( 8 avril, 2017 )

Une LETTRE du GENERAL COMTE DROUOT…

Elle est extraite du « Carnet de la Sabretache » de novembre 1907. Sur ce personnage, lire l’excellente biographie de Jean Tabeur, parue chez Teissèdre en 2004.

Fontainebleau, 14 avril 1814

Mon cher compatriote,

Le major Bureau, mon aide-deUne LETTRE du GENERAL COMTE DROUOT... dans TEMOIGNAGES DROUOT-249x300-camp et votre compatriote, se rendant à  Paris, je le charge d’aller vous voir et me rappeler à votre amitié ; je le prie de vous exprimer combien j’aurais été heureux, si j’avais pu vous faire moi-même mes adieux. L’Empereur va partir pour l’île d’Elbe, deux officiers seulement l’accompagneront dans sa retraite. Je suis un de ces officiers. J’ai bien aimé et bien servi mon souverain lorsqu’il était heureux, je le suivrai et j’adoucirai ses peines dans l’adversité. Il m’en coûte beaucoup de renoncer à ma patrie, à ma famille, à mes affections les plus chères. Il m’en coûterait bien plus, si je renonçais à la reconnaissance. J’ai fais mes adieux aux canons, je les aimais cependant beaucoup, et si je nez suis jamais rappelé dans notre bonne France, je n’y servirai pas. Mon intention est de consacrer à l’étude et au bonheur intérieur les années qu’il plaira à la providence de me laisser encore dans cette vallée de larmes. J’emporte en quittant l’état militaire une grande consolation : celle d’avoir toujours été guidé par l’honneur et par la probité. Ayez la bonté de présenter mes amitiés à Mme de Richier et à Mlle de Richier. Conservez-moi une part dans votre bonne amitié et croyez à mon bien sincère et éternel dévouement.

 Signé : DROUOT

( 16 septembre, 2013 )

Une lettre du général DROUOT.

Une lettre du général DROUOT. dans TEMOIGNAGES 75-000728

Celle-ci résume quelque peu les maux dont a été victime la Grande-Armée durant la campagne de Russie. 

Koenigsberg, 1er janvier 1813. 

Nous avons eu à combattre la faim et surtout le froid le froid, ennemis terribles sous lesquels un grand nombre d’hommes et de chevaux ont succombé. Ma santé n’a pas été altérée un seul instant ; j’ai conservé mes forces et toutes ma vigueur ; peu de jeunes gens de vingt-cinq auraient pu lutter avec moi. J’ai eu la douleur de voir périr de froid et de misère un grand nombre de mes canonniers ; la perte successive de tous mes chevaux du train m’a forcé à abandonner tous mes canons ; ces sacrifices m’ont déchiré le cœur. J’ai perdu tous mes domestiques, chevaux et effets ; je regrette beaucoup mes domestiques ; la perte de mes chevaux ne m’affecte point. Si nous avons éprouvé des désastres, l’honneur entier est resté. Partout où nous avons voulu combattre les russes, nous l’avons fait avec avantage. Les cosaques se sont enrichis de nos dépouilles ; mais cinquante fusiliers ou une pièce de canon suffisaient pour dissiper leurs troupes les plus nombreuses. » . Cette noble lettre du 1er janvier 1813, si fière et si touchante, suffit à réfuter Pion des Loches [première édition en 1889 ; réédité en août 2009 ].

Dans ses mémoires (« Mes Campagnes », p.318) Pion accuse Drouot d’avoir été, non seulement un homme fort médiocre à la guerre, mais un égoïste, un « tartuffe dévoré d’ambition qui sacrifiait tout pour se faire valoir et pour avancer », et il montre Drouot s’esquivant pendant la retraite pour boire à l’écart quelques gorgées d’une bouteille de vin. Mais il a beau dire que la réputation de Drouot finira par tomber. Drouot, a dit Macdonald, était « l’homme le plus droit, le plus modeste que j’aie connu, instruit, brave, dévoué, simple de manières, d’un caractère élevé, antique » ; Pons de l’Hérault le regarde comme un grand homme de Plutarque, comme la perfection de l’ordre moral, et Fain le nomme le dernier des Romains. C’était, a dit Ségur, « l’un de ces hommes doués de toute la force de la vertu, qui pensent que le devoir embrasse tout et qui sont capables de faire simplement et sans effort les plus nobles sacrifices ! » Drouot était, pendant la campagne, colonel dans l’artillerie de la Garde. Il fut, le 10 janvier 1813, promu général de brigade dans la ligne, et, dit-il, affligé de ce changement d’état, attristé de quitter ce corps d’artillerie qu’il venait de voir détruit et qui faisait l’admiration de tout le monde.

Mais il s’apprêta sur le champ à rentrer en campagne, et le 26 janvier 1813, l’Empereur le prit pour aide de camp, en même temps que Corbineau et Flahaut. Celui que Napoléon a nommé « Le Sage dela Grande-Armée », avait toutefois, durant la retraite de Russie, réfléchi sur ce que ferait son souverain. Il parlait rarement politique, mais il dit un jour à Pion : « Cette campagne, si triste qu’elle soit, aura un résultat favorable à la France ; l’Empereur va mettre désormais de l’eau dans son vin ; il se contentera et la gloire acquise ; il n’ira plus courir les aventures ; il a été battu, non par l’ennemi, mais par les éléments ; il fera la paix en cédant ses possessions de la rive droite du Rhin. » 

Arthur CHUQUET.

 

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