( 26 août, 2017 )

Une lettre écrite «du milieu de la Russie»…

Une lettre écrite «du milieu de la Russie»… dans TEMOIGNAGES gal032L’important recueil de « Lettres interceptées pendant la campagne de 1812 » (et publié par la Sabretache en 1913) ne nous apprend rien sur le dénommé Ballard, cet anonyme qui écrit à sa femme, domiciliée à Autun (Saône-et-Loire). 

Du milieu de la Russie, à 5 lieues de Dorogobouje, le 3 novembre 1812.  On me permet de te mander que nous opérons notre retraite, je ne sais jusqu’où. Nous couchons depuis 20 jours au milieu des champs, à 6 pouces de glace. Je me porte assez bien, malgré toutes les privations dont la famine de Paris n’était qu’une miniature. Nous vivons de bouillie, lorsque nous avons de la farine ou du seigle que nous broyons nous-mêmes entre deux pierres. Avec cela et un peu nous nous soutenons vaille que vaille. Je t’écrirai quand nous aurons des postes. Celle-ci doit te parvenir par estafette. Je vous aime tous et vous embrasse chaudement malgré le froid qui gèle les doigts en pleine air. 

BALLARD 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 26 mars, 2017 )

Une lettre adressée à M. Colincamp, directeur des estafettes de Sa Majesté, à Tolotzyn.

06509293.jpg

La lettre qui suit est extraite du volume de la correspondance de la Grande-Armée interceptée par les Russes; un livre publié en 1913. Le nom du signataire, bien curieux, n’a pas été identifié.

« Sa Majesté se porte bien et a toujours été d’une excellente santé. On a ordre de se tenir prêt au premier moment ; une partie des équipages de Sa Majesté est déjà partie sur la route de Kalouga. On attend le retour d’un courrier qui a été expédié à [Saint-] Pétersbourg au sujet de la paix pour la proposer ; s’ils refusent, on doit évacuer Moscou et détruire toutes les provisions en farines, vins, fourrages et autres que l’on ne pourra pas emporter, afin de ne laisser aucune ressource aux habitants qui resteront ; l’on distribue de l’eau-de-vie aux corps d’armée pour trois mois ; l’on doit donner de la farine à tous ceux qui [des] moyens de transport.  Le militaire est furieusement fatigué, désire la paix fortement ; cependant, il doit y avoir encore une affaire avant d’entrer à Kalouga, car nous n’y sommes pas, et l’on présume qu’elle sera très forte, car Sa Majesté a passé toute sa Garde en revue, et il paraît même qu’elle sera forcée de donner. Du reste, elle ne doit pas être fatiguée, car elle n’a pas encore donné une seule fois.

Il n’y a que les carabiniers qui ont donné à l’affaire du 7 [septembre 1812 : bataille de La Moskowa

Lisez et brûlez de suite. 

JATAKA [sic] « 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 19 février, 2017 )

Les PRESSENTIMENTS de BEUGNOT…

A la fin de 1811, Beugnot, ministre du grand duché de Berg, se rend à Paris. « Les esprits, dit- il dans ses « Mémoires » sont en proie à l’anxiété inséparable d’une grande attente. Une immense expédition se prépare, destinée à imprimer le dernier sceau à la gloire de l’Empereur. Personne n’ose douter ou s’effrayer, tant est profondément établi le dogme de l’infaillibilité impériale. Il n’y a plus qu’un cri, c’est pour demander acte de l’expédition, et qu’une inquiétude, c’est de n’en être pas. Le prince de Bénévent envie le sort de l’archevêque de Malines qui vient d’être nommé ambassadeur extraordinaire à Varsovie, et l’un des plus anciens généraux de division, Mathieu Dumas, se tient pour honoré d’avoir été nommé intendant en chef de l’armée. J’avais encore présents les souvenirs d’Essling.Les PRESSENTIMENTS de BEUGNOT… dans TEMOIGNAGES 86-001577 J’avais aussi entendu dire par des généraux allemands que notre armée n’était plus celle d’Austerlitz ou d’Iéna, et qu’à la journée de Wagram nous n’avions dû notre salut qu’à une artillerie hors de toute proportion. D’ailleurs on ne professait pas à l’étranger une foi aussi robuste qu’en France au génie de l’Empereur. J’osais donc hasarder, non pas assurément la moindre censure, mais quelque léger doute sur les merveilles qu’on attendait sans trop les définir. J’étais partout repoussé, quelquefois sans doute par cette crainte du Seigneur, qui était alors autant que jamais le commencement de la sagesse, mais le plus souvent, en vérité, par l’hallucination à laquelle les esprits étaient en proie. » Beugnot s’entretient avec Regnaud de Saint-Jean d’Angély, et Regnaud dit à Beugnot que l’Empereur veut frapper un grand coup qui mette le Nord à ses genoux, amener l’Angleterre à composition, en finir à la fois avec l’Angleterre et l’Espagne. «Voilà, ajoute Regnaud, ce que la raison me suggère, et je pourrais me tromper. Est-ce la rage d’entasser conquêtes sur conquêtes, d’en faire par la guerre, d’en faire pendant la paix ? La France depuis Rome jusqu’à Hambourg, lui semble-t-elle encore étroite? Je ne saurais croire à ce genre de démence qui finirait par le perdre, et nous avec lui. » Et il convient avec Beugnot, que Napoléon tend fortement la corde. Toutefois, nombre de personnes gardent espoir que, lorsque l’Empereur sera dans le Nord, les affaires pourront encore s’arranger. L’étendue même des forces militaires que l’Empereur assemble rassure sur leur emploi : on croit qu’il veut simplement en imposer à la Russie qui, à la vue de ce prodigieux appareil, cédera plus facilement sur l’article des licences et sur la réunion de l’Oldenbourg. Mais, de retour à Düsseldorf, Beugnot voit le comte de Nesselrode, et Nesselrode lui assure que personne ne doute plus, que la Russie a épuisé tous les moyens de conciliation, qu’elle attend l’attaque et que le tsar Alexandre a résolu de ne rien céder à l’adversaire. Tous les hommes « dont l’opinion compte dans les affaires ou qui font autorité par leurs connaissances » tiennent l’expédition pour hasardeuse. Enfin, un affreux phénomène, conclut Beugnot, lui semble envoyé tout exprès pour annoncer un affreux désastre. Le jour où l’armée met le pied en Russie est le jour de réception de Beugnot. Il a vingt-cinq personnes à sa table. La salle à manger donne sur le Rhin. En entrant, les convives sont« tellement frappés des apprêts effrayants d’une tempête qui s’élève sur le fleuve que personne n’ose s’asseoir et qu’on rentre au salon. Un nuage d’un fond cuivre, semé de taches couleur de sang, plane sur la rive droite du Rhin et fait effort pour traverser le fleuve et fondre sur la rive gauche. Il  est repoussé par un vent violent. Le conflit dure plus d’une demi-heure durant laquelle la masse du nuage ne cesse pas d’augmenter. L’air est coupé par des sifflements aigus venant des deux parts, aussi violents que ceux qui accompagnent une tempête sur mer. Il semble que le Rhin soit une barrière que l’orage ne peut franchir. Il la franchit à la fin, et la foudre, grondant, frappe à coups redoublés à droite et à gauche. Une grêle dont plusieurs grains ont six pouces de circonférence, a bientôt recouvert le sol. Tout est emporté des productions de la terre qui se rencontrent sous ce terrible fléau; des maisons sont renversées ; des arbres séculaires ne résistent pas mieux ; des chevaux, des hommes périssent. Les vieillards de la contrée attestent que jamais rien de tel ne s’est offert à leurs regards. La forêt de Duisbourg où est le haras sauvage est hachée, culbutée de fond en comble. Je m’y rends dès le soir même, et j’y trouve une scène de désolation qui me donne quelque idée de ce que serait le monde aux regards du dernier homme. J’ai une dose de superstition. Chacun a la sienne, soit qu’il l’avoue, soit qu’il la dénie. Quand ensuite, et en comparant les dates, je fus certain que l’orage avait éclaté le jour et à l’heure même où l’Empereur était entré en Russie, je fus pleinement persuadé que la grande expédition ne serait plus qu’un immense désastre. »

Arthur CHUQUET (« 1812. La Guerre de Russie. Notes et Documents. Deuxième Série », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1912, pp.6-8).

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 5 février, 2017 )

« Plongé dans la plus affreuse misère… »

illustrationltchevallier.jpg

La lettre qui suit est d’un certain « R.S. », personnage resté anonyme. Elle est adressée à « Adrien Périot, avocat, à Marseille ». 

Gjatsk, le 12 octobre 1812, à 40 lieues [160 kilomètres environ] de Moscou. 

Je ne t’ai pas écrit depuis longtemps, mon cher Adrien, parce que je n’avais à t’annoncer que des nouvelles affligeantes.Plongé dans la plus affreuse misère depuis l’ouverture de la campagne, j’ai à supporter les fatigues, la faim, et même la vermine, dont je ne pouvais parvenir à me débarrasser. Ce n’est que depuis quelques jours qu’ayant été arrêté pour prendre la direction de l’hôpital de cette ville je suis parvenu à me tirer de ce malheureux état, malgré que ton ami s’est couché encore sur un tas de foin et qu’il regarde ce lit-là comme excellent,tant il [en] a trouvé d’autres plus mauvais. Pourquoi, me diras-tu, ne pas envoyer tout le monde au diable et revenir dans tes foyers ? Ce dessein serait exécuté depuis bien longtemps, si j’avais pu en obtenir la permission.Mais l’on me retient de force, sans pouvoir te marquer quand je pourrai sortir de cette servitude. 

J’attends avec impatience que la saison mette enfin un terme à notre guerre, afin de pouvoir profiter de ce moment-là pour regagner ma famille et ne plus m’en séparer. Comme je te l’ai déjà marqué plusieurs fois, j’ai un regret mortel d’avoir eu la sottise de courir encore aux armées, c’est une faute que je ne peux me pardonner. 

Ton ami, R.S. 

———-

Nota: Le dessin qui illustre ce document est du fameux lieutenant Chevalier, auteur d’un bon témoignage sur l’Épopée (Hachette, 1970). On reconnaît sur cette illustration Napoléon et son état-major près de Borisov.

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 15 septembre, 2016 )

« Je suis entré ce matin à MOSCOU à la suite de SA MAJESTE… »

Moscou, le 15 septembre 1812.

Je suis entré ce matin à Moscou à la suite de Sa Majesté. Les Russes avaient eu au combat du 7 [septembre 1812] la mesure de ce dont nous étions capables, et ils ont deviné que l’armée française aurait fait le diable pour arriver ici. Aussi y est-elle entrée sans obstacle. Cette ville est immense ; elle a neuf lieues de tour. Elle est riche en palais, en bâtiments publics. L’armée se ravitaillera bien. J’étais un peu fatigué de coucher à la belle étoile. Adieu, je te quitte voulant profiter de l’estafette qui doit partir de fort bonne heure…

Guillaume.

(«Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse à son frère André, pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814… par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, p.90). L’auteur de cette lettre occupait (depuis début mars 1812) lors de cette campagne, les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne.

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 10 août, 2013 )

Une LETTRE du général EBLE au maréchal BERTHIER (1812)…

Une LETTRE du général EBLE au maréchal BERTHIER (1812)... dans TEMOIGNAGES eble

Dans cette lettre, le vaillant et noble Éblé, le futur héros de la Bérézina (encore huit jours !) rend compte qu’il est à Orcha et il demande à devancer l’armée parce qu’il n’a que peu d’outils et que, pour exécuter les moindres travaux, il aura besoin de beaucoup de temps. 

A.CHUQUET 

Orcha, 17 novembre 1812.

Monseigneur, J’ai l’honneur de rendre compte à Votre Altesse Sérénissime que je suis arrivé à Orcha avec les troupes qu’on a admises sous mes ordres et que, si je dois continuer à marcher, il est important que ce soit bientôt, afin d’avoir de l’avance sur l’armée; vu que les compagnies de pontonniers et sapeurs sont extrêmement pauvres en outils et qu’il faut beaucoup de temps pour exécuter les plus faibles travaux.  

ÉBLÉ. 

Document publié dans le volume d’Arthur Chuquet : « Lettres de 1812.1ère série [Seule parue] », Paris, Champion, 1911. 

 

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
( 8 novembre, 2012 )

«Dans quelques années l’étranger pourra demander sur quelle rive de la Moskowa a existé Moscou.»

Cette lettre de Guillaume Peyrusse est adressée à son frère André est datée de Dorogobouj, 3 novembre 1812.

« Je t’ai écrit de Borovsk le 27 octobre. Depuis nous continuons notre retraite en bon ordre, sur  le même chemin qui nous a conduits à Moscou. Quelques cosaquades ont lieu sur les derrières, mais on fait bonne contenance. Je ne sais pas même dans quelle ville de Pologne nous irons prendre de nouvelles positions et hiverner ; on nous donne à penser que nous irons la campagne prochaine à Saint-Pétersbourg. Ces barbares mériteraient bien qu’on brûlât leur capitale et qu’on finisse la campagne en brûlant le port de Cronstadt. Ce serait les payer de la même manière et affaiblir un peu le poids qu’ils ont dans la balance. Quelques jours après notre sortie de Moscou, les Cosaques sont entrés dans Moscou, mais le maréchal duc de Trévise qui commandait la ville leur a tenu tête. Quelques heures après sa sortie du Kremlin et les principaux édifices qu’il renferme ont sauté en l’air. On a mis le feu aux édifices que les flammes avaient épargnés. Dans quelques années l’étranger pourra demander sur quelle rive de la Moskowa a existé Moscou.

(« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrite à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1814. Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, 1894, pp.108-109). Rappelons que Guillaume Peyrusse assurait les fonctions de Payeur du Trésor de la Couronne, durant cette campagne. Sa correspondance est un bon complément à ses « Mémoires ».

«Dans quelques années l’étranger pourra demander sur quelle rive de la Moskowa a existé Moscou.» dans TEMOIGNAGES gp.

 Guillaume PEYRUSSE (1776-1860)

Publié dans TEMOIGNAGES par
Commentaires fermés
|