( 11 novembre, 2018 )

1814. Un projet de cavalerie non réalisé…

1814. Un projet de cavalerie non réalisé… dans TEMOIGNAGES claye-28mars1814

Le 31 janvier 1814, le duc de Feltre [général Clarke, ministre de la Guerre] envoyait à l’Empereur un intéressant rapport. Tous les inspecteurs, les généraux-colonels des gardes d’honneur, disait-il, jugeaient que les chevaux de ces régiments étaient en mauvais état parce que les cavaliers, jeunes gens de famille, ne pouvaient, ne savaient en prendre soin. Il avait donc cherché « ce qui se pratiquait dans les gardes du corps sous l’ancien gouvernement » et il avait vu qu’ « on accordait, sur trois gardes, un palefrenier, ou Tartare pour soigner les chevaux ». Le ministre pensait donc qu’il serait bon d’accorder à chaque garde sur le pied de guerre un Tartare monté sur un cheval de 4 pieds 3 pouces. Ces tartares seraient en même temps employés comme éclaireurs ; leur uniforme différerait de celui des gardes ; ils auraient la solde et les masses de la cavalerie légère ; ils seraient admis par les généraux-colonels sur la présentation des gardes qui trouveraient aisément des hommes de leur département et qui, pour cette fois, se chargeraient de leur donner un cheval ; ce service serait d’ailleurs compté pour la conscription. Là-dessus, le duc de Feltre soumit à l’Empereur son projet.

I. Il pourra être passé dans les régiments de gardes d’honneurs, sur le pied de guerre, un palefrenier sous la dénomination de Tartare, à la suite de chaque sous-officier ou garde d’honneur, pour soigner son cheval. Ce Tartare, présenté par chaque garde au capitaine de sa compagnie et agrée par celui-ci, sera admis dans le régiment par le général-colonel.

II. Chaque Tartare ne pourra avoir moins de 18 ans et plus de 40 ans. A dater de son admission, il recevra la solde de soldat de cavalerie légère et aura droit aux mêmes masses.

III. Chaque Tartare devra être monté sur un cheval de 4 pieds 3 pouces. Les gardes d’honneur qui présenteront un Tartare, devront, pour cette fois, fournir son cheval. L’habillement, l’équipement et le harnachement lui seront fournis aux frais de l’État.

IV. L’uniforme des Tartares aura les mêmes formes et la même coupe que celui des chasseurs à cheval : l’habit-veste, le gilet, la culotte hongroise et le manteau-capote seront en drap gris : collet, liseré des revers, parements et doublures verts; boutons blancs; shakos noirs; buffleterie noire; bottes à la hussarde ; le harnachement du cheval sera le même que celui des éclaireurs.

V. Le service des Tartares leur sera compté pour la conscription; mais sous aucun prétexte, on ne pourra les tirer d’autres corps de la ligne.

VI. En campagne, les Tartares seront employés en éclaireurs; il y aura, dans chaque compagnie des gardes d’honneur, un officier et le nombre de sous-officiers nécessaires pour les diriger suivant les ordres des chefs.

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Napoléon ne signa pas le décret ; il n’en eut pas le temps et n’en vit pas l’utilité.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.33-34).

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( 23 octobre, 2018 )

Retour sur le baron Fain. La campagne de 1814 vue à travers sa correspondance personnelle.


Retour sur le baron Fain. La campagne de 1814 vue à travers sa correspondance personnelle. dans TEMOIGNAGES fain 

Le mercredi 20 avril 1814, à 11h30, dans la cour du Cheval Blanc du château de Fontainebleau, le baron Fain assiste à la scène mémorable des Adieux. On peut le voir sur le célèbre tableau d’Horace Vernet ; il est juste derrière Maret et porte des lunettes. 

Figure incontournable de l’entourage de l’Empereur, le baron Fain (1778-1837) est bien connu des amateurs d’histoire napoléonienne. Celui qui fut secrétaire-archiviste du cabinet de Napoléon de 1806 à 1813 (nommé secrétaire particulier de l’Empereur cette même année) est l’auteur de nombreux ouvrages. Il a laissé, hormis une série de « Manuscrit », tels ceux « de l’an III (1794-1795) », « de 1812 » , « de 1813 », « de 1814 » et qui forment une bonne fresque sur l’histoire du règne de Napoléon, des « Mémoires » qui furent publiés la première fois chez Plon, en 1908 (en un volume) et qui ont été réédités à mon initiative aux éditions Arléa en 2001. Ces derniers relatent parfaitement les méthodes de travail de Napoléon, les journées du souverain, ainsi que ses déplacements dans le vaste Empire qu’il avait créé. Homme de valeur, personnage attachant, Fain fait partie du cercle des témoins de qualité, de ceux qui ont côtoyé Napoléon au quotidien. Il rejoint ainsi Marchand, Ali, Maret et Peyrusse (dont les  »Mémoires » ont connu une nouvelle édition complétée en 2009) et qui ont laissé des témoignages passionnants (excepté pour Maret dont le manuscrit original aurait été détruit dans sa très grande majorité). Les lettres qui suivent sont parues pour la première fois en 1961 dans les pages de la « Revue de l’Institut Napoléon ». Adressées à sa femme et empreintes d’une certaine inquiétude, elles couvrent plusieurs campagnes de l’Empereur. Voici celles concernant la campagne de 1814. Il est à noter qu’elles ne figurent ni dans son « Manuscrit de 1814 », ni dans ses « Mémoires ».

C.B.

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CAMPAGNE DE FRANCE. 

 Mézières, entre Saint-Dizier et Brienne, ce 30 janvier 1814. 

…Nous sommes en grandes affaires et je te recommande de n’avoir pas d’inquiétudes.

Brienne, 1er février 1814.

Nous sommes à Brienne. C’est un beau château, mais on se bat dans la plaine qu’il domine ; toutes les avenues du parc sont jonchées de morts. Jamais la guerre ne m’a pas paru si triste que dans ce moment où nos pauvres campagnes en font tous les frais.

Troyes, le 6 février 1814. 

Je vois, ma chère amie, qu’il y a beaucoup d’inquiétude, à Paris. Je t’engage à avoir de la tête pour toi et tes enfants. S’il arrivait quelques bagarres, je désire que tu quittes ton logement sous prétexte de te retirer à la campagne et que tu te réfugies dans un petit logement loué sous le nom de Rose. Dans cette retraite tu attendrais les événements et tu  les laisserai passer.

Il n’y a pas de mal que tes idées soient fixées d’avance à cet égard. La fatigue des nuits est grande…

Nogent, 9 février 1814. 

Je vois avec bien de la peine que tu t’inquiètes trop, il faut en rabattre beaucoup de ce que l’on dit et, je te le répète, il y a encore beaucoup d’espérance.

Champaubert, 10 février 1814 

Nous venons de tomber que les derrières de l’ennemi qui s’avançait vers Paris et j’espère que nous lui avons fait perdre l’envie d’aller plus loin.

De la ferme de la Haute Épine dans la plaine de Montmirail, 12 février 1814. 

Nous faisons de notre mieux pour délivrer Paris et la fortune vient de sourire avec assez de grâce à nos efforts. Si l’Impératrice venait à quitter les Tuileries, ce qui est probable moins que jamais, je voudrais que tu fisses retirer de ma chambre les effets que j’y ai laissés…

Montmirail, 15 février 1814. 

Tandis que nous arrêtons ceux-ci qui descendaient la Marne, d’autres s’avancent sur nous en descendant la Seine. Nous y courons et si nous sommes aussi heureux dans cette seconde crise que dans l’autre, Paris sera sauvé. Je te recommande toujours de ne t’effrayer de rien ; n’aies pas d’inquiétudes pour moi, ne t’occupe que de toi et des tiens et cela sans aucune agitation et sans précaution exagérée.

Nangis, le 18 février 1814. 

Nous nous éloignons de Paris et le danger s’éloigne en même temps que nous. Les affaires s’améliorent et nous pouvons plus que jamais nos livrer à l’espérance. Tes enfants ont-ils vu défiler les prisonniers ? Nous allons vous envoyer une bonne mascarade pour vos Jours gras.

Nogent, 20 février 1814. 

La poursuite de l’ennemi nous met dans le cas de repasser à Nogent ; j’ai vu à Montereau un de tes parents de Provins, M. Billy. Il venait avec une députation de sa ville pour donner des nouvelles à l’Empereur : le général en chef des russes (Wittgenstein) avait logé chez lui.  Il m’a paru être un très bon homme.  Les cosaques ont été à Pithiviers. As-tu des nouvelles du sous-préfet ? Ils ont été aussi à Melun, c’était bien près d’Essonnes et de La Fontaine.

Troyes, ce 24 février 1814. 

Nos affaires vont de mieux en mieux et tu as bien raison de te tranquilliser. Dans cette ville, ce n’est qu’un cri contre l’ennemi.

La Ferté-sous-Jouarre, le 2 mars 1814. 

Nous ne sommes pas restés longtemps à Troyes ; il a fallu courir encore après des morts qui ressuscitent et nous venons de traverser de nouveau toute la Brie. J’ai heureusement perdu l’habitude de me déshabiller et quand je m’éveille je n’ai pas de toilette à faire.

Fismes, entre Béhaine et Soissons, 5 mars 1814. 

Prie Bary [commis-archiviste du cabinet de l’Empereur] de porter deux mille francs chez M. le comte de Santa-Fé [sic], c’est une commission de la cassette qui me couvrira de cette avance. Nous sommes toujours par vaux et par monts. D’Albe nous quitte, il a la direction du Dépôt de la Guerre, c’est une belle retraite.

Brai en Laonnais, 8 mars 1814. 

Tu ne sais ce que c’est que le Laonnais : c’est le petit pays qui est entre Laon et Soissons ; nous courons comme des Basques après les autrichiens, après les Prussiens, après les Russes, et nous tombons tant tôt sur les uns, tantôt sur les autres, mais la partie est si forte qu’une surprise est toujours à craindre pour Paris tant que cela ne sera pas fini.Si les Parisiens peuvent faire tête un moment, ce mal passager pourra nous produire de grands avantages, car alors nous aurons le loisir de tailler les croupières de l’ennemi et pas un de ces messieurs ne reverrait le Rhin. Quoi qu’il en soit, ce sont des circonstances bien rudes pour les femmes et pour les enfants. Je ne puis que te répéter toujours la même chose : si l’embarras survient, conserve ton sang-froid, cache-toi dans une cachette que tu te seras préparée d’avance, mets-toi au lit et fais comme si tu étais bien malade.  Quant à La Fontaine [la propriété familiale], ne t’en occupe pas. Lorsque tout sera fini, nous serons encore bien heureux si les quatre murs nous restent avec quelques vieux arbres.

Chavigny, 8 mars 1814. 

Nous logeons de trous en trous, et le plus souvent je préfère ma voiture.  Je t’ai écris ce matin par la route de Rheims [Reims], celle-ci t’arrivera peut-être plutôt [sic] par la route de Soissons.

Rheims  [Reims], 14 mars 1814. 

Ta confiance, ton bon sens, la résolution qu’il y a dans ta manière de voir font le plus grand plaisir. Je pense comme toi qu’il n’est rien qu’on ne puisse éviter en se retirant à propos dans un coin. Si nous étions dans d’autres temps, j’enverrai du pain d’épices à nos écoliers.

Rheims, [Reims] 17 mars 1814. 

Nous avons eu de bons lits à Rheims [Reims], je me suis déshabillé et véritablement couché. Rheims [Reims] est une seconde [capitale ?].

Épernay, 17 mars 1814. 

Je t’ai écrit ce matin, je t’écris encore ce soir parce qu’il est probable que nous allons être plusieurs jours sans communiquer. Ne sois pas inquiète : j’espère que nous allons faire de la bonne besogne.

Fontainebleau, 4 avril 1814. 

J’ai grand besoin d’avoir de tes nouvelles et surtout de notre pauvre petite fille [Adèle, née le 9 décembre 1812]. Fais remettre ta réponse chez le duc de Vicence [Caulaincourt] qui me la fera porter.

Fontainebleau, 6 avril 1814. 

J’ai profité pour t’écrire du premier voyage que le duc de Vicence ait fait à Paris. Bary n’a pas mis une grande adresse à me procurer ta réponse. Je t’écris de nouveau par le duc de Vicence, donne-moi le plus tôt que tu pourras des nouvelles de notre petite fille dont je suis bien inquiet.

Fontainebleau, 10 avril 1814. 

Enfin, j’ai une lettre de toi cette nuit. J’apprends que tu es retirée dans un coin de la montagne Sainte-Geneviève [actuel 5ème arrondissement de Paris]. Vous vous portez tous bien ; c’est l’essentiel, mais je suis fort inquiet de La Fontaine et de notre petite fille. J’y ai envoyé il y a trois jours ce polisson d’Antoine et il n’est pas encore revenu, je crains qu’il n’ait encore une fois déserté.Le jour que l’Empereur quittera Fontainebleau, j’en partirai pour revenir à Paris. Il trouve bon que je ne le suive pas. Du reste, si l’on me retire de mes emplois, je trouverais cela tout simple. Quoiqu’il arrive, j’espère que tu m’aideras à n’être pas malheureux.

Fontainebleau, 14 avril 1814. 

Ton frère envoie son domestique à Paris, et j’en profite pour te dire que j’espère bientôt te joindre. Ces derniers moments de Fontainebleau sont les plus pénibles de ma vie et j’ai besoin de me retrouver auprès de toi et de nos enfants. Du reste ma santé tient bon.

 

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( 20 avril, 2018 )

Une VERSION MECONNUE des ADIEUX de FONTAINEBLEAU…

Napoléon le Grand

« 20 avril [1814]. Les chevaux furent commandés pour 9 heures. L’Empereur désira parler au général Koller. Il parla avec vivacité contre sa séparation d’avec sa femme et son enfant, et de l’ordre de retirer les canons de l’île d’Elbe, disant qu’il n’avait rien à débattre avec le gouvernement provisoire. Son traité avait été conclu avec les Alliés. Il dit qu’il n’était pas dépourvu de moyens de faire la guerre, mais qu’il ne lui plaisait pas de la continuer. Il fit ensuite venir le colonel Campbell, se déclara très satisfait de ce que Lord Castlereagh [Secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères. Il fut un de ceux, dans les années 1813/1814, qui contribuèrent à soulever les puissances alliées contre l’empereur Napoléon], eût mis à sa disposition un vaisseau de guerre, soit pour la traversée, soit comme escorte, et fit l’éloge de la nation anglaise. Ensuite, il dit qu’il était prêt. Le duc de Bassano [Maret], le général Belliard, [le général] Ornano et quatre ou cinq aides de camp, avec environ vingt autres officiers, étaient dans l’antichambre. Un aide de camp ferma subitement les portes, ce qui nous fit supposer que l’Empereur faisait des adieux particuliers à Belliard et Ornano. Ensuite, les portes de rouvrirent, et l’aide de camp annonça : « L’Empereur ! » Il passa en souriant et en saluant, descendit dans la cour, harangua la Garde, embrassa le général Petit et le drapeau, et monta dans sa voiture qui partit aussitôt.»

(« Relation du capitaine Thomas Ussher » in « Toute l’Histoire de Napoléon. La Déportation de Napoléon  à l’île d’Elbe », n°3-Avril 1952, Editions Académie Napoléon, pp.12-13). Ussher commandait la frégate l’Undaunted [l’Intrépide] qui conduisit l’Empereur de France à l’île d’Elbe. Il suivra Napoléon tout au long de son parcours vers cette destination.

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( 30 mars, 2018 )

30 mars 1814. A la santé du Père Lathuille !

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Au début de la route qui va de Paris à Clichy, en dehors de la ville, non loin de la barrière de Clichy,  se trouvait depuis 1769 un cabaret tenu par la famille Lathuille. Lors de la bataille de Paris, le 30 mars 1814, le maréchal Moncey y établit son quartier-général. Il commandait en chef la Garde nationale et avait principalement sous ses ordres les 1er et 4ème légions, échelonnées depuis Chaillot jusqu’à Clichy. L’ennemi approchant, Pierre Lathuille (1763-1816), tenant son établissement « Au Père Lathuille » encouragea les élèves de l’École Polytechnique qui s’apprêtaient à faire le coup de feu, à boire toutes ses bouteilles en leur disant: « Mangez, buvez  mes enfants, il ne faut rien laisser à l’ennemi ! ». Les boulets russes ne tardèrent pas à fuser sur le cabaret. Les troupes françaises se replièrent sur la barrière de Clichy qu’ils barricadèrent. Elles se  battirent héroïquement face aux troupes russes commandées par le comte de Langeron, un ancien émigré français passé au service de la Russie. On montrait encore en 1860 un boulet de canon qui était venu se loger dans le comptoir de l’établissement. Le cabaret du Père Lathuille très en vogue tout au long du 19ème siècle a disparu en 1906. Il se trouvait au n°7 de l’actuelle avenue de Clichy (17ème arrondissement). Sur la place située non loin, à l’emplacement de la barrière, on peut voir une belle et imposante statue du maréchal Moncey immortalisant la défense de Paris.

C.B.

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Emplacement du cabaret du Père Lathuille. Etat actuel (Janvier 2014). Cliquez sur les photos afin de les agrandir.

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 Vue actuelle de la Place de Clichy (Janvier 2014) avec en son centre le beau monument au maréchal Moncey, tournée vers le nord, direction d’où sont venues les troupes ennemies. Ce monument se trouve approximativement sur l’emplacement de la barrière de Clichy (voir tableau ci-dessous).

Barrière Clichy

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( 27 mars, 2018 )

La bataille de Montmirail, d’après le témoignage du général Dautancourt .

La bataille de Montmirail, d’après le témoignage du général Dautancourt . dans TEMOIGNAGES montmirail

Extrait d’un article paru en 1894 dans le « Carnet de la Sabretache » sous le titre de : « Le 1er régiment des chevau-légers lanciers polonais de  la Garde Impériale. Notes sur les campagnes de 1813 et de 1814 ». On notera que par endroit de son récit, cet officier parle de lui-même à la troisième personne. Ce personnage a été nommé général de brigade à l’issue de la bataille de Hanau.

Plusieurs relations de cette bataille, même celle officielle, n’ont point indiqué avec exactitude un mouvement de cavalerie qui doit avoir eu une grande influence sur son succès. Le Bulletin rapporte  entre autres détails : « Le général Friant s’élança sur la ferme de la Haute-Epine avec les 4 bataillons de la Vieille Garde…, les tirailleurs ennemis se retirèrent épouvantés sur leurs masses…, alors l’artillerie ne put plus jouer, la fusillade devint effroyable, et le succès était balancé. Mais au même moment le général Guyot à la tête du 1er de lanciers (Polonais), des vieux dragons et des vieux grenadiers, etc.… » 

Cette dernière citation n’est pas assez expliquée. Le général de division Guyot commandait effectivement la division de  la Vieille Garde composée des lanciers polonais commandés par le général Krasinski, et des chasseurs, formant la première brigade : les régiments des vieux dragons et des vieux grenadiers formaient la deuxième brigade dont le commandement avait été donné le 8 février 1814 au général Dautancourt, major des Polonais. Cette division, qui s’arrêta d’abord sur les hauteurs de Moncoupeau, se porta ensuite en avant dans la plaine traversée par la route de Montmirail à Château-Thierry. Elle y demeura assez longtemps à droite de cette route et y reçut quelques boulets. L’ordre lui vint alors de se rendre près de l’Empereur. En exécutant ce mouvement de nouveaux ordres laissèrent alors la première brigade dans la plaine (il paraît néanmoins que ce ne fut que pour un moment), tandis que la deuxième à la tête de laquelle se trouvaient les généraux Guyot, Dautancourt, continuant à marcher au grand trot, rejoignit l’Empereur qu’elle trouva sur la route de Montmirail à La Ferté. Le canon ennemi battait cette route d’écharpe et de front. La brigade se forma près de l’embranchement d’un petit chemin dont la direction est vers Fontenelle. L’Empereur, au milieu des boulets qui pleuvaient autour de lui, lorgnait attentivement les positions de l’ennemi. Bientôt ce prince donna ordre au général Guyot de faire charger les dragons, mais de conserver près de lui, pour le moment, les grenadiers. Cet officier général transmit cet ordre au général Dautancourt, commandant la brigade. Celui-ci, formant aussitôt ses dragons en colonne par pelotons, s’élança à leur tête sur la route [Du point du départ des dragons pour arriver à la ligne ennemie, on trouve à gauche de la route quelques maisons ; les tirailleurs français s’y étaient jetés et ces intrépides soldats s’y fusillaient avec ceux de l’ennemi. Quelques-uns d’eux qui se mettaient audacieusement à découvert sur la route, ne purent se retirer assez à temps pour éviter les dragons dont les pelotons lancés au grand galop tenaient la largeur de cette route ; aussi plusieurs de ces braves furent-ils renversés. Cependant les dragons de la queue de la colonne assurèrent depuis qu’ils croyaient que ces braves jeunes soldats n’avaient point été blessés et que les derniers pelotons avaient été évités. (Note du général Dautancourt)] , et, malgré un feu épouvantable, arriva sur l’ennemi, l’enfonça, en rejeta une partie sur la droite de cette route au-delà du fossé, et se rallia sur le plateau à gauche de la même route en face du bois de l’Epine-au-Bois, ayant derrière lui un ravin qui prend naissance sur ce même côté de la route, et dans lequel est un petit ruisseau, qui, coulant au-dessous et à l’ouest du village de Marchais (encore occupé par la droite des Russes), va tomber au sud, dans le petit Morin. Cette position des dragons en-arrière de Marchais, séparait de son centre la droite de l’armée ennemie ; aussi vit-on bientôt des fuyards qui abandonnaient en désordre ce village. Marchais étant situé sur une hauteur à gauche du ravin, les fuyards la descendirent à la course et arrivèrent sur ce ravin qui pouvait être aisément franchi. Cependant l’ennemi, enfoncé par la brillante charge des dragons, essayait de rallier un gros de son infanterie près du bois de l’Epine-au-Bois, en face de l’endroit où les dragons se reformaient eux-mêmes. Ils ne lui en donnèrent pas le temps, et cette infanterie épouvantée ne les attendit pas une seconde fois, elle se dispersa. Toutefois le général Dautancourt, apercevant le désordre qui régnait à la droite de l’ennemi, porta alors les dragons au galop dans le bas du ravin, précisément au-dessous de Marchais.

Déjà une partie des troupes ennemies avait passé ce ravin et se trouvait protégée par un petit bois (le bois Jean) qui nuisit à la célérité de cette nouvelle charges des dragons. Mais ils parvinrent à y pénétrer et le traversèrent. Alors commença un carnage effroyable. Les dragons ne frappant que de la pointe de leurs sabres, chaque coup tuait un Russe. En vain, ceux-ci se jetèrent-ils ventre à terre suivant leur habitude (et plusieurs se relevaient ensuite pour nous fusiller), presque tout ce qui put être joint, sur ce point, fut tué, et l’officier chargé par le général Dautancourt de réunir les vivants qui furent enfin faits prisonniers, n’en conduisit au quartier-général qu’un petit nombre. Le grand-maréchal Bertrand arriva bientôt sur ce terrain et complimenta le général Dautancourt et les dragons sur leur belle affaire que, dit-il, l’Empereur avait vue avec plaisir. Il chargea le général de proposer pour des récompenses dans la Légion d’honneur et l’ordre de la Réunion, les officiers et dragons qui s’étaient particulièrement distingués, et de se porter lui-même en tête de l’état de propositions pour l’étoile de commandant.

En même temps il pressait le général de se rallier et de continuer vivement la poursuite de l’ennemi qui faisait paraître quelque cavalerie au-delà du ruisseau de l’Epine-au-Bois, sans doute dans l’intention de recueillir quelques-uns de ses fuyards. Nous courûmes à cette cavalerie qui ne nous attendit pas, et disparut. Nous continuâmes à marcher dans les terres, séparés de la route par le bois de l’Epine-au-Bois, que nous tournâmes, et à la nuit noire, le feu ayant entièrement cessé, à l’exception de quelques coups qui se faisaient entendre par la droite ; nous nous arrêtâmes près d’une maison isolée dans la plaine, vis-à-vis d’un bois qui couvre Vieux-Maison, et de là nous nous mîmes en communication par des patrouilles avec nos troupes que nous trouvâmes sur la route ; une de ces patrouilles rencontra dans la plaine, à peu de distance derrière nous, deux bataillons d’infanterie de  la Vieille Garde à la tête desquels marchait à pied, et l’épée au poing, le maréchal duc de Dantzig [Lefebvre], chargé de nous soutenir.

Peu de temps après, le général Dautancourt reçut, par l’officier qui avait conduit les prisonniers, l’ordre de rejoindre la division du général Guyot, qui, après la bataille, s’était  établie en-arrière de la Haute-Epine, au hameau du Tremblet, dépendant du village de Marchais. Cette belle affaire ne coûta aux dragons que quelques tués, plusieurs blessés : ils eurent aussi 7 à 8 chevaux tués, au nombre desquels fut celui de l’officier commandant le premier peloton, en débouchant sur la ligne ennemie. Le lendemain 12, ce fut avec les dragons de la Jeune Garde, qui faisaient partie de la division, que le brave général Letort, eut, sur la route de Château-Thierry, la belle et brillante affaire rapportée au Bulletin.  

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( 18 novembre, 2014 )

Gravures interdites…

Gravures interdites… dans TEMOIGNAGES roi

On se rappellera que Jean-Baptiste Lynch (1749-1835), ce maire si zélé dont il est question ici, avait livré sa ville aux Anglais le 12 mars 1814, reniant son serment de fidélité à l’Empereur et oubliant tout ce qu’il lui devait (maire en 1808, comte de l’Empire, chevalier de la Légion d’honneur). Pendant les Cent-Jours il prendra la fuite en… Angleterre (pays d’où ses ancêtres étaient originaires). Un médiocre personnage jusqu’au bout !

Bulletin du 18 novembre 1814.

« Maire de Bordeaux, 2 novembre 1814. Le maire de Bordeaux annonce que deux marchands d’estampes ont étalé dans cette ville pendant la foire de petites gravures représentant le buste de Napoléon et son fils à genoux priant Dieu pour son père et pour la France. Ce fonctionnaire, après avoir pris l’avis du préfet, a sagement défendu la vente de ces gravures. »

(Source : Comte Beugnot,  « Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annoté par Eugène Welvert », R. Roger et F. Chernoviz, Libraires-Éditeurs, sans date).

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( 29 septembre, 2014 )

Le général Vandamme sous surveillance…

Le général Vandamme sous surveillance… dans TEMOIGNAGES vandamme

Dans ce bulletin, Beugnot, évoque le général Vandamme, officier qui possède une forte personnalité. On le surveille, on l’épie, car le pouvoir royal le sait être favorable à l’Empereur…

Bulletin du 24 septembre 1814. Paris. Le général Vandamme est à Paris depuis dix jours. Comme c’est un des hommes les plus violents de l’armée, j’ai fait suivre ses pas et surveiller ses discours. Il a vu la plupart des maréchaux qui sont à Paris, entre autres les maréchaux Macdonald et Ney, ainsi qu’n certain nombre de généraux. Il paraît s’être borné à exprimer des plaintes sur les circonstances, et des regrets mal dissimulés sur le passé, sans laisser rien percer sur aucun projet ni aucun plan. Il sent qu’avec sa réputation, il ne peut être en faveur à la cour. Aussi a-t-il annoncé qu’il ne demanderait rien au Roi, perce qu’il ne voulait pas éprouver de refus. Sa société la plus habituelle est la famille de Franconi avec qui il est lié, et au manège duquel il ava tous les jours. Il paraît s’occuper d’un mémoire apologétique de ses opérations militaires à l’époque où il a été fait prisonnier sur les frontières de la bohème [après la bataille de Kulm, perdue le 30 août 1813]. Il a chez lui un secrétaire qui y travaille ; son intention semble être de ne pas rester longtemps à paris, et de partir dans quinze à vingt jours pour une terre qu’il possède en Flandre. »

(Source : Comte Beugnot,  « Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annoté par Eugène Welvert », R. Roger et F. Chernoviz, Libraires-Éditeurs, sans date, pp.213-214).

 

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( 20 juillet, 2014 )

Où l’on PARLE de CAMBRONNE à l’île d’ELBE…

Où l’on PARLE de CAMBRONNE à l’île d’ELBE… dans TEMOIGNAGES cambronne

Général de brigade depuis novembre 1813, Pierre Cambronne avait suivit Napoléon dans son exil elbois et avait été nommé commandant de Portoferraio. La police de Louis XVIII, si irritable à tout ce qui avait un rapport avec l’île d’Elbe, informait le comte Beugnot, nommé lors de la Première Restauration, directeur de la Police. Rappelons au passage qu’il avait  servi Napoléon… Vous découvrirez plus bas, une notice complète sur ce personnage.

Plus tard, lors du retour de l’île d’Elbe, Cambronne commande l’avant-garde la petite armée de l’Empereur en route vers Paris et s’empara le 5 mars 1815 de la citadelle de Sisteron.

Mais revenons à ce « Bulletin » de police en date du 29 juillet 1814, tel que Beugnot le transmet au Roi.

C.B.

« Extrait d’une lettre d’un des délégués de la Direction générale : « Nantes, le 23 juillet 1814. On cite à Nantes [Cambronne était né dans cette ville en 1770] une femme dont le fils, M. Cambronne, a servi dans la Garde Impériale et est allé à l’île d’Elbe auprès de Bonaparte ; on le croit général de brigade. Il écrit quelquefois à sa mère, en lui disant qu’il se trouve bien et qu’il a l’espérance de la revoir dans deux ans. Il lui recommande de ne jamais lui parler politique dans ses réponses ; ses lettres n’en parlent pas non plus. »

(Source : Comte Beugnot,  « Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annoté par Eugène Welvert », R. Roger et F. Chernoviz, Libraires-Éditeurs, sans date).

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Quelques mots à propos de l’auteur de ce bulletin. Comte Jean-Claude BEUGNOT (1761-1835). Député à la Législative, puis emprisonné sous la Terreur, Beugnot entre au Ministère de l’Intérieur au lendemain du 18 Brumaire. Préfet de la Seine-Maritime, il devient conseiller d’État en 1806, chargé de l’organisation du Royaume de Westphalie (gouverné par Jérôme Bonaparte). En 1807, il y devient ministre des Finances, puis administrateur du Grand-duché de Berg et chevalier de l’Empire en 1808. En 1809, ce haut fonctionnaire est nommé officier de la Légion d’honneur et comte de l’Empire. Préfet du Nord en 1813, Louis XVIII le nomme en 1814, Directeur général de la Police, puis ministre de la Marine en décembre de la même année (c’est le comte Anglès qui le remplacera dans cette première fonction). Beugnot suit le Roi à Gand (Belgique) durant les Cent-Jours.

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( 11 juillet, 2014 )

FAUSSE JOIE !

FAUSSE JOIE ! dans TEMOIGNAGES soldats

Durant le séjour de Napoléon à l’île d’Elbe, la police royaliste reste aux aguets. Voici ce que transmettait à Louis XVIII, son responsable, le comte Beugnot, le 11 juillet 1814.

« Loire. Inspecteur de la gendarmerie. Le 29 juin, il se passa à Saint-Etienne un événement. Les habitants manifestèrent des sentiments antifrançais. Le buste du Roi avait été un instant déplacé de l’hôtel de ville pour l’entourer des armes de France. Des malintentionnés saisirent cette occasion pour répandre que Bonaparte était de retour à Paris à la tête de 300.000 Turcs. Les ouvriers s’assemblèrent aussitôt tumultueusement. Des feux d’artifices furent tirés en signe de réjouissance. Un ancien militaire fut arrêté au moment où il tirait des coups de fusils pour manifester sa joie. Des patrouilles de gendarmerie dissipèrent ces attroupements et firent rentrer les ouvriers dans les ateliers. La nuit précédente, on avait affiché à la porte de l’église : Maison à vendre. Prêtre à pendre. Louis XVIII pour trois jours. Napoléon pour toujours. Une deuxième affiche portait : Vive l’Empereur et ses fidèles soldats ! Je charge M. le préfet de la Loire de rechercher avec le plus grand soin les auteurs présumés de pareils scandales et de ne rien négliger pour leur faire subir une punition exemplaire. »

(Source : Comte Beugnot,  « Napoléon et la police sous la première Restauration. D’après les rapports du comte Beugnot au roi Louis XVIII. Annoté par Eugène Welvert », R. Roger et F. Chernoviz, Libraires-Éditeurs, sans date).

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( 30 mars, 2014 )

PARIS CAPITULE…

30 mars 1814

Le 8 février 1814, de Nogent-sur-Seine Napoléon écrivait à son frère Joseph, à qui il avait confié Paris : « Si l’ennemi avançait sur Paris avec des forces telles que toute résistance devint impossible, faites partir, dans la direction de la Loire, la Régente, mon fils, les grands dignitaires…Rappelez-vous que je préférerais savoir mon fils dans la Seine plutôt qu’entre les mains des ennemis de la France ». Le 16 mars 1814, il réitère cet ordre.  A l’approche des Alliés (Prussiens et Russes) Joseph hésite. Le 28 mars 1814 au soir, il convoque le Conseil de régence. L’Impératrice et le Roi de Rome doivent-ils partir avec le gouvernement ? 

Hormis Clarke,  ministre de la Guerre, l’ensemble du conseil répond par la négative, considérant que la présence de Marie-Louise et de l’Aiglon galvaniserait la résistance. Joseph lu alors à haute voix les recommandations de son frère. Le départ fut donc décidé. Le 29 mars 1814, Marie-Louise quitte (pour toujours) les Tuileries ; un départ réprouvé par les parisiens. Joseph, fit afficher sur les murs une proclamation annonçant la venue imminente de l’Empereur, arrivant au secours de sa capitale. Paris doit tenir. Mais une résistance est-elle possible ?  De leur côté, les Alliés, en découvrant la cité dans le lointain, au matin du 30 mars 1814 étaient à la fois euphoriques et inquiets. Ils savent qu’ils ne disposent plus que de deux jours de vivres et qu’une insurrection paysanne, comme ces attaques sporadiques que connurent leurs troupes dans la Brie, peut surgir sur leurs arrières. Ils craignent aussi que Napoléon ne les surprenne  et délivre la capitale.

Il faut agir et vite. Dans Paris la défense s’organise. Les troupes de Marmont, de Mortier, de Compans ; la Garde nationale, commandée par Moncey, la garnison, les élèves de l’École Polytechnique, sans parler des vétérans et des invalides, forment un ensemble de 42 000 hommes. C’est peu face aux 120 000 hommes des Alliées ceinturant la ville.  Mais le peuple de Paris est prêt à se battre, à transformer chaque rue, chaque maison en un bastion imprenable. Pour gagner, il eut fallu que cette résistance soit conduite et galvanisée par des chefs civils et militaires capables et résolus.

Que l’exemple vienne d’eux et qu’elle soit appuyée par une fidélité à toute épreuve à Napoléon. C’est dans de telles conditions que l’Empereur arrivant aux portes de Paris aurait pu victorieusement repousser Russes et Prussiens. 

L’Histoire en décida autrement… Le 28 mars 1814, Napoléon quittant Saint-Dizier pour se diriger sur Troyes, confie une mission particulière à un prisonnier de marque : le comte de Weissemberg, ambassadeur d’Autriche à Londres. 

Le diplomate emporte ainsi avec lui l’ordre d’entamer une négociation avec l’empereur d’Autriche. Dans la soirée, alors qu’il est à Doulevant, l’Empereur reçoit des nouvelles de Paris : « Les partisans encouragés par ce qui se passe à Bordeaux, lèvent la tête. La présence de Napoléon est nécessaire s’il veut empêcher que sa capitale ne soit livrée à l’ennemi ; il n’y a pas un moment à perdre ». Le 29 mars 1814 au petit matin, Napoléon quitte précipitamment Doulevant. En route, il apprend bribe par bribe la progression inquiétante des Alliés. Il dépêche alors auprès de Joseph, le général Dejean son aide de camp et le colonel Gérardin, aide de camp de Berthier, afin de confirmer son arrivée aux Parisiens et de s’assurer de l’état de la défense de la capitale. 

Le 30 mars, à l’aube, Napoléon, laissant le commandement à Berthier, se dirige à bride abattue vers Paris. Ce même matin, à 4 heures, la ville se réveille par une canonnade et des roulements de tambours. La générale est battue. Les faubourgs se soulèvent. Les ouvriers réclament des armes. Dans les demeures cossues du Faubourg Saint-Germain, nombreux sont les royalistes qui souhaitent ardemment la chute de l’Empereur…

La défense s’organise. Les troupes parisiennes tiennent en respect les masses ennemies sur le front est le nord-est, de Vincennes à Clichy. Mais Joseph, représentant de l’Empereur à Paris va commettre l’irréparable.  Vers dix heures et demie du matin, alors qu’il se trouve à Montmartre pour surveiller les opérations, il reçoit la visite de l’architecte Peyre que les circonstances avaient transformé en parlementaire. Ce dernier est accompagné du comte Orlov, aide de camp du tsar Alexandre.

Orlov a été reçu dans la nuit par le tsar qui lui a remis des exemplaires d’une proclamation royaliste du prussien Schwarzenberg adressée au peuple de Paris. Alexandre s’empressa d’ajouter au comte Orlov que si les pourparlers échouaient, la lutte se poursuivrait néanmoins. Il compléta ses propos par une phrase inquiétante : 

« Dans les palais ou les rues, l’Europe couchera ce soir à Paris. » 

Ces mots répétés à Joseph  atterrent ce dernier. Le frère de l’Empereur s’empresse alors de réunir un conseil de défense qui conclut au caractère inévitable de la capitulation de Paris. Par des missives adressées à Marmont et à Mortier, Joseph leur autorise, s’ils ne peuvent plus tenir leurs positions, à entamer des pourparlers avec Schwarzenberg et le tsar, se trouvant en face d’eux. Vers midi trente ce même 30 mars, le peu courageux Joseph quitte Paris pour Rambouillet, oubliant dans sa précipitation de déléguer ses pouvoirs. Les seuls autorités constituées se trouvent dans Paris sont alors les deux préfets Pasquier et Chabrol et le Conseil d’État, ne tenant leurs pouvoirs de l’Empereur. Aux alentours de la cité, la bataille fait rage. On se bat à Romainville, à Pantin et ailleurs. Marmont quoique blessé, tient bon.

Il ne s’arrête pas sur le billet de Joseph qui lui parvient vers 13h30. A 14 heures, les Alliés déclenchent une offensive générale. Marmont se voit alors débordé de toutes parts. Il se replie sur Belleville et envoie trois parlementaires pour solliciter un armistice. Le maréchal Moncey tient bon à la barrière de Clichy, au nord de Paris. 

Le peuple de Paris se bat, les habitants font le coup de feu. IL faut tenir jusqu’à l’arrivée de Napoléon. En quittant Montmartre, Joseph avait donné l’ordre de quitter immédiatement la capitale à toutes les personnalités du régime. Cette mesure ne fut que partiellement exécutée. C’est une des erreurs de Joseph. Talleyrand, prêt à tous les compromis, à toutes les trahisons, voit là l’occasion de jouer un nouveau rôle. Le général Savary, convaincu du départ de Talleyrand, quitte Paris. Désormais le prince de Bénévent a toute latitude pour agir…

Le Tsar qui avait reçu dans l’après-midi l’envoyé de Marmont, désigne son aide de camp le général Orlov afin de poursuivre les négociations. Dans le même temps, le maréchal Mortier voit arriver près de lui le général Dejean, expédié par Napoléon. Cherchant en vain Joseph, il vient lui annoncer que l’Empereur approche et qu’il faut tenir encore. 

Mais les tractations ont commencé. Marmont,  Mortier et les représentants du Tsar se réunissent et entament de laborieuses tractations.  Avec cette capitulation, Marmont se pose en triomphateur. N’a-t-il pas évité aux parisiens une catastrophe ? Talleyrand sort alors de l’ombre. Il rencontre Marmont et se pose en véritable arbitre de la situation en éloignant le maréchal de Napoléon et en favorisant le retour des Bourbons.  Le 31 mars 1814, à deux heures du matin, l’aide de camp de Schwarzenberg débarque à l’hôtel de Marmont, rue de Paradis ; les Alliés acceptent la capitulation. Napoléon, alors à Juvisy, à la « Cour de France »  apprendra la terrible nouvelle par le général Belliard.  -« Quelle lâcheté !…Capituler ! Joseph a tout perdu… Quatre heures trop tard… », déclare t-il à voie haute. 

L’Empereur songea un instant à forcer le destin. Il pouvait en seulement quelques heures soulever à nouveau ses « bons Parisiens »… Les troupes françaises, conformément aux conditions, commencent à évacuer la ville. Au matin de ce 31 mars historique, le canon s’est tut dans Paris.

A neuf heures, les parisiens, surpris par ce calme inhabituel, apprirent la reddition de leur ville, et l’entrée imminente des Alliés dans la cité.

Une certaine inquiétude s’installa alors. Seuls les royalistes exultaient, laissant éclater leur joie d’une façon bruyante. 

Acta est fabula ! La pièce est jouée ! 

Marmont s’illustrera en se ralliant aux Bourbons sous l’influence de Talleyrand… 

Napoléon arrivé à Fontainebleau depuis le 31 mars, est contraint d’abdiquer, mais il hésite encore, calculant les chances qui s’offrent à lui de renverser la situation  Il reçoit Caulaincourt qui lui trace avec exactitude un tableau de Paris : Napoléon n’a rien à attendre de la capitale si ce n’est que la situation se dégrade. Il ne doit plus songer à y entrer. Puis c’est le maréchal Ney qui est reçu à son tour. Le prince de La Moskowa met tout son poids afin d’amener l’Empereur à abdiquer. Il parle d’une armée fatiguée, il évoque l’existence de ces troupes que la défection de Marmont et de son 6ème corps a plongé dans le plus profond découragement. Le maréchal Macdonald, reçu également, et accompagné de Ney, ira dans le même sens.  L’Empereur écoute avec attention les exigences demandées concernant son abdication. Elle sera sans conditions aucunes. De plus, Napoléon se verra attribué la souveraineté de l’île d’Elbe. Le souverain signe son acte d’abdication le 6 avril 1814. Napoléon vit alors une des périodes les plus difficiles de son existence. Il apprend coup sur coup toute une série de mauvaises nouvelles : Joséphine, une de celles qu’il a le plus aimé, s’apprête à recevoir le Tsar en personne à la Malmaison ; Marie-Louise s’attarde curieusement à Blois, alors qu’il lui serait si facile de le rejoindre ici à Fontainebleau…

L’attitude Marmont, de Ney et de Macdonald l’avait ulcéré. Ler dernier coup vint du maréchal Berthier, major général qui se crut être autorisé, par l abdication de Napoléon, à envoyer (le 12 avril) aux Bourbons celle de cette armée toute entière.- « Berthier, dit-il, m’abandonne avant que je ne quitte Fontainebleau. Berthier ! »Deux proches serviteurs allaient s’enfuir également : Constant et le mameluck Roustam.

La suite des événements montrera que Napoléon n’allait pas y perdre au change, en les remplaçant par Marchand et Saint-Denis (le mameluck Ali ), qui le suivront à l’île d’Elbe puis à Sainte-Hélène l’année suivante… 

« A Fontainebleau, écrit Ali, se voyant abandonné non de ses braves soldats, mais de la plupart de ses officier généraux et de beaucoup d’autres, l’Empereur tentera de mettre fin à son existence». Ce geste désespéré (et manqué) aura lieu le 12 avril. Huit jours plus tard,  se déroulait  la fameuse scène des Adieux de Fontainebleau qui fait partie de la légende napoléonienne. Immortalisée par Horace Vernet, on peut y voir quelques uns de ceux qui suivront l’Empereur à l’île d’Elbe : Drouot, Bertrand, Cambronne…Voici ce que raconte le lieutenant de grenadiers Monnier : 

« Enfin, le 20 avril, au moment de quitter son palais de Fontainebleau pour abandonner cette terre sacrée de la patrie, cette terre où tant de grands souvenirs, tant de superbes monuments devaient consacrer son nom à la reconnaissance de la postérité, l’Empereur sortit vers midi de ses appartement, et descendit par le grand escalier dans la cour du Cheval Blanc. Il la traversa à pied, au milieu de douze cents grenadiers de sa Garde, rangés sur deux haies, depuis l’escalier jusqu’à la grille : quelques officiers d’état-major le suivaient, ainsi que les quatre commissaires des alliés, le général russe comte Souvalow [Schouvaloff], le général autrichien baron Kooller [Koller], général prussien [le comte de Waldbourg-Truchsess], et le chevalier Neil Campbell major anglais [le colonel et non « chevalier »] ; le comte Klam, aide de camp du prince de Schwartzemberg [Schwarzenberg] les accompagnait. 

Avant d’arriver à la grille, l’Empereur s’arrêta, fit former le cercle à la troupe, approcher de lui tous les officiers, et prononça d’une voix ferme, quoique émue, un discours dont on a retenu les fragments suivants : « Grenadiers et chasseurs de la Vieille Garde, je vous fais mes adieux : pendant vingt ans je vous ai conduit à la victoire ; pendant vingt ans vous m’avez servi avec honneur et fidélité ; recevez mes remerciements… Officiers, soldats, qui m’êtes restés fidèles jusqu’aux derniers moments, recevez mes remerciements, je suis content de vous. Je ne puis vous embrasser tous, mais j’embrasserai votre général. Adieu, mes enfants, adieu, mes amis.

Conservez-moi votre souvenir ! Je serai heureux lorsque je saurai que vous l’êtes vous-mêmes. Venez général ! » Alors, le général Petit s’est approché, et il l’a embrassé vivement. – « Qu’on m’apporte l’aigle, et que je l’embrasse aussi. » 

Le porte-drapeau s’est avancé, a incliné son aigle, et l’Empereur en a embrassé trois fois l’écharpe avec la plus vive émotion.  

  – « Adieu mes enfants. » Officiers, soldats, tous étaient attendris ; les larmes roulaient dans les yeux de ces vieux guerriers ; les officiers étrangers eux-mêmes témoignaient par des pleurs involontaires combien ils étaient sensibles à de tels adieux. » 

C.B. 

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( 27 mars, 2014 )

Les derniers jours de la campagne de 1814…

Meissonier 1814

Voici un extrait du témoignage de G. Peyrusse, Il porte sur les derniers jours de la campagne de 1814…

« 31 mars. Sous la protection des chasseurs à cheval dela Garde, le service de Sa Majesté part dans la nuit pour se rendre à marche forcées à Fontainebleau. On y arrive tard. Sa Majesté s’y trouvait depuis dix heures du matin. Parvenu le 30 à dix heures du soir à Fromenteau, l’Empereur avait appris [par le général Belliard] que le 29 au soir les ennemis sont arrivés sous les murs de Paris ; que leur présence a été le signal du départ de l’Impératrice et du Roi de Rome, et qu’après une vive résistance, le Roi Joseph, ayant reconnu qu’on ne pouvait ni tenir, ni différer de capituler, en avait donné l’autorisation au duc de Raguse [maréchal Marmont]. Paris est au pouvoir de l’ennemi depuis le 30 au soir, et il n’est plus permis à l’Empereur d’intervenir dans le traité. Les souverains entreront le lendemain.

1er avril.  L’Empereur annonce à l’armée l’occupation de Paris.

2 avril. L’avant-garde du prince de La Moskowa [Maréchal Ney] arrive à Fontainebleau ; elle est suivie par divers corps qui traversent cette résidence pour se porter en avant. Les souverains alliés ont fait hier ; à dix heures, leur entrée dans Paris ; la cocarde blanche y a été arborée. Le peuple était dansla stupeur. Il y avait absence complète de gouvernement. Les troupes venues de Paris se réunissent à l’armée de Champagne ; cette adjonction la rend imposante. La prise de la capitale a vivement blessé son amour-propre.

3 avril. Le duc de Vicence vient d’arriver ; rien ne transpire ; mais malgré toute la réserve de ce plénipotentiaire, on connaît les événements de Paris. Le Sénat a proclamé la déchéance de Sa Majesté. L’Empereur est sorti à cheval pour visiter les postes ; on s’attend à marcher sur Paris. On parle pour la première fois d’abdication. Ce mot est nouveau,… il étonne… Tout annonce que le quartier-général va être porté plus loin. La parade a eu lieu à midi. On se regarde ; on n’ose soulever le voile des événements qui vont se presser. On déplore le triste résultat de tant d’efforts et le temps perdu à Doulevant. Napoléon est suivi dans ses appartements par les maréchaux et les grands officiers de la maison. Un morne silence règne dans les grands appartements de Fontainebleau ; on se demande ce qu’on deviendra ; tout le monde est oppressé. Je fus un peu distrait de mes pénibles réflexions par la remise qui me fut faite d’un paquet renfermant mon brevet de chevalier de la Légion d’honneur, ou plutôt l’annonce de cette nomination, et la permission de porter le ruban. J’en ressentis une joie inexprimable. Pénétré de la plus vive gratitude, je résolus d’offrir mes services à Sa Majesté, dans quelque position et quelque lieu qu’elle pût se trouver placée. La journée s’écoulait, la conférence durait encore ; mais, à son issue, le bruit se répand que Napoléon vient d’abdiquer et MM. les ducs de Tarente [maréchal Macdonald] et de Vicence, et Son Excellence le prince de La Moskowa se rendent à Paris pour présenter cet acte aux princes alliés.

5 avril. Sa Majesté a déjà, elle-même, parlé de son abdication ; elle a eu lieu en faveur de son fils, sous la régence de sa mère ; un ordre du jour l’annonce à l’armée. Le duc de Raguse, campé en Essonne, a passé aux alliés ; son corps a traversé la ligne des postes ennemis pour se rendre à Versailles ; le colonel Gourgaud, envoyé vers ce maréchal, l’a annoncé à Sa Majesté. Cette défection a porté au cœur de l’Empereur le coup le plus sensible ; elle sera d’une conséquence fâcheuse pour le traité qu’on négocie.

6 avril. L’abdication en faveur de la régente et de son fils n’est plus reçue ; il faut que Napoléon et sa dynastie renoncent au trône. Les souverains l’ont déclaré, et M. le duc de Vicence est chargé de cette mission auprès de l’Empereur. Cette négociation fatigue Sa Majesté ; elle entrevoit des chances moins humiliantes dans une plus longue résistance ; elle peut réunir encore une belle armée ; on peut se replier sur la Loire ou vers l’Italie, « mais l’énergie est épuisée ; on le dit ouvertement ; on en a assez ; on ne pense plus qu’à mettre à l’abri des hasards ce qui reste de tant de peines et de prospérités. C’est à qui trouvera un prétexte pour se rendre à Paris où le gouvernement nouveau accueillie tout ce qui abandonne l’ancien. (Fain, Manuscrit de 1814). L’Empereur, vaincu par la défection qui l’entoure, prend la plume et rédige lui-même la deuxième formule de l’abdication qu’on entend. Les puissances alliées ayant déclaré que l’Empereur était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe, l’Empereur, fidèle à son serment, déclare qu’il renonce pour lui et ses enfants aux trônes de France et d’Italie, et qu’il n’est aucun sacrifice, même celui de la vie, qu’il ne soit prêt à faire aux intérêts de la France. »

La campagne de 1814 vient de finir… Paris restera au pouvoir de ses maîtres… Le duc de Vicence est chargé d’aller porter à Paris ce dernier acte de Sa Majesté. »

(Guillaume Peyrusse, « Mémoires, 1809-1815 », Editions AKFG, 2018).

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( 16 mars, 2014 )

« Nous faisons une rude campagne… »

« Nous faisons une rude campagne… » dans TEMOIGNAGES 1814-2014

Trois nouvelles lettres du jeune Faré, capitaine adjudant-major aux grenadiers de la Garde Impériale. Dans la première, l’auteur confie à ses parents son dénuement mais aussi son désespoir devant les horreurs qu’il croise, les exactions commises par ces hordes de cosaques, puis c’est l’angoisse pour les siens qui monte en lui. Au cours de la seconde, il parle du souhait général : « La paix, le repos ». Faré évoque, selon lui, la mission que devra avoir le nouveau gouvernement s’il veut se faire aimer des Français. La suite est connue…

C.B.

Reims, 16 mars 1814.

Mes chers parents, je profite d’un moment de repos qu’on nous accorde enfin pour vous donner de mes nouvelles. Au milieu de nos marches forcées et de nos bivouacs continuels, il m’a été impossible de trouver une seule occasion de vous écrire. Je ne me suis jamais trouvé dans une semblable situation. Je n’ai plus ni bottes ni pantalon. Jamais nous n’avons tant marché et avec si peu de repos. Nous faisons une rude campagne et, si nous parvenons enfin à chasser l’ennemi de notre patrie, je crois que nous aurons bien mérité d’elle. Que je vous félicite de n’avoir point encore eu à recevoir ces hôtes féroces ! On dit que dans l’intérieur on ne veut pas croire à l’atrocité de leur conduite. Certes, je ne désire pas aux incrédules d’être convaincus par leurs yeux. Je ne fais point de gazette et je dis ce que j’ai vu. Vingt fois des larmes de rages ont coulé de mes yeux à la vue et au récit des horreurs qu’ils ont commises. Le pillage le plus éhonté est le moindre de leurs forfaits. L’incendie le viol, la mort, voilà des biens qu’apportent les libérateurs de la France. Il semble que le sexe et l’âge, au lieu d’être pour eux un objet de respect, en soit un de fureur. Bien entendu, c’est dans les campagnes que se commettent les grandes horreurs. Pour les villes, où l’on observe une espèce d’ordre, ils ont une gentillesse. Ils rencontrent un bourgeois dans la rue, le jettent à terre et lui prennent ses bottes, ses boucles, ses souliers, sa montre. Ils entrent dans une maison, s’y font donner les couverts que l’on n’a pas eu le temps de cacher. Ils on surtout pour habitude de ne laisser aucun rideau dans les chambres où ils couchent. MM. Les officiers voient tout cela, et, loin de s’y opposer, en font autant.

Si le malheur voulait donc-ce qui, j’espère, n’arrivera pas, que ces monstres menaçassent la Touraine, cachez tout ce que vous trouverez en argent, linge, meubles, etc., et réfugiez-vous à la ville où l’on est toujours plus en sûreté. Mais par grâce, ne restez pas aux Amandières !

L’idée de les voir ravager nos belles contrées me rend furieux. Ah ! Pourquoi tous les Français n’entent-ils pas mieux leurs intérêts ? En moins d’un mois, tous ces brigands auraient repassé le Rhin. Ils sont pourtant parvenus à force d’horreurs, à animer les paysans de ces contrées-ci qui commencent à leur donner la chasse avec vigueur. Quand la saison sera moins rigoureuse, j’espère que tous se lèveront.

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Au bivouac près d’Essonnes, 5 avril 1814.

Mes chers parents, je me porte bien physiquement, et c’est beaucoup dans ces tristes circonstances. Du courage, de la santé, c’est ce que vous désire.

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Egreville, 16 avril 1814.

Mes chers et bon parents, enfin, après bien des peines, biens des fatigues, je jouis d’un peu de clame et de repos. Lorsque je vous écrivis quelques mots au bivouac le 5 avril, nous ignorions encore les événements qui s’étaient passés à Paris [capitulation de la ville le 30 mars ; entrée des troupes alliées le lendemain] et nous nous attendions à  marcher sur cette ville. C’est le même jour qu’eut lieu la défection du maréchal Marmont, en suite de laquelle on nous fit revenir à Fontainebleau où nous apprîmes tout par les journaux. Que de trahisons ! Que de lâchetés ! Que d’ingratitude ! En vérité les hommes font horreurs et pitié tout ensemble. Quels ont été les premiers à abandonner l’Empereur ? Ceux qu’il avait comblés de biens et de dignités. Quels sont ceux qui lui sont resté fidèles jusqu’au dernier moment, qui presque tous ont demandé à l’accompagner dans son exil ? Nous, officiers subalternes de la Garde, et plus encore nos soldats dont une grande partie a déserté depuis que nous avons donné notre adhésion au nouveau gouvernement. Quelles faveurs avions-nous obtenues, quelle grâces particulières, que nos services ne nous eussent méritées sous quelque gouvernement que ce fût ?

Et nos braves grenadiers, sans solde depuis six mois, beaucoup sans souliers, sans pantalons, marchant sans cesse au milieu de la saison lap lus rigoureuse, volant d’une armée à l’autre, fixant la victoire par leur présence, est-ce l’intérêt qui les a guidés ? Non. C’est l’honneur fuyant les cordons, les plaques, les broderies et se réfugiant dans nos rangs.

Nous avons donné notre adhésion le 11. Nous ne pouvions pas faire plus pour l’Empereur qu’il ne voulait lui-même. Nous voilà donc sujets d’un nouveau gouvernement qui, quand nous aurons une fois prêté serment, pourra plus compter sur notre fidélité que sur cette foule de lâches dont l’intérêt et la crainte sont les seuls mobiles et qui ont si souvent brisé l’idole qu’ils avaient adorée la veille. Napoléon mérite une partie de ce qui lui est arrivé ; il a commis de grandes fautes ; chacun les dit. Une de celles que je lui reproche le plus, est d’avoir appelé ou souffert auprès de lui des gens qui n’étaient pas dignes de cet honneur. Il aurait pu et dû mieux choisir.

Si le nouveau gouvernement est prudent et ferme tout ensemble, il lui sera facile de se faire adorer. La paix. Le repos, c’est le cri général. Celui qui la donnera, cette paix tant désirée, sera un dieu pour la France. Heureux habitants des bords de la Loire, vous ignorez encore les maux de la guerre, vous ne les connaissez que par ouï-dire. Je vous ne félicité. Que mon père a bien fait de venir poser ses pénates dans notre belle et tranquille Touraine !

Nous sommes ici cantonnés à quatre lieues de Nemours, huit de Fontainebleau. Notre village, Egreville, est assez gentil. Nous attendons d’abord que la paix soit faite, ensuite ce que le nouveau gouvernement voudra faire de nous.

Toute votre société doit bien être triomphante, bien joyeuse de ce qui se passe. Eh bien, moi aussi, je serai content si le bien de la France en est la suite. Fidèle à l’honneur, j’ai fait tout ce que mon devoir exigeait de moi, sans animosité, sans passion. Que mon pays soit heureux et j’adorerai celui qui le rendra tel.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, pp.123-126).

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( 15 mars, 2014 )

Récupération…

Récupération… dans TEMOIGNAGES 1814-2014

Quelque peu étonnante est cette courte lettre de Napoléon au général Clarke, ministre de la Guerre.

Reims, 15 mars 1814.

Vous pouvez ordonner qu’à mesure que les prisonniers passent, on leur ôte leurs shakos et leurs bonnes capotes, pour les donner aux soldats et gardes nationaux qui en manquent

(« Lettres inédites de Napoléon 1er (An VIII-1815). Publiés par Léon Lecestre » Plon, 1897, tome II, p.321).

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( 11 mars, 2014 )

Un dragon dans la campagne de France… (3 et fin).

Claye 28mars1814

Dernière partie du témoignage Gougeat, dragon à cheval au 20ème régiment.

« Nous quittons le camp d’Essoyes pour retourner de l’Aube. Après avoir passé dans différents endroits déjà parcourus, nous nous trouvons de nouveau, du 15 au 18 mars, dans les environs de Nogent. Là, nous recevons  l’ordre de rétrograder sur Arcis. En remontant la Seine et l’Aube, nous partons aussitôt pour cette ville où la Garde impériale et plusieurs corps d’armée se réunissent évidemment en prévision d’une grande bataille.

Les armées russes, prussiennes et autrichiennes se concentrent dans la plaine devant Arcis, sur la route de Troyes. Les Russes ont incendié, il y a quelques jours, la petite ville de Méry.

Pendant que l’armée française défile pour aller prendre position dans la plaine, on nous fait rouler nos manteaux et prendre nos dispositions pour charger. Nous traversons la ville à notre tour, et la bataille s’engage.

Nos escadrons, trop eu nombreux, se heurtent, mais sans succès, contre la masse énorme de la cavalerie ennemie; ils sont ramenés jusqu’à Arcis. Nous allons nous reformer dans l’avenue du château, sur les bords de la rivière; d’autres corps débandés nous rejoignent. On repart; on se bat toute la journée. Finalement, nous couchons sur nos positions.

Le lendemain, nous quittons Arcis avec l’Empereur et la Garde et nous marchons sur la route de Vitry. Nous passons la nuit à Dampierre d’où nous entendons encore le canon d’Arcis. Nous allons franchir la Marne à Frignicourt, petit village situé à une demi-lieue de Vitry. Là, toute l’armée défile devant l’Empereur et le salue de ses acclamations ; assis à une petite table devant l’église, il est penché sur une carte étalée devant lui et ne fait pas un mouvement.

Le régiment est envoyé devant Vitry. Il va ensuite en reconnaissance dans les villages situés entre Vitry et Saint-Dizier. Plusieurs fois, nous passons et repassons à Larzicourt, mon pays natal, dont l’aspect est des plus mornes. Les rares habitants que nous rencontrons, et dont je me garde bien de me faire connaître, sont tristes et abattus; on voit qu’ils sont encore sous l’impression de la terrible scène du bombardement dont j’ai parlé. Jetant les yeux du côté de la maison de ma mère, je suis navré à la vue des meubles entassés pêle-mêle dans la rue…

Nous partons, le lendemain, par la route de Montiérender et nous arrivons au pied du village de Moelain, au-dessous et non loin de Saint-Dizier. Ce village est situé au sommet d’une petite côte de vignes au bas de laquelle coule la Marne. De l’autre côté de la rivière est le bourg d’Hoëricourt, avec une vaste plaine.

Il est 10 heures du matin, le temps est splendide, le soleil brille d’un vif éclat. L’armée russe évolue dans la plaine.

A la vue de l’ennemi, notre armée, guidée par des habitants du pays, traverse la Marne au gué d’Hoëricourt, en masse et dans un ordre parfait. Parvenue sur l’autre rive, elle est accueillie par la cavalerie russe dont elle reçoit le choc sans broncher, notre cavalerie la charge à son tour; une terrible mêlée s’engage pendant laquelle les escadrons ennemis sont ramenés plusieurs fois. Enfin, après deux heures de ce rude combat, l’Empereur lance sur les Ruses la cavalerie de sa Garde qui les sabre et les met dans une déroute complète. Ils se débandent et fuient au galop: une partie dans la direction de Vitry et le reste par la route de Bar-le-Duc.

Je ne pris pas part à l’action, mais je la vs se dérouler à mes pieds, du haut del a petite colline de Moelain, où je me trouvais avec l’officier-payeur de mon régiment. La traversée de la Marne par notre cavalerie, dont les chevaux ne nous paraissaient pas plus gros que des moutons au milieu de la rivière, et le choc des escadrons dans la plaine aux rayons d’un beau soleil qui faisait jaillir des milliers d’étincelles des armes et des casques, constituaient l’une des plus beaux spectacles qu’il m’ait été donné de contempler.

Passant, le soir, sur le champ de bataille, je reconnais, parmi les morts, plusieurs dragons de mon régiment et un officier du 19ème dragons. Je rencontre M. Lallemant, officier dans ma compagnie, blessé à l’épaule, et qui me prie de panser ma blessure. Tout près de la grande route se tiennent des cavaliers qui offrent, mais sans succès, de vendre à leurs officiers des chevaux qu’ils ont pris à l’ennemi.

Je rejoins ma compagnie au village de Longchamp où elle s’est arrêtée après avoir coopéré à la poursuite des Russes; nous y passons la nuit.

Nous restons plusieurs jours entre Vitry et Saint-Dizier, profondément attristés à la vue des ravages exercés par les armées étrangères dans cette contrée, jadis si florissante et maintenant si dévastée. Dans les villages peu de maisons sont intactes. Parmi celle qui sont encore debout, les unes ne sont plus soutenues que par leurs piliers ; d’autres n’ont plus de toitures; des murs son ou renversés ou ébréchés; les portes et les fenêtres sont béantes. A l’intérieur, il n’y a plus rien. Un silence de mort plane sur ces ruines ; les habitants se sont enfuis, avec leurs bestiaux, au fond des forêts voisines, afin d’échapper aux vexations et aux brutalités de l’ennemi.

Nous repassons la Marne, sous l’impression de ce triste spectacle, et nous nous dirigeons sur Vandoeuvre. De là, nous allons à Troyes, à Sens, puis à Fontainebleau.

En arrivant à Fontainebleau, un jour qu’il tombait un léger brouillard, mon régiment se range en bataille sur la grande route, tout près d’un château. Longtemps, nous restons là immobiles et silencieux. De temps en temps, de vagues rumeurs nous arrivent de la ville; des officiers passent et repassent au galop; les visages sont tristes. On sent, on devine de graves événements. Bientôt, nous apprenons la capitulation de Paris et l’abdication de l’Empereur. Soudain un bruit de cavalerie en marche se fait entendre du côté de Fontainebleau et nous voyons venir plusieurs voitures, escortées par un escadron de lanciers de la Garde. Au moment où elles passent devant nous, un bras sort de l’une d’elles et s’agite en signe d’adieu; on nous dit que c’est l’Empereur qui part et nous adresse ses adieux. L’émotion est grande, les cœurs sont oppressés, les yeux se mouillent… »

Fin.

(Témoignage publié la première fois en 1901 dans le « Carnet de la Sabretache »; réimprimé en 1997 par Teissèdre).

 

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( 23 février, 2014 )

Mais que fait Augereau ?

Augereau

Il est inactif si on en juge la teneur de cette lettre de Napoléon adressée à Marie-Louise. « Chargé de tomber avec l’armée de Lyon sur les derrières de Schwartzenberg. Il reste inerte ». 

« Mon amie. Fais appeler la duchesse de Castiglione [maréchale Augereau]. Dis-lui qu’elle écrive à son mari qu’il dort, qu’il devrait déjà avoir délivré le [département] du Mont-Blanc, l’Ain et culbuté l’ennemi. Qu’elle lui écrive dans ce sens et l’invite à se bien battre… »

Nogent, le 23 février 1814, à 9 heures du matin.

 

(« Marie-Louise et Napoléon, 1813-1814. Lettres inédites… », Librairie Stock, s.d. [1955], pp.101-102)

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( 22 février, 2014 )

« Il doit se livrer une bataille qui fixera le sort de la France… »

Claye 28mars1814

L’auteur de cette lettre, François Franconin (1788-1857) est sergent-major au 1er régiment des Grenadiers de la Garde.

 Nogent-sur-Seine, 22 février 1814.

Je saisis l’occasion d’un officier logé dans la même maison que moi, qui va en dépêche à Paris, pour vous apprendre que ma santé est aussi bonne que vous pouvez la désirer et que je me suis retiré sain et sauf de différentes affaires qui ont eu lieu aux environs de Montmirail et de Château-Thierry et dont la Garde a presque fait tous les frais. Nous n’avons pas donné à Nangis et à Montereau.

Avant tous ces succès, l’ennemi se croyait maître de la France et pouvait, encore quelques jours, l’être en effet. Maintenant, à notre approche, il se retire avec la plus grande précipitation. Le bruit court que les débris de l’armée coalisée cherchent à se réunir à l’armée encore intacte que commande le prince de Schwartzenberg ; on dit que, dans deux ou trois jours, il doit se livrer une bataille qui fixera le sort de la France et l’illustrera à jamais.

Si nous sommes heureux, et je n’en doute pas, je vous écrirai de suite afin de diminuer le plus tôt possible l’appréhension affreuse qui, naturellement, viendra peser sur votre cœur sensible.

Je vous embrasse…

J’attends le résultat de cette nouvelle campagne pour remercier aussi amplement que je le dois notre cher parent et son aimable épouse de l’intérêt qu’ils n’ont cessé de prendre à mon sort.

Adieu…

P.-S. – Adressez toujours mes lettres au grand quartier-général.

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( 14 février, 2014 )

Le duc de Feltre à Napoléon…

Clarke 2

Clarke fut nommé maréchal de France en 1816, par Louis LXVIII, oubliant tout ce qu’il devait au grand Napoléon !

L’alarme a été un instant dans Paris. Les Alliés marchaient vers Montereau et leurs avant-garde poussaient jusqu’à Fontainebleau et Nemours. Le duc de Feltre, très inquiet, appelle Napoléon  et il prononce à ce propos, un mot mémorable : l’Empereur est le seul qui puisse rétablir les choses ; les maréchaux croient tout savoir mieux que personne ; il faut celui auquel ils sont habitués à obéir.

Paris, 14 février 1814, 5 heures du soir.

Sire, le général Pajol, après avoir fait sauter le pont de Montereau, s’est retiré sur le Châtelet, où il était ce matin à 6 heures. L’artillerie que nous avions à Montereau, n’a pu être emmenée. Le bateau a accroché, il a coulé, c’est la faute des bateliers dont une partie avait fui. Le Roi, votre frère, voulait aller se mettre à la tête de l’armée. J’ai pensé que cela avait beaucoup d’inconvénient : on aurait dit qu’il avait fui Paris et l’Impératrice eût été alarmée, ainsi que votre capitale.

Le duc de Bellune [Maréchal Victor] ne donne pas signe de vie.

J’attends M. Eugène d’Astorg que j’ai envoyé à Nangis.

M. Gourgaud est arrivé ici.

Il me semble qu’il y a pas un instant à perdre pour que Votre Majesté vienne à sa droite, avec la division Leval, avec la Vieille Garde surtout. Voilà des choses poussées à l’extrême. Le Roi [Joseph] fait ce qu’il peur ; mais il faut celui auquel vos maréchaux sont habitués d’obéir ; sans cela, ils croient savoir tout mieux que personne.

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.46).

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( 3 février, 2014 )

Février 1814…

Claye 28mars1814

Quelques pièces intéressantes: ordres et instructions de Napoléon, alors que se déroule la campagne de France.

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Ordre de Napoléon au maréchal Berthier, Prince de Neuchâtel et de Wagram, Major Général de la Grande Armée, à Brienne.

[Pièce n°1314]. Brienne, 1er février 1814.

Donnez ordre que l’hôpital de Brienne soit évacué, de sorte qu’en cas de mouvement on ne laisse rien dans cet hôpital.

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Instructions de Napoléon au comte Daru, Ministre-Directeur de l’Administration de la guerre, à Paris.

[Pièce n°1316]. Nogent, 7 février 1814.

J’ai ordonné que tous les blessés, éclopés et malades fussent évacués sur des bateaux jusqu’au pont de Choisy. Il est nécessaire qu’ils y trouvent des ordres pour être dirigés par la Loire ou sur Versailles. Par ce moyen ils éviteront Paris.

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Ordre de Napoléon au général Savary, duc de Rovigo, Ministre de la Policé Générale à Paris.

[Pièce n°1317]. Aux Grès, 7 février 1814, au matin.

Il paraît nécessaire de prendre quelque mesure pour arrêter les maraudeurs qui se débandent de l’armée. Les gendarmes, les gardes nationales et des agents civils devraient être employés à cela. J’ai ordonné par un ordre du jour qu’on décimerait les fuyards. La police ne m’a rendu aucun service, sous ce point de vue. Elle aurait pu nous ne rendre de grands, l’année passée. Plus de 40.000 hommes, depuis le passage du Rhin, se sont débandés et aucune mesure n’a été prise.

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Ordre de Napoléon au général Savary, duc de Rovigo, Ministre de la Policé Générale à Paris.

[Pièce n°1319]. Nogent, 9 février 1814.

Envoyez à Meaux et à la Ferté-sous-Jouarre des commissaires civils. Envoyez une vingtaine de gendarmes d’ élite et une vingtaine de gendarmes de paris pour arrêter les traînards et les décimer, c’est-à-dire, en fusiller un sur dix, conformément à mon ordre du jour. Le ministre de la Guerre [Général Clarke, duc de Feltre] donnera un commandant de gendarmerie et les officiers supérieurs nécessaires pour former cette commission.

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Ordre de Napoléon au maréchal Berthier, Prince de Neuchâtel et de Wagram, Major Général de la Grande Armée, à Montmirail.

[Pièce n°1320]. Montmirail, 15 février 1814.

Donnez au duc de Raguse [Maréchal Marmont] le même ordre que vous avez donné au général Dulauloy de brûler les caissons et affûts  ennemis et d’enterrer les pièces en faisant dresser procès-verbal des lieux où cela sera fait.

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Lettre de Napoléon au maréchal Victor, duc de Bellune, Commandant le 2ème corps de la grande armée, à Montereau.

[Pièce n°1322]. Nangis, 18 février 1814, 8 heures du matin.

Mon Cousin, je suppose que lorsque vous recevrez cette lettre vous serez sur les hauteurs de Montereau. Cela étant, mon intention est que vous dirigiez sur-le-champ toute la cavalerie, même celle de Pajol, entre Donnemarie et Bray. L’ennemi est tellement embarrassé que le prince Schwarzenberg vient d’écrie pour demander un armistice. Pendant que vous vous occuperez à établir le pont de Montereau, la cavalerie aura le temps de revenir sur vous et cependant la présence de la cavalerie du côté de Donnemarie-en-Bray nous procurera de nouvelles forces pour balayer toute cette rive. Je me rends d’abord à Villeneuve-le-Comte où j’espère apprendre que vous êtes maître des hauteurs de Montereau. Je me porterai alors à Donnemarie, vis-à-vis Bray.

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Instructions de Napoléon au général Clarke, duc de Feltre, Ministre de la Guerre, à Paris.

[Pièce n°1324]. Château de Surville, 19 février 1814.

Vous m’avez annoncé 600 Polonais. Envoyez-les ici, afin que je les réunisse dans les détachements de Polonais que j’ai dans ma Garde. Il m’est possible de tirer un bon service des Polonais que dans ma Garde où je les mêle avec les anciens et où ils servent sous mes ordres. Comme il y a beaucoup de cadres de Polonais, peut-être serait-il convenable de les recruter parmi les prisonniers pour compléter un ou deux bataillons et le régiment des éclaireurs.

[Pièce n°1325]. Château de Surville, 19 février 1814.

Faites venir à Paris les officiers démissionnaires du service de Naples. Je désire que vous me fassiez connaître quel grade ils avaient au service de Naples et depuis combien de temps. Faites-leur connaître que mon intention est de les traiter favorablement, qu’on mettra dans la Jeune Garde tous ceux qui seront susceptibles d’y être admis. Envoyez-en l’état au général Drouot. Témoignez ma satisfaction de leurs sentiments.

[Pièce n°1327]. Château de Surville, 19 février 1814.

Vous m’écrivez que vous avez 40.000 coups de canon à Vincennes. Cela est peu de chose, car si j’ai une bataille générale, j’en dépenserai 100.000. Activez donc la confection des munitions.

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Ordre de Napoléon au général Savary, duc de Rovigo, Ministre de la Policé Générale à Paris.

[Pièce n°1329]. Troyes, 26 février 1814.

Quelque chose que vous puisiez dire, aucun bulletin de nos victoires n’est arrivé à Troyes, ni dans aucun des pays occupés par l’ennemi, ce qui prouve que la police n’avait pas pris les mesures nécessaires pour les y faire parvenir. Je ne dis pas qu’on n’a pas imprimé les bulletins à Paris : l’avidité seule des libraires était suffisante pour cela, mais je répète que la police n’a pas réussi à les faire parvenir dans les pays occupés par l’ennemi.

 

(« Lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne », Honoré Champion, Libraire, 1898, pp.529-535. Ce volume contient 1500 lettres de l’Empereur qui ne figurent pas dans la grande édition de sa « Correspondance », publiée sous le Second Empire.)

Laubressel 3 mars 1814

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( 28 janvier, 2014 )

Joseph nommé lieutenant général de l’Empire.

Meissonier 1814

[Pièce n°6427]. Saint-Dizier, 28 janvier 1814.

Notre bien-aimé frère le roi Joseph est nommé notre lieutenant général. Il aura au reste en cette qualité le commandement de la Garde nationale de Paris, tel que nous nous l’étions réservé, et celui des troupes de ligne et des Gardes nationales de la 1ère division militaire. Il commandera notre Garde sous les ordres de la Régente [l’impératrice Marie-Louise]. Il prendra toutes les mesures nécessaires pour la défense de notre capitale et de ses environs.

 

(Arthur CHUQUET, « Ordres et Apostilles de Napoléon (1799-1815). Tome quatrième », Librairie Ancienne Honoré Champion Editeur, 1912, p.448)

——–

On consultera avec intérêt la correspondance de Joseph, resté à Paris,  à l’Empereur. Il y dépeint sans cesse une situation catastrophique,  les manques de matériels, armes, etc., et ne cache pas son espoir d’une paix à tout prix avec les Alliés ; voir aussi mon volume « Napoléon, la dernière bataille. Témoignages 1814-1815 », paru le 9 janvier 2014 aux Editions Omnibus.

C.B.

 

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( 16 janvier, 2014 )

Encore des mouvements, toujours des mouvements…

N1814

[Pièce n°2246]. Lettre de Napoléon au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la Guerre.

Paris, le 13 janvier 1814.

Monsieur le Duc de Feltre, réitérez les ordres pour l’approvisionnement d’Ostende et de Nieuport. Il y a à Ostende et à Nieuport des canonniers vétérans hollandais. Donnez ordre qu’on les fasse venir dans l’intérieur et faites-les remplacer par des Français.

Donnez ordre au général commandant la 24ème division de visiter les places d’Ostende et de Nieuport et d’y assurer une garnison raisonnable qui mettre ses villes à l’abri d’un coup de main.

Qu’est-ce que la cohorte urbaine d’Ostende ? Si elle se compose des habitants d’Ostende, on ne saurait guère y compter. Il serait préférable d’avoir leurs fusils pour en armer la garnison. Fixez l’attention du général commandant la division sur ces deux places.

——–

[Pièce n°2247]. Lettre de Napoléon au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la Guerre.

Paris, le 13 janvier 1814.

Écrivez au général Berthier [frère du maréchal], commandant en Corse, qu’il peut chasser tous les officiers croates dont il n’est pas sûr, les éloigner, les envoyer à Caprara, dans l’île d’Elbe ou à Toulon et de donner des officiers corses et français aux Croates afin d’en être plus sûr.

(« Dernières lettres inédites de Napoléon 1er. Collationnées sur les textes et publiées par Léonce de Brotonne. Tome II », Honoré Champion, Libraire, 1903 » p.498).

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( 6 janvier, 2014 )

BERTHIER et le colonel NICOLAS…

BERTHIER et le colonel NICOLAS... dans TEMOIGNAGES 1814c

Le colonel Nicolas, du 11ème chasseurs à cheval- il devint en 1823 maréchal de camp -s’avisa de demander, à la fin de 1813, un congé au duc de Feltre [le général Clarke, Ministre de la guerre]. Il avouait naïvement qu’il voulait se rendre à Verdun, au dépôt, pour réorganiser l’administration de son régiment, mais qu’il profiterait du voyage pour aller, à six lieues de Verdun, revoir sa femme et ses propriétés et, pendant un mois, terminer des affaires très pressantes. Voici sa lettre.

Arthur CHUQUET.

« J’ai l’honneur de faire à Votre Excellence la demande d’une permission pour me rendre à mon dépôt à Verdun où ma présence est très urgente. Mon régiment ayant beaucoup souffert en campagne et étant presque détruit, il est indispensable que je me rende au dépôt pour en réorganiser l’administration. J’ajouterai à ces motifs que mon épouse et mes propriétés étant à six lieues de mon dépôt, je serais bien charmé de m’y rendre pour au moins un mois afin de terminer des affaires très pressantes, sans pour cela perdre de vue  les intérêts de mon régiment. »

Le duc de Feltre renvoya la  demande du colonel Nicolas à Berthier, major général, et il ajoutait que Nicolas avait eu peu de soin  de son régiment, que l’inspecteur comte de Nansouty ne faisait pas l’éloge du 11èle chasseurs. Berthier envoya au duc de Feltre la réponse suivante :

« Paris, 5 janvier 1814.

Je réponds à votre lettre du 4, relative à l’autorisation que demande M. le colonel Nicolas, de se rendre au dépôt de son régiment pour réorganiser les escadrons. Dans le moment actuel, où nous sommes en présence de l’ennemi, le poste d’honneur est aux escadrons de guerre. »

(Document extrait de l’ouvrage d’Arthur Chuquet : « L’année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, 1914).

——

Ce colonel Nicolas (Jean-Baptiste), né en 1773, mort en 1854, a fait l’objet d’une notice, à la page 646 du « Dictionnaire des colonels de Napoléon », de D. et B. Quintin (Éditions SPM, 1996).

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( 1 janvier, 2014 )

Le départ de Napoléon pour l’armée…

Le départ de Napoléon pour l’armée… dans TEMOIGNAGES napoleon-et-det-son-etat-major.-par-dumoulin

Ce fut le 25 janvier 1814 [à 6 heures du matin] que Napoléon partit pour l’armée. Mais il avait, comme on le voit dans Mollien (« Mémoires »… », tome III, p.359) de tristes pressentiments, et ses adieux eurent, selon le mot du ministre [du Trésor public], une teinte lugubre. Le 23, au soir, lorsque l’Impératrice se fut retirée, il retint ses ministres pour leur communiquer ses dernières dispositions. Il rendit justice à leurs efforts, il leur recommanda la fermeté, il avoua qu’il ne disposait que de faibles moyens, et ses paroles avaient « la gravité de déclarations testamentaires. » Soudain, son regard tomba sur Talleyrand : « Je sais bien, s’écria-t-il, que je laisse à Paris d’autres ennemis que ceux que je vais combattre, et mon absence leur laissera le champ libre. » Personne ne pouvait se méprendre à cette allusion. Mais, avec son sang-froid coutumier, Talleyrand, comme s’il n’avait rien entendu, continua, dans un coin  du cabinet, la conversation qu’il avait entamée avec le roi Joseph. Le 24, Mollien revit Napoléon. L’Empereur n’avait pas fait de réponse à plusieurs notes du ministre. Le Trésor public perdait chaque jour quelques une de ses communications avec les caisses des départements ; que faire si les Cosaques finissaient par intercepter celles qui restaient encore ? Mollien proposait des mesures qui pourraient obvier à la pénurie complète des ressources. « Mon cher, répliqua, Napoléon, si l’ennemi arrive aux portes de Paris, il n’y a plus d’Empire. »

(Arthur CHUQUET, « L’Année 1814. Lettres et Mémoires », Fontemoing et Cie, Éditeurs, 1914, p.23).

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