de différentes grandeurs et très antiques, le tout dominé par force pinacles qui, ainsi que les sommités des mêmes palais, étaient revêtues en or et en argent, qui se détachaient sur des peintures où dominaient le rouge et le vert, et tout cela parsemé d’étoiles d’or. Voilà qui me parut tout à la fois bizarre et superbe. Nous vîmes aussi des enseignes de café et de marchandes de modes très élégamment exécutées… » (Adrien de Mailly, « Souvenirs de la campagne de Russie, 1812. Présentés par Christophe Bourachot », Editions du Grenadier, 2012, pp.56-57. L’auteur était sous-officier au 2ème régiment de carabiniers).

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Dans Moscou…

 « Nous fûmes surpris de ne voir aucun habitant,excepté cependant quelques malheureux que nous vîmes çà et là. Toutes les maisons paraissaient désertes. On ne voyait que des soldats polonais ou français circulant dans les rues, et plus on approchait du Kremlin plus leur nombre augmentait. En tournant le coin d’une rue, nous rencontrâmes un Polonais de la Garde, qui avait plusieurs bouteilles sous les bras et dans les mains. Il nous en offrit une que nous acceptâmes ; mais, comme nous n’avions rien pour la déboucher, nous la lui remîmes pour qu’il en cassât le goulot sur une pierre. C’était du champagne. Mes compagnons et moi nous bûmes à la régalade. Nous trouvâmes ce vin fort bon. Nous continuâmes notre chemin vers le Kremlin, où nous entrâmes peu de temps après la porte de l’Ouest.A quelque distance de la porte que nous venions de passer, nous vîmes trois ou quatre mamelucks qui étaient assis près d’un mur bordant le chemin à gauche : c’étaient des hommes démontés qui se reposaient. Nous ne tardâmes pas d’arriver sur une espèce de place que j’appellerai la court de l’ouest. Là nous descendîmes de voiture et nous nous séparâmes ; chacun alla rejoindre les siens du service auquel il appartenait. En me rendant à l’endroit où était mon devoir, je jetai un coup d’œil sur ce qui m’environnait. Le palais est un composé de divers bâtiments tenant ensemble et d’une architecture différente. A gauche d’un grand bâtiment construit à l’orientale, est un vaste escalier qui aboutit à une cour intérieure dallée, se prolongeant à droite, au bout de laquelle était une issue qui communiquait à l’intérieur des appartements de l’Empereur. Là, dans une grande pièce, je trouvai les personnes du service auquel j’appartenais. L’Empereur, qui avait passé la nuit dans le faubourg nomme Dorogomilow, était venu dans la matinée s’installer dans le palais des Czars. » (Mameluk Ali, « Souvenirs sur l’empereur Napoléon. Présentés par Christophe Bourachot », Arléa, 2000  pp.44-45).

 

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( 17 février, 2019 )

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie…

Anthropophagie et autophagie durant la campagne de Russie... dans TEMOIGNAGES campagnerussie1Il y eut certainement, quoiqu’en dise Gourgaud, des actes d’anthropophagie pendant la retraite de Russie. Un sous-officier portugais assure au sergent Bourgogne que les prisonniers russes, n’ayant rien pour se nourrir, ont mangé quelques-uns de leurs morts. Ségur raconte que des soldats français, affamés, attiraient à eux les corps de leurs camarades grillés par les flammes et osaient porter à leur bouche cette révoltante nourriture. De même, Labaume : « Beaucoup, dit-il, étaient réduits à un état de stupidité frénétique qui leur faisait rôtir des cadavres pour les dévorer… » [On se méfiera de ce dernier témoignage, écrit sous la Restauration et qui avait intérêt à plaire au pouvoir royal…]Koutouzov n’écrit-il pas que plusieurs individus de l’armée française se sont portés à des actes de cannibales ? Il y eut même des actes d’autophagie. On vit, rapporte Vionnet de Maringonné, des « hébétés », des forcenés dont la faim avait altéré la raison, déchirer leurs propres membres, sucer leur propre sang, et Labaume affirme qu’on les voyait se ronger les mains et les bras.  

Arthur CHUQUET. 

Article publié dans le 2ème  volume de la série d’Arthur Chuquet et  intitulée : « 1812, la guerre de Russie », Fontemoing, 1912 (3 volumes). 

 

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