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( 24 janvier, 2020 )

Les derniers jours de la campagne de 1814…

Meissonier 1814

Voici un extrait du témoignage de G. Peyrusse, Il porte sur les derniers jours de la campagne de 1814…

« 31 mars. Sous la protection des chasseurs à cheval dela Garde, le service de Sa Majesté part dans la nuit pour se rendre à marche forcées à Fontainebleau. On y arrive tard. Sa Majesté s’y trouvait depuis dix heures du matin. Parvenu le 30 à dix heures du soir à Fromenteau, l’Empereur avait appris [par le général Belliard] que le 29 au soir les ennemis sont arrivés sous les murs de Paris ; que leur présence a été le signal du départ de l’Impératrice et du Roi de Rome, et qu’après une vive résistance, le Roi Joseph, ayant reconnu qu’on ne pouvait ni tenir, ni différer de capituler, en avait donné l’autorisation au duc de Raguse [maréchal Marmont]. Paris est au pouvoir de l’ennemi depuis le 30 au soir, et il n’est plus permis à l’Empereur d’intervenir dans le traité. Les souverains entreront le lendemain.

1er avril.  L’Empereur annonce à l’armée l’occupation de Paris.

2 avril. L’avant-garde du prince de La Moskowa [Maréchal Ney] arrive à Fontainebleau ; elle est suivie par divers corps qui traversent cette résidence pour se porter en avant. Les souverains alliés ont fait hier ; à dix heures, leur entrée dans Paris ; la cocarde blanche y a été arborée. Le peuple était dansla stupeur. Il y avait absence complète de gouvernement. Les troupes venues de Paris se réunissent à l’armée de Champagne ; cette adjonction la rend imposante. La prise de la capitale a vivement blessé son amour-propre.

3 avril. Le duc de Vicence vient d’arriver ; rien ne transpire ; mais malgré toute la réserve de ce plénipotentiaire, on connaît les événements de Paris. Le Sénat a proclamé la déchéance de Sa Majesté. L’Empereur est sorti à cheval pour visiter les postes ; on s’attend à marcher sur Paris. On parle pour la première fois d’abdication. Ce mot est nouveau,… il étonne… Tout annonce que le quartier-général va être porté plus loin. La parade a eu lieu à midi. On se regarde ; on n’ose soulever le voile des événements qui vont se presser. On déplore le triste résultat de tant d’efforts et le temps perdu à Doulevant. Napoléon est suivi dans ses appartements par les maréchaux et les grands officiers de la maison. Un morne silence règne dans les grands appartements de Fontainebleau ; on se demande ce qu’on deviendra ; tout le monde est oppressé. Je fus un peu distrait de mes pénibles réflexions par la remise qui me fut faite d’un paquet renfermant mon brevet de chevalier de la Légion d’honneur, ou plutôt l’annonce de cette nomination, et la permission de porter le ruban. J’en ressentis une joie inexprimable. Pénétré de la plus vive gratitude, je résolus d’offrir mes services à Sa Majesté, dans quelque position et quelque lieu qu’elle pût se trouver placée. La journée s’écoulait, la conférence durait encore ; mais, à son issue, le bruit se répand que Napoléon vient d’abdiquer et MM. les ducs de Tarente [maréchal Macdonald] et de Vicence, et Son Excellence le prince de La Moskowa se rendent à Paris pour présenter cet acte aux princes alliés.

5 avril. Sa Majesté a déjà, elle-même, parlé de son abdication ; elle a eu lieu en faveur de son fils, sous la régence de sa mère ; un ordre du jour l’annonce à l’armée. Le duc de Raguse, campé en Essonne, a passé aux alliés ; son corps a traversé la ligne des postes ennemis pour se rendre à Versailles ; le colonel Gourgaud, envoyé vers ce maréchal, l’a annoncé à Sa Majesté. Cette défection a porté au cœur de l’Empereur le coup le plus sensible ; elle sera d’une conséquence fâcheuse pour le traité qu’on négocie.

6 avril. L’abdication en faveur de la régente et de son fils n’est plus reçue ; il faut que Napoléon et sa dynastie renoncent au trône. Les souverains l’ont déclaré, et M. le duc de Vicence est chargé de cette mission auprès de l’Empereur. Cette négociation fatigue Sa Majesté ; elle entrevoit des chances moins humiliantes dans une plus longue résistance ; elle peut réunir encore une belle armée ; on peut se replier sur la Loire ou vers l’Italie, « mais l’énergie est épuisée ; on le dit ouvertement ; on en a assez ; on ne pense plus qu’à mettre à l’abri des hasards ce qui reste de tant de peines et de prospérités. C’est à qui trouvera un prétexte pour se rendre à Paris où le gouvernement nouveau accueillie tout ce qui abandonne l’ancien. (Fain, Manuscrit de 1814). L’Empereur, vaincu par la défection qui l’entoure, prend la plume et rédige lui-même la deuxième formule de l’abdication qu’on entend. Les puissances alliées ayant déclaré que l’Empereur était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’Empereur, fidèle à son serment, déclare qu’il renonce pour lui et ses enfants aux trônes de France et d’Italie, et qu’il n’est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France. »

La campagne de 1814 vient de finir… Paris restera au pouvoir de ses maîtres… Le duc de Vicence est chargé d’aller porter à Paris ce dernier acte de Sa Majesté. »

(Guillaume Peyrusse, « Mémoires, 1809-1815 », Editions AKFG, 2018).

Un GRAND témoignage sur NAPOLEON et ses campagnes.

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( 17 janvier, 2020 )

1815, réalité financière de la reconstruction de l’armée…

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Lorsque Napoléon quitte l’île d’Elbe pour revenir en France et reprendre le pouvoir, de nouveau, il doit faire face à l’Europe en armes. Louis XVIII n’ayant pas été en mesure de reconstituer l’armée, Napoléon doit s’attaquer à cette tâche. Il envisage donc de mobiliser tous les hommes valides. La conscription est de nouveau proclamée. Mais déjà, malgré l’enthousiasme général, Napoléon doit faire face à un problème de taille. L’argent manque pour payer les fournitures. Afin de faire face aux impératifs financiers que nécessite une telle mobilisation, il a prévu un budget de 400 millions de francs. Toutefois, le budget de l’État étant de 618 millions, il se doit d’envisager d’autres sources de financements. L’emprunt, bien qu’il répugne à employer ce genre d’expédient, est la seule solution pour atteindre les objectifs qu’il s’est fixé. En ce sens, un règlement d’emprunt forcé de 150 millions est présenté aux Chambres. Tous les contribuables doivent y souscrire pour une somme équivalente au montant de leurs taxes foncières et mobilières. Bien sûr, ce projet n’est pas très approprié pour faire augmenter la popularité du régime, mais comme par les années passées, Napoléon espère que la victoire atténuera ces aspects négatifs. En attendant, ayant été obligé d’émettre des reconnaissances de dettes et de payer les fournisseurs avec des bons du Trésor pour mobiliser 449 000 soldats, Napoléon fait passer la dette publique de la France de 123 millions à 639 millions de francs. Comme l’a si bien écrit Pierre Branda, ce sont les Cent-Jours les plus coûteux de l’histoire de la France.

Au moment où Napoléon s’apprête à quitter l’île d’Elbe pour revenir en France, il n’imagine pas que l’Europe va de nouveau se liguer contre lui. En fait, selon les Mémoires de Marchand et les écrits du Mémorial, il croyait que le congrès de Vienne serait dissous lors de son retour à Paris. Ainsi, afin de rééquilibrer les forces en Europe, il espérait reprendre l’alliance avec son beau-père, l’empereur d’Autriche : « Tout ce qui se disait devant moi me laissait croire qu’en quittant l’île d’Elbe, l’Empereur, le congrès dissous, avait la presque certitude de rallier l’empereur d’Autriche à lui. »  Malheureusement pour lui, les événements en décident autrement. Même si l’empereur d’Autriche se fait quelque peu prier pour reprendre la guerre, la coalition, victime d’une réaction presque épidermique, se ressoude à nouveau et repart en guerre contre Napoléon, le « perturbateur » et le « hors-la-loi » de l’Europe.

À nouveau, la France doit faire face. Plus de 800 000 soldats ennemis marchent vers ses frontières et bientôt 500 000 d’entre eux, de la Belgique au Piémont, se tiennent prêts à les franchir. Pour contrer cette menace, Napoléon doit faire accélérer la reconstruction de l’armée entreprise il y a quelques mois déjà par le gouvernement de Louis XVIII. Mais pour l’heure, il ne dispose que de 235 000 soldats dont la plupart sont répartis sur l’ensemble des frontières. L’effort sera gigantesque. D’après ses prévisions, il espère, pour le 1er octobre 1815, incorporer plus de 800 000 hommes, soit une force égale à celle des coalisés. Tous les hommes valides devront donc servir dans l’armée et de ce fait, les vétérans, les militaires à la retraite, les déserteurs et les demi-soldes seront rappelés sous les drapeaux. Dans ces ouvrages sur 1815, Henri Houssaye a écrit que Napoléon n’exagérait pas et que cet objectif aurait été atteint si les circonstances l’avaient permis. Dans ces conditions, à la lumière des estimations d’effectifs proposées par Napoléon, la question est de savoir si elles concordent avec la réalité budgétaire du pays ?

Or, avant d’en arriver à former cette nouvelle « Grande Armée », il doit d’abord se constituer une solide masse de manœuvre avec laquelle il compte prendre l’offensive en Belgique. Ce sera l’armée du Nord. C’est en forgeant cette arme de guerre réduite, mais toutefois redoutable, que Napoléon va prendre conscience des immenses difficultés qu’il devra surmonter pour arriver à son objectif initial. Élément vital pour entreprendre toute guerre, l’argent manque pour mobiliser les forces dont il a besoin. Lors des années passées, il pouvait compter sur le concours des financiers et des fournisseurs. Mais pour l’heure, ne croyant plus à la victoire et par conséquent, ne faisant plus crédit, ces derniers n’ont plus confiance. Louis XVIII ayant déjà annulé leurs créances suite à la Restauration, Napoléon doit maintenant payer comptant. Sans autre choix, il devra se tourner vers l’emprunt, ce qui aura comme conséquence de creuser dramatiquement la dette de l’État. Comme l’a écrit si justement Pierre Branda dans son ouvrage Napoléon et l’argent, ce seront les Cent-Jours les plus chers de France. Ainsi, dans l’ordre naturel des choses, le manque d’argent entrave la mobilisation, car s’il lui est relativement facile de mobiliser des hommes puisque les rappelés rejoignent les dépôts de l’armée dans l’enthousiasme, il n’est guère aisé de payer pour l’ensemble des équipements et des fournitures. Certes, Napoléon retarde la conscription pour des considérations de politique interne, mais il le fait essentiellement pour des raisons financières. La victoire, du moins l’espère-t-il, ramènera la confiance de tous et fera se délier les bourses.

De l’armée royale à l’armée impériale : le rappel des militaires en congé et des déserteurs…

Alors que le congrès de Vienne semble se diviser sur la question de la Pologne et du royaume de Saxe, Louis XVIII, sous les conseils de Talleyrand, entreprend la mobilisation de l’armée. À la veille d’une guerre qui menace d’embraser l’Europe à nouveau, la France n’est pas prête. Si les Russes, les Prussiens, les Anglais et les Autrichiens n’ont pas désarmé, l’armée française n’a que 200 000 hommes sous ses drapeaux. En fait, suite à la première abdication de Napoléon, plus de 180 000 soldats sont tout simplement rentrés chez eux. Lorsque le ministre de la Guerre présente au roi la situation de l’armée à la fin avril 1814, il ne reste que 90 000 hommes présents dans les rangs de l’armée française . Pour le baron Louis, c’est un moindre mal parce que la situation budgétaire ne lui permet pas de maintenir une armée sur pied : « Monsieur le maréchal, dit-il à Marmont, nous manquons d’argent pour payer les troupes; ainsi nous avons plus de soldats qu’il ne nous en faut. ». Mais, moins de 90 000 soldats, et cela en dépit des restrictions budgétaires, c’est trop peu pour assurer le rang de la France dans le concert des nations. Si les soldats présents sur le territoire national sont peu disposés à servir Louis XVIII, il n’en va pas de même pour ceux qui reviennent des pontons anglais et des places fortes d’Allemagne qui souhaitent en découdre. La plupart sont réintégrés dans l’armée.

Afin de maintenir une armée digne de ce nom, le roi rend une ordonnance qui définit les grandes orientations de sa réorganisation pour le pied de paix. L’infanterie est réduite de 206 à 107 régiments ; la cavalerie de 99 à 61 ; l’artillerie de 339 compagnies à 184 ; le train d’artillerie de 32 escadrons à 8 et le génie de 60 compagnies à 30. Ainsi, la classe de 1815 est entièrement licenciée, tandis qu’un grand nombre d’officiers et de sous-officiers sont mis en congé illimité. Ce sont eux qui seront définis sous l’appellation de « demi-soldes ». Quant aux déserteurs, ils sont désignés comme absents sans permission. Enfin, le gouvernement ne retient pas ceux qui expriment le souhait de rentrer chez eux. Au total, l’armée compte 201 140 hommes, soldats et officiers compris. Le ministre de la Guerre, le général Dupont, aurait souhaité réduire l’armée aux trois quarts de cet effectif, mais la situation de l’Europe dont les destinées se décident alors à Vienne ne le permet pas . D’ailleurs, au moment où les négociations commencent à s’envenimer, Louis XVIII, après avoir consulté son ministre des Finances, demande le rappel de 60 000 hommes. En février 1815, compte tenu de l’impopularité du régime, moins de 35 000 ont rejoint leurs régiments. À son retour, Davout annonce à Napoléon que la France n’a que 235 000 soldats sous les armes dont la plupart gardent les frontières. Face à 800 000 coalisés environ, dont 500 000 sur les frontières de l’Est, ses chances de l’emporter sont très minces .

Comme par les années passées, la conscription semble être une bonne façon de combler ce manque, mais en raison des implications politiques qu’une telle mesure pourrait entraîner, il préfère ne pas brusquer les événements. Avant d’en arriver là, il procède d’abord au rappel des militaires en congé de semestre et de ceux qui sont considérés comme déserteurs. Ainsi, la fragilité de la situation politique pousse Napoléon à retarder le recours à la conscription. Cependant, les raisons sont aussi d’ordre financier car, même s’il rappelait les classes antérieures et celles de 1815, il sait qu’il n’a pas l’argent pour appuyer cette mesure. C’est pourquoi il en repousse l’application jusqu’à la fin du mois de mai. Lorsqu’il repart en campagne le 15 juin de cette même année, il y a plus de 46 000 conscrits qui attendent dans les dépôts que la victoire vienne les pourvoir des fournitures nécessaires.

En attendant, afin de se constituer rapidement une masse de manœuvre, Napoléon prend les mesures appropriées. Initialement, il souhaite prendre connaissance des ressources disponibles. À l’intérieur du rapport préparé à cet effet, Davout mentionne que 180 000 soldats ont quitté l’armée en 1814. Il croit que 120 000 d’entre eux pourront théoriquement être récupérés. Mais, comme 35 000 soldats ont déjà rejoint leurs régiments, il ne reste que 85 000 hommes disponibles. De ce nombre, Davout soustrait encore les insoumis et ceux qui sont impropres au service militaire pour cause d’infirmités. En somme, il estime que le rappel des militaires en congé donnera à l’armée 59 000 hommes supplémentaires . Le décret de rappel est publié le 9 avril. Tous les militaires en congé devront avoir rejoint leurs régiments . En raison du temps nécessaire pour effectuer la transmission des ordres et surmonter les délais légaux pour afficher les ordonnances, les revues d’appel ne commencent que le 25 avril . Néanmoins, la levée dépasse les premières prévisions. Elle donne 16 894 hommes de plus que Davout ne l’a espéré. Aux premiers jours de juin, 52 446 hommes ont déjà été incorporés dans l’armée alors que 23 448 autres sont en route pour rejoindre les dépôts. Le rapport présenté par Davout ne rapporte que 6 626 déserteurs . En outre, on compte sur les engagements volontaires. Au cours des Cent-Jours, plus de 15 000 hommes se sont enrôlés. Afin de stimuler l’enrôlement, une prime de 50 francs avait été octroyée par l’ancien gouvernement royal. Par souci d’économie et surtout, par répugnance pour ce genre de procédé, Napoléon met fin à cette politique .

Tous les hommes valides doivent servir…

À l’évidence, toutes ces mesures d’incorporation ne sont pas suffisantes pour contrebalancer les forces coalisées. Certes, Napoléon a besoin d’une armée opérationnelle pour entrer en campagne, mais il a aussi besoin d’hommes pour assurer la défense des 90 places fortes qu’il fait ériger sur les frontières et à l’intérieur des terres. Contrairement aux années passées, il se voit dans l’obligation de procéder à une levée massive de la garde nationale. Pour ce faire, il remet en vigueur le décret du 11 juillet 1792 promulgué par la Législative . Cela se traduit par la levée de 326 bataillons, dont chacun comprendra 720 hommes. En conséquence, 234 720 hommes devront être dirigés vers les places fortes et les camps retranchés . Pour les encadrer, Napoléon avait pour habitude de faire appel à des officiers et des sous-officiers de la ligne. Mais cette fois, ayant besoin de tous les hommes disponibles pour sa campagne, il demande le rappel de tous les militaires en retraite, ce qui se traduira par la levée de 55 bataillons.

Disposant chacun de 500 hommes, les effectifs de ces bataillons devraient atteindre plus de 27 500 . Mais, sur le papier, les choses sont souvent très différentes de la réalité car, dans plusieurs départements, la contestation est à son comble. Dans l’Ouest, en raison de l’insurrection qui couve, l’accomplissement de cette ordonnance devient très difficile à faire appliquer. En conséquence, on renonce à appeler la garde nationale en Bretagne et en Vendée. Dans les départements du Nord, la contestation, due en partie à l’arrêt des échanges commerciaux avec l’Angleterre, empêche la mobilisation. Par exemple, l’Orne fourni 107 gardes sur les 2 160 demandés et le Pas-de-Calais 437 sur 7 440. Dans le Midi, surtout à Marseille, l’esprit public est au dernier degré d’exaltation en faveur du roi et, dans la Haute-Vienne, on constate que l’opinion se détériore depuis la publication de l’ordonnance de rappel. Malgré tout, le 15 juin 1815, il y a 132 815 gardes dans les places fortes ou en route pour les rejoindre . Napoléon a atteint 57 % de son objectif. Quant aux 43 % manquants, on l’attribue généralement à l’opposition à la guerre et, aussi, à sa personne.

Cependant, des facteurs plus pratiques ont aussi un impact significatif sur la situation. D’une part, même si Napoléon promet que les gardes nationaux ne serviront que dans les places fortes, une large majorité des mobilisés ne lui font pas confiance . D’autre part, il ne faut pas perdre de vue qu’ils doivent s’armer à leurs frais et à ceux du département d’origine. Cette obligation fait reculer un certain nombre de volontaires et décourage les préfets dont les départements sont sans ressources. En fait, la majorité d’entre eux poussent au maximum la mobilisation des gardes nationaux tandis que d’autres, sans argent ni ressources, ne montrent pas autant de zèle. Dans l’Eure, par exemple, à la date du 31 mai, personne n’a été mobilisé car les autorités n’ont pas fait afficher les avis de mobilisation . Cependant le dénuement n’empêche pas la majorité des appelés à rejoindre les dépôts, ce qui cause des soucis au gouvernement. Comme de nombreux gardes n’ont pas d’uniforme, Carnot estime à 44 millions les dépenses liées à cet effet. De son côté, Mollien conclut que de nombreux départements ont déjà fourni plus que leur capacité tandis que d’autres n’ont rien donné. De toute façon, le gouvernement n’a pas d’argent et, pour le moment, il n’est pas en mesure d’en emprunter. Concernant le rappel des anciens militaires, les résultats sont au-delà de toute espérance puisque 74 136 d’entre eux, sur les 27 500 que Napoléon avait envisagés, sont partis des départements pour rejoindre leur poste . Il semble que la vénération qu’ils portent à leur chef explique en partie cet engouement spontané. Comme le disait Victor Hugo, c’est la chair à canon amoureuse du canonnier. Dans les faits, il y a beaucoup d’anciens militaires qui n’arrivent tout simplement pas à subvenir à leurs besoins. « Je sais que plusieurs de ces officiers n’ayant obtenu qu’une faible pension, et d’ailleurs sans fortune, ont dû se livrer à des travaux pénibles, ou reprendre leur ancienne profession pour améliorer leur existence. Il en est même qui, depuis le retour de Votre Majesté, ont demandé à être remis en activité, et qui n’ont pu l’obtenir, le nombre des officiers disponibles étant pour le moment au-dessus du besoin. » 

Dans beaucoup de cas, surtout après avoir passé de nombreuses années dans l’armée, les vétérans éprouvent de la difficulté à se réinsérer dans la vie civile. Ils ne comprennent pas qu’après avoir sacrifié leur vie sur les champs de bataille, la société dans laquelle ils vivent n’ait pas davantage de reconnaissance à leur endroit. Ayant été des officiers et des sous-officiers, ils n’ont plus le pouvoir ni le prestige qui étaient les leurs dans l’armée. Dans le cas qui nous occupe, la frustration est d’autant plus grande qu’ils sont obligés de se réunir en secret pour parler de leurs exploits. Le gouvernement de Louis XVIII, sans dire ouvertement qu’ils sont des criminels pour avoir servi l’usurpateur, le pense très certainement. Retourner dans l’armée, surtout pour les officiers, c’est retrouver un univers où ils seront appréciés et respectés. Mais beaucoup d’entre eux devront se résigner à l’attente car les budgets militaires, comme nous le verrons plus loin, sont très limités. L’armée française n’est plus celle de 1805 ni celle de 1812. D’ailleurs, c’est l’une des raisons pour lesquelles Napoléon retarde la conscription.

On sait également que la situation politique ne le permet pas. De fait, en accord avec Davout, il cherche des moyens pour ne pas prononcer le mot de conscription dans les documents officiels. Cela est d’autant plus problématique que Louis XVIII l’a abolie par l’article XII de la Charte royale. Dans son rapport présenté le 5 mai 1815, Davout estime que la classe 1815 représente un potentiel de 280 000 hommes. Mais en soustrayant les gens mariés, les réformés et ceux dont la taille n’est pas réglementaire, on arrive à un nombre de 140 000 hommes mobilisables . Or, comment équiper ces hommes alors qu’on n’arrive pas à faire le nécessaire pour tous ceux qui sont déjà incorporés ? De toute façon, Napoléon sait qu’ils ne seront pas utilisés pour la campagne qu’il prépare en Belgique. Lorsqu’il reviendra, victorieux bien entendu, il aura de facto les ressources nécessaires pour les incorporer. Mais en attendant, la pilule doit passer. Là-dessus, Davout a son idée : « Il n’y aurait qu’à changer la chose de nom et à déclarer que tous les jeunes gens, entrés dans leur vingtième année depuis le 1er janvier dernier, feront partie de la garde nationale et seront dirigés sur les dépôts de l’armée, avec promesse d’être libérés, la guerre finie. » 

Le 23 mai 1815, le projet est présenté en séance du Conseil d’État dont les membres rétorquent d’emblée que la levée d’hommes est une compétence du pouvoir législatif . Cependant Napoléon ne peut attendre la réunion des Chambres, car en plus de grossir les rangs de l’armée, il faut prévoir le remplacement des pertes que causera la prochaine campagne. Afin d’emporter la décision, il propose que les conscrits soient assimilés aux militaires en congé. Dans ces conditions, nul besoin d’un décret pour procéder au rappel. Une mesure administrative suffira . Son idée est adoptée. Le 3 juin, Davout envoie les ordres à cet effet. La conscription de 1815 est en marche . Une semaine plus tard, il rapporte que 46 419 soldats sont rassemblés dans les chefs-lieux des différents départements et prêts à partir pour les dépôts . Avec la correspondance de quelques préfets à l’appui, Henri Houssaye signale avec enthousiasme « l’engouement » des conscrits pour servir la cause. C’est peut-être vrai. Mais il oublie de signaler que les normes d’enrôlement ont été considérablement abaissées. À la veille de présenter son projet de conscription à l’Empereur, soit le 21 mai 1815, Davout lui demande de fixer la taille pour les hommes de toutes les armes . La réponse est alors : « qu’il peut prendre les hommes de toutes les tailles, pourvu qu’ils soient bien conformés. Ces limitations sont bonnes pour les temps ordinaires et ne conviennent pas dans les circonstances actuelles » . Lorsqu’il exclut dans son premier rapport 80 460 hommes pour défaut de taille, il sait qu’ils font déjà partie du bassin mobilisable. En conséquence, contrairement à ce qu’il écrit en marge de ce même rapport, la conscription touche 220 000 hommes et non 140 000. Mais pour parvenir à mobiliser une telle masse, il faut trouver de l’argent.

La réalité budgétaire pousse Napoléon à l’emprunt…

La situation financière que trouve Napoléon à son retour au pouvoir n’est guère encourageante. Il n’a plus les ressources des années précédentes et, de fait, le ministre des Finances, Gaudin, constate que les recettes de l’État ne sont que de 618 millions de francs . Sur cette somme, 200 millions sont assignés aux dépenses militaires, ce qui est loin d’être suffisant pour faire face à la menace extérieure . Dans un rapport qu’il remet à Napoléon, Davout estime les besoins financiers à 298 millions. Pour le moment, la caisse est vide. Avec la dissolution de la Maison militaire du roi, qui devrait rapporter environ 20 millions de francs, Davout pourra payer une partie de la solde due aux troupes. Avec cette première tranche, il gagne environ deux mois car, pour l’année en cours, les nécessités à cet effet s’élèvent à 133 886 405 de francs, ce qui donne 11 157 200 francs par mois . Même si les revenus doivent entrer graduellement dans les coffres de l’État, pour le moment, il manque 198 millions afin de pourvoir aux dépenses de l’armée. En plus des 98 millions supplémentaires proposés par Davout, Napoléon annonce à Gaudin, le ministre des Finances, qu’il faudra 100 millions de plus. Le budget de la guerre passe donc de 200 millions à 400 millions de francs. Afin de trouver l’argent manquant, Napoléon envisage d’abord de couper dans les autres ministères : « Vous ne devez pas vous dissimuler que, dans la circonstance actuelle, l’accroissement que je suis obligé de donner à l’armée exigera un supplément de 100 millions. Calculez donc notre budget pour la guerre sur le pied de 400 millions. Je pense que tous les autres budgets pourront être diminués, vu que les ministres se sont fait accorder beaucoup plus qu’ils n’auraient réellement besoin. » 

Cette mesure ne donnera pas les résultats escomptés. En fait, c’est grâce à l’augmentation des ventes de bois, des droits de douanes et des contributions indirectes sur les produits de luxe, que Napoléon parvient à obtenir 38 262 000 francs de plus. À l’échelon des recettes fiscales, ce sont là les seuls revenus supplémentaires dont il peut disposer . Dans l’état actuel des choses, et cela d’autant plus que la perception est rendue difficile en raison des troubles qui animent les départements de l’Ouest, la fiscalité du pays ne peut pas supporter le poids des dépenses militaires. En conséquence, si Napoléon ne trouve pas de nouvelle source de financement, le réarmement risque de provoquer un déficit de 300 millions de francs . Pendant quelque temps, il analyse la possibilité d’augmenter les impôts et les taxes. Mais, par crainte de s’aliéner le peuple, il renonce rapidement à cette idée. D’ailleurs, afin d’augmenter son niveau de popularité, il supprime le droit de circulation sur les boissons, l’exercice à domicile et les droits d’entrée sur les liquides dans les communes de moins de 4 000 habitants . Pour compenser l’annulation de ces revenus, il compte se tourner vers les entrepreneurs qui exploitent les forêts, dont certains n’ont pas encore payé ce qu’ils doivent à l’État. En outre, comme il le recommande à Gaudin, il souhaite faire augmenter les ventes de bois. De cette opération, Napoléon compte tirer pas moins de 300 millions de francs. Bien sûr, ce sont là des estimations qui s’établissent sur le long terme et, par conséquent, la majorité des sommes envisagées doit lui parvenir après la campagne de Belgique.

En attendant que tous ces projets se concrétisent, la chance lui sourit de nouveau. Après son entrée aux Tuileries, il découvre une encaisse de 40 millions en bons et 30 millions en numéraire que le baron Louis, le ministre des Finances de Louis XVIII, a omis d’emporter avec lui lors de sa fuite. Même si elles arrivent à point nommé, puisque Davout a déjà passé des contrats avec les munitionnaires et les fournisseurs dans les départements, ces sommes s’avèrent insuffisantes pour faire face à l’ensemble des dépenses militaires. En désespoir de cause, Napoléon permet à Gaudin de négocier 3 600 000 francs de rente de la Caisse d’amortissement à l’étranger. Avec le concours du financier Ouvrard, cette opération rapporte 40 millions de francs nets de tout escompte . Les dépenses allant de façon croissante, Napoléon envisage, malgré son aversion manifeste pour cette solution, de recourir à un emprunt de 200 millions de francs . Là aussi, les résultats s’avèrent décevants. Le gouvernement a d’abord pensé emprunter une première tranche de 100 millions dans des banques privées dont les sièges sociaux sont situés en Angleterre. Cependant en raison des coûts financiers et politiques que pourrait entraîner cette affaire, la décision est prise de regarder vers d’autres sources. L’autre tranche serait faite auprès des propriétaires . La chose est cependant risquée, car elle rappelle les politiques économiques du Directoire. Mais même si c’est notamment ce genre de procédé qui a provoqué la chute de ce dernier gouvernement, Napoléon ne rejette pas cette idée pour autant. Dans son esprit, il suffit de la présenter au bon moment et, à cet égard, la date du 19 juin lui semble propice. À ce moment, la campagne contre les Prussiens et les Anglais aura commencé depuis quatre jours et, si tout se passe comme prévu, l’armée française séchera ses bottes dans Bruxelles. Comme après toutes ses victoires, l’émotion fera le reste. Son calcul n’est pas erroné, car le président de la Chambre des députés, Lanjuinais, adversaire déclaré de Napoléon, écrit à Joseph après avoir appris la victoire de Ligny pour lui assurer que, « dans le corps législatif, l’Empereur n’a que des admirateurs et des amis intrépides dont même les plus grands revers n’ébranleront pas le dévouement » . D’ailleurs, le lendemain de la bataille de Waterloo, alors que tout le monde demeure sur l’impression de la victoire de Ligny, le budget présenté aux Chambres comprend un projet d’emprunt forcé de 150 millions. Tous les contribuables devront y souscrire pour une somme équivalente au montant de leurs taxes foncières et mobilières. Même si cette mesure risque de provoquer la révolte des libéraux et cela, malgré la victoire acquise récemment sur les Prussiens, Napoléon n’a guère les moyens de procéder autrement. Pour le seul mois de juillet, Davout estime les dépenses à 72 millions de francs, alors qu’en 1805, pour des effectifs de beaucoup supérieurs, la Grande Armée coûtait 21 millions par mois. Cependant le risque est calculé, car ces mêmes libéraux n’oseront pas s’opposer à cette mesure si l’armée et son chef remportent des victoires. Ils pourraient perdre toutes les concessions constitutionnelles qu’ils lui ont arrachées, ce qui lui permettrait de se tourner vers la dictature. Somme toute, cette démarche d’emprunt vient tout simplement confirmer la thèse que la campagne en Belgique fut, dans son essence, engagée pour des motifs politiques et économiques, ce qui donne raison à Madame de Staël lorsqu’elle écrivait : « Si l’Empereur a une première victoire, l’orgueil national fournira à son vengeur toutes les ressources d’hommes et d’argent qui lui seront

Comme par les années passées, la gloire reste le meilleur soutien de Napoléon. Mais, en attendant de faire tonner le canon et de remporter une première victoire, il a recours à la vente de bons du trésor, aux réquisitions contre reconnaissance de dette, à la vente de biens des communes, à la vente des bois de l’État, à la Banque de France ainsi qu’à la Caisse d’amortissement. Par ailleurs, il maintient les centimes de guerre qui doivent rapporter dans les coffres de l’État une somme de 60 millions de francs . Bien qu’ils lui permettent de procéder à la reconstitution de l’armée sans véritablement recourir au déficit, ces moyens ont des effets pervers . En moins de trois mois, la France voit sa dette publique passer de 123 millions à 639 millions de francs, ce qui équivaut à la dette que Napoléon a laissée à la France lors de sa première abdication. Son intérêt à remporter la victoire est donc grand.

Bilan des efforts de Napoléon et de Davout.

Dans ses Mémoires, Napoléon prétend avoir voulu augmenter les effectifs de l’armée à plus de 800 000 hommes et, cela, dès le 1er octobre 1815 . Pour sa part, Henry Houssaye écrit que la chose n’était pas impossible : « Quand Napoléon disait que le 1er octobre l’armée se serait élevée à 800 000 hommes, il ne se faisait pas tant d’illusion. »  Or, cela est conditionnel à la victoire que Napoléon pense être en mesure de remporter en Belgique car, dans les faits, on le sait, la réalité budgétaire de 1815 ne suit pas ce genre d’estimations. En fait, il faut savoir qu’un soldat coûte annuellement 700 francs à l’État. Si on fait le calcul, l’entretien pour une telle armée lui coûtera environ 520 millions de francs et cela uniquement pour l’année 1815. On comprendra que ce chiffre ne tient pas compte des coûts liés au remplacement du matériel ni à son acquisition.

Au début de juin 1815, Napoléon a sous la main 491 425 hommes, dont 268 801 pour la régulière et 222 624 pour les auxiliaires, ce qui comprend la garde nationale, les gardes-côtes, les gendarmes, les fusiliers marins, les fusiliers vétérans, les douaniers, les militaires retraités, les canonniers de la marine, les canonniers vétérans, les canonniers sédentaires et les partisans des corps francs . Sauf pour les corps francs, qui doivent se servir sur l’ennemi, il est impératif d’équiper tous ces hommes. En 1805, afin d’assurer les coûts logistiques d’une armée de 449 000 soldats, Napoléon lui avait réservé la somme de 272 142 200 de francs. À cette époque, la France disposait de la rive gauche du Rhin, de la Belgique et du Nord de l’Italie. Pour l’année 1815, à peu de chose près, géographiquement limité à l’hexagone d’aujourd’hui, l’Empire n’a plus les ressources fiscales et financières pour payer l’ensemble des équipements qu’il faudrait à une armée de 800 000 soldats. À l’inverse des autres corps qui gardent les frontières, seule l’armée du Nord, alors composée de 124 000 soldats, possède la presque totalité de ses équipements. Dans ces conditions, la situation logistique de l’ensemble de l’armée impériale est d’autant plus préoccupante que les fournisseurs, toujours sous le choc de la mesure prise par Louis XVIII d’effacer les dettes contractées par l’Empire suite à la première Restauration, ne font plus crédit. Pour Napoléon, la victoire est nécessaire afin de ramener la confiance et c’est pourquoi, encore une fois, il doit périr ou  gagner par la fortune des armes. L’offensive est pour lui la seule issue. C’est la campagne de Belgique et le désastre de Waterloo.

Pascal CYR.

Source : Pascal Cyr, « 1815 : réalité financière de la reconstruction de l’armée », Revue historique des armées, 260/2010. http://rha.revues.org/index7057.html

 

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( 12 janvier, 2020 )

Quelques rapides souvenirs… île de Cabrera-Auerstaedt…

J’ai conservé le souvenir d’un bon vieillard, le père Bouchard, un soldat du Premier Empire, fait prisonnier à la capitulation de Baylen (1) en 1808, et exilé dans l’île de Cabrera, sur ce rocherQuelques rapides souvenirs... île de Cabrera-Auerstaedt... dans TEMOIGNAGES 06-513471-300x83 des Baléares près duquel je suis passé en naviguant vers Palma. Le père Bouchard est revenu de cet enfer après cinq ans de captivité ; je lui ai entendu narrer ses souffrances et ses angoisses, ainsi que celles de ses camarades d’infortune.Sur six mille français débarqués sur cette île maudite, quelques centaines seulement ont revu leurs foyers en 1814 ! C’était un fervent admirateur du Grand Empereur ; je l’ai vu souvent assis sur un banc de pierre, devant sa maison, son livre de campagnes à la main, lisant et relisant les passages qui l’intéressaient. Il avait un camarade de son âge vétéran comme lui, mais plus heureux dans ses campagnes, habitant les environs de Grimault : ce dernier était connu de Davout, dont la famille avait une propriété à Annoux, village voisin, et y séjournait souvent.

Un jour que ce vieillard était venu voir son ami, j’eus le plaisir de les rencontrer et je profitais de l’occasion pour questionner le vieux voisin sur ses campagnes. Dans son patois il me dit : j’étais à Auerstaedt, où nous avons eu chaud ; la bataille marchait bien, mon régiment venait d’entrer dans lebourg lorsque tout à coup nous sommes suivis par un corps prussien en retraite : chacun se gare comme il peut, nous nous réfugions plusieurs dans un poulailler ; les Prussiens, pressés, passent sans nous découvrir, et derrière eux arrivent les français à leur poursuite. Le maréchal Davout passe, et me reconnaît au moment où nous sortions de notre cachette, il me demande d’où je viens ; je lui réponds que nous étions en sûreté dans un poulailler. Davout sourit et file en avant ; nous suivons et continuons notre marche en avant, jusqu’à notre entrée à Berlin.

Émile Marsigny

(1) – Quand Napoléon impose son frère Joseph comme roi d’Espagne, le pays entier se soulève, isolant les garnisons françaises. Les forces françaises tentent de briser l’encerclement sans succès. Manquant d’eau, elles capitulent trois jours plus tard (22 juillet 1808) contre la promesse d’une reconduite en France. Mais les troupes espagnoles, composées en grande partie d’irréguliers indisciplinés, massacrent la plupart des Français désarmés. Les survivants mourront presque tous en prison. La généralisation de ce type d’atrocités va pousser les Français à réagir avec tout autant de violence contre la guérilla espagnole. Sur le plan stratégique, cette capitulation place en mauvaise posture les forces de Junot au Portugal, notamment après leur défaite à Vimeiro.

Source: site de la ville de Cheny, dans le département de l’Yonne (89) : http://www.cheny.net/

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( 10 janvier, 2020 )

La liquidation d’une légende: la survivance de Ney en Amérique (2ème partie et fin).

La liquidation d’une légende: la survivance de Ney en Amérique (2ème partie et fin). dans FIGURES D'EMPIRE 76004264D’après la légende, le duc de Wellington aurait sauvé Ney en ordonnant une fausse exécution. Nous savons aujourd’hui que pour éviter les incidents, le Gouvernement français avait choisi pour l’exécution un terrain, près du Luxembourg, où le Maréchal était prisonnier.  Quant à l’enterrement, la police avait exigé qu’il ait lieu avant l’aube. Toutes ces précautions ont été considérées par les amis de Peter Ney comme le témoignage d’une fausse exécution et la preuve que le cercueil a dû être vide.  Si le maréchal n’avait pas été tué, il est invraisemblable que la foule qui arrivait d tous côtés n’en eût pas eu connaissance. Un officier hollandais, au service de la Russie, après avoir assisté au procès, s’est habillé en grand uniforme, a attendu toute la nuit près du Palais du Luxembourg, et enfin a suivi les troupes au lieu d’exécution.  Les observateurs de la Police ont parlé de « plus de cinq cents Anglais qui sont venus pour voir le corps ». Un autre observateur, dans un rapport, déclare que des Pairs de France, des généraux, des officiers étrangers et des attachés des légations étaient venus voir si c’était bien le maréchal Ney qu’on avait fusillé.En somme, il n’y a aucun document ni témoignage contemporain qui permette le moindre  doute sur la mort de Ney.  Les soi-disant témoignages ne sont basés sur rien de précis et ont sûrement été inventés par des gens qui n’ont pas lu les documents contemporains, qui ne connaissent pas la France de 1815 et ne savent peut-être pas bien la langue française d’aujourd’hui. En général les amis de Peter Ney étaient des amis bien intentionnés mais mal renseignés. On a de Peter Ney plusieurs œuvres. Il a publié beaucoup de vers dans les journaux du pays, dont  plusieurs ont été copiés par le pasteur Weston. On n’a qu’à lire quelques-uns de ces vers convaincu que l’auteur avait une formation entièrement anglaise, une éducation classique genre XVII° siècle. Beaucoup de ces vers ont pour sujet ls guerres de Napoléon, mais la langue et les images poétiques que l’on y trouve n’ont rien de français. Un officier français qui n’aurait pas eu de culture anglaise classique n’aurait jamais pu écrire ces vers, surtout les quelques lignes sur la mort du poète anglais, Sir Philip Sydney. Beaucoup de gens ont dit que Peter Ney parlait parfaitement bien le français. Pourtant, aucune de ces personnes ne parlait cette langue, et nous savons que Peter Ney s’est beaucoup fâché quand un de ses élèves lui demanda de lui enseigner un peu de français. Dans tous les écrits que nous avons de lui, il n’y a pas une seule lettre en français, rien que de petites phrases et surtout des maximes- comme « Le sage parle à demi-mot ».  Peter Ney possédait plusieurs livres sur Napoléon et son temps, et il avait l’habitude d’écrire là-dedans des commentaires.

Dans ces inscriptions on trouve énormément d’erreurs, surtout de genre et d’accent, des erreurs qu’un français n’aurait jamais pu faire.  Un autre respect de l’affaire, qui affaiblit beaucoup la légende, c’est la conduite de Peter Ney à l’égard des amis et des parents que le Maréchal avait eu aux Etats-Unis. Pourquoi aurait-il évité le groupe des Bonapartistes de Philadelphie, y compris le frère de Napoléon qui s’y trouvait à ce moment-là ? Pourquoi n’aurait-il pas vu l’oncle de sa femme, Edmond-Charles Genet, qui a joué aux Etats-Unis un certain rôle politique ?

Pourquoi ne serait-il pas allé à La Nouvelle-Orléans dans la famille de Pontalba, où l’on était tout prêt à le recevoir ? 

La vérité semble être- et je suis d’accord avec un certain Wiseman qui, déjà en 1885, avait écrit au bibliothécaire en chef de l’Université du Wisconsin, que Ney « était un Ecossais et un grand admirateur de Napoléon, qu’il avait peut-être même été dans l’armée impériale et que, beaucoup plus tard, se trouvant pris pour le maréchal Ney, il avait accepté de jouer ce rôle qui flattait sa vanité ».  Pendant toute sa vie, il aurait donné l’impression d’être un méconnu et il a dû vivre dans la peur d’être démasqué.  Si le maréchal Ney avait voulu passer inaperçu en Amérique, il aurait plutôt choisi le nom de Dupont ou de Durand. 

Dorothy MACKAY-QUYNN 

Docteur de l’Université de Paris. 

Cet article est paru dans la «  Revue de l’Institut Napoléon » n°125,en 1972. 

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( 8 janvier, 2020 )

Un visiteur mystérieux à l’île d’Elbe…

Drapeau ile d'Elbe

7 décembre 1814. Un étranger était arrivé dans l’île ; il avait été mystérieusement introduit dans le cabinet de Sa Majesté. Quelques heures après, il était revenu coucher à son bord, et, au point du jour, il avait mis sous voile[1]. Dès ce jour, le caractère de Sa Majesté avait paru changé ; sa parole était brève, ses soirées courtes, son humeur visible. Le brick eut ordre de mettre à son bord 100,000 Fr. et de me mettre en rapport avec M. Torlonia, de Rome, pour un achat de blé, dont M. le cardinal Fesch était chargé de procurer l’achat[2]Il y avait encore à quelques distances des fortifications un autre petit fortin dominant la plage, qui depuis fort longtemps n’avait pas été armé. Sa Majesté s’y rendit et ordonna les réparations et l’armement nécessaires ; en même temps, une visite eut lieu dans les magasins des forts. Les provisions avariées furent vendues ; les canons, les affûts, les projectiles hors d’usage furent vendus ; quelques masures trop rapprochées des fortifications furent payées et rasées. L’artillerie fit de fréquents exercices à boulets rouges. Ce changement subit dans les habitudes, dans le caractère de Sa Majesté, découvrait assez que son existence dans l’île était menacée. Il résultait de nos conversations avec les étrangers qui abordaient Porto-Ferrajo [Portoferraio], de la lecture des journaux français et étrangers, que notre position à l’île d’Elbe, notre voisinage du continent, la facilité de nos communications, inspiraient des craintes sérieuses au congrès de Vienne ; que le projet de nous enlever et de nous déporter à Sainte-Hélène avait été formé. L’arrivée du personnage mystérieux introduit auprès de Sa Majesté donnait à ces diverses suppositions une consistance alarmante. Le brick arriva avec quatre mille sacs de blé. Après son déchargement, il reçut l’ordre de prendre à son bord deux officiers de la Garde, chargés par Sa Majesté d’aller acheter des draps et des toiles à Gênes. J’eus l’ordre de leur ouvrir un crédit sur une maison de cette ville.

(Extrait des mémoires de Guillaume Peyrusse, trésorier de l’Empereur à l’île d’Elbe, Editions AKFG, novembre 2018)


[1] Il est difficile d’identifier ce mystérieux personnage. Nous avons pensé tout d’abord à Fleury de Chaboulon, mais il semblerait que ce dernier se soit rendu plutôt vers la fin du mois de février 1815 à l’île d’Elbe. (Cf. pp.80-112 de ses « Mémoires », tome I,).

[2] « [Napoléon] Au trésorier Peyrusse (1er novembre 1814). L’Etoile est arrivée avec un chargement de bled [blé] que je crois [être] de quatre cent rubbi [sic] ou de quinze cents sacs ou deux mille quintaux poids de marc [sic]. Je crois que Torlonia a payé  ce bled [blé] douze piastres et demie, ce qui ferait dix-sept livres dix sous le sac ou treize livres deux sous six deniers le quintal, poids de marc. Le bled [blé] doit être mis en magasin à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. Faites-vous remettre le procès-verbal de réception qui servira à régler vos comptes avec Rome [avec le banquier Torlonia]. Faites-vous également remettre par le Grand-Maréchal [Bertrand] toutes les lettres relatives à cette affaire, afin que vous puissiez vous mettre au fait. Le bâtiment doit retourner de suite prendre un autre chargement. Donnez-en avis à Rome. Faites vérifier tous les calculs, et tâchez de me dire combien ce bled [blé] se vendrait aujourd’hui ici ou à Longone. Faites-en voir la qualité. Mon intention est de le garder en réserve pour la fin de l’année comme magasin d’abondance » (« Le Registre de l’île d’Elbe », pp.190-191).

 

 

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( 7 janvier, 2020 )

Contrastes …

 

Contrastes … dans TEMOIGNAGES napoleon-en-route-pour-paris-decembre-1812-300x192

Quels contrastes ! Moscou et Paris ! La retraite avec ses misères et ses épouvantes, cette retraite qui fait dire à  un des acteurs : « Ah ! Certes nous avons le spectacle de grandes horreurs, pareille chose ne se reverra plus ! «  et le retour dans la patrie qui semblait si loin ! Castellane, qui consacre une partie du 1er volume de son « Journal » à la campagne de Russie, ne peut cacher son étonnement. Quelle différence ! A Paris, il fait des visites, et trois mois auparavant, sur les bords du Niémen, sans souliers, un pied nu et l’autre enveloppé dans un morceau de couverture lié avec une corde ! Il croît rêver. De même, Hochberg [le margrave Guillaume de Bade]. Au sortir des neiges et du froid le plus intense et le plus cruel, le voilà dans les salons du palais de Weimar. Il était naguère au bivouac et souffrait les privations les plus grandes, et il est maintenant dans une cour élégante, « au milieu des jouissances les plus délicates de la vie ! ». De même le colonel Combe, tombant dans le salon paternel, et pressant ses parents sur son cœur, goûtant une de ces joies inoubliables « dont la douceur dédommage de toutes les peines antérieures » et « qui rendent heureux même de ce qu’on a souffert. » De même, le fameux général Lejeune, peintre militaire de grand talent. Il rentre chez lui, il dort dans son lit, il cherche à s’endormir, et la campagne lui revient confuse comme un long cauchemar, il croit entendre encore le bruit du canon et voir ce terrible Tchitchagov qu’il na pas jamais vu et dont le nom faisait plus de peur que de mal, il a des rêves qui « rappellent les tourments de l’appétit » ; mais le lendemain il reçoit les caresses de ses amis et il oublierait ses maux s’il ne devait les raconter. Tous ces revenants de Moscou sont, en effet entourés, pressés de questions. A Weimar, tout le monde se précipite sur Hochberg pour avoir des nouvelles de l’armée. A Paris, Mme Fusil entend dire autour d’elle : « Elle a passé la Bérézina », et Ney se voit regardé, admiré, suivi comme un héros. Autre contraste. Les récits de ces réchappés de l’immense théâtre jettent l’effroi dans Paris qui, chaque jour, apprend avec un pénible étonnement une perte, une calamité nouvelle. L’Empereur donne des fêtes aux Tuileries, mais on trouve qu’il insulte à la douleur publique. Des officiers valsent le bras en écharpe. « Ces bal sont lugubres, dit un jeune colonel, et je crois voir danser sur les tombeaux. »

Arthur CHUQUET

(« 1812.La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série » Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.412-413).

 

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( 30 décembre, 2019 )

Mémoires de Charles SIMON, chef de bataillon (1813-1815)

L’auteur de ce témoignage, Charles-Luc-Louis-Marie Simon est né à Blois le 18 octobre 1785. Il devint maréchal de camp après la Révolution de Juillet. Décoré sur le champ de bataille à Talavera de la Reyna (Espagne) en 1810, de la croix de chevalier de la légion d’honneur, il était devenu commandeur dans cet ordre lorsqu’il mourut à Pau, le 23 mars 1866. Charles Simon avait 80 ans.

Nommé chef de bataillon par décret impérial le 14 juin 1813, je dus me rendre à Wesel pour y prendre le commandement du Premier  Bataillon du 37ème de ligne, en remplacement de Monsieur Dhar, passé major. Bien que je fusse parti de Paris le 16 du même mois et en poste, je trouvai ce bataillon parti pour rejoindre la division du général Rochambeau dans les environs de Leipzig. M. le général Merle, gouverneur de la place si importante de Weisel, dont j’avais l’honneur d’être particulièrMémoires de Charles SIMON, chef de bataillon (1813-1815) dans TEMOIGNAGES 06506310ement connu pour avoir servi sous ses ordres dans la campagne de 1806 et 1807 en Autriche, me fit part de l’erreur commise à mon égard par les Bureaux dela Guerre, puisque M. Beauregard avait reçu plus de quinze jours avant moi l’ordre de remplacer M. Dhar. Bien que je lui témoignasse toute la peine que je ressentais d’un pareil contretemps, il me dit que pour son compte, il en était enchanté puisque je me trouvais, en attendant de nouveaux ordres du Ministre, auquel il allait écrire, tout à fait à sa disposition et que je n’aurais pas lieu de m’en plaindre, qu’il avait des vues toutes particulières sur moi., Effectivement, il me fit appeler le lendemain matin chez lui, pour me dire que bien je fusse, et pour l’âge et pour le grade, le plus jeune des officiers supérieurs de la garnison, il ne m’en confiait pas moins l’organisation et le commandement d’un régiment provisoire, composé de tous les hommes isolés, mis jusqu’à ce jour en subsistance dans les différents corps d’infanterie de la place.  Ils étaient du nombre de deux mille environ et appartenant pour la plupart aux 11ème et 13ème corps d’armée. Cette marque de haute confiance excita mon émulation au dernier point. Je savais que le général y attachait un grand prix et qu’il destinait mon futur régiment à un service spécial de sorties fréquentes, afin d’observer les mouvements de l’ennemi.

Après huit jours d’un travail incessant, je pus présenter à l’inspection du général trois beaux bataillons commandés chacun par un capitaine expérimenté. C’est au moment où je croyais pouvoir recueillir le fruit de ce que j’avais fait, que le corps d’armée du maréchal Macdonald entra en Hollande et réclama du général Merle tous les hommes qui lui appartenaient. Il fallut bien obtempérer à cet ordre et je me trouvai de nouveau sans commandement. Le duc de Feltre [le général Clarke], ministre de la Guerre qui, depuis la mission importante qu’il m’avait confiée en février 1813 (et qui me valut en récompense le grade de chef de bataillon) semblait avoir une prédilection toute particulière en ma faveur, m’expédia l’ordre de la rejoindre immédiatement pour être à sa disposition. Ce que je ne pus exécuter toutefois que plus de trois mois après car j’étais tombé assez sérieusement malade par suite des fatigues de mon organisation régimentaire provisoire, comme aussi du chagrin de l’avoir vue échouer aussi promptement. Je ne pus me mettre en route qu’après avoir fait usage des bains d’Aix-la-Chapelle et j’arrivai encore très souffrant à Paris en décembre 1813. Pendant ce temps, ma mère, dans sa tendre sollicitude sur ma santé et sans m’en avoir parlé ou écrit, s’était entendue avec M. de Villemanzy notre parent, sénateur et ancien inspecteur en chef aux revues qui, lié, d’une étroite amitié avec le même duc de Feltre, s’était arrangé pour que je fusse nommé sous-inspecteur aux revues.  Le Ministre, qui  m’avait fait demander, crut me faire un bien grand plaisir en m’annonçant cette nouvelle qui eut lieu de me surprendre étrangement. Je le remerciai de sa sollicitude et priai de donner cet emploi si recherché à un autre, car je croyais que, dans l’état actuel des choses en France, au moment où la coalition européenne venait de franchir les frontière des Alpes suisses, l’Empereur aurait plus besoin de mon épée que de ma plume. […] Je reçus le 31 janvier 1814 et vers midi mes lettres de service du Ministère del a Guerre. Comme j’avais pu terminer toutes mes affaires à quatre heures de l’après-midi, je montai à cheval, après avoir embrassé  bien tendrement ma mère, et fus coucher à Charenton.  Le premier février, malgré ma mauvaise santé, mes douleurs de poitrine qui avaient nécessité l’établissement d’un deuxième cautère et le froid rigoureux qui régnait alors, je n’en arrivai pas moins à Nangis à la chute du jour. Le propriétaire du château où je logeai, ainsi que sa famille, me reçut avec une urbanité toute particulière et m’invita à dîner. A peine étais-je assis à sa table, soit effet de la fatigue ou la transition subite d’un air chaud concentré, je fus pris d’une sueur abondante qui me ruisselait sur la figure et sur toute l’habitude [sic] du corps. Je tombai à la renverse sur le parquet, et l’on fut obligé de me porter dans le lit qui m’était destiné. Après être revenu de cette syncope, j’ordonnai à mon domestique sans ne informer les maîtres de la maison, qui n’auraient pas manqué de s’y opposer dans crainte d’un plus grand mal, de me préparer une bouteille de vin chaud sucré, que j’avalai presque entièrement.  Ce remède à la hussarde me réussit à merveille et, lorsqu’au point du jour mon excellent hôte vint pour d’informer de ma santé et me proposer son cabriolet pour me ramener à Paris, je lui dis que j’espérai bien arriver le même jour à Troyes Malgré ses insistances et ses bonnes raisons pour m’en dissuader certain qu’il était, disait-il, que je ne pourrai jamais faire campagne, et je ne m’en acheminai pas moins vers le quartier-général impérial qui y était installé depuis l’affaire de Brienne. Je n’arrivai que fort à Troyes le deux février, mais le lendemain à la pointe du jour, après m’être fait indiquer la route de Saint-Parres-aux-Tertres, où le corps des réserves de Paris était placé, j’enfourchai ma monture, accompagné de mon domestique : à une demi-lieue de là, sur la droite de la route qui conduit à Vandeuvre, j’aperçus un parc d’artillerie et le général Armand de Digeon que je saluai. Une demi-heure après, je distinguai un groupe d’officiers supérieurs à cheval ; comme je le présumais que le général Gérard pouvait en faire partie et que je ne l’avais jamais vu, je demandai à mon domestique parisien qui le connaissait pour l’avoir conduit plusieurs fois de me l’indiquer. « Monsieur, dit-il, c’est celui qui a le carrick gris. » Une minute après. Je remettais ma lettre de service au général qui en prit connaissance. Sa première réception ne fut pas très flatteuse pour moi : « Je voudrais bien savoir pourquoi Monsieur le Ministre de la Guerre m’envoie des officier d’état-major que je n’ai pas demandé ? Il sait cependant les choix que j’ai faits.

- Mon Général, lui répondit-je aussitôt, il a fallu pour vaincre ma répugnance à renter dans l’État-major toute la célébrité que s’est acquise le comte Gérard dans nos dernières campagnes, et si je me suis rendu à l’insistance d’un de nos mais communs, M. Denniée, qui m’a vu servir en Espagne, c’est qu’il prétend que vous ne serez pas fâché de l’initiative qu’il a prise en m’envoyant servir sous vos ordres directs. Si je n’avais pas été aussi pressé de vous rejoindre pour venir prendre ma part de la nouvelle gloire qui vous attend, je vous eusse apporté une lettre explicative de sa part, mais vous la recevrez sans doute plus tard. »

Cette réponse plut sans doute au comte Gérard, qui, toujours à cheval ainsi que moi, se mit à me toiser et me dit d’un air tout à fait gracieux : « Monsieur Simon, vous avez dû voir un parc d’artillerie à une demi-lieue d’ici. » « Oui, mon Général. » « Eh bien, rendez-vous de suite auprès du général Digeon, dites-lui de mettre en mouvement une de ses batteries que vous  me conduirez vous-même sur la hauteur qui domine les ponts retranchés de La Guillotière que j’ai ordre de reprendre. Cela suffit. » Je tournai bride aussitôt et d’un temps de galop je fus auprès du général Digeon qui n’était pas fâché de me revoir. La batterie en route, comme mes deux lieues qui la séparaient des ponts retranchés de La Guillotière étaient directes, je pris de l’avance et rejoignis le comte Gérard pour lui rendre compte de l’exécution de ses ordres. Je le trouvai occupé à prendre ses dispositions pour l’attaque successive et simultanée des ponts retranchés qui existent de la chaussée, qui, de La Guillotière, conduit à Lusigny. A cet effet, un bataillon détaché de la brigade Jarry, protégé par la batterie d’artillerie que j’avais été chercher était tout disposé à agir. La compagnie de voltigeurs de ce bataillon réparti en tirailleurs sur les deux bermes de la longue chaussée devait, avec 40 hommes fusil en bandoulière, se porter au pas de course sur les abattis du premier point, et en rendre le passage praticable au reste du bataillon qui suivait. L’artillerie placée sur un plateau dominant, et par un feu nourri contre l’ennemi, devait seconder en tout point l’attaque ordonnée.

Monsieur le général Gérard, après m’avoir fait remarquer le terrain sur lequel nous devions agir et la position de l’ennemi, me dit de mettre pied à terre et de suivre le mouvement du bataillon, je me hâtai de prendre place en tête des voltigeurs et, le signal donnée, nous arrivâmes sur le premier retranchement d’abattis sur nous déblayâmes en un clin d’œil, secondés comme nous l’étions par le reste du bataillon dont un feu de deux rangs soutenu et les boulets de notre artillerie qui portaient en plein dans les masses de l’ennemi nous mit à même de nous rendre maîtres de tous les autres ponts retranchés et prendre position en moins d’une heure au village de Lusigny. Ce petit début de campagne, qui n’était pas sans importance et auquel je m’associai avec élan et bonheur, ma valut un compliment flatteur du général en chef. Les ordres donnés au général Jarry, pour ce qui lui restait à faire, nous revînmes au quartier-général du compte Gérard à Saint-Parres-aux-Tertres, chemin faisant je renouvelai une quasi-connaissance avec les colonels, ou adjudants-commandants Saint-Rémy et Dufay, le premier cousin germain du comte Gérard, remplissait près de lui les fonctions de chef d’état-major général, le second était chef d’état-major de la division Hamelinaye. J’avais eu l’occasion de voir ces deux officiers supérieurs à l’armée d’Espagne, dont nous parlâmes beaucoup. Arrivés à Saint-Parres-aux-Tertres et lorsque nous nous reposions tous sur la paille ainsi quel e général en chef, le colonel Dufay qui prétendait avoir été très content de moi à l’attaque des ponts de La Guillotière pria son collègue Saint-Rémy de m’envoyer à sa division en qualité d’adjoint.

Celui-ci, en plaisantant, lui répondit qu’il en était bien fâché, mais qu’il n’y consentait pas, que le comte Gérard lui avait bien parlé et avec le plus grand avantage de plusieurs officiers d’état-major qu’il avait demandés au Ministre de la Guerre avant de quitter Paris, que Son Excellence s’était empressée de le satisfaire sur ce point, qu’avis de l’expédition de leurs lettres de service était parvenu depuis quinze jours et même trois semaines, qu’aucun d’eux n’était encore arrivé à son poste, tandis que le camarade Simon, dont la commission « a été signée le 31 janvier, s’est déjà battu aux avant-postes le 4 février courant, d’où en ma qualité de chef d’état-major général et sans vouloir préjuger sur le mérite des officiers choisis par notre général en chef, je m’adjuge le commandant Simon. »

Le général en chef qui semblait prendre un certain intérêt au colloque établi entre Messieurs Saint-Rémy et Dufay, répondit qu’il allait les mettre complètement d’accord, qu’étant lui aussi fort content de moi, ce serait désormais de lui dont je ressortirais, que dès ce moment mes fonctions près de lui seraient celles d’aide-de-camp. Je me trouvai singulièrement flatté de cette distinction et j’en remerciai le compte Gérard, Monsieur de Rumigny, chef de bataillon, était breveté son premier aide-de-camp depuis la campagne de Russie. Il était en ce moment auprès du général et ne l’a pas quitté, non plus que  moi pendant toute la campagne de 1814. Ces détails préliminaires que j’aime tant à me rappeler, m’ont paru nécessaires pour faire connaître la manière dont j’ai fait connaissance avec le comte Gérard. Je puis dire, sans amour-propre, que jusqu’à l’abdication de l’Empereur à Fontainebleau le 11 avril 1814, j’ai su dans beaucoup de circonstance lui fournir la preuve que j’étais réellement digne de l’espèce de prédilection subite dont il m’avait honoré et du vif intérêt qu’il n’a cessé de me porter pendant vingt années.

Mais depuis la glorieuse Révolution de Juillet, j’ai pu me convaincre sans jamais en avoir pu connaître les motifs, qu’il n’avait conservé qu’un souvenir bien pâle de son ancien compagnon d’armes.

Qu’on me lise jusqu’au bout, qu’on lise également sa correspondance avec moi, à  l’occasion de sa polémique avec le maréchal Grouchy, sur les causes qui ont amené la perte de la bataille de Waterloo. Le rôle important de que le comte Gérard m’y fait jouer, en ma qualité de faisant fonction de chef de son état-major, puisque pour faire connaître la vérité, il ne s’appuie en grande partie sur les faits consignés dans mon rapport sur les opérations du quatrième corps d’armée qu’il commandait…

Charles SIMON-LORIERE.

Ce texte qui est un extrait du manuscrit original a été publié la première fois en 1989 dans « L’Émoi de l’Histoire » (n°3- 2ème trimestre), bulletin de l’Association des élèves du Lycée Henri IV (Paris). Ce numéro n’est plus disponible.

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( 30 décembre, 2019 )

Napoléon surveillé…

Navire île Elbe

Extrait d’une dépêche du colonel Campbell et adressée à Lord Castlereagh.

Lord Castlereagh était le secrétaire d’État aux Affaires étrangères britannique. Dans cette dépêche on peut y voir un Campbell lucide, soulignant l’éventualité du paiement de la rente que devait verser Louis XVIII à Napoléon, selon les clauses du Traité de Fontainebleau. Mais les Bourbons ne respecteront pas leurs engagements.  «Qu’il me soit permis de répéter mon opinion, que si les moyens de subsistance que Napoléon avait le droit d’attendre du Traité de Fontainebleau lui sont accordés, il restera ici parfaitement tranquille, à moins qu’il ne se présente quelque circonstance en Italie ou en France. Il ne dissimule pas son opinion à l’égard de ce dernier pays, soit sur ses dispositions actuelles, soit sur ce qu’il peut attendre de l’avenir.

J’exerce une stricte surveillance sur tous les bâtiments appartenant à cette île [l’île d’Elbe], dont j’ai l’honneur de transmettre la liste à Votre Seigneurie, la même que j’ai transmise à l’amiral Penrose, commandant la flotte de l’île d’Elbe ». Dépêche du 6 décembre 1814 [1].

 


 [1] L’extrait de cette dépêche est reproduite dans l’ouvrage d’Amédée Pichot, « Napoléon à l’île d’Elbe. Chronique des événements de 1814 et de 1815. D’après le Journal du Colonel Sir Neil Campbell, le Journal d’un détenu et autres documents inédits peu connus pour servir à l’histoire du Premier Empire et de la Restauration. Recueilli par Amédée Pichot », E. Dentu, Éditeur-Revue Britannique, 1873, pp. 318-320.

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( 28 décembre, 2019 )

La mission du général Gérard…

Ombre 3

Le 25 décembre 1813, Napoléon ordonnait à Gérard de partir aussitôt pour l’Alsace. Gérard devait d’abord aller à Belfort et ensuite longer la frontière jusqu’à Wissembourg. Le temps lui manqua. Il alla voir quelques petites places, et le 29, Napoléon le rappelait pour lui confier une division de réserve qui se formait à Meaux. Le lettre suivante que Gérard écrit de Langres au duc de Feltre, nous renseigne sur ses projets et nous montre hélas ! qu’il règne déjà « beaucoup de frayeur ».

Langres, 31 décembre 1813.

Je suis arrivé à Langres cette nuit. Il m’a été impossible de continuer ma route. L’ennemi est dans les environs de Belfort ; il a poussé des partis jusqu’à Lure ; ils se sont retirés après être restés quelques heures dans cette ville. Pour remplir autant qu’il est en mon pouvoir les instructions de Votre Excellence, je voulais commencer la reconnaissance des montagnes des Vosges en me jetant sur Plombières et de là à Schlestadt. Mais il n’y a point de routes de poste et d’ailleurs je n’ai point d’officiers du génie et d’artillerie. Je suis obligé d’aller reprendre à Nancy la grande communication de Strasbourg. Je me rendrai de suite à Phalsbourg, aux forts de la petite-Pierre, de Bitche et de Lichtemberg ; je m’assurerai de l’état des garnisons et des approvisionnements ; aussitôt après, je visiterai la chaîne de montagnes. Tous les renseignements que j’ai recueillis ici, me portent à croire que les principales forces des autrichiens se dirigent vers Besançon. Les Bavarois sont restés dans les environs d’Huningue. Belfort n’est point encore au pouvoir de l’ennemi ; il est attaqué sérieusement. Il règne beaucoup de frayeur dans tout ce pays. J’ai cherché à rassurer les habitants en leur annonçant de prompts secours.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.3).

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( 15 décembre, 2019 )

Un témoin méconnu du Retour des Cendres (1840)…

Un témoin méconnu du Retour des Cendres (1840)… dans TEMOIGNAGES 1840

Jean Codru-Dragusanu, décédé en 1884, était originaire de Roumanie, plus précisément de la légendaire province de Transylvanie. Il se trouvait en décembre 1840 à Paris, lorsque l’Empereur retrouva enfin sa capitale. Ses souvenirs, assez surprenants par certains détails, voire fantaisistes par d’autres, furent publiés pour la première fois en France (et traduits en français) par un certain J. Norga dans la «Revue des Etudes Napoléoniennes», en juillet 1912 (1).

C.B.

-1) Nous avons complété ce témoignage par quelques notes nouvelles.

«J’assistais le 15 décembre (2) passé à une autre festivité nationale française à Paris. Il vous est connu que Napoléon-le-Grand avait été interné dans l’île de Sainte-Hélène, sous garde anglaise, et qu’il y mourut en 1821. Le roi Louis-Philippe conclut avec les Anglais une espèce d’alliance, d’ entente cordiale et, en conséquence, il obtint l’extradition des restes de Napoléon pour être déposés, sur les bords de la Seine, au milieu du peuple de Paris (3). Un fils du Roi, le Prince de Joinville, fut chargé de porter ces précieuses reliques sur sa frégate la «Belle-Poule» jusqu’aux rivages dela France ; elles furent ensuite transportées sur une petite embarcation et menées en amont dela Seine jusqu’à Neuilly, près de Paris.

Le sarcophage fut chargé ensuite sur un gigantesque char funèbre, attelé de seize chevaux, couverts de draperies de velours noir bordé d’argent et dirigé, en grande pompe militaire, aux sons de la musique, -les vieilles voitures impériales, un cheval couvert des franges employées par le défunt lui-même (4), venant ensuite, et le Roi, le Prince, les dignitaires de l’Etat suivant, parmi les régiments de l’armée et des milliers de spectateurs (5) , vers le Dôme des Invalides, destiné à recevoir les cendres, qui furent déposées sur un catafalque.

————–

-2) 1840.

-3) Sur les accords entre la France et l’Angleterre, l’expédition du Retour des Cendres, et l’arrivée des cendres de l’empereur en France, leur cheminement de Cherbourg à Paris, voir avant tout l’ouvrage récent de Georges Poisson (« L’aventure du Retour des Cendres », Paris, Tallandier, 2004). On consultera en complément les récits de Philippe de Rohan-Chabot [Commissaire du Roi pour la dite expédition] (« Les Cinq cercueils de l’Empereur… » , Paris, France-Empire, 1985), celui du Général Gourgaud [un des fidèles de l'épisode hélènien et qui fit partie de l'expédition de 1840, avec Bertrand père et fils, Las Cases, fils, Marchand, Ali…] (« Le Retour des Cendres de l’Empereur Napoléon. Préface et notes de Christophe Bourachot », Paris, Arléa, 2003) et enfin le journal du Mameluck Ali [de son vrai nom Louis-Etienne Saint-Denis], qui a été publié en 2003, chez Tallandier.

-4) Impossible, compte tenu de la durée de vie d’un cheval…Néanmoins ce « faux cheval » était harnaché d’une vraie selle de l’Empereur. Quant aux « vieilles voitures impériales », Dragusanu est le seul, à notre connaissance, à en faire mention…

-5) Plus de cent mille parisiens se pressait sur le parcours du cortège, et ce par une température extrême : moins 12 degrés …

Ce qui me surprit le plus, ce furent les pleurs et l’enthousiasme du bas peuple, qui, pendant toute la journée de cette cérémonie funèbre, pressé jusqu’à l’écrasement, sur le parcours d’une ville entière, ne cessait pas de crier : « Vive l’Empereur ! » -et il était mort, lui depuis bien vingt ans !

Le corps, embaumé et absolument intact en ce qui concerne la figure, fut exposé ensuite pendant huit jours, sous un couvercle de cristal dans l’église, pour que tout le monde pût le voir (6).

-6) Détail incroyable mais peu crédible. Personne, dans aucun récit, ne parle d’une telle chose qui aurait dû choquer les témoins.

La France entière et la moitié de la population de l’Angleterre accoururent comme en pèlerinage (7). Toute la journée, du matin au soir, le quartier était assiégé de curieux et à l’intervalle de cinq minutes cent personnes étaient admises à entrer dans l’église.

-7) Cela reste à démontrer…

Enfin ces jours passèrent et la plupart revinrent chez eux sans avoir pu le voir, car le sarcophage avait été scellé et descendu dans une chapelle souterraine. Il arriva même alors quelque chose de comique, mais en même temps de touchant. Un groupe d’une trentaine de paysans était venu de loin pour voir l’Empereur et on le leur avait défendu, car ils étaient en blouse et il n’était pas permis d’entrer dans un pareil costume. Ayant entendu cette défense, nos gens laissèrent leurs blouses et voulurent entrer tout de même. Il aurait fallu voir les haillons, jusqu’alors invisibles, que ces pauvres paysans portaient comme vêtement !

«Holà, dit le gardien, non seulement la blouse n’est pas admise pour les visiteurs, mais il faut avoir un habit, et pas des haillons.

Vous ne pouvez pas entrer ! »

Et un d’entre eux, se donnant du courage, à dire : «Mais, monsieur, quand je payons l’impôt, pourquoi que le percepteur du Roi ne renvoie-t-il pas les gens en guenilles ? Je voulons -sacredieu !- voir l’Empereur !»

Cela leur fut utile. Un d’entre eux avait un vêtement un peu plus décent et il se terminait même par quelque chose qui ressemblait à la queue d’un habit noir ; il fut admis donc en cette qualité et reçu dans l’église. Il vit ce qu’il désirait voir et sortit les yeux humides, puis, avec une générosité vraiment française, il prêta à ses camarades sa guenille pour qu’ils pussent, à leur tour, voir aussi les précieuses reliques impériales. Il s’en retournèrent enfin à leur misère, consolés, mais non sans serrer les poings et grincer des dents contre le régime qui n’a cure du pauvre et lui demande de se mettre en habit.»

Jean CODRU-DRAGUSANU

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( 12 décembre, 2019 )

Lettre du capitaine Prax, adjudant-major au 3ème chasseurs de la Garde, à Monsieur le général Pelet, sur les journées des 16, 17 et 18 juin 1815.

 

Waterloo

Ce témoignage est extrait d’un article concernant l’infanterie de la Garde à Waterloo et paru dans le « Carnet de la Sabretache » en 1905. 

Cholet, le 23 avril 1835. 

Mon Général, 

En réponse à votre lettre du 21, j’ai l’honneur de vous donner les renseignements que ma mémoire peut me fournir après vingt ans. Je  ne les crois pas hasardés, je voudrais seulement qu’ils fussent d’une importance moins minime, plus dignes de vous et de la haute partie historique que vous traitez. La force des deux bataillons du 3ème régiment était de 1.040 hommes à notre départ de Paris. Nous n’avons laissé personne sur la route. Ce régiment n’a fait aucune perte le 16 juin, n’ayant pas été engagé. Les 3ème et 4ème grenadiers sous le commandement du général Poret ont seuls été envoyés sur Ligny et essuyés peu de perte, leur impétuosité ayant décidé promptement l’affaire. Le 3ème régiment de chasseurs n’était pas même alors avec le reste de la Garde : il en avait été détaché pour aller en observation sur l’extrême gauche de notre ligne, du côté où l’on disait que se présentait l’ennemi ; c’était le corps du général Drouet d’Erlon. Le 17 juin, nous partîmes tard de Fleurus, et vers dix heures du soir, nous établîmes nos bivouacs près d’une ferme occupée par l’Empereur, sur la droite de la chaussée de Charleroi à Bruxelles. Le temps était horrible, la pluie tombait par torrents. Le 18 juin, à sept heures du matin, nous prîmes les armes ; on fit dire que l’Empereur aurait besoin avec enthousiasme, avec reconnaissance, et les chasseurs de visiter leurs fusils, de les mettre en état de bien faire feu. Nous ne quittâmes nos bivouacs cependant que vers huit heures, et, après avoir traversé la grande route, et marché parallèlement à elle pendant une heure, nous fumes prendre position derrière une hauteur sur laquelle était l’Empereur et son quartier-général. Quelques boulets ennemis y furent dirigés ; mais, bientôt, l’armée achevant de se porter en ligne, nous fûmes établis sur le plateau de cette même hauteur qui dominait tout l’armée. L’Empereur mit pied à terre. Dans le courant de la journée, la Garde fut placée en masse derrière La Belle-Alliance et y resta jusqu’à cinq heures, que les 3ème  et 4ème  chasseurs, 3ème et 4ème grenadiers, moins un couple de bataillons, furent disposés en colonne déployés en masse par bataillon et dirigés par un à gauche sur La Haie-Sainte. La rampe qui conduisait à ce plateau n’était ni raide ni de difficile accès, nous y montâmes l’arme au bras. Quel fut notre étonnement en le voyant presque abandonné et couvert de morts ! Sur notre gauche était aussi une batterie nombreuse dételée et abandonnée de ses canonniers. Ceux-ci étaient peu éloignés, et on remarquait facilement leur hésitation pour retourner à leurs pièces. Nous n’avançâmes cependant pas longtemps sans percevoir une ligne formidable, et sans éprouver une résistance des plus vives. Toutes nos têtes de colonne en furent mises hors de combat. Il faut croire que si nous avions abordé l’ennemi en nous faisant couvrir par des tirailleurs qui auraient porté le désordre dans ses rangs, et que derrière eux nous eussions marché avec rapidité et la baïonnette en cavant, notre attaque aurait réussi. Nous fûmes donc repoussés, mais l’ennemi ne commit pas l’imprudence de nous poursuivre ; nous ne laissâmes donc entre lui et nous que l’extrême sommité du plateau. De cette position, nous contînmes les Anglais par des tirailleurs. Il était alors près de sept heures, et déjà le centre de l’armée paraissait être en déroute ; des officiers à cheval allaient au-devant des colonnes qui fuyaient, pour tâcher de les arrêter ; la confusion régnait déjà, leurs efforts furent inutiles. Nous nous trouvâmes donc bientôt enveloppés de toutes parts ; la nuit survint, nous suivîmes le torrent. Hélas ! Hélas ! 

Je vous prie d’agréer, avec l’hommage de mon profond respect, mon général, l’assurance de la reconnaissance que je vous ai vouée. 

Le colonel du 36èmeSigné : PRAX. 

 

 

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( 11 décembre, 2019 )

Un EPISODE de la CAMPAGNE de RUSSIE…

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Le témoignage réaliste, qui suit a été rédigé par Guillaume Peyrusse, qui termina sa carrière durant les Cent-Jours en tant que Trésorier général de la Couronne. 

9 décembre 1812. 

Le roi [de Naples, Murat] a quitté son quartier ; nous avons ordre de le suivre. Notre marche a été fort embarrassée. Arrivés à dix heures du soir au défilé de Ponari, nous y rencontrâmes de si grands obstacles qu’il fallut se résigner à camper sur place, espérant que, la foule s’écoulant, dans la nuit, notre mouvement serait plus libre le lendemain. Nous cédâmes à la cruelle nécessité de cacher notre position à l’ennemi. Les feux de bivouac ne furent pas allumés. L’inquiétude et un froid de 25 degrés m’anéantirent pendant cette horrible nuit. 

10 décembre 1812. 

Au point du jour j’ai fait atteler. Nos domestiques étaient sans force, sans énergie et totalement démoralisés. Un nombre considérable de voitures de tout espèce, de pièces et caissons d’artillerie, abandonnés au travers de la route, sans conducteurs, des charretiers, des soldats, une infinité de chevaux étendus sans vie, une rampe glacée sur laquelle il n’était pas possible de se tenir debout devinrent un obstacle insurmontable. Plusieurs fois nos chevaux essayèrent de se frayer une route.

Ne pouvant avoir pied, le fourgon [celui contenant le Trésor impérial] allait en arrière, au risque d’être jeté dans un fossé, ne pouvant être ni retenu, ni guidé par les chevaux. Le désordre le plus affreux régnait dans cette réunion d’hommes et d’équipages. Il augmentait de minute en minute par l’agglomération sur ce point de tous les réfugiés de Vilna. La fusillade retentissait dans la ville. Les cosaques s’étaient montrés dans plusieurs quartiers.

Il n’y avait pas d’espoir d’être couverts par une arrière-garde. Notre armée n’existait plus, elle était fondue. Nous prîmes notre parti. Dans l’impossibilité de sauver notre convoi, nous mîmes le feu aux voitures. J’évacuai le trésor, les pièces et les dépôts qui m’étaient confiés. J’en chargeai les chevaux de mon fourgon. Ce qu’ils ne purent prendre fut confié aux grenadiers de mon escorte. Je n’oubliai pas le peu de provisions que je conservais précieusement, et, quelque pénible que fût le sacrifice des objets précieux que je m’étais procuré à Moscou, je mis le feu à mon fourgon.

Je fis parcourir à mon convoi toutes les sinuosités du défilé et je parvins à sa hauteur après les plus grands efforts et de nombreuses chutes. Après avoir fait halte, je continuai ma route pour suivre la direction qu’avait prise le roi de Naples.

(Extrait de l’ouvrage intitulé : « Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André pendant les campagnes de l’Empire, de 1809 à 1814… »,par Léon-G. Pélissier, Paris, Perrin et Cie,Libraires-Editeurs, 1894). 

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( 10 décembre, 2019 )

Quelques figures elboises…

Elba

André Pons de l’Hérault, directeur des mines de l’île d’Elbe, évoque quelques personnages faisant partie de l’entourage de l’Empereur : « Le général Drouot, aide de camp de l’Empereur, avait été nommé gouverneur de l’île et chargé des affaires militaires, ce qui équivalait au ministère de la guerre. Lisez Plutarque, voyez le plus beau caractère nde ses grands hommes: c’est le caractère du général Drouot. Le général Drouot était la perfection de l’homme moral. Il avait suivi l’Empereur à condition qu’il ne lui serait payé aucun appointement. C’était le seul compagnon de Napoléon qui eût fait cette réserve. Il y avait deux hommes dans le général Drouot: l’homme public et l’homme privé. L’homme privé était trop bon, l’homme public était trop sévère.

M. Peyrusse, payeur de la Couronne, était devenu trésorier de la Couronne et receveur général de l’île d’Elbe. Cadet de Gassicourt, dans un « Voyage fait en Autriche à la suite de l’empereur Napoléon », dit au chapitre intitulé « Club des francs-blagueurs »: « M. Peyrusse, payeur de la Couronne, jeune Méridional plein d’esprit, de vivacité, de franchise, toujours gai, toujours obligeant, fort attaché à ses devoirs», et à l’île d’Elbe ce portrait n’avait presque subi aucune altération. Seulement les années avaient amené un peu plus d’aplomb. M. Peyrusse ne faisait pas parade de son dévouement pour l’Empereur, car il disait à qui voulait l’entendre, toutefois en riant: «Je n’ai pas suivi l’empereur Napoléon, j’ai suivi ma caisse», et c’était vrai. Les militaires n’étaient pas toujours bons à son égard; ce qui ne l’empêchait pas de leur rendre tous les services qui dépendaient de ses fonctions. L’Empereur, sur les bords de la tombe, a, dans son testament, été injuste à l’égard de M. Peyrusse, et cette injustice a tenu à sa malheureuse incrédulité des hommes probes.

Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était, à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement «une commère» et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. Il était, d’ailleurs, trop obséquieux auprès de l’Empereur. Cette obséquiosité faisait contraste avec sa vanité envers les personnes qui lui étaient subordonnées. Disons un mot pris dans le domaine de la plaisanterie, ce sera une petite escapade d’historien. L’Empereur était au bain: M. Foureau de Beauregard lui avait présenté un consommé, ce consommé était trop chaud, et, pour ne pas se brûler, l’Empereur le humait. Le médecin en chef voulut empêcher l’Empereur de humer son potage «parce qu’en le humant, il avalait des colonnes d’air, et que ces colonnes d’air pouvaient lui donner la colique». L’Empereur, peut-être un peu impatienté, s’écria: «Docteur, quoi qu’en dise Aristote et sa docte cabale, à mon âge, l’on sait comment il faut boire, et vous pouvez m’épargner votre leçon.» M. Foureau de Beauregard dut cesser sa harangue. C’était, au fond, un fort brave homme, mais il ne savait pas se faire aimer, et généralement on l’avait pris à tic, à ce que disait l’Empereur, défenseur-né de toutes les personnes impopulaires.

L’Empereur allait partir de Fontainebleau, que l’on n’avait pas encore trouvé un pharmacien. M. Gatti tomba sous la main de M. Foureau de Beauregard: on le prit. M. Gatti n’était pas instruit, il ne chercha pas à apprendre, et il fut loin de briller dans son emploi. Cependant on le critiquait beaucoup moins que le médecin en chef: c’est qu’il ne faisait pas flamboyer sa broderie, c’est que, dans l’exercice de ses fonctions, sa parole n’était pas insultante et qu’on le considérait comme un bon camarade. »

(André Pons de l’Hérault, « Souvenirs et Anecdotes de l’île d’Elbe », Plon, 1897).

 

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( 6 décembre, 2019 )

Partir un jour ou quitter l’île d’Elbe…

Napoléon 1er

La décision du retour fut mûrement réfléchie ; l’Empereur prenant en ligne de compte tous les éléments dont il disposait. Mais il fallait agir sans tarder comme le souligne Guy Godlewski : « A l’automne de 1814, Napoléon entrevoyait donc l’avenir sous de tels auspices qu’à une échéance plus ou moins certaine il serait contraint d’opter entre la faillite certaine et une aventure dont les chances de succès se précisaient de mois en mois » . A la date du 7 décembre 1814, le trésorier Peyrusse mentionne dans ses mémoires la visite d’un étranger « mystérieusement introduit dans le cabinet de Sa Majesté » . A la suite de cette entrevue, Peyrusse reçoit l’ordre de faire préparer [i]L’Inconstant [/i]« pour un voyage » et « de mettre à son bord 100,000 fr. ». De plus, sans doute vers la fin de l’année 1814 ou au tout début de 1815, une nouvelle importante parvient jusqu’à l’Empereur. Elle est relevée par Pons : « …nous apprîmes par deux Anglais, venus exprès dans l’île pour donner cet avis qu’il avait été question au congrès de Vienne d’envoyer l’empereur Napoléon à Sainte-Hélène » . L’administrateur des mines en bon observateur écrit dans ses « Anecdotes » que « A dater de cette époque, la conduite de l’Empereur prit une autre direction, et en l’observant il était permis de penser que Sa Majesté ne se croyait plus liée par le traité de Paris qui la reconnaissait souverain de l’île d’Elbe ».

Dès lors, Napoléon va demander à Pons « un rapport sur les moyens d’organiser une flottille expéditionnaire » . On note durant toute cette période une augmentation de préparatifs pouvant laisser penser que l’Empereur prépare son départ, même si aucune nouvelle officielle ne transpire : « …Sa Majesté préparait de grands moyens de défense pour l’île et les moyens nécessaires à une expédition militaire », ajoute Pons dans son « Mémoire aux puissances alliées » . G. Godlewski souligne à juste titre que « la facilité du débarquement reposa sur le secret absolu de sa préparation. Aucune parole, aucun ordre imprudent ne donnèrent l’éveil. Rien ne transpira pendant deux mois » . Le mameluck Ali, indique que « peu de personnes du dehors étaient dans la confidence ».

Peyrusse, lié à bien des confidences impériales, note encore que [i]l’Inconstant[/i] qui revient à Portoferraio avec « quatre mille sacs de blés » est envoyé à Gênes avec à son bord deux officiers de la Garde chargés d’acheter des draps et de la toile .

Selon le récit de Pons, c’est vers cette période que le capitaine Taillade tentera de mettre ce navire hors d’usage. Il est très probable que cela ne soit pas le fait du hasard… « Le 20 [février 1815], je reçus les premiers ordres pour les préparatifs », écrit Pons . Le 21 février, des caisses de munitions sont embarquées à bord de L’Inconstant, réparé de son avarie ; de l’artillerie est installée à bord du chébec [i]L’Etoile [/i]. Deux jours plus tard, ces bâtiments reçoivent un stock de vivres et d’eau douce. Précisons que Campbell, ne se doutant de rien, s’était embarqué pour Livourne le 16 février comme on le verra plus bas. « Quelques jours avant le 26 février, l’Empereur avait fait donner l’ordre à la Garde de faire un jardin d’un terrain inoccupé attenant à la caserne dans la partie ouest », précise encore Ali ; histoire de tromper les apparences. Il est fort à parier qu’à cet instant les soldats ne se doutent pas de ce que leur prépare le Petit Caporal.

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( 6 décembre, 2019 )

Une visite faite à Napoléon lors de son exil à l’île d’Elbe…

 Ce témoignaUne visite faite à Napoléon lors de son exil à l'île d'Elbe... dans TEMOIGNAGES 03008150ge est paru dans la revue « Feuilles d’Histoire » dans sa livraison de janvier/juin 1909.

« Le « Daily Mail » a donné récemment quelques extraits d’un document inédit trouvé, il y a peu de temps dans les archives familiales d’Arley-Castle. C’est le carnet de voyage d’un étudiant de l’Université de Cambridge, nommé Scott.  En septembre 1814, il se rendit à l’île d’Elbe en compagnie de quatre officiers anglais détachés à Livourne, les colonels Douglas et Lemoine, le major Maxwell, le capitaine Smith, et ce sont les passages relatifs à cette visite que nous citons ici :

16 septembre 1814, Livourne.

Dîné chez M. Fraser, banquier anglais, qui habite ici. Tout parfaitement anglais : mouton bouilli à la sauce du sang, roastbeef, fromage de Chester, porto, vin. Presque tous les invités sont intimement liés avec le colonel Campbell (commissaire à  l’île d’Elbe) et les capitaines Usher et Tower. Le colonel Campbell considère Bonaparte comme un homme très heureux de talents ordinaires ; Bonaparte se comporte à leur égard avec la plus grande familiarité ; il leur permet de lui poser les questions qui lui plaisent sur ses campagnes et ses plans. Il disait à Campbell : « Regardez-vous Wellington comme le plus grand général du monde ? »-« Vous aviez tant de bons de maréchaux, répondit Campbell, qu’on n peut dire quel est le premier général. »-« Non, réplique Bonaparte, c’est Wellington qui est le premier général ! »

19 septembre 1814, Elbe.

D’habitude Bonaparte se lève avec le jour et il prend infiniment d’exercice. Souvent il réveille lui-même le colonel Campbell. Il fait de longues courses à cheval dans tous les coins de l’île et ne rentre que lorsque ses compagnons sont exténués ; mais c’est pour repartir aussitôt sur un nouveau cheval, jusqu’à l’heure du dîner. Après son repas, il se  promène dans sa chambre pendant deux ou trois heures. Il semble, nous déclare Campbell, s’efforcer de penser le moins possible au passé. Parfois, dans la matinée, il sommeille très peu de temps dans son  fauteuil. Il mange beaucoup, il est surtout amateur de poisson, il boit séparément de l’eau et du vin, selon la mode anglaise, mais surtout de l’eau… Nous nous trouvions sur chemin large d’environ cinq mètres, lorsque nous rencontrâmes l’Empereur ; nous nous effaçâmes pour nous ranger, tête nue, les uns à côté des autres, sur le côté droit de la route. Il s’arrêta  son cheval et nous salua en portant la main à son chapeau. Ma première impression fut telle que je me demandai si cet homme, au visage peu gracieux, à l’air plutôt emprunté et lourd, était bien le grand Napoléon, qui avait rempli de terreur les empereurs et les rois. Il me semble que c’était impossible. Je répète que ce fut que ma première impression. Mais bien que celle-ci ait bientôt modifiée, je déclare encore aujourd’hui que Napoléon  avec sa carrure épaisse et large ne me fit pas l’effet d’un guerrier. Il parait être âgé  de quarante-cinq ans ; son ventre est très fort, et ses cuisses, grosses et tout à fait hors de proportion. Lorsque nous le vîmes, il était coiffé d’un chapeau enfoncé sur son front, chapeau dont la forme, basse par devant et très relevé par derrière, contribuait à rendre sa physionomie peu agréable. La teinte brune de ce chapeau, auquel est piquée une gosse cocarde rouge et blanche, montre suffisamment qu’il a fait avec lui de nombreuses campagnes.

Il portait une grande redingote à revers rouges ; ce vêtement, étroitement boutonné, laissait à peine apercevoir la cravate noire, entourant son cou, peu dégagé naturellement.  Il avait deux épaulettes en argent assez usées, la plaque de la Légion d’honneur et trois décorations plus petites… Il avait une culotte blanche, un gilet blanc et des gants. Les bottes, vieilles, usées, étaient munies d’éperons en argent, assujettis par des noires. Il montait un petit cheval corse, dont la selle portait des fontes, mais dont les rênes et le mors étaient sales. Quoiqu’en général ses vêtements fussent usagés, l’ensemble était celui d’une personne soigneuse et ordonnée. Il se tient fortement incliné en avant sur son cheval.  Celui-ci s’étant mis à ruer, Napoléon, le maîtrisa nerveusement. Durant les vingt-deux minutes que dura notre conversation, il ne prisa qu’une seule fois, dans une petite tabatière noire ornée de trois camées. Ses mains sont d’une blancheur remarquable, les doigts sont petits et minces. Ses cheveux sont noirs et pendant en longues mèches sur le sol de son vêtement, tout en gardant un aspect très propre. Les yeux sont bleus et petits, les sourcils noirs et plutôt épais, le nez et la bouche élégamment dessinés et dimensions moyennes, le menton n’est pas trop prononcé. L’ensemble du visage, pâle, légèrement jaunâtre, est assez empâté. Le front d’avance, anguleux et puissant.  L’Empereur parle vite et presque sans pause, d’une voix profonde et un peu saccadée. Durant tout notre entretien, la physionomie de Napoléon ne cessa de s’éclairer d’un demi-sourire et de refléter un parfait contentement. Ses yeux sont remarquablement vifs et expressifs ; ses regards et sa voix inspirent le respect et ses manières indiquent un grand talent, mais son sourire met à l’aise ses auditeurs et leur donne confiance. Néanmoins mes compagnons furent unanimes à penser qu’il avait plutôt l’air d’un prêtre habile et rusé que d’un héros. Sa personne n’a sûrement rien d’héroïque. »

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( 28 novembre, 2019 )

Trois épisodes de la campagne de France, d’après le témoignage du général Dautancourt.

Trois épisodes de la campagne de France, d’après le témoignage du général Dautancourt. dans TEMOIGNAGES 1814-300x194Après la bataille de Hanau et celle de Montmirail, nous retrouvons Dautancourt présent à Montereau, à Berry-au-Bac et à Craonne. 

Montereau, 18 février 1814.

Le général Lion, commandant les quatre escadrons de service près de l’Empereur, ayant été légèrement blessé le 14 février, à Vauchamp, le général Dautancourt fut appelé au commandement de ces escadrons le 15 au matin, à Montmirail, et quitta ainsi le commandement de la brigade des vieux dragons et vieux grenadiers. Ce fut  à la tête de trois de ces escadrons de service (les Polonais, les chasseurs et les dragons, l’Empereur ayant conservé près de lui les grenadiers) que le général Dautancourt passa le pont de Montereau le 18 février et déboucha dans la plaine, entre l’Yonne et la Seine, sur la route de Bray. Il y fut battu en front par une grêle de boulets et d’obus, tandis que l’ennemi, qui se retirait par la rive gauche de l’Yonne, le canonnait et le prenait en flanc et d’écharpe. Cette position n’était pas tenable longtemps. Mais il fallait manœuvrer pour donner à l’armée le temps de déboucher ; aussi les escadrons reçurent-ils ce feu avec le plus grand calme, malgré la perte de plusieurs braves, perte qui eût été plus considérable si le terrain humide n’eût englouti une forte partie des projectiles ennemis et surtout si son feu eût été mieux dirigé. 

Berry-au-Bac, 5 mars 1814. 

Le 5, la cavalerie de la Garde, toujours commandée par le général Nansouty, arriva devant Berry-au-Bac vers deux heures l’après-midi. Le chef d’escadron Skarzinski, qui combattait l’avant-garde des lanciers polonais, se précipita sur le pont défendu par une division de cavalerie ennemie et deux pièces de canon et l’enleva. La division de cavalerie de la Garde la suivit. L’impétuosité de l’attaque fut telle que l’ennemi ne put faire qu’une faible résistance. Il essaya cependant de se rallier au-delà de la Miette dans la plaine qui s’étend de la Ville-aux-Bois au grand Jusincourt. Mais, chargé de nouveau par le brave Skarzinski et voyant toute la division prête à fondre sur lui, il fut mis dans une déroute si complète que je ne crois pas qu’on ait jamais vu de cavalerie fuir avec un abandon aussi désespéré ; pendant plus de deux lieues que dura la poursuite, aucun de ces cavaliers ne fit mine de regarder derrière lui. Parmi les prisonniers se trouvait un prince russe, nommé Gagarin[e], qui déclinait son titre à tue-tête. Il est utile de faire mention ici d’un fait particulier au brave chef d’escadron Skarzinski, dans cette journée déjà si honorable pour lui. Après le passage de l‘Aisne et dans la chaleur de la poursuite, cet intrépide officier supérieur arracha des mains d’un Cosaque une lance très forte ; de ce moment il abandonna son sabre : jeune et très robuste, il ne se servit plus à son tour que de cette arme redoutable particulièrement dans une déroute semblable, et qu’il était connu dans le régiment pour manier avec une adresse et une dextérité surprenantes. Il assommait de coups de travers ces misérables fuyards, en perçait d’autres : imité en cela par quelques autres officiers, leur exemple enflammait les lanciers. La perte de l’ennemi fut grande. La route et ses côtés étaient couverts de lances et le général Dautancourt en fit ramasser beaucoup qui servirent à armer ceux de ses lanciers qui avaient eu les leurs cassés, brisées ou perdues. M.Skarzinski fut, en récompense de sa valeureuse conduite,nommé  baron de l’Empire et l’écu des armes qui lui furent accordées porte un pont dans un de ses quartiers. 

Craonne, 7 mars 1814. 

Le 7 eut lieu la bataille de Craonne. On sait que tous les corps de cavalerie de la Garde, toujours sous le commandement du général Nansouty, rivalisèrent dans cette belle journée, où l’infanterie ajoute, s’il était possible, à sa réputation. Les lanciers polonais, manoeuvrant sous le commandement du général Dautancourt, sur le plateau, à droite du chemin qui conduit à l’Ange-Gardien, et sous le feu de l’artillerie ennemie, perdirent des hommes et des chevaux. L’un de leurs chirurgiens-majors, M. Girardot, pansant des blessés en-arrière du régiment, eut la cuisse fracassée par un biscayen. On le transportait à l’ambulance, où l’amputation fut reconnue indispensable et opérée. S’apercevant qu’il passait devant l’Empereur, ce brave homme, qui avait fait toutes les campagnes avec le régiment, salua ce souverain d’une voix forte et du vivat accoutumé. Il fut nommé baron de l’Empire. 

 

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( 24 novembre, 2019 )

Dans l’enfer !

 

Dans l'enfer ! dans TEMOIGNAGES Lincendie-de-Moscou-1024x907

L’extrait qui suit est tiré du témoignage du médecin Joseph de Kerckhove. Durant la campagne de Russie, il était attaché au quartier-général du 3ème corps (maréchal Ney).

« Le 15 [septembre 1812] au soir, des incendies partiels commencèrent à se manifester. Plusieurs d’entre nous  pensaient d’abord qu’ils étaient produits par quelque accident. Nos gens s’employaient avec zèle pour les éteindre ; mais ils étaient dépourvus de pompes à feu. Ils en cherchaient vainement partout : elle étaient toutes enlevées ou brisées. Ces incendies partiels se multiplièrent avec promptitude, le feu se montra soudainement et à la fois dans plusieurs quartiers de la ville, très éloignés les uns des autres… Le 16 au matin, profondément endormis des fatigues de la veille, nous fûmes réveillés par le mugissement et le sifflement des flammes et le fracas des bâtiments qui s’écroulaient autour de nous. Quel aspect d’horreur ! Quel lugubre spectacle frappe nos regards !…des flammèches et des brandons volent de toutes parts. L’incendie, aidé par un vent impétueux, répand ses fureurs avec la plus grande intensité, l’embrasement s’étend avec une effrayante rapidité aux plus magnifiques quartiers, qui tombent promptement en cendres : c’était un véritable déluge de feu… On avait de la peine à se sauver, on était presque partout exposé à être atteint par les flammes. Ceux des habitants restés à Moscou et cachés dans leurs maisons, en sortirent, étant chassés par le feu qui s’emparait de leurs asiles ; pétrifiés de terreur, frappés de désespoir, faisant retentir l’air des plaintes les plus lamentables, ces malheureux ne savaient où aller, ne savaient que devenir : ils étaient sans abri et sans secours !… Ici l’on voit des hommes et des femmes chargés de meubles et d’effets pour les soustraire aux flammes ; là des pillards dépouillent ces infortunés de leurs effets les plus précieux ; là une épouse ou une mère éplorée cherche en vain son mari ou ses enfants ; là des enfants, jetant des cris touchants, pleurent un père ou une mère ; là des femmes vertueuses, couvertes de haillons pour échapper à la brutalité que la circonstance favorise, d’enfuient à travers les flammes ; là une mère abandonnant à la rapacité de notre soldatesque sa maison et tout ce qu’elle possède, n’emporte avec elle que ses enfants pour lesquels seuls elle tremble ; là une femme nouvellement accouchée, toute exténuée de souffrance et sans forces, se lance de son lit de couche et croit avoir tout sauvé en sauvant le fruit de son amour et de sa douleur ; là un père infirme, soutenu par son fils, ne sait où fuir pour être en sûreté ; là un malade hors d’état de marcher est porté par un ami, un frère ou un fidèle serviteur ; là un vieillard, accablé sous le poids des années, erre à l’aventure, s’arrachant les cheveux maudissant nos armes et implorant le ciel de lui ôter le peu de jours qui lui restent ; là un malade expire au milieu des flammes sans consolation… Mais une horreur qui fait frémir d’épouvante et pour laquelle l’imagination chercherait vainement des couleurs pour les peindre, c’est lorsque l’incendie se communiquait aux hôpitaux, où il se trouvait au-delà de vingt mille blessés et malades, qui, pour la plupart, appartenaient à l’armée russe. Plus de la moitié de ces malheureux périrent dans les flammes… Ces infortunés, voyant l’embrasement approcher, jetaient d’une voix mourante les cris les plus douloureux ; ils rassemblaient tout ce qu’il leur restait de force pour implorer du secours, pour se dérober à la mort cruelle qui les attendait… Les uns expirèrent de suite et furent ensevelis sous les cendres ; d’autres se jetèrent par les fenêtres et furent meurtris ou se tuèrent dans leur chute ; d’autres se traînèrent sous les ruines et les débris fumants ; d’autres à demi-brûlés parvinrent à se traîner jusque dans les cours et les rues avoisinantes ; mais la vitesse du feu et l’écroulement des bâtiments firent promptement taire leur horrible gémissements et achevèrent les nus comme les autres… Lorsque l’armée française, après avoir gagné la bataille de la Moskowa, approchait de Moscou, Rostopchine fit ouvrir les prisons des galériens et de tous les malfaiteurs, et leurs accorda la liberté sous la condition de brûler la ville dès que nous y serions entrés. A cet effet, il leur fit distribuer des mèches sulfureuses et goudronnées, que l’on prétend avoir été préparées sous la direction d’un mécanicien anglais, nommé Schmit… Pendant le spectacle horrible de l’incendie et les scènes tragiques qui l’accompagnaient, tout occupés de notre propre conservation, si fortement menacée, nous ne songions qu’à nous procurer des provisions ; car nous ne pouvions guère compter sur d’autres subsistances que celles que nous parvenions à soustraire aux flammes. Quelle terrible circonstance ! L’on n’a jamais vu de confusion plus effrayante : le sifflement des flammes et le fracas épouvantable des bâtiments qui s’écroulaient, les ports que l’on enfonçait, les vociférations des ivrognes, qui fourmillaient partout, les imprécations naissant du butin que l’on se disputait, les cris de douleur et de désespoir, tout cela produisait, surtout dans la nuit, un effet qu’aucune plume ne saurait rendre. Notre soldatesque commit tous les dérèglements imaginables. Sa rapacité ne connut plus de bornes : dans tous les quartiers de la ville, le pillage le plus effréné se fit observer ; on vit entrer, au mépris du plus grand danger, dans les bâtiments embrasés pour chercher des comestibles, des vins, des liqueurs et des objets précieux, une foule de soldats, de vivandiers, de domestiques, de sous-employés, etc. Foule à laquelle, dans ce moment de désordre et de confusion, se mêlaient les mendiants de Moscou, des déserteurs russes, des prisonniers dont on ne s’occupait plus, et même beaucoup de ces forçats qui avaient incendié la ville. Ces rapaces Moscovites désignèrent à nos gens les endroits qui fournissaient le plus de prises à leur cupidité. Les pillards, pour la plupart dans un état d’ivresse, firent partout les fouilles les plus minutieuses : aucun lieu n’échappa à l’avidité de leurs recherches ; ils allèrent jusqu’à troubler la paix des tombeaux et profaner les cendres des morts ! C’est ce qui eut lieu au caveau des empereurs dans l’église du Kremlin. Le jour n’aurait jamais dû éclairer tant d’horreurs. »

(Joseph de Kerckhove, « Mémoires sur les campagnes de Russie et d’Allemagne (1812-1813) », Édité par un Demi-solde, 2011, pp.80-86).

 

 

 

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( 19 novembre, 2019 )

Une lettre du commissaire des guerres Playoult de Bryas écrite durant la campagne de Russie

Un bivouac de fortune (Russie, 1812)...

Marie-Joseph-Quentin Playoult de Bryas était commissaire des guerres faisant fonction d’ordonnateur à la 12ème division d’infanterie; il est décédé sous-intendant militaire, le 24 mars 1829. Cette lettre est adressée à son épouse. 

Au quartier-général de Voniskoe-Gorodistche, le 7 novembre 1812. 

 Au moment où nous allions monter la voiture, le général Partouneaux et moi, ce matin pour venir ici, un officier d’ordonnance est venu nous annoncer l’arrivée de M. le maréchal duc de Reggio [Oudinot] qui passait parle quartier-général pour aller rejoindre son corps d’armée qui pendant quelques jours a été fondu dans le nôtre ; peu d’instants après Son Excellence [le maréchal Oudinot] et j’en reçus l’accueil le plus flatteur. Si je n’avais été prévenu de son arrivée il m’eût été impossible de le reconnaître tellement il est changé ; il déjeuna avec nous ou pour mieux dire dévora quelques morceaux et partit comme un éclair après m’avoir chargé de le rappeler au souvenir de ma famille.

Sa blessure le fait encore souffrir, il est même estropié, mais il n’est heureux qu’où on se bat et le malheur qui le poursuit ne le dégoûte pas de voler partout où il y a des dangers à courir. 

L’espoir que tu avais conçu de nous voir prendre des cantonnements à Vilna ou aux environs ne s’est pas réalisé, car comme tu le vois nous sommes toujours par voies et par chemins ; selon toute apparence cependant nous allons y entrer et c’est cette époque que nous avons fixée, le général Partouneaux et moi, pour solliciter ma rentrée en France. Si nous attendions le retour de la belle saison le chose deviendrait impossible, c’est une faveur qu’on n’obtiendrait pas à l’époque de l’ouverture d’une nouvelle campagne. Il faut donc saisir le moment puisqu’il est favorable. Le général est certain de la réussite, mais si contre toute attente je ne réussissais pas, j’obtiendrais au moins une résidence fixe, ce qui serait doublement avantageux, puisque je serai sûr de la régularité de notre correspondance et que je pourrai là compter sur la rentrée des sommes qui me sont dues, ce que je n’obtiendrai jamais tant que je serai employé dans une division active ; au reste, ce ne serait pas encore là mon compte, car mon unique désir est de me réunir à toi et de servir aussi efficacement l’Empereur que je le fais ici dans une résidence de l’intérieur, puisque ma santé ne me permet pas de le faire aux armées.

C’est aussi ce que j’ai l’espoir et la presque certitude d’obtenir. Depuis longtemps je suis privé de tes nouvelles et cela me contrarie fort, aussi enverrai-je après-demain M. Bouillon que je ferai escorter par quelques-uns de mes hussards porter cette lettre à la poste et chercher les tiennes ; il peut aller et revenir en un jour au grand quartier-général et c’est une corvée qu’il fera d’autant plus volontiers qu’il est amateur de savoir ce que le sort lui a réservé. S’il ne l’a pas traité favorablement, toutes mes mesures sont prises pour le servir dans cette circonstance et la chose m’a été d’autant plus facile qu’il s’est fait estimer par sa bonne conduite et par sa sévère probité ; c’est réellement un honnête garçon que je perdrais avec peine et je fais des vœux sincères pour qu’il n’en soit rien. 

Depuis quatre jours il neige beaucoup dans ce pays, mais le temps est doux et la neige ne tient pas ; cela n’améliore pas les chemins, mais le moment est venu où il en tombera une grande  quantité, alors les communications en traîneau seront faciles et promptes et c’est ainsi que je voudrais voler vers toi. Le général Partouneaux me comble d’amitié et de caresses, nous ne nous quittons plus, sa chambre est la mienne et sa table également, ses blessures le font cruellement souffrir [un coup de feu au genou droit reçu en 1793 à l’attaque de la redoute anglaise sous Toulon], et si cela continue il lui sera impossible de continuer de faire le dur métier de la guerre. 

Bonsoir, chère bonne amie, je te fais mille caresses ainsi qu’à maman et à mes chers enfants. 

 

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