( 27 janvier, 2014 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(6 et fin)

Barrière Clichy

Le 31, sur les 4 heures, en route sur Essonne.

Le 1er avril, l’Empereur vint nous voir à Essonne. Après avoir parlé au maréchal Marmont, Sa Majesté dit :

« Mathieu, combien de bouches à feu ? –Vingt-quatre, Sire.-Des hommes, des chevaux et des munitions ?- Oui, Sire.- C’est bien, dans quelques jours, nous nous en servirions. »

Ce sont les dernières paroles que Sa Majesté m’a dites.

Le 2 avril 1814, on nous lu à l’ordre [du  jour], l’abdication de l’Empereur en faveur de son fils.

Le 4, une autre abdication où Sa Majesté l’Empereur renonçait pour lui et son fils au trône de France.

Sa Majesté était à Fontainebleau et nous à Essonne.

Le 4, à 7 heures du soir, je reçus l’ordre de me tenir prêt à marcher dans la nuit du 4 au 5.

Le 5, à 5 heures, nous sortons d’Essonne et nous comptions que nous allions nous mesurer ave l’ennemi. Tout en sortant d’Essonne, sur notre gauche, j’entends des fanfares de cavalerie. A peine s’il faisait jour.

« Que veut dire cela ? dis-je au bon colonel Girardot, du 3ème cuirassiers.- Je n’en sais rien, me dit-il ».

Je saute le fossé, je cours vers cette cavalerie et qu’est-ce que je vois ? De la cavalerie ennemie. Je m’approche tout près et on ne me dit tien. Je reviens, et je dis au colonel Girardot :

« Je crois, mon cher colonel, qu’on nous fait déserter les aigles du grand homme. Mon Dieu, si cela est, quel crime ! « 

Je vais trouver le colonel chef de l’état-major de l’artillerie du corps d’armée du maréchal Marmont, M. Marillac, auquel je dis : « 

Mais que veut dire tout ceci mon cher colonel ? Bous ne savez rien de ce qui se passe ? – Je vous jure, mon cher Mathieu, que je n’en sais pas plus que vous. »

Je cours alors au général Bordessoulle qui marchait en tête du corps d’armée avec le lieutenant-colonel Souham et je lui dis : « Mais, mon général, ayez donc la bonté de ma dire quel rôle est-ce qu’on nous fait jouer ici. Nous avons de la cavalerie ennemie sur nos derrières, en êtes-vous instruit ? Désertons-nous les aigles du grand homme, oui ou non ? Car on le dirait d’après ce qui se passe. – Oui, mon cher Mathieu, oui, nous quittons par un traité l’homme insatiable, l’homme qui ne nous aurait laissé que la guerre civile. Nous allons prendre des cantonnements et vous serez tranquille, heureux.[On voit que le général Bordessoulle n’avait pas été long à se rallier à la ragusade qu’il avait d’abord condamnée. Note de Camille Lévi, 1910]

-Comment, mon général, on nous fait commettre un crime heureusement inconnu jusqu’à ce jour parmi nous, et cela pour avoir du repos ! Il n’y a que quelques hommes qui pensent ainsi, je ne vous suis pas !

Je cours à mes hommes, je leur dis : « Mes enfants, on nous trahit, qui m’aime me suive ! »

Lorsque je voulus repasser par Essonne, la cavalerie ennemie était à cheval sur la route et ne voulut pas nous laisser passer. Je fus obligé de suivre le mouvement sur Versailles où nous arrivâmes après avoir traversé l’armée ennemie et escortés par une cavalerie ennemie bien nombreuse. Je ne fis que de pleurer.

Le 6, nous vînmes coucher à Saint-Germain-en-Laye et, le 17, nous arrivâmes à Rouen pour y cantonner tout le reste d’avril et le mois de mai.

Je partis dans les premiers jours de juin pour conduite mon matériel à Douai. C’est de là que je reçus ma demi-solde en date du 28 juin 1814

Je me mis en route avec ce qui appartenait au 1er régiment d’artillerie à cheval et j’arrivai au régiment de Besançon le 19 juillet 1814

Je rendis mes comptes au conseil d’administration et ensuite, après avoir dit adieu à mes braves camarades et à mes bons canonniers, fruit de mes 24 années de guerre et de mes 27 années de service accompagnées de sept blessures. Je revins rejoindre ma famille que j’avais quittée le 20 octobre 1811. J’étais tout nu, je n’avais pas le sou, à la bataille de Paris, le 30 mars 1814.

Je perdis par trois fois tout ce que je possédais dans mes dernières campagnes : la première fois, le 18 octobre 1812, à 15 lieues de Moscou ; la deuxième, le 19 octobre 1813, à Leipzig, et la troisième le 9 mars 1814, à cette dernière affaire, je ne possédais plus que mon corps et une bonne et grande envie de détruire les ennemis de mon bon pays de France.

 FIN.

(« Souvenirs militaires du chef d’escadron Mathieu, de 1787 à 1815. Publié par Camille Lévi », Henri Charles-Lavauzelle, Éditeur militaire, s.d. [1910], pp.33-45).

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( 21 janvier, 2014 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(5)

Bataille Paris

Je fis faire un feu bien nourri avec quatre obusiers, ce qui écrasa leur cavalerie, et elle fut obligée de s’éloigner du passage.

Je profitai de ce moment pour faire marcher quatre bouches à feu sur le passage, j’y plaçai de l’infanterie, cette troupe était dans un taillis de dix ans au moins.

Je fis marcher ensuite quatre autres pièces qui se s’arrêtèrent qu’à la sortie du bois. Ensuite l’ennemi vint encore se montrer et voulut fournir une troisième charge, mais mes bouches à feu lui imposaient silence. Enfin, je finis par tout passer ce que j’avais sous mes ordres et je ne rejoignis le corps d’armée que vers minuit.

Nous arrivâmes à Fismes sur les 5 heures dure soir. Je priai le maréchal de faire venir devant lui M. le colonel untel.

« Saviez-vous, Monseigneur, dis-je devant le colonel, que Monsieur faisait partie des postes que vous mîtes hier sous mes ordres ? pourquoi cela ? J’ai besoin de le savoir, Monseigneur !

-Comment, colonel, vous vous trouviez là ? Pourquoi n’étiez-vous pas à votre régiment ?.

-Eh bien, Monseigneur, si j’avais cru Monsieur, nous serions au pouvoir de l’ennemi, je n’ai pas voulu lui permettre de commander l’infanterie, vu, Monseigneur, que vous l’aviez mis sous mes ordres. »

Le colonel fut puni et le maréchal me loua beaucoup sur ce que j’avais fait. On ne parlait au corps d’armée de que de ce qui venait d’avoir lieu. Le général Hubert dit devant tout le monde :

« Il n’y a plus que dans l’artillerie à cheval où on se bat bien. » [Il s’agit dans tout cela de l’intervention de la cavalerie de Tchernitcheff. Note de Camille Lévi, 1910] .

Le 20, à Château–Thierry.

Le 21 et le 22, à Champaubert.

Le 23, à Vertus.

Le 24, à Soudey (Soudé-Sainte-Croix)

Le 25, l’ennemi nous bouscula sens dessus-dessous, nous vînmes coucher dans un village près de Sézanne ; il était minuit.

Le 26, nous fûmes obligés de faire une trouée à Sézanne pour passer. En retraite par échelon de quatre bouches à eu jusque sur La Ferté-Gaucher. Là, l’ennemi y était. Encore une trouée pour nous jeter dans la plaine pour marcher  toute la nuit du 26 au 27, où nous arrivâmes  Provins sur les 7 heures du matin. Nous nous battîmes là jusqu’à 9 heures du soir où nous nous mîmes en marche pour activer le soir du 28 à Melun.

Le 29 au matin, nous quittâmes Melun ey nous vînmes bivouaquer à Charonne où nous passâmes la nuit.

Le 30 au matin, je marchai sur Belleville et Romainville avec quatre batteries d’artillerie à cheval faisant partie du 1er corps de cavalerie commandé, depuis le 5 mars, par le lieutenant général Bordessoulle, il n’y eut que six bouches à  feu de mises en batteries, encore firent-elles peu de choses.

Sur les 4 heures, on me donne l’ordre de me rendre avec mes vingt-quatre bouches à feu à la barrière d’Enfer, où, en y arrivant, il n’y avait pas une âme. Je poussai jusqu’à Montrouge où je bivouaquai la nuit du 30 mars au 31. 

A SUIVRE…

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( 17 janvier, 2014 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(4)

Montereau

Le maréchal, voyant que la cavalerie était ramenée de la sorte, piqua des deux et fut rejoindre l’infanterie qui suivait son mouvement de retraite et qui ne se doutait pas de ce qui se passait derrière elle, vu qu’un bois lui dérobait notre position.

Je me trouvais donc totalement coupé du corps d’armée. Je me suis mis en mouvement pour suivre la même route au lieu d’aller sur Reims. Je mis seulement six bouches à feu en batterie et les autres à la prolonge et marchant à une petite distance.

Mes postes d’infanterie étaient sous mes ordres, d’après ce que m’avait dit le maréchal. Je les plaçai sur la droite des batteries avec ordre de ne faire feu que quand je l’ordonnerai. Il n’y avait rien de bien rassurant pour nous, maos j’avais grande confiance dans la bravoure des canonniers de ma compagnie. Je me mis en avant et la cavalerie vint à nous, croyant avoir beau jeu. Je marchais toujours.

Les canonniers avaient l’ordre de ne tirer que de très près, de ne rien craindre, en leur disant :

« Soyez tranquilles, mes amis, nous n’avons que de la gloire à acquérir dans la position malheureuse où nous sommes. »

L’ennemi sonne la charge, il vient droit à nous. J’ordonne à mes six bouches à feu de tirer à mitraille et aux six autres de tirer à boulet. Ce feu fit un effet magique sur la cavalerie qui se retira près du bois où était le passage par où le corps avait passé et où nous devions passer aussi.

Le général ennemi m’envoya un officier avec un trompette et cet officier me dit qu’il m’était impossible de me retirer, que son général m’offrait de nous recevoir comme prisonniers, mais que nous irions en France avec notre promesse de ne pas servir contre eux avant un an et un jour.

Je lui dis : « Monsieur, je ne sais pas quel est le sort qui m’est réservé, mais je vous prie de dire à  votre général, en le remerciant de son offre que je n’ai jamais pu croire qu’un officier puisse penser à capituler en plaine ; si je ne peux mieux faire, j’accepterai ses offres. »

Un moment après, l’officier revint et me dit :

« On vous donne vingt minutes pour vous rendre à discrétion- Moi, Monsieur, je vous ne donne dix pour vous retirer. »

Je donnai l’ordre de marcher en avant. Je mis mes 4 obusiers sur la gauche de mes 12 bouches à feu. Le feu de mes batteries faisait sauter hommes et chevaux. Malgré cela ils tentèrent une charge. Je les laissai venir tout près.

Notre infanterie, quoique couverte par mes batteries, murmurait, et parlait de se rendre, il y avait avec elle un colonel et je n’en savais rien. Il voulut s’autoriser de son rang. Je lui dis :

« Mon colonel, après l’affaire je vous répondrai, en attendant, obéissez, je suis le chef ici. »

A SUIVRE…

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( 12 janvier, 2014 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(3)

Claye 28mars1814

Le 1er mars 1814, nous arrivâmes à Meaux. Le même jour, nous fîmes une pointe sur Lagny.

Le 2, nous y brûlâmes le pont et, malheureusement, le moulin ; c’est le général Doumerc qui commandait tout cela.

Le 3, nous repassâmes à Meaux pour nous porter sur May-en-Multien. L’ennemi passait la Marne devant nous et défense de se tirer dessus. On se battit le soir.

Le 4, une affaire eut lieu à Neuilly-Saint-Front.

Le 5, sur Fismes.

Le 6 à Berry-au-Bac.

Le 7, la bataille de Craonne, qui n’eut aucun résultat.

Le 8, resté sur le champ de bataille à faire des reconnaissances.

Le 9 eut lieu notre malheureuse affaire de Laon.

Le 10 au matin, après avoir marché toute la nuit, nous étions encore une fois au pont du Bac [celui de Berry] et nous rassemblâmes les débris du corps d’armée pour nous porter sur Roucy, où nous couchâmes.

Le 11, à Fismes. Nous restâmes les 12 et 13 mars. Le 14 eut lieu la belle affaire de Reims. L’Empereur était là.

Le 15, on nous fit marcher sur Berry-au-Bac ; c’était la troisième fois en dix jours. Nous restâmes là les 16 et 17.

Le 18, sur les 9 heures, on évacua Berry-au-Bac et l’infanterie du corps d’armée se dirigea sur Roucy. Les différents postes que l’on fit relever devaient former l’arrière-garde avec l’artillerie à cheval et la cavalerie légère. J’étais au  bout du pont du bac avec mes douze bouches à feu.

Le maréchal Marmont me dit :

« Commandant Mathieu, vous allez vous porter près des généraux Foissac la Tour et Hubert qui sont là-haut avec leurs régiments, et vous prendrez avec vous six bouches à feu, le reste suivra la route de Reims où la cavalerie et les postes doivent se rendre. »

Je faisais mon mouvement pour l’exécution de cet ordre, quand, tout à coup, je vis notre cavalerie aux prises avec celle de l’ennemi ; je me permis de dire au maréchal :

« Monseigneur, croyez-vous avoir trop d’artillerie que vous voulez que j’aille la conduire aux ennemis ?- Comment cela ?- Voyez, voilà notre cavalerie qui est aux prises avec l’ennemi, et il me semble qu’elle ne tient pas !

Effectivement, notre cavalerie fut ramenée en grand désordre, traversa la route de Reims et alla se perdre par un taillis de l’armée sur les bords de l’Oise, de sorte qu’en moins d’un quart d’heure, il ne nous restait pas un seul cavalier pour nous défendre. Je n’avais pas bougé de ma position près du pont, et tous les postes ayant été relevés étaient venus se mettre près de mes batteries.

A SUIVRE…

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( 7 janvier, 2014 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(2)

Laubressel 3 mars 1814

Le 28 au matin, nous reprîmes Saint-Dizier et nous fîmes une pointe sur Bar-le-Duc, où nous couchâmes le 28 janvier 1814.

Le 29 au soir, nous partîmes de Bar pour venir dans la nuit à Vassy, où nous arrivâmes à lap ointe du jour.

Nous nous battîmes toute la journée du 30.

Le soir, en retraite sur Montierender, où nous arrivâmes le matin du 31 par une boue épouvantable. On fit la soupe. Le maréchal Marmont me donne l’ordre de doubler les attelages ; je ne l’exécutai pas et je fis bien, car l’artillerie à pied, qui avait laissé la moitié de son matériel à Montiernder, le vit entre les mains des Russes lorsqu’on vint pour le prendre. Nous marchâmes jusqu’à 2 heures du matin pour arriver dans un beau village au-dessus de Brienne, où nous n’étions pas beau, il s’en fallait out.

A la pointe du jour, la bataille de Brienne commence. Nous n’y prîmes aucune part. Nous finîmes par arriver à l’entrée de la nuit près Brienne.

Je reçus l’ordre formel de partir à minuit pour me rendre au pont de Lesmont, où j’arrivai à 8 heures du matin, avec ordre de prendre les ordres du maréchal Ney. Il me dit : « Que voulez-vous que je fasse de vous avec le peu de troupes que j’ai ? Partez et suivez la colonne. ».

Je couchai le 3 février à un village pas loin de Troyes.

Le 4 et le 5, à Troyes.

Le 6, à Nogent-sur-Seine.

Le 7, à Sézanne.

Le 8 et le 9, dans une ferme à quelques lieues de là.

Le 10, la fameuse affaire de Champaubert, où je fus blessé pour la septième fois d’une balle dans la cuisse droite, et le cheval que je montais [fut] tué de deux balles au flanc droit.

Le 11, nous restâmes à Etoges, où je souffrais bien de ma blessure.

Le 12 et 13, idem.

Le 14, sur Montmirail.

Le 15 eut lieu l’affaire de Vauchamps. Le soir couché à Bergères.

Le 17, à Vertus. Parti de là à 10 heures du soir. Marché toute la nuit et, le 18, nous prîmes Montmirail ; je reçus deux balles dans mes vêtements en chargeant sur des tirailleurs russes ; j’en amenai trois à ma batterie !  Le maréchal me dit :

« Vous ne voulez donc pas que nous finissions la campagne ensemble ?  Voyez combien peu il s’en est fallu que nous soyons privés de vos bons services. « 

Nous restâmes là les 19, 20 et 21. [C’est le 19 février 1814 que le capitaine Mathieu fut nommé chef d’escadron. Note de Camille Lévi, 1910.]

Le 22, nous nous portâmes sur Sézanne les 23, 24 et 25.

Le 26, nous nous dirigeâmes sur La Ferté-Gaucher.

Le 27, à la Ferté-Gaucher.

Le 27, à La Ferté-sous-Jouarre.

Le 28, au pont sur la marne ;

Depuis le 18, nous n’eûmes rien avec l’ennemi.

A SUIVRE…

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( 2 janvier, 2014 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(1)

Meissonier 1814

Le dénommé Hubert Mathieu (1767-1844) était chef d’escadron d’artillerie à cheval. Voici un extrait de son témoignage sur la campagne de 1814.

Le 1er janvier 1814, vers les 2 heures de l’après-midi, par un beau dimanche, au moment où nous allions arriver dans nos cantonnements [ceux de Landau, en Allemagne], nous fûmes attaqués, sans nous y attendre le moins du monde, par la cavalerie ennemie. Nous ne concevions pas comment un maréchal d’Empire ne savait pas que l’ennemi était, faut-il dire, au milieu de son corps d’armée, ou s’il le savait, chose que j’ai toujours crue, il était bien coupable en nous exposant ainsi devant un ennemi que nous comptions de l’autre côté du Rhin [Il s’agit du maréchal Marmont, qui avait sous ses ordres le 6ème corps et le 1er corps de cavalerie. Note de Camille Lévi, 1910].

On prit les armes, on se porta à la rencontre de l’ennemi qui ne fit pas de résistance de suite ; mais, ayant vu que notre cavalerie s’engageait dans le premier village en sortant de Neustadt, il la laissa poursuivre ce qui se trouvait engagé et qui avait sans doute l’ordre de nous attirer au-delà du village.

Il était presque nuit, on ne vit pas une réserve de cavalerie ennemies qui attendait, pour fondre sur les derrières de la nôtre, qu’elle fût tour à fait dehors du village. Notre malheureuse cavalerie se voyant attaquée par derrière, il s’ensuivit un désordre épouvantable ; on coucha dans le village où l’échauffourée venait d’avoir lieu et chacun lécha ses plaies.

Le 2, on fit une reconnaissance sur le chemin de Maheim (?)

Notre cavalerie fut ramenée d’une manière à nous faire tous prisonniers.

Votant que si je bougeais je serais pris avec tout mon matériel, je pris le parti de disposer mes pièces de manière à bien me défendre. Je croyais que notre cavalerie, battant en retraite sur ma droite, s’arrêterait à ma hauteur, mais pas du tout.  L’ennemi, l’ayant imprudemment suivie, me présentait son flanc droit, où je faisais des brèches épouvantables à coups de mitrailles. Elle fut obligée de rétrograder sans avoir osé me charger. Ce fut alors que notre cavalerie vint, un peu honteuse, se mettre à ma hauteur. L’ennemi fut déconcerté de la résistance de notre artillerie ; il se reforma et s’approcha de manière à faire croire à une nouvelle charge, mais elle n’eut pas lieu et, la nuit étant venue, nous couchâmes près de Türckheim (Durkheim), sur la route qui va à Bliescastel. Le 3, nous nous dirigeâmes sur cette dernière ville et on se battit dans la ville; ce ne fut pas grand’chose.

Le 4, nous vînmes sur Pirmasens.

Le 5, à Hombourg [Tout ceci est un peu confus, le 5, le maréchal était à Hombourg. Note de Camille Lévi, 1910.]

Le 6, à Sarreguemines, où nous restâmes deux jours. Nous avions l’air de vouloir défendre les bords de la Sarre, mais ce n’était qu’un feu de paille ; il commençait à faire froid.

Le 8, nous quittâmes Sarreguemines pour venir à Saint-Avold.

Nous y restâmes le 9.

Le 10, dans un village près de Forbach.

Le 11, au-dessus de Metz.

Dans ces quatre dernières journées, on ne se battit pas.

Le 12, nous traversâmes Metz et nous vînmes sur la route de Thionville. J’étais dans le village de Richemont, où j’avais été campé en août 1792.

Nous restâmes là les 13, 14, 15 et 16 février 1814.

Le 17, nous nous mîmes en marche pour venir à Gravelotte, sur la route de Metz à Verdun, au moment de nous coucher, nous marchâmes toute la nuit par un verglas épouvantable. Nos chevaux ne pouvaient pas se tenir sur leurs jambes. Sur les 8 heures du 18, une forte pluie qui fit disparaître le verglas. Nous arrivâmes sur les 4 heures à Verdun. Nous n’entrâmes pas en ville. On fit rafraîchir et les hommes et les chevaux, et nous nous remîmes en marche sur Saint-Mihiel, où nous arrivâmes à 1 heure du matin. On y surprit le parti ennemi qui s’y trouvait. On tua et fit quelques prisonniers. [C’est le fameux colonel Fabvier qui dirigeait la surprise. Note de Camille Lévi, 1910].

Le lendemain 20, nous étions bien fatigués ; le dégel et les jours de pluie avaient grossi la Meuse, de sorte que, le 22, mes pièces de canon étaient dans l’eau, et nous eûmes de la peine à les en sortir.

Nous partîmes de là le 23 pour nous diriger sur Void où nous couchâmes.

Le 24, à Bar-le-Duc.

Le 25, à Jean-d’Heurs (sur la Saulx, au sud de Robert-Espagne).

Le 26, à Vitry-sur-Marne.

Le 27, au moment où nous nous mettons en route pour nous diriger sur Châlons, l’empereur nous rejoignit venant de Paris , nous fit faire demi-tour et attaquer l’ennemi de suite. Nous nous battîmes bien toute la journée. On coucha dans la plaine entre Vitry et Saint-Dizier.

A SUIVRE…

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