( 18 février, 2021 )

Le GENERAL MILHAUD dans la CAMPAGNE de RUSSIE…

Le GENERAL MILHAUD dans la CAMPAGNE de RUSSIE... dans FIGURES D'EMPIRE russie

La campagne de Russie figure sur les états de service du général Milhaud avec raison. Le 20 juin 1812, Milhaud était nommé par le duc de Feltre commandant de la 25ème division militaire et il recevait l’ordre de se rendre sur-le-champ en poste à Wesel. Il arrive à Wesel le 25 juin 1823 à 5 heures du soir. Mais il tombe malade. Le 13 juillet, de Vilna, Berthier lui prescrit de venir à la Grande-Armée aussitôt qu’il serait rétabli, et, le 9 août, Milhaud part de Wesel pour joindre la Grande-Armée. Au mois de septembre, il est sûrement au quartier-général ; après l’entrée des Français à Moscou, Mortier est gouverneur général de la province, Durosnel, gouverneur de Moscou, et Milhaud, commandant de la place ; aux yeux des Russes, il y a à Moscou deux gouverneurs, Mortier et Durosnel, et un commandant, Milhaud. »Vous aurez sous vos ordres, écrit Berthier à Mortier à la date du 17 septembre 1812, le général Milhaud. » C’est tout ce que l’on sait. Le 1er février 1813, d’Aurillac (Cantal), son frère, Milhaud aîné, propriétaire à Sistrières, demande de ses nouvelles au Ministre de la Guerre. « Depuis le mois d’octobre, écrit-il, je n’ai reçu aucune nouvelle du général comte Milhaud, je ne sais que penser sur son sort. » Et le secrétaire général du ministère fait répondre, le 25 mars, que le général Milhaud revient en France, qu’il est en ce moment à Mayence où il commande un corps de cavalerie [Milhaud avait été, en effet, désigné le 15 février 1813 pour commander un corps qui se formait à Mayence avec tous les détachements appartenant au 1er corps de la cavalerie de la Grande-Armée que commandait Latour-Maubourg].

Mais, quoiqu’il en soit, Milhaud a fait la campagne de Russie. 

Arthur CHUQUET 

 

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( 3 février, 2021 )

Daru en 1812…

Daru, Intendant de la Grande Armée, ne fut pas seulement, dans la campagne de 1812, un grand travailleur, un laborieux administrateur ; il déploya la plus remarquable énergie. A Smolensk, au milieu de l’incendie qui menace sa maison, il prend soin de tout, et à minuit, malgré la fatigue et lorsqu’autour de lui Dumas, Kirgener, JDaru en 1812… dans FIGURES D'EMPIRE Daruacqueminot, Beyle [Stendhal], harassés, d’endorment sur leur chaise, la fourchette à la main, Daru seul résiste au sommeil. Faut-il croire qu’il ait joué près de Napoléon le geôle de discoureur politique que lui prête Ségur. En tout cas, s’il a dit à l’Empereur que la guerre de 1812 n’était pas nationale, il a eu raison, et Gourgaud à tord de prétendre que cette guerre, à cause de la délivrance de la Pologne, était  plus nationale que toute autre, et, après la guerre de la limite du Rhin, la plus nationale qui pût être faite. Faut-il croire également qu’à la bataille de La Moskowa, il avertit l’Empereur que le moment était venu d’engager la réserve ? Gourgaud pense justement que Daru se serait bien gardé de conseiller à  Napoléon un mouvement militaire. Il eut, durant la retraite, le même courage que le comte de Narbonne-Lara. Sa voiture était la dernière des voitures de la maison impériale ; elle renfermait tous les papiers dela Chancellerie et les provisions destinées aux auditeurs qui s’écartaient du précieux véhicule le moins qu’ils pouvaient. Mais Daru n’occupa jamais sa voiture ; il chevauchait toujours à côté de l’Empereur. « Son esprit supérieur, dit un témoin, et son âme vigoureusement trempée lui conservaient l’attitude la plus calme, la plus noble, la plus imposante. » Stendhal n’écrit-il pas qu’il se conduit d’une manière très belle ?

Quels instants cruels il eut à passer lorsqu’à la veille du passage dela Bérézina, il brûla les papiers de l’Empereur ! « La journée de demain, dit-il alors, décidera de notre sort. Peut-être ne reverrai-je jamais la France, ni ma femme, ni mes enfants ; le sort du comte Piper m’attend ; j’irai mourir en Sibérie. » Mais, tout en faisant ces douloureuses réflexions, il montrait la même tranquillité, la même activité qu’auparavant. A Vilna, à Kowno, Daru seconda de tout son pouvoir Murat et Berthier. A Königsberg, il tâche de tout remettre en ordre ; une grande administration, comme il dit, est en ruine, et il faut la rétablir promptement, et que d’efforts continuels, et de mémoire et d’intelligence exige la perte de tous les papiers !

 Arthur CHUQUET

(« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série » Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  p.398)

 

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( 30 décembre, 2020 )

Un EPISODE de la CAMPAGNE de RUSSIE…

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Le témoignage réaliste, qui suit a été rédigé par Guillaume Peyrusse, qui termina sa carrière durant les Cent-Jours en tant que Trésorier général de la Couronne. 

9 décembre 1812. 

Le roi [de Naples, Murat] a quitté son quartier ; nous avons ordre de le suivre. Notre marche a été fort embarrassée. Arrivés à dix heures du soir au défilé de Ponari, nous y rencontrâmes de si grands obstacles qu’il fallut se résigner à camper sur place, espérant que, la foule s’écoulant, dans la nuit, notre mouvement serait plus libre le lendemain. Nous cédâmes à la cruelle nécessité de cacher notre position à l’ennemi. Les feux de bivouac ne furent pas allumés. L’inquiétude et un froid de 25 degrés m’anéantirent pendant cette horrible nuit. 

10 décembre 1812. 

Au point du jour j’ai fait atteler. Nos domestiques étaient sans force, sans énergie et totalement démoralisés. Un nombre considérable de voitures de tout espèce, de pièces et caissons d’artillerie, abandonnés au travers de la route, sans conducteurs, des charretiers, des soldats, une infinité de chevaux étendus sans vie, une rampe glacée sur laquelle il n’était pas possible de se tenir debout devinrent un obstacle insurmontable. Plusieurs fois nos chevaux essayèrent de se frayer une route.

Ne pouvant avoir pied, le fourgon [celui contenant le Trésor impérial] allait en arrière, au risque d’être jeté dans un fossé, ne pouvant être ni retenu, ni guidé par les chevaux. Le désordre le plus affreux régnait dans cette réunion d’hommes et d’équipages. Il augmentait de minute en minute par l’agglomération sur ce point de tous les réfugiés de Vilna. La fusillade retentissait dans la ville. Les cosaques s’étaient montrés dans plusieurs quartiers.

Il n’y avait pas d’espoir d’être couverts par une arrière-garde. Notre armée n’existait plus, elle était fondue. Nous prîmes notre parti. Dans l’impossibilité de sauver notre convoi, nous mîmes le feu aux voitures. J’évacuai le trésor, les pièces et les dépôts qui m’étaient confiés. J’en chargeai les chevaux de mon fourgon. Ce qu’ils ne purent prendre fut confié aux grenadiers de mon escorte. Je n’oubliai pas le peu de provisions que je conservais précieusement, et, quelque pénible que fût le sacrifice des objets précieux que je m’étais procuré à Moscou, je mis le feu à mon fourgon.

Je fis parcourir à mon convoi toutes les sinuosités du défilé et je parvins à sa hauteur après les plus grands efforts et de nombreuses chutes. Après avoir fait halte, je continuai ma route pour suivre la direction qu’avait prise le roi de Naples.

(Extrait de l’ouvrage intitulé : « Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André pendant les campagnes de l’Empire, de 1809 à 1814… »,par Léon-G. Pélissier, Paris, Perrin et Cie,Libraires-Editeurs, 1894). 

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( 30 septembre, 2020 )

Scènes incroyables ! (Campagne de Russie, 1812).

Scènes incroyables ! (Campagne de Russie, 1812). dans TEMOIGNAGES la-retraite-de-russie

« Le 8 [décembre 1812], le quartier-général entre dans Vilna, rien ne peut donner l’idée de la confusion qui y règne. Les boutiques sont ouvertes ; mais déjà elles sont encombrées, les cafés, les magasins de comestibles sont envahis, quoi qu’on ait fait pour les faire protéger par une garde… Tout est bouleversé, tout est désordre ; et sincèrement il ne pouvait en être autrement : Vilna était la première ville hospitalière que nous rencontrions, et chacun y arrivait affamé et dépourvu de toute espèce de ressource. En vain cherche-t-on à rallier les hommes isolés, en vain leur assigne-t-on des couvents pour point de réunion. Les uns entrent dans les logements qu’ils ont occupés au premier passage dans Vilna ; les autres implorent la commisération des habitants qui leur accordent un asile. La fatigue abat les uns, les souffrances découragent les autres ; c’est une masse inerte que le bien-être du moment aveugle sur le péril qui la menace. » (Témoignage de Denniée, pp.169-170).

Labaume, dans ses mémoires (p.289) raconte : « Le chemin que nous suivions offrait à chaque pas de braves officiers couverts de haillons, appuyés sur des bâtons de pin, les cheveux et la barbe hérissés de glaçons ; ces mêmes guerriers, naguère la terreur de nos ennemis, et vainqueurs des deux tiers de l’Europe, ayant perdu leur noble contenance, se traînaient à pas lents, et ne pouvaient obtenir un regard de pitié des soldats dont ils étaient jadis obéis ! Situation d’autant plus déplorable, que quiconque n’avait pas la force de marcher était abandonné, et tout homme abandonné, une heure après était un homme mort. »

« La faim et la misère étaient à leur comble. On voyait des troupes d’hommes que nous appelions « les hébétés » qui étaient à la vérité absolument insensés. Ils ouvraient le ventre des chevaux, arrachaient ce qu’ils pouvaient pour le manger avec une voracité inexprimable. D’autres qui n’avaient plus ni sabre ni couteau, déchiraient la chair avec leurs dents et suçaient le sang des chevaux encore vivants mais tombés par terre. J’ai vu de mes propres yeux des forcenés se déchirer les membres et sucer leur propre sang, tant la faim et la misère avaient altéré leur raison et réduit ces malheureux à une condition au-dessous de celles des plus vils animaux. », selon le Général Vionnet de Maringoné, p.58, qui situe ce passage à la date du 6 décembre 1812.

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( 25 juillet, 2020 )

Une lettre du général d’artillerie Boulart durant la campagne de Russie…

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Elle est adressée à son épouse demeurant à La Fère (département de l’Aisne). Une de plus extraite de l’excellent volume publié en 1912 et regroupant de très nombreuses lettres de la Grande-Armée interceptées par les Russes durant la campagne de Russie.

A 2 heures de Wiasma, le 1er novembre 1812.

Je t’écris, mon amie, par le plus beau jour et la plus belle gelée, assis sur la plus belle motte de terre, ayant le froid dans le corps et conséquemment au bout des doigts, pour te dire que tu ne t’inquiètes pas sur mon compte. Depuis le 18 octobre nous avons quitté Moscou, nous nous retirons sur Smolensk, et il y a apparence que de là nous irons à  Vilna. Je ne te parle pas de nos maux et privations.  La plus grande pour moi est de n’avoir pas de tes nouvelles et de pouvoir pas t’en donner des miennes. Marin a eu le malheur d’être blessé dans une affaire de rien ; il a une partie des chairs de la cuisse, au-dessus du genou, emporté par un boulet. Il va assez bien, mais en sera estropié. Je voudrais bien en avoir autant que lui et n’avoir plus qu’à te consacrer le reste de mes jours, ainsi qu’à mes enfants. Je ferai le papa l’ingamba et toi la mère ingamba. Nous ferions le plus intéressant couple possible et nous ferions tous nos efforts pour que nos enfants soient un jour plus ingambes que nous. Le diable m’emporte, si le souhait que je fais n’est pas sincère ! Nous faisons un métier trop rude pour y tenir longtemps.

Adieu ma bonne amie.

BOULART.

 

 

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( 5 juillet, 2020 )

A VILNA, le 5 JUILLET 1812…

« Vilna [Vilnius] (Lithuanie [Lituanie] Russe), le 5 juillet 1812.

Je n’accuse que la précipitation avec laquelle nous marchons du retard que je mets à recevoir de tes nouvelles. Je t’ai écrit le 25 [juin 1812], je crois, de Wiklovsky (sic). Sa Majesté avait fait quelques démonstrations pour passer le Niémen à Tilsitt. Cela avait attiré de ce côté un corps de l’armée russe. Mais dès que S.M. s’est aperçue qu’ ils étaient là en observation, elle s’est hâtée de faire forcer de marche à l’équipage des ponts, et en moins de quatre heures, trois ponts ont été lancés et faits à vingt-six lieues [environ 104 km] de Tilsitt, près du village de Kanen en allemand ou de Kowno en polonais . Cent vingt mille hommes ont passé toute la nuit ; quelques escadrons de cosaques, placés sur les hauteurs qui dominent le fleuA VILNA, le 5 JUILLET 1812... dans TEMOIGNAGES 06-507695-300x182ve, ont échangé quelques coups de fusil avec les tirailleurs jetés sur la rive droite pour protéger les ouvriers. S.M. s’est portée sur la route de Vilna. Elle s’attendait que l’entrée de cette ville lui serait disputée. Il y a eu quelques coups de sabre, mais pas d’engagement sérieux. S.M. est entrée à Vilna assez à temps pour arrêter le feu que les russes avaient mis à leurs magasins, qui sont assez considérables. La ville a été respectée ; l’on trouve ici à peu près tout ce qu’il faut. Les Russes ne paraissent pas bien décidés à mordre. Peut-être veulent-ils amener S.M. à combattre sur un terrain préparé. Ces deux colosses se rencontreront et se heurteront enfin. Un jour la terre tremblera de ce choc. Notre armée est immense et se porte bien ; jamais je n’ai vu l’Empereur si calme et si actif… »

Guillaume Peyrusse (« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.75-76).

L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne. Sur ce personnage fort intéressant, voir mon édition complétée et annotée de ses «Mémoires » parue en 2018 aux Editions AKFG).

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( 16 février, 2020 )

Une lettre d’Amédée de Pastoret…

 amdedepastoret.jpgCette lettre, interceptée par les Russes est écrite par Amédée de Pastoret à un de ses collègues de Vilna, qui rit, danse et joue la comédie dans les salons du duc de Bassano et mène à la fois les plaisirs et les affaires. Pastoret n’est pas, lui, un « des heureux du siècle ». Il administre la Russie blanche, et Dieu sait au milieu de quel embarras, de quelles difficultés ! 

Arthur CHUQUET. 

Vitebsk, 28 octobre 1812. 

De tous les intendants que je connaîs, je suis le plus malheureux. L’Empereur de France m’a donné douze districts à gouverner, mais l’Empereur de Russie a jugé à propos d’en administrer huit par lui-même ou par ses généraux, et, qui pis est, il ne me laisse pas même tranquille dans les autres. M. de Wittgenstein, que bien vous connaissez, a des avant-postes à six lieues de moi, et l’autre jour, des cosaques sont venus déjeuner pour la troisième fois dans les faubourgs de Vitebsk. Il est bien vrai qu’assez près de moi j’ai deux maréchaux de France et trois corps d’armée. Mais jugez un peu ce que tout ce monde-là doit consommer en toute espèce de choses. Mes braves sujets ne voudraient point se battre, ils n’aiment pas à fournir leurs denrées et se soucient peu de donner leur argent. J’ai donc peu de secours à en attendre. D’un autre côté, la commission administrative que l’Empereur avait mise sous ma présidence et qui était richement composée de princes et de comtes, a disparu comme l’ombre vaine qui passe et ne revient plus. Supposer un pauvre homme tout seul dans un pays à peu près inconnu pour lui, mettez-lui les ennemis en tête et rien à dos, supposez qu’il n’ait ni argent ni forces militaires, qu’il ne trouve autour de lui ni zèle ni bonnes volonté, et vous aurez une petite idée de notre position. Je ne l’exagère pas, sur ma fois, mais j’ai bien de la peine à la supporter. 

————————————————

Quelques mots sur ce personnage : 

Pastoret, Amédée David de Pastoret est né le 2 janvier 1791 à Paris. Fils du marquis de Pastoret, membre du Sénat conservateur. Il fait ses études au lycée Napoléon, et à l’âge de 18 ans, est envoyé à Rome comme secrétaire général du Ministre de l’Intérieur. Il est nommé le 19 janvier 1810 auditeur de seconde classe, et affecté près l’administration des ponts et chaussées jusqu’en 1811. Il passe en service extraordinaire comme intendant en Russie en 1812. Officiellement auditeur de première classe en service ordinaire près du ministre de la police et de la section de l’intérieur en 1812, il est également rattaché à la commission du contentieux en 1812. En service extraordinaire, il est fait sous-préfet de Corbeil le 7 avril 1813 mais est mis à disposition de Daru, pour la Grande-Armée, par décret du 14 avril 1813. Le décret du 26 décembre 1813 le nomme adjoint au commissaire extraordinaire dans la 18ème  division militaire (Dijon). Il se rallie aux Bourbons en 1814 et est alors nommé maître des requêtes. Membre libre de l’Académie des Beaux-Arts en 1823. Conseiller d’État en 1825. Il refuse en 1830 de prêter serment à Louis Philippe et se mêle assez activement aux menées légitimistes. Il ne reprend une carrière publique qu’en 1852 : sénateur le 31 décembre 1852, grand officier de la Légion d’honneur et membre de la commission municipale de Paris en 1855. Il s’éteint à Paris le 18 mai 1857. 

 C.B. 

 

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( 15 janvier, 2020 )

Une lettre de Maret au maréchal Macdonald…

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Maret, duc de Bassano, ministre des Relations extérieures, resté à Vilna, donne le 5 septembre 1812 des nouvelles à Macdonald et lui transmet les instructions de l’Empereur. Il retrace la marche de l’armée dont Eugène et Poniatowski forment les ailes, et il reproche aux Russes l’incendie de Viazma et leur politique de destruction. On sait que les troupes françaises avaient marché depuis Smolensk, constamment entourées de flammes. Maret, lui aussi, croit à la bataille prochaine. L’ennemi, commandé, non plus par Barclay de Tolly, mais par Koutousov, voudra couvrir Moscou ; mais il sera battu, et, dans ce cas, Macdonald, de concert avec [Gouvion] Saint-Cyr, devra tomber sur Wittgenstein. Au reste, dans les circonstances présentes, l’Empereur lui laisse carte blanche.

Arthur CHUQUET.

Vilna, 5 septembre 1812.

Le quartier-général de l’Empereur était le 31 [août] à Viazma que les troupes occupaient depuis le 29. L’armée marchait sur trois colonnes. La gauche, formée par le vice-roi [Eugène], se dirigeant par Kokhouchkino, Znamenskoïé, Koslerechkovo et NovoIé ; le centre par le roi de Naples [Murat], les corps du prince d’Eckmühl [Davout], du duc d’Elchingen [Ney] et la Garde, marchant sur la grande route ; et la gauche, par le prince Poniatowski, marchant sur la rive gauche de l’Osma par Volotchek, Loujki, Pokrovskoïe et Sloukino.

L’ennemi continuait à tout brûler sur son passage. Il avait mis le feu à la ville de Viazma. Nous sommes parvenus à en sauver les transports. Elle était abandonnée aux Cosaques qui n’ont pas eu le temps d’en achever le pillage. Nous y avons trouvé une certaine quantité d’approvisionnements et beaucoup d’eau-de-vie. On ne conçoit rien à cette rage qui prononce la destruction d’une ville de 15.000 habitants, ornées de trente-deux églises et enrichie par les siècles. Il paraît que c’est un des détails de ce que M. Barclay de Tolly appelle son « système » et il est à espérer que le système changera, s’il est vrai, comme on le croit au quartier-général, que le général Koutouzov a pris le 28 [août] le commandement en chef de l’armée russe. Tout paraît se préparer pour une grande bataille et l’on croit qu’elle peut avoir lieu d’ici au 12 ou  (au] 15. Les habitants de Moscou ne semblent pas disposés à se laisser abandonnée, brûler et piller par les Cosaques. Sa Majesté m’ordonne, Monsieur le Maréchal, de vous écrire que dans l’état actuel des choses, la probabilité étant que l’ennemi livrera bataille pour couvrir Moscou, si nous la gagnons et si nous entrons dans cette ville, les affaires se trouveront prendre un caractère très décidé, les affaires  se trouveront prendre un caractère très décidé, qu’en conséquence, il serait convenable, vu surtout la saison avancée, que le siège de riga fût ajourné et qu’avec tout ce que vous avez de disponible, vous débouchassiez sur Wittgenstein, de coincer avec le maréchal  de[Gouvion] Saint-Cyr, et que vous poussassiez le général ennemi à quelques marches de la Dvina. Sa Majesté ajoute dans sa lettre que, dans les circonstances présentes, elle ne peut que vous laisser carte blanche là-dessus. Je n’écris rien à ce sujet au maréchal de [Gouvion] Saint-Cyr. Votre Excellence lui fera connaître sa détermination.

Le duc de Bellune [Victor] est ici depuis deux jours. Le mouvement général de son corps d’armée et des autres troupes qui entrent sous son commandement, a pour objet de pouvoir, au besoin, appuyer le maréchal de [Gouvion] Saint-Cyr et les opérations du prince de Schwartzenberg en Volhynie.

J’ai l’honneur d’offrir à Votre Excellence les nouvelles assurances de ma très haute considération.

Le duc de BASSANO.

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( 6 janvier, 2020 )

Une lettre d’un officier de la Grande-Armée à sa femme…

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Celle-ci émane de Barriès (Jean-Pierre-Michel), né le 22 novembre 1768, à Albi (Tarn). Chef de bataillon au 17ème de ligne en 1810 ; colonel commandant d’armes à la suite du quartier-général, le 8 octobre 1812. Il commandait à Vilna lors de la prise de la ville par les Russes. Barriès parvint à s’échapper le 19 décembre 1812 et mourut à Gumbinnen en janvier 1813. Au moment où il écrit à son épouse, il est officier à la 1ère division du 1er corps. 

Arthur CHUQUET. 

Moscou, le 24 septembre 1812.

Réjouis-toi, ma bonne et chère amie, me voilà arrivé sain et sauf à Moscou après une bataille des plus sérieuses et où l’ennemi, battu et dispersé sur tous les ponts, a perdu, sans exagérer, près de quarante mille hommes tant tués, blessés que prisonniers de guerre. Je ne raconterai pas tous les hauts faits qui ont signalé cette journée, ils sont sans nombre ; soldats, officiers, généraux, tous ont rivalisé d’audace et de bravoure, aussi il a en a tenu à bien près que l’Europe étonnée n’ai vu s’écrouler, ce même jour, cette puissance colossale qui, depuis environ douze ou quinze ans, menaçait d’envahir nos provinces, si elle n’eut eu pour barrière les mauvais chemins et la saison qui, dans ce climat, se trouve beaucoup plus précoce que dans le reste de l’Europe, ce qui n’a pas peu contribué à arrêter notre marche. Notre Empereur commandait en personne.

Sa présence électrisait les esprits ; rien n’échappait aussi à son œil observateur ; était-ce le cas de lui appliquer ces deux vers : Fière de t’obéir, ta redoutable armée 

Ne suit que les transports dont tu l’as animée. 

Notre régiment qui a été constamment à la  tête de toutes les attaques, a  beaucoup souffert. Nous avons eu beaucoup d’officiers blessés ou tués, dont parmi ces derniers trois chefs de bataillon sur cinq. J’en ai été quitte moi-même pour une légère contusion qui m’a un peu gêné pendant huit à dix jours, mais dont je suis entièrement remis. Que je te parle de Moscou, cette capitale de toutes les Russies, anciennes résidence des tsars qui, par la grandeur, la magnificence et la splendeur des palais qu’elle renfermait, l’emportait sur les premières villes du monde, mais qu’un incendie de cinq à six jours a entièrement consumé, sauf quelques palais qui ont échappé  à la fureur des flammes, que nous occupons. Voici, en peu de mots, ce qui y a donné lieu :  ces barbares, se voyant vivement poursuivis par nos légions, envoyèrent, à la suite d’une forte canonnade qui avait lieu à deux fortes lieues de Moscou, leur général commandant l’arrière-garde pour prier notre empereur de cesser le feu afin d’épargner la ville qu’ils nous livreraient intacte, lorsque, par une de ces perfidies qui n’a pas d’exemple et qu’on n’aurait pu attribuer qu’aux plus fourbes de l’ancienne Grèce, à un Zénon, ils lâchèrent le même soir tous les fous et les scélérats qui étaient dans les maisons de force qui, réunis à cinq ou six mille Russes qu’ils trouvaient cachés dans la ville, l’incendièrent entièrement, dans la certitude qu’ils nous croiraient assez maladroits pour l’aller occuper de suite sur la bonne fois des traités, et de nous y griller tous. Il est bon que je te dise que, sur une population de 300.000 âmes, il n’en reste pas plus de 30.000. Tous les autres s’étant sauvés avant notre entrée, en sorte que ce qui reste aujourd’hui n’est qu’un ramassis des malheureux n’emportant avec eux que ce qu’ils ont pu sauver sur leurs épaules. Vois par conséquent ce que nous sommes à plaindre sous le rapport de la société, puisque nous ne voyons personne. Notre Souverain [Napoléon] occupe le palais des tsars [le Kremlin] avec une partie de sa Garde. Il paraît, selon toutes les probabilités, que nous passerons l’hiver ici ou du moins une partie, tant que le pays nous offrira quelque ressource. 

Adieu, ma chère épouse. 

BARRIES. 

   

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( 21 novembre, 2019 )

En quittant SMOLENSK…

En quittant SMOLENSK... dans TEMOIGNAGES Mailly« Après avoir passé trois jours francs à Smolensk, nous ne partîmes le matin vers huit heures, et nous [nous] dirigeâmes sur Vilna par Minsk. En sortant de cette triste ville, nous vîmes la terre absolument couverte de cadavres d’hommes et de chevaux dont les boyaux sortaient du ventre et dont on avait arraché les membres pour les manger. Nous y retrouvâmes encore les tristes débris des combattants qui avaient été tués à la prise de cette ville, ou qui étaient morts de froid et d’inanition. Tout cela gisait amoncelé dans un affreux pêle-mêle, ou bien éparpillé le long du chemin, et l’on ne pouvait marcher sans faire rouler des ossements et sans affaisser des chairs corrompues. Les canons étaient entassés les uns sur les autres, et malgré les efforts des malheureux canonniers, les chevaux tombaient et nez pouvaient plus se relever. Les roues avec leurs essieux étaient mastiqués ou plutôt maçonnés par le gelée ; il faisait un verglas détestable et sur lequel toutes les roues glissaient sans pouvoir tourner. Il en résultait un gémissement continu, lequel était produit par le frottement du fer des jantes. »

Adrien de MAILLY, « Souvenirs de la campagne de Russie en 1812. Présentés par Christophe Bourachot », Editions du Grenadier, 2012. L’auteur était sous-lieutenant au 2ème régiment de carabiniers .

——

Ce régiment faisait partie du 2ème corps d’armée de cavalerie (général Montbrun), 4ème division de cuirassiers (général Defrance), 2ème brigade (général Chouard) et appartenant à la Réserve de cavalerie commandée par Murat. (Source: François Houdecek,  «La Grande Armée de 1812. Organisation à l’entrée en campagne », Fondation Napoléon, 1812, p.53).

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( 19 novembre, 2019 )

Une lettre du commissaire des guerres Playoult de Bryas écrite durant la campagne de Russie

Un bivouac de fortune (Russie, 1812)...

Marie-Joseph-Quentin Playoult de Bryas était commissaire des guerres faisant fonction d’ordonnateur à la 12ème division d’infanterie; il est décédé sous-intendant militaire, le 24 mars 1829. Cette lettre est adressée à son épouse. 

Au quartier-général de Voniskoe-Gorodistche, le 7 novembre 1812. 

 Au moment où nous allions monter la voiture, le général Partouneaux et moi, ce matin pour venir ici, un officier d’ordonnance est venu nous annoncer l’arrivée de M. le maréchal duc de Reggio [Oudinot] qui passait parle quartier-général pour aller rejoindre son corps d’armée qui pendant quelques jours a été fondu dans le nôtre ; peu d’instants après Son Excellence [le maréchal Oudinot] et j’en reçus l’accueil le plus flatteur. Si je n’avais été prévenu de son arrivée il m’eût été impossible de le reconnaître tellement il est changé ; il déjeuna avec nous ou pour mieux dire dévora quelques morceaux et partit comme un éclair après m’avoir chargé de le rappeler au souvenir de ma famille.

Sa blessure le fait encore souffrir, il est même estropié, mais il n’est heureux qu’où on se bat et le malheur qui le poursuit ne le dégoûte pas de voler partout où il y a des dangers à courir. 

L’espoir que tu avais conçu de nous voir prendre des cantonnements à Vilna ou aux environs ne s’est pas réalisé, car comme tu le vois nous sommes toujours par voies et par chemins ; selon toute apparence cependant nous allons y entrer et c’est cette époque que nous avons fixée, le général Partouneaux et moi, pour solliciter ma rentrée en France. Si nous attendions le retour de la belle saison le chose deviendrait impossible, c’est une faveur qu’on n’obtiendrait pas à l’époque de l’ouverture d’une nouvelle campagne. Il faut donc saisir le moment puisqu’il est favorable. Le général est certain de la réussite, mais si contre toute attente je ne réussissais pas, j’obtiendrais au moins une résidence fixe, ce qui serait doublement avantageux, puisque je serai sûr de la régularité de notre correspondance et que je pourrai là compter sur la rentrée des sommes qui me sont dues, ce que je n’obtiendrai jamais tant que je serai employé dans une division active ; au reste, ce ne serait pas encore là mon compte, car mon unique désir est de me réunir à toi et de servir aussi efficacement l’Empereur que je le fais ici dans une résidence de l’intérieur, puisque ma santé ne me permet pas de le faire aux armées.

C’est aussi ce que j’ai l’espoir et la presque certitude d’obtenir. Depuis longtemps je suis privé de tes nouvelles et cela me contrarie fort, aussi enverrai-je après-demain M. Bouillon que je ferai escorter par quelques-uns de mes hussards porter cette lettre à la poste et chercher les tiennes ; il peut aller et revenir en un jour au grand quartier-général et c’est une corvée qu’il fera d’autant plus volontiers qu’il est amateur de savoir ce que le sort lui a réservé. S’il ne l’a pas traité favorablement, toutes mes mesures sont prises pour le servir dans cette circonstance et la chose m’a été d’autant plus facile qu’il s’est fait estimer par sa bonne conduite et par sa sévère probité ; c’est réellement un honnête garçon que je perdrais avec peine et je fais des vœux sincères pour qu’il n’en soit rien. 

Depuis quatre jours il neige beaucoup dans ce pays, mais le temps est doux et la neige ne tient pas ; cela n’améliore pas les chemins, mais le moment est venu où il en tombera une grande  quantité, alors les communications en traîneau seront faciles et promptes et c’est ainsi que je voudrais voler vers toi. Le général Partouneaux me comble d’amitié et de caresses, nous ne nous quittons plus, sa chambre est la mienne et sa table également, ses blessures le font cruellement souffrir [un coup de feu au genou droit reçu en 1793 à l’attaque de la redoute anglaise sous Toulon], et si cela continue il lui sera impossible de continuer de faire le dur métier de la guerre. 

Bonsoir, chère bonne amie, je te fais mille caresses ainsi qu’à maman et à mes chers enfants. 

 

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( 12 septembre, 2019 )

Le MARECHAL LEFEBVRE en 1812…

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Il commandait la Vieille Garde pendant la campagne de Russie et, de longue date, il avait sollicité ce commandement. Napoléon hésita d’abord ; il consulta Berthier ; puis, le 10 avril 1812, il donna la division se sa vieille garde à Lefebvre ; après tout, comme il disait, le duc de Dantzig était encore en état de faire la guerre et il avait de l’expérience et de l’énergie au feu.  Le 7 mai 1812, le maréchal arrivait à Glogau et, durant la marche, de la frontière russe jusqu’à Moscou, il ne cessa d’exhorter son monde à l’endurance et à la résignation, de lui prêcher la vigilance : ne serait-il pas honteux pour la Garde de se laisser enlever un poste derrière l’armée et sous les yeux de l’Empereur. Le 2 septembre 1812, il l’engage à se préparer au très prochain combat dont le résultat ne saurait être douteurs puisque l’Empereur commande.  

Chargé, après l’incendie de Moscou, de la police du Kremlin, le maréchal prend les précautions les plus sévères. Ne laisser entrer aucun Russe, tirer sur tout Russe qui cherche à pénétrer dans l’enceinte, envoyer dans le Kremlin et d’un bout à l’autre des patrouilles fréquentes, y faire le service nuit et jour comme dans une place de guerre, telles sont les prescriptions de Lefebvre. Aucun soldat de la Garde ne peut sortir du Kremlin sans la permission de son capitaine et cette permission sera donnée rarement. Le duc de Dantzig ne souffre même pas de cantinières dans le Kremlin. Pourtant des soldats sortent et commettent des excès. Lefebvre les menaça. Comment des hommes d’élite, destinés à la garde de l’empereur et qui devaient donner l’exemple de l’ordre et de la subordination, s’oubliaient-ils, s’avisaient-ils ainsi ? N’appréciaient-il pas l’honneur d’appartenir à la Garde ? Certes, la masse du corps était bonne ; mais il fallait, disait le maréchal, la purger de quelques mauvais sujets qui, chaque jour, causaient à leur chefs des désagréments.  Durant la Retraite, il marchait à pied et il vit avec douleur le désordre de l’armée. Son dévouement, dit Roguet, fut alors des plus utiles et il trouvait toujours soit dans la vieille, soit dans la jeune garde, un bataillon pour garder son tondu de caporal. Au sortir de Tolotchin, seul et à pied, un bâton à la main, dans le milieu du chemin, il apostrophe de sa voix forte et avec son accent allemand les traînards et les isolés :

« Allons, mes amis, réunissons-nous ! Il vaut mieux se joindre aux autres et se former en bataillons que d’être des lâches et des brigands !  » A l’entrée du pont de la Bérésina, il essaie durant quelques instants de maintenir l’ordre. Pion des Loches dit, assez vilainement, qu’il s’était transformé en piqueur et qu’il dirigeait les voitures impériales sur l’autre rive. Mais d’autres admiraient l’infatigable activité du vieux soldat : il portait une barbe blanche qui n’avait pas été faite depuis quelques  jours, et le bâton noueux qui soutenait ses pas semblait être dans ses mains le noble bâton de maréchal. On sait qu’il dut, non sans désespoir, laisser à Vilna son fils moribond. Il resta toutefois à la tête des troupes et partagea leurs privations, leur donna, comme dit encore Roguet, l’exemple de la fermeté et de la patience. A Vilna on le vit parcourir les rues en criant « Aux armes ! » et rassembler sur la place des débris de la Vieille Garde, 600 hommes à peine !  

Mais la mort de son fils qu’il ignore et qu’il pressent, accable Lefebvre, et, à la fin du mois de décembre, lorsque la Garde n’existe presque plus- c’est sa propre expression- il demande la permission de revenir en France. Le 11 janvier 1813, Napoléon donne un ordre à Berthier de le renvoyer à Paris. 

A.CHUQUET 

Article publié dans le 2ème  volume de la série d’Arthur Chuquet et  intitulée : « 1812. La guerre de Russie. Notes et documents », Fontemoing, 1912 (3 volumes). 

 

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( 6 septembre, 2019 )

L’administration de l’armée française [durant la campagne de Russie] d’après les généraux Mathieu Dumas et Ségur…

1812.jpg

Au mois de mars 1830, Cuvier demandait à Philippe de Ségur des renseignements sur l’administration de l’armée pendant la campagne de Russie et notamment sur les opérations relatives aux subsistances. Ségur consulta Mathieu Dumas, Intendant général de l’armée en 1812, et Dumas lui envoya une note. Ségur communiqua cette note à Cuvier et y joignit une lettre qui traitait le même sujet. Ces documents méritent d’être connues et nous en reproduisons les points essentiels.

A.C.

I. Note de Dumas.

L’abondance des ressources, la régularité des distributions, l’organisation des transports militaires ne laissèrent rien à désirer jusqu’après le passage du Niémen. Mais nous perdîmes vingt mille chevaux entre Kowno et Vilna et cette perte fut irréparable. On forma sur quelques points principaux de la ligne d’opérations, tels que Gloubokoïé, Vitebsk, Doubrovna, Minsk, des magasins de réserve et des établissements d’hôpitaux ; nos équipages militaires fournirent des convois de biscuit. Toutefois, quand on eut dépassé Smolensk, le service devint plus difficile et celui des hôpitaux eut surtout beaucoup plus à souffrir, parce que l’armée russe qui se retirait déviant nous ravageait les campagnes, incendiait les habitations et nous entraînait dans un véritable désert. Après la bataille de la Moskowa qui consomma nos plus précieuses ressources, j’eus beaucoup de peine à soutenir le service des hôpitaux. La conquête de Moscou qui devait être le terme de nos anxiétés ne fit que les accroître ; nous trouvâmes, nous conservâmes, à la vérité, au milieu de l’incendie, des approvisionnements que les Russes n’avaient pas eu le temps de détruire; mais, si notre séjour se prolongeait au delà d’un mois, ils devaient être entièrement consommés. Néanmoins, on avait formé des magasins à Smolensk, à Vitebsk, à Vilna et sur d’autres points intermédiaires, et on les alimentait de Königsberg par la navigation des canaux, par celle du Niémen et de la Vilia. Attaqué d’une fluxion de poitrine, je fus remplacé par le comte Daru. Ma tâche avait été pénible : celle du comte Daru devenait presque impossible. Il fallait reprendre une route déjà épuisée par le passage des deux armées et des convois. Pendant les premières marches, les vivres de toute espèce qu’on avait pu recueillir dans les ruines de Moscou suffirent pour soutenir le soldat. Mais, aux approches de Smolensk, la disette se fit sentir. Daru redoubla de vigilance et d’activité; il fît venir au-devant de l’armée les subsistances qu’on put tirer de Smolensk, et pendant le court séjour que l’armée fit dans cette ville, des distributions régulières eurent lieu. Mais ce soulagement n’était suffisant que pour quelques marches jusqu’au passage du Dnieper, à Orcha. Le comte Daru envoya de nombreux agents pour recueillir à tout prix et faire porter sur la route les subsistances qu’on pourrait se procurer entre le Dniéper etla Bérézina. Ilhâta les convois qu’il avait fait partir de Minsk et de Vilna. Mais une partie seulement de ces convois put atteindre l’armée avant la prise et l’incendie du pont de Borisov, et les magasins de Minsk tombèrent au pouvoir de l’ennemi. L’armée eut donc beaucoup à souffrir pendant le passage dela Bérézina. Après ce dernier événement, un convoi, parti de Vilna, justifia la prévoyance du comte Daru et celle du duc de Bassano. Ce ne fut point le manque de vivres, mais bien la rigueur excessive du froid qui, aux accès de Vilna, causa la plus grande perte d’hommes. Les magasins de Vilna et de Kowno alimentèrent tout ce qui pouvait encore se mouvoir. Ceux de Gumbinnen et de Königsberg ne furent pas même épuisés par les débris dela Grande Armée.

II. Lettre de Ségur.

J’ajouterai que les ordres donnés de trop loin et dans un pays désert furent souvent mal exécutés; que ce fut le choc rude et indécis de Malojaroslavets qui décida subitement à la retraite et que la nécessité et l’ennemi, plutôt que la volonté et la prévoyance de l’Empereur, en dictèrent la direction; qu’on n’eut donc pas le temps de préparer tout ce qui eût été indispensable, sur une aussi longue route, pour un aussi grand passage; que la distribution des vivres, dans le petit nombre de villes où nous en trouvâmes, fut faite incomplètement, irrégulièrement et qu’elle ne pouvait l’être mieux, puisque les régiments avaient perdu leur ensemble. En effet, à qui les délivrer, lorsque la plus grande partie des soldats de toutes les armes marchait confusément, pêle-mêle, et ne pouvait recevoir de secours des magasins qu’en les pillant ? D’ailleurs, la retraite fut si souvent précipitée que, depuis Smolensk, surtout à Vilna et Kowno, une grande partie des magasins tomba au pouvoir de l’ennemi. Ni Dumas ni Daru ne peuvent être accusés de nos malheurs. L’entreprise était surhumaine par sa grandeur par sa rapidité et par la nature du pays. Le désordre, de tous les maux le plus contagieux, s’étant mis dans les troupes, l’administralion n’en put préserver ses employés. Une de nos plus grandes difficultés était la longueur infinie de ces grandes routes, ou désertes, ou dévastées par les deux armées, leur nature tantôt marécageuse, tantôt sablonneuse. Or l’administration qui ne peut marcher sans traîner après elle de grands et lourds convois, surmonta une partie de ces obstacles. Remarquons aussi que les corps restés en seconde ligne, tels que ceux de Baraguey d’Hilliers et du duc de Bellune, dévoraient la plus grande partie de ces subsistances, à mesure qu’elles arrivaient. Que le grand magasin de Minsk nous fut enlevé à l’instant où nous allions l’atteindre par la marche hardie de Tchitchagov. Qu’enfin le défaut de fourrage, de ferrage à glace, de repos ou de séjours, que les alternatives de gelée et de dégel, les mouvements de l’ennemi et la négligence de l’état-major causèrent, dès nos premiers pas, la perte de la plupart de nos fourgons.

Arthur Chuquet, « 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, pp.308-311).

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( 24 août, 2019 )

Fallait-il s’arrêter à Smolensk ?

Fallait-il s'arrêter à Smolensk ? dans HORS-SERIE smolenskNapoléon eut-il l’intention de s’arrêter à Smolensk [le 18 août 1812] ? Non. Il eut peut-être, à certains instants, cette intention, fugitivement et comme en l’air, par manière de conversation.  C’est ainsi qu’il aurait, selon Ségur, devant ses maréchaux, répété le mot du comte de Lobau, que Smolensk était une belle tête de cantonnements. C’est ainsi qu’il aurait dit à Davout que sa ligne était désormais couverte et qu’il allait faire, halte. Mais tous ces propos, s’ils furent tenus, n’étaient pas sérieux Napoléon n’avait qu’une idée, aller en avant et remporter la victoire qui déciderait la paix : une bataille gagnée entraînait, de l’avis de tout le monde, la prise de Moscou et la fin des hostilités. Il fallait donc marcher, lancer une armée qui se soutenait par son seul mouvement, qui était une armée d’attaque et non de défense, une armée d’opération et non de position, une armée expéditionnaire. Gourgaud affirme que Napoléon n’eut jamais la pensée de s’arrêter à Smolensk ; cette position , ajoute Gourgaud, donnait à l’Empereur une grande place de dépôt et un point d’appui : il n’y avait de Smolensk à Moscou qu’une dizaine de marches, et derrière Smolensk étaient, en deuxième ligne, Minsk et Vilna, en troisième ligne, Kowno, Grodno et Bialystok, en quatrième ligne, Varsovie, Thorn et Elbing. Le duc de Bassano, Maret, dans une note publiée par Ernouf, confirme le témoignage de Gourgaud. La question, écrit Maret, avait été discutée d’avance à Paris et résolue. L’Empereur aimait les guerres courtes et les paix promptes. Il ne goûta donc pas le projet de taire la guerre en deux campagnes et de borner la première au cours dela Dwina. Ce qui fut en jeu à Smolensk, assure Maret, c’est la marche sur Pétersbourg ou sur Moscou.

 Arthur CHUQUET.

(« 1812.La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série » Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912,  pp.11-12).

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( 23 juin, 2019 )

EN PASSANT le NIEMEN…

« Le 23 juin [1812], nous reçûmes l’ordre de nous rendre sur les bords du Niémen ; nous fîmes des marches forcées pour y arriver. Le 24, dans la nuit, toute l’armée y arrivait et prenait place devant le fleuve. La gendarmerie et des colonnes mobiles étaient aussi en activité pour faire suivre les traînards et les maraEN PASSANT le NIEMEN... dans TEMOIGNAGES 06-509283-300x124udeurs… Nous n’attendions que le signal pour franchir le Niémen. Après le passage, notre cavalerie, sous les ordres du Roi de Naples [Murat], prit position sur la droite, le long et en avant de la rivière, en attendant le passage de l’armée, et nous formâmes l’avant-garde. La journée du 26 ne fut point encore suffisante pour le passage de l’armée, car la Garde Impériale ne passa que le 27. Ce jour-là, nous nous mîmes en marche, toute l’armée réunie sur six colonnes, qui occasionnèrent une poussière qui nous fut très incommode. Après six heures de marche, toujours au trot, nous prîmes position sous les murs de Kowno, où nous nous préparâmes pour une revue de l’Empereur, qui n’eût point lieu, car il survint un orage qui dura plusieurs heures. Nous passâmes la nuit dans un bivouac trempé ; il ne nous fut point possible d’y allumer le feu pour faire la soupe, et cette nuit, malgré que nous fussions ne été, fut malheureux pour nous. Le 28, la pluie continua ; nous marchâmes depuis le matin jusqu’au soir, dans des chemins très mauvais, pour arriver à une lieue de Vilna, où nous restâmes en position dans l’eau pendant quatre heures. »

(« Souvenirs militaires de Pierre Auvray » publiés dans le « Carnet de la Sabretache » en 1914. L’auteur était sous-lieutenant au 23ème régiment de dragons).

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( 16 mai, 2019 )

Le passage de la Bérézina, et après…

Le passage de la Bérézina, et après… dans TEMOIGNAGES snb14969

« Nous quittâmes Borisow dans la nuit du 26 [novembre 1812]. Le 27 au matin, nous arrivâmes à Wesselowo (près de Studianka) où l’on avait construit deux ponts sur la Bérézina. J’ai lu, depuis la paix, que c’est au même endroit que Charles XII, roi de suède, passa cette rivière le 25 juin 1708, quand il marchait sur Moscou. La foule était si considérable, aux entrées des ponts, qu’il nous fut impossible d’en approcher. Nous nous établîmes près des maisons de Wesclowo. Le froid et le vent étaient très violents et nous étions presque sans feu, tant il était difficile de se procurer un peu de bois. Nous restâmes dans cette position toute la journée et une partie de la nuit suivante. Pendant que nous dormions, on me vola le cheval de troupe que j’avais conservé, qui du reste ne me suivait que pour porter un harnais et mon portemanteau, parce que, depuis les grands froids, je le menais par la bride pour ne pas avoir les pieds et les mains gelés, ce malheur arrivant à presque tous ceux qui voyageaient à cheval. Enfin, avec beaucoup de peine, nous traversâmes la Bérézina vers trois heures du matin. Bien nous en valut, car le 28 plusieurs milliers d’hommes furent étouffés ou noyés en se précipitant sur les ponts, périrent par le feu de l’ennemi ou tombèrent en son pouvoir avec la presque totalité de l’artillerie et des bagages que l’armée conservait encore. Quand le jour parut, nous quittâmes les bords de cette rivière, où nous eûmes tant de pertes à regretter. Nous prîmes la direction de Zembin, Kamen, Ilüa, Smorgoni, Ochmiana, pour nous rendre à Wilna. Nous apprîmes, avant d’y arriver, que l’Empereur était parti de Smorgoni pour Paris le 5 décembre  et que le roi de Naples le remplaçait dans le commandement en chef. Le froid allait toujours croissant. Tous les matins, nos bivouacs étaient couverts de cadavres gelés pendant la nuit ; Il était si rigoureux pendant les cinq jours qui ont précédé notre arrivée à Vilna, qu’il suffisait de s’arrêter dans un endroit sans feu pour périr au bout de quelques minutes.  On assure qu’à cette époque (5, 6, 7 et 8 décembre) le thermomètre de Réaumur est descendu jusqu’au 28ème degré de glace. Plusieurs journaux l’ont affirmé. »

Pierre de Constantin, « Journal et lettres de campagne », in « Carnet de la Sabretache », n°299, juillet 1925, pp. 454-455. L’auteur était, depuis le 9 juin 1812, lieutenant au 23ème régiment de dragons

 

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( 13 mai, 2019 )

Une lettre du général Van Hogendorp à l’Empereur.

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J’ai publié précédemment sur ce Blog, une notice sur la figure méconnue du général Hogendorp, assortie de 2 lettres adressées par Berthier à ce même officier. Voici une nouvelle lettre que le général Hollandais adressa à Napoléon. 

C.B. 

Le général Hollandais Van Hogendorp, aide-de-camp de l’Empereur, nommé gouverneur général de la Lituanie, retrace à ce dernier dans cette lettre du 22 novembre 1812, les mesures qu’il prit à la nouvelle de la prise de Minsk. Cette nouvelle « a fait à Vilna une vive sensation et causé beaucoup d’alarmes » ; nombre de fuyards, soldats et paysans, sont arrivés en grand nombre et la ville est terriblement encombrée. Mais Van Hogendorp fait sonner très haut l’arrivée des renforts destinés la Grande-Armée, et notamment de deux régiments de cavalerie napolitaine qui dit-il dans cette lettre, avaient une magnifique tenue. 

A.CHUQUET 

Vilna, 22 novembre 1812.  Sire, quand je reçus la nouvelle inopinée que M. le général Bronikowski avait abandonné Minsk sans faire aucune résistance, il y avait des troupes en route de Vilna pour aller rejoindre l’armée. Je pris d’abord le parti d’envoyer des officiers pour leur faire faire halte à Oschmania, et je chargeai M. l’adjudant commandant d’Albignac qui venait d’arriver, d’aller les rassembler pour en prendre le commandement et prendre une position jusque vers Smorgoni pour, de là, observer l’ennemi, prendre des information, envoyer des patrouilles et des reconnaissances en avant, et à droite, et à gauche, et, s’il se trouvait que l’ennemi n’était pas en force, avancer sur la route de Minsk avec beaucoup de prudence, aussi loin qu’il pourra venir, afin de pouvoir, dès que l’ennemi se retire, y rentrer et amener les détachements de marche qu’il a avec lui à l’armée et, en cas contraire, que l’ennemi se montrât en force et les menaçât, de se replier et de revenir à Vilna.  J’ai l’honneur de présenter ci-joint à Votre Majesté la situation des troupes de marches qui se trouvent réunies sous les ordres de M. d’Albignac à qui j’ai recommandé la plus grande prudence et circonspection, vu que, d’après les ordres de V.M ., ces corps de marche ne doivent pas être menés contre l’ennemi. Mais, pour ceux-ci, ils se trouvaient déjà en marche pour aller rejoindre leurs régiments sur Vilna où toute la 24ème division ca être réunies avec plusieurs régiments de cavalerie ou autres corps de marche et où se trouvent arrivés déjà, depuis quelques jours, les deux régiments de cavalerie napolitaine de la garde royale qui sont arrivés ici en très bon état, ayant perdu très peu d’hommes et de chevaux en route. Je les ai vus hier à cheval, et je puis assurer Votre Majesté qu’ils sont dans le plus bel ordre et ont la plus belle tenue. Hier, les six premiers bataillons de la 34ème  division sont arrivés, et aujourd’hui il en arrive encore cinq. Les deux autres suivront de près avec l’artillerie de la division qui est partie le 16 novembre de Koenigsberg, et les vélites à pied de la garde napolitaine en sont partis le 18. L’évacuation de Minsk a fait ici une vive sensation et causé beaucoup d’alarmes. J’ai tâché de calmer et de tranquilliser les esprits par ma contenance et en faisant voir que jamais je ne penserais à évacuer ma place. J’ai aussi fait sonner fort haut l’arrivée prochaine de la 33ème division, et d’un corps de 12.000 Bavarois qui arriveront par Varsovie et Grodno, surtout en donnant partout des ordres pour faire fournir les subsistances et les fourrages pour ces différents corps. La prise de Minsk a fait refluer un nombre considérable de troupes débandées du corps battu du général Kossecki, de blessés, de soldats isolés, d’habitants de la campagne, et femmes et enfants, fuyant, saisis de terreur panique, vers Vilna. Ce qui, avec le nombre considérable de troupes qui s’y trouvent, fait un encombrement terrible et nous donne beaucoup de peine pour entretenir le bon ordre et la tranquillité. Cependant, j’ose donner l’assurance à Votre majesté que je saurai maintenir l’ordre et le bon esprit tant parmi les troupes que parmi les habitants, et qu’en tout cas, j’espère me montrer digne de la confiance dont elle a daigné m’honorer en me nommant à cette place. Je suis, avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, le plus humble, le plus obéissant et le plus fidèle sujet. 

Le comte de HOGENDORP. 

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet  intitulé « Lettres de 1812. 1ère série [seul volume paru] », Paris, Champion, 1911, pp. 234-237. 

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( 9 mai, 2019 )

Une lettre du général Van Dedem au maréchal Berthier.

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 Le maréchal Berthier.

Cette lettre du général hollandais Van Dedem de Gelder confirme un passage de ses « Mémoires » [Publié chez Plon en 1900]. Il fit en effet, dans ses « Mémoires » comme dans cette lettre, que le duc de Bassano [Maret] le mit à Vilna dans la bonne calèche d’un courrier qui se rendait à Varsovie, et il a joute-ce qu’il ne dit pas dans sa lettre- qu’on le tenait pour perdu, que le conducteur avait ordre de se faire donner par le bailli de l’endroit où le général serait enterré, un certificat qui serait envoyé à la famille. De Varsovie, Dedem écrivit à Berthier la lettre qu’on va lire ; il demandait un congé pour aller se guérir à Berlin, et nous apprenons par les « Mémoires » que Berthier lui envoya l’ordre formel de se rendre sans délai à Elbing pour y prendre un commandement.  

Arthur CHUQUET 

Varsovie, 20 décembre 1812 

Monseigneur, j’ai quitté Vilna et me suis rendu à Moscou d’après l’ordre du jour qui enjoignait aux officiers généraux, blessés et malades, de s’y transporter. Ayant perdu tous mes chevaux, j’ai été trop heureux de profiter de la place que Son Excellence le duc de Bassano m’a fait donner par un de ses courriers. Ma santé est tellement délabrée et j’ai un si grand besoin de repos et de me rapprocher de climats plus doux que, sur l’avis bien prononcé des médecins, je supplie Votre Altesse Sérénissime de m’envoyer un congé pour aller en France. Je souffre de la poitrine par suite de la chute que j’ai faite le jour de la prise de Smolensk, et des rhumatismes goutteux se sont portés sur mes mains et mes pieds, au point de n’être propre à aucun exercice. 

 

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( 29 avril, 2019 )

La MORT d’Auguste de CAULAINCOURT…

 250px1.jpgGénéral de division depuis le 7 septembre 1809, Auguste de Caulaincourt était gouverneur des pages et faisait le service d’aide de camp de l’Empereur lorsqu’il partit pour la guerre de Russie. Il ne semble pas avoir approuvé l’expédition et il partageait sans doute les sentiments et pressentiments de son frère Armand, duc de Vicence et Grand-Écuyer de l’Empereur. Le jour où l’armée passa le Niémen, dans le groupe des officiers généraux qui formaient l’entourage de Napoléon, le général van Dedem de Gelder se permettait un peu de gaieté. Auguste de Caulaincourt lui dit tout bas : « On ne rit point ici, c’est une grande journée ». Le 7 juillet 1812, à Vilna, il fut nommé commandant du grand-quartier impérial. Mais cette plaça ne lui agréait pas, et le 30 juillet, il écrit à l’Empereur : « Accoutumé à être exact et ne pouvant, dans les fonctions de commandant de quartier-général impérial, obtenir des résultats satisfaisants, me rappelant que Votre Majesté a daigné dire qu’on commettait un crime en lui cachant la vérité, je crois de mon devoir de lui présenter que le bien de son service demande que l’emploi de commandant du quartier-impérial soit donné à un officier général de l’état-major général. » Le 30 août 1812, Napoléon le chargea de prendre possession de Viazma et de préserver la ville de l’incendie.  La veille de la bataille de La Moskowa, le 6 septembre, Caulaincourt et non pas Rapp comme on l’a dit, était aide de camp de service sous la tente de l’Empereur. Il ne dormait pas. A demi couché sur un matelas, enveloppé dans son manteau, il appuyait la tête sur le coude et regardait tristement un portrait, celui de sa jeune femme, Blanche de La Feuillade, qu’il avait épousé le 21 avril 1812. Il semblait lui dire un adieu éternel et lorsque l’Empereur l’appela, il n’eut que le temps de remettre le portrait sur son cœur. Quelques heures après, il n’était plus. Il remplaça Montbrun qui venait d’être mortellement atteint, et criant aux aides de camp qui pleuraient de le suivre et de venger leur général, écoutant Murat qui lui ordonnait de tourner à gauche avec les cuirassiers pour prendre à dos la grande redoute, répondant au roi de Naples qu’il serait bientôt mort ou vif dans cette redoute, il partit, renversa tout ce qui lui résistait pénétra le premier dans l’ouvrage. Là, il tomba frappé d’une balle. La nouvelle fut annoncée à l’Empereur et au duc de Vicence. « Vous avez entendu, dit Napoléon au Grand-Écuyer, voulez-vous vous retirer ? » Le duc de Vicence versait des larmes et restait impassible ; il ne répliqua rien, il ne retira pas, mais il se découvrir à demi pour remercier et refuser. Caulaincourt, a dit Napoléon dans le 18ème Bulletin, « se porte à la tête du 5ème cuirassiers, culbute tout, entre dans la redoute par la gorge.  Dès ce moment, plus d’incertitude ; la bataille est gagnée ; il tourne contre les ennemis les vingt et une pièces de canon qui se trouvent dans la redoute. Caulaincourt qui venait de se distinguer par cette belle charge avait terminé ses destinées ; il tombe mort, frappé par un boulet ; mort glorieuse et digne d’envie. 

Arthur CHUQUET. 

 

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( 4 avril, 2019 )

Le général Durosnel en 1812…

Le général Durosnel en 1812… dans FIGURES D'EMPIRE

Durosnel, aide-de-camp de l’Empereur depuis le 30 juin 1810, fut nommé au commencement de la campagne, le 12 août 1812, aide-major général de la cavalerie à la Grande Armée. L’Empereur aimait à lui confier le commandement des grandes villes conquises. En 1813 il le nommait gouverneur de Dresde. En 1812, il le nomma gouverneur de Vilna et de Moscou. Le 28 juin, devant Vilna : « Allez en ville, avait-il dit à Durosnel, et prenez-en le commandement. » Le 14 septembre, devant Moscou : « Allez en ville, dit-il de nouveau à Durosnel, réglez le service et réunissez la députation qui devra m’apporter les clefs [« le général Durosnel, écrit-il de Moscou à Berthier le 15 septembre [1812], fera les fonctions de gouverneur de la ville ». (Note d’A. Chuquet)] » Durosnel fut gouverneur de Moscou. Au passage dela Bérézina, il était à côté de l’Empereur, et le 25 novembre, il avait reçu, ainsi que Monthion, l’ordre d’envoyer des brigades de gendarmerie chargées d’empêcher les traînards éclopés et cavaliers démontés d’approcher de Borisov et de dépasser le village de Nemanitsa. Mais dans les premiers jours de décembre, il tombe malade et il semble avoir été un de ceux que l’armée appelait cruellement les hébétés. Des gendarmes d’élite le sauvèrent avec peine dans un petit traîneau et lorsqu’il atteignit Vilna, il était sans connaissance. Sur le sol prussien, il avait encore le délire pendant la nuit et sa tête ne semblait pas rassérénée [le 26 mars 1815, l’Empereur, qui commandait en chef la garde nationale de sa bonne ville de Paris, nomme Durosnel commandant en second. (Note d’A. Chuquet)].

(Arthur Chuquet, « 1812.La Guerre de Russie. Notes et Documents. Troisième série », Fontemoing et Cie, Editeurs, 1912, p.347).

 

 

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