( 17 août, 2021 )

1821-2021. Irascible et insupportable général Gourgaud !

Général-Gourgaud

Né en 1783, Gaspard Gourgaud, après un passage à l’Ecole polytechnique, devient officier d’artillerie. Il participe aux principales campagnes de l’Empire, de l’Espagne à l’Autriche. En 1812, il est présent en Russie, et à Moscou, il évite de justesse, l’explosion du Kremlin, sauvant du même coup la vie de Napoléon. Plus tard, après avoir traversé par deux fois à la nage la Bérézina pour effectuer une reconnaissance, il reçoit pour ce fait le grade de chef d’escadrons et le titre de premier officier d’ordonnance de l’Empereur (titre crée spécialement pour lui). Le 29 janvier 1814, en pleine campagne de France, à Brienne,  il sauve encore la vie de Napoléon en tuant (avec le général Corbineau)  d’un coup de pistolet à bout portant, un cosaque qui voulait attenter à la vie de Napoléon ! Après la première abdication de l’Empereur, il ne suit pas ce dernier à l’île d’Elbe et rejoint les rangs de l’armée de Louis XVIII.  Gourgaud se rallie à l’Empereur durant les Cent-Jours. Présent lors de la campagne de Belgique, il se bat à Waterloo. Nommé général de brigade et aide-de-camp de Napoléon, il suit l’Empereur à l’île d’Aix, dernière étape sur le sol français avant le voyage qui le conduira à l’île Sainte-Hélène !  A l’origine, Gourgaud ne figure pas sur la liste dressée, par le général Bertrand, de ceux qui doivent suivre le souverain déchu. C’est le capitaine Planat de la Faye qui y figurait et qui devait occuper les fonctions de secrétaire de l’Empereur. L’impétueux Gourgaud protesta avec tant de véhémence, s’emportant avec violence contre le malheureux Bertrand, que Napoléon lui-même dut calmer la chose en remplaçant Planat (absent à ce moment-là sur le navire le Bellérophon) par Gourgaud. Dès son embarquement sur le Northumberland, qui prend la mer vers Sainte-Hélène, le nouvel élu fait preuve d’un caractère difficile. Son animosité vise notamment le général de Montholon et sa femme. Sur l’île,  ce personnage va montrer tous ses travers. Il est jaloux de ses autres compagnons, en particulier du comte de Las Cases. Gourgaud est irascible, susceptible, et Napoléon s’en amusera plus d’une fois s’efforçant de le réconforter tel un enfant. De plus, il fait preuve d’un besoin illimité de reconnaissance, notamment sur le fait qu’il a sauvé à deux reprises la vie de l’Empereur ; en 1812, à Moscou et en 1814, à Brienne, lors de la campagne de France. Dans les souvenirs qu’il a laissés,  Gourgaud évoque des phases d’ennui, de tristesse, à la recherche d’une présence féminine. Aigri, cet officier est le seul des acteurs de la tragédie hélénienne à se plaindre presque constamment. Il à souligner le fait que tout le monde est son ennemi, car lui voudrait être seul sur l’île avec son idole : Napoléon !  Début février 1818, son attitude excessive va provoquer la colère de l’Empereur et… son départ ! En effet, Gourgaud provoque Montholon en duel ! C’en est trop ! Ecarté de Longwood le 13 février, il  quitte Sainte-Hélène  le 14 mars suivant, non sans avoir eu, au passage, un comportement curieux. Non content de révéler les moyens de correspondances secrets mis au point par les exilés, Gourgaud va crier haut et fort, à qui veut l’entendre, que Napoléon songe à s’évader ![1]  En 1840, il fait partie de l’expédition menée à Sainte-Hélène afin de rapporter le corps de l’Empereur en France. A cette occasion encore, Gourgaud fait preuve de sa susceptibilité et de son mauvais caractère. Il s’éteint en 1852.

Christophe BOURACHOT


[1] Arrivé à Londres, devant le sous-secrétaire d’état anglais Goulburn, puis devant le marquis d’Osmond, ambassadeur de Louis XVIII en Angleterre, Gourgaud déclare que l’Empereur a de l’argent, qu’il n’est pas malade et s’évadera quand bon lui semblera. A Lord Bathurst, secrétaire d’état à la Guerre et aux Colonies, Gourgaud dénoncera la bienveillance dont fait preuve le médecin O’Meara à l’égard de l’Empereur, ce qui accélérera son rappel en Angleterre en juillet 1818. Depuis de nombreuses semaines, les rapports d’Hudson Lowe avec O’Meara s’étaient détériorés, mais les bavardages de Gourgaud n’ont rien arrangé. Bien plus tard, le bouillant Gourgaud se bat en duel avec un autre général de la Grande-Armée, Philippe de Ségur, à propos de l’ouvrage que ce dernier fit paraître (en 1824, en 2 volumes) sur la campagne de 1812 et qui connut un grand succès auprès du public. Ségur est blessé lors cette rencontre. Gourgaud fait paraître en 1824 une réfutation de son ouvrage.

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( 8 juin, 2021 )

1821-2021. Bas le masque ! ou pourquoi le masque dit « d’Antommarchi » est fantaisiste…

MasqueDès le 6 mai 1821, l’entourage de Napoléon songea à immortaliser les traits du grand homme sous la forme d’un moulage en plâtre. Contacté, par la comtesse Bertrand, le Dr Burton découvre un gisement de gypse au sud de l’île et parvient à se procurer du plâtre. Il convient d’ajouter que les stocks de plâtre du tapissier A. Darling étaient vides et qu’il fallait agir rapidement devant l’état croissant de la décomposition du corps de l’Empereur. Comme Marchand le raconte dans ses « Mémoires », Burton aidé par Antommarchi (et non l’inverse !) et Archambault procède  à la réalisation du moulage. Puis le corps de Napoléon est mis en bière.  Le lendemain, Burton avec l’aide d’Antommarchi réalise un buste après avoir coulé du plâtre dans les empreintes du visage (celles de la face et de l’arrière de la tête). Afin de démouler ce buste, ces empreintes doivent être brisées, ce qui interdit toute réutilisation.  Elles furent mises à sécher sur la cheminée du salon de Longwood. Le lendemain, après les obsèques de l’Empereur, le Dr Burton constate avec effroi que la partie figurant le visage a disparu !  Il lui est répondu que la comtesse Bertrand en a pris possession afin de la remettre à Mme Mère.  L’infortuné Burton ne possède plus que l’arrière du moulage de la tête de Napoléon ! En réalité, c’est Antommarchi qui est l’auteur de ce vol. Avec l’aide du jeune peintre anglais Rubidge [1], arrivé par hasard à Sainte-Hélène en 1820, il « traficote » un buste complet en modelant, à sa manière les parties manquantes (oreille, cou; bas du visage). Avant son départ de Sainte-Hélène, Antommarchi fait réaliser plusieurs moulages dont un sera distribué à la comtesse Bertrand. A son arrivée en Angleterre en août 1821, le Dr Burton tente de faire saisir les malles du comte Bertrand par les douanes anglaises, afin de récupérer son masque (et ignorant qu’Antommarchi en a déjà réalisé des copies !). En vain ! Quant au calculateur Antommarchi, il confie la matrice originelle du masque à l’ambassadeur britannique en poste à Florence, Lord Burghersh. Ce dernier chargera le célèbre Canova d’en réaliser une version en marbre. Cinq ans après la mort du Dr Burton en 1828, Antommarchi lance la souscription de ce fameux masque modifié en apposant son nom bien en évidence; nous sommes en 1833.  Le Dr Burton est définitivement jeté aux oubliettes  et Antommarchi peut imposer son fameux masque « authentique » !  Cet objet, que l’on peut voir dans certains musées de par le monde,  donne une image totalement différente de Napoléon. Le visage très amaigri du masque dit « d’Antommarchi »  est bien à l’opposé toutes les représentations de l’Empereur que nous connaissons, que ce soit au travers des multiples tableaux, gravures, dessins, médailles et autres pièces de monnaie [1]. Il est probable que les nombreuses retouches effectuées par Antommarchi et le peintre Rubidge aient finies par faire disparaître totalement le moulage de base (authentique celui-là) réalisé par le Dr Burton ; offrant ainsi à la postérité une représentation non-conforme au visage que présentait Napoléon peu d’heures après sa mort.

Christophe BOURACHOT


[1] Louis Marchand, dans ses « Mémoires », écrit que le visage de l’Empereur après sa mort était celui du Premier Consul.


[1]  Joseph-William Rubidge (1802-1827). Chaplin nous informe qu’il « resta à Sainte-Hélène jusqu’au milieu de 1821 « et qu’ « il peint un portrait de Napoléon mort, le 7 mai 1821, alors qu’il était allongé sur son lit en uniforme. »

 

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( 1 mai, 2021 )

1821-2021. Une « dame de cœur » à Sainte-Hélène: Albine de Montholon…

AlbineNée en 1779, divorcée à deux reprises, elle quitte son domicile conjugal sur un coup de foudre avec le comte Charles de Montholon (qu’elle peut enfin épouser en 1812). La comtesse de Montholon suit son nouveau mari à Sainte-Hélène, avec leur fils Tristan (1810-1831).  Elle y arrive, attendant un heureux événement : le 18 juin 1816, elle est accouchée d’une fille,  Napoléone de Montholon [1], conçue sur le Northumberland. Durant son séjour dans l’île Albine de Montholon est d’une humeur constante, elle ne se plaint pas de l’inconfort de la situation, des médisances des uns et des autres. Sa combativité contraste avec la personnalité de la comtesse Bertrand, déprimée, toujours à se plaindre sur son sort et qui se ronge d’ennui. Après le départ de Las Cases, fin décembre 1816, les relations entre Napoléon et la comtesse de Montholon semblent devenir plus intimes… Ce que ne manque pas de remarquer le général Gourgaud, d’une jalousie maladive à l’égard de toute personne attirant l’attention de Napoléon. Le 26 janvier 1818, Albine de Montholon donne naissance à une fille : Joséphine[2]. Mais une rencontre va marquer la comtesse de Montholon: celle qu’elle fait fin 1818, en la personne du séduisant Basil Jackson, lieutenant anglais  de l’état-major du général Hudson Lowe. Une idylle débute et certaines personnes de l’entourage de Napoléon, ne manquent pas de lui en rapporter les moindres détails. L’Empereur est furieux, au contraire de Charles de Montholon qui ne fait aucun commentaire.  Le 2 juillet 1819, pour raisons de santé, la comtesse de Montholon quitte l’île avec ses trois enfants[3], peu de jours avant le lieutenant Jackson qui s’embarquera le 8 pour l’Angleterre. Ils se retrouveront à Bruxelles. Napoléon fut très ému par le départ de celle qui lui apporta un peu de tendresse, de douceur, et peut-être un peu plus dans son exil sans issu. La comtesse Albine de Montholon décède en 1848.

Christophe BOURACHOT


[1] Elle vivra assez longtemps pour ne s’éteindre que le 17 septembre 1907 à Montpellier.

[2]  Décédée à Bruxelles le 30 septembre 1819.

[3] Elle avait quitté Longwood la veille, 1er juillet 1819.

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( 26 avril, 2021 )

1821-2021. A Sainte-Hélène, Napoléon devint, un temps, un écrivain anonyme…

Napoléon le Grand

Considérant, après leur lecture, que certains épisodes racontés par le Dr  William Warden (1777-1849), chirurgien du « Northumberland » ( contenus dans la première édition du livre de Warden qui fut publiée en 1817, à Bruxelles, sous le titre de : « Lettres de Sainte-Hélène »)  sont inexacts, Napoléon veut y apporter un rectificatif et dicte, à partir du 13 mars 1817 et jusqu’en août de la même année, à  Montholon (et peut-être aussi à O’ Meara)  des « Lettres du Cap », non signée. Elles sont  toutes datées du Cap de Bonne-Espérance et adressées à une « amie » (faisant sans doute référence à l’ « ami » correspondant inconnu auquel sont adressées les lettres de Warden). L’Empereur dicte, certes, mais corrige et complète les éléments dictés. Cette correspondance est censée être l’œuvre d’un officier de marine de passage à Sainte-Hélène. Cette mise au point, qu’on parvint à faire sortir de  l’île clandestinement,  sera publiée dès 1817, à Londres chez Ridgway, dans une version traduite en anglais par Mme Bertrand, sous l’intitulé : « Letters from the Cape of Good Hope, in reply to Mr Warden, with extracts from the great work now compiling for publication under the inspection of Napoléon.». Deux ans plus tard, en 1819, elle paraît à Paris, en français, chez Plancher sous le titre de : « Documents particuliers en forme de lettres sur Napoléon Bonaparte, d’après des données fournies par Napoléon lui-même, et par des personnes qui ont vécu dans son intimité. » Ajoutons que ce n’est pas le comte de Las Cases qui est l’auteur de cette correspondance, comme supposé par certains historiens.

Il existe un cas similaire de lettres dictées ou inspirées très probablement par l’Empereur. Il s’agit des « Lettres de l’île de Sainte-Hélène exposant la sévérité inutile exercée à l’égard de Napoléon ». Cet ouvrage porte le nom du capitaine Dacre, commandant le navire l’Experiment.  Ce navire faisait partie des trois bâtiments chargés du ravitaillement (store-ship) de l’île, qui jetèrent l’ancre à Sainte-Hélène en mai 1817 : l’Ocean (capitaine Johnson), le Baring (capitaine Lamb) à bord duquel se trouvait le buste du Roi de Rome et enfin l’Experiment. Contrairement aux « Lettre du Cap » ce livre, composé de dix lettres (toutes datées de la rade de Jamestown et allant du 27 mai au 25 juillet 1817), fut publié initialement et uniquement en anglais, en octobre 1818. Le Dr O’Meara n’est peut-être pas étranger à cette publication, laquelle connaîtra une version française en 1822 (dans le tome V de la série intitulée : « Recueil de pièces authentiques sur le captif de Sainte-Hélène », Alexandre Corréard, Libraire)  On note que le général Bertrand, dans ses « Cahiers de Sainte-Hélène », à la date du  17 juillet 1817, écrit : « L‘Empereur dicte la première lettre Lettre d’un capitaine de store-ship » ce qui souligne le fait que Napoléon soit réellement l’auteur de cet ouvrage.

Christophe BOURACHOT

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( 26 avril, 2021 )

1821-2021. Napoléon va débarquer à Sainte-Hélène…

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« La nouvelle que l’ogre corse débarquera le soir du 17 octobre 1815 est déjà connue à terre et, propagée par le mystérieux télégraphe « de bouche à oreille », a parcouru toute l’île ; celle de son exil à Sainte-Hélène a été apportée par le navire Icarus lequel, séparé du Northumberland à Madère, par le mauvais temps, a fait bonne route, trouvé de meilleurs vents et a touché l’île cinq jours avant le gros du convoi. La population locale est tombée des nues ; en général  les nouvelles d’Europe arrivent ici avec un retard qui leur enlève toute espèces d’importance sur le plan local et, comme dans toutes les îles, on ne prend feu que pour les affaires de clocher. Mais cette fois les langues vont leur train, car on vient d’apprendre d’un seul coup l’évasion de l’île d’Elbe, Waterloo et l’abdication définitive de l’Empereur.  Les craintes les plus intenses se font aussitôt jour ; c’est que la réputation de « Bony » n’est pas brillante : elle est faite des racontars des marins de passage, des caricatures anglaises, des récits des émigrés français, qui pullulent dans les gazettes, et des histoires terrifiantes des nourrices indigènes », rappelle le regretté Gilbert Martineau dans son ouvrage « La vie quotidienne à Sainte-Hélène au temps de Napoléon », et réimprimé récemment. 

C.B.

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( 21 avril, 2021 )

1821-2021… La garnison anglaise en poste à Sainte-Hélène…

Sainte LN

D’après A. Chaplin, « A St. Helena Who’s Who » (Fonthill, 2014)

Le 53ème régiment d’infanterie (2ème bataillon).

Arrivé sur plusieurs navires en octobre 1815. En juin 1817, une réduction d’effectif est décidée. Une partie des hommes a été expédié en Inde notamment. Un petit continent resta à Sainte-Hélène et fut intégré dans le 1er bataillon de ce régiment.

Le 66ème régiment (1er bataillon).

Arrivé  entre fin juin et début juillet 1817.  En avril 1819, environ 400 hommes de ce régiment quittèrent Sainte-Hélène pour l’Angleterre.

Le 66ème régiment (2ème bataillon).

Arrivé en avril-mai 1816. Après la venue du 1er bataillon à Sainte-Hélène, l’année suivante, une partie du 2ème bataillon a été renvoyé en Angleterre. Beaucoup d’officiers et soldats ont été mis en demi-solde. D’autres ont rejoint les rangs du 1er bataillon.

Le 20ème régiment d’infanterie.

Arrivé sur place fin mars-début avril 1819. Lors des funérailles de l’Empereur, douze hommes de ce régiment portèrent le cercueil de Napoléon jusqu’à son lieu d’inhumation.

A Sainte-Hélène, il y avait également un régiment d’artillerie dont la mission essentielle était la surveillance des côtes afin de prévenir tour débarquement.  A ce sujet, il convient de préciser qu’en permanence, deux navires de surveillance tournaient autour de Sainte-Hélène, allant chacun en sens inverse.

 

 

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