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( 4 juin, 2015 )

Un étudiant parisien témoin de la cérémonie du Champ-de-Mai (1er juin 1815, à Paris).

Champ de Mai 2« La première explosion libérale contre l’Acte additionnel était passée; toutes les nuances du patriotisme sentaient qu’il était indispensable de se fondre dans un sentiment commun, l’horreur du joug étranger. On remettait donc à des jours plus calmes, les comptes à demander; il fallait d’abord sauver le territoire menacé. Nous étions à la veille du Champ-de-Mai  ; c’était dans cette solennité que l’Empereur devait déposer la dictature, recevoir le serment des représentants, et distribuer les aigles à l’armée et aux gardes nationales. Chaque soir, la place Vendôme offrait le coup d’œil le plus animé et le plus pittoresque. Des députations de tous les régiments et d’une partie des gardes nationales y mêlaient leurs uniformes, tous divers de forme et de couleurs; la musique de la garnison de Paris exécutait des symphonies devant l’état-major de la place; les éperons et les sabres résonnaient de toute part sur le pavé; tout respirait un air fier et belliqueux sur cette noble enceinte, où la colonne, dressant son fût tronqué sur tant de braves, leur criait du haut de son chapiteau vide, qu’il leur restait encore une page d’histoire à ajouter à celle d’Austerlitz. Enfin, vint le jour du Champ-de-Mai; un peu tard pour répondre à son nom, car ce fut le 1er  juin. Il est de ces spectacles, de ces impressions de jeunesse qui scindent toute une existence d’homme; qui en font deux parts, l’une placée avant le grand jour qui va servir d’époque aux souvenirs de la vie entière, l’autre après. Tel sera le Champ-de-Mai, pour tous les jeunes gens de mon âge qui ont assisté à ses pompes; certes jamais rien d’aussi admirable n’était passé par leur regard pour se graver dans leur âme; jamais cette journée ne fuira de la mienne. Dès le matin, Hyppolite et moi nous étions en route pour le Champ-de-Mars; le canon venait de nous éveiller. Mais plus heureux que moi, mon camarade n’allait pas être réduit à ne voir que de loin et à travers la poussière, ce qui allait se passer dans le pavillon impérial. Un député de notre pays (de la Vendée), lui avait procuré une carte d’électeur, et lui, blanc-bec comme moi, se présenta bravement en cette qualité au vétéran qui le laissa entrer, sur le vu de sa carte et d’une culotte courte de satin noir qui le pouvait certainement faire passer pour un député de Saint-Malo, dont il portait le cachet dans ses bas de soie, empaquetant des mollets brillant par leur absence. La culotte était alors de rigueur. Devant l’École Militaire s’élevait un immense pavillon , formant un demi décagone, ayant pour diamètre le palais. Il était couronné par un fronton élevé régnant dans toute son étendue, et portant quatre-vingt-six écussons au nom des départements, séparés par autant d’aigles. Une légère colonnade laissait apercevoir l’intérieur tendu de draperies, et disposé sur chaque face en amphithéâtre, pouvant contenir vingt mille spectateurs assis et à couvert. Au pavillon du milieu de l’École Militaire, était adossé le trône de l’Empereur, à la hauteur du premier étage, et une longue rampe descendait de là jusque dans l’enceinte découverte qui séparait le péristyle des gradins. Au milieu du Champs-de-Mars s’élevait une estrade à laquelle on montait par les quatre faces garnies de degrés sans rampe d’appui. Les talus étaient couverts d’une foule innombrable, et les arbres chargés d’une troupe d’enfants. L’intérieur était garni par l’armée et les légions de gardes  nationales. Comme c’était du haut de l’estrade que l’Empereur devait voir défiler les régiments, je mis toute la persévérance et la résignation nécessaires pour parvenir jusqu’au pied; à forcé de bourrades données et reçues, enfin j’y parvins. A midi et demie, le canon gronda aux Invalides; à l’instant trois cent mille têtes se tournent vers l’École Militaire. J’aperçois, de ma place, comme saisi d’une sorte d’hallucination, des couleurs rouges, bleues, vertes, blanches, se heurtant sur les degrés du trône; des étincelles semblaient de temps en temps jaillir de ce chaos de satin et de velours, rapides éclairs, lancés par l’or et les pierreries ; je ne distinguais, de si loin., qu’un tourbillon de panaches, d’épaulettes et de cordons; la cour venait de prendre place aux côtés de l’Empereur; la cérémonie était commencée. Le Dieu des armées fut invoqué en chants harmonieux par des chœurs du Conservatoire qui étaient venus mêler leurs voix à la liturgie du clergé, qu’on avait prié d’apporter à la cérémonie son indispensable Te Deum, accoutumé à retentir pour toutes les causes et tous les pouvoirs, e sempre bene. Un instant après, Monsieur Dubois d’Angers, le même que la présidence des assises de Paris a rendu célèbre dans la mémorable affaire du coup de pistolet, Monsieur Dubois prononça devant l’Empereur un discours au nom des électeurs et des représentants. On proclama ensuite, au bruit du canon, le résultat des votes acceptant l’Acte additionnel, parmi lesquels figurait honorablement le mien, que j’ai déjà dit avoir donné avant de savoir ce que j’approuvais : puis Napoléon prononça à son tour un discours qui, ce jour-là, respirait une fierté qu’il eût fallu déployer, dès le 21 mars, vis-à-vis de l’étranger. C’est sous les fourches caudines, s’ écria- t-il, qu’on voudrait nous faire passer! le souffrirons-nous! Et le canon des Invalides répondit que non; à ce signal, la foudre se répondit de batterie en batterie, jusque sur les hauteurs fortifiées. Là, les canonniers attendaient, à leurs pièces, qu’il leur fût permis, en faisant parler l’airain pour eux, de joindre ses détonations à celles des cent mille voix qui acclamaient sur le Champs-de-Mars. Mémorable moment que celui où nous entendîmes successivement le signal partir de l’École Militaire et se prolonger, ‘une voix de plus en plus sourde, jusqu’aux buttes Saint- Chaumont ! La France venait de recevoir le serment de l’armée et de la garde nationale, de conserver intact l’honneur des aigles que Napoléon leur avait confiées. « — Soldats de la ligne, avait-il dit, vous jurez de rivaliser de courage et d’efforts avec vos frères de la Garde impériale; et vous, soldats de la Garde, vous jurez de vous surpasser vous-mêmes dans la nouvelle lutte qui s’apprête ! «  Le serment fut fait. Ligny et Mont-Saint-Jean peuvent dire s’il fut tenu. J’attendais avec une grande impatience le moment où l’Empereur viendrait sur l’estrade auprès de laquelle je m’étais placé. J’avais souvent vu les rois et les princes marcher dans les cérémonies publiques entre deux files de soldats formant ce qu’on appelle la haie. Mais savez-vous ce qui composait cette haie, depuis le pavillon jusqu’au milieu du Champ-de-Mars? Deux rangs d’officiers, portant chacun l’aigle de leur régiment. Ce fut soûls ce berceau diapré des trois couleurs, étincelant d’or et d’argent, que Napoléon marcha jusque vers l’estrade. Là encore, même cortège. Sur chaque marche des quatre faces se tenait un porte-aigle, appuyé immobile sur son drapeau, comme ces statues de chevaliers debout sur leur piédestal. On ne peut rien imaginer de plus magnifique que ces quatre rayons tricolores qui, partant du sol, arrivaient en s’élevant tous aboutir au même foyer de splendeur, à la plate-forme où venait de monter l’Empereur, accompagné de tous les grands de l’Empire. Je me suis ri, dans un précédent article, des relations du Moniteur qui a toujours soin de mettre le beau temps de moitié dans l’enthousiasme officiel, et de faire arriver le soleil, juste à l’heure du rendez-vous que lui avait donné le programme. Eh bien! C’est pourtant ce que je suis forcé de relater, moi, si peu courtisan de mon naturel. Sans vouloir classer malgré lui ce pauvre dieu du jour dans les partisans de Napoléon, le fait est que le temps, qui avait été incertain toute la matinée, devint serein tout-à-coup, et qu’à peine les porte-drapeaux étaient à leur poste, que le soleil vint miroiter sur l’or poli des aigles. Il dardait ses rayons à ces nobles enseignes; les aigles les lui renvoyaient en nombreux éclairs; admirable échange entre les gloires du ciel et les gloires de la terre ! L’Empereur, la face tournée vers le pont d’Iéna, était debout sur l’estrade, entouré de ses frères, Lucien, Louis et Jérôme, tous revêtus de costumes de taffetas blancs, pantalon de tricot de soie, la toque en tête; superbe tenue de danseurs de corde. Hélas! Et lui aussi, par-dessus tous ces oripeaux de cour, il portait une tunique de satin cramoisie, et était coiffé d’une toque de velours à l’Henri IV ! Mesquine magnificence qui, dans une cérémonie toute pop dû disparaître devant le frac vert de la garde et devant l’immortel petit chapeau. J’étais à quinze pas de l’Empereur ; mes yeux ne le quittèrent pas une minute pendant tout le défilé; il me parut sombre et préoccupé. Les bataillons marchaient sur la droite, tournaient à gauche devant le pont d’Iéna, et revenaient ensuite tourner encore à gauche pour défiler au pied de l’estrade. Chaque compagnie, en passant devant l’Empereur, le saluait du cri connu de l’Europe entière; mais la foule innombrable qui couvrait le Champ-de-Mars, ne fit entendre que de rares acclamations. Napoléon, qui espérait peut-être un plus vif enthousiasme, regardait tristement défiler sous ses pieds d’admirables régiments, sans adresser la parole à ses voisins. Un petit incident vint lui rendre un éclair de gaîté. Des factionnaires veillaient sévèrement à ce que la place restât libre devant l’amphithéâtre pour le défilé des troupes: Sept ou huit élèves de l’École Polytechnique étaient pourchassés de toute part et ne pouvaient réussir à se placer; alors que font-ils ? Ils se faufilent entre deux compagnies d’infanterie, se forment en peloton, et défilent gravement, en criant plus fort que toute une compagnie: Vive l’Empereur ! Je reconnus dans ce groupe l’élève Beudin, du Lycée Impérial, comme moi; je présume que ce fut lui qui plus tard devint député de Paris et représentait le quartier Saint- Antoine, dont le député se nommait aussi M. Beudin. Napoléon se mit à rire, et je le vis adresser quelques mots   aux généraux qui l’entouraient. Après le défilé, il se rendit de nouveau à pied à l’École Militaire, et de là regagna les Tuileries, salué pour la dernière fois par le canon des Invalides. Dans la journée, il y eut divertissement aux Champs-Élysées et distribution de comestibles; ignoble et dégradante cérémonie où l’on jetait, comme à des pourceaux, la glandée à la tête d’un peuple qu’on avait proclamé souverain le matin même, en se faisant gloire de ne tenir la couronne que de ses mains. Le soir, concert aux Tuileries et feu d’artifice sur la place de la Concorde. De chaque côté du pavillon de l’Horloge, sur le jardin, on avait construit une vaste tribune pour les musiciens qui devaient exécuter le concert. Le balcon était tendu de draperies, c’était de là que la famille impériale devait y assister. Un concours immense se pressait sur la terrasse ; il était plus de neuf heures et demie, et personne ne paraissait au balcon. Je voulus, en attendant, donner le signal d’impatience, en criant: Vive l’Empereur ! Pas une malheureuse voix ne répondit à la mienne, je ne fis pas mes frais. Enfin les croisées s’ouvrirent ; l’Impératrice mère, Madame Laetitia, parut, escortée de ses quatre fils; Joseph n’était pas à Paris. Je vis là, pour la première fois, sous un long manteau de cour, cette femme à la destinée si singulière , cette mère d’une reine et de quatre rois, qui, de tant de grandeurs, ne devait même pas obtenir des représentants de la France, couverte de gloire par son fils, un petit coin de la terre natale pour y laisser ses restes nonagénaires ! Oh !oui, on a bien eu raison de la nommer une autre Hécube; elle a survécu à la chute d’une maison aussi nombreuse et plus illustre que celle de Priam! Et ce fut la France de Juillet qui repoussa par ses députés, la vieillesse exilée par la peur ! Une cantate fut chantée par deux chœurs, l’un d’hommes, l’autre de femmes. Qu’on ne s’imagine pas que les ordonnateurs de la fête eussent commandé aux poètes lauréats des Tuileries, quelques strophes énergiques qui pussent vibrer dans les cœurs, un de ces chants taillés sur le patron de la Marseillaise ou du Chant du Départ: Fi donc! Cela eût senti la Révolution et contrarié peut-être la Sainte-Alliance qu’on allait combattre ; non, non; toujours même système, jamais un souvenir de Jemmapes ou de Marengo. On se contenta d’une vieillerie, composée à Lyon en 1814, au moment de l’agonie impériale. Je me rappelle le premier couplet de ce chant, intitulé « La Lyonnaise » :

Napoléon, roi d’un peuple fidèle,

Tu veux borner la course de ton char;

Tu nous montras Alexandre et César,

Nous reverrons Trajan et Marc-Aurèle.

CHŒUR.

Que les cités s’unissent aux soldats;

Rallions-nous pour ces derniers combats!

Français, la paix est aux champs de la gloire,

La douce paix fille de la Victoire. 

Il est vraiment fâcheux que la nation n’ait pas senti tout le bonheur de revoir MM. Trajan et Marc-Aurèle; elle ne fit rien pour cela; aussi, pour dédommagement, elle revit MM. les Cosaques. Après le concert, l’Empereur mit le feu à un dragon qui vola le communiquer au feu d’artifice dressé au milieu de la place. Il représentait le brick l Inconstant, qui avait apporté César et sa fortune, des rochers de l’île d’Elbe aux rives du Var. Il devint un double emblème de cette fortune ; il apparut un moment tout resplendissant de feux et de lumière; c’était le glorieux débarquement dans le golfe Juan; puis la nuit descendit plus noire sur son squelette fumant et calciné; c’était le lendemain de Waterloo. Ainsi s’éclipse la gloire de ce monde, comme un feu d’artifice! Mais de celui des Cent-Jours il resta un peu de cendre; le peuple la recueillit dans les trois journées de Juillet, il la lança dans les airs, d’une main patriotiqu , puis soudain les trois couleurs en naquirent; les trois couleurs, gage de sa souveraineté !

(E. LABRETONNIERE: « Macédoine. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’Empire et durant les Cent-Jours », Lucien Marpon, Libraire-éditeur,1863, pp.254-263)

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( 1 juin, 2015 )

De BEAUMONT à PHILIPPEVILLE. NAPOLEON en JUIN 1815 (1ère partie).

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Voici la première partie d’un très intéressant texte dû à l’historien belge Robert Merget. Il fut diffusé vers 1955/1960 dans sa revue « Waterloo illustré ».

Le dernier séjour de Napoléon en Belgique, le plus dramatique aussi, est celui de juin 1815. Il commence le 14 juin au soir par l’arrivée du chef de l’armée française au centre de son dispositif d’attaque et l’établissement de son quartier-général à Beaumont, et se terminera par le départ de Philippeville le 19, après la défaite de Waterloo.  En cinq jours que d’espoirs ternis !  Que de plans déjoués ! C’est entre Beaumont et Philippeville qu’un empire s’est perdu et que s’est formé dans les horreurs d’un désastre sans précédent, le tremplin le plus puissant d’où s’élancera vers la postérité, la légende dorée et émouvante de l’Empire.  Dans la nuit, serrées les unes contre les autres, les colonnes françaises bivouaquèrent « En dix jours 124.000 hommes écrit Henry Houssaye dans son admirable « Waterloo », séparés par des distances variant entre douze et soixante-dix lieues s’étaient réunis à la frontière, à petite portée de canon des avant-postes ennemis, sans que les alliés eussent pris encore aucune mesure défensive.  Jamais marche de concentration n’avait été mieux conçue ni, sauf quelques retards vite réparés, mieux menées à accomplissement. » 

Le lendemain à l’aube ce fut la lecture devant les troupes, de l’ordre du jour de l’Empereur. Il était beau comme une page antique et  digne de ceux qui l’avaient précédé : « Soldats c’est aujourd’hui l’anniversaire de Marengo et de Friedland qui décidèrent deux fois du destin de l’Europe. Alors comme après Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes trop généreux.  Aujourd’hui, cependant coalisés contre nous, les princes que nous avons laissés sur le trône en veulent à l’indépendance et aux droits les plus sacrés dela France. Ils ont commencé la plus injuste des agressions.  Marchons donc à leur rencontre ; eux et nous, ne sommes-nous pas les mêmes hommes ? » 

Emouvante et droite interrogation, et pourtant, non ils ne sont plus les mêmes hommes. A force d’être battus les généraux alliés ont appris l’art de la guerre napoléonienne, leurs troupes depuis les dernières campagnes se sont assurées et leur volonté de vaincre est évidente, alors que l’armée française est inquiète, soupçonneuse, craignant la trahison…  On sait la suite : une victoire difficile à Ligny, un combat inutile et meurtrier aux Quatre-Bras et enfin Waterloo… Cependant au début de la bataille de Waterloo, Napoléon a dit que le soir on souperait à Bruxelles !  C’est dans les premières heures de la nuit du 18 au 19 que Napoléon perdit véritablement ses derniers espoirs, devant le spectacle de la déroute française. Au moment de l’attaque dela Garde, il avait vu comme dans un cauchemar, se voiler sa vision habituellement si précise, et son front de bataille se fendre, s’éparpiller en débris, puis comme une ronde de feuilles mortes, tournoyer avant de disparaître dans une cohue affreuse sur la route dela France. Etait-ce cela l’armée française ?

Même celle qui avait connu après la Russie, la défaite de Leipzig avait eu une attitude plus disciplinée ! Ici les ordres se perdaient dans les hurlements d’épouvante et lui, le lutteur, se sentait impuissant devant cette déroute. Les troupes les moins menacées, comme celles de l’aile gauche, quittaient la ligne de feu et ne songeaient qu’à gagner les routes et chemins qui menaient vers le Sud.  La cavalerie de Piré qui aurait été si précieuse, au moment où les hussards anglais et prussiens traversant la cohue des fuyards, pénétraient au cœur du front français en sabrant tout sur leur passage ; cette cavalerie qui n’a pas donné se retire et avec elle, une partie des cuirassiers qui s’étaient regroupés après leurs charges furieuses et vaines sous la direction de Ney.

Ils descendent la chaussée de nivelles et abandonnent ce champ de bataille. Les troupes qui combattent autour d’Hougoumont et qui, depuis midi sont engagées dans des combats sans fin, quittent également leurs positions. Malgré l’héroïsme montré en général par l’armée française au cours de cette journée, on ne peut que déplorer et même condamner de tels abandons.  Ils étaient sans excuses à l’heure où les vaillantes troupes de Lobau se faisaient exterminer sur place et où la Garde par son sacrifice s’efforçait de retarder la décision fatale dans laquelle sombrerait la fortune de la France. 

A suivre… 

 

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( 14 mai, 2015 )

14 mai 1815…

« Dimanche dernier, 14 mai [1815], un corps d’ouvriers des faubourgs de St.-Antoine et de St.-Marceau , représentant une fédération qui s’était formée depuis quelques jours dans ces faubourgs au nombre de trente mille hommes, a défilé aux Tuileries devant l’Empereur. Le but exprès de cette association était de former un corps de tirailleurs pour se battre en avant de la garde nationale , si l’ennemi se présentait devant la capitale : ils demandent des armes avec lesquelles ils promettent de garantir Paris contre le retour des alliés. Le nombre de ceux qui étaient rangés en bataille dans la cour des Tuileries et qui défilèrent devant Napoléon, avant la revue de quelques régiments de la ligne et de la jeune garde, était de douze mille; ils avaient demandé à être présentés, mais ils n’avaient fait aucun préparatif pour paraître devant l’Empereur , la plupart avaient leurs habits de travail et des casquettes sur la tête ; malgré cela, lorsqu’ils se mirent à manœuvrer , ils conservèrent si bien leurs rangs, et mirent tant d’ordre dans la marche, que dans tout autre pays on les aurait pris pour de vieux soldats. Aussi un grand nombre d’entre eux avait déjà servi. Ce mouvement des faubourgs fait l’envie de la garde nationale de Paris; qui est plus portée pour la paix, et dont le plus grand nombre pense plutôt à la conservation de leurs boutiques qua la gloire et à l’intégrité de la France. Il a paru une brochure sur la nécessité de réorganiser cette garde. Les hommes timorés commencent à lever les épaules j et je vois que même le Journal de l’Empire dit que leurs cris de « Vive l’Empereur ! » se lient à d’autres qui rappellent les époques trop fameuses de la révolution, et qu’ils regrettent de ne plus entendre. Quant à moi, je n’ai entendu que « Vive la liberté, vive la Nation ! »-, mais un de mes amis a entendu « A bas les royalistes, à bas la canaille ! » Le 17, une Fédération parisienne a été organisée sur le même pied que celle des faubourgs, mais il n’y a pas eu de présentation de ces volontaires. On assure que ces fédérations n’ont pas pris naissance chez les amis de la cour; il est certain que, soit par la crainte des excès , soit par d’autres motifs, il n’a pas encore été fait de distribution d’armes gratuitement ; car ceux, qui vont en demander aux dépôts paient 19 francs pour chaque fusil. Cependant on a commencé l’organisation des volontaires tirailleurs de la garde , et des officiers de la ligne doivent les commander. Les départements ont suivi l’exemple de Paris, particulièrement la Bourgogne et la Bretagne , où la fédération doit servir de contrepoids au royalisme d’une partie de ces provinces. Dans toutes les proclamations et les adresses de ces corps, les mots de PATRIE et de LIBERTÉ servent de point de ralliement et précèdent toujours le nom de l’Empereur, dont les droits sont établis sur sa qualité de héros national. Le Gouvernement est embarrassé sur la conduite qu’il doit tenir relativement à ces mouvements, qu’il ne peut pas encourager entièrement, quoique le moindre soupçon qu’on les voie avec méfiance ne laisserait plus à l’Empereur d’autre ressource que le sabre de sa garde. En conséquence y on a pris tous les soins possibles pour donner une forme et une organisation militaire à ces levées volontaires qui ont mis l’Empereur en état de se créer des moyens de défense pour son trône sous toutes les dénominations de force armée qu’il soit possible d’employer , tels que partisans, corps francs, bataillons légers, volontaires et garde nationale mobile. Il n’y a que l’esprit national qui ait pu mettre le Gouvernement à même de prendre une mesure telle que celle de rappeler sous leurs drapeaux tous les anciens soldats congédiés par le Roi, et de les faire rejoindre avec joie. Tous les jours de forts détachements traversent Paris en chantant la Marseillaise et autres chansons patriotiques. Ils sont vêtus simplement, mais leurs visages brunis par le soleil et leurs moustaches indiquent assez leur ancien métier. La campagne s’ouvrira avec au moins trois cent mille hommes de troupes réglées , si l’on attend encore un mois; et cependant, d’après Je rapport que le duc de Feltre a fait à nos ministres, l’armée française, à la fuite du Roi, n’était forte que de 84,000 hommes. Au 2 mai, on avait formé huit armées ou corps d’observation. Ces efforts paraîtront moins extraordinaires à ceux qui se rappellent qu’en 1793 il y avait 14 armées en campagne. Quatre cents bataillons sur 500 de la garde nationale mobile sont mis en campagne, et tous les préparatifs sont faits pour l’organisation de la lev ée en masse en Lorraine , en Alsace, en Franche- Comté, en Bourgogne, en Dauphiné, en Picardie et dans le Lyonnais; l’enrôlement de la garde nationale mobile est une mesure qui serait absolument impossible si le Gouvernement et le peuple n’étaient pas unis. Dans des communes qui ne fournissaient que huit conscrits ( comme Malmaison par exemple ), soixante se sont présentés, et dans une autre commune voisine, quarante ont marché au lieu de cinq. Le préfet demande au maire la liste de tous les habitants âgés de 20 à 40 ans, et s’ils sont célibataires ou mariés, avec ou sans enfants; et lorsqu’il l’a reçue , il ordonne qu’un certain nombre de chaque classe soit mis à la discrétion du magistrat qui fait et notifie le choix d’un seul coup. Trois des jardiniers du château impérial de Malmaison sont -partis une heure après avoir été prévenus. Les recrues ne montrent aucune répugnance; s’il y en avait, cette manière de recruter une armée serait impraticable, ou plutôt je me servirai d’un paradoxe, en disant que cette mesure est si arbitraire qu’elle ne peut venir que du peuple. L’Empereur est aujourd’hui l’homme du peuple ; le peuple est à la tête du ministère; le peuple compose son armée; la cause est celle du peuple; et enfin c’est contre le peuple plus que contre Napoléon que les alliés prennent aujourd’hui les armes, et surtout notre grand homme lord Castlereagh, qui, à ce que je vois, a eu l’extrême candeur d’avouer, dans son discours du  avril, que son intention a été depuis longtemps de rétablir l’Europe dans cet ancien système social que les dernières convulsions avaient renversé. Quand on professe de tels principes, on peut être cru, fût-on même un lord Castlereagh. L’ancien système social de l’Europe ! Vraiment on a autant de respect pour ces mots, soit ensemble, soit séparément, que pour le saint Empire romain, quoiqu’il ne soit ni ancien, ni social, ni un système. L’état de choses que Sa Seigneurie voudrait rétablir, ne pouvant s’adapter aux divisions politiques du continent, mais bien aux relations entre les individus, ne peut être autre chose que l’invention, moderne en comparaison, qui suivit immédiatement le système féodal, et en vertu duquel on apprend à toute une nation à regarder un seul individu comme la source de tout honneur, de la puissance, de la loi et du Gouvernement , tandis que les dignités de la noblesse ne sont que le marchepied du monarque ; tandis que toute la législation se réduit à déclarer sa volonté , et que toute justice dépend de ses décisions. Enfin, ce ne peut être autre chose qu’une monarchie absolue, qui répugne aux institutions et aux mœurs nationales des ancêtres du peuple moderne de la chrétienté, que tant de souverains, en opposant les diverses classes de leurs sujets les unes aux autres , avaient réussi par degrés à établir, mais que l’esprit philosophique du siècle était parvenu à miner, et qu’il finira par ruiner en. dépit des obstacles causés par les excès intérieurs et extérieurs de la France républicaine et impériale. Nous sommes habitués depuis long temps à entendre déclamer contre l’ancienne tyrannie de Napoléon, et c’est avec justice; mais nous oublions que les circonstances de son élévation et de celle des hommes qui ont contribué à la force et à la splendeur de la cour impériale ont dû naturellement se présenter à tous les Français lorsqu’ils contemplèrent l’usurpateur, et les confirmer dans les notions qu’ils avaient de la puissance, des efforts individuels et de l’égalité primitive de l’homme. Nous oublions que ces notions doivent nécessairement survivre aux prétentions de Napoléon, et même leur être fatales : et cette perversité de jugement, ou ce manque d’attentions, peut faire craindre aux libéraux de chez nous qu’en ce moment un esprit de turbulence et de mécontentement, et un penchant pour le changement, ne produisent ces efforts que, sans l’expérience de notre propre temps, nous  aurions pu prendre à tort pour les effets d’un véritable amour de la liberté. »

 

(J. HOBHOUSE, « Histoire des Cent-Jours ou Dernier règne de l’empereur Napoléon. Lettres écrites de paris depuis le 8 avril 1815 jusqu’au 20 juillet de la même année. », Paris, chez Domère, Libraire, 1819, pp.191-197)

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( 9 mai, 2015 )

9 mai 1815…

« 6747. — Paris, 9 mai 1815.

Notre cousin, le maréchal Soult, duc de Dalmatie, est nommé notre major général.

NAPOLEON. »

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« 6748. — Paris, 9 mai 1815.

Il sera formé un quatrième  régiment de chasseurs à pied de vieille garde et un quatrième régiment de grenadiers à pied de vieille garde. Chacun des régiments d’infanterie de vieille garde sera composé de deux bataillons, chaque bataillon sera composé de quatre compagnies, et chaque compagnie sera forte de 150 hommes, officiers compris. La composition de l’état-major et des compagnies des quatrièmes régiments de grenadiers et de chasseurs sera conforme à celle qui a été fixée pour les trois premiers régiments de grenadiers et chasseurs, par notre décret du 8 avril dernier. Les quatre régiments de grenadiers et de chasseurs auront les  mêmes solde et traitement que les troisièmes régiments de vieille garde.

NAPOLEON. »

——————–

« 6749. — Paris, 9 mai 1815.

I. Il sera fourni par les différents maîtres de poste du nord et de l’est de l’Empire, sept cents chevaux de trait conduits par trois cent cinquante postillons. Ces hommes et ces chevaux seront mis à la disposition de l’artillerie pour le service des armées du Nord, du Rhin et de la Moselle, et ne seront employés qu’à conduire des munitions des places de guerre aux parcs d’artillerie du corps d’armée, sans jamais entrer en ligne. Nombre de postillons et de chevaux que chaque relais devra fournir, d’après sa force et son utilité, et donnera les ordres nécessaires pour que ces postillons et ces chevaux soient réunis ainsi qu’il suit, et aux époques ci-après désignées savoir :

Armée du Nord, 200 postillons et 400 chevaux réunis à La Fère, au 20 mai.

Armée de la Moselle, 75 postillons et 150 chevaux réunis à Metz, au 25 mai.

Armée du Rhin. 75 postillons et 150 chevaux réunis à Strasbourg, le 25 mai.

III. Les postillons recevront une solde journalière de 1 franc 50 centimes, sur les fonds affectés au service du matériel de l’artillerie; ils auront, en outre, les vivres de campagne.

IV. Les chevaux recevront les rations de fourrage des magasins de l’état, comme elles sont fixées pour le train d’artillerie; le loyer des chevaux sera payé aux maîtres de postes à raison de 1 franc 50 centimes par cheval et par jour: leur ferrage est à la charge de l’artillerie.

V. Les chevaux devront être propres au service du train de l’artillerie et remplir les conditions suivantes :

1° être âgés de 5 ans au moins et de 9 ans au plus; 2° avoir la taille de 4 pieds  6 pouces au moins et de 4 pieds  10 pouces . au plus, et être bien conformés.

VI. Les harnais et les selles seront fournis par l’artillerie.

VII. Les postillons et les chevaux seront formés en brigades de 25 postillons et de 50 chevaux, et seront sous les ordres des officiers et sous-officiers du train d’artillerie qui seront désignés à cet effet.

VIII. Tout cheval qui viendrait à périr par suite des fatigues de la guerre, ou par tout autre événement militaire, sera remboursé à raison de cinq cents francs.

IX. Les postillons qui seront fournis compteront sur le contingent des gardes nationales mobiles à fournir par leurs arrondissements.

NAPOLEON. »

 

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion, Editeur, 1912, pp.577-578)

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( 3 mai, 2015 )

1815…

Lagneau

Louis-Vivant Lagneau, né en 1781 à Chalon-sur-Saône, reçu docteur en médecine en 1803, pris la même année par la conscription, fut nommé chirurgien de 3ème classe ; sous-aide-major en 1804 ; chirurgien aide-major en 1806. Il fut promu chirurgien-major en 1809. Lagneau fit campagne en Italie, en Pologne, en Espagne, en Russie, en Allemagne et en France où il fut blessé à Fère-Champenoise, et en Belgique. A la suite du licenciement de 1815, Lagneau se fixa à Paris, où il sut se faire un nom comme médecin par ses recherches, ses travaux et ses publications. Aussi fut-il élu membre de l’Académie de Médecine en 1823 ; il mourut à Paris en 1867. Lagneau, membre de la Légion, d’honneur en 1868, avait été promu officier du même ordre en 1858 ; il était aussi titulaire de l’ordre de la Réunion depuis 1813.

Emmanuel MARTIN. 

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Louis-Vivant Lagneau laissa un « Journal » qui fut publié la première fois en 1913, aux Editions Emile-Paul, par Eugène Tattet (et préfacé par le célèbre Frédéric Masson). En 2000, il a été réédité par mes soins au Livre chez Vous, avec de nouvelles notes. Cette même année vit le lancement d’une souscription publique afin que sa sépulture, qui se trouve au cimetière du Père-Lachaise, à Paris et menacée de destruction ne disparaisse pas. Avec l’aide de l’association « », de la Libraire des Deux Empires et du magazine « Tradition » (publication appartenant à l’éditeur de cette nouvelle édition), des fonds purent être réunis ; le caveau fut restauré. Lagneau et les siens y reposent en paix.

C.B.

 « Le 9 février 1815, j’adresse au général Christiani, mon ancien général de brigade, mes états de pertes de chevaux  et d’effets pour être transmis à qui de droit, au nouveau ministre de la guerre (je n’ai jamais pu rien obtenir de ce qui m’était dû). J’avais travaillé depuis décembre jusqu’en mars 1815 à une nouvelle édition de mon traité, tout en faisant un peu la clientèle. Je me trouvais fort heureux de cette vie paisible, lorsque je craignis un moment qu’on ne m’appliquât une mesure qu’on avait prise contre tous les militaires sortant de la Garde impériale, auxquels il était enjoint de ne pas résider à Paris, à moins qu’ils n’y fussent nés. Ils devaient se rendre dans leur pays natal. J’obtins une exception en ma faveur, en motivant ma demande , sur ce que j’étais déjà à Paris, où j’exerçais la médecine, avant d’entrer au service. On me laissa donc tranquille, et comme c’était dans ce moment-là que je faisais quelques démarches pour réclamer contre l’exiguïté de mon traitement de réforme, je m’abstins d’en faire de nouvelles, dans la crainte de fixer sur moi l’attention du ministre, qui aurait pu me forcer à retourner résider en Bourgogne. Je préférais de beaucoup continuer la vie tranquille, et déjà quelque peu productive comme médecin, que je menais à Paris. J’en étais là, lorsque le 15 ou 16 avril 1815, je reçus du major général, le général Drouot, avis que par décret du 13 de ce mois, l’empereur Napoléon, qui était revenu de l’île d’Elbe et arrivé à Paris le 20 mars, m’avait nommé chirurgien-major du 3e régiment de grenadiers de la Vieille Garde, qu’il réorganisait ainsi que toute l’armée. Je fus un peu surpris de cette nomination, non que je ne fusse très partisan de l’ordre de choses qui allait renaître, mais parce que je me trouvais fort satisfait de ma position, depuis que j’avais quitté le service et que j’avais toute raison de croire qu’elle s’améliorerait de jour en jour. Je repris donc mon service, mon régiment étant à Courbevoie, comme l’année précédente, tout en restant à Paris, me contentant d’y aller chaque matin .

Le 6 juin, l’organisation de mon régiment est terminée, il part pour Soissons; je reste avec permission. Après avoir acheté un bon cheval et pourvu à mon équipement, je pars le 9 juin pour Soissons, en diligence. 10 juin. Nous partons pour Laon, à 3 heures après-midi.,Nous arrivons à minuit (8 lieues). Logé chez M. Duchange, maître de pension.

11 juin. Thierme.

12 juin. Clairefontaine

13 juin. Cartigny

Le 14 juin, bivouac en avant de Beaumont, dernière ville de France (7 lieues).

Le 15 juin. Charleroi, première ville de Flandre, première affaire avec les Prussiens, qui évacuent.

16 juin 1815. Bataille de Ligny, contre les Prussiens. Elle se termine à notre avantage. Elle a lieu de l’autre côté de Fleurus, à peu près à une lieue.

17 juin. Combat sur notre gauche, dans la direction de Nivelles, où sont les Anglais, route de Bruxelles. On a encore l’avantage. (C’est là où, pour la première fois, je vis des Ecossais sur le champ de bataille.) C’est le maréchal Ney qui commande.

Le 18 juin 1815. Bataille de Waterloo, ou de Mont- Saint-Jean, à 40 lieues de Bruxelles. On se bat avec quelques avantages toute la journée, mais à dater de 3 ou 4 heures du soir, l’ennemi, après nous avoir pris en flanc, sur notre droite, vient (ce sont les Prussiens qu’on croyait bien loin, au pont de Wavre) sur nos derrières et menace notre ligne de retraite. On est obligé, sur le soir, de se retirer, ce qui n’a pas, lieu sans désordre. L’Empereur, derrière lequel j’étais à dix pas, entre son état-major et la ferme de la Belle-Alliance, d’où j’avais été chassé ainsi que mes blessés, par les tirailleurs prussiens, qui débusquaient d’un petit bois sur notre droite, eut un instant son attention fixée sur ce point, où il s’attendait à voir arriver le maréchal Grouchy, auquel des ordres avaient été expédiés; mais ils n’étaient pas arrivés au maréchal. L’Empereur comptait bien sur lui, car il regardait souvent à sa montre et faisait dire au général Duhesme, qui était à l’aile droite et qui demandait des secours, qu’il tînt bon et que Grouchy ne tarderait pas à lui arriver en aide. J’étais là avec Larrey, le chirurgien en chef de la Garde et de l’armée, il y avait aussi Zinck, avec une ambulance. Il avait été forcé, comme nous, d’abandonner la partie et s’était rapproché, comme moi, du groupe de l’Empereur. Il y avait là aussi le collègue Champion , qui avec Zinck avait établi l’ambulance de la Garde près de la mienne, dans une grange, sous les ordres de Larrey. Napoléon croyait la bataille gagnée au moment où nous fûmes délogés de notre ambulance, parce qu’il croyait que les Prussiens, qui nous envoyaient des coups de fusil sur la ferme de la Belle-Alliance, étaient eux-mêmes poussés par derrière par le corps de Grouchy. Il était alors à peu près deux heures et demie ou trois heures. Malheureusement c’était bien les Prussiens et les Prussiens tout seuls, commandés par le général Bülow. Grouchy n’avait pas reçu trois messages, que lui avait adressés l’Empereur. Les aides de camp avaient été pris par l’ennemi, et lui, Grouchy, qui avait eu au début de la bataille et peut-être dès la veille, l’ordre de retenir les Prussiens au pont de Wavre, pour en finir avec les Anglais, avant qu’ils pussent se réunir à eux, s’était contenté, avec ses 25 ou 30.000 hommes d’excellentes troupes, d’observer le pont, où les Prussiens avaient laissé une seule division, tandis qu’avec tout le reste de leur armée Bülow se dirigeait sur notre champ de bataille. Les hommes de guerre les plus autorisés, le général Gérard, entre autres, qui faisait partie des troupes de Grouchy, avaient tous pressé le maréchal, quand ils avaient entendu l’épouvantable canonnade qui s’exécutait de notre côté, de faire un mouvement vers nous, en laissant une division seule devant le pont de Wavre, disant que c’était de règle de se porter là où l’engagement est le plus vif, quels que soient les ordres qu’on ait pu recevoir de contraires. Le maréchal Grouchy résista, croyant qu’il était obligé de rester là, suivant les ordres qu’il avait reçus. Cette obstination nous a perdus. J’ai entendu, pendant la Restauration, le maréchal Gérard expliquer toute cette affaire, en témoignant combien il regrettait que ses avis et ses instances n’eussent pas eu de succès auprès du maréchal Grouchy. Je voyais souvent le maréchal Gérard (car il avait été fait maréchal depuis) chez le comte de Pontécoulant, sénateur, où j’ai souvent entendu ce brave général revenir sur cette triste circonstance. Le général Pajol qui commandait la belle cavalerie du corps de Grouchy, s’était aussi fortement prononcé auprès du maréchal Grouchy. Plus tard et dans le même salon j’ai plusieurs fois entendu le fils du maréchal Grouchy (colonel d’un régiment de cavalerie et plus tard passé général) cherchera excuser la conduite de son père, mais il ne convainquait personne, et il y avait là des gens du métier, entre autres le général Exelmans, depuis devenu maréchal lui-même. Cette conduite ou cette abstention de Grouchy nous fit perdre cette bataille, qui avait commencé d’une manière fort brillante, au point qu’on avait entendu l’Empereur dire, vers deux heures, qu’elle était gagnée.

La triste vérité fut que les Prussiens, qui n’étaient pas talonnés, comme le croyait Napoléon, par Grouchy, écrasèrent Duhesme et le corps de la Jeune Garde, qu’il  commandait à notre aile droite, et qu’ils vinrent se placer sur nos derrières, sur la route de Charleroy, pour nous couper toute retraite. Heureusement qu’ils n’avaient d’abord que des pelotons de cavalerie. Le mouvement rétrograde se prononçant, je suis assez heureux, avec quelques blessés encore ingambes et des hommes valides, qui ne peuvent plus retourner où l’on se bat, pour me tirer de là grâce à mon excellent cheval. J’ai dans cette retraite, pour compagnon d’infortune, le capitaine (chef de bataillon) Friant, de la Vieille Garde. Il est fils du général Friant, de la Garde. Nous marchons toute la nuit au milieu des colonnes en retraite et des hommes isolés et nous franchissons le matin à Charleroi , où tout est en désordre, les rues encombrées de voitures de charbon et de bagages militaires. Le 19 juin 1815, ne voyant pas de dispositions faites pour arrêter le mouvement de retraite à Charleroi, comme nous le supposions, je continue et arrive coucher à Vervins, après avoir traversé Beaumont et passé autour d’Avesnes, où l’on n’a voulu laisser entrer personne. J’ai fait dans cette journée plus de 25 lieues de poste. Le 20 juin 1815. Arrivée à Laon. Pendant que nous déjeunons, on nous dit que l’Empereur est à la poste, au bas de la montagne. Nous y descendons, espérant que des mesures seraient prises pour rallier notre armée. Il était au milieu de la cour, entouré de son état-major et de gendarmes. Rien ne fut ordonné dans le sens de nos prévisions. Nous partons de Laon à minuit, pour Soissons.

Le 21 juin. Soissons, je pars à six heures du soir, pour Villers-Cotterets.

Le 22 juin. Le Ménil-Amelot.

Le 23 juin. Arrivée à Paris, il est une heure de l’après-midi. J’espérais y trouver mon régiment, où il était à croire qu’il se reformerait ; mais ayant appris qu’il était resté à Soissons, je repars pour le rejoindre.

Le 28 juin, je me mets en route pour Soissons où j’apprends que mon régiment revient sur Paris. Mon colonel, le général Poret de Morvan , revient blessé d’un coup de feu à la poitrine. Heureusement que la plaie n’est pas pénétrante, elle n’aura pas de suite grave.

Le 29 juin. C’est à 4 heures du matin que le régiment arrive à Paris. Je vois mon général dans la matinée et lui donne des soins.

Le 6 juillet, il m’annonce que son corps a l’ordre de partir pour Orléans, mais qu’il reste à Paris; il me propose de rester pour lui continuer mes soins, mais croit devoir me laisser libre de suivre le régiment. Je lui réponds que je ne rejoindrai le corps que lorsqu’il sera lui-même bien guéri. Nous étions là de nos conversations lorsque dans la nuit du 6 au 7 juillet, le général qui s’était ravisé et qui bien probablement avait appris qu’il pourrait peut-être être inquiété par le gouvernement des Bourbons, pour la part qu’il avait prise comme chef des chasseurs de la Garde quand ils furent abandonnés par le général comte Curial, qui voulait les empêcher, en quittant Nancy, d’aller au-devant de l’Empereur, lorsqu’en revenant de l’île d’Elbe, il avait dépassé Auxerre et arrivait rapidement sur Paris. Le général se décida donc à partir dans la nuit, d’autant mieux que le lendemain 7 juillet, les Prussiens devaient, dès le matin, occuper Paris et ses faubourgs.

M’ayant fait prévenir, par son ordonnance, de cette nouvelle résolution, je partis moi-même, en compagnie de son aide de camp David mon ami, qui lui conduisait ses chevaux et ses bagages, à peu près à huit heures du matin. Mais arrivés à la barrière d’Enfer, on ne voulut pas nous laisser sortir, les officiers prussiens disant que nous aurions dû sortir la veille et que leur consigne était de ne laisser passer personne de notre armée, sans un ordre exprès du commandant de place allié, qui était

le général Blücher, qui avait deux autres généraux adjoints, Sacken et Wellington. Le général français Gründler leur avait en outre été adjoint pour faciliter le service et donner les informations nécessaires, car il était Alsacien et parlait bien l’allemand. Nous fûmes en conséquence obligés de nous transporter au ministère de la Guerre, où les généraux susdits étaient réunis en conseil. Nous attendîmes longtemps, dans une grande salle donnant sur la Seine, et d’où nous vîmes défiler les Prussiens le long du quai de la terrasse du bord de l’eau. Nous avions, David et moi, un bien grand crève-cœur en voyant ces troupes ennemies au coeur de la France et fûmes profondément choqués de voir leurs colonnes précédées par une foule de lâches Français, hommes et femmes, agitant des mouchoirs blancs, en signe d’allégresse.

Nous attendîmes fort longtemps la réponse des généraux commandants de la place, qui firent d’abord des difficultés, mais enfin remirent au général Gründler, auquel nous avions confié notre réclamation, un laissez-passer en allemand, qu’il nous donna, avec toute sorte de bonne grâce, accompagné de voeux pour un bon voyage. Pendant notre corvée auprès des commandants de la place, nous avions laissé nos domestiques, chevaux et bagages près du Luxembourg, rue d’Enfer et les bêtes. étaient attachées aux grilles du jardin. Lorsque nous les avons rejoints, ils étaient aux prises avec des soldats prussiens, qui voulaient tout au moins s’emparer de nos chevaux, qu’ils considéraient comme d’assez bonne prise. Nous arrivâmes tout juste pour les dégager et nous ne tardâmes guère à franchir la barrière, nous dirigeant sur Longjumeau.

7 juillet. Longjumeau. Les Cosaques des avant-postes ennemis y bivouaquent sous mes fenêtres, dans une belle prairie.

8 juillet 1815. Etampes, nous quittons les avant-postes russes.

9 juillet. Arthenay. Nous nous sommes arrêtés à Angerville, à 6 lieues d’Etampes. Tout près d’Angerville, je me trouvais, montant une côte assez peu rude, près d’un convoi d’artillerie qui était en retraite aussi. Tout à coup une explosion eut lieu, avec un grand fracas, enlevant tout le derrière d’un caisson contenant des obus. Je m’éloignai de là, engageant le soldat du train qui conduisait le caisson, à quitter la route où il y avait beaucoup de militaires à pied et à cheval et à dételer ensuite ses chevaux. Ce qu’il fit, mais avant de quitter la chaussée et longtemps après son entrée dans le champ, à droite, il y eut encore de nouveaux obus qui éclatèrent. Quant à moi, je ne fus pas atteint par les éclats de ces obus; mais après cette panique, bien motivée d’ailleurs, mon compagnon de route, le capitaine David, me fit remarquer que mon porte-manteau allait se détacher du derrière de ma selle, et qu’il était tout déchiré du côté droit. Nous nous arrêtâmes un instant et reconnûmes qu’un biscaïen provenant de l’explosion d’un obus avait pénétré dans le porte-manteau, où il avait été amorti par mes vêtements et mon linge, après avoir coupé l’une des courroies qui le fixaient derrière moi; ce peu de bagages a suffi pour me préserver d’une blessure  très grave à la région des lombes. Ces obus avaient pris feu par le fait des frottements et des chocs qu’ils éprouvaient dans le caisson au quart plein. Ils avaient été en partie vidés pendant la bataillede Paris et comme ils étaient entourés d’étoupe, ainsi qu’il est d’usage pour les empêcher de s’entrechoquer dans les manoeuvres d’un point à un autre, ces projectiles étaient trop peu nombreux pour être bien serrés entre eux; ils se heurtaient et il en est résulté des étincelles qui ont mis le feu aux étoupes, lesquelles ont fait éclater successivement tous ceux qui étaient contenus dans le fourgon.

10 juillet. J’arrive à Orléans, ainsi que notre suite. Le général Poret de Morvan, étant déjà parti avec sa troupe, nous le suivons de l’autre côté de la Loire, jusqu’à la Ferté-Saint-Aubin (4 lieues), où nous quittons la grande route pour aller à Yvoi, sur notre droite. Nous logeons dans un beau château.

Le 11 juillet. La Ferté-Saint-Aubin. Très vieux château qui appartenait à Mme de Belmont, dont le mari, colonel d’un régiment de gardes d’honneur, a été tué à Craonne. Logé chez le curé (10 lieues), étant arrivé à minuit.

Le 13 juillet, Solangis, 5 lieues de La Chapelle d’AngilIon. Nous sommes en Sologne où le terrain est mauvais et sablonneux comme en Pologne. Il y a beaucoup de bruyère, abondance de gibier, lièvre, lapin, perdrix rouge comme en Espagne.

Le 14 juillet. Changement de cantonnement, on se fixe à Sainte-Solange, village à 3 lieues de Bourges. Cet endroit est réputé dans la contrée pour la guérison de toutes sortes de maladies, opérées, dit-on, par l’intervention de sa patronne, qui, comme saint Denis, a porté sa  tête sur ses mains et a marché sans se tromper de route. Je loge chez le curé de la paroisse, respectable vieillard qui est bien le père de ses ouailles, pour lesquelles il se donne une peine infinie. Il se nomme M. Tisserat.

Le 25 juillet 1815. Départ de Sainte-Solange pour Bourges. Très belle ville. On disait autrefois qu’elle n’était habitée que par des prêtres et des perruquiers; il y avait bien aussi une grande quantité de nobles, ce qui tenait à ce que Charles VI avait accordé la noblesse à tous les maires et échevins de la ville et qu’on les renouvelait tous les ans. Ecrit le 30 juillet à mon père.

Ecrit le même jour à Simon, mon beau-frère, lui recommandant M. le capitaine David et lui demandant de m’envoyer des vêtements bourgeois.

Le 5 août 1815. Départ pour Châteauroux, nous couchons le premier jour à Issoudun, petite ville où habite le confrère Heurtault , un de mes condisciples, élève particulier d’Antoine Dubois.

Le 6 août. Arrivée à Châteauroux, ville intéressante par ses manufactures de drap.

Le 20 septembre. Je touche la première quinzaine de ce mois, en qualité de chirurgien-major des grenadiers royaux, dont je fais partie comme Vieille Garde impériale. J’avais reçu, huit jours avant, le mois d’août intégralement, mais sur l’ancien pied. Licenciement de mon corps, les fusiliers-grenadiers et de toute la division de la Garde, qui se trouvait sur la rive gauche de la Loire, le 23 septembre 1815

Je reçois enfin les appointements jusqu’au 23 septembre inclus, époque du licenciement. Me voilà libre de mes mouvements à dater de ce jour. »

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( 30 avril, 2015 )

1815. Quelques repères…

Visuel 1815-2015

5 avril. Les troupes anglaises arrivent en Belgique, commandées par Arthur Wellesley, duc de Wellington.

22 avril. Proclamation de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire, rédigé par Benjamin Constant.

26 mai. Le tsar de Russie, le roi de Prusse et l’empereur d’Autriche quittent Vienne pour se mettre à la tête de leurs armées et lutter contre la France.

1er juin. Cérémonie du Champ-de-Mai, à Paris.

9 juin. L’acte final du Congrès de Vienne est signé par les plénipotentiaires des grandes puissances alliées présentes. Il avait été ouvert le 1er novembre 1814.

12 juin. Napoléon quitte Paris pour la Belgique.

15 juin. Napoléon chasse les Prussiens de Charleroi et décide de s’attaquer à Blücher pendant que Ney est prié d’occuper les Quatre-Bras, carrefour stratégique routier.

16 juin. Bataille de Ligny et bataille des Quatre-Bras.

18 juin. Bataille de Mont-Saint-Jean, appelée par les Anglais « Bataille de Waterloo » et par les Prussiens « Bataille de La Belle-Alliance ».

21 juin. Napoléon est de retour à Paris.

22 juin. L’Empereur abdique en faveur de son fils.

25 juin. Napoléon arrive au château de Malmaison.

29 juin. Après un court séjour, Napoléon prend le chemin de l’exil.

3 juillet. L’Empereur est à Rochefort-sur-Mer.

8 juillet. Louis XVIII revient à Paris.

12 juillet. Arrivé sur la frégate la Saale, Napoléon s’installe provisoirement à l’île d’Aix.

15 juillet. Il s’embarque à bord du brick de guerre l’Épervier, sous pavillon parlementaire qui le conduit jusqu’au Bellérophon, navire britannique. « Je suis venu me placer sous la protection de votre prince et de vos lois », déclare l’Empereur.

7 août. En rade de Plymouth, Napoléon est transféré sur le Northumberland  qui le conduira à l’île de Sainte-Hélène.

15 octobre. Arrivée de l’Empereur à Sainte-Hélène.

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( 20 avril, 2015 )

Les mouvements royalistes en France en mars-avril 1815 (IV et fin).

Decaen

« Le 12 mars 1815 le duc d’Angoulême était à Nîmes. Le 17 mars, il arrivait à Marseille, se rendait de là à Toulon pour retourner à Nîmes. Agé de quarante ans, de physionomie disgracieuse, froid, vertueux, très modeste, les manières embarrassées et les mœurs simples, d’intelligence assez médiocre, attentif à remplir avec exactitude tous les devoirs de son rang, plein de déférence envers son père, son oncle et sa femme, assez mélancolique et profondément dévot, le duc d’Angoulême avait reçu quelque éducation militaire et il ne manquait ni de courage ni même d’énergie. Comme il le disait lui-même, il voulait créer une « Vendée méridionale ». Mais, dès le début, sa tentative fut compromise, elle manqua à la fois d’un bon général, de troupes nombreuses et solides, et de l’appui étranger. Le duc pensait réserver à Masséna le commandement en chef: invoquant sa mauvaise santé le maréchal se déroba et se contenta de collaborer aux préparatifs de l’expédition. Le recrutement de l’armée royale donna lieu à des mécomptes. Au Vigan, le maire alléguait sa place pour ne pas s’éloigner, d’autres habitants de la ville, bien qu’ils se fussent d’abord inscrits pour servir, et en dépit des sermons du clergé, faisaient valoir, à la réflexion, « leur âge trop avancé, leurs infirmités et leurs fonctions ». A Nîmes, où une proclamation du duc condamnait les discordes religieuses des habitants, la population protestante, presque entièrement contraire aux Bourbons, fut encore détournée de les soutenir par les injures et les menaces des volontaires catholiques, et elle ne procura que peu de soldats . A la fin de mars, les départements du Gard, des Bouches-du Rhône, de l’Hérault et du Vaucluse n’avaient mis sur pied qu’environ 10.000 miquelets. Ces bandes, qui portaient une fleur de lys rouge « du côté du cœur», étaient composées surtout de gens pauvres, de la lie du peuple », même d’individus extraits des prisons, et une bonne partie vivait «dans l’anarchie la plus complète»  . Tardivement, le duc réclama l’assistance des troupes espagnoles et sardes, tout en méditant de livrer Toulon aux Anglais . Les Alliés ne songeaient guère à l’aider, et le 6 avril Talleyrand lui écrivait de «tenir jusqu’au moment où les opérations générales commenceront ». Lors de son premier séjour à Nîmes, les 13 et 14 mars, le duc d’Angoulême avait repoussé les conseils du général Ambert, qui l’invitait à envoyer en toute hâte des gardes nationales « sur la grande route de Lyon à Paris ». A la fin de mars il entrevit qu’un mouvement vers Lyon serait tardif et peu efficace, et il penchait à replier ses troupes sur Toulouse, Perpignan et les forts du Roussillon, l’Espagne offrant « une dernière ressource ». Son entourage l’amena à reprendre le plan du général Ambert. L’armée du Midi fut divisée en plusieurs corps, sous le commandement en chef du duc d’Angoulême, avec le général d’Aultanne pour chef d’état-major et, pour aides de camp, le duc de Guiche, le vicomte des Cars, le baron de Damas et le vicomte Melchior de Polignac. Le premier corps, dirigé par le général Ernouf, comptait deux régiments de ligne, les 58e et 83e, 3.000 gardes nationaux de Marseille et six bouches à feu : il marcherait de Sisteron sur Gap et Grenoble. Le deuxième corps, sous les ordres du duc d’Angoulême en personne, était formé par le 101ème de ligne, le Royal-Etranger, recruté avec des déserteurs allemands, le 14ème chasseurs à cheval, un détachement de garde nationale à cheval, 2.000 volontaires du Gard, de l’Hérault et du Vaucluse, et une batterie de douze pièces ; il déboucherait de Pont-Saint-Esprit sur Montélimar et Valence. Parvenus sur l’Isère, le premier et le deuxième corps franchiraient la rivière et s’avanceraient sur Lyon. Des gardes nationaux de l’Ardèche et de la Haute-Loire constitueraient une colonne chargée de remonter vers Lyon la rive droite du Rhône. D’autres troupes devaient surveiller l’Auvergne, seconder le mouvement sur Lyon, et « entretenir la communication avec le duc de Bourbon». Le 26 mars le deuxième corps commença son mouvement. Le 29 mars il occupa Montélimar, et le lendemain, après une fusillade de quelques heures, il refoula devant la ville les troupes du général Debelle, commandant le département de la Drôme. Chargé par Debelle de défendre à Loriol le passage de la Drôme, le colonel Noël y posta un bataillon du 39ème de ligne, un bataillon d’élite recruté avec « d’anciens militaires en retraite, en réforme et en demi-solde » , des gardes nationaux, environ vingt-cinq gardes d’honneur à cheval, vingt gendarmes et quelques canonniers avec deux pièces. Venues de Montélimar sous le commandement direct du duc d’Angoulême, les forces royalistes comprenaient le 10ème  de ligne, fort de 900 hommes environ, 200 soldats du Royal étranger, une batterie de six pièces servie par des canonniers du 3e régiment d’artillerie à pied et des volontaires ou gardes nationaux du Midi. A leur vue les soldats de Noël se replièrent sur le pont de la Drôme et sur la rive droite de la rivière. D’une berge à l’autre, par un vent très poussiéreux, la fusillade s’engagea. Profitant du terrain « montueux et coupé », les royalistes avançaient sans cesse, ils s’emparaient d’ « une grosse ferme près du pont», ils débordaient le flanc droit des bonapartistes. A ce moment la fusillade s’interrompit, deux compagnies du 10 ème    abordent le pont, le franchissent au pas de course, et, à cent pas, s’arrêtent devant le bataillon du 89 ème. Plusieurs soldats du 10ème  mettent la crosse en l’air, d’autres arborent « un pavillon tricolore », crient « Vive l’Empereur ! « Soldats du 39ème  et gardes nationaux s’avancent à leur rencontre. Noël voit ce spectacle, arrive à cheval sur le pont, au milieu de soldats qui fraternisent et d’officiers qui s’embrassent. Soudain, aux cris de « Vive le Roi ! » et en agitant un drapeau blanc, les soldats du 10ème, « à bout portant », font une décharge meurtrière, l’un d’eux menace le colonel en hurlant : « A bas la cocarde tricolore ! » Grâce à ce stratagème, vraisemblablement imaginé par le général Monnier, qui commandait l’avant-garde, les royalistes furent facilement victorieux et firent de nombreux prisonniers, parmi lesquels Noël lui-même. Des prisonniers furent massacrés ou mutilés par des volontaires royaux . Le 3 avril 1815 ,à sept heures du matin, le duc d’Angoulême entrait à Valence avec le 10ème de ligne. Il ordonna d’afficher dans la ville une courte proclamation où il réclamait des royalistes tout leur dévouement « pour ramener leurs frères égarés ». Les premiers succès du duc d’Angoulême ne pouvaient exercer une influence durable sur la campagne que si les garnisons du Midi restaient neutres. Or, à peine les troupes royales avaient-elles pénétré dans la Drôme qu’elles étaient menacées d’être prises à revers. Le 2 avril le général Ambert, commandant à Montpellier la 9edivision militaire, avait fait reconnaître l’Empire dans son gouvernement par un ordre du jour très ferme. Le 3 avril, à Nîmes, les officiers en demi-solde arborent la cocarde tricolore aux cris de Vive l’Empereur! et se rendent aux casernes. Le 63e de ligne se soulève. Un courrier envoyé par Ambert au général Briche survient trop tard. Déjà les généraux Briche et Pélissier, qui commandent l’un la subdivision, l’autre le département, ont été saisis par la troupe, celui-là à son domicile, celui-ci au moment où il s’interpose « pour arrêter le désordre ». Détenus d’abord aux casernes, ils sont dirigés le soir sur Montpellier avec une escorte de gendarmes. Puis le colonel du 63ème, Teulet, et le colonel de gendarmerie Rivaud organisent •un conseil de défense pour la ville de Nîmes», composé d’officiers en activité et en demi-solde. Le 5 avril, le général Gilly, qui a reçu les ordres de Davout, survient de Remoulins à Nîmes. Il se concerte avec Ambert pour rassembler des forces destinées à marcher contre l’armée du duc d’Angoulême. Cavaliers du 10ème chasseurs, fantassins du 13ème  de ligne, canonniers avec quatre bouches à feu, tous partis de Montpellier, gardes nationaux venus de la Gardonnenque, font leur jonction à Nîmes avec le 63ème. Gilly intitule ses troupes « premier corps de l’armée impériale du Midi ». Le 7 avril au matin il commence son mouvement, et arrive le soir à Uzès. Il est précédé par le 10ème  chasseurs, que commande le colonel Saint-Laurent. Le 8 avril, à six heures du matin, Saint- Laurent aborde Pont-Saint-Esprit, charge et refoule le millier d’hommes qui s’y trouvaient, traverse le pont et débouche sur la rive gauche du Rhône. Disputer Lyon aux bonapartistes devenait d’autant plus difficile que l’Empereur et ses lieutenants multipliaient les mesures de défense. Nommé au commandement supérieur des 7ème et 19ème  divisions militaires, le général de Grouchy arriva à Lyon dans la nuit du 2 au 3 avril. Les généraux Piré, Radet, Le Sénécal et Letellier lui avaient été subordonnés. Le 3 avril, Pire reçut la lâche de rallier les troupes de Debelle et de disputer «le plus longtemps possible » aux royalistes le passage de l’Isère. La nuit suivante Grouchy l’avisait, s’il ne pouvait défendre l’Isère, de « faire tout au monde » pour ralentir la marche de l’ennemi. « Il me  semble, lui écrivait-il, qu’à Saint-Vallier vous pouvez tenir derrière la Galaure pendant quelque temps ». La seule troupe disponible à Lyon était le 6ème  léger, venu de Lons-le-Saulnier et fort de 840 soldats : le 3 avril Grouchy le munit de quarante cartouches par homme, le harangua, constata son bon esprit et l’envoya par le Rhône à Pire, qui reçut encore trois caissons de cartouches et trois pièces. Le même jour Grouchy ordonnait au général La Salcette de se servir des gardes nationaux pour garnir la rive droite de l’Isère et occuper Romans et Saint-Marcellin, et le lendemain il chargeait le général de mettre Vienne en état de défense, d’y concentrer les gardes nationaux des environs et d’y préparer des vivres . 5.000 gardes nationaux de l’Isère, armés de fusils de chasse, de fourches, de faux, se réunirent à Saint- Marcellin . Secondé par le général Mouton-Duvernet, qui avait été nommé au commandement de la place, Grouchy mettait Lyon en état de siège, appelait les habitants aux armes, prenait des dispositions de combat, en trois heures se présentaient 2.000 volontaires lyonnais, sortis notamment du faubourg de La Guillotière. D’autres volontaires arrivaient des environs, remplissant les places et les quais, quelques-uns « en sabots et en sarraus de toile ». Ce mouvement, essentiellement populaire, étonnait et décourageait les royalistes. Grouchy était regardé par les patriotes lyonnais comme « le sauveur de la ville. » . Au-delà de Lyon, d’autres adversaires s’apprêtaient à combattre le duc d’Angoulème. Sa tentative suscitait parmi les populations de Bourgogne et de Franche-Comté un véritable soulèvement antiroyaliste, qui mit en pleine action des ressentiments et des inimitiés longtemps comprimés sous la première Restauration. Aux passions royalistes des « rebelles », tenants de l’aristocratie féodale, s’opposèrent, au nom de l’Empereur, les intérêts des Bourguignons et des Francs-Comtois, héritiers de la Révolution : dans la révolte méridionale ils virent le signal d’une réaction violente qui, en cas de succès, distribuerait leurs biens et extorquerait leur argent au profit de la caste nobiliaire et sacerdotale. Spontanément se constituèrent de nombreux groupes de volontaires, surtout parmi les jeunes gens des campagnes. Thibaudeau, commissaire extraordinaire dans la 18ème  division militaire, et Dumolard, commissaire extraordinaire dans la 6ème division militaire, après s’être vus à Dijon le 7 avril, répandirent des arrêtés qui stimulèrent ces dispositions. Les gens du Midi, disait Thibaudeau à Dijon, « prétendent à travers des Ilots de sang vous dépouiller de vos biens nationaux, rétablir les dîmes et les droits féodaux, vous remettre sous le joug des émigrés et des Bourbons ». A Besançon Dumolard tenait un langage analogue : «Acquéreurs de biens nationaux, propriétaires de toutes classes, délivrés depuis longtemps du joug des dîmes et de la féodalité, et vous tous dont les services militaires et civils seraient encore convertis en crimes, ne dormez pas sur les spoliations et les vengeances dont on ose vous menacer ». Anciens militaires, hommes de bonne volonté, gardes nationales, furent requis de marcher contre les insurgés, les maires invités à rassembler fusils, sabres, gibernes, tambours . Le 7 avril, à Dijon, 200 hommes s’enrôlèrent, pour la plupart armés de fusils chasse.  Le 10avril environ 800 paysans, venus des cantons voisins de Dijon, pénétrèrent dans celte ville aux cris de « Vive l’Empereur ! ». Dans les arrondissements de Gex, de Nantua et de Belley, l’élan fut « extraordinaire » , deux milliers d’hommes en partirent pour Lyon  . Sur les routes qui menaient à celte ville on entendait les paysans s’écrier : « Ils ne tiennent pas encore la dîme et les droits féodaux ! Vive l’Empereur! «  . Le duc d’Angoulême eût-il débouché de Valence, eut-il même emporté Lyon, que les populations rurales de l’Est se fussent énergiquement mesurées avec les « Marseillais ». Informé les 5 et 6 avril des événements de Montpellier et de Nîmes, sachant de plus que des troupes bonapartistes se préparaient à s’emparer de Pont-Saint-Esprit le duc d’Angoulême était au même moment assailli sur son front par les soldats du général Piré. Après un vif combat sur les bords de l’Isère, Pire, trompant les royalistes, avait franchi la rivière à Romans dans la nuit du 5 au 6 avril et il s’avançait sur Valence. Non seulement le duc était obligé à un mouvement rétrograde, mais toute ligne de retraite risquait de lui être coupée par le général Gilly. De plus les troupes du général Ernouf avaient subi de graves revers. Mal ravitaillés, abandonnés par les 58ème et 83ème  de ligne, qui se débandaient et passaient aux bonapartistes, les volontaires royaux avaient tenté, sous les ordres du général Loverdo, une attaque sur le défilé de La Saulce, près de Gap. Le 7 avril ils avaient été culbutés dans la Durance ou dispersés par les soldats et les gardes nationaux du général Proteau, laissant aux mains de leurs vainqueurs un drapeau blanc avec ces mots brodés en or : Les Bourbons ou  la mort ! Le lendemain des gardes nationaux les chassaient vers Sisteron . Les corps du duc, en même temps, se désagrégeaient. Le 14ème chasseurs  fit défection, les soldats du 10ème de ligne, qui avaient été travaillés à Valence par un affidé de Fouché, décidèrent en majorité, le 8 avril, de ne plus combattre, et leurs camarades de l’artillerie les imitèrent. L’insurrection royaliste était irrémédiablement vaincue. Le duc donna mission à d’Aultanne de traiter avec Gilly d’une convention qui lui permît de se retirer sur la Durance et sur Marseille avec le 1ème  de ligne. Saint-Laurent, à Pont- Saint-Esprit, accepta les conditions de d’Aultanne dans la matinée du 8 avril, mais peu après Gilly arriva d’Uzès. Gilly entama de nouveaux pourparlers avec le duc, qui se trouvait alors à Pierrelatte. Le baron de Damas, sous-chef d’état-major du duc d’Angoulême, et adjudanl-commandant

Charles-Stanislas Lefebvre, chef d’état-major de Gilly négocièrent dans l’après-midi du 8 avril une capitulation en huit articles qui fut approuvée par Gilly à huit heures du soir. Elle stipulait le licenciement de l’armée royale d Midi. Les gardes nationales de toute dénomination étalent désarmées et renvoyées dans leurs foyers, les troupes de ligne rentreraient dans leurs garnisons, les officiers généraux et supérieurs étaient autorisés à se retirer chez eux en attendant les ordres de l’Empereur. Quant au duc d’Angoulême, il irait « en poste » à Sète, où des bâtiments seraient préparés pour lui et sa suite. A chaque relais des détachements impériaux veilleraient sur sa sécurité. Peu  d’heures après la convention, Grouchy, qui avait rejoint ses troupes, expédiait à Gilly, par le Rhône, l’ordre de se porter à Mornas, entre Pont-Saint-Esprit et Avignon, avec le 63ème  de ligne et le 10ème  chasseurs, « afin de couper la route aux insurgés », et de les poursuivre sans tarder, s’ils avaient dépassé Mornas. Lui-même prenait ses dispositions pour les attaquer de front à La Palud- . Le général Corbineau, aide de camp de l’Empereur, l’avait rejoint, avec mission de le «seconder de toutes ses forces » .Tous deux arrivèrent à Pont-Saint-Esprit le 9 avril : malgré « les vives remontrances » de Gilly, et bien que Grouchy eût d’abord répugné à l’arrestation du duc, réclamée par Corbineau, il fut décidé que le duc serait gardé à Pont-Saint-Esprit en attendant les ordres impériaux. Qu’allaient faire Napoléon et ses conseillers ? Davout eût souhaité dans le Midi une répression vigoureuse, des arrestations, des jugements sommaires, il avait même prescrit à Grouchy de «faire impitoyablement fusiller tous les partisans sans du duc d’Angoulême que l’on pourrait saisir ». Aussi n’était-il nullement enclin h épargner le chef de la sédition, et, invoquant l’ordre royal de « courir sus » à Napoléon, il exposa en un rapport « les motifs de ne passe dessaisir d’un otage aussi précieux que l’était le duc d’Angoulême ». Bannir toute modération, faire un exemple solennel, appliquer sans retard vis-à-vis du duc d’Angoulême et de ses lieutenants une politique de sévérité, tel fut le parti vers lequel pencha d’abord Napoléon. Qu’il eût gardé captif le duc d’Angoulême pour l’échanger un jour contre Marie- Louise, qu’il eût même ordonné l’exécution d’un prince qui avait appelé sur le territoire français les armées étrangères, l’opinion d’un très grand nombre de Français n’eût point été douteuse : les anciens jacobins qui avaient autrefois souscrit au « gouvernement robuste de la première République, les patriotes de toute dénomination, bonapartistes, révolutionnaires, républicains, qui voulaient avant tout la ruine définitive des Bourbons et l’écrasement du royalisme,, tous ceux-là eussent approuvé l’Empereur. Mais Napoléon céda alors à un entraînement de clémence qu’il s’imaginait utile à ses relations avec les Etats étrangers, et en traitant le duc d’Angoulême avec égards, en le rendant à la liberté, il pensait en imposer à l’opinion européenne, à celle des souverains eux- mêmes: «…Il m’importe, avait-il dit à Grouchy, d’apprendre à ces brigands couronnés, que je vis si longtemps à mes genoux, et qui me mettent aujourd’hui hors de la loi des nations, que les droits que donne le malheur sont sacrés pour moi, et que je ne me venge d’ennemis tels qu’eux qu’en les vouant, par ma générosité, à l’exécration publique ». En outre, autour de lui, Maret, le général Belliard, d’autres encore, s’employaient pour le duc d’Angoulême, prêchaient l’indulgence, s’abandonnaient à une émotion plaintive et à « la plus chevaleresque courtoisie », comme si le royalisme pouvait être découragé par des oublis, des pardons et des renoncements. Ainsi que Grouchy lui-même, et rapprochant les circonstances de 1804 et celles de 1815, Maret se remémorait le supplice du duc d’Enghien, et «ce souvenir portait l’épouvante dans sa pensée », il connaissait encore l’ardeur des troupes et des gardes nationales employées contre le duc d’Angoulême, et redoutait que celui-ci en fût victime s’il traversait la France pour être emprisonné-. Napoléon ayant parlé à Belliard de l’arrivée du duc d’Angoulême à Paris, le général répliquait : « La route que M. le duc doit parcourir est fort longue, les têtes sont montées; il faut traverser de grandes villes, des pays exaltés; le prince peut courir des risques, quelques ordres que vous donniez pour sa sûreté. Qu’en ferez-vous à Paris, et s’il arrivait malheur, ne craindriez-vous pas qu’il en fût pour M. le duc d’Angoulême comme pour le duc d’Enghien ? » . Fouché, lui, s’était trop engagé avec le comte d’Artois pour qu’il ne conseillât point de relaxer son fils. L’Empereur hésitait, et ne se laissa convaincre par Maret qu’après de longues discussions. Il consentit enfin à respecter la capitulation, et se contenta d’exiger que, par un article additionnel, les diamants de la Couronne seraient restitués  . Le général de gendarmerie Radet arriva le 10 avril à Pont-Saint-Esprit. Il y trouva Grouchy et Corbineau. En l’apercevant Corbineau s’écria : «  Arrive donc !  Voilà le prince et toute sa suite en chartre privée; je te les remets, et t’en rends responsable ». La détention du duc surexcitait les passions adverses : des bonapartistes, vers « Bagnols et les Cévennes», projetaient d’empêcher l’embarquement du duc et même de l’amener à Paris, tandis que les royalistes de Pont-Saint-Esprit parlaient dé le déguiser en femme pour mieux l’enlever. Aussi Radet accumula-l-il les précautions . Il faisait aussi imprimer à Orange un « Ordre général à la gendarmerie du Midi de la France », où il mentionnait la ruine des «projets insensés» du duc et de la duchesse d’Angoulême, et opposait au gouvernement de l’Empereur les méfaits de la première Restauration, entre autres les menaces dirigées contre les acquéreurs de biens nationaux et le zèle fanatique du clergé, jaloux de rétablir « le plus affreux despotisme », la féodalité et la dîme. Retardée par le brouillard, la décision télégraphique de l’Empereur ,ne parvint à Pont-Saint-Esprit que le 14 avril. Corbineau et Damas ajoutèrent à la convention du 8 avril deux articles où le duc promettait de réclamer la restitution des diamants de la Couronne. Le 15 avril, à quatre heures de l’après-midi, le duc et ses compagnons quittèrent le bourg et partirent pour Celte avec une escorte de gendarmerie, Radet occupant dans une voiture « la tète du convoi ». Arrivé à Sète le 16 avril 1815 à huit heures du matin, le duc attendit jusqu’au soir avant de s’embarquer . Muni par les soins de Radet d’essences, de citrons, d’oranges, afin de combattre le mal de mer, il fut accompagné au port par le général, qui lui souhaita « un heureux voyage », et prit place avec sa suite, en tout dix-sept personnes, sur le navire suédois La Scandinavie. Le 18 avril il abordait à Barcelone, d’où il écrivait à sa femme : « Le bon Dieu a permis que je m’en tirasse : j’espère que c’est pour le servir de nouveau, ainsi que le Roi. J’ai fait tout ce que j’ai pu ». Pendant ce temps, à Arpaillargues , à cinq kilomètres d’Uzès, se déroulait un drame affreux. Les miquelets licenciés à La Palud rentraient chez eux. A l’approche d’une cinquantaine d’entre eux, plusieurs habitants du village répandirent les bruits les plus sinistres: à Serviers , non loin d’Uzès, ils avaient pillé les maisons, outragé les femmes, à Valence ils avaient même assassiné «quarante familles de protestants et quarante ministres ». Très animés par ces avis, auxquels la terreur inspirée par les volontaires royaux prêtait quelque véracité, les habitants des deux sexes s’emparent des armes les plus hétéroclites, bâtons munis d’un couteau, fourches, faux, bêches, broches, fusils, sabres, ils ferment l’entrée du village par des charrettes, et bien que les volontaires royaux s’avancent la crosse en l’air et consentent à livrer leurs fusils, ils tirent sur eux et en abattent quatre. On les dépouille de leurs vêtements, et deux d’entre eux, assaillis par des femmes, reçoivent d’elles des coups de fourche dans le ventre. L’une de ces femmes, qu’on surnommait la Coulourgole, s’acharne tant sur un corps qu’elle est obligée de « lui mettre le pied sur le ventre » pour en arracher la fourche. L’un des volontaires royaux expire, l’autre est achevé la nuit, la tête écrasée avec une Pierre. Stimulé, ce semble, par des émissaires de l’Empereur, prévenu par un officier de Grouchy que le duc d’Angoulême avait capitulé, Masséna se décida, le 10 avril, à prendre franchement parti pour Napoléons. A Toulon, où il s’était retiré, il lit d’abord arborer le drapeau tricolore et mettre en liberté Pons (de l’Hérault), puis il reçut la soumission de Marseille, qui lui fut portée par trois membres du Conseil municipal, il destitua le préfet des Bouches-du-Rhône et le maire de Marseille, il adressa enfin aux Marseillais une proclamation, datée du 14 avril, où il leur disait : « Soyez désormais calmes, livrez-vous à vos occupations journalières, suivez l’exemple que vous donne toute la France, partagez son bonheur : le grand Napoléon tient les rênes du gouvernement! Vous serez heureux si vous êtes confiants et dociles ». Mais les Marseillais n’étaient point aussi mobiles que le prince d’Essling. Ils gardèrent leurs sentiments royalistes et accueillirent fort mal les troupes de Grouchy. Le 6ème  de ligne étant arrivé d’Avignon à Marseille dans la soirée du 19 avril, des officiers de ce régiment, qui fêtaient bruyamment l’Empereur dans un café, furent hués et sifflés par des royalistes, ils sortirent du café, sabre en main, en criant « Vive l’Empereur ! », une violente bagarre éclata et ne prit fin que lorsque Grouchy eut fait battre la générale et sonner le boute-selle.

Masséna fut remplacé dans la 8ème division militaire par le maréchal Brune, mais, loin de le disgracier, Napoléon, en juin, le nomma membre de la Chambre des Pairs et lui offrit le commandement des 3ème  et 4ème divisions militaires. Grouchy, déjà illustré à Friedland, à Wagram et à Vauçhamps, fut fait maréchal.  Sur l’ordre de l’Empereur des salves d’artillerie célébrèrent à Paris et dans les places des frontières et des côtes la victoire bonapartiste en Provence ».

(Emile LE GALLO, « Les Cent-Jours. Essai sur l’histoire intérieure de la France  depuis le retour de l’île d’Elbe jusqu’à la nouvelle de Waterloo », Librairie Félix Alcan, 1923, pp.164-178).

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( 4 janvier, 2015 )

« Lisez, messieurs, lisez ! Je suis fou ! … »

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« On ne saurait imaginer les propos dégoûtants dont étaient infectés les journaux n’ayant de français que le nom, ni avec quelle rage absurde ils cherchaient à ravaler le grand homme, dont la chute même ébranlait le monde. Il est sans cesse présent à ma pensée ce 1er janvier 1815.

J’avais, ce jour-là, l’honneur de dîner à la table de Sa Majesté, lorsque tout à coup l’Empereur, sortant un journal de sa poche (c’était, je crois, le sordide Journal des Débats), se prit à dire :

 « Lisez, messieurs, lisez ! Je suis fou ! … »

Et dans ce moment peut-être cet immortel génie calculait son retour glorieux au sein de la Patrie ! Sublime fou, qui, rêvant la gloire et le bonheur de la France, fut arrêté à moitié chemin ! »

(Extrait du témoignage de l’adjudant-major Etienne Laborde, publié la première fois en 1840. Son récit est contenu dans mon ouvrage « Napoléon, la dernière bataille. Témoignages, 1814-1815 », Omnibus, 2014).

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( 1 janvier, 2015 )

1 8 1 5 !

Que d’événements nous réserve la dernière année de l’Empire ! Il y a le départ si soudain de Napoléon de son île d’Elbe et son débarquement sur les côtes de France; puis l’inoubliable montée vers Paris !

Et déjà les nuages obscurcissent le ciel impérial… Abasourdies un temps par le retour de l’Aigle, les puissances alliées veulent en finir. La campagne de Belgique va commencer, avec, en point d’orgue, la bataille de Mont-Saint-Jean, dite « de Waterloo »; puis la seconde abdication de l’Empereur, son départ pour l’exil de Sainte-Hélène; une page se tourne…

Au seuil de cette nouvelle année, recevez, ainsi que tous ceux qui vous sont chers, mes vœux les meilleurs pour 2015. J’en profite pour vous remercier de votre fidélité à « L’Estafette ».

Bien cordialement.

Christophe BOURACHOT

Visuel 1815-2015

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( 22 novembre, 2014 )

« Il m’en reste un pour la Patrie ! »

Il m'en reste un pour la Patrie !

Déclare cet ancien combattant des guerres de l’Empire, en montrant son seul bras subsistant; l’autre étant resté sur les champs de bataille… Le brave est devant une auberge « Aux vieux Grognards » (la sienne ?), peut-être sur les hauteurs de Montmartre… Derrière lui, on devine la colonne d’Austerlitz (place Vendôme). Le drapeau blanc, symbole de la Royauté,  a remplacé la statue de Napoléon. Une gravure signée « Charlet », datant des années 1820.

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( 15 novembre, 2014 )

Le général Roussel d’Hurbal.

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François Roussel d’Hurbal, né à Neufchâteau dans les Vosges, servit d’abord en Autriche, comme faisaient alors quelques Lorrains. Cadet au régiment d’Arberg en 1782, premier lieutenant en 1788, capitaine en second en 1793, chef d’escadron en 1797, major en 1800, lieutenant-général en 1804, colonel commandant du régiment des cuirassiers de Mack en 1806, il avait été fait général major sur le champ de bataille d’Essling. En 1811,  il donne sa démission du service d’Autriche et demande à être porté sur le tableau des généraux de brigade de l’armée française. « De quel pays est-il ? répondit Napoléon. Comment est-il passé au service de [l’] Autriche ? Quel âge a-t-il ? » Le 31 juillet 1811, Roussel fut nommé général de brigade et le 4 décembre 1812, après s’être signalé dans la campagne de Russie, général de division. En 1814, le 17 janvier, Napoléon qui le regardait comme un de ses meilleurs officiers de cavalerie, lui dit en le voyant : « Général, tenez-vous prêt », et le jour même il le nommait inspecteur général  du dépôt central de Versailles. Le 19 février 1814, il lui confiait une division de grosse cavalerie, formée des 5ème, 12ème, 21ème et 26ème  dragons; Roussel a, du reste, ainsi raconté ce qu’il fit en 1814.

Arthur CHUQUET.

« Quant au grade de commandant de la Légion d’Honneur, c’est de l’Empereur que je le tiens ; il m’y a nommé à Fontainebleau, et l’avis m’en est parvenu à Essonnes où j’occupais le poste abandonné par les troupes de M. le maréchal Marmont ; je pourrais peut-être citer qu’en 1814, à Sézanne [sans doute le 10 février 1814], l’Empereur me fit déjeuner avec lui, pour me témoigner sa satisfaction sur une charge que je fis sur des lanciers russes et des cosaques ; il n’y avait à sa table que le prince Berthier et moi ; on sait ce que valait une pareille marque d’estime de la part d’un tel chef. »

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814… », Fontemoing et Cie, 1914, p.362).

 

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( 9 novembre, 2014 )

A Bordeaux, en 1809…

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Voici un extrait du témoignage de Poumiès de la Siboutie (1789-1863) peu souvent cité mais contenant de nombreuses anecdotes.

« J’arrivai à la fin du carême de 1809. Bordeaux était encore tout ému du passage de Napoléon à son retour d’Espagne. La ville et les villages voisins étaient encombrés de troupes de toutes armes qui se rendaient, à marches forcées, en Allemagne pour la mémorable campagne de 1809. Ces soldats, sans en excepter les grenadiers à cheval de la garde, étaient maigres, défaits, et avaient leurs vêtements en mauvais état. Tous se félicitaient de quitter cette Espagne inhospitalière, où les ennemis, au lieu de se présenter en rase campagne, se cachaient derrière les arbres, les buissons, dans les ravins, se couchaient à plat ventre le long des chemins pour tirer à leur aise. Partageant l’irritation de nos soldats, je maudissais comme eux les Espagnols que j’appelais des brigands. Depuis, je les ai admirés et je les ai appelés des héros. Bordeaux avait bien reçu Napoléon, qui cependant l’avait ruiné. Il ne restait aucun vestige de son ancienne splendeur. Sa rade était déserte, quelques pauvres caboteurs l’occupaient seuls. M. de Monbadon, alors maire, dont plus tard j’ai été le médecin à Paris, m’a dit que, dans l’intimité. Napoléon témoigna à plusieurs reprises de vifs regrets de la triste situation de cette grande cité, autrefois si florissante. En public il fut très réservé, fit quelques promesses générales, prit l’engagement de faire construire le pont jusque-là jugé impossible et qui fut en effet construit. L’abbé Boneau m’accueillit bien, consentit à me prendre en pension chez lui à un prix très raisonnable. Il me fit admettre au lycée, dont le proviseur venait d’être brutalement destitué pour manque de tact. Lors du passage de Napoléon, les élèves lui furent présentés. Selon son habitude, l’Empereur fit à quelques uns d’entre eux ainsi qu’au proviseur quelques questions brusques; voyant des enfants dont la tenue était négligée, il en fit avec humeur l’observation au proviseur, qui lui répondit : — Sire, leurs familles ne sont pas heureuses. Les malheurs des temps, de la guerre, ont été surtout funestes à nos contrées. — Dites plutôt votre mauvaise administration, Monsieur, votre manque de soin, d’aptitude pour les fonctions qui vous sont confiées. J’y porterai remède. C’est à Bordeaux que je vis l’acteur Talma pour la première fois : il produisit sur moi une impression qui ne s’est jamais effacée. Dès le lendemain, j’appris par cœur le rôle de Talma. J’en fis autant de tous ceux que je lui vis jouer; et puis je les récitai, en imitant de mon mieux la pose, les intonations et les gestes de Talma. La foule se pressait à ces représentations; il fallait attendre quatre heures à la porte pour avoir une place. J’allais au parterre qui, alors, n’avait pas de banquettes; on était debout, pressé, serré, à ne pouvoir faire le moindre mouvement, et tel est l’empire de l’habitude que personne ne se plaignait de cette torture de huit à neuf heures consécutives ! Je me mis résolument à l’étude : je doublai ma rhétorique, je suivis les cours de mathématiques, de dessin, et me préparai à mon examen. Je m’en tirai passablement, quoique l’examinateur, M. Labbé, m’intimidât à l’excès. Nous étions trente concurrents. Huit ou dix eurent des examens brillants; les autres furent au-dessous de moi. Dès lors, je pressentis que je devais songer à une autre carrière. Je reçus une lettre du ministre de la Guerre m’annonçant que j’étais dans les admissibles et m’offrant une place à l’Ecole militaire de Saint-Cyr. Mes parents refusèrent ; notre famille n’a que trop largement payé son tribut de sang à son pays. Je fus désolé d’avoir échoué. C’était le rêve de toute ma vie d’écolier. Cependant pas un sentiment d’envie ou de jalousie ne se mêla à mes regrets. Ceux de mes camarades qui furent reçus avaient mieux répondu, et je n’eus même pas la ressource de m’en prendre à mes juges. Tout fut pour le mieux; presque toute cette promotion  passa dans l’armée, et les trois quarts au moins sont restés sur les champs de bataille ! »

(Docteur Poumiès de la Siboutie », « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp. 74-77)

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( 2 novembre, 2014 )

La fin de la campagne de Saxe…

Lagneau

Durant la campagne de 1813, Louis-Vivant Lagneau (1781-1867), était chirurgien-major dans un régiment de fusiliers-grenadiers.

« 1er novembre. L’ennemi nous attaque de nouveau, désireux de prendre sa revanche  (car il a perdu de 10 à 11 000 hommes) et nous 3000, mais il perd encore 1 500 à 2 000 hommes. De Wrède s’était mal placé, il avait à dos la rivière du Kinzig, qui se réunit au Mein à Hanau. Nous, nous avions en avant de cette ville une belle et grande plaine qui rendait nos manœuvres faciles, et nos tirailleurs avaient chassé l’ennemi à mesure que notre formidable artillerie avançait en foudroyant les masses qui nous étaient opposées.

Pendant la bataille de Hanau, nous suivions la direction qui nous était donnée, lorsque vinrent nous traverser au grand trot les dragons de notre Garde, qui paraissaient aller à une chose plus pressée et, contrariés de l’obstacle que leur présentait notre division, qui défilait, ils éloignèrent nos baïonnettes avec leurs bottes, de sorte que je reçus, dans cette mêlée, un coup de sabre à plat sur mon chapeau. J’avais bien envie de ma fâcher contre l’officier, un peu étourdi, qui me l’avait lancé, sûrement sans intention qui me fut personnelle. Mais ce n’était pas le cas, au vu de l’utilité de la charge, qui fut en effet des plus brillantes et des plus efficaces.

Après ces belles affaires, dans des circonstances bien tristes d’ailleurs, la retraite n’est plus entravée. Napoléon suit la route de Mayence, nous la Jeune Garde, passons un peu à droite, vu les embarras des chemins et nous traversons Francfort, où je reconnais parmi les curieux plusieurs officiers de Hesse-Darmstadt, qui avaient servi avec nous dans la campagne. Ils étaient alors commandés par un de leurs princes, Émile d’Auerstaedt, qui était un excellent jeune hommes. A Francfort, ces officiers sont en bourgeois en curieux.

Mayence est encombré de traînards, de dépôts de divers régiments et les hôpitaux pleins de malades attaqués du typhus, qui y fait de grands ravages, et qui n’épargne pas les habitants eux-mêmes.

Là, je perdis d’une affection de poitrine, un bon et beau cheval que j’avais acheté au début de la campagne. Cette perte me fut très sensible. C’était un cheval hanovrien, que j’avais acheté à un paysan qui l’employait à son labour, car on voit communément là des chevaux magnifiques, attelés à la charrue.

Malheureusement, ce pauvre animal était fatigué de notre retraite. Ce qui a pu contribuer à ce qu’il fût pris de la fluxion de poitrine qui l’a tué, c’est ce je n’avais pu, dans Mayence, lui trouver une écurie et que j’avais été forcé de le mettre très à mal à l’abri, sous un auvent, où il aura été saisi par le froid très rigoureux que nous éprouvions alors.

7 novembre. Napoléon part pour Paris. Il avait malheureusement laissé dans les places de la Vistule, de l’Oder et de l’Elbe 190 000 hommes de garnison : Dantzig, Thorn, Dresde, Torgau, Hambourg, Magdebourg, etc.

Si nous avions eu ces hommes à Leipzig, la chance nous eût été sûrement favorable, surtout avec la coopération de généraux éprouvés comme Davout, Saint-Cyr, etc., dont l’expérience consommée et la résolution nous eussent assuré la victoire à Leipzig et plus tard une paix honorable.

17 novembre. Nous reprenons la route de Paris, en passant par Trèves… Thionville, Verdun, Châlons-sur-Marne, etc.

Dans un village, aux environs de Kreuznach, première étape après Mayence, je laissai en quittant mon logement, ma bourse assez bien garnie de pièces d’or, frédérics et napoléons. M’en étant aperçu lorsque j’étais déjà en route, je retournais au moins trois lieues, mais je ne retrouvai rien. Je laissai une note au maire de l’endroit, avec prière de m’envoyer ma bourse si on la trouvait. Mais je n’ai pas reçu de nouvelles.

Arrivés à Paris le 22 novembre, on s’occupe de nous compléter le régiment avec des hommes tirés des conscriptions très anciennes et qui n’ont pas été demandés avant. De beaux hommes, forts, bien développés et intelligents. On y a versé aussi des soldats de différents bataillons de dépôts. Sommes toute, c’est une bonne et rassurante organisation. »

 

(Louis-Vivant LAGNEAU, « Journal d’un chirurgien de la Grande Armée, 1803-1815. Edition présentées et complétée par Christophe Bourachot », LCV Services, 2000 pp.172-174).

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( 29 septembre, 2014 )

Le général Vandamme sous surveillance…

Le général Vandamme sous surveillance… dans TEMOIGNAGES vandamme

Dans ce bulletin, Beugnot, évoque le général Vandamme, officier qui possède une forte personnalité. On le surveille, on l’épie, car le pouvoir royal le sait être favorable à l’Empereur…

Bulletin du 24 septembre 1814. Paris. Le général Vandamme est à Paris depuis dix jours. Comme c’est un des hommes les plus violents de l’armée, j’ai fait suivre ses pas et surveiller ses discours. Il a vu la plupart des maréchaux qui sont à Paris, entre autres les maréchaux Macdonald et Ney, ainsi qu’n certain nombre de généraux. Il paraît s’être borné à exprimer des plaintes sur les circonstances, et des regrets mal dissimulés sur le passé, sans laisser rien percer sur aucun projet ni aucun plan. Il sent qu’avec sa réputation, il ne peut être en faveur à la cour. Aussi a-t-il annoncé qu’il ne demanderait rien au Roi, perce qu’il ne voulait pas éprouver de refus. Sa société la plus habituelle est la famille de Franconi avec qui il est lié, et au manège duquel il ava tous les jours. Il paraît s’occuper d’un mémoire apologétique de ses opérations militaires à l’époque où il a été fait prisonnier sur les frontières de la bohème [après la bataille de Kulm, perdue le 30 août 1813]. Il a chez lui un secrétaire qui y travaille ; son intention semble être de ne pas rester longtemps à paris, et de partir dans quinze à vingt jours pour une terre qu’il possède en Flandre. »

(Source : Comte Beugnot,  « Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annoté par Eugène Welvert », R. Roger et F. Chernoviz, Libraires-Éditeurs, sans date, pp.213-214).

 

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( 15 septembre, 2014 )

Quelques mots d’André Pons de l’Hérault…

Pons

Rappelons que cet intéressant personnage, plutôt républicain, à l’origine, dirigeait les mines de l’île d’Elbe depuis 1809. Après l’arrivée de l’Empereur dans l’île d’Elbe, il deviendra progressivement un de ses partisans les plus dévoués et le suivra lors de son retour en France, en 1815. Il a donc eu tout le loisir d’observer l’Empereur dans son royaume elbois. 

C.B.

« Aux jours de sa toute-puissance, alors qu’il était le Roi des rois, nul n’était assez haut placé pour pouvoir regarder l’empereur Napoléon en face ; il échappait à toutes les observations. Les louanges avaient cessé d’avoir un caractère de vérité. Il n’en était pas ainsi à l’île d’Elbe. Le prince qui était venu régner sur ce rocher ne portait point l’auréole d’invulnérabilité qui naguère couronnait l’empereur des Français… Cependant Napoléon n’était pas moins grand à Porto-Ferrajo qu’à Paris. Mais le prestige avait cessé : on doutait de l’immensité de son génie, ou du moins on faisait semblant d’en douter. Ce doute flattait les nains de droit divin qui, dans les illusions de leur orgueil, s’imaginaient pouvoir ainsi se rapprocher du géant populaire, à la taille duquel ils n’avaient jamais eu jusqu’alors la pensée de mesurer leur taille. …Il n’y a donc rien d’extraordinaire dans la croyance que l’empereur Napoléon n’a jamais été plus complètement et plus parfaitement examiné qu’à l’île d’Elbe. Ce n’est qu’à l’île d’Elbe en effet que l’on a pu étudier et connaître Napoléon. Soldat, il devait prendre et il prenait toutes les formes que son ambition lui imposait; empereur, il était placé si haut qu’on ne pouvait pas le voir ; à Sainte-Hélène, il posait pour la postérité. Mais à l’île d’Elbe il n’en était pas de même : ce n’était plus Napoléon l’invincible, Napoléon le Roi des rois, Napoléon inabordable;c’était Napoléon vaincu, Napoléon dépossédé, Napoléon populaire. Ce n’était pas Napoléon prisonnier et torturé comme il fut ensuite à Sainte-Hélène. Il n’avait pas cessé de régner. « 

Nous n’avons jamais vu un portrait de Napoléon parfaitement ressemblant. Eh bien, on n’avait pas été mieux inspiré dans la peinture de son caractère moral que dans celle de ses traits physiques. « 

(André PONS de l’HERAULT, « Souvenirs Anecdotes ». Présenté et annoté par Christophe Bourachot », Les Editeurs Libres, 2005.) 

Pons-Les editeurs Libres 2005

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( 28 août, 2014 )

« Porte-drapeaux des armées de Napoléon » n°13…

Paru ce jeudi 28 août, ce nouveau numéro représente le porte-étendard des grenadiers à cheval de la Garde Impériale. Le prochain, dans quinze jours, sera le porte-drapeau de la 9ème demi-brigade de bataille en Égypte. (En kiosque, 11.99 euros).

H13

 

 

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( 28 août, 2014 )

Retour sur un livre…

1814-1815

France-Info  a rediffusé ce matin, dans sa série « Le Livre de l’été »,  mon entretien réalisé à propos de « Napoléon. La dernière bataille. Témoignages, 1814-1815 «  (Omnibus, 2014). C’est ici :

http://www.franceinfo.fr/emission/le-livre-du-jour/2014-ete/le-livre-du-jour-ete-2014-du-28-08-2014-08-28-2014-06-10

 

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( 25 août, 2014 )

Au hasard de mes lectures…

Au hasard de mes lectures...

De l’Autriche à la Belgique en passant par les Seychelles…

Louis-Jacques Romand est né en 1790 à Vauconcourt-Nervezain (Haute-Saône), en Franche-Comté, et installé avec ses parents à Pesmes est tiré au sort en mars 1809 afin d’être incorporé dans la Garde Impériale (1er régiment de fusiliers-chasseurs). Il participe à la campagne d’Autriche au cours de laquelle il est blessé assez grièvement d’une balle qui lui traverse le corps (« de la hanche gauche à la hanche droite » précisent ses états de services figurant sur le site « Léonore » de la Légion d’honneur -cote LH/2376/64- accessibles à tous sur le net). Romand reste deux mois à l’hôpital. Puis le voici à Paris (en juillet 1809) encore convalescent. Après un casernement de cinq à six mois, au cours duquel  il travaillera dans les bureaux du quartier-maître de son régiment, le voici expédier sur l’Île de France, l’île Maurice, alors possession française et menacée par les Anglais (elle deviendra leur propriété en 1810 et ce jusqu’en…1968 !). S’en suit un chapitre maritime; notre grenadier se transformant en matelot de guerre (passé sergent-major au 1er bataillon expéditionnaire en novembre 1810). A la mi-décembre 1810 (donc durant les dernières semaines où l’île était encore française), Romand s’embarque à bord de La Clorinde (suivie par deux autres bâtiments). Cette partie du récit est dépaysante par les situations vécus : combats navals, escale aux îles Seychelles, où l’auteur rencontre des autochtones et une quarantaine de personnes tous français et « déportés dans cette colonie comme complices de la machine infernale qui éclata à Paris le 3 nivôse an 9 sur le passage du premier consul Bonaparte, pour attenter à ses jours ». Le 24 juin 1811, c’est à l’île de Diégo-Garcia, véritable petit paradis terrestre, qu’il jette l’ancre pour se ravitailler. L’équipage laisse les noirs qu’il a embarqués au Seychelles en paiement des vivres emportés. C’est en octobre 1811, que Romand retrouve la France. Après deux mois de repos il est affecté au 70ème régiment d’infanterie de ligne basé à Brest puis, plus tard au 100ème de ligne en dépôt à Metz (sergent-major dans ce régiment en mai 1812; puis adjudant-major en mai 1813). En 1813, Romand participe à la campagne de Saxe, il est présent à Dresde où il voit Napoléon s’exposant au feu de l’ennemi. Romand est blessé une nouvelle fois (par un éclat d’obus  à la tête, cette fois). Fait prisonnier le 10 septembre 1813, à Töplitz, Romand ne retrouve la France qu’en juillet 1814, lors de la première Restauration. Il reprend du service actif après le retour de l’Empereur de son île d’Elbe, en mars 1815 et participe à la campagne de Belgique (Chevalier de la Légion d’honneur par décret du 3 avril 1815). Romand se bat à Ligny où il est blessé à la tête le 16 juin 1815. Nous le retrouvons enfermé dans la place de Cambrai encerclée par les Anglais mais livrée par les habitants eux-mêmes ! Nous sommes le 24 juin 1815. Louis-Jacques Romand rentre dans ses foyers à Pesmes le 27 septembre 1815. Ses états de service nous apprennent encore qu’il est admis ensuite à la Légion du département de la Haute-Saône (en mars 1816) avant d’être renvoyé chez lui en congé illimité le mois suivant. Il s’est éteint en 1862.

Si son témoignage, est à lire sans hésitation, il est regrettable que le publicateur de 1981, n’ait pas rectifié les erreurs commises par Romand et les fautes d’orthographe de l’auteur qui utilisait le français populaire en usage à l’époque. A noter également, l’absence de notes critiques mettant en lumière les propos de Louis-Jacques Romand.

C.B. 

Louis-Jacques ROMAND, « Mémoires de ma vie militaire, 1809-1815. L’extraordinaire odyssée d’un franc-comtois dans la tourmente des guerres napoléoniennes. Manuscrit inédit de 1819. Recueilli par Mademoiselle Françoise BARTHELET », Besançon, 1981, 82 p.

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