( 21 janvier, 2014 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(5)

Bataille Paris

Je fis faire un feu bien nourri avec quatre obusiers, ce qui écrasa leur cavalerie, et elle fut obligée de s’éloigner du passage.

Je profitai de ce moment pour faire marcher quatre bouches à feu sur le passage, j’y plaçai de l’infanterie, cette troupe était dans un taillis de dix ans au moins.

Je fis marcher ensuite quatre autres pièces qui se s’arrêtèrent qu’à la sortie du bois. Ensuite l’ennemi vint encore se montrer et voulut fournir une troisième charge, mais mes bouches à feu lui imposaient silence. Enfin, je finis par tout passer ce que j’avais sous mes ordres et je ne rejoignis le corps d’armée que vers minuit.

Nous arrivâmes à Fismes sur les 5 heures dure soir. Je priai le maréchal de faire venir devant lui M. le colonel untel.

« Saviez-vous, Monseigneur, dis-je devant le colonel, que Monsieur faisait partie des postes que vous mîtes hier sous mes ordres ? pourquoi cela ? J’ai besoin de le savoir, Monseigneur !

-Comment, colonel, vous vous trouviez là ? Pourquoi n’étiez-vous pas à votre régiment ?.

-Eh bien, Monseigneur, si j’avais cru Monsieur, nous serions au pouvoir de l’ennemi, je n’ai pas voulu lui permettre de commander l’infanterie, vu, Monseigneur, que vous l’aviez mis sous mes ordres. »

Le colonel fut puni et le maréchal me loua beaucoup sur ce que j’avais fait. On ne parlait au corps d’armée de que de ce qui venait d’avoir lieu. Le général Hubert dit devant tout le monde :

« Il n’y a plus que dans l’artillerie à cheval où on se bat bien. » [Il s’agit dans tout cela de l’intervention de la cavalerie de Tchernitcheff. Note de Camille Lévi, 1910] .

Le 20, à Château–Thierry.

Le 21 et le 22, à Champaubert.

Le 23, à Vertus.

Le 24, à Soudey (Soudé-Sainte-Croix)

Le 25, l’ennemi nous bouscula sens dessus-dessous, nous vînmes coucher dans un village près de Sézanne ; il était minuit.

Le 26, nous fûmes obligés de faire une trouée à Sézanne pour passer. En retraite par échelon de quatre bouches à eu jusque sur La Ferté-Gaucher. Là, l’ennemi y était. Encore une trouée pour nous jeter dans la plaine pour marcher  toute la nuit du 26 au 27, où nous arrivâmes  Provins sur les 7 heures du matin. Nous nous battîmes là jusqu’à 9 heures du soir où nous nous mîmes en marche pour activer le soir du 28 à Melun.

Le 29 au matin, nous quittâmes Melun ey nous vînmes bivouaquer à Charonne où nous passâmes la nuit.

Le 30 au matin, je marchai sur Belleville et Romainville avec quatre batteries d’artillerie à cheval faisant partie du 1er corps de cavalerie commandé, depuis le 5 mars, par le lieutenant général Bordessoulle, il n’y eut que six bouches à  feu de mises en batteries, encore firent-elles peu de choses.

Sur les 4 heures, on me donne l’ordre de me rendre avec mes vingt-quatre bouches à feu à la barrière d’Enfer, où, en y arrivant, il n’y avait pas une âme. Je poussai jusqu’à Montrouge où je bivouaquai la nuit du 30 mars au 31. 

A SUIVRE…

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( 17 janvier, 2014 )

LA CAMPAGNE DE FRANCE VÉCUE PAR UN CHEF D’ESCADRON…(4)

Montereau

Le maréchal, voyant que la cavalerie était ramenée de la sorte, piqua des deux et fut rejoindre l’infanterie qui suivait son mouvement de retraite et qui ne se doutait pas de ce qui se passait derrière elle, vu qu’un bois lui dérobait notre position.

Je me trouvais donc totalement coupé du corps d’armée. Je me suis mis en mouvement pour suivre la même route au lieu d’aller sur Reims. Je mis seulement six bouches à feu en batterie et les autres à la prolonge et marchant à une petite distance.

Mes postes d’infanterie étaient sous mes ordres, d’après ce que m’avait dit le maréchal. Je les plaçai sur la droite des batteries avec ordre de ne faire feu que quand je l’ordonnerai. Il n’y avait rien de bien rassurant pour nous, maos j’avais grande confiance dans la bravoure des canonniers de ma compagnie. Je me mis en avant et la cavalerie vint à nous, croyant avoir beau jeu. Je marchais toujours.

Les canonniers avaient l’ordre de ne tirer que de très près, de ne rien craindre, en leur disant :

« Soyez tranquilles, mes amis, nous n’avons que de la gloire à acquérir dans la position malheureuse où nous sommes. »

L’ennemi sonne la charge, il vient droit à nous. J’ordonne à mes six bouches à feu de tirer à mitraille et aux six autres de tirer à boulet. Ce feu fit un effet magique sur la cavalerie qui se retira près du bois où était le passage par où le corps avait passé et où nous devions passer aussi.

Le général ennemi m’envoya un officier avec un trompette et cet officier me dit qu’il m’était impossible de me retirer, que son général m’offrait de nous recevoir comme prisonniers, mais que nous irions en France avec notre promesse de ne pas servir contre eux avant un an et un jour.

Je lui dis : « Monsieur, je ne sais pas quel est le sort qui m’est réservé, mais je vous prie de dire à  votre général, en le remerciant de son offre que je n’ai jamais pu croire qu’un officier puisse penser à capituler en plaine ; si je ne peux mieux faire, j’accepterai ses offres. »

Un moment après, l’officier revint et me dit :

« On vous donne vingt minutes pour vous rendre à discrétion- Moi, Monsieur, je vous ne donne dix pour vous retirer. »

Je donnai l’ordre de marcher en avant. Je mis mes 4 obusiers sur la gauche de mes 12 bouches à feu. Le feu de mes batteries faisait sauter hommes et chevaux. Malgré cela ils tentèrent une charge. Je les laissai venir tout près.

Notre infanterie, quoique couverte par mes batteries, murmurait, et parlait de se rendre, il y avait avec elle un colonel et je n’en savais rien. Il voulut s’autoriser de son rang. Je lui dis :

« Mon colonel, après l’affaire je vous répondrai, en attendant, obéissez, je suis le chef ici. »

A SUIVRE…

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