( 25 juin, 2016 )

De DRESDE, 25 JUIN 1813…

En 1813, Guillaume Peyrusse  participe à la campagne de Saxe au titre de Payeur du Trésor de la Couronne, à la suite de l’Empereur. Le 29 juillet de la même année, il sera nommé Payeur de l’Empereur. Il s’adresse à son frère André.

Dresde, 25 juin 1813.

Je t’ai écrit il n’y a pas bien longtemps, mon cher André, pour te  parler de M. de Saluces [major d’un régiment de gardes d’honneur s’organisant à Tours],  je ne t’avais pas remis de lettre pour lui sachant qu’il n’était pas à Paris. Tu n’en auras pas moins fait la demande que je sollicite de lui. Je te remets aujourd’hui une lettre pour lui, lis-la, cachète-la et vas la  lui porter. Je lui annonce qu’un premier travail vient d’être demandé par l’Empereur et fait. Il concerne le militaire. M. Fain, m’a assuré qu’il en serait fait un autre pour le civil ; J’ai donné ma demande au grand écuyer [général de Caulaincourt], qui l’a reçue avec bonté, me permettant d’espérer. Je me suis fait recommander à lui par le duc de Plaisance [Lebrun], les comtes de Lobau, de Bausset, de Turenne. M. Fain m’a promis aussi dire un mot dans l’occasion. M. Daru aura demain ou après demain ma visite, et je ne doute pas de sa bonne volonté. Cependant s’il avait eu l’esprit présent, il aurait pu prendre Sa Majesté par ses paroles ; à Görlitz, il était question de faire un prêt à l’armée. Le comte Daru fut questionné ; on me demanda ; les huissiers furent assez bêtes pour ne pas me trouver, j’étais à mon cercle. Enfin, ne me trouvant pas, Sa Majesté dicta à M. Daru un ordre pour moi. « M. le baron Peyrusse… » « Sire, il n’est pas baron » [il ne le sera qu’en 1815].- « M. le chevalier Peyrusse… »-« Sire, il n’est pas chevalier. »-« Il n’est donc rien ce payeur, répartit vivement Sa Majesté ? »-« Sire, pas encore, » répondit M. Daru, et cela resta là. Enfin, je veux espérer. Il n’en coûte rien. Hasarde de m’envoyer ta demande courte. J’en parlerai à M. Daru et à Fain, et tu ne dois pas douter que je ne fasse  tout ce que je pourrai, et bien sûrement plus pour toi que pour moi. Par orgueil, parce que je trouve que je donne un grand avantage sur moi à ceux que je sollicite.

Je croyais me reposer à  Dresde et jouir un peu de la Comédie française qui nous est  arrivée. Mais depuis cinq jours j’ai reçu la commission flatteuse de distribuer la gratification de Sa Majesté à treize ou quatorze cents blessés. Cela durera encore quelques jours. Enfin c’est le métier. Lundi, Mlle Georges débute dans Phèdre. Sa Majesté loge dans un fort beau château à l’extrémité du faubourg. Le déjeuner et le dîner que nous allons y prendre nous font faire de l’exercice. Je ne te parle pas de paix parce que nous ne savons rien ; tout ce que je peux te dire, c’est que Sa Majesté ne s’endort pas. Elle passe tous les jours en revue trois ou quatre mille hommes qui filent sur l’armée. La ville se remplit de personnages illustres. Le roi de Westphalie [Jérôme] est arrivé avant-hier.

Guillaume.

 « Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1812. Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, Libraires-Editeurs, 1894, pp.142-144.

 

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( 8 août, 2014 )

La bataille de Bautzen vue par Guillaume Peyrusse…

Guillaume Peyrusse

Le passage qui suit est extrait de l’excellent témoignage du trésorier Guillaume Peyrusse, dont j’ai réalisé une nouvelle édition critique, comprenant un texte rétabli dans son intégralité. 

20 mai. Tout le quartier-général est sur pied de très bonne heure. Les officiers d’état-major se succèdent. Les corps des ducs de Reggio, de Tarente, de Raguse et du général Bertrand font leurs dispositions pour passer la Spree. Une canonnade effroyable retentit autour de Bautzen. Les Russes et les Prussiens se battent avec acharnement ; ils occupent toutes les sommités des montagnes et sillonnent la plaine de leur artillerie. Dans les bouquets de bois qui environnent Bautzen, brillent les éclairs de la fusillade. L’ennemi, après la résistance la plus opiniâtre, est forcé de céder. Pendant toute la bataille, la maison est restée dans une auberge qui se trouve sur la route, au centre d’un très grand mouvement. Les avenues de Bautzen étaient jonchées de cadavres ; nous y sommes arrivés à neuf heures du soir. Vers les onze heures, placé sur un point très élevé à l’entrée de la ville, j’observai les feux de nos bivouacs ; ils figuraient autour de la ville un cercle lumineux. Sur les hauteurs de droite et bien avant dans la plaine, on apercevait les feux de l’ennemi. Le calme de cette nuit contrastait avec le bruit effroyable de toute la journée. 

21 mai.  J’avais couché dans mon fourgon ; aussi je fus sur pied de très bonne heure. A la pointe du jour, je vis Sa Majesté sortir de son quartier. La bataille recommence à cinq heures ; à la vivacité des feux, tout annonce qu’elle sera vive. Toute la Garde Impériale est mise en mouvement. Le feu éclate partout ; la fusillade et les bruits de l’artillerie retentissent sur toute la ligne. Le combat est sanglant ; l’ennemi résiste avec opiniâtreté. Les cent bouches à feu dela Garde vomissent la mort; nous triomphons de tous les obstacles. 

Le Maréchal Ney, qui,depuis Dresde, manœuvrait sur notre extrême gauche, entre en ligne. C’est un canon qu’on entend dans le lointain. L’ennemi s’ébranle et précipite sa retraite vers Wurschen. On le suit ; mais Sa Majesté s’arrête dans une auberge qui se trouve en arrière du village. La joie brille sur tous les visages. 

La bataille de Bautzen est décisive. Je m’établis dans mon fourgon derrière le bataillon de service. L’armée avait fait des pertes cruelles.

La nuit couvre ce vaste champ de carnage et de gloire.  

22 mai. Sa Majesté, voulant reconnaître le dévouement que l’armée vient de lui témoigner dans ces deux journées, a fait mettre à l’ordre de l’armée le décret suivant : «Un monument sera élevé sur le Mont-Cenis ; à l’endroit le plus élevé et le plus apparent, on lira :L’Empereur Napoléon, du champ de bataille de Wurschen, a ordonné l’érection de ce monument comme témoignage de sa reconnaissance envers ses peuples de France et d’Italie.Ce monument transmettra d’âge en âge le souvenir de cette grande époque, où, en trois mois, un million deux cent mille hommes ont couru aux armes pour assurer l’intégrité du territoire de l’Empire Français. » Dans la matinée, on s’occupe du soin des blessés ; plus de vingt mille sont étendus dans la plaine. Tous les services des ambulances sont en mouvement. Les malheureux Saxons réunissent tous leurs efforts et tous les moyens de transport possibles pour le soulagement des blessés. Mais tous les villages sont anéantis et les habitants dispersés. Les moyens manquent sur tous les points, mais l’humanité y supplée. Les convois de blessés sont dirigés sur Dresde. Dès la pointe du jour, nos troupes ont été lancées à la poursuite de l’ennemi, qu’on trouve établi partout où il peut nous disputer le terrain avec quelque avantage. Sa Majesté est à l’avant-garde. On se canonne d’une manière effroyable. Les lanciers rouges de la Garde, les cuirassiers de Latour-Maubourg sont aux prises avec l’ennemi ; l’impétuosité et la valeur française triomphent de tous les soldats, et le village de Reichenbach est enlevé. Dans cette journée, comme dans toutes les autres, placés avec toute la maison de l’Empereur non loin du champ de bataille, j’en attendais l’issue dans une alternative de crainte et d’espérance ; cet état d’immobilité était fatigant. Nous suivons le mouvement de Sa Majesté ; nous traversons Reichenbach ; sur les rampes qui mènent à ce village, et dans le village, l’image de la destruction, du pillage et du carnage est empreinte partout…  

Guillaume PEYRUSSE 

 

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( 5 septembre, 2013 )

La CAMPAGNE d’ALLEMAGNE RACONTÉE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (VI).

La CAMPAGNE d’ALLEMAGNE RACONTÉE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (VI).  dans TEMOIGNAGES vionnet

Suite de ce bon témoignage sur 1813…

Le 5 septembre, l’organisation de la Jeune Garde fut changée. Elle fut formée en quatre divisions. Je continuai à commander la brigade qui resta une partie de la journée dans sa position de nuit.

Les 6 et 7, nous continuâmes notre marche pour arriver à Dresde, à 11 heures du matin. Nous restâmes dans la rue jusqu’à 5 heures du soir sans pouvoir être logés. Le 8, on nous fit passer la revue d’inspection en grande tenue, à  10 heures du matin. Un instant après je reçus l’ordre de partir de suite et aillai bivouaquer à Lichau.

Le 10, le régiment  fournit cent hommes pour une reconnaissance envoyée à Hollendorf afin de communiquer avec le général Mouton-Duvernet. Le 11, une autre reconnaissance fut envoyée au général Ornano, pour le même objet.

Le 12, une division vint se placer sur notre gauche au fon de la vallée.

Le 14 au matin, le 1er corps attaqué par l’ennemi dut battre en retraite. Le 2ème régiment de Tirailleurs fut envoyé à son secours à l’instant où l’ennemi s’emparait de la crête des montagnes. Une compagnie de ce régiment placée en embuscade attendit l’ennemi et fit feu à bout portant en lui tuant cinq hommes et en blessant plus de trente. L’ennemi fut repoussé de toutes les positions dont il s’était emparé et l’on continua à se tirailler jusqu’à la nuit.

Le 15, la brigade resta sur ses positions.

Le 16, la division se porta en avant, la brigade prit position sur une hauteur à gauche de Peterswaldau et y resta le 17.

Le 18, marche rétrograde jusqu’à Hollendorf. Le 1er  corps se trouvant engagé nous nous portons à son secours marchant toute la nuit. Arrivés à Zeitz nous prîmes position à l’entrée du village, dans des vergers. Nous y restâmes les 19 et 20 par un temps détestable dans la boue jusqu’à mi-jambes manquant de paille et de bois. Les soldats se couchaient dans la boue et ressemblaient à des diables.

Le 22, nous nous rendîmes à Lohnen.

Le 23, on entendit une forte canonnade sans en connaître les résultats.

Le 24, je reçus l’ordre de venir avec ma brigade occuper les hauteurs de la droite de l’Elbe face à Pirna.

Le 25, le régiment logea à Pirna.

Le 26, à Sporivitz.

Le 27, le régiment garde le pont de Pilnitz.

Le 28, il fut relevé par une brigade de la 4ème division et s’en fut camper près de Zschakivitz.

Le 2 octobre, nous reçûmes l’ordre de nous rendre à Plauen, afin de passer la revue de l’Empereur. La division était réunie en arrière de ce village lorsque l’on vint nous dire que S.M. ne viendrait pas. Je reçus l’ordre d’aller à Tharand. Nous y restâmes jusqu’au 4.

Le 5, à Fodergorsdorf.

Le 6, à Wildsruf

Le 7, à Wolckisch.

Le 8, à Deutsch-Lupé.

Le 9, nous trouvâmes trois cents Cosaques au village de Teplitz. Ils furent vite délogés et eurent trois hommes tués.  Bivouac à Bohlitz.

Le 10, à Düben.

Le 11, à Luivast.

Le 12, alerte  à deux heures du matin, nous restons sous les armes jusqu’à sept, puis nous nous mîmes ne marche.

Le 13, bivouac sur la route de Leipzig, près du village de Rothe-Halm.

Le 14, non nous fit partir en toute hâte sans attendre les hommes de corvée ou de garde. La division prit position à une lieue de Leipzig sur la route de Halle. Nous y restâmes une heure puis continuâmes la route. Nous mîmes quatre heures avant d’atteindre Leipzig tant les routes étaient encombrées.

Le 15, le régiment reçut un détachement venant des dépôts et on fit l’achat de plusieurs centaines de paires de souliers. Depuis le départ de ses cantonnements, le 6 octobre, les soldats n’avaient pas reçu une mie de pain. On conçoit dans que état se trouvait l’armée. De plus la pluie et les mauvaises routes avaient réduit nos soldats à la plus grande misère. Ils étaient vêtus de haillons et marchaient les pieds nus ce qui arrachait des larmes aux officiers qui n’avaient pas perdu tout sentiment d’humanité.

A suivre…

(Général Vionnet de Maringoné, « Mes Campagnes. Russie et Saxe (1812-1813) », A la Librairie des Deux Empires, 2003).

Sur ce personnage, voir cette page :

http://jeanmichel.guyon.free.fr/monsite/histoire/vionnet/generalvionnet.htm

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( 26 août, 2013 )

A DRESDE…

A DRESDE… dans TEMOIGNAGES 1813-2013

Voici une lettre  de Guillaume Peyrusse, Payeur de l’Empereur, adressée à son frère .

Dresde, le 28 août 1813.

J’ai reçu, mon cher André, tes deux lettres des 7 et 16 août. Nous avions quitté Dresde le 15 août et nous nous étions portés sur Läemberg ; il paraît, par le résultat, que Sa Majesté avait eu l’intention de se dégarnir du côté de Dresde pour engager les Autrichiens à déboucher par la Bohême. Aprèsavoir battu et repoussé les Russes à Läemberg, sa Majesté est revenue sur Dresde comme la foudre : déjà les Autrichiens étaient tout autour de la ville, et opposaient des redoutes à tous les débouchés de la ville. A notre descente à Dresde, nous avons été salués par une grêle de boulets et d’obus lancés des batteries de la plaine ; c’était le 26 [août 1813] ; à dix heures du matin, les autrichiens montraient quatre-vingt mille [sic] sur les hauteurs de la ville et plus de vingt-cinq redoutes autour de la ville ; la journée a été employée à faire déboucher les troupes, qui ont exécuté ce mouvement avec la plus grande intrépidité. Nous avons essuyé dans la ville une petite pluie d’obus et de grenades, mais notre sourcil n’en a pas froncé, à huit heures, l’ennemi avait été forcé de s’éloigner avec perte. Le 27 [août 1813], à six heures du matin, par un temps affreux, Sa Majesté a attaqué l’armée ennemie forte de cent dix mille [hommes] ; leur centre occupait une position réputée imprenable. Ils ont longtemps tenu, mais les manœuvres de Sa Majesté les ont découvertes ; les positions ont été enlevées à la baïonnette, à trois heures on en était maître, et le résultat connu était alors [de] dix mille prisonniers, huit drapeaux, douze pièces de canon, deux généraux ; toutes les routes par où l’ennemi pouvait espérer la retraite étaient occupées par quatre-vingt escadrons commandés par le roi de Naples [maréchal Murat], et on devait s’attendre à des résultats plus brillants encore.- La jeune Garde a fait merveille. Plusieurs des généraux qui la commandaient ont été blessés : Tindal, Dumoustier et autres. Nos régiments de cavalerie se sont bien montrés. Le 23èmedragons a chargé sur des batteries, les a enlevées et les a conduites au palais ce matin. A neuf heures du soir, les routes de Pirna, de Petersvalde et de Freiberg étaient occupées par notre cavalerie. Ce matin on a annoncé que la roi de Naples avait dans la soirée et dans la nuit ramassé plus de onze mille prisonniers et seize pièces de canon ; Il arrive à tous les instants des déserteurs er des prisonniers. L’Empereur a annoncé ce matin que les autrichiens avaient perdu en blessés et prisonniers au moins près de quarante mille hommes et que le reste aurait la plus grande peine de se relever. Ajoute à tout cela la démoralisation que donne un si grand échec après l’assurance qu’avaient donnée à leurs troupes les deux empereurs, qui avaient assuré qu’ils entraient Dresde le 26 [août 1813].

On est indigné contre l’Autriche vis-à-vis de laquelle Sa Majesté de laquelle Sa Majesté n’a aucun tort ; c’est de sa part un aveuglement et une perfide déloyauté qui, d’allié de médiateur, l’a rendue notre ennemie ; au premier choc elle est culbutée. Le canon tonne toujours, mais fort loin.- tous les résultats ne sont pas encore connus. L’armée n’a pas posé les armes depuis le 26 [août 1813] au soir, et malgré la pluie, le vent et la neige, elle a témoigné du plus grand courage et d’un dévouement absolu.

Le  duc de Reggio [maréchal Oudinot] marche victorieusement sur Berlin, et, si le général Moreau et Bernadotte y sont, comme cela paraît être positif, ils en verront de grises [le traître Moreau a eu les jambes brisées par un boulet lors de la bataille de Dresde. Peyrusse semble ignorer cette nouvelle]. Ils auront à faire deux lapins, les deux de Reggio et Davout, qui marchent combinés sur cette capitale.

M. de  La Bouilleriem’a quitté le 12 [août 1813]. Mon affaire n’a pas été emportée d’emblée pour deux raisons. La première c’est parce que dans cette même soirée, sa Majesté  a appris la rupture de l’armistice (le 11) et que dès lors, elle a tout ajourné. En deuxième lieu, c’est qu’ayant été accolée dans le rapport avec M. Georges, caissier général, sa Majesté, avant de se déterminer à la donner à ce dernier, a demandé à M. de La Bouillerie si le caissier général du Trésor public et de la caisse d’amortissement avaient la croix. Sur la réponse qu’a faite mon patron que le premier l’avait et que le second ne l’avait pas encore, Sa Majesté n’a rien répondu.- M. de La Bouillerie en me faisant part de cet événement, m’a témoigné les plus vifs regrets de n’avoir pas réussi ; J’avoue que j’en suis un peu la cause :  dans le premier rapport que M. de La Bouillerie avait fait, il demandait pour moi la croix, ou douze mille francs d’indemnité ; je lui fis supprimer ce dernier article, son intention était bonne, il voulait me faire avoir l’une ou l’autre, mais il y avait à craindre que Sa Majesté put croire que l’on pouvait dans mon esprit compenser l’autre ; et j’ajoutai [que] s’il ne pensait pas que M. Georges méritât comme moi la croix ? C’est son ami intime et la personne que M. de La Bouillerie considère le plus. Il loua ma modestie et eut la bonté de me dire qu’il ne croyait pas que M. Georges eût aux yeux de Sa Majesté les mêmes droits que moi… Le 16 [août 1813] à Bautzen, il y a eu un travail de croix pour la Garde. C’était un travail fait  pour le 10 août et qui avait été ajourné. M. Fain a représenté le rapport. Sa Majesté a fait encore consulter l’almanach pour savoir si le caissier de la caisse d’amortissement avait eu la croix ; sur la réponse négative, Sa Majesté a passé outre. M. Fain a eu la bonté de ma prévenir de cet incident et de m’engager à demander à M. de La Bouillerie un  rapport pour moi seul. Je lui ai écrit en conséquence… Il y a des gardes d’honneur à Gotha ; deux de mes amis ont été nommés chefs d’escadrons. Ils sortent des officiers d’ordonnance ; on m’a dit qu’ils feraient partie de la Garde, mais non  sous le titre de hussards.  M. le comte de Lobau [le général Mouton] m’a proposé si je voulais être quartier-maître de l’un de ses régiments. Je lui ai répondu que je n’accepterais que dans le cas où il me promettait de me faire continuer dans mes fonctions à l’époque où l’on formera de tout ce corps, un corps de garde du corps, si on en vient là, ce que je ne  crois pas…

« Lettres inédites du baron Guillaume Peyrusse écrites à son frère André pendant les campagnes de l’Empire. De 1809 à 1812. Publiées par Léon-G. Pélissier », Perrin et Cie, Libraires-Editeurs, 1894.

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( 22 août, 2013 )

La CAMPAGNE d’ALLEMAGNE RACONTEE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (V).

La CAMPAGNE d’ALLEMAGNE RACONTEE par le COLONEL VIONNET de MARINGONE (V). dans TEMOIGNAGES vionnet

Suite de ce témoignage…

« Nous campâmes dans la plaine en colonne serrée par division et par bataillon en masse. Nous étions dans la boue et dans l’eau jusqu’à mi-jambes, jamais je n’ai pu comprendre quelle était la raison qui avait poussé à choisir une position aussi incommode et aussi malsaine. Le 22 août 1813, nous restâmes dans le même ordre. Une partie de la vieille Garde arriva avec la 4ème division. Nous fîmes aussi une visite aux généraux. Le 23, l’armée rétrograda une troisième fois sur Lauban. Elle n’y fit qu’une halte fort courte et vint camper près du village de Lichtenberg. Le 24, on continua la retraite. Le régiment fit une halte à Görlitz, où il reçut le pain pour trois jours et vint bivouaquer près du village de Kolivitz, où il n’arriva qu’à dix heures du soir, par une nuit obscure et une pluie horrible.  Le 25, il tomba une grêle si grosse et poussée avec tant de force que plusieurs soldats furent blessés. Le 26, la division arriva devant Dresde, n’ayant pas la moitié des hommes présents, tant la fatigue en avait éparpillé sur les routes. Jamais on avait fait des marches aussi longues et aussi fatigantes. Il y a de Lowenberg à Dresde 50 lieues que nous fîmes en quatre jours, sous une pluie continuelle et à travers des routes épouvantables. En arrivant sur un monticule devant Dresde, nous vîmes que l’on se battait de l’autre côté de la ville ; un instant après, une batterie vint s’établir sur la rive gauche de l’Elbe et ouvrit le feu sur quelques troupes qui se trouvaient sur la rive droite du fleuve. On nous fit reposer pendant deux heures, puis on nous donna l’ordre d’entrer en ville. L’Empereur était à la sortie du pont et regardait défiler les régiments. Nous pensions loger chez l’habitant et ne songions nullement à nous battre, quand, en approchant de la route de Pirna nous entendîmes le feu de l’infanterie tandis qu’obus et boulets tombaient sur les maisons. Sur une petite place se tenaient les vieux grenadiers de la Vieille Garde et un peu plus loin était une petite redoute avec six canons qui faisaient un feu continuel sur l’ennemi, lequel était dans le Gross-Garten, jardin qui est à peine à une portée de pistolet. L’artillerie ennemie tirait à mitraille sans discontinuer. Ce fut sous ce feu meurtrier et à la sortie de la porte de Pirna que le régiment se forma en colonne serrée par division, au pas de course. Les deux premiers pelotons furent envoyés en tirailleurs, le premier bataillon marcha à l’angle du bois et le second droit à l’ennemi, qui fut culbuté sur tous les points et la position emportée en quelques minutes. La nuit ne permis pas de profiter de nos succès et de poursuivre l’ennemi, qui laissa la plaine et le bois couverts de ses morts. Je reçus deux coups de feu et deux coups de mitraille dans la poitrine. Mes deux lieutenant-colonels furent blessés. M. Dethan mourut des suites de ses blessures. Le régiment perdit en outre trente sept hommes tués ou blessés. 

Le 27 août au matin, malgré le mauvais temps, le régiment prit les armes et tirailla contre l’ennemi qui occupait le château de Gross-Garten. Le général Rottembourg ayant été nommé général de division, le commandement de sa brigade composée des 1er  et 2ème  régiments de Tirailleurs me fut confié. Je fus relevé au Gross-Garten par une division d’infanterie de ligne commandée par le général Paillard, que j’avais connu jadis en Espagne. La brigade se dirigea vers un village où l’ennemi avait une batterie de quinze pièces qui tirait sur nous sans relâche. Je fis placer les troupes en colonne serrée et profitai d’un accident de terrain qui nous cachait aux ennemis. Le général m’envoya douze pièces que je fis placer à droite et à gauche en avant de la colonne. Je donnai l’ordre au commandant de l’artillerie de faire diriger d’abord le feu de ses douze pièces sur une seule pièce de l’ennemi jusqu’à ce qu’elle soit démontée et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’en reste plus.  Cette méthode réussit pleinement, et, vers deux heures, le feu de l’ennemi fut éteint. Il fit relever cette batterie par une autre de vingt pièces et de calibre plus fort qui nous incommoda beaucoup. La pluie avait continué avant tant de violence que vers midi aucun fusil ne pouvait plus faire feu. Le régiment eut trente-six hommes blessés ou tués, j’eus un domestique blessé et mon valet de chambre eut le pied emporté par un boulet, alors qu’il m’apportait un peu de pain et vin. Le soir, je fus relevé par le corps du duc de Raguse [maréchal Marmont] et vins rejoindre les corps de la Garde.

Le 28 août, le régiment traversa le Gross-Garten et vint camper à Zichawitz, sur la route de Pirna. Je souffrais beaucoup de mes blessures qui n’avaient été pansées qu’avec de l’eau et du sel, sans qu’l eut été mis une seule bande ou appareil. J’entrai dans une maison du faubourg de Dresde avec mon chirurgien pour me faire panser. La maîtresse de maison fut si frappée en voyant mon état qu’elle se trouva mal. J’avais reçu deux coups de mitrailles en arrivant sur la batterie, l’un à droite, l’autre à gauche. Trente balles de mitraille avaient porté dans mon habit et ma chemise qui étaient en lambeaux. Je n’avais plus que quatre boutons, ma cravate déchirée, ma poitrine noire de contusions. Après avoir été pansé je continuai à commander la brigade. Je visitais le château de Zichawitz, qui appartient à un prince russe. 

Le 29 [août], nous restâmes au camp. Le 30, l’Empereur nous passa en revue dans une plaine, en sortant de Dresde, sur la route de Berlin. J’étais dans le même état qu’après la bataille, mon habit déchiré et couvert de sang, ce qui frappa l’Empereur. Il me dit avec bonté : « Vous êtes bien blessé colonel ? », puis examina avec attention l’espèce de phénomène que présentait les coups aussi extraordinaire et aussi singuliers. Il me nomma sur le champ chevalier de l’ordre de la couronne de Fer et me donna le titre de baron avec une dotation que je n’ai jamais reçue, ni réclamée [Baron de l’Empire sous la dénomination spéciale de « Baron de Maringoné », décret du 14 septembre 1813]. Il m’accorda d’autres faveurs pour le régiment. Après la revu, la division se rendit à Reichenbach. Le 21 août 1813, à 4 heures du matin, au moment où on commençait à manger la soupe, on battit la Grenadière et nous partîmes pour nous arrêter à la nuit à Scheilznitz sur la route  de Dresde à Pirna.

Le 1er septembre, nous restâmes en cet endroit où nous apprîmes la funeste nouvelle de la défaite de Vandamme et la pris de son corps d’armée [à Kulm le 30 août] Le 2, le régiment se mit en route à 4 heures du matin pour arriver à 11 heures à Lauza où il bivouaqua en colonne serrée par division.

Le 3, bivouac à Brauner.

Le 4 septembre, les deux premières divisions de la Jeune Garde se réunirent et marchèrent jusqu’à Bautzen où elles firent une halte de quelques minutes. Elles prirent position à Kosckirch où l’avant-garde se battit. La position de l’ennemi ayant été forcée, il se retira. Les 3èmez et 4ème division arrivèrent à la nuit. »

A suivre…

————-

Général Vionnet de Maringoné, « Mes Campagnes. Russie et Saxe (1812-1813) », A la Librairie des Deux Empires, 2003.

Sur ce personnage, voir cette page :

http://jeanmichel.guyon.free.fr/monsite/histoire/vionnet/generalvionnet.htm       

1813-20131 1813 dans TEMOIGNAGES

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( 2 janvier, 2013 )

L’ANNEE 1813…

 L'ANNEE 1813... dans INFO 1813-20131

« Les événements de l’année 1813 n’ont pas encore pris le rang qui leur appartient dans l’Histoire. L’attention des contemporains, emportée rapidement du désastre de Russie à la grande catastrophe de 1814, n’a pu s’arrêter à loisir sur l’époque intermédiaire, et cependant c’est dans cet intervalle que s’est formé le noeud du drame imposant où Napoléon a fini par succomber. »

(Baron FAIN, « Manuscrit de mil huit centre treize, contenant le récit des événements de cette année. Pour servir à l’Histoire de l’Empereur Napoléon », (Paris, Delaunay, Librairie, 1824, tome I, préface, p.I).

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